Bonjour les loulouurs ! J'espère que vous allez bien !
Anecdote : j'ai évité de très peu des points de suture à cause d'un coup de cutter mal maîtrisé, ça pissait le sang x) Pour le coup, j'aurais vraiment voulu avoir le pouvoir de Kassandra pour arrêter le massacre haha
Merci encore une fois à Mintzkow pour ta review, je me sentais coupable de pas pouvoir te répondre tout de suite ! Depuis le temps, j'en déduis que tu n'as pas gagné au vrai Loto, mais tu n'es pas au bout de tes surprises avec ce chapitre ;) Et merci mille fois pour le gentil mot, ça me touche ! Continue de me partager tes théories de pairings, je m'en délecte.
Bonne lecture !
Kassandra déambulait fièrement au milieu de la grand-rue, une bouteille de rhum à la main, chantant faussement à la lune. Sa démarche était lente et non-assurée, et le chemin fait de pavement irrégulier la faisait trébucher tous les trois pas. Ses cheveux, en bataille, gênaient ses yeux et comptaient sans aucun doute un nombre incalculable de nœuds qu'elle allait peiner à démêler le matin. Ses vêtements, en lambeaux, étaient couverts de poussière et de sueur. Sa main, enroulée dans un bandage mal serré et imbibé de sang, lui causait une constante désagréable douleur. Elle la regarda avec désapprobation, secouant la tête, avant de verser de l'alcool dessus pour désinfecter la vilaine blessure.
– Putaiin, ça fait un mal de chien, se plaigna-t-elle en laissant échapper un râle rauque.
Comme pour reprendre son souffle, elle s'affala sur un banc et ses poches lui parurent bien lourdes. La jeune femme esquissa un air d'incompréhension, avant de les fouiller pour les vider.
Le poing fermement serré, elle sortit un paquet débordant de bricoles sans intérêt. Des tickets du bar qu'elle venait d'assécher et duquel on l'avait chassée. Des mégots, qui dégageaient une odeur nauséabonde, et des allumettes cassées. Des notes déplacées écrites par ses voisins de comptoir. Des bouchons de bouteilles de vin et de bière. Des dés de jeu de plateau. Des cartes froissées et une multitude de jetons, armes de son crime contre l'honneur de ses adversaires, à qui elle avait cassé le nez après qu'ils l'aient accusée de tricherie au poker.
– 'tain d'connards… Pas b'soin d'tricher pour battre des débiles com'vous...
La jeune femme, chancelante, déversa toutes ses babioles sur le banc, non sans avoir récupéré les quelques billets de Berrys qu'elle avait gagné aux cartes. Soupirante, elle regarda le ciel nocturne, et ne sut si les nuages bougeaient à cause du vent, ou de l'alcool.
– Orf, sans doute les deux…
Retenant un hoquet, Kassandra continua son chemin dénué de but, le regard perdu, ne parvenant pas à faire le focus sur une chose. Les hautes maisons du centre-ville, toutes collées les unes aux autres, entouraient la tortueuse rue et faisaient croire à la jeune femme qu'elle était enfermée, condamnée à marcher pour l'éternité.
Dans sa tête, tout était confus et elle n'arrivait pas à trier ses pensées, pour la plupart parasites. Trafalgar était parti il y a plusieurs heures déjà, et elle, elle n'avait rien trouvé de mieux à faire que de noyer sa fatigue dans tout ce que le barman lui servait, de détourner son amertume dans des jeux de comptoir avec des perdants aussi mauvais qu'elle et de dissimuler ses sentiments avec un voile de frivolités bien éphémères. En somme, elle continuait sur la même lancée qu'avec ce qu'il s'était passé avec Law. D'ailleurs, elle se détestait pour ça. Mais elle avait choisi de ne rien y faire.
La froide peur de faire face à ses responsabilités et aux conséquences de ses actes s'insinuait comme une seringue dans ses veines, et dès qu'elle y prêtait de l'attention, l'immobilisait comme la morphine. Alors, elle redirigeait cette drogue vers son cerveau, pour arrêter de se prendre la tête, et vers son cœur, pour faire taire la culpabilité.
