Bonjour tout le monde ! Me revoici, me revoilà pour le chapitre 13 de S'aimer malgré les préjugés. C'est le dernier chapitre de la première partie qui était centrée sur l'été des personnages.
Tout d'abord, réponse à la review reçue sur le chapitre précédent :
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Gryffondor : Tonks avait effectivement besoin de repos ! Cela ne va pas vraiment la faire réfléchir mais elle finira par comprendre qu'elle ne doit pas se laisser faire et elle va taper du poing sur la table XD Concernant le dîner, il a été profitable pour Sirius, c'est sûr ! Quant à Harry, je ne peux pas trop en dire mais il ne veut pas décevoir Sirius, en effet ^^ Merci pour ta review, j'espère que le chapitre te plaira !
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Je vous laisse découvrir ce chapitre centré sur Théo et par extension sur Draco et Severus. Bonne lecture !
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13 - Conséquences d'une nuit agitée
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(mardi 29/08) POV Severus
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Severus était en train de faire un rêve parfaitement stupide lorsqu'il fut réveillé en sursaut par un bruit strident. Il mit quelques secondes à comprendre que cela venait de l'émetteur. Il se leva en toute hâte, s'habilla, prit sa malle et vérifia qu'il y avait dedans tout ce qui pourrait lui être nécessaire. Il était en train de griffonner un mot à l'attention de Draco quand celui-ci débarqua dans le salon. D'une voix toute ensommeillée, il demanda :
- Qu'est-ce qui se passe ? C'était quoi ce bruit ? Et où est-ce que tu vas comme ça ?
- C'est Théo. Il a besoin d'aide.
Ces simples mots semblèrent suffire à réveiller Draco.
- Quoi ?! Mais... qu'est-ce qu'il a ?!
- Je ne sais pas, mais il y a urgence.
- Je viens avec toi.
- Non, tu restes là, ordonna fermement Severus. Si j'estime que je ne peux pas laisser Théo tout seul, je reviendrai vite avec lui. Si tu ne me vois pas revenir au bout de trois quarts d'heure, c'est qu'à priori, ce n'est pas trop grave. Mais dans tous les cas, tu ne bouges pas d'ici. Je ne veux pas te voir au Chaudron Baveur, compris ?
- Compris, marmonna Draco.
- Bon, j'y vais. Ne t'inquiète pas, Draco, je gère la situation.
Severus vérifia une dernière fois qu'il avait tout ce qu'il fallait, prit sa mallette et se rendit au Chaudron Baveur par voie de Cheminette. Il atterrit derrière le bâtiment et dut donc le contourner pour pouvoir y entrer. Comme c'était une auberge, on pouvait y accéder à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Il monta à la chambre qu'occupait Théo et entra sans frapper. À peine eut-il poussé la porte qu'il entendit des cris qui le terrifièrent. Il s'empressa de refermer la porte et de lancer un Lumos. Il fut d'abord surpris de découvrir le lit vide, puis il comprit ce qui avait dû se passer lorsqu'il vit Théo par terre en train de se débattre comme un beau diable dans ses draps emmêlés tout en criant et hurlant. La scène était si effroyable que Severus se demanda un instant s'il ne faisait pas face à une vraie crise de folie. Il chassa cependant vite ses interrogations et se dirigea vers Théo. Il songea que ça allait être compliqué de le sortir de son... cauchemar s'il ne s'était même pas réveillé en tombant de son lit. Il tenta de poser une main sur son épaule mais il faillit se prendre un coup de poing en pleine figure. Il n'eut d'autre choix que de lui prendre les poignets afin d'éviter de se retrouver avec deux yeux au beurre noir. Mais cela ne fit qu'accentuer l'agitation de Théo qui se débattit de plus belle. Cela ne découragea pas Severus qui réussit à le maîtriser en lui bloquant également les jambes. Il décida de lui parler, espérant que sa voix suffirait à le ramener à la réalité :
- Théo, écoutez-moi, vous n'êtes pas chez votre père, vous êtes au Chaudron Baveur. Ce n'est qu'un cauchemar, personne ne veut vous faire de mal. Vous êtes en sécurité.
Théo cessa de s'agiter. Il se passa quelques secondes avant qu'il n'ouvre les yeux. Lorsque son regard croisa celui de Severus, il eut un sursaut et tenta de se dégager mais Severus resserra sa prise, craignant que Théo ne se blesse en tentant de fuir dans la précipitation.
- N'ayez pas peur, je ne vous veux aucun mal. Je suis juste venu à votre secours.
Il ne savait pas si Théo l'entendait vraiment. Il semblait à mi-chemin entre son cauchemar et la réalité. Son regard était encore celui d'une bête traquée.
- Est-ce que vous m'entendez ? demanda-t-il doucement.
Théo acquiesça lentement. Severus fut en partie soulagé. Au moins, il avait son attention. À présent, il devait essayer de le faire parler.
- Comment vous sentez-vous ?
- Je... je ne sais pas. Je suis un peu dans le brouillard.
Théo regarda autour de lui.
- Qu'est-ce que je fais par terre ?
- Vous avez glissé de votre lit pendant votre sommeil.
Théo fronça les sourcils.
- Quelque chose ne va pas ?
- Non... non, tout va bien.
- Vous êtes sûr ?
- Oui.
- Bien. Est-ce que vous vous souvenez de votre cauchemar ?
- Je n'ai pas fait de cauchemar.
- Vous hurliez pourtant dans votre sommeil. Et vous vous débattiez comme si quelqu'un voulait s'en prendre à vous.
- Oui eh bien je ne m'en souviens pas.
Le ton sec de Théo surprit Severus. De toute évidence, il lui mentait. Il se souvenait de son cauchemar mais il devait être tellement terrifiant qu'il souhaitait le refouler au plus profond de son inconscient. Il devait pourtant en parler. Il en avait besoin. Mais pas tout de suite, mieux valait attendre quelques heures. Quoi qu'il en soit, dans tous les cas, Severus devrait revenir le voir dans la matinée. En attendant, Théo avait besoin de dormir.
- Bon, je vais vous donner une potion de sommeil sans rêves pour que vous puissiez dormir de façon efficace.
- NON !
Severus sursauta. Il regarda Théo et vit qu'il avait de nouveau l'air terrifié.
- Théo, vous n'avez pas à avoir peur. Avec cette potion, vous ne ferez ni rêve, ni cauchemar.
- Je m'en fiche, je ne veux pas dormir !
- Vous en avez pourtant besoin.
- NON ! Je ne veux pas ! Si je dors il va revenir ! Il va me faire payer !
Severus retint un frisson en comprenant qu'il avait vu juste. Ainsi, c'était vraiment son père qui se trouvait dans son cauchemar.
