Chapitre 22 : Changement de donne

Il s'écoula plusieurs jours avant que Maria ne soit suffisamment calmée pour envisager une visite à Gringotts. Elle savait que si elle y allait tout de suite, il y aurait de la casse alors elle prit son mal en patience. Une semaine après sa visite chez les Dursley, elle confia ses deux plus jeunes enfants à l'infirmière. Elle demanda au professeur McGonagall de lui fournir un portoloin. La plus âgée insista pour l'accompagner. Elle lui précisa qu'elle ne pourrait pas accéder au Chemin de Traverse, où était située la banque, sans baguette.

Ainsi, un matin de mi-septembre, les deux femmes quittèrent l'enceinte de Poudlard pour rejoindre Pré-au-Lard. De là, la directrice adjointe les fit transplaner dans l'arrière cour du Chaudron Baveur. Elle sortit sa baguette et ouvrit le passage vers l'allée marchande.

Elles passèrent l'arche qui venait de s'ouvrir devant elles et Maria fut émerveillée par la vision qui s'offrait à elle. Elle n'avait plus mis les pieds sur le Chemin de Traverse depuis des années. Il y avait tant de couleurs et d'odeurs différentes qu'elle ne savait plus où donner de la tête. Il fallut que le professeur McGonagall la rappelle à l'ordre plusieurs fois pour qu'elle garde en tête l'objectif premier de leur venue. Toutefois, la plus âgée lui promit de lui faire visiter l'endroit sitôt qu'elles en auraient fini avec les Gobelins. Ensuite, elle guida la mère de famille jusqu'à l'établissement bancaire.

Maria suivit la directrice adjointe à l'intérieur de la banque et écouta celle-ci expliquer l'objet de leur présence. Peu de temps après, le gobelin qui était derrière le guichet, émit un sifflement très aigu qui lui fit mal aux oreilles. Un autre arriva rapidement. Ils parlèrent dans une langue qu'elle ne comprit pas, puis, le nouveau venu prit la parole :

- Je m'appelle Gripsec, je suis le gobelin en charge des comptes de la famille Potter. Raghon, ici présent, m'a fait venir pour me signaler que vous souhaitiez vous entretenir avec moi ?

Maria acquiesça et se présenta à son interlocuteur :

- Mon nom est Maria Potter, épouse Brown, et je suis la sœur jumelle de feu James Potter. J'ai découvert récemment que Dumbledore m'avait caché son décès ainsi que celui de sa femme et avait confié leurs deux enfants à la famille de ma belle sœur, alors que je suis la marraine de ma nièce. En tant que telle, j'aurais dû être en tête de la liste des personnes désignées pour m'occuper de ces petits.

- Avez-vous une idée de la raison pour laquelle le directeur de Poudlard aurait pu juger utile de vous cacher cette information ?

- Non, aucune, en dehors du fait que je n'ai jamais reçu ma lettre d'admission à Poudlard. Et que j'ai déménagé en France à l'âge de seize ans pour ma sécurité.

La créature hocha la tête mais Maria le vit afficher un air perplexe, ce qui la perturba au plus haut point. Les gobelins avaient, après tout, la réputation de rester impassible en toutes circonstances. Elle n'en montra toutefois rien et obtempéra lorsque Gripsec lui demanda de le suivre jusqu'à son bureau et qu'il lui dit qu'il désirait s'entretenir seul à seule avec elle.

Une fois qu'ils furent arrivés à destination, le gobelin verrouilla et insonorisa magiquement les lieux. Il expliqua à Maria que la magie gobeline, basée sur les runes, était impénétrable. Leur conservation ne sortirait pas de la pièce si elle souhaitait garder pour elle ce qu'il lui apprendrait. La jeune femme acquiesça, en pensant toutefois qu'elle ne pourrait rien apprendre de très grave ou compromettant.