Mais avec la boisson vint la paranoïa et Kassandra ne put s'empêcher de trembler, certainement pas de froid. La douce lumière lunaire se transforma en un œil intransigeant qui suivait chacun de ses mouvements et qui jugeait chacune de ses pensées. Les sublimes bâtiments d'époque, ornés de détails fantaisistes et construits dans une pierre volcanique, lui donnèrent l'impression d'être prise au piège dans une prison sans issue. Les quelques visages réprobateurs qui la dévisageaient du haut de ces fenêtres prirent l'apparence de gardes-fou, et elle ne put en supporter davantage.
– Allez tous vous faire foutre…
Dans un élan de colère, elle lança sa bouteille contre le mur d'une maison avec un hurlement de rage, et celle-ci se brisa en mille morceaux. Effrayés par cette violence soudaine, les quelques habitants, ayant observé la scène, se dépêchèrent de fermer leurs volets. D'autres écartèrent leurs enfants des fenêtres et les défendirent de s'en approcher. Voyant tout cela, fulminante désormais, Kassandra observa le liquide s'écouler le long du mur, haletante, et ne parvenant pas à se calmer.
Ses oreilles bourdonnaient, tandis qu'une colère aveugle submergeait son cerveau. Une haine contre le monde, mais surtout contre elle-même. Une fureur telle qu'elle pourrait avoir raison d'un homme. Respirant lourdement, la jeune femme tentait de se détendre et de faire partir le poids du monde de ses épaules, en vain. Toute la souffrance qu'elle tenta de noyer dans la boisson remonta à la surface, et était mille fois pire à supporter. Car à chaque fois qu'elle fuyait la douleur, elle n'en devenait que plus grande, plus dévorante. Et ce sentiment ne pouvait se taire seulement si on l'exprimait jusqu'à l'épuisement, ou si on en mourrait.
Toujours aussi instable, la jeune médecin se retourna pour continuer son chemin, mais fit face à cinq hommes, de toute évidence des pirates, à en juger par leurs habits et leur carrure, qui la dévisageaient avec hostilité. Elle arqua un sourcil face à cet attroupement, ne les ayant pas entendu arriver, trop occupée avec ses états d'âme. Mais Kassandra n'était pas d'humeur à faire face à qui que ce soit, alors, elle tenta de passer à côté d'eux, les ignorant. Mais cela ne passa pas, et l'un des hommes se saisit du poignet de Kassandra, l'arrêtant dans son mouvement.
– Putain, vou'z'allez vraiment m'emmerder…, soupira-t-elle en levant les yeux au ciel, essayant de lui faire lâcher sa prise.
– Je te croyais plus futée que ça, Kassandra, La Sorcière Carnivore.
La jeune femme arrêta de se débattre à l'entente de son surnom ridicule. Et rencontrant les yeux haineux du pirate, elle eut un mauvais pressentiment. S'il lui connaissait ce nom, cela voulait dire qu'il la connaissait en tant que chasseuse de prime. Et s'il la regardait avec un tel désir de vengeance, cela ne présageait rien de bon.
– Ton regard a changé, remarqua un autre pirate, les mains dans ses poches.
Kassandra reporta son attention sur lui, ne sachant pas comment réagir. Cet homme se tenait nonchalamment, passant sa main dans sa longue barbe bien entretenue, tandis que la lune se reflétait sur son crâne chauve. Mais dans ses yeux noirs, ressemblants à deux tunnels vides, la jeune femme reconnut une profonde haine, alors qu'ils scrutaient le moindre changement dans son attitude.
– C'est bien, continua-t-il. Tu nous prends au sérieux maintenant.
Mais malgré tout, Kassandra ne put garder son sérieux bien longtemps et éclata de rire face à ces propos.
– Je veux bien reconnaître que le fait que vous connaissez mon blase m'a surprise, mais tu t'avances trop mon grand, se moqua-t-elle ouvertement.
