Bonjour les vautours !

Merci encore une fois à Mintzkow pour ton commentaire !
En même temps, comment ne pas être intriguée par un autre pot de plante qui se cure le nez sur la photo de sa prime ? Bartolomeo c'est un trésor national.
Contente aussi de savoir que tu es assez curieuse pour continuer la lecture, malgré ma réponse floue x) Je suis justement en train de doucement m'attaquer de mon côté aux chapitres qui t'intéressent tant ;)

Bonne lecture à vous !


– Deux mille trois cent trente-trois, deux mille trois cent trente-quatre, deux mille trois cent trente-cinq…

Zoro comptait ses pompes à voix haute, à l'éternelle trace laissée par son atterrissage sur l'île, il y a presque un an. Avec le temps, le vent, la pluie et la nature auraient dû avoir raison d'elle, mais la marque de la patte de Kuma restait toujours visible, rappelant de mauvais souvenirs au bretteur.

La tête en bas, se tenant sur ses mains, une lourde haltère entre les jambes, il s'entraînait dur depuis déjà quelques heures en ce jour de mars. Dépasser ses limites physiques, c'était ce qu'il savait faire de mieux, même quand il était encore avec son équipage. Il était le seul qui s'entraînait durement nuit et jour à bord du Thousand Sunny, dans le but d'accomplir son rêve, ainsi que celui de son capitaine. Mais il n'avait su tenir sa promesse envers Luffy de ne plus jamais perdre un combat ; depuis l'incident de l'Archipel de Sabaody, et un an plus tard, il s'en blâmait encore. Il s'en blâmera toujours. Il s'entraînait alors plus difficilement que jamais, repoussant toutes ses limites, stimulé par sa défaite, ses faiblesses et sa détermination. Plus jamais il ne se permettrait de faire subir un tel désastre à son équipage, à sa famille.

Après avoir fini sa série, il fit tomber l'haltère par terre dans un bruit sourd et essuya la sueur sur son front avec sa chemise, reprenant son souffle. Il sentait nettement que sa corpulence avait changée et à quel point il avait pris de la masse ces onze derniers mois. Son regard se porta alors machinalement sur ses sabres, et plus particulièrement Sandai Kitetsu. Les mots de son mentor lui revinrent alors à l'esprit, à propos de la malédiction du sabre, et il se demanda pour la centième fois quand est-ce qu'il serait assez fort pour exploiter le plein potentiel de son arme. Et pour la centième fois, il voulut essayer de nouveau : tenter de plier la lame maudite sous sa volonté.

Avec un air impassible, Zoro se saisit de Kitetsu sans cérémonie et s'assit en tailleur, fermant les yeux. Se concentrant, il faisait appel à l'âme dissimulée dans son sabre, comme il l'avait appris avec Mihawk et Kassandra. Et il le sentit répondre. Le rire vicieux et rauque d'un vieil homme résonna dans sa tête, comme à son habitude. Bien que ce n'était rien de nouveau, cette présence parasite qui bourdonnait constamment dans son cerveau était loin d'être agréable. Mais il s'y était déjà habitué, en quelque sorte.

Le bretteur rassembla toutes ses forces, tâtant le terrain avec la lame maudite. La sinistre aura emplit ce coin de l'île en un instant, et il dut lutter de nouveau pour percer à travers cette présence, sans perdre le contrôle de son esprit. Mais Sandai Kitetsu le rejeta encore une fois. La lame lui échappa des mains et le sabreur fut propulsé en arrière sous la force du choc, s'écrasant contre le tronc d'un arbre.

– 'tain, t'es pas possible ! s'exclama-t-il en se relevant, énervé. Laisse-moi entrer ! Je suis ton propriétaire !

Mais aucune réponse ne vint, le Kitetsu se contentant de l'ignorer, cette fois-ci en silence. Zoro pesta et le rangea dans son fourreau, mécontent de son énième échec. Mais ce n'était pas cela qui le dissuaderait d'essayer de nouveau, encore et encore, jusqu'à ce qu'il se révèle digne de l'attention de l'arme blanche, ou jusqu'à ce que cette dernière en ait assez de ses multiples essais.

