Eeet bonjour les loulous !

J'espère sincèrement que vous allez bien, surtout avec les terribles inondations qui se passent un peu partout en Europe. Je suis de tout cœur avec vous, si vous êtes victime de ce désastre... Les images me donnent froid dans le dos. Prenez soin de vous et de vos proches, je vous en prie !

En espérant que ce chapitre puisse vous divertir le temps de quelques instants, bonne lecture.


– C'est ce qu'il a dit, huh ?

Mihawk acquiesça, servant un verre de vin à la jeune femme assise à côté de lui. Elle le prit avec une gratitude silencieuse, mais sans y toucher, trop absorbée dans ses pensées.

– Kaido voulait donc empêcher Barbe Blanche de venir secourir Ace…, prononça-t-elle, observant son reflet dans le liquide écarlate. Et Shanks l'en a empêché.

– Il est arrivé trop tard à Marineford à cause de cet incident, continua le bretteur.

– Aucune autre info sur Doflamingo ou Kaido alors… Ça me rassure pas, mais je m'attendais à rien.

Mihawk baissa la tête et enleva son chapeau avec un soupir. Après quelques intenses jours, l'état de Zoro s'était enfin stabilisé, et ils avaient pu prendre une seconde pour souffler, avec Kassandra. Les cernes de cette dernière ne trompaient personne, mais elle ne pouvait rien y faire. Il ne leur restait qu'à attendre le réveil du jeune épéiste.

– C'est la Rêverie, l'année prochaine…

Kassandra s'enfonça dans son fauteuil en murmurant cette phrase, le regard rivé sur le journal quotidien.

– Nous devons nous tenir prêts à tout instant, souligna Mihawk en sirotant une gorgée de vin. Le monde est de plus en plus instable, et mon entrevue avec le Roux l'a encore plus confirmé.

– On ne pourra pas rester indéfiniment à Kuraigana, hein ?

Mihawk confirma avec un hochement de tête et une grimace indescriptible étira le visage de Kassandra pendant un instant.

– Les guerres font rage dans les quatre coins du monde entre les différentes nations…, releva-t-elle en passant la main dans ses cheveux.

– Et une plus grande encore arrive, l'en assura son frère d'une voix amère. Celle de Marineford ne sera rien, comparée à ce qui nous attend.

– Le temps de la léthargie est révolu, alors ? le taquina Kassandra avec un rictus de malice.

– Pas encore. Mais cela arrivera bien plus rapidement que ce que nous croyons…

Le duo se tut, pensant à leur court échange. Mais il était encore trop tôt pour se prendre la tête avec de telles inquiétudes concernant le futur, quand leur présent se retrouvait déjà assez compliqué. Mais au fond d'elle, Kassandra espérait que Mihawk puisse redevenir pirate ; cette vie, bien trop tranquille, ne lui correspondait pas.

Ce fut en soufflant que Kassandra se releva et se dirigea vers la sortie.

– Bon, je vais voir comment se porte l'autre con. Perona doit veiller sur lui, à l'heure qu'il est.

oOo

Une chaleureuse lueur réchauffait ses joues. À travers ses paupières closes, il voyait la couleur orangée du soleil. Il avait l'impression d'émerger d'un long songe, et ses yeux refusaient de s'ouvrir. Tout ce que son esprit souhaitait, c'était de se rendormir. Son corps était lourd comme du plomb et il se sentait s'enfoncer dans le moelleux matelas qu'il reconnaissait comme le sien, et un linge frais et mouillé était posé sur son front. L'odeur des draps propres, de désinfectant et de fleurs parvint à ses narines, et il en remplit ses poumons. Il dut batailler un long moment contre son corps douloureux avant qu'il ne puisse finalement ouvrir ses paupières.

Il se rendit compte alors que son œil gauche était pansé, et qu'il ne voyait que de son œil droit. Ce dernier avait du mal à faire le focus, mais cela lui suffit pour reconnaître le haut plafond de sa chambre. À travers la grande fenêtre à carreaux, l'écarlate soleil se couchait et jouait avec la cime des arbres de la forêt, baignant la pièce de ses chaleureuses couleurs. La seule chose qu'il entendait était le cri de plusieurs nuées d'oiseaux qui passaient dans le ciel ; le château, quant à lui, était d'un silence inhabituel. Il avait pris l'habitude d'entendre sans arrêt Perona chanter ou se disputer avec Kassandra, ou encore Mihawk fouiller les bouteilles. Mais cette fois-ci, rien de tout cela.

