Boooonsoir les louloirs !
Raaah Mintzkow, je fonds devant ta review, mille mercis. Vous m'avez aussi manqué ! Le chapitre 23 est moins riche en info que les précédents, il conclut un arc de l'histoire, et fait un point sur ce qu'on a appris (surtout un chap de reprise pour moi). Maître mot : conséquences. Kass a quand même pas mal merdé, et doit face aux conséquences de ses actes. Et quoi de pire que de subir la colère de Mihawk, ou la déception de Perona ou de Zoro, que de se faire torturer par ses propres pensées ?
Kass est une chasseuse de prime : les conséquences de son activité ! Elle en a envoyé, des pirates derrière les barreaux.
Plus positives, les conséquences de l'entraînement de Zoro : il est déjà plus proche de ce qu'il deviendra après l'ellipse que de ce qu'il était avant. Bref.
Pourquoi Kass à Punk Hazard ou à Dressrosa ? J'ai pas bien compris x) Je vais faire une déçue, mais je pense pas que ça pourra se faire :v L'aventure des Mugiwara, je la leur laisse, elle ne voyagera pas avec l'équipage. Kass a vécu sans but jusque-là, enchaînée à Mihawk. La moindre des choses c'est qu'elle se trouve une voie, seule. Pas qu'elle se retrouve cette fois-ci enchaînée à Zoro.
Quant à ce que ressent Zoro, attirance sexuelle ou amoureuse, c'est vraiment pas con, j'y ai aussi pensé pendant mon processus d'écriture ! Bien que je pense qu'il ne se prend pas la tête avec ça. Mais on le verra plus tard :p
Je suis heureuse de vous proposer ceci ! Excellente lecture !
Sous l'eau, les sons se faisaient plus diffus. Retenant sa respiration, tout ce que Zoro entendait en soulevant de lourdes haltères était le rythme régulier de son flot sanguin. Ses mouvements étaient ralentis sous l'eau, et les poids se trouvaient être moins lourds, ce qui ne l'arrangeait pas. Mais depuis le début de son entraînement aquatique, il se sentait beaucoup plus à l'aise dans cet environnement. C'était la moindre des choses ; près de la moitié des Chapeaux de Paille étaient des utilisateurs de fruits du démon, et voguant au milieu de l'océan, ils n'étaient pas à l'abri du danger. Il se devait d'être capable d'assurer leurs arrières si jamais ils tombaient dans l'eau.
Mais il était déjà capable de sauver ses camarades d'une noyade certaine. La deuxième, et vraie, raison de son entraînement intensif dans le lac de Kuraigana fut sa récente discussion avec Perona. La jeune fille s'était découverte une véritable passion pour la navigation et pour la géographie, à tel point qu'elle ne parlait que de ça, le rejoignant pendant ses entraînements. Peut-être avait-elle besoin de compagnie, peut-être voulait-elle le mettre au courant de ce qui l'attendait dans le Nouveau Monde ; il ne savait pas quelle version était la plus plausible, mais cela s'avérait bien plus utile qu'il l'aurait cru. Puisque la princesse fantôme put lui rappeler la première destination qu'il rejoindrait aux côtés de son équipage : l'île des Hommes-Poisson.
Cela lui rappelait incontestablement leur confrontation avec Arlong, il y a ce qui lui semblait être une éternité. Il ne gardait pas un bon souvenir de lui et de ses hommes, assoiffés de vengeance et les mêlant à un clivage qui ne les concernait pas. Mais le jeune sabreur se rappelait surtout de leur habilité dans l'eau, qui était leur véritable élément.
Obligés de passer par l'île des Hommes-Poisson pour rejoindre le Nouveau Monde, ils n'étaient pas à l'abri de nouveaux combats de ce genre. Alors vouloir apprendre à être aussi à l'aise dans l'eau qu'un homme-poisson était peut-être ambitieux, mais c'était l'objectif que Zoro s'était fixé. Il ne pouvait se permettre d'être désavantagé par un combat sous-marin, qui risquait très fortement d'arriver ; ils restaient des pirates après tout.
