Titre : Trahis-moi pour survivre
Auteur : Lady Zalia
Bêta-lectrice, correctrice, muse et ange gardien : Sayaka-san22
Type : Omegaverse [Voldarry]- Harry Omega Voldemort Alpha. Romance – Aventure - Drama
Disclaimers : Univers appartenant à J.K. Rowling. Rating M. Ce chapitre est particulièrement long.
Résumé du chapitre précédent : Voldemort décide de retrouver son ancien visage. De retour chez lui, il chauffe Harry, mais au dernier moment, il décide de se venger pour s'être refusé à lui deux semaines plus tôt (le gars juste un peu revanchard). Il humilie son Oméga, lui rappelant qu'il a beau l'avoir violé, à cause du lien, il sera obligé de se soumettre et le désirera quoi qu'il arrive. Désespéré par la situation, Harry laisse libre court à sa magie, s'enfermant dans un cocon de glace, protégé par un gardien. Voldemort n'a d'autre choix que de s'infiltrer dans son esprit pour le convaincre de ne pas se laisser mourir.
Chapitre 5
Harry n'avait jamais été bon en Occlumancie, et à présent qu'il était dans son refuge mental, il comprenait pourquoi. L'endroit ressemblait à la salle aux objets cachés de Poudlard : une immense pièce aux murs blancs, où ses souvenirs étaient entassés pêle-mêle. Son esprit était assez lumineux, bien qu'il n'y voyait aucune fenêtre, mais le bazar qui y régnait lui donnait un air de gigantesque placard. Il suffisait de tendre la main pour attraper un souvenir. Sa découverte du monde magique, un peu plus loin son premier noël à Poudlard, ses amis, ses aventures… Tout était là, vaguement rangé par ordre chronologique.
C'était la première fois qu'il s'y retrouvait. Il se souvenait simplement s'être endormi dans la salle de bain, et lorsqu'il s'était réveillé, il était… ici. Il ne savait pas comment il y était parvenu, mais ça lui convenait très bien. Il ne comptait plus jamais se réveiller. Ici il était au calme, il était seul... En sécurité. Il n'avait pas mal. Il se sentait apaisé.
Étrangement détaché, il commença à revoir ses souvenirs en évitant soigneusement les plus récents. Ici, la première fois qu'il était monté sur un balai. C'était pendant le premier cours de vol. Drago avait volé le Rapeltout de Neville et il s'était précipité à sa poursuite pour le lui récupérer. Il avait éprouvé une joie intense en s'apercevant qu'il savait voler. Ces émotions lui semblaient aujourd'hui si lointaines...
Cette autre fois où il était monté sur Buck, l'hippogriffe. Lorsqu'il avait gagné sa première coupe de Quidditch. Lorsqu'il était allé chez les Weasley pour la première fois. Lorsqu'il avait obtenu ses BUSE… Il y avait aussi des souvenirs moins joyeux, et d'autres vraiment tristes. Lorsque Sirius était mort… Lorsque Cédric était mort… Que lui conseilleraient-ils aujourd'hui ?
Fouillant plus profondément dans sa mémoire, il commença à visionner des images de son enfance. Les institutrices de l'école élémentaire qui évitaient soigneusement son regard chaque fois qu'il revenait, le visage tuméfié par les coups de Dudley. Ses vêtements trop grands et déchirés, ses lunettes réparées au ruban adhésif. Les journées entières qu'il passait enfermées dans son placard, ne recevant l'autorisation de sortir qu'au soir venu… Finalement, sa courte vie n'avait pas été très heureuse. À les revoir maintenant, il avait presque l'impression que ces souvenirs ne lui appartenaient pas. Comment expliquer qu'il ne se soit jamais rebellé contre ce traitement épouvantable ? Depuis sa plus tendre enfance, il avait supporté sans broncher l'absence d'affection, les privations de nourriture, l'enfermement, les coups… La soumission était manifestement inscrite dans ses gênes… Et dire que la plupart de ses professeurs le jugeaient indocile. Il n'arrivait même pas à haïr les Dursley pour cela...
Alors qu'il consultait des souvenirs de plus en plus anciens, son regard fut attiré par une petite porte tout au fond de la pièce. Elle était presque dissimulée par les souvenirs et semblait même antérieure aux premiers d'entre eux. On aurait dit celle de son placard, mais dont le bois aurait été soumis aux intempéries. Curieux, il essaya de l'ouvrir mais elle lui résista, comme si elle était verrouillée. Était-ce des souvenirs si traumatisants que son cerveau avait essayé de les occulter ? Il fit la moue. Il n'avait pas grand-chose d'autre à faire de toute façon. Il tira de toutes ses forces, et la porte finit par s'ouvrir, révélant un minuscule cagibi où se trouvait… un garçon.
Harry était tombé en arrière lorsque la porte avait finalement cédé, et il recula instinctivement d'un bon mètre en écarquillant les yeux. Il avait immédiatement reconnu l'identité de ce garçon caché au fond de lui.
- Voldemort ! Mais...
On aurait dit Tom Jedusor lorsqu'il avait quinze ans. Il était plus petit que Harry et plutôt maigre, brun, les yeux marrons. Le jeune garçon le fusilla du regard.
- Tsss. Va voir ailleurs si j'y suis...
Il tenta de refermer la porte mais Harry fut plus rapide. Il s'interposa, les poings serrés, sa colère soudainement remontée à la surface. L'enfant face à lui semblait plus effrayé que lui-même, mais il était hors de question qu'il se fasse à nouveau avoir par les stratagèmes du mage noir.
- C'est mon esprit ici ! Tu crois que tu ne m'as pas suffisamment torturé pour aujourd'hui !? Va-t'en ! Je ne veux pas te voir, je te déteste !
- Si tu ne veux plus me voir, referme cette porte et oublie-moi. Mais je ne partirais pas d'ici. Je ne suis pas… l'autre… Enfin, plus vraiment. Ça fait seize ans que je suis avec toi, Harry. Quoi que tu fasses, tu ne pourras pas me déloger. Je fais partie de toi.
Rejetant la réalité, le Survivant empoigna le garçon par le col de ses vêtements pour le soulever du sol. Sa rage pour Voldemort avait décuplé ses forces et fait disparaître tous ses scrupules. Il voulait lui faire du mal tout comme il lui en avait fait...
- Tu mens ! Tu crois que je vais encore me laisser piéger ?
D'un coup de pied bien placé, le garçon lui fit lâcher prise avant de le repousser et jeter un regard dédaigneux autour de lui.
- Si ton esprit était un peu mieux rangé, tu aurais su… À un moment, j'ai cru que tu t'apercevrais ma présence, mais non, tu as fermé les yeux, comme toujours ! En revanche, je suis presque certain que Dumbledore m'a vu, lui, même s'il ne t'a rien dit. Ce sale fouineur a utilisé la Legilimancie sur toi plusieurs fois sans que tu ne te doutes de rien… Mais tu peux continuer d'ignorer la réalité, après tout, je m'en fiche bien…
Le Survivant ouvrit la bouche, la connexion se faisant petit à petit dans son cerveau.
- Tu es un fragment… de Voldemort. Un morceau de son âme… Tu es un Horcruxe ! J'ai… un Horcruxe… en moi… Le septième Horcruxe… Mais…
- Mon autre moi n'en a sans doute même pas conscience. Il a déjà utilisé le lien entre nous pour te tromper, te montrer ce qu'il voulait que tu voies. Mais reconnaître notre échec ne fait pas partie de nos qualités premières, tu devrais le savoir…
Harry s'assit sur le sol. Il avait l'impression de manquer d'air. Même son esprit était pollué par la présence du mage noir. Dumbledore avait probablement prévu sa mort… Il ferma brièvement les yeux, les larmes perlant au bout de ses cils. Alors qu'il était dans son propre esprit, il pouvait presque entendre son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine.
- Je… Ma vie est un enfer. Par ta faute. Je suis exténué… de tout ça. Des manipulations de Voldemort. De Dumbledore. De la Prophétie. Je ne veux plus continuer…
L'Horcruxe soupira et le fixa avec mépris.
- Je t'ai connu plus battant. Tu comptes abandonner aussi facilement que ça ? Ne veux-tu pas vivre, ne serait-ce que pour donner tort à Dumbledore ? Est-ce que tu vas vraiment te conformer à un destin tout tracé par un vieux fou ? Ne voudrais-tu pas te rebeller pour une fois ?
- Et qu'est-ce que je suis censé faire d'après toi ? Ma vie était déjà bien pourrie avant le lien. Maintenant c'est un cauchemar continu.
- Tu ne t'en es peut-être pas rendu compte, mais Voldemort est tout aussi influencé par le lien que toi. Même s'il le montre moins. Il te l'a dit, il utilise l'Occlumancie. C'est bien parce qu'il a peur de ce qu'il pourrait ressentir pour toi. Il ne peut plus te tuer et il ne se risquera pas non plus à te jeter un Endoloris. Il t'a humilié ? Et alors ? Personne n'en est témoin, ton honneur a vécu bien pire.
Le Survivant roula des yeux, manifestant une certaine lassitude. Un fragment de Voldemort était en train de lui remonter le moral. Il était définitivement en train de devenir fou. Il s'affaissa doucement sur lui-même alors que la fatigue se faisait ressentir.
- Quel réconfort, vraiment… Pourquoi tu me dis ça ?
- C'est évident. Je n'ai aucune raison que tu meures.
- Parce que ça nuit à tes plans ? J'imagine sans doute que tu vas finir par aspirer mon énergie vitale et prendre le contrôle de mon corps ?
Le visage de l'Horcruxe se fendit d'une grimace.
- Si j'avais pu le faire, je l'aurais déjà fait ! Ta chère Ginny était faible et l'Horcruxe du journal en a profité. Mais moi je suis un Horcruxe accidentel. Je suis arrivé ici quand Voldemort a essayé de te tuer, il y a seize ans. Mais je ne peux pas exister sans toi. Si tu meures, je disparais. J'ai donc tout intérêt à te motiver pour continuer à vivre…
- Et supporter l'autre caractériel ? Merci bien. Je ne verrais plus jamais mes amis et le lien me pousse en plus à… me soumettre à lui… et à le désirer. J'ai envie de gerber rien que d'y penser.
Tom vint s'agenouiller à ses côtés et Harry frissonna, mal à l'aise à l'idée qu'un fragment d'âme de Voldemort soit aussi près de lui.
- Ne me dis pas que tu n'y as pas ressenti un certain plaisir, je ne te croirais pas. Je suis d'accord, mon autre moi a fait une grossière erreur en se jouant de toi comme il l'a fait. Mais à l'heure actuelle, il est probablement en train de le regretter amèrement. Tu es si fragile… Crois-moi, tu pourrais obtenir beaucoup de lui, si tu y mettais les formes. En plus de sa peur de la mort, il ne pourra pas résister au lien éternellement. Il peut peut-être ignorer ton désespoir, mais son instinct d'Alpha le rattrapera d'ici peu. Ne voudrais-tu pas jouer un peu au Serpentard, pour une fois ?
Le jeune sorcier fit la moue. Lui, manipuler Voldemort ? Il voulait simplement se sentir protégé et choyé, ne plus vivre dans la peur… Il tourna instinctivement la tête vers l'autre côté de la pièce où se trouvaient ses souvenirs les plus récents. La veille, lorsque Voldemort avait joué son rôle d'Alpha, il s'était senti si bien… Que n'aurait-il pas sacrifié pour retrouver ce sentiment ?
- Si je pouvais avoir la certitude qu'il allait me respecter… Je pourrais même… accepter de vivre à ses côtés. J'ai l'impression d'avoir lutté toute ma vie. Et je n'en peux plus. Je ne veux pas vivre dans une angoisse perpétuelle. Combien de temps vais-je encore souffrir avant qu'il ne cède au lien à son tour ?
