Bonsoir bonsoir ! De retour avec un chapitre démesurément long x) Mon titre complet n'est pas passé, je suis tristesse. C'est sensé être "Madame Irma, la stagiaire au carré². Le carré "²" est important, merci.
Merci encore une fois à raveenamarcus pour tes reviews ! Ta question me rappelle que j'ai vraiment osé nommer un personnage Kevyn, au départ j'avais écrit ça sur un coup de tête, car j'avais la flemme de réfléchir à un autre prénom (ça remonte au chap 2 !). Mais j'ai jamais changé au final et ça me bute à chaque fois x) Dans mon imaginaire, c'est aussi un homme de Doffy infiltré qu'on connaît. Il reviendra, mais pas avant longtemps ;)
Du coup si tu suis les scans, je reprends : Mimi et Kass savaient que Shuusui devait se trouver sur la tombe de Ryuma à Wano (je pense même que Mihawk l'a déjà vue, avant que Moria ne la pille, mais pas Kass, qui était encore trop jeune), et ils comprennent pas pourquoi c'est Zoro qui l'a, alors qu'il n'a jamais été dans le NM !
Law est considéré comme un pirate cruel, oui ^^ Surtout après l'incident de Rocky Port qu'il a provoqué pendant l'ellipse, et où il y a eu beaucoup de victimes parmi les civils, tout ce que j'en ai dit est canon (sauf que j'ai brodé en disant que c'est la raison pour laquelle sa prime est montée, ça, c'est pas confirmé) ^^ Y'a que Luffy qui vit dans le monde des bisounours, les autres Supernovæ sont pas des gens que t'as envie de croiser x)
Tout comme l'a déjà appris et fait Zoro, oui, Mihawk peut communiquer avec son sabre, et vice-versa ^^ Mais en raison de sa puissance et sa meilleure maîtrise de son arme, cette dernière et lui peuvent de faire plus spontanément.
Bonne lecture à vous les loulous !
Perona plissait les yeux, scrutant le ciel nocturne. À travers la lunette de l'escargoscope, les étoiles brillantes se reflétaient dans son œil et la sueur perlait sur son front, à force de se concentrer. L'observatoire du manoir se trouvait dans la plus haute tour du bâtiment, et abritait en son sein de merveilleux outils astronomiques de qualité, qui eurent appartenu au royaume de Seglock autrefois.
– Donc l'étoile de Rigel, c'est celle-là ? demanda-t-elle à Kassandra, qui se trouvait derrière elle.
– Oui, acquiesça la jeune femme. J'ai réglé l'appareil sur elle, pour que tu puisses la voir tout de suite dans le ciel. Comme je l'ai dit, elle fait partie de la constellation d'Orion.
La jeune femme aux cheveux de jais fouilla les papiers qui se trouvaient sur le froid sol de pierre, à la recherche de la carte des constellations. Une fois trouvée, elle appela Perona, qui s'agenouilla près d'elle.
– Là, tu vois, Orion, dit-elle en pointant du doigt un tracé. Et là, Rigel. C'est une étoile clef, parmi celles qu'on utilise pour se repérer en mer. Mais on en utilise beaucoup d'autres.
– Mais il y en a vraiment beaucoup, là ! s'exclama la jeune fille fantôme en observant le document. On apprend vraiment tout ça, pour la navigation !?
– T'inquiète pas, on utilise les étoiles les plus brillantes, celles qu'on peut repérer facilement avec le sextant, la rassura Kassandra en secouant légèrement l'outil fragile qu'elle tenait entre les mains. Ces étoiles, on les appelle les éphémérides. Il y en a plus de quatre-vingt…
– Quoi !? Je ne vais pas apprendre quatre-vingt étoiles !
Kassandra leva les yeux au ciel et soupira. Perona était venue la voir il y a quelques jours, souhaitant apprendre de nouvelles choses. Elle se sentait sans doute lésée, en voyant Zoro s'entraîner alors qu'elle, elle ne faisait rien et s'ennuyait. La jeune fille avait donc demandé à Kassandra de lui apprendre la navigation, mais la tâche s'avérait bien plus périlleuse que ce à quoi elle s'attendait.
– Qu'est-ce que tu t'imaginais ? C'est dur, la navigation. Et la navigation astronomique, qui plus est, est indispensable. Donc oui, quatre-vingt étoiles. Elles ne bougent pas entre elles. Mais dans le ciel, si, dit-elle en marquant une pause et vit le regard perdu de la jeune fille en face d'elle.
Kassandra remonta ses cheveux en une queue de cheval et fouilla le désordre ambiant pour trouver une feuille vierge et de quoi écrire. Trempant la plume dans l'encrier, elle se mit à dessiner des schémas pour mieux expliquer le concept à Perona. Elle était consciente d'être une professeure plus que bancale et ses explications, autant que sa patience, laissaient à désirer, mais elle faisait de son mieux. Et elle était sûre que Perona en faisait tout autant.
– Regarde. Les étoiles, d'elles-mêmes, elles ne bougeront pas. Mais ce qui bouge, c'est la planète, on est d'accord ? recommença Kassandra en dessinant une flèche, avant de lancer un regard à Perona, qui hocha la tête. Notre planète, elle tourne sur elle-même, ce qui permet le cycle du jour et de la nuit, mais elle tourne aussi autour du soleil. Tu me suis ? Les constellations ont toujours les mêmes formes, et elles bougent en effectuant le même axe que la planète, en suivant l'étoile polaire.
Perona acquiesça, comprenant cette fois-ci les explications et fixant le schéma simplifié qu'avait dessiné Kassandra. Étant novice dans le domaine, elle avançait à petits pas.
– Mais si ça bouge sans arrêt dans le ciel, comment on fait pour se repérer ? C'est pas possible !
