Bonjour tout le monde ! Comme prévu, le rythme de publication passe à deux chapitres par semaine. En plus c'est le premier jour du mois de juin, alors fêtons ça avec un nouveau chapitre XD

Mais tout d'abord, réponses aux reviews :

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livyn : Bienvenue à toi et merci pour ta review ! Je suis contente que tu aimes le fait que ça aille lentement, ça peut sembler long pour certaines personnes mais je ne peux pas faire autrement si je veux consacrer du temps à chaque personnage, donc ravie que ça te plaise !

Butterfly Fictions : Merci pour ta review ! Promis, il y aura des moments Harry/Ginny ! ;) Heureuse que le personnage de Pansy te plaise, je voulais vraiment donner d'elle une image différente de celle qu'on a dans les livres ! Pour le garçon dont parlait Hermione et qui partage les mêmes options qu'elle, je crois qu'il n'y a pas vraiment de suspense XD

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J'arrête de blablater et je vous laisse avec le nouveau chapitre ! Pour éviter toute confusion, ça se passe sur une seule journée mais avec trois POV différents ;) Bonne lecture !

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10 – Retrouvailles sur le Chemin de Traverse

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(jeudi 24/08) POV Blaise

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- Tu es sûr de vouloir y aller tout seul ?

- Je connais le Chemin de Traverse par coeur, maman. Et je serai avec mes amis. Et, promis, je n'irai pas me promener du côté de l'Allée des Embrumes.

- Bon, comme tu veux. Tu m'as dit qu'il y aurait qui, déjà ?

- Draco, Théo et Pansy.

- Oh c'est vrai, j'aurais dû m'en souvenir... J'avais préparé des gâteaux pour Théo.

Blaise retint un soupir.

- Maman, je te le répète : Théo est nourri au Chaudron Baveur. Et il prend toujours ses potions de nutrition.

- Je sais mais il est tellement maigre ! Des gâteaux ne lui feront pas de mal, bien au contraire. Franchement, a-t-on idée de laisser un enfant dans une auberge pendant toutes les vacances...

«D'une, Théo n'est pas un enfant mais un ado, et de deux, il n'a pas passé toutes les vacances au Chaudron Baveur mais à peine les trois quarts» songea Blaise. Il préféra néanmoins garder ces remarques pour lui.

- Il s'y plaît et il y est en sécurité. C'est le principal, non ?

- Il aurait été quand-même mieux ici. Il aurait été choyé et entouré. Au Chaudron Baveur il est tout seul. Promets-moi de lui donner ces gâteaux.

- Promis, jura Blaise en prenant le sachet que lui tendait sa mère.

Il le mit dans son sac en bandoulière et regarda l'heure.

- Je vais y aller. Je préfère être en avance, au cas où Draco, Théo et Pansy seraient déjà là.

- Bien, vas-y.

Blaise s'avança vers la cheminée, prit de la poudre de Cheminette, prononça «Chemin de Traverse» et jeta la poudre dans l'âtre. Il vit toutes sortes de cheminées avant d'atterrir à destination. C'est-à-dire derrière le Chaudron Baveur. Il le contourna et se retrouva dans l'allée principale. Il regarda autour de lui mais ne trouva pas ses amis. Ils n'étaient sûrement pas encore arrivés. En même temps Blaise était vraiment en avance. Il ne pouvait pas en vouloir à ses amis de ne pas être encore là. En les attendant, il décida de faire un tour rapide du Chemin de Traverse. Il avait horreur de poireauter en restant au même endroit. À peine eut-il fait quelques mètres qu'il croisa deux garçons avec qui il partageait son dortoir à Poudlard. Il voulut les ignorer mais ce ne fut malheureusement pas réciproque :

- Tiens, Zabini. Quelle joie de te revoir. Tu n'es pas avec ton maître, l'autre toutou et la blonde décérébrée ?

Blaise se retint de justesse de sortir sa baguette. Il ne supportait pas qu'on insulte ses amis. Mais il ne voulait pas faire d'esclandre sur le Chemin de Traverse. Il décida donc de contre-attaquer :

- En parlant de maître, celui de vos pères ne leur manque pas trop ? C'est vraiment bête, ce qui s'est passé. Vos pères croyaient que leur Maître était de retour mais ce débile a réussi à se faire tuer par un ado qu'il voulait lui-même assassiner quand il n'était qu'un bébé. Les planètes ne devaient pas être alignées ce jour-là pour Vous-Savez-Qui. C'est dommage, vous ne pourrez pas porter le joli tatouage noir sur vos avant-bras.

Blaise sentit que Crabbe et Goyle avaient à leur tour très envie de dégainer leurs baguettes. Il en fut amusé. Il ne fallait pas le chercher !

- Tu peux en dire autant pour tes deux amis, cracha Goyle.

- Ils ne partagent pas les idées de leurs pères, dit calmement Blaise. Ils ne seraient jamais devenus des Mangemorts, eux.

- Parce que tu crois qu'ils auraient eu le choix ? se moqua Crabbe. S'ils avaient refusé, Tu-Sais-Qui lui-même serait venu les chercher. On ne lui dit pas «non» aussi facilement. Il te torture jusqu'à ce que tu cèdes. Draco est une petite nature, il n'aurait pas tenu très longtemps. Théo, en revanche... ça aurait sûrement demandé plus de temps. La torture, il connaît. Mais j'imagine qu'il ne vous en a jamais parlé, à Draco et à toi. Nous on sait tout. Le vieux Nott ne s'est jamais privé pour raconter à nos pères ce qu'il faisait subir à son fils pendant les vacances. Il paraît que Théo aime beaucoup le Doloris. C'est ce qui le fait plus crier. Son père devait s'en donner à coeur joie. C'est le seul truc qui ne laisse pas de marques.

Blaise dut faire appel à ton son self-contrôle pour ne pas se jeter sur Crabbe. Son sang bouillonnait dans ses veines et il n'avait qu'une seule envie : mettre son poing dans la figure de Crabbe. Mais il s'efforçait de se retenir. «Pas d'esclandre sur le Chemin de Traverse» se répéta-t-il. Conscient d'avoir le champ libre, Crabbe continua :

- Nott s'est montré trop clément avec son fils. Il aurait dû l'éliminer. Sans lui, il ne serait pas à Azkaban à l'heure qu'il est. Théo est une balance et il va le payer cher à la rentrée.

- Ne t'avise même pas de l'approcher, menaça Blaise, les dents serrées. Ou je te jure que tu vas le regretter. Ça vaut pour toi aussi, Goyle. Vous laissez Théo tranquille. Il ne vous a rien fait, alors foutez-lui la paix !

- Tu rêves, mon pauvre Zabini. C'est un traître, on ne va pas le laisser s'en tirer comme ça. On se doute bien que Malfoy et toi allez tenter de le protéger mais vous ne pourrez pas toujours être près de lui. Allez, on te laisse. Conseille à Théo de bien profiter de sa dernière semaine de vacances.

Crabbe et Goyle ricanèrent et s'en allèrent. Blaise fulminait de rage. Et en même temps il avait peur. Il savait que les menaces de Crabbe n'étaient pas à prendre à la légère. Il connaissait ses deux compagnons de dortoir depuis quatre ans, il savait de quoi ils étaient capables. Ils n'hésiteraient pas à s'en prendre à Théo. Draco et lui allaient devoir le protéger. Mais Blaise ne savait pas s'il fallait mettre Théo au courant des menaces qui planaient sur lui. Il ne voulait pas l'inquiéter mais Théo serait davantage sur ses gardes s'il se savait en danger... Blaise décida d'en parler à Draco dans la journée s'il avait l'occasion de se retrouver seul avec lui à un moment donné. Pour l'instant, il voulait oublier cette désagréable discussion qu'il venait d'avoir avec ses deux compagnons de chambrée. Il se remit en marche et commença à longer les boutiques du Chemin de Traverse. Il passa devant le magasin d'accessoires de Quidditch, puis devant la papeterie, puis devant Fleury et Bott, puis devant Mme Guipure, puis devant Gringotts... Il aurait continué ainsi sans s'arrêter s'il n'avait pas entendu un raffut de tous les diables venant de la ménagerie magique. Son instinct de survie lui dicta de ne pas bouger et de rester là où il était. Mais il voulait savoir ce qui se passait. La curiosité l'emportant sur la raison, il s'approcha de l'animalerie. Il regretta bien vite sa témérité. Il n'eut pas le temps de reculer lorsque plusieurs personnes sortirent en trombe de l'animalerie. Elles ne firent pas attention les unes aux autres, si bien que plusieurs d'entre elles se bousculèrent. L'une d'elles fut projetée contre Blaise qui n'avait rien demandé et qui, sous la force de l'impact, se retrouva par terre. Une fois remis du choc, il sentit l'odeur d'un parfum purement féminin. Un parfum floral très délicat. Les longs cheveux soyeux qui lui chatouillaient le visage sentaient très bons, eux aussi. Mais il ne put humer ces merveilleuses odeurs que quelques secondes car la personne à laquelle elles appartenaient se redressa vite, le libérant ainsi de son poids qui était relativement léger. Il reconnut alors la benjamine des Weasley. Elle était rouge comme une tomate. Blaise se retrouva incapable de bouger, subjugué par la beauté de la rouquine qui venait de le faire tomber. Il réalisa que, contrairement à elle, il était encore par terre. Il se releva sans pouvoir détacher son regard de celui de Ginny Weasley. Elle avait l'air très gênée.