Zoro regagna la surface en inspirant une grande bouffée d'air. Il secoua sa tête et se frotta les yeux pour chasser l'eau, et il put redécouvrir les véritables couleurs de la terre ferme. Le jeune homme balança sa lourde haltère sur le rivage et rejoignit celui-ci.
– Eh, mais ça va pas ?! s'exclama Perona, qui faillit se manger le poids en pleine tête. Il te manque une case hein ! Espèce de brute !
Le jeune épéiste ne prit même pas la peine de lui répondre et se saisit de son haut de toile pour éponger sa nuque. Perona, vexée par le désintérêt du bretteur, gonfla ses joues, dans un signe ultime de protestation.
– Alors, quel temps ? lui demanda Zoro.
La jeune fille fantôme lança un regard à l'escargomètre qu'elle tenait entre les mains, oubliant instantanément sa rancœur.
– Vingt-et-une minutes et dix secondes, répondit-elle. C'est pas humain… T'es un homme-poisson caché ou quoi ?!
Zoro sourit à cette remarque, repensant à ses réflexions sous l'eau.
– Ç'aurait été pratique, avoua-t-il avec un hochement de tête.
Il se leva et commença à s'étirer en reprenant doucement son souffle, se préparant à replonger dans le lac. Il lui fallait être beaucoup plus à l'aise dans l'eau, et ce n'était toujours pas le cas.
–T'en as pas marre de passer tes journées dans la flotte ? le questionna la jeune fille fantôme, avec une pointe d'exaspération dans sa voix. Parce que moi, j'en ai marre de servir d'escargomètre ! C'est tout, sauf marrant.
Les spectres rieurs, qui tournoyaient autour d'elle, acquiescèrent en chœur les propos de leur maîtresse. Et voyant que cela ne convainquait pas Zoro, la princesse de Thriller Bark envoya un fantôme en sa direction, ce qui eut un effet immédiat.
– Je suis désolé d'être né, je ne suis qu'une loque humaine…
– Horohorohorohoro, je ne m'en lasse pas ! rit de bon cœur Perona, contente de voir que son pouvoir l'atteignait toujours autant. Je te pardonne, "loque humaine" !
– Toi alors !
La jeune fille fantôme s'amusait comme elle le pouvait, malgré le regard assassin que Zoro lui lançait. Pour se venger, ce dernier plongea dans le lac une fois de plus, condamnant la fille à vingt minutes supplémentaires d'ennui, qu'elle passa à somnoler.
Le jeune sabreur émergea de nouveau, faisant un moins bon temps que la fois précédente. Mais Perona n'eut même pas le temps de protester qu'ils virent une silhouette s'approcher d'eux. Plissant les yeux, ils reconnurent Kassandra, marchant avec assurance et tenant deux tasses fumantes. Et lorsqu'elle fut à leur hauteur, elle tendit un café brûlant au duo, qu'ils acceptèrent avec gratitude.
– Kassandra, tu es rentrée, constata Zoro en essorant son haut trempé.
– Ouaip, il y a une heure ou deux, confirma la nouvelle arrivante. Ça boume dans l'aquarium ?
– Pas trop mal, répondit-il, lâchant un soupir d'aise après avoir bu une gorgée de la boisson chaude.
– La pêche a été bonne ?
– Vingt-et-une minute et dix secondes ton record, je crois, non ? prononça Perona, fouillant dans sa mémoire et dans ses notes.
– C'est que c'est pas mal, approuva Kassandra en levant le pouce en l'air. Tu feras gaffe, Zoro, je crois que je vois des branchies apparaître sur ton cou.
– Très drôle, répondit le principal intéressé, soupirant.
– Te presse pas trop en voulant obtenir de bons résultats au terme de ton entraînement… Que ça finisse pas en queue de poisson, continua Kassandra sur sa lancée, retenant difficilement son rire.
– Kass…, souffla Perona en levant les yeux au ciel.
– Roh lo lo, arrête de faire ces yeux de merlan-frit !
– Pour l'amour du ciel, Kass, tais-toi !
