Bonjour tout le monde ! Me revoilà pour un nouveau chapitre de S'aimer malgré les préjugés.

Tout d'abord, réponse à la review reçue sur le chapitre précédent :

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Butterfly Fictions : Merci pour ta review ! Ravie que le chapitre t'ait plu. Théo et Hermione ne sont en effet pas aussi proches qu'ils peuvent l'être avec leurs amis respectifs mais ils sont tout de même très amis. Concernant le couple Harry/Draco, ça ne va pas être simple tout de suite, ça c'est sûr XD

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Avant de vous laisser avec le chapitre, je tiens à préciser quelques petites choses : ce chapitre est long (18 000 mots), il se passe sur une seule journée, comme le précédent, et il y a trois POV dont un revient deux fois. Comme je vous l'ai dit mardi, les trois quarts de ce chapitre portent sur la pré-rentrée. Voilà, je vous laisse le lire et je vous souhaite une bonne lecture !

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11 - Pré-rentrée

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(vendredi 25/08) POV Remus

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- Raaaah mais où ai-je mis cette fichue cravate ?!

- Si tu te calmais tu la trouverais peut-être plus facilement...

- Je n'ai pas besoin de ce genre de remarque, Remus ! Non mais ce n'est pas possible, je l'ai encore vue ce matin dans la salle de bain !

Alors que Sirius partait faire une troisième fois le tour de la maison, Remus vérifia tranquillement s'il avait tout ce qu'il fallait dans son sac. Harry, lui, jouait à un jeu de cartes moldu. Ni l'un ni l'autre ne semblait perturbé par l'agitation de Sirius. Ils attendaient juste que ça passe. Ils n'essayaient pas d'aider Sirius car ils savaient très bien que ce dernier les enverrait vite bouler.

- Il a l'air un peu stressé, fit remarquer Harry au bout d'un moment.

- Tu trouves ? J'aurais dit légèrement stressé, se moqua Remus.

- Il a toujours été comme ça ? Genre, angoissé avant les examens ?

- Oh non, il allait aux examens comme s'il allait en cours. Là c'est différent. Je te rappelle qu'il n'a jamais travaillé avant. En sortant de Poudlard il est entré dans l'Ordre du Phénix mais il n'a jamais eu d'emploi. Il n'en avait pas besoin puisque son oncle Alphard lui avait laissé une belle somme d'argent en guise d'héritage. Somme que Sirius possède toujours, d'ailleurs. Donc ce poste de professeur, c'est son tout premier métier. C'est normal qu'il soit stressé. En plus il a peur de la réaction de ses futurs collègues. Ce sera la première fois depuis quatorze ans qu'il se retrouvera assis autour de la même table qu'une dizaine d'autres personnes. Il va sûrement se sentir mal à l'aise au début de la réunion. Surtout qu'il a développé une certaine phobie de la foule à cause de son trop long emprisonnement à Azkaban.

- Mais tu seras là pour le soutenir. Il va avoir besoin de toi, Remus.

Cette phrase pourtant innocente fit culpabiliser Remus. Il avait poussé Sirius à accepter la proposition de Dumbledore alors que lui-même avait d'abord refusé celle que lui avait faite le vieil homme. S'il n'était pas revenu sur sa décision au cours de l'été, il aurait laissé Sirius se rendre tout seul à Poudlard ce jour-là. Quel genre d'ami était-il donc ?! Sirius avait bien fait de le pousser à accepter de revenir enseigner à Poudlard. Remus n'aurait pas voulu abandonner son ami.

- Je serai là pour lui, répondit-il d'une voix assurée.

Harry jeta un coup d'oeil vers la porte du salon.

- J'espère qu'il va vite retrouver sa cravate. Il ne faudrait pas que vous soyez en retard.

- Ne t'en fais pas, nous avons encore deux heures devant nous. Mais je ferais quand-même mieux d'aller l'aider, tout compte fait.

- Vu l'état de nerfs dans lequel il est, il n'arrivera jamais à mettre la main dessus, c'est sûr. Aie pitié de lui, Remus.

Remus sourit, se leva et quitta le salon. Il mit plusieurs minutes à trouver Sirius qui était dans une pièce du deuxième étage qu'il arpentait en long, en large et en travers.

- Tu penses vraiment que tu aurais mis ta cravate dans une pièce où tu ne vas jamais ? Et qui ne sert strictement à rien à part prendre la poussière ?

- Je n'en sais rien, tout est possible ! Ça se trouve je suis somnambule et je me balade la nuit dans la maison !

- Ben voyons, et comme tous les somnambules, tu n'as rien de mieux à faire que prendre une de tes cravates pour la mettre quelque part où tu es sûr de ne jamais la retrouver en étant éveillé ! Tu n'es pas somnambule, Sirius. Sinon je le saurais. J'ai le sommeil léger, je t'entendrais si tu te promenais la nuit dans les couloirs. Mais elle est si importante que ça, cette cravate ?

- C'est mon porte-bonheur. C'est elle que je mets lors de chaque occasion importante. Sans elle la pré-rentrée sera un fiasco pour moi, j'en suis sûr. Tu dois trouver ça débile, hein ?

- Pas du tout. J'ai moi aussi des objets fétiches, figure-toi. Bon, si je suis venu c'est pour t'aider à chercher. Tu es tellement sur les nerfs que tu n'es pas productif. On va commencer par ta chambre. C'est là où on a le plus de chances de trouver ta cravate.

- J'ai déjà vérifié trois fois, Remus.

- Eh bien on va vérifier une fois de plus.

Sirius soupira mais consentit à suivre Remus. Lorsque celui-ci entra dans la chambre de son ami, il grimaça face au désordre qui y régnait. Comment Sirius pouvait-il espérer trouver quelque chose dans un bazar pareil ?!

- On ferait mieux de ranger un peu avant de partir à la recherche de ton grigri...

- Laisse ma chambre comme elle est. Elle n'a pas besoin de rangement. Elle est très bien comme ça. De toute façon ma cravate est multicolore. Elle est facile à repérer.

Sirius commença à farfouiller dans ses affaires tandis que Remus examinait du regard la pièce. À priori, aucune trace d'une cravate multicolore. Il regarda dans les tiroirs, dans l'armoire, sous le lit, dans la mini bibliothèque, mais ne trouva rien. Il avisa la mallette qui était posée sur le bureau. Si elle avait des yeux, Remus était sûr qu'elle le regarderait avec un air moqueur. Il l'imaginait très bien se dire «Vous glacez, vous glacez...» en les voyant chercher partout. Sirius n'aurait quand-même pas... Remus songea qu'il valait mieux vérifier. Il ouvrit la mallette... et éclata de rire. Eh bien si, Sirius l'avait fait. Il avait rangé sa cravate dans sa mallette de cours. En la voyant, Remus se demanda comment lui-même avait fait pour oublier à quoi elle ressemblait.

Il connaissait très bien cette cravate pour l'avoir souvent mise à Sirius. Surtout lors des deux premiers mois de leur première année à Poudlard. Car Sirius avait beau être un Sang-Pur, lorsqu'il était arrivé à Poudlard, il ne savait pas nouer une cravate. Et comme la cravate faisait partie intégrante de l'uniforme, c'était vite devenu problématique pour Sirius. Il y avait une raison toute simple qui expliquait pourquoi Sirius était incapable de faire une chose aussi élémentaire : comme il avait toujours été en désaccord avec ses parents, lorsque ceux-ci lui demandaient de mettre une cravate parce qu'ils recevaient du monde, eh bien il n'en mettait pas. Juste dans le but de les faire enrager. Du coup, il n'avait jamais appris à mettre cet accessoire qu'il trouvait de toute façon moche et sans intérêt. C'étaient donc James et Remus qui l'avaient aidé lors de leurs deux premiers mois passés à Poudlard, jusqu'à ce qu'il sache se débrouiller tout seul. En fait c'était surtout Remus qui l'avait aidé, car il était plus patient que James. Il fallait dire que Sirius n'était pas très coopératif. Mais durant tout le reste de leur scolarité à Poudlard, il était souvent arrivé que Remus aide Sirius lorsque celui-ci avait la flemme ou s'énervait et n'y arrivait donc pas. C'était devenu une habitude dont Remus ne s'était jamais lassé. Au bout d'un moment, il suffisait que Sirius l'appelle d'une certaine façon pour qu'il sache qu'il devait l'aider. Ces matins-là, James avait toujours un sourire que Remus n'avait jamais su déchiffrer. C'était comme si James savait quelque chose que Sirius et Remus ne savaient pas. C'était très frustrant.

Remus sortit de sa rêverie et prit la cravate dans la mallette. Il se tourna vers Sirius qui était en train de vider un placard de toutes ses affaires qu'il envoyait n'importe où, mettant encore plus de bazar qu'il n'y en avait déjà.

- Elle est là, ta cravate.

Sirius leva la tête.

- Elle était où ?!

- Dans ta mallette. Tu devais tellement avoir peur de l'oublier aujourd'hui que tu l'as mise dans ta mallette en sachant qu'elle, au moins, tu ne l'oublierais pas. C'était une bonne idée, en soi. Mais ce qui aurait été encore mieux, c'est que tu te souviennes de l'avoir mise là.

- Faut pas trop m'en demander... Vu que tu l'as dans les mains, tu veux bien me la mettre ?

Remus leva les yeux au ciel. Ben voyons... «Tu ne veux pas cent mornilles et une chocogrenouille, pendant que t'y es ?» pensa-t-il. Mais il était trop gentil pour refuser. Il s'approcha de Sirius et commença à lui mettre la cravate multicolore. Elle était vieille, Sirius l'ayant agrandie au fil des années lorsqu'ils étaient à Poudlard, mais elle était toujours en bon état. C'était surprenant, pour quelqu'un d'aussi peu soucieux de ses affaires que Sirius. Alors qu'il était en train de faire le noeud, Remus essaya de rester concentré mais il était troublé par cette soudaine proximité avec Sirius. De plus, il sentait le regard de son ami posé sur lui, ce qui n'arrangeait pas les choses. Il était tellement troublé qu'il rata le noeud.

- Tu as perdu la main, Moony ? se moqua Sirius.

- Si tu regardais autre part j'aurais sûrement réussi, siffla Remus entre ses dents.

- Ça ne te gênait pourtant pas que je te regarde, avant.

Remus ne répondit pas, concentrant toute son attention sur ce qu'il faisait. Le souffle de Sirius qu'il sentait sur son visage le déstabilisait encore plus que son regard. Il ne savait pas ce qui lui arrivait mais c'était très gênant. Il rata une deuxième fois le noeud mais finit par venir à bout de la cravate récalcitrante au bout de la troisième tentative. Lorsqu'il leva la tête, il tomba sur les yeux gris de Sirius qui le fixaient. L'intensité de son regard le fit rougir. Il sentit une chaleur insidieuse naître en lui. Merlin mais qu'est-ce qui lui prenait ?! Il ne tournait pas rond. Pas rond du tout.

- On ferait mieux de retourner au salon, murmura-t-il.

- Bonne idée, dit Sirius qui ne semblait pas avoir remarqué son trouble.

- N'oublie pas ta mallette.

Remus sortit de la chambre, Sirius sur ses talons. Ils regagnèrent le salon où Harry était toujours en train de jouer à son jeu de cartes moldu. Sirius le regarda pendant de longues minutes, l'air franchement désespéré de ne rien comprendre à ce jeu, ce qui fit bien rire Remus sous cape. Harry proposa alors à Sirius de l'initier à ce jeu, ce que Sirius accepta après une brève hésitation. Remus, lui, alla préparer le déjeuner, étant donné que Sirius et lui devaient manger tôt puisqu'ils avaient rendez-vous à Poudlard à treize heures. Alors qu'il mettait des pommes de terre dans une casserole, il entendit Sirius s'exclamer :

- Mais il est trop bien ce jeu ! Ils sont forts ces Moldus, en terme d'imagination ! J'imagine que tu ne l'as pas en double ? Ça s'achète où ?

Remus se demanda alors s'il n'allait pas maudire Harry d'avoir proposé à son parrain de lui montrer comment jouer à ce jeu. Sirius allait être intenable s'il se mettait en tête de découvrir le plus de jeux moldus possible ! Mais bon, si ça pouvait le distraire de la rentrée... Il savait que Sirius était stressé. Et il le comprenait très bien. Mais Remus serait là pour le soutenir. Lui-même avait en revanche hâte d'être à la rentrée. Déjà, il allait de nouveau travailler. Ensuite, il enseignerait la matière qui l'avait toujours passionné. Pour terminer, il aurait ses propres appartements. Il avait honte de se réjouir pour cela. Il avait passé huit mois très agréables avec Sirius, mais il se rendait bien compte que la cohabitation commençait à avoir de drôles d'effets sur lui. Il ne voyait plus Sirius de la même manière. Et ce n'était pas bon du tout. Il valait mieux qu'il prenne ses distances avec lui afin que tout redevienne comme avant. Mais Remus ne fuirait pas la compagnie de Sirius pour autant lorsqu'ils seraient à Poudlard. Il tenait trop à lui pour l'éviter. De toute façon, il ne pourrait pas vraiment l'éviter puisqu'ils allaient être collègues. Ça, c'était vraiment cool. Ils continueraient donc à se voir tous les jours, mais moins souvent que lors des huit mois qui venaient de passer. Remus était persuadé que cela l'aiderait à voir de nouveau Sirius comme il devait le voir, c'est-à-dire comme un ami. Oui, cette rentrée n'avait que des points positifs. Il avait vraiment hâte d'y être.

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POV Severus

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- Tu cherches quoi ?

- Pas toi puisque tu es là.

Severus n'eut pas besoin de se tourner vers son filleul pour deviner que celui-ci levait les yeux au ciel.

- Merci mais je m'en doutais. Non mais plus sérieusement, tu as perdu quelque chose ?

