Bonsoir les loirs !
Merci Guest pour ta review ! Comme tu le dis, chaque petit détail compte, rien n'est laissé au hasard, je place des chtits foreshadowing en soumsoum ;) Les interludes du journal quotidien, c'est surtout pour relayer les infos qu'on a sur ce qu'il s'est passé pendant l'ellipse (et tout est canon). Les nouvelles primes, les combats...
Je ne pensais pas qu'Eustass aurait l'air si important... Et on le verra effectivement dans le sequel ! Mais le rôle qu'il va y jouer, motus bouche cousue. Kass et Killer par contre, je les vois parfaitement parler de tout et de rien autour d'un verre, oui !
Kass à Wano donc... Avant de suivre de nouveau quelqu'un, je pense qu'il faut qu'elle avance d'elle-même. Mais elle va bien se greffer quelque part par la suite, tout comme Mihawk et Perona, pour qui je prévois de grandes choses...
Malgré mes partiels, je n'ai pas chômé ! Beaucoup de bonnes nouvelles à annoncer :
- Ce chapitre, et j'aurai enfin du temps pour avancer dans l'écriture, donc plus de retard à priori !
- La réécriture du chapitre 22, le résultat duquel j'aimais moyennement. Dans l'essence, rien n'a changé. J'ai juste retravaillé le lemon, dont je suis mille fois plus satisfaite. Si vous l'avez lu avant le 1er novembre, vous pouvez le redécouvrir, si le cœur vous en dit ! Je n'en suis pas peu fière !
- Nouvelle couverture pour la fic, dessinée par mes soins ! J'y ai passé des heures et j'adore le rendu ! Le temps du Mihawk danseur de flamenco est révolu ! Maintenant, place à la photo de famille x)
Tout ça couronné par les nombreuses idées pour le sequel de la fic ! Ça me motive.
Bonne lecture !
– Bon…
Kassandra releva les yeux vers le jeune homme assis en face d'elle, et qui venait de lâcher un lourd soupir. Zoro posa les cartes de jeu qu'il tenait face contre la table et avec un air grave, reprit la parole.
– Je me couche, continua-t-il d'une voix basse et prit une position plus confortable sur son siège. Dans les deux sens du terme…
La maîtresse des lieux baissa les yeux vers son brelan et esquissa une grimace. Reportant son regard sur les cartes de son adversaire, elle fit claquer sa langue, agacée. Quelque chose n'allait pas.
Depuis qu'ils avaient entamé une partie de poker cet après-midi, le perdant devant boire un verre de saké, Zoro perdit toute la hargne qu'il avait dégagée lors de son entraînement avec Mihawk. Celui-ci lui apprenait sa technique pour trancher de très volumineux objets, comme des galions, et la chasse aux navires vagabonds dans les parages de Kuraigana semblait avoir eu raison du sabreur, qui portait déjà sa main fatiguée vers la bouteille d'alcool, prêt à recevoir son gage. Sauf s'il y avait autre chose. Et Kassandra plissa ses yeux.
D'un mouvement brusque, elle se saisit des cartes de l'épéiste laissées sans surveillance, et celui-ci n'eut le temps de la contrer.
– Eh ! C'est contre les règles ça ! protesta Zoro, alors que ses cartes venaient de lui être arrachées.
– Mais t'es pas croyable ! Espèce d'alcoolo, va !
Kassandra balança sa pioche et la combinaison de l'homme sur la table et se releva, non sans confisquer la bouteille de saké, devançant le sabreur, qui la fusilla du regard.
– Tu te couches pour la quatrième fois d'affilée alors que t'as un carré ?! vociféra Kassandra avec de grands gestes. J'ai qu'un brelan, moi ! Tu te fiches de qui, face de pelouse ?!
– Bah et alors ! Rends-moi la bouteille ! répondit le pirate avec un air maussade.
– Et alors que tu fais exprès de perdre pour t'enfiler des shots en douce, me prends pas pour un chou !
– N'importe quoi. Je vois pas de quoi tu parles, continua-t-il de nier en bloc, les bras croisés.
Ils s'affrontèrent du regard pour cette énième futile raison, avant que Zoro ne lève les yeux au ciel. Il se vouta davantage dans son fauteuil, prêt à piquer un somme, abandonnant définitivement la partie. Devant l'air interdit de son partenaire de jeu, Kassandra soupira de résolution et posa la bouteille avec force devant le sabreur, qui se dépêcha de s'en saisir. Elle entreprit alors à empiler les jetons de poker éparpillés sur la table et à battre le paquet de cartes, avant de les ranger dans un tiroir.