– Attendez, attendez, j'en ai noté d'autres ! les arrêta la comédienne en herbe, hilare, sortant un carnet de notes. Je me suis amusée pendant le trajet, en revenant de Liantver !
– Je te jure que si tu parles encore de poisson…, la menaça Perona en la pointant d'un doigt accusateur, ses fantômes rangés derrière elle et n'ayant pas peur de les utiliser.
– Vous êtes pas drôles, souffla Kassandra en s'allongeant à terre. Bande de rabats-joie. Vous êtes juste jaloux. J'ai loupé ma vocation, être comique...
– Mais tu t'entends ?! Qui voudrait écouter des bêtises pareilles ?! s'indigna la jeune fille fantôme en se bouchant les oreilles.
Kassandra la regarda d'un air faussement vexé avant de s'installer plus confortablement, les mains derrière la tête. L'épéiste faisait mine de profiter de quelques rayons de soleil, mais il n'y en avait pas dans le lugubre ciel de Kuraigana.
Zoro sembla avoir abandonné l'idée de continuer son entraînement puisqu'il s'allongea à son tour, et les deux femmes s'attendaient à l'entendre ronfler d'une seconde à l'autre. Perona, quant à elle, retira ses bottes et trempa la pointe de ses pieds dans l'eau, faisant tournoyer ses fantômes et observant sa comparse, qui arborait un air satisfait.
– Tu as l'air d'être d'étrangement bonne humeur, dis-moi…, prononça-t-elle en s'approchant de la femme aux cheveux de jais.
– Est-ce que tu veux dire qu'il y a… anguille sous roche ? tenta une énième vanne Kassandra, retenant un sourire, les lèvres pincées.
Perona et Zoro lâchèrent un râle en entendant la blague de trop. Devant leurs airs déconfits, Kassandra explosa, et son rire, c'est-à-dire celui d'une loutre asthmatique, emplit les environs et fit peur à une nuée d'oiseaux, qui s'envolèrent de leurs nids dans le ciel.
– J'aurais jamais dû parler, se maudit Perona en secouant la tête.
– J'arrête, j'arrête, promit la sabreuse, joviale. Je suis juste contente d'être rentrée. C'est la folie, à Liantver..., continua-t-elle en prenant un ton plus sérieux.
– Comment ça ?
– L'île est maintenant sous le contrôle de Barbe Noire, et les habitants souhaitent partir, avoua-t-elle et son regard s'assombrit. Et je les comprends.
Perona baissa la tête, se souvenant de la tragédie dont elles avaient été témoin à Liantver, il y a quelques mois de cela. Ce qu'elle vit là-bas la marqua, et les évènements avaient tourné dans sa tête pendant plusieurs semaines, inéluctablement.
– Cette enflure oblige les gens à lui verser un impôt tous les mois, et régule les entrées et les sorties de l'île, poursuivit-elle.
– Mais comment les gens font pour partir alors ?
– L'hôpital n'existe plus vraiment, tu sais, admit la jeune chirurgienne avec aigreur. Du coup, j'aide les gens à évacuer en douce. Je connais l'île comme ma poche, et au château, on a un nombre incalculable de vieux eternal poses, qui fonctionnent encore. Je les donne aux survivants. Mais c'est loin d'être suffisant, il y a tellement de monde...
– Je peux aider, moi, si besoin ! se porta volontaire Perona, se redressant.
– C'est gentil, mais il faut bien plus que ça, la remercia Kassandra. Si seulement j'avais un moyen pour contacter les Révolutionnaires, ça me serait d'une grande aide… Il faut que je parte à la pêche aux infos.
– On avait dit plus de jeux de mots !
Kassandra leva les yeux au ciel, se taisant, souriante. Elle aimait bien passer du temps avec ces deux là, ils lui changeaient les idées. L'insouciance de Perona était contagieuse, autant que l'était la détermination de Zoro. Et jamais elle n'aurait cru vouloir revenir à Kuraigana pour autre chose que du repos et de la solitude ; maintenant, elle cherchait la compagnie des autres, pour la première fois de sa vie.
