Chapitre 4
L'alarme retentit dans tout le vaisseau. Il n'y avait pas de code d'alarme pour "Le dark side of the Flavien est lousse dans l'vaisseau" donc Charles avait choisi l'alarme turquoise avec des bretelles et un noeud papillon: "Présence d'une entité hostile à bord prenant l'apparence d'un membre d'équipage".
Sortant un fusil de sous son fauteuil de Capitaine (Valence lui avait fait remettre après qu'elle ait découvert qu'il l'avait remplacé par une certaine revue), Charles s'adossa près de la porte coulissante. Il chargea son arme et attendit.
Le son de sa montre le fit regarder son poignet et il prit son fusil d'une main, appuyant rapidement sur son communicateur..
"Capitaine!" Fit la voix grésillante de Pétrolia dans l'émetteur "Qu'est-ce qui s'passe? Valence et moi, on était dans la Salle de bain en train de se préparer…"
"Restez là!" Les pressa Charles "Et cachez-vous… Bob m'a informé que Flavien est entré dans son côté sombre…"
"Flavien?" Répondit Valence à son tour dans le communicateur, la voix pleine d'inquiétudes "Comment ça, qu'est-ce qui est arrivé?"
"Je l'sais pas... J'ai l'impression qu'il va se présenter dans la Salle de Commandement. Bob et Serge sont en chemin, ils vont apporter des armes de surplus."
"Sois prudent, Charles"
Il acquiesça rapidement et coupa la communication. Le Capitaine reprit sa position, sur ses gardes. Il n'y avait que le vrombissement des moteurs et le bip régulier des instruments de bord. Charles attendit patiemment, espérant que Bob et Serge arrivent avant Flavien.
Charles avait déjà vu le côté sombre de son second officier et même s'il savait que Flavien ne contrôlait pas cette partie de lui-même, il n'en restait pas moins qu'il devenait extrêmement dangereux. Le Capitaine n'avait jamais reproché à Flavien son comportement lorsqu'il avait été dans cet état la dernière fois: Brad s'était amplement mérité les foudres de l'opérateur radar. Il avait d'ailleurs été chanceux d'être épargné. Charles lui-même aurait bien pu l'éviscérer pour avoir fait subi au mime un tel sort.
Le Capitaine ne savait pas ce qui avait bien pu provoquer Flavien cette fois-ci, mais il avait un doute que Brad était impliqué. Il espérait seulement qu'il ne soit rien arrivé au Pikachu et que Flavien puisse se sortir de cette obscurité par lui-même.
Soudain, il entendit un pas lourd s'approcher, et il réalisa que ce n'était malheureusement pas son pilote ou le robot. Il serra son arme, prêt à faire face à son technicien.
La porte s'ouvrit et la forme imposante de Flavien en traversa le cadre. En sa présence, l'atmosphère de la Salle de Commandement devint aussitôt lourde et glaciale.
Charles l'interpella, l'arme braquée sur lui mais sans la décharger. Au fond de lui-même, il voulait réellement éviter de tirer sur son officier en second.
"Flavien? Qu'est-ce qui se passe?"
Le jeune homme se retourna vers lui, et Charles enserra son arme encore plus lorqu'il vut les yeux complètement noirs du technicien.
"Qu'est-ce qui vous est arrivé?" Ajouta-t-il, la voix légèrement vacillante.
Charles eut l'impression que le regard du second officier le transperçait et il recula lorsqu'un grondement sourd émana de la forme sombre, tremblante d'une furie incontrôlée.
En un cri de rage, l'homme devant lui se précipita, chargeant sur lui comme un fauve sur sa proie. Charles saisit son arme à deux mains et le coup détonna avant même qu'il n'ait pu réaliser qu'il avait tiré.
Flavien s'immobilisa une seconde, puis gronda de plus belle et Charles réalisa son erreur. Le technicien radar semblait immunisé contre les charges paralysantes lorsqu'il était fou de rage. Il avait résisté à celles-ci lors de l'incident avec son père, aux dires de Bob et Brad, mais Charles ne l'avait jamais vu de ses propres yeux. Il n'eut pas le temps de changer le type de charge sur son fusil. Une main l'empoignait déjà à la gorge et le souleva dans les airs avec un cri rauque. Une furie irraisonnée se reflétait dans le regard du second officier.