– Qu'est-ce que vous êtes bruyants…, commenta Perona dans un soupir.
Le duo se retourna vers elle, perplexe.
– Voyez-vous qui parle, souligna Kassandra, de mauvaise humeur.
La jeune fille haussa les épaules et but une gorgée de son thé, s'avançant vers la baie vitrée. Le soleil de l'après-midi réchauffait agréablement ses joues et elle inspira l'air automnal à pleins poumons, sentant une brise fraîche balayer ses mèches roses.
À travers la fenêtre à carreaux se dressait un paysage qu'elle connaissait désormais par cœur, mais dont elle ne se lassait jamais. Le lac de Kuraigana, entouré d'anciens vestiges d'un pays disparu, sur le fond d'une sombre forêt, où des singes guerriers habitaient, et dont elle ne cesserait jamais d'avoir peur. Cet endroit lui correspondait. En presque deux ans, elle y trouva un foyer où elle n'espérait pas s'y sentir chez elle. Mais malgré toutes les bonnes choses que cette expérience lui apporta, son cœur se faisait un peu plus lourd chaque jour qui passait, confus quant à son avenir. Ne lui laissant pas oublier son équipage et son capitaine ; son vrai chez elle, qu'elle espérait un jour retrouver.
Mais la patience et le temps allaient de pair, et tout ce qu'elle pouvait faire à cet instant était d'attendre plus d'informations au sujet des membres de son équipage. Gecko Moria avait été déclaré mort durant la Guerre au Sommet, mais Mihawk ne crut pas ce communiqué, et ce depuis le premier jour. Avec le temps, la jeune fille apprit à faire confiance à l'instinct du Corsaire. Pirate qu'elle observait à travers la fenêtre, et qui était nonchalamment assis sur la rambarde de pierre entourant le lac de Kuraigana, aux côtés de son épée de toujours, plongé dans ses pensées. Mais il en fut tiré par l'arrivée d'un Martin Facteur, lui délivrant un parchemin fermement enroulé et cacheté. L'expression d'agacement qui traversa son visage n'échappa pas à la fille fantôme, qui s'avança machinalement vers la porte ouverte. Mais elle fut distraite par la deuxième mouette qui vola en sa direction, et elle lui fit un signe de la main distrait.
Après avoir fouillé les pans de sa robe pour trouver des pièces, elle se saisit du journal et paya l'oiseau, qui s'envola aussi rapidement. Perona déplia le quotidien et s'avança à l'intérieur, prenant place à table, où Kassandra et Zoro s'étaient enfin calmés et discutaient sereinement.
– Des nouvelles, Pero ? s'enquit Kassandra en se tournant vers elle.
Sa colocataire esquissa une moue en réponse, parcourant rapidement des yeux l'article à la Une du journal, parlant des inquiétudes de la Marine et du Gouvernement mondial.
– J'sais pas trop, répondit-elle d'un ton las. Ils racontent que la Marine craint une nouvelle vague de rookies à l'Archipel de Sabaody, de puissants pirates s'y sont déjà retrouvés et y ont déjà fichu la pagaille…
Kassandra arqua un sourcil, reportant son regard sur Zoro, qui les écoutait sans doute, les yeux fermés. L'année précédente, de jeunes pirates, tels que Bartolomeo et Cavendish, s'étaient démarqués en arrivant à l'Archipel, et dont la jeune femme se souvenait des noms. Et deux ans auparavant, c'était Zoro qui avait fait partie des Supernovæ. Depuis, les pirates de la Pire Génération s'étaient effectivement construit une renommée plus grande encore dans le Nouveau Monde. Leurs primes étaient sans cesse revues à la hausse. Certains s'étaient rangés sous la coupe des Empereurs, comme X Drake. D'autres, au contraire, n'arrêtaient pas de les provoquer, comme Eustass Kid, dont le nom suscitait autant l'admiration que la peur à travers les mers, pour avoir fait face à Shanks le Roux et à Charlotte Linlin en l'espace de deux ans, bien que ses tentatives ne s'étaient pas très bien conclues pour lui. D'autres encore avaient gravi des échelons, comme Trafalgar Law, qui faisait désormais partie des Sept Grands Corsaires. En pensant à lui, Kassandra ne put s'empêcher d'esquisser un rictus, avant de secouer sa tête, chassant ses souvenirs. Cette année-là non plus, l'Archipel ne serait pas épargné par la vague de pirates fraîchement arrivés, et il semblait que des profils susceptibles de diriger ce nouveau déferlement faisaient surface.
– Ils donnent des noms ? s'intéressa Kassandra en penchant la tête.
