La fin s'éloigne de chapitre en chapitre, mais on va bien finir par y arriver !
Katymyny : La viande est bien attendrie ;) On verra peut-être plus tard ce que Lif Thorvaldsen pense des loups-garous... Eh oui, ça chauffe du côté de Nate et des Malefoy !
Chapitre 37 - Explosion
Sonnerie. Porte. Gants sur les mains. Mort. Fenêtre. Barreaux. Mort. Mort ?
Miroir. Qui ça, mort ? Miroir. Pas elle. Gants sur les mains. Miroir. Mort…
Le bassin, les cris, les bougies à flamme noire, lui. L'eau croupie dans la gorge, dans les poumons, les doigts qui serrent, les ongles qui percent la peau, lui. Lui.
Miroir. Gants sur les mains. Mort. Pas elle. L'ascète ? Non. La sœur ? Non. Gardiens ? Non. Lui…
Sonnerie. Mort. Lui. Gants sur les mains. Couloir. Gardiens. Mort. Lui. Gants sur les mains.
Gants sur les mains.
Pourquoi ?
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La soirée battait son plein au Nightingale lorsque le fils de la patronne fit son entrée en compagnie d'un habitué des lieux.
« Bonsoir, Monsieur. Bonsoir, Mr van der Waals », les salua Chadwick, superbe dans sa livrée aux boutons de bronze étincelants.
L'acteur lui répondit avec son habituelle cordialité un rien hypocrite tandis que Drago se contentait de grommeler vaguement. Le jeune majordome le sentait tendu à craquer mais van der Waals, lui, ne paraissait pas s'en rendre compte.
« Où est ma mère ? aboya Drago.
– Dans son bureau, sans doute, Monsieur », répondit Chadwick sans s'offusquer de sa grossièreté.
Ni merci ni au revoir, Drago les planta là pour se diriger à grands pas vers l'escalier. Nate en fut quelque peu sidéré : contrairement à ce qu'il espérait, leur passage au bar n'avait fait que renfrogner davantage le garçon, mais enfin, tout de même, ce n'étaient pas des manières ! Chadwick, quant à lui, conserva sa sérénité : après des années à côtoyer des clients d'hôtel malpolis et, aujourd'hui, des VIP encore moins aimables, il en fallait plus pour l'impressionner.
« Votre sœur est là ce soir, Mr van der Waals, l'informa-t-il. Désirez-vous la rejoindre ou préférez-vous une table à part ? Le prochain numéro va bientôt commencer. »
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Toc-toc-toc…
Un pic-vert de dessin animé tapait du bec en cadence contre un arbre de carton. Mais comment produisait-il un tel raffut ?
Toc-toc-toc…
À y regarder de plus près, il s'agissait de Crickey qui plantait un clou. Mais pourquoi y mettait-elle autant de cœur ?
Toc-toc-toc…
En fin de compte, c'était plutôt Lissa qui dansait le flamenco. Mais avait-elle besoin de cogner si fort ?
Toc-toc-toc !
Brusquement tirée de ses songes, Alifair se redressa en grommelant dans son lit, une avalanche noire et emmêlée dégringolant aussitôt devant son visage. Le toc-toc persistait, provenant de la fenêtre. Un hibou, sans doute, bien matinal en ce mois de juillet…
L'estomac soudain noué, Alifair se précipita pour tirer le rideau et faire entrer l'oiseau qui tenait dans son bec son destin cacheté de cire violette.
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Grande pièce sonore. Bouillie et thé. Gants sur les mains. Gardiens.
Silence et obscurité dans la grotte glaciale. Sa robe trempée lui colle à la peau. Elle a mal partout. Pas morte mais presque. Le goût de l'eau dans sa bouche, toxique. Froid, douleur, peur, solitude. Tristesse. Colère.
Cuillère. Bouillie tiède, thé froid. Gants sur les mains qui tremblent. Pas de feu. Froid.
Gants sur les mains. Pas de feu ?
Dommage.
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Le gouverneur en personne était présent ce soir et avait galamment invité Narcissa à prendre un verre à sa table. Silver Douglas ne tarissait pas d'éloges sur la salle réservée aux ressortissants du monde magique : le décor était somptueux, le service impeccable, le spectacle fort divertissant, et la cuisine… un régal !
