Bonjour les amouurs !

Merci beaucoup à Mintzkow pour ta review, ça me fait très plaisir de te voir de retour ! Si par "s'entendre" tu veux dire comme chien et chat, tu y es :p Et j'ai l'impression que tu ne fais que chercher des pairings, je te vois :v D'ailleurs, par rapport à tes dernières reviews, je t'invite à lire l'interview que j'ai donné à Mathio (j'en parle au début du chap 20), si ça t'intéresse toujours ;)
Mais rien que pour cette review, je t'offre le chapitre sur un plateau d'argent ;)

J'ai souvent vu des chansons illustrer des fics, et cette fois, j'ai trouvé que la musique retranscrivait parfaitement l'ambiance de ce chapitre: c'est Daughter - "Run". Elle ne m'appartient pas, les paroles que j'utiliserai ne serviront qu'à mieux illustrer les événements. Au-delà du texte, la musique en elle-même est très révélatrice ici.

Bonne lecture !


– Mais t'es sûr de ça ? C'est par-là ?

– Oui, la Vivre Card pointe dans cette direction.

– C'est bizarre quand même, comment ça fonctionne..., soupira la jeune fille aux cheveux roses, tenant le gouvernail. Quelle histoire, aucun sens.

Perona, Mihawk et Zoro étaient les trois passagers de la petite barque qui bravait l'océan sans peur. Perona, ayant acquis de bonnes compétences de navigation, dirigeait la barre et suivait les directives de Mihawk, qui tenait une Vivre Card au creux de sa main. Zoro, quant à lui, dormait à moitié, profitant du voyage inopiné pour se reposer après une dure journée d'entraînement. Mais malgré leurs rares paroles échangées avec légèreté, chacun arborait une mine sombre et inquiète, tentant tant bien que mal de la dissimuler.

– Je me disais bien que Kassandra se comportait étrangement ces derniers temps…, murmura Mihawk en observant le papier qu'il tenait précieusement. Qu'est-ce qu'elle a manigancé cette fois…

– Je pensais que les Vivre Card ne faisaient que pointer en direction de leur possesseur, avoua Zoro et s'étira pour changer de côté, tout en regardant le bout de papier que leur avait confié Rayleigh. Je ne savais pas qu'elle représentait aussi sa vie.

– Si, confirma Mihawk. Quand la personne se trouve en danger, la Vivre Card commence à se consumer… Comme c'est le cas ici.

Zoro hocha la tête, comprenant désormais la nuance. Perona soupira, regardant pour la énième fois la direction que pointait le bout de papier en feu.

Quelques heures auparavant sur Kuraigana, le trio passait une soirée paisible. Zoro apprenait à combattre avec qu'un seul œil et s'habituait rapidement aux changements, deux mois étant passés depuis sa tentative de rituel avec le Sandai Kitetsu. Perona vivait encore dans son monde, et étudiait les cartes astrales en mangeant, plongée dans sa bulle bienheureuse. Mihawk, quant à lui, lisait un livre et dégustait avec impassibilité une bonne bouteille de vin.

Lorsque la soirée fut assez avancée, l'épéiste de renom regagna ses quartiers pour plus de calme, pensant vaguement à Kassandra, absente depuis près de deux mois. Lorsque la jeune femme partait pour un si long laps de temps, il s'inquiétait malgré lui. Il n'avait aucun moyen de garder un œil sur elle, et ne pouvait être indifférent à ce qui pouvait lui arriver. Alors, juste pour sentir un peu la présence de son auto-proclamée sœur, il sortait sa Vivre Card. Ainsi, il pouvait être certain que la jeune femme aille bien, malgré tout ce qu'elle pouvait faire.

Mais ce soir là, aux alentours de vingt-trois heures trente, il se rendit compte que la Vivre Card de la femme aux cheveux de jais était loin d'être intacte. Comme consumée par le feu, elle était révélatrice du danger qui pesait sur la vie de la chirurgienne ; et il ne pouvait rester de marbre face à cette évidence.

Se saisissant de son éternel chapeau qui dissimulait son visage et de son manteau qui lui donnait des airs de chauve-souris, il se précipita vers le rivage. Et ce soudain empressement piqua la curiosité des deux autres habitants du manoir, qui se demandèrent ce qu'il se passait.

Après avoir entendu la rapide explication de Mihawk, ils décidèrent de le suivre, ne pouvant abandonner leur colocataire, et amie.

oOo

Le navire volé à Doflamingo suivait un cours vague et incertain, ne connaissant aucune direction possible dans cet océan imprévisible, qui pour l'instant était clément. Les seuls passagers de l'embarcation, Law et Kassandra, demeuraient dans le silence, alors qu'ils essayaient de digérer ce qu'il s'était passé à bord du navire du Roi de Dressrosa, il y a une heure de cela.

Kassandra tenait la barre du navire et plissait les yeux, essayant de percer à travers le brouillard de la nuit. Kuraigana et Liantver faisaient partie d'un archipel plutôt dispersé. Et sachant qu'elle n'avait vogué à bord du navire festif que pendant quelques heures, elle espérait qu'ils étaient restés dans le périmètre de l'archipel, et que bientôt, par chance, une île se dessinerait à l'horizon.

Law, qui se trouvait en haut du mât dans la hune, avait une meilleure visibilité des environs. Mais la jeune femme conclut qu'il n'avait rien trouvé de plus, puisqu'il fit tomber une pierre sur le pont du navire et échangea de place avec, grâce à son pouvoir, se retrouvant à ses côtés.

Le jeune pirate soupira et secoua négativement la tête, en réponse à quoi la jeune femme haussa les épaules.

– Ch'ais pas où on va, mais on y va…, annonça finalement Kassandra en baillant. J'espère qu'on croisera une île.

– Tu n'as pas de log pose ?

– Si, j'en ai un, confirma la jeune femme en lui montrant l'outil à son poignet. Mais je ne suis pas le chemin habituel de Grand Line. Il ne sert à rien ici.

– Super, souffla le pirate en s'affalant sur un tonneau. Et je parie qu'il n'y a pas de vivres à bord ?