– Si, c'est possible, grâce à ça, répondit simplement Kassandra en levant le sextant. Je sais que l'outil peut sembler barbare, comme ça, et c'est vrai, c'est dur de l'utiliser. Mais il faut juste prendre l'habitude, et toujours répéter le même mécanisme et les mêmes gestes.
– Ouaaah, ça a l'air trop bien ! s'excita Perona en prenant le sextant délicatement dans les mains, regardant l'horizon à travers la lunette.
– Noon, c'est pas comme ça qu'on l'utilise, on est pas au niveau de la mer…, lui expliqua la jeune femme en lui reprenant l'appareil des mains. Je vais t'apprendre les bases, la théorie sur son utilisation, et on essayera la pratique un autre jour. J'ai pas le temps de sortir en mer avec toi aujourd'hui, on doit partir avec Mihawk. Et tu ne connais pas encore les calculs à appliquer, donc c'est trop tôt encore. Punaise, la trigonométrie, ça c'est barbare par contre…
À la recherche d'un carnet de notes, Kassandra tapota la place à ses côtés et Perona la rejoignit, s'asseyant en tailleur. La jeune femme aux cheveux de jais entreprit de lui expliquer la théorie de l'utilisation du sextant, tournant les différentes manivelles de l'appareil et manœuvrant la carte des constellations. Montrant successivement les outils dont elles auraient besoin, elle sortit de sa poche la montre à gousset qu'elle avait subtilisée à Mihawk, et un escargomètre.
– Prenons un exemple concret, dit-elle en tournant la page. Tu regardes l'heure, là, il est 21h51, et quand l'aiguille arrive pile à zéro…, continua Kassandra en tenant dans une main la montre et dans l'autre l'escargomètre. Tu enclenches l'appareil. Il est 21h52 précise. Ensuite, on doit évaluer l'erreur de collimation du sextant. La marge d'erreur, quoi. Et…
– Je comprends rien…, souffla Perona en baissant les épaules.
Kassandra se gratta la nuque, jouant avec une mèche de cheveux. En théorie, comment pouvait-elle expliquer quelque chose de si complexe sans le montrer directement ? La navigation astronomique était un sujet plus que difficile, mais pour lequel Perona éprouvait de l'enthousiasme. Contrairement à elle, Kassandra était sceptique au départ face à la demande de la jeune fille, s'occupant déjà d'une partie de l'entraînement de Zoro, donc étant très occupée. Mais après maintes, et surtout insupportables demandes de Perona, elle accepta finalement sa requête. Mihawk lui avait appris la navigation, il y a quelque temps, mais jamais elle ne s'était retrouvée à la place du professeur. Elle voulut essayer au départ, voulant aider la jeune fille fantôme, mais maintenant qu'elles entraient dans le cœur du sujet, elle s'en mordait les doigts.
– Bon, prononça finalement Kassandra en écartant ses notes. On s'en occupe un autre jour alors, quand on sortira en mer. Pour l'instant, essaye d'apprendre les plus importantes étoiles des constellations, les éphémérides, ce sera déjà pas mal, conclut-elle en roulant la carte astrale et en la fourrant dans les bras de Perona.
La fille fantôme serra le rouleau dans ses mains et un sourire d'excitation étira ses lèvres. Ses yeux, brillants, parcouraient avec intérêt tous les documents dispersés au sol. Tous les jours depuis sept mois, elle voyait Zoro se tuer pendant son entraînement, supervisé majoritairement par Mihawk, mais également par Kassandra. Elle se sentait mise de côté, presque inutile et invisible aux yeux des autres depuis son arrivée. Et cela ne lui plaisait pas du tout. Elle aussi souhaitait apprendre de nouvelles choses et utiliser son temps de façon intelligente. Son objectif ultime était évidemment de retrouver Gecko Moria, son capitaine. Mais pour le réaliser, elle devait attendre de potentiels indices quant à sa localisation. Mihawk l'avait assurée que Moria devait être en vie, contrairement à ce que stipulait le journal quotidien. Mais pour pouvoir retrouver l'ex-Grand Corsaire, elle se devait d'apprendre à naviguer par elle-même pour voyager comme elle le désirait. Perona avait passé la majeure partie de sa vie sur Thriller Bark, l'immense navire de la taille d'une île, qui voguait au gré du vent dans le Triangle de Florian ; elle n'eût donc jamais besoin de se préoccuper de la navigation, ni de quoi que ce soit tout court. Mais le moment était venu pour elle de s'y coller. Elle n'allait certainement pas rester à Kuraigana indéfiniment avec ces énergumènes ; elle avait hâte de retrouver le confort de la vie de Thriller Bark, ses peluches, son armée de zombies mignons et son capitaine.
Kassandra se releva et entreprit de ranger tous les instruments dans une boîte. Une fois la serrure du coffre verrouillée, elle sentit une fraîche brise souffler dans la haute tour sans fenêtres, qui bientôt se transforma en un fort vent.
Toutes deux descendirent alors l'étroit et rouillé escalier en colimaçon, qui grinçait sous leurs pas précipités. Le ciel nocturne, jusque-là clair, commença à se parsemer de nuages et le vent commençait à s'engouffrer dans la cage d'escalier. Le courant d'air faisait vaciller les flammes des bougies qui éclairaient fébrilement le couloir ; certaines s'éteignirent, tandis qu'une tempête se levait.
– Le premier jour, tu ne m'avais pas dit qu'on n'avait pas le droit d'aller au deuxième étage à cause d'Œil de Faucon ? chuchota la fille fantôme, qui emboîtait le pas à l'autre femme.
– Tu ne veux certainement pas mettre les pieds dans les appartements de Mihawk, sous peine qu'il te tue, te méprends pas. Mais qui aurait cru que je t'emmènerai à l'observatoire. Tout est fragile, là-bas, vous risquez de casser un truc. T'avise pas de t'y aventurer sans moi, répondit vivement la maîtresse des lieux, ce qui lui valut un regard noir de la part de Perona.