– Tu devrais…
– Allez, dis-moi tout, le coupa-t-elle avec un geste de la main, ayant du mal à articuler. Je suis bien Kassandra, vous m'avez bien trouvée, bra-vo. Je suis bien chasseuse de prime, pour te confirmer, commença-t-elle à exposer le fond de sa pensée sans filtre, encore ivre. Alors, c'est quoi ton 'blème ? J'ai envoyé un de tes potes chez la Marine, c'est ça ?
– Exactement ! Tu as capturé notre capitaine, Leksiass Kermitt, "L'amphibien du marais" et tu l'as vendu à la Marine pour l'argent de sa prime ! s'exclama le pirate, perdant sa patience. Je suis Robb Brau, le Vice-Capitaine des pirates de la Ligue !
– J'ai compris. Je l'ai battu, tu veux te venger ? Fais la queue, comme tout le monde, hissa la jeune femme, à la manière d'un serpent, ignorant la moitié de ses propos.
– Elle est complètement torchée ma parole…, souffla un autre pirate, qui se tenait en retrait.
– Ça ne m'as pas rendue sourde, hein, rétorqua la jeune femme. Surprise surprise ! C'est ce que les chasseurs de prime font. On capture ceux, qui ont une prime à leur tête. Comme vous les pirates, vous pillez. Ça coule de source pourtant. Allez, maintenant que c'est clair, j'ai six ou sept bouteilles à décuver, moi…
Kassandra se croyait invincible face à ces énergumènes, qu'elle prenait clairement de haut. Mais cette nonchalance, ce manque d'attention et son surplus de confiance eurent raison d'elle.
– Tu n'iras nulle part.
– On va t'apprendre le respect.
Kassandra n'eut le temps de comprendre ce que préparaient les hommes, que deux des pirates qui n'avaient pas parlé pendant leur échange se saisirent fermement de ses bras pour les bloquer dans son dos, lui arrachant une exclamation de surprise. Et avant qu'elle ne puisse réagir pour se défendre, Robb lui passa des menottes aux poignets. Mais quelque chose lui parut étrange, et elle devina sans difficulté l'origine de ce mal.
– C'est que ça fonctionne vraiment, s'extasia l'homme aux yeux noirs.
– Où est-ce que vous avez trouvé du granite marin…, articula fébrilement la jeune femme, les paupières lourdes.
– La base de la Marine de l'île est bien équipée, dévoila-t-il. Ça t'apprendra à essayer de prendre des pirates de haut.
– Quelle belle vengeance nous aurons.
Bien que le granite marin lui prenant toutes ses forces, Kassandra ne put empêcher son humour de ressortir, ne saisissant pas encore l'ampleur de la situation.
– J'aurais dû écouter Mihawk…, marmonna-t-elle, sans que personne ne l'entende.
Plus rien de ce qui pouvait lui arriver ne l'étonnait, et quelque part, ne lui importait. Les nombreux verres asséchés dans le bar avaient encore raison d'elle, et sa compréhension de la réalité restait limitée. Du brouillard dans le cerveau, une vision floue parsemée d'étoiles, les émotions lui faisant subir des montagnes russes, elle se rapprochait plus d'une loque que d'un être humain.
– Et en plus, j'ai paumé sa dague en granite marin…., se souvint-elle de ce détail, ayant laissé l'arme qu'elle avait subtilisée à Mihawk dans l'omoplate de Doflamingo.
Les pirates l'entourèrent et la poussèrent à rebrousser chemin, se dirigeant Dieu sait où. Elle obéit, perdue dans ses pensées et fortement affaiblie. Mais au bout de plusieurs minutes, elle se rendit compte de la situation, et cela lui fit l'effet d'une claque.
Mais qu'est-ce qu'elle faisait, là ?
