Bonjour les abats-jours !
On dépasse les 100k youhouu ! J'aurais jamais cru que j'avais tant à dire sur cette histoire. Mais dans mes fichiers, on les dépasse au chapitre 18... Donc soit la différence de traitement entre le site et mes docs est énorme, soit j'ai vraiment parlé comme jaja dans mes notes d'autrice. Je pencherai pour la deuxième.
Merci encore une fois de me lire et de me laisser votre ressenti dans les reviews, ça me fait tellement chaud au cœur tous vos petits messages. On est encore un peu loin de la fin, donc bonne lecture à vous !
17 février 1512
Dix ans auparavant
– Aïe aïe aïeuh, me tire pas l'oreille comme ça ! Je veux pas y aller ! protesta l'enfant qui se débattait, essayant de se libérer de l'emprise de l'homme. Lâche-moi !
– Si, tu vas y aller, pas de discussions ! Ce sont des pirates très influents, qui ont déjà été dans le Nouveau Monde ! Je suis sûr que cette fois-ci sera la bonne ! On trouvera forcément quelque chose à bord !
L'homme à la carrure imposante traversait la grande avenue d'un village de North Blue, traînant derrière lui sa fille, qui luttait contre son emprise, sous le regard désapprobateur de toute la population. Sur le rivage, un lugubre navire, au drapeau noir arborant une tête de mort, mouillait en attendant le ravitaillement. Bien que l'homme qui causait du bruit dans l'allée était un agent du Gouvernement Mondial, sa priorité n'était pas de chasser ces malfaiteurs, pour l'instant. À l'étonnement de toute la population, ces pirates n'étaient pas venus causer du grabuge sur l'île et se comportaient de façon civilisée.
S'éloignant du village, l'homme s'arrêta à l'abri des regards des pirates, sans pour autant lâcher l'enfant. Il s'agenouilla devant elle, voulant lui donner les dernières directives pour sa mission.
– M'oblige pas à me faufiler encore à bord ! Ils ont l'air chelous, ceux-là…, continua à se plaindre la fillette, se tortillant.
– Arrête de geindre, Kassandra ! Le capitaine de cet équipage est un pirate très célèbre, qui a déjà écumé Grand Line et le Nouveau Monde ! C'est ma chance ou jamais ! Il sait forcément quelque chose sur les ponéglyphes.
– Tu dis ça à chaque fois, et je trouve jamais rien ! Ça va être la même chose encore une fois !
– Je suis sûr que non. Fouille leur cale, peut-être qu'ils ont pris des notes, ou fait des copies de ces pierres. Trouve-moi ça, et j'arrêterai de…
– Ça aussi, tu le dis à chaque fois ! Je te crois plus, papa ! s'écria l'enfant en tapant du pied.
– Il faut que j'en sache plus ! Et en attendant que je découvre quelque chose, je ne peux pas laisser mes supérieurs découvrir ce genre de recherches ! Eh, où tu vas, gamine !?
Kassandra réussit à s'arracher de l'étreinte de son paternel et courut vers la forêt, dans l'espoir de lui échapper. Tirant sa couverture sur ses bras avec une irrépressible envie de disparaître, elle courait avec désespoir de toutes ses forces. Mais rapidement, son père la rattrapa et ne la laissa pas filer de nouveau.
– Sale gosse ! Fais ce que je te dis !
– T'es qu'un manipulateur !
– Et toi, qu'une meurtrière ! hurla l'homme, avant de se rappeler du fait qu'ils devaient rester discrets. Treize ans que… Et puis merde ! Va sur le putain de bateau !
Après avoir encore une fois tenté vainement de résister, Kassandra ravala ses larmes de colère et s'y résolut. Elle comprenait qu'elle ne pouvait y échapper. Et pour la énième fois, elle s'incrusta silencieusement à bord du navire.
Celui-ci était beaucoup plus grand que ceux qu'elle avait l'habitude de fouiller, mais il était construit d'une façon similaire. Elle n'eut alors pas de mal à s'y repérer. La jeune fille vérifia rapidement qu'elle était seule à bord du bâtiment, et s'engouffra dans les quartiers privés des pirates.
Kassandra chercha longtemps les appartements de leur capitaine, l'équipage étant assez conséquent, mais lorsqu'elle les trouva, elle n'eut pas de mal à les reconnaître. La sombre pièce était décorée dans un style baroque, dont les murs étaient faits de bibliothèques remplies de livres. D'un côté, un spacieux lit, et de l'autre, une table encombrée d'outils de navigation, de carnets et de cartes. Elle se précipita pour fouiller dans ce coin : les notes du pirate, les endroits qu'ils avaient déjà visité et leurs prochaines destinations. Mais cela lui prit bien plus de temps qu'elle ne l'aurait voulu. La quantité de documents assemblés ne l'aidait pas ; les nombreuses années à sillonner les cinq mers du globe se matérialisaient sous forme de centaines de notes et de parchemins. Elle y passa finalement bien plus de temps qu'elle ne l'aurait cru, et son ventre cria famine.
– Punaise, chuut, chuchota-t-elle à son estomac, parcourant les différents papiers éparpillés.
Soudainement, la jeune fille fit tomber un carnet avec un hoquet de surprise, n'en croyant pas ses yeux. Relisant rapidement les notes qu'elle venait de trouver, celles-ci parlaient bel et bien de ponéglyphes.
