Chapitre 23 : Imposture

Quelques semaines s'étaient écoulées depuis la visite à Gringotts. Halloween approchait à grands pas, et la sortie à Pré-au-Lard organisée ce jour-là également. Il avait fallu du temps à Harry avant d'oser demander à Maria si elle voulait bien lui signer son autorisation de sortie, mais il avait fini par se lancer en début de semaine, et sa tante avait bien évidemment accepté. D'autant plus que l'identité du véritable traître ayant été dévoilée, Harry ne courait plus aucun risque à se montrer dans le village.

La veille de la sortie, il fut intercepté par Remus. Le jeune professeur l'emmena dans son bureau et lui révéla l'existence de la Carte des Maraudeurs. Il lui dit également, qu'alors qu'il pensait qu'elle avait été détruite par Rusard, qui la leur avait confisqué durant leur dernière année, il avait constaté que les jumeaux Weasley l'avaient en leur possession.

Harry, en bon Gryffondor qu'il était, alla immédiatement voir les jumeaux pour leur demander s'ils pouvaient lui prêter la carte, sans écouter ses amis et sa sœur, et tout particulièrement Drago, qui lui disaient de ne pas foncer sans réfléchir. Évidemment, les deux cinquième année ne comprirent pas tout d'abord comment il pouvait connaître son existence. Ils n'en n'avaient parlé à personne d'autre que Lee Jordan, et ils savaient que leur ami n'aurait pas trahi leur confiance, encore moins sans les avertir. Harry leur avoua à ce moment là que le professeur Lupin était l'un des créateurs de la Carte, et un ami proche de ses parents.

Ils eurent des étoiles dans les yeux en l'apprenant et lui remirent aussitôt ce qu'il était venu leur demander. Harry, qui voulait la carte pour explorer un peu l'école avec Ron, Drago et Lukas, s'aperçût au moment de l'ouvrir qu'il n'en connaissait pas le « mot de passe ». Remus avait refusé de le lui donner, arguant qu'il lui serait bien plus gratifiant de le découvrir par lui - même - il avait cru entendre parler Drago -. Quant aux jumeaux, il n'avait même pas pensé à leur poser la question.

Finalement, il ramena sa trouvaille jusqu'à la salle commune, où l'attendaient les trois autres. Il se dit que Sarah allait le tuer d'avoir fait ça sans elle. Pour la première fois depuis plus d'un an, il regretta que sa sœur ne soit pas dans la même maison que lui. Revenant à la réalité, il posa la Carte sur la table qui se trouvait devant eux. Ils tentèrent toute sortes de choses, jusqu'à ce que des lettres commencent à se former sur le parchemin :

Messieurs Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue sont fiers de vous présenter… La carte du Maraudeur

Monsieur Lunard est fier de voir que des jeunes prometteurs ont trouvé la Carte…

Mr Queudver se demande qui ils sont…

Mr Cornedrue aimerait que ses enfants entrent en possession de la Carte…

Monsieur Patmol est d'accord avec les trois autres…

…et les Maraudeurs se demandent quel usage ces jeunes gens souhaitent faire de leur carte.

Harry sourit en lisant ces mots, et répondit simplement :

- Mon nom est Harry Potter, et mes amis et moi aimerions être les dignes successeurs des Maraudeurs mais nous ne savons pas comment faire apparaître la Carte.

Messieurs Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue tiennent à dire que leur carte ne se dévoilera qu'à ceux qui s'en montreront dignes.

Ce fut à nouveau avec un sourire, plus malicieux celui là, que l'adolescent répondit :

- Lorsque nous étions en première année, mes amis et moi avons réussi à nous venger d'une injustice perpétrée par un professeur. Et nous avons également colorés les élèves aux couleurs des autres maisons.

Dans ce cas, messieurs Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue estiment que ces jeunes gens sont dignes de reprendre leur flambeau et leur demandent de jurer solennellement que leurs intentions sont mauvaises pour atteindre leur objectif. Et de fermer la Carte quand leur méfait est accompli.

