Coucou les loulous !
J'ai beaucoup de mal à rédiger les derniers chapitres, je veux qu'ils soient les plus parfaits possible, et il y a beaucoup d'informations que je ne peux pas louper.
En tout cas, voici l'avant-dernier chapitre, et quel chapitre ! C'est le Triple Big Mac de ma fic !
Excellente lecture ! C'est la dernière ligne droite !
Mihawk reposa son sécateur sur l'étagère et dénoua son tablier sali. Il se rinça les mains dans une large bassine et la vida en arrosant les plants de tomates. Le Corsaire se saisit précautionneusement des bottes de différentes plantes médicinales qu'il venait de couper et les empila dans la cuve, avant de quitter la serre.
Le maître des lieux respira l'air frais du crépuscule qui s'installait et observa les alentours. Les ombres des ruines qu'il connaissait par cœur prenaient des formes surréalistes avec le coucher du soleil, et il ne les appréciait que davantage. Ce soir-là, il n'y avait pas de lune pour éclairer les alentours ; les nuages dissimulaient même la lueur des étoiles, montrant Kuraigana sous son jour le plus sombre. Et cette ambiance semblait réjouir la faune nocturne, qu'il entendait grouiller au loin.
Le pirate s'approcha de la clairière de la forêt et crut apercevoir quelques singes guerriers, sans doute alertés par sa présence. Mais il ne fut intimidé pour le moins du monde, sachant pertinemment que les Humandrakes le craignaient. Tout comme ils avaient appris à respecter son disciple au fil de ces deux années.
La faculté de ces babouins à apprendre de leur environnement était plus qu'étonnante, et fut très utile pour l'entraînement de Zoro. Ce dernier apprit à les dépasser, et ils apprirent à leur tour de son habileté au combat. Les deux parties s'en étaient sorties gagnantes.
Mihawk se perdit dans la contemplation de la pénombre de la forêt, reconnaissant les quelques conifères coupés pendant les combats de son élève, ou encore la clairière dégagée où ils l'entraînaient au Haki de l'Observation. Les nombreux souvenirs se bousculaient dans l'esprit du Faucon, qui secoua sa tête, les chassant. Malgré le départ imminent de Zoro, l'heure n'était pas aux sentiments.
Il prit la cuve sous le coude et décida de faire le tour de l'île, souhaitant se dégourdir les jambes. Avec le printemps arrivaient les premières plantations, et après avoir passé toute la journée le dos courbé, il avait bien besoin de prendre l'air.
L'île n'était pas bien grande, l'ancien royaume ne comptant qu'une ville principale dont les habitations s'agglutinaient autour du château. Il put en faire rapidement le tour, vérifiant que tout allait bien ; les quelques barques amarrées à la berge nord étaient en bon état, et la plus grande des embarcations était prête pour le départ du lendemain de Zoro, de Perona et de Kassandra pour l'Archipel de Sabaody. Mihawk vérifia une fois de plus les provisions et les affaires de première nécessité, le voyage allant durer plusieurs semaines. Et pour avoir fait l'aller-retour entre Kuraigana et Sabaody récemment, il n'enviait pas le trio.
S'éloignant du rivage, le Corsaire vit que la marque de l'atterrissage de Zoro sur l'île. Elle arborait les traits si caractéristiques du pouvoir de Bartholomew Kuma et était toujours visible, enfoncée dans la terre. L'herbe l'avait recouverte avec le temps, mais elle restait toujours aussi reconnaissable. Il remarqua alors que plusieurs cabas et outils de jardinage étaient négligemment posés au milieu des ruines, Kassandra ayant dû les oublier. Il haussa les épaules, continuant son inspection.
Lançant un dernier regard à la balise de Kuma, Mihawk se dirigea vers le château. Le bretteur de renom avait décidé de ne pas accompagner son élève jusqu'à son point de rendez-vous. En vérité, il n'en avait jamais eu l'intention. Un autre long voyage ne l'enchantait pas, surtout en si nombreuse compagnie ; il préférait largement voyager seul. Mais surtout, il ne souhaitait pas attirer l'attention sur lui, voulant faire profil bas, depuis la Guerre au Sommet.
Son entrevue avec Shanks l'année passée, les quelques nouvelles qu'il reçut de sa part depuis, ainsi que les informations que lui avait communiqué Shakky confirmaient ses doutes. De nombreuses rumeurs circulaient depuis la Guerre. Ces deux ans avaient été très riches en évènements, et ce, avec la disparition de l'équipage du Chapeau de Paille. Les conséquences amenées par la mort d'Edward Newgate étaient innombrables. L'une d'entre elles fut la Guerre de Représailles, qui opposa les membres restants de son équipage à Barbe Noire, qui se saisit de l'opportunité et fut reconnu comme le quatrième Empereur manquant.
Les pirates faisant partie de la même génération que son disciple et son capitaine créaient des remous dans le Nouveau Monde. D'autres rookies avaient émergé depuis, que Zoro, Perona et Kassandra risquaient de croiser à Sabaody. Sans oublier les nombreuses réformes que connurent la Marine et le Gouvernement Mondial. Avec la démission de l'ex-Amiral en Chef Sengoku, de l'ex-Amiral Kuzan et du Vice-Amiral Monkey D. Garp, cette force se retrouvait déséquilibrée avec l'arrivée de nouveaux Amiraux. Le déménagement de Marineford pour un endroit plus stratégique à l'entrée du Nouveau Monde, qui compliquait désormais la transition des pirates entre les deux zones. Mais le détail qui ennuyait le plus le Corsaire était l'imminente Rêverie, qui aurait lieu dans quelques mois.
Son statut de Grand Corsaire lui avait garanti, à lui et à Kassandra, une paix totale ces neuf dernières années. Et il avait appris à apprécier cette complaisance quotidienne, où il pouvait faire ce qu'il souhaitait sans être constamment gêné par la mise à prix de sa tête. Chose qu'il ne souhaitait certainement pas à sa sœur ; avec son caractère, il fut même surpris qu'elle ait réussi à garder profil bas aux yeux de la Marine et du Gouvernement au bout de tant d'années, étant donné qu'elle n'avait pas de prime attribuée pour sa capture.
