Et coucou me revoilou!
– … la phrase de gros naze, wow.
… mais y va pas me péter les burnes dès le début lui, si?
– J'vais m'gêner, tiens!
Oh, on est pas censés être la période de Noël, les fêtes de fin d'année, les bons sentiments et tout le tintouin dégoulinant de mièvrerie?
– Euuuuuh, si? Même que Noël est dans deux jours. C'est quoi le rapport?
Chais pas, une période de bonheur et de félicité plus l'anniv de ton demi-frère, si tu sais celui qu'est tout gentil tout choupi en plus, c'pas un peu un truc auquel t'es allergique?
– … le boulot de Maître Suprême des Enfers, c'est H24, tous les jours de l'année. D'où t'as cru que c'était quelques loupiotes dans des arbres pétés qui allaient me foutre en arrêt maladie?
Donc ta tronche de merde là… c'est pas une réaction allergique, c'est juste ta gueule naturelle? Woaaaah, c'est fou des fois j'oublie à quel point t'as une sale tronche d'escargot bourré.
– N'INSULTE POINT MON INFERNALE BEAUTÉ!
*s'ensuit trois-quatre jours de débats et discussions plus débiles les uns que les autres le tout agrémenté de lancers de mammouths, de ragoûts de nazis et de coups de bazooka dans le cul*
BREF!
Me revoilà, en temps et en heures (et j'vous avoue que Rizalone m'a filé un coup de main du tonnerre pour que je puisse poster aujourd'hui, elle gère de fou) avec un joli p'tit chapitre tout beau tout chaud rien que pour vos beaux yeux, deux jours avant Noël! D'ailleurs, j'vous en souhaite un chouette en avance! Faites vous péter le bide bonne bouffe!
– Et cramez des gens. On dirait pas mais c'est hyper convivial un p'tit bûcher, ça fout une ambiance du tonnerre. Pis ça fait toujours du bien de cramer ceux qui nous pètent les couilles, parole de Lucifer.
Eh bien, sur cette bonne parole – pour une fois qu'il ne dit pas de la merde, eh – je vous laisse lire ce chapitre!
Et encore un énième merci à mon p'tit Jésus perso de la relecture, Rizalone, merci à toi! Tu gères de fou!
mais quand même, je préfère prévenir.
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Discalibur :là-dedans, vous trouvez mes persos plus ou moins futés et plus ou moins bien équipés pour la survie… pis ceux de Bleach, de Tite Kubo, comme toujours!
146. Ma beauté, ma merveille, mon amour... non, non, non...
Des siècles et des siècles plus tôt.
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Shun était heureux. Foncièrement, pleinement, sincèrement, il était heureux et c'était ce qu'il pouvait se dire chaque fois qu'il croisait son reflet dans un miroir sans se mentir. Lui qui s'était longtemps cru voué à l'éternelle solitude jusqu'au jour de sa mort, incapable de partager qui il était vraiment avec qui que ce soit d'autre que sa mère, qui l'aimait et qu'il aimait certes… Mais leur relation n'était pas de cet ordre-là, il appartenait à la Comète, c'était tout et ce n'était pas ça qui allait pouvoir lui amener ce dont il avait si désespérément envie…
Voilà qu'il était un être heureux.
Lui.
Heureux. Incroyable.
Il était heureux, lui qui pensait n'avoir dans sa vie que sa mère depuis qu'il avait dû laisser partir Shyoga, comprenant que celui-ci ne lui donnerait jamais ce qu'il voulait et qu'il ne pourrait jamais le lui prendre de force – oh, il pourrait toujours essayer, il savait très bien où vivait son frère exactement et comment faire s'il voulait l'avoir pour lui mais… S'il le prenait de force de Shyoga, cet amour qu'il voulait tant, alors ce ne serait pas vraiment ce qu'il voulait, juste un pis-aller. Et le prendre de force, c'était perdre Shyoga pour de bon, c'était le briser au-delà du réparable, au-delà de ce que lui savourerait et apprécierait, c'était le détruire pour rien. Et Shun n'aurait pu vivre en se sachant coupable de ça.
Alors il avait laissé Shyoga partir. Il le gardait quand même à l'œil, parce qu'il était son petit frère adoré et qu'il y aurait toujours des moyens de s'amuser avec lui sans franchir cette frontière qui le lui arracherait pour de bon. Mais il l'avait laissé partir. Pire que tout, il l'avait même aidé.
