Et bonjour mes très chers et mes très chères.

J'ai clairement sous-estimé le temps que me prendrait la rédaction x) Désolée pour l'attente, mais nous y voilà enfin. Le dernier chapitre de La maison des tarés (OUI, il y aura une suite. Plusieurs personnes m'ont demandé confirmation, paniquées x)). Ça a été une aventure incroyable.

J'ai vraiment eu du mal à le rédiger ! Et en fin de compte, je pouvais facilement le diviser en deux... Mais autant finir en apothéose, avec le plus long chapitre de la fic ! Plus de 10k de bonheur !


Mintzkow : merci à toi d'avoir pris le temps de m'écrire, tu ne te rends pas compte à quel point ça me fait plaisir ! Mihawk fils de Rayleigh et de Shakky, ça me parait si probable ! Ils ont la soixantaine, et on sait que Shakky a abandonné sa carrière de pirate il y a 40 ans. Et c'est bien pratique, vu que Mihawk a justement la quarantaine (accessoirement, God Valley s'est aussi passé il y a 40 ans, et il y a une autre théorie qui suppose que Shakky était une Rocks (bataille qui a dissous l'équipage) et c'est là qu'ils se seraient rencontrés).
Dans le flashback d'Oden, on voit Rayleigh porter un manteau aux mêmes motifs que celui de Mihawk, et c'est un épéiste hors pair ; sans doute était-il le meilleur bretteur du monde, avant que Mimi ne le détrône ? Ce qui ferait que Rayleigh aurait entraîné Mihawk - l'élève (et le fils) a surpassé le maître - Mihawk a entraîné Zoro - l'élève va (encore une fois) surpasser le maître ?

Bref, j'offrirai un vrai flashback à Mihawk dans la suite !

Ça me fait plaisir que tu aies aimé la scène de départ ! Je me sentais comme toi, quand je la rédigeais... C'était comme si je leur disais au revoir, quelque part.

Rip les ships x)) D'habitude dans ce genre de fic, il y a justement des romances avec l'OC, et j'ai voulu changer un peu. Je trouve leur étroite amitié, entre Zoro et Kass, bien plus wholesome que s'ils avaient été amants. Mais j'y reviens dans ce chap, et dans ma note de fin ;)
Je pense que Kass a eu un vrai crush sur Traffy (comme sur Viola), mais au final, elle ne le connaît pas. Comment peut-on développer des sentiments et de l'attachement ainsi ? (Et d'ailleurs, j'ai réécrit le lemon du chap 22, pê que ça te consolera un peu :p)

Tu as dû manquer certaines notes effectivement, ça fait un moment que j'évoque un sequel (=une suite). Donc on reviendra bel et bien sur Mimi, Pero et Kass dans le "tome 2" ! Je ne sais pas encore quand ça sortira, mais c'est bien en rédaction ! Et de ce que je prévois, ta soif de ships sera comblée, mais pê pas entre les persos que tu t'imagines :p (fais tes mises, le loto !)

Mais avant la suite, j'ai d'autres petits projets d'écriture qui sortiront, des OS/Twoshots un peu décalés, ça fait longtemps que j'ai les idées mais pas le temps de m'y consacrer avec ma grosse fic ! Donc ce sera l'occasion pour moi de souffler un peu et d'apporter un peu de fraîcheur et de légèreté, tout en peaufinant la suite !

Malheureusement, c'est bientôt la fin de la fic et je ne serai plus en mesure de te répondre, vu que tu commentes en guest :c Dans le doute, je publierai ma réponse à ta review sur mon profil, pour que tu puisses la voir ! J'ai vu une autrice faire ça, pour les reviews des guests... Merci à toi, une fois de plus pour avoir suivi cette fic avec moi et d'avoir pris le temps de m'écrire, je me suis régalée de tes diverses réactions ! En espérant te revoir pour la fin, et la suite de cette histoire.


Sur ce, excellente lecture à vous. J'ai tout donné.


Dans le Sabaody Parc, Perona dévorait une barbe à papa, quittant l'aquarium de l'Archipel. Admirer de terrifiants monstres marins lui avait creusé l'estomac, et elle se délectait du délicieux frisson d'adrénaline et d'excitation, causé par la peur. Kassandra la suivait de près, mâchant des takoyaki, insatisfaite. Ayant le privilège de manger la cuisine de son frère tous les jours, toute autre nourriture lui paraissait bien fade. Mihawk avait un palais très fin ; ses simples, mais nutritifs plats avaient le mérite d'être parfaitement relevés avec un savoureux mélange d'épices, les transformant entièrement et les rendant dignes d'un cuisinier à plusieurs étoiles.

L'atmosphère ambiante du parc était joviale et légère, l'Archipel étant une zone touristique importante. Il était attrayant pour des milliers de visiteurs, et le climat y était clément toute l'année. Nombre de touristes venaient en croisière admirer l'immense et majestueuse Red Line, Sabaody étant l'endroit le plus sûr pour pouvoir l'admirer. Mais l'Archipel n'était pas une simple attraction touristique. Il était aussi attrayant autant pour les pirates, qui venaient s'approvisionner une dernière fois avant de tenter leur chance dans le Nouveau Monde, que pour les bandits et groupes criminels locaux, qui y venaient pour le florissant commerce d'esclaves.

Et quiconque mentionnait le trafic d'esclaves ne pouvait passer à côté des Dragons Célestes. Dans tous les sens du terme. Et repensant à cela, Kassandra se rendit justement compte de la présence lointaine d'un noble mondial, qui déambulait sur l'avenue principale du parc. Elle se saisit rapidement du bras de Perona et la tira derrière une boutique de souvenirs, lui arrachant une expression de mécontentement.

– Eh, à quoi tu joues ?! Arrête d'être aussi rude !.., s'exclama-t-elle, avant de voir la mine sombre de sa colocataire.

– Moins fort, Pero, murmura Kassandra, observant la scène d'un œil attentif. Faut qu'on se taille d'ici, ça pue. Y'a un Dragon Céleste.

– Quoi, encore ?!

– Sabaody c'est leur petit marché du dimanche, pesta l'épéiste, tournant les talons. L'Archipel en grouille. Ça me donne la gerbe.

Les deux habitantes de Kuraigana traversèrent promptement plusieurs secteurs sur lesquels le parc s'étendait pour s'éloigner le plus possible du noble, jusqu'à se retrouver dans les zones des quarantièmes groves. Sans se concerter, elles continuèrent de marcher là où leurs pieds les menaient, songeuses.

Cela faisait dix jours que Perona et Kassandra avaient raccompagné le sabreur au bar de Shakky. Dix jours qu'elles faisaient le tour de l'île en compagnie des autres touristes, mais les attractions venaient à manquer en fin de compte. Elles attendaient le départ définitif des pirates du Chapeau de Paille pour l'île des Hommes-Poisson afin de s'assurer de la sécurité de leur ex-colocataire. Or, il semblait que tous les membres de l'équipage n'étaient pas encore arrivés à bon port.

Les deux jeunes femmes ne cherchaient pas à déranger leur réunion, ayant fait leur part du travail. Elles ne se sentaient pas légitimes à aider Zoro plus qu'elles ne l'avaient déjà fait ; bien qu'elles étaient restées à l'Archipel pendant tout ce temps, souhaitant faciliter le départ de l'équipage réuni.

Elles ne cherchaient donc pas à les trouver. Or, la veille, Kassandra était certaine d'avoir entraperçu le médecin de leur équipage, le fameux Chopper, duquel Zoro parlait le plus. L'animal était particulièrement reconnaissable, surtout avec une barbe à papa dans la main. La bretteuse n'en fit rien, et fut simplement contente de voir que les retrouvailles des pirates semblaient s'annoncer favorablement.

Mais connaissant la nature du jeune sabreur, le duo fut presque étonné de ne pas l'avoir revu dans l'Archipel. Son sens de l'orientation était déplorable, pour ne pas dire catastrophique, et elles ne doutaient à aucun moment que Zoro devait passer le plus clair de son temps à errer à travers Sabaody, de bar en bar, essayant de tuer son ennui en attendant le départ prochain de son équipage.

Soudainement, à la silhouette d'un individu, les deux femmes s'arrêtèrent net. Des cheveux verts, trois sabres à sa ceinture, des boucles d'oreilles qui reflétaient le soleil. Tout portait à croire qu'il s'agissait de Zoro. Mais le duo hésita un instant et plissa les yeux. Lorsque l'individu arriva à leur hauteur, se pavanant aux côtés d'un homme blond, d'une femme brune et d'un renard, elles se rendirent compte avec soulagement qu'il ne s'agissait pas du pirate qu'elles croyaient.

– Qu'eeeeest-ce que c'est que ce truc…, marmonna Kassandra en détaillant l'homme qui ressemblait étrangement à Zoro, incrédule. Un fan ?..

– Une coïncidence ? la reprit une Perona sceptique.

– Je pensais pas ça possible, mais il a l'air d'être encore plus débile que notre Zoro à nous, prononça la jeune femme aux yeux verts, blasée.

– C'est clair, confirma la princesse d'une voix rauque, arborant un air plus négatif que celui de ses fantômes.

