Bonjour à toutes et à tous ! Me revoici pour le chapitre 12 de S'aimer malgré les préjugés.
Tout d'abord, réponses aux reviews :
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Gryffondor : Sirius ne sera jamais au bout de ses peines avec Harry XD Les potions de sommeil sans rêves peuvent en effet devenir très vite une addiction :/ En ce qui concerne Severus, il a ici un côté bien plus humain !
Zackos : La potion de sommeil sans rêves n'est pas une potion droguée en soi mais elle peut agir comme telle niveau addiction, oui :/ Tes pronostics pour les binômes sont très intéressants ! XD Il y a plein de possibilités, en vrai ! ^^ Pour Sirius et Remus, c'est sûr qu'ils savent bien contourner le règlement quand ça les arrange XD J'espère que la suite te plaira !
Butterfly : Le concept de binômes de travail va avoir un rôle essentiel dans ce premier tome ^^ Non alors ça c'est sûr qu'il n'y aura pas d'année tranquille pour qui que ce soit XD De nombreux obstacles vont en effet se poser entre Sirius et Remus, ils ne sont pas au bout de leurs peines ! Pour le titre du chapitre d'aujourd'hui, c'est vrai que c'était difficile de deviner ce qui allait y avoir dedans, réponse ici, donc !
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Merci à vous trois pour vos reviews, elles sont top !
Avant de vous laisser lire le nouveau chapitre, je tiens à refaire une petite promo pour les fics de deux personnes qui ont été très importantes dans l'écriture de cette histoire, et qui le sont encore. Je vous recommande vivement d'aller lire De Retour A Poudlard ainsi que Champions, Oui, Mais Pas Adversaires d'AliceCullen0027. Je vous recommande également Pour l'Amour d'un Filleul et Le Refuge de luxcie. AliceCullen0027 est toujours là pour me soutenir et m'a inspirée entre autres une intrigue familiale qui aura lieu dans le deuxième tome. luxcie me soutient également beaucoup et elle est à l'origine d'un couple du premier tome qui durera plus longtemps que ce que j'avais prévu. Tout ça pour dire qu'elles sont géniales et que leurs fics le sont tout autant !
Je vous laisse donc avec ce nouveau chapitre, l'avant-dernier de la première partie. Bonne lecture !
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12 – Congés forcés, discussion importante et dîner
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(samedi 26/08) POV Tonks
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Tonks trouvait son oreiller anormalement dur. Sa position aussi n'était pas normale. Elle ouvrit les yeux et découvrit le bois brut de son bureau. Elle sentit la honte l'envahir en comprenant qu'elle s'était endormie sur son lieu de travail. Il était vraiment temps qu'elle prenne des congés. Cela tombait bien car le lendemain, elle effectuerait son dernier jour de travail avant de prendre une semaine de congés. Elle ne savait pas encore ce qu'elle allait faire car ce n'était pas elle qui avait demandé à prendre des vacances. C'étaient son supérieur et le Chef des Aurors qui l'y avaient obligée. Elle n'avait pas eu son mot à dire. Elle avait bien tenté de leur faire croire qu'elle n'était pas si fatiguée que ça mais ils n'avaient rien voulu entendre. Car en réalité, elle n'avait pas envie de se retrouver en congés. Elle s'ennuyait quand elle ne travaillait pas. Mais là elle devait avouer qu'elle n'en pouvait plus. Elle ne dormait que cinq heures par nuit et ce n'était clairement pas suffisant. Même lorsqu'elle rentrait chez elle, le travail n'était jamais très loin. Elle avait toujours des rapports à faire, des dossiers à lire, des interrogatoires à préparer... Elle n'aurait jamais pensé avoir autant de travail alors que cela ne faisait qu'un an qu'elle était Auror. Mais elle était un «bon élément» alors on lui confiait de plus en plus de travail... Sauf qu'elle restait un être humain et qu'à un moment donné, elle avait besoin de se reposer. Et c'était bien ce qu'elle avait l'intention de faire. Mais ne voulant pas reconnaître qu'elle était épuisée, elle s'entêtait à dire à Bart qu'elle n'avait pas besoin de cette semaine de congés, tout en sachant que cela ne servirait à rien puisqu'elle serait obligée de la prendre, peu importe ce qu'elle en pensait.
Elle comptait d'ailleurs en profiter pour répondre enfin à l'invitation de son cousin Sirius de venir manger au Square «un jour où elle serait libre». Cela lui ferait du bien de voir d'autres personnes que ses collègues. Car, depuis un an, en-dehors de sa mère et de son ex petit-ami, les seules personnes qu'elle voyait, c'étaient ses collègues de travail. Elle les adorait pour la plupart mais bon, voir tous les jours les mêmes têtes, cela finissait par devenir lassant. Là, pour la première fois depuis quatorze ans, elle allait manger avec son cousin. Même si elle n'avait que huit ans lorsqu'il avait été envoyé à Azkaban, elle se souvenait très bien des moments qu'elle avait passés avec lui. Elle l'avait toujours adoré. En plus, il ne serait pas seul, il y aurait son ami et son filleul. Lorsqu'elle avait appris la présence de Harry au Square, elle s'était demandée si ce repas était une bonne idée. Elle avait peur de commettre un impair en parlant de son travail. Harry n'avait peut-être pas envie d'entendre parler des Mangemorts qu'il avait vus le jour de la renaissance de Voldemort... Elle avait fait part de ses inquiétudes à Sirius qui l'avait rassurée en lui disant que cela ne dérangerait pas Harry à condition que la discussion ne traîne pas trop en longueur. Il avait ajouté que cela ferait du bien à l'adolescent de faire sa connaissance. Cela avait achevé de la convaincre.
Elle bâilla et se remit au travail. Elle devait faire un compte rendu d'une opération à laquelle elle n'avait pas assisté mais dont elle avait tous les éléments nécessaires pour faire un rapport. C'était déjà ennuyant de rédiger un rapport sur une intervention à laquelle elle n'avait pas participé, mais ça l'était encore plus quand on savait que cette intervention n'avait rien donné... Elle regroupa toutes les informations transmises par ses collègues, puis elle les tria et commença à organiser son rapport. Elle tentait de retranscrire au mieux un duel qui s'était engagé entre un de ses collègues et un malfrat lorsque quelqu'un entra dans le bureau sans prévenir. Du moins, c'était ce qu'elle croyait. Elle se tourna vers l'intrus qui n'était autre que son supérieur.
- Tu pourrais frapper avant d'entrer ! l'admonesta-t-elle.
- Mais c'est ce que j'ai fait, dit Bart d'un ton amusé. Seulement, je n'ai pas eu de réponse, alors je me suis quand-même permis d'entrer. Surtout que ce n'est pas que ton bureau. C'est le mien, aussi. Mais patience, tu auras bientôt ton propre bureau. Ton rapport est si passionnant que ça pour que tu ne m'aies pas entendu frapper à la porte ?
- Pas vraiment, mais j'étais quand-même plongée dedans. Enfin, je dois reconnaître que l'affaire est plus intéressante que je ne le pensais. Mais trêve de bavardages. Pourquoi voulais-tu me voir ?
- C'est assez délicat. Je me dis que tu vas bien le prendre mais j'ai quand-même peur de ta réaction.
- Tu veux que je te donne ma baguette pour être sûr que je ne t'attaquerai pas ?
- Non, c'est bon, je sais que tu n'oseras pas t'en prendre à ton supérieur direct.
- Bon alors crache le morceau.
- Il y a de nombreuses interventions prévues la semaine prochaine et pas assez d'effectifs pour pouvoir toutes les gérer. Nous avons besoin de toute l'équipe. Y compris de toi.
- Mais... et ma semaine de congés ? demanda Tonks d'une voix qu'elle voulut neutre.
- Eh bien, il va falloir que tu la repousses. C'est très important, Tonks. Nous sommes tellement en sous-nombre qu'il va falloir commencer les interventions plus tôt et travailler plus longtemps. Tu ne vas pas devoir espérer rentrer chez toi avant vingt-et-une heures. Et il va falloir enchaîner les rapports sinon on va prendre un retard monstre. Ça va être au moins trois semaines comme ça. Si ce n'est plus.
Tonks ne se sentait pas très bien, tout à coup. Elle était angoissée et oppressée. Elle savait qu'en tant que jeune recrue, elle ne pouvait pas refuser de venir travailler si on le lui demandait, mais là c'était beaucoup trop. Ça n'allait pas être possible. Elle était déjà complètement épuisée, elle n'allait jamais pouvoir tenir trois semaines de travail intense ! Elle allait tomber de fatigue ! Et puis elle trouvait son collègue un peu gonflé. Il l'avait harcelée et forcée à prendre cette semaine de congés et maintenant il venait la lui enlever ! Cela ne se faisait pas ! Elle décida de jouer cartes sur table :
- Désolée mais ce sera sans moi. Je suis au bout du rouleau, j'ai besoin de me reposer. Ce ne sont pas les rapports que je vais enchaîner mais les erreurs si je dois travailler ne serait-ce que trois jours de plus.
À la grande surprise de Tonks, Bart arbora un sourire victorieux.
- Je l'avais dit à King que ça marcherait. Il n'a pas voulu me croire.
Tonks regarda son collègue avec un profond désarroi. Elle ne comprenait absolument rien.
- Mais de quoi tu parles ?!
- King et moi voulions te faire avouer ton état de fatigue avancé. Bon, c'était plus moi que King qui le voulait, je l'avoue. Mais il était quand-même de la partie. J'ai fait le pari avec lui que j'arriverais à te faire craquer en te faisant croire que tu devais renoncer à ta semaine de congé mais il était sûr et certain que ça ne marcherait pas. J'étais persuadé du contraire. Et encore une fois, c'est moi qui avait raison.
Tonks n'en revenait pas. Comment avait-il osé la mener en bateau ainsi ?!
- Si je comprends bien, tu m'as tendu un piège ? Et moi je n'ai rien vu et je suis tombé dedans à pieds joints ?
- Tu peux mettre ça sur le compte de la fatigue, dit Bart avec un sourire indulgent.
- Non mais ça craint ! s'exclama Tonks. Je suis Auror, j'aurais dû voir que tu me mentais !
- Ça prouve juste que tu as besoin de repos, Tonks. Et je te rassure : tu l'as bel et bien, ta semaine de congés. Tu l'as bien méritée.
Tonks s'apprêtait à répondre mais elle en fut empêchée par quelqu'un qui frappa à la porte avant d'entrer. C'était Kingsley Shacklebolt, un Auror expérimenté que Tonks appréciait beaucoup. Enfin, ça, c'était avant qu'il ne participe à cette mascarade puérile avec Bart !
- Tu tombes bien, toi, lança Tonks en guise d'accueil. J'aurai deux mots à te dire à la fin du service.
- Ouh là, ça ne me dit rien qui vaille.
- Bon, je vais vous laisser, déclara soudain Bart. Tu me devras un service auprès d'Amelia, King.
Bart partit sans attendre de réponse. Kingsley se tourna vers Tonks, un sourire moqueur sur les lèvres.