Il savait que la Comète finirait par vouloir le tuer et lui, il ne voulait pas avoir à tuer sa mère, ce qui arriverait forcément si elle essayait de lui prendre Shyoga. Alors Shun avait fait ce qu'il fallait pour que son petit frère adoré puisse quitter la petite maison perdue au fond des bois où la Comète le gardait enfermé. Lui, en tant que fils adoré, il avait évidemment eu le droit d'en sortir lorsqu'elle l'avait estimé en âge – et qu'elle avait compris qu'avoir un petit garçon à ses côtés rassurait encore plus tous ces petits orphelins des rues qu'elle aimait tant. Mais Shyoga non, cette maison était tout ce qu'il avait eu le droit de connaître. Bien sûr, Shun l'en avait fait sortir quelques fois, surtout parce que c'était délicieux de le laisser goûter à ce monde extérieur avant de l'en priver.
Shyoga… Il aurait voulu garder Shyoga pour lui tout seul, le garder à ses côtés à tout jamais. Mais c'était impossible, impossible sans détruire ce Shyoga qu'il aimait tant. Si c'était pour n'avoir de son frère chéri qu'une coquille vide et brisée… Non. Non, non, non.
Alors il avait dû accepter de le laisser s'éloigner de lui. L'avait aidé. S'était assuré que jamais la Comète ne pourrait rien lui faire et même que jamais celle-ci n'essaierait quoi que ce soit. Shun avait dû accepter le fait que Shyoga ne serait pas dans sa vie et le deuil avait été incroyablement douloureux. Le laisser partir avait été plus douloureux que tout. Ça avait été une souffrance sans fond que de le perdre mais il n'avait pas eu le choix. Et à l'époque et pendant longtemps, il avait été persuadé qu'en perdant Shyoga, il perdait toute chance de jamais être pleinement heureux.
Oh, il savait que tant qu'il pourrait jouer avec des gens, prenant son plaisir dans leurs chairs chaudes, les ouvrant de part en part, de la gorge à l'aine, comme un enfant curieux qui se demande comment ça fonctionne à l'intérieur, il serait heureux et ça aussi, ça serait un bonheur sincère. Mais infliger la douleur, détruire des gens, même si ça le rendait vraiment heureux, ça ne serait pas suffisant. Ce n'était pas pareil.
Il savait qu'il était trop hors norme pour la société pour ne pas être condamné à une profonde solitude que rien ne pourrait réellement combler. Petit, il avait naïvement songé que c'était sa mère, avec qui il partageait tant, qui comblerait cette solitude. Puis il avait grandi, avait quitté l'enfance et compris que cela ne serait jamais le cas, même si le lien qu'ils partageaient lui était précieux. Alors il avait cru que ce serait Shyoga. Et quand il avait perdu Shyoga, il avait cru que ça ne serait personne.
Après tout, qui pourrait partager la vie de quelqu'un comme lui si ce n'était quelqu'un comme lui ou quelqu'un ayant grandi dans les mêmes circonstances que lui ? Longtemps, la réponse lui avait apparu absolument évidente : personne. C'était aussi simple que ça, personne ne pourrait jamais combler cette solitude à laquelle sa nature même le condamnait. Qu'importe la douleur déchirante que ce constat provoquait en lui, il l'avait parfaitement accepté. C'était comme ça, voilà tout. Il n'y avait rien qu'il puisse y changer, qu'importe l'immensité de la douleur que ça lui infligeait. C'était du domaine du purement impossible.
Et pourtant, il avait eu tort. Oh qu'il avait eu tort ! C'était magnifique à quel point il avait eu magistralement tort. Parce que oui, il y avait quelqu'un. Quelqu'un qu'il pourrait garder toute sa vie à ses côtés sans avoir besoin de le briser pour ça, quelqu'un qui le comprenait et qui ne le fuyait pas, quelqu'un qui savait qui il était, ce qu'il aimait et ce qu'il faisait. Quel plaisir il prenait à tuer et à torturer, à mutiler et à déchiqueter.
Alors voilà, Shun n'était plus seul. Il était lui-même, n'avait pas à se cacher et il n'était pas seul, vraiment, vraiment, ça n'avait rien à voir avec tout ce qu'il avait pu ressentir auparavant. Il était heureux. Lui, le monstre, l'anomalie, l'horreur à visage d'ange, il était heureux, pleinement heureux. Bien sûr qu'un type comme lui ne méritait pas d'être heureux mais ça, il n'en avait jamais eu rien à foutre – et puis, si le monde était juste, ça se saurait. Il s'était juste persuadé que c'était du domaine de l'impossible, de l'impensable. Et pourtant… Oh que se tromper n'avait jamais été aussi délicieux ! Et Shun était heureux et tout était parfait. Il avait trouvé sa place en ce monde sans avoir à sacrifier aucune part de lui-même et c'était presque trop beau pour être vrai.
– Non, non, non…
Peut-être d'ailleurs que c'était ça.
– Oh non par pitié, non, non, non…
Peut-être que c'était effectivement trop beau pour être vrai.