- Désolée de t'avoir bousculé, je... j'ai été poussée par quelqu'un, j'ai perdu l'équilibre et je... je...

- Ce n'est pas grave, l'interrompit Blaise. Ça arrive à tout le monde.

Il trouva sa phrase complètement stupide. Comme si ça arrivait tous les jours à une fille de se faire bousculer dans la rue et de se cogner contre un garçon en le projetant par terre ! Il se dépêcha de changer de sujet :

- Qu'est-ce qui s'est passé là-dedans ? demanda-t-il en désignant l'animalerie magique.

- Oh, juste un fléreur qui a voulu se jeter sur tous les clients pour les attaquer. Il paraît que ce n'est pas la première fois. C'est ce que j'ai eu le temps de comprendre avant que tout le monde ne se rue vers la sortie.

- Oh, tu ne cherchais pas à fuir, alors ?

- Non, je me suis retrouvée emportée par la foule. Le fléreur ne me faisait pas particulièrement peur. S'il avait voulu m'attaquer j'aurais juste eu à lui décocher un maléfice d'entrave.

- Réaction typiquement Gryffondor, se moqua Blaise.

La rouquine lui adressa un regard glacial.

- Qu'est-ce que ça veut dire, ça ?

Conscient de son erreur, Blaise tenta de se rattraper :

- Non mais ce n'était pas une critique... Au contraire, je trouve ça très courageux... Tout le monde ne réagirait pas comme ça... Même si le maléfice d'entrave est un sortilège relativement simple à lancer...

Blaise sut qu'il venait de commettre une nouvelle bévue en voyant l'air de la rouquine devenir encore plus courroucé.

- Excuse-moi d'entrer seulement en quatrième année et de ne pas connaître autant de sorts que toi, lâcha-t-elle. Au revoir, Zabini.

Elle tourna les talons et s'éloigna sous les yeux d'un Blaise dépité. Mais pourquoi était-il aussi idiot ?! Il avait fait pire que mieux ! Il ne savait vraiment pas parler aux filles. Mais c'était de la faute de Weasley, aussi ! Pourquoi le déstabilisait-elle autant ?! Il avait eu l'air idiot devant elle à la contempler comme si elle était la septième merveille du monde ! Bon, il fallait quand-même reconnaître qu'elle était jolie. Et qu'elle sentait bon. Et qu'elle avait de très beaux cheveux. Et qu'elle avait un sacré caractère. Et que ça la rendait encore plus... mais à quoi était-il en train de penser ?! Ça n'allait pas ! Ça n'allait pas DU TOUT ! Il fallait qu'il se ressaisisse ! Il regarda l'heure et se dit que ses amis étaient peut-être arrivés. Il était treize heures quarante-cinq et ils avaient prévu de se retrouver à quatorze heures précises devant le Chaudron Baveur. Il s'y rendit et décida d'aller directement voir Théo. Il n'avait pas osé le faire en arrivant mais là, il avait urgemment besoin de voir un de ses amis. Lorsqu'il frappa à la porte de Théo, celui-ci ne tarda pas à lui ouvrir.

- Salut, dit Théo en souriant. Tu es venu me chercher ?

- En quelque sorte, oui. Je suis arrivé vachement en avance et je commençais à m'ennuyer.

- J'allais descendre, justement. Je prends juste une potion et on y va.

Théo attrapa une fiole sur sa table de chevet, la but et rejoignit Blaise. Tous deux descendirent et sortirent du Chaudron Baveur. Ils furent accueillis par Draco et Pansy qui venaient juste d'arriver et qui les attendaient. Leur après-midi de retrouvailles pouvait commencer.

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POV Harry

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Harry était content de retrouver Ron et Hermione. Ils lui avaient beaucoup manqué pendant les vacances. Ils étaient arrivés en même temps sur le Chemin de Traverse. Hermione lui avait littéralement sauté dessus et l'avait serré fort contre elle, lui coupant presque le souffle. Elle avait mis du temps à le lâcher. Harry avait senti à quel point elle était inquiète pour lui. Il ne l'avait visiblement pas assez rassurée dans ses lettres. Il avait essayé, pourtant. Ron avait été plus sobre mais Harry avait vu qu'il était lui aussi inquiet. Sans doute ses amis avaient-ils remarqué qu'il avait maigri... Il avait pourtant tenté de cacher ses kilos en moins en s'habillant de plusieurs couches de vêtements, afin d'avoir l'air un peu plus épais. Mais son stratagème n'avait visiblement pas fonctionné.

Lorsqu'il avait aperçu les Weasley, il n'avait pas eu le temps d'aller les voir puisque Hermione s'était vraiment jetée sur lui au même moment. Il avait juste salué les jumeaux de loin. Il aurait bien voulu discuter un peu avec Ginny qui était restée à l'écart mais quand leurs regards s'étaient croisés, elle avait formé silencieusement les mots «plus tard». Il avait acquiescé et s'était laissé entraîner par ses deux meilleurs amis.

Ils avaient d'abord longé les boutiques du côté gauche, ne s'étaient arrêtés qu'au Royaume du Hibou avant de revenir sur leurs pas pour visiter le côté droit qui les intéressait davantage. Ils se rendaient actuellement au magasin d'accessoires de Quidditch, Harry ayant besoin de matériel pour son balai. Il ne regretta pas de ne pas avoir fait ses courses la semaine précédente lorsque Ron déclara qu'il devait lui aussi se fournir du matériel. Mais cela étonna tout de même Harry.

- Tu comptes te mettre au Quidditch, cette année ?

Ron rougit jusqu'à la racine des cheveux.

- Eh bien... oui.

- Tu vas te présenter aux sélections, alors ?

- Oui. Je vise le poste de gardien. Je sais que je ne serai sûrement pas pris mais je veux tenter ma chance.

- Je trouve que c'est une bonne idée, dit sincèrement Harry. Il ne faut pas que tu partes défaitiste, sinon tu ne vas pas être dans de bonnes conditions lors des sélections. Et puis tu ne sais pas face à qui tu vas être. En tout cas ce serait cool si tu intégrais l'équipe. Les entraînements seraient bien plus sympa.

Ron parut soulagé de la réaction de Harry.

- Ginny aussi compte participer aux sélections, annonça-t-il.

- À quel poste ?

- Celui d'attrapeur. Elle veut être ta remplaçante.

- Oh, dit simplement Harry.

Ron fronça les sourcils.

- C'est tout ? Ça n'a pas l'air de t'étonner.

- Il m'arrive de discuter avec elle. Elle s'y connaît beaucoup en Quidditch. Elle est très passionnée. Donc, non, ça ne m'étonne pas qu'elle veuille intégrer l'équipe. En tout cas ça va faire beaucoup de Weasley dans une même équipe.

- C'est ce qu'on s'est dit aussi. Ça va être drôle ! Bon, pour ça il faut que Ginny et moi soyons tous les deux pris. Franchement je serais content même si je n'obtenais que le poste de remplaçant. En fait ce ne serait pas plus mal si j'étais un joueur de réserve. Avec mes obligations de préfet je n'aurai peut-être pas le temps de m'entraîner assidûment pour chaque match...

- Oh, j'avais oublié... Toutes mes félicitations, dit Harry en souriant. Tu es content d'avoir été nommé ?

- Oh oui, beaucoup. Mais je ne sais pas si c'était une bonne idée de me confier une telle responsabilité. Je pensais que c'était toi qui serait choisi.

- S'ils t'ont nommé préfet c'est qu'ils croient en toi. Fais-leur confiance. Ils ont bien fait de te choisir toi plutôt que moi. Toi ça te fait plaisir alors que moi ça m'aurait dérangé.

Ron haussa les sourcils.

- Pourquoi ?

- Tu n'as pas encore compris, Ron ? intervint Hermione. Harry veut une année tranquille. Il nous l'a assez répété dans ses lettres. Et je te comprends parfaitement, Harry, ajouta-t-elle en se tournant vers son autre meilleur ami. Tu as bien le droit à un peu de paix.

- Merci, Hermione, dit Harry en souriant. Mais je crois que mon souhait va être un peu compromis. Si je vous dis quelque chose, vous me promettez de garder le secret ?

Harry avait eu l'autorisation de Sirius et Remus de révéler leurs nominations respectives à ses deux amis. Harry leur avait promis qu'ils ne diraient rien.

- Évidemment, pour qui tu nous prends ? répondit Ron.

- Si c'est quelque chose de vraiment confidentiel, mieux vaut bouger d'ici. N'importe qui pourrait nous entendre, fit remarquer Hermione.