En échange de quelques faveurs accordées au Gouvernement, elle et lui pouvaient vivre impunément sur Kuraigana, seuls. Il se permettait même de refuser la plupart des missions que les autorités lui envoyaient. Et même s'il se devait de répondre positivement à certaines, comme pour la Guerre au Sommet, cela restait un faible prix à payer pour les avantages qui lui étaient procurés par son statut.
Or, il y avait toujours eu des opposants à l'existence d'un tel statut, que ce soit parmi la population ou l'autorité ; et il ne pouvait blâmer les sceptiques. Et comme pour compliquer davantage les choses, l'image des Corsaires avaient sérieusement été entachée par les erreurs commises par certains de ces compères.
Deux ans auparavant, Crocodile avait été battu par un jeune rookie et ses méfaits à Alabasta avaient été exposés au monde. Mihawk doutait fortement du fait que le Gouvernement n'en était pas au courant, et aussi étonnamment que cela paraissait, il avait fallu qu'un pirate intervienne pour prendre le parti de ce peuple oublié de tous. Le Gouvernement avait simplement revendiqué la victoire comme étant la sienne et avait retiré le statut de Corsaire à Crocodile pour faire bonne figure.
Puis, Gecko Moria avait connu le même sort des mains du Chapeau de Paille. Bien que malgré cet incident, il resta affilié au Gouvernement jusqu'à la Guerre, où il fut déclaré mort sur le champ de bataille. Nouvelle qui avait anéanti Perona, avant qu'il ne la rassure ; il se souvenait parfaitement avoir vu Moria ramasser des cadavres à la fin des affrontements. Si on souhaitait connaître la vérité en ce monde, il ne fallait pas se fier au Journal Économique. Ou alors juste un peu.
Mais la Guerre au Sommet avait également fait parler de Jinbei, qui avait refusé de participer à cette mascarade et s'était retrouvé prisonnier à Impel Down. Et il fut sauvé par Monkey D. Luffy, ce même garçon une fois de plus, et l'homme-poisson avait fini par combattre à ses côtés, avant de le sauver d'une mort certaine après l'assassinat de son frère, Portgas D. Ace.
Déroulant le film de ses souvenirs, Mihawk ne put évidemment pas oublier la trahison de Barbe Noire, qui usa de son statut pour asseoir son autorité et qui profita de la libération du trône de Barbe Blanche pour prendre sa place et semer la terreur. Si le bretteur de renom croyait fermement qu'une guerre n'était profitable à aucun des camps concernés, chacun déplorant des pertes, Marshall D. Teach sut n'en tirer que du profit pour sa propre personne.
Cela rappela au Corsaire l'étrange attitude qu'eut Boa Hancock dans le feu de la bataille, où elle sembla prendre la défense du Chapeau de Paille contre les Pacifista. Et après son entrevue avec Shakky à l'Archipel de Sabaody, il avait mieux compris le comportement de l'Impératrice Pirate. Bien qu'il ne l'avait pas révélé à Roronoa, n'en voyant pas l'utilité, il savait que son capitaine s'entraînait auprès du Seigneur des Ténèbres, avec l'aide de la Kuja. Et il ne put que sourire de l'ironie du sort, lui-même se chargeant de Zoro.
Mihawk lança un coup d'œil derrière son épaule, apercevant la patte de Kuma. Ce hasard n'était peut-être pas aussi aléatoire qu'on pourrait le croire. Après tout, Bartholomew Kuma était le seul responsable de la séparation de l'équipage. Et aux yeux du Corsaire, ce geste représentait presque un acte de rébellion de la part du cyborg, puisqu'il les aida à fuir un Amiral de la Marine. Et peu importe les explications qu'il pourrait apporter, elles ne suffiraient pas à convaincre le Gouvernement de sa bonne volonté ; cet équipage représentait un réel danger, et il ne faisait que s'affirmer avec le temps. Il souhaitait sa capture au plus vite, mais depuis que ces pirates avaient disparu de la circulation, les autorités étaient déboussolées. D'un côté, ils espéraient qu'ils soient tous morts, mais au fond, ils appréhendaient ce silence, perçu comme le calme avant la tempête. Et étant au courant de la vérité à ce propos, Mihawk ne put qu'esquisser un rictus. Parce que s'il y avait bien un équipage capable d'amener une tempête inégalable en ce monde, c'était bien eux.
Et lui, il avait secrètement aidé le Vice-Capitaine de l'équipage en le dissimulant et en l'entraînant pendant ces deux années. Il n'y avait aucun Corsaire pour rattraper l'autre. Finalement, il n'y avait qu'un seul capitaine pirate qui avait su garder profil bas et qui n'avait pas brillé par son affiliation avec les Chapeau de Paille, et c'était Doflamingo. Mais Mihawk savait pertinemment que Dressrosa se trouvait sur le chemin du fils de Dragon, et qu'il ne manquerait pas d'y avoir des étincelles, comme à chaque fois. Le bretteur se délectait d'avance des nouvelles grandiloquentes et des rumeurs qui seraient relayées dans le monde au retour de ces pirates.
Tous ces maux du Gouvernement le ramenaient à une seule source, au seul clou qui dépassait, à ce garçon qui avait su chambouler le monde en seulement quelques mois. Monkey D. Luffy. Cet étrange personnage que Mihawk avait remarqué à East Blue. Et le revoir à Marineford le conforta dans ses hypothèses. Parmi tous les individus qui sillonnaient les mers, il possédait un pouvoir des plus effrayants. Celui de rassembler sous sa coupe des individus plus disparates les uns que les autres. Et sa curiosité persistante vis-à-vis de cet individu ne faisait que croître.
Arrivant sur la place principale devant sa demeure, là, où son disciple avait battu les Humandrakes pour la première fois, Mihawk s'arrêta pour s'imprégner des lieux, se remémorer cette soirée où Zoro l'avait supplié de l'entraîner, et de tirer ses conclusions.