Engloutie dans la spirale infernale de son esprit, elle avait commis bien des erreurs ces derniers temps. Elle s'était autorisée bien des débauches et des moments de faiblesse. La jeune femme n'en avait plus rien à faire, et n'avait plus rien à perdre. Ou en tout cas, c'était ce qu'elle croyait. Parce que devenir la toutou de sales pirates qui cherchaient une vengeance dont elle se moquait éperdument, ce n'était certainement pas dans ses plans. Elle se devait de conserver un minimum de dignité et de respect personnel. Un minimum.
De ses maigres forces restantes, elle tenta de riposter. De se créer une brèche dans ce mur humain de pirates qui l'entourait. Kassandra avait bien envie de leur montrer de quel bois elle se chauffait, mais elle avait laissé Amanogawa à Kuraigana, et le granite marin lui drainait ses forces. La fuite semblait être la seule solution qui s'offrait à elle, bien qu'elle n'aimait pas ça. Elle aurait aimé leur faire payer l'affront qu'elle avait subi, mais elle n'était pas en état de combattre.
Mais comme c'était à prévoir, à cinq contre une, étant enchaînée, ses assaillants prirent rapidement le dessus. Kassandra mordit la poussière, mais ne lâchait rien. Son esprit combatif, mis en veille après l'altercation avec Doflamingo, refit surface, et son instinct de survie se manifesta enfin.
– Bordel, quelle emmerdeuse...
Un pirate habillé d'un pantalon aux couleurs criardes la plaqua au sol, mettant tout le poids de son corps sur la jeune femme afin de l'immobiliser. Kassandra étouffait sous une telle masse, ne parvenant pas à remplir ses poumons d'air. Mais tout à coup, elle sentit son agresseur se figer, et son corps, se raidir. Et ressentant soudainement cette aura qui lui était si familière, elle fut partagée entre l'agacement et le soulagement.
Tournant la tête sur le côté avec difficulté, la jeune femme vit une grande silhouette cacher la lueur de la lune. Mais de par la façon dont était taillé cet homme à la musculature imposante, à l'ombre de trois sabres se trouvant à sa ceinture et à l'aura paradoxalement calme et bestiale qu'il dégageait, il n'y avait aucun doute possible. Mais des questions firent surface : que faisait-il ici et comment l'avait-il trouvée ?
– T'as pas l'air au meilleur de ta forme, toi, commenta Zoro avec un rictus en coin.
– Et toi, tu as l'air d'être beaucoup trop en forme, répondit Kassandra, le jeune sabreur réussissant à lui arracher un sourire.
– On va voir ça.
Zoro fit craquer son cou, ne quittant pas des yeux les pirates d'en face, qui ne bougèrent pas d'un poil.
– Je te reconnais toi… Non, c'est pas possible... , marmonna incompréhensiblement Robb. Tu es Roronoa Zoro, le Chasseur de Pirates !
– L'équipage du Chapeau de Paille qui a disparu il y a un an ! Ils sont tous là ?!
Le sourire de l'épéiste disparut à ces paroles, et il arbora une expression plus sérieuse, empreinte d'amertume. Les anciennes blessures du cœur n'étaient toujours pas guéries, et restaient un sujet sensible pour Zoro, qui se blâmait encore, un an plus tard. Et pour avoir amené le sujet sur la table, Kassandra ne donnait pas cher de la peau de ces pirates.
En parlant de ses agresseurs, celui qui la retenait plaquée au sol se releva doucement, tant effrayé par le regard de Zoro qu'il en oublia Kassandra.
– Bien, tu le fais sans qu'on ait à te le demander, prononça le Cactus avec une pointe d'amusement.
– Abruti, pourquoi tu la relâches, cette folle !? s'offusqua le chef du groupe.
– Eh je suis pas con, la fille on a pu la maîtriser avec le granite marin, mais on en a pas pour lui…
– C'est inutile pour lui. C'est juste… une force de la nature, les coupa Kassandra, qui s'était retournée sur son dos, haletante. Fuyez, pauvres fous ! rit-elle de toutes ses dents.