- Je vous promets que non, assura Severus. Vous allez dormir d'une traite et vous vous réveillerez sans vous souvenir de votre nuit. Faites-moi confiance.
- Mais je vous dis que je ne veux pas dormir ! Il va revenir, je le sais ! Pourquoi est-ce que vous voulez m'y forcer ?! Vous êtes de mèche avec lui, c'est ça ?!
Severus fixa Théo sans savoir quoi faire, ni quoi dire. Il était clairement en train de divaguer. Il sentait qu'il suffisait d'un rien pour que Théo reparte dans une crise de folie. Il était sous tension. Cela se voyait tellement que c'en était presque palpable. Severus voulut se rapprocher de Théo pour tenter d'apaiser les choses mais celui-ci se recula en criant :
- Ne vous approchez pas de moi !
- Je ne vous veux pas de mal, répéta Severus. Je veux juste...
- C'EST FAUX ! Je ne sais pas ce que vous faites là mais je veux que vous me laissiez tranquille !
- Je suis désolé mais ça ne va pas être possible. Je suis là pour vous aider, même si je dois le faire contre votre gré.
- MAIS JE NE VEUX PAS QUE VOUS M'AIDIEZ ! JE VEUX QUE VOUS VOUS EN ALLIEZ ET QUE VOUS ME LAISSIEZ TRANQUILLE !
Severus ne répondit pas, sachant que cela ne servirait à rien. Vu l'état dans lequel était Théo, il n'y avait plus qu'une chose à faire. Il avait voulu à tout prix éviter d'en arriver là mais il n'avait pas le choix. Il avait besoin de calmer Théo et il n'y avait qu'un moyen pour ça. Ce n'était pas pour rien s'il avait pris sa malle avec lui... Il attrapa le bras de Théo qui, évidemment, recommença à se débattre. Cela compliquait les choses mais ce n'était pas la première fois que Severus se retrouvait dans ce genre de situation. Il savait comment s'y prendre. Il ne prêta donc pas attention aux cris de Théo ainsi qu'à ses tentatives de s'extraire à sa poigne et, au prix de quelques efforts, il réussit à lui injecter un philtre calmant. Ce philtre n'avait pas pour but de le faire dormir mais juste de l'apaiser. Même si «apaiser» était un peu trop faible par rapport à la réalité. Car le philtre mettait plutôt le patient dans une sorte d'apathie provisoire. C'était assez radical comme solution mais au moins, c'était efficace. Du coup, Severus ne pouvait plus laisser Théo au Chaudron Baveur. La rentrée ayant lieu trois jours plus tard, il allait garder Théo jusqu'à la fin des vacances. S'il devait s'expliquer avec le Ministère, eh bien il le ferait. Il n'était pas en tort, de toute façon. Il l'aurait été s'il était parti en laissant Théo seul livré à lui-même. Cela aurait été de la non-assistance à personne en danger.
Severus s'attela à faire la valise de Théo, ce qui ne prit que quelques minutes. Toutes les affaires de l'adolescent étaient soigneusement rangées, ce qui lui facilitait grandement la tâche. Une fois la valise bouclée, il la prit dans une main, attrapa de son autre main le bras de Théo et il fit transplaner tout ce petit monde, lui compris. Ils atterrirent dans le salon, faisant crier Draco qui s'y trouvait. Il poussa un autre cri en voyant Théo.
- Severus, qu'est-ce qui s'est passé ?!
- Je ne sais pas vraiment, c'est assez difficile à expliquer. Il était en train de faire un violent cauchemar quand je suis arrivé, j'ai mis un peu de temps à le réveiller mais je n'ai pas réussi à le faire revenir entièrement dans la réalité. Il était encore dans son cauchemar tout en étant éveillé. Il était un peu trop agité, j'ai donc dû lui injecter un philtre calmant.
- C'est pour ça que tu l'as ramené ici ?
- Oui, parce que ce n'était pas un simple cauchemar. C'était plus profond que ça. Il faut qu'il en parle et le plus vite possible. D'après ce que j'ai compris, ça a un lien avec son père. Il lui faisait vraisemblablement beaucoup de mal dans le cauchemar qu'il faisait. Si ça le met dans un tel état de terreur la nuit, c'est que c'est grave et qu'il faut faire quelque chose.
- Qu'est-ce que tu essaies de me dire, exactement ? s'inquiéta Draco.
Severus soupira.
- Que j'ai peut-être eu tort de ne pas le forcer à dénoncer son père pour ce qu'il lui a fait pendant toutes ces années. Il ne trouvera pas la paix tant que son père n'aura pas été puni pour ça.
- Donc pour toi... il doit dénoncer son père ?
- Ça me semble inévitable.
Severus vit Draco jeter un coup d'oeil à Théo. Devinant les craintes de son filleul, Severus le rassura :
- Il n'entend pas ce qu'on dit. Son cerveau est un peu en mode «pause». Il faut qu'on s'adresse à lui pour qu'il réagisse. Mais tant qu'il sera sous philtre calmant, il ne faut pas espérer avoir une discussion qui tienne la route avec lui. De toute façon on attendra demain pour lui parler. Il ne sera plus sous philtre calmant et il se sera reposé. Là il faut qu'il dorme. Je vais lui donner une potion de sommeil sans rêves pour qu'il puisse passer une fin de nuit tranquille.
- Ça ne va pas faire trop avec le philtre que tu lui as déjà donné ?
- Non, ne t'inquiète pas, c'est parfaitement compatible. Il n'y a pas de risques à combiner les deux, c'est même recommandé de le faire dans certains cas. Bon, par contre, je n'avais pas vraiment préparé l'éventualité de le ramener ici. Je savais que ça pourrait arriver mais je n'ai rien prévu à cet effet. Je ne sais pas où il va dormir, par exemple.
- Ce n'est pas un problème, ça, il va dormir avec moi, assura Draco.
- Dans d'autres circonstances je n'y aurais vu aucun inconvénient mais là je ne serais pas très rassuré.
- Ne t'en fais pas, je gère, tu peux me faire confiance, insista Draco. Je sais qu'il risque de mal réagir s'il se réveille en sentant quelqu'un à ses côtés, c'est pour ça que je vais me contenter de veiller sur lui sur une chaise. Je ne réussirai pas à dormir, de toute façon.
- Comme tu veux. Mais la nuit prochaine je veux que tu dormes. La rentrée est dans trois jours, ce n'est pas le moment de faire des nuits blanches.
- Promis.
- Bon, allons-y.