Gripsec entra immédiatement dans le vif du sujet. Il lui demanda si elle avait déjà fait de la magie accidentelle étant plus jeune. Maria répondit que non, puisqu'elle lui avait déjà dit n'avoir jamais reçu sa lettre pour Poudlard. Il hocha la tête et lui dit :

- Ce n'est pas normal que vous n'ayez jamais reçu votre lettre.

Au regard interrogateur qu'elle lui jeta, il s'expliqua :

- Étant donné vos origines, vous devez sans doute savoir à quel point les enfants sont précieux aux yeux de la Magie.

Maria répondit positivement :

- Je le sais, oui, nos parents nous l'ont toujours dit.

- Je n'en n'attendait pas moins venant d'eux, mais peu savent, y compris parmi les plus anciennes familles, qu'en cas de naissance gémellaire, la magie des deux enfants est intrinsèquement liée.

- En clair, qu'est ce que cela signifie ?

- Que si des jumeaux naissent dans une famille sorcière, il est impossible qu'il n'y en ait qu'un qui soit un sorcier.

- Donc ce que vous êtes en train de me dire… C'est que je ne peux pas être cracmolle ?

- C'est exactement ça. Parce que dans ce cas, ni vous ni votre frère n'auriez pu survivre plus de quelques semaines.

- Comment cela ?

- Comme je vous l'ai expliqué tout à l'heure, dans notre monde, en cas de naissance gémellaire, la magie des deux enfants est intrinsèquement liée. Donc si vous étiez née sans pouvoirs, vous auriez « puisé » dans la magie de votre frère pour rester en vie, ce qui aurait fini par vous tuer tous les deux.

- Mais, alors, pourquoi je n'ai jamais pu utiliser la magie ?

- Je ne vois qu'une solution : quelqu'un à scellé vos pouvoirs quand vous êtes née, ou avant. Seulement, il faut être fou pour faire une chose pareille.

- Pourquoi ?

- Le processus aurait pu vous tuer, vous et votre frère.

- Qui aurait pu faire cela, d'après vous ?

- Quelqu'un qui a des plans bien précis, que votre présence - notamment à Poudlard - aurait pu mettre à mal.

- Je vois…

- Vous avez quelqu'un en tête ?

- Oui. Mais… Il y a un moyen d'en avoir confirmation ?

Le gobelin hocha sèchement la tête et disparu derrière une porte. Il revint peu après avec un parchemin bleuâtre aux contours couverts de ce que Maria reconnu comme étant des runes. Gripsec posa le parchemin entre eux deux sur le bureau. Il lui expliqua qu'elle avait juste à poser la main droite sur le papier. Maria s'exécuta et immédiatement les contours du parchemin s'illuminèrent et des lettres commencèrent à se former :

Maria Dorea Potter (épouse Brown)

Née le 27 mars 1960

Relations familiales : Fleamont Potter (Père, décédé), Euphemia Potter (mère, décédée), James Potter (frère jumeau, décédé), Maxence Potter (frère, décédé), Seth Brown (mari, décédé), Jade Brown (fille), Lukas Brown (fils), Alexander Brown (fils), Samuel Brown (fils), Harry Potter (neveu), Sarah Potter (nièce, filleule)

Magie scellée :

À la naissance (80%)

À 3 ans (90%)

À 6 ans (95 %)

À 10 ans (100 %)

À 11 ans (100 %)

À la fin de la lecture du parchemin, Maria fut prise d'une furieuse et irrépressible envie d'étrangler Dumbledore - car elle était sûr que c'était lui le responsable -. Ce qu'elle ne comprenait pas, en revanche, c'était comment ses parents avaient pu le laisser faire.

Elle fut ramenée à la réalité lorsque Gripsec lui demanda :

- Voulez-vous connaître le nom de celui qui vous a fait ça ?