Le texte disparut et la carte redevint un parchemin vierge. Ils tentèrent alors d'appliquer ce qu'ils venaient d'apprendre. Harry prononça en donnant un coup de baguette :

- Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

La carte, jusque-là un simple parchemin vierge usé, s'anima alors. Des traits apparurent, dessinant peu à peu ce qui apparut comme étant clairement un plan de l'école et des mots s'inscrivirent :

Messieurs Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue, spécialistes en assistance aux Maniganceurs de Mauvais Coups, sont fiers de vous présenter

LA CARTE DU MARAUDEUR

Ils parcoururent du regard le plan qui venait d'apparaître, constatant que celui-ci indiquait la position exacte de chacun dans l'école. Ils purent ainsi voir que Dumbledore faisait les cent pas dans son bureau, ou que Rusard patrouillait dans les couloirs, accompagné comme toujours de sa fidèle Miss Teigne. Nul doute que cette récente découverte allait beaucoup les aider.

Alors qu'ils étaient en train de parcourir la carte du regard, une exclamation de Lukas retint leur attention :

- Eh ! Regardez !

Tous se tournèrent vers le plus jeune, et vers la direction que pointait son doigt. Harry se sentit bouillir de colère en lisant le nom qui s'affichait : Peter Pettigrow. D'après la carte, le traître se trouvait près de la cabane du garde chasse, et était immobile. Ne prenant pas le temps de réfléchir, ils quittèrent la salle en emmenant le morceau de parchemin.

Cachés sous la cape d'invisibilité de Harry pour ne pas se faire repérés, ils avançaient en tenant la carte des Maraudeurs devant eux. En arrivant dans le parc, ils commencèrent à se poser des questions. Ils approchaient de leur destination, mais ne voyaient personne. En sentant la sensation de froid typique des détraqueurs, ils allèrent frapper à la porte de Hagrid. Celui ci leur ouvrit et parut ravi de les voir :

- Entrez les garçons ! Qu'est ce qui vous amène ?

Harry expliqua qu'ils se promenaient dans le parc quand ils avaient senti arriver les détraqueurs. Comme ils étaient près de chez lui, ils avaient décidé de passer le voir. Le demi-géant ne chercha pas plus loin et leur proposa du thé et des gâteaux qu'ils refusèrent poliment, arguant qu'ils venaient de manger.

Harry continuait de jeter des coups d'œil à la Carte, lorsqu'il remarqua quelque chose d'étrange. D'après le parchemin, Pettigrow était à l'intérieur de la cabane. Hors, il ne le voyait nulle part. À sa connaissance, il était le seul à Poudlard à posséder une cape d'invisibilité. Le cri de Ron attira son attention :

- Croutard !

L'adolescent roux attrapa son animal de compagnie, qui essaya de se faire la malle. En regardant sur la Carte, Harry étouffa un cri d'horreur et blêmit : le nom de Peter Pettigrow et celui de son ami se superposaient…

Au moment où il comprit ce que cela signifiait, Drago regarda par dessus son épaule et réagit immédiatement :

- Ron ! Lâche-le ! Tout de suite !

Le plus âgé répondit, très intelligemment :

- Hein ?

Le blond, levant les yeux au ciel, répliqua :

- Ce n'est pas un rat ! C'est Pettigrow !

Sous le choc, le garçon lâcha l'animal… Qui commença à se métamorphoser. Le rat devint peu à peu un homme, petit et grassouillet, dont le visage rappelait à juste titre celui d'un rat. Dragon ne lui laissa pas le temps de s'enfuir et lança :

- Stupefix !

Le sort n'était pas très puissant, compte tenu de l'âge du lanceur, mais eut le mérite de faire réagir Harry, Hagrid et Lukas. Tandis que le premier se remettait de ses émotions, le plus jeune lança :

- Je vais chercher maman !

Drago approuva d'un signe de tête, puis demanda à Hagrid :

- Vous pouvez renforcer mon sort et le ligoter ? Je vais chercher le professeur McGonagall.

Le fils de Lucius eut le temps de voir le demi géant s'exécuter puis quitta la cabane et prit la direction du château.

En attendant que les deux autres reviennent, Ron se remettait également du choc qu'il venait d'avoir et Harry surveillait leur prisonnier. Ils commençaient à trouver le temps long, lorsque la porte s'ouvrît avec fracas. Harry leva les yeux de sa surveillance et fut soulagé de voir arriver sa tante.