Harry acquiesça et entraîna ses amis à l'écart. Une fois s'être assuré qu'ils étaient bien à l'abri des oreilles indiscrètes, il se lança :

- Re... Le professeur Lupin va revenir enseigner.

- Mais c'est génial ! s'écria Hermione. Pour l'année des BUSE on ne pouvait pas rêver mieux comme professeur de Défense Contre les Forces du Mal !

- Il ne va pas enseigner la Défense, rectifia Harry. S'il a pourvu ce poste il y a deux ans, c'est parce que Dumbledore avait besoin de lui. C'était le seul poste de libre et le professeur Lupin avait quand-même de solides connaissances dans ce domaine. Mais ce n'est pas sa matière de prédilection.

- Il va enseigner quoi, alors ? demanda Ron, qui semblait aussi dépité que Hermione.

- La métamorphose.

En guise de réponse, Harry reçut deux regards perplexes.

- La métamorphose ? répéta Hermione, dubitative. Mais... et le professeur McGonagall ?

- Elle a démissionné de son poste de professeur et de directrice de maison pour pouvoir se consacrer entièrement à ses fonctions de sous-directrice.

- Oh... C'est dommage, c'était un bon professeur. Mais si le professeur Lupin s'y connaît autant en métamorphose qu'en Défense, alors ça va sûrement être passionnant. J'ai hâte de voir à quoi vont ressembler ses cours. C'est à cause de lui que tu disais que ton année tranquille risquait d'être compromise ?

- En partie, oui. En fait il y a un autre poste qui va changer de professeur.

- Oui, celui de Défense Contre les Forces du Mal, on sait, dit Ron sur le ton de l'évidence.

- Oui mais pas que.

- Crache le morceau, Harry, s'impatienta Hermione.

Harry céda face à cette demande impérieuse.

- On va aussi changer de professeur de sortilèges.

- Quoi ?!

- Le professeur Flitwick va rester professeur mais il va enseigner une autre matière, précisa Harry. Une nouvelle option, plus précisément. D'après ce qu'on m'a dit, c'est une option de duel et elle est facultative. Apparemment le professeur Flitwick commence à se fatiguer, alors il a préféré s'occuper d'une matière qui lui prend moins d'heures dans son emploi du temps. Il restera le directeur des Serdaigle mais il sera secondé par le nouveau professeur de sortilèges. Cela lui fera moins de travail.

- Et qui est ce nouveau professeur ? s'enquit Hermione.

Harry eut soudain peur. Et si ses amis prenaient mal la nouvelle ? S'ils ne le croyaient pas ? S'ils rejetaient Sirius ? Après tout, pour Ron et Hermione, Sirius restait un homme qui avait passé douze ans à Azkaban... Il n'avait clairement pas le profil d'un potentiel professeur. Mais ils ne savaient pas que Sirius s'entraînait depuis sept mois, aussi bien pour se remettre à niveau que pour se préparer à être professeur. Il avait même donné quelques conseils à Harry pour son devoir de sortilèges, sans pour autant lui donner les réponses.

- Sirius, répondit-il de but en blanc.

Ron haussa les sourcils alors que Hermione regardait Harry avec un air interloqué. Ce fut elle qui réagit en premier :

- Tu es sérieux ?

- Je n'ai pas assez d'imagination pour inventer une blague pareille, Hermione.

- Mais... il n'a jamais été professeur avant !

- Re... Le professeur Lupin était aussi inexpérimenté que lui lorsqu'il a commencé à enseigner la Défense. Il a d'ailleurs beaucoup coaché Sirius. En début d'année, Sirius a acheté une trentaine de livres sur les sortilèges et ça fait plus de six mois qu'il les dévore un par un. Il s'est exercé à tous les sorts possibles et imaginables et il a déjà concocté le programme des sept années en s'appuyant de l'aide qu'il a reçue du professeur Flitwick. Le professeur Lupin l'a mis dans toutes sortes de situations dans lesquelles Sirius pourrait se retrouver avec un élève. Il est plus que prêt, vous pouvez me croire. Et il est hyper motivé. Il a besoin de travailler. Il a besoin de voir des gens. S'il veut rebondir et retrouver une vie normale, il faut bien qu'il se trouve un métier. Et si Dumbledore est venu lui proposer le poste de professeur de sortilèges, c'est qu'il a confiance en Sirius et qu'il sait qu'il sera un bon professeur.

Il n'en fallut pas plus pour convaincre Hermione. Harry était très persuasif dans sa façon de défendre la crédibilité de Sirius en tant que professeur. Et il fallait avouer qu'il avait donné des arguments de taille.

- Je te crois, dit Hermione en souriant. On ne pouvait pas savoir tout ça. Avoue que quand tu l'as appris, tu devais être aussi étonné que nous.

- C'est vrai, admit Harry. Mais je peux vous assurer que Sirius sera un excellent professeur.

- Il devra faire ses preuves pour que les élèves lui fassent confiance. Mais du coup, c'est parce que Sirius sera à Poudlard que tu n'es pas sûr d'être tranquille cette année ?

- C'est ça. Même s'il a un devoir de réserve et de neutralité, je sais qu'il va me surveiller de près. Il a déjà prévu de m'inviter tous les week-end dans ses appartements pour qu'on prenne le thé ensemble et que je lui raconte ma semaine de cours et tout ce qui va avec.

Hermione eut l'air attendrie.

- Il tient à toi, c'est plutôt mignon, je trouve.

- Tu es soulagée, alors ? demanda Ron à Hermione d'un ton moqueur. Sirius semble bien s'occuper de Harry.

- Je n'ai jamais dit le contraire, répliqua Hermione. Je me demandais juste si ça se passait bien.

- Non mais ne t'en fais pas Hermione, je comprends que tu puisses te poser des questions, la rassura Harry. Mais Sirius a pris les choses en main pour être apte à s'occuper de moi. Il se fait suivre par une psychomage et le professeur Lupin est là pour le conseiller. Je ne manque pas d'amour, en tout cas. Je passe de très bonnes vacances.

- C'est le principal. Je suis contente pour toi, dit sincèrement Hermione. Bon, on ferait mieux de continuer nos courses.

Harry et Ron acquiescèrent et emboîtèrent le pas à leur amie. Ils n'eurent que quelques mètres à faire, puisqu'ils étaient tout près du magasin d'accessoires de Quidditch lorsque Harry avait entraîné ses amis à l'écart.

- Tu n'as besoin que de matériel, Ron ?

- Non, il me faut aussi le balai en lui-même. Mais je ne sais pas lequel choisir. Il en faut un pas trop cher mais pas trop nul non plus. Sinon autant garder le vieux balai de Charlie. Tu pourrais m'aider à choisir ?

- Bien sûr.

- Bon eh bien je vous laisse, les garçons. Je vais aller m'acheter quelques livres. On se rejoint devant Fleury et Bott. Ou devant la papeterie, comme vous voulez.

- Plutôt devant la papeterie, vu que c'est juste avant Fleury et Bott.

- D'accord, à tout à l'heure.

Une fois Hermione partie, Ron se tourna vers Harry :

- Elle n'aimera jamais le Quidditch.

- Et nous on n'aimera jamais l'histoire de la magie. Chacun ses passions !

Sur ces bonnes paroles, les deux amis commencèrent à regarder les balais. Ron fut vite attiré par l'un d'entre eux.

- Il m'a l'air bien, celui-là. Le Manchevif c'est un bon choix de balai, je crois ?

- Il y a mieux. Il est plus rapide que d'autres, certes, mais il perd de la puissance en montée.

- Oh, fit Ron, déçu.

- Après, vu que tu vises le poste de gardien, tu t'en fiches un peu de cet inconvénient. Ce serait plus problématique si tu voulais être attrapeur.

- C'est vrai. Mais je vais en prendre un autre quand-même.

- Au fait, tu n'as pas eu trop de mal à convaincre tes parents de t'acheter un balai ?

- Non, pas du tout. Maman était super heureuse que j'aie été nommé préfet. Elle a voulu m'offrir quelque chose, j'ai demandé un balai, elle a hésité mais elle a vite accepté. C'est quand j'ai su que j'allais avoir un balai que j'ai décidé de me présenter aux sélections. Sinon ça ne valait pas vraiment le coup d'acheter un balai...

- Ça c'est sûr. Bon, voyons voir ce qu'il y a d'autre... Un Margotin c'est beaucoup trop cher, et puis ça n'a pas grand intérêt. C'est juste parce qu'il est bourré d'accessoires qu'il fait de l'ombre aux Nimbus. Ah, voilà ce qu'il te faudrait !

- Quoi ?

- Un Brossdur.

- Oh, c'est ce que possèdent déjà Fred et George...

- Oui mais là il s'agit d'un Brossdur 11, alors que Fred et George doivent avoir un modèle plus ancien.

- Oui, ils ont un Brossdur 5, je crois. Tu es sûr qu'il est bien, ce balai ?

- Il peut atteindre la vitesse de cent kilomètres heure en quelques secondes. Et c'est moins cher qu'un Nimbus.