Son corps se réveillait progressivement, alors que ses articulations lui semblaient rouillées, comme s'il avait passé une éternité dans ce lit. Ce fut avec difficulté que Zoro parvint à tourner la tête et remarqua le bouquet de fleurs posé dans un vase à son chevet, et qui dégageait une agréable odeur. Il vit alors un dispositif intraveineux écouler un liquide transparent dans le pli de son coude. Et plus loin encore, il se rendit compte de la présence de Kassandra, tête baissée, un journal à la main. La respiration régulière de la jeune femme indiquait qu'elle était sans doute endormie, et ses yeux cernés de noir mirent la puce à l'oreille au jeune sabreur. Il cligna plusieurs fois des yeux et secoua sa tête, arrêtant d'être spectateur de son environnement.

Que lui était-il arrivé ?

Il essaya de se creuser la tête, à la recherche de ses souvenirs, mais ils étaient pour la plupart flous et incompréhensibles. Mais il était certain d'une chose ; de par son état physique, quelque chose d'important s'était produit. Et il put mettre un nom dessus : Sandai Kitetsu. Il ne se souvenait plus très bien de ce qu'il s'était passé, mais il se rappelait parfaitement de la voix rauque de Kitetsu résonner dans sa tête, à le rendre fou. Et cette même voix l'avait poussé à accomplir le rituel dont Mihawk et Kassandra lui parlaient. Qu'avait-il fait ? Que s'était-il passé, au final ? Et où étaient ses sabres ?

– La belle au bois dormant s'est réveillée.

La voix de Kassandra le tira de ses pensées, et il la regarda dans les yeux, où il ne put déceler que de la froideur et de la sourde colère. Les épaules voûtées, elle triturait sa boucle d'oreille, arborant une expression crispée, ne prenant même pas la peine de le regarder. Il déglutit difficilement, alors que la médecin se leva, et ajusta le porte sérum, où la poche de liquide transparent, qui s'écoulait dans ses veines, était accrochée. Une fois qu'elle eut fini, il se redressa doucement sur le lit et elle s'assit à côté de lui. Affrontant son regard, elle épongea doucement son front avec le linge, avant de le gifler sèchement.

– T'es un putain d'idiot, tu le sais, ça ?!

Sa voix rauque tremblait sous le coup de la colère. Vu l'état dans lequel il se trouvait, il ne sut si c'était réellement de l'inquiétude ou pas.

– J'imagine que je l'ai méritée, celle-là…, prononça-t-il en se frottant la joue endolorie.

– Sans blague !? Ça fait une semaine que t'es K.O !

La jeune femme fulminait et dut inspirer profondément plusieurs fois pour se calmer. Son rôle de médecin devait prévaloir sur ses émotions. Il lui fallut une volonté surhumaine pour passer outre sa colère, mais elle parvint à se calmer, et à analyser l'état de Zoro.

– Comment tu te sens ? Des changements, peut-être ? demanda-t-elle, faisant allusion au rituel auquel il s'est adonné.

– Rouillé, mais avec un peu d'entraînement, ça devrait aller…, répondit-il en faisant craquer son cou. Une semaine que je suis là ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

– Tu ne t'en souviens pas ?

Zoro fit non de la tête, et lui raconta les quelques détails et éclairs de souvenirs dont il se rappelait. Kassandra l'écoutait, notant tout dans un dossier. Elle s'attendait un peu à ce que le jeune sabreur perde sa mémoire, mais il se souvenait de plus de détails que ce à quoi elle s'attendait. Kassandra lui expliqua alors ce qu'il s'était passé en détail. Le bretteur l'écoutait silencieusement, le regard sombre. En se taisant, la médecin lui tendit finalement un miroir, et Zoro eut un choc en voyant son reflet.

– C'est pas joli à voir, je te le conçois, prononça Kassandra avec amertume.

– Mon œil…

– J'ai soigné la blessure, sinon tu aurais pu perdre ton œil. Et Mihawk a enfermé le démon dedans, éclaircit l'épéiste. C'était le seul moyen de te sauver.

– Ça s'est si mal passé que ça ?

La colère disparut du visage de Kassandra pendant quelques secondes, faisant place à une mine affligée. Le regard baissé, les lèvres pincées, tout dans la réaction de la jeune femme lui indiquait que le rituel avait effectivement été une catastrophe.

– Tu étais au bord de la mort, tu n'aurais pas pu finir le rituel, murmura-t-elle, cherchant ses mots. Mais Kitetsu s'était déjà accroché à ton âme. Impossible de se débarrasser de lui sans qu'il ne te l'arrache. Mihawk n'a pas eu d'autre choix que de sceller la malédiction dans ton œil. Et maintenant, une rééducation s'impose.

