Coucou les loulous !

Je m'excuse pour le retard ! J'ai vraiment eu du mal à écrire la fin de ce chapitre, qui est très important pour l'histoire... Vous allez comprendre.

Comme pour le chapitre 22, celui-là sera également placé sous le signe de la musique, qui retranscrit encore une fois si justement l'ambiance. Les paroles en italique viennent de Here's to us de Halestorm, groupe que j'affectionne tout particulièrement. La chanson leur appartient évidemment.

Bonne lecture !


Dans le reflet de la lame parfaitement nettoyée et dépourvue d'ébréchures du Wadô Ichimonji, Zoro vit l'éclat anthracite de son œil, en tout point similaire au métal qu'il polissait. Il reporta son regard sur sa cicatrice verticale, avant de l'effleurer du bout des doigts. Le sabreur sentit la peau irrégulière sous son toucher et fronça les sourcils. Le souvenir flou de cette nuit où il perdit le contrôle sur Sandai Kitetsu ne le quittait toujours pas. La douleur immense qui traversait son corps, la peur déchirante qui engloutissait son cœur, la sinistre voix de la lame maudite qui résonnait dans son esprit ; même s'il avait du mal à s'admettre sa propre faiblesse à ce moment là, il s'en souvenait comme si c'était hier.

Le sabre s'était joué de lui, depuis qu'il avait réussi à communiquer avec, à l'instar de Shuusui et de Wadô Ichimonji. Sous les consignes de Mihawk et de Kassandra, il avait réussi à percer à jour la véritable nature de ses armes. Mais à ce moment, s'il savait ce que cela pouvait lui coûter…

Or, il s'agissait du prix à payer pour porter un sabre maudit à sa ceinture. Nombre de personnes l'avaient averti à ce sujet au cours de son voyage, mais il restait obstinément assuré que l'arme l'avait choisie à l'époque, à Logue Town. Et malgré l'incident qui s'était produit, il n'en doutait toujours pas. La lame avait beau être capricieuse, avec le temps, il s'était rendu compte de tout son immense potentiel, qu'il avait appris à maîtriser. Et nul doute qu'il avait entre tant à apprendre au fil de ses futurs combats, jusqu'à ce qu'il ne rencontre Mihawk de nouveau, pour leur duel final.

Nul doute que l'aura maudite de sa lame avait déteint sur son âme. En repensant à son maître, il se rappela de leur dernier entraînement. Ils s'étaient encore une fois éloignés de Kuraigana, à la recherche de brigands ou de pirates, dans le but de mettre ses connaissances emmagasinées ces deux dernières années à l'épreuve. Mais de par la force des malchanceux qui avaient eu le malheur de croiser leur chemin, il ne doutait pas à un instant qu'il n'aurait eu aucun mal à les vaincre, même avec son niveau d'avant. La facilité déconcertante avec laquelle il parvenait à trancher leurs navires au même titre que leurs corps de ses lames imbibées de Haki, l'ennuyait. Il ne s'attendait à rien de la part de simples criminels qu'ils auraient pu croiser, mais il était tout de même déçu.

Le bretteur rangea Wadô dans son fourreau avec un geste sec et le déposa précieusement sur le bureau, auprès de ses deux autres sabres. Son regard s'attarda sur la garde de Kitetsu, et il passa délicatement le doigt sur le métal froid, sentant sa cicatrice se réveiller. Il s'en détourna et balaya sa chambre du regard, qu'il se préparait à bientôt libérer. Au cours de ces deux dernières années, il n'avait pas amassé beaucoup de possessions, mais le peu qu'il avait lui tenait à cœur. Ainsi, il passa la main sur le kimono vert qu'ils avaient acheté à Bikhor il y a de cela une éternité, ne l'ayant jamais porté. Ce vêtement neuf, bien qu'un peu poussiéreux, il l'avait spécialement réservé pour son départ. D'habitude, Zoro ne prenait pas le temps de s'attarder sur ce genre de détails qu'il jugeait sentimentaux, mais arrivé sur Kuraigana, il avait besoin de s'accrocher à quelque chose, en attendant de pouvoir revoir son équipage. Ce simple habit symbolisait une promesse dérisoire qu'il s'était fait à lui-même, et il sourit à cette pensée.

Zoro s'avança vers son lit et sa table de chevet, où la lueur de sa lampe à huile éclairait faiblement l'Eternal Pose pour l'île des Hommes-Poisson. L'homme prit délicatement l'objet entre ses mains et observa le verre parfaitement poli jouer avec la pénombre de la pièce. Après que Perona, Mihawk et Kassandra aient calculé la meilleure trajectoire pour se rendre sur Sabaody en évitant les patrouilles de la Marine et les bases navales importantes, le bretteur avait demandé à garder la babiole en attendant son départ. La jeune fille fantôme avait tout de suite décliné sa requête, ne lui faisant pas confiance ; ce fragile objet était leur unique moyen de rejoindre l'Archipel à temps. Mais elle dut se plier à l'accord donné par les maîtres des lieux, qui acceptèrent sa insignifiante demande.

Délicatement, le sabreur reposa le Pose sur sa table de chevet, sans quitter des yeux sa caractéristique aiguille pointant vers le fond de l'océan. Ceci était la preuve ultime de sa prochaine réunion avec les membres de son équipage, et cela lui redonnait de la force. Plongé dans son entraînement intensif, mais également dans ses regrets immuables, les deux années qui s'étaient écoulées étaient passées aussi rapidement que doucement ; elles furent aussi paisibles que fougueuses.