- Ok, je le prends. On peut acheter le matériel, maintenant.

Harry et Ron se dirigèrent vers le rayon où se trouvait tout ce qu'il fallait pour entretenir un balai. Puis ils se rendirent à la caisse, payèrent leurs achats et sortirent du magasin. Ils rejoignirent Hermione devant la papeterie où ils achetèrent plumes, encre et parchemins. Ils allèrent ensuite chercher leurs manuels chez Fleury et Bott, puis Ron suggéra de se rendre à l'animalerie magique. Se souvenant de ce qui s'était passé la semaine précédente, Harry préféra les prévenir :

- Il vaut peut-être mieux aller à Eeylops.

- Ils vendent surtout des hiboux, là-bas, protesta Ron. Il y a moins de choix de nourriture.

- Oui mais ce sera moins dangereux. La semaine dernière j'ai dû faire un saut sur le Chemin de Traverse, j'ai décidé d'en profiter pour prendre des friandises pour Hedwige et en arrivant près de l'animalerie, j'ai vu une vingtaine de personnes en sortir comme si elles avaient le Sinistros qui leur courait après. J'y ai fait la rencontre d'un de nos camarades.

- Qui ça ? demanda Hermione.

- Ton ami de runes et d'arithmancie. Ça faisait bizarre de le voir sans Malfoy, Zabini et Parkinson.

- Tu as discuté avec lui ?

- Oui, un peu. Il est plutôt sympa pour un Serpentard. Du moins, on peut discuter avec lui sans qu'il t'insulte au bout de dix secondes.

- Tous les Serpentard ne sont pas comme Malfoy, Harry. Théo est quelqu'un de très gentil quand on le connaît bien. Il reste un Serpentard, ça, c'est sûr. Mais il n'a que les bons côtés de cette maison. Je veux dire par-là que ce qui peut être considéré comme des défauts sont des qualités chez lui. Il a un esprit très rusé mais il ne l'utilise jamais à mauvais escient. Il peut se montrer mesquin mais sans jamais être méchant. Et il a une intelligence qui est à la fois une intelligence de Serpentard et de Serdaigle.

- Tu le connais vraiment bien, constata Ron avec un brin de moquerie dans la voix.

- C'est surtout que je suis l'une des seules Gryffondor à avoir fait l'effort d'essayer de sympathiser avec un Serpentard, rétorqua sèchement Hermione. Si tout le monde en faisait autant, il n'y aurait pas ce climat de haine à Poudlard entre les deux maisons. Harry, c'est vraiment une bonne chose que tu aies sympathisé avec Théo.

- Mais je n'ai pas sympathisé avec lui ! s'écria Harry. On a juste parlé !

- C'est un bon début, insista Hermione. Je suis sûre que vous pouvez très vite devenir amis.

- C'est ça, j'y penserai, répondit Harry en levant les yeux au ciel.

«Devenir ami avec un Serpentard, et puis quoi encore...» ajouta-t-il en son for intérieur.

- Du coup, on va à Eeylops ? proposa-t-il afin de changer de sujet.

- Je préfère l'autre animalerie, opposa Ron. Il y a plus de choix.

- Eeylops est spécialisé dans les hiboux. Et il se trouve que tu as justement un hibou, Ron.

- Ils vendent surtout les hiboux en personne mais pas ce qu'il faut pour les nourrir. Enfin si mais il y a vraiment très peu de choix.

- Vous n'avez qu'à aller dans l'animalerie qui vous plaît et vous vous retrouvez ensuite devant la boutique de robes d'occasion.

- Bonne idée, approuva Harry. Tu vas où toi, Hermione ?

- À l'autre animalerie. J'ai un chat, moi, pas un hibou.

- D'accord, je vous retrouve tout à l'heure.

Harry était un peu déçu de se séparer de ses deux amis mais sa déception fut vite un lointain souvenir lorsqu'il aperçut devant lui une chevelure rousse. Tout compte fait, cela tombait très bien que ses amis l'aient lâché ! Il se précipita vers Ginny et la rattrapa.

- Ginny !

Son amie se retourna et lui sourit en le voyant.

- Harry ! Ne me dis pas que tu t'es débarrassé de Ron et de Hermione pour venir me parler ?

- Bien sûr que non, dit Harry en riant. Ils m'ont lâché alors je me venge. Non, plus sérieusement, je t'ai vue et j'ai profité qu'il aillent dans une autre boutique que moi pour te rejoindre.

- C'est gentil. En fait je ne voulais pas qu'on se voit devant eux parce que je savais que tu ne pourrais pas me parler librement. Comment vas-tu ? demanda Ginny en plongeant son regard dans celui de Harry.

Comme à chaque fois que Ginny le fixait ainsi, Harry ne put soutenir son regard et détourna le sien. Elle était la seule personne à avoir un tel effet sur lui. Il n'avait jamais baissé les yeux devant Snape mais avec Ginny, il n'y avait rien à faire. De plus, il n'arrivait jamais à lui mentir.

- C'est dur mais je fais avec.

- Tu en as parlé ?

Harry grimaça en comprenant à quoi Ginny faisait allusion.

- Non, pas encore. Je ne suis pas prêt à en parler. Je préfère oublier.

- Pourtant ça te ferait du bien de te confier. Tu as l'air complètement déprimé. Je le sens dans tes lettres. Sirius et le professeur Lupin ne voient rien, eux ?

- Si, Sirius m'a même envoyé voir une psychomage mais ce n'était pas de ça dont j'avais besoin. C'est elle qui m'a dit que je devais passer à autre chose. Mais j'ai beau essayer d'oublier, je continue d'y penser.

- C'est normal. Il faut laisser faire le temps. Sinon ça se passe bien avec Sirius ?

- Oui, il est méga adorable. Il cafouille un peu mais c'est normal, c'est nouveau pour lui. Et puis le professeur Lupin est là pour l'aider. Enfin, pour nous aider. Et toi, alors ? Il parait que c'est tendu chez toi, d'après ce que j'ai compris dans tes lettres ?

- Oui, ça ne s'arrête pas de s'embrouiller à la maison. C'est fatigant. Ça irait sûrement mieux si Fred et George n'étaient pas là mais ils me manqueraient. Leurs blagues me font rire. Ils ne font rien de mal, en soi. Mais ce n'est pas l'avis de maman.

- Cet après-midi sur le Chemin de Traverse doit vous faire du bien.

- Oh ça oui. En plus je fais mes courses toute seule, je me sens donc vraiment libre. Tu m'as dit que tu devais aller autre part que Ron et Hermione mais où sont-ils exactement ?

- À l'animalerie. Enfin, s'ils ont réussi à y entrer.

- Toi aussi tu as été victime du fléreur mangeur d'hommes ?

- Non, mais j'aurais pu ! Tu l'as rencontré, ce fameux fléreur ?

- Vite fait. J'étais dans l'animalerie quand il a commencé à attaquer des clients. Ils ont eu peur, ils se sont précipités vers la sortie et j'ai été entraînée par la foule. Ça n'aurait tenu qu'à moi, j'aurais simplement lancé un sort au chat. Sans lui faire de mal, bien sûr. Mais ça aurait été beaucoup plus efficace que s'enfuir en courant...

Harry éclata de rire.

- Je te reconnais bien là ! Tu n'as pas été blessée, au moins ? J'ai carrément dû aider quelqu'un à se relever, personnellement.

- Non, j'ai été bousculée mais j'ai amorti ma chute en tombant sur une personne que j'ai littéralement renversée. C'était un garçon de ton année.

- C'est vague, ça.

- Ne m'oblige pas à te dire son nom. C'est un goujat.

Harry fronça les sourcils.

- Il a essayé de profiter de la situation ?

- Non, il a juste été terriblement méprisant. J'ai horreur de ça. Enfin bon, on ne pouvait pas en attendre moins d'un Serpentard...

- Ah, ça réduit considérablement les possibilités. Malfoy ?

- Non, un de ses amis.

- Zabini ?

Ginny acquiesça.

- Bizarre, je ne le voyais pas comme ça, lâcha Harry, perplexe. Avec Nott, c'est le seul Serpentard qui ne m'a jamais cherché de noises. Après je ne connais pas Zabini, il peut très bien cacher son jeu.

- Exactement ! approuva Ginny avec force. Je te le dis, c'est un goujat, ce garçon. Je le déteste.

Harry regarda Ginny un long moment, avant qu'un sourire moqueur n'étire ses lèvres. Il connaissait trop bien son amie. Pour lui, ça ne faisait aucun doute : elle n'avait pas été insensible au charme du beau Zabini.

- Tu ne le juges pas un peu trop vite ? Ça se trouve, il s'est montré maladroit parce qu'il était sous ton charme.

Ginny se mit à rougir comme une pivoine.

- Mais... mais... n'importe quoi ! Tu dérailles complètement !

- Il n'y a pas de mal à plaire à un garçon, voyons, enchaîna Harry, amusé par la réaction de Ginny.

- Mais arrête avec ça ! Il ne m'intéresse pas et JE ne l'intéresse pas !