- Un seul commentaire et je t'expulse littéralement de cette pièce, menaça Tonks.
- Je ne m'y risquerai pas. Je passe juste en coup de vent, de toute manière. Comme j'étais en pause, le Chef m'a demandé de te transmettre cette lettre.
Kingsley tendit une missive à Tonks. Elle la prit et la déplia. Elle se sentit blêmir en lisant le contenu de la lettre.
- C'est la convocation pour l'audience disciplinaire ?
Tonks acquiesça.
- Il faut que j'y assiste. Je suis la «victime» donc ils veulent ma version des faits. Mais je n'ai pas envie d'y aller. Je veux laisser ça derrière moi et ne plus jamais y repenser. Surtout qu'il ne s'est rien passé de grave. L'opération a même été un succès.
- Mais ce n'est pas une raison ! protesta Kingsley. Il n'avait pas à t'envoyer sur une mission pareille. Et puis tu dis qu'il ne s'est rien passé de grave mais le guetteur a quand-même essayé de t'étrangler ! Si tu ne t'étais pas défendue il serait allé jusqu'au bout de son geste ! Ce type était un fou dangereux, Tonks. Tu n'aurais jamais dû être envoyée sur une mission de ce genre. Brenston t'a envoyée sur cette intervention pour prouver que tu n'étais pas aussi douée que tout le monde le pensait. Il savait que c'était risqué. Et c'est pour ça qu'il a fait en sorte que tu sois sur cette mission. Il a dupé tout le monde pour que tu fasses partie de l'équipe. Il a fait croire à un des gars qui devait y participer qu'il y avait un changement de plan pour que tu le remplaces au pied levé. Et il t'a fait croire à toi qu'il n'y avait que toi de dispo alors qu'il y avait au moins deux autres Aurors qui étaient libres ! Il a voulu te mettre en danger, Tonks. Tu ne peux pas laisser passer ça. Alors, oui, ok, tu t'en es bien tirée et tu as permis à la mission d'être un succès, mais ça aurait pu mal tourner.
Tonks soupira. King avait raison, elle le savait.
- Je sais tout ça, mais... je n'ai plus envie d'en entendre parler. Je veux juste oublier. Mais je suis consciente que c'est important et j'irai à cette audience.
- Quand aura-t-elle lieu ? demanda Kingsley.
- Le dix mars à quatorze heures. D'ici là j'ai le temps de changer mille fois d'avis, ironisa Tonks. Non mais sept mois à attendre ! Je savais que la justice magique était lente mais à ce point...
- Je suis désolé de te le dire mais cette affaire est secondaire pour le Magenmagot. Ils préfèrent traiter d'abord les procès des Mangemorts. C'est ça le plus urgent, à l'heure actuelle.
- Je sais. Mais c'est frustrant. Je n'ai aucune envie d'y aller alors j'aimerais que ça se passe au plus vite pour pouvoir tourner la page une bonne fois pour toutes.
- Je comprends. Cette histoire n'est pas tombée au meilleur moment. S'il n'y avait pas eu la renaissance et la chute de Tu-Sais-Qui, il n'y aurait pas eu toutes ces arrestations de Mangemorts, il n'y aurait pas eu leurs procès et l'audience disciplinaire de Brenston aurait eu lieu bien plus tôt.
Tonks sourit.
- Vu comme ça, j'ai tort de me plaindre. Le plus important dans tout ça c'est qu'on soit enfin débarrassés pour de bon de Tu-Sais-Qui. L'audience disciplinaire de Brenston peut bien attendre. Il faut d'abord juger tous ces Mangemorts.
- Entièrement d'accord. Bon, je vais te laisser. Comme je te le disais, je passais en coup de vent. Ma pause ne va pas durer éternellement. À plus tard ou à demain si on ne se revoit pas d'ici là.
Kingsley s'en alla, laissant Tonks seule avec son rapport. Démotivée par la visite impromptue de ses deux collègues, elle décida d'aller se prendre un café. Le concept des machines à café au Ministère était quelque chose d'assez récent. Cela ressemblait en tout point aux machines moldues, sauf que tout fonctionnait par magie. Et on payait en noises. Elle ne croisa personne sur le chemin, ce qui était plutôt une bonne chose. Car vu son taux de motivation pour retourner travailler, si elle commençait à discuter avec des collègues, elle en avait pour des heures et des heures. Et lorsqu'elle reviendrait à son bureau, il serait déjà l'heure de partir. Une fois arrivée à la machine, elle choisit son café, paya et actionna le bouton avec sa baguette pour que le gobelet se remplisse. Elle regarda le liquide couler mais sans vraiment le voir, perdue dans ses pensées. Lorsqu'elle revint à elle, le gobelet était rempli à ras bord et menaçait de déborder. Elle le retira précipitamment, mais la brusquerie de son geste fit renverser un peu de café par terre. Elle fit disparaître la flaque d'un coup de baguette et remonta à son bureau en pestant contre elle-même. Les yeux rivés sur son gobelet tout en marchant d'un pas rapide, elle ne vit pas un homme arriver devant elle. Elle marchait si vite que l'homme en question n'eut pas le temps d'empêcher la collision. Ce qui devait arriver arriva : ils se heurtèrent de plein fouet. Tonks faillit perdre l'équilibre mais resta miraculeusement debout. Le gobelet, lui, n'eut pas cette chance. Il s'échappa des mains de Tonks après l'avoir partiellement éclaboussée. La jeune Auror s'apprêtait à alpaguer la personne qui, selon elle, l'avait bousculée mais elle se ravisa lorsqu'elle leva les yeux et reconnut l'homme qui se tenait face à elle. Il s'agissait de son ancien professeur de potions qu'elle avait déjà revu quelques semaines plus tôt et qui la regardait avec un air quelque peu courroucé. Tonks s'aperçut qu'il avait lui aussi reçu des éclaboussures de café. C'était peut-être pour ça qu'il était irrité. Ou alors était-ce à cause de la collision en elle-même. Ou bien les deux à la fois. Quoi qu'il en soit, il n'était pas content.
- Nul besoin de vous reconnaître grâce à vos cheveux. Il n'y a que vous pour être aussi maladroite.
- Bonjour à vous aussi, M. Snape, répondit Tonks sur le ton de la discussion. Excusez-moi, je ne vous avais pas vu arriver. Voulez-vous que j'arrange cela ?
- Je sais encore le faire, répondit froidement le Maître des Potions. Mais vous pouvez m'être utile à quelque chose. Je dois voir quelqu'un pour la vérification annuelle des chaudrons dont disposent les cachots de Poudlard.
Tonks essaya de ne pas avoir l'air trop idiot devant Snape, mais pour elle, c'était comme s'il lui parlait chinois. Elle était vaguement au courant de cette procédure annuelle mais elle n'y connaissait rien du tout, étant donné que ce n'était pas son domaine.
- Ce n'est pas de mon ressort, indiqua-t-elle. Il faut plutôt vous adresser au département des accidents et des catastrophes magiques. Mais je ne suis pas sûre que vous trouviez grand-monde en vous rendant là-bas. Les employés de ce service sont souvent dehors.
- C'est ce qu'on dit aussi des Aurors et pourtant vous êtes là, dit Snape d'une voix doucereuse.
Tonks se sentit humiliée mais elle ne baissa pas les yeux face à son ancien professeur.
- Il faut bien quelqu'un pour rédiger les rapports, répliqua-t-elle sèchement. Les plus aguerris sont envoyés sur le terrain tandis que les jeunes recrues sont cantonnées à la paperasse, c'est bien connu. Maintenant je vous prie de m'excuser mais j'ai du travail qui m'attend.
- Oh, ce ne doit pas être si urgent que cela si vous avez pris le temps d'aller vous chercher un café. Et moi qui pensait que les Aurors avaient bien plus de travail que cela...
Tonks sentit la Pimentine lui monter aux oreilles. Elle voulut répondre vertement à Snape mais elle vit soudain des points noirs devant ses yeux alors que le monde se mettait à tanguer autour d'elle. Elle tendit la main pour se raccrocher à quelque chose afin de ne pas tomber mais tout ce qu'elle trouva fut quelque chose qui ressemblait à un bras. Elle ne savait pas à qui il appartenait mais elle s'y tint jusqu'à ce que son vertige soit passé.
- Vous allez bien ?
Elle rouvrit les yeux qu'elle ne se souvenait pas d'avoir fermés. Snape se tenait toujours devant elle mais l'air froid et hautain qui le caractérisait tant avait laissé place à un visage inquiet. Non, elle devait rêver. Snape ne pouvait pas être inquiet. Ce n'était pas dans ses gènes. Mais il avait pourtant l'air vraiment soucieux. Elle remarqua que c'était d'ailleurs à lui qu'appartenait le bras auquel elle s'était accrochée. En même temps, elle aurait dû s'en douter : il n'y avait personne à part eux dans ce couloir.
- Oui, ça va, murmura-t-elle. Juste un léger vertige.
C'était un pur euphémisme. C'était comme si elle était vidée de toutes ses forces. Elle aurait dû garder le contrôle. Se mettre en colère quand on était fatigué, ce n'était clairement pas une bonne idée. Mais ne souhaitant pas s'étaler sur ce qui venait de se passer, elle changea de sujet. Ou, plutôt, elle revint sur l'objet de la visite de Snape :
- Pour votre histoire de chaudrons, je peux quand-même faire quelque chose pour vous. Je ne peux pas prendre de rendez-vous à la place de mes collègues du service concerné mais je peux prendre vos dispositions et les leur transmettre. Est-ce que cela vous convient ?
- Ce sera toujours mieux que rien.
- Bien, suivez-moi alors.
Tonks ne savait pas ce qui la poussait à vouloir rendre service à Snape alors qu'elle avait du travail par-dessus la tête contrairement à ce qu'il prétendait, mais vu qu'elle pouvait au moins faire ça, autant faire une bonne action... Une fois arrivés au bureau des Aurors, elle invita Snape à s'asseoir et prit un morceau de parchemin, sa plume et son encrier.
- Je vous écoute. Quelles sont vos disponibilités ?
- Le soir à partir de dix-sept heures jusqu'à dix-neuf heures. Sinon, le week-end mais il se peut que je sois parfois occupé. Par exemple, le samedi deux septembre, je ne vais pas être très disponible.
- Bien, je pense que mes collègues vont préférer un samedi mais je leur dirai de voir avec vous lequel vous conviendrait le mieux. Est-ce que vous...
Tonks n'eut pas le temps de terminer sa phrase car quelqu'un entra dans le bureau sans frapper. C'était un de ses collègues Aurors, Carl Williamson. Il ne fit même pas attention à Snape et déposa un tas épais de parchemins sur le bureau.
- C'est le dossier sur l'affaire des baguettes non homologuées. Je sais que tu pars en repos dans deux jours mais tu travailleras pendant tes congés.
Tonks voulut répliquer mais elle se retint.
- Quand dois-je le rendre ?
- Dans dix jours, quand tu rentreras de tes congés. Tu vas avoir de quoi t'occuper, y en a d'autres qui t'attendent.