Ces mots eurent raison des pirates, qui tremblaient déjà face à la colère froide du sabreur borgne. Ce dernier laissa échapper un rire en entendant le conseil donné par Kassandra, puisque les cinq hommes prirent réellement les jambes à leur cou.
– Insupportables, toi et ton humour, commenta-t-il en dégainant Shuusui et Sandai Kitetsu, dont la lame fut imprégnée de Haki. Comme s'ils pouvaient m'échapper.
Sans plus attendre, Zoro s'élança vers eux à son tour, et l'aura de l'épéiste, qui s'était teintée d'une soif de sang aussi soudaine qu'incommensurable, fit frissonner Kassandra. La puissance dégagée par l'attaque du sabreur eut raison des pirates instantanément. La violence du coup relâcha une pression immense et les yeux de la jeune femme s'ouvrirent comme des soucoupes, reconnaissant cette sensation entre un million.
– Il l'a… Il a le Haki des Rois ! chuchota Kassandra, sous le choc de la découverte.
Ce qu'elle vit, lorsque Zoro se retourna, reprenant son souffle en contemplant ses adversaires, c'était le regard d'un démon, qui s'estompait, pour laisser place à la véritable lueur anthracite de ses yeux. « Mais… Il n'a pas l'air de s'en rendre compte, pensa Kassandra. Il le possède, il sait le contrôler parfaitement. Un contrôle total. Cette intimidation ultime, cette puissance terrible… Ce ne peut être que ça. Mais il ne le sait pas ? Serait-il capable de le contrôler naturellement, en le prenant pour autre chose ? Non… Son esprit l'aurait-il déjà apprivoisé, sans en être conscient ?! »
L'assistant dans son entraînement journalier, Kassandra s'était déjà permise d'émettre l'hypothèse du potentiel Haki des Rois de l'épéiste, rien que par la présence qu'il dégageait. Mais sans avoir de preuves tangibles, elle ne pouvait rien en tirer de concluant. Tout ce que Mihawk et elle pouvaient faire, c'était de repousser Zoro dans ses derniers retranchements, dans l'espoir qu'il débloque ce pouvoir par la force des choses. Mais sur une île quasi-déserte, ne cohabitant qu'avec une poignée de personnes, le danger ne pesait pas sur la vie du jeune homme, et il n'avait pas d'occasions pour la mettre en jeu. Le frère et la sœur essayaient de créer un climat plus hostile pour son entraînement, sans grand succès.
Mais le fait que Kassandra ait été menacée dût réveiller un profond instinct caché dans les tripes de Zoro, qui le poussa à déployer la puissance de son Haki. Cela n'arrivait sans doute pas pour la première fois, mais le fait que l'épéiste semblait paradoxalement tout ignorer de ce pouvoir, tout en ayant déjà une excellente maîtrise, fit sourire Kassandra.
Les pensées et hypothèses fusaient à tel point dans sa tête qu'elle en oublia le présent. Zoro le remarqua, mais ne releva pas, commençant à fouiller les pirates à moitié conscients, à la recherche de la clef des menottes qui enchaînaient Kassandra.
– Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il en s'approchant de la jeune femme, toujours à terre. Tu en tires une tête.
Après une seconde de flottement, elle secoua la tête, répondant négativement. Il valait mieux laisser les choses telles quelles. Il contrôlait parfaitement ce Haki, et ce n'était certainement pas elle qui allait pouvoir lui apprendre quelque chose à ce sujet, finalement. Il valait mieux éviter pour l'instant de clamer qu'il possédait le Haki des Rois, qu'il garde le profil bas au moins jusqu'à ce qu'il réussisse à rejoindre son équipage. Rares étaient les individus possédant ce pouvoir, aussi craint qu'admiré. Et si ses ennemis avaient conscience de cet atout avant l'heure, l'effet de surprise pouvait être gâché et la prime de sa tête d'algues pourrait monter déraisonnablement.
Mais elle se rendit compte qu'aucune somme ne semblait être déraisonnable pour l'homme qui venait de lui retirer ses chaînes, se tenant devant elle, et lui tendant la main.