Laquelle se stoppa net en voyant celui qui l'avait indirectement privée de son frère. Pourtant, alors qu'elle aurait eu toutes les raisons de le faire, Maria ne céda pas à la colère et laissa Hagrid et les enfants lui raconter ce qui venait de se passer. Elle avait été surprise de voir son fils aîné débarquer essoufflé à l'appartement mais l'avait écouté lui dire qu'ils avaient capturé Pettigrow et l'avait suivi jusqu'à la cabane de Hagrid pour en avoir le cœur net.

Au même moment, Drago revint avec la directrice adjointe, qui prit les choses en main. Elle lança un sort qu'aucun d'eux, mis à part Lukas même s'il n'en montra rien, ne reconnut qui fit apparaître un chat à qui elle souffla un message. L'animal partit aussitôt.

Devant leurs regards interrogateurs, elle expliqua qu'il s'agissait d'un Patronus, un sort de magie blanche et qu'elle l'avait envoyé chercher le ministre et un auror. Comme Lukas n'avait pas l'air surpris, elle lui demanda :

- Mr Brown, vous connaissez ce sort ?

Le garçon expliqua :

- Notre professeur de défense nous en a parlé en cours l'an dernier.

Des coups se firent entendre et Hagrid alla ouvrir :

- Monsieur le directeur ? Qu'est ce qui vous amène ?

À l'intérieur, les autres se figèrent en entendant cela, et la voix de Dumbledore en réponse :

- Depuis mon bureau, j'ai vu de l'agitation dans le parc donc je suis venu voir ce qu'il se passait.

Les deux adultes échangèrent un regard paniqué. Ils empruntèrent sa cape à Harry et la jetèrent sur leur prisonnier, tout en continuant à le tenir en joue. Tout le temps que dura la visite du directeur, ils furent tendus. Hagrid et les enfants n'étaient pas à l'aise non plus. Aussitôt l'intrus partit, Harry récupéra sa cape et McGonagall renouvela le sort qui immobilisait son ancien élève pour ne prendre aucun risque.

Peu de temps après, des coups contre la porte se firent entendre une nouvelle fois. Hagrid alla ouvrir et revint cette fois avec le ministre.

Maria, qui le rencontrait pour la première fois, se présenta, ainsi que son fils. Les enfants racontèrent tout se qui s'était passé à Fudge, qui se désintéressa ensuite d'eux pour se concentrer sur Pettigrow. Il demanda à la directrice :

- Êtes-vous sûre qu'il s'agit bien de Peter Pettigrow ? Je vous rappelle que Black l'a tué.

- Évidemment que j'en suis sûre. Pour qui me prenez-vous, Fudge ? Et moi, je vous rappelle que jusqu'au mois dernier, nous pensions que Black était un traître.

L'auror qui accompagnait le ministre, un homme d'une trentaine d'années qu'elle n'avait pas le souvenir d'avoir déjà vu, lui adressa un sourire discret. Le ministre prit la parole :

- Professeure, je vous présente Orion Reed. C'est une nouvelle recrue parmi les aurors. D'après l'auror Maugrey, il est très prometteur. Reed, je vous présente le professeur McGonagall, directrice adjointe de Poudlard et directrice de la maison Gryffondor.

- Bonjour, Mr Reed.

- Bonjour, professeur.

Elle n'a pas changé, se fit-il la réflexion. Il ajouta mentalement : Je ne pensais pas la revoir un jour…

Le professeur McGonagall ne se souvenait pas l'avoir déjà eu comme élève, et demanda :

- Avez-vous fait vos études à Poudlard ? Je ne me souviens pas vous avoir vu dans ma classe.

Il répondit :

- Non, j'ai fait mes études en Amérique et j'ai également effectué ma formation d'auror la bas. Ce n'est que cette année que j'ai demandé mon transfert en Angleterre.

Puis s'adressant à son supérieur :

- Monsieur, on emmène le prisonnier et on repart ?