Sur son matelas, les différents outils et huiles étaient éparpillés sur le plaid plissé, de son kit d'entretien pour les sabres que Kassandra lui avait offert pour son anniversaire. Avec son départ prévu dans une semaine, il avait profité d'avoir encore du temps et du calme à sa disposition pour polir ses lames à la perfection, afin qu'elles soient prêtes. Il n'abandonnait certainement pas son entraînement malgré les jours qui arrivaient à leur échéance ; il trouvait que c'était un bon moyen pour se poser et profiter de la quiétude des lieux ce soir-là.

Le manoir, habituellement si animé par leur présence, était d'un calme étrange ces derniers jours. La lourdeur de son départ assombrissait le regard de Perona, même si elle ne souhaitait pas l'admettre. En revanche, Zoro ne sut quoi penser de l'attitude des maîtres de lieux, n'arrivant pas à déchiffrer leurs yeux énigmatiques. Ils s'efforçaient à faire comme si de rien n'était, mais il sentait dans leur posture ou leurs paroles à son égard qu'elles étaient empreintes de sérénité et de bienveillance.

Le sabreur secoua la tête, émergeant de ses pensées. Il ramassa ses outils d'entretien et les mis dans leur coffret en bambou laqué, avant de le ranger dans son sac-baluchon rouge. Il s'agissait d'un énième cadeau d'anniversaire, cette fois-ci cousu par Perona, et il ne pouvait que mentalement la remercier à ce moment. Lorsqu'il dut commencer à penser à son départ quelques jours auparavant, il se rendit compte de l'utilité d'un tel présent, qui serait son seul bagage ; après tout, il n'avait pas grand-chose à prendre avec lui, le plus important étant ses souvenirs et ses connaissances nouvelles.

Reportant son regard sur le plaid aux couleurs chatoyantes, qui lui fut offert par Mihawk, il se fit une note mentale pour également l'emporter avec lui. Il fallait avouer que ses nombreuses siestes quotidiennes étaient beaucoup plus agréables avec une couverture sur les genoux, bien qu'il ne souffrait pas de la fraîcheur automnale de l'île, ou du froid glacial de l'ancien château.

Il observa le triste contenu de son sac à moitié vide et soupira, avant de s'affaler sur son lit. Il n'aimait définitivement pas faire ses valises. Un sentiment d'agacement s'emparait de lui ; le même que celui qu'il ressentit lorsqu'il avait décidé de quitter son dojo. Il ne savait quoi en penser, ni comment se comporter. Le jeune homme n'était pas particulièrement sensible aux brusques changements de son environnement, mais quitter Kuraigana après tant de temps était bien plus dur que ce qu'il aurait pu imaginer. Car quand il y pensait, il avait passé plus de temps ici qu'à voyager avec son équipage. Bien que les liens qui l'unissaient à Mihawk, à Perona et à Kassandra n'étaient rien comparés à ceux qui le liaient à Luffy et aux autres, il ne pouvait pas nier la réalité. Leur quotidien, leurs disputes, leurs soirées, leurs entraînements l'avaient marqué. Bien plus qu'il ne voulait se l'avouer ; et il se maudissait pour ça. Après tout, Œil de Faucon restait son objectif principal, l'homme qu'il se devait de surpasser. Et il avait peur que ce qu'il ait vécu à ses côtés à Kuraigana ne change sa perception du bretteur de renom, et n'entrave son jugement le moment du duel venu, le rendant faible et vulnérable.

Soudainement, le silence religieux du château fut interrompu par de lointaines discussions, et Zoro reconnut les voix de Perona et de Kassandra, qui semblaient passer dans le couloir. Mais bientôt, l'écho s'évanouit dans l'air et il ne les entendit plus.

Au même titre qu'Œil de Faucon, Kassandra l'aida dans son entraînement. De la manifestation des auras de ses sabres jusqu'au Haki de l'observation, elle fut là, jusqu'à aujourd'hui, malgré leurs nombreux désaccords et accrochages.

Repensant à elle, ses mots récents lui revinrent en tête, et son expression se ferma. Leur entraînement récent l'avait laissé songeur quant à sa marge de progrès :

– Tu as réussi à atteindre un excellent niveau en terme de maîtrise de Haki en seulement deux ans…, reconnut Kassandra en s'appuyant contre un arbre, reprenant son souffle.

– Je peux encore m'améliorer, marmonna Zoro et rangea ses lames.

– Non, c'est vrai, admit-elle avec un hochement de tête, sérieuse.

Le bretteur se tourna vers elle, intrigué. Qu'avait-elle omise dans ses explications ?

– Je ne sais pas si tu t'en souviens, mais quand tu as commencé l'apprentissage du Haki de l'Observation, je t'ai parlé de la possibilité d'entrevoir le futur de quelques instants…

– Je m'en rappelle, oui, confirma le sabreur. Tu as aussi dit que tu le maîtrisais.

– Exact. Il agit en fait de l'éveil du Haki de l'Observation, poussé à un niveau extrême. Bien plus que de pouvoir prévoir les coups de tes adversaires…

– Ok, je te suis. Comment je le développe ?

– On n'aura sans doute pas le temps de l'aborder, le temps arrive à bout…, prononça Kassandra d'une voix basse, les bras croisés. Il m'a bien fallu une décennie pour pouvoir le développer. Toi, tu n'as pas le luxe du temps.

Zoro hocha la tête, conscient de cette réalité. Il se rendait compte du fait qu'il restait encore si jeune, et d'à quel point il pouvait se montrer avide vis-à-vis du dépassement de ses propres limites. En soit il avait toute une vie pour développer et affiner ce pouvoir. Mais il allait s'engager dans le Nouveau Monde dans quelques mois auprès de son équipage, sur le territoire des Empereurs ; dans le but de faire de Luffy le Roi des Pirates, il ne pouvait attendre si longtemps. Il lui fallait continuer à progresser aussi efficacement lors de son voyage, que lorsqu'il était à Kuraigana.