– J'en sais rien, faut vérifier, se gratta-t-elle la tête. Pourquoi même Doflamingo a un navire enduit au fond de sa cale !? Ça n'a aucun sens !

– C'est l'ancien navire de la Family, dévoila Trafalgar en observant l'horizon. C'est avec lui qu'ils ont sillonné North Blue. Ils ont dû s'en servir pour passer dans le Nouveau Monde, il y a des années.

– C'est vrai que tu viens de North Blue aussi..., marmonna Kassandra. Entendre le nom de Doflamingo ici ne m'a pas rappelé de bons souvenirs. Ils ont terrorisé North Blue, à l'époque, avant qu'ils ne partent pour Grand Line. C'était un bon débarras, je m'en souviens.

– Tu viens de North Blue, toi aussi ? devina Law.

– Ouaip.

– De quelle île ?

– Digne d'un interrogatoire de la Marine, tes questions ! le taquina Kassandra. L'île de Rubeck.

– Sérieux ? J'ai grandi sur une île voisine, fit-il la remarque, sans donner plus de détails concernant son passé.

– Heureusement qu'elle n'était que voisine, alors, le charria la jeune femme avec un clin d'œil entendu, ce qui lui valut un sourire amusé du pirate.

– Ça, tu l'as dit.

Il se turent, et cette fois-ci, le silence fut plus confortable. À la question de Law, Kassandra alla vérifier l'intérieur du bâtiment et fouilla les placards de ce qui ressemblait à une cuisine. Elle arriva à dénicher quelques boîtes de conserve dont les dates de péremption n'étaient pas passées, et elle les prit avec elle, voulant les présenter fièrement à son compagnon de fuite.

La jeune femme continua son inspection, à la recherche de quelque chose qui pourrait les aider à s'en sortir, comme une carte ou un eternal pose ; mais ne trouva rien de tout cela. Ce fut avec une mine amère et douce qu'elle présenta ses victuailles à Law, qui refusa de manger, continuant de surveiller l'horizon.

– Au fait, j'ai volé ton cœur, se rappela-t-il soudainement en fouillant ses poches.

Kassandra arqua un sourcil à cette déclaration, un rictus aux lèvres.

– Euh… C'est… Je crois que c'est une technique de drague assez lamentable, souligna-t-elle en riant. Sois plus inventif, et je serais peut-être ouverte à ta proposition !

– Crétine…, se lamenta le Corsaire en levant les yeux au ciel. Littéralement. Regarde.

Il sortit un objet de sa poche et le lança en l'air. Le regard de la jeune femme passa du pirate au cube transparent en sa possession, ne comprenant pas où il voulait en venir. Mais en plissant les yeux, elle se rendit compte que le bibelot qu'il tenait battait des mesures régulières, et sa main se porta machinalement à sa poitrine, où elle ne sentait toujours rien. Son regard s'illumina, avant de se remplir d'incompréhension. En tant que médecin, cette procédure la dépassait totalement. Et même en sachant pertinemment que seul un fruit du démon pouvait permettre une telle sorcellerie, elle n'en comprenait toujours pas le fonctionnement.

Après un court instant de flottement, le jeune pirate se plaça en face de Kassandra et lui enfonça le cœur dans la poitrine, sans plus de cérémonie.

Kassandra eut le souffle coupé par l'action du chirurgien. Elle posa un genou à terre, tant elle ne s'attendait pas à une telle sensation, qui était pourtant la même que lorsqu'il l'avait attaquée dans les archives du navire de Doflamingo. Haletante, ses pensées fusaient à mille à l'heure, et elle comprit un tant soit peu comment son pouvoir fonctionnait.

– Douloureux ? demanda Law juste par politesse, un sourire mauvais jouant sur les lèvres.

– Ouf… Pas vraiment…, souffla Kassandra en se redressant. Mais sensation étrange. En tant que médecin, ça me dépasse…

– Tu es aussi médecin ? s'intéressa-t-il, cette fois-ci sincèrement.

– Oui, attesta-t-elle, avant d'afficher un rictus d'amusement à son tour. Que de points communs, hein !

Trafalgar claqua sa langue en réponse à la taquinerie de la jeune femme et s'affala par terre, où il put s'installer plus confortablement en étirant les jambes. N'ayant rien d'autre à faire en attendant de croiser une île, il sortit Kikoku de son fourreau et commença à polir l'arme avec un chiffon. L'épéiste prit place à ses côtés, ne se sentant pas au meilleur de sa forme, rattrapée par la fatigue et par son mal de mer. Mal qu'elle avait négligé durant sa mission sur le navire festif de Dressrosa, mais qui revenait maintenant.

Ils ne savaient combien de temps ils avaient passé ainsi, dans la léthargie la plus totale, et le regard malade de Kassandra se posa machinalement sur le chirurgien, qui semblait endormi. Ses bras couverts de tatouages lui rappelèrent les siens, mais les inscriptions sur ses phalanges attirèrent son attention. Arrivant à déchiffrer le mot "DEATH", elle laissa échapper un rire, qui réveilla le Corsaire.

– Ouuh, "DEATH", si dramatique, commenta-t-elle avec un rictus de moquerie. Crise d'ado ?

– De quoi ? marmonna le chirurgien, ne saisissant pas la remarque de sa comparse.

– Tes tatouages, précisa la jeune femme. Crise d'ado ?

– Je t'emmerde, cracha-t-il, agacé.

– Définitivement une crise d'ado, conclut-elle sérieusement avec un hochement de tête.

Law secoua la tête avant de se redresser, définitivement réveillé.

– En tant que médecin, je suis plus proche de la mort que n'importe qui, avoua-t-il, observant les marques sur ses doigts. Et en plus, je suis pirate…

– Et tu te sens obligé de sentir la mort constamment toute proche de toi pour garder les pieds sur terre ?

Kassandra fouilla les pans de sa robe déchirée et en sortit un feutre, avant de se saisir de la main droite de Law. Surpris, il essaya de l'arracher de sa prise, mais les doigts crochus de la jeune femme ne le permirent pas. Elle commença alors à écrire quelque chose sur ses phalanges, et il ne put voir le résultat que lorsqu'elle eut fini.