– Les Road Ponéglyphes ? Le One Piece ? Quatre pierres rouges ? Qu'est-ce que c'est ? marmonna-t-elle en tournant frénétiquement les pages du journal. Mais ça mentionne pas les armes antiques, ça m'intéresse pas…
Un bruit sourd provenant de l'extérieur la fit sursauter et elle s'empressa de cacher ce carnet sous ses vêtements. Si elle arrivait à l'apporter à son paternel, alors il ne pourra plus dire qu'elle ne trouve jamais rien. Mais les bruits de pas lui firent peur, et elle se cacha dans un spacieux coffre presque vide de la chambre, dans l'attente d'une occasion pour s'enfuir.
Kassandra perdit la notion du temps en attendant, cachée dans cette boîte étroite, et elle commença à se dire qu'elle était juste paranoïaque. Mais elle préférait s'assurer qu'elle soit bien seule, avant de quitter le navire. La jeune fille se fichait de trouver plus d'informations, n'en ayant rien à faire des recherches que menait son père. Et elle avait déjà trouvé quelque chose à lui montrer, même si ce n'était pas tout à fait ce qu'il cherchait.
Attendant toujours, les gargouillements de son estomac ne faisaient qu'empirer. Si elle ne résolvait pas ce problème rapidement, ou si elle ne s'en allait pas tout de suite, elle pourrait se trahir de la façon la plus idiote qui soit auprès de ces pirates. Et si leur capitaine était un homme si célèbre et terrible qu'on le disait, alors elle ne donnait pas cher de sa peau.
Mais en entendant toujours des bruits sourds provenant de l'extérieur, elle fut encore condamnée à attendre. Il n'était pas prudent de sortir maintenant. Kassandra prit alors une position plus confortable, et sa main heurta quelque chose de mou, qui ressemblait à de la nourriture. Ne croyant pas à sa chance, elle ne put cependant pas savoir de quoi il s'agissait, dans le noir complet, mais était prête à prendre le risque. Le prenant dans sa main, elle se rendit compte que cela avait la même forme d'un fruit, semblable à une grosse poire. Ce fut avec un sourire qu'elle y planta ses dents, ne supportant plus la faim et n'attendant plus pour pouvoir sentir le jus sucré sur sa langue.
Mais le goût fut tout le contraire de ce à quoi elle s'attendait, et faillit le recracher, tant il était immonde. Mais elle se retint, et ce fut avec les larmes aux yeux qu'elle arriva à avaler la bouchée.
– Mince, il est pourri ou quoi, ce fruit !? pesta-t-elle à voix basse, essayant de se remettre de cette mauvaise surprise.
Au même moment, Kassandra entendit la porte de la cabine s'ouvrir à la volée, et des éclats de voix parvinrent à ses oreilles.
– Capitaine ! Dans le village, il y a une femme qui dit se connaître en fruits du démon. Elle pourra peut-être nous en dire plus sur celui qu'on a trouvé ? cria un homme à la voix traînante.
– Bonne idée, Vata. Je l'apporte tout de suite, lui répondit le dénommé le capitaine du navire, qui avait une voix beaucoup plus basse et calme.
Kassandra comprit son erreur, bien trop tard, et se tassa de peur dans un coin du coffre, entendant clairement l'homme s'approcher de sa cachette. Et quelle ne fut pas la surprise du capitaine de l'équipage que de découvrir une gamine de treize ans, les vêtements en lambeaux, la peur dans les yeux, aux côtés d'un fruit du démon à moitié mangé.
La jeune fille vit un grand homme la juger de son regard d'or, tandis que la plume de son chapeau dissimulait la moitié de son visage. Comprenant qu'elle venait de se faire prendre, et qu'ils n'allaient pas tarder à la tuer, elle se refusa de mourir la peur au ventre. Kassandra arbora alors un regard téméraire, fronçant les sourcils autant qu'elle le pouvait, lui donnant un air de chien enragé. Mais le pirate parvenait tout de même à sentir la peur qu'éprouvait la gamine au fond de ses tripes.
Se saisissant de la fille par le bras, il prit le fruit à moitié mangé dans l'autre et se dirigea sur le pont du navire. Il y balança Kassandra sans cérémonie et la jeune fille fit un vol plané, avant de mordre la poussière. Sa couverture s'envola, et le carnet qu'elle avait volé tomba à ses côtés.
– Une fouineuse, capitaine !? s'exclama l'homme qui devait s'appeler Vata.
– Et une voleuse, apparemment, enrichit le chef en ramassant le carnet volé. Elle a mangé le fruit du démon. Plus besoin d'essayer de connaître sa nature, j'imagine.
Kassandra se retourna vers les deux hommes avec hargne. Le capitaine, qui portait un pantalon sombre, un manteau rouge avec des motifs fantaisistes et une grande épée noire dans son dos, était étonnamment calme. Mais pour la jeune fille, ce calme déconcertant était bien pire à supporter qu'une colère noire bien distincte. Sachant qu'elle allait mourir d'un instant à l'autre, elle comprit qu'elle n'avait plus rien à perdre. Ce qu'elle allait leur dire n'allait certainement pas changer sa situation ; elle décida alors de ne pas se retenir pour ses dernières paroles.
– Elle a mangé le fruit ?! Mais quelle sale gosse ! Dire qu'on allait en tirer plusieurs millions…, se lamenta Vata en crachant sur le pont. Balançons-la dans la mer, pour la peine, elle n'y survivra pas !
Le capitaine s'agenouilla devant la jeune fille, qui s'éloigna de lui en rampant. Mais elle ne put aller bien loin, puisque son dos rencontra un mur. Il ne lui restait plus qu'à affronter le froid regard du pirate qui se trouvait devant elle. Ce qui ne fut pas la chose la plus difficile à faire lors de ses derniers instants.