– Surtout que ta spécialité, c'est le Haki de l'Armement, finit-t-elle sa tirade, sortant épéiste de ses pensées. Donc laisse-moi te parler de l'éveil de ce Haki là.

Solennellement, Zoro s'approcha de Kassandra, toute ouïe.

– Il s'agit d'un pouvoir extrêmement offensif. Au lieu de t'en servir pour te défendre en en enduisant ton corps ou pour augmenter la solidité de tes sabres, te permettant de blesser des Logia… Tu vas t'en servir comme d'une onde de choc.

– Une onde de choc ?

– Je te passe les détails techniques, je les connais pas moi-même, tu iras demander à Mihawk… Cette maîtrise du Haki de l'Armement te permettra de blesser tes ennemis de l'intérieur, mais sans les toucher. Ravager leurs organes, atteignant même les individus inatteignables avec de simples lames ou poings…

– Et en combien de temps je peux y arriver ? s'intéressa-t-il, un sourire mauvais fendant son visage.

– Ça, ça ne dépend que de toi, comme toujours. Le Haki, c'est tout d'abord l'expression de ta volonté. Alors en garde ! Montre-moi à quel point ton équipage et ton but te sont chers !

La bulle de souvenirs de Zoro éclata, et il se retrouva de nouveau dans sa chambre, seul. Depuis plusieurs semaines, les mots de la jeune femme résonnaient dans son esprit, ne le laissant pas en paix. Ainsi, le sabreur eut l'ultime conviction qu'il lui restait encore tant à apprendre. Et il n'allait pas ménager ses efforts après son départ de Kuraigana.

Son cerveau bouillonnait désormais et il sortit de la chambre, voulant se dégourdir les jambes. Ce soir-là, il était bien pensif, et les tourments de son esprit ne le laissaient pas tranquille, le fatiguant.

Errant dans les couloirs, sans but, comme s'il les arpentait pour la première fois, il se surprit à remarquer des détails auxquels il n'eut jamais prêté attention. Les moulures du haut plafond. Les toiles fièrement encadrées aux couleurs délavées, représentant de lugubres individus qu'il ne connaissait pas. Les tapis rouges donnant un aspect feutré à ses pas, mais qui faisaient peine à voir, piétinés par des milliers de personnes avant lui. Perona n'arrêtait pas de le lui rabâcher, et il y croyait désormais ; cet endroit possédait bien une âme. Une âme qu'il avait côtoyée étroitement ces dernières années, et qui l'avait sereinement accueilli en son sein. Ce, pour quoi il la remerciait.

Au détour d'un couloir, il crut entendre la si caractéristique mélodie d'un piano provenir d'un lointain corridor. Zoro crut d'abord rêver, puis se rendit compte de la réalité. Il continua alors à hasardeusement avancer, et au fur et à mesure qu'il marchait dans le couloir, l'écho se faisait plus persistant.

Lorsque le sabreur déboucha sur l'entrée de ce qu'il supposait être l'ancienne salle de spectacle du château, il vit un grand piano à queue trôner au milieu de la pièce. Assis sur la banquette, concentré, les yeux fermés, Mihawk faisait habilement danser ses doigts sur les touches, jouant un mélancolique et grave morceau.

Devant cette vision, Zoro n'osa pas le déranger, plongé dans la contemplation du Grand Corsaire, dont il découvrait une nouvelle facette. Le jeune sabreur se doutait bien qu'il état au courant de sa présence, mais le musicien ne fit rien pour s'arrêter. La profonde musique s'insinuait sous sa peau comme de la morphine, étouffant ses pensées parasites et le calmant. Il ferma même les yeux pour apprécier l'instant, qui lui rappelait leurs soirées sur le Sunny, Brook sur la scène principale. Soirées qu'il allait bientôt pouvoir revivre.

Zoro ne se rendit même pas compte que Mihawk s'arrêta de jouer et qu'il entreprit de prendre des notes dans un carnet, où il crut apercevoir des partitions. Mais l'aîné continuait à garder le silence, alors le jeune bretteur s'approcha lentement de lui, à pas feutrés.

– J'ai commencé à faire mes affaires, fit le jeune homme, rompant le silence.

En réponse, Œil de Faucon ne fit que hocher la tête, plongé dans ses papiers. Il n'avait pas l'air particulièrement loquace ce soir-là, ce qui n'arrangea pas Zoro, qui avait des choses à lui demander. Alors, il décida de prendre le taureau par les cornes.

– Je n'ai pas pu te parler d'une chose, encore. Tu étais parti à Sabaody. Kassandra m'a parlé de l'éveil du Haki de l'Armement. Qu'est-ce que c'est ?

Mihawk se tourna vers lui, le jugeant du regard, avant de fermer son cahier et de soupirer.

– Lorsque tu concentres ton Haki dans tes lames, ou sur une partie de ton corps, tu peux créer une barrière de Haki pour repousser une attaque sans même entrer en contact avec ton adversaire, commença le bretteur de renom, croisant les jambes. Mais une technique plus avancée encore existe, et Kassandra t'a sûrement dû parler de celle-là.

Zoro hocha la tête, fixant calmement son interlocuteur de son unique œil.

– Elle est plus avancée, et donc compliquée. En déployant ton Haki de ton corps vers ta cible, tu peux la détruire de l'intérieur. Cette technique est extrêmement destructrice. À ce qu'on dit, les guerriers du pays de Wa en sont spécialistes.

Le jeune bretteur baissa les yeux et fixa la paume de sa main, sentant son Haki lui picoter le bout des doigts.

– Chaque personne se spécialise dans un seul type de Haki, poursuivit-il. Mais le plus puissant est celui qui les maîtrise tous. Le Haki des Rois y compris. Même s'il est considéré comme inné, on peut toujours le prendre pour exemple et essayer d'en tirer quelque chose… Et ça, tu l'as bien compris.