– Pitié, pitié… non, non, non…
Trop beau pour durer.
– Par pitié, pas ça, pitié, pitié non… pas ça, pas ça… tout mais pas ça, par pitié…
La voix étranglée du jeune homme murmurait ces mêmes mots de désespoir en boucle, à peine conscient que ce qui sortait de sa bouche ressemblait presque mot pour mot à ce que ses jouets pouvaient lui adresser comme suppliques.
– Non, non, non… pitié, non…
Ses doigts plein de sang – ses mains pleines de sang chaud, dont l'odeur métallique emplissait l'air tout autour de lui et pour une fois, cette odeur ne le réjouissait pas, elle lui donnait envie de vomir – se crispaient désespérément sur ce corps qu'il avait ramené contre lui en pleurant et en sanglotant. Du sang… Du sang, du sang, du sang, il y avait du sang partout. Il y avait tellement de sang, il y avait beaucoup trop de sang et à force de serrer ce corps inerte contre lui comme si on allait le lui arracher, lui arracher une partie de lui-même, il était lui aussi couvert de sang. Il y en avait partout, allant jusqu'à imbiber profondément le sable fin sur lequel ils se trouvaient.
Et Shun ne pouvait s'empêcher de s'accrocher désespérément à ce corps encore chaud qui ne bougeait plus d'un cil. Ces lèvres qu'il avait tant et tant embrassées, avec amour et tendresse – lui, lui pour qui les gens n'étaient que des jouets existant uniquement pour son bon plaisir, il avait embrassé ces lèvres tendrement, encore et encore, jusqu'à les connaître par cœur et plus encore – elles ne bougeaient plus non plus. Plus un sourire malicieux, plus une parole, plus un cri, plus rien.
– Mon amour, par pitié… par pitié…
Mais il y avait bien trop de sang. Trop de plaies. Trop de dégâts. Et ça, Shun le savait. Lui qui savait si bien briser les gens, il savait. Il avait bien compris que c'était trop tard, qu'il avait beau embrasser encore et encore ce front pâle, serrer ces épaules contre lui, caresser doucement ces cheveux si doux de ses mains, c'était trop tard. Trop tard. Trop tard Shun, trop tard. Regarde ton bonheur qui s'en va.
– Par pitié… ma beauté, ma merveille, mon amour… non, non, non…
Il sanglotait, il pleurait à chaudes larmes, il chuchotait doucement, il hurlait de douleur, il tenait tendrement ce corps contre lui le plus précautionneusement du monde comme s'il était fait du cristal le plus fin qui soit, il serrait contre lui ce corps de toutes ses forces comme pour mieux retenir ce bonheur qui se détruisait pièce par pièce sous ses yeux.
– Non, non, non… mon amour, par pitié…
Ses larmes ne cessaient de rouler sur ses joues pour tomber sur celles de ce visage qu'il ne pouvait quitter un instant du regard et son âme ne cessait de se déchirer devant ces yeux qui ne le regardaient déjà plus.
– Non, non, non… mon amour, je t'en supplie…
Mais son amour était… il y avait tellement de sang. Tellement. Le sang les recouvrait tous les deux et rien ne pouvait recouvrir les hurlements de bête à l'agonie qui déchiraient la gorge de Shun.
– Je t'aime, je t'aime, je t'aime….
Mais son amour ne l'entendait déjà plus.
– Pitié, pitié, tout mais pas ça…
Cette douleur, c'était à rendre fou.
– Non, non, non… reste avec moi… par pitié, je t'en supplie…
Trop tard Shun, trop tard. Trop tard et bien fait pour toi, tu ne méritais pas un tel amour, un tel bonheur.
– Ne m'abandonne pas, mon amour… reste avec moi, par pitié…
Mais c'était fini.
– Regarde moi… mon amour, je suis là, je suis là… je t'aime, je t'aime, je t'aime…
Mais ses grands yeux verts émeraude ne le regardaient plus. Et c'était trop tard.
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Shun Dosaimeki, des siècles et des siècles plus tard. Bureau central du laboratoire n°2 du Bureau de Développement Technique du Gotei 13. À deux doigts de mettre enfin les mains sur Kazeshini, zanpakuto du vice-capitaine de la 9ème division.
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Les grands yeux verts de cette Tachikaze couverte de sang que cette idiote de Kazeshini a manqué d'achever en voulant la conserver dans sa bulle à elle me regardent sans me voir. Et c'est en croisant ces pupilles immobiles couleur émeraude, de ce vert si profond, si vibrant – presque la même couleur, oh presque… – que le déclic se fait. D'un coup, mon cerveau fait le lien entre ce que je sais, ce que j'ai pu voir et ce que j'ai pu comprendre et ça y est.