Williamson offrit un sourire narquois à Tonks avant de s'en aller, toujours sans porter la moindre attention à Snape. Celui-ci se tourna vers Tonks.
- Et vous vous laissez faire ?!
- Ça vous regarde ?! asséna aussitôt Tonks. Quand on va se chercher un café au lieu de travailler, on n'a pas à se la ramener devant un de ses supérieurs !
Tonks vit avec plaisir Snape accuser le coup. Mais il se reprit rapidement et lui répondit :
- Si on vous donne autant de travail pendant vos congés que pendant vos journées de travail, je comprends mieux pourquoi vous aviez besoin d'un café, lâcha-t-il. Mais vous n'avez pas à vous faire exploiter comme ça. Personne n'a le droit de vous forcer à travailler pendant vos congés. Ce n'est pas pour rien si ça s'appelle des congés. Si on vous donne du travail à faire depuis chez vous, ce n'est ni plus ni moins ce qu'appellent les moldus du «télétravail» ! Ça ne sert à rien de prendre des congés si vous les passez à travailler. D'autant plus que vous avez visiblement vraiment besoin de repos. Ne le niez pas, j'ai bien vu que vous aviez failli faire un malaise dans le couloir.
Tonks eut du mal à soutenir le regard de Snape. Celui-ci enchaîna :
- Lorsque j'étais médicomage, j'en ai vu des personnes qui avaient besoin d'un arrêt de travail parce qu'elles faisaient un burn-out. Ce n'était pas ma spécialité mais je m'occupais d'elles quand-même, étant donné que Sainte-Mangouste ne disposait pas d'assez de personnel. Ces personnes étaient comme vous. Elles se faisaient exploiter mais n'osaient rien dire. Sauf qu'à un moment, le corps ne tient plus. C'est ça que vous voulez ?
- Bien sûr que non. Vous me prenez pour qui ?!
- Alors refusez tout travail que veulent vous donner vos collègues pendant vos congés. Combien de semaines vous ont été accordées ?
- Une seule.
Snape fronça les sourcils.
- Au vu de votre état de forme, cela ne me semble pas assez pour que vous puissiez vous reposer suffisamment. À quand remontent vos derniers congés ?
- Je... je n'en ai jamais pris.
Cette fois, Tonks baissa les yeux devant l'air surpris de Snape.
- Ce n'est pas étonnant que vous soyez autant fatiguée, dans ce cas. Vous savez qu'à un moment, vous êtes obligée de prendre des congés ?
- Nous sommes en sous-nombre, nous travaillons plus que nous le devrions, alors les congés ne sont pas vraiment à l'ordre du jour.
- Je suis pourtant persuadé que durant l'année écoulée, vos collègues en ont déjà pris. Tonks, toute personne a droit à des congés, qu'elle ait trois ou vingt ans de carrière. Et vous avez également le droit d'en faire ce que vous voulez. Il me semble que, parmi vos supérieurs, il y en a un qui vous supervise ?
- Oui, il s'agit de Bart Cooper.
- Comment cela se fait-il qu'il laisse vos collègues vous donner du travail pendant votre semaine de repos ?
- Il ne le sait pas, avoua Tonks. Je ne veux pas mettre une sale ambiance au sein de l'équipe alors...
- Ce n'est pas une raison. Il est là, entre autres, pour vous défendre lorsque la situation l'exige. Il faut que vous lui en parliez. Je sais que ce n'est pas à lui de décider de votre temps de congés, mais il n'a pas essayé d'insister auprès du Chef pour que vous ayez plus de semaines de repos ?
- C'est moi qui n'en voulait pas, en fait. Il a dû batailler pour que j'accepte cette semaine de repos. Je pense que si je demandais à en avoir plus, le Chef accepterait sans hésiter. Il s'y est mis avec Bart pour me forcer à prendre ces vacances.
- Je serais vous, je prendrai ces congés dès demain. Vous n'allez pas tenir une journée de plus.
- Mais j'ai plein de travail prévu pour demain...
- Eh bien vous laissez d'autres collègues s'en occuper. Je suis sûr qu'il y en a qui profitent de vous pour se délester de leur travail en vous le refourguant.
- Oh, sûrement...
- Ce n'est pas normal. De toute façon je ne vous laisse pas le choix. Je vous mets en arrêt pour demain et j'appuie votre demande d'obtention de trois semaines de congés. Et ne discutez pas, ajouta Snape lorsque Tonks ouvrit la bouche pour protester.
Il prit un parchemin et commença à écrire dessus. Puis il en prit un autre et rédigea quelque chose d'un peu plus long sous les yeux d'une Tonks médusée.
- Mais vous n'avez pas le droit ! finit-elle par répliquer. Vous n'exercez plus !
- J'ai toujours mon diplôme, objecta Snape tout en continuant à écrire. Il reste effectif même si je n'exerce pas. C'est pareil pour tout autre métier. Tenez, voilà votre arrêt de travail ainsi que mon appui pour vos congés.
Tonks prit les parchemins contre son gré. Au fond, elle savait que Snape avait raison. elle avait vraiment besoin de se reposer. Il ne faisait pas ça pour l'embêter, elle le voyait bien. Aussi étrange cela puisse-t-il paraître, il faisait ça pour l'aider. Et elle lui en était reconnaissante.
- Que puis-je faire pour vous remercier ?
- Rien du tout. Reposez-vous, c'est tout ce que je vous demande.
- Ça devrait être dans mes cordes, dit Tonks en grimaçant. J'ai juste une question : est-ce que je peux quand-même sortir de chez moi ? Car je comptais profiter de mes congés pour aller dîner chez mon cousin. Si je recule encore une fois il va vraiment finir par croire que je ne veux pas le voir. Il serait bien capable de venir me chercher chez moi pour m'emmener passer la soirée avec lui au Square. Ce serait tellement du Sirius tout craché...
- Si vous le voyez, vous pourriez peut-être me rendre un service afin de me remercier, tout compte fait. Ce serait bien que vous réussissiez à le convaincre d'abandonner l'idée d'enseigner à Poudlard à partir de la rentrée.
Tonks écarquilla les yeux.
- Qu... quoi ?!
- Vous n'étiez pas au courant ? s'étonna Snape en haussant un sourcil.
- Non, et il va m'entendre !
- Ne vous énervez pas trop ou vous allez refaire un malaise. Il faut vraiment que vous vous reposiez.
Tonks soupira.
- Il va falloir que j'apprenne à faire ça. Car, comme je vous l'ai dit, je n'ai jamais pris de vacances. J'ai fait mes trois ans de formation et j'ai enchaîné aussitôt en commençant ma carrière d'Auror. À part un ou deux dimanches par mois, j'ai travaillé absolument tous les jours. Même pendant les fêtes de fin d'année. Donc je ne sais pas trop ce que ça veut dire, «se reposer», en fait.
Snape esquissa un sourire.
- C'est compliqué au début quand on n'a pas l'habitude mais, croyez-moi, on s'y fait vite. Vous allez apprécier vos congés. Bon, je vais vous laisser, j'ai un ado à retrouver. Ce n'était pas prévu que je m'absente aussi longtemps. Mais c'était pour la bonne cause. Passez une bonne fin de journée.
Snape partit sur ces mots sans attendre de réponse. Tonks resta pensive pendant de longues minutes. Elle était troublée par ce moment passé avec Snape. Elle n'aurait jamais pensé qu'elle le trouverait presque sympathique un jour... Elle connaissait désormais le professeur Snape, le médicomage Snape, mais elle se demandait comment était Snape en tant «qu'être humain». C'est-à-dire en dehors de sa vie professionnelle. Elle avait toujours pensé qu'il n'existait qu'un seul Snape, à savoir l'homme froid et méprisant qu'elle avait connu durant sa scolarité à Poudlard. Mais elle venait de découvrir qu'en réalité, il avait plusieurs facettes. Et même si elle ne l'admettrait jamais, elle était vraiment curieuse de savoir comment était Snape lorsqu'il n'était ni professeur, ni médicomage. Mais cela resterait une question sans réponse puisqu'elle n'avait aucune raison de revoir Snape. Ce n'était pas comme si elle en avait envie, de toute façon... Ce fut sur cette pensée qu'elle se remit au travail. Elle voulait au moins terminer de rédiger son rapport avant de quitter le travail et de prendre ses trois semaines de congés. Elle ne savait toujours pas ce qu'elle allait en faire mais une chose était sûre : elle allait bien en profiter.
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(dimanche 27/08) POV Sirius
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- Dis donc, il y en a du courrier, aujourd'hui.
Sirius leva la tête en entendant la remarque de Remus. Celui-ci tenait une lettre dans chaque main.
- Que veux-tu, nous sommes très demandés, plaisanta Sirius en prenant la missive que lui tendait Remus.
- T'emballe pas, vu les hiboux qui les ont apportées, ça doit être encore de la pub... Même le dimanche on en reçoit. Ils ne connaissent pas le repos dominical apparemment...
- Faut bien que les commerçants attirent les gens pour qu'ils deviennent de potentiels clients et fassent vivre leurs commerces... Bingo, tu avais raison, c'est de la pub pour le prêt-à-porter du Chemin de Traverse. Désolé les gars mais on a ce qu'il faut ! Ce sera pour une prochaine fois, peut-être. Quoique, Harry a peut-être besoin d'autres fringues...
- Tu pourras toujours lui demander mais je pense qu'il a pris le nécessaire quand il est allé sur le Chemin de Traverse avec ses amis, songea Remus.
- Oui, je vais quand-même lui poser la question. De toute façon je dois aller le voir. Parmi les nombreuses lettres reçues aujourd'hui, il y en a une de Tonks. Elle me dit qu'elle est libre la semaine prochaine pour venir manger un midi ou un soir.
- Tu ne m'avais pas dit qu'un dimanche serait mieux pour elle ? s'étonna Remus. Parce que c'était le seul jour où elle était libre ?
- C'est ce qu'elle m'a dit la dernière fois qu'on s'est vus. D'après ce que j'ai compris, elle a pris des congés. Mais ce n'était pas très clair. Bon, je lui propose quel jour ?
- C'est toi qui voit. C'est chez toi, ici.
- Remus...
- Quoi ?
- Je t'ai déjà demandé d'arrêter de dire ça. Ça fait huit mois que tu habites ici, donc tu es chez toi aussi ! Bon, je vais dire demain à Tonks. Je sais qu'elle recevra la lettre à temps. Je vais demander à Harry si ça lui convient et j'en profiterai pour lui demander s'il a besoin de s'acheter d'autres vêtements. D'ailleurs, tu le trouves comment, en ce moment ?
- Il a l'air moins fatigué qu'avant. Ça fait environ deux semaines que je l'ai remarqué. Mais il n'a pas retrouvé toute sa joie de vivre pour autant. Au contraire, il semble toujours un peu triste.
- Je trouve aussi. Et ça m'inquiète. La plupart du temps il a l'air d'aller bien mais il a parfois des moments d'absence et ça m'angoisse. Je sais que j'avais dit que je ne voulais pas en parler mais... il était comment, durant l'année que vous avez passée ensemble à Poudlard ?