Dans le silence, ils observaient la clameur de la nuit s'installer à l'horizon. Perona inspira un bon coup, profitant de l'air frais de l'automne éternel. Dans les hautes herbes, elle entendait des grillons striduler. De la pénombre de la forêt, elle devinait le cri des chauves-souris. Sur cette île, tout lui correspondait ; l'ambiance froide et effrayante lui était en réalité chaleureuse. La jeune fille y trouvait du charme, et cela ne la dépaysait pas trop de Thriller Bark. Mais elle ne se voilait pas la face ; la princesse fantôme savait pertinemment qu'elle allait devoir bientôt partir, dans le but de retrouver son capitaine, Gecko Moria, qu'elle considérait comme son père.
Elle avait essayé de ne pas s'attacher aux personnes présentes sur Kuraigana, mais malgré elle, des affinités s'étaient créées. Pour Perona, moins elle avait d'attaches, plus rapidement elle pourrait partir, mais cela ne s'était pas tout à fait révélé être vrai. Puisque sans les enseignements de Kassandra, elle n'aurait pas l'occasion de partir bien loin. Alors, la princesse fantôme s'efforçait à relativiser. Mais en atterrissant sur cette île, elle n'aurait pas cru que ç'aurait été si complexe d'en partir. Mais elle avait hâte de retrouver son équipage.
La jeune fille regarda alors Zoro, pensant à sa situation à lui. Elle se demandait comment il se sentait, vis-à-vis de son départ imminent. Il ne lui restait plus que quelques mois à Kuraigana, avant de repartir avec son équipage, comme ils se l'étaient promis. Baissant la tête, l'image du bretteur suppliant Mihawk de l'entraîner lui revint en tête et elle sourit amèrement à ce souvenir. En dépit de leur relation explosive, et bien qu'elle ne se l'avouait pas, elle finissait par considérer cette tête de ficus bien plus que ce qu'elle ne l'aurait pensé.
Secouant la tête, Perona émergea de sa bulle bienheureuse et finit son café froid d'un cul sec, non sans une grimace ; elle préférait les boissons sucrées, et de loin. Frissonnante, elle se releva, faisant du sur place pour se réchauffer.
– Je sais pas vous, mais il fait frais, ce soir, souffla-t-elle en s'échauffant les mains. Je vais vite rentrer.
Kassandra et Zoro hochèrent la tête et regardèrent la princesse fantôme s'éloigner à grande vitesse.
– Quel comble ! Avoir froid pour une fille qui peut créer des fantômes et flotter dans les airs..., commenta la jeune femme aux cheveux de jais avec un sourire narquois.
Zoro approuva avec un rictus, et les deux plongèrent dans le silence. Ils échangeaient parfois des regards furtifs, ou se raclaient la gorge, se sentant moins à l'aise avec le départ de Perona.
Bien que plusieurs semaines se soient passées depuis leurs retrouvailles, ils n'eurent pas encore l'occasion de se retrouver seuls. Zoro était pressé par le peu de temps qu'il lui restait et se tuait à l'entraînement, et Kassandra allait souvent à Liantver pour évacuer les civils.
Mais une chose que la jeune femme avait faite, c'était de raconter à Mihawk ce qu'il s'était passé ce soir là, avec le Haki des Rois de Zoro. Il fut très surpris de l'apprendre, et une lueur s'était allumée dans son regard, que sa sœur n'avait pas vu depuis des lustres. De l'effervescence, et de l'impatience. Plus d'un an d'entraînements quotidiens plus tard, Zoro trouvait encore un moyen d'étonner Mihawk, et lui donner encore plus envie de s'investir dans son apprentissage. Et cela faisait plaisir à Kassandra de voir son frère dans un tel état.
La jeune femme ne le savait pas vraiment, mais elle était certaine que son dénommé frère possédait également ce type de Haki. Elle ne l'avait jamais vu l'utiliser, et ils n'en ont jamais parlé. Or, Mihawk dégageait une telle prestance, une telle puissance que pour la jeune femme, cette évidence coulait de source. Et son intuition ne l'avait pas trompée avec Zoro.