Je sais comment ouvrir cette bulle.
Cette Kazeshini est à moi et elle va payer.
Réagissant mécaniquement, me contentant de suivre les mécanismes que je viens de décrypter, je cherche du regard l'outil dont j'ai besoin. En toute logique, la bulle se brisera si j'appuie la bonne pression nécessaire tout en progressivement insufflant mon reiatsu autour de sa surface – reiatsu qui n'a rien de bien impressionnant mais qui n'est pas non plus complètement anecdotique, j'ai suivi une bonne partie du cursus de Shin'Ô tout de même.
Évidemment, il n'y a qu'un endroit précis sur la surface de la bulle qui devrait marcher, un minuscule point dans la zone où son shinigami a tenu ladite bulle pour qu'elle puisse y transvaser son essence et la forcer à s'y matérialiser. Mais j'ai confiance en mes capacités d'analyse pour savoir exactement où il se situe et comment parfaitement doser mon reiatsu au fur et à mesure que j'appuierai dessus selon l'exacte dose et vitesse nécessaire. Après tout, ne suis-je pas un petit génie ? Détruire les gens parfaitement n'est pas mon seul talent.
La seule chose qui me manque à l'instant présent, c'est l'outil pour fendre puis réduire à néant cette bulle et ça tombe bien parce que non seulement je sais exactement de quoi j'ai besoin mais en plus, il se trouve que je l'ai juste sous les yeux. Vraiment, quoi de mieux que le propre sabre du vice-capitaine Hisagi pour briser cette bulle abritant son zanpakuto ?
Promptement, je me saisis de l'arme en question, attrapant sa garde tressée de bleu foncé – du coin de l'œil, je repère un mouvement, probablement Akon qui doit se demander quoi faire mais pour l'instant je m'en moque.
La sensation de tenir un katana en main… Cela faisait bien longtemps. Bien, bien longtemps. La sensation, si inhabituelle pour moi, est un peu étrange et pourtant, est également étrangement familière. Je suppose que mon corps se souvient finalement mieux que ce que je supposais de mes vertes années à Shin'Ô, il y a une éternité de ça. Quelque chose en moi se serre. Shin'Ô, c'est là où j'ai rencontré… Une nouvelle vague de rage me prend. La tête me tourne. Tout ce dont j'ai besoin, c'est d'agir. Réduire à néant ce coupable à portée de mains, celui qui… Ce n'est pas le moment de penser à ça.
Ma prise se raffermit sur ce foutu sabre. Je l'entends, cette foutue idiote dans sa bulle, qui me hurle un paquet d'insultes, sa voix vrillant de plus en plus dans les aigus – oui, apparemment les lois de la physique le permettent, ça doit être l'effet de la peur – mais ça ne me fait rien, même pas un frisson de délectation, même pas le plaisir de l'anticipation. Je veux juste… qu'elle hurle davantage. Bien, bien davantage.
Sabre en main, je me redresse et cette fois, Akon fait bien un mouvement vers moi. Oh, il est loin d'être con – et sain d'esprit – mon joli petit Akon alors évidemment, il a compris ce que je m'apprête à faire. Je n'ai aucun doute là-dessus, surtout qu'il a l'air d'étrangement bien me comprendre. Donc oui, il a capté que ce que je veux, c'est tuer cette immonde petite créature humanoïde qui a beau s'époumoner comme elle peut et me traiter de tous les noms ne peut m'échapper.
Quant à ce que lui va faire… Va-t-il tenter de m'arrêter ? Je me dis que peut-être qu'il n'a pas envie d'être considéré comme complice de ce que je m'apprête à faire s'il reste là sans bouger, sans rien tenter pour m'arrêter. Moralement, par contre, je ne sais pas trop ce qu'il en pense, de cet imminent meurtre immonde. Après tout, on parle de tuer le zanpakuto d'un des hauts gradés du Gotei.
La pointe du sabre se pose contre le matériau clair de la bulle de Kazeshini, en un son qui rappelle le tintement du métal contre du verre. Tuer le zanpakuto du vice-capitaine de la neuvième division. Le tuer lentement, douloureusement, le plus atrocement possible que je peux… Avec le peu de temps que j'ai avant que quelqu'un m'arrête. Dans l'idéal, j'aurais des heures et des heures devant moi mais même une heure complète, je n'y crois pas. Alors il va falloir que ça soit atrocement douloureux… Mais rapide. Dommage. Tant pis, la seule chose qui compte, c'est son agonie. C'est tout ce que je veux. Qu'elle paye.
Qu'elle paye pour ce qu'elle a fait. Ces grands yeux verts qui me fixent sans me voir… La personne qui a fait ça doit payer.