– Quel est ton nom ? demanda calmement l'homme aux cheveux de jais.
Kassandra fut décontenancée par cette question, mais elle n'en perdit pas de son agressivité.
– Qu'est-ce que ça peut te faire, pirate ?! s'exclama-t-elle en lui crachant dessus. Tue-moi, qu'on en finisse !
Le capitaine essuya le crachat avec un mouchoir, ne laissant pas cet incident le perturber, mais son regard se fit plus dur.
– Je t'ai posé une question.
– En plus d'être pirate, tu es lourd. Kassandra. Content ?! C'est pour le noter dans ton cahier de meurtres ?! lui répondit la jeune fille en fusillant son regard.
– Qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi as-tu pris ce carnet ? la questionna-t-il, secouant le dit objet sous son nez, ignorant ses autres propos.
– Capitaine, c'est pas la peine de perdre du temps avec elle ! Laissez-moi m'en charger ! insista Vata et s'approcha du duo.
L'homme fit claquer sa langue et qualifia son collègue d'un air agacé. Vata comprit le message, déglutit avec difficulté, et partit à l'intérieur, laissant les deux individus seuls.
– Qu'est-ce que tu veux faire de moi, pirate ?! se répéta Kassandra en grinçant les dents.
– Qu'est-ce que tu es bruyante… Pirate, pirate, tuer, tuer, tu n'as que ces mots à la bouche…, soupira-t-il en ajustant son chapeau. Je suis Dracule Mihawk.
– Je m'en fous de connaître ton nom !
Kassandra voulut se relever, prête à le combattre de ses mains nues, même si elle n'avait que peu de bases de combat. Mihawk perdit finalement patience avec l'enfant et la saisit par le bras, lui ordonnant silencieusement de se tenir à carreaux. Mais au même moment, il remarqua les marques sur ses bras, et Kassandra jura le voir pâlir et son regard se troubler.
– Pourquoi as-tu des ponéglyphes sur tes bras ? lui demanda-t-il, la voix rauque, n'en croyant pas ses yeux.
– Va te faire voir ! rétorqua la fille avec force, lui donnant un coup de tête en plein nez.
Mihawk soupira et balança la môme sur une caisse de ravitaillement, en ayant marre de son attitude. S'extrayant des dizaines de pommes et des détritus de bois, elle vit le capitaine la dévisager d'un regard impassible et déterminé.
– Tu peux lire les ponéglyphes ?
– Non, comment tu veux que je le fasse ?! lui cracha-t-elle en chassant la poussière de ses épaules.
– C'est pour ça que tu as pris ce carnet ? Ce sont des Road Ponéglyphes ?
– Comment je peux le savoir, si je sais pas les lire ?!
– Pourquoi as-tu ces tatouages ? continua-t-il ses questions, ne comprenant rien de la situation, n'ayant jamais rien vu de tel.
– T'as bientôt fini, avec ton interrogatoire ? Si tu veux pas me tuer, viens te battre alors !
Alliant les paroles aux gestes, Kassandra se releva rapidement et se mit en position de combat. Mais l'homme de deux mètres de longueur la dévisagea de haut et la saisit par le col à la manière d'un chat, sans difficulté. La jeune fille tenta de se débattre de son emprise, en vain, tandis qu'ils descendaient vers la cale du bateau. Ouvrant une porte, Mihawk l'y engouffra sans cérémonie, avant de l'enfermer dans la cellule à double-tour.
– Mais qu'est-ce que tu me fais, là ?! Libère-moi et tue-moi pour de bon ! Plutôt crever que vivre en tant qu'esclave chez les pirates ! s'indigna la jeune fille, tambourinant à la porte.
– Tu me fatigues… Hors de question que je te laisse partir. En attendant de trouver un moyen de lire les ponéglyphes, je te garde. Si ça se trouve, ce sont des Road Ponéglyphes, qui sont gravés sur tes bras. Et je les cherche.
– Mais c'est quoi ces bidules ? J'les connais pas, moi, les Road Ponéglyphes !
– Mais mets-la en veilleuse, bon sang. Tu m'insupportes.
oOo
4 mars 1514
Huit ans auparavant
Deux ans s'écoulèrent depuis la capture de Kassandra, et elle n'en menait pas large, au sens figuré. Au sens littéral, si. Mais ne faisant pas partie de l'équipage, elle consommait tout de même une portion de leur précieuse nourriture, et en mer, chaque personne sur le navire se devait de se rendre utile. De plus, la jeune fille avait dévoré leur précieux fruit du démon, qu'ils auraient pu revendre très cher, et sans qu'elle n'en démontre aucune capacité. Et son utilité future était remise en cause, puisqu'ils ne savaient pas s'ils allaient pouvoir trouver un moyen pour décrypter les ponéglyphes. Alors, on l'avait contraint de s'occuper de toutes les corvées du navire, à son plus grand dam.
Se rebellant souvent, il lui valut plusieurs fois de se prendre des coups de la part des autres membres de l'équipage, lorsque le capitaine avait le dos tourné. Mais un jour, alors qu'ils avaient poussé le bouchon trop loin, Kassandra perdit le contrôle.
Le pouvoir de son fruit s'était éveillé sous le coup de ses émotions négatives, et plusieurs hommes de l'équipage furent blessés. Si Mihawk ne l'avait pas arrêtée dans sa folie furieuse, elle aurait pu finir par les tuer, il en était certain. Dégageant le passage, alors que les membres de l'équipage commencèrent à se méfier de cette bombe à retardement, regrettant de s'être ainsi comportés avec elle, Mihawk s'enferma avec Kassandra dans ses appartements. Cabine qu'elle n'avait pas revue depuis sa tentative de vol d'il y a deux ans.