Remus regarda Sirius, l'air surpris. Sirius ne pouvait pas lui en vouloir : il lui avait dit qu'il ne souhaitait pas parler de cette année-là. Il avait juste voulu savoir quelques petites choses sur Harry et il avait posé quelques questions à Remus sur son expérience professorale. Mais il n'avait pas voulu en savoir plus pour deux raisons. D'une, durant toute cette année, Remus avait cru que Sirius s'était enfui d'Azkaban pour tuer Harry. Même si Sirius n'en voulait pas du tout à son ami pour cela, il préférait ne pas revenir là-dessus. De deux, Remus lui avait dit au détour d'une conversation qu'il avait trouvé Harry très maigre et trop perturbé à cause de tout ce qu'il avait vécu jusque-là. Sirius avait refusé d'en entendre plus de peur d'aller massacrer les Dursley ainsi que Dumbledore. Car c'était le vieil homme qui avait placé Harry chez ces horribles moldus et qui n'avait pas vu qu'il y était malheureux. Et c'était lui aussi qui avait laissé Harry affronter de nombreux dangers durant ses trois premières années. Un Troll, Quirrel, le Basilic, les Détraqueurs... Ça faisait un peu trop. Sans compter l'année passée avec le Tournoi des Trois Sorciers... Mais là Sirius avait besoin de savoir quel genre d'adolescent était Harry durant sa troisième année. Afin qu'il sache si le comportement qu'avait Harry depuis le début des vacances était habituel.
- C'est assez difficile à dire, répondit Remus. J'avais pour devoir de le considérer comme un élève comme les autres mais je ne pouvais pas m'empêcher de le regarder attentivement et de m'intéresser à lui. Mon jugement est donc peut-être un peu biaisé. Mais pour répondre à ta question, j'ai trouvé que Harry était assez renfermé sur lui-même. Il a dû se sentir seul puisque ses deux meilleurs amis n'ont pas arrêté de se disputer pendant toute l'année... Ça se voyait en cours qu'ils étaient fâchés l'un contre l'autre. Et Harry semblait partagé entre les deux. Je pense qu'il ne voulait pas donner raison à l'un ou à l'autre. Comme je te l'ai dit, Harry était plutôt réservé mais dans le même temps, il avait l'air très proche de ses amis. Un peu comme avec nous, en fait. Mais il avait quand-même l'air heureux. Ça se voyait qu'il se sentait bien à Poudlard. En tout cas, il était plus heureux qu'il ne l'est en ce moment-même. Pour moi cela ne fait aucun doute.
- Donc son attitude n'est pas habituelle ?
- Non, il n'est pas tout à fait le même aujourd'hui que celui qu'il était lors de sa troisième année. Mais après tu dois te dire qu'il était à Poudlard. Il est sûrement différent à l'école de celui qu'il est au Square. Par exemple, il n'a pas fait de bêtises, cet été. Nous n'avons pas eu à le réprimander.
Sirius haussa les sourcils.
- Parce que tu as eu à le faire à Poudlard ?!
- Oui, tu sais, je t'en avais parlé... Bon, pas en détails, c'est vrai. En fait, en y réfléchissant, je n'ai pas mentionné le fait que j'avais un peu disputé Harry. Je t'ai juste parlé de la Carte et... c'est tout.
Sirius fixa Remus, perplexe, avant de lâcher :
- Je ne comprends rien. Tu peux t'expliquer, s'il te plaît ?
- Je vais être obligé de mentionner ce que je croyais sur toi...
- Ce n'est pas grave, assura Sirius. Raconte-moi.
- Bon, tu sais que les professeurs doivent effectuer des rondes après le couvre-feu ? Eh bien, ce soir-là, c'étaient Severus et moi qui étions de garde. Tous les élèves devaient se trouver dans leurs dortoirs mais il y en avait un qui rôdait dans les couloirs. Je te laisse deviner lequel. Manque de chance pour lui, il s'est fait attraper par Severus. Heureusement, je n'étais pas loin et j'ai donc pu vite voler à son secours.
- À son secours ? Carrément ?
- Oui, parce qu'il avait la Carte du Maraudeur entre les mains. Severus venait de la prendre à Harry quand je suis arrivé. Il a voulu la faire analyser pour prouver que c'était un objet rempli de magie noire mais j'ai réussi à la lui subtiliser en lui faisant croire que ça venait de Zonko. J'ai donc sorti Harry des griffes de Severus. Mais j'étais moi-même furieux contre Harry car, à ce moment-là, je croyais encore que tu en avais après lui. Je me suis donc dit que si la Carte te tombait entre les mains, elle te mènerait directement à lui. Pour le coup, j'ai trouvé que Harry avait agi de façon idiote et irréfléchie. Je le lui ai dit et je lui ai assené que ses parents avaient donné leur vie pour sauver la sienne et que se mettre en danger n'était pas du tout une façon de les remercier. Je lui ai confisqué la Carte et je l'ai renvoyé se coucher illico presto. Il a quand-même eu le temps de me dire qu'il avait vu Peter sur la Carte. Mais il ne faisait pas le malin.
Sirius ne savait pas s'il devait être impressionné ou anéanti par ce que venait de lui dire Remus.
- Tu as fait ce qu'il fallait, dit-il d'une voix assurée. Si j'avais vraiment cherché à le tuer, il se serait mis sérieusement en danger avec cette Carte ! Surtout que je sais m'en servir puisque j'en suis l'un des créateurs ! Mais... tu ne t'es pas senti trop mal après l'avoir engueulé ?
Remus leva les yeux au ciel.
- Non, penses-tu ! Je débordais tellement de joie à l'idée d'avoir enguirlandé le fils de Prongs que j'ai fait la fiesta toute la nuit !
- Oh ça va, pas la peine de te moquer de moi ! protesta Sirius. C'est juste que je me mets à ta place et que...
Sirius s'arrêta net dans sa phrase. Une pensée lui avait soudain traversé l'esprit. Il venait de réaliser pleinement qu'à Poudlard, Harry serait son élève. Et qu'il allait devoir le traiter comme tel. Et que par conséquent...
- Remus, rassure-moi... À part cette fameuse nuit, tu n'as jamais eu de problèmes avec Harry ? Je veux dire, en cours, ça s'est toujours bien passé ?
- Oui, bien sûr, répondit Remus sur le ton de l'évidence. Harry est un élève très calme et plutôt attentif. Après, j'enseignais sa matière préférée, donc il était peut-être plus attentif dans mes cours qu'en potions ou qu'en histoire de la magie, par exemple. Mais pourquoi me demandes-tu ça ? Tu as l'air bien pâle, tout à coup.
- Parce que je viens de me rendre compte que Harry va être mon élève. Et que je vais devoir agir avec lui comme avec les autres élèves de sa classe. Et que s'il fait une bêtise, eh bah... je vais devoir le punir. Devoir punir Harry.
Remus sourit d'un air légèrement moqueur mais surtout compatissant.
- Il vaudrait mieux, en effet, si tu ne veux pas être accusé de favoritisme. Mais ne t'en fais pas pour ça, tu ne devrais pas avoir à punir Harry. Je te l'ai dit : c'est un élève très calme. Tu le connais, quand-même. Après on n'est pas à l'abri d'une crise d'adolescence. Mais Harry ne deviendra pas un ado rebelle pour autant.
- Tu as raison. Je vais oublier ça pour le moment sinon ça va me stresser. Je dois aller voir Harry, de toute façon. Je reviens.
Sirius se leva, quitta le salon et se rendit à la chambre de Harry. Il frappa à la porte et entra une fois avoir obtenu l'autorisation. Harry était à son bureau en train de rédiger une lettre. Il tourna la tête vers Sirius et lui sourit.
- Tu voulais me parler ?
- Oui, j'ai reçu une lettre de Tonks me disant qu'elle est libre pour venir déjeuner ou dîner cette semaine. J'ai pensé à demain, si cela te convient.
- Tu as vraiment besoin de mon avis ? s'étonna Harry.
- Oui, parce que tu es ici chez toi.
- C'est gentil, dit Harry, visiblement touché. Pour te répondre, demain ça me va.
- Super ! Je vais lui envoyer une lettre pour lui dire que c'est ok, elle va être contente. C'est à un prétendant que tu es en train d'écrire ?
- Non, pas du tout, répondit Harry en souriant. Je t'ai déjà dit que je n'avais personne en vue.
- Tu aurais pu rencontrer quelqu'un sur le Chemin de Traverse.
- Eh bien non. Enfin si, j'ai rencontré des élèves mais...
- Ils ne t'intéressent pas ?
- Ce sont des Serpentard, lâcha Harry.
Sirius ne sut quoi répondre face à cette remarque. Il comprenait la réticence de Harry à se lier d'amitié et plus si affinités avec un Serpentard. Lui-même, lorsqu'il était élève à Poudlard, menait la guerre contre les élèves de cette maison. Avec James, il passait son temps à leur jouer des tours pour les embêter. Mais quelques jours plus tôt, lors de la pré-rentrée, il avait compris à quel point il était nécessaire et urgent de rapprocher les maisons. Les clivages devaient cesser et vite. Il ne pouvait donc pas laisser Harry se refuser à sympathiser avec des élèves juste parce qu'ils étaient des Serpentard. Il n'aurait jamais cru ça avant mais Sirius trouva cela complètement idiot.
- Et alors ? Tu les catalogues juste à cause de leur maison ?
- Je dois tenir ça de mon père, ironisa Harry.
Sirius sentit son coeur se serrer à l'entente de ces mots. Il ne voulait pas que Harry se serve de son père comme excuse. Mais Sirius savait que c'était de sa faute. Il avait trop souvent comparé Harry avec James.
- Non, ce n'est pas quelque chose d'héréditaire, Harry, dit fermement Sirius. Écoute... je sais que je t'ai beaucoup comparé avec ton père mais j'ai eu tort. Tu lui ressembles physiquement, ça, c'est indéniable. Mais tu n'as pas le même caractère que lui. Tu as ta propre personnalité et c'est ça qui te rend différent de ton père. Tu ne ressembles à personne d'autre qu'à toi-même. Pour en revenir aux Serpentard, si tu les rejettes, c'est parce que le seul Serpentard que tu connais t'a donné une mauvaise image des gens de cette maison. Mais tous les Serpentard ne sont pas des gens mauvais. Il y en a qui sont gentils et qui n'ont aucun préjugé. Est-ce que tu comprends ?
Harry acquiesça. Puis il protesta :
- Tu dis ça mais quand tu étais à Poudlard, tu n'arrêtais pas de t'en prendre aux Serpentard...
- Je sais et je le regrette. Enfin... pour certains Serpentard seulement. Il y en a qui l'avaient mérité.
- Comme Snape ?