Il avait pu se permettre bien des choses grâce à son statut de Corsaire ces neuf dernières années. Mais comme lui avait fait remarquer Kassandra deux ans auparavant, à la venue de Zoro sur l'île, ce système devenait obsolète, et pour de justes raisons. Le tout était de savoir si le Gouvernement avait encore un intérêt à garder de tels pirates incontrôlables sous sa coupe ; Mihawk était persuadé qu'à partir du moment où ce ne serait plus le cas, il n'aurait aucun scrupule à abolir le système, qui était beaucoup trop instable pour les temps qui s'annonçaient dans le futur. La Marine et le Gouvernement ne pouvaient entièrement compter sur des criminels. Et un évènement d'une telle envergure que la Rêverie allait entrouvrir la boîte de Pandore. Des débats plus houleux les uns que les autres s'y tenaient et risquaient à chaque fois de mettre à mal les relations politiques entre les pays. Un sujet aussi sensible qui divisait autant que celui des Grands Corsaires allait forcément faire surface ; mais quelle serait la décision rendue ? Après tout, à part les Corsaires eux-mêmes et le Gouvernement en temps de crise, qui profitait réellement de leur existence au service des autorités ? Qui se sentait réellement protégé par des pirates ayant troqué leur liberté et qui pouvaient continuer à piller à leur guise, en plus de librement voyager ?
Mihawk connaissait déjà sa réponse, et après un soupir imperceptible, pénétra dans le vaste manoir, la faible lueur des bougies l'accompagnant dans les tourments de son esprit. Mais son rictus narquois ne s'effaçait pas. Peu importe ce que l'avenir lui réservait, il était prêt à l'accepter. Après tout, il n'y avait jamais eu un défi qu'il n'avait pas relevé au cours de sa vie.
oOo
Kassandra se lava longuement les mains dans l'évier de sa chambre, rinçant toute la terre qui la recouvrait jusqu'aux coudes. La nuit était bien avancée, et il ne lui restait que quelques heures avant le grand départ. Occupée avec les derniers préparatifs, elle n'avait pas eu le temps de fermer l'œil de la nuit. Mais maintenant que tout était scrupuleusement préparé, la jeune femme balaya sa chambre du regard, soudainement perdue. La tête plongée dans le travail, elle gardait ses mains occupées et son esprit éloigné, mais désormais, elle ne savait plus quoi faire. Elle tourna en rond pendant un moment, déplaçant un livre, rebouchant un encrier, fermant un carnet, rangeant une brosse. Elle finit par s'allonger et chercher le sommeil.
Après avoir incessamment tourné dans ses draps, elle soupira d'agacement ; le marchand de sable semblait l'avoir oubliée. La bretteuse fixait l'horloge qui défilait lentement, subissant le temps comme une douce torture. Compter les nombreuses pierres de son plafond ne l'aida pas davantage, et elle décida de se lever lorsque l'aiguille pointa les quatre heures du matin.
La maîtresse des lieux prépara ses affaires plus rapidement qu'elle ne l'aurait voulu, les sens toujours en alerte. Elle enfila sa tenue soigneusement préparée la veille. Ses mouvements n'étaient pas entravés par le tissu, et c'était aussi important pour le voyage que pour les combats qu'elle allait peut-être devoir mener à Sabaody, aidant l'équipage du Chapeau de Paille à prendre le large en toute tranquillité. Après avoir resserré la sangle d'Amanogawa, qu'elle ajusta dans son dos, elle balança son sac sur son épaule et quitta sa chambre, sans un regard en arrière.
Dans ses appartements, Zoro se regardait dans la glace, imperturbable. Une serviette autour de ses hanches, ses cheveux ruisselaient après avoir pris une douche. Pensif, il passa sa main sur la cicatrice de son torse que Mihawk lui avait infligée lors de leur première rencontre. Durant ces deux années, elle avait pu entièrement cicatriser. Depuis Enies Lobby, Thriller Bark et Sabaody, il n'avait laissé que très peu de répit à son corps, au plus grand dam de Chopper. Cette enveloppe corporelle était en réalité son arme principale, avant même ses sabres. C'était grâce à ce corps sculpté par ses innombrables entraînements et batailles qu'il avait pu survivre jusque-là. Le remercier et en prendre soin, voilà ce qu'il avait pu faire pendant son séjour à Kuraigana. Kassandra lui avait permis de rapidement se rétablir grâce à son pouvoir, et il lui en était reconnaissant. Maintenant qu'elle ne serait plus à ses côtés pour soigner ses blessures, il se devait de faire plus attention à son corps. Il s'agissait d'une de ses résolutions, quittant Kuraigana. Mais s'il devait mettre son corps à l'épreuve une nouvelle fois pour protéger son équipage et son capitaine, il n'hésiterait pas une seule seconde.
Le bretteur reporta alors son attention sur son œil gauche, traversé par une cicatrice. Il ne se risqua pas à l'ouvrir, ayant examiné sa nouvelle iris au cours des derniers mois, et s'y étant habitué. Son regard dériva tout de suite sur Sandai Kitetsu, scintillant, posé contre l'armoire de la chambre auprès de ses deux semblables et prêt à être emporté.
Il secoua la tête, se recentrant sur le principal. L'homme commença à s'habiller, et finit par se saisir de son kimono neuf, lorsqu'il entendit quelqu'un frapper à la porte.
– Zoro ? C'est Kassandra. Je peux entrer ?
Le principal concerné traversa la chambre en quelques enjambées et ouvrit la porte à la volée, dévoilant une jeune femme prête à partir. Celle-ci entra presque avec hésitation, avant de balayer le lieu du regard.
– Je ne voulais pas te réveiller. Mais je vois que tu es presque prêt, prononça-t-elle d'une voix fatiguée.
– Toi par contre, tu n'as pas l'air d'avoir fermé l'œil de la nuit, remarqua le sabreur, le sourcil arqué.
– Moh, tu t'inquiètes pour moi ? plaisanta Kassandra en lui donnant une tape dans le dos.
– C'est toi, la navigatrice, haussa-t-il des épaules en réponse. Je ne veux pas être en retard si tu t'endors derrière la barre, c'est tout.