Quelque part, au fond de mon esprit, la petite voix de la raison me chuchote que tuer ce zanpakuto, c'est un aller direct pour la tour des Regrets. Si le vice-capitaine ne me tue pas avant. Que soit je me bute parce que jamais qui que ce soit ne m'enfermera à nouveau, ça j'ai donné, soit je me fais tuer. Mourir ou mourir. Mais la voix folle de terreur qui hurle dans ma tête noie tout ça, l'écrase, l'annihile.
Je me mets à appuyer sur la garde du sabre, pile sur le point que j'ai repéré.
– Shun.
La voix calme d'Akon, incroyablement calme, m'arrête un court instant et fait remonter mon regard vers lui. Mes pupilles bleues se plongent dans le noir infini de ses prunelles. Il ne dit rien, son visage impassible ne révèle rien non plus mais j'ai comme l'impression, la vague intuition, qu'il n'approuve pas. Quoi au juste, je ne sais pas mais il y a quelque chose qui le gêne.
– Tu veux m'arrêter…? je finis par demander en un souffle – je suis si près de perdre le contrôle, l'objet de mes envie de destruction étant si proche, à portée de main, que j'ai presque du mal à parler.
Sans même y faire attention, je continue à appliquer la pression sur le sabre tout en augmentant mon reiatsu au rythme parfaitement nécessaire. Face à moi, il se contente de me dévisager. La bulle commence à se fragiliser. Il soupire brièvement, comme si j'étais complètement à côté de la plaque. Un premier craquement léger se fait entendre dans le calme quasi absolu de notre laboratoire maintenant que Kazeshini a cessé de hurler ses insultes, ayant probablement compris que ça ne la mènerait nulle part.
– Nan. fait-il. Témoins.
Puis tout va très vite.
J'oublie toujours qu'ici, ça a beau être un bureau de recherches, on a quasiment tous une formation de shinigamis. Pour Akon, je ne sais pas trop, je ne crois pas, j'ai cru comprendre qu'il a passé son enfance en prison avant que l'autre déglingos aux goûts vestimentaires douteux qui nous sert de capitaine ne l'en sorte. N'empêche qu'il a beau être un excellent chercheur – merde, ce n'est pas par hasard qu'il dirige ce bureau après tout – j'oublie tout le temps qu'il a un sacré reiatsu.
Alors quand il me fonce dessus en déployant un shunpo beaucoup trop rapide pour un type lambda, il me prend évidemment de court. Et tout mon esprit est tellement bloqué sur ces envies folles de meurtre qui ne cessent de hurler en moi que je n'ai même pas le réflexe de me mettre en garde ou de me protéger. Je veux dire, c'est Akon. Pourquoi est-ce que je l'attaquerai ou je ne sais quoi, je…
Ne me laissant pas le temps de capter ce qui se passe, il me percute de plein fouet, ce qui nous éloigne d'un bon mètre de la bulle de Kazeshini. Sans réfléchir, je hurle de rage, réalisant à peine qu'Akon place sa main gauche sur ma mâchoire, sa jambe droite entre les miennes et son avant-bras droit en travers du haut de mon torse. Le temps que je capte qu'il est en train de placer une prise sur moi pour m'immobiliser au sol, il me fauche les jambes, frappe mon poignet qui tenait le sabre de son pied si violemment que la douleur éclate et que ma poigne se relâche aussitôt.
Et il m'éclate au sol, face contre terre, au moment même où le zanpakuto tombe lui aussi sur le sol carrelé en un cliquètement métallique. Okay, je sais que ce n'est pas trop le moment de penser à ça mais… Woaw.
Sauf que ça ne s'arrête pas là. Il a à peine le temps de placer son genou au creux de mes hanches, son tibia de l'autre jambe sur l'arrière de mes genoux et son avant-bras gauche entre mes omoplates pour me plaquer bel et bien au sol que deux reiatsus surgissent brutalement dans la pièce. Deux reiatsus assez monstrueux, tous les deux grondant de fureur.
Évidemment, face à un tel danger, mon premier instinct est de fuir. Akon a beau me plaquer au sol de tout son poids, il doit atteindre quelque chose comme les 65kg tous mouillés et même s'il frôle le bon mètre quatre-vingt cinq, son format, c'est tout fin tout sec. C'est pas 65kg de muscle, mon Joli Petit Cul – et oui je le sais parce que je l'ai maté plus d'une fois sous la douche, j'allais me gêner.
Donc il a beau m'avoir pris de vitesse, s'il faut que je le dégage d'au-dessus de moi, ça devrait être sans trop de difficultés. Et en temps normal, soyons honnête, je ne dirais pas non à l'avoir sur mon dos comme ça, lâcher quelques vannes, renverser rapidement la situation et m'amuser avec lui. Mais dans ma tête, il y a toujours cette voix folle de terreur qui continue de crier, terrorisée que ça soit elle que je vienne détruire. Mes mains n'ont toujours qu'une envie, s'enfoncer dans les tripes de ce zanpakuto. Mon corps tout entier ne brûle que de ces pulsions meurtrières qui me font un peu me déconnecter de la réalité immédiate.