Severus, Draco et Théo se rendirent dans la chambre de Draco. Severus vit l'air triste de Draco lorsque celui-ci regarda Théo les suivre tel un automate. Si Draco supportait déjà mal de voir quelqu'un sous l'effet d'un philtre calmant, alors Severus ne regrettait pas du tout d'avoir refusé qu'il l'accompagne au Chaudron Baveur. Draco n'aurait pas supporté de voir son ami en pleine crise. Une fois arrivés, Théo se coucha avec l'aide de Draco puis Severus lui fit boire une potion de sommeil sans rêves. Deux minutes plus tard, Théo était déjà profondément endormi. Severus se tourna vers Draco.
- Je ne vais pas me recoucher non plus, donc si tu as envie d'une compagnie plus... animée, n'hésite pas à venir me voir.
Draco acquiesça en souriant. Severus lui rendit son sourire, quitta la chambre et retourna au salon. Il décida d'occuper son temps en relisant les cours qu'il avait déjà écrits pour sa première journée de cours et en commençant à préparer ceux pour sa deuxième journée. Il n'était absolument pas fatigué, aussi fut-il très productif. Il savait cependant que la journée du lendemain allait être longue, vu qu'il n'aurait presque pas dormi de la nuit, et c'est pour cette raison qu'il but café sur café afin d'être le plus en forme possible pour affronter cette rude journée qui l'attendait.
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POV Draco
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Comme il l'avait dit à Severus, Draco passa le reste de la nuit à veiller sur Théo. Il se posait mille et une questions. Il se demandait, entre autres, ce qui se serait passé sans l'émetteur du dispositif médical de Severus. Comment auraient-ils retrouvé Théo à la rentrée ? Il n'osait même pas se l'imaginer. Une autre question qu'il se posait concernait le contenu du cauchemar de Théo. Qu'y avait-il donc dans son cauchemar pour l'avoir mis dans un état pareil ? Sachant que Théo ne se réveillerait pas avant plusieurs heures, Draco était allé voir Severus pour en savoir plus sur ce qui s'était passé. Severus lui avait alors tout raconté. Draco avait eu peine à reconnaître le garçon que lui décrivait son parrain. Le Théo qu'il connaissait n'était pas du tout comme ça. Le Théo qu'il connaissait était calme et ne hurlait jamais. Le Théo qu'il connaissait était gentil et n'envoyait pas bouler les autres en leur hurlant dessus. Le Théo qu'il connaissait était soucieux du règlement et ne hurlait pas sur ses professeurs. Le Théo qu'il connaissait allait mal et avait besoin d'aide.
Draco soupira. Les deux derniers jours de vacances n'allaient pas être de tout repos. Surtout pour Théo. Cette fois, Draco en était sûr : Severus allait le forcer à dénoncer les maltraitances que lui avait fait subir son père. Il n'allait pas lâcher Théo jusqu'à ce qu'il accepte. Mais ce qui inquiétait Draco, c'était la réaction de Théo. Il ne savait pas comment il allait réagir. Allait-il refuser net et se renfermer sur lui-même ? Allait-il d'abord refuser avant de se laisser convaincre ? Ou allait-il accepter très vite la demande de Severus ? Tout était possible, avec Théo. Mais Draco avait peur que, malgré la lourde insistance de Severus, Théo campe sur ses positions. Il était fermement opposé à l'idée de dénoncer son père, même après tout ce qu'il lui avait fait. Il était déjà contre l'idée de balancer les gens en général, alors son propre père... C'était d'ailleurs ce qui le différenciait de la plupart des Serpentard. Mais Draco savait que son ami était aussi intelligent que têtu. Il comprendrait donc bien vite que, tant que son père n'aurait pas payé pour ce qu'il lui avait fait, il ne trouverait pas la paix. Draco concentrait tous ses espoirs sur cet argument.
Il regarda Théo qui dormait toujours. Il avait l'air serein. La potion de sommeil sans rêves que Severus lui avait fait boire y était pour beaucoup. Mais il avait l'air également innocent. Comment son père avait-il pu être aussi cruel avec lui ? C'était incompréhensible. Théo méritait vraiment mieux comme père. Le vieux Nott devait absolument payer pour tout le mal qu'il lui avait fait. Au moment où il se fit cette réflexion, il vit Théo papillonner des yeux. Lorsqu'il les ouvrit, son regard tomba aussitôt sur celui de Draco. Il sursauta et se redressa, l'air terrorisé.
- Calme-toi, tu es en sécurité, lui intima Draco.
- Mais qu'est-ce que tu fais là ?! Ou plutôt...
Théo regarda autour de lui.
- ... qu'est-ce que je fais là ?
- Severus saura mieux t'expliquer que moi.
- Mais où suis-je ?
- Chez Severus, justement.
- Pourquoi ?
- Tu ne voudrais pas arrêter de poser des questions et me dire bonjour, espèce de malpoli ? s'amusa Draco.
Théo piqua un fard.
- Désolé, mais mets-toi à ma place, je me réveille et je n'ai aucune idée de la façon dont j'ai atterri ici !
- Oui mais sinon, à part ça, tu te sens bien ?
- Plutôt bien, oui. Ça faisait une éternité que je n'avais pas aussi bien dormi.
- Ça c'est un peu normal. Mais Severus t'expliquera tout ça.
Théo acquiesça avant de froncer les sourcils.
- Pourquoi tu étais en train de me regarder dormir ?
- Parce que je n'avais rien d'autre à faire.
- Tu n'étais plus fatigué ? Ça m'étonne de toi. Tu es plutôt du genre à faire la grasse mat' durant les vacances. Mais tu as dormi où, d'ailleurs ?
Draco réprima un soupir. Il ne s'était pas attendu à subir un interrogatoire en règle dès le réveil de Théo !
- Je n'ai pas dormi depuis que tu es arrivé. J'avais un peu peur de ta réaction si tu avais senti quelqu'un à tes côtés en te réveillant. Tu aurais eu l'impression d'avoir ton espace vital menacé et tu aurais pu mal réagir.
- En gros tu as sacrifié ton sommeil pour que je ne te vire pas du lit en me réveillant.
- En gros c'est ça, oui.
Théo sourit d'un air contrit. Le sentant sur le point de s'excuser, Draco s'exclama :
- Ah non, je t'interdis de t'excuser ! Tu n'as pas à t'en vouloir. Si tu veux vraiment soulager ta conscience, dis-toi que Severus s'en serait tellement voulu s'il t'avait laissé au Chaudron Baveur qu'il aurait passé nuit blanche sur nuit blanche jusqu'à la rentrée.
- Vu comme ça... Mais qu'est-ce qui a pu se passer pour qu'il se retrouve obligé de me rapatrier ici ?
- Bon, on va prendre notre petit-déjeuner, comme ça Severus pourra tout t'expliquer.
- Euh... j'aimerais m'habiller, d'abord, si ça ne te dérange pas...
- Ah oui oups, pardon.
Draco prit la valise de Théo et la lui apporta. Théo haussa les sourcils.