– Comment ça, une rééducation ?

– On perd pas un œil sans conséquences. Enfin… Tu ne l'as pas perdu, au final. Mais tu ne pourras plus t'en servir juste pour voir, précisa-t-elle.

– Je m'en doute… Mais pourquoi une rééducation ?

– La perception de la profondeur est altérée avec un œil en moins. Tu dois apprendre à tourner ta tête à gauche maintenant pour voir de ce côté. Ton œil droit va se fatiguer plus vite, ton acuité visuelle ne sera plus aussi rapide et précise, donc en combat, ça pose problème…, énuméra la bretteuse en passant un linge sur son front.

Zoro se rendit compte des conséquences que cette action engendrait, et il fronça les sourcils. Kassandra lui avait raconté tout ce qu'il avait besoin de savoir. Elle s'était vêtue de sa veste de médecin le temps qu'il se réveille et qu'elle prenne connaissance de son état, mais il voyait ce rôle fondre comme neige au soleil, alors que son calme disparaissait de son visage, de nouveau déformé par la colère.

– T'es vache de nous ajouter encore plus de boulot. Te gérer en bonne santé était déjà suffisant. Maintenant, faut qu'on gère un Zoro borgne et en proie à une malédiction. Tu fais chier, cracha-t-elle en se levant. Il te reste un an, alors essaye de plus nous sortir de conneries du genre, sinon le manoir va pas tenir debout très longtemps. Déjà que j'ai cru qu'il allait s'effondrer sous les pleurs de Perona…

– Si ça te fait chier autant, t'avais qu'à pas me soigner ! s'exclama Zoro, pas d'humeur à se faire sermonner.

– Et laisser Kitetsu hanter le château et te laisser crever ? Non merci. Je suis médecin, trancha-t-elle en arrachant le pansement qui cachait l'œil du jeune bretteur, non sans un râle de sa part.

Zoro reprit le miroir qu'elle lui avait donné, et son reflet le surprit. Son œil était effectivement intact, et il voyait parfaitement avec, malgré la fine cicatrice qui traversait sa paupière et son arcade sourcilière. Mais ses yeux étaient désormais vairons, et son double iris arborait la même couleur que les yeux d'Œil de Faucon.

– Mihawk s'est occupé de calmer le rituel, moi, je t'ai soigné, reprit la jeune femme, alors que Zoro s'habituait à son nouveau visage. Perona était morte de trouille et d'inquiétude pour toi. Tu as hurlé au milieu de la nuit. Elle dort là, elle est épuisée à force de faire le guet à ton chevet.

Le jeune homme l'écoutait que d'une oreille, essayant de digérer les nouvelles informations. Malgré la malédiction désormais piégée dans son œil, il ne se sentait pas différent, comme si rien n'avait changé. Mais il savait que ce sentiment changerait à l'instant où il reprendrait Sandai Kitetsu dans les mains.

– Il vaut mieux que tu le gardes fermé, dorénavant, pour contenir la malédiction, lui conseilla-t-elle, comme pour combler le silence. Sinon, la malédiction pourrait ressurgir à n'importe quel instant. Contiens-la, jusqu'à ce que tu en aies vraiment besoin en combat. Je pense que c'est la meilleure solution.

Zoro hocha la tête, comprenant les risques auxquels il pouvait exposer les autres s'il le gardait ouvert. Cela faisait beaucoup d'informations à encaisser pour lui, et il n'avait pas encore pu les digérer. Mais il se devait de faire avec le fait que la malédiction de son sabre avait failli lui coûter la vie car il était trop faible. Mais il était hors de question qu'il mette son équipage en danger à cause de sa bêtise.

– Oui… Il vaut mieux, prononça-t-il finalement, sortant de sa transe.

– Tu n'as pas besoin de cet œil pour intimider les autres, répondit la jeune femme avec un clin d'œil.

– Ouais, je m'en vais crever le deuxième…

– Incroyable, aurais-tu appris le sarcasme en notre compagnie ? On déteint sur toi, attention, tu vas finir par apprendre à jardiner.

Le justement mentionné sarcasme de la jeune femme fit tiquer Zoro, et il leva les yeux au ciel. Mais ce faux-humour n'était qu'un mécanisme de défense pour Kassandra, qui était remontée contre le jeune bretteur. Et elle avait tous les droits de l'être. Mais elle ne pouvait s'empêcher d'essayer de détendre l'atmosphère lourde, qui la mettait mal à l'aise. Comme pour se redonner contenance, elle trouva ce qu'elle cherchait dans ses poches, et balança un bout de tissu à Zoro.