La jeune femme avait barré de son feutre rouge chaque lettre du mot "DEATH" sur ses doigts, et avait écrit "ALIVE" à la place. Il la regarda d'un air dubitatif, et le sourire satisfait de Kassandra lui fit pousser un soupir de fatigue.

– Vraiment ? T'as quel âge ?

– Vingt-quatre et demi, pourquoi ? répondit-elle avec sarcasme, ajoutant la précision du « demi », à la manière d'une enfant.

– Parce qu'on ne dirait pas.

– On dirait que toi t'as soixante ans vu comment t'es aigri, et pourtant je dis rien hein, répliqua-t-elle du tac au tac.

– Bon, plus sérieusement…, continua Law et sa voix se fit plus basse. Tu veux les informations que j'ai réussi à obtenir ou pas ?

– Bien sûr. Je voulais te laisser le temps de te poser un peu, avant de t'assaillir de questions...

Le pirate chercha quelque chose dans les poches de son jean et en sortit des notes prises à l'arrache. Il les relut rapidement, avant de faire un topo détaillé à Kassandra.

– Doflamingo, comme je m'en doutais, trempe dans la Pègre sous le pseudonyme de Joker. Il a beaucoup d'influence, commença-t-il. Et il se charge notamment d'un trafic d'organes.

– Ça confirme l'évident…

– Mais ça ne se limite pas qu'à Liantver, plusieurs îles sont connectées au réseau. Pour une seule destination : le pays de Wa, dans le Nouveau Monde, exposa Law.

– Hein, comment ça !? s'exclama Kassandra. Pourquoi Wa ?

– Parce que c'est l'endroit où l'Empereur Kaido, ainsi que son équipage, ont élu domicile.

– Mais qu'est-ce qu'il peut tirer d'un trafic d'organes ? s'impatienta la jeune femme, horrifiée par le fait que la piste remonte à un pirate si puissant.

– J'y viens, j'y viens, réprima-t-il presque son interlocutrice. C'est étroitement lié aux informations que moi, je cherchais… Au deuxième gros trafic que mène Doflamingo. Les SMILE.

– C'est quoi cette horreur encore ?

– Des fruits du démon artificiels, lança la bombe le Corsaire avec une mine amère.

– Pardon !? J'ai bien entendu ?

Cette fois-ci, Kassandra fit une overdose d'informations et ne put contrôler ses pensées débordaient. Elle se leva alors et commença à faire les cent pas, essayant de se calmer, alors que des milliers de théories et de suppositions envahissaient son cerveau. Law expliquait tout cela d'un air détaché tel qu'elle n'arrivait pas à le suivre.

– Je sais, ça a été aussi ma réaction. Du coup j'ai poussé les recherches…, continua Law en fixant ses précieuses notes. Et j'ai découvert qu'un certain scientifique, ancien disciple de Vegapunk, se chargeait de la création de ces fruits sur Punk Hazard, dans le Nouveau Monde. Un certain Caesar.

– Punk Hazard ? s'arrêta-t-elle dans sa course folle. Mais… Ce nom me dit quelque chose…

– Normal, c'est là que les Amiraux de la Marine se sont battus il y a un an. Aokiji et Akainu, confirma le Corsaire, connaissant cette information notamment parce qu'il avait assisté à la grande réunion des Corsaires à Mary Geoise, il y a un an de cela. Pour déterminer qui prendrait la place de l'Amiral en Chef.

– Mais quel bordel, bafouilla Kassandra en prenant sa tête entre les mains. Mais quel lien avec le trafic ?

– Tu sais sans doute que son surnom, c'est « Kaido aux Cent Bêtes ». Mais tu sais pourquoi ?

– Son équipage est constitué uniquement de possesseurs de fruits du démon de type Zoan, répondit-elle du tac au tac, connaissant déjà la raison.

– Oui. Mais les fruits du démon, c'est difficile à trouver. Et Doflamingo, il lui fournit tout ce dont il a besoin.

Kassandra hocha la tête, parvenant à faire les multiples liens de cette histoire compliquée. Mais l'explication de Law ne s'arrêta pas là.

– Le problème, c'est que ces fruits restent artificiels, poursuivit-il. Et ils comportent bien plus de risques qu'un fruit du démon ordinaire...

– "Ordinaire", hein… Quel paradoxe.

– Et un de ces risques, c'est de voir ses organes être sévèrement endommagés, ce qui nécessite une transplantation, dévoila le pirate en faisant de grands gestes. Tu vois où je veux en venir ?

– Oui…, confirma Kassandra avec horreur. Le trafic, c'est pour prévenir ces risques…

– Ils ne sont qu'au début de ces expériences, donc ils ne savent pas si ça en vaut vraiment la chandelle, annonça le chirurgien. Et si tu veux mon avis, vu que tu es aussi médecin, je ne vais pas t'apprendre que ça ne vaut certainement pas le coup…

– La probabilité de compatibilité est trop minime, affirma Kassandra. S'ils le font à l'aveugle, tout ce qu'ils vont réussir à faire, c'est de précipiter la mort de ces gens.

– Bref, tu sais tout maintenant, finit-il son explication en faisant craquer son cou.

Kassandra ne dit rien, assimilant encore tout ce qu'elle venait d'apprendre. Jamais elle n'aurait imaginé qu'un simple doute sur l'étrangement élevé nombre de morts à l'hôpital de Liantver la conduirait à de telles conclusions. Et remonterait si loin ; comme si Doflamingo seul ne suffisait pas, il fallait que quelqu'un de plus grand encore ne se dissimule derrière lui. Et dans l'instant présent, elle ne pouvait qu'être happée par la désolation et la peur. La peur de ne rien pouvoir faire pour arranger les choses. Elle, qui n'était rien dans ce vaste monde, et qui ne pouvait certainement pas se tenir seule face à l'un des quatre Empereurs, juste pour défendre sa justice personnelle.

– Merci de m'avoir tout raconté..., marmonna Kassandra, avant d'aller s'installer plus loin, ayant besoin de réfléchir à tous les évènements de cette folle journée.