Elle hocha la tête, trop en colère pour pouvoir parler sans exploser. Son interlocuteur prononça une phrase dans une langue qu'elle ne reconnut pas, et un nom en majuscules s'afficha entre eux, confirmant ainsi ses soupçons :

ALBUS PERCEVAL WULFRIC BRIAN DUMBLEDORE

Oh putain… Il va m'entendre ce vieux salaud…, pensa-t-elle, à un stade de colère encore jamais atteint à ce jour. Maria eut soudain un énorme doute. La somme versée aux Dursley venait-elle réellement des voûtes personnelles du vieil homme ? Ou avait-il également menti à ce sujet ? La jeune femme, voulant en avoir le cœur net, demanda au gobelin :

- Dumbledore m'a assuré que la somme qu'il versait aux Dursley pour l'éducation de Harry et Sarah venait de ses coffres personnels. Vu ce que je viens d'apprendre, j'ai de très bonnes raisons d'en douter. Y à-t-il un moyen d'en avoir le cœur net ?

Gripsec répondit par l'affirmative :

- Je peux vous fournir la liste de tous les virements effectués depuis les coffres Dumbledore au cours des douze dernières années. Ce n'est pas très légal, normalement, mais, nous autres gobelins, ne reconnaissons pas l'autorité de votre gouvernement. Et, étant donné les circonstances, je pense que l'on peut faire une exception.

Comme la première fois, il disparut et revint peu après avec un parchemin. Il le posa devant la jeune femme qui, sans grande surprise, découvrit qu'il était vierge. Le gobelin n'eut pas l'air surpris non plus et afficha un visage furieux. Il claqua des doigts et le papier se désintégra, remplacé par un autre, qui affichait cette fois :

VIREMENTS EFFECTUÉS PAR LA MAISON POTTER :

PÉRIODE : 1er novembre 1981 - septembre 1993

1 000 Gallions par mois soit 12 000 Gallions par an.

Bénéficiaires : (conversion en livres = 5 000 par mois pour un total de 60 000 par an) Vernon et Pétunia Dursley, ainsi que 50 par an versés sur un compte pour leur fils Dudley.

Maria se promit intérieurement de réduire Dumbledore en poussières la prochaine fois qu'elle le verrait puis demanda :

- Pouvez-vous faire en sorte que ces virements n'aient plus lieu ?

- Évidemment. Dumbledore n'aurait même pas du pouvoir accéder aux coffres de votre famille.

Tandis que le Gobelin quittait la pièce sans qu'elle sache où il allait, Maria se demandait également qui était le crétin qui avait permis à Dumbledore d'avoir accès aux coffres Potter. Qui avait bien pu être assez idiot pour faire une bêtise pareille ?

Son interlocuteur revint peu de temps après et lui dit :

- Je me suis assuré personnellement que Dumbledore ne puisse plus accéder aux coffres de votre famille. S'il tente de le faire, il le regrettera amèrement.

Elle acquiesça et prit la parole :

- J'aurais une dernière question. Deux en fait.

- Oui ?

- Tout d'abord… Est-il possible de savoir comment il a pu avoir accès aux coffres Potter ?

- Hélas non, je le crains. Le seul moyen serait de lui poser directement la question, mais, je doute qu'il accepte d'y répondre. Quelle est votre deuxième question ?

- Je connaissais mon frère. Il me disait dans ses dernières lettres que sa femme et lui étaient poursuivis par un mage noir, qu'il y avait un traitre dans leurs rangs et qu'ils s'étaient protégés avec un gardien du secret, mais il ne m'a jamais donné son nom. Sans doute pour me protéger. Puisqu'ils sont morts, cela signifie qu'il les a trahis. Cependant, dans ces circonstances, il aurait été idiot et irresponsable de leur part de ne pas faire de testament. A-t-il été ouvert ?

- Je ne crois pas.

Le Gobelin sembla se rappeler de quelque chose, et son visage se figea de surprise. Il s'exclama :

- Quel idiot je fais ! C'était donc ça ?

- Que se passe-t-il ?

- Je viens de me souvenir que peu de temps après la chute de Lord Voldemort, j'ai surpris une dispute entre le directeur de la banque et le ministre sorcier, à propos d'un document. Le ministre disait que ledit document appartenait au ministère parce que les dépositaires étaient sorciers, tandis que le directeur arguait que sa place était à Gringotts parce que c'était ici qu'il avait été établi et déposé.