Les pieds de Charles balançaient dans les airs et il commençait à manquer de souffle. Devant ses yeux dansaient déjà une multitude de petits points blancs et il eut la vague impression qu'il avait entendu les portes coulissantes de la Salle de Commandement s'ouvrir.
Ce fut devant cette scène que le pilote et le robot se retrouvèrent: Leur Capitaine, suspendu dans les airs, suffoquant dans la prise sans merci de l'opérateur radar en furie.
Bob paniqua, ne sachant pas quoi faire. C'était son meilleur ami et il était en train de tuer leur Capitaine. Il figea, complètement incapable de se décider à tirer. Derrière lui, Serge pointa son arme. Étant un robot, il savait qu'il devait protéger la vie du Capitaine à tout prix. Il savait aussi que Flavien résisterait aux charges paralysantes, cette information ayant été emmagasinée dans son disque dur. Il appuya sur la gâchette et un rayon de charge destrusstrice atteint le second officier de plein fouet. Celui-ci s'effondra, inconscient.
Le Capitaine s'affaissa aussi, tombant à genoux et prenant sa gorge d'une main. Il respirait avec difficulté, tentant de reprendre son souffle.
Le robot s'avança vers lui.
"Capitaine, êtes-vous correct?"
Charles hocha la tête, ne faisant pas encore confiance à la stabilité de sa voix.
Derrière Serge, Bob se prenait la tête à deux mains.
"Une charge destruss...destruss...Tu l'as tué…"
Il secouait la tête, fixant son meilleur ami étendu par terre.
"Ben non Bob" Répondit l'androïde de la voix la plus compatissante qu'il put émettre "Tu le sais bien qu'il résiste aux charges destrusstrices quand il est furieux. Il est juste sonné."
Le pilote continua de fixer son ami, incertain.
Le Capitaine se releva lentement, prenant appui sur le mur à côté de lui. Il massa sa gorge puis se retourna vers ses deux membres d'équipage.
"Zerge… emmenez-le dans l'entrepôt numéro 2, il est vide en ce moment."
Il toussa puis s'éclaircit la voix. Il était ébranlé par ce qui venait d'arriver. Flavien, son bon et loyal second officier, l'avait presque étranglé. Il n'arrivait pas à assimiler cette information complètement, mais il se devait de réagir en tant que commandant et neutraliser le danger immédiat.
"Bob, suivez-le et assurez-vous qu'il ne se réveille pas. Une fois là bas, barricadez la porte. C'est une pièce sans issues, il ne devrait pas pouvoir s'en échapper."
Les deux homme firent un garde à vous, puis Serge se pencha pour saisir la forme inerte du second officier, toujours inconscient sur le sol. Il le prit et le souleva sans effort, l'amenant en dehors de la pièce, suivi de Bob qui braquait son fusil sur son meilleur ami.
Le Capitaine sortit après eux.
Ce n'était pas parce qu'elles ne pouvaient pas manier une arme, mais bien parce qu'elles n'en avaient pas sous la main que Valence et Pétrolia s'étaient barricadées dans la Salle de Bain. Elles avaient chacune un bout de tuyau à la main, juste au cas. Charles leur avait dit de rester à cet endroit car Flavien était libre dans le vaisseau et pris dans son côté obscure. Pétrolia ne l'avait jamais vu dans cet état, mais Valence se souvenait trop bien de la dernière fois où c'était arrivé. Il avait été agressif, violent même envers tous ceux qui avaient croisé son chemin. Il avait porté la main sur le Capitaine, chose qu'il n'aurait jamais même osé penser en temps normal.