Avec tout ce qu'il s'était passé, tous les risques qu'elle avait pris pour découvrir la vérité, elle se sentait lamentable. Elle avait l'impression d'avoir fait tout ça pour rien. Son intérêt pour la véritable facette de cette histoire, qui avait tourné à l'obsession, paraissait vain, désormais. Mais qui était-elle, au final, pour prétendre vouloir faire les choses bien ? Elle n'était pas une Marine pour suivre un code strict du bien et du mal, ni une pirate pour décider librement de ce, en quoi elle croyait, avec l'appui et le soutien d'un équipage. Certainement pas Révolutionnaire non plus. Juste une prétentieuse qui s'ennuyait, et qui avait décidé de jouer aux détectives pour chasser la morosité de sa vie. Encore une fois.

N'ayant pas de but à poursuivre, ce n'était pas la première fois qu'elle essayait de trouver une distraction dans sa vie. Le plus souvent, elle partait simplement le plus loin possible, explorant Grand Line, faisant des rencontres éphémères. Mais au final, rien ne durait. Cette fois-ci, elle crut poursuivre quelque chose de plus grand, de plus valeureux, voulant sauver la veuve et l'orphelin pour donner ne serait-ce qu'un peu de crédit à sa vie. Mais cela ne dura pas. Et la vérité, aussi triste que l'était son existence monotone, était difficile à s'avouer ; elle avait été particulièrement misérable, aujourd'hui.

Elle avait touché du bout des doigts des secrets bien gardés de ce monde, ce qui ne lui garantissait certainement pas la sécurité. Elle avait provoqué un Grand Corsaire et tout son équipage, qui devaient encore être à sa recherche. À quel point avait-elle été égoïste, arrogante, stupide et imprudente ? Tous les adjectifs dont elle avait qualifié Zoro lors de leur dernière conversation, et dispute, maintenant, elle pouvait se les accorder également. Elle n'était pas la mieux placée pour cracher ses quatre vérités au jeune sabreur, et se sentit presque coupable pour ses durs propos, qui remontaient déjà à deux mois. Elle se fit la note de penser à s'excuser, la prochaine fois qu'elle le verrait.

Ses pensées remontèrent fatalement à la soirée de Doflamingo, et elle se renfrogna. Maintenant que la véritable nature de son propre pouvoir lui était connue, elle ne pouvait s'arrêter de trembler et de regretter une fois de plus d'avoir mangé ce fruit du démon. Ce dernier ne lui apportait que des problèmes. Et il allait sans doute lui en apporter bien plus dans le futur, maintenant que Doflamingo savait qui l'avait en sa possession. Rien ne garantissait à Kassandra que le Corsaire allait garder cette information pour lui-même. Et rien ne lui garantissait non plus que d'autres personnes, ayant eu vent de cette rumeur, ne se mettent également à la traquer.

– Je comprends maintenant ce que ressentent les pirates qui ont une prime à leur tête, pensa-t-elle à haute voix, et vit Law hausser un sourcil, pensant qu'elle lui parlait.

Faisant non de la tête, elle replongea dans sa bulle malheureuse. Kassandra repensa alors à toutes les choses qu'elle avait pu faire avec ce fruit du démon, qui causait plus son malheur que son bonheur. Le nombre de bonnes choses, sauvant un nombre incalculable de vies… Et de mauvaises choses, en blessant d'autres. Avait-elle déjà tué ? Toutes ses valeurs de médecin, qui devait soigner les autres et non ôter leur vie, lui disaient que non. Mais en réalité, elle ne le savait même pas. Et c'était bien ça, le problème.

N'en pouvant plus de supporter ces idées noires qui tournaient dans sa tête comme des vautours, elle se releva d'un bond, surprenant le pirate. Elle se donna des petites tapes sur les joues comme pour se redonner contenance, et s'avança vers Law, qui la regardait avec intérêt.

– Quoi, tu as vu une île ? lui demanda-t-il, intrigué par ce soudain changement d'attitude.

– Nope, répondit Kassandra en se saisissant d'une boîte de conserve de fruits exotiques et en reprenant place aux côtés du chirurgien. J'en ai juste marre de ruminer.

Kassandra mordit à pleines dents dans le fruit confit, et tira une grimace ; le goût laissait à désirer. Elle en proposa à Law, qui refusa une fois de plus, sans doute pour le mieux, ne faisant pas confiance à des boîtes de conserve hasardeuses.

Mâchant sans réel intérêt, la jeune femme essaya d'arranger un tant soit peu son apparence ; elle se dit qu'avec leur fuite insensée, elle devait ressembler à une sorcière. Plus précisément à la sorcière Zialema, celle qui était connue pour avoir toujours les cheveux en bataille.

While I powder my nose

La voyant s'empresser à arranger son apparence, Law se fit la même remarque et commença à son tour à inspecter ses vêtements et à en chasser la poussière, se redonnant contenance.

He will powder his gums

Mais ces fruits au goût plus que discutables et sa rapide séance de coiffure n'étaient pas suffisants pour lui changer les idées, et bien vite, Kassandra commença à retomber dans sa léthargie. Elle avait besoin d'une distraction, de n'importe quoi, en attendant de pouvoir trouver une île, sans quoi, elle allait perdre la tête.

– Arrête de réfléchir, je t'entends d'ici, se plaigna Law en se bouchant une oreille.

– Tu captes les ondes ? Je savais pas que tu étais une chauve-souris, plaisanta Kassandra.

– Très drôle.

Ils se jugèrent, ne clignant pas des yeux, entrant dans une compétition puérile de qui allait céder le premier. Le regard métallique du jeune Corsaire était plongé dans l'émeraude de la chirurgienne, qui voulut se rapprocher de lui. Mais Law perdit à leur jeu en détournant la tête, rompant le contact visuel.