Et puis, déconnecté de la réalité immédiate ou pas, il y a quand même quelque chose que je capte putain de bien, c'est que je suis en danger. En danger de mort.
Les deux reiatsus, ce sont ces très chers capitaine et vice-capitaine de la neuvième division. Que c'est charmant de les voir nous rendre visite. Sauf que leurs deux reiatsus grondent et hurlent, se répandant dans toute la pièce en vibrant violemment sous l'effet des émotions qu'ils ressentent. Et on ne parle pas de joie et de félicité hein, nan. Y'a un de leur zanpakuto terrorisé que je m'apprêtais à torturer à mort et qui en a parfaitement conscience coincé dans une bulle que j'ai fendillée et l'autre zanpakuto, avec… avec ses grands yeux verts qui ne bougent pas, qui ne bougent pas… Elle, elle est inerte, couverte de sang et de plaies, encore en vie mais elle ressemble déjà à un cadavre.
Alors leur reiatsu là tout de suite, c'est plutôt quelque chose comme un mélange d'inquiétude folle, de peur, d'incompréhension, de colère, de rage pure… Un super combo somme toutes. Et le gros, gros problème, c'est que c'est sur moi que ces deux hommes portent leur regard. Ils pensent que c'est moi qui suis responsable de tout ça, y compris l'état de Tachikaze.
Un vice-capitaine et un capitaine pensent que c'est moi qui ai blessé et mutilé ces morceaux de leur âme qu'ils nous ont confié. Évidemment qu'ils veulent me tuer.
Donc à peine ai-je le temps de capter ça – autrement dit, une seconde même pas après leur arrivée tonitruante – qu'aussitôt mon instinct de survie entre en jeu et me hurle de fuir. Tout de suite. Tant pis pour Akon, tant pis pour Kazeshini – je la tuerai un autre jour mais je tiens plus à ma peau qu'à lui ôter la sienne à l'instant présent – là, tout de suite, il faut que je fuie. Sinon je vais crever.
Mais je n'ai même pas le temps d'esquisser le moindre geste pour dégager Akon de mon dos qu'une douleur perçante éclate sous mon menton, au niveau de la jonction avec le reste de mon cou. Je me fige aussitôt. Je sais très bien ce que c'est, ça.
Ça, c'est la pointe d'un scalpel enfoncé dans le creux de ma gorge, à suffisamment de profondeur pour être à quelques millimètres à peine de mon artère carotide interne. Ouais, celle qui va de mon cœur à ma cervelle.
– Reste là. fait Akon laconiquement, aussi tranquille que si cette explosive situation n'était rien d'autre qu'une simple tea party.
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Pas si loin que ça ça, dans le quartier Est du Seireitei. Benikyogai Benitsuki, le Moustique Éclatax.
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Un brin de vent chaud caresse doucement ma joue. L'odeur des fleurs des champs glisse jusqu'à moi, étalée de tout mon long que je suis dans l'herbe tendre. Y'a même un bout d'herbe qui me chatouille le bout du nez et c'est tout sauf désagréable. Ça serait encore mieux si c'était le bout râpeux de la langue de Tora version tigrou quand elle veut me réveiller autrement qu'en me faisant des guilis ou en s'asseyant sur moi comme si j'étais son coussin personnel. Mais nan, pas de Tora en vue, pas plus que de Montagnes dans le coin apparemment.
Nan parce que j'ai les yeux clos alors en vrai, j'pourrais être entourée de homards sauvages géants venus de l'espace à deux doigts de m'découper en lamelles hyper fines afin de se concocter un met ultra fin à base de sashimis de Beni fumée, j'en saurai rien du tout. Enfin, c'est quand même peu probable parce qu'il faudrait quand même qu'il s'agisse de homards sauvages géants de l'espace super discrets pour faire aucun bruit suspect que mon ouïe affûtée par des années de chasse au chamois de nos Montagnes pourrait repérer.
Et puis même, j'ai un instinct de survie plutôt balaise – ouais je sais, vu ma propension à foncer tête baissée dans un paquet de conneries plus grosses que le cul de l'univers on dirait pas mais j'vous jure que j'en ai un et qu'en plus, il est rudement bien aiguisé – donc j'le sentirai. Voyez ça comme un sixième sens de Super Beni, quelque chose comme ça. Donc pour l'instant, zéro homard sauvage géant de l'espace en vue, c'est cool.