Le ministre acquiesça. Le jeune auror attrapa Pettigrow par le bras avec une grimace de dégoût et quitta les lieux avec le traître, suivis par Fudge.

Quelques jours plus tard, le journal sorcier titrait :

PETER PETTIGROW ARRÊTÉ PAR UN NOUVEL AUROR !

L'article, à nouveau signé Skeeter, expliquait que dans une interview donnée la veille, le ministre avait dit que le traître avait été arrêté par un auror nouvellement arrivé en Angleterre et qu'il était fier de lui parce qu'il avait arrêté seul un homme dangereux. Le journal disait également qu'en conséquence de ces nouveaux éléments, Sirius Black était attendu au ministère le plus vite possible pour « une réévaluation de son cas ». En lisant l'article, les concernés n'en croyaient pas leurs yeux : leur implication dans l'affaire était totalement passée sous silence. Leurs noms n'étaient même pas cités. Tout laissait à croire que l'auror Reed était le héros de cette histoire. Drago, sans qui Pettigrow serait encore libre, était particulièrement furieux. Il se souvint alors que sa mère lui avait dit être née Black.

Le blond prit son mal en patience et alla en informer Harry aussitôt sa journée de cours terminée. Le fils Potter ne comprit tout d'abord pas pourquoi il lui disait cela, jusqu'à ce que l'autre lui explique que, du coup, cela signifiait que Sirius Black était un cousin de sa mère. Il lui proposa donc de le contacter pour lui donner la véritable version de l'histoire.

Harry accepta et Drago repartit dans son dortoir. Il s'installa à son bureau et commença à écrire puis alla à la volière, ou il confia la lettre au hibou offert par sa mère pour sa première rentrée à Poudlard. Il lui dit d'apporter le courrier à Sirius Black, avant de retourner dans son dortoir.

OoooO

Dans la cabane hurlante

Sirius revenait de sa promenade quotidienne avec la gazette, quand un hibou pénétra dans son antre. Étonné, il délaissa le journal et s'approcha de l'animal qui, remarqua-t-il, portait une lettre. Personne ne connaissait sa cachette, ce qui signifiait que le courrier lui était personnellement destiné. Qui pouvait bien lui écrire ? Décidant d'en avoir le cœur net, il attrapa l'enveloppe, la décacheta et en sortit la lettre qu'elle contenait :

Cher Mr Black,

Je ne vous dirais pas qui je suis dans l'immédiat, car vous refuseriez de lire ce courrier. Avez-vous déjà lu le journal de ce matin ? Si non, tant mieux. Si oui, sachez que ce qui y est écrit n'est qu'un ramassis d'âneries.

Toujours est-il que j'estime qu'étant l'un des principaux concernés, vous devez connaître la vérité sur l'affaire qui nous intéresse.

Il y à quelques jours, mes amis et moi avons fait l'acquisition d'une carte toute particulière.

Sirius sourit en lisant cette phrase. Il avait sa petite idée sur ce qu'était ladite carte. Il repris sa lecture :

Pour faire court, nous avons repéré Pettigrow près de la cabane de Hagrid et y sommes allés. Les choses se sont accélérées lorsque nous avons compris que Pettigrow se cachait derrière le rat d'un ami a nous. J'ai immobilisé le traitre et envoyé quelqu'un chercher un adulte. Le cousin de Harry est allé chercher sa mère.

Je ne sais pas qui est ce gamin, mais il est drôlement courageux, pensa Sirius. Il continua sa lecture :

En quelques minutes, Pettigrow à été ligoté et bâillonné. On à eu la visite de Dumbledore mais on à réussi à le duper. Puis Fudge est arrivé avec un auror et ils ont emmené le traître.

Lisez le journal, vous verrez que leur version est très différente.

Bonne journée,

Drago L. Malefoy

PS : Auriez vous lu cette lettre si je m'était présenté d'office ?

PPS : Je vous contacte à la demande de Harry. Si vous souhaitez établir une correspondance avec lui, dites le moi et je ferais passer le message puis il vous enverra sa chouette.