– On part bien à l'avance, tu arriveras même plus tôt que prévu, si ça peut te rassurer. Même si on ne peut pas toujours compter sur la météo de Grand Line, j'ai pris toutes les précautions.
Zoro hocha la tête, revenant vers le miroir, et la jeune femme s'approcha de lui, le regardant par-dessus son épaule. D'un geste distrait, elle chassa la poussière qui s'était accumulée sur le vêtement neuf que le sabreur venait d'enfiler. Il ajusta son haramaki, mit ses bottes, se saisit de ses armes et de l'Eternal Pose pour l'île des Hommes-Poisson qu'il mit dans son sac, avant de se tourner vers la jeune femme.
– Voilà. On peut partir, conclut-il, le regard ferme.
Kassandra leva les yeux au ciel et tourna le sabreur vers elle.
– C'est pas comme ça qu'on porte un kimono, bon sang ! Tu sais même pas t'habiller, comment t'es sensé devenir le meilleur épéiste du monde ? s'indigna-t-elle en tirant les deux pans du tissu, couvrant le torse de Zoro, qu'il avait fièrement exhibé.
– Mais je m'en fous, c'est plus confortable comme ça, bougonna-t-il, s'arrachant des griffes de la jeune femme.
– Et tes sabres, tu vas te balader avec dans les mains ? l'ignora-t-elle, enlevant son écharpe rouge.
La sabreur étouffait sous les bonnes intentions de la maîtresse des lieux, mais se laissa faire. Kassandra posa le genou à terre et noua son écharpe autour de la taille du sabreur. D'un signe de la tête, elle l'invita silencieusement à y glisser ses sabres, ce qu'il fit, se sentant à l'aise avec la ceinture improvisée.
Arrangeant les pans de l'habit vert, le regard de Kassandra se posa sur la profonde balafre qui traversait le torse du pirate, avant de soupirer.
– Sacrée cicatrice que t'a laissé Mihawk, hein…, dit-elle en la voyant de plus près pour la première fois.
Elle passa la main le long de la marque, effleurant à peine la peau du sabreur et elle sentit ses muscles se tendre à ce contact. Sa cicatrisation était déjà en excellente voie lorsqu'elle soigna Zoro le tout premier soir de leur rencontre, alors que la blessure était sacrément profonde et récente. Ce simple fait attestait du talent de leur médecin de bord, ce qui la rassura tout de suite sur l'avenir de cette tête brûlée. Son pouvoir n'avait fait qu'aider le corps du sabreur à régénérer plus rapidement, lui faisant gagner du temps.
Mais malgré son pouvoir et le talent de son médecin, Chopper, nom qu'elle entendait parfois, Zoro avait tendance à malmener son corps et n'en prendre pas assez soin. Fonçant tête baissée dans la mêlée, elle espérait que ces deux années lui auraient appris la patience et la retenue. Après tout, ils allaient s'aventurer dans le Nouveau Monde. Même si avec Mihawk, ils avaient tout fait pour qu'il se sente à l'aise même sur le territoire des Empereurs, il ne fallait pas se leurrer ; la première partie de Grand Line n'était en rien comparable à ce qui les attendait. Après tout, ce n'était pas pour rien qu'on l'appelait le Paradis.
– Bah, c'est rien, éluda Zoro d'un revers de la main. Que serait un sabreur sans cicatrices ?
– C'est vrai. Et s'il aurait voulu te tuer, il l'aurait fait, crois-moi, l'en assura Kassandra avec un hochement de tête. Et au final, tu t'es retrouvé ici… Le hasard est bien fait.
Zoro arrangeait ses sabres, tandis que Kassandra le regardait par-dessus son épaule. Elle le détaillait dans le miroir, comme pour graver dans sa mémoire chaque trait de son visage, une dernière fois.
– Je te l'ai jamais dit, mais… Quand tu venais d'arriver, j'ai détesté ça. Le fait que mon calme et ma solitude soient brisés. Toi, qui a déboulé avec ta passion et ta détermination. Avec Mihawk qui m'a poussé à t'entraîner… Sur une île aussi morne que Kuraigana, tu y as mis de la couleur, avoua la maîtresse des lieux d'une voix basse.
– J'ai cru comprendre, oui, qu'on n'était pas forcément les bienvenus, concéda-t-il.
– Mais c'était au début. Maintenant, je sais que c'était une bonne chose. Évidemment.
La jeune femme se souvenait de son scepticisme et de son agacement à l'arrivée de Zoro et de Perona, qui chamboulait son quotidien. Mais elle ne pouvait nier la curiosité et l'intérêt qu'elle avait ressenti lorsqu'elle sut la décision que Mihawk avait prise. Son frère ne faisait rien au hasard ; et il n'était certainement pas connu pour être particulièrement bon ou accueillant. La chirurgienne avait appris à se fier au flair du Corsaire, puisqu'il ne s'était jusqu'à aujourd'hui jamais trompé. Et au fil du temps, elle avait peu à peu compris les raisons qui l'avaient mené à ce choix.
– T'as un sale caractère, hein, sourit-elle narquoisement. Tu m'as surpris, plus d'une fois. Tes entraînements incessants, tes progrès incroyables… Le fait que tu aies réussi à dompter un démon, même en partie, dit-elle d'une voix sèche, mais avec des mots doux. Et je suis sûre que Mihawk n'en pense pas moins.
Zoro hocha la tête, fixant Kassandra dans les yeux à travers le miroir. Après quelques instants de flottement, elle lui donna une tape dans le dos, l'invitant silencieusement à partir. Il lança un dernier regard à sa chambre désormais vide, et suivit la bretteuse dans le couloir.
Ils empruntèrent de tortueux couloirs. Couloirs où le pirate passa des mois à errer, ne trouvant son chemin que par hasard, s'imprégnant de l'odeur d'humidité et de vieux bois une dernière fois. Le silence et le calme presque étouffant du château, il le trouvait confortable. Entre les quatre murs du manoir, il se sentait à son aise. Mais malgré cela, il avait hâte de retrouver l'ambiance joviale à bord du Thousand Sunny. Les bruits des différentes machines des ateliers de Franky et d'Usopp, le doux chantonnement du ragoût provenant de la cuisine, l'allègre mélodie du violon de Brook et les acclamations de Luffy et de Chopper, qui l'encourageaient.