Une fois arrivées au deuxième étage, elles virent au même moment Mihawk, la main posée sur la poignée de sa porte, sur le point d'entrer dans ses appartements. En voyant le duo, il s'approcha de sa sœur, fouillant la poche intérieure de son manteau.
– Ah, Mihawk, tiens, je te rends ta montre, le salua Kassandra en lui tendant l'objet. Merci de me l'avoir prêtée.
– Je ne te l'ai jamais prêtée, mais soit. Je ne t'ai pas croisé de la journée, donc tiens, c'est pour toi, dit-il sans cérémonie, en lui tendant une petite boîte rouge. Joyeux anniversaire.
– Oh, c'est gentil…, prononça-t-elle avec gratitude, acceptant le cadeau et ouvrant le boîtier velouteux, dévoilant une montre. Quel sens de l'ironie, Mihawk…
– Tu arrêteras peut-être de me prendre la mienne, de cette façon, constata-t-il avec un rictus de moquerie.
– C'est allé, d'ailleurs, l'entraînement avec Roronoa aujourd'hui ?
– Comme d'habitude. Il était encore dehors, quand je l'ai laissé. Tu es prête pour le départ ?
– Presque, on pourra partir dans quelques heures, l'en assura sa sœur, hochant la tête, sous le regard curieux de Perona. Mais je t'avoue que laisser ces deux-là tous seuls m'enchante pas, ils risquent d'exploser la baraque, termina-t-elle en tapotant la tête de la fille fantôme.
– Eh, ça veut dire quoi, ça ?! se vexa Perona.
– Mets-la en veilleuse, souffla Kassandra en levant les yeux au ciel.
– Que des mufles dans ce château, j'hallucine ! Bande d'ingrats ! cria-t-elle contre la porte de Mihawk, alors qu'il s'était engouffré dans ses appartements.
Kassandra dut la traîner par le bras, et elle la suivit à contrecœur, descendant à leur étage. Les marches paraissaient infinies pour Kassandra, alors que jeune fille fantôme pestait. Elle déblatérait son mécontentement et sa frustration avec un débit de parole ahurissant, ne remarquant même plus la présence de l'autre femme, dont les oreilles souffraient.
– Bon, et si tu allais prendre un bain, hein ? Je sens que tu as besoin de te détendre, craqua finalement Kassandra, retenant Perona par le poignet. Tiens, la clef du sous-sol.
Toute trace d'irritation disparut du visage de la jeune princesse en un instant, et son humeur changea du tout au tout. Un large sourire éclaira son visage, et elle s'envola de joie au plafond.
– Oh, vraiment ?! C'est super, merci Kassy ! s'exclama-t-elle en prenant la jeune femme dans ses bras.
– À condition que tu m'appelles plus comme ça, fronça du nez la principale concernée, mais Perona était déjà partie dans une traînée d'ectoplasme.
Kassandra soupira, satisfaite d'avoir semé Perona. Profitant du désormais calme couloir, elle resta figée un instant, se balançant sur ses pieds, ne sachant quoi faire, ni où aller. Fixant la fenêtre, elle vit une pluie diluvienne commencer à s'abattre sur les carreaux, et bientôt, le grondement d'un orage se fit entendre. Elle pouvait aller faire des recherches à la bibliothèque, ou s'enrouler dans les couvertures et se faire berner par le réconfortant bruit de la pluie en attendant son départ avec Mihawk. Mais ayant passé toute la journée à l'observatoire, elle débordait d'énergie et souhaitait prendre l'air.
Se saisissant d'un parapluie, Kassandra poussa la lourde porte d'entrée et sortit dehors. Traversant la grande place, elle marchait courageusement en jouant avec les flaques d'eau qui ne lui faisaient pas peur, équipée de ses bottes en caoutchouc. Rapidement, elle traversa la forêt et rejoignit le rivage, près duquel elle retrouva jeune sabreur.
Ne se préoccupant pas de la pluie, Zoro soulevait de lourdes haltères, comptant ses centaines de répétitions. La sueur se mélangeait aux gouttes d'eau, qui coulaient le long de son corps, et une détermination sans faille se lisait dans les yeux de l'épéiste. Il se tenait au milieu de la marque qui avait été laissée par son atterrissage sur l'île, causée par le pouvoir de Bartholomew Kuma il y a sept mois de cela. L'herbe commençait à repousser à cet endroit et l'empreinte s'effaçait avec le temps et les saisons ; bien que la nature reprenait ses droits sur cet endroit, la cicatrice laissée dans l'esprit de Zoro par la séparation de son équipage était toujours présente, elle. Et c'était pour cette raison qu'il venait s'entraîner seul ici, à chaque fois, comme pour se rappeler de son objectif et de ses défaites. De bien nombreuses larmes et lamentations avaient été déversées ici, mais ce souvenir constant permettait au bretteur de se dépasser chaque jour, et l'étincelle de détermination farouche ne s'atténuait pas dans son regard.
Zoro tenait une haltère entre les dents et une autre dans les mains, battant l'air dans un mouvement effréné. Kassandra s'approcha alors de lui et tendit son parapluie au-dessus de la tête du jeune sabreur.
– Pourquoi tu ne t'entraînes pas à l'intérieur ? Tu vas attraper froid ici, prononça-t-elle de but blanc.
L'épéiste était tellement concentré qu'il ne sentit pas la présence de Kassandra. Sous l'effet de la surprise, il se retourna brusquement vers elle, mais dans un mouvement maladroit, glissa sur une flaque et tomba à terre, éclaboussant Kassandra.
– La boue, Zoro ! s'écria-t-elle en s'essuyant la figure d'un revers de la manche. C'est dégueulasse !
– Mais t'es pas bien d'arriver comme ça ! protesta le sabreur, dégageant une haltère.
– Je sens qu'on va avoir du boulot, avec le Haki de l'Observation, si tu m'as pas vu venir, conclut la jeune femme en croisant les bras.