And if I try to get close
He is already gone

Kassandra arqua un sourcil à cette soudaine réaction, mais ne dit rien. Elle observa alors longuement le pirate, pensant à ce qui l'avait poussé à se rebeller contre Doflamingo. Elle se demandait ce que le Corsaire blond lui avait fait pour qu'une telle haine apparaisse dans ses yeux gris à chaque fois qu'il mentionnait son nom. Il cherchait des informations, et il les avait trouvées, mais quelle était la prochaine étape de son plan ? Que comptait-il faire, désormais ?

Don't know where he's going
Don't know where he's been

Tout ce qu'elle pouvait deviner, sans trop de mal, c'était que le pirate souhaitait obtenir vengeance. Et c'était ce sentiment qui le faisait vivre et qui lui donnait la force de continuer à combattre.

But he is restless at night
'Cause he has horrible dreams

– J'ai l'impression que je ne suis pas la seule à réfléchir un peu trop fort, commenta Kassandra avec une grimace, en réponse à quoi Law tourna la tête. Baisse le volume.

– Tu n'as pas tort, avoua-t-il finalement au bout de quelques secondes.

Law essaya alors de se détourner de ses pensées et il croisa le profil de la jeune femme qui l'avait accompagné dans sa fuite. La lueur de la lune soulignait les traits de son visage et faisait ressortir une pâleur presque maladive. Ses yeux verts fixaient vaguement l'horizon, et elle ne semblait pas être à l'aise à bord du navire. Bien que son regard paraissait voilé par un traitre tourment, sa détermination ne flanchait pas, et ses sourcils froncés ne semblaient pas pouvoir se décrisper pour adoucir ses traits. Son nez, pointu, était fièrement relevé. Le jais de ses longs cheveux ressortait d'autant plus dans cette pénombre, et il se surprit à vouloir sentir ses mèches glisser entre ses doigts. Cette crinière en bataille encadrait son visage, dévoilait son cou, sous la peau duquel il s'imaginait ses artères pulser le sang, et cachait sa poitrine, dont le décolleté avait été révélé par le déchirement de sa robe.

Tout dans cette apparence indomptable et sauvage déviait le Corsaire de son fil de pensées. Seuls au milieu de l'océan, l'adrénaline qui se tarissait au fond de ses veines après leur fuite précipitée refit surface, et des idées fusèrent dans son esprit. Il voulut voir la jeune femme arborer une expression différente. Moins crispée et interdite, mais plus aguicheuse et profonde. Que ses yeux émeraudes le regardent avec la même intensité que celle dont il la qualifiait en ce moment. Que ses mèches se fassent prisonnières de ses doigts agiles. Que ses lèvres entrouvertes se retrouvent sur son corps. Que sa respiration devienne plus rauque. Que sa mâchoire se décrispe sous ses assauts.

Comme sentant la lourdeur du regard que le pirate lui portait, Kassandra se tourna vers lui d'un œil interrogateur, avant de remarquer un feu inhabituel brûler au fond de ses prunelles grises. Surprise au départ, cette lueur nouvelle lui plut et elle étira ses lèvres dans un sourire carnassier.

La passion avec laquelle le pirate semblait la dévisager brusquement ne lui échappa pas. Son chapeau blanc contrastait avec la noirceur de minuit et assombrissait ses yeux, lui donnant un air farouche et redoutable. Cet air qu'elle connaissait si bien, à force de le voir à la Une du journal quotidien, ou sur ses nombreux avis de recherche, accrochés dans chaque bar qu'elle visitait. Mais le regard qu'il lui adressait n'était destiné qu'à elle à cet instant.

Le tranchant de sa mâchoire contrastait avec les traits fins de son visage, et sa peau hâlée arborait une couleur surréelle avec la lumière froide de la lune. Kassandra traça de l'œil les formes de son visage, descendant le long de son cou et de sa pomme d'Adam, arrivant à sa chemise entrouverte qui laissait deviner la naissance d'un tatouage. Et elle voulut finir de la déboutonner pour contempler l'encre gravée sur sa peau.

Leurs prunelles s'accrochèrent de nouveau, et chacun vit dans le regard de l'autre un éclat singulier. Mais au lieu de le fuir, comme l'avait fait Law quelques instants auparavant, ils l'acceptèrent. Dans la pénombre de la nuit, dans l'intimité de l'océan, la raison, la logique froide, qui maintenaient les deux êtres sous contrôle par la laisse des bonnes manières et des bonnes mœurs, volèrent en éclats. Et ils cédèrent, à l'abri des regards, à l'irraison et à la passion.

Kassandra porta sa main gauche vers la mâchoire de l'homme d'un geste lent, et s'en saisit fermement entre son index et son pouce. Le pirate interpréta son geste et s'approcha de la jeune femme. Chacun se saisit des lèvres de l'autre au même moment, et le temps leur parut plus lent. Il plongea sa main dans la tignasse de l'épéiste, tenant fermement sa nuque. Leurs soucis semblèrent avoir de moins en moins d'importance, alors qu'ils se dévoraient l'un l'autre. C'était peut-être de ça qu'ils avaient besoin, pour chasser leurs vautours personnels le temps de quelques instants.

Kassandra tenait le visage du pirate des bouts des doigts, aussi délicatement que résolument, se laissant aller à cet instant, où ils semblaient enfin tomber d'accord, après leurs nombreux accrochages. Sa main droite s'accrocha au col de la chemise du Corsaire, qui sourit contre le baiser, amusé par la tournure que prenaient les évènements.

– Qu'est-ce qui te fait tant sourire ? demanda-t-elle le sourcil arqué, également arborant un rictus.

– Oh, rien de spécial, répondit Law avec un air carnassier.

– Rien, vraiment ? se vexa presque la jeune femme. Je vais alors faire en sorte que tu trouves une raison…

Dans un élan d'impatience, la jeune femme s'assit à califourchon sur Law, et les deux continuèrent leur combat déguisé, essayant toujours de prendre l'ascendant sur l'autre et ne se laissant pas faire. Mais les armes et les airs hargneux étaient remplacés par des mains baladeuses et des expressions joueuses, dont l'objectif était de montrer à l'autre qui décidait de la tournure que prendraient les choses. Et cette lutte semblait se jouer à armes égales.

– Avec toute cette histoire, on est dans de beaux draps… Alors autant y faire du sale, hein ?