– Prêt pour le grand banquet que vous allez organiser, lorsque vous vous retrouverez, alors ? le tira de sa réflexion la jeune femme, comme lisant dans ses pensées.
Zoro claqua sa langue à cette évocation, ne voulant pas lui faire plaisir de l'admettre.
– Tu parles d'un banquet, avec un cuistot de malheur pareil…, pesta-t-il avec un air mauvais.
Les yeux de Kassandra s'écarquillèrent, alors qu'ils descendaient le somptueux escalier.
– Tu n'as jamais parlé de lui, en deux ans…, fit-elle la remarque, étonnée.
Elle avait parfois entendu le sabreur évoquer certains membres de son équipage, quand il se sentait d'humeur bavarde. C'est-à-dire très rarement. Mais jamais il n'avait mentionné le cuisinier.
– Ouais, bah y'a rien à dire sur sa tête d'ahuri…, éluda-t-il avec un mouvement de recul.
Kassandra laissa échapper un rire et Zoro l'interrogea du regard, perplexe.
– Quoi ? demanda-t-il, maussade.
– Il n'en pense pas moins, je parie, rit-elle, lui adressant un clin d'œil.
– Tu parles. Tout ce qu'il est capable de faire, c'est harceler chaque femme qu'il croise et s'abaisser face à elles comme un caniche, cracha-t-il son venin. Il se prend pour un preux chevalier, mais c'est un pervers…
– Aouch, se renfrogna Kassandra, voûtant les épaules. Comment font les femmes de ton équipage pour le supporter ?
– J'en sais rien. J'imagine que ça les arrange, d'être si hautes dans son estime.
– Tu vois le négatif partout, plissa-t-elle des yeux. Je me fie pas à ton jugement, surtout que t'as pas l'air de l'apprécier.
– Qu'est-ce que je m'en fous…
– Roh allez, il doit pas être si terrible ! insista Kassandra, donnant un coup de coude au pirate.
– J'ai passé deux années loin de lui, c'est pas pour jouer les nostalgiques à quelques semaines de notre réunion...
Kassandra haussa un sourcil face à la hargne du sabreur, qui ne mâchait pas ses mots en parlant du chef.
– On dirait qu'il y a de l'ambiance, à bord de votre navire… Mais même si tu ne l'avoues pas, tu seras content de le retrouver.
Zoro baissa les yeux et serra son emprise sur la poignée de Wadô Ichimonji.
– Bien sûr, ironisa-t-il. N'importe quel endroit sans lui, c'est le paradis…
– Le paradis, hein ? rit la jeune femme, pensant à Kuraigana. J'accepte le compliment dans ce cas !
Kassandra poussa les lourdes portes du château et le duo quitta la demeure. Tout se déroulait selon son plan initial ; le soleil n'allait pas tarder à se lever, et ils allaient pouvoir lever l'ancre à l'aube.
– Elle n'est pas là, Perona ? demanda Zoro, regardant aux alentours.
– Je suis allée la réveiller avant de venir te voir, expliqua la maîtresse des lieux. Elle doit déjà être au rivage.
– Très bien. Allons-y, acquiesça-t-il.
Déterminé, le bretteur dépassa sa comparse, ne se rendant pas compte qu'il s'avançait dans la direction opposée à leur lieu de départ. Kassandra s'esclaffa à ce constat, avant de saisir de son poignet.
– On a encore le temps, avant que le soleil ne se lève, l'arrêta-t-elle dans son mouvement. Je veux te montrer quelque chose, avant que tu ne partes.
Intrigué, Zoro arqua un sourcil et se laissa guider à travers les ruines de l'ancien Royaume. Au loin, il vit quelques singes guerriers les observer avec curiosité, ne cherchant pas à les attaquer ; ils avaient dû comprendre ce qu'il se passait.
Rapidement, ils arrivèrent à l'endroit que Kassandra souhaitait montrer, et Zoro sentit ses tripes se retourner au fond de lui. Il pouvait reconnaître cet endroit entre mille ; il y passa tous ses entraînements de ses deux dernières années, en guise de rappel constant de son échec. Il y puisait sa motivation. L'endroit de son atterrissage sur l'île. Mais la marque de Kuma, qu'on reconnaissait toujours malgré le temps et les pluies, n'était plus visible. Recouverte d'un parterre de fleurs, leur agréable odeur atteignit les narines du bretteur, qui soupira lourdement.
– J'ai… J'ai bien remarqué à quel point cet endroit te troublait, avoua la jeune femme aux cheveux de jais, les yeux baissés. Je sais ce qu'est un trauma, et je sais aussi que tu te faisais mal pour te punir, en te rendant ici à chaque fois. Et cette putain d'empreinte qui ne s'effaçait pas avec le temps…
Dévoilant son fil de pensées, elle se sentit tout de suite à l'étroit. Bien qu'on ne le croirait pas, entre Mihawk et elle, c'était bien son frère qui était le plus à l'aise avec les mots. Elle avait beau avoir appris de son enseignement à l'épée, elle n'avait en revanche pas acquis son talent avec les lettres.
– Enfin, tout ça, c'est derrière toi maintenant, et tu dois l'accepter, souffla-t-elle. Un nouveau chapitre s'ouvre pour toi et pour ton équipage. Laisse cette douleur derrière toi, avant que tu ne partes, et avance. Pardonne-toi.
Zoro la scrutait, interdit. Il ne savait pas bien comment interpréter le geste de la jeune femme, mais son intention était bonne. Il ne souhaitait pas parler de ses états d'âme, l'ayant déjà suffisamment fait à son goût durant son séjour à Kuraigana, mais il comprenait ce que son amie voulait lui faire passer comme message.