Allongé dans la boue, il haletait, et la pluie l'empêchait de voir distinctement devant lui. Zoro pesta et tenta de se relever, mais seul un râle de douleur échappa ses lèvres et il s'enfonça un peu plus dans la flaque de boue, avant de réussir à se relever.
– Fait chier, mon dos…, marmonna-t-il en se frottant le bas des reins, ne pouvant plus bouger.
– Tu viens vraiment de te coincer le dos, là ? Et c'est moi la vieille, après ça ? se moqua-t-elle en haussant un sourcil.
– La ferme, je vais bien.
Le jeune bretteur voulut se pencher pour reprendre ses haltères et continuer son entraînement, mais un grognement lui échappa et il fut stoppé dans son mouvement. Kassandra leva alors les yeux au ciel et laissa tomber son parapluie, alors qu'elle tournait Zoro vers elle.
– Lève tes bras et incline-toi en arrière.
Le soutenant dans son action, elle aida Zoro à faire de simples exercices pour soulager sa douleur et se débloquer le dos. Après avoir convaincu le sabreur qu'il était plus judicieux de continuer son entraînement le lendemain, elle lui balança son haut qui était accroché à un arbre, à l'abri de la pluie. Après que Zoro se soit rhabillé, ils se dirigèrent silencieusement vers le château. Et une fois à l'intérieur, le jeune épéiste s'arrêta devant l'entrée du sous-sol et se tourna vers Kassandra.
– Je vais aller prendre un bain, je suis couvert de boue, prononça-t-il en se grattant la tête.
– Et moi donc, à cause de qui ? l'accusa Kassandra en fronçant les sourcils. Mais à ta place, je ferais pas ça. J'y ai envoyé Perona tout à l'heure, elle me cassait les oreilles. Elle doit encore y être.
Se regardant dans les yeux, ils plongèrent dans le silence, écoutant attentivement les bruits qui les entouraient. La pluie faisait toujours rage dehors, mais ils parvinrent à distinguer un fredonnement étouffé qui provenait des grands bains.
– Tu l'entends ? Elle chante. Comme une casserole, d'accord. Mais elle est là-bas, chuchota presque la jeune femme, comme si elle avait peur que Perona ne l'entende.
Zoro haussa les épaules et le duo se dirigea à l'étage. Mais Kassandra dut surveiller son homologue, puisqu'il prenait des couloirs sinueux sans aucune raison, répondant à chaque fois avec sa mauvaise foi éternelle et téméraire lorsqu'elle lui faisait une remarque sur sa mauvaise orientation.
– Dire qu'un intrus vit mieux qu'une résidente permanente ici, se lamenta Kassandra en entrant dans la chambre de Zoro. T'as eu du flair en choisissant ça. Y'a que l'infirmerie qui a une douche, à l'étage.
– C'est pas moi qui ai choisi. C'est Perona qui m'a amené ici, et m'a soigné quand j'ai atterri sur l'île, confessa Zoro en fouillant sa commode, à la recherche de vêtements propres.
– C'est vrai ça. Des bandages très mal faits d'ailleurs. J'en ai mis du temps à les défaire, ces nœuds. Faudrait que je lui apprenne ça aussi, les bases de la médecine, marmonna Kassandra, alors que le sabreur disparut dans la pièce annexe.
Faisant le tour de la chambre, les bras ballants, elle scruta la pièce vide. En arrivant sur l'île, Zoro n'avait aucune affaire, hormis ses sabres. Ces derniers étaient d'ailleurs posés sur le bureau, près du cadeau que la jeune femme lui offrit il y a deux semaines. Mais après leur virée à Bikhor, il y a cinq mois de cela, le sabreur put renouveler sa garde-robe, et les quelques piles de vêtements posés négligemment sur une chaise ou sur le lit donnaient un peu plus de couleurs et de vie à la triste et froide pièce. Kassandra s'approcha alors du seul vêtement qui avait l'air d'être soigneusement rangé. Le long kimono vert, tenu par une ceinture rouge, était accroché à la penderie, et commençait à prendre la poussière. La jeune femme se demanda alors pourquoi le sabreur ne le portait pas. Elle passa sa main sur les épaules du vêtement, chassant la poussière, qui vola à travers la pièce. À ce même moment, elle remarqua à quel point ses propres habits étaient fichus à cause de la boue. Elle pesta, détestant plus que tout la crasse.
S'indignant, la jeune femme alla chercher des vêtements de rechange dans ses affaires et en revenant, elle vit Zoro assis sur son lit, polissant Wadô Ichimonji. Sans plus de cérémonie, elle s'engouffra dans la salle de bain et fit couler l'eau, avant de balancer ses vêtements dans une bassine.
L'eau chaude dégagea rapidement de la vapeur et la buée se forma sur le miroir de la pièce. Kassandra soupira de soulagement, laissant l'eau délier ses muscles, et une bulle de confort l'entoura. Des mèches noires remplirent son champ de vision alors qu'elle appuya sa tête contre le mur, profitant de l'instant. Mais les pensées parasites revinrent très vite, et elle se repassa sa journée d'anniversaire dans la tête.
– Vingt-quatre ans, et qu'est-ce que je fais de ma vie, marmonna-t-elle avec un sourire amer. J'apprends le Haki à un buisson et la trigonométrie à une barbe-à-papa.
Ses soucis récents envahirent son esprit. Barbe Noire, Doflamingo, tels étaient les noms attribués à ses inquiétudes, et elle ne pouvait pas y faire grand chose. Mais peut-être que Mihawk, oui. Après tout, il avait sans doute parlé à Don Quichotte lors de leur réunion d'il y a cinq mois, et depuis, ni lui, ni Kassandra n'eurent de nouvelles de sa part. C'était sans doute une bonne chose, mais la jeune femme ne pouvait se réjouir ; elle avait un mauvais pressentiment.