Ne perdant pas un instant de plus avec cette manifestation hors du commun, les deux jeunes femmes reprirent leur errance à travers les groves, et oublièrent rapidement ce moment absurde. Elles avançaient sans but et commençaient à s'ennuyer. Le duo avait déjà pu explorer toutes les attractions touristiques de l'Archipel. Le dernier qu'elles attendaient était le concert de Soul King, Perona ayant supplié Kassandra d'y aller. Chose que la maîtresse de Kuraigana accepta, à condition que la jeune fille fantôme s'occupe de ses tâches ménagères pendant deux semaines, lorsqu'elles reviendraient chez elles.

Chacune avait bien des projets lorsqu'elles auraient fini leur devoir auprès des pirates. Perona souhaitait faire un détour par le Triangle de Florian à la recherche de Thriller Bark, l'Archipel de Sabaody étant plus proche de cette zone. L'immense navire de la taille d'une île avait dû dévier de sa trajectoire en l'absence de Gecko Moria et de son Quatuor Monstrueux. La jeune fille voulait obtenir plus d'indices sur son équipage et leur possible localisation, afin de les rejoindre au plus vite. Peut-être certains zombies avaient-ils survécu, et pourraient l'aider. Puisqu'elle ne pouvait pas l'accompagner, ayant d'autres plans, Kassandra avait accepté que Perona parte seule de son côté, ayant suffisamment confiance en ses compétences de navigation.

Mais avant le départ de l'équipage de Zoro, Kassandra voulait tout de même rencontrer une personne. Elle se répétait sans cesse qu'elle ne souhaitait pas interférer dans le retrouvailles heureuses de l'équipage, mais elle espérait secrètement croiser Nico Robin. Depuis dix jours, malgré ses airs éblouis par la beauté de l'Archipel, elle s'était surprise à lancer des coups d'œil indiscrets aux alentours, à la recherche de l'archéologue. Elle était la seule femme capable de répondre à ses questionnements, de l'éclairer sur les marques qui couvraient ses bras, et pour lesquelles la chirurgienne risquait sa vie face au Gouvernement. Le temps pressait, et la majorité des pirates devaient être déjà arrivés à l'Archipel. Mais la jeune femme ne perdait pas espoir, et restait vigilante.

La bretteuse secoua la tête, revenant à la réalité. La matinée était déjà bien avancée et elle regarda l'heure, avant d'arrêter Perona. Cette dernière l'interrogea du regard, voyant la femme aux cheveux de jais fouiller son baluchon, sortant un tas de babioles sans intérêt, à la recherche de quelque chose.

– Tiens, prends ça, dit-elle simplement, tendant un coupon à la fille fantôme. C'est ton ticket pour le concert de Soul King.

Les yeux de la princesse de Thriller Bark s'illuminèrent instantanément et elle prit délicatement le ticket entre ses doigts, avant de le ranger dans les pans de sa robe et de serrer sa peluche de Kumacy dans les bras, impatiente.

– On a encore un peu de temps devant nous, mais va falloir bientôt partir, l'en informa sa colocataire, traversant le pont qui menait à la grove quarante-sept. On s'est éloignées du Sabao Dome en évitant ce Dragon Céleste…

Perona hocha la tête et suivit Kassandra de près. Après avoir arpenté les petites rues de plusieurs groves depuis tout à l'heure, elles arrivèrent enfin sur une grande avenue dégagée. Et elles ne manquèrent pas d'y voir de l'animation.

Les passants s'étaient agglutinés d'une part et d'autre du boulevard, tête baissée. Et au milieu du passage, un groupe d'individus semblait chercher des ennuis à un jeune homme. Les deux femmes s'approchèrent discrètement du tumulte. Ne pouvant distinguer ce qu'il se disait, elles se frayèrent un chemin parmi les habitants paralysés par la peur. Perona, intriguée, s'accrochait maladroitement à la manche de l'épéiste. Cette dernière, ne pouvant réfréner sa curiosité, regarda par-dessus l'épaule d'une vieille femme pour observer la scène.

– Tu m'as poussé en sachant très bien qui j'étais, hein ? Tu t'en rends compte ? Tu m'as fait passer pour un con. Tu m'as humilié en public.

Devant les yeux de la foule, un jeune homme avec un sac à dos aux dimensions absurdes semblait être la proie de quatre brutes, qui lui cherchaient des problèmes. Le chef du groupe, un rustre à la silhouette imposante et au chapeau de paille débraillé, prenait appui sur la tête de sa victime, jouant avec un pistolet. Malgré cela, le jeune homme dissimulé par une cape tachetée ne semblait pas être impressionné.

– Ça devrait pas m'arriver. Je suis un pirate d'élite avec une prime de 400 millions à ma tête ! Alors agenouille-toi devant moi et prie pour ta vie, rit-il grassement, le regard mauvais.

Kassandra fronça les sourcils, dubitative. « C'est qui, ce nigaud ? » pensa-t-elle. « Lui, 400 millions ? Et Mihawk, c'est un révolutionnaire ! Laisse-moi rire ».

Mais ce bandit mythomane semblait faire peur à la population, et de nombreuses rumeurs arrivèrent aux oreilles du duo de Kuraigana.

– Excuse-toi simplement !

– Il n'a pas envie de vivre ou quoi ?

La jeune femme aux cheveux de jais leva les yeux au ciel, avant de se saisir de la poignée de son épée. S'il y avait bien une chose qui l'horripilait, c'était les vantards dans son genre. S'interposer la démangeait, mais elle se retint ; le Haki qui émanait du jeune inconnu était tout à fait exceptionnel. Il ne pouvait être n'importe qui, et n'avait certainement pas besoin de sa défense.

– Je pense que tu commences à te rendre compte d'à quel point tes actions étaient culottées, reprit le bandit, braquant son arme contre la joue de l'inconnu.

– Il est si terrifié qu'il en a perdu sa langue ! se moqua la femme rousse, s'approchant des deux hommes.

– Tout à l'heure, un gars avec un long nez et une femme aux cheveux longs nous ont cherché des noises, alors notre capitaine est de très mauvaise humeur, explicita un autre compagnon du criminel. Tu ferais mieux de t'excuser !

– Sinon, tu gâcherais ta vie à cause d'une seule petite erreur. Notre capitaine a la gâchette très facile, intervint un autre homme aux cheveux bleus.

La tension montait d'un cran avec chaque seconde qui passait, et la foule serrait les dents en observant la scène.

– Il a envie de mourir ? Excuse-toi !

– Agenouille-toi, enfin. C'est Luffy au Chapeau de Paille ! murmura un homme.

Kassandra et Perona se retournèrent à l'unisson en entendant ces mots, avant de se juger du regard entre elles. Sans en parler, elles savaient qu'elles pensaient la même chose ; cet homme était tout, sauf Monkey D. Luffy.

– Désolé, mais je dois y aller! prononça enfin l'inconnu et reprit sa route, poussant malencontreusement son agresseur avec son sac à dos.

Le silence retomba sur la scène, tel un voile. Le public, ahuri, se demandait ce qui n'allait pas avec lui, tandis que Kassandra afficha un sourire narquois ; elle avait hâte de voir le dénouement.

– Ok ! Très bien ! s'exclama le principal intéressé, braquant son arme à feu sur l'inconnu.

Le temps sembla se figer. Présageant l'inévitable, une femme hurla d'effroi dans la foule, avant que son cri ne se fonde dans le coup de feu qui retentit. Mais le jeune homme l'esquiva sans difficulté, chose qui n'échappa pas aux deux spectatrices étrangères. Et avant qu'elles ne puissent réagir, une immense onde de choc frappa les bandits en plein fouet, et ils tombèrent à terre, tels des dominos. Inconscients.

Sous le regard abasourdi de la foule, l'inconnu continua son chemin sans demander son reste. Le public ne put s'empêcher de retenir son souffle face à ce qu'il venait de se passer, avant que des murmures étouffés ne s'élevèrent en l'air.

– Hein ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

– Il a fait quelque chose ?

Perona pencha la tête, avant de remarquer l'air sidéré de sa colocataire. Kassandra suivit le jeune homme du regard, la mâchoire décrochée.

– C'était le Haki des Rois !..., chuchota la bretteuse. C'est qui, ce nabot ?!

La jeune fille fantôme écarquilla les yeux face aux paroles de sa comparse. C'était donc ça, le Haki des Rois. C'était la première fois qu'elle en témoignait, après en avoir longuement entendu parler de la part de son capitaine. Sans oublier qu'il fut évoqué par Mihawk et Kassandra à plusieurs reprises lors de l'entraînement de Zoro. Elle savait donc que cette capacité n'était pas à la portée du premier venu.

– Ce n'est pas n'importe qui…, continua Kassandra son monologue à voix basse. Je n'ai pas pu discerner son visage mais… Est-ce que…

Elle reporta son attention sur le menteur gisant à terre, et se rendit compte que tous ses autres compagnons ressemblaient étrangement à chacun des membres des pirates du Chapeau de Paille. En plissant les yeux, Kassandra put reconnaître de pâles copies de Nami la Chatte Voleuse, de Franky le Cyborg et de Sogeking. Se rappelant de la lamentable doublure de Zoro qu'elles avaient croisée plus tôt, les pièces du puzzle commençaient à lentement s'assembler dans son esprit.

– Est-ce que l'autre gars ne serait pas le capitaine de notre face de pelouse ? se mordit la lèvre la maîtresse de Kuraigana.

– Comment ça, lui, le Chapeau de Paille ? s'étonna Perona, pointant du doigt la direction qu'avait suivie le jeune homme.