La remarque de la jeune femme fit rire le Corsaire, avant qu'elle ne plonge vers la mâchoire du pirate, la mordant avidement. Ce geste lui arracha un grognement de surprise, alors que ses mains se crispèrent sur les épaules de sa compagne nocturne. Les mains de Kassandra quittèrent le visage de Law et descendirent le long de son cou, sentant son pouls pulser dans sa carotide, jusqu'à sa chemise entrouverte, qu'elle eut du mal à défaire. Mais son regard dévorait un peu plus les lignes d'encre sur le torse du pirate, qui prenaient forme au fur et à mesure, alors que le vêtement ne couvrait plus grand chose. Et ce regard n'échappa pas à Law, dont le sourire narquois ne tarissait pas devant les gestes intrépides de la jeune femme. Celle-ci l'interrogea silencieusement, mais il haussa des épaules pour toute réponse, avant de descendre à son tour au creux de l'épaule de Kassandra, lui mordant la clavicule.

Dans une agressivité indécente, les quelques complaintes furent arrachées au même titre que leurs vêtements, qui étaient déjà en lambeaux après leur fuite. Et une fois au contact direct de la peau de l'autre, leurs cœurs, qui ne battaient certainement pas à l'unisson, se gonflèrent d'autant plus de désir. Leurs gestes, d'une précision chirurgicale, exploraient le corps de l'autre dans une danse charnelle. Kassandra se contenta de laisser ses mains traîner sur les hanches du jeune homme, faisant jouer sa langue autour de son oreille, mordillant ses boucles d'oreilles. Law sentait ses soupirs enroués dans sa nuque et traça lascivement et indécemment les courbes de sa partenaire, de ses seins jusqu'au creux de ses reins. Il sentit l'épéiste tressaillir sous son geste ferme, qu'il prolongea jusqu'à ses cuisses, en profitant pour enserrer sa prise autour de son corps et la rapprocher de lui. La jeune femme le qualifia d'un regard obscène avant de reprendre possession de sa bouche, aspirant sa lèvre inférieure et effleurant du bout des doigts l'intérieur de ses cuisses, remontant vers l'objet du désir du pirate, qui se tendit à ce contact. Mais il ne demeura pas en reste, puisqu'il avança ses doigts à tâtons vers l'intimité de la jeune femme et les y fondit sous une complainte étouffée, qui se perdit entre leurs lèvres.

Le corps du jeune Corsaire était souple et élancé, sculpté par les nombreuses batailles et la rude vie en mer. Celui de la jeune femme, plus fort et robuste, par l'entraînement sans pitié imposé par son frère. D'indénombrables cicatrices couvraient les deux individus et témoignaient d'une vie difficile et d'une violence passée, mais aucun des deux ne les considérait comme un défaut ; beaucoup plus comme des ornements.

Leurs mouvements se faisaient moins précis alors que la température montait, laissant à chaque contact une traînée de chaleur, dans le seul souhait d'en obtenir bien plus. À chaque instant, leurs gestes gagnaient en précipitation et en ardeur, l'impatience leur montant à la tête et brouillant chacune de leurs pensées, à leur plus grand soulagement. Leur bulle bienheureuse mais éphémère les protégeait du monde extérieur, et ils purent exprimer leurs plus profondes émotions à chaque impulsion, à chaque râle. Kassandra se laissait évacuer sa frustration et son incertitude, sa colère et son inquiétude. Law, quant à lui, déversait la froideur de son besoin de vengeance et sa haine, sa tristesse et sa déception. Tous ces sentiments négatifs qui n'appartenaient qu'à eux étaient transformés en quelque chose de plus beau, de plus authentique, dans les bras de l'autre, aussi forts physiquement que troublés d'esprit.

Voulant reprendre le dessus sur sa partenaire, et continuant toujours leur lutte de domination sur l'autre, Law la fit basculer à la renverse, mais elle se cogna la tête contre le pont du navire avec une exclamation de douleur.

– Eh, ma tête, ducon ! se plaigna-t-elle, se massant le crâne, où un bleu allait sans doute apparaître.

– C'était pour vérifier s'il y avait quelque chose dedans, justifia-t-il sa maladresse.

– Hein ?

– Si ça résonne, tout ça...

– Connard…, l'insulta Kassandra sans se retenir dans un souffle d'agacement.

Les deux laissèrent échapper un rire, mais qui ne rompit pas le moment pour autant. Kassandra tendit sa main vers le chapeau du chirurgien et le retira doucement, face à quoi Law fronça les sourcils. Elle ébouriffa alors ses cheveux dans un geste affectif avant de se saisir de sa gorge pour l'approcher d'elle et l'embrasser plus lentement, la douceur remplaçant sa fougue le temps de quelques instants. Le jeune homme lui répondit de la même manière, avant de s'appuyer sur ses coudes, entourant le visage de Kassandra de part et d'autre.

– Bon, si tu m'excuses, je ne souhaite pas devenir père, prononça Law en s'éloignant, fouillant les poches de son pantalon.

– Oh, tu ne le deviendras pas, le rassura la jeune femme avec un rire. Je ne peux pas avoir d'enfants.

Law se retourna vers elle, arborant un regard indescriptible.

– Quoi, j'ai cassé l'ambiance ? s'intéressa-t-elle en passant son doigt le long des lignes que formaient les tatouages de Law dans son dos. Mais j'ai quand même pas envie de risquer de choper un truc. En tant que médecins, on doit montrer l'exemple, hein...

– Ouais, tu m'as compris.

Le chirurgien sortit donc un préservatif de sa poche, non sans un hochement de tête approbateur de la part de Kassandra.

– Toujours préparé à toute éventualité, hein ? le charria-t-elle pour la énième fois.

– Mais de quoi tu te plains ?

– J'ai rien dit, j'ai rien dit, leva-t-elle les bras en l'air, appréciant l'effort.

La jeune femme l'aida alors à enfiler l'étroit bout de caoutchouc et les choses prirent une tournure différente. Allongés sur le froid pont du navire, le chirurgien se fondit en sa comparse en la regardant droit dans les yeux, et elle lui répondit avec le même regard de défi. Ils s'imposèrent alors un rythme saccadé et des soupirs étouffés s'élevèrent en l'air.

