Bonsoiiir les loulouuus ! Comment que vous allez ?
Rien ne va dans le rythme de publication. Je suis claquée au sol, et j'ai eu beaucoup d'idées pour le sequel de la fic, que j'ai commencé à structurer.
Et j'ai dévoré plusieurs fics pendant des jours, j'étais scotchée à l'écran x) Ça faisait longtemps que je n'en ai pas apprécié comme ça, et je remercie pommedapi pour ton petit chef-d'œuvre, A quitte ou double. L'ambiance qui s'en dégage est incroyable ! Si ça vous tente et si le rating M bien rentabilisé (pas comme avec moi jpp) ne vous fait pas peur, je ne peux que conseiller ;)
J'arrête de parler bon sang. Bonne lecture !
Dans la chambre de Kassandra, des vêtements étaient arrachés et se retrouvaient fatalement par terre. Le geste précipité et agressif, dépourvu de délicatesse, eut raison des derniers habits. La jeune fille aux cheveux roses souffla, se redressant, essuyant la sueur qui perlait sur son front. Dans ce tiroir non plus, elle ne trouva rien de ce qu'elle cherchait. Agacée, ses éternels spectres tournèrent autour d'elle, partageant la déception de leur maîtresse.
D'un geste ample, la princesse fantôme se saisit de la pile de vêtements qu'elle avait vidée par terre et la fourra dans la commode sans distinction ni rangement. Elle ferma la porte avec un coup de hanche, chassant la poussière des pans de sa robe. Voyant comment sa colocataire s'habillait, que ses affaires soient rangées ou non ne devait rien changer ; Perona se doutait que Kassandra devait se saisir de la première chose qui lui passait sous la main le matin, au vu de son mauvais goût et de sa constante mauvaise association de couleurs.
– Ça va pas du tout, ma chérie…, marmonna-t-elle en repensant à ce désastre, se tenant la tête. Le vert et le bleu, ça ne va pas ensemble !
La jeune fille soupira, mettant de côté les fashion faux pas de Kassandra et quitta ses quartiers. Ses jambes la dirigèrent machinalement vers sa chambre, où elle observa sa penderie ouverte d'un air absent. La matinée était déjà bien avancée, et elle ne savait toujours pas comment se déguiser pour la soirée la plus importante de l'année, pour elle. Halloween.
L'apparence de la jeune fille et son ancien lieu de vie, Thriller Bark, faisaient croire à tous que Halloween chez eux, c'était tous les jours. Mais cette date particulière n'avait jamais perdu de sa valeur à ses yeux. Et le cadre de Kuraigana s'y prêtait parfaitement, à sa plus grande satisfaction.
Et cette année-là, elle avait bien l'intention de rattraper le temps perdu. L'année passée, elle n'avait rien pu fêter du tout. À cette période, Mihawk s'était absenté pour ses affaires et Kassandra était de nouveau partie à Liantver. Et ce n'était certainement pas Zoro qui allait prendre du plaisir à sculpter des citrouilles avec elle. L'épéiste l'avait d'ailleurs ignorée de la journée, bien trop plongé dans son entraînement intensif ou occupé à faire la sieste, profitant de l'absence d'Œil de Faucon, qui ne le laissait pas se reposer autant qu'il le souhaitait depuis son arrivée sur Kuraigana.
En repensant à l'échec de l'année passée et à son moral qui s'était retrouvé dans ses chaussettes, Perona se secoua et se donna de petites claques sur les joues, comme pour chasser ses idées noires. Cette année, les choses seraient bien différentes. Elles avaient tout intérêt à l'être. Sinon, gare à tous ceux qui auraient osé se mettre en travers de son humeur festive ; le faux-sang et la confiture de fraise pouvaient se transformer en un vrai bain sanglant, si qui que ce soit l'empêchait d'accomplir ses grands plans.
Mais tous les grands plans avaient un début, et le sien était de trouver un costume digne de ce nom. Elle n'avait qu'une quantité de vêtements limitée à sa disposition, n'ayant fait une escale pour se réapprovisionner qu'une seule fois depuis son arrivée sur Kuraigana. Et la jeune fille fantôme n'était pas prête d'oublier cette journée à Bikhor.
Face à cette évidence, Perona s'était alors tournée vers la garde-robe de Kassandra, maîtresse des lieux. Et quelle ne fut sa déception que de découvrir la morne sélection de l'épéiste. Cela lui suffisait peut-être au quotidien, mais Perona ne trouva rien de ce qui était susceptible d'attirer son œil. Même chose du côté de la chambre de la tranche de laitue ; la princesse en revint bredouille.
D'un air distrait, elle glissa la main sur ses quelques possessions et sentit les différents tissus sous ses doigts, pensant à ce qui semblait être la dernière solution qui s'offrait à elle. Mais rien qu'à cette idée, elle ne put réfréner un frisson. S'il y avait bien une personne qui ne lésinait pas sur son apparence dans ce manoir, c'était bien le Grand Corsaire. Bien qu'il ne l'avouerait sans doute jamais. Son apparence toujours soignée, sa barbe parfaitement taillée et sa chemise impeccablement repassée ; jusqu'à son regard lugubre, tout dans son physique faisait pencher la balance pour Perona. Il devait en avoir, des choses intéressantes dans ses tiroirs, qui pourraient bien dépanner la jeune fille.
Mais elle secoua la tête, tentant de réfréner sa curiosité. Elle aimait cette fête, mais pas au point de risquer de mourir... Bien que cette idée se rapprochait le plus du véritable esprit d'Halloween. Ne voulait-elle pas céder à la frayeur ? Et elle avait passé presque deux ans en compagnie de Mihawk, n'avaient-ils pas dépassé le stade des tergiversations ? N'avait-elle pas fini par laisser la peur de croiser son regard derrière elle, laissant place à l'habitude et à l'exaspération, si l'homme mystérieux lui faisait une remarque ou la regardait de travers ?