Après tout, connaître au moins les noms des hors-la-loi qu'ils risquaient de croiser à Sabaody lors de la réunion de Zoro avec son équipage dans quelques semaines était sans doute bénéfique. Perona et Kassandra avaient prévu d'accompagner le sabreur jusqu'à sa destination, ne pouvant décemment pas faire confiance à ses compétences de navigation nulles, et encore moins à son sens de l'orientation lamentable.
– Oui, regarde, il y a plein d'avis de recherche ! s'exclama la jeune fille en se saisissant de l'épaisse pile de papier.
La maîtresse des lieux pensa à l'immense budget alloué pour toutes ces impressions et redouta pendant un instant une nouvelle hausse du prix du quotidien. Perona les tendit à sa comparse, qui étudia les noms, les photos et les primes avec parcimonie, tentant de se faire une idée globale des nouveaux arrivants dans les hautes sphères de la piraterie.
– Ah, les primes d'Apoo et de Hawkins ont été revues à la hausse…, marmonna-t-elle en mettant de côté les avis des deux Supernovæ. Caribou, 210 millions. Coribou, 190 millions. Je crois avoir croisé ces noms une fois ou deux… Les deux plus hautes primes parmi ceux qui se rapprochent de Sabaody.
La princesse fantôme flotta jusqu'à sa colocataire et regarda par-dessus son épaule, écoutant ses remarques.
– Lip Doughty, 88 millions. Albion, 92 millions…, continuait-elle d'énumérer les noms et les primes. Réédition des primes d'Eustass Kid, de Killer et de X Drake… Ils ont mis le paquet ! C'est une édition collector des avis de recherche, cet exemplaire du journal ou quoi ?!
– Il ne manquerait plus que de voir celui de la tronche de chou, soupira Perona, voyant que sa remarque n'était pas passée inaperçue auprès de Zoro.
– Reprends ça très vite…, souffla Kassandra en lui montrant un avis de recherche, n'en croyant pas ses yeux.
Perona porta sa main à sa bouche, ses orbites grandes ouvertes, avant qu'elles ne se tournent à l'unisson vers le jeune sabreur. Celui-ci dût sentir la lourdeur du regard qu'elles lui portaient, puisqu'il ouvrit son unique œil, les interrogeant froidement. En réponse, Kassandra lui monta un imprimé, qui eut pour effet d'instantanément faire bondir Zoro.
– Luffy ?! s'étrangla-t-il en gravissant l'espace qui le séparait des deux femmes et arrachant le papier jauni de ses mains. Pourquoi il y a son avis de recherche, là ?!
– Pas que le sien…, prononça doucement Perona, lui montrant les autres affiches, recensant toutes les primes de l'équipage du Chapeau de Paille.
– Ça fait un moment que vous avez disparu de la circulation, et personne n'a eu vent de votre position, ni de vos activités… C'est plus que louche, commença Kassandra, l'air pensive. Vous êtes sur la liste noire du Gouvernement, il a dû ordonner de rééditer vos primes pour relancer les recherches et la vigilance de la population. Une petite piqûre de rappel pour le monde entier, supposa-t-elle avec un rictus. Comme si on pouvait oublier l'équipage du Chapeau de Paille !
Troublé, Zoro se laissa tomber sur le fauteuil le plus proche, ne quittant pas des yeux la joyeuse photo de son capitaine. La chirurgienne redonna le journal à Perona, qui poursuivit sa lecture, et se concentra sur les avis des autres membres de l'équipage du sabreur de son côté. Elle connaissait chacun de ces visages et de ces noms. Observant les diverses photos, elle essayait de s'imaginer à quoi devaient-ils ressembler en vrai. En globalité, on aurait dit un groupe dysfonctionnel et complètement déjanté. Or, sachant qu'ils faisaient partie d'une génération montante et nouvelle de pirates et prenant en compte tous les exploits, cette impression devait sans doute être faussée.
Mais parmi toutes ces affiches, un visage en particulier retint son attention, et la jeune femme aux cheveux de jais se mordit la lèvre en l'observant. Nico Robin. La femme qu'elle espérait tant rencontrer. Celle qui détenait une clef si importante pour elle. Celle qui pouvait l'aider à comprendre, ou à justifier, ses souffrances et sa discrétion de cette dernière décennie.
Son regard vague dériva sur ses avant-bras couverts d'encre. Des ponéglyphes. Un mot si barbare en sonorité, et qui pour elle, était tout aussi barbare dans sa signification. Elle risquait si gros en portant de telles marques à même la peau malgré elle, si le Gouvernement venait à avoir vent de cette information. Et elle ne savait même pas ce que ces inscriptions signifiaient. Chose que seule Nico Robin pouvait l'aider à comprendre.