Dans sa réflexion, elle regardait l'eau s'écouler le long de ses bras, couverts d'encre. Secouant la tête, elle coupa brusquement l'eau et tira le rideau de douche d'un coup sec. Enfilant rapidement des vêtements plus confortables, et surtout propres, elle sortit de la pièce dans un nuage d'humidité, essorant ses cheveux dans une serviette.
– Dès que tu pars, je réquisitionne cette chambre, commença-t-elle en s'affalant en face de Zoro sur le lit.
– Plus beaucoup de temps à attendre, alors, répondit-il en ne relevant même pas sa tête.
Le jeune sabreur polissait cette fois-ci Shuusui, observant le reflet de la lame et cherchant les moindres ébréchures ; mais il n'y en avait pas. Il parcourait le sabre d'un regard troublé, ce qui n'échappa pas à Kassandra. Mais avant qu'elle ne puisse prendre la parole, Zoro lui posa une question.
– Pourquoi sa lame est noire ? De façon permanente.
Kassandra fronça les sourcils avec un regard intrigué.
– Quoi, Mihawk ne t'en a pas parlé ? Ça m'étonne, dit-elle en fixant la lame.
– Lui aussi, son épée est noire, releva Zoro en posant ses yeux sur la jeune femme.
– C'est le Haki. Quand le Haki du possesseur d'une lame est si puissant qu'elle finit par l'absorber de façon irréversible au fil des combats. Elle s'approprie une partie de ton âme, si tu veux. Et ainsi, la lame et l'épéiste se retrouvent plus liés que jamais, comme s'ils n'en formaient qu'un, expliqua Kassandra d'un ton sérieux. Punaise, j'ai l'impression d'être Mihawk avec ses envolées lyriques…
– Tout s'explique, alors, acquiesça Zoro en rangeant Shuusui dans son fourreau.
Le sabreur se leva et posa délicatement sa lame sur le bureau, aux côtés des deux autres, avant de revenir auprès de la jeune femme, qui continua son explication.
– Shuusui est une lame de légende. Le Haki de son précédent utilisateur, le samouraï Ryuma, l'a marquée à tel point qu'elle en est devenue noire, tout comme Kokuto Yoru de Mihawk. Ce sont des armes plus lourdes que la moyenne et il est plus difficile de les manier, comme tu as déjà dû t'en rendre compte. Mais si elles se retrouvent entre les mains d'un talentueux bretteur, ces sabres sont en mesure de dévoiler tout leur immense potentiel.
– Comment ça se fait que tu en saches autant sur ce sabre ? s'étonna Zoro et croisa les bras.
– C'est Mihawk qui a fait mon éducation. Il m'a appris l'histoire, et notamment l'histoire des plus grandes lames du monde. Mon Amanogawa par exemple, qu'il m'a offert…, fit-elle signe en direction de sa chambre, où son épée était rangée. C'est une lame de qualité supérieure. Comme ton Sandai Kitetsu.
Kassandra marqua une pause, se balançant sur le lit, alors que Zoro écoutait attentivement ses paroles. Une question lui trottait l'esprit depuis l'arrivée du sabreur, et elle ne l'avait toujours pas élucidée.
– Mais ce que je n'arrive pas à m'expliquer, c'est comment tu t'es retrouvé en possession de cette lame ? demanda-t-elle finalement avec tout le sérieux du monde. Tu avais dit qu'on te l'avait donnée, mais tu n'as jamais été dans le Nouveau Monde. Comment c'est possible ? Cette lame doit rester sur les terres du pays de Wa.
– Ah, ça, c'est une longue histoire, soupira-t-il en s'allongeant sur le lit, les mains derrière la tête.
Il lui conta rapidement leur aventure à Thriller Bark, mais choisit d'omettre la toute dernière partie avec Bartholomew Kuma. La jeune femme fut surprise par une telle tournure des évènements, mais ne contesta pas. Depuis le temps qu'elle avait appris à connaître le personnage, Zoro n'avait pas l'air d'être un menteur, et encore moins un pilleur de tombes.
Le silence s'installa dans la pièce, et tous les deux purent entendre clairement la pluie incessante s'abattre sur les carreaux des fenêtres. De temps à autre, la foudre venait éclairer la pièce pendant une demi seconde, avant de la replonger dans la pénombre, illuminée par une simple lampe à huile. Et alors que Kassandra s'apprêtait à partir, persuadée que Zoro s'était endormi, sa voix la tira de son introspection.
– D'ailleurs, des nouvelles des autres pirates qui étaient venus sur l'île ? demanda-t-il de but blanc, ouvrant un œil.
Kassandra baissa la tête, se triturant les doigts, cherchant une réponse adéquate. Mais il n'y en avait pas.
– Pas vraiment, et c'est bien ça qui m'inquiète, avoua-t-elle d'une voix éreintée.
– S'ils reviennent, suffit de leur rabattre le caquet comme la dernière fois. Pourquoi ils te cherchent, de toute façon ?
– Si seulement c'était aussi simple, dit-elle avec un sourire amer. Ils me cherchent pour mon pouvoir, et pour ça.
Elle retroussa les manches de son gilet et montra les symboles gravés dans sa peau. Zoro s'approcha d'elle et examina les marques de plus près, avant que son regard ne s'illumine.
– Ça me rappelle quelque chose. On dirait le truc que Robin peut lire, supposa l'épéiste avec une expression intriguée. Mais c'est gravé sur des pierres, non ?
– Des ponéglyphes, oui… Nico Robin fait partie de ton équipage, j'aurais aimé la rencontrer, dévoila la jeune femme en se pinçant les lèvres. Qu'elle m'aide à comprendre ce qu'il y a écrit là.
– Pourquoi t'as des tatouages comme ça ?
– Parce que mon paternel était obsédé par les ponéglyphes ? Parce qu'il cherchait les armes antiques ? Écoute, je suis trop sobre pour parler de cette histoire maintenant.