- Tu es bien sensible sur le sujet pour quelqu'un qui n'est pas intéressé.

- Tu m'agaces, Harry.

- Je sais et j'adore ça. Mais je vais te laisser tranquille. Par contre, un conseil : ne parle pas de ça à Hermione. Sinon elle va te harceler pour que tu fasses la paix avec Zabini.

Les yeux de Ginny s'agrandirent d'effroi.

- Quelle horreur ! Il ne manquerait plus que ça ! Mais pourquoi dis-tu ça ?

- Parce qu'elle m'a fait le coup, bien sûr, répondit Harry avec une grimace. La personne dont je t'ai parlé et que j'ai aidée à se relever, c'était Nott. J'ai fait l'erreur de dire à Hermione que j'ai discuté avec lui. Elle le connaît assez bien et m'en a fait son éloge. Elle veut carrément que je devienne ami avec lui !

Cette fois ce fut Ginny qui éclata de rire.

- Ça c'est bien Hermione ! On ne la changera jamais. Elle a toujours voulu la paix entre les maisons. Mais elle peut toujours rêver pour que je sympathise avec Zabini. Bon, je vais y aller. J'ai encore pas mal de courses à faire.

- Et moi, il faut que j'aille à Eeylops. En espérant qu'il n'y ait pas beaucoup de monde et que les friandises pour hibou soient à ma hauteur, cette fois-ci.

- Comment ça ?

Harry raconta à Ginny ce qui s'était passé la semaine précédente avec Pucey et Warrington. Il lui fit part notamment du comportement provocateur de Pucey.

- Il m'a carrément fait du rentre-dedans ! fulmina Harry. Pas gêné pour un sou, ce type !

- Tu lui as tapé dans l'oeil, c'est tout, tempéra gentiment Ginny. Bon, j'avoue qu'il a été un peu lourd, d'après ce que tu me dis, mais c'était peut-être sa façon à lui de te dire que tu lui plaisais.

- Oui eh bien ce n'est pas réciproque. Et puis il n'est pas censé être au courant que je suis gay !

- Il ne le sait peut-être pas. Je pense qu'il t'a juste trouvé mignon, qu'il a voulu te le faire savoir, mais pas de la façon la plus raffinée qu'il soit. Et il doit te trouver encore plus mignon quand tu rougis, c'est sûrement pour ça qu'il a voulu te rendre mal à l'aise. Enfin bon, s'il ne t'intéresse pas, ça ne sert à rien de parler de lui plus longtemps.

- Entièrement d'accord. Je dois y aller, de toute façon. Je ne voudrais pas faire trop attendre Ron et Hermione.

- Ça marche. Tu me raconteras tes vacances plus en détails à la rentrée.

Harry acquiesça, souhaita une bonne fin de vacances à Ginny et prit congé d'elle pour se rendre au Royaume des Hiboux. L'animalerie était moins bondée, il n'y croisa aucun Serpentard et trouva rapidement les friandises qu'il lui fallait pour Hedwige. Cette fois, elles étaient pile à sa hauteur. Il ne put s'empêcher de repenser aux deux Serpentard, et plus particulièrement à Pucey. Il devait quand-même avouer que ce garçon était mignon. Mais cela n'excusait pas son comportement. Ce n'était pas une façon de draguer ! Mais Ginny avait sûrement raison en disant qu'il n'en connaissait peut-être pas d'autres. Harry soupira. Il avait décidé de passer une année tranquille, alors il était hors de question qu'il se prenne la tête au sujet d'un garçon ! Il se dirigea vers les caisses en se disant qu'il verrait bien à la rentrée. Il était loin d'imaginer qu'elle lui réserverait bien des surprises...

.

.

POV Draco

.

- Elle était plutôt mignonne, la vendeuse. Tu ne trouves pas, Blaise ?

- Ouais, peut-être...

Draco haussa les sourcils. C'était bien la première fois que Blaise se montrait aussi peu intéressé sur un sujet où il était question d'une fille.

- Tu ne l'as pas remarquée ?

- Pas vraiment.

- Tu te sens bien ? demanda Draco, inquiet.

- Oui, pourquoi ?

- Je ne sais pas, tu es bizarre. On dirait que tu es ailleurs.

- Ah...

- Quelle éloquence, se moqua Draco. Bon, dis-nous ce qui t'arrive.

- Il vaut mieux que tu ne saches pas, Draco. Tu vas regretter d'avoir voulu que je te le dise.

- Je préfère ça plutôt que te voir l'esprit ailleurs sans savoir pourquoi.

- Dis-lui, Blaise, conseilla Théo. Sinon il ne va pas te lâcher.

Blaise céda :

- J'ai rencontré une fille. Enfin, «rencontré» est un bien grand mot, je la connaissais déjà. Mais je ne lui avais jamais parlé.

- Attends, explique-nous tout depuis le début, sinon on ne va rien comprendre.

- Ça s'est passé pendant que je vous attendais. Comme j'étais arrivé en avance, j'ai décidé d'aller faire un petit tour. Alors que j'arrivais près de l'animalerie, une dizaine de personnes en sont sorties en courant. L'une d'entre elles a été projetée contre moi et m'a fait tomber. Elle m'a accompagné dans ma chute et elle a atterri sur moi. Je ne savais pas encore qui c'était à ce moment-là, ça s'est passé si vite que je n'ai pas eu le temps de la reconnaître. Mais alors qu'elle était sur moi, j'ai trouvé qu'elle sentait terriblement bon. Et que ses cheveux étaient très doux et très soyeux. Quand elle s'est redressée et que j'ai vu qui c'était, je suis complètement tombé sous son charme.

- Elle t'a carrément envoûté, tu veux dire, railla Draco.

En guise de réponse, il reçut un coup de coude dans les côtes de la part de Théo. Il s'en voulut de s'être moqué de Blaise. Surtout que c'était la première fois que celui-ci tombait amoureux.

- Et qui est donc cette belle créature ?

Blaise marmonna quelque chose que Draco ne comprit pas. Théo n'avait visiblement pas mieux entendu puisqu'il demanda :

- Tu peux répéter s'il te plaît ? Je n'ai pas très bien saisi ce que tu viens de dire.

- Ginny Weasley, répéta Blaise plus distinctement.

Draco haussa les sourcils.

- Eh bah dis donc, tu ne t'embêtes pas, toi.

- Pourquoi ?

- Même si c'est une Weasley et que j'ai horreur de ces gens-là, je ne peux pas nier que c'est l'une des filles les plus jolies de l'école. Mais elle n'est clairement pas pour moi. Son caractère n'est pas compatible avec le mien. Et je ne peux pas sortir avec une Weasley.

- Donc ça ne te fait rien que je sois intéressé par Ginny ?

- Tu as le droit d'aimer qui tu veux.

- Je n'ai pas dit que je l'aimais. Je la trouve juste belle. Je ne peux pas l'aimer sans la connaître un minimum...

- Tu peux tenter de faire sa connaissance à la rentrée, si elle t'intéresse tant, suggéra Théo.

- Ça ne va pas être possible, j'ai déjà gâché toutes mes chances avec elle, grimaça Blaise.

- Comment ça ? Qu'est-ce qui s'est passé ? s'étonna Draco.

- J'ai fait une remarque qu'elle a mal prise, j'ai essayé de me rattraper mais j'ai fait une autre remarque qu'elle a également mal prise. Elle est partie vexée.

- Oh ces filles, ce qu'elles peuvent être susceptibles... râla Draco.

Il poussa un cri en sentant un pied écraser le sien.

- Je rectifie ce que j'ai dit, alors, dit Théo en ignorant le regard noir que lui lançait Draco. Tu vas la voir à la rentrée et tu essaies de t'expliquer avec elle. Tu lui dis qu'il y a eu un gros malentendu, que tu n'as pas voulu la vexer, tu lui présentes tes excuses et...

- Et tu l'embrasses pour lui montrer à quel mphhfff !

La phrase de Draco fut coupée par une main qui se posa contre sa bouche.

- Ne l'écoute pas, il ne dit que des bêtises, dit Théo à Blaise.

- Je n'y comptais pas, dit Blaise en riant.

Draco se dégagea de la main de Théo et protesta :

- Ce ne sont pas des bêtises ! Je vous signale que, de nous trois, je suis le seul à avoir de l'expérience avec les filles !

- Tu en as juste embrassé quelques-unes, rétorqua Blaise.

- Je suis sorti avec certaines d'entre elles !

- Ça n'a jamais duré très longtemps.

- C'est mieux que rien ! Théo et toi, vous n'avez jamais embrassé qui que ce soit !

- Nous attendons juste la bonne personne, se défendit Blaise.

- Tu penses que Ginny est cette bonne personne ? intervint doucement Théo.

- Ben... je l'espère, avoua Blaise en rougissant. Elle me plaît vraiment. Je vais suivre tes conseils. Même si tu n'es jamais sorti avec une fille, tu es fort en sociologie. Tu sais parler aux gens.