- Par exemple, confirma Sirius avec un demi-sourire. Si j'insiste pour que tu donnes une chance aux Serpentard, c'est parce que l'entente entre les maisons sera le principal objectif de cette année. Tu en sauras plus à la rentrée, je ne peux pas t'en dire plus pour l'instant. Mais il est important que tu t'ouvres un peu plus aux autres maisons. Et pas seulement aux Serpentard. Mais tu me disais donc que tu en avais croisé plusieurs lorsque tu étais sur le Chemin de Traverse. Tu les connaissais ?
- Euh... c'est assez compliqué à dire, répondit Harry en riant. J'en ai croisé trois. Les deux premiers étaient ensemble lorsque je les ai croisés. Je savais qu'ils avaient fait partie de l'équipe de Quidditch de Serpentard à un moment ou à un autre mais je ne me souvenais plus du tout de leurs noms. Ils se sont présentés à moi et l'un d'entre eux...
Harry s'interrompit dans sa phrase, l'air soudain gêné.
- L'un d'entre eux... ? l'encouragea Sirius.
Harry fit la moue.
- Disons que l'un d'entre eux m'a fait comprendre que je l'intéressais. Ou alors c'est ce qu'il a voulu me faire croire. Je ne sais pas s'il était sérieux, en fait.
- La question, c'est plutôt de savoir si lui t'intéresse.
- Il est mignon, oui, mais je n'ai jamais vraiment fait attention à lui. La preuve, je ne savais plus comment il s'appelait et je n'ai jamais cherché à le savoir.
- Je vois. Tu veux un conseil ?
- Franchement, oui, j'aimerais bien, avoua Harry.
- Alors ne fais rien. Si t'a dragué pour te faire une blague, il ne reviendra pas vers toi. Et tu ferais mieux de l'oublier toi aussi. Ce genre de types ne méritent pas que tu t'intéresses à eux. Si, en revanche, tu lui plais vraiment et qu'il revient vers toi, eh bien à toi de voir si tu veux faire sa connaissance. Ça ne coûte rien d'essayer. Laisse-toi du temps pour voir si lui te plaît. Mais si tu vois qu'il ne t'intéresse pas, fais-le-lui vite savoir. Histoire qu'il ne se fasse pas trop d'illusions.
- D'accord, merci pour ces conseils. En gros, je le laisse faire.
- Voilà. Et qu'en est-il du troisième Serpentard que tu as croisé ?
- Je l'ai aidé à se relever parce que des gens l'avaient fait tomber.
- Tu savais qui c'était ?
- Oui, je l'ai vite reconnu, c'était un Serpentard de mon année.
- Eh bien tu vois que tu peux passer outre ton aversion pour les gens de cette maison !
- C'est juste parce que c'était l'un des seuls Serpentard à ne m'avoir jamais cherché de noises, répliqua Harry. Ça aurait été Malfoy, Crabbe ou Goyle, ils seraient allés se faire voir. Je serais passé devant eux sans même les regarder.
- Je ne peux pas t'en vouloir pour ça. Et donc, comment s'appelle ce Serpentard ?
- Théodore Nott.
Sirius fronça les sourcils.
- Tu sais que son père est un Mangemort ?
- Oui mais il ne suit pas les idées de son père. C'est la seule chose qu'on sait de lui. Il est hyper discret, il n'y a que Malfoy et Zabini qui doivent en savoir plus sur lui.
- Tu peux peut-être essayer de parler avec lui.
Harry haussa les épaules.
- Je ne sais pas, je verrai.
Sirius décida de ne pas insister.
- Sinon, est-ce que tu as des contacts avec des élèves des autres maisons ?
- Pas vraiment. Je connais un peu Michaël Corner car il est sorti avec Ginny qui m'a beaucoup parlé de lui. C'est la soeur de Ron, précisa Harry. Personne ne le sait mais je suis très ami avec elle. On ne veut pas que ça se sache car tout le monde penserait vite qu'on sort ensemble. Et je ne veux surtout pas de ce genre de rumeur. J'avais déjà assez du Tournoi l'année dernière pour gérer en plus une telle rumeur...
- Je comprends. Il est de quelle maison, ce Michaël Corner ?
- Serdaigle.
- Tu pourrais aussi essayer de discuter avec lui. C'est très intéressant d'être ami avec un Serdaigle. Ils t'apprennent beaucoup de choses. La plupart d'entre eux sont des personnes calmes et posées. On dit souvent qu'ils manquent de personnalité mais je pense que c'est faux. Sinon, tu ne connais personne à Poufsouffle ?
- Si mais vite fait. En fait je n'ai pas très envie de me lier avec eux. Enfin, il y a deux filles qui ont l'air sympa mais elles sont souvent avec deux garçons que je cherche plutôt à éviter.
- Pourquoi ?
- Parce qu'ils croient toutes les rumeurs qui courent dans l'école et que ça m'a souvent porté préjudice. Lorsqu'on était en deuxième année, ils ont cru que j'étais l'héritier de Serpentard parce que tout le monde le pensait. L'un d'entre eux, Justin Finch-Fletchley, est un né-moldu, son ami avait donc peur que je m'en prenne à lui. L'année dernière, Justin a cru que j'avais mis mon nom dans la Coupe, là encore parce que tout le monde le croyait. Il s'est même moqué de moi lorsque je me suis pris un bulbe sauteur en pleine figure en cours de botanique. Il ne cherche pas à penser par lui-même, il croit tout ce qui se dit et ça m'énerve. Mais bon, je sais qu'au fond il est gentil parce qu'à la fin de notre deuxième année, il est venu s'excuser. Il s'en voulait vraiment d'avoir cru que j'étais l'héritier.
- Ça vaudrait peut-être le coup de tenter de sympathiser avec lui. Tu sais, si les gens ont cru aussi facilement que tu étais l'héritier et que tu avais mis ton nom dans la Coupe, c'est parce qu'ils ne te connaissent pas personnellement. Ils ne savent rien d'autre que ce que tout le monde sait. Je suis sûr que si certains d'entre eux avaient été tes amis, ils n'auraient pas douté de toi.
Harry sembla réfléchir un instant aux paroles de Sirius.
- Tu as raison. Il faut que je m'ouvre aux autres.
- Tu vas pouvoir le faire cette année, crois-moi.
- Tu ne peux vraiment rien me dire à ce sujet ?
- Non, tu dois l'apprendre comme tout le monde à la rentrée. Pour en revenir à tes prétendants...
- Ah non ! On arrête avec ça, s'exclama Harry. On va plutôt parler de toi. Tu me harcèles depuis le début de l'été avec ma vie amoureuse mais on n'a jamais parlé de la tienne.
- Parce qu'il n'y a rien à dire, répliqua Sirius.
- Tu n'as pas envie de te trouver quelqu'un ? s'étonna Harry.
- Ce n'est pas dans mes priorités. En plus, maintenant que je vais travailler à Poudlard, il est hors de question que je me mette avec quelqu'un. Ce serait trop compliqué pour se voir. On ne pourrait se retrouver que certains week-end et encore, je ne sais même pas si c'est possible...
- Mais ça ne te manque pas ?
- Tu sais, après avoir passé douze ans à Azkaban, ce n'est pas une année de célibat de plus qui va changer grand-chose, s'amusa Sirius. Et puis je n'ai jamais vraiment eu de longue histoire d'amour. Donc je ne peux pas dire que ça me manque.
- Tu n'as jamais été amoureux ?
- C'est assez difficile de répondre à cette question. J'ai déjà aimé des personnes avec qui j'ai eu une histoire, mais pas au point de me marier et d'avoir des enfants. Sauf peut-être une mais... ça n'aurait jamais été possible.
- Tu n'as jamais voulu d'enfant, alors ?
- Je ne me suis jamais posé la question. Je n'ai pas trop eu le temps d'y réfléchir, en même temps.
- C'est vrai. Je comprends que ce n'était pas dans tes priorités en sortant de Poudlard mais si j'avais été à ta place, je me serais au contraire empressé de faire un enfant. À l'époque vous ne saviez pas ce qui allait se passer le lendemain avec Voldemort qui semait la terreur... J'aurais au moins voulu connaître la joie d'être parent, même si ça n'aurait pas duré longtemps.
- C'était la façon de penser de la plupart des jeunes à cette époque. Mais c'est étrange qu'à ton âge, tu réagisses comme ça. Je suis sûr que tu ferais des pieds et des mains pour garder l'enfant si tu mettais une fille enceinte alors que tu es encore à Poudlard ! Heureusement, ça n'arrivera pas. Je peux être rassuré à ce sujet.
Une pensée traversa soudain l'esprit de Sirius. Vu qu'ils en parlaient, autant lui faire la discussion... Mais Sirius ne savait pas comment aborder le sujet. Il avait peur de trop gêner Harry. Mais c'était pourtant nécessaire. Il prit son courage à deux mains et se lança :
- D'ailleurs, il faut que je te parle de quelque chose. Même si tu aimes les garçons, il y a des choses que tu dois savoir pour éviter tout problème.
Sirius vit Harry perdre un peu de couleurs. Bon, apparemment, il avait compris où il voulait en venir. Même s'il ne savait pas précisément de quoi Sirius allait lui parler.
- Tu vas peut-être me dire que tu n'y es pas encore mais c'est le genre de discussion qu'on doit avoir avant que ça arrive, justement. Est-ce que tu es au courant qu'il existe des maladies sexuellement transmissibles ?
- Oui, bien sûr. Mais... euh... je pensais que... non, rien.
- Ah non, pas de «non, rien». Tu dois au contraire tout me dire. Je suis là pour te parler de tout ce que tu dois savoir à ce sujet. Alors si tu as des questions, des idées reçues, des doutes ou que sais-je encore, parle-en. Il n'y a aucune honte à avoir car je sais très bien qu'on ne vous dit rien à Poudlard. C'était déjà le cas quand j'y étais élève. Mais à mon époque, les parents étaient sûrement un peu plus responsables. Alors vas-y, dis-moi ce que tu allais dire.
- Je croyais que ces maladies n'existaient que dans le monde moldu. Je sais que le rhume, la grippe et la gastro sont des maladies communes mais en ce qui concerne les autres maladies, je pensais que chaque monde avait les siennes qui leur étaient propres.
- C'est exactement pour ça qu'il faut en discuter, soupira Sirius. Tu as beau être un Sang-Mêlé, jusqu'à tes onze ans, tu as vécu comme un né-moldu. Il y a des choses que tu ne sais pas encore sur le monde magique que tu devrais pourtant savoir. Mais ce n'est pas de ta faute. Bon, en soi, il n'y a pas grande différence entre les MST moldues et les MST sorcières. Les deux seules grosses différences, c'est le moyen de s'en protéger et le traitement pour en guérir. Là je vais uniquement te parler des moyens pour s'en protéger. Il y en a deux : la méthode à la fois moldue et sorcière et la méthode cent pour cent sorcière. Est-ce que j'ai besoin de te parler de la première ?
- Non, c'est bon, je la connais déjà, affirma Harry. Il y a quand-même des choses qu'on nous a apprises à l'école moldue.
- Bien, tant mieux. Je préfère de loin la méthode sorcière. C'est un sort de protection relativement simple à lancer.
- Protego ? plaisanta Harry.
Sirius éclata de rire.