- Non, je sais qu'il est ici mais je ne sais plus où je l'ai mis précisément. Ah, le voilà !

Severus sortit du fond d'un placard l'objet qu'il cherchait. Il se retourna et vit Draco regarder l'objet, l'air à la fois curieux et perplexe.

- C'est quoi ce truc ? On dirait un scrutoscope...

- Ça s'en rapproche, si on peut dire. Ça marche un peu sur le même principe.

- Ça sert à quoi ?

- C'est assez compliqué à expliquer. Pour faire simple, ça sert à savoir si quelqu'un a urgemment besoin d'aide. Si c'est le cas, cet émetteur transmet par ondes magiques l'information au récepteur qui fait alors retentir une alarme stridente. Bien sûr, il y a des sorts à lancer pour faire marcher tout cela.

- Je vois. Tu vas donner ça à Théo ?

- Tu as tout compris.

Les lèvres de Draco s'étirèrent en un sourire moqueur.

- Toi, tu n'as pas digéré le fait qu'il te mente.

- Exactement. Au moins, avec ce dispositif, s'il se blesse, je le saurai.

- Même en pleine nuit ?

- Bien sûr. Ce dispositif n'a pas d'horaires, il est actif à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.

- Donc si Théo se lève à deux heures du matin et se casse la jambe, ça sonne et tu voleras aussitôt à son secours ?

- C'est à peu près ça l'idée. Il faut que ce soit vraiment sérieux pour que ça sonne. En fait, ça réagit en fonction des émotions de la personne qui possède l'émetteur. Ça réagit également à la douleur que peut ressentir la personne. Mais il faut que la douleur soit vraiment très forte pour que l'émetteur fasse réagir le récepteur.

- Eh bien j'espère que l'émetteur de Théo n'aura pas à réagir.

- Je l'espère aussi. Mais je serais plus rassuré en sachant qu'il a cet objet avec lui. Bon, je vais y aller. Je ne sais pas à quelle heure je vais rentrer, étant donné que je dois passer voir Théo. Normalement, la réunion de la pré-rentrée doit se terminer vers seize heures. Mais je dois également m'entretenir avec l'infirmière. Toujours au sujet de ton ami, d'ailleurs.

Draco fit la moue.

- Je suis désolé. C'est un peu à cause de moi si tu as passé la moitié de tes vacances à t'occuper de lui...

- Ce n'est pas à cause de toi mais grâce à toi. Et grâce à M. Zabini, aussi. J'étais le seul à pouvoir soigner votre ami. Vous n'alliez quand-même pas le laisser dans l'état dans lequel il était ?! Et puis bon, tout ça m'a permis de renouer avec mon ancien métier.

- Ça te manque ? demanda presque aussitôt Draco.

- Je suis très bien à Poudlard. Je n'ai pas besoin de deux métiers puisque j'exerce celui de professeur à plein temps.

- Ça ne répond pas à ma question.

Severus se sentit irrité par l'insistance de Draco. Il le regarda fixement et déclara fermement :

- Mon métier de médicomage, c'est du passé. Je n'ai aucune raison d'y revenir. Je n'en aurais pas le temps, de toute façon. J'ai déjà un métier à plein temps et c'est amplement suffisant. Allez, j'y vais. Poudlard m'attend.

- Bon courage. Surtout avec Black. Essaie de ne pas l'étriper. Ce serait bête de ne pas avoir de professeur de sortilèges à la rentrée alors que c'est l'année des BUSE pour moi...

- Rien que pour cette raison, je m'en abstiendrai. Je compte sur toi pour manger ce midi, même si je ne suis pas là. J'ai préparé le repas ce matin, il est sous sort conservateur dans le placard. S'il y a le moindre problème, tu sais comment me joindre. Dumbledore est au courant que tu es ici, il m'a donné l'autorisation de...

- Severus, je sais tout ça, coupa Draco. Tu me l'as répété une bonne dizaine de fois. Je suis capable de rester seul tout un après-midi tu sais. Je ne suis plus un enfant. Vas-y ou tu vas être en retard.

- Il n'est que onze heures et demie et la réunion doit commencer à treize heures.

- Oui mais tu aimes être en avance. Si tu arrives à Poudlard moins d'une heure avant la réunion, tu auras déjà l'impression d'être en retard.

- N'importe quoi, répliqua Severus avec toute la mauvaise foi qui le caractérisait. Bon, j'y vais. Vu que je dois passer voir Théo juste après, je ne serai pas de retour avant dix-sept heures. À tout à l'heure.

Draco acquiesça et lui souhaita bonne chance. Severus sortit de chez lui, transplana et se retrouva devant les grilles de Poudlard. Il sentit des émotions contradictoires l'envahir. D'un côté, il avait l'impression d'être de retour chez lui, Poudlard ayant toujours été comme sa deuxième maison. Mais d'un autre côté, il éprouvait une certaine lassitude et un certain malaise. Il avait presque envie de faire demi-tour et de retourner dans sa vraie maison. Mais il ne fallait pas. Il se donna donc un coup de fouet mental et se dirigea d'un pas décidé vers le château. Il passa les portes et rejoignit aussitôt ses appartements. Il avait un peu de temps avant la pré-rentrée, elle ne devait commencer que dans un peu plus d'une heure. Il en profita pour se réapproprier les lieux en remplissant les armoires et les étagères. Afin de ne pas se retrouver avec une valise pleine à craquer le jour de la rentrée, il avait profité de la pré-rentrée pour prendre des affaires et quelques livres sur lui. Il fit également un peu de ménage, les appartements prenant un peu la poussière durant les vacances. Il refusait que les elfes s'en occupent. C'étaient ses appartements, il ne voulait pas que des elfes y pénètrent alors qu'il était à plusieurs centaines de kilomètres de là.

Étant donné qu'il aimait toujours avoir un peu d'avance – comme l'avait souligné Draco – il se rendit à la salle des professeurs une demie-heure avant le début de la réunion. Une très mauvaise surprise l'y attendait. Non seulement Black était bel et bien là, mais il était en plus accompagné de son ami le loup-garou ! Que faisait-il là ?! Severus doutait fort qu'il accompagnait juste Black... Il pensait être débarrassé de Lupin pour toujours lorsqu'il avait révélé sa nature de loup-garou aux élèves, mais il s'était apparemment trompé... Il n'avait quand-même pas repris le poste de professeur de Défense Contre les Forces du Mal ?! Severus fulminait. Dumbledore aurait au moins pu le mettre au courant ! Il était bien venu le voir pour lui dire qu'il avait choisi Black pour le poste de professeur de sortilèges, il aurait pu en profiter pour lui parler de Lupin ! Cela lui aurait évité de se retrouver au pied du mur en ce moment-même ! À peine Severus se fit-il cette réflexion qu'il devina que c'était justement l'intention de Dumbledore. Le directeur avait sûrement eu peur que Severus démissionne en apprenant d'un coup qu'il aurait Black ET Lupin comme collègues... Bon, cette crainte était peut-être fondée. Mais toujours était-il que Severus avait l'impression de s'être pris une claque en pleine figure ! Il pensa alors au jour où Black était venu lui rendre visite pour lui apprendre sa nomination. Car c'était lui le premier qui le lui avait dit. Il avait devancé Dumbledore pour lui faire ses propres «mises en garde» avant celles du directeur. Black aurait pu lui aussi le mettre au courant pour Lupin à ce moment-là ! Severus se sentait vraiment comme le dindon de la farce. Comme il n'y avait personne d'autre pour le moment, il s'avança vers ses deux collègues.

- Puis-je savoir ce que tu fais là, Lupin ?

- Bonjour à toi aussi, Servilus, ironisa Black.

- Toi je ne t'ai pas sonné. Je m'adresse à ton acolyte.

- Dumbledore ne t'a rien dit ? demanda Lupin.

- Visiblement, non, lâcha Severus, agacé. Il est pourtant venu me voir pour me dire que Black serait là à la rentrée, mais il n'a pas dû juger nécessaire de me parler de toi. Croyait-il que je serais ravi d'apprendre ton retour ? Croyait-il que nos relations s'étaient apaisées durant l'année où tu as enseigné ici ? A-t-il oublié que c'est moi qui ait dit aux élèves que tu étais un loup-garou ?

- Non mais je n'y crois pas ! s'écria Black. Non seulement ce que tu as fait est ignoble, mais en plus tu l'assumes ! Tu pourrais au moins avoir la décence de ne pas t'en vanter !

- Si je l'ai fait c'est que j'avais mes raisons, répliqua sèchement Severus. Je ne voulais plus de Lupin dans ce château après ce qui s'était passé dans la Cabane Hurlante. Je ne m'attendais pas à ce qu'il trouve le moyen de se faire réembaucher ! D'ailleurs, tu aurais pu me le dire quand tu es venu me voir ! ajouta-t-il à l'intention de Black.

- À ce moment-là ce n'était pas encore sûr que Remus revienne à Poudlard à la rentrée. Il avait dit non à Dumbledore en début d'année et n'avait changé d'avis que très peu de temps auparavant. On ne savait même pas si le poste de professeur de métamorphose était toujours libre.

Lupin se plaqua la main sur le front alors que Severus regardait ce dernier d'un air choqué.

- Tu vas enseigner la métamorphose ?

- Eh bien... oui, répondit Lupin tout en lançant un regard noir à Black. Comme les autres professeurs, tu étais censé l'apprendre lors de la réunion.

- Ce n'est donc pas toi qui va enseigner la Défense Contre les Forces du Mal ?

- Quelle perspicacité, tu t'améliores, railla Black.

Severus dégaina sa baguette mais Lupin s'interposa entre Black et lui.

- Pas de ça, siffla Lupin. Ce n'est ni le moment, ni l'endroit. Sirius, on avait été clairs : je t'avais demandé de ne pas chercher les ennuis avec Severus.

- Voyons, Lupin, tu sais bien que Black est un cabot désobéissant...

- NE ME TRAITE PAS DE CABOT !

- NON MAIS VOUS ALLEZ ARRÊTER OUI ?!

Tout comme Black, Severus sursauta face à l'éclat de voix de Lupin. Celui-ci se tourna vers Severus.

- Si je demande à Sirius de faire des efforts, c'est valable pour toi aussi. Il est hors de question que vous passiez l'année à vous disputer dès que vous vous croisez. Alors tu arrêtes de traiter Sirius de cabot et toi, Sirius, tu arrêtes d'appeler Severus «Servilus». C'est une chance inouïe que tu as de pouvoir travailler ici, je n'ai pas besoin de te rappeler pourquoi. Alors ne gâche pas cette chance. Il y en a un qui serait très déçu et qui risquerait de t'en vouloir si tu venais à être renvoyé à cause de tes conflits avec Severus.

Cet argument sembla faire effet sur Black. Il semblait autant tenir à son filleul que Severus tenait à Draco. Cela pouvait être très intéressant à savoir pour Severus. Autant pour avoir un moyen de pression sur Black que sur Potter.

- J'imagine que je dois m'attendre à ce que Dumbledore veuille me parler à la fin de la réunion pour me demander de te préparer à nouveau la potion Tue-Loup ?

- Il m'a dit qu'il te le demanderait, en effet. Et je pensais que c'était déjà fait. Je croyais que lorsqu'il était venu te voir au sujet de Sirius, il t'avait dit que je serai également là à la rentrée.

- Eh bien non, il ne l'a pas fait, répliqua Severus. Il craignait sûrement que je démissionne en apprenant que j'allais vous avoir tous les deux comme collègues cette année. Et c'est ce que j'aurais fait si je n'avais pas des raisons de rester ici. J'espère seulement que la pleine lune n'est pas pour la rentrée.

- Non, elle aura lieu le neuf septembre, ça te laisse un peu plus d'une semaine pour préparer la potion. Si tu acceptes, bien sûr, s'empressa Lupin de préciser.

- Ai-je vraiment le choix ? maugréa Severus. Je ne voudrais pas que tu mettes trois cent personnes en danger parce que j'aurais refusé de te préparer la potion...

- Merci, Severus.

- Il ne le fait pas pour toi...

- Sirius, ferme-la.

Pour une fois, Black obéit à Lupin. Severus tourna les talons et alla se poster le plus loin possible de ses deux collègues. Il avait hâte que la réunion commence, se déroule et se termine pour pouvoir rentrer chez lui où il n'y aurait ni cabot puant, ni loup-garou miteux, ni directeur sénile et bon à mettre à l'asile.

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POV Sirius

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Sirius ne se sentait pas bien. Ses futurs collègues n'allaient pas tarder à arriver et il avait peur de leur réaction lorsqu'ils le verraient. Il avait déjà oublié son altercation avec Servilus. Il ne se souciait même plus de sa présence. Il sursauta lorsqu'il sentit une main lui serrer doucement le bras. Il tourna la tête et croisa le doux regard de Remus.

- Ça va bien se passer, lui dit-il. Dumbledore va les rassurer. Et puis tu n'es pas le seul dont il devra parler. Pour ceux qui ne le sauront pas encore, il devra leur annoncer que je suis un loup-garou. Vu que la plupart des élèves le savent déjà, ça fera vite le tour de l'école quand ils me verront et il est hors de question que les nouveaux professeurs l'apprennent comme ça. Nous sommes dans le même panier.

- Tu peux me dire ce qu'on fout là, alors ? C'est quoi, notre but ? Prendre notre pied à voir les autres nous regarder comme si nous étions des criminels ? On ne serait pas un peu maso sur les bords, par hasard ?

- Ils savent que tu es innocent, Sirius. Et puis je te l'ai dit : Dumbledore va tout faire pour les rassurer. Autant pour moi que pour toi. Tu peux déjà faire confiance à Filius et Pomona. Eux ne te jugeront pas.

- Et les autres ?