Fermement décidée, la jeune fille enjamba les grands escaliers du manoir qui menaient au deuxième étage. Malgré le fait que Kassandra l'avait défendue de les franchir lorsqu'elles s'étaient rencontrées. Mais en se retrouvant devant la grande porte des appartements du Grand Corsaire, elle ne put empêcher l'appréhension de monter. Malgré tout, Mihawk n'avait pas volé sa réputation ; rien que sa porte se trouvait être terrifiante.
Mais son empressement l'emporta sur sa peur et elle poussa le bois massif, ne pensant même pas à frapper.
Si on avait demandé à la jeune fille de décrire la chambre du maître des lieux, ç'aurait été exactement ce, à quoi elle aurait pensé.
La première chose que Perona remarqua était la température. Voyant que toutes les fenêtres étaient ouvertes, dévoilant la lune rouge de Kuraigana, elle ne put s'empêcher de frissonner de froid, malgré le feu qui dansait dans la cheminée.
Les murs de pierre étaient dissimulés par de lourdes draperies qui servaient à isoler la pièce, lui donnant un aspect plus chaleureux et intime. À l'opposé du foyer, dans une alcôve séparée, se trouvait un grand lit à baldaquins, dont les sombres draps étaient soigneusement faits. Un clavecin d'époque aux couleurs délavées et écaillées trônait au milieu de la pièce, et plusieurs piles de partitions étaient négligemment posées dessus, certaines feuilles étant même tombées par terre. Le même désastre chaotique se trouvait sur le bureau, enseveli sous le poids des cartes, des carnets de notes, de livres et d'instruments en tout genre, et contre lequel la fameuse lame noire du bretteur était soigneusement placée. Il y avait peu de mobilier dans les appartements du Grand Corsaire, mais chaque pièce semblait être minutieusement choisie et servait un but précis, révélant parfaitement son caractère.
– Qu'est-ce que tu fais là, la fille fantôme ? Pars.
Le ton froid du pirate eut raison de Perona, qui analysait la pièce avec grand intérêt. Elle était tant plongée dans sa réflexion qu'elle n'en remarqua pas Mihawk, tant sa chemise noire se fondait dans le décor fébrilement éclairé par la lueur de quelques bougies.
Voyant que l'invitée indésirable ne réagissait pas, Mihawk se retourna vers elle, le regard orageux. Perona vit alors qu'il était assis devant un chevalet, une palette dans une main, un pinceau dans l'autre, occupé à peindre un portrait. La princesse fantôme plissa les yeux, subjuguée par le talent artistique de l'homme.
À travers la toile, une femme aux courts cheveux noirs lui lançait un regard espiègle, une cigarette à la main. Mais Perona ne put détailler davantage la peinture, puisque Mihawk la retira du chevalet et la rangea délicatement dans une étagère afin que la peinture sèche, aux côtés d'autres travaux.
– Je ne t'ai pas invitée. Que veux-tu ?
La voix de l'homme la tira définitivement de sa contemplation et elle reprit rapidement ses esprits. La jeune fille secoua la tête, comme pour chasser ses idées, avant de s'offusquer de la remarque du Corsaire.
– Mais quel rustre ! Malotru ! Toujours de mauvaise humeur quand je suis là !
En réponse, Mihawk se boucha une oreille, fatigué par l'énergie constamment explosive de la fille fantôme. Il déduit que celle-ci était définitivement passée outre sa timidité lorsqu'elle venait d'entrer, puisqu'un instant plus tard, il la vit fouiller sa commode sans ménagement, à la recherche de quelque chose.
Le maître des lieux fronça les sourcils et soupira face à l'attitude de Perona, qu'il n'arrivait pas à canaliser, ni à suivre, et ce depuis qu'elle avait élu domicile à Kuraigana. Il voulait bien admettre que la vie de la jeune fille n'était pas toute rose, mais qui pouvait se vanter de n'avoir aucun problème ? Elle était perdue depuis la séparation avec son équipage, qu'elle souhaitait retrouver plus que tout, mais ce n'était pas son problème. Il lui avait déjà permis de rester dans son manoir, partageant ses récoltes, son confort, sa solitude. Il avait troqué sa tranquillité, sans contrepartie. Ce n'était pas rien. Alors si en plus, la jeune fille croyait pouvoir se permettre tout et n'importe quoi, avec si peu de manières et de retenue, faisant irruption dans sa chambre ainsi alors qu'on le lui avait proscrit, c'était trop. Il avait l'impression de s'être attendri et relâché ces derniers mois, et il était grand temps pour lui de se reprendre en main.
Mihawk s'approcha alors de Perona, qui continuait à énergiquement vider ses affaires. Son regard se remplit de toute la désapprobation dont il était capable, prêt à flanquer la fille fantôme dehors.
– Que crois-tu faire ? prononça-t-il froidement, et la fille s'arrêta dans son mouvement.
– Quoi ? répondit-elle du tac au tac, agacée qu'il l'interrompe.
– Tu ferais mieux de détaler, avant que je ne m'énerve.
– Comme si tu me faisais peur !
Cette phrase cloua le bec au bretteur de renom, qui ne s'attendait pas à une répartie aussi simple que frontale. Perona ne détourna pas son regard entendu, s'assurant que l'homme ne l'empêche plus de faire ce qu'elle avait à faire. Et ces yeux farouches lui arrachèrent un rictus.