– Tiens, voilà un cache-œil, alors. Un vrai pirate !

Zoro le regarda avec scepticisme, le sourcil arqué.

– C'est ridicule…

– Que tu le veuilles ou non, c'est la première étape pour la rééducation. Tu auras tendance à vouloir garder ton œil ouvert car c'est plus confortable, l'en assura la médecin.

La pièce plongea de nouveau dans le silence, et Kassandra en eut marre d'essayer de l'alléger. Pour s'occuper l'esprit, elle commença à désinfecter et à ranger les différents outils médicaux qu'elle avait utilisés pour suivre l'état de Zoro, n'en ayant plus l'utilité, maintenant qu'il était réveillé. L'épéiste, quant à lui, étudiait son reflet dans le miroir avec grand intérêt.

– Mais je comprends pas… Pourquoi mon œil est-il le même que les yeux de Mihawk ? Une double iris ? posa-t-il la question, très intrigué.

– On dit souvent que les yeux sont le reflet de l'âme, commença Kassandra en fermant un tiroir. Et c'est on ne peut plus vrai. Une double iris, pour les deux âmes qui se partagent désormais ton corps. La tienne, et celle de la malédiction que tu as recueilli.

– Donc Œil de Faucon, lui, il a réussi à compléter son rituel…, devina Zoro, presque envieux.

– C'est ça.

Alors qu'elle finissait sa courte session de rangement, elle se souvint d'un détail. Son regard s'assombrit alors, et c'est les lèvres pincées qu'elle annonça la chose à Zoro.

– En parlant du loup, ou plutôt du faucon… Mihawk veut te voir.

Entendant sa voix baisser d'un cran, le jeune bretteur déglutit avec difficulté. Cela ne présageait rien de bon.

– Il est d'humeur massacrante depuis une semaine, même moi j'évite de le croiser, avoua Kassandra, les bras croisés. Pourtant, ça fait un bail que je le connais.

– Il ne faut pas que je traine alors.

– Non, vaut mieux pas. Prends tout ton courage avec toi, car même dans le Nouveau Monde t'en auras pas besoin d'autant.

Zoro baissa les yeux sur ses poings serrés sur son drap. D'après les paroles de Kassandra, la perspective de revoir Mihawk après ce qu'il s'était passé ne l'enchantait pas. Mais il n'avait pas le choix.

Il releva la tête et croisa brièvement les yeux froids de Kassandra, qui fuit son regard. Ses cernes ne trompèrent pas le bretteur ; elle avait dû veiller sur lui nuit et jour. Il lui devait beaucoup.

– Merci, Kassandra, j'imagine…

– Détrompe-toi, je n'ai fait que ce qu'un médecin devait faire. Je suis furieuse aussi, t'imagines pas à quel point, le coupa-t-elle. Mais de ce que j'ai vu, tu t'en fous de ce que pensent les autres.

– Non, ce n'est pas ça. Je n'ai…

– Donc maintenant, débrouille-toi comme un grand, comme tu l'as souhaité prouver avec ce rituel à la con. On aurait pu mourir sous les combles, Perona et moi, et tu savais très bien qu'on était au sous-sol ! Tu t'en rends vraiment pas compte !? C'est une bombe à retardement, les lames maudites ! se déchaîna la maîtresse des lieux. Je t'avais prévenu, et Mihawk aussi ! Remercie le ciel qu'il était de retour au parfait timing, et que tu t'en tires qu'avec une cicatrice ! Les autres bretteurs arrogants de ton genre meurent à ta place, en essayant de compléter le rituel, qui est au-dessus de leur force !

Kassandra explosa, et commença à cracher ses quatre vérités à Zoro, s'approchant de lui au rythme de ses accusations. Elle pointait son index accusateur sur le jeune sabreur, ponctuant chaque mot qu'elle prononçait. Bon nombre de sentiments contradictoires se mélangeaient dans sa tête, et elle ne savait comment appréhender ce bazar. L'inquiétude, l'incertitude, la colère ; toutes ses émotions bouillonnaient et se transformaient en un amer résultat : la trahison. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle se sentait trahie par le comportement de Zoro, et le pire était qu'il ne se rendait pas compte des conséquences de ses actes. Comme si tout devait couler de source, comme s'il n'y avait pas de vies en jeu, la sienne incluse.