Nan parce que j'suis bien moi là, dans l'herbe douce et confortable, p'tit brin de vent qui fait chanter doucement les feuilles des quelques arbres qui traînent dans le coin, le tout avec un p'tit soleil des familles en couverture, si c'est pas le pied total ça. Parce que ouais, mon p'tit instinct de Super Rambo qui pète des buildings de 400 étages armé seulement de sa bite et de son couteau est en mode calmos de chez calmos et me murmure tranquillement où je suis.
Yup, c'te grande plaine où les herbes hautes ont la couleur d'un doux vert amande, où le soleil brille tranquillement comme par une belle journée de printemps, où l'horizon s'étend à perte de vue comme si rien ne pouvait jamais me bloquer… Et où y'a des arbres ceinture noire de karaté kung-fuesque, aussi. Mais ils doivent faire la sieste eux aussi parce que là je suis pépèèèèère…
– Parce que tu trouves que c'est franchement le moment de faire la sieste, là ?
… Ah.
Je clignote rapidement des yeux. En même temps, j'suis un peu teubé – ouaaaais, je sais, gros scoop, vous n'en revenez pas d'une nouvelle aussi choquante – mais là j'abuse un peu, j'aurais dû me douter qu'il était dans le coin.
– Salut Mini Charbon Poilu… je marmonne un peu pâteusement tout en roulant mollement sur le côté, passant de vautrée à plat ventre dans l'herbe fraîche à… bah vautrée mais sur le dos et le bidou en l'air quoi.
Et mes yeux bruns tombent pile sur sa gueule en gros plan, mode méga zoom. C'est que ça fait un choc de se retrouver nez à nez avec un gorille noir tacheté de blanc dès le réveil – ben déjà le tigrou tout blanc on finit par s'habituer… mais le gorille bicolore nan déso pour l'instant j'ai pas encore eu le temps.
– Ça va, tranquille, on s'fait bronzer le bide ?
Et c'est là, alors que je ne peux pas m'empêcher de contempler, fascinée, ces grands yeux d'un noir des plus profonds qu'il m'ait jamais été donné d'observer, que je lui sors une réplique des plus pertinentes qui soit :
– Ben c't'à dire que c'est pas désagréable tu sais…
Sauf que si moi j'ai un sourire plutôt pépère sur la tronche, lui il me fixe avec agacement. Ça va, avec Tora qui doit se coltiner mes 140 conneries à la seconde, j'ai l'habitude. Par contre, c'qu'il fait juste après avoir roulé les yeux en lâchant un bref soupir particulièrement sonore, j'ai moins l'habitude : il me colle un magistral coup de boule.
– WOUAÏE! je beugle en me redressant aussitôt.
C'est que putain, avoir le crâne sandwiché entre le crâne certes très doux mais surtout très dur de Mini Charbon Poilu et la Terre sous moi, elle aussi plutôt dure malgré le tapis d'herbe tendre, ça fait plus que picoter.
– Mais aïe merde-euh! je proteste vigoureusement, tenant ma pauvre tête victimisée de mes deux mains. Y'a quoi, c'est la mode de vouloir me concasser le ciboulot bordel ?!
Sauf que c'est là que ça fait tilt. J'suis pas là pour faire la sieste.
– T'es là parce qu'un oursin de mer de deux mètres de haut t'as mis la misère.
Et il a pas tort. C'est fini le temps de la sieste. Maintenant que le choc a – plus ou moins – remis mes quelques neurones dans l'ordre, tout est parfaitement clair. Surtout la partie où j'ai rien pu faire contre Mister Oursin de Mer. Face à moi, phase de coupdeboulisation apparemment passée, Mini Charbon Poilu fait quelques pas de sa démarche souple puis s'assoit à son tour avant de se mettre à jouer avec un brin d'herbe.
– J'dirai pas vraiment ça comme ça.
– Gné ?
– Que tu n'as rien pu faire.
– … Bah franchement, à part se prendre une belle déculottée, j'vois pas trop comment appeler ça autrement.
Sa tête toute ronde roule sur ses épaules.
– Nan, c'pas ça. fait-il.
– T'es cryptique là mon vieux.
Il inspire brièvement, fixant toujours ses grands yeux noirs sur moi.
– C'que j'veux dire, c'est pas que tu n'as rien pu faire contre lui.
– Okaaaaay…
– Plutôt que tu n'as rien su faire contre lui.
Une moue peu convaincue m'échappe.
– Passque y'a une différence ?
– Ben chuis pas archi sûr non plus mais… Ouais.
– Il est plus fort que moi.
– Yup. Aucun doute là-dessus.
– Donc je ne peux pas le battre, c'est…
Mais il me coupe à nouveau.