- Je ne peux pas répondre à sa place. Il va falloir que tu sortes d'ici pour le confronter.
- Pour l'instant je ne m'en sens pas la force. Je veux dormir. Juste quelques heures.
- Plus tu attendras et plus tu t'affaibliras. La magie que tu maintiens dans le monde physique t'épuise. Mais personne ne peut t'y contraindre, pas même moi. Je ne peux que t'encourager à l'affronter… Et si ça peut te rassurer, tu sais désormais que tu n'es pas tout à fait seul.
Allongé à même le sol, Harry ferma les yeux. Ce n'était pas bien confortable, mais il se sentait éreinté. Semblant comprendre qu'il n'obtiendrait rien de plus de lui, l'Horcruxe ne chercha pas à le maintenir éveillé. Sans doute qu'une petite sieste lui ferait du bien… Ou une bonne nuit de sommeil.
Il sombra dans le néant. Un temps… Jusqu'à ce qu'une poussée insistante le réveille. Quelqu'un l'appelait… Il ouvrit les yeux sur le visage de Voldemort, mais un Voldemort adulte cette fois. Le mage noir était penché sur lui, et Harry roula sur lui-même avant de se reculer précipitamment. Il était toujours dans son esprit, mais lorsqu'il regarda autour de lui, il ne vit nulle trace de l'Horcruxe. Sans doute était-il retourné dans sa cachette.
- Bon sang… Va-t'en… Casse-toi de mon esprit ! Je suis venu ici pour avoir la paix !
Se lever aussi brusquement l'avait étourdi. Il sentit son champ de vision tourner autour de lui et vacilla en avant, tombant à genoux sur le sol faute de quoi se retenir. Se redressant doucement, il fusilla du regard le sorcier face à lui. Voldemort avait fait un pas en avant mais il s'était arrêté, jugeant sans doute plus prudent de ne pas l'effrayer davantage. Il semblait étrange, loin de cette attitude arrogante qu'il manifestait habituellement. Comme s'il ressentait de l'inquiétude pour lui…
- Harry, je ne suis pas ici pour cela. Il faut que tu reprennes conscience. Tu es en train de mourir.
Le Survivant secoua la tête. C'était impensable, la seule chose qui pouvait inquiéter son Alpha était sa propre survie. Il serra les poings, sa hargne transparaissant dans sa voix.
- Et tu ne t'es pas dit que c'était ce que je voulais ? Non, bien sûr. Tu ne penses qu'à ta petite personne. Le jour où Voldemort se souciera de qui que ce soit, il neigera en Enfer.
Le mage noir ne releva pas l'insulte. Il baissa les yeux et fit un nouveau pas en avant. La situation semblait réellement le préoccuper.
- Je me suis mal comporté, je me suis montré injuste et cruel avec toi alors que tu n'avais rien fait. Tu avais accepté le lien et j'ai tout gâché.
Le Survivant voulut se relever pour lui faire face, mais le monde tanguait encore sous ses yeux, il se contenta donc de s'asseoir.
- Comme si j'allais croire en ta sincérité. Tu ne sais que mentir et tromper. Je suis bien suffisamment tombé dans tes pièges. Au moins je mourrais avec la satisfaction de t'emporter avec moi.
Son Alpha sembla vouloir s'approcher un peu plus, mais Harry imagina instinctivement une lourde herse se dresser devant lui et elle apparut soudainement au milieu de la pièce, empêchant le mage noir de faire un pas de plus. Finalement, ce n'était pas si difficile, l'Occlumancie...
- Harry, s'il te plait. Je souhaite… m'excuser. Et crois bien que ce n'est pas chose facile pour moi. J'ai besoin de toi à mes côtés.
De l'autre côté de la grille, le jeune sorcier pouvait voir clairement le visage de Voldemort. Et il n'avait jamais été aussi expressif. Le regard baissé et la moue déçue, il paraissait réellement regretter ses actes. Il savait cependant combien il pouvait se montrer séducteur et il ne fit pas un geste pour se rapprocher.
- Je sais déjà que tu as besoin de moi. Si je meurs, ta santé mentale va se déliter petit à petit. Tout ce que tu auras fait pour rester en vie, créer des Horcruxes, devenir le plus puissant… Tout cela n'aura servi à rien. Tu vas mourir en sachant que tout est de ta faute. Tu as essayé de me tuer, tu m'as violé, tu m'as marqué, tu m'as menti et humilié… Chaque fois que tu as tenté de me détruire, cela s'est retourné contre toi. Pour un esprit aussi brillant, on aurait pu penser que tu apprendrais la leçon plus tôt.
Face à ses arguments, le mage noir soupira. En désespoir de cause, il tendit un bras entre les barreaux, mais Harry ne bougea pas d'un pouce. Il lui aurait suffi de tendre la main pour le toucher, mais il avait bien trop peur de voir sa détermination se fissurer.
Car malgré tout, malgré sa récente tentative, malgré ce qu'on pensait de lui, il craignait la mort comme n'importe qui. Il était triste que sa vie ait été aussi courte, douloureuse. Il aurait préféré que son Alpha ne soit pas là, à essayer de l'amadouer, pour pouvoir le haïr jusqu'à son dernier souffle. Tous ses doutes et ses regrets le paralysaient. Dans le silence de son esprit, il entendit presque Voldemort reprendre son esprit pour tenter une nouvelle fois de le convaincre.
- Je ne peux pas revenir sur ce qui a été fait. Je t'ai haï plus que tout au monde. J'ai souhaité ta mort un nombre incalculable de fois. Mais aujourd'hui, je te demande de me laisser une dernière chance. Je ne te ferais plus souffrir, je prendrais soin de toi. Je ne promets pas de t'aimer, tu sais que je ne crois pas en ce sentiment. Mais je te promets de te garder à mes côtés et te protéger de tous les dangers.
À nouveau, il serra les poings, sa colère nourrie par sa peur.
- Encore des promesses ? Seras-tu seulement capable de tenir ta parole ? J'ai... envie de te croire. Mais toute ton existence tu n'as fait que détruire. Je ne survivrais pas à une autre trahison de ta part. Je me sens épuisé… de tout cela. De cette guerre absurde, de cette lutte perpétuelle. De toutes les fois où j'ai dû me relever et combattre malgré la douleur.
Il avait envie de tout abandonner pour pouvoir s'oublier entre les bras de son Alpha, fermer les yeux sur le reste. Ne plus être Harry Potter, ne plus être le Survivant, ne plus être le Sauveur. Être uniquement l'Oméga de Voldemort. Le seul à recevoir son affection. Le seul à pouvoir se blottir contre lui. Il avait envie de tout cela, mais il était terrifié à l'idée de le dire à haute voix.
Serait-il mauvais ? Serait-il jugé comme le pire des parjures ? Sans doute. Mais il n'avait plus la force de lutter et ses seules options étaient de mourir ou vivre en dépit de tout ce en quoi il croyait. Quelle était la justice en ce bas-monde ?
De l'autre côté de la herse, Voldemort avait collé son visage au lourd grillage de métal, comme s'il espérait soudain pouvoir passer au travers. Il était si proche...
- Je ne te promettrai pas de choses irréalisables. Je veux être sincère avec toi. Je ne changerai pas qui je suis, ni ne mettrai fin à mon règne. Mais plus aucun mal ne te sera fait, je te respecterai et n'ignorerai plus le lien. Tu seras mon Oméga et je me conduirais comme ton Alpha.
- Est-ce que tu es prêt à faire un Serment Inviolable ?
Un éclair de rage traversa le regard du sorcier face à lui.
- Il faut un Enchaîneur et il est hors de question que nous mêlions un tiers à cette histoire. Mais je peux jurer devant Nagini. Tu sais combien je la respecte.
Harry soupira. Il voulait essayer. Y croire une dernière fois… À bout de forces, il dissipa la barrière qui le séparait encore de Voldemort, et le mage noir se précipita sur lui pour le prendre dans ses bras. Un intense soulagement saisit soudain Harry qui eut l'impression de reprendre son souffle. Le lien avait marqué son âme si profondément que même ici, au fin fond de son esprit, il ressentait un besoin presque irrépressible de toucher son Alpha. Mais ce n'était pas assez, il voulait sentir son odeur, son étreinte sur son corps. Sa perception ici était trop distante, pas assez réelle.
- Je veux sortir d'ici. Je veux rentrer…
Il n'eut qu'à peine le temps de formuler sa pensée qu'il se sentit glisser en avant.
***/+/***
Voldemort reprit conscience presque en même temps que Harry. Il avait senti son Oméga se réveiller, et il se redressa immédiatement pour rejoindre la salle de bain. Le jeune sorcier semblait un peu hagard et il se précipita sur lui pour le prendre dans ses bras, ne lui laissant pas le temps d'essayer de se relever. Il sentait sa faiblesse aussi nettement que si c'était la sienne et il savait qu'il ne tiendrait pas sur ses jambes. Dans la pièce, tout le givre avait disparu, de même que l'étrange gardien de glace, mais les vêtements de Harry étaient humides et il tremblait.
Lorsqu'il le serra contre lui, la première chose qui le frappa fut sa peau glacée… Lui qui avait pris l'habitude de sentir un corps chaud contre le sien, haït instantanément cette sensation. L'Oméga se tendit entre ses bras et il resta interdit un instant, se demandant quoi faire pour le rassurer. Il lui faisait penser à un animal craintif qu'il lui faudrait apprivoiser, et par analogie, il flatta doucement sa nuque. Effleurant de ses doigts les mèches noires de Harry, il serra les dents alors que le lien lui renvoyait en pleine face les conséquences de sa propre stupidité. Il percevait avec une précision effrayante l'état de son Oméga : ses muscles endoloris par le froid, l'angoisse qui lui nouait la gorge, cette impression d'étouffer, de ne plus avoir la force de remonter à la surface, ce marasme gluant qui obscurcissait son horizon et l'entraînait par le fond. L'Élu était littéralement en train de crever de désespoir...
Le mélange de ses propres émotions et de celles de son Oméga était explosif. Il se sentit soudain furieux contre lui-même. Comment pouvait-il encore lui faire confiance ? Comment parvenait-il seulement à croire en lui ? Il aurait été à sa place, il lui aurait fait payer au centuple, mais au lieu de ça il s'abandonnait entre ses bras…
Soulevant son précieux fardeau, il commença à se diriger vers la chambre.
- Tu es en hypothermie et épuisé. Mais je vais prendre soin de toi.
Il y aurait sans doute encore des tensions, des incompréhensions de l'un ou de l'autre. Nagini était le seul être vivant dont il ait jamais pris soin, et elle était relativement indépendante. Mais il était bien décidé à garder le Survivant dans son giron, ne serait-ce que pour préserver son immortalité.
Il déposa son précieux fardeau sur le lit mais alors qu'il se reculait, il sentit une faible pression le retenir par un bout de sa robe sorcière. Comprenant sans un mot ce que Harry voulait, il tira doucement sur son vêtement pour le dégager, tentant d'ignorer l'image qui se gravait dans sa tête : Les doigts du Survivant raccrochés à lui comme s'il était son dernier espoir.
Ses attentes dépassaient l'entendement. Comment pouvait-il nourrir une telle foi envers lui, qui avait pourtant tout fait pour le détruire ? Prenant une brusque inspiration, il fronça les sourcils et se détourna un peu sèchement :
- Je vais brasser une potion pour te redonner des forces. Je n'en aurais pas pour très longtemps.
Maintenant qu'il y prêtait pleinement attention, le lien lui indiquait clairement le degré de détresse morale de son Oméga et il semblait prêt à s'effondrer. C'était trop d'émotions pour lui, il avait besoin de s'éloigner de tout cela, de la manifestation physique de ses erreurs.
- Nagini, reste avec Harry. Je serais vite de retour.