- Savez-vous qui a eu le dernier mot ?

- Non, mais le ministre était furieux quand il est parti.

Maria acquiesça à nouveau et répondit :

- Je pense qu'une visite à votre supérieur s'impose, dans ce cas.

Gripsec approuva cette initiative, et lui fit signe de le suivre. Elle s'exécuta et l'accompagna jusqu'à une porte sur laquelle était cloué un panneau de bois avec une gravure indiquant en lettres d'argent :

Argnok

Directeur

Gripsec frappa à la porte et une voix rauque se fit entendre :

- Entrez !

La créature poussa le battant de bois et s'exécuta, suivi de son accompagnatrice. Le Gobelin, qui se trouvait derrière le bureau, témoignait d'un âge avancé de par son visage fortement marqué par les rides, et d'une vie bien remplie, ponctuée de nombreuses batailles à en juger par les cicatrices que Maria pouvait voir sur sa peau. Argnok parut étonné de les voir et demanda à son employé d'une voix où perçait un certain mépris :

- Gripsec ! Pourquoi as-tu amené une sorcière ici ?

- Elle a des raisons de penser que le testament de son frère est en votre possession et n'a pas été ouvert, Monsieur le Directeur.

- Je vois… Quel est votre nom, mademoiselle ?

- Je m'appelle Maria Potter, Monsieur. Euh… Comment dois-je vous appeler ? J'ignore votre nom.

- Appelez moi Sir Argnok.

Maria acquiesça et expliqua donc qu'elle voulait savoir si le testament des Potter avait été ouvert, ce à quoi Argnok répondit que non. Maria demanda :

- Pourquoi ?

- Le lendemain de la chute du mage noir, Dumbledore est venu en demandant l'accès à vos coffres. Nous avons bien évidemment refusé, mais il a persisté. Un jour, il s'est présenté avec une copie de la clé de vos coffres. Depuis, nous avons toujours soupçonné la présence d'un traître au sein de la banque sans en avoir la preuve irréfutable. Peu de temps après, il a déposé un document dont j'ai par la suite appris - grâce à la visite du ministre - qu'il s'agissait du testament de James et Lily Potter. Depuis des années, nous essayons de l'ouvrir, sans jamais y parvenir. Plusieurs des nôtres y ont laissé la vie ou la santé. Nous avons fini par découvrir, à force de tests, qu'il l'avait scellé par le sang.

- C'est-à-dire ?

- C'est-à-dire que seul Dumbledore peut l'ouvrir. À moins que…

- Quoi ?

- Peut-être que vous, vous pourriez l'ouvrir. Après tout, le sang des Potter coule dans vos veines.

Maria demanda :

- Puis-je m'absenter quelques minutes ? J'aimerais que mes enfants et ceux de mon frère, ainsi qu'un ami commun, assistent à l'ouverture.

- Bien sûr.

Elle quitta la pièce et rejoignit le hall de la banque, où l'attendait toujours le professeur McGonagall. En la voyant revenir, celle-ci lui demanda si tout s'était bien passé. La plus jeune lui répondit que les choses étaient allées au delà de toutes ses espérances et ajouta :

- Vous pouvez aller chercher Remus et les enfants ?

- Pourquoi ?

- Pour des raisons trop longues à expliquer maintenant, il s'avère que le testament de mon frère et de sa femme n'à jamais été ouvert. Donc nous allons l'ouvrir maintenant. Je vous dirai tout quand nous serons revenus à Poudlard.

La directrice adjointe de Poudlard acquiesça et quitta la banque. Elle revint une vingtaine de minutes plus tard, avec les personnes demandées.

Tous semblaient s'interroger sur les raisons de leur présence et Maria répondit qu'ils sauraient tout dans quelques minutes. Elle conduisit les nouveaux arrivants jusqu'à une salle, où le directeur lui avait donné rendez-vous.