- Il faudrait peut-être que tu appliques tes conseils pour toi-même, Théo, dit Draco. Je suis sûr que tu aurais tes chances avec n'importe quelle fille de Poudlard. Il n'y en a pas une qui t'intéresse ?

- Non, et je n'ai pas spécialement envie de chercher. Cette année il y a les BUSE, je veux me concentrer uniquement là-dessus.

- Ce n'est pas bon de trop travailler, répliqua Draco. Il faut que tu penses à te détendre, sinon tu vas finir par nous faire un burn-out. Je t'autorise à sortir avec Granger, si tu veux.

- Tu m'autorises ? Je croyais qu'on avait le droit de sortir avec qui on voulait ? s'amusa Théo. C'est ce que tu as dit à Blaise il y a dix minutes.

- Oui mais tu connais mon aversion pour Granger. Si je te pousse à sortir avec elle, c'est que je veux vraiment que tu te sortes la tête de tes bouquins.

- Tu es adorable de t'inquiéter pour moi mais je t'assure que ça va. Et puis Hermione est une amie. On s'entend hyper bien mais il n'y a aucun sentiment amoureux entre nous.

- Essaie de te trouver une autre fille, alors.

- Mais laisse Théo tranquille ! s'exclama Blaise. S'il n'a envie de sortir avec personne, c'est son droit.

- Je veux juste le bonheur de mes amis. Et le bonheur de Théo, c'est sûrement de sortir avec une fille aussi folle de bouquins que lui. N'est-ce pas, Théo ?

Draco accompagna sa question d'une claque dans le dos de son ami. Il le regretta en entendant Théo pousser un cri de douleur. Il s'aperçut qu'il lui avait donné la claque tout près de l'épaule qui avait souffert au début des vacances. Il semblait pourtant à Draco qu'elle était censée s'en être remise... Honteux, il s'excusa :

- Désolé, je ne voulais pas te faire mal... Mais je pensais qu'elle était guérie, ton épaule...

- Ce n'est rien, je vais juste aller prendre une potion pour calmer la douleur. Je reviens.

Théo planta ses amis sans attendre de réponse. Draco se retrouva seul avec Blaise, Pansy étant partie une heure plus tôt. Il avait été très touché que son amie lui demande son aide pour s'acheter un balai. Il lui avait trouvé un balai idéal pour une poursuiveuse et Pansy était rapidement tombée sous le charme. Ils avaient fait quelques autres magasins puis elle était partie, ses parents ayant insisté pour qu'elle rentre assez tôt.

- Draco, il faut que je te parle.

La voix de Blaise sortit Draco de sa rêverie. Il se tourna vers son ami.

- De quoi ?

- De Crabbe, de Goyle et de Théo.

Cette réponse inquiéta Draco, tout comme l'air sérieux, voire grave, de Blaise.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Théo a eu des ennuis avec les deux gorilles ? Il les a vus pendant les vacances ?

- Non, ou alors il ne m'en a pas parlé. Mais il faut justement éviter que Théo ait des contacts avec eux.

- Pourquoi ? Explique-toi, Blaise, je ne comprends rien.

- Comme je vous l'ai dit, en vous attendant, je suis allé faire un petit tour. Je venais de faire quelques mètres quand j'ai croisé Crabbe et Goyle. J'ai voulu les ignorer mais ils m'ont interpellé. On a échangé quelques joutes verbales, comme tu peux t'en douter, puis ils en sont venus à me parler de Théo. Ils savent ce que son père lui a fait subir et ils ne se sont pas gênés pour m'en parler. Ils ont dit que ce sale Mangemort a été beaucoup trop gentil avec Théo et qu'il aurait mieux fait de s'en débarrasser. Car s'il avait tué Théo, il ne serait pas à Azkaban à l'heure actuelle.

Sous le choc, Draco fut incapable de réagir pendant quelques secondes. Mais Blaise n'avait pas fini :

- Ils considèrent Théo comme un traître et ils ont bien l'intention de lui faire payer le fait qu'il ait balancé son père. Je leur ai dit qu'on le protégerait, toi et moi, mais ils m'ont fait comprendre qu'ils comptaient s'en prendre à Théo quand on ne serait pas près de lui. Ils sont déterminés, Draco. Ils ne vont pas laisser Théo tranquille.

Draco sentait la peur chez son ami. Et il pouvait le comprendre car il était exactement dans le même état. Il s'efforça pourtant de garder la tête froide.

- On ne les laissera pas faire, dit-il d'une voix qu'il voulut assurée. Ils sont peut-être déterminés mais nous le sommes aussi. On ne lâchera pas Théo d'une semelle.

- Je ne sais pas si notre protection suffira, Draco. Nous ne pourrons pas être vingt-quatre heures sur vingt-quatre à ses côtés. Surtout qu'il a des options que nous n'avons pas.

- Qu'est-ce que tu suggères, alors ?

- Le dire à quelqu'un. À notre directeur de maison ou à Dumbledore.

- Hors de question, répliqua sèchement Draco. Si on fait ça, soit ils vont convoquer Crabbe et Goyle ou les surveiller de près, soit ils ne vont rien faire du tout. Si les deux gorilles se font convoquer ou s'ils se sentent surveillés, ils vont se sentir menacés et ça va les inciter à agir plus discrètement. Mais je pense plutôt que Severus et Dumbledore ne vont rien faire du tout. Car on n'aura pas de preuves. Je n'ai pas arrêté de dire à Severus que Théo se faisait maltraiter par son père, il n'a jamais voulu rien faire car je n'avais aucune preuve de ce que j'avançais. Sans les plaintes du principal concerné, à savoir Théo, il ne pouvait rien faire.

- Mais on ne pourra pas protéger Théo à nous seuls...

- On n'a rien pendant les options de Théo. On l'accompagnera jusqu'à sa salle et on viendra le chercher à la fin de ses cours.

- Ça va lui sembler bizarre qu'on le colle à ce point. On va devoir lui dire la vérité, à un moment donné. Et je ne sais pas si c'est une bonne idée. Ça va l'angoisser. Mais en même temps, s'il se sait en danger, il sera davantage sur ses gardes...

Draco fit la moue. La situation était vraiment compliquée. Mais pour lui, la sécurité de Théo primait avant tout.

- Je pense qu'on ferait mieux de lui en parler. Je préfère qu'il soit au courant et que ça le stresse plutôt qu'il ne sache rien et qu'il ne fasse pas attention à lui.

Blaise hésita un peu avant d'approuver :

- D'accord. On lui en parlera à la rentrée, alors. Inutile de gâcher la fin de ses vacances avec ça. Bon, j'espère qu'il va vite revenir, je dois bientôt m'en aller, moi.

- Laisse-lui le temps ! Il devait aller chercher une potion au Chaudron Baveur, ce n'est pas tout près.

- Mais tu lui as tapé si fort que ça dans le dos pour que tu lui aies fait mal à l'épaule ?

- Non, pas tant que ça, répondit Draco, perplexe. C'est ça que je ne comprends pas. Son épaule était censée être guérie... Tu crois qu'elle était encore fragile ?

- Oui, c'est même sûr, mais pas de là à ce qu'une simple claque lui fasse autant mal... Il n'est pas douillet, il faut vraiment qu'il ait mal pour qu'il prenne une potion anti-douleur.

Draco et Blaise échangèrent un regard.

- Tu penses qu'il nous cache quelque chose ? demanda Draco.

- Sûrement, mais quoi ?

- On va lui poser la question quand il reviendra.

Blaise et Draco n'eurent pas à attendre très longtemps. Théo revint cinq minutes plus tard, l'air d'aller beaucoup mieux. Il remarqua cependant vite que quelque chose n'allait pas chez ses deux amis.

- J'interromps quelque chose ?

- Non, pourquoi ?

- Je ne sais pas, vous allez l'air bizarre. Comme si vous étiez en train de comploter.

Blaise et Draco se regardèrent une nouvelle fois. Ce fut Blaise qui prit la parole :

- Est-ce qu'il s'est passé quelque chose, dernièrement, qui aurait pu fragiliser ton épaule ?

Théo soupira.

- Vous n'allez pas me parler de mon épaule jusqu'à la fin de la journée, quand-même ?

- Réponds à Blaise, s'il te plaît, intima Draco.

Il ne flancha pas devant le regard noir que lui adressa Théo. Draco savait que son ami n'aimait pas lorsque Blaise et lui se liguaient contre lui pour lui faire dire la vérité. Mais ils n'avaient pas d'autre choix que lui mettre la pression, Théo ayant l'habitude de tout garder pour lui, même les choses les plus graves. Il ne leur avait jamais dit de vive voix que son père le maltraitait. Mais là, face à ses deux meilleurs amis qui faisaient bloc contre lui, il n'eut d'autre choix que céder.

- Je suis tombé la semaine dernière et je me suis mal réceptionné. Mon épaule en a pris un coup.

- Et tu n'as rien dit à Severus ? s'exclama Draco. Il vient pourtant te voir deux fois par semaine, non ? À moins qu'il me mente quand il s'en va ?