Il la fit asseoir sur la chaise, et sortit sa trousse de premier secours. Il s'attelait à retirer les nombreuses échardes de ses mains, pour la plupart infectées, obtenues à force de laver le pont du navire.
– Pourquoi tu me soignes ? J'ai failli tuer tes hommes, prononça doucement Kassandra, la tête baissée, se sentant presque coupable, et certainement honteuse.
– Je dois t'avouer qu'ils méritaient une petite leçon, avoua le capitaine en passant un coton désinfectant sur ses blessures bien trop négligées, non sans une grimace de la part de la jeune fille.
– Tu me détestes.
– Contrairement à ce que tu penses, cela ne m'enchante pas de voir une gamine battue, réfuta-t-il en lui lançant un regard furtif.
– Je ne suis pas une gamine ! s'exclama Kassandra en tapant du pied.
– C'est ce que toutes les gamines disent.
– Je te jure que…
Pour la faire taire, Mihawk se saisit d'une pomme laissée sur la table et la fourra dans les mains de Kassandra, qui faillit la faire tomber.
– Tu veux que je ne te traite plus comme une gamine ? Apprends à contrôler ton pouvoir. Apprends à te défendre, stipula-t-il simplement. Tiens, pour un début.
Le capitaine du navire lui tendit également plusieurs dagues, qu'elle détailla avec intérêt. Mais avant qu'elle ne puisse faire le moindre commentaire, la voix troublée de Mihawk parvint à ses oreilles.
– Mais… Tes blessures. Elles se guérissent toutes seules.
Ne comprenant pas ce qu'il voulait dire, Kassandra reporta son attention sur ses jambes, où ses nombreuses plaies et coupures se refermaient sous leurs yeux ébahis.
– C'est quoi ce pouvoir !? s'écria-t-elle, presque paniquée. Je peux blesser les gens et me guérir ? C'est quoi ce truc que vous avez ramassé !?
Mihawk en déduit qu'il n'avait plus grand chose à faire, si Kassandra pouvait se soigner toute seule. Il rangea le nécessaire médical et se saisit du col de la jeune fille, qui commença à se débattre, dans le but de la mettre dehors.
– Et arrête de me prendre par le col bordel, je suis pas un chat putain ! protesta l'adolescente avec force.
– Eh oh, où est-ce que tu as appris ces mots ? s'indigna Mihawk en ouvrant la porte.
– C'est un équipage pirate, tu crois vraiment que tes hommes sont des poètes dans l'âme comme toi ? Tu me fais rire avec tes envolées lyriques, Willy Shaquesspir…
Mais de l'autre côté, un matelot attendait Mihawk, une lettre soigneusement cachetée dans les mains.
– Capitaine, vous voilà ! Le Gouvernement vous a envoyé une lettre ! prononça-t-il solennellement en lui tendant le rouleau, courbant l'échine.
– Encore une proposition pour le titre de Grand Corsaire ? devina le sabreur dans un soupir, déchirant le cachet, avant de se rendre compte de la présence de Kassandra, qu'il chassa d'un revers de la main, avant de lui fermer la porte au nez. Pars, j'ai à faire.
oOo
28 novembre 1514
Huit ans auparavant
L'équipage avait fini leur tour désespéré de North Blue et de West Blue, à la recherche des Road Ponéglyphes, l'existence desquels ils avaient appris dans le Nouveau Monde et qui étaient indispensables pour trouver le One Piece. Ils firent alors leur entrée sur Grand Line et prirent ce chemin pour la première fois depuis le début. L'équipage s'était constitué directement au milieu de Grand Line, et ils avaient peut-être manqué quelque chose au tout début de cet océan, et avaient été obligés de refaire le tour du monde.
Au cours de leurs longues années de voyage, ils en ont profité pour visiter les quatre océans Blue à la recherche d'indices. Et en ont trouvé sur une île perdue au milieu de North Blue : une adolescente insupportable et grande-gueule, mais qui détenait peut-être une clef pour la détention du One Piece, même s'il s'agissait d'un pari risqué.
Comme le lui avait conseillé, presque demandé, Mihawk, Kassandra commença à s'entraîner et à apprendre les bases du combat. Les autres membres de l'équipage commencèrent à la respecter davantage, et ne lui cherchaient plus de problèmes, appréhendant les pouvoirs d'une gamine qui ne savait pas les contrôler. Leur vie aux côtés d'une bombe à retardement ne les enchantait pas, et certains commençaient à se dire qu'il serait peut-être plus judicieux pour eux de l'abandonner sur une île. Elle représentait un danger certain, contrairement à son utilité, qui pouvait être facilement discutée.
Mais d'autres membres se prirent au jeu et l'aidèrent à prendre du niveau ; ils lui apprirent à combattre et à se défendre. Bien souvent, c'était le capitaine même qui s'en chargeait, prenant un étrange plaisir à enseigner à autrui. Et cet attendrissement de sa part n'échappa pas aux membres de son équipage, qui demeuraient silencieux.
– Mon père, c'était un agent du Gouvernement…, avoua finalement Kassandra.