Kassandra, les jambes croisées autour des hanches du pirate et les bras enlacés autour de son cou, empoignait avec force ses courts cheveux, alors qu'il respirait lourdement dans son oreille, dissimulant son visage au creux de son cou.

Leurs souffles étaient chauds, mais leurs cœurs étaient froids. Leurs mouvements étaient rapides, mais leur esprit était stoïque. Ils ne se faisaient pas d'illusions. Rien n'était authentique dans leurs sentiments, car ils n'en avaient pas. Or, cet instant était plus sincère que jamais ; ils étaient sur la même longueur d'onde et savaient parfaitement ce que pensait l'autre de leur aventure. Alors, aucune objection n'avait sa place. Leurs gestes étaient calculés, d'une précision chirurgicale, connaissant parfaitement le corps humain et ses zones sensibles, mais non moins remplis de passion pour autant.

Le sexe était le seul refuge que s'accordait parfois Kassandra. Sa solitude la pesait plus qu'elle ne souhaitait se l'admettre. La présence stoïque de Mihawk n'y aidait pas. Il l'aimait, il était son frère, elle le savait, mais cela ne lui suffisait pas. Cet amour fraternel, spirituel, mais non manifesté qu'il lui vouait, elle le chérissait, mais n'était pas ce dont elle avait le plus besoin pour briser sa lassitude.

L'affection et la tendresse, elle ne savait rien de tout cela. Elle avait un vide à combler. Le seul instant où elle se sentait vraiment aimée, c'était au moment de partager ses draps avec des inconnus, le temps d'une nuit, aussi éphémère qu'infinie. Ses meilleures soirées n'étaient pas celles où elle regardait le plafond de sa froide chambre du château, mais lorsqu'elle dormait dans les étroites couvertures de ses conquêtes, de ses compagnons et de ses compagnes nocturnes. Et elle repartait toujours à l'aube, sans dire au revoir, de peur de s'attacher à la personne qui avait partagée son intimité au moment de son réveil. Mais au final, elle s'y attachait toujours.

L'air marin était le bienvenu en cet instant, la jeune femme ayant le souffle coupé par les coups de hanche gagnant en brutalité. Souhaitant reprendre le dessus, elle profita d'un élan de son amant pour se relever et le pousser contre le mur, assis, avant de lui imposer son propre rythme. Les doigts fermement enfoncés dans les épaules du pirate, elle mordait la fine peau de son cou sans ménagement, étouffant ses soupirs. Mais les mains de Law ne la mangeaient pas plus, crispés fermement sur ses hanches, l'accompagnant dans ses mouvements, sentant le point du non-retour arriver.

Ensemble, ils poussèrent un dernier long soupir d'extase et relevèrent leurs regards vers le ciel nocturne, profitant de ce moment de bonheur dans la quiétude. Ils restèrent encore quelques instants dans les bras de l'autre, attendant de s'arrêter de trembler. Puis, ils se séparèrent aussi naturellement qu'ils s'étaient embrassés, revenant à eux mêmes, chacun de son côté.

Haletants ainsi, allongés, le dos nu contre les planches polies de bois, ils regardaient les étoiles dans la complaisance la plus totale. Tout ce qu'ils entendaient était le battement frénétique de leurs cœurs, se calmant avec le temps, qui reprit son cours normal. Ils remplissaient leurs poumons d'air frais et salé, revenant doucement sur terre après un moment si intense. Le cours calme des eaux de Grand Line les entourait et ils avaient l'impression de bénéficier de sa protection : il était pourtant connu pour être impitoyable. Mais cette nuit-là, ils auraient juré que l'océan avait décidé de leur accorder du répit, de l'intimité et du calme. Aucun des deux n'avait essayé de dire quoi que ce soit ; c'était inutile. Il n'y avait rien à dire. Car chacun savait tout ce qu'il y avait à savoir sur cette nuit. C'est-à-dire rien.

So we lay in the dark
We've got nothing to say
Just the beating of hearts,
Like two drums in the grey

Kassandra ferma les yeux et dégusta cet instant dans le silence, lâchant un long soupir, et en entendant cela, Law s'esclaffa.

– Quoi ? demanda la jeune femme, se tournant vers son partenaire d'une nuit.

– Non, rien, répondit simplement Law en se levant.

I don't know what we're doing
I don't know what we've done
But the fire is coming
So I think we should run
I think we should run, run, run, run…

– Alors comme ça, on finit son affaire et on laisse la demoiselle seule dans le froid lit ? s'offusqua faussement Kassandra.

– Tu vas me faire passer pour un sans cœur, sourit Law en s'engouffrant à l'intérieur.

– Mais n'est-ce pas la réputation que tu veux avoir !?

Laissant Kassandra seule, le jeune Corsaire revint bien vite en balançant sans cérémonie une boule de tissu sur la jeune femme, qui lâcha un grognement de surprise.

– Habille-toi, dit simplement le pirate. Je vois une île au loin.

Et c'était effectivement vrai. Kassandra s'habilla alors rapidement, comme le lui avait conseillé le pirate et ce dernier la suivit dans ses gestes, faisant de même. Sa robe était fichue après son saut désespéré à travers la fenêtre du navire de Doflamingo, sans oublier ce qu'elle avait subie par la suite dans la soirée. Ce n'était plus qu'un tas de loques inconvenable, qu'elle prit le plaisir de changer pour des vêtements simples et propres, que Law avait apparemment trouvé à bord du navire. La seule pensée au fait que cette chemise aurait pu appartenir à Doflamingo lui donna envie de vomir, mais elle se retint.

While I put on my shoes
He will button his coat

La navigatrice prit place à la barre et dirigea le navire vers le point de lumière qu'ils voyaient à l'horizon et qui dénotait avec le paysage monotone de l'océan. Il valait mieux arriver avant que l'aube ne vienne chasser les ténèbres et les secrets de la nuit.