Mais c'était un pirate. À quoi s'attendait-elle ? À de la prévention et de la gentillesse désintéressée ? S'il était là en premier lieu, c'était pour assouvir un but bien individualiste. Celui de devenir le meilleur sabreur du monde. Le meilleur. Le numéro un. Ça, ou la mort. Blanc, ou noir. À quoi s'attendait-elle de la part d'un individu si binaire qui pouvait passer d'une extrémité à l'autre avec autant de facilité ? Malgré cette réalité, cela lui restait en travers de la gorge. Et cette nonchalance éternelle sur son visage, qu'elle prenait pour du calme et admirait auparavant, commençait à l'insupporter.

– Mihawk t'a aidé à finir le rituel, que tu n'as pu accomplir qu'à moitié. Perona t'a donné de son sang, pourtant elle était malade, malade d'inquiétude. Et moi j'ai veillé sur toi nuit et jour, alors que j'ai d'autres urgences ! C'est nous qui avons tout fait et toi, tu nous as apporté que des problèmes !

– Je suis désolé, Kassandra, mais si tu savais…

– "Je suis désolé, mais" ? "Mais" ? Tu ne le penses pas vraiment, le coupa-t-elle. Je le vois. Tu t'en fous des autres. Tout ce qui compte pour toi, c'est ton objectif final. Va-t'en, démerde-toi pour que Mihawk te foute pas dehors après tes conneries. J'ai assez vu ta tronche de fougère pour toute une vie.

Ce fut avec une voix tremblante de colère et de déception qu'elle quitta la pièce en trombe, laissant Zoro seul avec ses pensées. Il ne savait quoi penser de ce qu'il venait de se passer. Il avait l'habitude de voir Kassandra contrôlée par ses émotions plus qu'elle ne les contrôlait. Ils se disputaient souvent pour des futilités, mais cela ne durait jamais bien longtemps. Or, cette fois-ci, il voyait bien qu'il avait franchi une limite.

Il mit de côté ce problème et secoua la tête, chassant ses interrogations pour l'instant. Il avait une personne à aller voir, et il devait s'en sortir vivant. Car si Kassandra était dans un tel état… D'après ce qu'elle avait dit, il ne pouvait imaginer à quel point Mihawk devait être furieux. Il était toujours un homme calme, réservé et silencieux, et c'était bien ça qu'il appréhendait. La fureur d'un homme toujours calme était des plus dévastatrices.

Zoro tenta alors de se lever, et une fois sur ses deux pieds, il réussit de justesse à ne pas retomber dans le lit. Il chavira, mais réussit à reprendre l'équilibre en se saisissant du porte-sérum. Il arracha alors l'aiguille de sa veine sans cérémonie, et s'avança d'un pas lourd. La tâche était bien plus compliquée à accomplir en pratique qu'en théorie. Son corps s'était fortement affaibli lorsqu'il était dans le coma. De plus, il avait perdu une semaine d'entraînement, et il était impératif qu'il le reprenne le plus vite possible. Mais sa priorité première était de descendre ce bien trop abrupt et long escalier en marbre, qui menait au rez-de-chaussée du manoir.

Zoro emprunta d'innombrables couloirs sinueux, n'arrivant jamais à trouver le chemin de la grande salle, où Mihawk devait se trouver. Mais en franchissant la porte de ce qui ressemblait fortement à l'ancienne salle de trône du royaume de Seglock, il vit le bretteur de renom. Le Grand Corsaire était là, assis de travers sur le trône fait d'or massif, les bras croisés, remuant son verre de vin. La plume de son chapeau dissimulait son visage baissé, qu'il ne redressa même pas pour regarder le nouveau venu. Ce dernier s'approcha doucement du trône, chancelant, fusillant Mihawk d'un regard déterminé. Il se devait de l'affronter sur ce qu'il s'était passé, et c'était l'heure de connaître toute la vérité.

– Je vois que tu es réveillé.

Mihawk parla d'une voix froide et calme, presque habituelle. Mais ce « presque » posait justement problème. Bien que Zoro aurait dû être rassuré, ce fut tout le contraire.

– Et de par la tête que tu tires, Kassandra a failli te l'arracher.

Zoro ne disait rien, ne sachant pas quoi répondre. Il attendait que Mihawk commence à parler du sujet principal, et il ne traîna pas trop.

– Tu as intérêt à avoir une bonne explication sur ce qu'il s'est passé, prononça finalement le maître des lieux, relevant légèrement sa tête. Jamais je ne tolérerai un tel désastre sous mon toit.

– Je… je ne sais pas, marmonna Zoro, ne pouvant pas formuler une réponse adéquate et construite.