Elle se tenait au milieu du pont, seule avec Mihawk, affrontant son regard, et serrant fort les dagues qu'elle tenait dans ses mains. Le capitaine du navire, à court d'indices sur les Road Ponéglyphes, lui avait de nouveau demandé pourquoi de telles marques se trouvaient sur ses bras. Et malgré les apparences, la jeune fille avait appris à faire confiance à ce bretteur de renom. Il l'avait traitée avec bien plus de respect et de dignité qu'elle n'aurait pu l'imaginer au premier abord, lorsqu'il l'avait obligée à partir avec eux, et elle en tenait compte. Si elle avait l'occasion de l'aider avec ses connaissances pour le remercier, alors elle lui dirait tout ce qu'elle savait.
– Il menait des recherches sur les ponéglyphes, dans le but de trouver un moyen de ressusciter les armes antiques. Il essayait de décoder le peu de ponéglyphes qu'il avait trouvé, continua-t-elle son explication, fouillant sa mémoire, tandis que Mihawk l'écoutait silencieusement. Il ne m'avait jamais vraiment raconté ses projets, mais je sais que c'est interdit. Alors, si jamais le Gouvernement avait vent de ce qu'il faisait et s'ils avaient l'intention de faire une investigation, ils ne trouveraient rien d'autre que ce que j'ai sur les bras.
Comme pour appuyer son propos, elle tendit ses bras devant elle, pour montrer de nouveau ces marques à Mihawk, qui les avait déjà étudiées des centaines de fois.
– Mais pourquoi il ferait ça ? Tu te ferais accuser à sa place, prononça le pirate, les sourcils froncés.
– C'est bien pour ça qu'il m'a gravé dans la peau le résultat de ses recherches, répondit-elle avec un rictus amer. Les pirates influents connaissent les ponéglyphes, et se mènent des guerres pour récupérer des copies. Il m'obligeait à me faufiler sur les navires des pirates qui accostaient sur l'île pour fouiller leurs documents et leur prendre leurs notes de recherche, s'ils en avaient.
– Voilà pourquoi je t'ai retrouvée sur le navire, murmura Mihawk et hocha la tête d'un air sombre, les pièces du puzzle commençant à se rassembler.
– Si le Gouvernement venait à soupçonner quelque chose, je serais accusée à sa place. Il prenait ses notes directement sur ma peau, pour se protéger, lui et son poste. Et s'il parvenait à découvrir la nature des armes antiques… Je ne sais pas, en fait, ce qu'il prévoyait de faire avec. Il ne me faisait pas confiance.
– Mais c'est insensé. Qu'est-ce qu'il est passé ? Quel genre de père…
– Le genre de père qui t'en veut à mort, le coupa Kassandra, la tête baissée. Disons que… Ma mère était très malade, et mon paternel l'aimait énormément. Il faisait tous les efforts du monde pour avoir des promotions et pouvoir se permettre de l'entretenir. Mais la nuit où ma mère m'a mis au monde, et pour elle, tomber enceinte était déjà un miracle, il y a eu des complications. Elle a eu un AVC, et… Ça l'a plongée dans un état végétatif. Mon père m'en veut à cause de ça. Il croit que je suis la raison pour laquelle elle…
La jeune fille énonça rapidement son monologue, comme si cela pouvait faire passer la pilule plus facilement. Mais sa gorge se noua quand même et Kassandra n'eut d'autre choix que de se taire. Elle ravala son amertume et ses larmes, après l'évocation d'un souvenir si lointain, et auquel elle n'avait pas tant pensé que cela ces deux dernières années. La jeune fille baissa la tête, et sa mèche blanche, obtenue suite à la perte de contrôle sur ses pouvoirs il y a quelques mois, dissimulait son visage.
Aussi étrange que cela puisse paraître, Kassandra était reconnaissante envers Mihawk. Malgré le fait qu'il était froid et distant, le fait qu'il l'ait emmenée avec lui, bien que de force, fut la meilleure chose qui aurait pu lui arriver. Il lui avait permis d'échapper à la tyrannie de son père et à ses recherches folles. Les premiers temps avaient été difficiles, mais elle prit en confiance et en force, et faisait presque partie de l'équipage.
Mihawk ne sut comment réagir face à cet aveu. Il comprenait désormais pourquoi la jeune fille ne souhaitait pas lui en parler, et pourquoi elle ne tentait plus de s'échapper après tant de temps. Sans le savoir, il lui avait permis d'échapper à son passé et à son funeste futur, et l'avait protégé des yeux du Gouvernement sans s'en rendre compte.
Et comme il s'en doutait, elle ne devait sans doute pas être la clef vers le One Piece. Il existait différentes sortes de ponéglyphes, et celles que Kassandra avait mentionné ne l'intéressaient pas. Elle devait s'en rendre compte, et ce fut une autre raison pour laquelle elle n'avait rien révélé. Pour ne pas risquer d'être abandonnée, tuée, ou d'être raccompagnée de nouveau sur son île natale.
Néanmoins, désormais, il se voyait mal de la laisser seule sur la prochaine île qu'ils visiteraient. Sans s'en rendre compte, il s'était attaché à Kassandra. Et maintenant que les choses avaient été tirées au clair, et qu'elle ne semblait pas éprouver de désir de s'en aller, il souhaitait lui proposer officiellement de rejoindre son équipage, et de continuer le voyage avec eux. Elle s'était durement entraînée, et avait beaucoup grandi ces derniers temps. La jeune fille devait encore apprendre à se servir de son pouvoir, et avait encore bien du chemin à faire, mais il était persuadé qu'il s'agissait d'un très bon élément pour son équipage.
Mais avant qu'il ne puisse formuler sa demande, il vit Kassandra vaciller et tomber à terre. Accourant vers elle et la prenant dans ses bras, il la vit haletante et brûlante de fièvre.