- Non, quand-même pas ! Un peu d'imagination, voyons ! Mais c'est tout aussi simple. Et ça y ressemble. C'est «Proluo». Pas de geste particulier, tu vises, c'est tout.
- Il y a quelque chose qui indique que le sort a été correctement lancé ?
- Oui, il y a une lumière bleue. Mais c'est vraiment fait pour se rassurer. Car, franchement, même le plus nul des sorciers arriverait à lancer ce sort ! Après, si tu préfères la méthode moldue...
- Non, je pense que je vais me rabattre sur le sort.
- Bien. Il y a aussi un autre point que je voudrais aborder. Je trouve que c'est important mais je crois malheureusement que peu de parents l'expliquent à leurs enfants. C'est la notion de consentement. Jamais tu ne dois te forcer à faire quoi que ce soit. Même si c'est un simple baiser ou de simples caresses. Si tu ne veux pas faire quelque chose, peu importe ce que c'est, ton partenaire doit le respecter. Et vice-versa. Le consentement ça marche dans les deux sens. Quelle que soit la situation. Tu n'as pas à te forcer pour faire plaisir à ton partenaire. Ça peut paraître logique et évident mais ça ne l'est pas pour tout le monde. Si tous les parents insistaient sur ce sujet auprès de leurs fils, les garçons sauraient sûrement davantage se tenir. Bon, il y en aura toujours qui n'écouteront rien de ce qu'on leur dit mais je pense que ça passe avant tout par l'éducation. Ça concerne aussi bien les discussions que doivent avoir les parents avec leurs adolescents que le contenu auxquels les adolescents ne devraient pas avoir accès. Mais ce que je veux que tu retiennes, c'est que tout ce que tu fais avec ton partenaire doit être fait de façon consentie. Est-ce que tout ça est bien clair pour toi ?
- Oui, c'est clair et limpide. Et je trouve que tu as raison d'insister là-dessus. À vrai dire, je n'avais jamais réfléchi à tout ça, et je me rends compte qu'en fait tu m'apprends beaucoup de choses.
Cette simple phrase suffit à Sirius pour ne pas regretter d'avoir eu cette discussion avec Harry. Il y en avait besoin. Sirius ne put s'empêcher de penser que ça aurait pu être dramatique s'il n'avait pas parlé de tout cela avec son filleul.
- C'est le principal, dit-il en souriant.
- Mais pourquoi on n'apprend pas tout ça à Poudlard ? Je veux dire... on passe dix mois sur douze là-bas, ce serait plus logique qu'on nous y enseigne tout ça ! Hormis les vacances de Noël et les vacances de Pâques, les parents ne voient leurs enfants que durant les vacances d'été. Ils n'ont que deux mois pour en profiter, alors ils n'ont certainement pas envie de leur parler de ce genre de choses...
- Je suis tout à fait d'accord. Remus a d'ailleurs fait la remarque lors de la pré-rentrée mais Dumbledore a dit que ce serait trop compliqué de vous faire des cours là-dessus. Parce que les professeurs ne sont pas formés pour ça et qu'il n'y a pas de place dans les emplois du temps. Donc c'est aux parents d'en discuter avec leurs enfants. Il y en a qui ne le feront pas alors tu peux t'estimer chanceux d'avoir un parrain qui t'a fait la conversation sur ce sujet.
- Ça c'est sûr. Merci beaucoup, dit Harry d'un ton sérieux et sincère.
- De rien. Je suis là pour ça. Bon, je vais te laisser terminer ta lettre.
Sirius ébouriffa les cheveux de Harry qui grogna avant de sortir de la chambre. Il retourna au salon où se trouvait toujours Remus.
- J'ai cru que tu n'allais jamais revenir, se moqua Remus.
Sirius se rappela ce qu'il avait dit à son ami en quittant le salon et se mit à rire.
- Ah oui, c'est vrai, je t'avais dit «Je reviens» ! Mais j'ai discuté avec Harry et un sujet en entraînant un autre, je me suis retrouvé à parler d'un des deux sujets que je voulais aborder avec lui avant la rentrée. On parlait d'enfants, je lui ai fait la remarque qu'il ne risquait pas de mettre une fille enceinte à Poudlard et ça m'a amené à lui parler du sort de protection.
- C'est bien, c'est une bonne chose de faite, approuva Remus.
- Je trouve aussi. Il m'a demandé si ça ne manquait pas d'avoir des enfants et après cette discussion, je me suis rendu compte qu'avoir Harry, c'était largement suffisant. C'est lui ma priorité. Et puis, pour tout te dire... je le considère un peu comme mon propre fils.
- Un peu seulement ? releva Remus.
Sirius soupira.
- Je ne remplacerai jamais James à part entière, Remus. Je ne serai jamais le père de Harry, même si je le voulais.
Remus parut sur le point de dire quelque chose mais il se ravisa.
- Le plus important c'est que tu sois là pour Harry. Ce que tu lui apportes depuis que tu t'occupes de lui, c'est déjà beaucoup plus que ce qu'il a eu avec les Dursley. Tu me diras, c'était plutôt facile, tu partais de rien... Mais tu donnes énormément d'amour à Harry et ça, il le sent.
- C'est vrai. Mais il est tellement adorable ce gamin ! Pourquoi les Dursley ne s'en sont-ils jamais aperçu ? C'est incompréhensible. Bon, je vais écrire à Tonks.
Sirius prit du parchemin, une plume et un encrier et commença à rédiger sa lettre. Il avait hâte de recevoir sa cousine. Elle était drôle et solaire. Un peu de joie féminine dans cette maison sinistre serait plus que la bienvenue !
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(lun 28/08) POV Sirius
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- Franchement, Remus, tu te prends la tête pour rien...
- C'est notre invitée, c'est normal de vouloir la contenter !
- Mais elle s'en fiche ! Ce n'est pas un repas de mariage ! Ça va être trop guindé pour elle. Je t'assure, il vaut mieux faire quelque chose de plus simple. Et de plus convivial.
Sirius rangea d'un coup de baguette ce que Remus avait commencé à préparer. Ce dernier soupira.
- Ok, va pour un repas «plus simple et plus convivial.» Poulet frites, ça te va ?
- C'est parfait ! s'exclama Sirius, ravi.
- Là c'est sûr, pour le côté raffiné, on repassera...
- Mais pourquoi tu cherches tant à impressionner notre invitée ?
- Je ne cherche pas à l'impressionner, répliqua Remus en levant les yeux au ciel. Je voulais juste bien faire les choses.
- Ça la saoulerait, déclara Sirius en sortant un poulet frais du placard. Ça se voit que tu ne la connais pas.
- Eh bien je ne demande que ça.
Sirius leva brusquement la tête, surpris. Comprenant le malentendu, Remus roula des yeux.
- Pas dans ce sens-là ! s'écria-t-il. Seulement, c'est ta cousine, et vu que vous semblez proches l'un de l'autre, on va sûrement être amenés à souvent la voir. Alors autant qu'on apprenne à se connaître. Non mais Sirius, tu croyais vraiment que j'allais profiter de ce dîner pour la draguer ?!
- Non, c'est vrai que ça ne te ressemble pas, excuse-moi. Mais bon, elle est plutôt mignonne, tu aurais pu être tenté...
- Sirius, elle avait sept ans la dernière fois que je l'ai vue. Je n'étais pas avec toi il y a deux mois quand tu l'as revue. Je ne sais pas à quoi elle ressemble. Et quand bien même je le saurais, elle est beaucoup trop jeune pour moi. Tu n'as vraiment pas à t'en faire, je ne vais pas la draguer, ta cousine.
- C'est bon, je te fais confiance. Après tu as le droit de faire ce que tu veux mais c'est sûr que je trouverais ça bizarre que tu t'intéresses à elle.
- Ça n'arrivera pas, tu peux en être certain. Tu peux me passer les frites, s'il te plaît ?
Sirius acquiesça, prit les frites congelées dans un autre placard et les tendit à Remus. Se rappelant une conversation qu'il avait eue avec Remus au sujet de l'électroménager moldu, il demanda :
- Tu m'as dit que les moldus mettaient les frites dans quoi, déjà ?
- Une friteuse ?
- Non, pour les conserver.
- Ah, un congélateur.
- Et ça marche vraiment ? Je veux dire... ils mettent plein d'aliments dans ce truc et ça réussit à tout congeler ?
- Oui, c'est le but.
- C'est instantané ? Genre, tu mets un truc dedans et hop, en une seconde c'est congelé ?
Remus se mit à rire.
- Non, il ne faut pas exagérer ! Ça prend plus de temps que ça. Il faut compter plusieurs heures.
- Oh... Pas très pratique. Tu m'as parlé d'un autre truc, aussi. Pour le beurre, la confiture, le lait, les jus de fruits... Le truc qui remplace le sort réfrigérant, quoi.
- Le réfrigérateur ?
- Oui, voilà. J'imagine que ce n'est pas instantané, ça non plus ?
- Non, il faut attendre également quelques heures pour que les aliments soient bien froids.
- Ils se compliquent la vie, ces moldus... Nous, en un sort c'est bon, ça fait effet !
- Ils n'ont pas le choix, objecta Remus. Ils n'ont pas la magie, eux. C'est comme pour réchauffer les aliments. Nous on a un sort de chaleur, eux ils ont le micro-ondes, le four, les plaques de cuisson...
- Faudra que tu me montres tout ça un jour. J'ai trop envie de voir à quoi ça ressemble.
- Si tu veux on pourra aller en vacances dans le monde moldu. Il faut juste que l'idée plaise à Harry.
Les yeux de Sirius se mirent à pétiller.
- Ce serait génial ! Je suis sûr qu'il adorerait. Tu imagines ? Il ne serait reconnu par personne, là-bas.
- Tant qu'à faire, on pourrait aller dans un autre pays, si ça te dit, proposa Remus.
- Je ne sais parler que l'anglais, grimaça Sirius.
- Je ferai le traducteur. Je sais parler couramment le français et l'espagnol et j'ai de quoi tenir une discussion en allemand et en russe.
Sirius voulut demander à Remus comment il avait pu apprendre à parler autant de langues mais il sentit que la réponse n'allait pas lui plaire. Il savait que pendant douze ans, Remus avait enchaîné les boulots misérables et mal payés et qu'il avait dû chercher une vie meilleure dans plusieurs pays étrangers. Il avait donc été obligé de se familiariser avec les langues des pays où il avait dû s'installer.
- J'en parlerai à Harry, se contenta-t-il de dire.
Remus acquiesça et continua à préparer le poulet sous le regard attentif de Sirius qui l'observa ensuite placer le poulet sous un sort de cuisson avant de faire de même avec les frites. Sirius l'entendit pester plusieurs fois contre ce plat trop simple et ça le fit rire, même s'il n'en montra rien. Il ne changerait pas d'avis car il savait que ce menu plairait beaucoup à sa cousine. Tout ce qu'il voulait, c'était qu'ils passent tous une bonne soirée.