Mihawk vit le regard de son élève se fermer. Alors, il marqua une pause, avant de tirer sa conclusion.

– On t'a entraîné du mieux qu'on le pouvait, mais ce pouvoir ne se développe et ne montre sa véritable puissance que pendant des combats extrêmes. Plus tu affronteras d'ennemis jugés plus forts que toi, plus tu progresseras au fil des affrontements, souligna le maître des lieux.

– De ce que je comprends, le Haki des Rois, c'est une sorte d'intimidation, prit la parole Zoro. Dans ce cas, je n'en ai pas besoin pour inspirer la crainte chez mes adversaires.

Mihawk sourit imperceptiblement à cette déclaration, ne pouvant le contredire. De ce qu'il avait constaté lors de leurs derniers entraînements, à chaque fois qu'il combattait, il relâchait une soif de sang démesurée, paralysant ses adversaires.

– Plus important que le Haki, tu dois contrôler tes pulsions, te contrôler toi. Avant même d'infliger des blessures à tes ennemis, inflige leur la peur d'être blessé par ta lame et plus personne ne pourra te résister.

Kassandra lui avait parlé de ses suspicions, quelques mois auparavant. Sa sœur était persuadée que le bretteur possédait le Haki des Rois, en ayant apparemment été témoin. Le maître des lieux, quant à lui, ne savait quoi en penser pour l'instant. Cette hypothèse semblait probable, mais il ne souhaitait s'avancer pour le moment. Puisqu'en plus de son potentiel Haki des Rois, il ne fallait pas oublier qu'il était désormais plus lié que jamais à Sandai Kitetsu, son sabre maudit.

Et Zoro sembla lire dans les pensées de son mentor, puisqu'il aborda ce sujet, non sans hésitation.

– Et avec la malédiction de Kitetsu, je me sens... Différent, admit-t-il, le visage fermé. Mais je ne l'ai pas remarqué au début.

– C'est normal, concéda Mihawk, se relevant. C'est une lame maudite. C'est avec le temps qu'elle s'insinue de plus en plus dans ton âme, en changeant son essence. Elle influe sur ta personnalité. Elle devient une part de toi-même.

Cette déclaration laissa Zoro sans voix, et il sentit le froid lui enserrer la gorge.

– À quel point peut-elle me changer ? demanda-t-il d'une voix rauque.

– Ça… La bonne question à se poser, c'est : ton âme est-elle plus forte que celle de Kitetsu, pour y résister et rester toi-même ? le corrigea le bretteur de renom, passant à côté de lui. N'oublie pas que de vraies âmes résident dans les lames maudites. Qui sait ce qu'elles pourraient faire à un esprit faible. Enfin, tu en as déjà eu un avant-goût, n'est-ce pas…

Sur ces paroles, le bretteur de renom passa à côté de son apprenti, posant brièvement la main sur son épaule, avant de se diriger vers la porte.

– Persévère, Roronoa. Les réponses viendront d'elles-mêmes.

Mihawk quitta la pièce et laissa Zoro. Ce dernier resta là, immobile, interdit. Aucun d'eux n'avait jamais été particulièrement bavard, préférant les actions et les regards aux paroles inutiles. Leurs longues conversations étaient rares. Mais le jeune sabreur en ressortait toujours plus instruit et déterminé. Comme à cet instant là.

Après quelques instants, il émergea de ses pensées et son corps lui répondit enfin. Il reprit son errance dans le château, continuant à répéter les mots de Mihawk. Ses pas le dirigèrent à la cave, où il se servit, prenant quelques bouteilles. Pensif, il voulut retrouver le calme de sa chambre, mais les couloirs ordonnés se transformèrent en chemins tortueux, qui ne le laissaient pas retrouver la paix.

Alors que Zoro montait des escaliers rouillés, il crut entendre des bribes de conversation.

– …mais ce cachotier ! Il ne me fait pas confiance sur ce point, mais il en discute avec Shanks ! Je vais lui en faire voir de toutes les couleurs !

– Il vaudrait mieux que tu n'en parles pas, non ? S'il ne te l'a pas dit, c'était bien pour une raison…

– Putain de pirate… Un Corsaire reste toujours un pirate dans l'âme, hein…

Le sabreur déboucha sur l'observatoire du manoir. Ici, Perona et Kassandra étaient assises par terre, au milieu des cartes astrales, d'encriers, de bouteilles et d'outils dont il ne connaissait pas l'usage. Surprises, les deux femmes se turent et se retournèrent en entendant des bruits de pas, avant de le reconnaître.

– Merde, c'est pas ma chambre, ça…, marmonna Zoro, regardant à gauche et à droite.

– Me dis pas que tu t'es encore perdu, soupira Perona, alors que Kassandra étouffa un rire.

– Non, je ne me suis pas perdu ! rétorqua-t-il agressivement, s'appuyant sur le muret de pierre.

Il reposa les quelques bouteilles qu'il avait apportées avec lui par terre, avant de se tourner vers l'horizon. Une légère brise balaya son visage et fit vaciller ses boucles d'oreille. La nuit était déjà bien avancée et il pouvait voir la si caractéristique lune rouge éclairer le ciel d'une lueur sinistre, une fois de plus. Le pirate ferma les yeux, profitant de cet instant silencieux, que même les deux jeunes femmes ne dérangeaient pas. Au loin, il pouvait entendre la vie nocturne battre son plein, la nature reprenant ses droits ; le hululement d'une chouette, l'envol d'une nuée de chauves-souris, les branches des arbres agitées par le vent. Cette clameur dont il s'était empreint ces deux dernières années le fit frissonner. Et pendant une fraction de seconde, il souhaita rester ici pour l'éternité, inébranlable. Malgré sa raison et sa promesse, qui revinrent au galop en lui rappelant son devoir, il décida de s'octroyer du repos. Il l'avait bien mérité, après tout.