Il était assez perdu dans sa propre tête qu'il ne savait quels mots choisir.

– Mauvaise réponse.

Mihawk se redressa et s'assit normalement sur le trône, les jambes croisées. Il but quelques gorgées de son verre, regardant son jeune apprenti avec insistance. Il attendait des explications, et si elles ne lui convenaient pas, il n'aurait aucun scrupule à chasser le jeune sabreur. Il avait abusé de leur hospitalité, et de leur confiance. Il s'était mis en danger de mort en connaissance de cause, alors que lui et Kassandra l'avaient mis en garde à plusieurs reprises.

– Tu as été irresponsable et égoïste. Aurais-je eu trop confiance en toi ? Me serais-je trompé à ton sujet ?

Zoro essayait de formuler sa pensée, avec difficulté. Cela lui arrivait rarement, de laisser la nervosité le gagner pendant une conversation, mais il savait qu'il avait commis une grave erreur. Il avait vu la réaction de Kassandra, il s'attendait à voir la colère froide de Mihawk ; mais ce dernier gardait un regard imperturbable, auquel il pensait s'être habitué avec le temps.

– Je ne sais pas à quel point Kitetsu a influé sur moi depuis le départ. Depuis que… que vous m'avez appris à communiquer avec mes sabres, j'entends sans cesse une même voix. Celle de Kitetsu, commença Zoro. Elle ne m'a pas lâché depuis un an. Je l'entends dans mon sommeil, elle ne me quitte jamais. Répétant toujours les mêmes mots… Je croyais que… Si je lui donnais ce qu'elle voulait pour qu'elle me donne sa force en retour, je serais en mesure de la faire taire pour de bon. Et je crois que ça a marché.

Le jeune sabreur marqua une pause et reprit, sans que l'expression de Mihawk change.

– Tout ce que j'ai fait depuis un an, je l'ai fait pour devenir plus fort. Pour pouvoir te détrôner un jour, mais surtout pour pouvoir protéger mon capitaine. Laisse-moi une autre chance ! Permets-moi de rester ici le temps que je rejoigne mon équipage dans un an !

À la manière de leur discussion d'il y a un an, Zoro s'agenouilla de nouveau devant Mihawk, le suppliant de comprendre. D'accepter de le garder sous son toit. De continuer à l'entraîner. Car il était encore trop tôt pour lui de partir, et il comprenait qu'il avait encore tant à apprendre de la sagesse et de la force de cet homme.

Mihawk quitta le trône, et s'arrêta devant le vitrail de couleurs, que les dernières lueurs du soleil traversaient. Zoro était perdu, il le comprenait. La façon dont il avait exposé le fond de sa pensée, et ce qu'il avait traversé ces derniers mois lui rappelaient les tourments que lui faisait subir Kokuto Yoru, lorsqu'il ne l'avait pas encore transformée en lame noire. Quand il ne l'avait pas encore pliée sous sa volonté. La lame s'insinuait dans ses pensées, et à chaque seconde, il entendait sa voix sinistre lui chuchoter à l'oreille, comme le ferait le Diable. Même le plus fort des esprits pouvait céder face à cet acharnement. Mais pour avoir vécu avec pendant presque un an, Mihawk reconnut la force de son élève.

– Les lames maudites ne portent pas leur nom pour rien, reprit la parole Mihawk. Elles rendent fous leurs utilisateurs, s'insinuant au plus profond de leur âme. Elles modifient l'essence même des possesseurs indignes, qui sont incapables d'y résister. Leur personnalité, leur perception du monde, tout change. Avant qu'ils ne connaissent une fin tragique.

Zoro l'écoutait attentivement, la tête toujours baissée, alors que Mihawk regardait pensivement par la fenêtre, les bras dans le dos.

– On ne peut rien leur dissimuler. Nos peurs les plus profondes, elles vont s'en nourrir en prenant plus de contrôle. Nos espoirs et nos rêves, elles vont essayer de les rendre fades. Notre force d'esprit et notre détermination, elles vont essayer de les briser. Jusqu'à ce qu'elles rencontrent le bretteur digne de les porter. Celui, qui pourra leur offrir ce qu'elles désirent le plus : la force, et le contrôle.

Mihawk s'approcha de Zoro, qui n'avait pas bougé d'un poil.

– En accomplissant un rituel de fusion, on met en jeu notre âme contre celle de la lame. Si on perd, l'arme l'emporte, et on meurt. Si on gagne, alors la lame se soumet entièrement à toi, te prête toute sa force, sans jamais te remettre en question. Et ton âme devient à jamais liée à la sienne. Une double iris, pour les deux âmes qui se partagent le même corps.