La jeune femme s'était attachée à Zoro et souhaitait le raccompagner en bonne et due forme jusqu'à son point de rendez-vous pour avoir l'esprit tranquille et bien conclure ces deux années passées à ses côtés. Le remettre sain et sauf entre les mains de son équipage. Mais une autre raison justifiait son envie de l'accompagner jusqu'à l'Archipel de Sabaody, et c'était l'espoir de pouvoir croiser l'Enfant Démoniaque d'Ohara. Espoir qui semblait se concrétiser avec le temps, et à cette seule pensée, de se sentir toucher à son but, était aussi enivrante que terrifiante. Après plus de dix ans de flou et de questionnements, était-elle prête à connaître la vérité ? Mais en même temps, ne plaçait-elle pas dangereusement tous ses espoirs dans cette unique occasion, ne se préparant pas assez à l'éventualité où elle en ressortirait tout aussi ignorante qu'en ce moment si les choses devaient mal tourner ?
– Oh, Soul King prépare un concert à l'Archipel de Sabaody quand on ira là-bas ! s'exclama brusquement Perona, montrant une annonce à Kassandra, l'arrachant de ses pensées et lui collant le journal au visage. On pourra y aller, s'te plaiiit ?!
Déboussolée, l'épéiste cligna des yeux, essayant de faire le focus sur l'article que la fille fantôme lui pointait du doigt, avant de mollement accepter, ne comprenant pas tout à fait de quoi parlait-elle. Mais sa réponse sembla satisfaire la princesse, puisqu'elle s'affala dans son fauteuil avec complaisance, lisant attentivement la dernière page du journal et commençant à remplir les mots croisés.
Mais bien vite, l'exercice sembla ennuyer la jeune fille plus qu'autre chose, et elle continua à lire le papier à voix haute, se servant une tasse de thé.
– Alors, l'horoscope du jour ! s'exclama-t-elle joyeusement, alors que Zoro levait les yeux au ciel. « Bélier : une inspiration nouvelle allumera votre lanterne et vous permettra d'avancer dans vos projets », oooh, c'est intéressant ! J'aurais aimé être Bélier aujourd'hui, il faut que je finisse mon dessin !
– Mais on s'en fout, aucun de nous n'est Bélier ! se réveilla Kassandra, agacée par le ramassis de bêtises que Perona avait l'air de prendre au sérieux.
– Ah oui, c'est vrai ! constata la fille fantôme, et commença à chercher son signe astrologique. Ah, Gémeaux ! « Votre esprit s'est éloigné de votre cœur… Concentrez-vous pour vous reconnecter à vous-même, écoutez-vous et poursuivez cette chose que vous recherchez tant. Jetez-vous à l'eau ».
La jeune fille fantôme fronça les sourcils face à ce qu'elle venait de lire, perplexe, et sans doute sceptique. Mais cette déclaration eut l'air de la faire travailler, et Kassandra remercia le ciel pour l'avoir fait taire, espérant qu'elle garde le silence pour réfléchir au sens de cette prédiction, aussi profonde qu'une flaque d'eau. Mais le repos fut de courte durée et Perona passa rapidement à autre chose, lisant cette fois-ci la prédiction des Scorpions.
– « La réussite et le droit chemin se trouvent être à portée de main. Mais il vous faut plus d'ouverture d'esprit pour réussir à saisir et à comprendre ce qui vous reste invisible, ou plutôt ce que vous choisissez de ne pas voir ». Eh, t'entends ça, face de mousse ! Il faut que tu sois ouvert d'esprit !
– Qu'est-ce que je m'en moque, bougonna le sabreur en retour, s'installant plus confortablement dans son fauteuil.
– T'es quoi toi, Kass ? lui demanda sa colocataire, secouant son journal.
– J'en sais rien moi, je m'en fous de ces trucs, cracha-t-elle, mais face au regard insistant de Perona, elle soupira. Je suis née le vingt-deux novembre, ça te va ?
– Scorpion… Sagittaire ? Rah, je sais pas, moi ! s'exclama la princesse de Thriller Bark, reprenant sa lecture.
– Et ça se dit Madame Irma…
– « Sagittaire : veillez à garder le bon équilibre entre ce que vous voulez, ce dont vous avez besoin, et ce que vous vous cachez. Ouvrez-vous le cœur… Au sens figuré du terme, évidemment ».
