BONUS - 1


- ROSE NON !

Le cri raisonna dans toute la maison. La petite fille se figea dans ses chaussons en forme de lapins blancs et aux nez roses. Elle se retourna lentement, la tête rentrée dans ses épaules, comme si cela lui permettrait d'échapper au courroux de son père. Les lapins en peluche se cachèrent les yeux avec leurs oreilles élimées, en même temps que l'enfant se glissait vers un meuble qui trainait là pour s'y cacher.

- Ce n'est pas la peine de te cacher, tu sais que je vais finir par te trouver, lança une voix grave en bas des escaliers.

- Oui mais toi tu criches tu as ta gaguette ! cria Rose de derrière le meuble.

Les lapins levèrent les yeux vers elle, montrant leur préférence de faire profil bas mais elle ne put s'empêcher de glousser en voyant ses deux lapins froncer les sourcils.

- Je vais te suspendre par les pieds si tu ne m'obéis pas, menaça la voix qui se rapprochait.

- NAN ! hurla l'enfant en sortant de cachette en courant dans un éclat de rire cristallin.

Elle s'apprêtait à pousser une porte au bout du couloir quand elle se mis à courir dans le vide. Elle baissa les yeux vers ses pieds, mais ne trouva que le regard interrogateur de ses chaussons qui semblaient lui indiquer qu'ils n'y étaient pour rien. Elle releva alors la tête et vit son père au-dessus d'elle. Il l'avait attrapée par la taille et la tenait comme un sac appuyé sur sa hanche.

- Maaaaiiis… geint alors Rose d'une petite voix.

- Je t'avais prévenue, répondit son père sur un ton plus amusé que sévère. Si tu ne vas pas te coucher maintenant, tu seras privée de dessert.

- M'en fiche ! lança-t-elle en croisant les bras.

Toujours tenue par la taille contre la hanche de son père, la petite Rose se raidit en signe de protestation.

- Que vois-je ? fit alors une voix douce de l'autre côté de la porte. Une petite puce bien contrariée ? Papa aurait-il été vilain avec toi ?

Hermione apparut dans l'encadrement de la porte. Elle portait un débardeur blanc, rentré dans un jean taille haute, ses cheveux remontés en un chignon élégants. Elle ne put éviter le regard admiratif du père de sa fille dont l'habituelle couleur grise des yeux s'était transformée en un blanc presque bleu.

- Tu baves, chuchota-t-elle en prenant Rose dans ses bras.

- Mais Mamaaaaan ! geint à nouveau l'enfant en entourant sa mère de ses petites jambes. Ze ne veux pas dodooooo… Ze veux zouer !

Draco rougit et hésita à s'essuyer la bouche, mais face au regard amusé de sa future femme, il se douta qu'elle se moquait gentiment de lui. Il s'approcha du lit dans lequel Hermione venait de placer Rose qui gigotait encore trop pour l'heure tardive et s'accroupi à côté d'elle.

- Demain, commença-t-il, nous aurons une longue journée et il faudra être en pleine forme. Maman et moi comptons sur toi pour bien accueillir tous les invités.

Rose se redressa sur son oreiller, un immense sourire fendit son visage poupon.

- Ouiiii ! Et z'aurais le droit de zouer avec les autres ?

- Tant que tu voudras, répondit Hermione d'une voix douce.

- Mais pour ça, il faut que tu dormes maintenant, ajouta Draco.

- Oui papa !

Draco tira la couverture jusqu'au cou de sa fille et l'embrassa sur le front.

- A demain, dors bien.

Après l'avoir embrassée à son tour, Hermione agita sa baguette pour éteindre la lumière de la chambre qu'elle quitta doucement.

- Pffiou… soupira Draco. Et dire qu'elle n'a que quatre ans. Qu'est-ce que ça sera quand elle en aura quinze ?

- Tu penses qu'elle tiendra plus de toi ou de moi ? répondit Hermione en souriant. Tu préfères une fille accro aux bouquins ou accro aux bagarres ?

Draco fit la moue mais sourit à nouveau en sentant les doigts d'Hermione se glisser entre les siens. Ils s'embrassèrent tendrement, puis descendirent les escaliers de leur grande demeure.

Draco et Hermione habitaient depuis deux ans dans une maison à l'est de Londres. Ils avaient cherché longtemps la maison qui leur plairait pour élever leur fille née quatre ans auparavant. Ils avaient fini par accepter l'aide de Arthur pour agrandir par quelques sortilège leur appartement Londonien, puis avaient fini par le vendre. Auparavant la propriété d'un austère sorcier célibataire, elle avait désormais retrouvé son charme champêtre grâce au gout distingué de Draco et aux très nombreux livres qu'Hermione avait récupéré d'un peu partout. En cette soirée d'été, elle resplendissait sous les centaines de lucioles installées dans des petites fioles en verre suspendues sous les arbres du bois qui longeait la propriété, dans les bosquets de fleurs qui parsemaient le jardin, et dans les haies qui bordait l'immense parc qui menait à la route.