– Mihawk a dit qu'il avait utilisé le Haki des Rois pendant la Guerre au Sommet… Et il n'y a pas pas trente-six mille individus qui pourraient le posséder, à Sabaody.

Dévoilant son fil de pensée à voix haute, le sourire de Kassandra s'élargit, alors que cette hypothèse lui paraissait plus que possible. Ayant appris à connaître Zoro ces deux dernières années, il n'était certainement pas du genre à suivre les ordres de qui que ce soit. Alors, elle fut naturellement plus qu'intriguée par l'homme qui était son capitaine, et en qui le bretteur plaçait toute sa confiance, aveuglément. Lui, qui était si arrogant et fier, était prêt à sacrifier sa vie et son rêve pour le Chapeau de Paille. Et si elles venaient de réellement assister à un de ses tours de force, Kassandra n'était aucunement déçue par ce qu'elle venait de voir, et fut même très rassurée. Si Zoro suivait les ordres d'un tel individu, il n'y avait réellement pas de quoi s'étonner.

La foule commença à se disperser, mais les discussions ne se calmaient pas. Kassandra s'approcha du panneau le plus proche pour consulter la carte, et Perona remarqua quelques habitants dévisager les pirates inconscient avec appréhension. Un groupe d'hommes s'échangeaient des messes basses, et la jeune fille ne put empêcher sa curiosité de faire surface. Elle flotta alors discrètement en leur direction et regarda par-dessus l'épaule de l'un d'eux.

– C'est quoi, ça ? leur demanda Perona de but blanc, montrant du doigt le tract que l'homme serrait dans les mains.

Celui-ci sursauta de surprise, avant de brusquement se tourner vers la fille, méfiant. Il la dévisagea quelques instants avant de soupirer et de secouer la tête, sous le regard insistant de son interlocutrice.

– C'est une annonce de recrutement, expliqua-t-il, pointant du pouce les pirates inconscients. L'équipage du Chapeau de Paille est de retour après deux années d'inactivité, et ils cherchent à recruter de nouveaux membres.

L'homme montra l'affiche à Perona et celle-ci l'étudia de plus près, incrédule. Au même moment, elle sentit une main ferme lui agripper l'épaule et vit Kassandra lui montrer le même papier.

– C'était accroché au tableau d'information, fit-elle signe vers le panneau en liège.

– Qu'est-ce que c'est que cette annonce ? la questionna la princesse, perplexe.

– Je sais pas ce qu'il se trame par ici… Mais le repos est terminé, Pero, annonça Kassandra en faisant craquer ses phalanges. On a du pain sur la planche.

– Enfin ! Je commençais à m'ennuyer ! s'exclama Perona en faisant tourner son parapluie sous le regard ahuri de l'homme, qui récupéra son tract.

– Tout d'abord, Soul King, lui rappela-t-elle, agitant son ticket sous le nez. Mais garde les yeux ouverts.

Perona hocha la tête en réponse et suivit sa comparse, qui revenait sur leurs pas. L'heure du concert de la célébrité mondiale approchait, et elle avait promis à sa colocataire de s'y rendre.

Ces deux dernières années, cet étrange personnage, ce musicien talentueux, était sorti de nulle part et avait réussi à conquérir les cœurs d'innombrables fans. Les chiffres parlaient pour eux-mêmes ; en l'espace de ces deux ans, il réussit à vendre plusieurs millions de Tone Dials et de disques, faisant de lui l'une des plus grandes stars montantes, le Roi de la Soul. Et sa musique n'avait pas laissé Perona indifférente ; les maîtres de Kuraigana l'avaient bien remarqué, et purent faire le bonheur de la princesse fantôme en lui offrant plusieurs Tone Dials de Brook. Ils regrettaient presque leur cadeau ; depuis, le gramophone du château n'avait connu la paix, et jouait en boucle les mêmes mélodies, dont Perona se délectait. Et même Kassandra s'était rendue compte que cette musique la transportait et résonnait au plus profond de son âme, alors qu'elle n'avait jamais particulièrement aimé la soul.

Le duo prit un raccourci à travers les groves, empruntant des chemins tortueux et des rues malfamées. Kassandra menait la marche, mais ne faisait pas attention au monde autour d'elle ; elle était bien trop absorbée par l'avis de recrutement du faux équipage du Chapeau de Paille. Elle ne pensait pas que la popularité des pirates engendrerait des imposteurs, mais ceux-ci ne pouvaient pas plus mal tomber, avec le véritable équipage présent sur l'île.

Le cerveau de la jeune femme fusait à mille à l'heure, les pensées se multipliant. Ces usurpateurs ne savaient pas dans quoi ils s'étaient embarqués, et ce qui signifiait réellement d'avoir une grosse prime à sa tête, surtout quand on ne pouvait pas la justifier. Monkey D. Luffy était très loin d'être un pirate ordinaire ; après les nombreux dégâts qu'il avait causés à Enies Lobby, à Impel Down et à Marineford, sans oublier qu'il avait énervé une famille de Dragons Célestes à Sabaody deux ans auparavant, les plus gros bonnets du Gouvernement et de la Marine étaient à ses trousses. Et les imposteurs ne s'en rendaient pas compte. Proclamant ouvertement recruter de nouveaux membres, se pavanant dans les rues comme si elles leur appartenaient, il allait forcément y avoir des conséquences et des actions entreprises par les autorités. Ces dernières ne pouvaient se permettre qu'un tel équipage se retrouve et rejoigne le Nouveau Monde.

S'il ne s'agissait que d'usurpateurs qui risquaient de se faire percer à jour, Kassandra s'en moquerait. Le véritable problème était que les vrais pirates du Chapeau de Paille se réunissaient enfin sur l'Archipel, en ce moment même. Cette coïncidence ne pouvait pas plus mal tomber, et leurs retrouvailles s'avéraient être bien plus mouvementées que prévu.

– Pero, va falloir qu'on les aide à prendre la mer, marmonna la jeune femme de cheveux de jais, distante. Va y avoir du remue-ménage.

Elle se retourna pour s'adresser à la jeune fille, mais ne fit pas attention et percuta quelqu'un en prenant brusquement un virage.

– Aïe aïe, grommela-t-elle tête baissée, en se massant le nez.

L'épéiste ouvrit les yeux et se rendit compte qu'elle avait fait tomber les lunettes de soleil de la femme qu'elle venait de percuter. Elle s'empressa de les ramasser et les essuya avec ses manches, avant de les lui rendre.

– Désolée, je ne…, commença-t-elle en faisant face à la femme aux cheveux noirs.

Mais elle écarquilla les yeux et recula instinctivement en la reconnaissant.

– Vous… Nico Robin ! s'exclama-t-elle, perdant tous ses moyens.

Kassandra se rendit compte de sa bêtise et plaqua les mains sur sa bouche, avant de jeter un coup d'œil aux alentours, pour voir si quelqu'un l'avait entendue. Mais la ruelle dans laquelle la pirate se cachait était sombre et déserte, et la chirurgienne en profita pour s'y engouffrer, avant de se saisir des poignets de l'archéologue.

Le visage de cette dernière se ferma et elle voulut s'arracher de la prise de l'inconnue, déroutée.

– J'espérais tant vous rencontrer…, murmura la bretteuse, n'en croyant pas ses yeux.

– Qui êtes-vous ?! protesta Robin et fit quelques pas en arrière.

– Non, non, je ne vous veux aucun mal, vraiment ! contesta Kassandra en faisant de grands gestes, navrée d'alerter Robin. C'est avec nous que la tronche de cactus… Enfin on s'en fout… C'est juste que…

Sous le regard circonspect et froid de la femme, les mots manquèrent à la maîtresse de Kuraigana. Elle resta en suspens pendant quelques secondes, muette. Les paroles refusaient de sortir de sa bouche, et elle se maudissait pour cela. À un instant si crucial, qu'elle avait attendu pendant si longtemps, elle risquait de tout gâcher.

Alors, étant donné que les mots venaient à lui manquer, elle laissa ses gestes s'exprimer. Kassandra remonta les longues manches de sa tunique et présenta ses marques à Robin, les dévoilant. Et cette fois-ci, ce fut au tour de la jeune archéologue d'être surprise.

– Qu'est-ce que… Qu'est-ce que ça veut dire ?! s'exclama Kassandra, les yeux brillants. Qu'est-ce qu'il y est inscrit ?!

La jeune femme s'approcha de la bretteuse et se pencha pour mieux observer les écrits anciens. Ses yeux se troublèrent lorsqu'elle reconnut effectivement les ponéglyphes. Nombre de questions se bousculaient dans sa tête. Mais avant de les poser, elle devait se centrer sur les faits.

– Ça va me prendre beaucoup de temps de déchiffrer tout ça, commença-t-elle, avant de s'éclaircir la gorge. Et l'écriture n'est pas très nette, c'est brouillon, pas comme sur les pierres… Certains signes sont incomplets. C'est plus difficile encore que de simplement lire les ponéglyphes. Mais comment ça se fait que ?..

– Je m'en doutais que ce ne serait pas si simple…, baissa la tête Kassandra, la coupant dans son élan. Et puis, je ne pensais pas tomber sur vous, mais c'est clairement ma priorité… Pero… Tu penses que tu pourras y aller sans moi, à ce concert ?