– Tu ne veux pas te joindre à nous ? le réveilla Kassandra, lui donnant une légère tape dans le dos. La nuit est douce, et la lune est belle. Autant en profiter !

Comme pour souligner son propos, elle lui tendit une bouteille, qu'il accepta machinalement.

– Comme si tu pouvais refuser de boire un coup, fit-elle un clin d'œil.

Et elle avait raison ; il n'en avait pas l'intention.

We could just go home right now
Or maybe we could stick around
For just one more drink, oh yeah

Zoro s'approcha du centre de la pièce et prit place aux côtés des deux jeunes femmes. Kassandra décapsula une autre bière, qu'elle tendit à Perona.

– Je vois aussi que tu as bien prévu ta soirée, remarqua cette dernière, faisant un signe de menton vers l'alcool que le sabreur avait apporté.

– Comme si tu n'étais pas habituée avec lui, au bout d'un moment, leva les yeux au ciel la jeune femme aux cheveux de jais.

Get another bottle out
Let's shoot the shit
Sit back down
For just one more drink, oh yeah

Zoro leva sa bouteille en l'air, avant de trinquer avec les deux autres, lui arrachant un sourire.

– À la tienne, Roronoa, prononça Kassandra avec un air entendu. On ne peut que te souhaiter le meilleur.

Le bretteur hocha la tête, la remerciant silencieusement. Cette soirée lui semblait prendre une tournure beaucoup plus solennelle, ce qu'il n'appréciait pas particulièrement. Le sentimentalisme et lui, cela faisait deux. Mais apparemment, ce ne fut pas l'avis de ses deux colocataires, qui étaient déjà occupées à énumérer leurs nombreux souvenirs.

– 'tain j'me souviens quand je t'ai vu pour la première fois, Zoro, commença Kassandra, après avoir bien vidé sa bouteille. Je me suis dit « c'est qui l'incapable qui lui a fait ses bandages ». Quel carnage ! Tu as perdu tant de sang à cause de ça !

– Eh ! J'ai déjà été assez sympa comme ça de le sauver ! protesta immédiatement Perona, fusillant la médecin du regard.

– Des bandages mal faits, ça peut parfois aggraver l'état des blessures, se défendit-t-elle, les mains en l'air. Mais c'est vrai qu'il aurait pu crever si tu ne l'avais pas soigné… Quoi que. Ce serait tout à fait ton genre de te paumer sur le chemin de la lumière, si la Faucheuse venait te chercher !

Zoro leva les yeux au ciel, regrettant déjà de s'être joint à elles.

– Tu peux parler, toi, rétorqua-t-il sèchement. C'est qui qui s'était servi de ma prime comme moyen de dissuasion pour avoir une réduction, à Bikhor ?!

– Oh j'avais complètement oublié ça, c'est vrai ! explosa de rire la jeune femme, riant à gorge déployée.

– Et la fois où tu m'as fait récolter les pommes de terre, me faisant croire à un entraînement physique, alors que tu voulais juste que je fasse le sale boulot ?

– C'est toi qui a été un idiot pour l'avoir crue, horohoro ! le contra Perona, rejoignant Kassandra dans sa crise d'hilarité, sous le regard fermé de Zoro. Moi, je me souviens de vos entraînements au Haki de l'Observation ! Le nombre de coups de batte que tu t'es pris, la pelouse… Et après on se demande pourquoi tu es si limité, intellectuellement.

– Vous avez fini de vous foutre de moi ?! s'exclama Zoro, irrité.

– Ah mais tu connais pas tout, Pero ! continua Kassandra, ignorant le sabreur. Un jour, en s'entraînant sous la pluie, il est tombé dans la boue et s'est bloqué le dos, cet abruti ! Désolée Zoro, mais il y a trop de pépites avec toi !

– Mais non ! Moi ce qui m'a marqué il n'y a pas longtemps, c'est qu'après avoir perdu ton œil, tu as dû porter un cache-œil. Un vrai pirate, la jambe de bois en moins ! se rappela joyeusement la princesse fantôme. Ou à chaque fois que tu perdais exprès aux cartes pour t'enfiler des shots d'alcool en guise de gage, c'était cramé, hein !

L'épéiste secoua la tête, voyant que les deux jeunes femmes étaient inarrêtables, parties trop loin. Bien qu'il détestait qu'on souligne ses faiblesses, et qu'on en rie, il ne put s'empêcher d'esquisser un rictus, réussissant à passer outre les gentilles moqueries pour se focaliser sur les nombreux souvenirs. Maintenant qu'elles en parlaient, il se rendit compte une fois de plus de tout ce qu'il avait vécu et traversé à Kuraigana. Tous ces moments, pas très glorieux sur le coup, furent mémorables et étaient transformés en souvenirs inoubliables. Après tout, il était peut-être plus sentimental que ce qu'il croyait. Mais un tout petit peu.

Here's to us, here's to love
All the times that we fucked up
Here's to you, fill the glass
'Cause the last few days have kicked my ass

– Sacrée équipe, hein, marmonna Kassandra, ouvrant une autre bouteille. Heureusement qu'on n'a jamais été dans le même équipage pirate !

– Je n'imagine pas le carnage…, se lamenta la fille fantôme, secouant la tête.

– Carnage pour nous-mêmes, ou pour nos ennemis ? La question est vite répondue…, les provoqua Zoro avec un rictus narquois.

– Bonne répartie ! admit la maîtresse des lieux avec un hochement de tête approbateur. D'ailleurs, on n'a pas évoqué l'incroyable entraînement sous-marin de notre tête d'algue !