Il l'avait sans doute mal jugée ; ces temps-ci, rares étaient les personnes qui osaient le regarder ainsi, les yeux dans les yeux, sans ciller. Habitant avec le Grand Corsaire depuis plus d'un an, Perona devait avoir oublié le terrifiant personnage qu'il était censé être. Il prit alors ce regard effronté comme un manque de jugeote. Malgré son corps fétiche et son caractère enfantin, il se rendit compte que Perona était bien plus que ça. C'était une femme forte, hargneuse, qui faisait tout son possible pour obtenir ce qu'elle voulait, et qui s'en donnait les moyens. Qui savait mettre de côté ses caprices et se fixer de grands objectifs. Elle n'avait pas peur de s'élancer seule dans le tumulte des eaux de Grand Line, avec si peu de connaissances de navigation et si peu d'indices, dans le seul but de retrouver son capitaine et son équipage. Sa loyauté et sa détermination forçaient l'admiration, surtout quand on avait l'habitude de la voir sous le prisme d'une petite fille capricieuse et sans défense. Surtout quand on avait l'habitude d'attribuer ces qualités à Zoro.
Mais surtout, elle détenait un pouvoir effroyable. Un pouvoir capable de mettre à terre en un instant même les esprits les plus combatifs et les plus déterminés. Même les troupes les plus nombreuses et intrépides. Même les hommes les plus farouches et indomptables.
Passant du temps à Kuraigana, entourée de têtes fortes, elle s'était endurcie, comprenant qu'on ne lui ferait pas de cadeaux. L'esprit combatif de ses colocataires l'avait inspirée, et le Corsaire la voyait bien s'entraîner de son côté, à sa façon. Essayant de perfectionner le pouvoir de son fruit du démon. Dévorant des livres par dizaines à la bibliothèque. Se faufilant en douce à l'observatoire la nuit. Elle avait grandi et pris en maturité, inexorablement, et étrangement, cela ne lui était pas indifférent.
– Es-tu prête à assumer les conséquences de tes paroles, dans ce cas ? déclara le bretteur de renom, un sourire au coin des lèvres.
Surprise face à l'expression carnassière qu'arborait Mihawk, Perona se recula instinctivement.
– Hein ? Comment ça ? demanda-t-elle d'une voix bien moins assurée.
– Tu dis ne pas avoir peur de moi. Comment ça se fait ?
La princesse fantôme secoua la tête et leva les yeux au ciel, impatiente.
– Je le vois dans tes yeux, que tu ne me ferais pas de mal. Je ne suis pas aussi bête que vous vous efforcez de croire ! releva-t-elle en plissant les yeux . Malgré tes airs mystérieux, j'ai appris à te connaître un peu, depuis le temps !
– Vraiment ?
Ne détachant pas le regard de ses yeux d'or, Perona commençait à avoir mal à la nuque, tant leur différence de taille était considérable. Malgré cela, elle scrutait attentivement les traits du maître des lieux. Il était vrai qu'elle avait appris à déchiffrer ce qu'il s'efforçait à tant cacher aux autres. Mais durant leur discussion, elle vit la lueur dans son regard changer, et ne sut comment l'interpréter.
Mais leur contact visuel fut rompu à cause d'un grand bruit provenant de l'extérieur. Se précipitant au vitrage ouvert sur la grande forêt, ils virent plusieurs arbres tomber au cœur de la forêt et la poussière se lever. Mais ils n'eurent aucun mal à deviner l'identité du fauteur de trouble, n'ayant que très peu d'options. Et il leur en fallait peu pour entendre des éclats de voix s'élever, dispute qu'ils imaginaient dégénérer, sans grand mal.
– Ces abrutis… Qu'ils fassent ce qu'on leur a demandé, au lieu de se battre ! jura Perona en crispant ses doigts sur la fenêtre ouverte.
– On ne peut pas les en empêcher…, soupira Mihawk, dépité et s'approcha également, jugeant les dégâts. Cet endroit est déjà assez en ruine comme ça.
Perona hocha la tête et ferma les yeux, s'éloignant du spectacle, fatiguée par les énergumènes qui habitaient avec elle. L'épéiste arqua un sourcil avant de se retourner vers la jeune fille fantôme, concentrant son attention sur elle, et non pas sur les deux idiots qui se prenaient la tête dans les bois.
oOo
– Putain Roronoa, arrête de déverser ta colère sur la forêt ! Tu me fatigues !
– Ces arbres me gênent, je vois que dalle s'ils me barrent le chemin !
– Mais t'es con ou tu le fais exprès ?! Je t'ai dit de chercher au pied des sapins, c'est là qu'ils poussent, les champignons ! C'est quoi l'intérêt si tu m'abats toute la forêt, espèce de débile !
Zoro fit claquer sa langue et rangea Shuusui dans son fourreau, avant de reprendre son panier presque vide. Il jeta un rapide coup d'œil à celui de Kassandra, rempli à ras bord, et celle-ci souffla devant sa mauvaise humeur.
– Si tu arrêtais un peu de te perdre et de revenir sur nos pas, tu trouverais plus de trucs ! le réprimanda-t-elle, chassant la poussière de ses épaules.
– Je me perds pas, j'explore ! C'est bien ce que tu m'as demandé ! se défendit le bretteur, lui lançant un regard entendu, face auquel elle leva les yeux au ciel.
– Allez, on va dire ça, abandonna finalement la jeune femme. Juste… préviens-moi si tu vois encore…
– Là, il y en a ! J'ai bien fait de couper ces putains de troncs !
Coupée par le jeune sabreur, elle le vit se précipiter au pied d'un malheureux conifère qui connut sa lame. Kassandra s'approcha alors de Zoro, le regardant soigneusement cueillir les champignons, comme savourant sa victoire.