- Je ne voulais pas qu'il me mette de nouveau le bras en écharpe. Ça tient chaud, je ne peux pas me servir de mon bras et je ne peux pas faire ce que je veux.

- C'est pour ton bien, Théo. Mais comment tu as fait pour te retrouver par terre ?

- C'est à cause de l'animalerie dont a parlé Blaise, bougonna Théo. Il y a un fléreur qui y sème la zizanie et la terreur. Il attaque tous les clients. Je passais devant quand une foule de clients est sortie en trombe de la boutique. J'ai été bousculé et je suis tombé. Tu ne devineras jamais qui m'a aidé à me relever.

- Le fléreur ? ironisa Draco. Tu es tellement doué avec les animaux et les créatures que ça ne m'étonnerait pas qu'il t'ait aidé au lieu de t'attaquer...

- On n'attaque pas un homme à terre, voyons, répliqua Théo en souriant. Mais non, ce n'était pas le fléreur. C'est un Gryffondor aux cheveux bruns et aux yeux verts.

Draco comprit aussitôt de qui parlait Théo. Sa mâchoire se contracta.

- Il ne peut pas s'en empêcher, siffla-t-il avec hargne. Il faut toujours qu'il se la ramène et qu'il joue aux héros ! Ça ne lui a pas suffi de débarrasser le monde sorcier de Vous-Savez-Qui ? Il n'était pas assez couvert de gloire comme ça ?!

- Draco, calme-toi, dit doucement Théo. Il ne pensait pas à mal, au contraire. Il m'a aidé parce que c'est quelqu'un de serviable, voilà tout. J'ai un peu discuté avec lui et il n'a rien du Gryffondor arrogant que tu nous décris à chaque fois que tu nous parles de lui. Je l'ai trouvé très simple.

- Bon, je vais rentrer, les gars, dit soudain Blaise. J'attendais que tu reviennes pour y aller, Théo. On se voit à la rentrée.

Blaise quitta ses amis qui le regardèrent partir. Lorsqu'il fut hors de vue, Draco se tourna vers Théo :

- Tu as discuté avec Potter ?!

Théo leva les yeux au ciel.

- Oui, et alors ? Je n'ai pas le droit de parler avec qui je veux ?

- Mais c'est Potter, Théo ! L'ennemi juré des Serpentard !

- C'est plus ton ennemi juré à toi que celui des Serpentard, contesta Théo.

- Oui bah justement, tu devrais être de mon côté !

- Ne commence pas, Draco... soupira Théo. Ce n'est pas parce que tu es en guerre avec lui que je dois l'être aussi. Il a été très sympa avec moi. Il n'a fait aucune remarque quand je lui ai dit que je logeais au Chaudron Baveur. Il a pourtant dû comprendre pourquoi je m'y étais installé.

- Ah parce qu'en plus tu lui racontes ta vie, à ce binoclard arrogant ?!

- C'est venu dans la discussion. J'ai fait une gaffe en lui disant que le fléreur de l'animalerie n'arrêtait pas d'agresser les clients depuis le début du mois. Il a compris que je me promenais tous les jours sur le Chemin de Traverse et pour couper court à toute question, je lui ai annoncé que j'étais installé au Chaudron Baveur.

- Il n'a pas à le savoir, protesta Draco. On ne fait pas ce genre de confidences à quelqu'un qu'on ne connaît pas ! À t'entendre on a l'impression que tu veux faire de Potter ton ami !

- Je n'ai pas dit ça ! Et même si c'était le cas, qu'y aurait-il de mal à ça ?

- Tu me poses vraiment la question ?! Ça ne te dérangerait pas d'être ami avec Potter alors qu'on se déteste, lui et moi ?!

- Tu as bien accepté mon amitié avec Hermione.

- Parce que vous êtes ensemble en runes et en arithmancie ! Vous êtes amenés à vous voir souvent, j'ai donc fini par me faire à l'idée que vous étiez devenus amis. Mais Potter c'est différent. Tu n'as aucune raison de sympathiser avec lui.

- Je pense au contraire qu'on a des choses à se dire. J'ai vraiment aimé discuter avec lui, même si ça n'a pas duré longtemps.

- Eh bien dans ce cas tu n'as qu'à changer de maison, si les Gryffondor t'intéressent tant ! Abandonne-nous, Blaise, Pansy et moi ! Ce n'est pas comme si ça faisait plus de dix ans que nous sommes tes amis !

Draco regretta ses paroles en voyant l'air blessé de Théo. Décidément, il les accumulait. Après lui avoir démonté l'épaule, il lui faisait du mal moralement parlant. Et il osait lui faire une leçon sur l'amitié ! Mais quel genre d'ami était-il donc ?

- Excuse-moi, Théo, je ne voulais pas te faire de la peine, dit-il sincèrement. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Évidemment que tu as le droit de parler à qui tu veux. Je n'ai pas à m'en mêler. C'est juste que... j'ai eu peur que tu nous délaisses. On a toujours été quatre, alors si on se retrouvait à trois... tu nous manquerais. Et puis si tu t'éloignais de nous, je ne pourrais plus te protéger comme je l'ai toujours fait.

- Je n'ai pas l'intention de m'éloigner de vous, c'est promis. Vous comptez trop pour moi, je sais ce que je vous dois. Je me suis souvent mis en danger en affichant publiquement mon amitié avec Hermione. Tout le monde a vite compris que je désapprouvais les idées sur la pureté du sang. J'ai failli me faire attaquer de nombreuses fois par les fils de Mangemorts et Blaise et toi avez toujours été là pour me protéger. Tout comme Pansy m'a toujours affiché son soutien. On sera toujours quatre, je te le jure.

Ces mots rassurèrent énormément Draco.

- Tant mieux, je n'ai vraiment pas envie que ça change. Pour en revenir à ton épaule, je vais en parler à Severus ce soir. Et ne proteste pas, ordonna Draco en voyant Théo ouvrir la bouche. Je veux qu'il examine ton épaule. Il a sa pré-rentrée demain mais je suis sûr que ça ne le dérangera pas de passer te voir en fin de journée.

- Il aura autre chose à faire, riposta Théo.

- Je t'ai dit de ne pas protester. Je suis plus vieux que toi, tu me dois obéissance.

- C'est l'argument le plus stupide que tu m'aies sorti jusque-là. Mais c'est d'accord, j'accepte qu'il vienne me voir demain soir. Il était censé venir après-demain mais bon...

- Eh bien tu le verras un jour plus tôt que prévu. Avec un peu de chance tu pourras lui soutirer des infos sur ce qui aura été dit lors de la pré-rentrée.

- Tu sais bien que je ne suis pas comme ça. De toute façon je doute qu'il acceptera de me dire quoi que ce soit. Il va plutôt me disputer parce que je ne lui ai rien dit au sujet de mon épaule alors qu'il est venu me voir avant-hier.

- Tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même. Tu sais bien qu'il ne faut rien lui cacher.

- Tu pourrais au moins compatir avec moi, bouda Théo.

Draco éclata de rire.

- D'accord, je te plains. Ça te va comme ça ?

- C'est beaucoup mieux, merci. Bon, est-ce que tu veux aller quelque part ?

- J'ai fait toutes mes courses quand Blaise était avec nous. Et toi ?

- Pareil.

- On peut aller manger une glace jusqu'à ce qu'il soit l'heure pour moi de rentrer.

- Bonne idée ! Par contre, je te préviens, Florian risque de venir nous parler d'histoire de la magie. Il sait que j'adore ça.

- Eh bien je lui dirai que moi, je déteste ça.

- Essaie de le lui dire gentiment.

- On verra.

Théo secoua la tête, mi-amusé, mi-dépité.

- Je me demande parfois comment on a pu devenir amis.

- On avait cinq ans quand on s'est connu. Tu ne pouvais pas te dire «Oh non, celui-là il est trop prétentieux, il méprise tout le monde, et en plus je suis sûr qu'il ne va pas aimer l'histoire de la magie quand on sera à Poudlard»... Et puis c'est comme ça que vous m'aimez, Blaise, Pansy et toi.

Théo sourit.

- C'est vrai. Tu es notre petit aristo bourgeois adoré. Mais je dirai moi-même à Florian que tu n'aimes pas l'histoire de la magie.

Draco acquiesça. Ce fut sur cet accord que Théo et lui se rendirent chez le glacier très apprécié du Chemin de Traverse. Après un après-midi épuisant, il n'y avait rien de tel qu'une bonne glace pour reprendre des forces.

.

- Tu es bien silencieux depuis que tu es rentré.

La remarque de Severus brisa le silence qui régnait dans le salon. Draco ne leva même pas la tête de son parchemin lorsqu'il répondit :

- Parce que je n'ai pas grand-chose à dire.

- Oui, bien sûr.

- Tu pourrais au moins faire semblant de me croire.

- Je ne suis pas hypocrite, voyons.

Draco souffla, agacé.

- Tu es obligé d'avoir tout le temps réponse à tout ? C'est chiant, à force !

Severus fronça les sourcils.