Ils t'accepteront aussi. Septima et Bathsheda sont des collègues très sympa. Aurora est très gentille aussi. Sybille... bon, je t'en ai déjà parlé, tu sais comment elle est.

- Je ne ferai guère attention à sa réaction, dit Sirius d'un ton détaché. Ça ne m'intéresse pas.

- Après il y a Hagrid qui va forcément t'accueillir à bras ouverts, et je crois qu'il ne reste que les deux nouveaux professeurs que nous ne connaissons pas encore.

- Il y a un ancien Serpentard parmi eux. Je ne suis pas sûr de pouvoir lui faire confiance.

- Sirius, si tu ne veux pas que les gens te jugent, tu dois commencer par ne pas les juger toi-même. Que ce soit à cause de leur maison ou d'autre chose. Ce n'est pas parce que le nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal est un ancien Serpentard qu'il va te haïr au premier regard. De toute façon, ils savent tous que tu es innocent et que tu n'aurais jamais dû aller à Azkaban. Ce n'est pas sur ça qu'ils vont te juger. Ce qu'ils risquent de te reprocher, c'est ton manque d'expérience. C'est tout. Mais Dumbledore va les rassurer sur ça aussi et je serai là pour leur prouver que tu es plus qu'apte à être professeur. Je ne suis pas sûr que les deux autres nouveaux soient aussi prêts que toi.

Sirius se sentit soudain fier en entendant les paroles de Remus. Il avait effectivement travaillé dur et il était sûr que cela allait porter ses fruits. Il n'eut pas le temps de répondre car la porte de la salle des professeurs s'ouvrit, laissant entrer plusieurs de ses collègues. Dumbledore ne tarda pas à arriver, accompagné de sa directrice adjointe. Celle-ci devait être au courant de la nomination de Sirius car elle ne sembla pas surprise de le voir. Ou alors elle cachait bien son jeu. Les autres professeurs, eux, avaient l'air aussi perplexes qu'étonnés. Sirius se demanda si certains avaient vraiment compris qu'il faisait partie de l'équipe professorale. Ils devaient croire qu'il était simplement là pour faire joli... Comme l'avait prédit Remus, Pomona Chourave et Filius Flitwick parurent d'abord surpris avant de lui adresser un petit sourire ainsi qu'un signe de tête. Sirius se sentit tout de suite mieux. Lorsque tout le monde fut arrivé, Dumbledore invita tous les professeurs à s'asseoir.

- Bien le bonjour à tous. J'espère que vous allez bien et que vous avez tous profité de vos vacances. Cette année sera marquée par de nombreux changements. Tout d'abord, nous accueillons trois nouveaux professeurs ainsi qu'un collègue qui a déjà enseigné un an ici et qui fait donc son retour parmi nous. Nous allons commencer par lui. Remus, voulez-vous bien vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

Remus acquiesça et se leva sous le regard attentif de Sirius.

- Bonjour à tous, je suis Remus Lupin, j'ai fait mes études à Poudlard entre 1971 et 1978, j'ai été réparti à Gryffondor et il y a deux ans, j'ai enseigné le temps d'une année la Défense Contre les Forces du Mal. Je reviens aujourd'hui pour enseigner la métamorphose, poste laissé vacant par notre collègue Minerva.

Des murmures s'élevèrent autour de la table.

- Nous y reviendrons plus tard, dit Dumbledore, faisant ainsi taire les interrogations. Souhaitez-vous continuer, Remus ?

- Oui, je pense que c'est à moi de le leur dire.

Sirius fut impressionné par la détermination de Remus. Il savait ce que son ami s'apprêtait à dire et il était soufflé par son courage.

- La plupart d'entre vous le savent mais je cache un secret qui pourrait faire peur à n'importe qui. Alors que je n'avais que cinq ans, j'ai été mordu par Fenrir Greyback, le plus féroce de tous les loups-garous. Je ne dois ma survie qu'à mon père qui a réussi à le faire partir à temps. Mais le mal était fait. Je suis devenu la même créature que celui qui m'a attaqué. À cause de cela, j'ai cru que je ne pourrais jamais aller étudier à Poudlard. Je m'étais fait à l'idée de ne pas voir ce rêve se réaliser. Mais le professeur Dumbledore l'a rendu possible. Il m'a donné la chance d'avoir une scolarité presque normale à Poudlard. Tous les mois, lors de la pleine lune, j'allais me transformer dans une maison protégée par de nombreux sortilèges, connue aujourd'hui sous le nom de la Cabane Hurlante. Personne ne s'est jamais douté de quoi que ce soit. Il y a deux ans, le professeur Dumbledore est venu me voir pour me proposer le poste de Défense Contre les Forces du Mal. J'ai d'abord refusé, craignant pour la sécurité des élèves, mais le directeur a réussi à me convaincre. Il m'a dit que personne ne courrait le moindre danger car je bénéficierais de la potion Tue-Loup que me préparerait Severus, notre collègue Maître des Potions. Je deviendrais ainsi un loup inoffensif lors de la pleine lune et je me transformerais dans mon bureau protégé lui aussi par de nombreux sortilèges. Là encore, personne ne s'est douté de rien, à part une brillante élève qui a pourtant gardé le secret. Ma nature a cependant été malencontreusement révélée par quelqu'un d'autre qui la connaissait depuis longtemps, et c'est à cause de cela que j'ai décidé de démissionner. Comme je l'ai dit il y a quelques minutes, je suis revenu pour enseigner la métamorphose et non la Défense Contre les Forces du Mal. Ce sera l'une des deux seules différences par rapport à la première année durant laquelle j'ai enseigné ici. L'autre différence est que, cette fois, tout le monde sera au courant de ma nature de loup-garou.

Remus termina sa tirade sur ces mots. Sirius remarqua que les réactions étaient diverses et variées. Certains professeurs semblaient inquiets, d'autres compatissants, d'autres perplexes, et quelques-uns avaient l'air de ne pas trop savoir comment réagir. Aux yeux de Sirius, il n'y avait pas vraiment de mauvaise réaction en soi, si on exceptait celle de Servilus, bien évidemment. Ce que Sirius retenait, en fait, c'était qu'il n'y avait aucun dégoût dans le regard que ses collègues portaient sur Remus. Tous l'acceptaient tel qu'il était.

- Merci, Remus, dit alors Dumbledore. Pour ceux qui seraient encore inquiets, je peux vous assurer que tout est sous contrôle. Remus prendra sa potion tous les mois, il s'enfermera dans son bureau et il ne représentera aucun danger pour personne.

Quelques visages se détendirent. Sirius fut soulagé de voir que les professeurs faisaient confiance à Dumbledore.

- Nous allons maintenant passer aux nouveaux venus. J'aimerais commencer par le poste de professeur de sortilèges, car le changement qui le concerne est un peu particulier par rapport aux autres. Je reviendrai sur le changement du poste de métamorphose plus tard. Cette année, j'ai décidé d'instaurer une option facultative de duel. Il y a trois ans, il y avait déjà eu un club de duel mais il n'avait pas duré très longtemps et, avec le recul, je me suis rendu compte que ce n'était peut-être pas la meilleure façon d'enseigner le duel. Cette option sera accessible dès la deuxième année, les élèves de première année étant encore trop novices en sortilèges pour suivre une telle option. Cela permettra aux élèves d'apprendre à se battre convenablement en duel, car c'est quelque chose qui s'apprend, contrairement à ce que beaucoup d'élèves pensent. Cette option sera enseignée par le professeur Flitwick, qui laisse donc libre sa place de professeur de sortilèges. Cette place sera désormais pourvue par le professeur Black.

Tous les regards se tournèrent vers Sirius qui se sentit bêtement rougir. Il fut tenté de lancer quelque chose du genre «Quoi ? Vous voulez ma photo ?» mais il jugea que ce n'était guère une bonne façon d'amorcer le contact avec ses collègues. Pendant quelques secondes, il se demanda ce qu'il devait faire, jusqu'à ce que Remus lui murmure «Lève-toi». Il comprit qu'il devait imiter ce qu'avait fait son ami quelques minutes plus tôt. Il se leva et se présenta :

Bonjour, je suis Sirius Black, j'ai étudié à Poudlard durant les mêmes années que Remus et j'ai été réparti comme lui à Gryffondor. Si le professeur Dumbledore m'a proposé le poste de professeur de sortilèges, c'est parce que c'était ma matière de prédilection lorsque j'étais à Poudlard en tant qu'élève. Je sais que je n'ai pas le profil idéal puisque j'ai passé douze ans à Azkaban, mais tout cela est derrière moi aujourd'hui. Je suis suivi depuis le début de l'année par une psychomage. Les séances ont été satisfaisantes et efficaces au point que j'ai pu obtenir la garde de mon filleul il y a peu de temps. En ce qui concerne mes capacités professionnelles, cela fait plus de sept mois que je m'entraîne. Je me suis remis à niveau sur tous les sortilèges que je maîtrise désormais à la perfection, je connais également par coeur la théorie et je me fais coacher par Remus pour que je sois prêt à affronter n'importe quelle situation avec les élèves. Je peux donc affirmer sans prétention que je suis apte à enseigner les sortilèges à nos élèves, peu importe leur niveau. Après, je suis ouvert à tout conseil et partage d'expérience.

Sirius laissa traîner son regard sur trois de ses collègues féminines qui rougirent.

- Merci, Sirius, dit Dumbledore avant de d'adresser aux autres professeurs. Je tiens à préciser que Sirius a en effet toutes les capacités requises pour le poste de professeur de sortilèges. Si vous souhaitez l'aider et le conseiller, n'hésitez pas, cela ne peut que lui être utile. À présent, nous allons laisser la parole au nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Brian, c'est à vous.

Un homme relativement jeune se leva à son tour.

- Bonjour, je m'appelle Brian Gordon, j'ai étudié à Poudlard entre 1983 et 1990 et j'ai été réparti à Serpentard. Je sais que les préjugés vont bon train sur les Serpentard et que le poste de professeur de Défense Contre les Forces du Mal a été longtemps maudit mais je compte bien mettre fin aux préjugés et redorer le blason de ce poste que je me suis vu offrir. Étant donné que je suis moi aussi nouveau, je suis à l'affût du moindre conseil qui pourrait m'être utile.

Gordon se rassit avec une telle élégance que Sirius le suspecta aussitôt d'être un Sang-Pur. Il fut agacé de voir que Remus semblait charmé par leur nouveau collègue. «Ce n'est qu'un beau parleur» pensa-t-il.

- Merci, Brian. J'ai de bonnes raisons de penser qu'il n'y a plus de malédiction sur le poste que vous avez pourvu. Vous pourrez sûrement rester plus longtemps que vos prédécesseurs. Si, toutefois, l'expérience vous plaît, bien entendu. Je suis sûr que tous vos collègues seront ravis de vous aider à vous intégrer. Bien, nous avons un quatrième et dernier professeur à accueillir. Ernest, nous vous écoutons.

- Bonjour, je suis Ernest Manley, j'ai étudié à Poudlard de 1967 à 1974 et j'ai été réparti à Serdaigle. Je sais que je pars avec un handicap vu que j'enseigne la matière jugée la plus barbante mais j'ai pour objectif de redonner goût aux élèves à cette matière pourtant si intéressante.

- Tu dis que tu pars avec un handicap mais je trouve au contraire que tu pars avec un gros avantage, lança Sirius. Tu es vivant, toi, pas comme ton prédécesseur ! Tu sauras sûrement davantage captiver l'attention des élèves que le professeur Binns.

- Ah... je n'avais pas réfléchi à ça. Mais c'est plutôt un bon point, c'est vrai. Sinon, je suis également ouvert à tout conseil.

- Merci, Ernest. Maintenant que les présentations sont faites, je souhaite apprendre aux nouveaux venus et rappeler aux anciens quelques informations importantes. Ce sont des choses que je répète chaque année mais qui sont toujours utiles à rappeler. La première d'entre elles concerne les rondes. Celles-ci font partie des fonctions de tous les professeurs, mais aussi des fonctions des préfets. L'organisation des rondes est très simple. Celles des préfets ont lieu par binôme de dix-sept heures à dix-neuf heures tandis que celles des professeurs ont elles aussi lieu par binôme mais à partir du couvre-feu, c'est-à-dire à partir de vingt-et-une heures. Les préfets doivent veiller à ce que les élèves qui traînent dans les couloirs aient un comportement irréprochable. Les professeurs, eux, doivent s'assurer qu'aucun élève ne se trouve dans les couloirs après le couvre-feu.

- Que doit-on faire si on en trouve ? demanda Gordon.

- Je m'entretiendrai à la rentrée avec Sirius, Ernest et vous pour vous expliquer tout cela. Je vais juste insister sur quelque chose concernant les rondes avant de passer à un autre sujet. Je vous demanderai, à chacun d'entre vous, d'être particulièrement vigilant sur les trafics en tout genre que vous pourrez trouver dans les couloirs, que ce soit pendant les rondes ou en pleine journée. Depuis deux ans, le nombre de trafics de potions droguées croît de façon alarmante. Mais ce qui est le plus inquiétant, c'est que les vendeurs et les acheteurs sont de plus en plus jeunes. Nous ne pouvons pas laisser les choses aller ainsi. Les vendeurs ont tendance à attirer les élèves les plus fragiles, les plus vulnérables. Ce sont des cibles faciles à convaincre et à manipuler. Il faut les protéger. Et pour cela, il faut repérer tous les trafics. Il y en a qui sont légaux, mais dans le doute il faut surveiller toutes les potions vendues dans les couloirs.

- Nous n'avons pas tous les connaissances suffisantes en potions, fit remarquer Pomona. Nous ne saurons pas reconnaître les potions en question.

- C'est pour cela que je demanderai à Severus de vous briefer à ce sujet. Un stage s'imposera, aussi bien pour les professeurs que pour les préfets.