– Attends un peu…, prononça Kassandra, s'agenouillant près de lui.
– Quoi encore ? s'agaça le jeune pirate.
– Ils sont vénéneux, ces champignons-là…
– Non mais tu te fous de moi ?! explosa le sabreur, qui faillit balancer son panier dans un élan de rage. Déjà que j'en trouve pas, tu viens tout gâcher ! C'est qu'une perte de temps, cette cueillette ! Je rentabiliserais mieux mon temps en m'entraînant !
Le jeune bretteur fit demi-tour et partit dans une direction qu'ils avaient déjà explorée. Jurant, Kassandra s'élança à sa poursuite, ne souhaitant certainement pas perdre le pirate de vue pour la énième fois de la journée.
– Roronoa, merde, calme-toi ! s'écria-t-elle, essayant de le rattraper.
Mais le bretteur faisait la sourde oreille, enchaînant les brusques virages. Arrivés à l'orée de la forêt qui donnait sur la plage, la maîtresse des lieux parvint à le rattraper et se saisit de son poignet, l'obligeant à lui faire face. Zoro la qualifia d'un regard orageux mais elle ne se détourna pas, essayant de le calmer.
– Ça te ressemble pas d'être autant sur les nerfs, remarqua-t-elle en plissant des yeux. Qu'est-ce qu'il se passe ?
– Ouais bah ça arrive à tout le monde de se lever du pied gauche…, bougonna-t-il, s'arrachant de sa prise.
– T'as pas eu ta dose de siestes ou ta dose d'alcool ? tenta-t-elle l'humour.
L'épéiste leva les yeux au ciel, irrité.
– Très drôle.
Kassandra pinça ses lèvres, voyant que cela n'avait pas fonctionné. Le jeune bretteur s'approcha de l'océan, toisant l'horizon, d'un air presque triste. Et cet air n'échappa pas à la chirurgienne, qui le connaissait bien. Mais il n'y avait pas de quoi s'étonner ; devant eux, enfoncée dans la terre, se trouvait la marque de l'atterrissage de Zoro sur Kuraigana, il y a ce qui leur semblait être une éternité. Mais malgré les pluies du perpétuel climat automnal et le temps, l'enfoncement était toujours bien visible, bien que l'herbe l'avait recouverte. Comme si cette marque indélébile reflétait la culpabilité toujours présente du bretteur, qui ne souhaitait pas se pardonner les événements passés.
– Tu penses à ton équipage ?
La jeune femme vit l'épéiste se redresser et se tendre, et elle s'approcha de lui.
– Je pense à eux tous les jours, répondit Zoro d'une voix rauque. Qu'est-ce que ça change ?
– Tu les retrouveras bientôt. Voilà ce qui change.
Et c'était vrai. Dans moins de six mois arrivait l'échéance des deux années accordées par leur capitaine, Monkey D. Luffy. Mais ils se devaient de se préparer bien à l'avance pour ce départ, l'Archipel de Sabaody n'étant pas la porte d'à côté par rapport à Kuraigana, et vu le nombre de Marines qui grouillaient récemment dans le coin. Ce voyage du retour grillait facilement un mois de son précieux temps. Temps qui arrivait à son terme, ce qui pouvait sans doute expliquer les sauts d'humeur du bretteur.
Zoro ne détachait pas son regard vitré de la mer, comme cherchant les silhouettes de ses compagnons. Depuis quelque temps, il s'était rendu compte que leur retour à Sabaody était imminent. Ces mois étaient passés à une vitesse telle, qu'il ne les avait pas vu s'enchaîner. Et maintenant qu'il s'en rendait compte, cela lui donnait le tournis.
En réalité, il ne savait même pas ce qu'il ressentait. Il appréhendait de revoir ses amis, avec lesquels il fut si brusquement séparé. Ils avaient toute sa confiance, mais il ne pouvait s'empêcher de se demander s'ils allaient vraiment bien. Il était impatient de pouvoir les revoir de nouveau. Il avait peur de ne pas être à la hauteur à son retour. Tout le monde allait-il arriver sain et sauf pour leur rendez-vous ? Avait-il fait le nécessaire, en se tuant à son entraînement ? En avait-il fait assez, ou pas ? Sa marge de progrès leur permettrait-elle de survivre dans le Nouveau Monde, et de faire de Luffy le Roi des Pirates ?
Il sentit alors une main hésitante mais forte se poser silencieusement sur son épaule, comme pour le soutenir. Depuis le départ, Mihawk et Kassandra croyaient en lui. Ils lui permirent de rester à Kuraigana, et il leur était reconnaissant. Ils partagèrent avec lui leur savoir, ils lui donnèrent les clefs de la victoire. Il ne pouvait pas se permettre de les décevoir. Pas après tout ce qu'ils avaient sacrifié dans l'espoir de le voir un jour au sommet.
– Tu y arriveras, Zoro. Je crois en toi.
Celui-ci hocha la tête, d'accord et reconnaissant.
– Je suis surpris que tu m'aides autant, se confia le jeune sabreur, se tournant vers son amie. Tu n'as pas envie qu'Œil de Faucon garde son titre de meilleur sabreur ?
Face à cette remarque, Kassandra arqua un sourcil et laissa échapper un rire. Son interlocuteur la regarda, perplexe.
– C'est presque mignon de te voir t'inquiéter pour Mihawk. Même moi je ne m'en fais pas autant. Mais je crois que tu oublies un peu qui il est…, prononça-t-elle d'une voix basse avec un clin d'œil. Ne crois pas que ces deux années te suffisent pour espérer te mesurer à lui !