– Je n'abandonnerai pas, et tu le sais très bien. Tu me connais…, marmonna-t-il en caressant la poignée de son arme.

Après ce court aparté, Zoro reprit son entraînement et son comptage, ne se souciant plus du monde qui l'entourait.

oOo

– Puru puru puru puru… Puru puru puru puru…

Dans la grande salle du château, Mihawk buvait son café matinal dans le nouveau service que Kassandra venait de lui offrir pour son anniversaire, tout en lisant le journal quotidien. Dans ce dernier, encore des nouvelles à propos d'un Supernova très actif dans le Nouveau Monde, qui avait encore une fois causé des dégâts. Eustass ''Capitaine'' Kid, dont la prime avait encore une fois été revue à la hausse. Elle atteignait désormais les 420 millions, pour avoir montré les dents face à l'Empereur Shanks le Roux, bien qu'il connut la défaite. Cette témérité fit sourire narquoisement Mihawk, qui s'amusait de voir la nouvelle génération de jeunes pirates si active et sans peur.

– Bordel, qu'est-ce qu'ils ont à m'ignorer !? Bande d'incapables…

Kassandra raccrocha agressivement son escargophone. Voilà plusieurs mois qu'elle essayait de joindre l'hôpital de Liantver, où elle n'y était pas allée depuis longtemps à cause des hommes de Doflamingo. Et le silence radio constant l'inquiétait de plus en plus. Ils étaient peut-être débordés, et elle souhaitait croire que s'il y avait le moindre souci, le Docteur Yurgun la contacterait. Mais Liantver se trouvait sous la protection de Barbe Blanche, autrefois ; au vue de la montée en puissance de Marshall D. Teach, ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne s'en prenne à cette île.

À cette pensée, elle commença à inconsciemment se ronger les ongles, chose que son frère remarqua. Pour la distraire de son anxiété, il lui balança le nouvel avis de recherche d'Eustass Kid. Elle regarda l'affiche avec intérêt, avant de reporter son attention sur Mihawk, les sourcils froncés, demandant silencieusement à voir le journal pour prendre connaissance des nouvelles. Elle parcourut des yeux le sommaire, sous le regard imperturbable de Mihawk.

– Non, Marshall D. Teach n'a pas fait de mouvement récemment, si c'est ce que tu cherches, souligna-t-il en buvant une gorgée de liquide amer.

– Ouais, mais...

Mais à peine put-elle réagir à l'intervention de Mihawk qu'une Perona essoufflée apparut dans l'encadrement de la porte, les mains sur les genoux.

– Il y a des pirates sur l'île, encore ! J'ai l'impression d'être un Martin Facteur ! s'exclama-t-elle en reprenant son souffle.

– C'est encore des hommes de Doflamingo ? lui demanda Kassandra, se levant, et échangea un regard avec Mihawk, qui prit son chapeau et son manteau.

– J'en sais rien, mais c'est un immeeense galion ! expliqua la fille fantôme avec de grands gestes, comme pour leur montrer la taille du navire.

– Tu crois que ?.. commença Kassandra, regardant Mihawk, qui était déjà dans le couloir.

– Je pense savoir de qui il s'agit, oui, répondit-il simplement, avant de se faire rattraper par les deux femmes.

Le trio sortit du château et se dirigea vers le rivage, qui était dissimulé par l'épaisse brume de l'île. Perona serrait dans ses bras le Kumacy en peluche, comme pour se donner du courage. Elle se cachait derrière Kassandra, qui emboîtait le pas à son frère. La démarche de ce dernier était rapide, impatiente, car il savait déjà qui venait les déranger en ce jour. Ce ne fut qu'en étant qu'à quelques mètres de la berge qu'ils virent l'immense navire, arborant une tête de dragon en guise de proue, amarré non loin de l'île. Et un homme roux, une cicatrice à l'œil gauche, vint à la rencontre de l'épéiste de renom. Il le prit chaleureusement dans ses bras, tapant le dos de Mihawk, sans que celui-ci ne lui rende l'étreinte.