- Excusez-moi, professeur, mais parmi les préfets se trouvent des élèves qui n'ont jamais su préparer correctement la moindre potion. Comment voulez-vous qu'ils sachent différencier une potion droguée d'une potion inoffensive ?

La question de Snape fit grincer Sirius des dents.

- Pour une fois qu'il pose une question intelligente...

- Je pense que tu n'aurais pas dit ça si Harry avait été nommé préfet, s'amusa Remus. Tu aurais accusé Severus de cibler Harry en particulier.

- Ça on ne le saura jamais.

Remus ne répondit pas, préférant écouter la réponse de Dumbledore.

- Ces élèves seront en capacité de suivre ce stage. Il sera différent des cours que vous leur donnez, Severus. Étant donné que cela fait partie de leurs fonctions de préfet, ils se montreront sûrement plus attentifs.

- Je l'espère, car s'ils n'accordent aucun intérêt à ce stage, je ne vais pas rester patient très longtemps avec eux.

- Leurs directeurs de maison auront pour devoir de bien leur faire comprendre l'importance de ces leçons. Nous devons faire cesser ce trafic et ils devront nous y aider, répondit Dumbledore.

- Êtes-vous sûr que certains d'entre eux ne chercheront pas au contraire à encourager ce trafic en y participant en tant qu'acheteurs ?

Sirius avait l'impression d'assister à un match de ping-pong moldu tant son regard ne cessait de voyager entre Dumbledore et Snape.

- Severus, vous savez aussi bien que moi que ces élèves sont nommés préfets car ils sont de confiance. Il n'est donc pas question de douter d'eux sans raison apparente. Je veux que vous traitiez tous les préfets et tous vos collègues de la même manière lors de ce stage. Cela doit vous unir et non pas vous diviser.

Dumbledore se tourna vers les autres professeurs.

- Cela vaut pour vous tous. Vous devez vous montrer respectueux les uns envers les autres, peu importe les tensions qu'il peut exister entre vous. Je ne veux pas de conflits, ni pendant, ni en-dehors de ce stage.

Tous les professeurs acquiescèrent, y compris Sirius.

- Bien, maintenant que ceci est réglé, je vais passer à un autre sujet qui est certainement l'un des plus importants de cette réunion. Je souhaite que cette année soit placée sous le signe de l'union et du respect. Je pense qu'il est grand temps de faire cesser les clivages existants entre les maisons. J'ai eu pour cela une idée qui vous engage tous. À partir de la rentrée, chaque élève devra travailler en binôme avec un autre élève d'une maison différente. J'estime qu'il serait judicieux de les faire travailler ensemble sur les sortilèges, la botanique, la DCFM, la métamorphose, les potions et l'histoire de la magie.

- Comment ce travail en binôme s'effectuera-t-il ? demanda Filius.

- J'allais y venir, mais c'est une très bonne question. Déjà, il faudrait que ces binômes soient ensemble en cours. Les professeurs des matières concernées devront leur demander de rendre un devoir collectif par semaine.

- Mais il y aura forcément des binômes où un seul élève travaillera tandis que l'autre se tournera les pouces, objecta Sirius.

- Il y aura des mesures prises pour éviter cela. Bien sûr, ça arrivera sûrement au début, mais cela se remarquera très vite et vous pourrez y remédier. Il y aura ces devoirs collectifs, mais également des devoirs individuels sur table en classe. Là aussi, à raison d'un devoir par semaine. Ou un devoir toutes les deux semaines, si un devoir hebdomadaire représente trop de travail à la fois pour les élèves et pour les professeurs. Ainsi, en corrigeant les devoirs sur table, vous pourrez voir si les notes des élèves correspondent aux notes qu'ils obtiennent avec les devoirs collectifs. Bien sûr, il ne faudra pas juger sur un seul devoir, mieux vaut attendre un mois avant de tirer des conclusions. Si vous voyez que des élèves obtiennent de moins bonnes notes aux devoirs sur table qu'aux devoirs collectifs, vous en discuterez avec eux ainsi qu'avec leur binôme. Avec de telles preuves, il ne devrait pas être difficile de leur faire dire la vérité sur ce qui se passe lorsqu'ils travaillent ensemble. Tout a été pensé pour que ce travail en binôme se déroule dans les meilleures conditions et porte ses fruits en ce qui concerne l'entente entre les maisons.

- Mais comment vont-ils pouvoir travailler ensemble s'ils ne font pas partie de la même maison ? Il est impossible de parler à la bibliothèque sans se faire renvoyer par Mme Pince, contesta Manley, le nouveau professeur de DCFM.

- Une salle sera mise à disposition pour les élèves des années concernées par ce travail en groupe. Car il n'y aura que les élèves de troisième, quatrième et cinquième année qui seront concernés. Il y a plusieurs raisons à cela. Déjà, il s'agit d'un nouveau concept, cette première année sera donc une sorte de test. Il vaut mieux que toutes les années ne soient pas concernées si cela doit s'avérer être un fiasco. Ensuite, vous me direz : pourquoi les troisième, quatrième et cinquième année ? La réponse est simple. Les première et deuxième année seront trop jeunes pour pouvoir trouver une bonne organisation. Car mine de rien, les élèves devront faire preuve d'une certaine stratégie pour organiser ces séances de travail en binôme. Quant aux sixième et septième année, il ne leur reste qu'un ou deux ans à étudier à Poudlard. Ils ne sont donc pas prioritaires concernant l'amélioration des relations entre les maisons. Mieux vaut privilégier les élèves à qui il reste plusieurs années d'études afin que celles-ci se passent dans de meilleures conditions par la suite.

- Mais ça ne fera pas un peu trop, cent vingt élèves regroupés dans une même salle ? demanda Sirius.

- Cela m'étonnerait beaucoup que les cent vingt élèves y travaillent en même temps. D'autant plus que cette salle sera plus un outil qu'autre chose pour eux. Ils ne seront pas obligés de toujours y travailler. Ils seront autorisés à travailler avec leur binôme dans la salle commune d'une des deux personnes constituant le binôme. À condition que tout se passe dans le calme, bien entendu. Après, s'il y a trop de bruit dans la salle réservée aux binômes, chaque groupe pourra insonoriser son espace. Mais je pense que cette salle pourra être aussi un lieu de rassemblement, de rencontres et de discussions. Il y aura forcément des disputes qui éclateront, mais je crois que c'est nécessaire et que personne ne pourra y échapper. Évidemment, cela ne changera rien pour le couvre-feu. Tout le monde devra se trouver dans son dortoir ou dans sa salle commune à partir de vingt-et-une heures. Je pense avoir dit l'essentiel sur ce nouveau concept. Êtes-vous tous prêts à tenter l'expérience ?

Tout le monde acquiesça avec plus ou moins de conviction.

- Quelqu'un a-t-il des questions à poser à ce sujet ?

- Oui, répondit Remus.

- Je vous écoute.

- Comment ces binômes seront-ils constitués ?

- J'espérais bien que quelqu'un me poserait cette question. Cela se passera lors de la rentrée. En réalité, les binômes sont déjà constitués. Pour cela, j'ai demandé l'aide du Choixpeau magique. Il a une mémoire infaillible concernant les élèves qu'il a répartis. Vu qu'il sait choisir la maison la plus adaptée à chaque élève, j'ai pensé qu'il serait le plus à même de savoir avec quel élève doit aller tel élève. Rien n'a été choisi au hasard. Chaque binôme a été constitué en fonction de ce que peuvent s'apporter les deux élèves en question. Pour en revenir à la rentrée, il y aura d'abord la répartition des première année, puis la répartition des binômes. Soixante tables de deux personnes seront disposées dans la Grande Salle à ce moment-là. Chaque table aura un numéro. Chaque élève passera sous le Choixpeau qui leur attribuera un numéro. Vous aurez donc compris que chaque numéro sera attribué à deux personnes. C'est ainsi que les élèves prendront connaissance de l'identité de leur binôme. Est-ce que cela vous paraît clair ?

Tous les professeurs hochèrent la tête.

- Mais vous n'avez pas peur de certaines réactions ? interrogea Pomona.

- Les élèves auront le droit de s'indigner pendant quelques minutes tant qu'ils n'en viennent pas au duel ou aux mains. Mais je pense que cela n'arrivera pas. Ils seront trop occupés à contester le choix du Choixpeau.

- Cela nous rassure beaucoup, railla Sirius. Ça va se terminer en charpie cette rentrée...

- Mais non, Sirius, faites-moi confiance. En parlant de duel, j'ai une précision à apporter. Comme il est déjà compliqué de caser cinq options dans un même emploi du temps, les cours commenceront à huit heures cette année. Mais pas tous les jours. Il n'y aura que deux jours maximum où les élèves commenceront à huit heures. Certains ne seront peut-être même pas concernés puisque ce seront principalement l'option de duel et les autres options qui commenceront à cette heure-là. J'ai un dernier point à aborder avant de passer aux sujets habituels. Comme vous l'avez appris au début de cette réunion, c'est Remus qui enseignera la métamorphose dès la rentrée. Cela signifie que le professeur McGonagall a laissé sa place. Minerva, je vous laisse la parole.

Sirius eut un certain ressentiment lorsque le professeur McGonagall se leva. Il n'avait pas oublié ce que Harry avait dit d'elle deux semaines plus tôt. Sirius avaient encore en travers de la gorge toutes les fois où McGonagall n'avait pas été là pour son filleul alors que c'était son devoir en tant que directrice de la maison de Gryffondor de veiller sur lui. Vu le bilan pitoyable de ses actions auprès de Harry lors des quatre dernières années, Sirius était persuadé que Remus ne pourrait faire que mieux qu'elle.

- Comme le directeur vient de le dire, j'ai décidé de démissionner de mon poste de professeur de métamorphose et de me délester de mes fonctions de directrice de la maison de Gryffondor. Je souhaite me consacrer pleinement à mes fonctions de directrice adjointe. Au cours des dernières années, j'ai conscience d'avoir manqué à mon devoir auprès des élèves dont j'étais responsable. Je n'ai pas su remarquer les problèmes et les difficultés qu'ont rencontrés certains élèves de Gryffondor. Je n'ai donc pas pu les aider alors que c'était mon rôle de le faire. Je n'ai pas vu qu'une élève avait passé sa première année sans être tout à fait elle-même, je n'ai pas vu que trois élèves se mettaient systématiquement en danger chaque année, je n'ai pas aidé un élève l'an passé alors qu'il s'est retrouvé à devoir affronter des dangers auxquels il n'aurait jamais dû faire face...

Sirius se crispa à l'entente de ces mots. Il sentit aussitôt une main se poser sur sa cuisse. Il se détendit lorsque cette main exerça une légère pression sur sa jambe. Il tourna la tête vers Remus et lui offrit un sourire reconnaissant. Tous deux avaient compris que le dernier élève dont avait parlé Minerva était Harry.

- ... C'est donc pour toutes ces raisons que j'ai décidé de laisser ma place de directrice de maison. Je laisse également ma place de professeur de métamorphose afin de vraiment pouvoir concentrer toute mon attention sur mes devoirs de directrice adjointe. Je souhaite bon courage à Remus, mon successeur, et je serai là s'il a besoin d'aide ou de conseils.

Sirius retint un ricanement alors que Remus adressait un signe de tête et un sourire à la directrice adjointe. Dumbledore reprit la parole :

- Merci, Minerva. Nous avons donc abordé tous les sujets qui feront de cette année une année particulière. Nous allons à présent revenir rapidement sur les préfets. Comme il y a quatre professeurs parmi nous qui n'étaient pas là l'année dernière, je vais rappeler quels élèves ont été choisis dans chaque maison. Les préfets de Gryffondor sont Ron Weasley et Hermione Granger, ceux de Serdaigle sont Padma Patil et Terry Boot, ceux de Poufsouffle sont Ernie MacMillan et Hannah Abbot et ceux de Serpentard sont Draco Malfoy et Pansy Parkinson. Ils seront là pour seconder les professeurs dans le maintien de l'ordre au sein de l'école. Deux préfets seront de garde chaque week-end et, ce, à tour de rôle.

- Qu'est-ce que cela signifie ? s'étonna Manley.

- Lorsqu'un élève rencontre un problème durant la nuit le week-end, il ne sait pas toujours vers qui se tourner. L'infirmière ? Son directeur ou sa directrice de maison ? Le directeur de l'école ? Dans la panique, c'est assez compliqué de s'y retrouver. C'est là qu'entre en jeu le préfet de garde. L'élève peut aller voir le préfet qui le redirigera vers la bonne personne. Parfois, le préfet lui-même peut résoudre le problème de l'élève. Cela peut être éprouvant pour le préfet mais ce n'est qu'un week-end par mois et il y a des week-end où aucun élève n'a besoin d'aide. Et, généralement, le préfet aime bien ce côté-là de ses fonctions. Ça rend les nuits un peu plus palpitantes.

Mais si, par exemple, le préfet de garde est le préfet de Serpentard et qu'un élève de Poufsouffle a besoin d'aide, comment pourra-t-il aller chercher le préfet de Serpentard ? demanda Sirius.

- Les préfets disposent d'une chambre qu'ils peuvent utiliser uniquement lorsqu'ils sont de garde. C'est-à-dire une fois par mois. En nommant un élève préfet, le but n'est pas de le séparer de ses compagnons de dortoir. Au contraire, le préfet doit garder le lien avec ses camarades. N'importe quel élève peut donc accéder à la chambre du préfet de garde.

- Il n'y a qu'un seul préfet de garde ?

- Non, il y en a deux, un garçon et une fille. C'est plus simple ainsi pour les élèves. Les filles auront plutôt tendance à aller voir la préfète tandis que les garçons préféreront aller voir le préfet. D'autres questions ?

Personne ne se manifesta.

- Bien, passons aux emplois du temps, à présent.