Son état ne fit que se dégrader les jours suivants, et le capitaine ordonna à son équipage de se dépêcher de chercher un hôpital lorsqu'ils auront atteint leur prochaine destination : l'île de Liantver.
oOo
7 mai 1515
Sept ans auparavant
– Capitaine, partons !
– Ça fait des mois qu'on mouille à Liantver ! Laissons Kassandra ici, tant pis pour les ponéglyphes !
– On trouvera bien d'autres informations plus tard.
Alors que Mihawk se préparait à quitter le navire pour aller de nouveau à l'hôpital, plusieurs membres de son équipage vinrent le voir pour lui parler. Cela faisait six mois qu'ils avaient arrêté leur voyage et avaient pris racine à Liantver. L'état de santé de Kassandra s'était fortement détérioré, et les médecins peinaient à comprendre ce qu'il se passait et quelle était la cause de ce mal. Pour cette raison, le capitaine avait pris la décision de rester sur place pour suivre son état de guérison, et repartir avec la jeune fille lorsqu'elle se rétablirait.
Mais le temps passait, et les plaintes gagnaient en arguments et en impatience ; Mihawk n'en fit toujours rien, réfléchissant à une solution. Ignorant les complaintes de son équipage, il gagna le rivage et remonta l'avenue principale.
Le pirate arriva dans la chambre de Kassandra sans frapper à la porte, et vit le docteur Yurgun, chargé de Kassandra, lui prélever un échantillon de sang. Le médecin ne prit même pas la peine de regarder l'intrus, tant il s'était déjà habitué à sa présence.
– Vous voilà, aujourd'hui aussi, commença Yurgun en fermant un tube à essai.
– Vous n'avez toujours rien trouvé de concret ?
– J'ai un début de piste, je vous avoue, affirma-t-il en rangeant sa pipette et en se tournant vers Mihawk. Je la remettrai sur pieds, cette petite, je vous le garantis. Mais en tout cas, le soutien de la famille est indispensable dans des moments pareils. Et je suis content de voir que vous êtes toujours là pour elle.
– De la famille ? répéta Mihawk, hésitant.
Kassandra se releva un peu plus sur son lit, écoutant la conversation entre les deux hommes. Elle vit l'expression du visage de Mihawk se fermer et se renfrogner, et comprit le quiproquo, se tenant prête à élucider le malentendu.
– Oui, évidemment, vous êtes son père, n'est-ce pas ? prononça le médecin, avant de porter sa main à sa bouche, comprenant sa bêtise. Oh pardon, je m'avance sans doute un peu.
– Vous vous trompez, je ne suis pas…, commença Mihawk, essayant de se justifier, mais il parla en même temps que Kassandra.
– C'est pas mon père. C'est… C'est mon frère. Ouais.
La jeune fille se pinça les lèvres et ses yeux s'ouvrirent comme des soucoupes face à ses propres paroles, ne s'attendant elle-même pas à une telle déclaration, tandis que son regard croisa celui incompréhensif de Mihawk. Ces mots sortirent tous seuls dès qu'elle entendit la mention de son père, sans qu'elle ne puisse les contrôler. Elle déglutit alors, attendant que le pirate éclaire le docteur sur la nature de leur relation.
Mais il n'en fit rien. Mihawk ne prononça pas un mot, et ce fut peut-être pour le mieux ; leur relation était bien plus compliquée à définir que ce qu'ils pensaient, et pour éviter de se perdre dans de longues explications inutiles, il préféra garder le silence. Il valait mieux pour eux d'éviter des regards d'incompréhension, si ce docteur savait qu'une simple gamine de quinze ans traînait avec un pirate de sa renommée.
– Oh, je comprends mieux ! C'est vrai que ça correspond beaucoup plus à vos âges ! se corrigea-t-il, ajustant ses lunettes.
Kassandra baissa la tête, un étrange sourire étirant ses lèvres. Finalement, cela ne la dérangeait pas tant que cela, qu'il soit considéré comme son frère. Malgré leur rencontre plus que compliquée, au cours de ces trois dernières années, Mihawk devint celui qu'elle avait toujours voulu avoir à ses côtés. Bien qu'aigre et inaccessible, il évitait de se mêler de sa vie, et la poussait à prouver le meilleur d'elle-même lorsque c'était nécessaire. Dans son silence et semblable indifférence, elle avait appris à reconnaître le mécontentement, l'agacement, l'approbation, la fierté. Ses conseils l'encourageaient à s'améliorer et à se battre pour vivre. Il était celui qui l'avait sauvée de l'Enfer, et elle lui était éternellement reconnaissante.
– Bien, je peux vous faire le compte-rendu de ce que l'équipe de chercheurs de l'hôpital ont découvert, continua Yurgun et se releva, avant de ranger la chaise. Allons dans le couloir.
– Eh oh, moi aussi je veux l'entendre ! Si je vais crever, je veux le savoir aussi ! protesta immédiatement Kassandra, dégageant sa couverture.
– Mais d'où sors-tu de telles sottises ? Bien sûr que tu ne vas pas mourir ! réfuta le médecin, s'affolant. Bon, si tu souhaites l'entendre aussi…
Le docteur Yurgun posa un regard interrogateur sur Mihawk, comme pour avoir l'aval du grand frère, avant de soupirer et de feuilleter l'épais dossier de la patiente.