Le sabreur souffla à cette remarque, fronçant les sourcils. Le point de vue de la jeune femme était justifié. Il ne se voilait pas la face ; il se doutait bien qu'il lui fallait bien plus que ces deux années pour pouvoir espérer atteindre le niveau de Mihawk. Encore plus pour le dépasser. Mais les progrès qu'il avait fait en ce laps de temps parlaient pour eux ; il était bien loin de celui qu'il avait été quelques mois auparavant. Mais ce n'était toujours pas suffisant. Il lui fallait être encore plus fort.
– Ça fait du bien à Mihawk, de t'avoir ici, reprit énigmatiquement la jeune femme aux cheveux de jais. Il a changé, depuis que t'as débarqué.
– Comment ça ? la questionna-t-il, interloqué.
– Il est beaucoup plus ouvert qu'avant. Plus souriant, décontracté. Calme, apaisé, avoua la sœur du maître des lieux. Toi par contre, je ne t'ai vu que rarement sourire de bon cœur. Chaque jour qui passe, tu es de plus en plus morose.
– Y'a pas beaucoup de raisons de sourire, lui répondit-il, interdit, haussant les épaules.
Kassandra soupira devant cet aveu. Zoro ne partageait jamais son ressenti, n'évacuait jamais sa frustration et ses émotions négatives. Et elles avaient déjà eu raison de lui une fois, lorsqu'il était tombé sévèrement malade, quelques mois auparavant. Mais à ce moment, il refusa d'entendre raison sur la nature de son mal. Et il continuait à ignorer les conseils de la médecin, et les signaux que lui envoyaient son corps et son esprit. Il ne se pardonnait toujours pas ce qu'il s'était passé à l'Archipel de Sabaody, information que Kassandra connaissait malgré elle. Comme s'il était déterminé à se faire mal pour se racheter. À se punir pour alléger sa conscience. Comme s'il n'apprenait pas du passé et de ses erreurs, malgré tout ce qu'il clamait.
– Tu ne vois que le négatif, hein, souffla la jeune femme et secoua la tête. Pire que les fantômes de Perona, j'te jure…
– Me parle pas d'elle, s'te plait. Elle m'a fatiguée, ce matin…
Kassandra esquissa un rictus à ce souvenir, reportant son regard sur le panier de récolte presque vide de Zoro. La jeune fille fantôme leur avait attribué des tâches à faire pour préparer la journée d'Halloween, et ne voulut entendre aucune protestation. Car à chaque fois que quelqu'un ouvrait la bouche pour la contredire, elle envoyait une horde de fantômes négatifs, faisant taire cette personne et instaurant une dictature.
Ainsi, Zoro et elle avaient été attribués à la récolte de champignons pour leur repas du soir. Ce n'était pas tant une corvée pour Kassandra, qui connaissait la forêt des Humandrakes comme sa poche. Elle avait passé des années à faire la cueillette, et connaissait tous les bons endroits. Néanmoins, cette année-là, un handicap pesait lourd dans l'équation : Zoro. Et son sens de l'orientation ne l'aidait certainement pas. En plus de devoir se rappeler des endroits intéressants où ils auraient la possibilité de trouver ce qu'ils cherchaient, elle devait constamment garder un œil sur le jeune homme, hésitant à le trimballer par la main, pour éviter qu'il ne se perde. Évidemment, cela arriva plus d'une fois en l'espace de quelques heures, et ils avaient été bien moins efficaces qu'elle ne l'aurait voulu. Sans prendre en compte la mauvaise humeur du bretteur, qu'il n'hésitait pas à projeter sur la jeune femme tout au long de leur promenade.
– Tout ce que j'ai envie de faire ce soir, c'est de boire dans un coin pour oublier cette journée…, se confia le sabreur en marmonnant dans sa barbe.
– Rendez-vous sur le toit pour échapper à la folie de Perona ?
Cette proposition arracha un faible rictus à Zoro, et Kassandra le prit pour une petite victoire.
– Elle va te crever les yeux…
– Très probable, oui, acquiesça la jeune femme. Toi, il ne te reste qu'un œil, vaut mieux éviter que tu le perdes aussi.
Ils plongèrent dans le silence, observant calmement les eaux de l'immense océan. Tirant les conclusions qu'ils voulaient de ce temps révolu. Se préparant à se dire bientôt au revoir.
Kassandra prit Zoro par les épaules et le secoua gentiment, comme pour l'intimer à rebrousser chemin vers le château. Le jeune sabreur ne broncha pas, et ils se dirigèrent vers leur demeure, traversant les nombreuses ruines du Royaume de Seglock.
– Quel carnage…, releva-t-il en posant un regard froid sur les nombreux squelettes qui jonchaient le sol.
– Les deux premières années où on a vécu ici, ça a été horrible, se confia Kassandra, fronçant le nez, se souvenant de cette époque. Cette odeur putride, je m'en souviendrai toute ma vie. Je n'avais aucune envie de quitter le château. Ou si je partais, j'appréhendais mon retour.
– Ça se comprend.
– Tout ce sang qui a coulé, tous mes sens étaient en alerte pendant des mois, continua la jeune femme, voutant ses épaules. Comme si mon fruit du démon se retournait dans mes tripes. Toute cette puissance à ma portée et que je ne pouvais pas contrôler, ça me rendait malade de frustration. Et tous ces cadavres, ça me rendait malade tout court…
– N'empêche… Tu dis que le champ de bataille n'est pas fait pour toi, mais c'est là que ton pouvoir dévoile tout son potentiel, releva Zoro en rencontrant ses yeux verts.