« Cette aura qu'il a… Cette aura que j'ai pressenti dès le premier jour où je l'ai rencontré… », pensa-t-elle. « Cette détermination sans faille, cette puissance incommensurable. Ces yeux semblables à ceux d'un démon. Il a la prestance d'un Conquérant. »
Observant le sabreur du coin de l'œil, elle eut de nouveau du mal à croire au fait qu'il n'était même pas au courant du pouvoir et du potentiel qu'il possédait.
« Et j'ai bien peur que Mihawk, l'actuel Roi, ne se fasse réellement détrôner, un jour, par nul autre que cet homme. Mais si c'est lui qui doit prendre la relève… Je ne serais pas en colère, ni déçue. Il le mérite, tout comme l'a mérité Mihawk autrefois. »
Elle était satisfaite de la tournure des choses. Zoro bousculait Mihawk dans sa léthargie, et c'était ce dont il avait besoin. Quelque part, elle s'était toujours sentie coupable, et responsable. Kassandra avait toujours eu l'impression que le Grand Corsaire avait abandonné sa carrière de pirate à cause d'elle, devenant un poids. Alors, elle faisait de son mieux pour se libérer de ses chaînes par ses propres moyens, de se trouver une voie, seule. Et Zoro n'avait pas été neutre, dans sa quête de liberté. Le jeune pirate l'avait bien inspirée, et continuait à bousculer ses pensées et valeurs, qu'elle prenait pour acquises.
– Tu ne veux pas y aller aussi, prendre un bain chaud ? T'es toujours trempé, brisa le silence Kassandra, le sourcil arqué.
– Ouais, je vais y aller…, marmonna le bretteur, se relevant avec peine.
– Une vraie grenouille, la couleur de cheveux qui va avec. Pas étonnant que tu passes ton temps dans le lac...
– Mais tais-toi, bon sang !
oOo
Au cœur du château, dans la plus haute tour, éclairé par la lueur de la lune rouge, Mihawk dégustait un grand cru. Il reposa son verre sur la table basse et attisa le feu dans la cheminée. Continuant la lecture du journal quotidien, il croisa les jambes, se lovant dans le confortable fauteuil.
À la Une, un visage très connu des lecteurs. Même trop connu des lecteurs. Des cheveux roux, une cicatrice traversant le visage, un air farouche et indomptable, aux côtés de son acolyte de toujours ; Eustass "Capitaine" Kid avait de nouveau frappé. Après une altercation avec Shanks le Roux qui se solda par un échec pour lui, le jeune arrivé dans les eaux du Nouveau Monde montrait cette fois-ci les dents à l'Impératrice Big Mom.
Mihawk retint un rictus, se plongeant dans la lecture de l'article qui lui était dédié. De ce que racontait le journaliste indépendant Absa, le jeune pirate plein de fougue s'était infiltré sur le territoire principal de Charlotte Linlin, Whole Cake Island. Il finit par blesser un de ses hauts gradés, un Sweet Commander, et à détruire deux de ses navires, avant de prendre la fuite. Rien ne fut précisé sur les motifs du criminel, mais les faits parlaient pour eux-mêmes. Par conséquent, sa prime fut de nouveau revue à la hausse, atteignant désormais les 470 millions de Berrys.
Le Grand Corsaire trouva l'avis de recherche inclus dans le journal et le mit de côté, le jeune rookie ayant attiré son attention depuis un moment. Il fixa l'affiche en se servant un autre verre de vin, d'un air pensif.
Le temps semblait s'arrêter, lorsqu'on passait du temps à Kuraigana. Cet endroit coupé du reste du monde lui offrait depuis huit ans un calme et une paix qu'il n'avait jamais connus, et dont il se délectait chaque jour, dans la complaisance la plus totale. Mais le risque était de s'oublier dans la solitude et de se rendre compte un beau jour que le temps d'une vie était passé. Lire quotidiennement le Journal Économique lui permettait de garder pied avec la réalité et de suivre les événements du monde, qui eux, ne l'attendaient pas. Et au-delà des frontières de l'ancien Royaume de Seglock, le temps passait à une vitesse folle. Le monde changeait, alors qu'il n'en demeurait que spectateur.