Narcissa recevait ses compliments avec un sourire serein, consciente que Corneille Avisée était en campagne électorale. Placer des espions au cabaret lui avait-il pour l'heure apporté quoi que ce soit ? Elle l'ignorait et ne s'en souciait guère. Tout en faisant mine d'écouter l'homme politique, elle surveillait du coin de l'œil une tablée de Pukwudgies où l'alcool coulait un peu trop à flots pour le standing de l'établissement. Elle s'apprêtait à s'excuser auprès de Douglas afin d'aller y mettre bon ordre quand Drago surgit soudain devant eux.
« Il faut que je te parle ! déclara-t-il vivement, interrompant le gouverneur en plein monologue.
– Drago, voyons ! le reprit sèchement Narcissa. Mr Douglas et moi sommes en pleine conversation.
– Je vous prie de m'excuser, monsieur le gouverneur, dit Drago en s'astreignant au calme. Je dois vous enlever ma mère sans attendre. Une affaire de la plus haute importance. »
Silver Douglas eut un petit rire.
« Pas une affaire d'État, j'espère ? plaisanta-t-il en secouant sa tête à la longue chevelure brillante. Allez, allez, je vous ai bien assez monopolisée pour ce soir », dit-il à Narcissa.
Celle-ci suivit Drago dans le couloir, contrariée mais surtout inquiète de la nervosité visible de son fils.
« Que se passe-t-il, Drago ?
– Allons dans ton bureau, souffla-t-il en la prenant par le bras. J'espérais t'y trouver, mais… Nom d'un dragon, heureusement que c'est toi qui as la baguette, sinon je l'aurais tué ! »
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Un hurlement terrifiant réveilla Ron en sursaut et le fit tomber de son lit. Saisissant sa baguette, il se rua dans le couloir alors qu'un nouveau cri, suraigu celui-là, se mêlait au premier.
« Par le caleçon sale de Merlin ! Crickey ! Alifair ! » appela Ron en se précipitant dans l'escalier, le cœur emballé de panique.
Il les trouva toutes les deux dans la cuisine, non aux prises avec une bande de Mangemorts sadiques comme il s'y attendait, mais en train de sauter de joie en se tenant par les mains.
« Je l'ai eu ! s'écria Alifair à son entrée.
– Eu quoi ? répliqua Ron, désarçonné.
– Je l'ai eu ! répéta la Moldue en lui sautant au cou.
– C'est une grande joie, Miss, se réjouit Crickey. Monsieur le Ministre sera très content.
– Et y a pas que lui ! renchérit Alifair en serrant Ron contre elle à l'en étouffer. C'est la fête ! Champagne !
– Mais… mais il est à peine huit heures du matin…, balbutia le jeune sorcier en luttant contre sa prise.
– Et à l'autre bout du monde, c'est l'heure de l'apéro, balaya la Moldue. Ne joue pas les rabat-joie tant que tu es sous mon toit. »
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Ciel bleu. Béton. Gants sur les mains qui brillent au soleil. Argent. Pas de feu.
Après la douleur et la peur, colère, faim, froid, rage et fureur. Voler et s'abattre, crier et griffer, mordre et déchirer les bêtes, les gens. Mort. Leur sang qui coule le long de ses doigts, dans sa gorge. Mort. Et se tapir bien au chaud dans la grotte, sous le lac, dans le silence.
Pas de feu, ici. Gants sur les mains. Argent. Pas de feu. Triste.
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Toute la tablée riait aux éclats à une plaisanterie de Nate quand Chadwick apparut près de lui.
« Veuillez m'excuser, Mr van der Waals, Mrs Malefoy aimerait s'entretenir avec vous un instant. »
Maddie haussa un sourcil suggestif : Nate ne lui avait pas caché longtemps l'identité de la femme qui le troublait tant.
« Sauve-toi, Roméo, lui glissa-t-elle à l'oreille. C'est peut-être l'heure de la scène du balcon. »
Elle trouvait amusant l'intérêt que son frère portait à une femme plus âgée, lui qui jusqu'alors avait toujours préféré les jeunettes.
« J'espère qu'elle ne va pas me remonter les bretelles parce que j'ai poussé son fils à boire », répondit Nate en ne plaisantant qu'à moitié.