Ils accostèrent dans le port de l'île inconnue, et les deux sautèrent du bâtiment en même temps. Ils regardèrent aux alentours et l'endroit leur parut vide, sans doute seulement pour l'instant. S'ils voulaient se cacher pour passer inaperçus, c'était le moment ou jamais. Surtout en sachant que Law était un capitaine Corsaire avec une ancienne prime estimée à 400 millions de Berrys, il valait mieux faire profil bas.

And we will step outside
Checking that the coast is clear on both sides
'Cause we don't wanna be seen
Oh, this is suicide
But you can't see the ropes

Encore l'esprit occupé par la nuit qu'elle venait de passer, Kassandra dut mettre un terme au fil de ses pensées avec l'aube qui arrivait. Pour elle, tout était clair ; il ne s'était rien passé. Ou en tout cas, rien de ce qu'ils seraient susceptibles de partager aux autres, que ce soit l'équipage du pirate, ou la petite famille dysfonctionnelle de Kassandra.

And I won't tell my mother
It's better she don't know
And he won't tell his folks,
'Cause they're already ghosts

Le duo s'avança ensemble sur ces terres inconnues, cherchant un abri pour être tranquille. La jeune femme devinait que le pirate allait essayer d'entrer en contact avec son équipage pour qu'il vienne le chercher ici. Quant à elle, elle ne pouvait pas rejoindre Kuraigana seule ; elle n'avait pas pris l'eternal pose avec elle, l'ayant laissé à Liantver, étant donné qu'elle y avait passé ces deux derniers mois. Elle grimaçait déjà à l'idée de devoir appeler Mihawk pour qu'il vienne la chercher, comme si elle avait besoin d'un adulte pour sortir de l'école. Et cette seule pensée la décida : elle allait se débrouiller sans lui, encore une fois, malgré les remontrances qu'elle pourrait se prendre à son retour de la part de son frère.

De plus, il était plus facile pour elle d'obtenir des informations nécessaires pour partir ; elle n'avait pas de prime à sa tête, contrairement à Law, qui risquait de faire fuir les habitants de ce village s'il se présentait à eux. La jeune femme ne put se résoudre à laisser le Corsaire après qu'il l'ait tant aidé à élucider la vérité derrière le commerce de Doflamingo, et resta toute la journée à ses côtés, faisant une petite enquête auprès des habitants de l'île ; bien que cela ressemblait plus à une excuse pour rester plus longtemps avec Law qu'autre chose. Elle parvint même à dénicher un eternal pose pour Liantver, ce qui était tout ce dont elle avait besoin pour revenir, bien que ce n'était pas encore dans ses plans.

And we'll just keep each other,
As safe as we can
Until we reach the border
Until we make our plan
To run, run, run, run…

À la tombée de la nuit, Law partit finalement d'un pas assuré et pressé, sans dire au revoir. Kassandra comprit que son équipage était venu le chercher, mais l'attitude du Corsaire l'attrista tout de même. Ce qu'il s'était passé entre eux, elle l'avait vécu de bien nombreuses fois. Et à chaque fois, elle savait qu'il n'y avait rien à attendre par la suite. Mais elle ne pouvait s'empêcher de quand même être déçue. Malgré elle, elle s'attachait à ces personnes qui avaient partagé ses draps le temps d'une nuit, aussi triste qu'éternelle.

Will you stay with me my love?
For another day...
Cause I don't want to be alone,
When I'm in this state.
Will you stay with me my love?
Till we're old and grey.

La jeune femme secoua la tête et sortit de la maison abandonnée, dans laquelle ils avaient trouvé refuge le temps de quelques heures. La réconfortante et silencieuse soirée l'accompagna dans ses pensées décousues, et les vautours qu'elle avait cherché à fuir la veille revinrent, plus nombreux que jamais.

Des questionnements, pour lesquels elle n'avait pas de réponse, lui causaient un mal de crâne. Des sentiments contradictoires se mélangeaient, mais un seul sortait du lot : l'amertume. Voyant à quel point elle avait été pitoyable ces derniers temps, elle avait choisi de l'être jusqu'au bout, la veille. Mais ce qu'il s'était passé, dans la brume de la nuit et dans l'euphorie du moment, ne risquait certainement pas d'alourdir sa conscience. Puisqu'au final, il ne s'était rien passé.

I don't wanna be alone.
When these bones decay...


En tout cas, écrire une scène de cul au travail, c'est une expérience x)

Merde, Mintzkow a vu clair dans mon jeu o.o J'ai l'idée de ce chapitre limite depuis le départ et j'avais hâte de l'écrire, et puis tu viens comme une fleur et tu te spoil toi-même x) Un "pairing" sur deux où tu as vu juste, d'où le plateau d'argent ! Continue de jouer au loto, ça va peut-être se concrétiser !

Première fois pour moi (sans mauvais jeu de mots x)), puisque je n'avais jamais encore écrit de lemon. Je l'ai réécrit quelques semaines plus tard et posté la nouvelle version (celle-ci donc), bieeeen meilleure, dont je suis très satisfaite !

Ce n'est pas la première fois pour Kass. Law n'est qu'une conquête de plus, sans lendemain. Et ce n'est pas par hasard, ni par fan service que j'ai choisi Law. Ce serait tout à fait son genre, comme Kass, d'avoir un coup d'une nuit ainsi (surtout le Law d'avant l'ellipse. Il m'a toujours paru plus joueur et ouvert). Pour relâcher la pression qu'ils viennent de subir sur le navire de Doffy, du sexe rempli de violence, de passion, pour se libérer du moment présent, des angoisses futures et passées. Et puis, le climax atteint, ils redevinrent les inconnus qu'ils étaient.

Y'a peu de persos potentiels à pouvoir se prendre au jeu de cette façon autour de l'intrigue qui concerne Doffy (à part Doffy lui-même, mais on va faire comme si je n'avais rien dit x)). Donc aucun regret de l'avoir exploité.

TLDR : C'est pas juste du sexe pour le plaisir lol.

Merci d'avoir lu le chapitre, malgré le bordel que ça a été.
Prenez soin de vous et de vos proches les loulous !
Et protégez vous, surtout !