– Mais c'est qui qui écrit des débilités pareilles ?! s'exclama Kassandra ne pouvant retenir son rire. « Ouvrez-vous le cœur » qu'ils disent ! Lis-moi donc celle de Mihawk, que je rigole un peu !
– « Poissons : l'imperturbabilité et la tranquillité vous sont promises ; vous avancez dans votre vie comme un poisson dans l'eau… Pour l'instant. N'oubliez pas le mystère que reste l'avenir ».
– Mais c'est une pseudo-scientifique la Madame Irma, ou la comique du bar du coin ? L'astrologie, quelle daube ce truc…, continua la chirurgienne sur sa lancée, calmant son hystérie.
– Quoi ?! Mais c'est ce que tu m'enseignes depuis des mois ! protesta la jeune fille fantôme, n'en croyant pas ses oreilles.
– C'est l'astronomie que je t'enseigne, ça n'a rien à voir ! se vexa l'épéiste en se relevant.
– Mais il y a des constellations avec les noms des signes du zodiaque !
– Et alors, c'est pas important, ça !
– Vous pouvez aller vous engueuler ailleurs, y'en a qui essayent de dormir ! intervint Zoro en élevant la voix.
– Et toi le loir, l'ouvre pas !
Perona, excédée par la mauvaise humeur générale, mais aussi habituelle que passagère, tourna les talons et disparut dans le couloir en claquant la porte. Kassandra secoua la tête, avant de reporter son regard orageux sur celui du bretteur, qui le lui rendait si bien. Après un soupir, elle abandonna la lutte et sortit dehors, respirant l'air frais de l'extérieur. Son irritation retomba aussi rapidement qu'elle s'était manifestée et la maîtresse des lieux s'avança vers Mihawk, appuyé contre la rambarde entourant le lac et qui fixait froidement l'orée de la forêt.
– Tout va bien ? s'enquit sa sœur, remarquant la posture inhabituellement tendue de l'homme.
– Oui, répondit-il aussi brièvement que sèchement, avant de s'éclaircir la gorge. Le Gouvernement m'a envoyé une mission.
Kassandra vit alors le document que le Corsaire froissait dans ses mains et fronça les sourcils. Ces rappels du Gouvernement quant à la place soumise qu'il occupait ne faisaient jamais de bien, même s'il avait la possibilité de décliner, ou d'ignorer ces appels. Ce qu'il faisait la plupart du temps.
– Et alors ? C'est pas comme si ça t'inquiétait d'habitude.
– Je pense que je l'accepterai.
– Quoi ? Mais tu vas bien Mihawk, t'es malade ? s'étonna Kassandra, portant sa main sur son front, vérifiant sa température. Déjà que tu t'es rendu à la réunion des Corsaires il y a un an et demi, tu veux remettre ça ?
D'un revers de la main, Œil de Faucon balaya les doigts qui prenaient déjà son pouls, agacé par l'inquiétude de sa sœur, qu'il trouvait malvenue.
– J'ai déjà pris ma décision, l'en informa-t-il, portant sa main vers Kokuto Yoru.
– Bon, si tu le dis, souffla Kassandra en retour, se hissant sur la rambarde. Elle consiste en quoi, cette mission ?
– Le Gouvernement craint une nouvelle vague d'arrivée de pirates à Sabaody, et il veut rassurer les Dragons Célestes. Après tout, l'Archipel se trouve à une centaine de kilomètres seulement du Red Port… Ils veulent que je calme les hostilités.
– Ah, mais c'est ce dont…! s'exclama Kassandra, pointant du doigt la porte ouverte sur la grande salle.
– Vous avez parlé, oui, confirma Mihawk en complétant sa phrase. Difficile de ne pas vous entendre.
– C'est vrai que c'est logique qu'ils se tournent vers toi pour une telle mission, approuva-t-elle, se grattant le menton. Ta seule présence dissuadera les pirates -et les Marines- de faire des vagues.
– Et puis, il y a quelqu'un que je dois voir, là-bas. Je ferai d'une pierre deux coups, avoua le Corsaire, se relevant.
– Ah bon, qui ça ? s'étonna sa sœur.
– Personne qui doit t'inquiéter, la rassura-t-il en lui ébouriffant les cheveux dans un geste affectif. Je reviendrai avant que Roronoa ne s'en aille, ne t'en fais pas.