– Bah, qu'est-ce qu'il y aurait à dire dessus ? s'étonna le principal concerné.

– Pourquoi tu fais genre… Je reconnais là, tu noies le poisson…

– Kassandra ! s'exclamèrent Perona et Zoro en même temps, faisant rire la troisième colocataire.

So let's give 'em hell
Wish everybody well,
Here's to us, here's to us

– Je me souviens aussi quand vous vous êtes disputés à propos du Chapeau de Paille et de la mort de son frère… C'était vraiment pas sympa ce que tu avais dit, Kass.

Face au souvenir de Perona, la chirurgienne arrêta de rire, avant de se tourner vers le bretteur, dont les traits étaient tirés et les bras croisés. Face au froid que cette déclaration lança, elle arqua un sourcil, interloquée.

– Tous ces ressentiments que tu as à mon égard ! réalisa-t-elle, la voix rauque. J'ai vraiment été si horrible que ça ?

Zoro détourna la tête et haussa les épaules, avant de reprendre une gorgée de sa boisson.

– J'suis désolée si ça te travaille encore… Je n'ai jamais voulu être blessante, tu sais, le rassura Kassandra, posant une main sur son épaule.

– Je sais.

Le principal intéressé se racla la gorge pour reprendre contenance, et Perona se mordit la lèvre pour avoir ramené le sujet sur la table. Après tout, cela restait un sujet sensible pour Zoro, même deux ans plus tard. Alors, elle tenta de corriger le tir.

– Ça te servira aussi de leçon, Kass. Ne brise jamais le cœur de quelqu'un. Il en a qu'un seul, conclut la princesse fantôme.

– Ouais, acquiesça-t-elle. Brise ses os. Il en a deux cent six.

– Kass ! s'offusqua la jeune fille en la pointant du doigt. Tu es médecin !

– Justement ! Tu savais combien d'os avait un squelette humain, toi ? Je crois pas.

– Mais je n'ai pas d'intérêt à le savoir !

Le jeune sabreur s'étouffa avec sa boisson en entendant la dispute puérile, et éclata de rire en même temps que les deux autres, avant de reprendre la parole.

– Comme si elle m'avait brisé le cœur…, releva-t-il, le sourcil arqué, fixant sa colocataire.

– Arrête, j'ai une réputation de bourreau des cœurs à tenir, moi ! s'offusqua faussement la jeune femme. Prétends au moins avoir apprécié ma compagnie ! Je t'ai sauvé d'une mort certaine à plusieurs reprises, tu me dois bien ça.

– Comment ça, « d'une mort certaine » ? Depuis quand ? douta le bretteur, les yeux plissés.

– Le nombre de fois où tu as failli t'endormir dans le bain, et où j'ai dû te réveiller avant que tu ne te noies, ça compte !

Perona pouffa de rire, mais celui-ci s'effaça bien rapidement lorsque Kassandra changea de cible pour se rappeler ses plus grandes bêtises de ces deux dernières années. Celle qui fut la plus mémorable, et pas dans le bon sens du terme, fut son incroyable décoration du sapin de Noël à coup de légumes et de fruits. Œuvre que la jeune fille fantôme continuait à défendre corps et âme, et qui avait tant départagé les avis et suscité tant de fougue.

Leurs parties de pêche reviennent également sur la table, si marquantes par la maladresse et la mauvaise foi de la fille aux cheveux roses. Mais surtout, les souvenirs de leurs soirées quotidiennes, emplies de bonne humeur et presque d'euphorie. Lorsque la brise nocturne balayait la grande salle, que le gramophone jouait un morceau de jazz, et qu'ils étaient emmitouflés dans un plaid au coin du feu qui crépitait. Ils parlaient de leurs rêves et de leurs vies, se reposant après une dure journée aux champs ou à l'entraînement.

Au fil des jours, des semaines, des mois, malgré sa culpabilité toujours présente, Zoro s'était surpris à penser de moins en moins aux incidents de Thriller Bark et de l'Archipel de Sabaody. Comme si, en se focalisant sur l'avenir, il avait réussi à se pardonner lui-même. Ce quotidien l'aida, et se répéta chaque jour, pendant deux années. Mais rien n'était immuable. Surtout pas lorsqu'ils se rendaient compte de l'imminence de l'échéance.

Stuck it out this far together
Put our dreams through the shredder
Let's toast 'cause things got better
And everything could change like that
And all these years go by so fast
But nothing lasts forever

– C'est bien beau tout ça, mais moi, ça m'a fatiguée, bailla Perona, fermant les yeux. Je partirais bien dormir…

– Rien ne t'en empêche, haussa des épaules la médecin, lui prenant la bouteille des mains.

– Petite nature, plaisanta le jeune sabreur.

– Je te permets pas ! C'est très bien de reconnaître ses limites et de ne pas abuser de l'alcool. Pas comme certains, reporta-t-elle son regard entendu sur Zoro.

– Docteure de mes deux…

– Pardon ?!

Les deux épéistes se lancèrent des éclairs, avant que Kassandra ne sentit une masse s'affaler sur son épaule. Déconcertée, elle se rendit compte que la jeune fille fantôme avait cédé au sommeil, l'épaule de la maîtresse des lieux lui servant d'oreiller. Kassandra vit les spectres qui les entouraient flotter paresseusement, somnolents. Elle avait toujours trouvé ça fascinant ; le fait que la princesse fantôme puisse utiliser le pouvoir de son fruit du démon inconsciemment dans son sommeil était unique en son genre. Il s'agissait peut-être d'un mécanisme de défense, puisque ces ectoplasmes permettaient à Perona d'être consciente de son environnement. Et elle se demandait comment cela fonctionnait quand elle était endormie.