La bretteuse se retourna pour chercher sa compagne, mais ne trouva rien d'autre qu'une ruelle déserte.

– Perona ? répéta-t-elle, ne se rendant pas encore compte de la situation.

– À qui t'adresses-tu ? lui demanda Robin, laissant tomber les formalités, la tutoyant. Tu étais seule.

– Comment ça, seule ?! s'écria Kassandra, déboulant dans l'avenue principale. C'est difficile de la louper, cette gourde ! Perona, t'es où ?!

Alarmée, elle chercha la jeune fille frénétiquement du regard, ne la voyant nulle part. La chasseuse de primes scrutait attentivement la rue dégagée, où seuls quelques groupes de bandits et de trafiquants peu fréquentables se terraient.

Soudainement, un cri étouffé parvint à ses oreilles, et le sang se glaça dans les veines de Kassandra. Cette voix fluette et insupportable, mais qu'elle cherchait désespérément ne pouvait appartenir qu'à une seule personne.

La bretteuse jeta un dernier coup d'œil à Robin, qui sembla avoir compris la situation urgente. Elle hésita un instant et se mordit la lèvre, avant de s'adresser à l'archéologue.

– Si seulement on avait plus de temps…, prononça-t-elle, à la place d'un adieu.

Elle regrettait de devoir la quitter si rapidement, mais elle n'avait pas le choix. Si Perona avait des ennuis, il n'y avait aucune hésitation à avoir. Avec ce qui se tramait dans l'Archipel, on ne pouvait être sûr de rien. Elle était responsable d'elle, et se devait de voler à son secours.

– J'aimerais tant t'aider… Et découvrir par moi-même ce qu'il y est inscrit, avoua Robin, s'approchant de son interlocutrice. Tout ce que je peux te dire, c'est de prendre contact avec les Révolutionnaires. Je sais aussi que la tribu des trois yeux, elle, elle peut t'aider. Cherche-la dans le Nouveau Monde. Ils sauront te répondre.

– Les Révolutionnaires ? La tribu des trois yeux ? Mais…

– Ils sont peu nombreux, ils se cachent… C'est la seule piste que je peux te donner.

Sentant le temps presser, et tout de même heureuse de pouvoir repartir avec de nouvelles informations, Kassandra hocha la tête en guise de remerciement.

– Merci, Nico Robin… Faites attention à vous, dans le Nouveau Monde, fit-elle en lui tournant le dos.

Encore secouée par ce qu'elle venait d'apprendre, la jeune femme courut là, d'où la voix de Perona semblait provenir. Se dépêchant, elle ferma les yeux et se concentra, déployant son Haki de l'Observation. La présence de la jeune fille fantôme était unique, tout comme celle de n'importe quel être vivant, et elle avait appris à la reconnaître entre mille, après avoir passé deux années à ses côtés. La bretteuse se dirigea là où son instinct lui criait d'aller et arriva au pied de la mangrove vingt-sept. Et entre deux bâtiments, dans une allée lugubre, elle vit sa peluche de Kumacy abandonnée. La chirurgienne la ramassa, et se rendit compte de la présence d'une sombre masse remuer à terre.

Sans perdre un instant de plus, Kassandra dégaina son épée et fonça vers l'étrange amas. Elle imbiba sa lame de Haki et transperça le sol sans ménagement, arrachant un cri de douleur rauque à un homme.

– Putain d'utilisateur de pouvoir…, marmonna la jeune femme, se saisissant de la masse avec son bras imbibé de Haki. Montre-toi !

Elle tira une tignasse du tas de boue et réussit à trouver la tête de l'agresseur de Perona. L'homme avait une peau basanée, et de perçants yeux verts dévisageaient Kassandra avec frénésie. La jeune femme resserra sa prise autour du cou de l'homme et le plaqua au mur du bâtiment.

– Aïe aïe, le Haki, ça fait maaal, se plaignit l'homme d'une voix traînante.

– Relâche Perona tout de suite, ordure ! maugréa Kassandra entre les dents, plaçant sa lame noire de Haki contre la fine peau du cou de son adversaire.

– Quoi, la jolie petite miss fantômette ? Alors que je me suis donné du mal à l'isoler…, se lamenta-t-il, tirant la langue.

La jeune femme ne souhaitait se répéter à une deuxième reprise et appuya sur Amanogawa, à la manière d'un avertissement silencieux. Et celui-ci sembla fonctionner, puisque quand une fine ligne de sang coula le long de son cou, l'homme pâlit.

– Pas besoin d'en venir à de telles extrémités ! changea-t-il rapidement de discours.

Kassandra recula, ne le quittant pas de ses yeux orageux. Voyant qu'il n'avait pas le choix, l'homme transforma la partie inférieure de son corps en marécage et en sortit miraculeusement Perona, qui reprenait son souffle. La jeune femme aux cheveux de jais rattrapa vivement son amie et l'éloigna du pirate, s'assurant qu'elle allait bien.

– Kass…, chuchota Perona, essayant de se relever.

– Tout va bien, je suis là, la rassura-t-elle en lui redonnant Kumacy et l'aida à se tenir debout.

Après s'être assurée de l'état de Perona, la chasseuse de primes refit face au pirate, qu'elle reconnaissait désormais. Sa prime avait été récemment revue à la hausse, et elle l'avait vue dans le Journal Économique. Caribou, tel était le nom de ce pirate ; il était tristement célèbre pour sa violence et sa soif de sang, surtout envers les soldats de la Marine. Il faisait partie des récents rookies qu'avait engendrée la première moitié de Grand Line, et d'après les souvenirs de la jeune femme, la mise à prix de sa tête s'élevait à plus de 200 millions de berry.

– Qu'est-ce que ça me démange de te rendre à la Marine, là maintenant tout de suite…, siffla Kassandra, furieuse. Mais j'hésite à te trancher la gorge avant.

– Mais c'est que je suis flatté qu'une telle dame me connaisse…, concéda le criminel avec de grands gestes. Et vous-êêtes ?..

– Ton bourreau, si tu la fermes pas rapidement, le menaça l'épéiste, pointant sa lame sur sa gorge.

– Ah, que Dieu me pardonne mes actes ! s'écria-t-il soudainement, les mains levées vers le ciel.

Les sourcils froncés, Perona, qui se sentait mieux, se tourna vers Kassandra, lui demandant silencieusement ce qu'elles devaient faire d'un tel numéro. Elles se regardèrent, blasées. Le personnage qui se présentait à elles était particulièrement dérangeant, et elles ne savaient pas sur quel pied danser avec le pirate. Mais la peur et l'incompréhension de la jeune fille furent remplacées par la fureur et le mécontentement, et elle désigna le pirate de son doigt accusateur, tous fantômes dehors.

– Je vais lui exploser la tête, à ce tas de morve ! aboya Perona, arrangeant les pans de sa robe et remettant son chapeau en place. Comment a-t-il osé mettre ses sales pattes sur moi ?!

En fin de compte, c'était Perona qu'il fallait arrêter. La jeune fille remontée, et pour de bonnes raisons, faisait constamment passer des fantômes à travers le corps de son agresseur, et finit par créer une boule de négativité constante.

– Je ne suis qu'une larve humaine, marmonnait Caribou, frappant sa tête contre le mur.

– Ça, je ne te le fais pas dire ! s'acharnait la fille fantôme, que Kassandra dût arrêter.

– Ne perdons pas plus de temps avec cet idiot, il n'en vaut pas la peine. Il faut qu'on se dépêche, fit-elle et mit son bras entre Perona et le pirate.

La princesse de Thriller Bark stoppa ses fantômes, qui riaient du malheur du criminel. Après quelques instants de battement, elle hocha la tête et suivit Kassandra avec détermination, se dirigeant vers le Sabao Dome.

– C'était qui, ce naze ? la questionna Perona quelques instants plus tard, ayant du mal à passer outre ce qu'il venait de se passer.

– Un pirate. Caribou. Je crois qu'il a une prime gravitant autour des 200 millions, essaya de se rappeler Kassandra, la mine sombre.

– Et qu'est-ce qu'il me voulait ?!

– Ça… Qu'est-ce que j'en sais, sur ce qu'il se passe dans la tête de ces raclures, cracha-t-elle.

– Ça se trouve… Il voulait me vendre au marché d'esclaves, prononça-t-elle fébrilement.

Perona ralentit la cadence à cette pensée, et Kassandra remarqua son regard troublé. La jeune femme claqua sa langue, ayant évidemment pensé à cette possibilité.

– Avec des "si", on pourrait refaire un monde, déclara la bretteuse dans un soupir, passant une main rassurante autour des épaules de son amie. Et je ne l'aurais pas permis. Évidemment que non.

La princesse fantôme releva son regard bouleversé vers sa colocataire et les larmes lui montèrent aux yeux, lorsqu'elle s'imagina le pire. Elle se jeta dans les bras de Kassandra et commença à pleurer, mouillant la tunique de sa comparse.

– Qu'est-ce… ce que j'aurais fait…, hoqueta Perona, reniflant du nez, alors que Kassandra lui tapotait maladroitement la tête.

– Tu aurais pleuré, comme à cet instant, souffla-t-elle en réponse, embarrassée. Allez, il faut qu'on y aille. Sinon, on va louper le concert de Soul King…

– Ah non, surtout pas !

Les pensées déviées de la nature de son malheur, Perona reprit du poil de la bête et ne les ralentit plus.

