Chapitre 3

Ce ne fut pas difficile de leurrer le Pikachu jusqu'au laboratoire. Très tôt le matin, avant que tout le monde ne se réveille, Brad l'avait attiré avec de la nourriture vers une cage dissimulée sous des toiles opaques. À l'intérieur se trouvait une grande assiette garnie de fruits aussi divers et qu'alléchants. Le petit extra-terreste s'était liché les babines en voyant un repas si appétissant. Il se dirigea tout droit vers le piège tendu par Brad, ne se doutant de rien. Aussitôt que le Pikachu y fut entré, la porte se referma derrière lui en un fracas métallique qui le fit sursauter.

"Pika!?" Fit le petit être jaune en se retournant brusquement.

Le Pikachu ne devait pas être habitué aux manigances que pouvaient représenter des êtres aux intentions malicieuses. Il s'était fait berner tellement facilement que Brad se dit que cela avait été presque trop facile. Il ricana, satisfait.

"Toi la bibitte, tu vas rester gentiment enfermée dans ta cage jusqu'à ce que j'ai terminé mon plan."

"Pika pika pika!"

"Ça ne sert à rien d'essayer de s'enfuir ou de faire du bruit, j'ai pensé à tout, même à mettre des toiles insonorisantes. Tu auras beau faire le vacarme que tu veux, personne ne t'entendra!"

Pikachu émit ce qui ressemblait à un grognement. Mais pour qui se prenait-il, cet humain, pour l'enfermer de la sorte?

Il hérissa le poil ainsi que sa queue en forme d'éclaire.

"Pikaaaa!"

Il tenta de lancer une décharge électrique au scientifique, mais la charge ne fit que rebondir sur la cage avant de se dissiper dans l'air avec un bref crépitement.

Brad rit encore une fois.

"Ça ne marchera pas dans cette cage, elle est à l'épreuve de tout."

Il commença à abaisser la toile sur la dernière partie de la cage non recouverte.

"Pika pika pika pik-"

Aussitôt la toile redescendue, il n'y eut plus aucun son. Brad se frotta les mains, satisfait: Son plan se déroulait comme prévu.

"Bye bye la bibitte… maintenant, à moi la vengeance"

Flavien avait l'habitude de déjeuner seul. Il était souvent le premier à sortir de la Cabine de Repos, prêt pour la journée, et il aimait la tranquillité dans la cuisine alors qu'il allait préparer son petit déjeuner avant de débuter son quart de travail.

Ce fut donc à sa surprise qu'il croisa le scientifique, qui refermait le frigo avec un verre de jus d'orange à la main.

"Vous êtes matinal" Lui lança-t-il en se dirigeant vers l'armoire.

Le technicien se prit un bol, puis il s'étira pour prendre la boîte de Scrounch Plouffe, ses céréales préférées. Elles lui rappelaient le bon vieux temps où il allait coucher chez Bob, lorsqu'ils étaient enfants. Maman Bob avait toujours ces céréales dans le garde-manger et Flavien en profitait toujours pour s'en prendre un grand bol puisque c'était comme manger du dessert au déjeuner. Ce n'était pas les meilleures céréales pour la santé au monde, mais Flavien aimait en prendre de temps en temps au lieu de ses céréales habituelles.

Le scientifique s'approcha du grille-pain et sortit deux tranches de pain du sac qui traînait sur le comptoir.

"Oui, j'arrivais plus à dormir" Répondit-il en fixant ses toasts griller "J'ai rêvé que Bob avait été cloné… brr"

Il frissonna de dégoût puis se tut.

Flavien sortit le carton de lait du frigo et ne s'aperçut pas que Brad le fixait du coin de l'oeil lorsqu'il versa le reste du lait dans son bol avant de jeter le carton au recyclage. Il s'assit à la table et mangea ses céréales rapidement, pressé d'aller voir Pikachu avant de commencer sa journée de travail.

Brad le regarda dévorer son déjeuner et sourit en coin. Il avait réussi la deuxième partie de son plan et le technicien n'avait rien vu. Il avait avalé la totalité de la dose de sulfuro toxine de jus de poutine dissimulée dans le lait de ses céréales. Les effets se feraient bientôt sentir.

Flavien se leva, rinça son bol et sa cuiller puis les mit dans le lave-vaisselle. Il se retourna vers le scientifique, qui fit mine de se préoccuper de beurrer ses toasts.