Il devait bien avouer que non. Bien qu'il ne l'ait jamais rencontré en face, il savait que sa cousine avait eu un fils avec Lucius Malefoy mais était surpris d'apprendre que leur gamin était visiblement ami avec son filleul. Par curiosité, il attrapa la gazette du jour et commença à lire l'article que le fils Malefoy avait mentionné dans sa lettre.

Comme l'avait averti le plus jeune, les deux versions étaient drastiquement différentes. Étrangement, bien qu'il n'ait probablement pas tous les détails, celle de l'adolescent était la plus crédible. Ne serait-ce que parce qu'il ne voyait pas comment un auror tout juste débarqué en Angleterre aurait pu capturer quelqu'un qui se faisait passer pour mort depuis maintenant 12 ans. Il se figea en lisant la fin de l'article. Comment savoir si cette convocation au ministère n'était pas un piège ?

Il passa la nuit à y réfléchir, pour finalement parvenir à la conclusion que la meilleure solution pour en avoir le cœur net était encore de s'y rendre. Prenant son courage à deux mains, il se métamorphosa et quitta la cabane hurlante, où il s'était installé depuis qu'il avait quitté la caverne au nord de Pré-au-Lard, quelques semaines plus tôt.

À l'aube, il sortit du passage sous le saule cogneur et pénétra dans la forêt interdite. Il traversa la forêt jusqu'à avoir quitté l'enceinte de l'école puis reprit forme humaine. Pour s'assurer de ne pas être vu, il se mit derrière un arbre et transplana à Londres, atterrissant dans une ruelle proche du ministère. Il redevint un chien, jusqu'à arriver devant la cabine permettant d'accéder au ministère. Il y entra et repris sa forme humaine. Et se stoppa en se rendant compte que sans le code d'accès - qu'il ne connaissait pas - il ne pouvait pas accéder à sa destination. Une voix jeune et enthousiaste retentit derrière lui :

- Bonjour !

Sirius se retourna, sur ses gardes. Le nouveau venu n'avait pas plus d'une trentaine d'années. Il avait des cheveux mi-longs noirs, avec des reflets bleus nuit, ondulés et des yeux de la couleur de l'acier. Il s'adressa à lui :

- Mr Black ? Vous êtes là pour votre convocation ?

Le plus vieux acquiesça puis ajouta, légèrement gêné :

- Mais je ne suis toujours pas sûr qu'il ne s'agisse pas d'un piège. Vous êtes ?

- Ne vous inquiétez pas, je suis sûr que tout va bien se passer. Et mon nom est Orion Reed, dit-il avec un accent américain assez prononcé.

Sirius ne sut tout d'abord pas pourquoi ce nom lui était familier, puis l'article de la veille lui revint et il s'exclama :

- Vous êtes l'auror qui a arrêté Pettigrow !

L'autre parut soudainement mal à l'aise et répondit :

- Arrêté est un bien grand mot… Quand je suis arrivé dans la cabane du garde chasse de Poudlard, Peter Pettigrow était déjà à terre, ligoté et bâillonné. Je n'ai eu qu'à le cueillir. Sans l'intervention des jeunes présents sur les lieux, nul doute qu'il serait encore en liberté à l'heure qu'il est. Et vous pouvez me tutoyer, vous savez.

Tandis que l'auror composait le code d'accès - 6-2-4-4-2 -, Sirius répliqua avec un naturel qui l'étonna, sachant qu'ils venaient de se rencontrer :

- Uniquement si vous faites de même ! Et appelez moi Sirius, Mr Black était mon père.

Orion répondit avec un sourire que son interlocuteur ne sût comment interpréter :

- C'est d'accord… Sirius.

Il ne put dissimuler l'émotion nettement perceptible dans sa voix lorsqu'il prononça le dernier mot, ce que Sirius ne comprit pas. C'était leur première rencontre, alors pourquoi l'auror réagissait comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis plus de vingt ans ?

Après cela, la montée se fit dans un silence tranquille. Aucun des deux hommes ne ressentit le besoin de parler. Lorsque la cabine s'arrêta, ils en sortirent tous les deux. Sirius s'apprêtait à rejoindre le Hall, lorsqu'Orion l'interpella :

- Attends ! Je peux t'accompagner, si tu veux ?