Hermione s'installa sur une chaise longue installée sur la terrasse pavée et contempla le spectacle qui s'offrait à elle.

- Que peut-on contempler de plus beau en cet instant ? demanda-t-elle pour elle-même.

- Oh moi je sais, répondit Draco qui s'installa en face d'elle.

Elle rougit sous ce compliment soudain, mais ne fit pas de commentaire. Elle sentit son estomac se serrer en voyant le tapis d'un blanc immaculé refléter la douce lumière de la lune. Il s'étendait du grand portail près de la route aux petites marches qui menaient à la terrasse. Bordé de petits poteaux reliés entre eux par des cordes discrètes, c'est sur ce tapis que les invités du lendemain seraient accueillis par elle et son futur mari. Tout était prêt. Il ne manquait plus que sa famille, ses amis et tous ses proches qui avaient répondu présent. La famille de Draco avait fini par accepter l'invitation, même si elle avait senti une forte réticence de la part de son père. C'était sa mère qui leur avait répondu par une lettre des plus sobres.

- Ne t'en fais pas, l'avait rassurée Draco. Ils ne poseront pas de problème. Ma mère m'aime trop pour dire quoi que ce soit, et mon père n'a pas le choix.

- Il n'empêche que je n'ai pas très envie de revivre la scène d'il y a quatre ans… lui avait alors répondu Hermione l'air inquiet.

Hermione repensait à la scène qui avait suivi l'annonce par Draco à ses parents de ses fiançailles avec Hermione, et de la grossesse de cette dernière. C'en avait été un peu trop pour le père de Draco qui l'avait menacé de le déshériter s'il ne mettait pas un terme immédiat à leur relation. Quand Draco s'était montré inflexible, son père était même allé jusqu'à des menaces de mort envers Hermione. Mais sa mère s'était interposée, en prétextant que le bonheur de leur fils était plus important que tout. Hermione savait que la liberté des Malfoy tenait beaucoup de leur intégration dans ce monde et le mariage de son fils avec une née moldue serait pour l'instant le meilleur moyen de prouver leur bonne foi.

- Tout se passera bien je te le promets, avait finalement répondu Draco en l'embrassant sur le front.

Les parents de Draco n'avaient alors plus interféré dans leur relation. A la naissance de Rose, ils avaient simplement envoyé un colis avec un serpent en peluche qui s'animait quand le bébé le prenait dans ses bras. Hermione, d'abord réticente de donner le cadeau à sa fille, avait fini par accepter que Rose aimait énormément cette peluche, et quand le sortilège qui l'animait finit par se dissiper, Rose reçu un nouveau colis contenant une version plus grande du serpent en peluche.

- Qui sait ? avait plaisanté Draco. Peut-être qu'elle ira à Serpentard.

Les quelques visites que Hermione et Draco avaient pu faire au Manoir Malefoy après la naissance de Rose avaient été très cordiales, beaucoup trop au goût d'Hermione. Lucius ne lui adressait quasiment pas la parole, et se refusait catégoriquement de jouer avec Rose. Quant à sa mère, elle avait gardé son air hautain, mais était plus encline à échanger des banalités avec Hermione. Elle était visiblement très déçue que son fils n'épouse pas une sorcière de sang pur, mais elle faisait tout son possible pour le cacher. Son attitude avec Rose était ambivalente. L'ignorant totalement dans un premier temps, elle avait fini par la prendre dans ses bras lors de leur dernière visite plusieurs mois auparavant. Rose avait joué avec son long collier sans que Narcissa ne la réprimande. Hermione avait pris ça pour une marque d'affection envers sa fille et s'était sentie pour la première fois détendue en sa présence.

- A quoi penses-tu ? demanda Draco qui n'avait cessé d'observé Hermione depuis leur arrivée sur la terrasse.

- A demain. J'espère que tout se passera bien.

- Que veux-tu qu'il arrive ?

- Je ne sais pas… C'est la première fois depuis un très long moment que j'angoisse.

- C'est normal, répondit Draco avec douceur. Je te mentirais si je te disais que je suis parfaitement serein, mais on sera ensemble, et tout ira bien.

Hermione sourit en voyant les yeux de son amant briller dans la douce lueur de la nuit.

- A quelle heure arrive Potter demain ? demanda Draco pour changer de sujet.