"Avez-vous vu Pikachu?"

Brad releva les yeux.

"Je l'ai vu, oui" Dit-il en prenant une bouchée de sa toast "Il était avec le Capitaine, juste avant que je ne vienne me faire à déjeuner…"

Brad eut du mal a dissimuler son sourire. Il appréciait particulièrement cette partie du plan. Il n'avait qu'à bien jouer son rôle et le tout serait joué.

"Le Capitaine a mentionné qu'il pensait qu'il était trop dangereux pour garder à bord, on dirait qu'il commence à comprendre mon point de vue…"

L'opérateur radar sembla figer sur place.

"Hein? Comment ça, trop dangereux?"

Brad se retourna compètement pour lui faire face.

"Ben, à cause de ses charges électriques… Je l'ai entendu marmonner qu'il allait s'en débarrasser…"

Les yeux de Flavien s'assombrirent et le scientifique dut trouver la force de rester complètement sérieux pour ne pas trahir la joie qui montait en lui en ce moment même.

"Je pense qu'il a dit quelque chose à propos du téléfax et d'un astéroïde…"

Aussitôt sa phrase terminée, les yeux de Flavien devirent complètement noirs et Brad recula d'un pas: Il ne s'était pas attendu à un changement aussi soudain et drastique. La dernière fois qu'il avait vu The dark side of the Flavien, ses yeux n'avaient pas changé de couleur… avait-il fait une erreur sur le dosage?

Il vit la carrure du second officier changer de posture et trembler d'une rage si pure et si intense que Brad dut admettre qu'il n'avait jamais rien vu de tel auparavant. Il sentit une aura entourer le jeune homme comme une brume glaciale et il réprima un frisson. La respiration de Flavien s'intensifia et Brad commença à se demander s'il ne devrait pas fuir avant que l'officier ne se sorte de cette transe dans laquelle il semblait figé.

Brad recula de quelques pas, soudainement apeuré.

"Euhm… bon ben… j'vas y aller moi là!"

Il fit un mouvement pour s'éclipser mais Flavien bougea plus vite que l'éclair et le prit à la gorge, serrant d'une poigne sans merci, faisant craquer le cartilage et le soulevant du sol d'une seule main.

"Minute" Fit la voix rauque et grave du jeune technicien, tel un grondement venant du plus profond de sa gorge "Où est le Capitaine?"

Brad tapota sur la main qui le maintenait dans les airs, manquant d'oxygène.

"Pitié…" Fit-il d'une petite voix aigue "Il.. était… dans la Salle… de Commandement...ouch!...quand je l'ai vu..."

Flavien le tira par terre avec un cri de furie et partit vers la porte, le pas lourd et la respiration saccadée par la rage.

Lorsque la porte automatique se referma derrière lui, Brad se releva sur un coude en se frotta la gorge. Il sourit malgré la douleur. Flavien était maintenant fou furieux envers le Capitaine et celui-ci allait regretter de l'avoir nommé second officier à sa place. Le sourire de Brad s'élargit. Flavien démontrait maintenant son côté le plus sombre, une partie de lui-même refoulée au plus profond de son âme et il allait se faire haïr pour cela. Il serait considéré comme une menace pour le vaisseau ainsi que son équipage, et alors, il n'aurait pas d'autre choix que de rendre ses gallons de second officier, humilié et surtout détesté de tous. Ils allaient tous voir la vraie face cachée de ce maudit Flavien et ils allaient bien devoir admettre qu'il ne méritait pas toutes leurs éloges et leur affection.

Lorsque Bob s'était réveillé, il avait tout de suite eu la même pensée qu'à tous les matins: Il avait faim.

Il repoussa les couvertures et s'habilla rapidement, se brossa les dents et empoigna sa tuque avant de sortir de la cabine. Il emprunta le couloir qui menait au secteur C, où Serge avait l'habitude de se faire recharger. Il n'avait pas encore eu l'occasion de lui parler de son record et il voulait proposer à Serge de se joindre à lui au déjeuner, même si celui-ci ne mangeait pas de nourriture organique. Le robot accepterait sûrement, il aimait bien se joindre aux humains à l'heure des repas puisque c'était à ce moment que la plupart des interactions sociales se passaient. Serge essayait continuellement d'améliorer sa compréhension des êtres organiques.