La réunion se poursuivit avec les sujets dits «habituels». Sirius n'en revenait pas de tout ce qui était abordé durant cette pré-rentrée. L'année allait être intense ! Cela lui faisait un peu peur mais il avait malgré tout hâte d'être à la rentrée. Lorsque la réunion se termina, tous les professeurs restèrent un peu pour bavarder. Sirius fut entraîné par Remus qui l'emmena voir Filius et Pomona. Sirius se sentit tellement gêné qu'il se cacha derrière Remus, ce qui amusa grandement les deux aînés.

- Nous t'avons connu moins timide que ça, Sirius, se moqua Pomona.

- Il stresse parce qu'il a peur du regard des autres, expliqua Remus. Il a plusieurs fois voulu faire demi-tour sur le trajet. J'ai presque dû le traîner jusqu'aux portes du château.

- Tu n'es qu'une balance, Remus. Tu vas le payer ce soir.

Filius et Pomona éclatèrent de rire. Sirius grogna lorsque Remus se décala, le laissant à la vue de leurs deux collègues. Sirius ne sut pas quoi dire. Comment pouvait-il considérer ces deux personnes comme des collègues alors qu'il les avait eues comme professeurs ? Comment allait-il pouvoir les appeler par leurs prénoms ? Cela lui paraissait impossible. Dans les lettres qu'il avait échangées avec Filius, il n'avait cessé d'appeler ce dernier «professeur». Heureusement, l'ancien professeur de sortilèges le mit vite à l'aise :

- Ravi de t'avoir comme collègue, Sirius. Je suis sûr que tu feras un très bon successeur. Les programmes que tu m'as envoyés par lettres sont tous excellents.

- Je me suis grandement inspiré des vôtres, se défendit Sirius.

- Sirius, je te préviens, si tu vouvoies Pomona et Filius, tu me vouvoies aussi, menaça Remus.

Sirius ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois face à la mise en garde de Remus. Elle eut cependant l'effet escompté. Il se résigna à traiter Pomona et Filius comme ses collègues et non comme ses anciens professeurs.

- Ça va faire du bien aux élèves d'avoir un professeur de sortilèges et de métamorphose plus jeunes. L'équipe enseignante se faisait vieillissante.

- Le plus gros choc pour les élèves, ça va être le changement de professeur d'histoire de la magie, s'amusa Sirius. Passer d'un fantôme à un homme de quarante ans, ça va leur faire drôle. Mais le nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal est encore plus jeune que lui. Ça doit faire seulement cinq ans qu'il a quitté Poudlard... Ça m'étonne que Dumbledore ait choisi quelqu'un d'aussi jeune pour cette matière qui demande beaucoup de connaissances...

- Tout ce qu'on lui demande, c'est d'être compétent dans son domaine. On s'en fiche de l'âge qu'il a, répliqua Pomona. J'étais moi-même bien jeune lorsque je suis devenue professeur de botanique. Tout comme Filius et Severus.

- Si on pouvait éviter de parler de lui... maugréa Sirius.

- Tu vas le côtoyer tous les jours ou presque, Sirius. Tu vas devoir faire des efforts, conseilla Filius.

- Parce que vous arrivez à en faire, vous ? Vous arrivez à le supporter ?! demanda Sirius en regardant alternativement Filius et Pomona.

- On fait de notre mieux, tempéra sa collègue. Ce n'est pas toujours facile, surtout pour nous qui sommes directeurs de maison, tout comme lui, mais nous faisons en sorte qu'il n'y ait pas trop de conflits. Après on ne te demande pas de devenir ami avec lui, juste d'éviter de créer des conflits avec lui.

- Je vais essayer, soupira Sirius. Bon, sinon, les autres collègues sont sympa ?

- Je n'ai pas d'affinités particulières avec les autres professeurs mais ce sont des personnes très agréables.

- D'après ce que m'a dit Remus, il y a une professeur d'astronomie, une professeur de runes et une professeur d'arithmancie ?

Filius et Pomona échangèrent un regard amusé avant de se tourner vers Remus qui haussa les épaules, l'air de dire «Je n'y peux rien». Sirius tenta de ne pas paraître vexé face à la réaction de ses collègues et de son ami.

- Oui, en effet, ces professeurs sont toutes des femmes, affirma Pomona. Mais Remus a dû également te dire que les relations entre professeurs sont interdites.

- J'avais espéré qu'il m'ait menti à ce sujet, avoua Sirius en grimaçant. Ce ne sont pas des craques, alors ?

- Non, et c'est mieux ainsi, dit Pomona. Ça ferait trop de remue-ménage s'il y avait un couple de professeurs à Poudlard. Bon, sinon, pas trop stressé à l'approche de ta première rentrée en tant que professeur ? ajouta-t-elle à l'adresse de Sirius.

- Si mais j'ai hâte. Ça a l'air d'être intense, le métier de professeur à Poudlard.

- Ça l'est, en effet. Du moins, jusqu'à ce que tu te retrouves seul dans tes appartements avec, pour seule compagnie, tes copies et tes cours à préparer. C'est tout de suite beaucoup moins palpitant.

- Filius, voyons, ne le démoralise pas comme ça ! gronda gentiment Pomona.

- Je ne le démoralise pas, je lui dis juste ce qui l'attend ! Mais je te rassure, Sirius : après une rude journée, tu es parfois bien content de passer une soirée tranquille à corriger les devoirs de tes élèves.

- Ça fait quoi de corriger ses premières copies ? Comment on fait pour savoir quelle note on doit mettre ?

- Ça vient assez naturellement, répondit Remus d'un ton rassurant. Mais ne t'inquiète pas, je passerai te voir pour t'aider.

- Merci, c'est gentil Moony.

Remus rougit, ce qui fit sourire Sirius. Il ne put s'empêcher de se dire que son Moo... que Moony était adorable quand il était gêné. Mais il fut à son tour gêné par cette pensée qu'il venait d'avoir. D'abord, ce n'était pas son Moony, mais Moony tout court. Et il n'avait pas à le trouver adorable. Il s'empressa de changer de sujet :

- Sinon, est-ce que vous êtes convaincus par cette histoire de travail en binôme ?

- Je préfère attendre de voir ce que ça va donner avant de juger, dit prudemment Filius. Mais sur le papier, cela me semble être une bonne idée. Dumbledore a raison. Il faut que les clivages cessent entre les maisons. J'ai bien remarqué depuis plusieurs années déjà que mes Serdaigle se livraient une petite guerre avec les Poufsouffle. Et ça prend un peu plus d'ampleur chaque année.

- De mon temps, les Serdaigle et les Poufsouffle s'entendaient bien, s'étonna Sirius.

- Je t'ai expliqué, intervint Remus. Ce n'est pas facile pour ces deux maisons d'exister entre les deux autres qui attirent toute l'attention. Gryffondor et Serpentard sont connues pour se détester, mais on ne parle jamais vraiment de Poufsouffle et de Serdaigle. Alors elles cherchent à exister, elles aussi, aux yeux de tous.

- D'ailleurs, c'est un peu à cause de cela si les Poufsouffle n'ont pas soutenu M. Potter lorsqu'il a été déclaré champion de Poudlard, avoua Pomona. Lorsqu'ils ont cru, pendant quelques minutes, que c'était M. Diggory qui allait représenter Poudlard, ils ont eu leur instant de gloire. Car Poufsouffle était enfin sous les feux des projecteurs. C'étaient eux qu'on regardait. Pas Serdaigle, pas Gryffondor, pas Serpentard, mais Poufsouffle. Alors quand ils ont entendu que M. Potter était le deuxième champion de Poudlard, ils ont complètement déchanté. Ils ont eu l'impression qu'on leur volait leur instant de gloire. Ils se faisaient encore voler la vedette par Gryffondor, une nouvelle fois. Ça n'a pas aidé les tensions entre les maisons à s'améliorer. Les Serpentard ne se sont pas montrés plus loyaux puisqu'ils ont préféré soutenir M. Krum au lieu d'un des deux champions de Poudlard. Ça en dit long sur les relations entre les maisons.

Sirius resta un moment pensif suite aux paroles de sa collègue. Il n'avait pas vu les choses sous cet angle mais il comprenait parfaitement ce que Pomona voulait dire. Les Poufsouffle avaient dû se sentir frustrés. Mais Sirius en voulait malgré tout à toutes les personnes qui n'avaient pas cru et soutenu son filleul. Il fut soudain mal à l'aise en réalisant que Pomona avait évoqué l'élève de sa maison qui s'était fait tuer lors de la troisième tâche.

- Je suis désolé pour ton élève, Pomona, dit-il, gêné.

- C'était un élève adorable, soupira sa collègue. Très apprécié de tout le monde. Mais je ne suis pas la plus à plaindre. Je suis plus désolée pour ton filleul que pour moi-même. C'est surtout pour lui que ça a été dur.

Ces mots firent réaliser à Sirius que Harry ne lui avait presque pas parlé de son camarade. Il se demandait même si, depuis qu'il était au Square, il avait prononcé son nom. Cette pensée le troubla. Il fut sorti de sa rêverie par Remus qui s'inquiéta :

- Sirius, ça va ?

Il tourna la tête vers son ami et lui sourit.

- Oui, désolé, je réfléchissais. Je crois qu'en fait, c'est une bonne idée, cette idée de travail en binôme. Il faut rapprocher les maisons. Et pas seulement Gryffondor avec Serpentard et Poufsouffle avec Serdaigle. Toutes les maisons doivent se réconcilier les unes avec les autres. Bon, et si on parlait de nos vacances ? Je me demande bien ce que peuvent faire mon ancien professeur de sortilèges et mon ancien professeur de botanique pendant l'été...

Sirius, Remus, Filius et Pomona se mirent ainsi à parler de choses beaucoup plus légères. Ce ne fut qu'une heure plus tard qu'ils se quittèrent pour rentrer chez eux. Alors que Sirius et Remus s'apprêtaient à sortir de la salle des professeurs, Dumbledore vint les retenir.

Remus, Sirius, puis-je vous parler ? Je ne serai pas long.

Les deux amis acquiescèrent. Comme tout le monde était parti, ils n'eurent pas besoin de se mettre au calme.

- Je souhaitais vous prévenir qu'il y a eu un changement concernant vos appartements. Vous êtes libres de refuser, bien sûr, mais il serait préférable que vous partagiez les mêmes appartements.

Sirius et Remus se regardèrent, surpris, avant de reporter leur attention sur Dumbledore.

- Pourquoi cela ? demanda Sirius.

- Eh bien, je ne m'y attendais pas mais c'est le Choixpeau qui m'a soufflé l'idée. Je lui avais demandé son aide pour former les binômes et après avoir mis tous les élèves par groupes de deux, il m'a parlé de vous. Il m'a dit qu'il serait intéressant que vous habitiez dans les mêmes appartements. Il ne m'a pas précisé pourquoi, mais il semblait sûr de ce qu'il disait. S'il m'a fait cette proposition, c'est qu'il a de bonnes raisons de penser que cette cohabitation vous sera profitable. Après, comme je vous l'ai dit, vous avez le droit de refuser. Je comprendrais parfaitement que vous préfériez avoir vos propres appartements. Après tout, vous venez de passer huit mois ensemble, vous avez peut-être envie de retrouver un peu de solitude.

Les deux Maraudeurs échangèrent de nouveau un regard. Il fut cette fois plus long que le précédent. Sirius vit beaucoup d'incertitude dans les yeux de Remus. Lui-même ne savait pas trop quoi en penser. Mais en y réfléchissant, il dut avouer que cela aurait été sûrement un peu trop brutal pour lui de se retrouver de nouveau seul, d'un coup, après avoir passé huit mois en compagnie du seul ami qui lui restait. Remus lui aurait certainement manqué. Et puis, ce serait beaucoup plus facile pour eux s'ils continuaient à habiter ensemble. Sirius pourrait venir voir Remus à chaque fois qu'il aurait besoin de lui et vice-versa. Et ce serait peut-être plus rassurant pour Harry aussi. Surtout le week-end, lorsqu'il viendrait prendre le thé et parler de la semaine écoulée. Mais est-ce que Remus était d'accord avec tout cela ? Il préféra lui demander son avis :

- Qu'est-ce que tu en penses, Remus ?

- Eh bien... je ne sais pas trop. Je ne m'attendais pas à ça. Je m'étais préparé à me retrouver tout seul dans les appartements qui me seraient attribués et je ne sais pas si j'aurais apprécié ce changement. Ça aurait peut-être été un peu trop brutal.

- Entièrement d'accord, approuva Sirius.

- Mais ce n'est pas sûr que la cohabitation se passe toujours aussi bien... Vivre ensemble à Poudlard, ce ne sera pas la même chose que vivre ensemble au Square.

- Tu préférerais qu'on ait chacun nos propres appartements ? questionna Sirius, un peu déçu.

- Non, je n'ai pas dit ça... On peut toujours essayer. Ça se trouve, tout se passera bien.

- Ce sera comme une sorte de défi à relever pour nous aussi ! s'enthousiasma Sirius. Les élèves, eux, doivent travailler en binôme, tandis que nous, on doit cohabiter à Poudlard. C'est clair que ça va être différent par rapport au Square. Là, on travaillera. On aura des horaires différents, ce qui pourra causer des problèmes d'organisation. On devra les surmonter. Et puis comme ça tu pourras m'aider, Moony. Et on pourra se raconter nos journées en rentrant le soir et se plaindre des élèves qui nous auront fait tourner en bourrique !

L'engouement de Sirius était tel qu'il fit sourire Remus. Il se tourna vers Dumbledore.

- Je suis d'accord pour partager les mêmes appartements que Sirius.

Dumbledore hocha la tête. Puis il s'adressa à Sirius :

- Inutile de vous demander votre avis, je présume ?

- Je pense que vous avez compris mon point de vue, en effet.

- Bien, vous emménagerez dans les appartements pour deux personnes.

Sirius haussa les sourcils.