Les deux jeunes femmes parvinrent à rejoindre le Sabao Dome, situé à la grove trente-trois, juste à temps pour voir l'immense file d'attente s'engouffrer dans la salle de spectacle. Elles rejoignirent alors la fin de la queue, montrèrent leurs tickets, et s'enfoncèrent dans le hangar.

Perona voulut braver la foule avec les pouvoirs de son fruit du démon pour flotter jusqu'au devant de la scène, mais Kassandra le prédit et l'embarqua avec elle en la tenant fermement par l'épaule, jusqu'à un coin de la salle, où une sortie de secours était présente.

– Qu'est-ce que tu fais, Kass ? protesta-t-elle immédiatement, cherchant à s'arracher de son emprise. Je vais rien voir, là !

– Faut qu'on évite de trop se mêler au public, se justifia la chirurgienne avec un haussement des épaules. Tu peux voler pour t'en sortir, mais moi non. Les mouvements de foule peuvent être très violents. Imagine qu'on ait besoin de sortir en urgence.

– Et pourquoi on aurait besoin de sortir en urgence, hein ? C'est un concert, c'est fait pour s'amuser !

– J'ai accepté qu'on y aille seulement si on suivait mes règles, rappela Kassandra, avant que ses traits ne s'adoucissent devant la déception de la fille fantôme. Écoute, je sais que c'est chiant, relou, et tout ce que tu veux de se coltiner un chaperon, j'en ai tant de fois fait les frais avec Mihawk… Mais ce qu'il s'est passé avec Caribou, ça n'a été qu'un rappel. On est pas à l'abri, dans cet Archipel. Et notre mission première, c'est d'assurer les arrières de la face de chou. Le reste, c'est accessoire.

Perona écouta attentivement les arguments de Kassandra, et ne put qu'acquiescer. Bien qu'elle aurait voulu se délecter davantage du spectacle, elle pouvait déjà profiter de la simple occasion de s'y être rendue. Et naturellement, elle n'oubliait pas ce qui les avait conduit jusqu'à Sabaody en premier lieu. L'équipage du Chapeau de Paille n'était toujours pas parti, et voyant comment les événements se présentaient avec la Marine et les usurpateurs, ils risquaient d'avoir besoin de leur aide.

– Si tu veux, je peux te porter sur mes épaules, pour que tu puisses mieux voir, lui proposa la jeune femme, un léger sourire aux lèvres.

– Hm, pas besoin de ça ! réfuta Perona, les bras croisés. Je peux voler, comme tu l'as dit !

Kassandra s'esclaffa du caractère toujours aussi impétueux de la princesse de Thriller Bark, avant de reporter l'attention sur la scène, où les musiciens prenaient place. Des chœurs, des cuivres, une batterie ; les artistes saluaient la foule en délire, qui était impatiente de voir la star de cette tournée mondiale.

Bien que Perona préférait la solitude à la foule, elle se laissa rapidement emporter par l'ambiance euphorique de la salle. La deuxième femme eut un peu plus de mal à se laisser aller. Elle n'appréciait pas la foule et le bruit, et au bout de neuf années passées presqu'exclusivement sur Kuraigana, où elle se retrouvait constamment seule, le basculement dans un environnement vrombissant n'était pas le bienvenu. Elle essayait de garder la tête froide et de rester aux aguets, mais c'était bien plus difficile que prévu. La foule rugissante et la température étouffante lui montaient à la tête, et lui rappelèrent inexorablement la soirée qu'elle passa à bord du navire de Doflamingo, entourée d'ennemis. Et dans un moment pareil, elle aurait aimé se souvenir d'autre chose. De quelque chose de moins anxiogène, de préférence.

Kassandra émergea vers le monde extérieur lorsque le battement de mesure du batteur se fit entendre, et les premières notes s'élevèrent en l'air. Le public encouragea Soul King, qui fit son entrée dans le noir.

– Come on, baby ! cria-t-il, échauffant la foule.

Les fans répondirent à l'appel de l'artiste, et le duo de Kuraigana jura avoir senti les murs de la salle trembler sous l'engouement général.

– Je n'ai même pas de peau sur les os ! commença Soul King, et le public lui répondit instantanément.

– Bone !

L'enthousiasme pouvait être palpable dans la salle, et les dizaines de milliers de spectateurs étaient suspendus au moindre mot prononcé par leur star.

– Bone to be wild…

– BONE TO BE WILD !

Sans la moindre erreur, la foule chantait parfaitement en rythme avec Soul King. Les lumières éblouirent la scène avec de grands feux d'artifice, et le spectacle pouvait enfin commencer.

Une heure et demie de béatitude, d'extase et d'euphorie passèrent, où la foule fut plus répondante que jamais. L'artiste se déplaçait sur scène tel un poisson dans l'eau, jouant avec le public, qu'il tenait au creux de sa main. Il nourrit l'engouement de ses fans en prenant sa fameuse pose de quarante-cinq degrés, et alla même jusqu'à grimper sur les colonnes d'installation de la scène, se retrouvant tête en bas. Et au moment où il quitta la scène, les applaudissements et les éloges ne furent certainement pas timides, le public réclamant un encore.

Perona se tourna enfin vers Kassandra, un sourire éblouissant aux lèvres et les yeux brillants.

– Tu vois que c'était trop bien ! s'écria-t-elle, de façon à ce que sa comparse l'entende par-dessus la foule hurlante.

La bretteuse se contente de hocher la tête en levant un pouce en l'air, lorsqu'elle sentit son escargophone vibrer dans sa poche. Reprenant tout son sérieux, la jeune femme s'engouffra par la porte de sortie de secours, qui menait à un couloir, et où les rugissements de la foule furent atténués.

– Kassandra à l'appareil, décrocha-t-elle, alors que ses oreilles bourdonnaient à cause du calme ambiant du couloir.

« Kassandra, c'est Shakky » s'annonça son interlocutrice. « Vous êtes bien au concert ? »

– Oui, on y est, c'est pas encore fini, répondit-elle, fronçant les sourcils. Un problème ?

« Essayez de partir. On a intercepté une communication de la Marine, ils ont encerclé le Sabao Dome. Ils vont le prendre d'assaut d'un moment à l'autre »

– Quoi, mais pourquoi ?! s'exclama la bretteuse, les yeux grand ouverts.

« Ils ont remonté les pistes et compris que notre cher Brook, Soul King, fait partie de l'équipage du Chapeau de Paille » expliqua Shakky d'une voix posée.

La mâchoire de Kassandra se décrocha en entendant cette affirmation. Et si elle venait de Shakky, il n'y avait aucun doute à avoir ; c'était bien véridique.

Quelques jours auparavant, alors que Perona était rentrée à l'hôtel plus tôt, la bretteuse avait erré dans l'Archipel un long moment, cherchant le sommeil. Et elle était retombée sur le bar où elles avaient accompagné Zoro, auprès d'un certain Rayleigh. Cette nuit-là lui permit de faire la connaissance d'une admirable femme, qui lui rappela bien des souvenirs de l'époque où Mihawk et elle avaient voyagé ensemble. Plus encore, Shakuyaku lui apprit bien des choses sur le passé de son autoproclamé frère, donnant lieu à une discussion des plus intéressantes et intimidantes sur son passé. Kassandra était bien heureuse de pouvoir mieux connaître Mihawk, sachant qu'il n'était certainement pas du genre à parler de tous ces événements de lui-même.

Elle découvrit aussi qu'elle et Rayleigh se chargeaient d'encadrer les retrouvailles des pirates du Chapeau de Paille, et Kassandra voulut tout de suite faire partie de la boucle. Les aider à prendre la mer était leur but depuis le départ, ainsi que la raison pour laquelle le duo de Kuraigana était resté sur l'Archipel tout ce temps.

– Je ne savais pas ça, moi non plus ! s'étonna Kassandra avec un rire nerveux. Il faut qu'on l'aide à s'en sortir aussi, alors !

« Ne t'en fais pas, je viens de le prévenir, et un autre groupe est déjà sur le coup » la rassura la femme d'une voix douce. « Débrouillez-vous pour quitter la salle de concert au plus vite, la marée humaine pourrait vous bloquer un moment »

– Bien reçu. Merci, Shakuyaku.

« Oh je t'en prie, tu peux m'appeler Shakky ! »

Kassandra raccrocha en entendant cela, le sourire aux lèvres. Elle ne pouvait se résoudre à tutoyer celle qu'elle avait appris être la mère de Mihawk. Elle avait hâte de retrouver cette femme exceptionnelle après le départ des pirates, ne serait-ce que pour reprendre un verre en son agréable compagnie.

Elle entrouvrit l'issue de secours et se dépêcha de se saisir du poignet de Perona pour l'y engouffrer sans ménagement.

– Eh, qu'est-ce que tu fais ?! contesta la jeune fille, contrainte à suivre sa comparse.

– Tu te souviens, j'ai parlé de situation urgente ? lui rappela Kassandra, ne se retournant pas. Bah c'est le cas.

– Hein, comment ça ? Mais c'est presque la fin du concert, et…

– La Marine a encerclé le périmètre, faut qu'on se tire, la coupa-t-elle dans son élan, traversant le couloir en courant. Soul King fait partie de l'équipage du Chapeau de Paille. Du vrai.