– Ça fait un bail, vieille branche ! s'exclama Shanks le Roux, riant de toutes ses dents.

– Que fais-tu ici ? lui demanda calmement Mihawk, ignorant ses manières conviviales.

– Comment ça, ce que je fais là !? Mais je suis venu voir mon ami pour fêter nos anniversaires ! l'éclaira le pirate et pointa du doigt le galion, avant de se rendre compte de la présence de Kassandra, qui se tenait en arrière, le visage fermé. Ohh, mais tu as grandi Léandra, depuis la dernière fois !

– Euh, non, pas vraiment… Et c'est Kassandra, répondit-elle en détournant les yeux, se triturant les doigts.

– Mais qui est cette autre charmante jeune fille ? s'intéressa Shanks à Perona, intrigué. Tu ne m'en avais pas parlé, Mihawk ! Cachotier !

Le pirate pencha la tête pour mieux voir la fille fantôme qui se cachait derrière Kassandra. Comme pour protéger Perona, l'épéiste recula face à l'Empereur qui s'était approché d'elles et qui la mettait mal à l'aise.

– Laisse-les, le Roux, intervint finalement Mihawk, soupirant. Tu es envahissant.

– Ah ah, désolé ! Je ne voulais embarrasser personne ! s'excusa Shanks en se grattant la nuque, souriant sincèrement. Bon alors, qu'est-ce que tu en dis, Mihawk ? Ça fait longtemps qu'on ne s'était pas retrouvés comme ça !

L'Empereur reprit ses distances avec les deux femmes, et posa sa main sur l'épaule du bretteur de renom. Sa large cape noire volait au gré du vent et claquait contre ses jambes, lui donnant des airs de chauve-souris, ce qui correspondait parfaitement à l'ambiance de Kuraigana. Mihawk le jugeait de son regard d'or, hésitant à rejoindre son ami.

– Roh allez, dis quelque chose ! s'impatienta le nouveau venu. J'ai fait tout le chemin du Nouveau Monde jusqu'ici pour ça, tu ne vas pas me refuser l'honneur de ta présence ! On a déjà préparé le banquet, il ne manque que l'invité d'honneur !

Les arguments forts de Shanks trahissaient sa sympathie envers Œil de Faucon. Ces deux se connaissaient depuis des années, se retrouvant parfois pour un combat ou pour un banquet, selon l'occasion qui se présentait à eux. Malgré leurs caractères significativement différents, ils se comprenaient, et partageaient les mêmes valeurs. De plus, Mihawk pouvait glaner des informations que Shanks détenait, notamment sur Doflamingo, sur ce qu'il prévoyait de faire et quels étaient ses objectifs, avec Kaido. Il osait espérer que le Grand Corsaire aurait laissé tomber depuis leur entrevue à Mary Geoise, mais ce serait mal connaître le personnage, et il avait un mauvais pressentiment.

Pour cette raison, et pour fêter leurs retrouvailles, Mihawk acquiesça au final, ravissant Shanks, qui s'affaira à la préparation de la petite barque qui allait rejoindre le navire.

Mihawk se tourna vers Kassandra, sur le visage de laquelle un sourire narquois jouait, et qui en disait long sur ce qu'elle en pensait.

– Je ne sais pas quand je serai de retour, prononça l'épéiste de renom en ajustant son chapeau.

– Quand toutes les réserves d'alcool seront vidées, bien sûr, répondit-elle du tac au tac avec un clin d'œil. Va, ça te fera du bien. Je m'occupe de tout ici.