- Normalement, à l'aube. Si Harry arrive à se réveiller. Il m'a dit que Sirius était infernal en ce moment, et que ses nuits étaient courtes.

- Tu m'étonnes ! s'exclama Draco. Avec un prénom pareil, il ne fallait pas s'attendre à autre chose qu'un petit monstre.

- Ginny est obligée de prendre des potions de sommeil, répondit Hermione en soupirant. Il passe ses nuits à hurler.

- Tu penses qu'il voit des fantômes ? s'amusa Draco.

- Ne plaisante pas avec ça, tu t'imagines ne pas pouvoir dormir pendant des semaines ?

- Nous on a eu de la chance avec Rose...

- C'est sur.

Le lendemain matin, Hermione fut réveillée par le chant d'un oiseau à la fenêtre. Le jour J était enfin arrivé et elle avait très mal dormi. De nombreux rêves depuis longtemps disparus avaient à nouveau pointé le bout de leur nez. Les visions horrifiques de ses amis morts avaient réveillé Hermione en sursaut plusieurs fois au cours de la nuit, sans pour autant qu'elle ne puisse se l'expliquer. Finalement, elle avait réussi à dormir un peu, mais sans même se regarder dans un miroir, elle sentait les cernes creuser le dessous de ses yeux fatigués.

Elle se leva discrètement sans réveiller Draco qui dormait paisiblement à côté d'elle et fila hors de la chambre à coucher. Derrière la porte de la cuisine, elle entendit des chuchotements et des bruits de vaisselle qu'on déplace. Elle poussa alors la porte pour y découvrir Ginny, Harry, Fleur et Neville en pleine action.

- Hum hum ! Lança-t-elle.

Tous les quatre levèrent la tête vers elle, puis échangèrent des regards inquiets.

- C'était une idée de Ginny ! Lança vivement Neville en lâchant le plat de fruits qu'il avait en mains.

- Merci Neville, répondit Ginny en levant les yeux au ciel. Je t'avais dit que Harry et moi viendrions t'aider, bon. Il s'avère que j'ai un peu menti sur le fait que je ne viendrais qu'avec Harry.

- Qui d'autre est là ? Demanda Hermione.

- Oh... pas grand monde. Répondit Neville sur le ton le plus hésitant dont il était capable.

Hermione s'approcha de la fenêtre et ouvrit de grands yeux. Dehors, ce n'était pas quelques sorciers, mais une véritable armée de domestiques qui s'activaient à elle ne savait quoi.

- On s'est dit que vous auriez autre chose à penser que de tout installer ce matin, glissa Ginny à son oreille.

- Il ne restait pas grand chose à faire, tout était déjà prêt.

- Oui, mais pas installé ! Répliqua Ginny d'un air malicieux. Allez maintenant file te préparer ! On s'occupe de tout.

- Ils vont rester là tout le mariage ? S'inquiétât soudainement Hermione.

- Oh non rassure toi, s'empressa de répondre Harry. Dès qu'ils ont fini, ils déguerpissent. Ginny leur a promis un sortilège de chauve furie si ils s'attardaient trop.

Les cinq amis éclatèrent de rire. Hermione les remercia chaleureusement et quitta la cuisine pour remonter à l'étage. Elle devait réveiller et préparer Rose avant de s'occuper d'elle-même. Elle poussa doucement la porte de la chambre de sa fille, mais à nouveau, elle entendit des chuchotements provenant de l'intérieur.

Dans la pénombre, elle vit Draco penché sur le lit de leur fille, lui demandant doucement de se réveiller.

- C'est l'heure ma puce, tu vas mettre ta belle robe ?

- Moui... répondit doucement l'enfant encore endormie. Avec mes ailes de gragon.

Hermione ne put s'empêcher de rire en imaginant sa fille dans une petite robe rose pâle, flanquée de eux grandes ailes pourpres dans le dos.

- Tout ce que tu voudras, mais avant, il faut se lever, répondit son père.

Draco la pris dans ses bras et le dirigea vers la porte.

- Rien de tel qu'un bon petit déj' pour la mettre en forme, dit il à Hermione en s'efforçant que Rose entende.

- Avec des tartines au niel ? Demanda-t- elle soudainement en redressant la tête.

- Et même du jus de citrouille !

- Ouiiiiii !

Rose à présent réveillée et entre de bonnes mains (« Je m'occupe de tout, va te préparer » lui avait dit Draco), elle pouvait prendre une heure pour elle. Elle se glissa dans la salle de bain, ferma la porte à clé à l'aide de sa baguette, et fit couler l'eau dans la baignoire.

A suivre...