Kassandra se racla la gorge pour se redonner contenance, avant de continuer, fixant le plafond à la recherche de réponses.
– Doflamingo n'est pas le premier à s'être intéressé à ces marques. Je me retrouve chassée par un Grand Corsaire, merde quoi. C'est tellement absurde à dire. C'est bien pour éviter ça qu'on s'est isolés ici avec Mihawk. Je voulais juste profiter d'une petite vie tranquille auprès de lui. Si je ne suis pas pirate, c'est pour une raison. Ça m'emmerde. Je n'ai jamais eu de véritable ambition, mais je me retrouve malgré moi emportée dans ces conflits de grandeur, et ça me fatigue…
– Et passer ainsi ta vie ici, à cultiver des pommes de terre, enchaînée à quelqu'un ? Vraiment ?
Après un furtif regard en direction du sabreur, Kassandra se mordit la lèvre et se mit à machinalement triturer ses cheveux mouillés. Elle se rappela de la conversation qu'elle eut avec une patiente de Liantver, Anatole, et ses mots de sagesse lui revinrent à l'esprit. Zoro avait sans doute plus de choses à lui apprendre que ce qu'elle ne souhaitait croire au départ. Et elle sentait que sa vision des choses se retrouvait constamment bousculée et défiée au fur et à mesure qu'elle passait du temps avec l'épéiste.
– C'est pas comme si je pouvais y faire quoi que ce soit, pour l'instant du moins…
C'était vrai. Elle se retrouvait contrainte de rester à Kuraigana auprès de lui et de Mihawk pour encore un an et demi, au moins. Elle ne pouvait donc pas se permettre de partir et manquer ainsi à ses engagements.
– Ça, seulement toi peut le décider. Partir du jour au lendemain, ne pas se retourner, haussa les épaules Zoro.
– C'est ce que tu as fait ?
– On peut dire ça. J'ai quitté le dojo où je me suis entraîné et habité, puis j'ai parcouru East Blue, à la recherche de pirates à chasser.
– Ça n'a pas dû être une mince affaire, avec ton sens de l'orientation, remarqua la jeune femme avec un sourire narquois.
– La ferme, il est très bien mon sens de l'orientation ! Je voulais surtout rencontrer Œil de Faucon pour me mesurer à lui ! admit amèrement Zoro, le regard troublé.
– Et te voilà ici, au final. Le destin est curieux.
Le jeune homme acquiesça et replongea dans ses pensées. Son regard se baladait sans but, jusqu'à ce qu'il croise ses sabres. L'explication de Kassandra à propos de Shuusui lui revint à l'esprit. En progressant davantage, il serait alors capable de faire de Wadô Ichimonji et de Sandai Kitetsu des lames noires permanentes, grâce à son Haki. À cette idée, il sentit l'adrénaline lui parcourir les veines, et cela le démangeait de retourner s'entraîner. Mais son dos le faisait toujours souffrir, et la pluie torrentielle ne lui faisait pas envie. Alors, un éclair lumineux le rappela à l'ordre, et il fouilla son chevet pour en sortir une bouteille de rhum qu'il s'empressa d'ouvrir.
– Je vois que monsieur a son propre stock à portée de main, maintenant, prononça Kassandra en sortant de son introspection, plaisantant.
– Il faut être prêt pour toute éventualité, déclara le jeune homme en buvant au goulot.
– Te connaissant, tu vas pas partager, se lamenta Kassandra en tendant la main dans un infime espoir.
– Je suis un pirate, je ne partage pas. Ma bouteille, mon alcool, se tourna Zoro en ramenant la bouteille plus près de lui, chassant Kassandra d'un revers de la main.
– Même pas pour mon anniversaire ?
Zoro la regarda furtivement, surpris, avant de soupirer. Il se gratta la tête, se rendant compte qu'il avait oublié ce jour.
– J'ai compris, j'ai compris. Je vais devoir me rabattre sur l'alcool de désinfection, on dirait, prononça Kassandra d'un ton faussement dramatique et s'approcha du tiroir médical, dans lequel elle se mit à fouiller.
– Je ne suis pas médecin, mais je ne suis pas sûr que ça fonctionne comme ça.
– Et heureusement que t'en es pas un. Et je sais bien que ça fonctionne pas comme ça. Mais heureusement… J'utilise de la vodka pour désinfecter.
Mais à force de chercher dans le tiroir, déplaçant les diverses fioles et bouteilles, elle ne trouva rien.
– T'es allé jusqu'à fouiner là-dedans et siphonner l'alcool médical ? T'es un cas grave, Roronoa, finit-elle en fermant le tiroir d'un coup de hanche.
Le principal accusé ne dit rien, se contentant de hausser les épaules, s'essuyant les lèvres.
– J'ai rien prévu pour aujourd'hui, désolé. Bonne fête à toi, dit-il en levant la bouteille, buvant en son honneur.
– Je m'en fiche.
La jeune femme se rappela alors du cadeau que lui avait fait Mihawk, et sortit la petite boite veloutée de sa poche. Elle l'ouvrit, détaillant la montre aux ornements d'or, touchant le bracelet de cuir, avant de l'enfiler à son poignet. Après un bref regard en direction de l'horloge, elle la mit à l'heure.
Zoro finit sa bouteille, tandis que l'alcool et la fatigue détendaient ses muscles. Kassandra épongeait ses cheveux avec la serviette, les emmêlant. Sa mèche blanche retomba sur ses yeux et le sabreur se rappela de sa maladie et interrompit le silence.
– Mais du coup, ce vertigo, t'es née avec ? demanda Zoro en pointant sa mèche. Tu ne peux pas te soigner, comme tu le fais pour moi à chaque fois ?
– Vitiligo. Non, je l'ai déclenché vers… Quatorze ans ? répondit-elle avec hésitation. Et non, je ne peux pas le soigner avec mon pouvoir. Mon fruit du démon rend la maladie encore pire, ironiquement.