Après un hochement de tête entendu, Mihawk embarqua avec Shanks, qui commençait déjà à l'assommer d'histoires et de nouvelles loufoques. Les regardant s'éloigner, Kassandra et Perona fixaient l'horizon, jusqu'à ce que le Red Force ne quitte les eaux de Kuraigana.

Kassandra s'éloigna du rivage, en direction de la forêt, Perona à ses trousses.

– T'es pâle, ça va ? s'inquiéta la jeune fille fantôme la tête penchée.

– Les gens extravertis me mettent mal à l'aise. Et lui, il l'est beaucoup trop, confessa Kassandra en se mordant la lèvre.

– Il avait l'air de te connaître, pourtant.

– Oui, on s'est croisés quelques fois, quand il venait voir Mihawk.

Elles s'avancèrent côte à côte le long du chemin, où l'herbe avait été piétinée par leurs fréquents passages.

– C'était qui, en fait ? lui demanda Perona, ce qui lui valut un regard surpris de la part de Kassandra.

– T'es sérieuse ? Tu connais pas Shanks le Roux ? C'est l'un des quatre Empereurs ! lui expliqua la jeune femme les yeux grands ouverts.

– Aah, si, j'ai dû entendre parler de lui une ou deux fois de la part de Maître Moria, dit-elle en se frottant le menton, songeuse.

– C'est terrible de pas savoir de genre de choses sur le monde dans lequel tu vis.

– La ferme ! Je suis arrivée à Thriller Bark quand j'étais qu'une enfant, et j'y ai vécu depuis ! Maître Moria me protégeait du monde extérieur, donc j'avais pas besoin de connaître ce genre de choses ! s'énerva la fille fantôme en barrant le chemin à Kassandra.

– Peut-être bien, mais il n'est plus là, rétorqua la jeune femme aux cheveux de jais avec un haussement de sourcil. Faut que tu apprennes à te débrouiller. Seule.

Cette réponse fit chavirer Perona, comme si elle se rendait compte de nouveau dans quelle situation elle se trouvait. Séparée de son capitaine et de ses amis depuis presque un an, et pour l'heure, sans aucun espoir de les revoir un jour. Bien qu'elle y travaillait sans relâche depuis quelques mois, à apprendre la navigation et la survie en pleine mer, pour l'instant, c'était loin d'être suffisant pour qu'elle s'y lance d'elle-même. Une telle tentative désespérée serait proche du suicide. Alors, Perona devait prendre sur elle et faire tous les efforts du monde, dans l'espoir qu'un jour, une nouvelle grandiloquente apparaisse dans le journal quotidien, et qui lui donnerait des informations sur son capitaine, supposé mort. C'était le seul espoir sur lequel elle pouvait se raccrocher. Bien qu'il était minime, incertain, au contraire de celui de Roronoa, qui était sûr de revoir son équipage dans un peu plus d'un an, elle n'avait que cela, et elle devait avancer avec.

Kassandra contourna la jeune fille fantôme, qui avait la tête baissée, plongée dans ses pensées. Mais le mouvement la fit réagir et Perona se retourna brusquement, émergeant.

– Qu'est-ce que tu fais ? Où tu vas ? lui demanda Perona en flottant autour de la jeune femme.

– Je vais voir comment se porte notre tête d'écume nationale, haussa-t-elle des épaules. Viens si tu veux, ou tu peux arroser les cultures en attendant. Vaut mieux le faire le matin.

Après un rude combat intérieur, se demandant si elle préférait être seule au manoir ou si cela valait le coup d'être de nouveau spectatrice d'un combat entre les deux épéistes, la princesse de Thriller Bark choisit la première option, celle de la tranquillité. Étonnamment, elle prenait plaisir à faire certaines corvées de jardinage, bien qu'elle ne l'avouerait jamais. Elle s'envola alors en direction du château, tenant le Kumacy en peluche fermement dans ses bras.

Traversant l'ancien champ de bataille et ses centaines de vieux squelettes, chemin sinueux auquel elle s'était habituée depuis le temps, Kassandra arriva à la fameuse marque de Kuma, où elle y retrouva Zoro, s'entraînant dur, comme à son habitude.