La respiration de son amie devint régulière, et Kassandra passa une main prévenante sur ses cheveux, jouant avec quelques mèches, la couvant des yeux.

– On devrait la mettre dans son lit, chuchota-t-elle, se tournant vers Zoro.

– Elle ne craint rien, là.

La chirurgienne hocha la tête, et accepta avec gratitude le verre que le sabreur lui tendait.

– À la tienne cette fois-ci, Kassandra, déclara le pirate. Merci. Pour tout.

Here's to us, here's to love
All the times, that we messed up
Here's to you, fill the glass
'Cause the last few nights have kicked my ass

Accompagnant ses paroles, ils levèrent leur boisson en l'air et trinquèrent doucement, pour ne pas réveiller Perona. Un silence confortable retomba sur eux comme le voile de la nuit, où chacun profitait de l'intimité et du calme que Kuraigana avait à leur offrir. Mais Kassandra rompit bien vite cet instant, détaillant les traits de son ami.

– Ne te laisse jamais abattre, Zoro, souffla la jeune femme. Parce que j'ai pu en être témoin, quand tu es arrivé… Et ça ne te va pas au teint.

L'homme pouffa de rire en entendant la façon dont elle essayait de camoufler son conseil et son inquiétude, et un sourire narquois étira ses lèvres.

– Je ne peux que te retourner le conseil, fit-il référence à la fameuse nuit où il l'avait sauvé de pirates vengeurs.

– M'en parle pas…

If they give ya hell
Tell 'em to go fuck themselves,
Here's to us, here's to us

Les souvenirs de cette nuit revinrent à la surface, et même l'alcool ne put les faire taire. Son imprudence et son entêtement avaient bien failli lui coûter la vie, à bord du navire de Doflamingo. Et sans Trafalgar et Violette, elle était certaine qu'elle n'aurait pas pu s'échapper vivante, et surtout en possession de tant d'informations.

Et suite à cette soirée, elle n'avait toujours pas décidé de sa marche à suivre. Elle sentait comme un besoin irrépressible d'y mettre son grain de sel, malgré une altercation plus que chaotique avec le Roi de Dressrosa. Sans oublier Perona, qui avait malencontreusement surpris une conversation escargophonique entre son frère et Shanks le Roux à ce sujet ; la jeune fille l'avait mise dans la confidence ce soir-là, et les nouvelles informations apprises ne la laissaient pas tranquille.

Or, après le départ de Zoro, elle savait bien qu'elle aurait besoin de prendre rapidement une décision. Elle ne devait pas oublier Violette, qui souffrait aux mains de cet homme perfide, et qu'elle ne pouvait pas abandonner après qu'elle l'ait tant aidée à s'échapper. D'un autre côté, devait-elle essayer de nouveau entrer en contact avec Trafalgar, puisque son objectif semblait d'également nuire à Doflamingo ? Malgré ce qu'ils avaient partagé le temps de quelques instants, elle doutait que c'était le genre du pirate de conclure des alliances, au vue de sa nature méfiante.

– Cette nuit-là… Ça a été le gros bordel, soupira Kassandra, avant de boire au goulot.

– Je veux bien te croire, vu dans quel état tu étais, concéda Zoro, ne cherchant pas à en savoir plus.

Here's to all that we kissed
And to all that we missed
To the biggest mistakes
That we just wouldn't trade

La jeune femme chassa ses pensées et souvenirs malvenus, qui n'avaient rien à faire dans un instant pareil, et reporta son regard sur Zoro. Elle se souvint alors de leur rencontre. Lui, qui avait mis à terre toute la tribu des Humandrakes, alors qu'il était aux portes de la mort. Puis, elle l'avait surpris à supplier Mihawk de le laisser rester à Kuraigana et de l'entraîner, dans l'unique but qu'il lui prenne un jour sa tête. La détermination et la hargne du sabreur la marqua à cet instant, et elle fut très curieuse de connaître ce personnage que Mihawk tenait tant en estime.

Malgré ses airs farouches, Kassandra découvrit un homme valeureux et loyal. Un homme qui faisait confiance à son capitaine à un point inimaginable, et qui était prêt à tout pour lui ; jusqu'à abandonner son rêve et sa vie. Et connaissant son caractère et sa témérité, cela en disait long sur Monkey D. Luffy, qui l'intriguait de plus en plus. Ce sabreur indomptable et sauvage était prêt à tout risquer pour lui.

Et avec ces deux ans d'entraînement, sa volonté de faire de son capitaine le Roi des Pirates ne fut qu'accentuée. La maîtresse des lieux scruta attentivement les traits du jeune pirate, comme si elle le voyait pour la première fois. Il ne ressemblait en rien à celui qu'il était lorsqu'ils s'étaient rencontrés. Alors qu'avant, elle avait l'impression de regarder un chien enragé et blessé, désormais, il dégageait une présence paisible et sereine. Mais Kassandra savait mieux que quiconque à quel point Zoro pouvait se déchaîner et devenir une bête sanguinaire en plein combat, pour en avoir départagé tant avec lui.

C'était toujours une question d'extrêmes, avec le bretteur. Tout, ou rien. Blanc, ou noir. La réalisation de son rêve, ou la mort. Un individu si binaire et pourtant, une inconnue dans l'équation, représentée par Monkey D. Luffy, bousculait tout son être. Apprenant à connaître Zoro, Kassandra se rendait compte de plus en plus que son capitaine avait de grandes chances de devenir le Roi des Pirates. Car un tel individu, à l'instinct et au flair si développés, n'obéirait pas à n'importe qui. Et elle l'avait appris à ses dépens, lors de leurs très nombreuses disputes et désaccords.