– Pourtant tu m'as soigné à un point méconnaissable, le tout premier jour.
– En utilisant mon pouvoir, ma santé en subit les conséquences, parce que c'est mon sang que j'utilise pour soigner les autres.
– C'est pour ça que tu as bu celui d'Œil de Faucon l'autre jour ?
Kassandra afficha un air presque contrarié, se souvenant de cet épisode dans la bibliothèque. Elle baissa la tête, presque gênée que Zoro les ait surpris. Même si cela n'en avait pas l'air, il s'agissait de moments assez personnels, et cela la mettait mal à l'aise.
– Ouais. Je tire ma puissance du sang. Mon corps s'use, à force d'utiliser ce pouvoir, mais boire du sang m'aide à prendre des forces.
Bien que Zoro ne possédait pas de pouvoir lié à un fruit du démon, plusieurs membres de son équipage, si. Sa tâche principale était d'ailleurs de les sauver de l'eau, si jamais ils y tombaient. Pour lui, c'était un trop grand désavantage, sachant qu'ils étaient pirates, mais il ne pouvait ignorer le fait que ces pouvoirs s'avéraient parfois bien utiles.
– Je ne savais pas que les fruits du démon pouvaient avoir une telle contrepartie. Enfin… Si, en fait. Chopper peut perdre le contrôle de son pouvoir, et il a fait pas mal de dégâts, quelques fois, remarqua-t-il en se grattant le menton.
– Le raton-laveur de ton équipage ? Bah, il a deux ans pour apprendre à se contrôler, fit-elle un clin d'œil. On peut maîtriser nos pouvoirs, c'est le but d'un fruit du démon. Comme quand tu apprends à te servir du Haki, c'est la même chose. Mon self-control à moi dépend justement de cette dose de sang que je reçois.
– Je me rappelle quand tu as perdu le contrôle, prononça-t-il en se massant les poignets. Ça n'a pas l'air d'être marrant.
– Désolée pour ça, encore une fois, baissa-t-elle la tête, se sentant encore coupable des mois plus tard. Ça m'est arrivé une fois seulement, et c'était il y a des années. J'ai bien failli faire des dégâts. Mais depuis, je pensais avoir appris à me contrôler.
L'unique lampe à huile de la pièce commença à perdre de sa lueur, et Kassandra alla fouiller un placard à la recherche de combustible. Zoro observait ses mouvements, mais sans les voir, perdu dans ses pensées. Et lorsque la jeune femme reprit sa place, il eut une illumination.
– Je crois que j'ai une idée, finit par dire Zoro, se redressant.
Le jeune sabreur se retroussa les manches et présenta ses bras à la jeune femme, qui le qualifia d'un air interrogateur.
– J'ai besoin de dépasser les limites de mon corps. Le pousser à mieux et plus rapidement se régénérer. L'état dans lequel j'ai atterri sur l'île…
– Oui, tu étais lamentablement amoché, confirma Kassandra en levant les yeux au ciel. Mais je ne peux rien faire pour toi.
– Si, tu peux. Si tu me prends une dose de sang chaque jour, mon corps sera obligé de s'adapter, non ? Ça m'habituera à de grandes pertes de sang en plein combat, et ça te permettra de reprendre des forces.
Kassandra le regarda, ahurie, comme si elle venait de voir un fantôme. L'idée saugrenue du sabreur la laissa muette pendant quelques instants, pendant lesquels Zoro commençait à s'impatienter, s'excitant à l'idée qu'il venait d'avoir.
– Bon, combien il t'en faut ? Un litre ? Deux ? continua l'épéiste en lui montrant ses poignets.
– Tu sais qu'un don de sang normal n'excède pas les 500 millilitres et on doit attendre plusieurs semaines avant de pouvoir en refaire ? Hors de question que je te prélève du sang tous les jours, c'est trop dangereux, refusa catégoriquement Kassandra en se levant et en faisant les cent pas.
La proposition de Zoro était alléchante pour elle, car cela faisait des années qu'elle ne s'était sentie en forme. Elle voulait jouir d'une meilleure santé et qualité de vie, qui se retrouvaient sans cesse en danger à chaque fois qu'elle utilisait son pouvoir.
– Est-ce que tu me sous-estimerais ? Ce serait un bon entraînement pour mon corps, non ?
– Eh bien, ça boosterait sans doute ton corps. Un manque constant de sang dans l'organisme te fatiguera beaucoup plus vite, mais si tu t'y habitues, te connaissant… Une fois que tes réserves seront au maximum, tu te sentiras plus puissant, même si ce serait trompeur. Mais en cas de perte importante de sang, ça pourra stimuler ton corps à en produire une plus grande quantité, plus rapidement. Peut-être que tu récupéreras plus vite aussi. C'est que des hypothèses, ça…, marmonnait-elle en faisant des va-et-vient dans la pièce. Mais je peux pas accepter un tel risque en tant que médecin. Ce serait imprudent.
– Fais-le, ou alors je le ferai moi-même. Je repousserai toutes les limites de mon corps s'il le faut.
Après une bataille de regards acharnés, où les yeux métalliques du sabreur défiaient les émeraudes de Kassandra, elle finit par soupirer et abdiquer. Elle s'approcha alors de nouveau vers la commode des outils médicaux et se mit à activement y chercher le nécessaire.
– Bon, t'as gagné. J'ai pas la force de me disputer avec toi. Mais je t'explique, si on fait ça, c'est à ma façon.
Elle déposa les outils sur un chariot médical qui se trouvait à proximité, avant de s'avancer en le poussant. La jeune épéiste ordonna silencieusement à Zoro de s'allonger, avant de lui nouer un garrot autour du bras droit.
– Œil de Faucon avait juste tout versé dans un verre, lui fit remarquer Zoro, la voyant désinfecter la fine peau de son pli du coude.