L'épéiste remarqua sa présence, mais n'en fit rien, n'arrêtant pas de compter ses répétitions. Après l'avoir observé pendant quelques instants, comprenant qu'il ne souhaitait pas arrêter son entraînement pour l'instant, le jeune femme prit ses distances et s'installa plus loin.

S'asseyant en tailleur, les mains sur les genoux, les yeux fermés, elle fit le vide dans son esprit. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas eu un moment à elle seule, à s'entraîner aussi. La méditation lui permettait d'affiner ses instincts et ses sens, pousser plus loin encore sa maîtrise du Haki de l'Observation. Son niveau de combat était bien au-dessus de la moyenne des pirates et Marines, étant entraînée par Mihawk depuis des années. Et durant ces derniers mois, elle était parvenue à tenir tête à Zoro avec facilité, bien que les progrès du sabreur étaient tels qu'il n'allait pas tarder à la surpasser ; et il se devait de le faire, s'il voulait battre Mihawk un jour. Mais l'atout principal de la jeune bretteuse n'avait jamais été le combat pur et frontal ; la prévalence de son Haki de l'Observation sur son Haki de l'armement en était la preuve. Or, celui qui souhaitait sortir du lot et surpasser les pirates du Nouveau Monde, ce qui n'était pas une mince affaire, se devait de maîtriser à un haut niveau les deux types de Haki. Et en d'extrêmement rares cas, le Haki des Rois.

Mihawk chargea Kassandra de la plus grande partie de l'apprentissage de ce pouvoir au jeune sabreur. Bien qu'inconsciemment, il avait déjà acquis les bases des deux Haki, il n'en savait quand même presque rien au départ. Tout naturellement, elle se demandait depuis le début si Zoro possédait le Haki des Rois. La prestance des détenteurs de ce pouvoir ne passait certainement pas inaperçue, et certains faisaient preuve de capacités telles qu'il y avait de grandes chances que le Haki des Rois sommeille au plus profond de leur être. Le problème était d'y faire appel et de le réveiller.

Et après avoir passé presque un an, pratiquement chaque jour aux côtés du jeune bretteur, un doute naissait au plus profond des tripes de Kassandra. Selon elle, d'après l'aura que dégageait Zoro, sa prestance, son regard, ses actions, sa détermination et ses ambitions, il y avait de grandes chances à ce qu'il l'ait au fond de lui, le Haki des Rois. Mais cette idée relevait seulement d'une hypothèse, et tant qu'elle n'en aurait pas une preuve tangible, elle avait choisi de ne pas en parler à l'épéiste. À la place, elle essayait de provoquer la manifestation de ce Haki chez Zoro lors de leurs entraînements, sans succès pour l'instant.

– Je n'en sais rien pour l'instant, mais je mets ma main à couper que Zoro possède le Haki des Rois, murmura Kassandra les yeux fermés. Il a la prestance d'un Conquérant. Tout comme Mihawk.

Le problème qui se mettait en travers de son chemin était Sandai Kitetsu. Les lames maudites avaient tendance à dégager une telle aura de puissance et de menace qu'on pouvait la confondre avec l'aura du Haki du Conquérant au premier abord. Et l'âme de l'épéiste en était empreinte, tel un voile dissimulant la véritable lueur de son regard. Kassandra ne savait alors si c'était réellement dû à Kitetsu, qui pompait autant d'énergie dans la force vitale et l'âme de Zoro, ou si le Haki des Rois s'y dissimulait. Car une telle puissance, pour l'instant endormie, pouvait s'avérer terrible à son réveil, et qu'il se devait de maîtriser.