- Je crois qu'on va mettre les choses au clair. D'une, tu me parles autrement. De deux, tu ne souffles pas. Et de trois, au lieu de faire ta tête de cochon, tu me dis ce qui ne va pas.

Draco n'eut pas besoin de se forcer pour baisser les yeux. Il ne pouvait pas soutenir le regard de Severus lorsque celui-ci le fixait avec sévérité. Et il ne pouvait pas lui désobéir. Seulement, il s'était promis de ne rien lui dire concernant les menaces que Crabbe et Goyle avaient proférées à l'encontre de Théo. C'était pourtant cela qui minait Draco. Mais il ne pouvait vraiment rien dire. Il opta alors pour une semi-vérité.

- Je m'inquiète pour Théo. Il est tellement habitué à se taire qu'il t'a caché qu'il s'était fait mal quelque part quand tu es allé le voir.

- De quoi tu parles ?

- La semaine dernière, Théo est tombé et s'est mal réceptionné, d'après ce qu'il m'a dit. C'est son épaule qui a pris. Cet après-midi, je lui ai donné une claque dans le dos pour rire et ça lui a fait plus mal qu'autre chose.

Severus soupira.

- Je ne vais quand-même pas devoir lancer le sort de diagnostic à chaque fois que je vais le voir ?! Ou le mettre sous Veritaserum ? Je lui ai pourtant dit de me dire la vérité à chaque fois que je viens.

- Théo n'est pas aussi malléable que tu le crois. Il peut mentir sans vergogne lorsqu'il estime cela nécessaire. Et c'est ce qu'il a fait avec toi.

- Il a de la chance de faire partie de la maison de Serpentard. Sinon je l'aurais bien traité d'imbécile.

- Et à part ça tu es impartial, tu ne fais aucun traitement de faveur envers les élèves de ta maison, se moqua Draco.

- Je ne relèverai pas cette remarque. Bon, j'irai le voir demain après la pré-rentrée. Je rentrerai plus tard que prévu, du coup.

- Ça va être dur mais je crois que je vais pouvoir le supporter, dit Draco d'un air faussement affligé.

- Tu ne serais pas en train de te moquer de moi, par hasard ?

- Moi ? Non, pas du tout, voyons. Je ne me le permettrais pas.

- Les ados, tous plus ingrats les uns que les autres...

-Mais c'est pour ça que tu m'aimes. Bon, sinon, blague à part, tu es prêt pour ta pré-rentrée ? Pas trop déçu de voir la fin des vacances arriver ?

- Il faut bien que le travail reprenne.

Draco haussa un sourcil.

- Pas très convaincante, cette réponse.

- C'est la seule que j'ai à te donner.

Draco regarda longuement Severus.

- C'est l'idée d'avoir Black comme collègue qui te crispe ?

- Je m'en serais bien passé. Mais je ne veux pas en parler avec toi. Comme il va devenir ton professeur, je ne veux surtout pas t'influencer. Je veux que tu te comportes avec lui comme avec n'importe quel autre professeur.

- Avec arrogance, donc.

- Draco... menaça Severus.

Draco leva les yeux au ciel.

- Je plaisantais. Je vais faire des efforts, c'est promis. Mais il a intérêt à mieux me regarder que lorsqu'il est venu ici. Sinon ça ne va pas le faire.

- Laisse Potter tranquille et ça devrait aller. Je suis sûr que c'est parce que Potter s'est plaint de toi auprès de son parrain que Black t'a regardé comme ça. Mais on en a déjà parlé.

- Et si c'est Potter qui vient me chercher ? Je ne vais quand-même pas me laisser faire !

- Tu l'ignores. C'est la meilleure chose à faire.

- Si Black te cherche, tu vas l'ignorer, toi, peut-être ?

- Je ferai de mon mieux pour essayer, répliqua Severus. Mais nous sommes collègues, on va forcément devoir se parler. Et il se peut qu'il y ait des querelles. On ne va pas pouvoir y échapper. Mais toi tu n'es pas obligé de parler à Potter. Alors tu te tiens loin de lui et tout ira bien dans le meilleur des mondes. Je pense que Black a dû faire la même remarque à Potter, il n'y a donc pas de raison pour qu'il vienne te chercher des noises.

- C'est ce qu'on verra.

Severus soupira.

- Draco, je ne dis pas tout ça pour t'embêter. Je veux juste que l'année soit la plus calme possible. Tu n'en as pas marre, toi, que ce soit toujours la guerre ? Tu ne veux pas juste rire et t'amuser avec tes amis ? Sans te préoccuper des autres ? Je sais que tu détestes Potter et que tu veux lui pourrir la vie mais ce n'est pas ça qui te rendra heureux. Ignore-le, je te jure que ça vaudra mieux pour tout le monde.

Draco hésita un long moment avant de céder :

- D'accord. Tu as raison, une année calme ça ne me fera pas de mal, bien au contraire. Pour en revenir à la pré-rentrée, est-ce que tu sauras demain qui sera le nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal ?

- Bien sûr, puisque c'est la pré-rentrée des professeurs.

- Ah bah oui, suis-je bête... Tu pourras me dire qui c'est, alors ?

- Ça ne t'avancera pas à grand-chose. Tu ne le connaîtras probablement pas. Sauf si Dumbledore a choisi un ancien élève qui a quitté l'école il y a trois ou quatre ans, auquel cas tu le connaîtras peut-être, mais ça m'étonnerait beaucoup.

- Tu es bien devenu professeur de potions seulement trois ans après avoir quitté Poudlard...

- Oui mais ce n'est pas pareil. Il est plus rapide d'acquérir les connaissances suffisantes en potions qu'en Défense pour devenir professeur. Mais peu importe qui sera le nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal, je ne pourrai pas te le dire. Je suis tenu au secret. Pour Black c'était différent, ajouta Severus en anticipant l'objection de Draco. La situation étant quelque peu particulière, je voulais que tu t'y prépares. Après tu n'as qu'une semaine à attendre, ce n'est rien, tu peux bien patienter jusque-là.

- Je n'ai pas le choix, de toute façon.

- Ça te donnera une raison d'attendre la rentrée avec impatience.

Draco sourit face à cet argument. Avant de se rappeler sa discussion avec Blaise concernant les menaces de Crabbe et de Goyle à l'encontre de Théo. Il avait beaucoup moins hâte d'être à la rentrée, tout à coup. Il avait peur que Crabbe et Goyle s'en prennent à Théo. Il voulait en parler à Severus mais il ne pouvait vraiment pas. Severus ne pourrait rien faire, de toute façon. Il pourrait juste surveiller les deux gorilles. Mais ces derniers s'en rendraient vite compte et ce serait une très mauvaise chose. Ils se feraient beaucoup plus discrets, ce qui rendrait la tâche compliquée pour Draco et Blaise de les surveiller et de les empêcher de s'en prendre à Théo. Mais Blaise avait raison. À eux deux, ils ne pourraient pas protéger efficacement leur ami. Merlin que c'était compliqué... Il ne savait pas quoi faire. Tout cela le déprimait. Severus s'en rendit compte et lui demanda

- Il y a autre chose qui te tracasse, Draco ?

L'air inquiet de son parrain fit hésiter Draco. Il fut un instant tenté de tout lui dire. Mais il se ravisa.

- Non non, ça va.

Severus fixa longuement Draco. Celui-ci eut du mal à soutenir son regard. Lorsqu'il comprit ce que son parrain cherchait à faire, il protesta :

- N'y pense même pas ! C'est lâche, ce que tu essaies de faire ! Tu vas te casser les dents, de toute façon.

- C'est ce que j'ai cru remarquer, répondit sèchement Severus. Je me demande bien qui t'a appris ça, ajouta-t-il sur un ton ironique. Tu me traites de lâche mais j'aurais vite abandonné, tu sais. Et pourtant, en insistant un peu, j'aurais rapidement fait tomber tes barrières. Tu as beau avoir des prédispositions pour l'Occlumancie, tu ne la maîtrises pas encore suffisamment pour contrer un Legilimens comme moi. Mais je ne tiens pas à pénétrer de force dans ton esprit. Cependant, de par ta réaction, j'en conclus que tu me caches quelque chose.

- Ce n'est pas contre toi, dit doucement Draco.

- Je sais. Je ne t'en veux pas. Je comprends qu'il y ait des choses que tu n'aies pas envie de me dire. Ce qui me gêne, c'est que ça a l'air de te turlupiner et de te miner le moral. J'espère juste que tu sauras me trouver si ce que tu me caches devient trop lourd à porter.

Severus tapota l'épaule de Draco et s'en alla, le laissant seul avec ses pensées. Draco s'en voulait encore plus de lui cacher la vérité. Il ne savait plus s'il devait lui parler ou non. Il préféra oublier cela pour le moment et décida de ne plus y penser jusqu'à la rentrée. Il restait une semaine de vacances et il voulait en profiter jusqu'au bout.

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Voilà, j'espère que ce chapitre vous a plu ! Il en reste trois autres puis on passera à la deuxième partie de ce tome. Le prochain chapitre portera sur la pré-rentrée. À vendredi prochain !