- Il y a des appartements pour deux personnes ?

- Il arrive malheureusement quelques fois qu'un couple d'élèves deviennent parents au cours de l'année scolaire. Ça arrive plus souvent qu'on ne le croit.

- Il ne serait pas temps de faire de la prévention pour éviter ce genre de choses ? suggéra plutôt sèchement Remus.

- Ce n'est pas aussi simple que vous le croyez, se défendit Dumbledore. Aucun professeur n'est apte à faire de la prévention à ce sujet. Il faudrait que des médicomages de Sainte-Mangouste se déplacent mais vous devez savoir qu'ils sont submergés de travail. Et il y a aussi le fait qu'il faudrait parler à la fois des méthodes moldues et des méthodes sorcières. Nous ne pourrions pas faire de favoritisme là-dessus. Sans compter que certains parents d'élèves de Sang-Pur n'accepteront pas que leur enfant ait entendu parler de méthodes moldues, pour n'importe quel sujet que ce soit.

- Donc la solution, c'est ne rien faire et laisser des jeunes filles tomber enceintes parce qu'elles n'auront pas eu accès à une prévention en bonne et due forme ? s'indigna Sirius.

- Nous comptons sur le bon sens des parents pour parler de ce genre de choses à leurs enfants durant l'été.

- C'est toujours beau de rêver. J'imagine qu'il n'y a donc pas de prévention non plus pour la drogue ?

- Nous manquons de temps pour cela, en effet. Bon, je vais vous laisser. Je vous ai déjà assez retenus comme ça. Nous nous reverrons à la rentrée.

Dumbledore salua d'un signe de tête ses deux professeurs et partit. Sirius sentit soudain l'angoisse monter en lui.

- Remus, il va falloir parler à Harry.

- Je me disais exactement la même chose, murmura Remus.

- Bon, je ne pense pas qu'il sera nécessaire de lui faire la discussion sur la contraception. Ça ne lui sera pas vraiment utile puisqu'il aime les garçons.

- C'est bizarre comme je te sens soulagé tout à coup à ce sujet, se moqua Remus.

- Ça évite une conversation gênante, donc oui, je suis soulagé, se justifia Sirius. Non, c'est surtout au sujet de la drogue que je m'inquiète. Harry arrive à un âge où il pourrait être tenté et je ne veux surtout pas qu'il y touche. Mais le problème c'est que je n'y connais rien. Je ne sais même pas de quelles potions droguées il était question lors de la réunion... Et je n'ai pas envie d'attendre le stage de Servilus pour en parler à Harry.

- Ne t'en fais pas, je maîtrise un peu le sujet. On lui en parlera tous les deux en même temps, comme ça il comprendra à quel point c'est important.

- Super, je n'osais pas te le demander. Il faut qu'on lui en parle avant la rentrée.

- Ce sera fait, dit Remus d'un ton confiant. Mais je pense que tu devrais quand-même avoir une discussion avec Harry sur la sexualité. Ne serait-ce que pour lui apprendre le sort de protection. Qu'il aime les filles ou les garçons, ce sort est très important, tu le sais bien.

- Mais comment je vais aborder ce sujet avec lui ?! C'est hyper gênant comme discussion !

- Eh bien tu commences par lui dire qu'à son âge, il y a des choses qu'il doit savoir, tu ne lui laisses pas le temps de répondre et tu embrayes aussitôt sur le sujet.

Sirius fit la moue.

- Ça peut attendre, tu crois ?

- Je ne sais pas. Dans le doute, mieux vaut que tu lui en parles le plus vite possible.

- D'accord, je vais voir ce que je peux faire.

- Je compte sur toi, c'est important. Bon, on ferait mieux d'aller le retrouver. J'ai beau être moins dans la dramaturgie que toi, je ne suis pas à l'aise à l'idée de laisser Harry seul trop longtemps au Square.

- Tu as raison, allons-y.

Sirius et Remus sortirent pour de bon de la salle des professeurs, quittèrent le château et transplanèrent au Square pour y retrouver Harry qui les y attendait.

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POV Severus

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Dès que Dumbledore avait annoncé la fin de la réunion, Severus s'était empressé de se rendre à l'infirmerie. Poppy était toujours là lors de la pré-rentrée, au cas où un professeur souhaiterait lui parler d'un élève. Mais il avait dû patienter – et il patientait encore – car Poppy s'était absentée. En voyant l'heure avancer, il était prêt à faire demi-tour lorsque l'infirmerie réapparut.

- Excusez-moi, Severus, j'étais occupée. Vous souhaitiez me parler ?

- Oui. Ne vous en faites pas, ce n'est pas à propos des potions. Je continuerai à vous les préparer.

- Si cela vous demande trop de travail, je peux m'arranger avec un fournisseur. Je sais que ça prend énormément de temps de brasser toutes ces potions.

- Cela ne pose aucun problème, j'ai un rythme de travail bien organisé qui me permet de ne pas me sentir débordé. Ce n'est pas pour cela que je viens vous voir. Je dois vous parler d'un élève.

- Lequel ?

- Théodore Nott.

Poppy fronça les sourcils, semblant chercher dans sa mémoire.

- Je ne me souviens pas l'avoir déjà vu ici.

- Rien d'étonnant, quand il y a quelque chose qui ne va pas, il ne dit rien.

- Ouh là, aurions-nous à faire à un patient difficile ?

- Je le crains, oui. C'est pourtant l'un des élèves les plus sages que j'ai eu jusque-là. Mais dès qu'il s'agit de sa santé, il n'en fait qu'à sa tête.

- Et si vous m'expliquiez tout cela ?

Severus acquiesça et suivit Poppy jusqu'au bureau de celle-ci qui faisait partie intégrante de l'infirmerie.

- M. Nott a eu un été difficile. J'ai appris récemment qu'il se faisait maltraiter par son père depuis qu'il est tout petit.

Severus préféra cacher qu'en réalité, il avait déjà eu des alertes à ce sujet de la part de Draco.

- Sauf que cet été, son père est vraiment allé très loin. M. Nott a dû monter tout un plan pour s'enfuir et se réfugier chez un de ses amis. Cet ami a prévenu mon filleul qui m'a demandé d'aller voir M. Nott. Il y avait urgence. Il avait une plaie infectée, des os cassés et il souffrait d'une sévère dénutrition avec toutes les conséquences que cela implique. C'est sur ce point que je dois m'entretenir avec vous. Il est déjà sous potions nutritives mais il va devoir continuer à en prendre pendant plusieurs mois et il va également devoir suivre un régime alimentaire strict. Il a de nombreuses carences qu'il faut traiter et il a beaucoup de poids à reprendre.

- Pensez-vous que je sois la meilleure personne pour le suivre ? Visiblement, vous vous occupez déjà très bien de lui. Et d'après ce que j'ai pu comprendre, il n'accorde pas sa confiance très facilement.

- Il est surtout très discret et réservé. Et je pense que les années de maltraitance que son père lui a fait subir ont développé chez lui une certaine méfiance envers les adultes. Je pense que s'il a réussi à me faire confiance, c'est avant tout parce que je suis son directeur de maison et que je suis donc l'un des adultes qui le connaît le mieux.

- Dans ce cas, pourquoi ne pas continuer à vous occuper de lui ?

- Je ne pense pas être assez disponible pour cela. Là, c'étaient les vacances, j'avais juste à m'occuper de mon filleul et à faire quelques potions pour Sainte-Mangouste. Mais à partir de la rentrée, je vais de nouveau devoir assumer mes cours, mes devoirs de professeur, mes fonctions de directeur de maison, la préparation de certaines potions...

- Vous n'êtes pas un homme qui aime rester sans rien faire, Severus. Suivre le traitement de cet élève ne vous demandera que deux heures par semaine si vous le voyez deux fois par semaine pour faire le point. Il y a autre chose qui vous pousse à me confier cet élève.

Severus soupira.

- Ici, je suis professeur de potions et potionniste, Poppy. Je ne suis pas médicomage. Je ne suis plus médicomage.

Un éclair de compréhension traversa le regard de l'infirmière.

- Vous avez peur que votre véritable vocation se rappelle à vous, murmura-t-elle.

Poppy avait vraiment dit ces mots à voix basse mais pour Severus, c'était comme si elle les avait criés. Car il venait de se prendre la vérité en pleine figure. Elle avait entièrement raison. S'occuper de M. Nott lui avait rappelé à quel point il aimait ce métier. Et à quel point il aimerait l'exercer de nouveau. Mais il ne pouvait pas. Tant que Draco était encore à Poudlard, il était hors de question qu'il démissionne. Il devait garder un oeil sur son filleul. En fait, en refusant de continuer à s'occuper de M. Nott, il se protégeait. Comme ça, il serait moins tenté de tout plaquer pour redevenir médicomage.

- Severus, je crois que vous vous trompez de priorités, dit doucement Poppy. Je comprends vos peurs mais vous êtes un homme suffisamment fort pour résister à la tentation. D'après ce que vous me dites, M. Nott doit impérativement se faire suivre et vous êtes le seul en qui il ait confiance. Pensez-vous vraiment que c'est une bonne idée de me le confier ? Ce qu'il lui faut c'est de la stabilité. Or, changer brusquement de personne pour son suivi, cela va à l'encontre du concept de stabilité. De plus, il pourrait se sentir abandonné en apprenant que vous ne voulez plus le suivre. Cela serait très néfaste pour lui. Comment voulez-vous qu'il puisse faire confiance à un autre adulte alors qu'il a été lâché par celui qui s'occupait de lui jusque-là ?

Severus accusa le coup. Poppy marquait un point.

- Je veux bien que vous me teniez au courant de son dossier au cas où vous ne pourriez vraiment pas vous occuper de lui à un moment donné. Je prendrai ainsi la relève de façon provisoire. Je serai votre remplaçante, en quelque sorte. Mais c'est vous qui devez assurer son suivi de façon continue. Vous ne pouvez pas le laisser tomber, Severus. Pensez à lui.

Severus retint cette fois le soupir qui manqua de passer la barrière de ses lèvres.

- Bien, je vais continuer à le suivre. Mais ce sera la seule exception.

- Évidemment, je ne vous demande pas de vous occuper de tous les élèves de l'école. Je servirais à quoi, sinon ? Vous n'auriez pas le temps, de toute façon. Vous pourrez me transmettre le dossier de M. Nott ?

- Je vous le donnerai à la rentrée. Je dois justement aller voir M. Nott. Merci de m'avoir accordé un peu de votre temps.

Severus salua Poppy et s'en alla. Alors qu'il s'apprêtait à sortir du château, il croisa Dumbledore.

- Ah, je vous cherchais, dit le directeur. J'avais peur que vous soyez déjà parti.

- C'est ce que j'allais faire, effectivement.

- Je ne vais pas vous retenir longtemps. Je voulais juste vous parler de Sirius et de Remus.

Severus haussa un sourcil.

- Vous ne croyez pas que c'est un peu tard ? J'aurais aimé que vous m'en parliez avant, si vous voulez le savoir.

- Severus...

- Vous savez très bien combien les relations sont tendues entre eux et moi. Vous m'avez informé pour Black, j'aurais souhaité que vous en fassiez autant pour Lupin. J'ai eu un choc lorsque je l'ai vu avec Black dans la salle des professeurs. Je pensais passer le reste de ma vie sans revoir Lupin et voilà que j'apprends qu'il est redevenu professeur ! Bien sûr, je sais pourquoi vous ne m'avez rien dit. Vous aviez peur que je démissionne en sachant que j'allais avoir à la fois Black et Lupin comme collègues. J'y aurais sûrement songé. Mais je ne l'aurais pas fait.

- C'est ce que je me suis dit. Croyez-moi, je ne voulais pas vous cacher la nomination de Remus. J'ai voulu vous le dire. Mais cela aurait provoqué des tensions inutiles. Vous auriez essayé de me dissuader de réembaucher Remus et je serais resté sur ma décision.

Severus dut admettre que Dumbledore avait raison. Il se serait embrouillé avec lui et cela n'aurait rien changé à la situation.

- Je savais que vous seriez contre le fait que Remus revienne enseigner ici. Mais il sera un très bon professeur de métamorphose. C'est sa matière de prédilection. Malgré vos différends, puis-je compter sur vous pour préparer de nouveau la potion Tue-Loup à Remus ?

- J'en ai déjà discuté avec lui, lâcha Severus. Je lui ai dit que je la lui préparerai. Je le ferai uniquement pour la sécurité des élèves et des professeurs. Et la mienne, bien entendu.

- Je suis certain qu'il vous en est reconnaissant. Mais, vous savez, Remus n'a rien d'une bête sanguinaire. Ce n'est pas de sa faute s'il se transforme une fois par mois. Il n'a jamais voulu devenir un loup-garou. Sa plus grande peur est d'ailleurs la pleine lune et tout ce qu'elle implique. Vous ne pouvez pas lui en vouloir pour ce qu'il est.

- Je n'ai rien contre les loups-garous, ni contre aucune autre créature de ce genre. Je le détesterais tout autant même s'il n'était pas un loup-garou.

Dumbledore soupira.

- Il serait temps de mettre vos vieilles querelles de côté, Severus. Remus est tout disposé à faire la paix avec vous. Il se montre poli et courtois à votre égard.

- Il a plutôt intérêt s'il veut que je continue à lui préparer sa potion...

- Bon, je crois qu'il est inutile d'en parler davantage aujourd'hui. Je vais vous laisser vaquer à vos occupations. Je vous souhaite une bonne fin de vacances.