– Quoi ?! n'en crut pas ses oreilles la princesse fantôme. Mais comment ça se fait que…

– On discutera du pourquoi et du comment plus tard. Pour l'instant, on doit partir, sinon la panique et la foule vont nous coincer quand la Marine passera à l'action.

Les sinueux couloirs sombres de l'envers du décor ne jouaient pas en faveur des deux jeunes femmes. Kassandra sentait qu'elles tournaient en rond, et Perona utilisait la capacité de ses fantômes de traverser les murs pour rapidement trouver la sortie, et les guider.

Parallèlement, malgré l'insonorisation des murs, elles pouvaient tout de même clairement entendre ce qu'il se passait dans la salle de concert. Et le retour sur scène de Brook ne se passa pas dans le silence.

« Merci d'avoir attendu, everybody ! » entendirent-elles nettement. « J'ai quelque chose à vous dire »

Le duo put entendre le silence tomber sur la salle de spectacle, suspendue aux lèvres du musicien. Bien qu'il n'ait plus de lèvres.

« Aujourd'hui, le Soul King… »

Sa phrase fut interrompue par des coups de feu d'avertissement, et Perona sursauta en les entendant. Kassandra serra sa main un peu plus fort, l'encourageant à ne pas s'arrêter, lorsqu'elles entendirent la Marine prendre la parole avec un escargo-parleur.

« Stop ! Nous interrompons le concert ! Vice-capitaine des pirates du Rumbar, alias Brook le fredonneur. Mise à prix : trente-trois millions de berry ! Tout porte à croire qu'il s'agit bien de toi ! Et on vient d'apprendre que tu es un des hommes du chapeau de paille ! Brook le Soul King… Non, plutôt Brook le pirate ! Tu es en état d'arrestation ! »

– Putain, j'espère qu'on va pouvoir sortir à temps, se maudit Kassandra, accélérant.

– Mais comment il va s'en sortir, Soul King ? s'inquiéta Perona, jetant des coups d'œil en arrière.

– Fais confiance à Shakuyaku, et à ces têtes brûlées. Connaissant Zoro, je parie que dans leur équipage, y'en a pas un pour rattraper l'autre…

« Brook le pirate ! Pose ton instrument et lève les mains en l'air ! »

Or, malgré les avertissements de la Marine, les deux jeunes femmes entendirent clairement le son d'une guitare, indiquant que le musicien ne baissait pas les bras.

– Il essaye de gagner du temps ? tenta de deviner Kassandra.

« Luffy au chapeau de paille serait mort ? Et puis quoi encore ?! » prononça solennellement le chanteur.

Le duo vit enfin la porte de sortie, mais en entendant ces mots, la jeune femme au cheveux de jais s'arrêta dans la course, surprise, et souhaitant entendre la suite.

« Ce ne sont que des foutaises… Clamez-le dans le monde entier ! Le pirate Luffy au Chapeau de Paille est bel et bien vivant ! »

Perona s'était également arrêtée, dévisageant avec intérêt la sombre fin du couloir qu'elles venaient de quitter. Et en écoutant la déclaration de Brook, la chasseuse de primes ne put s'empêcher de s'esclaffer. Il n'y avait réellement pas un pour rattraper l'autre, dans cet équipage.

« Et un jour, il régnera sur les mers du monde entier ! Son départ doit être célébré en fanfare, oh baby ! »

De Zoro à Brook, ce qui les unissait était le lien qu'ils entretenaient avec leur capitaine. Il était une pièce maîtresse, une charnière. Chacun plaçait toute sa confiance absolue en lui, et clamait fièrement faire partie de son équipage. Kassandra n'avait encore jamais témoigné d'une telle loyauté. Et un rictus narquois étira son visage, alors qu'elle se saisit du bras de Perona pour l'emmener vers la sortie.

« Aimez-moi jusqu'à l'os ! C'est mon dernier morceau de soul, profitez-en ! »

Au son de la musique entraînante, Kassandra découpa la porte de sortie sans se retenir, faisant éruption dehors. Les deux jeunes femmes sautèrent entre les décombres et atterrirent de l'autre côté de la ligne de défense faite de soldats de la Marine, les surprenant.

– C'est qui, elles ? s'exclama l'un d'entre eux, les visant avec son fusil.

– Des complices du pirate Brook ?!

Kassandra ne prit pas la peine de se justifier auprès d'eux, malgré les protestations de Perona, qui s'était accrochée au cou de la jeune femme dans la mêlée. La bretteuse désorganisa les rangs de la Marine avec quelques coups d'épée et continua sa route, rappelant la propriétaire du bar de l'Arnaque avec son escargophone.

– Shakuyaku ? Où est-ce qu'on doit aller, maintenant ? demanda-t-elle lorsque le combiné fut décroché.

« Le navire du Chapeau de Paille a été déplacé à la grove quarante-deux » les informa la femme. « La réunion du faux-équipage a lieu à la grove quarante-six. Toutes les issues menant à cette mangrove ont été bouclées par la Marine pour les encercler »

– Ces idiots pensent que c'est le vrai équipage, pesta Kassandra. Quelles mangroves sont bouclées, exactement ?

« La quarante, la quarante-deux et la quarante-quatre »

– Sur un coup de poker, ça passe, supposa-t-elle, courant toujours avec une Perona pendue à son cou. Ça détournera l'attention des soldats, pendant que les vrais se feront la malle.

– Où est-ce qu'on va aller, Kass ? gémit la jeune fille fantôme après que Kassandra ait raccroché la ligne.

– À la grove quarante-six, où les imposteurs se retrouvent, annonça-t-elle, déterminée. Si des problèmes venaient à déborder jusqu'à la quarante-deux, où le navire du vrai équipage se trouve, ça viendrait de là.

– Quoi, tu veux aller au cœur de toute cette embrouille ?! broncha la princesse.

– Ça sert à rien d'aller directement à la quarante-deux. Il faut au contraire empêcher les perturbateurs de s'y rendre, explicita l'épéiste, sortant une carte de l'Archipel de sa poche. Donc, il faut les intercepter avant.

Elles suivirent ce plan, se dépêchant de s'y rendre. Le tumulte des combats et l'ambiance déchaînée commençait à se faire ressentir, et lorsqu'elles arrivèrent à la grove quarante-huit, elles montèrent en hauteur pour avoir une vue d'ensemble sur ce qu'il se passait à la grove quarante-six.

– Y'a de l'ambiance, là-bas, commenta la chasseuse de primes, observant la scène avec sa longue-vue. Des Pacifistas, rien que ça ! Ils rigolent pas. Heureusement que c'est le faux équipage, le vrai ne doit pas être dans le coin…

Mais sa phrase resta en suspens entre ses lèvres, lorsqu'elle vit ce qu'il se passait à la grove quarante-six. Sidérée, elle reconnut le jeune homme à l'immense sac à dos qui avait énervé le chef des imposteurs un peu plus tôt dans la journée. Et au moment où cet inconnu fit tomber sa cape, il se révéla être Monkey D. Luffy.

– Mais qu'est-ce qu'il fiche là, ce con ?! s'écria Kassandra. Pourquoi il est au milieu de la mêlée ! C'est pas vrai !

Sans qu'elles ne puissent l'empêcher, le combat entre la Marine et le capitaine pirate s'engagea, que ce dernier semblait totalement dominer. Sous les regards ébahis du duo de Kuraigana, il battit un Pacifista d'un seul coup de poing. Et pour avoir entendu les rumeurs sur la force démesurée de ces Armes Humaines, Kassandra savait que cet exploit n'était pas à la portée de n'importe quel pirate.

Mais elles ne furent pas au bout de leurs surprises, puisqu'au même moment, elles virent un homme blond, ainsi qu'une carrure reconnaissable entre mille avec ses trois sabres s'élancer dans la bataille aux côtés de leur capitaine, achevant le deuxième Pacifista en moins de temps qu'il fallait pour le dire.

– Il était donc là, ce cactus ! s'exclama Perona, secrètement contente de le voir sain de sauf.

– Apparemment, confirma Kassandra, consternée par l'attitude désinvolte des pirates. Viens, on va les devancer. C'est le pire scénario possible… Il faut toujours qu'ils fassent parler d'eux.

Perona s'envola avec ses fantômes et sa colocataire sauta du toit, fonçant vers le passage entre la grove quarante-trois et quarante-deux, par lequel les pirates allaient passer pour rejoindre leur navire. Elles en profiteraient pour les laisser passer, et retenir les soldats à leurs trousses.

En prévision du combat, Kassandra enroula un foulard autour de sa tête, dans l'espoir de dissimuler son visage. La dernière des choses dont elle aurait besoin, c'était d'être assimilée à des pirates. Pire encore, recevoir une prime à sa tête. Et le Gouvernement n'était pas connu pour sa clémence envers les alliés de cet équipage, qu'il cherchait à capturer à tout prix.

– Pero, tu peux prendre de la hauteur pour voir la situation? lui demanda Kassandra, pointant le ciel.

– Pourquoi ça ? C'est derrière nous, les ennuis !

- Même s'il y a moins de soldats avec le déménagement de Marineford de l'autre côté de la Red Line, il y a la base G-1 qui a été construite à la place. Et s'ils sont pas débiles, dès que la Marine a eu vent de la présence de l'équipage à Sabaody, ils auraient dû envoyer des renforts.

La fille fantôme hocha la tête et fit ce que sa comparse lui demanda. Arrivant à la hauteur des cimes des immenses mangroves, elle scruta attentivement l'horizon, et remarqua effectivement la présence de trois bâtiments.