Mais dans les circonstances actuelles de l'entraînement de Zoro, à savoir sur une île entouré de personnes qu'il connaissait, il était difficile de mettre en place des conditions de danger semblables à un véritable combat de vie ou de mort, comme ceux auxquels il ferait face dans le Nouveau Monde. Mais s'ils arrivaient à reproduire de telles dispositions, s'il était plongé dans une situation de crise, cela pousserait le jeune bretteur à révéler son plein potentiel, et donc par extension, ses probables couleurs du Haki des Rois. Mais après tout, elle se trompait peut-être sur toute la ligne.

Émergeant de son monde intérieur, Kassandra sentit le sabreur s'approcher d'elle et elle ouvrit les yeux.

– Il n'est pas là, Œil de Faucon ? lui demanda Zoro en regardant aux alentours, épongeant la sueur de son front avec une serviette.

– Non, il est parti pour quelque temps. Il sera de retour demain. Ou dans quelques semaines, supposa Kassandra avec un rictus. Alors, comment tu te sens ? Des répercussions quant à tes dons de sang fréquents ? De la fatigue, peut-être ? De la somnolence ?

Depuis la dernière fois, en décembre, Zoro avait tenu à donner son sang tous les jours, dans le but de renforcer sa force physique et la résistance de son corps pendant les combats. Clamant qu'il devait habituer son corps à des pertes de sang importantes, sans que cela n'affecte ses capacités, la jeune médecin avait suivi sa volonté, et elle y était également gagnante. Mais cela ne l'empêchait certainement pas de veiller sur l'état de santé du jeune épéiste de près, une telle procédure étant normalement proscrite, malgré le fait que le bretteur était différemment constitué.

– Tout va bien, ce n'est pas grand-chose. Je m'y suis habitué. Il faut continuer comme ça, l'en assura-t-il avec un hochement de tête, ce à quoi la jeune femme sourit.

– Je vois, dis-moi tout de suite si tu te sens mal. Bon, t'es prêt pour l'entraînement du jour ?

– Évidemment. Qu'est-ce qu'on fait ?

Kassandra se leva et réfléchit à la suite des événements. Elle n'était pas d'humeur à s'empêtrer de nouveau dans des explications compliquées sur la théorie du Haki, et sur ce, comment Zoro pourrait le renforcer. Mais depuis quelque temps, ses muscles étaient endoloris et ses articulations quelque peu rouillées. Dégainant son épée, ses intentions furent tout de suite silencieusement claires, et un sourire carnassier éclaira le visage de Zoro.

– Je vois. Ce programme me plaît, commenta-t-il avec un sourire et attacha ses sabres à sa ceinture, après avoir noué son bandeau autour de sa tête. Je me sens d'humeur cinglante.

Quelques instants de flottements passèrent, où les deux combattants se jugèrent silencieusement, se mettant en position, puis s'élancèrent l'un envers l'autre avec ferveur. Les coups s'échangeaient avec facilité et fluidité, tout comme les mouvements des deux adversaires. Aucun ne se trouvait réellement acculé, leurs forces étant désormais plus ou moins égales. Zoro s'efforçait à maintenir le Haki sur ses lames, même s'il n'en avait pas réellement besoin contre Kassandra. Cela lui permettait de s'entraîner à son utilisation lors d'un vrai combat, mais lui demandait beaucoup d'énergie. La jeune femme le remarqua, mais ce détail ne semblait pas handicaper son adversaire, qui continuait à faire jeu égal avec elle. Mais trop plongée dans l'analyse du Haki du jeune bretteur, elle fit un faux pas et Zoro en profita pour faire voler Amanogawa, qui se planta dans le sol.

Surprise, elle se retrouvait plaquée contre un arbre, le sabre de Zoro pointée sur sa gorge. Mais loin d'être déçue, Kassandra reprit son souffle et un rictus fendit ses traits.

– Une seconde d'inattention est décisive dans un duel, répondit solennellement Zoro, sans bouger d'un poil.

– À qui le dis-tu. Mais tu dois me surpasser, rétorqua la jeune femme avec un sourire malicieux.