Le pilote se rendit jusqu'à l'endroit où Serge se rechargeait, et le retrouva debout, comme à son habitude, un fil branché à son abdomen. Le voyant lumineux indiquait qu'il était complètement rechargé.

Alors qu'il tirait sur le câble, Bob remarqua quelque chose d'inhabituel: La porte de l'armurerie était entrouverte.

Le robot leva la tête, puis dans un grincement mécanique, se tourna vers le pilote.

"Bonjour Bob" Lui dit-il.

"Bonjour Serge…" Répondit Bob d'un air distrait.

Il fixait l'armurerie. Il n'aimait vraiment pas cela: Le seul temps où l'armurerie était ouverte, c'était quand ils étaient dans le trouble… pourtant, aucune alarme n'avait sonné. C'était inhabituel et cela inquiétait Bob.

Voyant que le pilote ne le regardait pas, le regard de Serge suivit celui de son ami et il remarqua lui aussi la porte entrouverte. Il avança d'un pas et indiqua au pilote de le suivre. Serge préfèrait se mettre devant l'équipage lorsqu'il y avait un danger potentiel. En plus d'avoir assumé le rôle du défenseur du vaisseau, l'androïde devait admettre qu'il trouvait cela déstabilisant pour ses circuits internes que les humains puissent être endommagés si facilement et surtout, qu'ils ne puissent pas être réparés aussi rapidement que lui. Il n'appréciait pas particulièrement de voir une partie de sa propre anatomie endommagée ou détruite, mais il avait vu à maintes reprises comment cela était plus facile pour Pétrolia de le réparer lui, une machine, en comparaison avec le reste de l'équipage.

Le robot avança, prudent, Bob sur ses talons. Il ouvrit la porte de l'armurerie d'une main, lentement, et jeta un coup d'oeil à l'intérieur.

Debout, dos à eux, se tenait Flavien., presque immobile. Il était lourdement armé, un fusil d'assault sur le dos, une carabine sur l'épaule, un arme automatique dans sa main et un fusil de poing dans son étui sur sa cuisse gauche. Le robot remarqua aussi qu'il y avait plusieurs couteaux à sa ceinture et même un autre presque entièrement dissimulé dans sa botte de combat.

Bob s'avança vers son meilleur ami, soudainement plus à l'aise que ce soit lui qui ait ouvert l'armurerie.

"Qu'est-ce qui se passe Flavien?" Demanda-t-il, maintenant juste à côté de l'opérateur radar "On a pas entendu d'alerte. Est-ce qu'on a une simulation à matin?"

Flavien se retourna lentement, sans bruit. Lorsque ses yeux rencontrèrent ceux du pilote, celui-ci recula d'un pas. Il n'avait jamais vu les yeux de son ami comme cela: Ils étaient complètement noirs, comme si quelqu'un avait versé de l'encre dans ceux-ci. Par contre, il reconnut son expression, son visage froid et dénudé de tout sentiment humain. Il recula d'un autre pas. Il ne savait pas ce qui avait pu provoquer cela, mais il savait trop bien que son ami n'était plus dans son état habituel.

"Flavien?" Fit-il d'un voix tremblante "Qu'est-ce qui s'est passé?"

L'officier en second, tête baissée mais le regard toujours sur lui, ne fit qu'émettre un long grondement sourd.

Le robot ne comprenait pas ce qui se passait. Flavien n'était évidemment pas dans son état normal, mais il n'avait jamais vu une telle transformation chez un humain. La réaction de Bob lui faisait penser qu'il avait une bonne idée de ce qui se passait et que c'était alarmant, mais Serge ne pouvait pas définir exactement ce que c'était.

Bob recula encore, cette fois accrochant l'androïde légèrement, l'espace étant restraint dans la petite pièce.

"Tsé Flavien, peut importe c'est quoi qui s'est passé, j'suis sûr que ça va s'arranger…"

Le technicien émit un autre grondement sourd, et avança d'un pas lourd, poussant la forme apeurée de son ami hors de son passage. Il sortit, son aura glaciale faisant frémir le pilote et laissant le robot perplexe: La température de la pièce avait-elle réellement baissé de quelques degrés pendant une seconde?

Bob se précipita sur l'intercom aussitôt que le bruit sourd des pas de Flavien se fut suffisement éloigné.

"Capitaine, on a un problème!"