Kassandra se renfrogna, se demandant qui était cette personne que Mihawk souhaitait tant voir. Elle doutait du fait qu'il s'agissait de Shanks, l'Empereur ne devant pas avoir beaucoup d'intérêt à aller dans un endroit si populaire et touristique que Sabaody, si ce n'était pour effrayer la population et se mettre toute la Marine de la base du G-1 à dos. Mais après tout, Mihawk avait bien sillonné les mers pendant des années, même avant qu'elle ne le rencontre ; il devait avoir des connaissances éparpillées partout dans le monde. Et elle ne souhaitait pas remuer son passé, n'en sentant pas l'utilité. Comme elle n'aimait pas quand on remuait le sien.
La jeune femme se clarifia la gorge et suivit le regard du Corsaire, perdu dans la contemplation de sa demeure. Mais sa voix la tira de ses pensées.
– La Rêverie est pour cette année…, marmonna le bretteur de renom, le regard sombre.
Kassandra remarqua bien que Mihawk était différent ces derniers temps. Il était plus tendu, plus à l'affût du moindre changement. Et le sujet qu'il abordait sous forme d'une banale remarque était loin d'être anodin. Alors, pour détendre l'atmosphère, l'épéiste arbora un rictus d'amusement en passant une main dans ses cheveux.
– Tu sais, on devrait te couronner et te proclamer Roi de Kuraigana, comme ça t'assistes à la Rêverie. Et moi, je serais la Reine ! rêva la jeune femme, mimant une couronne au-dessus de sa tête. Doflamingo est bien Roi de Dressrosa, pourquoi pas toi…
Son frère la regarda, surpris, avant de reprendre contenance en allant dans son sens.
– Et quel intérêt ? Qui seront mes sujets ? prononça-t-il d'une voix lasse.
– Les singes, évidemment.
– La fille fantôme aussi, remarqua Mihawk.
– Les singes, oui, c'est ce que je dis, confirma la jeune femme aux cheveux de jais. On a une population, une armée, un médecin, des champs. C'est tout ce qu'il faut pour un bon pays, non ?
– Eh ! s'éleva une voix dans l'air
Déconcertés, ils levèrent les yeux vers une fenêtre du premier étage, d'où la voix provenait, et ils virent une touffe de cheveux roses, avant qu'ils ne se rendent compte de la présence de plusieurs fantômes autour d'eux. Leur omniprésence était devenue si habituelle que les maîtres des lieux oubliaient la plupart du temps qu'ils étaient liés à Perona. Et cette dernière était apparemment furieuse, ayant sans doute entendu les propos de Kassandra à son égard, grâce à ses petits espions.
– Je vous entends, hein ! Espèces de rustres !
oOo
La petite barque en forme de cercueil accosta au Grove soixante-six, la zone de l'Archipel des Sabaody où une base de la Marine était établie. Le Grand Corsaire Dracule Mihawk se releva de son siège, rangeant l'Eternal Pose qui lui servit pour atteindre son objectif. Le voyage pour atteindre cet Archipel était toujours plus compliqué et dangereux que n'importe quelle autre destination ; Sabaody étant constitué d'une forêt de mangroves au milieu de l'océan, aucun champ magnétique n'existait pour permettre d'enregistrer cet endroit avec un Eternal Pose, ou d'y arriver en suivant un Log.
Alors, après avoir reçu l'approbation de son ordre de mission, le Gouvernement lui avait rapidement fait parvenir un Eternal Pose pour l'île des Hommes-Poisson, l'Archipel se trouvant au parfait croisement de sa trajectoire. Et cet artéfact était bien plus précieux pour eux que ce que le Gouvernement aurait pu croire. C'était bien grâce à lui que Perona et Kassandra allaient pouvoir rejoindre Sabaody pour raccompagner Zoro, voyage prévu pour dans quelques semaines, et avant lequel il aurait le temps de finir ce qu'il avait à faire ici. Alors, le pirate arrangea son chapeau et releva sa tête, observant les environs.
Cet endroit était tout le contraire de Kuraigana, sur tous les points. Lumineux, jovial, animé, bruyant. Cette ambiance le déconcerta d'ailleurs pendant quelques instants, alors qu'il mettait pied à terre, ressentant la si caractéristique résine lui coller aux semelles. Le pirate leva les yeux pour observer la cime des immenses mangroves, et vit d'innombrables bulles s'élever vers le ciel, créant une atmosphère unique en son genre. Il se demanda combien d'années avaient passé depuis qu'il y avait mis les pieds pour la dernière fois, et à quel point les choses avaient changé par rapport à ses nombreux souvenirs. Mais il n'était pas connu pour être un grand nostalgique, et encore moins un sentimental, alors il cessa ses questionnements et s'avança vers la base de la Marine d'un pas assuré.