Il n'y avait rien de prétentieux à admettre que le bretteur de renom avait permis au monde de devenir ce qu'il était aujourd'hui, mais il s'était retiré de la course il y a bien des années. D'un côté, il ne se sentait plus légitime d'essayer d'apporter de pierres à l'édifice, se pensant trop vieux, trop dépassé par la contingence du temps et par la fougue de la nouvelle génération de pirates. D'un autre, il était certain que son rôle n'était pas encore tout à fait terminé. Et le simple fait qu'il était devenu le mentor de celui qui le dépasserait un jour en était une preuve irréfutable.
Malgré son apathie apparente, Mihawk plaçait de grands espoirs en Zoro. Et cette confiance en ce jeune sabreur s'avérait justifiée un peu plus chaque jour. L'impatience grandissait au plus profond des tripes du Grand Corsaire chaque jour qui passait. La promesse imprononcée de leur futur duel réveillait en lui une flamme intarissable, oubliée depuis des années.
Mais la patience était une vertu qui le caractérisait tout particulièrement, alors, il passait outre cette soif de sang implacable. Il attendait le bon moment, car il n'était toujours pas arrivé. Et il doutait fortement qu'il arriverait à l'échéance des deux années qui leur avaient été accordées. Zoro avait besoin de progresser, seul, de son côté, après son départ de Kuraigana. Mais le jeune bretteur était déjà bien loin de ce qu'il était, lorsqu'il l'avait supplié à genoux de l'entraîner, il y a ce qui lui semblait être une éternité.
Un désormais grand sourire fendait son visage, alors qu'il observait les braises s'éteindre dans la cheminée. Mihawk reposa son verre vide sur la table et un appel d'escargophone le tira de ses pensées.
« Mihawk ? C'est moi », prononça son interlocuteur, l'appel duquel il attendait.
– Le Roux. Des nouvelles ? demanda-t-il de but blanc, ne perdant pas de temps avec les mondanités.
« Pas de temps à perdre hein ? », sourit Shanks à travers le combiné.
– Qu'est-ce que tu as découvert ?
« Beaucoup de choses, étonnamment. Désolé d'avoir mis du temps, on a eu quelques poursuivants… »
– Barbe Noire ? soupira Mihawk, se levant de son fauteuil.
« Ce satané Teach nous a tendu une embuscade, il fallait réagir vite. Mais sa confiance l'aveugle… »
– Tant mieux s'il commet des erreurs, raisonna le Corsaire, s'approchant de la baie vitrée.
« Je te jure… Je lui ferai payer pour tout, à cette ordure. Rien que d'en parler, ça réveille ma cicatrice… »
L'épéiste de renom se tut, pensant aux paroles de son vieil ami. Depuis que Barbe Noire avait été reconnu comme un nouvel Empereur des mers, à l'issue de la Guerre de Représailles, il se cachait beaucoup moins, instaurant le chaos et mettant des pays entiers à feu et à sang. Mais surtout, il semblait avoir choisi minutieusement sa cible, qui était nul autre que l'ancien rival du maître des lieux, avec qui il discutait en ce moment même.
– Et puis Kassandra s'est prise pour une sauveuse ou je-ne-sais-quoi, à vouloir sauver une île de l'emprise de Marshall D. Teach…, souffla Mihawk, repensant à la nouvelle lubie de sa sœur, qui n'arrivait pas à trouver la paix.
« Tu ne peux pas lui en vouloir de garder espoir », le réprimanda presque le pirate. « Mais elle n'est pas naïve au point de penser qu'elle puisse lui faire face seule ? C'est de la folie »
– Je n'en sais rien, de ce qu'il se passe dans sa tête, le Roux. J'ai l'impression de gérer une adolescente en pleine crise.
Et c'était vrai ; il avait beau essayer de tirer les vers du nez de Kassandra sur ce qu'il s'était passé lorsqu'elle était partie, elle ne voulut rien lui révéler. Ou presque. Dans tous les cas, son comportement puéril l'insupportait.