– Trois cuirassés à onze heures ! cria Perona, les pointant du doigt. Le navire du Chapeau de Paille sera bientôt à portée de leurs canons !

– Putain, ils sont à la traîne, pesta la jeune femme, accélérant la cadence.

Elles continuèrent à avancer, mais au croisement d'une autre grove, de nouveaux ennemis arrivèrent à leur hauteur. Kassandra ordonna à Perona de continuer pendant qu'elle retenait cette unité de la Marine, et la jeune fille fantôme partit devant, sans discuter sa directive.

Quelques soldats passèrent entre les mailles du filet de la chasseuse de primes, mais Perona put s'en charger sans difficulté. Armée de ses fantômes négatifs, elle scrutait attentivement l'arrivée des pirates, qu'elle aperçut enfin, droit devant elle.

Le trio, composé de Monkey D. Luffy, du blond qu'elle avait vu à Thriller Bark et de la tête de cactus, se hâtait pour rejoindre leur navire. Et étrangement, ils n'avaient pas de soldats à leurs trousses. Perona se dépêcha alors de les rattraper.

– Évidemment que c'était vous, tout ce foutoir, entra-t-elle en scène, faisant face aux pirates. Franchement, qu'est-ce que vous faites encore là à traîner ?

Luffy pencha la tête, se demandant s'il la connaissait, tandis que les regards de Sanji et de Zoro se troublèrent. Mais avant que ce dernier ne puisse dire quoi que ce soit, le cuisinier le devança et virevolta jusqu'à la jeune fille, euphorique.

– Oh, mais c'est la jolie petite miss de Thriller Bark ! la reconnut-il, les yeux en cœur.

– C'est qui, elle ? demanda Luffy, sincèrement perdu.

– Et toi alors ? prononça enfin Zoro, les bras croisés. Qu'est-ce que tu fous encore là ?

Remontée, Perona s'approcha de lui et pointa son doigt accusateur sur son torse.

– T'as vu comment tu me parles ? Alors que je t'ai conduit à bon port ! s'offusqua-t-elle. Sans moi, tu n'aurais jamais trouvé le chemin. Sois un peu redevable !

Les deux amis se lançaient des éclairs, mais Perona fut alertée par l'étrange présence dans son dos.

– Une femme, une vraie…, marmonna le cuisinier, la reniflant.

– Oui et alors ? aboya la fille fantôme, mal à l'aise. T'es malade ou quoi ?

Mais le blond fit mine de ne pas l'entendre, continuant son manège, qu'elle essaya d'ignorer en se tournant de nouveau vers Zoro.

– Dépêchez-vous plutôt de lever l'ancre, leur conseilla-t-elle dans un soupir. Des cuirassés se dirigent par ici. Secouez-vous, ou vous serez coincés sur Sabaody.

– En effet, la situation est critique, concéda Sanji d'une voix sérieuse, mais dont l'expression dépravée ne changeait pas. Mais c'est bizarre. Impossible de me résoudre à partir.

– C'est pas bientôt fini tes conneries, toi ?! s'indigna la princesse fantôme, commençant à réellement avoir peur de l'étrange personnage.

– Une demoiselle en chair et en os ! Quel pied ! s'extasia-t-il en criant à pleins poumons, les bras levés au ciel.

Face à l'attitude immorale du blond, et voyant qu'il ne s'arrêtait pas, Perona hurla, envoyant ses fantômes négatifs sur lui pour se protéger. Mais au même moment, un coup de pied atteignit le cuisinier en plein visage, et le fit tomber à la renverse.

– Je ne suis qu'un sale détritus, bredouilla Sanji sous l'emprise des spectres négatifs, la tête baissée.

– C'est qui, ce tordu ? demanda la nouvelle arrivante, Kassandra, les sourcils froncés.

– T'es là aussi, toi ? la reconnut Zoro, s'approchant de la jeune femme.

– Où veux-tu que je sois ? C'est vous qui n'êtes pas à destination, les réprimanda presque la bretteuse, faisant tourner son épée. Dépêchez-vous de rejoindre votre navire et de partir, ça urge. On vous couvre.

Zoro et Luffy hochèrent la tête, comprenant la situation. Sanji, quant à lui, réussit à se relever dès que l'effet des fantômes s'estompa. Mais en posant les yeux sur la jeune femme aux yeux verts, son attitude d'obsédé revint à la charge, et il se mit à saigner du nez.

– J'ai été frappé par les foudres de l'amour…, justifia-t-il le coup qu'il reçut de la part de Kassandra, retrouvant toutes ses forces pour virevolter autour d'elle.

– C'est qu'il en redemande, l'animal ! fronça-t-elle du nez et serra sa prise sur Amanogawa. J'imagine que c'est lui le cuistot, Zoro ?

– Difficile de la louper, sa tête d'ahuri, confirma le principal intéressé, l'air mauvais.

– Tu l'as dit, acquiesça Perona, blasée.

– T'as un problème, tête d'algue ?! Tu me gâches la vue, aux côtés de deux demoiselles !

– Haha, vous êtes trop marrantes ! s'inséra Luffy en riant de bon cœur. Tu les connais, Zoro ?!

Les cinq semblèrent oublier leurs soucis le temps de quelques instants, mais leur dispute, plus qu'une simple discussion, fut coupée par l'arrivée d'un oiseau géant.

– C'est quoi ça ? posa la question Luffy, regardant le volatile multicolore.

– Je vous ai trouvés ! siffla une voix fluette.

Une petite silhouette que Luffy, Zoro et Sanji reconnurent entre mille se montra, et les visages des quatre pirates s'illuminèrent.

À force de traîner et de s'engager dans des combats qu'ils ne devraient pas commencer pour ne pas perdre de temps, tous les autres membres de l'équipage avaient commencé à s'inquiéter pour leurs trois amis perdus. Avec l'aide des oiseaux géants, Chopper avait donc décidé d'aller les chercher, afin qu'ils puissent rejoindre leur navire le plus rapidement possible.

Perona et Kassandra les saluèrent brièvement. Elles ne se perdirent pas dans davantage d'adieux envers le jeune sabreur, lui ayant dit tout ce qu'elles voulaient plusieurs jours auparavant. Il partait sans regrets pour elles, ou pour Mihawk.

Les deux jeunes femmes livrèrent combat pendant quelques instants de plus, avant l'arrivée d'insectes géants, qui se mirent à bloquer l'accès à la grove quarante-deux. Pour éviter d'être malencontreusement écrasées et pour avoir une vue d'ensemble sur le navire des pirates du Chapeau de Paille, Perona et Kassandra se trouvèrent un endroit sûr en hauteur. La princesse fantôme laissa ses fantômes se déchaîner en bas, et la chasseuse de primes rangea son épée dans son dos, serrant son genou contre elle.

– Franchement, lui alors ! Il m'aura pris la tête jusqu'au bout ! pesta Perona, faussement remontée. Il va falloir que je me trouve un nouveau jouet…

Sa compagne sourit en la voyant serrer son Kumacy en peluche dans les bras. La chirurgienne savait qu'au fond d'elle, elle était triste que Zoro s'en aille. Tous les quatre, avec Mihawk, ils s'étaient beaucoup rapprochés avec le temps, et rien ne pouvait effacer cela.

La jeune femme aux cheveux de jais secoua la tête, chassant sa nostalgie, sachant pertinemment qu'elle ne tarderait pas à revenir malgré elle. Dans tous les cas, elle ne pouvait être qu'heureuse pour le bretteur.

– Oi oi, ils font quoi, là ? intervint Perona au bout de quelques minutes, voyant que les pirates n'avaient toujours pas plongé. Il y a deux cuirassés droit devant… Et trois autres à neuf heures !

– Ça prend du temps, d'appareiller un navire enduit de résine, dévoila Kassandra. Aucun geste superflu n'est permis, c'est ce qui va les conduire dix mille mètres sous l'eau, jusqu'à l'île des Hommes-Poisson… Qu'ils prennent leur temps.

– Je veux bien te croire, concéda Perona. Mais là, ils sont à portée de leurs tirs !

Et comme pour accompagner ses paroles, la Marine tira des canons en direction de l'équipage pirate, faisant chavirer leur navire. La princesse fantôme se redressa, s'envolant presque à leur rescousse, mais Kassandra la retint.

– Regarde, dit-elle simplement, lui tendant sa longue-vue. Tout va bien.

La jeune fille se saisit de l'objet et observa les cuirassés. Arrivé de nulle part, un navire aux couleurs verte et rouge, arborant pavillon qu'elle ne connaissait pas fit son apparition, bloquant la progression de la Marine. Quant au deuxième groupe de bâtiments, Perona vit soudainement un un oiseau géant apparaître dans le champ de vision de la longue-vue. Le volatile se dirigea vers les navires sans peur, et déchira leur voile principale.

– Wow, balèze l'oiseau ! s'extasia Kassandra, levant le pouce en l'air. Mais d'où elles sortent, les Kuja ?! Elles prennent leur défense ?

Tous ces événements qui empêchèrent la Marine d'avancer et de prendre les pirates en tenaille, était-ce écrit par le destin immuable, ou s'agissait-il simplement d'une chance insolente ? Kassandra ne sut quoi en penser, et un rictus narquois étira les traits de son visage.