Ils furent accueillis par Gripsec et son supérieur qui se présentèrent, puis chacun donna son nom. Les deux Gobelins expliquèrent à ceux qui n'avaient pas été mis au courant qu'ils étaient tous invités à assister à l'ouverture du testament des Potter.

Remus, le seul autre sorcier adulte du groupe, se tourna vers Maria :

- Leur testament n'avait pas déjà été ouvert ?

- Non. Dumbledore s'est assuré personnellement qu'il ne puisse l'être que par lui-même. Mais d'après les Gobelins, il est possible que je puisse l'ouvrir parce que je suis une Potter de naissance.

À ce moment-là, Gripsec l'appela et elle le rejoignît. Il lui expliqua qu'elle avait juste à faire tomber une goutte de son sang sur le sceau de cire qui fermait l'enveloppe devant eux. Il ajouta qu'il allait lui piquer le doigt avec une aiguille et que ce serait désagréable mais pas douloureux. Maria tendit la main au dessus du sceau et fit une grimace quand l'aiguille s'enfonça dans son doigt. Cependant, il semblait que la théorie du directeur était la bonne, puisque le sceau fondit aussitôt que la goutte entra en contact avec la cire.

Comme s'il s'agissait d'une beuglante, l'enveloppe se déplia toute seule, laissant apparaître une feuille et une voix retentit dans toute la pièce :

« Nous, James Fleamont Potter et Lily Violet Evans-Potter, attestons être sains de corps et d'esprit.

À nos enfants adorés, Harry et Sarah, nous léguons l'intégralité de la somme contenue dans les coffres Potter, accessible dès leur majorité, ainsi que la maison de Godric's Hollow.

À Maria, la marraine de notre fille, et à sa famille, nous léguons la somme de 100 000 Gallions - et la maison où nous avons grandi. -

À notre ami Remus Lupin, le parrain de notre fille, nous léguons 200 000 Gallions, car nous savons à quel point il lui est difficile de trouver du travail et de joindre les deux bouts.

À notre meilleur ami, le parrain de notre fils, Sirius Black, nous léguons le manoir de Londres, pour qu'il n'ait plus à retourner au Square Grimmaurd.

Si ce testament venait à être ouvert, cela signifierait que nous avons été trahis. Si une telle chose venait à arriver, cela voudrait dire que Peter Pettigrow, notre gardien du secret, nous a vendus à Voldemort. S'il l'a fait sous la torture, nous en sommes désolés. S'il l'a fait délibérément, qu'il aille rôtir en enfer. Bien que nous ayons fait croire le contraire pour protéger Peter, Sirius n'est pas le gardien.

Si nous venions à perdre la vie, l'éducation de Harry et Sarah doit être confiée aux personnes suivantes :

En premier lieu, Sirius, Remus et Maria

Ensuite, Regulus Black

Enfin, si ces personnes sont inaptes ou totalement injoignables, Severus Rogue - en espérant qu'il saura faire passer son amitié envers Lily avant la haine qu'il me porte -

En aucun cas, ils ne doivent atterrir chez les Dursley. Ce serait la pire des choses à faire.

Fait à Gringotts

Le 15/09/1981 »

À peine la lecture fut-elle finie que Harry se leva d'un bond. Si son visage restait impassible, ses yeux, eux, brûlaient d'une fureur mal contenue. À mesure que la lecture continuait, il avait eu tout le temps d'assimiler la nouvelle. Lui aussi, il avait un parrain. Un parrain en fuite, emprisonné pour un crime qu'il n'avait pas commis. Ou, en tout cas, pas totalement. Si le testament le disculpait de toute trahison, il restait tout de même accusé de meurtre. Il se tourna vers les deux adultes qui surent aussitôt qu'ils auraient du mal à se faire pardonner cet « oubli ».

Finalement, le professeur McGonagall ramena tout le monde à Poudlard et autorisa les enfants à ne pas aller en cours. Elle savait qu'ils avaient beaucoup de choses à se dire. Elle leur promit, ainsi qu'à Remus et Maria, de les excuser auprès de ses collègues. Maria, elle, se promit d'envoyer une lettre à la banque, ainsi qu'une copie du testament au ministère, afin que les dernières volontés du couple soit appliquées.