– Je crois que c'est exactement pour cette raison que le champ de bataille ne me correspond pas…, nota Kassandra en arquant un sourcil. Parce que réduire des milliers de vies perdues à une soif de sang, littéralement à une soif de sang, c'est atroce. Je ne peux toujours pas comprendre si ce pouvoir que je n'ai jamais voulu est une bénédiction ou une malédiction…
– C'est la façon dont tu t'en sers qui le déterminera. Sois égoïste. Utilise-le pour toi, tu ne dois rien aux autres, conseilla simplement Zoro, comme si c'était une évidence.
La chirurgienne baissa les yeux, pesant les paroles du bretteur. Mihawk lui disait exactement la même chose, lorsqu'elle ramenait le sujet de son don sur le tapis. Plus de dix ans plus tard, elle remettait toujours en perspective la légitimité d'un tel pouvoir, qu'elle considérait bien plus comme un fardeau.
– Et puis, j'ai découvert une toute autre facette de mon fruit du démon…, poursuivit-elle en cherchant le regard de Zoro. Tu sais, avec ce que tu me donnes.
– Ah oui, le sang.
– Je sais que tu le fais surtout pour toi, pour repousser les limites de ton corps et t'habituer à ce manque de sang permanent dans ton organisme, pour mieux vivre les fins de combat… Mais tout ça m'a permis de me rendre compte d'à quel point je passais à côté de la véritable nature de mon fruit du démon.
– Tu consommes quotidiennement l'essence même de ton pouvoir, ça n'a rien d'étonnant.
– Je le sais bien. C'est la première fois de ma vie que je me sens si bien, en forme. Puissante. Grâce à toi.
Kassandra baissa les yeux, fixant la paume de sa main. Maintenant qu'elle en reparlait, elle sentait son fruit du démon se réveiller et picoter le bout de ses doigts, comme impatient d'être utilisé. Comme en demandant encore plus. Il la démangeait. Et ce sentiment inhabituel était aussi enivrant que terrifiant.
– Comme si j'accumulais toutes ces réserves, et qu'il n'en tenait qu'à moi de les utiliser, insista-t-elle en serrant son poing. Je ne donne plus de ma vie pour utiliser mon fruit, ton sang compense ce manque.
– Tu en parles avec une telle avidité, je suis curieux de la voir, cette force, fit la remarque l'épéiste, posant sa main sur la garde de ses sabres. Et tu hésites encore, à te demander si c'est une bonne chose ou pas ? Arrête de te prendre la tête, et prends les choses comme elles viennent.
– Tu as sans doute raison, approuva la jeune femme. Je réfléchis trop.
– En plus, tu es médecin, reprit Zoro avec un haussement des épaules. C'est un avantage, non ? Ça n'oriente pas ta réponse ?
– Ouais, je le suis devenue justement parce que j'avais ce pouvoir, souligna-t-elle avec une grimace. Puis, je me suis rendue compte que je pouvais sauver des vies autrement qu'avec mon fruit du démon : grâce à mes connaissances. Et c'est mille fois plus gratifiant comme ça. Mon fruit, je le considère comme de la triche, rit-elle amèrement. Je ne l'ai jamais entièrement accepté, je crois.
– Si tu le considères comme de la triche, c'est que tu sous-estimes grandement ceux qui n'en possèdent pas, la contra-t-il.
– Non, je ne te sous-estime pas, tête de mousse, l'en assura Kassandra avec un sourire narquois. Pas besoin de manger un fruit du démon pour être un monstre de puissance. Exemple le plus probant : Mihawk. J'ai aussi pu croiser Shanks le Roux à plusieurs reprises, et il inspire une force incommensurable par sa seule présence. Son Haki est d'un tout autre niveau.
– Le Haki, hein… Voilà une chose qui me semble être plus tangible.
– Exactement. Ne relâche jamais ton entraînement. Un Haki bien maîtrisé est une valeur bien plus sûre que le pouvoir d'un fruit… L'intimidation froide et passive est la meilleure de toutes les armes. Concentre-toi dessus.
– Qu'est-ce que tu crois que je fais depuis des mois ?!
La bretteuse laissa échapper un rictus face à la hargne de son homologue, avant de reprendre.
– Dans un combat, outre la force physique, c'est la force mentale qui compte. Inspire-leur la peur de la mort, et tu n'auras même pas besoin de les trancher. Ils seront déjà vaincus par ton aura, déclara la jeune femme, fière de son imitation des envolées lyriques de Mihawk. Et puis, on n'apprend pas le Haki juste pour avoir un atout supplémentaire dans sa manche. Enfin, si. Mais pas que.
– Comment ça ? s'intéressa le sabreur.
– L'apprentissage du Haki vient de pair avec d'autres habiletés, détailla-t-elle en faisant de grands gestes. Par exemple, on dit que les personnes sensibles qui ont un Haki de l'observation poussé ont beaucoup de compassion. Elles peuvent ressentir les émotions des autres.
Zoro la sonda pendant quelques instants et Kassandra lui donna une tape sur l'épaule, alors qu'ils traversaient la forêt. Sans avoir besoin de se consulter, ils comprirent que les champignons étaient passés au second plan. Tout ce qu'ils souhaitaient, c'était de rentrer au plus vite.
Mais malgré leur empressement, Kassandra prit tout de même le temps de sélectionner quelques champignons de moins bonne qualité de son panier pour les empaler sur les branches de certains arbres, ce qui suscita la curiosité du sabreur.
– C'est pourquoi faire, tes machins ? pointa-t-il du doigt un champignon sacrifié. On va en avoir moins à bouffer.