Il quitta la pièce d'un pas rapide malgré le regard suppliant du jeune sorcier. Le philtre revigorant était extrêmement simple à fabriquer et serait prêt rapidement. Il rejoignit donc son laboratoire et assembla les ingrédients avec agilité et précision. Après ses études, il avait consommé à outrance ce genre de potion pour mener ses recherches la nuit tout en travaillant pour Barjow et Beurk le jour. Il en connaissait par cœur la recette, ainsi que le temps minimum de repos nécessaire avant sa consommation. Tout cela était d'une simplicité extrême. Couper les ingrédients, les ajouter dans un ordre précis, brasser la mixture, puis la filtrer, laisser refroidir. Il n'avait même pas besoin de réfléchir, lui laissant tout le loisir de repenser à sa situation.
Lorsqu'il revint dans la chambre, un peu plus d'une heure plus tard, Harry n'avait pas bougé du lit. Il tenait Nagini contre lui comme un enfant serrant sa peluche, luttant tant bien que mal contre la fatigue qui l'harassait. Ses yeux verts étaient lourdement cernés et son teint pâle contrastait nettement avec ses cheveux bruns en bataille. À nouveau, son apparente vulnérabilité le frappa de plein fouet. Comme si le Survivant était en permanence en équilibre entre la force et la faiblesse. Marchant tel un funambule, les yeux fermés. Concentré mais si exposé.
- Pourquoi tu ne dors pas ?
- Je voulais… t'attendre. S'il te plaît, reste avec moi.
La voix de son Oméga lui déchira le cœur, faisant brusquement monter en lui des émotions qu'il ne pensait pas capable de ressentir. Sans hésiter, il déposa la fiole sur la table de nuit avant de retirer sa robe sorcière et se glisser dans le lit aux côtés de Harry. L'Alpha venait de prendre les commandes, pour le bien de son Oméga et il se laissa guider avec la certitude que c'était, pour une fois, la meilleure chose à faire...
- Je ne partirai pas. Tiens, bois cette potion.
Harry avait retiré ses vêtements humides lorsqu'il s'était couché, et une fois le philtre vidé, Voldemort l'attira contre lui. Son instinct lui hurlait de protéger le jeune sorcier et au vu de son état de vulnérabilité, il ne songea pas une seule seconde à le lui refuser. La peau de son Oméga était encore anormalement froide malgré la couette mais il savait qu'elle se réchaufferait bientôt à son contact. Au bout de quelques minutes d'un silence confortable, Harry tourna la tête pour croiser son regard.
- Je suis bien là. Contre toi. Je me sens en sécurité. C'est apaisant.
Ne voyant trop où le Survivant voulait en venir, il ne répondit pas, perdant son regard dans le plafond de sa chambre pour masquer son inconfort. Il était mal à l'aise avec ces notions de sécurité ou même de bien-être, d'autant plus quand il s'agissait de compter sur quelqu'un pour cela. Depuis toujours, d'aussi loin qu'il se souvenait, il n'avait compté que sur lui-même pour pourvoir à ses besoins. Bien évidemment, le lien avait aussi bouleversé ce paradigme. Il avait désormais BESOIN de son Oméga comme son Oméga avait besoin de lui. Mais il n'était certainement pas prêt à le reconnaître à haute voix.
Depuis le réveil de Harry, il avait décidé de se montrer pragmatique. Si le lien lui disait de tenir son Oméga contre lui pour calmer ses angoisses, alors il le faisait. À défaut de comprendre les émotions aberrantes générées par son second-genre, il se devait d'y obéir, au moins durant les jours à venir. Il était passé bien trop près de la Mort pour la braver à nouveau en méprisant le jeune sorcier. Et s'il devait être honnête avec lui-même, ce n'était pas si désagréable.
Ils restèrent ainsi pendant près de huit heures. De manière surprenante, Harry s'était rapidement endormi malgré le philtre revigorant. Manifestement il en avait besoin. Quant à lui, il avait passé son temps dans un demi-sommeil paisible, sans autre désir que de rester ici avec son Oméga. Il lui était étrange, presque choquant, de penser à un autre être vivant ainsi, surtout après avoir passé ces seize dernières années à souhaiter sa mort. Mais il savait que c'était grandement à cause du lien, âprement malmené depuis le début de leur relation, et qui revenait en force à présent qu'il le laissait s'exprimer.
Il avait tout de même attiré un livre depuis la salle, et lorsque le jeune sorcier émergea de son sommeil, il le sentit immédiatement. Il avait pleinement récupéré et n'était plus en danger, ce qui était rassurant, bien que son moral ne soit pas encore au beau fixe. Prudemment, il prit la parole, surveillant les expressions faciales de son Oméga alors qu'il lui annonçait ses projets.
- Je vais devoir aller au manoir Malefoy pendant plusieurs heures. Ensuite nous irons en Europe. Je ne peux me permettre de retarder ma recherche donc tu m'accompagneras.
Instantanément, Harry se redressa et lui jeta un regard suppliant.
- Est-ce que je pourrais t'accompagner aussi au manoir Malefoy ? Je n'aime pas rester seul. Je ne prononcerai pas un mot et je jouerais le prisonnier obéissant et soumis !
Il plissa les yeux, assez peu confiant en la capacité de son Oméga à respecter une règle.
- Tu es conscient qu'ils chercheront sans doute à t'humilier ? Je ne vais certainement pas te serrer contre moi pour te rassurer.
- Je sais. Maintenant je vois les choses différemment. Je me fiche bien de ce qu'ils racontent. Et tu ne les laisseras pas me toucher, n'est-ce pas ?
Il passa un bras possessif dans le dos du jeune sorcier, presque par réflexe. La simple idée que l'un de ses Mangemorts ne touche Harry lui avait procuré un frisson désagréable.
- Non. Tu m'appartiens. Personne n'a le droit de poser la main sur toi. Mais je doute que cela soit une bonne idée. Sauras-tu garder ton calme quoi qu'il arrive ?
- Je te le promets. Je sais que tu ne voudras plus que je t'accompagne si je me comporte mal, donc j'ai tout intérêt à respecter ma parole. Et à propos de parole donnée, de ton côté, tu avais dit que tu prendrais Nagini pour témoin...
Il serra les dents, tâchant de ne pas montrer sa contrariété. Son Oméga osait exiger des promesses de sa part ! Il aurait aimé le punir pour ne serait-ce que lui avoir parlé sur ce ton. Cependant il était pris à la gorge, contraint par ce maudit lien de garantir non seulement sa sécurité mais aussi son bien-être... Heureusement qu'il avait accepté Nagini comme caution morale. Et dire qu'il avait songé à un Serment inviolable… Son engagement aurait alors été nettement plus contraignant.
L'imposante reptile était roulée en boule au pied du lit et il tendit la main vers elle pour attirer son attention.
- Nagini, approche. Je t'ai déjà dit que Harry Potter était devenu mon Oméga. Cela signifie qu'il est devenu extrêmement important pour moi. Hier, il a failli mourir par ma faute et il ne faut pas que cela se produise car cela entraînerait ma disparition. Nous avons donc décidé de conclure un marché. Il ne doit pas chercher à s'enfuir ni me nuire ou tenter de mettre fin à ses jours. Et de mon côté, je dois le protéger, le respecter et prendre soin de lui. Est-ce que tu comprends ?
- Oui, maître. Harry Potter est précieux pour le maître. Fragile et vulnérable comme un serpent tout juste sorti de l'œuf. Le maître doit se montrer gentil. Et Harry Potter doit rester à ses côtés.
Le jeune sorcier fit la moue, ne semblant pas tellement apprécier la métaphore. Pour sa part, il la trouvait très à propos. Pour l'illustrer, il glissa ses doigts le long de la nuque de son Omega, comme il avait fait pour Nagini, et Harry pencha instinctivement la tête en avant pour l'inciter à continuer.
- Je ne suis pas si faible…
- Harry Potter, mon serpent aux yeux verts. Voilà un nouveau surnom bien adéquat. Tu devrais être flatté, j'ai toujours eu beaucoup de respect pour ces animaux.
- Je n'ai rien contre les serpents, bien au contraire. Je n'en ai jamais eu peur.
Le Survivant lui jeta un regard espiègle et il se sentit traversé par une brusque vague de désir. Entendre un autre être humain parler fourchelang avait quelque chose d'à la fois assez nouveau mais aussi de vraiment satisfaisant. Mais savoir que le seul autre homme à parler fourchelang était Harry Potter, son Oméga, c'était tout bonnement excitant. Une preuve de plus que l'Élu était à lui. Un Oméga exceptionnel pour un Alpha exceptionnel.
Décidant de suivre ses pulsions, il bascula le jeune sorcier sur le lit et plongea sur ses lèvres tentatrices. Harry lui offrit immédiatement l'accès à sa bouche et il sentit le désir poindre alors que les phéromones de son Oméga lui parvenaient à travers l'échange de salive. Il se contenta cependant d'un baiser avant de se redresser avec un sourire sardonique.
- Malheureusement nous n'avons pas le temps pour plus que cela. Mais si tu es sage, à notre retour, je pourrais peut-être corriger mon comportement cruel de l'autre nuit…
Les joues rosies et le sourire aux lèvres, Harry avait déjà basculé ses jambes de l'autre côté du lit et il se leva, dévoilant son corps presque nu à son regard avide.
- À vrai dire, j'avais une… demande… Puisque je dois te faire confiance et me baser sur ta seule parole, j'aimerais récupérer ma baguette.
Il se tendit immédiatement, perdant tout sourire.
- Je ne me souviens pas avoir envisagé cela dans notre marché.
- C'est vrai, mais j'aimerais beaucoup l'avoir avec moi. Juste de manière symbolique. Tu es mon Alpha, que risques-tu ? Je ne partirais pas, tu sais parfaitement que je suis incapable de t'attaquer et si je veux vraiment mourir, je n'ai pas besoin de baguette. Cela prouverait simplement ta confiance en moi et tu pourras toujours me la confisquer si tu juges que je ne me suis pas bien comporté.
Son Oméga parlait de la mort avec une telle légèreté, que Voldemort grimaça malgré lui. Severus avait raison. Si au premier abord, on pouvait croire que Harry lui accordait sa confiance les yeux fermés, il avait parfaitement compris comment s'enfermer dans son propre esprit et était capable de replonger à la moindre menace de sa part. Il n'était pas près de pouvoir jouer avec lui de sitôt.
Il prit le temps de réfléchir aux arguments du jeune sorcier, sentant à travers le lien combien ce sujet lui tenait à cœur.
- Tu négocies comme un vrai Serpentard. Nous verrons cela à notre retour, mais j'attends de toi que tu joues parfaitement ton rôle. Et pas de magie instinctive.
Il agita sa baguette en direction du placard et une tenue en sortit pour Harry tandis que lui-même s'habillait de son côté.
- Tu sais, le Choixpeau voulait vraiment m'envoyer à Serpentard. Mais j'avais déjà entendu dire que tous les mages noirs venaient de cette maison alors j'ai insisté pour aller à Gryffondor.
- Quel dommage. Qui sait, avec les bonnes influences, tu aurais peut-être pu finir dans mes rangs…
Cette fois, Harry éclata de rire.
- J'en doute fort. Drago est tout de même assez pathétique. Il n'est pas bête, mais c'est un trouillard, toujours à se la ramener et se réfugier derrière son père. Et je ne parle même pas de Vincent Crabbe et Gregory Goyle qui sont d'une stupidité affligeante. J'aurais pu devenir ami avec Theodore Nott à la limite, c'est un gars malin, plutôt discret. Mais je ne l'ai jamais entendu faire de prosélytisme. Enfin, quoi qu'il en soit, il m'aurait été difficile de souhaiter te rejoindre au vu de l'horrible mal de crâne que ta seule présence me provoquait.