Il avait pu retourner son problème dans tous les sens dans sa tête, cloîtré sur cette île. Il avait eu tout le loisir d'y réfléchir. Mais il n'arriva à déceler aucune réponse ; il comprit alors que ce n'était qu'avec le temps qu'elle viendrait, comme le lui avait récemment dit Œil de Faucon. Et ce matin-là, en face de ces lys blanches recouvrant l'origine de son mal, comme un bandage pansant une blessure ouverte, il soupira de soulagement. Le pirate ferma les yeux et inspira le parfum enivrant des fleurs, sentant peu à peu le poids de ses épaules s'alléger, jusqu'à ce qu'il disparaisse. Il se rendit compte alors que sa posture n'était pas droite, le dos vouté, et il se redressa fièrement, bombant le torse. Le frère et la sœur avaient raison ; c'était le moment ou jamais de laisser ces drames derrière lui. De se débarrasser de ce boulet de culpabilité qu'il traînait à ses pieds, et qui s'avérait être sa véritable faiblesse. Une telle fragilité d'esprit pourrait causer d'autres problèmes dans le Nouveau Monde, à son équipage ou à lui, risquant de répéter les mêmes erreurs qu'à Thriller Bark ou à Sabaody. Et s'il se permettait un tel manque de jugement, il aurait gâché deux années de sa vie, n'en sortant pas grandi.
Zoro ouvrit les yeux et vit les délicates fleurs se dandiner au gré du vent. Il braqua son regard sur Kassandra, qui l'attendait en retrait. Les mots du sabreur se perdirent entre ses lèvres, et il se contenta de simplement hocher la tête, ce à quoi la jeune femme lui répondit du même geste, apaisée. Elle s'approcha alors de lui et se saisit de son poignet, avant de glisser un bout de papier au creux de sa main.
– Je te confie ma Vivre Card, déclara-t-elle simplement, renfermant le poing de Zoro sur le papier. Je ne peux pas promettre que Mihawk et moi serons toujours ensemble si tu décides de la suivre pour le rejoindre, mais au moins, nous pourrons nous retrouver.
Elle serra fort le poing de Zoro entre ses mains et se racla la gorge pour se donner contenance.
– Au besoin, je t'aiderai toujours si jamais tu te perds ou si tu t'écartes de ton chemin. Mihawk ne veut pas te donner la sienne, il pense que c'est de la triche, vu que vous êtes amenés à vous retrouver plus tard. Ce sera donc au fruit du hasard que vos chemins se recroiseront… ou pas.
Les mains étroitement jointes, les deux se jugèrent pendant un long moment, le regard émeraude de la chasseuse de prime plongé dans l'unique œil anthracite du pirate, comme si chacun souhaitait graver cet instant dans sa mémoire. Ce moment, qui silencieusement scellait une promesse aussi inavouée qu'incertaine entre eux. Leurs routes se croiseraient de nouveau. Ou peut-être pas. Tout ce qui importait était qu'ils s'en donnaient les moyens, et aucun des deux n'avait d'objection.
D'un même mouvement, ils rompirent leur contact visuel et se dirigèrent vers le rivage, chacun prenant l'autre par l'épaule, un sourire discret aux lèvres.
À leur point de rendez-vous, Perona les attendait déjà, ayant commencé à se préparer pour leur départ. Kassandra vérifia les nombreux cordages et donna les directives aux deux autres, qui s'y plièrent sans discussion. Leur bateau n'était pas bien grand, mais s'avérait très robuste et maniable. Cette embarcation, Mihawk l'offrit à Kassandra pour son dernier anniversaire, ayant tout spécialement passé la commande auprès de la très célèbre compagnie de construction navale, la Galley-La Compagnie. Sur le coup, Kassandra ne put s'empêcher de trouver le double-sens de ce présent ironique, Mihawk la poussant implicitement à partir de son côté, si elle le souhaitait. Mais pour le moment, le plus important était l'utilité de l'embarcation, qui leur permettrait d'atteindre l'Archipel de Sabaody bien à temps, voire en avance.
Lorsque le soleil pointa à l'horizon, Kassandra ordonna de lever l'ancre. Son départ étant imminent, Zoro ne put s'empêcher de jeter un dernier coup d'œil à l'endroit où il avait connu tant de choses, quand il remarqua du mouvement. Du côté de la forêt, il vit une silhouette reconnaissable entre mille s'avancer assurément vers le rivage, suivi de la tribu des Humandrakes. Les douces lueurs du soleil matinal se reflétaient dans la poignée de son sabre, accroché dans son dos, et l'ombre de son chapeau qui dissimulait ses yeux lui donnait un air des plus terrifiants. Mais Zoro sut discerner le sourire à peine dissimulé de son maître, tandis que les singes guerriers fondaient en larmes en le voyant partir, le saluant. Devant cette vision, le sabreur s'esclaffa, et les mines de Perona et de Kassandra s'illuminèrent à leur tour. Après tout, elles ne pouvaient pas les blâmer ; comment était-il possible de ne pas s'attacher à une telle tête à claques ?
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Le temps en mer passait lentement, s'étirant tel un chat paresseux. Après plusieurs jours de voyage, l'équipage de fortune essuya trois tempêtes, mais arriva à s'en sortir sans dégâts. Ils s'étaient préparés à une telle éventualité, Grand Line n'étant pas connu pour sa clémence. Mais leur trajectoire n'en souffrit pas, après plusieurs calculs réalisés par Kassandra et Perona.
Ils passèrent la majeure partie de leurs journées dans le silence, sortant parfois un paquet de cartes ou un plateau d'échecs qu'ils avaient préparé à l'avance. Perona était excitée à l'idée d'un nouveau périple, qui était l'occasion parfaite pour tester ses connaissances en navigation. Mais bien vite, elle s'ennuya à tenir la barre du navire, et laissa cette responsabilité à Kassandra, préférant dessiner dans son carnet. Zoro, lui, dormait la plus grande partie de leurs journées. La jeune femme aux cheveux de jais, quant à elle, n'avait rien d'autre à faire que de tenir le cap et de fixer l'horizon, se perdant dans ses réflexions.