Pour le moment, elle avait un neveu furieux à gérer. Lorsqu'ils furent tous dans ses appartements, elle s'assit sur un canapé, Remus à côté d'elle. D'un coup de baguette, il fit apparaître une théière, un sucrier, six tasses et deux verres remplis de jus de fruit. Alexander et Samuel, les deux plus jeunes enfants de Maria, s'en emparèrent sans attendre. Leur mère pensa un instant à les réprimander, puis se dit qu'après les événements récents, elle pouvait leur laisser passer ce léger écart de conduite.

Elle reporta ensuite son attention sur les plus âgés. Alors que Harry n'avait pas décoléré depuis leur retour de Gringotts, sa sœur essayait tant bien que mal de le calmer, sans grand succès. Les jumeaux, quant à eux, semblaient plutôt perplexes. Pour eux, qui n'avaient jamais manqué de rien, la colère de leur cousin était difficilement compréhensible. L'adolescent finit par se lever d'un bond et posa brutalement les mains sur la table qui lui faisait face, manquant de renverser ce qui s'y trouvait. Il demanda d'une voix glaciale, s'adressant particulièrement au professeur Lupin, qui lui avait dit être un ami proche de son père :

- Vous le saviez, que Black était mon parrain ? Il répondit de lui-même à sa question. Oui, vous le saviez forcément. Pourquoi vous ne me l'avez jamais dit ?

- Harry…

- Répondez à ma question, professeur Lupin !

- Jusqu'à aujourd'hui, j'étais convaincu que… Sirius - Il prononça le nom avec une certaine hésitation, comme s'il avait encore du mal à y croire - avait vendu vos parents a Lord Voldemort.

- Dans ce cas, vous devez avoir une bien mauvaise opinion de l'amitié. Il était votre ami, si j'ai bien compris. Alors comment avez-vous pu croire une seconde à sa culpabilité ?

- Je… J'étais en deuil, je venais de perdre mes plus proches amis et Sirius était officiellement le gardien du secret. Quand il a été arrêté, les aurors ont dit qu'il avait rit comme un dément, et clamé qu'il les avaient tués. Il n'en a pas fallu plus à la population pour le croire coupable, et à moi non plus, même si aujourd'hui j'en ai honte.

Il marqua une pause, puis ajouta :

- Mais tu as raison. Je n'aurais pas dû te cacher cette information, pas après ce que Sarah et toi avez vécu ces dernières années. Je voulais avant tout vous protéger, je n'ai pas pensé que vous pourriez en souffrir, et j'en suis sincèrement désolé.

Étrangement, les quelques explications, ainsi que les excuses, du jeune professeur suffirent à calmer Harry. Le plus jeune repris la parole et demanda :

- Qu'est-ce qui va se passer, maintenant ?

Ce fut Maria qui lui répondit :

- Je vais envoyer une copie du testament au ministère, et je ne les lâcherais pas avant que le nom du véritable traître soit rendu public. Ainsi, Sirius sera toujours recherché pour le meurtre de Pettigrow et des douze moldus, mais plus pour trahison. Et j'ai une autre bonne nouvelle.

- Laquelle ?

Cette fois, la question venait de Sarah. Maria se leva et quitta la pièce quelques secondes, avant de revenir avec un papier qu'elle tendit à Harry. Le garçon l'attrapa et commença à lire. En plein milieu, lorsqu'il comprit de quoi il retournait, il poussa un grand cri de joie. Il passa le document à sa sœur et se jeta dans les bras de sa tante en murmurant :

- Merci, merci, merci, merci…

Sarah eut exactement la même réaction, et quand ils se relevèrent, personne ne put manquer les larmes de joie qu'ils avaient sur le visage. Enfin, quelqu'un avait fait ce qu'ils avaient attendu pendant toute leur enfance. Enfin, quelqu'un avait fait en sorte qu'ils ne retournent jamais la bas.