Le plus vieux accepta et ils se dirigèrent vers l'Atrium du ministère pour une entrevue qui allait, ils l'espéraient tous deux, permettre à l'ancien prisonnier de retrouver une vie normale.

Arrivés dans l'Atrium, ils se dirigèrent tous deux vers le guichet d'enregistrement des baguettes et montrèrent leur badge - qui indiquait « entrevue avec le ministre » - au sorcier qui se trouvait derrière le guichet. Celui ci prit leurs baguettes et les laissa passer.

Le plus jeune accompagna l'ancien prisonnier jusqu'à son lieu de rendez-vous. Devant la porte du bureau de Cornelius Fudge, avant de le laisser entrer, il lui dit :

- Je vais devoir y aller. Courage et bonne chance, je suis sûr que tout va bien se passer.

Il lui tendit un bout de papier en ajoutant :

- Voila mon adresse, si jamais tu veux me prévenir de l'issue de l'entrevue. Ou même simplement si un jour tu as besoin de parler.

Sirius glissa le mot dans l'une des poches de sa robe et frappa contre la porte. Une voix lui répondit :

- Entrez !

Il abaissa la poignée de la porte et poussa le battant, puis pénétra dans la pièce. Il était nerveux, sachant parfaitement que son avenir dépendait totalement du résultat de ce rendez-vous. La vue des deux aurors présents ne fut pas pour le rassurer. Le Ministre du remarquer son trouble, puisqu'il lui dit d'un ton aussi poli que possible :

- Bonjour Mr Black. Asseyez-vous donc, ne soyez pas si nerveux. Je crois que nous avons beaucoup de choses à nous dire.

Ledit Black acquiesça et s'exécuta en silence. Le ministre prit la parole en premier. Il tenta de se montrer aussi rassurant que possible et lui expliqua qu'il n'avait pas à s'en faire et que cette entrevue n'avait absolument pas pour objectif de le renvoyer à Azkaban, puisque Pettigrow avait été arrêté et avait avoué sans poser de problèmes. De ce fait, il avait donc été directement transféré dans la célèbre prison sorcière. Sirius demanda alors :

- Dans ce cas, pourquoi m'avoir fait venir ?

- Pour savoir ce que vous comptez faire maintenant que vous êtes officiellement libre. Enfin, vous ne le serez réellement officiellement qu'une fois le procès passé et Pettigrow condamné, mais nous savons tous deux que ce ne sera que simple formalité.

Le plus jeune acquiesça, encore un peu sonné par la réalisation de ce que tout cela signifiait. Il était libre. Vraiment libre. Il n'avait plus besoin de se cacher. Il en eut les larmes aux yeux, après près d'une douzaine d'années en prison et plusieurs mois de fuite, il allait enfin avoir la possibilité d'avoir la place qu'il aurait toujours dû avoir dans la vie de son filleul et de Sarah.

Il était tellement ému qu'il n'entendît pas le ministre l'appeler. Ce ne fut que lorsque celui ci s'exclama :

- Mr Black !

Qu'il revint sur terre. Il demanda :

- Oui ?

- Vous ne m'entendiez pas ? Je vous appelle depuis plus de deux minutes.

- Oh… Hmm… Excusez-moi, j'étais perdu dans mes pensées.

- Je vois cela… Je disais donc que je suis conscient que vous avez perdu douze ans de votre vie et que rien ni personne ne pourra réparer le préjudice que vous avez subi. Je tiens cependant au moins à essayer de me faire pardonner et c'est pourquoi j'ai une proposition à vous faire.

- Laquelle ?

- Comme je vous l'ait dit, je sais que rien ne pourra vous rendre les années que vous avez perdu. Mais je peux vous aider pour votre avenir. Notamment en vous accordant la garde de votre filleul.

- Vous avez vraiment le droit de faire ça ?

- Je ne sais pas si j'en ai le droit, mais j'estime que c'est la moindre des choses après ce que vous avez vécu.

Sirius acquiesça. Il hésita à poser sa question suivante. Il ne voulait pas séparer Harry de sa sœur, mais il ne savait pas si le ministre accepterait de lui accorder cette faveur. Il finit tout de même par se décider :

- J'ai un service à vous demander…

- Je vous écoute.