Cette méditation forcée lui fut bénéfique. Accompagnant le sabreur dans son dernier voyage avec elles, Kassandra put mettre à plat ses propres ressentis, qui la hantaient depuis la nuit où Zoro était venu à sa rescousse.
Elle, qui s'était surprise à regarder le sabreur différemment depuis cette nuit-là, se posa des questions. Et cette introspection continue depuis plusieurs jours lui permit de tirer sa conclusion. À l'instar de Zoro devant le parterre de fleurs recouvrant la marque de Kuma, sentit un poids s'ôter de ses épaules à cette réalisation. Elle pensait naturellement ressentir de l'affection, mais en réalité, c'était plus compliqué que ça.
La chirurgienne se rendit compte que quand on aimait quelqu'un pour sa force, ce n'était pas de l'amour, mais de l'admiration, et de la gratitude. Le fait qu'il l'ait sauvée de ces pirates cette nuit-là, mais surtout d'elle-même, lui permit d'ouvrir les yeux. Par ses actions et sa détermination farouche, dont Kassandra put témoigner à d'innombrables reprises, il la poussa à prouver le meilleur d'elle-même.
Instinctivement, les mots d'Anatole, la patiente en soins palliatifs de Liantver, lui revinrent à l'esprit : « Apprends juste à le connaître, et tu verras la vie sous un angle différent ! Et qui sait, sa vision des choses te changera peut-être en mieux ». Kassandra laissa échapper un rictus à ce souvenir. Ironiquement, elle ne savait pas qui d'eux deux avait plus appris à l'autre en l'espace de ces deux années.
Repensant fatalement à sa fuite du navire de Doflamingo, ses pensées la dirigèrent inévitablement vers Trafalgar Law. Pendant un instant, elle se demanda ce qu'il devenait. Une fois de plus, elle chercha à comprendre pourquoi ressentait-il une telle haine envers Doflamingo. Et de nouveau, elle se gifla mentalement, comprenant que ce n'étaient pas ses affaires. Elle qui avait pensé à lui proposer une alliance pour pouvoir se venger du Roi de Dressrosa qui ne cesserait de la pourchasser, maintenant qu'il avait conscience de son pouvoir, mais elle ne savait pas par où commencer. Sans oublier le désintéressement certain du pirate pour une telle proposition.
Mais surtout, elle ne savait pas si elle souhaitait reprendre contact avec le chirurgien dans l'unique but d'unir de nouveau leurs forces contre leur ennemi commun, ou simplement pour le revoir. Et à ce moment, elle tira une deuxième conclusion : quand on aimait quelqu'un pour son physique, ce n'était pas de l'amour, mais de l'attirance.
La jeune femme soupira et s'adossa au bastingage du navire, soulagée. Finalement, il n'y avait rien d'authentique dans ses sentiments envers ces hommes, et cela la conforta.
Elle s'était accordée du temps pour répondre à ses interrogations qui ne la laissaient pas tranquille, et n'avait aucun regret de l'avoir fait. Après tout, elle n'avait rien pour occuper son cerveau durant ce voyage, et il en profitait pour tourner à mille à l'heure. Malgré le fait qu'elle regrettait le départ de l'épéiste, elle comprenait sa nécessité de repartir avec son équipage, ce qui avait été leur arrangement depuis le départ. Mais en pensant à quel point le manoir lui paraîtrait vide sans sa présence agréable et rassurante, elle eut un pincement au cœur.
La bretteuse se tourna vers Perona, qui fixait l'horizon, un livre ouvert sur ses genoux. Elle était certaine que malgré les apparences, la jeune fille fantôme ressentait la même chose. La même nostalgie, arrivée trop tôt. Mais elle ne savait pas quoi lui dire pour la réconforter. Ou s'il fallait dire quoi que ce soit tout court ; il valait peut-être mieux laisser le silence parler pour lui-même.
S'arrachant à ses pensées, Kassandra fouilla dans un sac de provision et en sortit une gourde, buvant au goulot pour se désaltérer. Le mouvement inhabituel attira l'attention de Perona, qui se tourna vers elle.
– Qu'est-ce que tu bois ? s'enquit-t-elle tout de suite, saisissant la moindre occasion pour se détourner de son ennui.
– Le sang de mes ennemis, répondit Kassandra avec un haussement des épaules.
– Mais qu'est-ce que tu racontes, encore ! s'exclama la jeune fille fantôme, tirant une moue dégoûtée.
– Mais qu'est-ce que tu veux que ce soit, c'est du café !
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Finalement, au bout de quelques jours supplémentaires, ils aperçurent enfin la silhouette de l'Archipel. Avec les hautes mangroves, il était difficile de ne pas la remarquer, si la trajectoire du navire était correcte. Avec les nombreuses bulles naturelles qui s'élevaient en l'air, Sabaody semblait être une terre féerique, presque irréelle. Sa beauté subjugua Perona, qui la voyait pour la première fois, et rappela énormément de souvenirs à Kassandra, lorsqu'elle avait voyagé aux côtés de Mihawk. Zoro, quant à lui, ne put s'empêcher de se remémorer son dernier souvenir sur l'Archipel, loin d'être positif. Mais s'étant promis de laisser le passé derrière lui, il secoua la tête, et n'y pensa plus.
Ils arrivèrent par le côté sud de l'Archipel, mais Kassandra fit le tour de la forêt maritime, voulant laisser le bateau à la zone de non-droit. Mihawk lui avait préalablement montré sur une carte un endroit discret pour un navire de leur taille. Dissimulé dans une crevasse naturelle créée par les racines des mangroves entre les groves vingt-deux et vingt-trois, la Marine ne risquait pas de le trouver et leur mettre une amende pour amarrage clandestin. Les pirates et autres bandits, quant à eux, ne prêtaient pas attention à cet endroit, leurs galions et navires étant nettement plus grands que l'embarcation du trio de Kuraigana.
L'endroit indiqué par le Corsaire était donc parfait. Après tout, les deux jeunes femmes avaient l'intention d'accompagner le sabreur jusqu'au point de rendez-vous de son équipage, mais elles voulaient également s'assurer à ce qu'ils partent tous sains et saufs. Ce qui voulait dire les couvrir, si la Marine avait vent de leur réunion. Et en attendant que tous les membres se réunissent, Perona et Kassandra, ne souhaitant pas déranger leurs retrouvailles, prévirent tout un programme touristique de leur côté.