Severus salua le directeur et quitta le château, cette fois pour de bon. Il transplana et atterrit devant le Chaudron Baveur. Il y entra, discuta brièvement avec quelques personnes qu'il connaissait puis il se rendit à la chambre de... de qui, d'ailleurs ? De son élève ? De son patient ? La limite était floue. Depuis qu'il s'occupait de l'adolescent, Severus le considérait davantage comme son élève que comme son patient. Et il avait peut-être tort. Il fallait qu'il dissocie les deux, dans un souci de clarté. L'appeler «M. Nott» comme s'ils se trouvaient en cours n'aidait sûrement pas l'adolescent à voir Severus comme un médicomage. S'il fallait que Severus s'occupe de lui à Poudlard, alors autant vraiment séparer la sphère scolaire de la sphère médicale. Sur cette décision, Severus frappa à la porte de l'adolescent. Celui-ci vint vite lui ouvrir. Il parut un peu surpris de voir son professeur, mais pas tant que ça.

- Bonjour, professeur.

- Bonjour, M. Nott. Puis-je entrer ?

- Oui, bien sûr.

Severus entra tandis que l'adolescent refermait la porte. Severus remarqua qu'il avait les traits tirés. Il semblait moins en forme que la dernière fois qu'il l'avait vu, c'est-à-dire trois jours plus tôt.

- Avant de vous expliquer la raison de ma venue, j'aimerais vous apprendre et vous demander quelque chose.

- Je vous écoute.

- Je ne sais pas si vous le savez mais il y avait la pré-rentrée des professeurs, aujourd'hui.

- Oui, Draco me l'a dit hier. Il m'a également dit que vous viendriez sûrement me voir en fin de journée.

- Donc vous devez savoir pourquoi je suis là.

L'air gêné de l'adolescent servit de réponse à Severus.

- J'y reviendrai plus tard. Juste après la pré-rentrée, je suis allé voir l'infirmière pour lui parler de vous. Elle m'a fait comprendre qu'il valait mieux que ce soit moi qui continue à m'occuper de vous lorsque vous serez à Poudlard. Et je suis tout à fait d'accord avec elle. Seulement, lorsque vous viendrez me voir pour que nous parlions de votre état de santé et de vos potions, il serait préférable que je vous considère comme mon patient et non comme mon élève. C'est pourquoi je vous propose de vous appeler par votre prénom durant nos séances médicales.

Severus sentait qu'il était temps qu'il vienne au but car il commençait à perdre son patient qui avait l'air vraiment fatigué. Il ne réagit d'ailleurs pas alors que Severus attendait une réponse de sa part.

- Est-ce que cela vous va ?

- Pardon ? Ah euh oui, c'est parfait.

Severus retint un soupir. Il n'en avait pas fini avec Théo. Vu son air fatigué, il n'allait pas devoir lui parler que de son épaule.

- Avez-vous vraiment entendu ce que je vous ai dit ?

- Oui, répondit fermement l'adolescent. Mais tant qu'à faire, je préférerais que vous m'appeliez Théo. Personne ne m'appelle Théodore. Il n'y a que...

Théo s'interrompit brusquement dans sa phrase. L'effroi et l'expression de malaise qui passèrent sur son visage suffirent à Severus pour deviner de qui Théo voulait parler. Désireux de ne pas laisser le malaise s'installer, il passa rapidement au vif du sujet :

- Bien, je vous appellerai Théo, dans ce cas. Passons à la raison de ma venue. D'après ce qu'on a pu me dire, il semblerait que vous ne m'ayez pas tout dit la dernière fois que je suis venu. Heureusement que j'ai mon informateur secret sinon je n'aurais jamais su que vous aviez de nouveau mal à l'épaule. Pouvez-vous me dire ce qui s'est passé ?

- Draco ne vous l'a pas expliqué ?

- Est-ce que c'est à Draco que je m'adresse en ce moment-même ? demanda sèchement Severus. Est-ce que c'est Draco qui a mal à l'épaule ? C'est de votre bouche que je veux l'entendre. Pas de celle de Draco.

Théo baissa les yeux. Il n'avait pas l'habitude que Severus lui parle ainsi. Et c'était exactement pour cette raison que Severus ne devait pas le voir comme son élève lorsqu'il venait s'enquérir de son état. Il décida néanmoins de se radoucir.

- Je ne voulais pas être désagréable mais c'est très irritant d'apprendre que vous me cachez des choses alors que je fais l'effort de me déplacer pour venir vous voir. Ce n'est pas à Draco de me dire que vous vous êtes fait mal à l'épaule. Alors expliquez-moi ce qui s'est passé.

Théo céda face au ton impérieux de Severus.

- La semaine dernière je me suis fait bousculer par des gens qui sortaient en trombe de l'animalerie. Je suis tombé et je me suis réceptionné sur mes mains. Seulement j'ai atterri un peu trop violemment par terre. J'ai aussitôt senti une vive douleur me traverser l'épaule lorsque ma main droite a rencontré le sol.

- Ce n'est pas étonnant. Votre épaule était encore fragile. Mais personne ne vous a vu tomber ? Personne ne s'est préoccupé de vous ?

- Vu, je ne sais pas, mais quelqu'un m'a aidé à me relever. Un camarade de mon année, plus précisément.

- Qui ça ?

- Ce n'est pas très important que vous le sachiez.

- Ce n'est pas la réponse que j'attends.

- Professeur, croyez-moi, il vaut mieux que je ne le vous dise pas. Sinon vous allez me maudire sur dix générations d'avoir gâché la fin de vos vacances à cause d'un simple nom et d'un simple prénom. Déjà que Draco m'a fait une scène à cause de ça... Je me demande d'ailleurs qui déteste le plus cette personne entre Draco et vous.

- D'accord, j'ai compris, pas besoin d'en dire plus, maugréa Severus. Il n'a pas dû vous reconnaître pour être venu à votre secours. Jamais il n'aurait consciemment aidé un Serpentard.

- Si, il savait qui j'étais. Mais comme on n'a jamais eu de conflits, lui et moi, il n'a pas tenu compte du fait que j'étais un Serpentard pour savoir s'il devait m'aider ou non.

- C'est sûrement son âme de Sauveur qui s'est rappelée à lui. Bon, qu'avez-vous fait pour soulager votre épaule ?

- J'ai juste pris des potions anti-douleurs.

- Vous pensiez que ça allait suffire à la guérir ?

Le ton sarcastique de Severus fit grimacer Théo.

- Mais pourquoi ne m'avez-vous rien dit quand je suis venu ?!

Théo ne répondit pas. Severus s'efforça de garder son calme.

- Je n'ai aucune envie d'aller lire dans vos pensées, alors répondez-moi de vive voix.

- Je n'ai pas l'habitude de me plaindre lorsque j'ai mal quelque part. Je n'ai jamais vraiment été suivi par un médicomage. Ou alors je ne m'en souviens pas car c'était du temps où ma mère était encore là.

Severus vit l'éclat de douleur passer dans les yeux de Théo lorsqu'il évoqua sa mère. Severus savait qu'il l'avait perdue alors qu'il n'était encore qu'un enfant. Il avait huit ans à ce moment-là, d'après ce que révélait son dossier. C'était jeune pour devenir orphelin d'un parent. Surtout lorsqu'on se retrouvait avec un père comme celui de Théo...

- Mais alors comment faisiez-vous lorsque vous tombiez malade ou lorsque vous vous blessiez ?

- Mon père me faisait boire des potions. Il a toujours détesté les elfes, alors il n'en avait pas. C'est moi qui préparait tout le temps les repas. Du coup, quand j'étais malade, il était bien embêté. Il avait donc besoin que je sois vite remis sur pied. Et pour ça, il me faisait prendre des remèdes d'hippogriffe. Je ne sais pas si ces remèdes étaient légaux et, honnêtement, je ne veux pas le savoir.

Severus resta plusieurs secondes sans réagir, abasourdi par ce qu'il venait d'entendre. Ce garçon le dépassait. Lorsqu'il pensait tout savoir sur ce que son père lui avait fait, il réussissait encore à le surprendre. Et pas de la meilleure façon qu'il soit. Severus comprit alors qu'outre les coups, les blessures et les Doloris que son père lui avait infligés, il l'avait maltraité de différentes façons, certes moins graves, mais tout aussi inacceptables. Guérir un enfant par des potions inadaptées dans le seul but de le remettre sur pied pour qu'il puisse de nouveau servir de bonniche, c'était également une forme de maltraitance.

- Je vois, finit par dire Severus. Je comprends mieux pourquoi vous ne m'avez rien dit. Mais les choses ont changé, Théo. Vous n'êtes plus sous la responsabilité de votre père. Il ne pourra plus jamais vous faire quoi que ce soit. Et je ne suis pas comme votre père. Je suis là pour vous soigner. Je ne vous dirai jamais que vous êtes faible ou d'autres âneries de ce genre. Si vous avez mal quelque part ou si vous êtes malade, il faut me le dire ou aller voir l'infirmerie. Nous vous soignerons comme il se le doit. Ni elle ni moi ne vous donnerons des remèdes comme ceux que vous a donnés votre père. Je pense vous avoir prouvé cet été que vous pouviez me faire confiance. Cela ne changera pas lorsque nous serons à Poudlard. J'attends donc de vous que que vous veniez me voir ou que vous alliez voir l'infirmière si quelque chose ne va pas. D'accord ?

Théo acquiesça.

- Bien. Maintenant je veux que vous me répondiez sincèrement. Est-ce que vous dormez bien en ce moment ?

- Pourquoi me demandez-vous ça ?

- Répondez, s'il vous plaît.

Théo se retint visiblement de soupirer.

- Non, je dors mal et pas beaucoup. Mais je n'ai pas envie d'en parler. Ça va passer, de toute façon. C'est toujours comme ça, à une semaine de la rentrée.

Severus fronça les sourcils.

- Vous êtes en train de me dire que c'est à cause de la rentrée que votre sommeil est perturbé ?

- Je n'ai pas dit ça. Professeur... je ne veux vraiment pas en parler.

Severus regarda longuement Théo. Il le suppliait littéralement du regard de ne pas insister. Il décida de laisser tomber pour le moment. Enfin... pas tant que ça, en réalité.

- Comme vous voulez. De toute façon je le saurai si, en pleine nuit, vous ne vous sentez pas bien.

- Pardon ? demanda Théo, perplexe.

- J'ai amené un objet qui va me permettre de savoir quand vous aurez besoin de moi.

Severus sortit de son sac l'objet qu'il cherchait le matin-même avant de se rendre à Poudlard.

- Cet objet sert à détecter le moindre signe de détresse. Bon, il faut quand-même que ce soit sérieux pour qu'il réagisse. Si vous éternuez ou si vous vous cognez le petit doigt de pied contre un meuble, cela ne fera pas réagir l'émetteur. En revanche, si vous vous cassez quelque chose, si vous êtes vraiment malade ou si vous êtes en pleine panique, là, l'émetteur réagira. Il transmettra l'information au récepteur qui sera en ma possession. Je pourrai ainsi venir vous voir dans les plus brefs délais.

- Mais... non ! Il en est hors de question ! s'écria Théo. Je vous ai déjà assez gâché l'été comme ça, je ne vais pas en plus gâcher votre dernière semaine de vacances ! Je n'ai pas besoin de cet objet, de toute façon. Je vous ai promis de vous le dire si ça ne va pas.

- Certes mais je ne viens que deux fois par semaine. Vous pouvez très bien tomber malade ou vous blesser sérieusement entre deux visites sans que je puisse le savoir. Avec cet objet, je le saurai.

- Mais je ne veux pas que vous soyez à ma botte ! Vous avez autre chose à faire ! Et puis je ne veux surtout pas vous déranger en pleine nuit si mon état fait réagir l'émetteur et le récepteur.

- Donc vous reconnaissez avoir des nuits agitées.

- Je n'ai pas dit ça ! répéta Théo.

- Vous l'avez plus ou moins avoué tout à l'heure. Votre air fatigué parle pour vous, de toute manière.

- Peut-être mais je refuse de vous déranger plus que je ne l'ai déjà fait ! Je n'en veux pas, de cet objet.

La réaction de Théo troublait autant Severus qu'elle l'irritait. Il avait l'impression d'avoir à faire à un Théo complètement différent de celui qu'il connaissait depuis qu'il était à Poudlard. Il n'aurait jamais pensé que Théodore Nott pouvait se montrer aussi têtu, lui qui n'avait jamais fait d'histoires à Poudlard. Sauf que là, Théo n'était pas son élève mais son patient. Son devoir était de le protéger. Et même s'il l'énervait au plus haut point en ce moment-même, il ne sortirait pas de cette chambre sans avoir fait accepter à cette tête d'hippogriffe cet objet qui était fait pour l'aider !

- Vous ne gagnerez pas à ce petit jeu avec moi, Théo, déclara fermement Severus. Je suis obligé de vous relier à cet objet par plusieurs sorts afin qu'il puisse réagir en fonction de vos émotions. Alors vous me laissez faire et vous ne discutez pas.

Severus sortit sa baguette et prononça plusieurs sorts qui relièrent Théo à l'objet. Celui-ci le laissa faire comme il le lui avait demandé mais, une fois le dernier sort lancé, Théo prit à son tour sa baguette et désactiva tous les sorts d'un informulé. Severus en resta bouche bée. Il était autant estomaqué par l'audace de cet adolescent que par le fait qu'à presque quinze ans, il sache déjà lancer des informulés. Il ne savait pas s'il devait en rire ou en pleurer. Il para au plus simple et ne fit ni l'un ni l'autre.

- Nous reparlerons à la rentrée de ce que vous venez de faire. Je veux dire par-là, de ce sort que vous avez lancé en informulé. Vous avez de la chance de vous trouver au Chaudron Baveur où il y a plusieurs dizaines de sorciers adultes. Votre acte de magie aurait pu arriver aux oreilles du Service Abusif de la Magie qui aurait pu demander votre renvoi de Poudlard.

- C'est justement parce que je me trouve au Chaudron Baveur et que vous êtes avec moi que je me suis permis de lancer ce sort. Je savais que je ne risquais rien. Vous me connaissez, professeur. Je ne fais jamais rien de façon irréfléchie.