Le jeune bretteur était désormais méconnaissable. La seule ressemblance qu'elle voyait entre le Zoro suppliant Mihawk de l'entraîner, et celui qui venait de l'aider à se relever, était sa couleur de cheveux. Sa carrure, son Haki, sa puissance, sa force mentale. Même son expression du visage ; tout avait changé, inexorablement. Mais au fond, cela restait le même crétin qui croyait que le Nord se situait en hauteur, car il y faisait plus froid et qui confondait toujours sa gauche et sa droite. Mais c'était ce crétin qui lui avait appris tant sur le monde, et sur elle-même. Qui l'avait changée en bien.
Kassandra se rappela alors les mots d'Anatole, la patiente de Liantver qui l'avait conseillée à propos de cette rencontre inopinée, qui bousculait sa vision des choses. Et la jeune femme se rendit compte de la pente glissante sur laquelle elle se trouvait désormais. En détaillant le visage du sabreur, elle se rendit compte que le point de non-retour, le précipice, était juste là, et il ne tenait qu'à elle de s'y jeter. Se saisissant du poignet du bretteur, il la regarda dans ses yeux émeraudes, mais elle n'osa pas faire le premier pas. Kassandra préféra alors fuir son regard, comme elle fuyait ses incompréhensibles sentiments, et tira Zoro en direction du rivage.
Malgré tout, Kassandra maudissait sa faiblesse. Elle n'était qu'une ordure, ne méritant rien de ce genre. Son comportement, hypocrite et lâche, lui donnait envie de vomir. Ce n'était pas la première fois qu'elle se jetait dans les bras d'un inconnu, mais jamais son intention derrière n'avait été de faire taire ses véritables sentiments. Elle n'était qu'un déchet. Jouant avec ses propres sentiments, et peut-être ceux des autres. Noyant son plaisir charnel si facilement dans les bras d'un homme dans le but d'enfouir ses sentiments envers un autre. Elle ne méritait même pas de se tenir aux côtés de cette personne pleine de bonté, d'honnêteté et de force qu'était Zoro, qu'elle avait malencontreusement failli tuer à leurs débuts. Qu'elle avait entraîné sans relâche, qu'elle avait aidé à surmonter la séparation avec son équipage, qu'elle avait blessé à maintes reprises pendant leurs entraînements, avant de toujours le soigner. À qui elle ramenait des bouteilles d'alcool en cachette, dans le dos de Mihawk, alors qu'ils profitaient de la clameur des nuits de lune rouge de Kuraigana.
Malgré l'alcool qui s'était dissipé de son corps, ce qu'elle ressentait restait toujours incompréhensible. Et cette cacophonie était causée par l'apparition de Zoro, sorti de nulle part. Ils ne s'étaient pas vus depuis une éternité et leur dernière discussion n'était pas des plus agréables. Kassandra savait qu'elle devait présenter ses excuses à Zoro pour son comportement. Elle pensait toujours ce qu'elle lui avait dit, mais elle se rendait compte qu'elle aurait pu le formuler autrement ; il y avait bien des manières de dire les choses. Le jeune épéiste venait de subir un traumatisme, et elle avait rajouté une couche de négativité par-dessus. « Quelle médecin indigne je fais », se lamenta-t-elle avec aigreur.
Mais vouloir le haïr était plus simple que de s'admettre la vérité, sans doute. Elle refoulait ce qu'elle croyait ressentir à son égard, mais maintenant qu'elle y était confrontée, un doute perfide naissait au fond d'elle. Elle croyait refouler des un étroit attachement, mais était-ce réellement cela ? Ne se trompait-elle pas sur toute la ligne, ayant peur de s'admettre quoi que ce soit tout court ?
– Écoute, Zoro…, amorça Kassandra avec hésitation. Je suis désolée. Tu sais, de t'avoir gueulé dessus, de pas t'avoir soutenu comme j'aurais dû... De pas avoir été à la hauteur, en fait.