Mais d'un autre côté, il se blâmait lui-même pour le manque de communication entre eux. À un si jeune âge, il l'avait obligée de rester cloîtrée sur cette île, de façon à ce que le Gouvernement ne remarque pas son existence. Alors, la jeune femme n'eut cesse de se débattre, tel un oiseau en cage, ne souhaitant pas devenir un poids pour lui. Et paradoxalement, c'était sa quête incessante de liberté qui l'importunait le plus.
Mais pouvait-il décemment la blâmer de vouloir partir et se trouver une raison de continuer à se battre ? Il n'était pas la bonne personne pour lui en tenir rigueur, au vue de son passé à lui. Malgré leur lien fraternel factice, ils se ressemblaient bien plus qu'ils ne s'en rendaient compte. Mihawk voyait dans les défauts de Kassandra le rebelle qu'il avait été dans sa jeunesse. Et ce n'était pas forcément rassurant ; dans son temps, il eut beaucoup de chance, ce qui lui permit de rester en vie jusqu'à aujourd'hui. Il espérait simplement que sa sœur en ait tout autant. Il était plus facile de perdre la vie dans cet océan qu'il n'y paraissait.
« Si besoin, j'ai la possibilité de contacter la numéro 2 des Révolutionnaires… », continua Shanks, dans l'espoir de rassurer Mihawk.
– Vraiment, Sabo ? s'étonna-t-il, se souvenant d'avoir vu ce jeune homme faire la couverture du journal à plusieurs reprises. Comment est-ce que tu le connais ?
« …Je lui ai rendu un service, récemment », prononça l'homme énigmatiquement. « Si ça peut te rassurer, évidemment, ça ne me dérange pas »
– Je garde l'idée dans un coin de ma tête.
« En parlant de Léandra… J'ai la confirmation concernant son fruit du démon »
– Donc ce qu'elle m'en a dit est vrai ?
« J'ai envie de dire, malheureusement, oui. Toute cette histoire de réceptacle, plusieurs sources m'ont confirmé la rumeur. Mais cette rumeur reste assez méconnue, même dans le milieu. Ce fruit a disparu de la circulation depuis quelques décennies, tout comme le Ope Ope no Mi pendant un moment. »
– Une mauvaise et une bonne nouvelle, en somme.
Mihawk scrutait le ciel étoilé à la recherche de réponses miraculeuses, du haut de ses appartement du château. Mais aucune solution ne lui fut murmurée par la lune.
Malgré le silence de Kassandra sur ce qu'il lui était arrivé, elle ne put se taire sur un aspect. Pour qu'il la lâche avec ses interrogations, elle lui clama que son absence lui permit de découvrir le véritable pouvoir de son fruit du démon, et cela lui fit froid dans le dos. Cependant, le Corsaire voulut obtenir confirmation à ce propos, et en avait parlé à Shanks, en qui il avait confiance. Désormais, Mihawk se rendait compte de la dangerosité que Kassandra représentait pour le Gouvernement ; en plus d'avoir en sa possession des recherches approfondies sur les ponéglyphes, bien qu'elle ne pouvait les déchiffrer, elle détenait un pouvoir pas si anodin, qu'une catégorie de personnes voudraient obtenir à n'importe quel prix. Et pas n'importe qui ; les tristement célèbres Dragons Célestes. Rien que cette pensée arracha une grimace de dégoût au maître des lieux.
– Pas étonnant que Doflamingo souhaitait s'en emparer, alors, en conclut Mihawk après quelques instants de silence. Il est loin d'être ignorant, en ce monde.
« C'est bien ça qui m'inquiète le plus. Il est loin d'être innocent, mais ça, tu le savais déjà », affirma le pirate en baissant d'un ton. « Pour lui, le savoir, c'est le pouvoir »
– Et je ne peux pas le contester sur ce point, releva-t-il amèrement.