- Voila… En fait, je ne sais pas si vous le savez ou non, mais Harry a une sœur. Et je ne veux pas les séparer.

Le ministre mit si longtemps à répondre que Sirius crut qu'il ne le ferait ou, pire, qu'il refuserait. Puis :

- Je n'y vois pas d'inconvénient, répondit-il finalement.

Sirius laissa échapper un soupir de soulagement se répondit :

- Merci Mr le Ministre.

Le plus âgé répondit que c'était la moindre des choses et allait mettre fin à l'entretien, lorsqu'il se rappela qu'il avait quelque chose à donner à son interlocuteur. Il prit la parole :

- Mr Black ?

- Oui ?

- Avant que nous nous quittions, j'aurais un dernier document à vous faire passer.

- Quel genre de document ?

Pour toute réponse, l'autre farfouilla un moment dans les tiroirs de son bureau avant d'en sortir ce qu'il cherchait, puis tendit ledit document à son destinataire. Sirius l'attrapa, le déplia et commença sa lecture. Il sentit les larmes lui monter aux yeux lorsqu'il comprit qu'il avait entre les mains une copie du testament de ses amis décédés. Il leva des yeux embués vers le ministre et celui-ci s'expliqua :

- J'ai pensé qu'il vous revenait de droit. Après tout, il s'agit du document qui vous a innocenté. De plus, vous y êtes cité en tant que personne à qui confier les enfants Potter et en tant que légataire. Je ne l'avais pas ouvert avant aujourd'hui, car j'avoue ne pas avoir pensé qu'il pourrait contenir des éléments concernant l'attaque d'il y a douze ans. Je suppose que ce n'est pas la peine de vous demander si vous souhaitez reprendre le poste que vous occupiez avant votre arrestation ?

- Non, effectivement, après tout ça je vais rester aussi loin que possible du ministère. Qui plus est, j'ai assez sur mon compte pour que ma famille n'ait plus jamais besoin d'un salaire.

Le ministre acquiesça et dit :

- Bien sûr, je comprends parfaitement.

Sirius se rendit alors compte qu'il s'était peu à peu détendu durant l'entretien, à mesure qu'il réalisait pleinement qu'il ne remettrait plus jamais les pieds à Azkaban. Le ministre conclut l'entrevue en ajoutant, sur le ton de la plaisanterie :

- En temps normal, j'aurais dû vous arrêter et vous faire condamner pour vous être évadé de prison. Cependant, compte tenu du fait que vous n'auriez même jamais du y mettre les pieds, je peux me permettre de passer l'éponge.

Sirius hocha positivement la tête puis l'autre se leva et il l'imita. Il serra la main que lui tendit Fudge et celui-ci lui dit :

- Au revoir, Mr Black, et bonne continuation. C'était un plaisir de vous recevoir.

- Merci, vous aussi.

Les deux aurors présents, qui n'avaient pas bougé depuis qu'il était entré dans la pièce, se contentèrent quand à eux d'un simple signe poli de la tête. Sirius le leur rendit et ressortit dans le couloir. Il eut alors la surprise de constater que l'auror qui l'avait accompagné à son arrivée l'y attendait. Lorsqu'il lui posa la question, le plus jeune répondit le plus naturellement du monde :

- Je voulais savoir si ça s'était bien passé avec le ministre. Je sais que l'on ne se connait pas, et tu dois me trouver bizarre mais je voulais m'assurer que l'arrestation de Pettigrow à été utile, d'autant plus que tu as été une victime collatérale de sa trahison.

Sirius se fit la réflexion que ce nouvel auror lui faisait étrangement penser à son jeune frère. Sauf que Regulus, son cadet, était mort depuis plus de quinze ans. De plus, son interlocuteur n'avait physiquement pas grand-chose à voir. D'un autre côté, cette dernière phrase était typiquement ce qu'aurait pu dire le plus jeune des frères Black.

Orion, de son côté, se traita mentalement d'idiot. Il avait remarqué l'expression troublée du plus vieux et comprit qu'il avait gaffé. Sirius n'était pas censé savoir qui il était réellement ! Il ne devait pas savoir qu'il était vivant !