Le jeune homme afficha une expression de surprise avant de détourner les yeux, ne s'attendant pas à une tirade de ce genre.
– Je te dois des excuses aussi, répondit-il, regardant autre part, et Kassandra jura avoir vu des rougeurs apparaître sur ses joues. Je me suis excusé auprès de Mihawk et de Perona, mais pas en bonne et dûe forme auprès de toi, je crois. Vous faites tant pour moi, et je vous en suis reconnaissant. Vraiment. Merci.
– Je l'avais bien compris, ne t'inquiète pas. Je suis contente qu'il ne t'ait pas foutu dehors, j'imagine…
Mais leur discussion fut interrompue par des cris distants. Secouant la tête pour revenir à la réalité, Kassandra et Zoro plissèrent les yeux pour reconnaître une tornade de cheveux roses au bout de la rue, courant vers eux. Derrière, avançant plus tranquillement, ils faillirent ne pas voir Mihawk et son manteau sombre, tant il se fondait dans le décor nocturne. Perona rattrapa rapidement le duo, et arrivée près d'eux, la jeune fille fantôme reprit son souffle, entourée de ses éternels spectres rieurs.
– Vous êtes là ! Kass, tu sais comment je me suis inquiétée pour toi ?! T'as disparu de la circulation, sans donner de nouvelles ! commença-t-elle les réprimandes. Et toi, Tête de sachet de thé vert, tu t'es encore paumé ! T'es juste pas possible ! C'est toi qui avais la Vivre Card de Kass ! gueula Perona en les pointant du doigt à tour de rôle, mais son expression de mécontentement changea du tout au tout en voyant les mines décomposées de ses deux amis. Mais… Qu'est-ce que vous avez ? Vous en tirez, une tronche…
Les deux se regardèrent, repensant à leur discussion interrompue. Mais ce n'était pas important ; maintenant que l'abcès avait été crevé entre eux, ils auraient beaucoup d'occasion de la reprendre, et mettre à plat ce qu'ils avaient encore à se dire.
– Ma Vivre Card, bien sûr…, répondit finalement Kassandra, se sentant bête de ne pas avoir tout de suite pensé à cette évidence. C'est comme ça que vous m'avez retrouvée. Mais…, se tut-elle alors que Mihawk les rejoignit enfin. Pourquoi vous êtes tous venus me chercher ?
– Et tu as encore l'arrogance de poser les questions ? cracha Mihawk en la qualifiant d'un regard glacial, et Kassandra se renfrogna sous ses yeux orageux. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Où étais-tu pendant deux mois ? Ta Vivre Card avait commencé à se consumer, la nuit dernière. Je me suis fait un sang d'encre, idiote !
Comme pour appuyer son propos, Mihawk prit le bout de papier désormais intact que Zoro tenait, pour le montrer à Kassandra. Cette dernière se pinça les lèvres et baissa la tête, consciente des conséquences de ses actes qu'elle avait dissimulé à son frère. Cela lui paraissait logique, mais pour le coup, elle doutait que Doflamingo était à blâmer. Une Vivre Card commençait à se consumer lorsque la vie de son propriétaire se retrouvait en danger. Et la véritable fois où elle le fut pendant la soirée du Grand Corsaire était au moment où Law lui avait volé son cœur grâce à son pouvoir. Cœur qu'il lui avait restituée, et qui battait désormais la chamade dans sa poitrine ; preuve ultime du fait qu'elle s'en était vraiment sortie. Peut-être pas indemne, mais elle était en vie. Et c'était loin d'être une certitude, lorsqu'elle avait franchi le pas du navire de Doflamingo.
Mais à ce moment, elle avait l'impression de se faire réprimander par son père, lorsqu'elle ne trouvait pas de ponéglyphes à bord d'un quelconque navire pirate, et cela ne fut pas un parallèle joyeux.
– J'imagine que je ne l'ai pas volée, celle-là…, balbutia-t-elle en se triturant les doigts.