– Hein ? Mais je t'ai désar…

Sans crier gare, Kassandra repoussa Shuusui qui était pointé sur sa gorge d'un coup de bras, et s'extorqua de sa position délicate. Cette fois-ci, ce fut au tour de Zoro d'être surpris, et en observant Kassandra, il vit ses bras être imbibés de Haki de l'armement. Il comprit alors comment elle avait pu contrer sa lame.

– Qu'est-ce que tu disais ? Une seconde d'inattention, c'est ça ? lui fit-elle un clin d'œil en récupérant son épée. Ouais, t'es pas loin de mon niveau, mais faut apprendre à réfléchir plus vite en combat. On y est pas encore. En garde.

Ils combattirent ensemble pendant plusieurs heures, mais la faim et la fatigue eut raison de ce duel amical. Ils s'étaient reposés pendant quelques instants, allongés sur l'herbe fraîche de la forêt. Ils reprenaient leur souffle en observant le ciel du crépuscule s'installer. Kassandra se releva en première, et tendit la main à Zoro, qui l'accepta avec gratitude.

– Bieeen tout ça, très bien même ! Je vois que tu arrives peu à peu à mon niveau, concernant le Haki de l'armement. Mais c'est pas assez. Ce Haki n'est pas mon pouvoir de prédilection, donc tu dois me surpasser. Et tu le feras, brisa-t-elle le silence alors qu'ils se dirigeaient vers le château de Kuraigana.

– Oui, j'ai encore beaucoup de progrès à faire, acquiesça le bretteur en enlevant sa chemise pour la passer sur sa nuque.

– Ce que tu as déjà accompli, c'est énorme, l'en assura la femme en posant sa main sur l'épaule de son homologue.

– C'est pas suffisant, comme tu dis. Pas pour le Nouveau Monde. Pas si je veux faire de Luffy le Roi des Pirates.

– Tu parles souvent de l'ambition de ton capitaine. Mais pas autant de la tienne, fit la remarque la jeune bretteuse. Pourtant, tu t'entraînes avec Mihawk.

– Comment est-ce que je peux protéger mes ambitions quand je ne peux même pas protéger mon capitaine ?

Le regard de Zoro se ferma et sa détermination inébranlable perça ses traits. Serrant le poing, il redressa son dos, continuant de marcher avec un air téméraire.

– C'est vrai. Mais tu en seras capable au bout de ces deux ans, je te le promets, l'en assura Kassandra avec une petite tape dans son dos, comme pour l'encourager.

Zoro voulut lui exprimer le fond de sa pensée, mais hésita sur le choix des mots. Finalement, ils sortirent tous seuls, mais sous une forme décousue.

– Tu sais… Merci, à toi et à Œil de Faucon. Je déteste l'admettre, mais je n'étais pas au meilleur de ma force quand je suis arrivé ici. Et vous m'avez supporté, soigné, logé, nourri…

Kassandra le regarda, abasourdie, et se demanda si elle était victime d'hallucinations auditives. Jamais Zoro n'avait prononcé de tels mots. Jamais il n'avait accepté le fait d'être aidé. Il préférait toujours montrer sa gratitude par ses actes, et elle ne sut comment réagir.

– Tu croyais quand même pas qu'on allait te flanquer dehors ? lui posa-t-elle cette question rhétorique.

– Œil de faucon a failli, pourtant.

– Je ne l'aurais pas permis, vu dans quel état tu étais. C'est-à-dire aux portes de la mort.

Un blanc s'installa entre les deux, alors qu'ils marchaient sur la grande place du manoir. Kassandra se racla la gorge, comme pour se redonner contenance.

– Mais de rien, j'imagine. C'est inhabituel, mais ça fait plaisir à entendre, que nos efforts ont payé. En tant que médecin, je suis ravie de te voir guéri et avec un meilleur état d'esprit. C'était assez catastrophique, quand tu venais d'arriver, se souvint Kassandra en regardant le ciel, presque nostalgique.