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POV Remus
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Deux heures plus tard, Tonks arriva au Square. Du moins, c'est ce que Sirius, Remus et Harry supposèrent lorsqu'ils entendirent quelqu'un frapper à la porte. Sirius alla ouvrir tandis que Remus et Harry mettaient la table. Lorsque Sirius revint dans le salon, il était accompagné d'une jeune femme aux cheveux rose vif qui éblouirent Remus. Sirius l'avait prévenu, mais il ne s'attendait pas à ce que ce soit aussi... voyant ! Il tourna la tête vers Harry qui semblait très surpris. Remus se demanda si Sirius lui avait parlé des dons de métamorphomage de Tonks. Et s'il l'avait fait, est-ce que Harry avait compris ? Avait-il déjà entendu parler de ça ? Remus n'eut pas le temps de poser la moindre question à Harry car Tonks vint les voir alors que Sirius s'éclipsait.
- Salut ! lança-t-elle joyeusement. Non mais il est sérieux Sirius ?! Il vous a demandé de mettre la table pendant qu'il m'accueillait ?!
- Non, rassure-toi, il ne nous a rien demandé, c'est nous qui avons décidé nous-mêmes de nous rendre utiles, expliqua Remus. En tout cas je vois que le rose est toujours ta couleur préférée.
- Tu as bonne mémoire, dit Tonks en souriant. On ne s'est vus que quelques fois quand nous étions invités en même temps chez Sirius. Déjà que c'était rare quand Sirius et ma mère se voyaient...
- Après Poudlard, nous avons été tous très occupés, soupira Remus. Il fallait se battre et... bon, on ne va pas remuer le passé. Tu te souviens peut-être de moi mais je crois que tu n'as jamais vu Harry, même quand il était tout bébé.
- C'est vrai ça, heureuse de te rencontrer, Harry ! s'exclama Tonks. Je t'imaginais exactement comme ça. Avec les cheveux moins ébouriffés, peut-être. Sirius me disait que tu avais une tignasse indomptable mais je ne pensais pas que c'était à ce point ! Comment fais-tu pour te coiffer tous les matins ? Si tu veux des astuces, tu peux me demander, les cheveux, ça me connaît ! Sinon ça se passe bien à Poudlard ? C'est quoi ta matière préférée ? Et celle que tu détestes le plus ? Y a un prof que tu ne peux pas voir en peinture ?
Remus dut se retenir d'éclater de rire en voyant l'air complètement perdu de Harry.
- Tonks, laisse-lui le temps de répondre, voyons ! Ah, voilà le hôte de la maison.
- Arrête de m'appeler comme ça, Remus !
Sirius venait effectivement de revenir dans le salon avec plusieurs verres dans les mains.
- Ce sera bièreaubeurre pour tout le monde, étant donné que Harry est mineur.
- Tant mieux, je n'aurais pas bu d'alcool si tu en avais proposé, de toute façon, déclara Tonks.
- Pourquoi ? T'es enceinte ?!
Tonks leva les yeux au ciel.
- Bien sûr que non. C'est juste que je suis un peu fatiguée en ce moment. Alors un verre, ça m'achèverait direct.
- Tu aurais dû te reposer au lieu d'accepter mon invitation, alors, je ne voulais pas que tu te sentes obligée de venir, s'excusa Sirius.
- Non, au contraire, j'avais besoin de sortir, dit Tonks en souriant. Et puis j'avais hâte de vous revoir et de rencontrer Harry ! D'ailleurs tu n'as pas répondu à mes questions.
- Si tu lui avais laissé le temps de répondre, aussi... répliqua Remus sur un ton railleur.
- Hé, ce n'est pas gentil de te moquer de moi ! Je suis sûre que tu n'étais pas comme ça, avant.
- Oh non, Remus était plutôt du genre à écouter les conversations sans vraiment y participer, sauf quand on lui demandait son avis. À ce moment-là il avait souvent l'air un peu paniqué.
- Merci, Sirius, tu viens de me faire passer pour l'idiot de service, ironisa Remus.
- Toutes les personnes présentes dans ce salon te connaissent suffisamment pour savoir que tu n'es pas idiot, Moony.
Remus sentit une chaleur traîtresse envahir ses joues. Pourquoi entendre Sirius l'appeler «Moony» lui faisait-il autant d'effet alors qu'avant, cela ne lui faisait rien du tout ? Heureusement, personne ne remarqua son trouble. Tonks avait déjà reporté son attention sur Harry :
- Alors, raconte-moi tout, Harry. Tu te plais, à Poudlard ?
- Oui, beaucoup. C'est un peu comme une deuxième maison, pour moi.
- Je crois qu'on a tous un peu cette impression. Tu as une matière préférée ?
- Préférée, je ne sais pas, mais celle où je me débrouille le mieux, c'est la Défense Contre les Forces du Mal.
- Il sait déjà produire un Patronus Corporel, pour dire !
- Remus ! protesta Harry.
- Quoi ? Ce n'est pas vrai, peut-être ?
- C'est bluffant, Harry, dit Tonks, l'air impressionnée. J'aimerais bien te demander une petite démonstration mais on va éviter. Je ne voudrais pas que le service des usages abusifs de la magie te tombe dessus. Même si, normalement, tu ne risques rien puisque tu es dans une maison sorcière. Mais bon, mieux vaut éviter quand-même. Si tu te fais prendre... Brrrr.
Tonks secoua la tête, faisant changer par la même occasion ses cheveux de couleur. Remus sourit en voyant l'air incrédule de Harry.
- Comment vous avez fait ça ? demanda-t-il, soufflé.
Remus tourna la tête vers Sirius avec qui il échangea un regard complice. C'était la première fois depuis le début des vacances que Harry sortait spontanément de sa réserve.
- Je suis Métamorphomage, annonça Tonks. Tu sais ce que c'est ?
- Non, pas du tout, avoua Harry.
- Ça veut dire que je peux changer d'apparence à volonté. Je n'ai pas besoin de Polynectar pour ça.
- C'est génial ! Est-ce que ça s'apprend ou...
- Non, c'est inné. On naît comme ça. C'est un don, même si je n'aime pas trop ce mot.
- Ça doit être bien pratique.
- Ça c'est sûr ! Ça m'a bien été utile lors de l'épreuve de dissimulation et de déguisement que j'ai dû passer pour devenir Auror.
- Vous êtes une Auror ?!
- Mais tu vas arrêter de me vouvoyer oui ?! Je suis si vieille que ça ?!
Remus ne put s'empêcher d'éclater de rire, tout comme Sirius. Harry leur lança un regard courroucé qui ne fit qu'accentuer leur hilarité.
- Pour répondre à ta question, je suis une Auror, oui. Arrêtez de vous gausser tous les deux ! ajouta-t-elle à l'intention de Sirius et de Remus qui continuaient de rire. Insupportables, ces deux-là ! Quand ils ne passent pas leur temps à se disputer, ils se marrent pour tout et n'importe quoi ! C'était déjà pareil à l'époque, pour le peu que je m'en souvienne !
- Exactement ! renchérit Harry. Franchement, parfois, je me demande qui est l'ado dans cette maison ! Vous... tu sais ce qu'ils m'ont fait comme coup durant l'été pour que j'arrête d'appeler Remus «professeur» ?
- Non, vas-y, raconte !
Harry relata alors à Tonks la mascarade de Sirius et Remus qui regardèrent l'adolescent avec un air faussement outré, n'en revenant pas qu'il ose les dénoncer ainsi. Tonks se rangea de l'avis de Harry :
- Non mais c'est scandaleux ! Vous n'avez pas honte de monter des coups pareils, sérieux ?
- C'était le seul moyen pour forcer Harry à appeler Remus par son prénom ! se défendit Sirius.
- Je confirme, appuya Remus. Toi tu as mis cinq minutes à convaincre Harry de te tutoyer, moi j'ai mis un mois à le convaincre de m'appeler «Remus» ! C'est désespérant.
- Que veux-tu, c'est mon charme naturel qui fait le travail ! Non, en vrai j'arrive facilement à mettre les jeunes en confiance.
- La chance, soupira Sirius.
- J'avoue que c'est plutôt utile mais c'est beaucoup moins cool quand on me demande de me servir de cette facilité pour le travail, grimaça Tonks.
- Les Aurors ne sont pas juste censés traquer les Mangemorts ? s'étonna Harry.
- Oh, non ! C'est notre spécialité, si on peut dire ça comme ça, mais nous faisons plein d'autres choses. Sinon, au bout d'un moment, on n'aurait plus de travail. Nous nous occupons de toutes sortes d'affaires. Enfin, moi je suis plutôt cantonnée aux rapports pour le moment mais il m'arrive parfois d'être envoyée sur le terrain.
- Pour quoi faire ?
- Arrêter toutes sortes de délinquants. Ou bien aller interroger des gens. Ça c'est mon domaine de prédilection.
- Ça a l'air génial, comme métier, dit Harry. Mais ce n'est pas pour moi. Je n'ai aucune envie de passer ma vie à traquer des gens comme les Mangemorts. J'ai plutôt envie de les oublier. Au fait, je sais que tu n'as pas trop le droit d'en parler mais... ça avance, la traque des Mangemorts ? Vous pouvez en parler devant moi, hein, précisa-t-il à l'intention de Sirius et de Remus. Je me suis quand-même retrouvé avec une dizaine de Mangemorts lors de la renaissance de Voldemort. J'estime donc être en mesure d'entendre parler de leur traque.
Sirius et Remus se tournèrent de nouveau l'un vers l'autre. Remus lança à Sirius un regard qui voulait dire «c'est toi qui voit». Cela sembla suffire à Sirius pour faire son choix.
- Tu peux en parler, Tonks.
- Tu es sûr ? Je ne veux pas plomber la soirée avec mon travail...
- Au contraire, tu es face à trois personnes qui veulent tout savoir. Et puis Harry a raison. S'il y a quelqu'un qui a le droit de savoir où ça en est, c'est bien lui. N'oublions pas que c'est lui qui nous a débarrassés de Voldemort.
- C'est vrai. Bien, je vais vous dire tout ce que je peux vous dire. Je ne suis pas au courant de tout, je ne participe pas aux traques en elles-mêmes et même si je rédige de nombreux rapports sur ces traques, il y en a certains qui peuvent m'échapper.
Tonks raconta tout ce qu'elle savait sur la traque des Mangemorts. Tout comme Sirius, Remus fut étonné de constater que les Mangemorts encore en liberté étaient moins nombreux que ce qu'il pensait. Même s'il en restait tout de même beaucoup.
- D'après mes collègues, les plus durs à coincer vont être les Lestrange, Malfoy et Rowle.
Remus vit Harry se crisper à l'évocation du nom de Malfoy.
- Les Malfoy sont toujours dehors ? s'enquit-il, la voix tendue.
- Oui, et on n'a aucune idée de l'endroit où ils se trouvent. Leur traque est dangereuse car Lucius Malfoy est avec sa femme. Il n'hésitera pas à tuer pour la protéger.
- Comment a-t-elle pu suivre son mari alors qu'elle a un fils à élever ? interrogea froidement Harry. Elle n'a donc pas de coeur, pas de morale pour avoir abandonné son fils ? Je déteste le fils en question, mais ça me dégoûte que ses parents aient pu l'abandonner ainsi.