Mihawk soupira lourdement, avant de s'approcher d'elle. La jeune femme courba l'échine, sentant toute la colère de son frère ; elle en avait déjà été témoin, mais son courroux était rarement dirigé vers elle, et c'était effrayant. Mais Mihawk se contenta de simplement lui ébouriffer les cheveux d'un geste affectueux, avant de l'approcher de lui, jusqu'à ce que son front ne rencontre le torse de l'épéiste, dans une étreinte chaleureuse. Il posa son menton sur le haut de son crâne, les yeux fermés, le temps de quelques instants, pendant lesquels la petite famille se retrouva seule au monde, profitant de leurs retrouvailles et de ce doux moment. Des instants pareils, ils ne s'en accordaient jamais. C'était inhabituel, autant pour Mihawk que pour Kassandra, mais c'était également étrangement agréable.
– Qu'est-ce qu'il t'est arrivé, Kass…, souffla doucement Mihawk, faisant voler ses longs cheveux sous sa respiration.
– Je vais bien. Je te promets.
– J'aimerais le croire.
Mais le présent les rattrapa et ils se rappelèrent de la présence des deux autres. Ils interrompirent leur étreinte en se raclant la gorge, comme pour se redonner contenance. Perona et Zoro s'étaient éloignés d'eux pour leur laisser plus d'espace et d'intimité, et ils appréciaient le geste. Reprenant une expression plus neutre, le célèbre bretteur se tourna vers la femme aux cheveux de jais, et après un dernier regard attentionné, parla d'un ton plus ferme.
– Viens, rentrons. On en reparlera plus tard.
Et par ces mots, Kassandra comprenait qu'il ne souhaitait pas en parler en face de Perona et de Zoro. Elle s'attendait déjà à un interrogatoire digne de la Marine sur tout ce qu'il s'était passé en son absence et elle ne pouvait y échapper. Mais malgré tout, elle restait sur ses positions, sans doute puériles ; comme une enfant qui niait en bloc d'avoir cassé le vase de la salle à manger, Kassandra n'allait pas parler de ses manigances à Mihawk. Car après tout, c'était ainsi qu'ils avaient toujours fonctionné. Chacun se mêlait de ses affaires, et ne mettait pas son nez dans la vie de l'autre. Le frère et la sœur s'étaient bien trouvés, malgré leur lien de parenté factice ; pour le meilleur ou pour le pire, chacun avait l'intention de jouer aux loups solitaires, jusqu'à la fin. Mais pour combien de temps le manège allait-il encore pouvoir durer ? Dans un monde plus divisé que jamais, ne pas se confier à la personne qui leur était la plus proche, était-ce bien judicieux ?
Aaaaaah, je peux enfin fièrement dire à Mintzkow "Voilà ce que je voulais dire !" x)) Je peux enfin te répondre à ta review d'il y a longtemps. Voilà ce qu'il se passe dans la caboche de Kassy : un gros bordel incompréhensible. Mais qu'est-ce qu'il se passe dans celle de Zoro ha haaaa ? Bah pas grand chose déjà je pense, vu qu'il a un nombre limité de neurones, mais on verra concernant cette question là. Peut-être. Hehe. Et dans celle de Perona ? La réponse est simple. Donuts et chocolat chaud, Moria et Kumacy.
Brrref, pas le chapitre le plus long, mais encore un qui met en scène la décadence de Kassandra et sa descente aux Enfers. À chaque fois j'ai l'impression qu'elle touche le fond, mais non, elle creuse, elle va trouver du pétrole et se faire un max de moula à ce rythme x) Et le HdR ! J'avais pour projet de le donner à Zoro depuis le départ, j'arrive pas à croire que je me suis fait damer le pion par les scans ! Et le moment de douceur avec Mihawk, c'est trop wholesome.
Mais c'est l'heure de la remontada pour Kassy, parce qu'être au fond du gouffre, c'est pas marrant. Et autant qu'elle a pu aider Zoro, Zoro pourra sans doute l'aider à son tour, à sa manière. Mais pas que lui.
Merci encore pour votre patience, et prenez soin de vous !