Voldemort eut un léger sourire en entendant les jugements lapidaires de son Oméga. Il discutait avec facilité avec lui et il pourrait sans doute être une précieuse source d'information à l'occasion...
- Crabbe et Goyle ont élevé leurs fils pour en faire des Mangemorts, je ne gâcherai pas leur volonté. Mais si je comprends bien, il vaut mieux que j'évite de leur confier une mission décisive…
- Ah ! Attends d'entendre ça ! En deuxième année, Malefoy fanfaronnait tout le temps en disant que le monstre de Serpentard allait tuer tous les Nés-Moldu. Du coup on pensait que c'était lui qui avait ouvert la Chambre des Secrets. Pour l'interroger, mon amie Hermione a fabriqué du Polynectar, et pour prendre la place de Crabbe et Goyle, on a simplement déposé deux gâteaux imbibés de somnifère sur leur chemin. Ils les ont avalés sans réfléchir une seule seconde.
Il secoua la tête. Ses deux Mangemorts n'étaient certainement pas des modèles d'intelligence, et à en croire Harry, leurs enfants semblaient encore pires. L'histoire de son Oméga lui fit cependant se souvenir d'un détail important. Harry Potter était connu pour son attachement à ses amis, Severus le lui avait bien dit. Pourtant, il n'en avait mentionné aucun lorsqu'il avait parlé des membres de l'Ordre...
- Tu m'aurais dit que tu avais toi-même fabriqué du Polynectar, j'aurais été impressionné. Mais là c'est juste pathétique. Et tes précieux amis avec qui tu faisais les quatre-cent coups… Ne sont-ils pas au courant des Horcruxes eux-aussi ?
- Non. Je ne voulais pas leur dire. Je savais que ça serait dangereux. Ron aurait sans doute insisté pour m'accompagner, mais il a attrapé la dragoncelle. Et Hermione a fui le pays, elle est partie en Australie avec ses parents après la mort de Dumbledore.
Même sans Legilimancie, il était évident que Harry mentait. Il avait parfaitement senti à travers le lien son changement d'humeur. Son corps avait aussi manifesté son angoisse. Il s'était brusquement détourné de lui et son visage avait perdu tout sourire. Amusé par l'attitude de son Oméga, Voldemort s'approcha et posa ses mains sur ses épaules crispées. Puis il se pencha pour déposer un simple baiser sur la gorge tendue.
- Ne t'inquiète pas, si tu dis la vérité, je n'ai aucune raison de leur faire de mal.
Se retournant soudain pour lui faire face, le jeune sorcier le surprit en s'accrochant à sa robe et en collant son front contre sa clavicule. Il semblait être en plein dilemme intérieur.
- Le lien… Le lien me dit que je suis en sécurité avec toi, que tu ne me feras aucun mal et que je peux te faire confiance. Mais je sais qui tu es… Je me sens complètement déchiré. J'ai décidé de ne plus lutter, de m'abandonner complètement à toi. Mais je ne peux pas effacer mon passé et je ne veux pas que tu leur fasses du mal !
Voldemort fit la moue. À présent qu'il ne se retranchait plus derrière ses boucliers d'Occlumancie, il ne pouvait ignorer la détresse de Harry. Et ce n'était pas quelque chose d'agréable. Soupirant, il caressa doucement le dos de son Oméga, son désir de vengeance momentanément éloigné.
- Ne t'inquiètes pas pour tes amis. À présent que la mission de détruire les Horcruxes a été confiée à d'autres personnes, les tuer reviendrait à informer l'Ordre que leur plan est éventé. Je préfère garder cet atout dans ma manche. Mais à l'avenir, cesse de me mentir. Je peux le deviner immédiatement quand c'est le cas. Et si je ne peux pas m'attaquer à toi, ce n'est pas leur cas...
Tout en parlant, il avait forcé le jeune sorcier à relever la tête pour croiser son regard, et les sentiments qu'il y lu le troubla. Harry était si attaché à ses amis que son inquiétude comme son soulagement se manifestaient à travers son corps de manière flagrante. Il en ressenti d'ailleurs une vague de jalousie comme il n'en avait plus ressenti depuis bien longtemps.
C'était son Oméga et il devait être le seul à provoquer son émoi. Pris d'un désir violent, il l'embrassa jusqu'à ce que toutes les pensées de Harry soient focalisées sur lui. Lorsqu'il le relâcha, son amant avait les yeux fermés, les joues rougies et le souffle court. Il reprit la parole avec un ton plus suave.
- Oublie la guerre, Harry. Maintenant tu es à moi, elle ne peut plus t'atteindre. Ne pense plus à tout ce qui te fait souffrir. Laisse-moi m'en occuper, je suis là et je ne t'abandonnerais jamais.
Il imaginait parfaitement le combat intérieur qui devait se livrer dans son esprit. Mais lorsque le jeune sorcier rouvrit les yeux, il put lire sa sincérité dans son regard d'émeraude.
- Tu es mon Alpha, je ne peux plus te reléguer au second plan. Tu es devenu le centre de mon existence, même si tu l'as toujours été, quelque part. Mais maintenant, tu arrives presque à me faire oublier tout le reste. C'est à la fois effrayant et libérateur.
Voldemort sentit ses lèvres s'étirer en un sourire sincère. Les paroles de Harry faisaient émerger d'étranges émotions en lui, quelque chose qui ressemblait presque… à de la joie ? Entendre que son Oméga ne vivait désormais plus que pour lui était hautement satisfaisant. Il avait beau savoir que sa logique était totalement parasitée par le lien, il n'en restait pas moins le seul sur lequel le jeune sorcier pouvait compter.
***/+/***
Harry prit un petit déjeuner rapide, puis Voldemort les fit transplaner jusqu'au manoir Malefoy. La trace de morsure avait disparu depuis un moment, cependant son Alpha lui avait remis l'épais collier de cuir pour masquer son odeur, et il n'avait même pas cherché à rechigner. Depuis son réveil, il avait l'impression d'être dans un état second, désinhibé de ses principes, libéré de l'idée que le sort de tout le Royaume Uni résidait dans ses choix. Il voulait simplement cesser de souffrir et peut-être atteindre une forme de bonheur...
Bien entendu, la menace envers Ron et Hermione avait été parfaitement perçue. Il avait tenté de les protéger, comme il pouvait. Mais le mage noir lisait si facilement en lui qu'il se sentait totalement impuissant. Désormais il ne pouvait plus qu'espérer que la résistance se soit organisée sans lui. Hermione était intelligente, il était persuadé qu'elle parviendrait toujours à s'en sortir. Mais comme Ron le lui avait expliqué, les Weasley étaient nombreux, Ginny était à Poudlard et Arthur travaillait au ministère. Ils ne pouvaient tout simplement pas disparaître dans la nature aussi facilement.
De son côté, il ne pouvait rien contrôler, ce n'était pas non plus comme s'il était l'unique Horcruxe qui maintenait Voldemort en vie.
Il avait donc atteint cet état de conscience, simplement heureux que son Alpha accepte enfin son rôle, au point que lorsqu'ils arrivèrent au manoir Malefoy, il devait arborer un sourire peu compatible avec le rôle de prisonnier soumis qu'il était censé jouer.
- Rabats ta capuche et baisse la tête. Tu as l'air complètement niais.
- Au pire tu n'auras qu'à dire que je suis déjà en train de devenir fou. Ce qui n'est pas très loin de la vérité. De toute façon je doute que je vais garder mon sourire bien longtemps. Entendre toutes les horreurs dont vous allez vous gargariser devrait suffire à me le faire perdre rapidement.
Le mage noir fronça les sourcils, arborant un air sévère digne de Rogue.
- Je savais que c'était une mauvaise idée de t'emmener ici mais tu as insisté. Je te préviens, au moindre geste de ta part, je te rends sourd et muet.
- J'ai promis que je ne ferai pas d'esclandre. Ne t'inquiète pas.
Ils s'arrêtèrent cette fois dans un salon pourvu d'un unique fauteuil et Voldemort alluma d'un geste toutes les lampes de la pièce. Il fit aussi apparaître un large coussin sur le sol avant de lui faire signe de s'y asseoir. Aucun Mangemort n'était encore présent, mais alors que Harry venait de s'installer, des pas résonnèrent dans le couloir adjacent.
Bellatrix fut la première à apparaître, bientôt suivie par Lucius et Drago. Harry avait relevé la tête pour voir l'identité des nouveaux arrivants mais il la rabaissa rapidement, peu désireux de croiser le regard de son ancien camarade à présent que son statut d'Oméga le rendait si méprisable. Heureusement, Nagini l'avait rapidement rejoint, et il se pelotonna contre son corps massif tandis que la Mangemort se jetait aux pieds de son seigneur.
- Maître ! Oh maître ! Lucius m'avait rapporté votre nouvelle apparence ! Mais son rapport est bien en-deçà de la réalité. Vous êtes sublime, ô mon maître !
Avec tous les récents bouleversements auxquels il avait été confronté, il en avait oublié que la plupart des Mangemorts n'avaient pas encore été témoins de ses changements physiques.
Bellatrix semblait en pleine adoration devant son seigneur, et il se retint de la fusiller du regard. Pour une raison qu'il refusait de reconnaître, il la haïssait encore plus qu'après la mort de Sirius. Il inspira longuement pour apaiser sa magie qu'il sentait déjà s'agiter autour de lui. Il avait promis à son Alpha de rester calme et de ne pas se faire remarquer. Il comptait bien lui prouver qu'il n'était pas qu'un sorcier instable incapable de se maîtriser...
- Cela n'a aucune sorte d'importance, Bella. Cette apparence me permettra simplement de mieux appâter mes proies. Es-tu sotte au point de me croire vaniteux ?
Il se concentra sur le mur de pierre au fond de la pièce, tâchant d'ignorer les mensonges servis à la sorcière. Car il s'agissait bien de cela, n'est-ce pas ? Des mensonges pour enrober la réalité, dissimuler le lien à ses Mangemorts… C'était forcément cela...
- Non, maître. Je vous prie de bien vouloir m'excuser, maître… J'ai… J'ai une bonne nouvelle pour vous ! Nous avons capturé l'un des membres de l'Ordre du Phénix !
Immédiatement, le jeune sorcier se tendit, son angoisse prenant le pas sur sa colère. Il ne pouvait s'empêcher de faire défiler dans son esprit les portraits de tous les membres de l'Ordre qu'il connaissait, se demandant qui était la malheureuse victime. Voldemort jeta un bref coup d'œil dans sa direction, mais l'Alpha avait un visage indéfinissable, et déjà il avait reporté son regard en direction de la sorcière pour ne rien laisser paraître de son inquiétude à son sujet.
Harry inspira et expira doucement pour ne pas succomber à la panique. Lui aussi avait son rôle à jouer. Et son compagnon lui faisait confiance...
- Voilà une bonne nouvelle. Qui est-ce et comment l'avez-vous trouvé ?
- William Weasley, le premier rejeton de ces traîtres à leur sang. Il travaille pour les gobelins comme conjureur. Ce rat a été capturé alors qu'il fouinait dans un bureau au Ministère de la Magie… Il n'a pas dit un mot jusqu'à présent.
La sorcière avait prononcé la dernière phrase d'une voix enfantine, comme une petite fille déçue que l'on refuse de jouer avec elle. De son côté, le Survivant avait envie de disparaître sous terre. William Weasley dit Bill, le frère aîné de Ron...
- Parfait. Et bien nous allons voir ce qu'il sait. Lucius, va le chercher !