Maria en profita pour leur proposer de passer les vacances de Noël avec eux. Harry et Sarah, dont Noël se résumait jusque là à ceux passés à Poudlard, s'empressèrent d'accepter. Ce serait le premier pour Sarah, qui avait passé une bonne partie de l'année précédente à l'infirmerie. Harry n'en n'avait pas beaucoup profité non plus, trop inquiet pour elle. Et en première année, Harry était trop inquiet pour sa sœur, dont il était sans nouvelles depuis des semaines, pour vouloir fêter Noël. La conversation dériva ensuite sur des sujets plus joyeux.

Aussitôt qu'ils quittèrent l'appartement, Harry et Sarah allèrent raconter à leurs amis ce qu'ils venaient d'apprendre.

Quelques jours plus tard, la gazette du sorcier titrait :

PETER PETTIGROW, VÉRITABLE GARDIEN DU SECRET DES POTTER ! LA VÉRITÉ ÉCLATE AU GRAND JOUR !

L'article qui suivait, signé Rita Skeeter, disait qu'une lettre anonyme contenant également une copie du testament des Potter leur avait révélé la vérité sur ce point de l'affaire Black. Tandis que Maria était outrée que sa participation ne soit réduite qu'à « une lettre anonyme », Ron ne vit pas Croûtard quitter la grande salle en toute discrétion.

OoooO

À des kilomètres de la…

Dans la grotte où il s'était réfugié depuis la rentrée, un chien revenait de Pré-au-Lard avec le journal du jour dans la gueule. Il le laissa tomber à terre et reprit sa véritable forme. Celle d'un homme d'une trentaine d'années, à l'air décharné, aux longs cheveux bruns emmêlés et au regard étonnamment lucide. Sirius Black, puisqu'il s'agissait bel et bien de lui, attrapa le numéro de la gazette du jour, qu'il venait de récupérer, et sa mâchoire manqua de se décrocher lorsqu'il lut :

PETER PETTIGROW, VÉRITABLE GARDIEN DU SECRET DES POTTER ! LA VÉRITÉ ÉCLATE AU GRAND JOUR !

L'article qui suivait, signé Rita Skeeter, disait qu'une lettre anonyme contenant également une copie du testament des Potter leur avait révélé la vérité sur ce point de l'affaire Black. Il se demanda qui pouvait bien être à l'origine de cette lettre. Certainement pas Remus, qui devait le croire coupable. Les seules personnes à connaître sa véritable implication dans l'histoire étaient James, Lily et Peter. Les deux premiers étaient morts. Quant au troisième… S'il venait à recroiser son chemin, ce sale rat n'en sortirait pas vivant. En relisant l'article, cela lui parut étrange que la source soit une lettre anonyme. Seul quelqu'un ayant assisté à la lecture du testament aurait pu l'envoyer. Hors, à sa connaissance, Remus et lui étaient les amis proches des Potter à être encore en vie.

Soudain, un nom lui revint en mémoire. Quelqu'un qu'il avait connu dans sa jeunesse, mais n'avait pas revu depuis des années. Il murmura d'une voix rauque, signe qu'il n'avait pas l'habitude de parler à voix haute :

- Maria…

Était-il réellement possible que la sœur de James ait survécu à la guerre et soit de retour en Angleterre ? Si oui, alors il était probable qu'elle soit l'auteur de la lettre dont parlait la Gazette. Et il pensait la connaître assez pour savoir que jamais elle n'aurait envoyé une lettre anonyme. Ce qui signifiait probablement que la personne à l'origine de l'article voulait récupérer toute la gloire. Il sourit à l'idée qu'il serait peut-être bientôt libre, puis se rappela qu'il était le seul à savoir que Pettigrow était vivant.

Il se leva brusquement en se rappelant qu'il s'était évadé après avoir vu dans le journal, quelques semaines plus tôt, que le traître se cachait parmi les Weasley. Il laissa toutes ses affaires sur place, se métamorphosa et partit en direction de l'école de sorcellerie où étudiait son filleul.