De fait, il ne voyait pas d'autre raison pour laquelle elle le convoquerait ainsi dans son bureau. Un peu inquiet mais aussi agacé – il n'était plus un gosse qu'on envoyait chez le proviseur – il suivit Chadwick dans l'escalier qui menait à l'étage. L'accueil de Narcissa lui confirma qu'ils n'allaient pas rejouer la scène du balcon.
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« Lissa va se ficher de moi, c'est sûr », prédit Alifair en sirotant sa coupe de champagne.
Ron enfourna une énorme bouchée d'œufs brouillés, mastiqua soigneusement et la fit descendre avec une demi-tasse de thé. L'appétit du jeune sorcier stupéfiait la Moldue autant qu'il ravissait son elfe.
« Mr Ron veut-il encore des saucisses ? demanda cette dernière, pleine d'espoir.
– Avec plaisir ! Quand même, un Optimal et deux Effort Exceptionnel, c'est un beau score… Je ne crois pas que j'en aurais eu autant.
– Le professeur Slughorn sera enchanté, approuva Crickey.
– Je ne devrais plus avoir trop de problèmes pour vendre des potions avec un O sur mon CV, sourit Alifair. Mais pour le P…
– Je pense que George sera admiratif, commenta Ron la bouche pleine. Une Moldue qui se vautre en étude des Moldus, il fallait le faire !
– Je ne pouvais pas prévoir qu'on nous interrogerait sur les théories débiles des chercheurs sorciers ! se défendit Alifair avec une certaine mauvaise foi. La plupart sont complètement à côté de la plaque !
– Mais si vous aviez consulté un manuel, vous auriez su que c'était au programme, Miss », observa Crickey d'une voix douce.
Alifair était plus amusée que contrariée ; du reste, l'étude des Moldus était la matière qui lui importait le moins, et de loin.
« J'espère juste que Johnny-la-joie-de-vivre n'en entendra pas parler, marmonna-t-elle si bas que seule Crickey l'entendit en lui resservant du champagne. Parce que, sinon, je n'ai pas fini d'en entendre parler. »
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Barreaux. Couchette. Gants sur les mains. Feu ?
La rage quand les deux sorciers pénètrent dans la grotte, intense, aveugle, brûlante. L'îlot entier brûle d'un feu rouge et vivant, elle crie et danse au milieu des flammes, sa colère libre-libre-libre… Et maintenant ?
Gants sur les mains. Argent. Pas de feu. Seule. Triste. Punie. Injuste. Triste.
Colère.
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« Espèce de scélérat ! »
La porte s'était à peine refermée sur Chadwick que Narcissa abandonna son masque serein. Debout derrière son bureau avec Drago à ses côtés, elle tremblait de fureur vengeresse. Perplexe, Nate se demanda ce que son fils avait bien pu lui raconter pour qu'elle se mette dans un tel état. Levant les mains en signe d'apaisement, il prit un ton conciliant.
« Voyons, ce n'étaient que quelque v…
– Silence ! »
La voix de Narcissa claqua comme un fouet, si sonore qu'un majordome indiscret aurait fort bien pu la surprendre depuis l'autre côté de la porte. Sauf si un sort d'Impassibilité avait été jeté sur ladite porte en prévision de cet entretien.
Nate avait déjà vu Narcissa en colère, mais jamais dans une telle rage. Blême, la bouche réduite à une ligne dure, elle semblait capable de lancer des éclairs. Drago, lui, affichait un petit sourire satisfait et des yeux brillants de gourmandise, comme s'il se régalait à l'avance de ce qui allait suivre. Nate secoua la tête.
« Écoutez, je pense que tout ceci n'est qu'un malentendu… »
L'air siffla lorsque Narcissa leva brusquement sa main pour pointer sur lui une curieuse tige de bois. Par une étrange association d'idées, Nate se rappela la soirée fantaisie de leur amie galeriste, à laquelle Narcissa avait arboré un chapeau pointu. Il ne put s'empêcher de sourire.
« Qu'est-ce que c'est que ça ?
– Ça, répondit Narcissa d'une voix glaciale, c'est ce qui fait la différence entre nous et le vil cloporte que vous êtes. »
Nate voulut s'indigner mais Drago ne lui en laissa pas le temps.