- Si je comprends bien, je reste ici jusqu'à la rentrée ? Je ne retourne pas au Chaudron Baveur ?
- C'est ça, tu as tout compris. Allez, habille-toi, qu'on aille vite manger. J'ai faim.
- Tu n'as qu'à partir devant.
- Non mais et puis quoi encore ? Je ne vais pas te laisser tout seul ! Quel genre d'hôte je ferais ?
- Draco, je ne pourrai pas m'habiller tant que tu seras là.
Draco leva les yeux au ciel.
- D'accord, je t'attends derrière la porte.
Il prit sa baguette et sortit de la chambre. Cinq minutes plus tard, Théo le rejoignit. Ils se rendirent ensemble au salon où Severus était en train de travailler. Théo le salua et resta planté devant la table, au grand dam de Draco qui s'était déjà installé.
- Théo, on n'est pas chez les bourgeois ici. Alors tu t'assois et tu manges. Oh, pardon, c'est peut-être un peu trop familier pour toi. Je reformule : tu poses ton séant sur une des chaises ici présentes et tu nous fais le plaisir de te sustenter.
Théo rougit de nouveau mais obtempéra sous les yeux rieurs de Draco et le regard amusé de Severus.
- Ne te moque pas trop de lui, Draco. Le but est de le garder ici jusqu'à la rentrée.
- Ton parrain a raison, Draco. Si tu te moques encore une fois de moi, je retourne direct au Chaudron Baveur.
- Oh, tu peux essayer. Mais je te préviens : Severus a bloqué toutes les issues. Même moi je n'ai pas le droit de sortir. Tu te rends compte ? Séquestré par mon propre parrain ! C'est scandaleux.
Draco reçut une tape derrière la tête alors que Théo souriait. Draco fut soulagé de le voir un peu plus détendu. Ils commencèrent à manger en parlant de choses et d'autres qui avaient toutes un lien plus ou moins direct avec la rentrée. Une fois le petit-déjeuner terminé, Severus se tourna vers Théo sous le regard attentif de Draco.
- Vous devez vous demander pourquoi vous êtes là.
- C'est la question que je me pose à peu près cinquante fois par minute depuis que je suis réveillé, en effet.
- Je vais vous expliquer.
Tout comme Théo, bien qu'il connaissait déjà l'histoire, Draco écouta Severus raconter ce qui s'était passé sur les coups de deux heures du matin. Le visage de Théo s'était vite refermé, faisant grimacer Draco. Il s'y était attendu, bien sûr, mais il aurait préféré se tromper. Ce n'était pas bon signe du tout que Théo se renferme. Il fallait au contraire qu'il s'ouvre et qu'il se confie.
- Je ne me souviens de rien, dit Théo une fois que Severus eût terminé son récit.
- C'est normal, vous avez fait une crise tellement violente que j'ai dû vous injecter un philtre calmant. Et ensuite je vous ai fait boire une potion de sommeil sans rêves, comme je vous l'ai expliqué. Ce que je voudrais savoir, c'est si ça vous était déjà arrivé d'avoir ce genre de cauchemar qui vous met dans un état pareil ?
- Même si c'était le cas, qu'est-ce que ça changerait ? Je vous ai déjà dit de toute façon que j'avais un sommeil agité à l'approche de la rentrée.
- Oui et déjà, à ce moment-là, vous ne vouliez pas en parler. Mais je ne vais pas vous lâcher aussi facilement cette fois. Est-ce que vous trouvez ça normal d'avoir eu une telle crise, franchement ? Et est-ce que vous pensez vraiment que je vous crois quand vous dites que c'est à cause de la rentrée ?
Théo baissa les yeux.
- Vous pouvez tout me dire, Théo. Je suis votre directeur de maison depuis quatre ans, vous êtes donc bien placé pour savoir que je ne divulgue rien de ce qu'on me dit. Après vous préférez peut-être que Draco s'en aille pour m'en parler ?
Draco tiqua, appréciant peu l'éventualité d'être mis à l'écart, mais ne dit rien.
- Non, au contraire, je préfère qu'il reste, avoua Théo. Il a le droit de savoir quelque chose que je refuse de lui dire, ainsi qu'à nos amis, depuis qu'on se connaît. Je ne mentais pas quand je disais que j'avais tendance à avoir le sommeil agité peu avant la rentrée. Mais elle n'y est pour rien. C'est à cause de quelque chose qui revient systématiquement deux jours avant la rentrée.
- Ton anniversaire, souffla Draco.
- C'est ça.
- Tu n'as jamais voulu qu'on te le souhaite. Et tu n'as jamais voulu nous dire pourquoi.
- C'est parce que c'est le pire jour de l'année depuis ma toute petite enfance. C'est le jour où mon père s'acharne le plus sur moi. Ça n'a rien à voir avec d'habitude. C'est cent fois plus fort, ça dure cent fois plus longtemps, ça fait cent fois plus mal, c'est cent fois plus insupportable... Il m'a toujours fait regretter ce jour où je suis né. Il m'a toujours fait comprendre que je n'aurais jamais dû être conçu. Je n'ai jamais compris pourquoi puisqu'il n'a pas eu d'autre héritier après moi. Le pire c'est l'année où il a commencé à me torturer avec le Doloris. Cette année-là, le jour de mon anniversaire, il l'a utilisé jusqu'à ce que je m'évanouisse. C'est quelque chose qu'il ne faisait jamais, avant. Il préférait me garder éveillé, c'était plus drôle pour lui.
Draco avait la nausée tellement il était révulsé par les explications de Théo. Il trouvait cela tout bonnement horrible. Il se sentait mal pour son ami. Severus remarqua d'ailleurs son malaise et lui adressa un regard inquiet. Draco lui sourit pour le rassurer. Cela sembla faire effet puisque Severus reporta son attention sur Théo.
- Merci de vous être confié. Je sais que ce n'est pas évident mais c'était nécessaire.
Théo acquiesça.
- Si vous avez fini de manger vous pouvez faire ce que vous voulez.
- Euh... c'est-à-dire que j'ai été légèrement pressé pour aller manger, alors... je me suis directement habillé avant de venir ici...
Draco ne savait pas s'il devait être courroucé par l'accusation implicite de Théo, dépité par la question qu'il n'osait pas poser ou amusé par l'air effaré de Severus.
- Vous comptez demander la permission pour chaque chose aussi basique que celle-là ? Vous n'avez pas besoin de demander pour aller prendre une douche. Vous pouvez y aller.
- Merci.
Théo s'en alla en emportant avec lui ce dont il avait eu besoin pour son petit-déjeuner.
- Il peut être vraiment désespérant, parfois, commenta Draco.
- Il ne faut pas trop le juger. N'oublie pas que c'est un Sang-Pur qui a été élevé par un père tyrannique. Ce n'est donc pas étonnant qu'il ait des manières aussi polies.