– Nan, c'est juste que tu sais pas comment faire pour y arriver. C'est pas que tu ne peux pas… C'est juste que pour l'instant, t'as pas trouvé comment lui latter sa mère.
Je fronce les sourcils.
– Mouaif, s'tu le dis… J'suis pas sûre que…
– Que quoi ?
– J'ai l'impression que tu joues juste sur les mots, je fais un peu larguée.
– Et moi, que tu veux pas voir l'évidence.
– Ben vas-y mon p'tit père, mon mono-neurone t'écoute… je fais en souriant.
– C'est juste que… À l'instinct, ça marche pas.
– Nope.
– À la technique, rebelote, t'arrive à rien, ça marche pas non plus.
– Yup.
Il se gratte rapidement le bout du nez.
– Arrête moi si j'me trompe mais… Se battre à l'instinct, c'est ce que Tora et les Montagnes t'ont appris, pas vrai ?
– Euh… ouais. C'pas con c'que tu dis tiens, j'avais pas trop fait gaffe.
– Et la technique…
– Ça, c'est Maman.
– Et si les deux ne marchent pas, ni Tora, ni les Montagnes ni ta mère, il reste quoi ?
Un creux désagréable se noue dans mon ventre et la réponse met quelques secondes à sortir.
– Rien. Il reste rien.
Là, il me fixe avec ses deux prunelles noires puis, après m'avoir bieeeen montré ses dents en bâillant lentement, il me lâche :
– Répète ça et j'te plante à nouveau ces cocottes dans le bide.
Face à moi, beau et majestueux, il se redresse souplement, me dominant facilement d'une tête alors que je suis encore assise.
– Il reste pas rien. Il reste toi.
D'un geste de la tête, il englobe tout ce lieu où je me sens si bien, si… libre.
– Tout ça… c'est moi. Et moi, eh bien, c'est toi.
Me tamponnant probablement la tête du gars qui vient de voir Raptor Jésus apparaître devant lui, il continue néanmoins.
– Pour une fois, tu ne m'as pas oublié… marmonne-t-il rapidement. J'sais pas trop quelle en est la cause au juste mais c'est cool. Ça veux dire que j'ai plus d'batons dans les roues, héhé. Et j'vais enfin, enfin, enfin pouvoir être là pour toi. Être qui je dois être pour toi.
Moi, j'ai rien suivi.
– Euuuuuuuuuuuuuuh…
Carrément moins majestueuse que lui, je me relève à mon tour comme je peux.
– Attends, attends, je capte pas tout moi, faudrait que tu m'expliques, je…
– Pas le temps, j'te rappelle que t'es en mode moustique éclaté en plein milieu mimigamesque là.
– … Ouais c'est pas faux, c'est pas le meilleur moment pour la causette.
– Yup. Là, c'est le moment d'aller péter des culs pour sauver ses miches.
Tranquillement, il se met à escalader un des arbres les plus proches.
– T'sais y'a un truc à retenir. C'est que j'suis là.
Même si j'ai du mal à tout suivre, un sourire éclaire mon visage.
– J'le sais ça.
– Et maintenant que je suis vraiment à tes côtés, pour de bon, je peux te rendre plus forte. J'ai un nom, tu sais. C'est…
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Yup. La partie sur Shun n'apporte pas tant de réponses que ça, héhéhé. Suspeeeeeens. Avouez vous m'aimez.
(nan mais blague à part, évidemment que lui aussi j'allais le faire souffrir un bon p'tit coup, comme si j'allais laisser un personnage s'en tirer sans chialer sa mère à au moins un moment de c'te longue fic de doux dingues)
Du coup oui, il a été amoureux. P'têt même qu'il l'est encore, allez savoir. Et non, ce n'est pas Kaede hein, on est d'accord. Je n'en dis pas plus héhéhéhé
Sinon, il s'est un peu fait rekt par son crush et ça m'a bien éclaté à écrire, comme scène. Il est un peu dans la merde aussi, soyons honnêtes.
Et pour ce qui est de Beni… ALLEZ, LE SUSPEEEEEENS DANS LES DENNNTS!
– Mais arrête de te marrer comme ça, tu vas faire peur à mes démons… Tarée, va.
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Allez chers lecteurs, chères lectrices, NOYEZ MOUA SOUS UNE PLUIE DE REVIEWS! Disons que ça sera mon p'tit cadeau de Noël héhéhéhé (non mais sans déconner, vous n'avez aucune idée d'à quel point ça me rend heureuse)
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Le chapitre 147 devrait arriver en 2022, le mercredi 5 janvier pour être plus précise! J'ai déjà commencé à l'écrire, on verra si j'arrive à le taper entièrement d'ici là mais normalement, y'a pas de raison! Allez, joyeux Noël et bonne années mes ami.e.s!