« Ferme-la et ouvre tes oreilles : tu vas enfin apprendre où est ta juste place, sale Moldu. »
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« Bon, arrêtons de parler de mon insolente réussite, décréta Alifair. Dis-moi plutôt ce que tu as pensé de la soirée d'hier. »
Ron réfléchit en terminant son thé – le champagne matinal, très peu pour lui.
« Oh, c'était sympa…, commença-t-il d'un air incertain.
– Sympa ? répéta la Moldue. On a raflé tous les bracelets fluorescents, le DJ t'a souhaité trois fois ton anniversaire alors que ce n'était même pas la date et Harry Potter a dansé la Macarena ! Sympa, je rêve…
– Je sais qu'on s'est bien amusés, reconnut Ron. On a pas mal bu, aussi…, ajouta-t-il avec un regard gêné en direction de Crickey.
– Et sans gueule de bois grâce à ma merveilleuse potion anti-migraine, souligna Alifair. Elle est pas belle, la vie ?
– Si, bien sûr, convint Ron. Il y a juste un… un petit bémol…
– Lequel ?
– Je ne me souviens plus de rien, avoua-t-il tout à trac. Quand j'essaye, c'est le trou noir, comme si on m'avait jeté un sortilège d'Amnésie.
– Ah oui ? fit Alifair innocemment. Ça alors. T'as dû boire encore plus que je le croyais, dis donc. Je ne m'en suis pas du tout rendu compte.
– J'espère que je n'ai pas fait de bêtise, marmonna le jeune sorcier avec embarras.
– Moh non ! Tu t'es amusé, tu as dansé, tu as chanté, y a pas de mal à ça ! affirma Alifair avec bienveillance.
– Et quant au reste, mieux vaut ne pas s'en souvenir », glissa sagement Crickey.
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Morts. Tous morts à cause d'elle. Meurtrière. Monstre. Honte de son espèce. Punie, elle devrait l'être plus que cela. Horreur, monstre, criminelle.
Non ! Le bassin, les rêves, lui l'ont rendue folle. Elle ne voulait pas… Elle ne voulait pas !
Meurtrière qui as déchiré, brûlé, bu le sang et aimé ça ! Écoute autour : ils ont peur de toi, ils te détestent…
Je ne voulais pas, je ne veux pas ! Lit ! Barreaux ! Gants sur les mains ! Fenêtre !
Reste là ! Pense ! Écoute, regarde, souviens-toi ! Pense à ce que tu as fait. Regarde dans leur tête. Regarde ce que tu es devenue. Monstre !
Je ne veux pas, je ne veux pas… J'ai peur !
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« Espionner par l'entremise de Marisol, nous le savions, siffla lentement Narcissa. Suborner Pinkerton, nous aurions pu nous en douter. Mentir, tricher, manipuler, c'est le lot commun de votre espèce. Mais ça ! »
Elle lança le dernier mot dans un cri de rage qui étouffa le gémissement de Nate. Plaqué contre le mur par une force invisible qui l'avait fait décoller presque jusqu'au plafond, il était incapable de bouger ; à chaque petit mouvement du bâtonnet que brandissait Narcissa, une douleur affreuse parcourait ses membres. Il ne comprenait rien à ce qui se passait, sinon que tout ceci était rigoureusement impossible…
« Rien ne nous est impossible, murmura Drago comme en réponse à ses pensées affolées – mais comment serait-ce possible ?
– Vous avez poussé mon fils à la mer, gronda Narcissa. Espèce d'immonde vermine indigne de respirer notre air, vous avez failli le tuer ! acheva-t-elle dans un cri qui fit se dresser les cheveux de Nate sur sa tête.
– Je l'ai sauvé…, haleta-t-il, grimaçant de douleur alors que des pointes invisibles vrillaient ses bras et ses jambes. Je ne lui… aurais ja… jamais fait de mal…
– Menteur ! hurla Narcissa.
– Menteur ! renchérit Drago. Ça vous était égal que je vive ou que je meure, du moment que vous parveniez à vos fins !
– Répugnant, fit Narcissa avec dégoût. Comment avez-vous pu penser une seule seconde que je m'abaisserais ainsi avec vous, misérable petit sous-homme…
– Mais qu'est-ce que vous faites ? pleurnicha Nate avec l'impression qu'on le crucifiait. Qu'est-ce que vous êtes ? Qu'est-ce que vous voulez ? »
Le même sourire tranquille fleurit sur les lèvres du fils et de la mère.