- C'est vrai. Mais pourquoi l'as-tu laissé partir si tôt ? Tu n'étais pas censé lui parler de son père ?
- Je préfère attendre un peu. Je lui en parlerai plus tard dans la journée. Il ne faut pas trop lui en demander d'un coup.
- Tu voudras être seul avec lui à ce moment-là ?
- Oui, ce serait mieux. Après, ça m'arrangerait si tu trouvais un moyen de me l'envoyer.
- Compte sur moi. Je devrais facilement trouver quelque chose pour qu'il vienne te voir.
- Ça ne te gêne pas que je veuille lui parler seul à seul ?
- Non, pas du tout, je comprends. Je pense que j'en profiterai pour commencer à faire mes valises.
- Cela ne t'empêchera pas de te rendre compte que tu auras oublié quelque chose cinq minutes avant de partir.
- Ce n'est pas de ma faute si je suis tête en l'air, se défendit Draco. Bon, je vais faire un peu de place dans mon armoire pour que Théo puisse y mettre quelques affaires. Je sais que ce n'est que pour deux jours mais ça lui évitera de chercher dans sa valise de quoi s'habiller.
- Très bonne idée.
Draco sortit du salon et se rendit à sa chambre. Il empila et décala ses vêtements dans l'armoire afin de laisser de la place pour ceux de Théo. C'était étrange pour lui, de faire ça. Il n'avait jamais eu à partager quoi que ce soit. Mais c'était plutôt agréable. Bon, le fait que ce soit avec un de ses amis qu'il devait partager sa chambre influençait beaucoup son jugement. S'il avait dû la partager avec quelqu'un qu'il détestait – comme Potter – il aurait trouvé ça tout de suite beaucoup moins agréable. De toute façon, cela n'était pas près d'arriver. Il préférait largement se jeter du haut de la Tour d'Astronomie plutôt que partager quoi que ce soit avec cet abruti de Potter !
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Quelques heures plus tard, POV Théo
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- C'est cool ici.
Théo se demanda pourquoi il avait sorti ces mots lorsque Draco leva les yeux vers lui.
- Ravi que ça te plaise, dit-il avec un sourire. Mais tu apprécierais sûrement davantage si tu te détendais un peu.
- Je fais des efforts, protesta Théo. Mais je vais essayer d'en faire plus.
Il hésita un peu puis il ajouta :
- Tu sais, pour mon anniversaire, je... je suis désolé de ne t'avoir rien dit avant. D'avoir refusé de t'en parler. Ainsi qu'à Blaise et à Pansy.
- Tu ne pouvais pas, on ne va pas t'en vouloir pour ça, dit gentiment Draco. Tu n'as jamais voulu nous dire que ton père te maltraitait, alors tu n'allais pas nous dire que le jour de ton anniversaire, il te faisait encore plus de mal que d'habitude... Mais tout ça n'arrivera plus, désormais. Ton père ne te fera plus jamais de mal. Quel que soit le jour de l'année. Il faut que tu réapprennes à aimer ce qu'il t'a poussé à détester.
- Je n'ai pas envie de fêter mon anniversaire demain, Draco.
- Je ne te demande pas ça. J'aimerais juste que tu nous laisses te le souhaiter, demanda Draco d'un ton à la fois doux et sérieux. Ce ne sont que deux ou trois mots mais je pense que c'est important. Si tu continues à haïr ton anniversaire, tu laisseras en quelque sorte ton père gagner. Imagine-le te voir heureux en entendant quelqu'un te souhaiter ton anniversaire, ça le mettrait dans un tel état de rage ! Sauf que là, il ne pourra rien te faire. Il y a des petites vengeances comme ça que tu peux avoir sur lui. Elles ne sont pas méchantes pour une noise et ça te fera plus de bien qu'autre chose. Ce n'est que du bénef', quoi.
Face à de tels arguments, Théo ne put que se laisser convaincre.
- D'accord, vous pourrez me souhaiter mon anniversaire demain si vous y tenez tant.
- Il faut que ça te fasse plaisir à toi aussi.
- Imaginer mon père furieux derrière les barreaux à Azkaban suffira à me mettre en joie pour toute la journée, dit Théo avec un franc sourire.
Draco sourit lui aussi en guise de réponse avant de se mettre à bâiller. Théo se sentit aussitôt responsable.
- Draco, je t'interdis de veiller sur moi cette nuit. Je ne veux pas que tu passes une autre nuit blanche.
- Tu n'as rien à m'interdire, je suis ton aîné de deux mois et demi, je te rappelle.
- J'avais oublié, deux mois et demi, c'est tellement important, ironisa Théo en levant les yeux au ciel. Non mais sérieusement, je ne dormirai pas tant que je ne serai pas sûr que toi, tu dormiras. Et, crois-moi, tu auras beau faire semblant, si tu ne dors pas, je le saurai.
- Tu me fais du chantage, maintenant ? s'indigna Draco.
- C'est pour ton bien, affirma Théo sur un ton innocent.
- Bon, à deux contre un, je ne fais pas le poids... Severus aussi ne veut pas que je passe une autre nuit blanche. Mais il va falloir qu'on trouve un autre lit. Celui-là est assez grand pour deux, mais comme je te l'ai dit ce matin...
- Ça ne me dérangerait pas, assura Théo. Je crois même que ça me rassurerait. Tu sais, je n'ai jamais eu de doudou, de peluche, de berceuse ou autre objet qu'un enfant devrait avoir. Je n'avais pas non plus de diffuseur d'ondes magiques apaisantes. Je n'ai jamais eu de quoi me rassurer. Et je pense que, même sans en avoir fait l'expérience, ça m'a toujours manqué.
- Donc tu veux que je sois ton doudou ?
Théo éclata de rire.
- Non, tu serais plutôt mon diffuseur d'ondes magiques. Je sentirais ta présence, ça m'apaiserait. Si, pour une fois, je peux passer les deux nuits précédant la rentrée sans faire le moindre cauchemar et sans avoir besoin de potion de sommeil sans rêves, ce ne serait pas de refus. La potion est très efficace, mais elle rend groggy au réveil et j'ai horreur de ça. Et puis elle rend sensible. Après, si toi, ça te dérange...
- Mais non, voyons, le rassura Draco. Je préfère ça plutôt que tu fasses des cauchemars. Mais tu es sûr que ma seule présence t'empêchera d'en faire ?
- Je pense, oui. Au Chaudron Baveur j'étais tout seul, livré à moi-même. J'avais vraiment peur que mon père revienne me faire du mal, même si je savais qu'il était à Azkaban. Alors que là, je me sens bien plus en sécurité.
- Je comprends.
Une pensée traversa soudain l'esprit de Théo.
- Comment on va s'y prendre pour aller à la gare ?
