Chapitre 4
Bienvenue
Le garde du sénat lui lança un regard légèrement agacé, mais resta calme malgré tout. Obi-Wan venait de mentir ouvertement à un soldat en charge du sénat. Si cela ne tenait qu'à lui, il aurait tracé son chemin et l'aurait ignoré mais il a remarqué qu'à quelques mètres de lui, un véhicule luxueux, une limousine, s'était posé, attirant l'attention des passants et des Jedis qui rentraient ou sortaient du Temple. C'était le seul engin présent à leur niveau. Niveau discrétion, ce n'était pas top.
« Que…puis-je faire pour vous ? déglutit Obi-Wan avec un sourire forcé.
- On vous attend, répondit l'autre en désignant le véhicule.
- On ? Qui ça « on » ?
- Veuillez me suivre, monsieur. » déclara-t-il seulement.
L'ancien Jedi hésita alors, il avait envie de profiter de ses premières heures de liberté ailleurs mais d'un côté, le garde avait l'attention sans aucun doute de le suivre partout, pour être certain qu'il ne fuirait pas sur une autre planète.
Maudit soit ce Chancelier Sith !
Frustré, il finit par obtempérer et suivit l'homme jusqu'au véhicule, qui de près, imposait clairement la richesse de celui qui s'était permis de se l'offrir. Obi-Wan se demandait d'ailleurs comment pouvait-on encore appeler ça une « voiture » ? C'était plus grand qu'un speeder !
La porte de l'appareil s'ouvrit par le haut et il s'arrêta brusquement. Un individu familier l'attendait sur des sièges en cuir rouge, buvant tranquillement une coupe de champagne rose. Il lui lança un rictus moqueur avant de l'inviter à s'asseoir près de lui.
« Quelle joie de te revoir, mon Irus'. »
Il se mordit les lèvres et finit par s'installer…à l'opposée du Sith, en face de lui, avec un air de défi. Palpatine rit doucement, plaçant une main sous son menton, les yeux brillants.
« Je t'ai manqué ? lâcha Obi-Wan ironique en croisant les bras et les jambes, tandis que le vaisseau décolla pour s'engouffrer dans le traffic aérien.
- Tu m'as manqué plus que tu le crois, susurra Sheev ignorant le ton provocateur.
- J'espère que tu n'as rien fait de mal pendant mon absence, grinça-t-il.
- Je suis un Sith, mais pas un menteur, si tu acceptes notre accord, rien n'arrivera à ta chère République. »
Même s'il savait qu'il avait affaire au pire ennemi des Jedi, le jeune homme pouvait sentir une certaine honnêteté dans la phrase du Chancelier. Et puis, il avait pu voir que ces derniers temps, le Sénat se portait bien et des lois avantageant la population avaient été votés, chose qu'un Sith n'aurait sans doute pas permis. Surtout s'il voulait le pouvoir.
« Tu sais, tu n'étais pas obligé de venir me chercher, marmonna-t-il.
- Je le sais, mais je me devais d'être là pour ton premier jour en tant que citoyen normal, libéré du joug de ses #**# Jedi »
Obi-Wan afficha un air interrogateur face à ce mot inconnu. Si Irus' avait été dit d'une manière chaleureuse, ce nouveau mot était plus sombre et plus effrayant. Et il n'était pas sûr d'avoir envie de savoir ce qu'il voulait dire, ni de le répéter.
Remarquant sa soudaine tension suite à cela, le Chancelier lui adressa un doux sourire, se voulant rassurant.
« Excuse-moi, je me suis laissé emporter, j'ai un rapport difficile avec eux.
- Pourtant, tu travailles avec eux.
- Je suis un bon acteur.
- Et tu veux m'épouser.
- Tu n'es plus l'un d'entre eux.
- N'étais-je pas l'un d'entre eux quand tu m'as proposé un marché ? Tu as fait un pacte avec un ennemi.
- Et que devrai-je dire pour toi ? s'amusa le Sith.
- Je veux t'empêcher de faire du mal.
- Et je veux que tu sois à moi, tout entier, termina-t-il, nous avons tous les deux un objectif, cela nous fait un point commun. »
Le plus jeune sentit ses joues se réchauffer, il resta cependant impassible, il n'avait pas l'intention de perdre une joute verbale face au Sith. D'ailleurs, était-ce vraiment un combat verbal ?
« Je ne peux pas aimer un Sith, lâcha-t-il avec désinvolture, nous ferons un mariage forcé et à l'amiable.
- Je ferai en sorte que tu m'aimes sincèrement, dit-il simplement.
- Pourquoi es-tu si certain ?
- Tu viens d'entrer dans ma voiture personnelle, c'est déjà un bon début entre nous.
- Je…tu m'as obligé ?