« Nous sommes les véritables maîtres de ce monde, Nathan, répondit Drago.
– Nous vous rendons la monnaie de votre pièce, ajouta Narcissa.
– Et nous voulons être sûrs que vous retiendrez la leçon », compléta Drago.
Ils échangèrent un regard complice, puis Narcissa leva de nouveau sa baguette.
« Enfin, c'est une façon de parler », nuança-t-elle.
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« Quel est le programme du jour ? s'informa Ron en s'étirant sur sa chaise.
– Un peu de couture, répondit Alifair. J'ai une robe à finir, même si je me suis fait recaler pour l'uniforme de parade des Aurors, précisa-t-elle avec une grimace. Et puis j'ai plein de potions à préparer maintenant, et faut aussi que j'achète des encarts publicitaires dans les journaux. Je vais lancer des kits de survie pour cet été, avec de petites doses des potions incontournables selon les situations : camping en forêt, plage et baignade, retour de soirée… Et j'aimerais bien me mettre à bronzer, aussi, si j'ai le temps. Et toi, Crickey ?
– Crickey va terminer le ménage du premier étage et la préparation des repas pour la journée, annonça l'elfe. Ensuite elle a rendez-vous avec le secrétaire d'État à l'égalité inter-espèces, puis ce sera la première réunion du groupe de travail sur l'émancipation des elfes. Elle devrait avoir le temps de faire quelques courses avant le dîner. Et Mr Ron, qu'a-t-il prévu pour occuper sa journée ?
– Heu… »
En réalité, il avait surtout prévu de faire la sieste, mais comment l'avouer à présent ?
« Pauvre chou, il est en congé aujourd'hui, rappela Alifair. Les congés, c'est sacré.
– Ouais, fit-il avec un timide sourire, mais si je peux vous donner un coup de main, à l'une ou à l'autre…
– C'est gentil, trésor. Tu peux toujours te faire bronzer à ma place, suggéra Alifair.
– Mr Ron doit se reposer, décréta Crickey. Il peut aussi mettre son inactivité à profit en réfléchissant à son projet d'avenir.
– Oh, ça… »
Ron baissa les yeux.
« C'est pas la réflexion qui manque », marmonna-t-il.
Alifair lui tapota gentiment l'épaule.
« Puisque tu insistes, je vais te donner un petit devoir de vacances pour aujourd'hui. Alors, comment c'était, déjà ? « Ce que je sais faire, ce que je veux faire, ce que je peux faire ». Tu verras, ça marche à tous les coups. »
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Gardiens dans les couloirs, prisonniers dans la grande salle. Ils te regardent. Ils te détestent. Ils ont peur.
Gants sur les mains. Argent. Pas de feu. Pas de raison d'avoir peur. Reste calme.
Regarde dans leur tête. Regarde ce que tu as fait.
Non, je ne veux pas. Je ne veux pas me souvenir.
Trop tard, tu te souviens déjà. Le sang dans ta bouche, la chair déchirée sous tes doigts, l'odeur de brûlé dans tes narines…
Non !
Ils me regardent. Pourquoi est-ce qu'ils me regardent ? Est-ce que j'ai crié tout fort ?
Tu n'as qu'à regarder dans leur tête et tu verras. Non, oublie, reste calme, concentre-toi : gants sur les mains, argent, pas de feu. Pas de peur, pas de honte, pas de colère.
Pas de colère ? Et pourquoi pas ?
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Tandis qu'il faisait sa ronde dans la salle bondée du Nightingale, Chadwick s'aperçut soudain qu'une partie des serveurs et videurs disparaissaient discrètement dans le couloir. Quelque chose était-il en train de se passer sans qu'il en soit averti ? Conservant son air tranquille afin de ne pas alerter les clients, le majordome décida d'aller voir ce qu'il en était.
Au même instant, un manège semblable se déroulait dans la salle spéciale sous l'œil attentif du gouverneur Douglas et de quelques gobelins avertis. Le dense maillage d'espions et contre-espions trouvait enfin son utilité ce soir : entre les micros cachés des vrais-faux Cracmols, les Oreilles à rallonge importées par les gobelins et les sortilèges de mouchardage des agents gouvernementaux, tout le monde savait que quelque chose de grave se tramait dans le bureau de Mrs Malefoy. Quoi, exactement ? Son propre brouillage magique empêchait de le déterminer, mais la chose impliquait un Non-Maj', donc possiblement une infraction au Code International du Secret Magique.