– Sans doute un peu des deux…, chuchota-t-elle, et Perona haussa un sourcil, silencieuse.

Il ne fallut pas plus de temps pour le navire des pirates du Chapeau de Paille de commencer à immerger dans l'eau, avant d'être entièrement englouti par les profondeurs des flots.

Les bruits des combats arrivaient distinctement à leurs oreilles, ne cessant pas, mais le silence que les deux habitantes de Kuraigana entendirent fut un des plus vides qu'elles n'avaient jamais ressenti. Telles des vagues déferlantes au large d'une île, les flots de leurs souvenirs de ces deux dernières années les submergèrent, et elles eurent du mal à respirer.

Perona ravala ses larmes, s'étant promis de ne pas pleurer pour un imbécile pareil. Kassandra, quant à elle, souriait doucement, les yeux mi-clos, et profitait de la brise printanière. Malgré le but de Zoro, qui était de s'entraîner et de devenir plus fort, ce qu'elles vécurent à ses côtés à Kuraigana leur apprit beaucoup de choses malgré elles. Bien plus qu'elles ne l'auraient pensé. Et les deux jeunes femmes ne s'en rendaient compte qu'au moment du départ de l'épéiste.

Les regrets n'avaient pas leur place à un moment pareil. Seules les bonnes intentions et les silencieux encouragements étaient acceptables. Mais malgré tout le pragmatisme de Kassandra, ce fut Perona qui prit la parole en première, dans le but d'éclaircir un de ses doutes.

– J'étais persuadée que vous étiez deux idiots qui allaient finir ensemble et ça allait finir en un mélodrame, comme dans un de mes bouquins… Twoilette ? Et que j'allais devoir vous secouer la cervelle à tous les deux pour pas que…

– Hein ? se réveilla l'épéiste, étonnée. Sois pas bête.

– Il a passé plus de temps avec nous qu'avec son équipage, tu sais ! remarqua la fille fantôme, se grattant le menton. Vous étiez si proches… Je l'ai bien remarqué avec mes fantômes, hein.

– Tu nous espionnais ?! s'offusqua Kassandra, bondissant.

– Je ne les contrôle pas toujours, mes fantômes ! Je voulais pas ! Ils se baladent où ils veulent, mais je peux voir à travers leurs yeux ! essaya-t-elle de se justifier d'une voix aigüe. Et j'en ai vu, des choses…

Malgré elle, les joues de Kassandra s'empourprèrent et elle détourna la tête, mal à l'aise. Même s'il ne s'était passé rien de tendancieux au manoir durant les deux années, l'aveu de la jeune fille n'était pas des plus commodes. Enfin, de ce qu'elle savait, évidemment. Après tout, la jeune chirurgienne avait souvent été absente du manoir et n'était pas au courant de tous les secrets qui avaient bien pu être étouffés entre les murs du château. Et à la seule pensée de ce que Perona avait bien pu surprendre, elle frissonna.

– J'veux rien savoir à ce sujet, trancha-t-elle, catégorique. Garde tes secrets.

Cette fois-ci, ce fut aux joues de Perona de prendre une teinte rosée et elle balança ses pieds dans le vide, avant de s'éclaircir la gorge pour reprendre contenance. Kassandra arqua un sourcil face à son attitude, mais ne commenta pas, n'en pensant pas moins.

– Le temps nous était compté, haussa la bretteuse des épaules, essayant de paraître, et être, indifférente. Nos chemins ont apparemment été destinés à se croiser, mais jamais à continuer côte-à-côte. Ce n'était certainement pas notre destin.

– Zut, quoi ! Vous avez ruiné mon script ! C'était pas prévu comme ça, dans mon carnet ! s'exclama la princesse en secouant son journal sous le nez de Kassandra, raturant de grandes lignes. Vous avez tout gâché, tous mes plans amoureux !

– T'es tellement investie, on dirait que c'est toi qui est à ma place…, la taquina-t-elle avec un coup de coude.

– Moi ? Avec l'autre abruti ?! Ça va pas la tête, non ?! T'as vraiment pas les yeux en face des trous.

– Et Mihawk alors ? Je vois bien les regards que tu lui lances, prononça lascivement Kassandra avec un clin d'œil exagéré.

– Arrête de raconter n'importe quoi ! Il n'a pas de cœur, Œil de Faucon !

– Allez, c'est ça, Docteur Love, tapota-t-elle son épaule, l'encourageant à se lever.

Reprenant leur sérieux, les deux jeunes femmes observèrent longuement l'horizon et les fonds marins, comme pour essayer de deviner la silhouette à trois sabres. Mais elles ne trouvèrent évidemment rien d'autre que leur propre appel à l'aventure, et à la liberté.

Ces deux dernières années, elles avaient vécu dans l'unique objectif d'aider Zoro. Mais maintenant qu'il était parti, un doute perfide naissait au fond de leurs tripes, incertaines sur la marche à suivre. Le ciel était peut-être clair et limpide, mais l'avenir s'annonçait bien plus sombre. Se fier à leur instinct était sans doute la meilleure chose à faire ; et ce qu'il leur dictait n'était pas bien réjouissant. Le regard de Kassandra s'assombrit à cette pensée, déterminée à relever n'importe quel défi qui se présenterait à elle. S'il y avait bien une chose que Zoro lui avait apprise sans s'en rendre compte, c'était l'obstination presque maladive. Presque.

Malgré toutes ses promesses, les larmes coulèrent le long des joues de Perona, mais elle essaya de sauver les apparences en se cachant derrière sa peluche.

– C'est… Je pleure pas ! Il ne me manquera pas ! C'était qu'un idiot de toute façon ! se défendit-elle, alors que personne ne lui avait demandé de justification.

La chasseuse de primes soupira, la prenant affectueusement par les épaules.

– Ouais… Mais le problème avec les idiots, c'est qu'on s'y attache.

Or, à cet instant même, le soleil s'annonçait plus radieux que jamais. Kassandra se cacha les yeux avec la paume de sa main, tant sa lueur l'aveuglait, et elle décida d'abandonner ses doutes. Tout ce qui importait après tout était l'instant présent. Et pour le moment, leurs pensées se devaient être concentrées sur Zoro et son équipage, les accompagnant mentalement.

Kassandra et Perona lancèrent un dernier regard chaleureux au paysage, essayant d'apercevoir le fond de l'océan. Le visage de Zoro leur revint à l'esprit, orné d'un de ses rarissimes sourires, et elles fermèrent les yeux, lui souhaitant toute la force du monde dans ses épreuves à venir.

FIN


Évidemment, il reste l'épilogue, on ne panique pas ! Mais cet épilogue sera également le prologue de la suite de cette histoire, sur laquelle je travaille depuis des mois, et que j'espère vous proposer prochainement.
Pour la publication de l'épilogue, je me demandais si ça vous intéresserait d'avoir la "fiche de personnage" de Kassandra ? À la manière du wikia OP et des infos random qu'Oda donne sur certains persos (groupe sanguin, si X était un animal, quelle serait la nationalité de X...), j'en ai fait une pour Kass. Je peux l'inclure comme un petit bonus !

Tous les évènements du chapitre sont évidemment à mettre en parallèle avec l'arc du Retour à Sabaody. Je suis restée la plus fidèle possible au canon, ça me tient à cœur.

Différentes scènes. Des moments drôles. Angoisse, admiration, attendrissement, perversité (cc Sanji), nostalgie. Toutes les émotions que j'avais mis dans ma fic, j'ai essayé de les condenser dans ce dernier chapitre. Et je suis très satisfaite par ce que j'ai accompli. J'espère qu'il a été à la hauteur de vos attentes !

Je vais revenir une dernière fois sur Zoro et Kass, pouvant désormais le faire sans "gâcher" l'histoire, vu qu'elle est finie en un sens. Au départ, je voulais faire une histoire d'amour entre eux. J'avais des doutes sur la façon de gérer ça, mais je tenais à cette idée jusqu'au chapitre 13. À ce moment là, j'ai eu un déclic, et je me suis posée deux questions : est-ce que ça aurait un intérêt scénaristique (la réponse était oui), et est-ce que ce serait logique dans le cadre de l'histoire (la réponse était non).
Tel que je perçois Zoro deux ans plus tard, mentalement, il a énormément changé. Et s'il y a bien un truc qui peut changer les gens, c'est l'amour. Mais ce serait la dernière chose dont Zoro se préoccuperait après avoir perdu son équipage, et dans sa quête de la force (très SW tout ça). Il s'en fout, de l'amour. Donc c'était logique que cette histoire n'aboutisse pas.
Du côté de Kass, c'est différent. C'est Zoro qui l'a changée, elle et sa perception du monde, et même si elle le prend pour de l'amour, moi-même, je ne saurais dire si c'est le cas, ou si c'est causé par le fait que Zoro a changé sa vision des choses. Quand on aime quelqu'un pour sa force, ce n'est pas de l'amour. C'est de l'admiration. Ce ne serait donc pas de l'amour, mais un lien d'amitié et de gratitude très fort.

Si vous vous sentez inspiré.e, dites-moi donc ce que vous en pensez. Ça me fait si plaisir d'avoir trouvé des gens qui s'intéressent sincèrement à l'histoire. Je n'aurais pas pu espérer mieux, lorsque j'ai commencé. Je vous aime putain.

En attendant, prenez soin de vous, et passez une bonne vie !