To us breaking up
Without us breaking down
To whatever's comin' our way

– Une bête tapie dans l'ombre, dont la seule silhouette inspire plus de peur que la présence de la Faucheuse…, chuchota Kassandra, pensive. Voilà ce que t'es devenu.

Zoro lui lança un regard interrogatif, ne comprenant pas où la jeune femme en voulait venir.

– Qu'est-ce qu'il a de si particulier, ton capitaine ? poursuivit-elle, les yeux remplis d'interrogations et presque de fascination. Même Mihawk le tient en grande estime, depuis la Guerre au Sommet. Tu étais chasseur de pirates, mais tu es devenu ce que tu persécutais. Tu as la carrure d'être capitaine de ton propre équipage, et pourtant, tu choisis de placer ta confiance en cet homme…

– Ça ne m'intéresse pas, trancha le jeune sabreur d'un ton sec. Je suis justement devenu pirate pour Luffy. Si je quitte mon équipage, j'arrête d'être pirate.

Les yeux de la jeune femme aux cheveux de jais s'écarquillèrent face à cette déclaration, et elle ne put empêcher un sourire de fendre son visage, avant de retenir un rire, ne voulant pas réveiller Perona.

– T'es un sacré numéro, décidément ! Le grand Dracule Mihawk n'a qu'à bien se tenir ! Mais même avec tes deux ans d'entraînement, tu ne pourras pas lui faire grand-chose, le taquina-t-elle avec un clin d'œil.

– J'ai pas besoin de tes encouragements. Je réussirai, sois en certaine, rétorqua l'épéiste avec un air sombre. Je battrai Œil de Faucon. Et je deviendrai le plus grand bretteur du monde.

– Je n'en doute pas, acquiesça-t-elle. Fais-le, s'il te plaît.

La soudaine réponse de Kassandra laissa le sabreur muet pendant quelques instants, la mâchoire décrochée.

– Hein ? Mais… Mais c'est ton frère.

– Fais-le. Bats-le. Sauve Mihawk de son ennui, dans lequel il s'est empêtré par ma faute. Ça fait neuf ans qu'on est ici, et je vais croire qu'on va finir par prendre racine, sa lamenta la jeune femme. Quelques années, une décennie pour se poser, c'est bien. Mais pas plus. Je vois bien que cette vie ne lui correspond pas. Mais si tu le bats, tu le sortiras de cette léthargie… Si le monde ne l'y aura pas poussé avant.

– Et toi alors ? Cette vie te correspond ? demanda-t-il, dubitatif.

– J'y ai longuement réfléchi, depuis que tu es arrivé et…, hésita-t-elle. Tu m'as fait réaliser à quel point je me voilais la face sur le monde. Grâce à toi, j'ai compris qu'il y avait encore des choses qui méritaient qu'on se batte pour.

Kassandra prit une grande inspiration pour se donner de la contenance, tandis que Zoro l'écoutait silencieusement.

– Je vivais au jour le jour, dans la complaisance la plus totale, essayant de me convaincre que ma vie n'était pas misérable et vide de sens, se jeta Kassandra à l'eau. J'aidais à l'hôpital. Ça me faisait croire en l'illusion que j'étais utile pour les autres. Mais ce sentiment était éphémère, et je finissais toujours par me retrouver seule dans ma chambre, à fixer le plafond, attendant que le soleil se lève. Mais je n'ai jamais apprécié sa lueur.

Elle baissa les yeux et commença à jouer avec la bouteille, cherchant ses mots.

– Parfois, j'en avais marre de tout, je partais ailleurs pendant des mois. Je ne sais pas si c'est ton égoïsme de pirate qui m'a influencé, mais j'ai compris que je ne voulais plus vivre ainsi. Je veux vivre pour moi-même, indéfiniment. Être libre, pour moi. Faire de ces rares sorties mon quotidien.

– Ce n'est pas aussi simple que tu le croies. La liberté, ça s'obtient. Et la vie…, répondit Zoro, les sourcils froncés.

– Je le sais bien, le coupa-t-elle. La vie n'est pas belle. C'est un combat sanglant. Mais il vaut mieux voir au moins du rouge, au lieu de tout voir en noir et blanc, non ?

Sur ces paroles, Kassandra se rapprocha de Zoro et passa sa main dans sa nuque. Elle ferma les yeux et posa ses lèvres sur le front de son ami, dans un geste qui se voulait fraternel. Le sabreur, abasourdi, ne bougea pas, alors que la maîtresse des lieux se releva, prenant délicatement une Perona endormie dans ses bras, souhaitant la ramener dans sa chambre.

– Merci, Zoro. Prends soin de toi.

Here's to us, here's to love
All the times that we fucked up
Here's to you, fill the glass
'Cause the last few days have kicked my ass
So let's give 'em hell
Wish everybody well
Here's to us, here's to us


Cette soirée presque d'"adieux" était si difficile à écrire, je ne savais pas comment la tourner ! Et pourtant, c'est un élément clef pour la conclusion de la fic, je ne pouvais pas la louper ! D'où mon retard x)

J'arrive pas à croire à quel point Here's to us colle à l'ambiance. Cette chanson a été écrite pour ces trois-là. Je vais chialer putain.

Le chapitre des dialogues et des descriptions ! J'ai juste adoré l'écrire, surtout du point de vue de Zoro, même s'il m'a donné du fil à retordre. Un plaisir du début à la fin. En parlant de fin, on la sent bien arriver, avec ce chapitre, qui fait office de "bilan". Je me sens nostalgique.

Mais ce n'est pas encore fini pour autant ! Il nous reste encore 2 chapitres, + l'épilogue. Il y a encore de quoi faire, et je prévois de grandes choses, soyez en certain.e.s !

Si cela vous dit, laissez-moi donc votre avis, ça m'est très cher !

À la prochaine et prenez soin de vous !