- Eh bien justement non, je crois que je ne vous connais pas, répliqua Severus. Du moins, pas autant que je le pensais. Mais là n'est pas la question. Je ne partirai pas d'ici tant que je ne vous aurais pas fait accepter la présence de cet objet auprès de vous. Je fais ça pour votre bien, Théo ! Je vois bien que vous n'allez pas bien et en tant que médicomage, je ne peux pas vous laisser comme ça sans rien faire. Faites-moi donc confiance et laissez-moi vous aider ! Je ne serai de toute façon pas tranquille si vous n'avez pas cet objet avec vous. Alors l'argument de ne pas vouloir me déranger ne tient pas. C'est juste l'histoire d'une semaine, Théo. Si vous ne le faites pas vous, alors faites-le pour Draco. Il s'inquiète pour vous. Il serait beaucoup plus tranquille lui aussi s'il savait que je pouvais venir à votre secours à la moindre urgence. Vos amis ont beaucoup fait pour vous cet été. Ne les décevez pas en n'en faisant qu'à votre tête. Pensez à eux. Ils tiennent à vous et ne veulent que votre bien.

Les derniers arguments de Severus firent tomber les barrières de Théo. Il eut soudain l'air coupable.

- Je ne veux pas les inquiéter...

- Alors acceptez mon aide.

Théo soupira et céda :

- D'accord. Mais jusqu'à la rentrée seulement.

- C'est promis. Puis-je vous faire confiance pour que vous ne désactiviez pas les sorts une fois que je serai parti ?

- Je ne le ferai pas, dit Théo en rougissant. Je suis désolé, je n'aurais pas dû faire ça.

- Oublions ça pour le moment.

Severus reprit sa baguette et lança de nouveau les sorts pour relier Théo à l'émetteur. Puis il la rangea.

- L'émetteur est déjà relié à mon récepteur auquel je suis moi-même déjà relié. Ceci étant réglé, je vais maintenant m'occuper de votre épaule.

- Vous n'allez pas me remettre l'écharpe ?!

- Non, je ne pense pas que cela sera nécessaire. Je vais juste la remettre en place à l'aide d'un sort et vous donner des potions pour la stabiliser.

Théo parut soulagé.

- Vous pensez qu'elle restera à jamais fragile ?

- Non, avec un bon traitement et si vous y faites attention, elle peut redevenir tout à fait normale.

- J'imagine que je ne peux pas faire de Quidditch, alors ? supposa Théo.

Le ton sur lequel il avait posé cette question était tellement rempli d'espoirs que Severus, en bon Serpentard qu'il était, riait d'avance à l'idée de le décevoir et de réduire ses espoirs à néant.

- Au contraire, cela serait plus que bénéfique pour votre épaule. Associée à un traitement qui consolidera et protégera les os de votre épaule, la pratique d'une activité sportive pourra faire des miracles pour elle. Vous avez besoin de vous muscler. Je vous encourage vivement à vous présenter aux sélections de Quidditch de votre maison. Le meilleur poste pour vous serait celui de poursuiveur. Lancer le souafle sera un bon exercice pour votre épaule. Mais je ne vous oblige à rien. C'est vous qui décidez. C'est juste un conseil que je vous donne.

L'air dépité de Théo fit sourire Severus.

- Et moi qui pensais que vous seriez de mon côté... Draco et Blaise veulent à tout prix me voir participer aux sélections depuis qu'ils savent que j'ai fait le trajet jusque chez Blaise sur un balai.

- Je sais, Draco m'en a un peu parlé. Je suis d'accord avec lui sur le fait que vous devez avoir une certaine maîtrise du vol sur balai pour avoir réussi à faire ce trajet dans les conditions que nous connaissons. Mais si vous n'êtes vraiment pas intéressé, rien ne vous oblige à les faire, ces sélections. Jouer dans l'équipe de Quidditch de sa maison doit rester avant tout un plaisir. Vous comprenez ?

- Oui, oui, bien sûr... Mais je ne sais pas si je suis intéressé, en fait. Enfin je veux dire... j'aime beaucoup le Quidditch, c'est un sport hyper passionnant mais...

Théo se tut, ne sachant visiblement pas comment terminer sa phrase. Severus esquissa un sourire.

- Je vous propose quelque chose. Vous y réfléchissez à tête reposée, vous remettez de l'ordre dans vos pensées et on en reparle à la rentée. Je suis votre directeur de maison, c'est typiquement ce genre de problèmes dont vous pouvez me parler. Je vous convoquerai le lendemain du retour à Poudlard. Étant donné que le premier septembre tombe un vendredi, nous aurons le week-end pour parler de ça avant que les cours ne commencent. Je vous convoquerai sûrement samedi en milieu d'après-midi.

- D'accord, je viendrai.

- Bien. Je vais m'occuper de votre épaule, maintenant.

C'était quand-même pour cela que Severus était venu à la base et il ne l'avait toujours pas fait ! Il avait juste expliqué à Théo ce qu'il allait faire. Il remit donc en place son épaule à l'aide d'un sort et lui donna des potions censées stabiliser ses os.

- Voilà, vous en avez largement assez jusqu'à la rentrée. Je vous en redonnerai lorsque vous viendrez me voir.

- Merci, professeur. Je dois les prendre jusqu'à quand, ces potions ?

- Tout dépend si vous décidez de vous mettre au Quidditch ou pas. La durée du traitement différera selon les deux cas. Ce que vous devez savoir, c'est que vous ne pourrez pas faire de Quidditch sans prendre ces potions. L'un et l'autre sont vraiment indissociables. Quidditch et potions associés, votre épaule se remettra vite, mais si vous faites du Quidditch sans prendre ces potions, vous êtes sûr de vous blesser très, très vite. Il est inutile de vous dire que le Quidditch reste un sport très violent et assez dangereux.

- Je sais, en effet. Ce qui me fait le plus peur, ce sont les cognards. Si je m'en prends un, là ce sera fichu pour mon épaule...

- Non, justement. Les potions la protégeront. C'est l'avantage de votre traitement.

- Mais alors pourquoi tous ceux qui jouent au Quidditch ne prennent pas ces potions ?! Ça éviterait que l'infirmière se plaigne de l'afflux d'élèves après chaque match !

- Parce que ces potions sont uniquement faites pour les os fragiles. Et il ne faut pas les utiliser à tort ou à travers. Ça peut être contre-productif sur des os en très bon état.

- Oh, je vois... Je vais réfléchir à tout ça, alors.

- Nous en reparlerons à Poudlard. Avez-vous des questions à me poser ?

- Non, je ne crois pas.

- Des choses à me dire ?

- Non plus.

- Ça m'aurait étonné.

Théo ouvrit la bouche pour protester mais se ravisa et la referma.

- Dans ce cas, je vais vous laisser. J'ai un autre adolescent à retrouver. Je me plaignais qu'il était têtu comme un hippogriffe mais maintenant que j'ai eu à faire à vous, j'y réfléchirai à deux fois avant de me plaindre de son entêtement !

- Ce n'est pas très gentil, ça.

- C'est juste la vérité. Je vous revois mercredi, en espérant que nous n'ayons pas à nous revoir avant.

Théo acquiesça, Severus lui souhaita une bonne fin de semaine puis il sortit de la chambre de l'adolescent. Il quitta ensuite le Chaudron Baveur et transplana. Il atterrit dans son salon où Draco lisait un livre.

- Ah tu es de retour ! J'ai cru que tu n'allais jamais rentrer. Que tu m'avais abandonné.

- Tout de suite les grands mots... Il est si tard que ça ?

- Presque dix-neuf heures.

- Ah oui, quand-même.

- Tu étais avec une femme ?

Severus leva les yeux au ciel.

- J'ai l'air si malheureux que ça pour que tu veuilles à ce point me caser ?!

- Non mais je ne désespère pas de te voir te mettre en couple un jour. Bon alors c'est Théo qui t'a retenu aussi longtemps ?

- Ne me parle pas de lui ! J'en ai connu des patients bornés qui n'en faisaient qu'à leur tête mais alors lui il a explosé tous les records ! Infernale, cette tête d'hippogriffe ! J'ai mis une demie-heure à le convaincre d'accepter le dispositif que je lui proposais ! Une demie-heure ! Alors qu'il ne m'a jamais causé le moindre problème à Poudlard ! Je sacrifie ma tranquillité pour garantir la sienne et lui, tout ce qu'il trouve à faire, c'est refuser et me tenir tête ! Je me demande vraiment comment un élève aussi sage et studieux peut se révéler être un patient aussi difficile ! Mais j'ai eu le dernier mot et encore heureux. Je ne me suis jamais laissé faire durant les cinq ans où j'ai exercé à Sainte-Mangouste, ce n'est pas face à un gamin de quinze ans que ça allait arriver !

Severus avait laissé exprimer son irritation tout en allant et venant dans le salon pour déposer ses affaires. Lorsqu'il s'arrêta et regarda Draco, il vit que celui-ci l'observait avec un air amusé qui l'irrita encore plus.

- Qu'est-ce que tu as à me regarder comme ça ?

- Rien, je me disais juste que ça faisait longtemps que je ne t'avais pas vu exprimer autant tes émotions. D'habitude tu gardes tout pour toi. Tu gardes toujours le contrôle sur toi-même. Je ne sais pas comment il a fait mais Théo a réussi à te faire sortir de tes gonds. Et c'était sûrement involontaire de sa part. Pour une fois que je ne l'envie pas pour quelque chose qu'il sait faire... Tu as beau râler, ça t'a fait du bien de te prendre la tête avec lui. Pour le coup, c'est vraiment le Severus médicomage qui s'est emparé de toi. En fait tu t'es peut-être trompé de choix. Quand il a fallu que tu choisisses entre ton métier de médicomage et celui de professeur, c'est à Sainte-Mangouste que tu aurais dû rester, et non pas à Poudlard.

Draco reprit sa lecture sans se douter, sur le moment, de l'impact que ses mots avaient eu sur Severus. Celui-ci resta de longues secondes sans réagir, comme en état de choc. Draco dut s'inquiéter de son silence car il finit par le sortir de sa léthargie :

- Ça va Severus ? Tu es tout pâle...

Severus revint à lui et offrit un sourire qu'il voulut rassurant à Draco.

- Oui, oui, je réfléchissais, c'est tout.

- C'est à cause de ce que je viens de dire ?

- Non, c'est juste que j'ai eu une journée épuisante. La pré-rentrée a été quelque peu mouvementée pour moi.

- Tu t'es pris la tête avec Black ?

- Oh, il n'y a pas besoin de pré-rentrée pour ça, plaisanta Severus. C'est surtout le fait qu'il était accompagné d'une certaine personne qui m'a mis en rogne.

- Qui ça ?

- Son ami lycanthrope.

Draco écarquilla les yeux.

- Tu veux parler de Lupin ?!

- C'est ça.

- Mais qu'est-ce qu'il foutait là ? Il voulait s'assurer que tu n'allais pas tuer Black et vice-versa ?

- C'est tout au long de l'année qu'il se fera un malin plaisir d'y veiller, ironisa Severus. Il s'est de nouveau fait embaucher comme professeur.

- Quoi ?! Mais... c'est un loup-garou !

- Le fait qu'il ne se soit rien passé il y a deux ans a suffi à convaincre Dumbledore qu'il pouvait réitérer l'expérience.

- Donc c'est lui le nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal ?

- Je ne peux pas répondre à cette question. Il y a des choses que tu apprendras comme les autres à la rentrée. Je te demande d'ailleurs la plus grande discrétion à propos de ce que je viens de te dire. Je ne voudrais pas me faire virer par Dumbledore s'il apprend que tu as partagé l'information que je t'ai divulguée.

- Parce que tu tiens quand-même toujours à ton poste de professeur ? lâcha Draco.

Cette question sonna comme une accusation aux oreilles de Severus. Draco dut s'en rendre compte car il ne tarda pas à s'excuser :

- Désolé, je n'aurais pas dû te dire ça... Oublie ce que je viens de dire.

Conscient qu'il y avait un malaise à ce sujet, Severus estima nécessaire de prendre le centaure par son arc :

- Non, je crois au contraire qu'on doit en parler.

- Ce n'est pas la peine, Severus. En plus j'ai des choses à faire.

Draco se leva mais Severus le retint en lui attrapant le poignet.

- Tu restes là. Je vais bientôt préparer le dîner, de toute façon.

- Je n'ai pas faim. Je préfère me mettre aux derniers devoirs que j'ai à faire.

Draco se dégagea de la prise de Severus et quitta le salon. Severus pesta contre son filleul. Il avait trouvé la bonne excuse contre laquelle Severus ne pouvait rien. Même si Draco ne voulait pas en parler, Severus savait ce qu'il pensait. Draco craignait que Severus finisse par abandonner son poste de professeur à Poudlard pour retourner à ses anciennes amours, à savoir son métier de médicomage. Et Severus s'en voulait pour ça. Sans le vouloir, il avait montré à Draco à quel point son métier de médicomage lui manquait. Pourtant il ne démissionnerait jamais de son poste de professeur tant que Draco serait encore à Poudlard. C'était uniquement ça qu'il voulait dire à Draco. Il savait que cela suffirait à le rassurer. Mais ce n'était peut-être pas le bon moment pour avoir cette discussion. Mieux valait laisser Draco revenir de lui-même au lieu d'aller le chercher. Severus décida donc d'attendre le lendemain pour lui parler. Lors du dîner, tous deux feraient comme si de rien n'était et ce serait très bien ainsi. Tout ce que voulait Severus en ce moment-même, c'était oublier cette journée qui avait été décidément – trop – riche en émotions.

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Voilà, on va laisser Severus se reposer et on se dit à mardi prochain pour le chapitre 12 qui s'intitulera «Congés forcés, discussion importante et dîner» ! À bientôt !