– C'est pour qu'ils sèchent et répandent leurs spores dans ce périmètre, expliqua Kassandra. Il y en aura encore plus l'année prochaine, comme ça ! C'est comme planter des graines, si tu veux.
Zoro haussa des épaules, se fichant éperdument de leur récolte. Il l'avait suivie seulement parce que les spectres négatifs de Perona l'avaient fatigués, ne pouvant les combattre.
– Et regarde, l'appela-t-elle à venir plus près.
Le pirate s'approcha et s'agenouilla aux côtés de la jeune femme, qui tenait un champignon entre ses mains.
– Si tu ne sais pas différencier les champignons vénéneux par leur forme ou couleur, je vais te montrer une autre technique, commença-t-elle, se saisissant d'une de ses dagues. Si tu fais une découpe sur le champignon et qu'il change de couleur, c'est pas bon signe.
La jeune femme sectionna le pied comme expliqué, et ils attendirent de longues secondes dans le silence, soudainement pris d'un grand intérêt pour leur récolte. Et le résultat n'attendit pas ; ils virent l'endroit de la coupure s'oxyder et arborer une couleur bleuâtre. Face à ce changement, Zoro écarquilla les yeux, comme s'il découvrait la lune, avant de se reprendre, arborant son éternel regard blasé.
– À quoi ça va me servir ?
– Vu comment t'adores te paumer dans les forêts, je m'assure à ce que tu crèves pas de faim comme un con au fin fond d'une île, répliqua la jeune femme en reprenant le chemin.
Ils arrivèrent rapidement au château et rejoignirent la cuisine, où ils retrouvèrent Perona et Mihawk, en pleins préparatifs. Un large couteau entre les mains, les yeux plissés et les lèvres pincées, la princesse fantôme était occupée à sculpter une citrouille. Mihawk, devant un large poêlon, récupérait les restes que la jeune fille découpait pour en faire un autre plat.
Zoro posa leur récolte sur l'îlot de la cuisine et Kassandra prépara une cuve pour passer leur cueillette sous l'eau. Mihawk se saisit de quelques champignons et les regarda sous toutes les coutures, avant de les balancer sur la planche à découper.
– Parfait, il ne nous manquait que ça, s'en contenta-t-il, déjà occupé à hacher leur récolte.
Ils furent tant absorbés par leur travail qu'ils ne virent ni Zoro s'en aller en douce pour piquer un somme, ni le temps passer. L'automne était déjà bien avancé et comme l'année passée, ils préparaient les réserves pour l'hiver. Même s'il s'agissait de l'automne permanent sur l'île, ils n'avaient aucune envie de passer toute l'année à préparer les récoltes en boucle. Depuis qu'ils habitaient ici, Mihawk et Kassandra se fiaient alors à un calendrier plus traditionnel pour leurs cultures. Leurs dernières récoltes étaient alors constituées de pommes, de citrouilles, de courgettes, de pommes de terre, et maintenant de champignons, tout ce qu'il leur fallait pour passer plusieurs mois tranquilles.
Après plusieurs heures à préparer des conserves, la soirée arriva rapidement. Elle ne fut pas beaucoup plus différente de l'habitude, si ce n'était la jovialité de Perona, qui leur avait sauté dessus dès qu'ils rejoignirent la grande salle.
– Un bonbon ou un sort ! s'exclama la jeune fille, brandissant sous leur nez un seau propre, qui leur servait d'habitude dans les champs.
Fronçant le nez, Zoro repoussa l'objet, avant de prendre place dans son habituel fauteuil. Agacée par son attitude, Perona se tourna à tour de rôle vers Kassandra et Mihawk, les yeux remplis d'espoir, mais aucun n'avait quoi que ce soit à donner.
– Perona, on a passé des heures dans la cuisine, si tu voulais prendre un truc…
– Mais c'est pas ça, l'esprit de la fête ! s'écria-t-elle en croisant les bras, déçue qu'ils ne jouaient pas le jeu.
– Et t'as l'air ridicule avec cette cape, continua Kassandra, pointant du doigt l'habit beaucoup trop grand pour la princesse fantôme. Eh mais… C'est pas celle de Mihawk ?!
Perona avait apparemment fini par trouver un déguisement à son goût et la jeune femme aux cheveux de jais plissa les yeux face à cette constatation. Cela lui semblait peu probable que Mihawk lui aurait prêté son manteau qui le caractérisait tout particulièrement de son plein gré, mais son frère ne semblait pas y prêter la moindre attention. Elle vit alors la fille fantôme détourner les yeux, ce qui lui parut encore plus suspect. Elle n'avait jamais été une bonne menteuse. Kassandra lança un coup d'œil entendu à Zoro, qui haussa des épaules. Cela ne la concernait pas après tout, et ce n'était pas si important.
La jeune fille fantôme reprit vite contenance, puisqu'elle anima leur repas, comme à son habitude, seule. Cette fois-ci, elle racontait passionnément des histoires d'horreur sélectionnées par ses soins, mélangeant les vraies aux fausses, et essayant de faire deviner les autres. Mais elle épuisa rapidement ses réserves d'histoires, et voulut entendre celles des autres.
– Allez, je suis sûre que vous en connaissez aussi, des trucs qui font peur ! insista-t-elle, passant derrière le siège de chacun des habitants du manoir, comme pour les faire craquer.
En même temps, Zoro et Mihawk se tournèrent vers elle, la qualifiant d'un regard froid, qui fit frissonner la jeune fille. Et constatant cela, elle sourit de toutes ses dents.
– Bah voilà, vous voyez que vous savez vous y faire !
Kassandra soupira, fatiguée par sa colocataire. Il était difficile d'obtenir ne serait-ce qu'une minute de silence et de calme en sa compagnie, surtout quand elle était lancée sur un tel sujet.