– Tout d'abord, ses antécédents. Elle a déclenché le vitiligo après un grand choc émotionnel, d'après ce que vous avez dit, il y a un peu plus d'un an, qui a causé un partiel blanchissement de ses cheveux. D'après vous, c'est le déclencheur de ses pouvoirs du fruit du démon qui a causé ça…
S'ils avaient voulu que Kassandra se rétablisse au plus vite, ils ne pouvaient dissimuler une information d'une telle importance au docteur. Il était au courant de ses pouvoirs, qui restaient en réalité très flous pour tout le monde. Mais la jeune fille avait espoir que la médecine lui permettrait de mettre le doigt sur un élément clef, expliquant l'origine de son don.
– Nous avons trouvé une autre maladie auto-immune, la sclérodermie, qui atteint la circulation sanguine, les organes vitaux, le système digestif. Mais rien qui puisse être fatal, évidemment que non ! Une intense activité physique régulière n'apportera que du positif ! Et de par ta morphologie, je constate que c'est le cas.
– Oui, je m'entraîne souvent…, prononça Kassandra d'une voix basse, ne sachant pas vraiment si on attendait une réponse de sa part. M'entrainais.
– C'est très bien, ça ! Nous avons aussi trouvé une importante carence de vitamines dans le sang, et cette anémie a causé ta soudaine faiblesse. Mais tu commences à t'en remettre, l'assura le docteur avec un clin d'œil.
– On ne dirait pas, pourtant… Pourquoi cela fait six mois qu'elle est à l'hôpital, alors ? le questionna Mihawk, les bras croisés.
– Ah, ça, j'allais y venir… J'ai peut-être une hypothèse quant à la nature de ton pouvoir, petite, dit le docteur avec un air plus sérieux, et les deux autres se redressèrent. Il influe sur la composition de ton sang et de ton corps en général, c'est pour ça que nous avions beaucoup de mal à faire des analyses et à te trouver un traitement…
Yurgun enleva ses lunettes et commença à les essuyer avec sa blouse blanche, cherchant ses mots. Mais après un long soupir, il se lança.
– Vous avez dit que tu as pu blesser d'autres personnes ? Que tu as pu te soigner ? De ce que je constate de ton analyse sanguine…, murmura-t-il en secouant une fiole, pleine du sang de la jeune fille. Tu as sans doute le pouvoir d'influer sur le sang. Le coaguler dans les corps des autres personnes. Accélérer ton processus de guérison en concentrant tes globules blancs. Et sans aucun doute bien d'autres choses.
La mâchoire de Kassandra faillit se décrocher à ses paroles, et le regard d'or de Mihawk se troubla. Il s'agissait là de la dernière chose qu'ils auraient pu imaginer. Plus encore, sous leurs yeux ébahis, le médecin sortit d'un tiroir une poche de sang, et en versa le contenu dans un verre propre, avant de le tendre à Kassandra.
– Et j'ai peut-être une idée pour que tu guérisses, petite. Je sais que ça peut paraître fou, mais si c'est vraiment ton pouvoir, le sang est peut être la clef de tout… Et c'est lui qui peut te guérir, affirma le docteur, tandis que Kassandra accepta machinalement le verre.
Regardant le liquide écarlate avec insistance, tout devint plus clair. Il avait raison. Elle ne le remarqua que maintenant, mais un changement avait bien eu lieu. L'odeur du sang, sa consistance ; sa perception de ce liquide avaient changé. Elle sentait une étrange puissance émaner de ce simple verre, et ne doutant plus des paroles du médecin, avala le contenu d'un coup sec, sous le regard sidéré de Mihawk.
– Merci de ta confiance… Je reviendrai faire une prise de sang dans une heure environ, quand tu l'auras assimilé. Nous verrons bien ce que donneront les analyses, finit le médecin en se mordant la lèvre, mettant sa carrière en jeu.
Mihawk sortit de la pièce, attendant le docteur dans le couloir. Mais avant que ce dernier ne le rejoigne, il se tourna vers Kassandra, qui afficha un air interrogatif.
– Dis-moi, petite…, commença le médecin avec hésitation. Ton pouvoir… Il peut être très utile, à l'hôpital. N'as-tu jamais eu envie de devenir médecin ? Je peux t'apprendre le métier, et tu as déjà un atout incommensurable ! Je suis sûr que tu peux devenir une chirurgienne de talent !
oOo
Après avoir reçu les résultats positifs des analyses, Mihawk sortit de l'hôpital, le cœur un peu plus léger. Il regagna son navire, où au contraire, une ambiance lourde était palpable. Vata, ainsi que les autres membres de l'équipage, l'attendaient de pied ferme sur le pont, prêts à affronter leur capitaine et faire valoir leur point de vue.
– Capitaine ! Nous avons discuté tous ensemble en votre absence, et vous demandons encore une fois de reprendre la mer et de continuer notre voyage ! s'exclama Vata, se tenant au garde-à-vous, attendant la réponse de Mihawk.
Celui-ci les jugea froidement, s'étant déjà préparé à une telle confrontation, mais hésitant toujours sur son choix à faire. Il fourra ses mains dans les poches de son manteau, et serra la lettre soigneusement cachetée, avant de prendre sa décision en son for intérieur.
– Mais pour qui vous prenez-vous, à discuter les ordres de votre capitaine ? leur demanda-t-il simplement, les yeux fermés.
Ses hommes déglutirent avec difficulté, avant que Vata ne reprenne, la voix moins assurée.
– Ce n'est aucunement pour vous manquer de respect, loin de là ! Mais nous pensons que vous vous préoccupez trop de Kassandra, qui ne représente au final pas un si grand intérêt que ça. Nous pensions qu'elle serait utile, mais au final, elle ne sait rien des ponéglyphes, ni de comment se rendre sur Laugh Tale !