Le patriarche Malefoy revint bientôt en traînant son prisonnier devant lui, baguette pointée sur sa nuque. Harry n'avait pu s'empêcher de relever les yeux, et il avait reconnu sans mal son ami, le visage grisâtre, ses vêtements en lambeaux dévoilant plusieurs plaies sanguinolentes. Bellatrix semblait s'en être déjà donné à cœur joie. Le cœur au bord des lèvres, il avait rapidement baissé la tête, espérant passer inaperçu, mais Bill l'avait lui aussi reconnu.
- Harry…
Le Survivant s'était détourné précipitamment, sans doute trop vite pour que cela paraisse naturel. Il concentra son regard sur son Alpha qui se leva, se plaçant instantanément entre son Oméga et son prisonnier. Voulait-il le protéger de ce qui allait se passer ? Loin de le rassurer, Voldemort éclata d'un rire sinistre, annonciateur des pires tourments pour le rebelle qui se tenait devant lui.
- Vous croyez encore que Harry Potter peut faire quelque chose pour vous ? Il n'est plus qu'un Oméga soumis, attaché au bout d'une laisse. Et je suis très curieux de savoir comment l'Ordre du Phénix s'est adapté à cette nouvelle… Alors dis-moi, que caches-tu à Lord Voldemort ? Legilimens !
- Non… Non ! Je dirais rien ! Aaaaaaaaah !
Penché sur Nagini, les yeux fermés et le front collé contre ses écailles, Harry ne put cependant ignorer le hurlement de rage de Bill alors qu'il tentait vainement de résister au sortilège. C'était glaçant… Ne pouvait-il pas se taire !? Il savait que son Alpha était un excellent Legilimens, et même si le briseur de sorts possédait des capacités pour l'Occlumancie, il y avait bien peu de chance qu'il parvienne à résister, quelle que soit la force de sa volonté. Il avait envie de lui hurler d'abandonner et de se soumettre pour ne plus souffrir, tout comme lui-même avait fait. Après quelques douloureuses secondes où l'on entendit plus que les halètements de Bill et les soupirs d'extase de Bellatrix, Voldemort reprit la parole et Harry sentit nettement sa colère mais aussi son angoisse à travers le lien.
- Bella ! Où sont ses affaires ! Ramène-les-moi immédiatement !
- Tout de suite, maître, elles sont ici…
Le jeune sorcier entendit Bellatrix quitter précipitamment la pièce et il céda à la curiosité, levant les yeux vers son Alpha. Le mage noir avait commencé à faire les cent pas devant un prisonnier livide, étendu sur le sol, se remettant difficilement de l'effraction mentale dont il venait d'être victime.
Harry était déchiré, partagé entre l'angoisse pour son Alpha et celle pour son ami. Lui qui avait insisté pour venir, regrettait finalement de ne pas être resté chez Voldemort. Il n'avait pas pensé que la réalité le rattraperait si vite. Il essuya ses mains moites sur sa tunique, suivant du regard le mage noir devant lui. Il aurait voulu l'interroger ou même se lever pour venir contre lui, mais Lucius et Drago étaient toujours présents, n'osant pas bouger face au courroux de leur maître, et il aurait paru étrange qu'il se manifeste à ce moment. De toute façon, l'inquiétude de son Alpha n'avait pas trente-six causes possibles : Il s'agissait très probablement des Horcruxes, et il allait en avoir la confirmation sous peu.
Bellatrix revint bientôt avec un petit sac qui avait probablement reçu un sortilège d'extension indétectable et alors qu'elle allait l'ouvrir, Voldemort pointa sa baguette sur elle.
- Ne l'ouvre pas, pose-le ici et laisse-nous. Lucius, Drago, dehors !
- Oui, maître.
Les trois Mangemorts déguerpirent sans demander leur reste et lorsqu'ils furent seuls, le mage noir jeta une série de sortilèges, sans doute pour s'assurer que personne ne puisse entendre ce dont ils allaient parler. Il attira ensuite le sac jusqu'à lui et en ressortit bientôt le médaillon de Serpentard, sous les yeux étonnés de Harry et désespérés de Bill. Sans doute avaient-ils récupéré ses affaires chez Elphias Doge après sa capture.
- Est-ce le faux ?
- Non ! C'est le vrai ! Il l'a récupéré à l'instant ! Au ministère ! Avec l'aide du faux que tu avais en ta possession !
Harry perçut parfaitement le ton accusateur derrière le fourchelang. Ce fut comme un coup de poignard, ajoutant encore à la détresse de la situation. Non seulement son ami souffrait sous ses yeux, mais en plus son Alpha l'incriminait pour une raison absurde ?! Au bord des larmes, il tenta de se défendre.
- J'ignorais tout de l'emplacement du véritable médaillon, je n'en avais aucune idée ! Je ne vous ai pas menti, je n'y suis pour rien !
- Il semblerait qu'une agent du ministère l'avait en sa possession. Elle le portait sur elle, à la vue de tous. Il faut que je l'interroge pour comprendre comment il est parvenu jusqu'à elle…
Voldemort semblait être retourné dans ses pensées, sous l'œil angoissé de Bill qui ne pouvait rien comprendre de leur conversation. Harry, quant à lui, n'avait pas osé bouger de son coussin. Une partie de lui avait envie d'aller apaiser son Alpha dont il sentait l'inquiétude à travers le lien, mais il savait qu'un rapprochement serait mal accueilli en présence d'un tiers. Et l'autre partie aurait voulu disparaître pour éviter le regard de son ancien allié, redoutant plus que tout d'y lire un quelconque jugement de sa part. Bill avait-il déjà deviné qu'il s'était soumis à son plus terrible ennemi et avait lâchement abandonné la lutte ? Harry ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable d'avoir voulu vivre au détriment du sort de la population anglaise toute entière.
Finalement, le mage noir interrompit soudain sa marche et tendit sa baguette en direction de son prisonnier.
- Avada Kedavra !
- Quoi ! NON ! Bill ! Vous l'avez… vous l'avez tué !
Le jeune sorcier poussa un long gémissement. Sa voix avait sonné pathétiquement aiguë mais il s'en fichait. Il avait l'impression que son cœur s'était lui aussi arrêté… Il se releva d'un bond avant de reculer, voulant instinctivement s'éloigner de ce regard vitreux que le mort portait sur lui. Cependant, il trébucha sur Nagini et tomba en arrière, son effroi l'empêchant de coordonner ses membres. Il ne pouvait s'empêcher de se sentir terriblement coupable. Si seulement il avait eu le courage de mettre fin à ses jours, peut-être Bill ne serait-il pas mort ?! Il aurait voulu que le sol s'ouvre sous ses pieds pour l'engloutir ou que la foudre s'abatte sur lui, comme une punition divine pour son crime.
Son Alpha lui jeta un regard incrédule.
- Tu ne pensais tout de même pas que j'allais le laisser en vie ?! Il en savait bien trop ! À quoi t'attendais-tu ?!
Face au mépris de son Alpha, Harry sentit brusquement sa gorge se serrer à mesure qu'une boule d'angoisse gonflait dans sa cage thoracique. Les muscles tendus, le cœur battant douloureusement, son nez le piqua alors que des larmes amères envahissaient ses yeux, les brûlant comme s'il s'agissait d'un acide particulièrement corrosif… La nausée lui fit tourner la tête, lui donnant l'impression d'étouffer, d'inspirer un l'air devenu lourd. Liquide. S'infiltrant dans ses poumons insidieusement, le noyant dans l'angoisse et l'horreur face au cadavre face à lui. La culpabilité lui rongeait l'estomac, déchirant ses entrailles à l'image d'une créature déchaînée. Fermant brièvement les yeux, ce fut cette fois les images de ses proches qui vinrent danser dans son esprit, l'accusant de leurs regards.
Bill était mort. C'était un fils, un frère, un ami, un mari qui venait de disparaître. À jamais. Il voulait hurler... De rage... De désespoir... De haine. C'était trop difficile, trop injuste. Il n'arrivait toujours pas à affronter la mort, pas lorsqu'elle frappait ainsi sous ses yeux. Il peina à reprendre son souffle, le corps secoué de tremblements, son regard à nouveau fixé sur le corps sans vie devant lui. Il revoyait Bill, le visage souriant, Fleur radieuse la veille de leur mariage, Ron, Charlie, Fred, George et Ginny si fiers de leur frère… Arthur et Molly éplorés lorsqu'il s'était fait griffer par Greyback. La matriarche avait-elle les yeux sur l'horloge familiale à l'heure actuelle ? Avait-elle perçu le drame qui venait de les frapper ?
- Harry, debout !
En état de choc, il se sentit soudain soulevé du sol, et le visage du mage noir apparu soudain à travers ses yeux embrouillés par les larmes. Il vacilla légèrement et se rattrapa au sorcier devant lui, incapable de se tenir debout par lui-même. Il aurait dû le détester, le haïr même, vouloir lui faire payer cet acte innommable. Mais il en était devenu incapable.
- Arrête de pleurer maintenant !
La voix de Voldemort était froide et autoritaire, mais elle parvint efficacement à le sortir de sa crise d'angoisse, comme un sceau d'eau glacée en plein visage. Il parvint à se concentrer une seconde sur autre chose que les émotions qui lui déchiraient les entrailles et prit une profonde inspiration, tentant de contrôler ses larmes.
- Je… Je ne voulais pas qu'il meure… C'est…
Son Alpha prit son visage entre ses mains et, dans un geste étonnamment tendre de sa part, essuya de ses pouces les larmes qui coulaient encore sur ses joues.
- Harry. Calme-toi. Son existence nous menaçait, il détenait des secrets sur moi. L'épargner nous aurait mis en danger tous les deux. Je ne pouvais pas permettre cela, n'est-ce pas ? La guerre est ainsi faite. Mais rassure-toi, j'y mettrais bientôt un terme. Après tout, mon but n'est pas de faire couler le sang pur...
La voix de Voldemort s'était faite tout d'un coup enjôleuse et le jeune sorcier décida de s'abandonner au lien. Pleurer était douloureux. Penser était douloureux… Il s'agrippa à la robe du mage noir comme un naufragé à sa bouée. Il avait conscience de son air pitoyable, mais peu lui importait, il avait désespérément besoin de son Alpha pour surmonter cela. Plongeant entre ses bras, il inspira longuement pour retrouver son odeur avant de relever la tête.
- Je veux arrêter de souffrir comme ça… Aide-moi, s'il te plait !
Voldemort le fit reculer d'un pas pour le regarder dans les yeux, manifestement étonné par sa demande. Puis il lui sourit, non pas d'un sourire doux ou heureux, mais d'un sourire machiavélique, à la fois inquiétant et fascinant. Ce même sourire qui envoutait littéralement Harry depuis que son Alpha avait retrouvé cette apparence.
- Bien sûr, Harry. Je ne voudrais pas que mon Oméga souffre. Ferme les yeux, laisse-toi guider par ma voix. Tu as réussi à te retrancher dans ton refuge mental hier, tu sais désormais comment y accéder. Retournes-y tout en gardant contact avec la réalité. Prends tous tes souvenirs qui concernent cette personne et enferme-les dans un coffre, tout simplement. Ils ne font que te faire souffrir, tu dois t'en détacher.
Le jeune sorcier hocha doucement la tête tout en suivant les consignes à la lettre, se laissant porter par l'intonation quasiment hypnotique du mage noir. Il fit abstraction de cette petite voix au fond de lui qui lui murmurait que ce n'était pas bien. Ni sain, ni même normal. Elle se faisait de plus en plus ténue, peu à peu étouffée par le lien. Bientôt il ne l'entendrait probablement plus… Mais aujourd'hui c'était trop douloureux, il préférait simplement l'ignorer.