– Pourquoi inventer des contes quand il y a eu tant d'horreurs qui se sont passées dans l'Histoire ? prononça Mihawk en tournant la page de son livre avec lassitude.
– Comment ça ? s'étonna Perona, toute ouïe.
– Donne-lui un thème, et je suis sûre qu'il arrivera à te trouver une vraie histoire, confirma Kassandra, déjà plus intéressée par la tournure de la discussion.
Les paroles de la bretteuse prolifèrent Perona dans une longue réflexion, voulait à tout prix poser une colle au maître des lieux. Face à tant de sérieux, la chirurgienne sourit, ayant confiance aux connaissances de son frère, qui était un véritable ouvrage d'histoire à lui tout seul.
– Hmm… Un truc sur les vampires ! déclara fièrement la jeune fille. Bon courage, vu qu'ils n'ont jamais existé !
– Déjà, pour ta culture, si, les vampires ont bien existé, la contra Mihawk.
– Mais non ?!
Comme pour avoir confirmation, Perona se tourna vers Kassandra, qui hocha légèrement la tête, confirmant les propos de son frère.
– Elle est glauque, cette histoire, siffla la médecin avec un rire jaune. Mais t'es sûr de vouloir lui raconter ce mythe ?
– Pourquoi pas ? trancha-t-il. Les vampires ont bel et bien existé, il y a des siècles. Comme dans les mythes et les légendes, ils étaient réellement immortels. Mais après un certain événement qui s'est passé il y a huit cent ans, l'autorité de l'époque a souhaité les traquer, pour qu'il ne reste aucun témoin de cet événement. Pour en effacer toute trace.
– Vu qu'ils étaient immortels, ils pouvaient répéter ce secret aux générations futures qui elles, ne l'étaient pas, continua Kassandra d'une voix basse. Surtout, Pero… Et ça vaut aussi pour toi, Roronoa. Essayez de ne pas trop en parler, de cette histoire. Si elle n'est pas si connue que ça, c'est pour une raison…
– D'accord, je comprends, consentit Perona, au soulagement de sa comparse. Mais il y a certainement eu des survivants, non ?
– C'est très probable, mais peut-on vraiment en être sûrs, huit cent ans plus tard ? Ils auraient pu s'éteindre d'une autre manière.
La soirée se termina bien plus tranquillement, la véritable histoire des vampires ayant fait mouche auprès de Perona, qui alla se coucher la tête remplie d'interrogations.
Les semaines suivantes, ils remarquèrent que la jeune fille passait plus de temps dans la bibliothèque, épluchant de nombreux ouvrages d'histoire. Pour autant, elle avait bien compris qu'il s'agissait d'un sujet délicat, et ne l'avait plus abordé avec les autres.
Au fil des jours et des semaines, le quotidien, certainement pas monotone, du quatuor se poursuivait, alors que l'échéance des deux années de Zoro se rapprochait. Personne n'en parlait, mais personne n'y était indifférent non plus ; une certaine tension s'installa alors au manoir, causée par l'accablement de son départ prochain. Ils savouraient beaucoup plus leurs repas et leurs conversations. Ils se rappelaient de ce qu'ils devaient absolument dire et apprendre au sabreur avant qu'il ne s'en aille. Ils ressassaient leurs nombreux souvenirs en sa compagnie. Ils avaient fêté son anniversaire en toute discrétion, lui offrant ce dont il aurait le plus besoin dans le Nouveau Monde, à leur avis.
Cette ambiance morose atteignit son paroxysme lors de la soirée du Nouvel An, de par le symbolisme qui se dégageait de ce jour. Les jours étaient désormais comptés, et même Mihawk se sentit atteint par l'atmosphère solennelle.
– Ce serait trop cliché de porter un toast ?
Et même Kassandra faisait inutilement dans le sentimentalisme. Tout le monde s'était attaché à cet invité indésirable, qui avait gravi bien des échelons dans leur estime. Et même si l'heure de la séparation n'était pas encore tout à fait arrivée, ils le ressentaient au fond de leurs tripes.
– Au changement. Aux bons changements. Parce qu'il y en a eu cette année et pas que des bons… Mais pas que des mauvais non plus, poursuivit la maîtresse des lieux, levant un verre. Que l'année prochaine puisse être remplie de choses positives et nous porte chance. Que Zoro puisse rejoindre son équipage, sain et sauf, comme ils se l'étaient promis. Que chacun puisse trouver sa voie.
Ils acquiescèrent ces paroles et trinquèrent à l'unisson, chacun faisant son bilan de l'année, seul, sur le fond d'une nuit de lune rouge.
Sachant qu'on est à Kuraigana, avec Mihawk et Perona, je ne pouvais pas passer à côté d'une fête telle que Halloween ! En plus, c'est la spooky season x) Vive les troutrouilles !
L'astuce d'accrocher des champis sur des branches pour qu'il y en ait + l'année d'après, ça vient de ma maman ! La cueillette de champignons, c'est toute ma vie en automne avec ma mère, mes connaissances m'ont enfin servi ! :D (prochaine étape : l'apprendre à Chopper LOL)
Bon, vous avez compris que le rythme de publication c'est yolo x) J'avoue que jusqu'à la fin de la fic, ce sera un peu dans ces eaux là. Mais surtout, j'écris avec encore plus minutieusement qu'avant. Les derniers chapitres sont des chapitres clefs, j'ai vraiment pas envie de les bâcler. Et ça prend du temps, mine de rien !
Prenez bien soin de vous, et laissez-moi votre ressenti si le cœur vous en dit ! À la prochaine !