– Je pense que mes objectifs ont quelque peu changé, depuis ce temps…
Sous le regard ébahi de son équipage, Mihawk sortit une lettre froissée de sa poche. Il s'agissait de la première proposition pour le poste de Grand Corsaire, que le Gouvernement lui avait envoyé il y a longtemps. Mais depuis ce jour, la place restait toujours vacante et les dirigeants du monde peinaient à trouver la bonne personne pour combler le vide.
– Je poursuivais une chimère depuis des années. À vouloir surpasser mon père. Lui montrer, ainsi qu'au monde entier, que ce n'est pas grand chose, d'atteindre Laugh Tale. J'ai été idiot. Impertinent et impatient. Arrogant. Et je suis fatigué de ces recherches qui ne mènent à rien, et de ce but maintenant vain. Je me voilais la face.
Il prit une longue inspiration, avant de reprendre, sous les mines décomposées de son équipage.
– Je deviendrai Grand Corsaire. Je n'ai jamais refusé leurs propositions, je les ai juste ignorées, avoua-t-il.
– Où voulez-vous en venir, capitaine ?! s'égosillèrent-ils en chœur.
– Je déclare l'équipage de l'Œil de Faucon dissous.
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10 juin 1515
Sept ans auparavant
– Quelle odeur nauséabonde ! Mais quel carnage il y a eu dans ce pays !?
Kassandra se bouchait le nez avec son écharpe, manquant de vider ses tripes. Avec Mihawk, ils avançaient sur les terres mortes d'un ancien royaume, qui périt à cause d'une guerre civile. Les innombrables cadavres jonchaient le sol, et parmi les corps putréfiés, de nombreux rats et autres charognards se cachaient. Au loin, ils pouvaient apercevoir une tribu de babouins, armés jusqu'aux dents, venir à leur rencontre. Et ils n'étaient certainement pas enchantés par leur présence.
– T'es sûr que c'est une bonne idée, Mihawk ? hésita la jeune fille en tirant discrètement la manche du bretteur de renom.
– Oui. J'ai accepté la proposition du Gouvernement. Et il n'a que faire des nations éteintes, l'en assura Mihawk. J'ai déclaré cette île comme ma propriété. On devrait être en sécurité ici, pour quelque temps. Ils ne te trouveront pas.
Kassandra serra son gilet et regarda ses poignets, où elle pouvait voir la naissance de ses tatouages. Si le Gouvernement venait à avoir vent de ces marques, il était certain qu'il mettrait tout en œuvre pour l'exécuter. Alors, elle se devait de devenir plus forte, afin de pouvoir survivre dans ce monde de vautours. Maintenant qu'elle connaissait la nature de son pouvoir, que Mihawk souhaitait l'entraîner à ses côtés, et qu'elle avait un potentiel travail prometteur à l'hôpital, elle avait toutes les cartes en main pour pouvoir s'offrir un futur bien moins sombre que son passé, sur lequel elle tira un trait définitif, prête à recommencer à zéro.
oOo
9 mars 1523
Présent
– Eh oh, Kass, t'es là ? Allô la Lune, ici la Terre !
Kassandra émergea de ses pensées, et vit Perona lui claquer des doigts sous le nez, essayant de la faire réagir. La jeune femme cligna des yeux plusieurs fois, avant de rendre compte qu'elle était de retour à la réalité. Elle était là, avec Perona et Zoro. Au château de Kuraigana. En 1523.
– Je ne sais pas dans quel monde tu étais, mais il était loin ! s'exclama la jeune fille aux cheveux roses en lui tendant une tasse de café fumante. Je sens que tu as besoin de te réveiller.
– Ou alors, tu as toujours cette option, prononça Zoro avec un rictus, assis à côté d'elle et la prenant par les épaules, soulevant une bouteille d'alcool. Si tu as au contraire besoin de t'endormir ! Ou d'oublier !
– Alors, raconte-nous tout, à quoi tu pensais ? De quoi tu rêvais si fort ? lui demanda une Perona intriguée, qui encadra son visage de ses mains, toute ouïe.
Après avoir bu quelques gorgées de café afin de se réveiller complètement, Kassandra voûta son dos, se lova dans le fauteuil et un sourire sincère étira ses traits. Puis, elle haussa les épaules et ferma les yeux.
– Rien de spécial.
Petite note : quand je dis "le pouvoir de son fruit s'était éveillé", elle a juste montré ses premières capacités, elle n'a certainement pas atteint l'éveil de son fruit ;) (ça m'a trigger pendant la correction)
J'ai essayé d'être la plus concise possible, donnant toutes les informations nécessaires sur le passé de Kass et Mimi ! Je ne voulais pas faire deux chapitres comme pour Mimi à Mary Geoise (où je prévoyais d'en faire qu'un seul, mais je m'étais foirée dans mes calculs x)). Du coup, j'ai sans doute usé de solutions de facilité à plusieurs reprises, mais autrement, ç'aurait été trop long, et peut-être pas si intéressant !
Ce que je peux ajouter, c'est qu'on ne connait pas les véritables intentions de Mihawk... Suis-je en train de teaser un flashback sur son passé de manière complètement foirée ? Peut-être Mikasa, peut-être.
Merci de m'avoir lue, j'espère que ça vous a plu ! Dites-moi ce que vous en avez pensé si vous avez le temps, ça fait très plaisir :D
Prenez soin de vous, surtout !