- Vraiment ? Je n'ai pourtant pas utilisé la Force, ni quoique ce soit pour t'obliger, tu y es entré de ton plein gré. »
Obi-Wan hurla à l'intérieur de lui-même d'avoir été si stupidement naïf. Lui qui était autrefois un Padawan si calme et si réfléchi, s'était jeté dans la gueule du loup. Sidious semblait se jouer de lui, cela paraissait être une distraction pour lui, mais même si cela l'irritait un peu, il commençait peu à peu à apprécier ce côté taquin, qui s'opposait à ce dont il imaginait un véritable Sith.
« Obi-Wan ? »
Il sursauta, ne s'attendant pas à ce qu'il l'appelle sur un ton presque mélodiquement doux.
« Oui ? s'enquit-il tendu.
- Je t'aime. »
Et probablement pour la première fois de sa vie, Obi-Wan avait perdu sa voix, n'émettant qu'un souffle choqué, ne parvenant pas à répondre à cela. Le chancelier esquissa un sourire, ne le quittant pas des yeux pour le reste du trajet.
Le jeune homme eut alors du mal à lever les yeux vers ce Sith, qui semblait véritablement, être tombé amoureux de lui, malgré lui.
Était-ce une malédiction …ou bien une bénédiction de la Force ?
.
.
« Bienvenue chez toi, mon Irus' »
Obi-Wan crut à une plaisanterie quand il vit que son nouveau chez lui était en réalité chez Palpatine, au 500 Republica. C'était son appartement personnel, où chaque mur et chaque meuble s'accordait avec la couleur fétiche du Chancelier sith : le rouge. Non pas qu'il détestait cette couleur, au contraire, mais il n'aurait jamais imaginé que ce si puissant Sith étendait son amour pour le Rouge.
« Je pensais…que tu accepterais que j'ai mon propre appartement, rétorqua Obi-Wan en croisant les bras, s'arrêtant à l'entrée du salon.
- C'est ton appartement, feignit Sheev en clignant des yeux.
- C'est clairement ton appartement.
- Il est à toi, désormais.
- Je ne suis pas certain que le Sénat soit d'accord avec ça.
- Je suis le Sénat. »
L'ancien Jedi arqua un sourcils devant cette réplique si osée. Un Sith resterait un Sith, mais à juger par l'expression amusée de ce dernier, il était clair qu'il jouait encore avec lui.
Au fond de lui, il avait envie de déguerpir et de partir loin d'ici. Mais un marché était un marché et son devoir était de surveiller Darth Sidious. Il allait devoir se plier à certains inconvénients pour arriver à cela.
« J'espère qu'il y a deux chambres, marmonna Obi-Wan.
- Non, il n'y en a qu'une. »
Il s'immobilisa à cette réponse et se retourna vivement, une flamme de panique s'alluma en lui.
« Tu n'es pas sérieux !
- Bien sur que oui, rit Sheev, il y a deux chambres, une grande et une petite, je te laisse la plus grande et…
- Non, je prends la plus petite ! Hors de question de dormir dans un lit double. »
Qui sait ce que pourrait faire un Sith pendant qu'il dormait ! Même s'il fermerait à clé, rien n'empêcherait Sidious de venir s'installer dans son lit pendant son sommeil, donc autant dormir dans un lit simple pour éviter ce genre de situation.
« Je me doutais que tu dirais cela, donc j'avais déjà pris la liberté de garnir tes armoires de vêtements plus civils que ces loques de Jedi, fit Palpatine en s'installant sur un des élégants canapés.
- Tu…t'en doutais ?
- Evidemment, tu es mon futur mari, je me dois de te connaître un minimum.
- Comment pouvais-tu préméditer cela ? Imagine que j'avais accepté l'autre chambre ?
- Eh bien, dans ce cas-là, nous aurons couché dès le premier soir. »
La figure du plus jeune se teint en rouge et Sidious aurait juré que si cela était possible, les cheveux seraient devenus encore plus roux qu'il ne l'était déjà.
« Comment tu peux…dire une chose pareille !
- Tu étais un Jedi, Obi-Wan, je me doute bien que tu te méfies de moi, donc il est logique que je tente de penser comme toi. »
Il venait de marquer un point et il devait avouer que pour le coup, Palpatine avait été plus intelligent que lui. Comment cela se serait terminé s'ils s'étaient combattus ? Obi-Wan était certain qu'il aurait perdu. En fait, ce n'était pas une mauvaise idée de faire un mariage arrangé avec un Sith pour obtenir la paix dans la Galaxie.
« Irus' ?
- Oui ? »
Il fronça les sourcils. Attendez une seconde, il venait de répondre à un prénom qui n'était pas le sien.
« Eh, je m'appelle Obi-Wan, pas Irus' !
- C'est ton petit surnom d'amour, sourit Sheev, tu n'as rien dit avant.