À la mention de la nouvelle apparence de son œil, le jeune bretteur releva soudainement la tête. Il n'avait pas encore mis le cache-œil que lui avait donné Kassandra, et put observer de ses deux yeux le regard d'or de son professeur, en tout point similaire au sien.

– Tes sabres sont là.

Mihawk indiqua le trône, contre lequel Zoro put effectivement voir ses armes. Bien que Sandai Kitetsu avait été enveloppé dans un drap blanc, les trois semblaient être intacts. Il ne put réprimer son envie brûlante de pouvoir être de nouveau réuni avec ses lames. Et malgré la décision encore inconnue de Mihawk concernant la suite de son entraînement sur Kuraigana, Zoro, vacillant, se dépêcha de rejoindre ses sabres. Mais avant qu'il ne puisse mettre la main dessus, Œil de Faucon parla, ce qui l'arrêta dans son geste.

– Tu as un grand pouvoir entre tes mains, désormais. Il faut que tu apprennes à t'en servir, dit-il en s'avançant vers la porte. La maîtrise d'une malédiction te permet de choisir ce que tu souhaites découper, ou non.

À cette soudaine révélation, le jeune sabreur n'osa pas bouger, écoutant attentivement son mentor. Mais ce dernier tourna les talons, et alors que Zoro pensait qu'il le laisserait dans l'incertitude, il entendit une voix déformée par l'écho du couloir lui rendre sa décision finale.

– Ne te perds pas en allant dans ta chambre, Roronoa.

oOo

Perona dormait paisiblement dans sa chambre, rattrapant ses nuits de sommeil. La bouche légèrement entrouverte, la bave au coin des lèvres, un subtil bruit de ronflement se faisait entendre dans la pièce, donnant le sourire à Kassandra. Maintenant qu'un malade était remis sur pied, il fallait veiller sur la deuxième.

Bien qu'elle ne voulait pas le montrer, la jeune fille fantôme avait été démesurément inquiète pour Zoro, tournant en rond telle une toupie à longueur de journée, faisant sans cesse des allers-retours entre sa chambre et la sienne. Mais surtout, elle avait été fortement affaiblie. Son groupe sanguin, XF, était par heureux hasard le même que celui du jeune bretteur. Elle était la seule dans le manoir à pouvoir donner de son sang pour le rétablissement de l'épéiste. Mais à cause de son petit gabarit, elle ne pouvait normalement pas le faire sans que cela ne la mette en danger. Malheureusement, sans cette dose de sang, ils se retrouvaient dans une impasse, et Kassandra dut faire des concessions en tant que médecin, jonglant entre ses connaissances, ses hypothèses et son pouvoir. De toute façon, sachant comment Perona était morte d'inquiétude, elle ne lui aurait pas laissé d'autre choix que de lui prendre du sang pour Zoro.

En attendant le réveil de la jeune fille fantôme, Kassandra lisait le journal qu'elle n'eut pas le temps de lire plus tôt. Une tête vulgaire familière apparaissait dans le quotidien, et un article bien peu élogieux était rédigé à propos de Bartolomeo, dont elle se souvint indistinctement. Une nouvelle vague de rookies était justement arrivée à l'Archipel de Sabaody, et ''Le Cannibale'' était considéré comme un « Super Rookie », avec une nouvelle prime de 150 millions à sa tête. La jeune femme lisait machinalement l'article, mais ses paupières se faisaient lourdes et son cerveau n'assimilait plus les informations.

À force de voir les infinies lignes s'étaler devant ses yeux, elle crut voir d'autres noms de pirates célèbres et de nouvelles primes être attribuées, et les noms de Apoo et Hawkins retinrent son attention, sans qu'elle ne puisse enregistrer les détails de leurs méfaits.

N'arrivant pas à se concentrer, elle abandonna sa lecture et commença à machinalement fouiller les larges poches de son sarouel. Sa main se posa sur son petit escargophone, et elle le fixa pendant de longues secondes. Avant que Zoro ne commence son rituel, elle avait justement décidé de se rendre à Liantver pour voir la situation sur place. Le silence radio constant de ces derniers mois lui mettait la puce à l'oreille, et elle ne pouvait plus repousser l'échéance. Or, un contretemps la rattrapa : l'arrogante bêtise du jeune bretteur, à cause de laquelle elle ne put partir aussi rapidement qu'elle le souhaitait.