En rangeant ses souvenirs, il tomba sur l'attitude de Bill le jour de son anniversaire, son mépris et sa méfiance vis-à-vis de son second genre. Finalement, il n'y avait que peu de souvenirs, et le dernier en date était assez amer. Il fit apparaître une malle massive étiquetée "Bill Weasley" et y mit les souvenirs un par un, ignorant les images et les sensations que cela réveillait en lui. C'était presque trop simple. Il suffisait d'enterrer tout ce que l'on ne voulait pas voir, cadenasser le tout… Personne n'y accéderait plus jamais. Puis, il reprit lentement contact avec la réalité.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, le mage noir était penché au-dessus de lui, et il savoura sa simple présence, se perdant dans son regard rubis. Plus rien n'existait. Il n'avait plus mal. Plus envie de pleurer. Les larmes s'étaient taries, comme si on avait fermé une vanne. Entre ses bras il se sentait simplement vide et bien, intouchable. Ses muscles s'étaient détendus, son rythme cardiaque s'était apaisé et sa respiration avait retrouvé son calme. Comme si rien ne s'était passé, comme si le frère de son meilleur ami ne venait pas de mourir sous ses yeux.
- Ça va… Mieux. Merci. Est-ce que… Vous utilisez aussi l'Occlumancie pour… être aussi imperturbable ?
Voldemort lui jeta un regard perplexe.
- Pleures-tu chaque fois que tu écrases un insecte ? Bien sûr que non, ils sont insignifiants. Imagine alors toutes ces minuscules créatures qui gravitent autour de toi. Certaines sont de vulgaires mouches, répugnantes et gênantes, d'autres des fourmis rouges, d'autres encore des araignées. Certaines pourraient te faire du mal si tu les laisses trop s'approcher. Cet homme était un insecte néfaste, une menace. Il aurait tout fait pour me tuer. Tu vois ? Ils ne méritent certainement pas tes larmes. Cesseras-tu de pleurer pour nos ennemis à présent ?
- Je vais essayer…
Il ne voulait pas devenir aussi arrogant et dépourvu de sentiments que le mage noir, mais peut-être pourrait-il s'inspirer de cette philosophie pour moins souffrir… Compartimenter ses émotions. S'en détacher et les enfermer pour ne plus les subir. Il ne voulait définitivement plus revivre ça, ce déchirement qui l'avait traversé quelques instants plus tôt. C'était trop douloureux, et connaissant son Alpha, il y avait de grands risques que cela se reproduise tôt ou tard...
- Tes larmes n'apportent rien aux morts ni rien aux vivants. Ils ne font que gaspiller ton énergie. Souviens t'en à l'avenir. J'ai encore des choses à faire ici, sois sage et retourne auprès de Nagini.
Dans un état second, il se redressa pour rejoindre la place qui lui était allouée. Alors qu'ils n'étaient debout que depuis quelques heures, il eut soudain envie de s'allonger pour faire une sieste. Comprenant sans un mot son souhait, Nagini écarta ses anneaux pour lui permettre de s'installer sur le coussin et lorsqu'il se fut allongé en position fœtale, elle le recouvrit partiellement, formant comme une couverture de son corps massif. Tout contre elle, il avait l'impression d'être devenu le héros d'une de ces histoires pour enfant, un petit garçon protégé par une créature que d'aucun jugeraient effrayante, comme Mowgli élevé par la panthère Bagheera ou Peter et son dragon.
De son côté, Voldemort avait continué ses activités. Il avait exigé de Lucius qu'il se débarrasse du cadavre et de Bellatrix qu'elle transmette un message à Yaxley de toute urgence. Harry n'avait pas vraiment prêté attention à ses ordres, de sorte que lorsque le Mangemort arriva en compagnie de Dolores Ombrage, il n'en crut d'abord pas ses oreilles.
- Monseigneur, voici Dolores Ombrage, qui œuvre actuellement comme présidente de la commission d'enregistrement des nés-Moldus et rédactrice en chef des publications du Ministère concernant la chasse aux Sangs-de-Bourbe et aux traitres.
Les deux sorciers s'inclinèrent devant Voldemort et Harry se demanda brièvement sous quel nom le mage noir avait été présenté. Officiellement, Pius Thicknesse était ministre de la Magie et nul n'était censé savoir qu'il était soumis à l'Imperium.
Il s'était redressé pour observer la sorcière qui l'avait torturé quelques années auparavant. Il aurait aimé la voir pétrifiée par la peur devant son Alpha, elle qui l'avait si souvent accusé de mentir lorsqu'il proclamait le retour de Voldemort. Mais à son grand regret, elle semblait même plutôt heureuse de se trouver ici, pensant peut-être qu'on allait la récompenser pour sa diligence à faire le mal. Vêtue de son éternel manteau rose, elle démarquait singulièrement au milieu du salon Malefoy, flanquée de Bellatrix d'un côté et Yaxley de l'autre.
- Bella, Corban, sortez de la pièce. Je veux lui parler en privé.
Les deux Mangemorts s'exécutèrent, laissant le crapaud humain, seule face à Voldemort. Elle avait sagement porté son regard en direction du vide devant elle, évitant sciemment l'endroit où se trouvait le Survivant, et Harry aurait donné cher pour savoir ce qu'elle pensait à cet instant.
Un léger rire retentit soudain à ses côtés et il tourna immédiatement la tête en direction du Seigneur des Ténèbres.
- Je dois dire que je suis étonné. Je ne m'attendais pas à ressentir une telle haine de ta part pour quelqu'un qui n'est même pas Mangemort.
Il leva les sourcils et tendit la main pour lui montrer la cicatrice encore visible.
- Durant l'été 1995, elle a envoyé des Détraqueurs m'attaquer à Privet Drive. Pendant ma 5e année, elle m'a fait copier "je ne dois pas mentir" avec une plume de Sang une bonne centaine de fois parce que j'annonçais votre retour. Ensuite elle a essayé de me faire boire du Veritaserum à plusieurs reprises et a été à deux doigts de me jeter un Doloris. Alors non, je ne l'apprécie pas vraiment...
Le mage noir se saisit de sa main pour l'observer plus attentivement avant de la relâcher avec un sourire amusé.
- Je vois. Je comprends pourquoi Corban l'apprécie autant… Dolores Ombrage. Mon collaborateur Corban Yaxley te porte en haute estime, mais ce n'est pas pour ton travail que tu es ici. J'ai quelques questions à te poser. Le pendentif qui se trouve autour de ton cou, comment te l'es-tu procuré ?
Harry remarqua alors qu'Ombrage portait le médaillon de Serpentard autour du cou. Il devait s'agir du faux puisque Bill avait le vrai dans son sac. La sorcière referma ses doigts boudinés autour du pendentif et répondit d'une voix mal assurée.
- C'est un héritage familial, Monseigneur. Je suis parente de la famille Selwyn.
- Tu crois pouvoir mentir devant Lord Voldemort ? Je connais bien la famille Selwyn. L'un de ses membres me sert loyalement, contrairement à toi. Moi qui croyais que tu tenais le mensonge en horreur… Endoloris.
Le mage noir avait jeté un bref regard à Harry avant de jeter son maléfice et ce dernier ressentit une partie de la joie malsaine de son Alpha à travers le lien… À moins que ça ne soit la sienne. Ombrage se tortillait sur le sol en gémissant, son visage joufflu rendu rouge écarlate par la douleur. Voldemort maintint l'Impardonnable pendant plusieurs secondes et lorsqu'il le dissipa enfin, l'ancienne inquisitrice resta un instant recroquevillée sur elle-même, tremblant de tous ses membres.
- Qu'en penses-tu Harry ? N'est-elle pas pitoyable ? Si elle me ment à nouveau, ne voudrais-tu pas essayer de la torturer à ma place ?
Le jeune sorcier écarquilla les yeux alors que Voldemort venait de sortir la baguette en bois de houx de sa poche. La tentation était grande. Il avait déjà essayé de jeter un Doloris à Bellatrix par le passé et la sorcière lui avait expliqué qu'il fallait désirer la douleur de sa victime pour fonctionner. Haïssait-il suffisamment Ombrage pour y parvenir ? D'un autre côté, il ne parvenait pas à éprouver la moindre pitié pour celle qui s'était montrée si cruelle par le passé, et il avait le sentiment que son Alpha serait fier de lui s'il y parvenait.
Il hocha lentement la tête et se leva pour s'approcher du mage noir, sous le regard larmoyant d'Ombrage.
- Monseigneur…
- Debout ! Je repose la question, d'où vient le pendentif que tu as autour du cou ?
- Je l'ai confisqué ! À un vendeur d'objets magiques à la sauvette du nom de Mondigus Fletcher ! Il… Il tenait un stand sur le Chemin de Traverse, sans licence. Mais je ne sais rien de plus, je vous le jure !
Incapable de se relever, elle s'était agenouillée sur le sol, le visage inondé de larmes et de morve. Harry écarquilla les yeux sous la compréhension.
- Mondigus Fletcher ! C'est un membre de l'Ordre mais surtout un sale voleur qui a profité de la mort de Sirius pour dépouiller le Square Grimmaurd de tous les objets de valeurs qui y étaient entreposés !
- Cela semble logique. Le Square Grimmaurd était la demeure ancestrale de la famille Black... Regulus est mort sans avoir réussi à détruire l'Horcruxe et le pendentif est simplement resté chez lui durant toutes ses années, juste sous les yeux de l'Ordre du Phénix. Quelle ironie… Voilà un mystère résolu. Voyons si nous pouvons encore nous amuser. Dis-moi, Dolores, quel est ton statut de sang ?
La sorcière se décomposa, comprenant que son calvaire n'était pas encore terminé.
- Je… Je suis… une Sang Pur, monseigneur. C'est la vérité !
Avec un sourire malveillant, Voldemort leva à nouveau sa baguette, comme s'il avait déjà deviné le contenu de ses pensées.
- Legilimens… Oh, mais que vois-je ? Tu oses encore mentir ! Ton père est un Sang Pur, mais ta mère est une moldue, et ton frère un vulgaire Cracmol. Ton ascendance n'est donc pas aussi pure que tu le prétendais… Harry, tu sais ce qu'il te reste à faire.
L'Alpha avait profité de la proximité de Harry pour l'attirer devant lui, et il lui tendit sa baguette. Le jeune sorcier s'en saisit d'une main tremblante, mais dès qu'il referma ses doigts sur le morceau de bois, il sentit avec bonheur l'impression de pouvoir familier l'envahir. Le cœur battant, il pivota pour la pointer sur l'horrible crapaud rose qui tendait vers lui ses mains replètes en une prière désespérée.
- Non… Non… S'il vous plaît !
- Concentre-toi, Harry. Repense à la douleur qu'elle t'a fait endurer. Venge-toi, c'est ton tour de la punir.
Exalté par les paroles du mage noir, Harry se mit à sourire. Il avait le pouvoir et cette fois, il n'était plus question de se taire ni de laisser ses atermoiements le paralyser. Pourquoi hésiter ? Elle le méritait. Et il la haïssait… Il s'approcha d'un pas, relevant sa baguette devant lui avec une lenteur calculée, le regard braqué sur elle, sur sa robe rose hideuse sur son chapeau ridicule… Ou encore sur ce visage qu'il détestait viscéralement. Et brusquement, il sentit les mots couler de ses lèvres, sa voix portant le reflet de toute sa haine.
- Vous me l'avez suffisamment répété, Dolores. Je ne dois pas mentir. À votre tour maintenant. Endoloris !
Le sortilège eut immédiatement l'effet escompté et Ombrage se mit à hurler, ses glapissements suraigus résonnant dans le salon du manoir Malefoy, amplifiés par le haut plafond. Loin de s'arrêter, Harry se concentra au contraire pour doubler l'intensité du maléfice sous les éclats de rire réjouis de Voldemort. L'adrénaline faisait battre son cœur, il se sentait plus puissant que jamais et la satisfaction de son Alpha l'exhortait à continuer.