« Permission d'intervenir en cas de danger avéré ou de forte présomption ? demanda l'agent le plus élevé dans la hiérarchie des espions « officiels », une sorcière d'âge moyen qui ne payait pas de mine.
– Accordée », déclara Corneille Avisée.
Lorsque Chadwick atteignit le sommet de l'escalier, il constata qu'une partie du personnel se promenait dans le couloir en affectant d'avoir une bonne raison de s'y trouver tandis que quelques autres, accroupis ou collés au mur, écoutaient franchement à la porte de la patronne ! Le sang du jeune homme ne fit qu'un tour.
« Non, mais qu'est-ce que… »
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Au rez-de-chaussée de la maison Faraday, le ronronnement de la machine à coudre étouffait le chant des oiseaux entrant par la fenêtre ouverte. Au premier étage, poussière et draps froissés vivaient leurs derniers instants. Dans le laboratoire du deuxième étage, trois potions bouillonnaient, paisibles, dans leurs chaudrons.
Désœuvré, Ron traînassait dans le couloir, mains dans les poches. Il n'était pas mécontent de se retrouver un peu seul avec lui-même, mais savoir ses hôtesses si occupées le faisait se sentir coupable. Prendre le soleil au jardin ? Il aurait l'impression d'être un inutile total. Choisir un livre dans la bibliothèque ? Ça lui ferait trop penser à son plus récent et douloureux échec. Il n'y connaissait rien en couture, et prétendre aider Crickey risquait de l'offenser. Il y avait peut-être des choses à ranger dans le laboratoire ?
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Punie. Prisonnière. Injuste. Pas ma faute. Je ne voulais de mal à personne. Injuste. Injuste !
Gants sur les mains, pas de feu. C'est mieux comme ça. Je suis dangereuse.
Injuste ! Sortir ! Voir le ciel ! Voler !
Oh oui, je voudrais m'envoler… Impossible. Gants sur les mains, argent, pas de feu.
Essaie. Feu. Feu.
C'est dangereux… Ils me regardent, ils se méfient. Je l'entends dans leurs têtes…
Voler ! Feu ! Feu ! Feu ! Feu !
Ils savent ! J'ai peur, je veux sortir !
Feu ! Feu ! Feu !
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Tout se passa en quelques secondes.
L'exclamation de Chadwick attira l'attention de tous les espions.
« Merde, le Non-Maj ! s'écria l'un des vigiles.
– Tais-toi donc, enfin ! » le reprit une serveuse.
Au même instant, un Cracmol coiffé d'un casque audio magiquement relié à un microphone caché sous le pot à crayons de Narcissa Malefoy – technologie inspirée par le système de sonorisation de la Chambre verte du Parlement britannique magique – entendit les mots suivants :
« Pitié ! Je vous en prie !
– … de pitié pour les misérables de ton espèce !
– S'il vous plaît, non…
– Endol… »
Le Cracmol fit un tel bond qu'il en perdit son casque.
« Sortilège Impardonnable ! Attentat contre un Non-Maj' ! Alerte ! beugla-t-il d'une voix perçante.
– Oh-mon-Dieu ! balbutia la serveuse.
– Par la barbe de Merlin ! s'écria le vigile.
– Mais qu'est-ce qui se passe, bon sang ? s'emporta Chadwick.
– À l'assaut ! » hurla le chef des agents du gouvernement.
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Tiens, de la potion contre les furoncles ! Ça, c'était une recette que Ron maîtrisait. D'après le petit écriteau placé à côté du chaudron, la préparation en était à l'étape quatre et, à en juger par l'aspect du liquide, le moment était venu de passer à la suivante. Il allait enfin pouvoir se rendre utile !
Sûr de lui, Ron augmenta un peu le feu sous le chaudron et laissa la température monter le temps de découper en lamelles une bonne poignée de champignons noirs. Sans savoir que le butane chauffait plus qu'un feu de bois, qu'il n'avait pas choisi les bons champignons et que, de toute façon, il ne s'agissait pas d'une potion contre les furoncles…
BOUM ! :D
Et sinon, joyeuses fêtes à tous !