– On est pas des animaux, nous. On le fait à ma façon, médicale. C'est pas marrant, de choper une infection. Manquerait plus que tu meures du tétanos ici, répondit-elle sèchement en déballant une aiguille stérile.
Avec un geste précis, l'aiguille atteignit la veine de Zoro, sans qu'il ne la sente. Après avoir mis un pansement dessus pour éviter qu'elle ne bouge, la médecin y relia une poche vide et vit le liquide écarlate s'écouler le long du tube transparent.
– On va commencer avec 250 millilitres. Même si je me doute que tu es un surhomme qui arrive à supporter une plus grande perte, je l'ai vu de mes yeux quand tu es arrivé, je prends pas de risques. Il faut aussi qu'on le fasse toujours à la même heure, donc là, il est…, clarifia-t-elle en regardant sa nouvelle montre. Minuit. Et c'est quoi ton groupe sanguin ?
– Qu'est-ce que j'en sais ?
– Je la refais. Ton médecin de bord t'avait pas donné une lettre à absolument t'en rappeler, en cas de danger ?
– Euh…, hésita Zoro en se grattant la nuque. XF, ça existe ?
– Bon, y'en avait deux, des lettres, je comprends ta difficulté à t'en rappeler, se moqua-t-elle de lui. T'as le même groupe que Perona en tout cas, bon à savoir. C'est pratique, étant seuls sur l'île, remarqua-t-elle en le notant dans un carnet qui recueillait toutes les informations médicales sur les habitants du manoir.
Occupée à relever les différents renseignements, Kassandra se tut, tandis que Zoro voyait la poche de sang se remplir petit à petit. Il ne sentit pas d'effet immédiat, mais au fur et à mesure que le liquide chaud quittait son corps, il sentait le sommeil le gagner. Mais il ne sut si le don de sang y était pour quelque chose, voulant piquer un somme depuis qu'il était sorti de la douche.
L'épéiste laissa échapper un soupir, accompagné d'un sourire satisfait. Cette procédure le pousserait à dépasser ses limites physiques. Il ne pourrait pas toujours être soigné tout de suite après un combat, alors cela valait la peine d'entraîner son corps à subir des pertes de sang importantes. Même si, comme il s'en doutait, son corps y était déjà habitué. Mais depuis quelques mois, ses combats étaient plus espacés et il ne mettait pas autant sa vie en danger sur cette île, comme cela avait pu être le cas avant.
– Bon, ça suffira pour aujourd'hui, conclut Kassandra en retirant le pansement, puis l'aiguille. Je te vois somnoler.
Appliquant un dernier coton sur le trou laissé par l'aiguille, elle plia le coude de Zoro et rangea tout le matériel. Se saisissant de la poche de sang, elle vit le sabreur déjà endormi ronfler. Cette vision lui donna le sourire, et elle se dirigea vers la porte.
– Merci pour ce cadeau, j'imagine, chuchota-t-elle en serrant la poche de sang, avant de quitter la pièce.
Entrant dans sa chambre, elle alluma une bougie à son bureau et son regard croisa son escorgophone. Cela faisait maintenant quelques mois qu'elle n'était plus revenue à Liantver, ne souhaitant pas mettre la population de l'île en danger, et elle ne savait pas si le silence radio était normal, parce qu'ils ne souhaitaient pas l'inquiéter, ou non.
Mais une autre chose attira son regard, et elle vit un papier soigneusement enroulé et tenu par un ruban rose sur son bureau. Se doutant déjà de quoi il devait s'agir, elle déballa le cadeau et vit un portrait d'elle, dessiné de profil et signé par Perona. La jeune femme fut bluffée par le talent de la fille fantôme et ne put réprimer un sourire face à cette preuve d'attention. Rangeant soigneusement le présent, elle sortit un verre, dans lequel elle versa le sang fraîchement recueilli. Fixant le vide, elle sentit son corps se détendre et le liquide métallique couler le long de sa gorge, lui redonnant des forces. La sensation était minime, mais elle sentait bien la différence. Et avec ce qui s'annonçait par la suite, elle allait pouvoir devenir plus forte que jamais, grâce à la sollicitude de Zoro.
Au même moment, quelqu'un frappa à la porte, et après son autorisation, Mihawk apparut dans l'encadrement de la pièce.
– Es-tu prête ? lui demanda-t-il, ajustant son chapeau.
– Oui, partons, affirma Kassandra et se leva, déterminée. Le voyage va être long.
Un escargomètre (chronomètre), un escargoscope (téléscope), pourquoi ça sonne aussi bien et cool ? La prochaine étape, c'est l'escargotrice.
Dire que Perona a 24 ans... That's wild to me. Je lui aurais donné 16 max. Au début, j'avais vraiment peur de la mettre de côté et de pas la développer assez dans la fic (et c'est un peu le cas dans les premiers chapitres). Elle est tellement à part, j'arrivais pas à lui trouver une "utilité" pour l'entraînement de Zoro, qui est le sujet principal de la fic. Mais maintenant, je la vois vraiment comme un personnage à part, avec ses objectifs propres et son histoire à elle ! Elle m'a donné du fil à retordre, mais j'adore la mettre en scène, je vous le rabâche sans arrêt x)
Aussi, je ne suis certainement pas spécialiste de navigation astronomique. Je trouve que ça ajoute une dimension au lore de OP, ainsi qu'au développement de Perona. Elle est (supposément, pour l'instant on sait pas vraiment) partie de chez Mihawk seule pendant la Rêverie (chap 956, ep 957), il lui faut donc des compétences en navigation pour pas se paumer. Du coup, j'ai fait beaucoup de recherches pour ce chapitre et au final, c'est un sujet suuper compliqué, mais très intéressant !
Prenez soin de vous ! Dites-moi peut-être ce que vous en avez pensé si vous avez le temps :D