Il imagina la douleur parcourir le corps de la sorcière, se graver dans sa chair tout comme elle l'avait forcé à graver son insulte à même sa main, et sa magie donna vie à ses émotions. Ce fut soudain comme si des centaines de plumes écorchaient sa peau. Sous l'impulsion de sa haine, les mains mais aussi les mollets et le visage d'Ombrage se recouvrirent peu à peu du mot "MENTEUSE" tracés en lettres sanglantes. Cela ne suffisait pas… Il stoppa un instant le maléfice pour la provoquer, ses yeux vert animés d'une lueur démente :
- Et bien, Dolores, je ne vous entends pas. Que devez-vous cesser de faire ? Endoloris !
- Je… je ne dois… aaaaaaaah… paaaaas...
La suite ne fut qu'un ensemble inintelligible de voyelles. La sorcière était incapable de formuler une phrase complète, les tressautements de son corps l'empêchant d'articuler sans se mordre la langue. Bientôt, ses cris se turent, remplacés par des claquements de dents sinistres, et ce fut le mage noir qui obligea Harry à mettre fin à l'Impardonnable.
D'une main, il désarma son Oméga, et de l'autre, il recouvrit ses yeux pour soustraire sa cible à son regard.
- Ça suffit, Harry, elle en a eu assez. Yaxley a encore besoin d'elle. Ceci dit, quelle utilisation fantastique du Doloris ! Je suis fier de toi.
Encore sous les effets de sa rage, le corps du jeune sorcier était traversé de tremblements. L'adrénaline avait brusquement inondé son cerveau et il reprenait difficilement son souffle, gêné par l'épais collier de cuir qui enserrait toujours sa gorge. À l'image d'un enfant qui découvre pour la première fois le frisson de l'interdit ou d'un tueur face à son premier meurtre, il ressentait un sentiment proche de l'euphorie. Il aurait été incapable de se modérer par lui-même et sans doute Voldemort l'avait-il deviné.
Il se retourna pour faire face au mage noir mais celui-ci le repoussa avant qu'il ne s'approche davantage et Harry en comprit immédiatement la raison : Il n'était pas question qu'il lui prodigue la moindre marque d'affection devant un tiers. La sensation d'abandon revint en force, mais il tâcha de discipliner ses émotions tant bien que mal. Il ne pouvait se permettre de craquer, pas maintenant, et encore moins devant Ombrage.
Lentement, il regagna sa place, se laissant presque tomber entre les anneaux de Nagini. L'intensité du moment passée, il avait l'impression de redescendre d'un shoot particulièrement puissant. Il commençait déjà à se sentir coupable et aurait payé cher pour le réconfort de son Alpha. Sentir qu'il n'était pas seul face à sa conscience. Machinalement, il recommença à caresser la majestueuse reptile, cherchant inconsciemment une forme d'affection quelle qu'elle soit. Il avait utilisé un Impardonnable, il avait torturé quelqu'un et y avait pris du plaisir… En d'autres circonstances, il aurait pu être condamné à une peine de prison à Azkaban, mais ici, son acte était au contraire glorifié. Voldemort avait même dit qu'il était fier de lui ! Dans ce cas, pourquoi se sentait-il aussi sale ?
- J'ose espérer que tu as compris la leçon, Dolores. N'essaye plus jamais de mentir devant Lord Voldemort. CORBAN !... Ramène ta collaboratrice au Ministère et reviens ici avec Pius.
Corban Yaxley était immédiatement apparu en compagnie de Bellatrix. Ils avaient probablement dû attendre derrière la porte pendant tout ce temps car Voldemort avait à peine élevé la voix et Harry se sentit honteux à l'idée qu'ils l'aient entendu jeter l'impardonnable. Ils n'avaient évidemment pu manquer les hurlements de douleur d'Ombrage, et au vu du regard de Bellatrix, elle semblait avoir deviné qui en était l'auteur. Elle ne souriait pas comme d'habitude mais le fixait d'une manière qui ne lui plaisait guère. Ses yeux sombres avaient parcouru le corps de la sorcière rose et étaient tombés sur les mots "MENTEUSE" qui marquaient encore chaque partie de peau visible. Ce genre de pratique n'était pas dans les habitudes de son maître et elle le savait parfaitement.
Yaxley aida Ombrage à se relever avant de quitter la pièce, quant à Bellatrix, elle commença à approcher Voldemort en sautillant comme une enfant, ses boucles brunes s'agitant à chacun de ses pas. Harry grimaça. La sorcière était une Alpha, et il pouvait ressentir à ses phéromones tout son désir d'attirer l'attention du mage noir.
- Maîîître ! J'ai cru entendre la voix de Potter tout à l'heure. Serait-ce lui qui a si brillamment fait crier votre invitée ?
De nouveau assis dans le voltaire, Voldemort sourit largement.
- Effectivement, je voulais m'amuser un peu. Je me souvenais de cette première tentative contre toi au Ministère. Cela n'avait pas été brillant. Mais cette fois-ci, il s'est montré très talentueux. Sa rage était absolument délicieuse…
En prononçant ses derniers mots, il s'était tourné vers Harry qui sentit le rouge lui monter aux joues, et il se rallongea contre Nagini pour dissimuler sa gêne. Il savait qu'il ne devait surtout pas révéler son attachement au mage noir, mais il ne lui facilitait pas la tâche.
- Le petit Potter semble s'être étonnement bien acclimaté à la servitude. De sa part, je me serais attendu à plus de rébellion…
C'était à nouveau la voix de Bellatrix qui avait retenti et Harry ne put s'empêcher de relever la tête pour voir dans quelle position elle se trouvait. Elle s'était encore rapprochée de son Alpha et le regardait avec un large sourire. Il se détourna immédiatement, les poings serrés. Il avait promis… Voldemort était assez grand pour la repousser tout seul… Il ne devait surtout pas rentrer dans son jeu ni réagir à ses provocations…
- Il faut croire que l'apparition de son second-genre a calmé ses ardeurs. Bien sûr, il ne s'est pas gentiment laissé faire, il a même essayé de se supprimer. Mais je suis parvenu à le mater et depuis quelques jours il semble s'être fait une raison. Et puisqu'il parle fourchelang, je le laisse le plus souvent avec Nagini.
Cette fois, ce fut son Alpha qu'il eut envie de fusiller du regard. Il savait que c'était pour entretenir la supercherie, mais l'entendre tenir un tel discours était douloureux. Voldemort mentait avec une facilité surprenante et sans rien dévoiler, contrairement à lui qui ne parvenait pas à dissimuler la moindre de ses sentiments. Il prit d'ailleurs soin de garder le visage tourné vers le sol pour ne rien manifester des émotions qui le bouleversaient. D'autant plus quand Bellatrix reprit la parole...
- Comme tous les descendants de Salazar Serpentard, notre enfant parlera le fourchelang lui aussi. Oh mon maître, j'ai tellement hâte. Il perpétuera la noble lignée de notre fondateur et grandira dans un monde pur, à l'écart de tous les Sangs de Bourbe et des traîtres à leur sang.
Au fur et à mesure de son discours, Harry sentit sa nausée croître de pair avec sa haine. La sorcière était en train de toucher son Alpha, il en était certain. Il posa une main sur son torse, pouvant presque sentir la rage enfler dans sa poitrine. Il avait chaud, pire, il avait l'impression de se consumer comme si un Feudeymon avait élu domicile dans son cœur. Il voulait la torturer elle aussi, détruire cet enfant maudit qu'elle portait en son sein, lui faire cracher jusqu'à la dernière goutte de son sang et déchiqueter ses organes en une charpie informe. Mais alors qu'il allait se retourner, prêt à projeter sa magie sur elle, la voix de Voldemort claqua comme un fouet, le sortant brusquement de sa fureur.
- Bellatrix, cesse ces simagrées ! Me prendrais-tu pour un idiot ? Amuse-toi à provoquer Potter si ça te chante mais cesse de te frotter contre moi comme une Oméga en chaleur. Je t'ai utilisé pour perpétuer le Sang de mon ancêtre et non pour recevoir de telles familiarités ! Maintenant, va donc me chercher Lucius et rejoignez-moi dans la salle à manger.
Le Survivant se retourna avec un large sourire, savourant l'air déconfit de la sorcière. Son Alpha l'avait repoussé et il se sentait soulagé, rassuré dans son statut d'Oméga. Voldemort n'appartenait qu'à lui et à personne d'autre. Elle n'était pas digne de le souiller de son contact.
Elle l'avait fusillé du regard comme s'il était la cause de tous ses malheurs avant de quitter la pièce d'un pas raide. Voldemort se leva alors et lui fit signe d'en faire de même.
- Venez tous les deux. Il est hors de question que je te laisse seul ici.
- Tu penses qu'elle pourrait m'attaquer ? Ou as-tu peur de ce que je pourrais lui faire si tu me laissais seul en sa présence ?
Le mage noir se retourna avec un sourire narquois.
- Un peu des deux. Elle a de sérieux doutes. Et je ne suis pas certain de la manière dont elle réagirait s'ils se trouvaient confirmés. Quant à toi, je ne nie pas que sentir ta jalousie m'est agréable, mais j'aimerais autant que tu n'immoles pas mon meilleur Mangemort.
Harry pouffa brièvement de rire avant de suivre son Alpha jusqu'à la salle de réunion attitrée du Premier Cercle. Reprenant un air sérieux, il s'assit en tailleur à même le sol tandis que Nagini s'installait autour de lui. Bellatrix ne tarda pas à revenir, non seulement accompagnée de Lucius mais aussi de Drago, Narcissa, Thicknesse et Yaxley. Peu à peu, de nombreux Mangemorts rejoignirent la pièce, et lorsque toutes les chaises furent occupées, Voldemort reprit la parole. Il interrogea chacun d'entre eux sur les actions entreprises pour mettre en place ses réformes et cette fois, Harry prêta davantage attention à la réunion, poussé par la curiosité.
Il apprit ainsi que sous prétexte d'un entretien, les nés-moldus étaient convoqués au ministère et privés de leur baguette avant d'être envoyés en camp de travail forcé. Quant aux résistants, ils étaient envoyés à Azkaban ou tout bonnement tués. À Poudlard, Rogue avait été nommé directeur, secondé par Alecto et Amycus Carrow. Les autres professeurs avaient été obligés de se soumettre à l'assassin de Dumbledore et les Arts Sombres étaient désormais enseignés à la place de Défense contre les forces du mal. La seule bonne nouvelle était que Hagrid était parvenu à s'enfuir, et de ce que Harry entendait, ils n'étaient pas près de le retrouver.
Toutes ces mesures scandalisaient le jeune sorcier, pourtant, alors qu'auparavant il n'aurait jamais supporté entendre de telles horreurs sans réagir, il ne sentit à aucun moment la rage le dévorer comme face à Bellatrix. Il n'était pas bien difficile d'en comprendre la raison : Il était désormais incapable de s'opposer à son Alpha. À présent que le mage noir avait prêté serment de ne plus lui faire de mal, le lien semblait avoir gagné en puissance, perturbant son raisonnement et l'empêchant de réagir comme il l'aurait fait dans son état normal. N'avait-il pas accepté la mort de Bill avec une facilité effrayante ? Et il venait tout juste de prendre plaisir à torturer quelqu'un...
D'un autre côté, même s'il se rebellait, que pourrait-il faire ? Il avait promis de se montrer tranquille, d'abandonner la lutte… Il savait que par son inaction, il faisait le mal. Mais pourrait-il seulement influencer Voldemort pour le modérer ? Pour l'instant, c'était davantage lui qui l'enjoignait à faire le mal, et il y arrivait avec brio... De plus, le mage noir croyait réellement en ses actions, et les fanatiques qui le suivaient étaient parfois encore plus extrêmes que lui...