Les soldats présents sur le terrain ne s'attendaient certainement pas à tomber sur Œil de Faucon, dit le meilleur sabreur du monde, et hésitèrent à l'interroger sur la raison de sa venue. Devant leurs airs ébahis, Mihawk se demanda sérieusement si son bon pour accord avait été reçu par le Gouvernement, ou si le problème venaient des marins, qui n'avaient pas pris l'information de sa venue à Sabaody au sérieux. Celui-ci ne fit que leur montrer son ordre de mission et partit sans demander son reste, laissant les Marines béats.
Le Corsaire remontait vers le centre de l'Archipel, vers les zones de non-droit, où il vit l'ambiance changer du tout au tout. Le peu d'effectif militaire lui mit la puce à l'oreille lorsqu'il était passé par la base Marine, puisqu'un changement avait effectivement eu lieu depuis la dernière fois qu'il était venu. Les quartiers et les rues étaient beaucoup plus malfamés que dans ses souvenirs, les trafics florissaient et leurs acteurs ne prenaient même pas la peine de se cacher. Sans oublier de mentionner les quelques Dragons Célestes qu'il vit se pavaner au loin, les observant d'un coin de l'œil, à distance raisonnable. Traversant plusieurs Groves de l'Archipel, il comprenait de plus en plus pourquoi le Gouvernement avait décidé de recourir à son aide. Pour redresser l'image parfaite de l'endroit, autant auprès des Nobles Mondiaux qu'aux yeux des nombreux touristes.
Sa personne ne passa évidemment pas inaperçue, et bientôt, la rumeur de la présence d'Œil de Faucon se répartit comme une traînée de poudre à travers les zones. Mais le principal concerné ne s'en préoccupait pas, et cherchait sa destination. À plusieurs reprises il interpella des pirates et bandits de pacotille, morts de trouille face à son regard, dans l'espoir d'obtenir des renseignements. Et il en obtint, bien que très décousus.
– J-Je n-ne suis p-pas sûr…, bredouilla un pirate chauve, la sueur perlant sur son front, alors qu'il se creusait les méninges en regardant le croquis que le Corsaire lui montrait. J-Je crois a-avoir vu cette-te femme au G-Grove Treiss…
– Treize ?
– O-Oui… M-Mais attention, je n-ne suis v-vraiment pas sûr ! le prévint l'homme, tremblant de tout son être, de peur de s'attirer les foudres du bretteur de renom s'il eut le malheur de se tromper dans ses informations.
Mihawk partit sans demander son reste, laissant le pauvre malheureux s'écrouler à terre ; parler au pirate lui avait demandé bien trop de forces.
Le sabreur arriva alors à la mangrove indiquée par le criminel, qui n'avait pas l'air de lui mentir. Mais malgré cette information, chaque îlot demeurait assez vaste et il soupira à l'idée de devoir en faire le tour, ne se souvenant pas de l'endroit exact qu'il cherchait. Quand soudainement, il vit la porte d'un établissement s'ouvrir à la volée, et un groupe d'hommes être jetés dehors, sans ménagement. Les suivit une grande et mince femme, aux courts cheveux noirs, une cigarette à la main. Et en la reconnaissant, il ne put s'empêcher d'esquisser un rictus.
Il s'avança vers la femme, qui sentit son aura et se retourna vers lui. Sa cigarette faillit tomber d'entre ses lèvres lorsqu'elle le reconnut, et un sourire aussi éblouissant que sincère éclaira son visage.
– Mihawk ! s'exclama Shakuyaku. Ça alors, je ne pensais certainement pas te voir !
– Oui, je suis revenu, confirma-t-il en arrivant à sa hauteur, se grattant la nuque. Je suis là pour une affaire, mais j'en profite pour passer.
– Et comment ! Viens, je te sers un verre.
Mihawk accepta volontiers la proposition et entra dans le bar qui lui rappelait tant de souvenirs, en retirant son chapeau. Il le posa sur le comptoir luisant, derrière lequel Shakky s'activait à la tâche, avant de prendre place sur un haut tabouret.
– Il n'est pas là, le vieux ? l'interrogea-t-il en balayant l'établissement vide du coin de l'œil.
– Rayleigh a dû vendre sa peau au casino, encore une fois, soupira la femme, sélectionnant sa meilleure bouteille pour le Corsaire.
– Je vois.
D'un geste trahissant l'habitude et l'expérience, la femme aux cheveux courts servit deux simples verres de gin et s'installa devant le pirate, le sourire ne quittant pas ses lèvres.