- Je n'ai pas la réponse à tes questions mais tout ce que je peux te dire, c'est que leur fils est en sécurité, répondit Tonks d'une voix douce. Je ne peux pas te dire où il est mais je l'ai vu et il semblait aller bien. Il est avec quelqu'un qui prend soin de lui. Il est bien mieux avec cette personne qu'il ne l'aurait été avec sa mère. Ça se trouve, elle ne se sentait pas capable de l'élever toute seule. Elle savait chez qui il irait s'il se retrouvait tout seul. Je pense sincèrement qu'elle aime vraiment son fils et qu'elle n'a voulu que son bien. Ça n'a pas dû être une décision facile à prendre de l'abandonner.
Harry acquiesça sans hésiter, visiblement convaincu par les paroles de Tonks. Remus sentit le souffle de Sirius lorsque celui-ci se pencha vers lui pour lui murmurer à l'oreille :
- Il va falloir qu'elle nous donne son secret. On ne la laissera pas partir tant qu'elle ne nous aura pas dit comment elle fait pour s'y prendre aussi bien Harry.
Remus dut camoufler son rire pour ne pas attirer l'attention. Estimant qu'ils avaient assez parlé des Mangemorts pour la soirée, il décida de changer de sujet :
- Et si tu nous racontais tes années Poudlard, Tonks ? Si mes calculs sont bons, tu as sept ans de différence avec Harry. Tu as donc quitté Poudlard l'année où Harry y est entré. J'aimerais bien savoir comment était Poudlard durant ta scolarité.
- Oh, ça n'a pas dû beaucoup changer entre ma scolarité et celle de Harry. Je crois que j'ai eu les mêmes professeurs que lui. Enfin, sauf en ce qui concerne le poste de Défense Contre les Forces du Mal. Ça changeait tous les ans.
- Ça devrait être plus stable, désormais, assura Remus. Maintenant que Voldemort n'est plus de ce monde, la malédiction sur ce poste n'a plus lieu d'exister.
- Il serait temps.
Tonks se tourna soudain vers Sirius.
- Hé ! En parlant de professeur, tu n'as rien à me dire, toi ?
Remus fut amusé de voir les yeux de Sirius devenir aussi ronds que des gallions.
- Tu... tu... tu es au courant ? balbutia-t-il.
- À ton avis ?
- Mais... comment ?!
- Ce n'est pas la question. Pourquoi ne m'as-tu rien dit ? Ça fait deux mois qu'on échange régulièrement par lettres, tu aurais pu me l'apprendre dans l'une d'entre elles !
- C'était censé rester secret jusqu'à la rentrée. Du moins, pour les élèves. Il me semble que tu as toujours appris le nom du nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal à la rentrée ?
- Ouais... bon, ça se défend.
- Maintenant, dis-moi qui te l'a dit !
- Ce n'est pas important.
- Tonks...
La jeune Auror tressaillit. Remus ne fut pas étonné par cette réaction. Sirius pouvait se montrer très menaçant quand il le voulait.
- C'est un de tes collègues, avoua-t-elle. Le professeur Snape.
Sirius cria un «Quoi ?!» alors que Harry grogna. Tonks tourna la tête vers Remus qui était le seul à ne pas avoir réagi.
- Ils ne s'entendent pas très bien avec cet individu, expliqua-t-il, amusé.
- Mais comment as-tu pu être en contact avec lui ? demanda Sirius à Tonks.
- Pour une histoire de vérification de chaudrons. Nous avons été amenés à discuter et il a laissé échapper l'information. Il pensait que j'étais au courant, sinon il ne me l'aurait sûrement pas dit. Si tu ne voulais pas que je l'apprenne de sa bouche, tu n'avais qu'à me le dire toi-même ! Assume tes erreurs, un peu !
Remus était à la fois impressionné par ce petit bout de femme qui tenait tête à Sirius et abasourdi en voyant Sirius se tasser sur lui-même face aux reproches de sa cousine. Remus s'adressa à Tonks en reprenant les mêmes mots que Sirius lui avait murmurés à l'oreille quelques minutes plus tôt :
- Il va falloir que tu me donnes ton secret, Tonks. Je n'ai jamais réussi à rabattre le caquet de Sirius comme tu viens de le faire.
- Je crois qu'il faut être un ou une Black pour y arriver, plaisanta Tonks.
Remus se mit à rire mais il s'arrêta bien vite lorsqu'il croisa le regard de Sirius. Celui-ci avait l'air irrité et peiné. Remus s'en voulut en comprenant qu'il avait blessé son ami. Ce n'était pourtant pas méchant... Ils s'étaient souvent taquinés de cette manière et jamais Sirius ne l'avait mal pris. Il se vengeait toujours quelques jours plus tard, oui, mais il ne lui avait jamais fait la tête pour ça. En fait, il ne comprenait pas la réaction de Sirius. Quelque chose lui échappait. Il chercha un moyen de détendre l'atmosphère mais Tonks le devança en demandant à Sirius d'un ton léger :
- Et tu vas enseigner quoi, du coup ?
- Les sortilèges, répondit aussitôt Sirius.
Remus sourit. Dès qu'on lançait Sirius sur ce sujet, il réagissait plus vite que son ombre. Il aimait son métier avant même d'avoir commencé à l'exercer.
- C'était ma matière préférée lorsque j'étais à Poudlard. Vu que tu sais pour moi, tu dois savoir pour Remus aussi : lui va enseigner la métamorphose.
- Oh, c'est super, vous allez vous retrouver à Poudlard ! Mais le professeur McGonagall et le professeur Flitwick n'enseignent plus, alors ?
Sirius et Remus expliquèrent rapidement à Tonks les changements qui auraient lieu à la rentrée.
- C'est dommage, je les aimais bien. En même temps, ils enseignaient des matières où je me débrouillais bien, donc ça m'aidait à aimer leurs cours.
- Tu devais être une excellente élève pour avoir pu intégrer la formation d'Auror, remarqua Remus.
- Disons que j'ai eu les notes nécessaires, admit Tonks en rougissant.
Comme à chaque fois qu'elle était gênée, ses cheveux devinrent aussi rouges que ses joues.
- Tu devrais garder cette couleur, elle te va très bien, dit Remus en riant.
- Oh non, quelle horreur !
- Bon, on va passer au dessert, lança soudain Sirius.
Remus fronça les sourcils en voyant l'air de nouveau courroucé de Sirius. Il fut cependant le seul à le remarquer, Harry et Tonks s'étant engagés dans une conversation concernant les professeurs de Poudlard. Sirius, lui, partit chercher le dessert. Lorsqu'il revint, sa mauvaise humeur semblait s'être dissipée.
Le reste de la soirée se déroula entre rires, blagues et anecdotes en tout genres. Lorsque Tonks partit, Harry alla immédiatement se coucher, repu et épuisé. Il avait voulu faire sa part de vaisselle mais Sirius lui avait dit qu'il s'en occuperait. Remus le rejoignit alors dans la cuisine.
- C'était chouette, tu as vraiment bien fait de l'inviter.
- Oui, ça j'ai bien vu qu'elle t'avait plu, répliqua sèchement Sirius. Et je ne parle pas de la soirée.
Remus, qui s'apprêtait à ranger une assiette, suspendit son geste.
- Qu'est-ce que tu veux dire par-là ? demanda-t-il, perplexe.
- Tu m'avais dit que tu ne la draguerais pas ! Et pourtant c'est ce que tu as fait pendant tout le repas !
- Mais n'importe quoi ! Tu délires complètement !
- Moi, je délire ?! Non mais c'est la meilleure ! Tu étais éperdu d'admiration devant elle, tu la complimentais, tu lui as limite dit qu'elle était jolie avec ses cheveux rouges !
Remus roula des yeux, effaré.
- Il n'y a que toi pour y avoir vu un double-sens ! Il n'y avait aucune arrière-pensée, Sirius ! Je n'arrive pas à croire que tu puisses m'accuser d'avoir dragué Tonks ! Elle est beaucoup trop jeune pour moi et en plus tu sais bien que je suis voué à rester toute ma vie célibataire !
Remus avait presque hurlé ces mots. Toute la colère qui était visible dans les yeux de Sirius quelques secondes plus tôt disparut d'un coup pour laisser place à un regard plein de remords.
- Remus je suis désolé, je... je n'ai pas réfléchi à ce que je disais, je... excuse-moi, je ne recommencerai plus.
Remus se retourna sans répondre, encore trop peiné par les reproches de Sirius. Mais au bout de quelques secondes seulement, il sentit la rancoeur le quitter. Il n'aimait pas se fâcher avec Sirius. Il n'avait jamais aimé ça. Et il savait que c'était pour pareil pour son ami. Il se tourna de nouveau et soupira.
- Oublions ça. Mettons ça sur le stress de l'approche de la rentrée.
- D'accord. Mais je tiens quand-même à m'excuser. Je n'aurais pas dû t'accuser ainsi. Je te connais, je sais que tu n'es pas comme ça. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Tu as le droit de faire ce que tu veux, en plus. Je te l'avais dit avant le dîner. Je suis vraiment le roi des abrutis.
- Mais non, je te l'ai dit, tu dois juste être stressé à cause de la rentrée. Du coup tu surréagis.
- Oui, ça doit sûrement être ça, tu as raison. Par contre, je ne suis pas d'accord quand tu dis que tu vas devoir rester célibataire toute ta vie mais bon, on ne va pas revenir là-dessus à onze heures du soir.
- C'est plus sage, en effet. Tu fais des progrès, c'est bien, se moqua gentiment Remus.
En guise de réponse, il se reçut un torchon en pleine figure, ce qui le fit éclater de rire. Il s'en prit un autre, puis encore un autre, et encore un autre qu'il renvoya cette fois. À défaut de ne pas avoir d'oreillers sous la main, ils firent une bataille de torchons. Ils s'arrêtèrent au bout d'un moment, craignant de devenir trop bruyants et de réveiller Harry. Ils jetèrent un même regard à toute la vaisselle qu'il restait à laver. Puis ils se tournèrent l'un vers l'autre.
- Tu crois que la vaisselle nous en voudra si on la laisse passer la nuit dans l'évier ? songea Sirius.
- Oh, non, elle a l'air bien, ici. Je pense même qu'elle dort déjà. Ce serait bête de la réveiller.
- Entièrement d'accord. On va se coucher, alors ?
- Avec grand plaisir !
C'est ainsi que Sirius et Remus abandonnèrent la vaisselle à son propre sort sans le moindre remord. Ils étaient épuisés et avaient grandement besoin de se reposer. La rentrée aurait lieu quatre jours plus tard et ils voulaient être au top de leur forme pour faire leur grande retour à Poudlard.
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Voilà pour ce chapitre, j'espère qu'il vous a plu ! Je vous retrouve vendredi prochain pour le dernier chapitre avant la rentrée qui s'intitulera «Conséquences d'une nuit agitée». Des bisous à tous (de loin, bien sûr) !