Soupirant avec lassitude, il cessa d'écouter le contenu de la discussion. Son moral à fleur de peau ne l'aidait vraiment pas. Il ne savait trop ce que son Alpha pouvait ressentir à travers le lien mais il craignait de le voir se retourner d'un instant à l'autre pour lui jeter un Stupéfix, lassé par le yoyo-émotionnel qu'il lui infligeait.
La réunion se prolongea encore pendant plus d'une heure et Harry commença à trouver le temps long. Il avait faim, il avait soif, et il était fatigué par l'intensité des émotions qui l'avaient traversées, mais plus que tout, il avait hâte de pouvoir à nouveau toucher son Alpha, se plonger dans ses bras et dire tout haut ce qu'il avait sur le cœur. Finalement, l'heure de rentrer arriva enfin, et Voldemort se leva pour s'adresser à tous ses Mangemorts.
- Messieurs. Je serai en voyage quelque temps en Europe, donc ne m'appelez que pour une excellente raison sans quoi vous le regretterez amèrement. Je suis pour l'instant satisfait des actions entreprises pour assainir notre pays des Sangs de Bourbe et de traîtres, continuez sur cette voie. Corban, je te laisse prendre les décisions courantes concernant la politique, Severus pour l'éducation. Les autres, vous connaissez vos devoirs. Lucius, viens avec moi un instant. Restez ici tous les deux, je n'en ai pas pour très longtemps.
Son Alpha s'isola dans une pièce adjacente pour discuter avec le patriarche Malefoy et Harry regarda autour de lui. Il venait de passer les dernières heures assis et il avait grand besoin de se dégourdir les jambes. La plupart des Mangemorts avaient quitté la pièce et seuls une petite poignée d'entre eux étaient encore présents : Bellatrix Lestrange, Severus Rogue, Augustus Rookwood et Walden Macnair. Ils semblaient discuter sans se préoccuper de lui, mais lorsqu'il se leva pour se diriger vers la fenêtre, Macnair se précipita pour lui barrer la route, son visage déformé par un sourire sadique.
- Potter. Notre maître a peut-être décidé de faire de toi son clébard, mais je n'ai pas oublié ce que j'ai subi par ta faute au ministère. Moi les chiens dans ton genre, je les défonce à coups de pompe avant de les décapiter.
Harry recula immédiatement, son corps traversé par un brusque sentiment d'angoisse. Il avait parfaitement vu Macnair plonger la main dans sa poche pour s'y saisir de sa baguette et il ne savait trop s'il irait jusqu'à désobéir à un ordre direct de Voldemort. Il n'était pas présent la dernière fois et n'était peut-être pas au courant… Serrant les poings, il regretta à nouveau de n'avoir sa baguette en sa possession. Sans son Alpha, il était aussi vulnérable qu'un nouveau-né, incapable de se défendre face à la moindre menace. Sentant le corps du serpent géant derrière ses jambes, il siffla pour attirer son attention.
- Nagini ! Ils me veulent du mal…
Immédiatement, le monstrueux familier de Voldemort répondit à son appel et se redressa, se plaçant entre lui et les Mangemorts. Macnair sortit sa baguette mais Augustus Rookwood posa une main sur son bras.
- Arrête Walden ! Tu ne penses tout de même pas à attaquer le familier du maître !
Bellatrix Lestrange et Severus Rogue avaient cessé toute discussion pour observer la scène, mais ils ne semblaient pas encore décidés à intervenir. Tâchant de simuler une assurance qu'il ne possédait pas, il caressa le sommet du crâne de Nagini et celle-ci darda sa langue fourchue en direction du bourreau qui recula d'un pas.
- Celui-là te veut du mal ?
- Oui ! Il m'a menacé.
- Ne bouge pas. Je le mordrai au moindre geste de sa part.
Macnair grogna et se dégagea de la poigne de Rookwood mais Rogue prit la parole, l'arrêtant à nouveau dans son geste.
- Vous devriez vous arrêter là, Macnair. Potter appartient au Seigneur des Ténèbres. Notre maître en a fait son familier et on dirait bien que Nagini le protège.
- Ça vous semble pas bizarre que Potter parle fourchelang ? Aux dernières nouvelles, seul le descendant de Serpentard en était capable. Notre maître nous a répété des dizaines de fois qu'il voulait le tuer, et voilà qu'il lui met un joli collier et le déclare intouchable !? Pour moi, ça ne passe pas. Ce sale Oméga a dû offrir son cul pour sauver sa peau. J'espère simplement que notre maître ne s'est pas laissé avoir…
- Ne soyez pas ridicule. Potter parle fourchelang depuis bien avant la renaissance de notre maître, Drago peut en témoigner. Et connaissant l'énergumène, je pense qu'il aurait préféré la mort à la solution que vous avez mentionnée.
Les deux Mangemorts parlaient de lui comme s'il était trop stupide pour comprendre et il serra les dents. Il aurait voulu pouvoir les projeter en arrière, reproduire ce qu'il avait déjà fait contre Bellatrix, mais sans baguette pour la canaliser, sa magie resta cette fois muette à son appel. Pourtant ce n'était pas la haine qui lui manquait. Macnair, larbin de Voldemort chargé d'exécuter les basses besognes, bourreau du ministère et ennemi du règne animal. Au vu de son mépris pour la vie quelle qu'elle soit, il ne méritait aucune pitié. Quant à Rogue, la liste de ses griefs contre lui était bien trop longue pour la résumer en quelques mots.
Qu'à cela ne tienne, à défaut de se venger à l'aide de sa magie, il allait utiliser la manière Serpentarde… À commencer par tout répéter à son Alpha, n'en déplaise à Macnair. Il jeta un regard nerveux en direction de la porte derrière laquelle Voldemort venait de disparaître et le bourreau intercepta son regard.
- Alors, Potter, on a peur ? On cherche son Alpha ? Je suis sûr que c'est ça… Il suffit de vérifier… Legi…
- Nagini !
Harry avait suffisamment révisé avec Rogue en cinquième année pour reconnaître la gestuelle et la formule dès les premières syllabes. Il ne savait pas s'il serait capable de faire barrage à une attaque mentale, heureusement Nagini avait attaqué le sorcier avant même qu'il ne lance le sort. Elle s'était jetée sur la main qui tenait la baguette et y avait planté ses crocs, faisant hurler de douleur le Mangemort. Il recula précipitamment, tenant sa main ensanglantée. Le serpent y avait probablement injecté son venin car malgré la faible superficie des blessures, le sang s'y écoulait en un goutte à goutte régulier, comme un robinet mal fermé.
Pour sa part, il soupira de soulagement, caressant doucement Nagini pour la remercier. Elle n'avait pas baissé sa garde et restait dressée devant lui, prête à réattaquer la prochaine menace à portée. Macnair n'était d'ailleurs pas suffisamment stupide pour tenter de récupérer sa baguette tombée à terre.
- Bon sang ! Cette saloperie m'a mordue ! Potter lui a ordonné de m'attaquer !
Les trois Mangemorts restant se reculèrent précipitamment, manifestement peu désireux de venir en aide à leur camarade, et Rogue ne mâcha pas ses mots.
- Vous avez été stupide, Macnair, vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-même.
De son côté, Bellatrix ricanait, mais son regard s'était fait calculateur, comme si elle avait été elle-même l'instigatrice de cet incident. Elle avait plissé les yeux et se tournait régulièrement vers la porte, manifestement impatiente de voir la réaction de leur maître.
Celui-ci ne se fit pas attendre. Il ressortit bientôt du bureau de Lucius, une lueur meurtrière dans le regard. Il était évident qu'il avait ressenti l'angoisse de son Oméga, mais il avait sans doute préféré l'ignorer pour éviter de nourrir les soupçons de ses Mangemorts.
- Que s'est-il passé ici ?!
Son arrivée avait pétrifié les sorciers et un silence de mort plana quelques secondes dans la pièce. Harry pouvait les comprendre. La voix de Voldemort glacée, son aura écrasante. Même Bellatrix perdit son sourire, comprenant sans doute que s'attaquer au Survivant était désormais le meilleur moyen pour s'attirer les foudres de leur maître. Finalement, ce fut Macnair qui répondit le premier, comprenant peut-être que de sa réponse dépendrait sa survie.
- Potter a ordonné au serpent de m'attaquer, maître ! Je… Je suis en train de me vider de mon sang !
La voix du bourreau était rendue aiguë par la douleur et il avait perdu quelques couleurs alors qu'une tâche sombre commençait à se former à ses pieds.
Le mage noir leur jeta un bref coup d'œil, et voyant qu'il était intact, il se permit un bref sourire, caressant d'un doigt son familier.
- Même si Potter parle le fourchelang, Nagini n'obéit qu'à mes ordres. Si elle t'a attaqué, c'est sans doute pour une bonne raison. Et tu peux prier pour que je ne décide pas de t'achever sur le champ lorsqu'elle m'aura expliqué pourquoi. Surtout ne dit rien, Harry. Nagini, que s'est-il passé ?
- Il a menacé l'Oméga. Il allait lui jeter un sort. Le maître a dit que l'Oméga devait être protégé.
- Tu as bien fait. Elle me dit que tu as voulu attaquer Potter, Walden. Il me semble pourtant avoir déjà dit qu'il m'appartenait. As-tu quelque chose à dire pour ta défense ?
Le Mangemort se jeta à ses pieds, le regard suppliant.
- Je vous en prie, maître ! Je l'ignorais ! Potter semblait vouloir se diriger vers la fenêtre, j'ai simplement voulu l'arrêter.
- Il ment ! Il s'apprêtait à me jeter un Legilimens !
Harry n'avait pas pu s'empêcher de l'interrompre et le mage noir lui jeta un bref regard courroucé.
- Severus, quel sort s'apprêtait à lancer Walden ? Tu as bien dû le reconnaître ?
- Un Legilimens, monseigneur.
Voldemort porta son regard sur le bourreau à ses pieds alors que plus personne n'osait prononcer un mot. D'un coup, il leva le bras, sa baguette soudainement apparue dans sa main.
- Avada Kedavra ! Tenez-le pour dit, voilà ce qu'il advient de ceux qui me désobéissent et me mentent.
Il fixa tour à tour les quatre Mangemorts restants avant de tourner les talons, rapidement suivi par Harry et Nagini. Il avait tué l'un de ses hommes sans même sourciller, et même si sa réaction avait choqué Harry, il ne pouvait pas dire qu'il en était chagriné. Macnair aurait dû se douter que son maître n'apprécierait pas qu'il fouille dans ses affaires.
Ce qui l'inquiétait un peu plus, c'était le regard que Bellatrix leur avait lancé lors de leur départ. Et si tout ceci n'était qu'une expérience à ses yeux ? L'avenir le leur dirait, à n'en pas douter…
Fin du chapitre 5
OUF ! Vous l'aurez compris au vu du délai et de sa taille, ce chapitre a été extrêmement laborieux à accoucher, et il ne serait jamais sorti sans l'aide de Sayaka-san22 qui m'a patiemment aidé et encouragé tout la dernière semaine.
Je suis crevée, j'ai plein de boulot, des horaires de fou et mon blues des fêtes de noël me rattrape. Je fais donc faire une pause. M'aérer un peu la tête, lire des livres, regarder des mangas. J'en ai besoin. N'attendez pas le chapitre suivant dans deux semaines. Je ne le commencerai même pas avant le 4 décembre. Vous pouvez espérer au plus tôt une publication le 12/12 si je suis exceptionnellement inspirée, sinon vers le 19 décembre.
J'espère vraiment au vu de tous mes efforts que ce chapitre vous aura plu. Il ne contient peut-être pas littéralement ma sueur et mes larmes, mais je n'étais pas loin de le vomir. Et les notifs de ffnet sont revenues à priori. Donc je vous en prie, dites-moi que toutes ses soirées n'ont pas été vaines et que cela vous a plu ou ce que vous en avez pensé ! Cœur sur vous et bon courage à toutes et tous !