– La ferme ! J'ai pas envie de m'en rappeler…

– Et puis tu sais, la première chose qu'on constate quand on devient médecin, passant de la théorie à la pratique, c'est que pour guérir, il faut le vouloir. C'est le premier pas. Et je suis vraiment contente de voir que tu l'as franchi, et des progrès que tu as fait, déclara l'épéiste aux cheveux de jais avec un sourire triomphant.

– Tu n'as pas envie de progresser, toi aussi, pour me tenir tête ? Je ne te vois jamais t'entraîner, fit la remarque le bretteur, étonné que Kassandra ne veuille pas garder son ascendant sur lui.

– Je m'entraîne toujours, mais pas de la même manière que toi. Et puis, je me suis entraînée aux côtés de Mihawk pendant des années. Et je me suis rendue compte que mon atout, c'est pas la force brute.

Kassandra parlait calmement, exposant son expérience. À l'époque, elle n'avait pas d'autre choix que d'apprendre à combattre, si elle voulait un minimum survivre aux côtés de Mihawk. Mais lorsque son diagnostic était tombé et que le docteur Yurgun lui avait fortement conseillé une intense activité physique quotidienne pour se maintenir en forme et ne pas succomber face à sa maladie, elle continua de s'entraîner plus fougueusement que jamais, et ne s'arrêta pas. Mais au final, elle ne savait pas si elle le faisait par plaisir ou par pure nécessité ; pour vivre ou pour survivre.

– Je ne sais pas si le champ de bataille est fait pour moi, en réalité, haussa-t-elle finalement des épaules. Mais de ce que j'ai vu, il est définitivement fait pour toi. Nous deux, on n'a pas la même marge de progrès, et toi, tu n'as pas de temps. Enfin, que deux ans.

Zoro aurait évidemment voulu avoir l'occasion de s'entraîner plus longtemps aux côtés du bretteur de renom, mais il restait son ultime adversaire. Et il n'avait pas ce loisir, puisqu'il avait pour obligation de retrouver son équipage et de revenir auprès de son capitaine prochainement. Mais avoir le privilège de s'entraîner rien que deux ans auprès de cet homme était déjà quelque chose d'exceptionnel.

– C'est vrai qu'être entraînée pendant plusieurs années par le meilleur épéiste du monde, ça forge…, commenta Zoro, presque envieux. Vu votre différence d'âge, il devait déjà avoir un sacré niveau quand tu étais jeune.

– Ça oui. Mais j'étais déjà assez grande, quand on s'est rencontrés, révéla Kassandra en se grattant le menton. Il était déjà considéré comme le meilleur bretteur du monde, voire comme un potentiel nouvel Empereur. Et sa prime crevait le plafond.

Zoro s'arrêta net au milieu du couloir avec un air d'incompréhension, les sourcils froncés.

– Mais vous n'êtes pas frère et sœur ? s'étonna-t-il.

– Si, je le considère comme mon frère, et vice-versa. Mais on n'est pas reliés par le sang, si c'est ce que tu veux dire, haussa-t-elle des épaules. On en a fait, du chemin, ensemble.

– Ça a l'air explosif, commenta Zoro avec un rictus.

– Oh oui, notre première rencontre l'a été.

Entrant dans la grande salle, Kassandra ignora la présence de Perona et oublia celle du sabreur. Se servant un café froid, elle s'installa dans un confortable fauteuil, et les yeux fermés, laissa le souvenir de sa première rencontre avec Mihawk la submerger.


C'est fou de se dire que Mimi et Shanks partagent le même jour d'anniversaire ! Ils l'ont forcément déjà passé ensemble, malgré la tête d'enterrement de Mimi.

Un chapitre un peu plus court, mais dans la moyenne de mes premiers quand même jpp. À force de faire des chapitres excessivement longs, c'est presque devenu la norme x) Et c'est le cas du prochain, qui est beaucoup trop long !

Merci d'avoir lu, les loulous ! Dites-moi ce que vous en avez pensé si vous avez le temps :D