« Son commerce est de plus en plus florissant, avec Kaido. Il prend des proportions telles dans le Nouveau Monde que si on ne les arrête pas, l'équilibre des quatre Empereurs pourrait être rompu »
– Tu sais où est-ce qu'ils les produisent, ces fruits artificiels ?
« Sur Punk Hazard. Mais le problème, c'est que c'est devenu un endroit d'autant plus idéal, depuis que l'île a essuyé le combat d'Akainu contre Aokiji. Le champ magnétique est complètement déréglé, impossible de la trouver sans un eternal pose »
– Mais j'imagine que tu en as un, devina facilement Mihawk, le sourcil arqué.
« Ne me dis pas que tu souhaites t'y rendre, je te croirai pas ! », rit aux éclats Shanks, connaissant son flegmatique ami.
– Et tu aurais raison. Ce n'est pas dans mes projets, et ça ne le sera pas. Ce ne sont pas mes affaires.
« Mais tu as peur que ta sœur fourre son nez dedans ? »
– Ce serait plus simple de dire où est-ce qu'elle n'ira pas fourrer son nez, soupira-t-il, agacé. Doflamingo la cherche, et elle, elle a beaucoup trop de fierté. Elle voudra lui damer le pion, si elle était au courant de tout ça.
« Est-elle vraiment si imprudente que ça ? »
– Je ne pense pas, non, confirma Mihawk, connaissant Kassandra. Mais je ne sais pas quoi en penser, au final.
« Celui qui rôde dans ces eaux là, en tout cas, c'est Teach, ça, je te le confirme… »
– Affaiblir Kaido est la priorité de toutes les têtes de ce monde. Pirates ou Marine.
« Et son ascendant sur le pays de Wa dure depuis vingt ans. Tout est trop bien ficelé. Le seul que je vois lui lancer un défi, ce serait… »
– Monkey D. Luffy, le coupa Mihawk avec un sourire narquois. Ton petit protégé.
« Ahah, tu m'ôtes les mots de la bouche », répondit-il avec un rire cristallin. « Ce serait tout à fait son genre, à Luffy… Cette andouille… »
Plongé dans sa discussion avec Shanks, Mihawk entendit du bruit provenant du couloir. Se taisant soudainement, il comprit que Zoro et Kassandra étaient rentrés, en entendant leur discussion faire écho entre les froids murs du manoir.
– Je te remercie pour ces informations, le Roux. Je tâcherai d'en faire bon usage, conclut-il rapidement, souhaitant garder cette discussion privée à tout prix.
« Si jamais tu as besoin d'autre chose, tu sais à qui t'adresser »
Le Corsaire raccrocha l'escargophone et garda la main sur le combiné, réfléchissant à leur échange. Mais ce qu'il ne remarqua pas, c'était le malencontreux fantôme rieur qui traversa le mur, quittant la pièce, de peur qu'on ne l'aperçoive.
J'espère que vous avez apprécié les calembours de qualité autant que moi :)))))))))) Saviez-vous que le record du monde d'apnée est de plus de 24 minutes ? C'est un truc de taré.
Hahaa, mais quel est donc ce service que Shanks a rendu à Sabo ? En vrai c'est assez évident.
De mon côté j'ai commencé à planifier plus en détail la fin de la fic et ça me bouleverse. J'ai tellement pas envie que ça se finisse, mais il faut bien ! Je prévois encore environ 5 chapitres, un de plus ou un de moins. J'aurai les boules de finir au 29 quand même, pour le chiffre rond, merde x) Ça prend doucement forme dans ma tête !
Et je prévois une suite, un séquel. Je ne sais pas quand ça sortira, j'ai beaucoup d'idées, mais elles sont moins structurées. En tout cas j'y travaille aussi, et j'ai hâte de m'y plonger entièrement. Surtout que je prévois de traduire cette fic là en anglais, tout ça va me demander bcp de boulot x)
Et avant la fin, je veux dessiner une vraie couverture, parce que le Mihawk danseur de flamenco brouillon, c'était juste un troll pour titiller Zialema x)
Allez, prenez soin de vous ! Partagez-moi votre ressenti, si le cœur vous en dit :D