- Euh... je n'en sais trop rien.
- Si ton parrain doit nous y emmener, comment va-t-il faire pour être à Poudlard avant nous ?
- Il ne fera peut-être pas le trajet dans le Poudlard Express. Mais si ça t'inquiète tant, tu peux aller te renseigner auprès de lui. Il est sûrement dans la cuisine en train de préparer le repas de ce soir. Ça lui fera plaisir d'avoir un peu de compagnie, je pense. Moi j'ai horreur de faire la cuisine.
- D'accord, j'y vais. Ça ne te dérange pas de rester tout seul ?
- Non, pas du tout.
Théo sourit à Draco et sortit de la chambre. Il se rendit à la cuisine où il trouva en effet le professeur Snape en train de préparer le dîner.
- Puis-je vous aider ? demanda Théo.
Le Maître des Potions tourna la tête vers lui.
- Vous savez couper les légumes ?
- Oui mais plutôt à la façon moldue. Je n'avais pas le droit à la baguette quand je faisais la cuisine chez mon père, précisa Théo en voyant l'air surpris de son professeur. J'aurais pu en profiter pour m'enfuir, même si je ne l'aurais jamais fait. Il savait que je connaissais le moyen de désactiver les sorts qu'il avait posés.
- Donc vous n'êtes pas très familier avec les sorts de cuisine ?
- Je connais la théorie seulement. Mais il ne serait pas très judicieux que j'utilise la magie ici.
- Il y a des sorts que les jeunes sorciers sont autorisés à utiliser. Sinon, à leur majorité, ils ne sauraient pas lancer des sorts presque indispensables qu'on ne vous apprend pourtant pas à Poudlard. Enfin, avec le professeur de sortilèges que vous allez avoir à la rentrée, cela ne m'étonnerait même pas que vous appreniez ces sorts alors qu'ils ne sont pas censés faire partie du programme... Mais là n'est pas la question. Vous pouvez utiliser la méthode que vous souhaitez.
- Je crois que je vais m'en tenir à la méthode moldue. Pour le simple plaisir de le décider moi-même. Et pas parce qu'on m'y oblige.
Théo prit un poireau et se mit à l'éplucher énergiquement. Il ne savait pas pourquoi mais il ressentait le besoin de se défouler. Cela ne lui était jamais arrivé auparavant. En fait, quelque chose de nouveau commençait à monter en lui. Quelque chose qu'il n'avait jamais ressenti jusque-là. La discussion qu'il venait d'avoir avec Draco avait agi comme un déclic en lui. Il en voulait à son père de lui avoir fait détester le jour de son anniversaire dès son plus jeune âge alors que c'était au contraire un jour qu'un enfant devrait particulièrement apprécier. Il en voulait à son père de lui avoir volé son enfance. Il en voulait à son père de l'avoir battu, frappé et torturé. Il en voulait à son père de l'avoir rendu méfiant envers tout le monde au point qu'il peinait à se faire des amis. Il en voulait à son père de l'avoir rendu tout simplement malheureux. Il en voulait à son père et il commençait à le détester pour tout ce qu'il lui avait fait.
Cette dernière pensée fit sursauter Théo. Le couteau lui incisa l'index mais il n'y fit pas attention. Il détestait son père. C'était donc ça, ce sentiment nouveau qu'il avait refoulé jusque-là. La haine. Il se sentit soudain frustré. Car il venait enfin de comprendre que son père n'aurait jamais dû le traiter ainsi, qu'il s'était rendu coupable de maltraitance envers lui et qu'il n'allait pourtant jamais payer pour ça. Il allait uniquement être jugé pour avoir été un Mangemort. Théo trouva cela profondément injuste. Il comprit alors seulement à ce moment-là ce que le professeur Snape avait voulu lui dire lorsqu'il était venu le voir chez les Zabini. Il lui avait dit qu'il se sentirait probablement frustré à l'idée que son père n'ait pas de procès pour ce qu'il lui avait fait. Et il lui avait proposé d'alléger cette frustration en livrant la cachette de son père aux Aurors. À l'époque, Théo n'envisageait même pas la possibilité de dénoncer son père pour les maltraitances qu'il lui avait fait subir. Parce qu'il n'avait pas encore réalisé à quel point c'était grave, à quel point cela lui avait gâché la vie et à quel point il allait avoir du mal à s'en remettre. À présent il se rendait compte de tout cela et il ne pouvait pas supporter l'idée que son père ne soit jamais jugé pour les actes odieux qu'il avait commis envers lui.
- Il ne peut pas s'en tirer comme ça.
Il s'aperçut qu'il avait prononcé ces mots à voix haute lorsqu'il sentit le regard de son professeur se poser sur lui.
- Vous disiez ?
Théo tourna la tête vers son directeur de maison.
- Mon père. Je... je dois le dénoncer. Pour ce qu'il m'a fait. Je ne peux pas le laisser se faire juger juste pour son rôle de Mangemort ! Il n'y a pas qu'à des moldus qu'il a fait du mal ! Oui, c'est horrible, tout ce qu'il a fait, oui, il a prêté allégeance à Vous-savez-Qui, mais... il y a moi, aussi ! Je sais que ça n'a rien à voir, que ce n'est pas aussi grave mais... il n'avait pas à me faire tout ça !
Théo sentit des larmes couler sur ses joues. Ça aussi, c'était nouveau. Depuis quand se permettait-il de pleurer ? Satanées potions de sommeil sans rêves ! Il devait sûrement être encore sous les effets secondaires de cette potion.
- Vous souhaitez donc que votre père soit jugé pour les méfaits qu'il a commis envers vous ?
Théo sentit soudain la honte et le doute l'envahir.
- Vous... vous pensez que je suis un monstre de vouloir ça ?
- Non, surtout pas ! s'exclama le professeur Snape. Au contraire, vous êtes en train de m'ôter une sacrée épine du pied. Car je voulais que vous preniez cette décision avant la rentrée. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que vous êtes ici en ce moment-même. Je me trompe peut-être mais j'imagine que c'est Draco qui vous a envoyé ?
- Comment vous...
Théo écarquilla les yeux.
- Je n'y crois pas ! C'était un coup monté ! Il a profité que je lui pose des questions auxquelles il n'avait pas la réponse pour me conseiller d'aller vous voir ! Et moi, aussi bête que naïf, je l'ai écouté !
- Vous n'êtes ni bête ni naïf. Draco est juste doué pour manipuler les gens et vous en avez fait l'expérience. Mais du coup, ces questions, vous comptiez me les poser ?
- Euh... j'avoue que je les ai vite oubliées. Je voulais juste savoir comment on allait se rendre à la gare.
- En transplanant. Draco et vous transplanerez avec moi avec le transplanage d'escorte.