– Dis-moi un peu ce que tu deviens, commença-t-elle, les yeux pétillants. Tu ne donnes aucune nouvelle ! Ça fait quoi, dix ans que nous ne nous étions pas croisés ! Je me souviens du jour où j'ai vu dans les journaux que tu étais devenu Grand Corsaire. Pour une surprise, c'en était une !
– J'ai voulu prendre une pause, avoua Mihawk, sirotant son verre avec gratitude. Après la chute du Royaume de Seglock, il y a neuf ans, je me suis installé là-bas.
– Oh, je vois oui ! acquiesça Shakky, tirant sur sa cigarette. Et alors, tu vis seul ? Tu ne t'ennuies pas trop ?
– Non, je ne suis pas seul, la contra-t-il, les sourcils froncés, n'aimant pas spécialement la tournure de la discussion, qui devenait toujours un interrogatoire avec Shakky. Je suis avec Kassandra.
– Kassandra… Ce n'était pas une gamine de ton équipage ? le perça-t-elle à jour, très perspicace. Je me souviens que vous aviez fait un saut par ici, avant de vous engager dans le Nouveau Monde. Mais qu'est-ce que ça remonte !
– C'est bien elle, confirma Mihawk, interdit.
– Étonnant que vous habitiez ensemble. Partenaires de crime, alors ? Ou époux ?
Mihawk but de travers en entendant sa question, l'exaspération lui montant à la tête face au sérieux de la gérante du bar.
– Non ! contesta le pirate, la voix remplie de reproches. Surtout pas ! C'est… Ma sœur.
Son aveu laissa un blanc, et Shakky n'en crut pas ses oreilles.
– Si j'avais eu un deuxième enfant, je serais au courant…, fit-elle d'un ton faussement vexé, avant de lui adresser un clin d'œil. Tu as beaucoup de choses à me raconter apparemment, contrairement à ce que tu penses…
– Ce n'est pas important, réfuta Mihawk, les joues légèrement rougies. Je suis venu pour une autre raison. Je sais que les informations, c'est ton obsession…
– Les informations, c'est le pouvoir, lui accorda la femme, reprenant son sérieux, ouverte à la requête de son fils.
– Alors tu vas sans doute pouvoir m'éclairer, poursuivit-il en déposant une petite dizaine d'avis de recherche sur la table, le regard perçant. Il y a deux ans, avant la Guerre au Sommet, tu as sans doute dû croiser Monkey D. Luffy…
– Le petit Chapeau de Paille, ça alors, quelle coïncidence !
L'homme acquiesça ses propos d'un signe de tête et termina son verre d'une traite, continuant.
– Parfait. J'aurais une ou deux demandes à son propos. Ainsi qu'une deuxième requête, poursuivit le bretteur de renom. Tu sais mieux que moi que la Rêverie aura lieu dans quelques mois. Saurais-tu…
Au même moment, la porte d'entrée grinça et révéla l'imposante silhouette d'un homme. Ses yeux lançaient des éclairs derrière ses lunettes, sa barbe parfaitement taillée sublimait les traits de son visage et ses longs cheveux gris soulignaient son âge resplendissant. En reconnaissant le seul client présent au bar, sa mâchoire se décrocha, avant qu'un sourire radieux ne fende ses traits fatigués, le rajeunissant d'une dizaine d'années.
– Par la moustache de Roger, dites-moi que je rêve ! Mihawk, mon garçon !
Rayleigh s'avança vers le nouveau venu et lui tapota le dos d'un geste affectif, sous le regard attendri de Shakky. Mihawk, quant à lui, regrettait déjà sa venue, voyant quelle tournure prenaient leur réunion. Les démonstrations d'affection, c'était très peu pour lui. Et ce, depuis sa plus tendre enfance.
Hehe, je suis Bélier, et cette "inspiration nouvelle" évoquée m'a permise d'accomplir tant de choses ces derniers temps x) Petit clin d'œil !
Raah, j'attendais de pouvoir mettre en lumière ce que j'avais prévu pour le passé de Mihawk ! J'avais pour projet de vous offrir un flashback, comme pour Kassandra, mais je pense qu'il aura plus sa place dans le sequel. J'avais vu une théorie qui expliquait si bien le pourquoi Shakky et Rayleigh sont les parents de Mihawk, et je l'ai juste adorée. Power family.
On sent bien qu'on se rapproche de la fin, et ça me laisse un arrière goût amer-doux. Mais ça me donne encore plus envie d'écrire.
J'espère que cela a été à la hauteur de vos attentes, que ce soit le chapitre, la réécriture du lemon du chapitre 22 ou la nouvelle couverture. Partagez-moi donc votre ressenti, si le cœur vous en dit !
Prenez soin de vous !