- Parce que… »
Il se tut. Car généralement, le Sith l'employait pour terminer une phrase et non pour l'appeler. C'était déroutant d'être appelé par un mot Sith, encore plus quand c'était Darth Sidious qui lui avait donné ce nom. Si jamais il devient un Sith, il changerait son nom en Darth Irus' ? Oh Force, quelle horreur, il resterait dans la Lumière, il ne suivrait pas l'obscurité. Il ne deviendrait pas un apprenti Sith.
La Force est avec moi et je fais corps avec la Force.
« Tu es un Sith, tu es Darth Sidious, en m'appelant Irus', c'est comme si tu faisais de moi…un Sith et je ne veux pas, finit-il par répondre, nous avons fait un marché, nous nous marions et c'est tout. Pas de combat, pas de Sith, ni de Jedi. Juste un mariage entre toi et moi.
- C'est effectivement notre accord, déclara-t-il en se levant pour s'approcher de lui, mais il faut que tu saches que Irus', ne sera jamais un nom Sith, même si c'est notre langue, jamais un Sith ne s'appellerait ainsi.
- Pourquoi ?
- Parce que ce fut autrefois le prénom d'un Jedi. »
Alors là, c'était une révélation, jamais Obi-Wan n'avait entendu l'histoire d'un Jedi nommé Irus'. Sa curiosité se lisait sur son visage et le Chancelier poursuivit.
« Irus' était un jeune Jedi qui, au début de la République, s'est allié avec un Sith, dans le but de trouver une relique perdue, cependant au cours de leur collaboration, Irus' et ce Sith se sont épris l'un pour l'autre et ils ont fini par avoir une relation intime, ils ont même fini par oublier leur quête. Irus' n'est d'ailleurs jamais revenu à l'Ordre.
- Et que sont-ils devenus ?
- Le Sith est mort, tué par des Jedis persuadés qu'il avait kidnappé Irus' , quant à Irus', on dit qu'il a fini par vivre en ermite sur une planète en bordure extérieur où il mourut paisiblement. »
Obi-Wan pouvait comprendre pourquoi personne ne lui avait parlé de cette histoire. Si c'était vrai, les Jedi auraient étouffé cette affaire, devant le sort injuste qu'avait subi Irus' et son amant Sith. Aucun d'eux ne méritait que cela leur arrivait, si leur amour était fort, ils avaient le droit de s'aimer. Les Jedi étaient fautifs, ils avaient tué une personne innocente.
« C'était cependant une honte chez les Sith, si bien que personne ne sait comment s'appeler l'amant de Irus', continua Palpatine.
- Mais C'est horrible pour lui ! Les Sith ont le droit d'aimer !
- Je suis d'accord, cependant, il ne m'est guère sympathique.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il n'a pas su rester auprès de son Irus', moi, jamais je ne pourrai me permettre de me séparer de toi. »
A ce moment-là, Obi-Wan se rendit compte de la proximité qu'il avait avec Darth Sidious. C'était trop proche pour lui mais conquis par l'histoire qu'il racontait, il n'avait pas du tout fait attention aux mouvements du Sith et avait baissé sa garde à nouveau.
Il réagit très vite et plaqua ses mains sur la poitrine du Chancelier, l'empêchant d'avancer.
« Je…vais aller me reposer, fit-il avec un sourire forcé, j'aimerai savoir où…est ma chambre.
- Embrasse-moi et je te le dirai, gloussa Sidious.
- Quoi ? Tu n'as pas le droit.
- N'as-tu pas dit que c'était mon appartement ? Donc j'ai le droit d'imposer les règles.
- Je peux tout aussi bien partir d'ici !
- Tu peux, mais tu sais au fond de toi, que c'est la seule solution pour le moment. »
Il n'avait pas tort, quitter l'appartement du Chancelier serait une erreur stratégique. Non seulement, il pouvait le surveiller chez lui mais en plus, il avait un endroit où séjourner, maintenant qu'il avait quitté l'Ordre.
« Je ne te demande pas de te mettre nu, Obi-Wan, du moins pas encore…Juste un baiser. Ce n'est pas si… »
Aussi rapide que la lumière, et peut être avait-il usé de la Force pour cela, Obi-Wan déposa un chaste baiser sur la joue du Chancelier, qui prit un certain temps à comprendre l'acte soudain de l'ancien Jedi. Certes, il ne s'attendait pas à un baiser aussi rapide, mais…les surprises étaient les bienvenus.
« C'est bon…maintenant, où est ma chambre, souffla le jeune homme haletant.
Sheev se retint de rire devant ce petit chiot qui semblait avoir utilisé toute son énergie pour un simple baiser.
- Au bout du couloir, à droite. »
Obi-Wan s'y précipita sans attendre. Palpatine éclata de rire, il venait de le diriger vers les toilettes.