Valence s'inquiétait pour Charles. Qu'arriverait-il si Flavien se retrouvait seul avec un des membres d'équipage dans cet état? Elle avait analysé ses ondes cérébrales à la suite du premier incident et lui avait fait passer une batterie de tests afin de déterminer les causes, déclencheurs et effets sur le psyché de cet état d'esprit anormal. À l'époque, elle avait été très intriguée par cette transe. Elle n'avait jamais vu rien de tel et elle n'avait aucune référence malgré toutes ses études en psychologie humaine. Évidemment, par la suite, ils avaient découvert que Flavien avait une moitié de lui-même qui n'était pas humaine, ce qui expliquait bien des choses. Par contre, Valence n'y connaissait rien en psychologie et en physionomie extra-terrestre. Son seul patient était le jeune technicien, alors elle ne pouvait le diagnostiquer que par observation de ses comportements normaux et anormaux.
Elle regarda la jeune fille à côté d'elle, elle aussi accroupie derrière le mur carrelé, nerveuse et incertaine. Valence savait qu'elle avait encore des sentiments pour l'opérateur radar. La psychologue comprenait que Pétrolia était très inquiète pour lui, de façon beaucoup plus personnelle que les autres, même si elle ne voulait pas l'avouer à voix haute.
"Il va être correct, hein?" Demanda la jeune fille lorsqu'elle s'aperçut que Valence l'observait.
Valence hésita, mais décida d'être franche avec elle.
"Je l'sais pas… ça dépend de ce qui l'a déclenché et s'il va pouvoir se ramener à la raison."
"Yé tu dangereux?"
Pétrolia avait toujours eu des sentiments pour le jeune technicien. Il était tellement beau, toujours gentil avec elle et plein d'empathie envers les autres. Elle avait entendu parler de l'incident avec le mime, et même si Brad avait mérité de se faire lapider, Pétrolia devait avouer que de savoir que le jeune homme avait eut l'intention, consciente ou non, de déchaîner sa rage sur le scientifique la rendait anxieuse. Elle ne l'aimait pas moins, mais savoir que son côté sombre pouvait être si puissant, c'était déstabilisant.
"Il peut être dangereux, sans le vouloir." Répondit Valence.
Pétrolia hocha légèrement la tête.
"Qu'est-ce qu'on fait s'il vient ici? On va quand même pas lui donner des coups de tuyau?"
"Ça m'étonnerait qu'il vienne ici… "
Juste comme elle finissait de dire cela, un bruit se fit entendre de l'autre côté de la porte barricadée de la salle de bain. Les deux filles laissèrent échapper un petit cri de surprise.
Il y eut deux petits coups, puis:
"Valence? Pétrolia?"
C'était la voix du Capitaine.
Toutes deux laissèrent échapper un soupire de soulagement. Elles se levèrent et allèrent dégager la porte.
Aussitôt que celle-ci fut ouverte, Charles entra et Valence se pendit à son cou, heureuse de le voir en vie.
"Charles, t'es correct!"
Il lui rendit son étreinte brièvement, puis la regarda dans les yeux.
"Oui, on a réussi à maîtriser Flavien."
Pétrolia l'observa et remarqua des marques bleutées qui commençaient à paraître sur le cou du Capitaine.
"Capitaine, qu'est-ce que…"
Elle porta ses doigts au cou du Capitaine, comme pour observer les marques de plus près. Valence les remarqua aussi après une seconde, son expression changeant immédiatement à un air alarmé.
"Oui, euh… on l'a maîtrisé avec un peu de difficulté disons."
Valence n'avait pas l'air convaincue. Elle le regarda, le pressant de tout lui dire. Ses yeux céruléens croisèrent les siens et il s'attendrit un moment.
"Je vais bien…" La rassura-t-il "Inquiète-toi pas… mais j'aurais besoin de ton aide."
Prenant son ton de commandant, il ajouta:
"Bob et Serge ont enfermé Flavien dans l'entrepôt numéro 2. Lorsqu'il va se réveiller, il faudrait tenter de le sortir de son dark side..."
Valence reprit son sérieux de psychologue, ayant un patient à traiter.
"Il est tu vraiment loin dans son côté sombre?"
Charles prit un air grave.
"Valence, j'ai jamais vu ça… il est submergé. Je sais même pas s'il nous reconnaît."