Mais désormais, Zoro était remis sur pieds et elle avait terminé son devoir de médecin auprès de lui. Maintenant, elle devait s'assurer de la stabilité de l'état de Perona, et elle pouvait partir l'esprit vraiment tranquille concernant le manoir.

N'ayant rien d'autre à faire pour le moment, Kassandra décida d'appeler de nouveau l'hôpital, mais les mêmes tonalités constantes la rassuraient toujours autant. C'est-à-dire pas du tout.

Elle vit Perona grimacer, avant de cligner frénétiquement des yeux. Kassandra éteignit brusquement son escargophone, et regarda la princesse fantôme se réveiller peu à peu.

– Désolée, je t'ai réveillée ? s'excusa Kassandra, rangeant son petit appareil.

– Hein ? Je ne sais pas, c'est flou…, marmonna Perona en se frottant les yeux. Ah, mais c'est la nuit ! J'ai dormi tant que ça !?

– Quelques heures, t'en fais pas, la rassura la jeune femme et lui passa un linge frais sur le front. Tu dois te reposer.

– T'arrête pas de le dire, change de disque ! Je me sens bien ! protesta-t-elle.

Perona croisa ses bras en signe de protestation et commença à bouder, ce qui fit légèrement sourire Kassandra. C'était bien la jeune fille fantôme qu'elle connaissait. Et si elle avait assez de forces pour bouder, cela voulait dire qu'elle se sentait bien.

– Bon, je vois que tu vas bien, je vais pouvoir enfin partir, conclut Kassandra en se levant, ce qui lui valut un regard interrogateur de la part de Perona.

– Et Zoro ? demanda-t-elle d'un ton presque réprobateur.

– Il s'est réveillé il y a quelques heures. Mais j'ai pas envie de parler de lui.

– Oh, je vois… Il va bien ?

Kassandra la qualifia d'un regard ferme, et Perona comprit qu'il valait mieux d'arrêter d'insister.

– Et sinon, où tu vas comme ça ? s'intéressa-t-elle, changeant de sujet;

– À Liantver, maman, soupira Kassandra et leva les yeux au ciel.

– Ah, c'est là où tu allais tout le temps, avant ?

— C'est ça. Ça fait longtemps que je n'y suis pas retournée, et j'ai un mauvais pressentiment, se confia-t-elle.

Perona la dévisagea pendant quelques instants, assez pour mettre Kassandra mal à l'aise.

– Euh, tu as mal quelque part ? prononça maladroitement la jeune femme, le sourcil arqué.

– Mais tu comprends pas les messages subliminaux !? s'exclama Perona. Les yeux de chiot, ça veut dire que je veux que tu m'emmènes avec toi !

L'épéiste fronça les sourcils, ne comprenant pas où la fille fantôme voulait en venir.

– Mais pourquoi faire ? Ça peut être dangereux, tu sais.

– Je ne suis pas une petite chose fragile sans défense ! Je peux me battre ! affirma Perona en se levant d'un bond. Je veux prendre l'air, ça fait un an que je tourne en rond ici ! J'en ai marre !

Ce fut au tour de Kassandra de dévisager sa colocataire, et en voyant quelle détermination et quelle hargne elle avait dans les yeux, elle sut qu'il ne servait à rien de discuter. Ce serait gâcher sa salive que d'espérer faire changer Perona d'avis quand elle avait quelque chose en tête. Et ce fut avec un énième soupir que Kassandra lui montra le couloir, l'invitant silencieusement à passer devant. Sautillant, les yeux brillants, Perona accepta volontiers et prit la tête de leur duo. Elles avançaient rapidement, en direction du rivage, prêtes à partir sans plus tarder pour Liantver.


Saviez-vous que le machin porte-manteaux sur lequel on accroche les poches de sang et autre s'appelle un porte-sérum ?! Je l'apprends avec vous.

C'est le chapitre des dialogues x) Et qui a pour but de faire évoluer la mentalité de Zoro. Il fait tout pour devenir plus fort pour son équipage qu'il oublie la présence des autres dans ce manoir. Le fait que d'autres personnes l'épaulent, l'aident dans son entraînement. Il est loyal, mais que envers son équipage. Et c'est bien ça qui énerve aux autres, qui eux, se démènent pour lui. Il est têtu et individualiste, arrogant. Et il a besoin de le comprendre.

Si vous avez le temps, laissez donc un petit commentaire, ça fait toujours très plaisir !

Sur ce, à la prochaine les loulous, et prenez bien soin de vous, par les temps qui courent... Mon plus grand soutien aux victimes des inondations. C'est terrible, ce qu'il se passe.