- Mais dans ce cas, vous ne pourrez pas être à Poudlard avant nous ?
- Je transplanerai devant les grilles de Poudlard une fois que vous serez dans le train.
- Oh... Ça paraît tellement logique, maintenant que vous le dites...
- Tellement logique que Draco m'a posé exactement les mêmes questions que vous.
Théo regarda son professeur avec un air consterné en comprenant que Draco avait en réalité la réponse aux questions qu'il lui avait posées.
- Il va me le payer, siffla-t-il. Il s'est bien moqué de moi !
- Je suis un peu fautif, c'est moi qui lui ait demandé de faire en sorte que vous veniez me voir. Je tenais vraiment à vous parler de votre père. Mais je préférais y aller tout en délicatesse plutôt que venir vous voir, vous dire que j'ai à vous parler et aborder directement le sujet. Vous êtes assez fragile en ce moment, je ne voulais donc surtout pas vous brusquer.
- Je comprends, dit Théo. J'avoue que si vous y étiez allé en mode brute de décoffrage, je n'aurais peut-être pas été très coopératif.
- C'est ce que je me suis dit. Donc n'en voulez pas trop à Draco.
- Je suis incapable de lui en vouloir. Ou alors pas très longtemps. Et il le sait très bien.
«Et il en profite» ajouta Théo en son for intérieur.
- Bon, on ferait mieux de s'occuper de votre doigt. Je ne voudrais pas qu'il se vide de son sang.
Théo baissa les yeux vers sa main. Il avait complètement oublié qu'il s'était coupé l'index.
- Je vais chercher ce qu'il faut. Ne bougez pas d'ici.
Théo aurait levé les yeux au ciel si ce n'était pas son professeur qui se trouvait face à lui. Où est-ce qu'il aurait pu aller, franchement ? Son directeur de maison revint quelques minutes plus tard avec ce qu'il fallait pour soigner son doigt. Parce que la magie avait beau être utile, il n'existait pas de sort pour désinfecter une plaie. Cependant, lorsque le professeur Snape pointa sa baguette vers lui pour lancer un sort afin de nettoyer le sang, Théo prit peur et fit un brusque bond en arrière. Il renversa involontairement avec son coude plusieurs verres qui se fracassèrent par terre. En voyant le professeur Snape le viser avec sa baguette, les images du cauchemar qu'il avait fait la nuit passée lui revinrent en tête et, l'espace de quelques secondes, il crut voir son père à la place du professeur Snape. La terreur s'empara de lui, son souffle devint court et saccadé, il se mit à trembler et il sentit une sueur froide couler le long de son dos. Il lui fallut plusieurs secondes pour revenir complètement à lui. Il se rendit compte que son père n'était pas là et que l'homme qui se trouvait devant lui était son professeur de potions et directeur de maison.
- Désolé, je... j'ai eu une... une sorte de... de vision.
- C'est normal, votre cauchemar est encore frais dans votre mémoire. J'aurais dû être plus délicat.
Théo baissa les yeux et avisa les débris qui jonchaient le sol. Il prit sa baguette et voulut reconstituer les verres cassés mais rien ne se produisit. Il sentit de nouveau la honte l'envahir alors qu'il se morigénait. Mais quel idiot, mais quel idiot ! Il aurait dû s'en douter ! À cause de sa négligence, ce qu'il cachait depuis plusieurs années venait d'éclater au grand jour aux yeux du professeur Snape. Car il avait évidemment vu sa tentative ratée de lancer le sort de réparation. Théo ne sut pas pourquoi il leva les yeux vers son professeur mais il le regretta en voyant l'air surpris de celui-ci.
- Est-ce que cela vous arrive souvent ? demanda-t-il.
- C'est difficile à dire, murmura Théo.
Il avait honte. Terriblement honte. Même son père n'avait jamais su ça. S'il l'avait découvert... Non, Théo ne préféra même pas se l'imaginer.
- Cela se produit à des moments bien précis, je me trompe ?
Cette fois, ce fut Théo qui regarda son professeur avec un air étonné. Ce dernier tenta de le rassurer :
- Vous n'avez aucune honte à...
- Aucune honte ?! le coupa Théo, choqué. Je me transforme en Cracmol dès que j'ai le malheur d'avoir de trop fortes émotions et vous me dites que je n'ai aucune honte à avoir ?! On me répète sans cesse à Poudlard que je suis l'un des meilleurs élèves de ma promotion et je n'arrive pourtant même pas à lancer un simple Lumos après une forte émotion ! Alors excusez-moi mais je ne vois pas comment je ne devrais pas en avoir honte !
Un silence gênant suivit ses paroles. Conscient d'avoir crié sur son professeur, Théo se sentit encore plus honteux. Il voulut s'excuser mais son professeur de potions l'en empêcha :
- Non, ne dites rien. Je m'attendais à ce que vous réagissiez comme ça. Mais maintenant je veux que vous m'écoutiez. Ce que vous venez de me dire m'épargne la peine de vous poser la question que je voulais vous poser avant que vous ne m'interrompiez. Si je comprends bien, vous ne pouvez plus faire de magie après avoir eu de fortes émotions ?
Théo acquiesça.
- Depuis combien de temps cela dure-t-il ? Ou, plutôt, quand est-ce arrivé pour la première fois ?
- Peu après ma première rentrée à Poudlard. Je ne pouvais pas m'en apercevoir avant puisque je n'avais pas de baguette.
- Intéressant.
Théo tiqua. Il ne trouvait pas ça «intéressant» du tout, lui. Le professeur Snape dut voir sa réaction puisqu'il se reprit :
- Ne vous méprenez pas, votre réponse a juste répondu à une autre question que je me posais.
- Dans ce cas pourriez-vous m'expliquer, s'il vous plaît ? Parce que contrairement à vous, moi je ne comprends rien.
- Vous êtes vraisemblablement atteint par un trouble très rare du fluide magique. En temps normal, lorsqu'un sorcier est en proie à de fortes émotions, sa magie peut devenir instable, même si le sorcier est adulte, mais en aucun cas il ne s'en retrouve privé. La magie peut au contraire devenir bien plus puissante que d'habitude, elle peut devenir incontrôlable, elle peut connaître quelques troubles mais en aucun cas elle ne se met totalement au repos comme elle le fait chez vous. C'est vraiment très rare, comme phénomène. D'autant plus qu'aujourd'hui, on ne détecte plus de cas «à la source». Toutes les personnes qui sont détectées se sont vues transmettre cette altération du trouble magique de façon héréditaire. Autrement dit, tous les nouveaux cas sont désormais héréditaires.
- Vous voulez dire... qu'un de mes parents m'a transmis ce trouble ?