– Pendant son dernier voyage ici…, commença la navigatrice en attachant solidement leur embarcation. Mihawk m'a appris que l'influence de la base de la Marine s'est affaiblie avec le déménagement de Marineford de l'autre côté de la Red Line. Sabaody est devenu une plus grande et dangereuse zone de non-droit. Plus difficile à protéger, aussi. Donc on devrait être tranquille.
– Tu parles, ça veut dire qu'il y a encore plus de brutes et de pirates dans les parages ! la contra Perona, soucieuse.
– Je préfère encore ça que la Marine, marmonna Kassandra, se hissant à la terre ferme et prenant la tête du groupe.
Le trio avançait lentement à travers les groves, qui étaient bien plus grandes qu'à première vue. Kassandra suivait la Vivre Card de Rayleigh que Zoro lui avait confié, serpentant entre les étroits chemins. Parallèlement, Perona suivait ses indications et barrait les mauvais itinéraires avec ses fantômes rieurs, fatiguée de devoir rattraper Zoro, qui prenait des tournants hasardeux.
Le sabreur lui avait dit qu'ils devaient se retrouver au Bar de l'Arnaque, dirigé par une certaine Shakky. Évidemment, il ne se souvenait pas du numéro de mangrove attribué, mais par chance, Mihawk connaissait le lieu, et la Vivre Card semblait la guider au bon endroit. Arrivés au grove treize, elles trouvèrent rapidement l'établissement concerné, et s'arrêtèrent devant le pub.
– Content ? Nous sommes arrivés presque deux semaines avant le départ…, l'en informa Kassandra, montrant l'enseigne d'un coup de menton.
– Ouais bah ça va leur en boucher un coin. Surtout au cuistot de malheur, déclara le bretteur, fier.
– Parce que tu te perds tout le temps ? le taquina Perona, ses spectres s'enroulant autour de ses chevilles.
– Je ne me perds pas, c'est eux qui se perdent tout le temps, et ils ont la mauvaise foi de dire le contraire, rétorqua-t-il, interdit.
– Si tu le dis…, soupira la jeune femme aux cheveux de jais.
Le trio se jugea du regard, leur séparation étant imminente. Tous leurs souvenirs leur revinrent brusquement, et ils ne purent empêcher la nostalgie de les submerger. Sans s'en rendre compte, et surtout, sans le vouloir, ils s'étaient attachés les uns aux autres. Et les deux jeunes femmes ne manqueraient pas de trouver le manoir bien vide sans la présence du pirate.
– Va, et te retourne pas, brisa finalement le silence la chasseuse de prime. Tu as bien des choses à accomplir, vice-capitaine.
– Hein ? s'exclama le sabreur, étonné. Vice-capitaine ? Mais…
– Roh allez, tout le monde sait que tu es le vice-capitaine du Chapeau de Paille ! confirma Perona en levant les yeux au ciel.
– Fais parler de toi dans les journaux, on compte sur toi. Comme ça, on saura que tu vas bien ! poursuivit sa comparse avec un clin d'œil.
– Merci pour tout et…, perdit-il ses moyens devant la fougue de ses ex-colocataires. Et Œil de Faucon aussi, tu lui diras…
– Oui, oui, t'inquiète, il le sait. Allez, assez de discussions, va, s'empressa-t-elle en le poussant dans le dos.
– Mais Kass, laisse-le nous dire au revoir !
– Nah, pas d'au revoir, d'adieu, ni de pleurs, Perona. T'auras tout le loisir d'essuyer tes larmes avec la barbe à papa du parc. Viens, j'ai réservé des places pour la grande roue, ignora-t-elle les complaintes de la princesse de Thriller Bark, partant dans la direction opposée.
– Mais t'es pas possible hein ! On a passé deux ans ensemble, et c'est comme ça qu'on se quitte ! maugréa la fille fantôme, avant de faire face à Zoro, le pointant de son doigt accusateur. Et puis zut ! Tu ne me manqueras pas, abruti !
– Voilà. J'ai assez vu ta tronche les deux dernières années, si je pouvais passer à autre chose, ce serait cool, approuva la chirurgienne. À plus dans le bus, Roronoa.
Kassandra suivit Perona, faisant un signe de la main au sabreur abasourdi, avant de se retourner une dernière fois, affichant une moue apaisée.
– Et Zoro… Souviens-toi : sourire, ce n'est pas pour les faibles.
Observant silencieusement la scène qui s'était passée sous son nez, un rictus illumina le visage de Zoro, alors que les deux femmes lui avaient tourné le dos, le saluant de la main. Il réprima alors un rire, alors que les souvenirs de ses deux dernières années submergeaient son esprit. Mais avant que la nostalgie ne puisse déjà le rattraper, il ouvrit la porte du bar de Shakky à la volée, et elle lui répondit avec un grincement sourd.
À l'intérieur du bar, qui n'avait pas changé en deux ans, il reconnut tout de suite la propriétaire derrière le comptoir, une cigarette à la main. En face d'elle, un homme d'un âge avancé, reposa son verre en entendant quelqu'un entrer.
– Oh ! s'exclama Shakky, un sourire se dessinant sur ses lèvres.
– Tiens… C'est donc toi le premier ? s'étonna Rayleigh, avant de se redresser sur son tabouret.
– Quoi, personne n'est encore là ? prononça Zoro, ne pouvant retenir son sourire résolu. Ils sont pénibles.
On y est hein, c'est terrible. Encore un chapitre et l'épilogue avant la fin ! Le compte à rebours est lancé x)
La scène d'adieu m'a beaucoup émue, je pense que c'est une de mes scènes préférées de la fic... I'm soft
Partagez-moi votre ressenti si vous vous sentez inspiré.e, ça me ferait très plaisir pour la fin.
En attendant qu'elle arrive, je vous souhaite une très bonne vie !