- C'est ça. Si ce n'était pas le cas, vous auriez présenté ce trouble bien plus tard. Le fait que votre première perte temporaire de magie ait eu lieu peu après votre entrée à Poudlard prouve que vous aviez ce trouble dès la naissance. Vous deviez juste attendre de pouvoir utiliser la magie avec une baguette pour que ce trouble se manifeste. Je suis désolé de vous le dire mais c'est votre père qui vous l'a transmis. Personne ne sait pourquoi mais ce trouble ne touche que les hommes.
- Ça m'aurait étonné, ironisa Théo. Non mais sérieusement, il compte me pourrir la vie encore combien de temps exactement ? C'est fou ça, même derrière les barreaux il a trouvé le moyen de me laisser un souvenir de lui en permanence !
- Ne vous en faites pas, ça se soigne très bien. À mon avis il ne devait pas savoir que c'était héréditaire. Ou alors il n'a jamais présenté les symptômes de ce trouble. Un homme peut vivre avec ce trouble sans jamais le présenter. Ce qui est très gênant car il peut le transmettre à ses potentiels futurs enfants sans le savoir. Mais je pense plutôt que votre père était porteur de ce trouble sans en être conscient. Car s'il a été traité pour ça, on a forcément dû lui dire que c'était héréditaire. Même s'il était guéri au moment de la conception de l'enfant. Il garde le trouble, mais il ne le présente plus.
- Donc ça veut dire que si j'ai des enfants plus tard, ils risquent de l'avoir aussi ?
- Il y a quatre-vingt pour cent de risques, oui. Mais ils seront diagnostiqués très vite et traités dès que cela sera possible. Ils n'auront même pas le temps d'en souffrir.
- Tant mieux. Du coup, je dois suivre un traitement ?
- Oui, mais je vous ferai d'abord passer des tests lorsque nous serons à Poudlard. Il y a d'autres choses que je dois vérifier. Nous en parlerons à ce moment-là. Pour en revenir à votre père, souhaitez-vous que je prenne rendez-vous au plus vite avec la directrice de la justice magique pour que vous puissiez la rencontrer et dénoncer les actes de votre père ?
- Oui, je veux bien. Je veux que cette histoire soit réglée le plus vite possible. Est-ce qu'il y a moyen qu'il se fasse juger en même temps pour son rôle de Mangemort et pour ce qu'il m'a fait ?
- Étant donné que le Magenmagot croule sous les procès en ce moment, je pense que ce sera tout à fait possible. Je vais devoir recueillir quelques-uns de vos souvenirs qui serviront de preuves. Mais la directrice de la justice magique vous expliquera tout cela lorsque vous la verrez. Je tiens cependant à préciser que vous devrez donc assister au procès de votre père. Les juges citeront vos accusations et vous devrez les confirmer. Ils voudront ensuite entendre votre version des faits. Vous ne devrez pas flancher et encore moins faire machine arrière. Même si, de toute façon, vos souvenirs parleront pour vous. Je ne vous demande pas de rester fort, car cela sera de toute façon très difficile pour vous, mais je vous demande juste de rester sur vos accusations.
- C'est promis. Il n'y a pas de risques qu'il s'en prenne à moi ?
- Non, rassurez-vous. Tout est sécurisé. Vous n'avez aucune inquiétude à avoir. Si vous avez des questions, je vous conseille de toutes les noter sur un bout de parchemin et on en discutera lorsque je vous convoquerai à Poudlard. Dès que vous avez une question, notez-la. Je ne vous promets pas d'avoir la réponse à chacune d'entre elles mais j'ai déjà assisté à des procès, je sais donc comment ça se passe.
- D'accord. C'est ce que je vais faire. Merci pour le conseil.
Théo reprit sa baguette et tenta de nouveau de réparer les verres brisés. Cette fois, tous les débris se reconstituèrent, sous le regard soulagé de Théo.
- Ça ne dure jamais bien longtemps, dit-il. Une heure, grand maximum. Heureusement, ça ne m'est jamais arrivé en cours. Sinon je n'imagine pas la galère que ce serait...
- En même temps, les élèves ont rarement de fortes émotions en cours. Vous pouvez retourner voir Draco, si vous le souhaitez. N'hésitez pas à lui parler de votre trouble. Lorsque vous commencerez le traitement, je pense que Draco le remarquera très vite. Ainsi que vos autres amis. Ils ne se moqueront pas de vous, vous n'avez pas à vous en faire pour cela.
- C'est ce que je comptais faire, affirma Théo. J'ignorais tout de ce trouble, je pensais que...
- Que vous aviez une part de Cracmol en vous ?
Théo acquiesça en rougissant.
- Je peux vous assurer que vous êtes un sorcier à part entière. Cela va vous paraître étrange mais votre trouble le prouve. Savez-vous pourquoi ?
- Non, dit Théo, intrigué.
- Parce qu'il n'affecte que les sorciers qui ont une grande puissance magique. C'est entre autres pour cela qu'il est très rare. C'est ce qui explique l'origine de ce trouble, d'ailleurs. Cela peut être problématique lorsqu'un sorcier a une grande puissance magique, car le fluide magique ne sait pas toujours comment la gérer. Du coup, lorsque le sorcier concerné a de fortes émotions, le fluide magique se met en pause pour calmer les choses et tout remettre en ordre. Cela me coûte de le dire, mais aussi Mangemort soit-il, votre père doit être quelqu'un de très puissant. Et il vous a transmis sa puissance.
- Il doit le regretter, ironisa Théo. C'est bête, la seule chose bien qui me vient de lui, c'est quelque chose de parfaitement involontaire qu'il n'a certainement jamais voulu me transmettre.
- Dites-vous que la nature s'est un peu vengée de lui.
- Et je la remercie, dit Théo en souriant. Je vais rejoindre Draco. À plus tard.
Théo sortit de la cuisine et regagna la chambre de Draco. Il préféra attendre un peu avant de lui parler de son trouble. Il ne regretta pas son choix lorsque Draco lui proposa rapidement une partie d'échecs. Son ami avait envie de s'amuser, ce n'était donc pas le moment d'avoir une discussion sérieuse avec lui. Ils passèrent donc le reste de la journée à faire des parties d'échecs qui furent presque toutes gagnées par Théo. Cela fit évidemment râler Draco. Il y avait des choses qui ne changeaient pas et Théo trouvait que c'était très bien ainsi.
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- Dis, tu as réfléchi à l'éventualité de te présenter aux sélections de Quidditch ?
Théo grimaça en entendant la question de Draco. Il n'allait vraiment pas le lâcher avec ça !
- Ton parrain ne t'a rien dit ?
- Non, pourquoi ? Il aurait dû m'en parler ?
- Non mais je pensais qu'il l'aurait fait. Lorsqu'il est venu me voir pour mon épaule, je lui ai demandé si je pourrai faire les sélections en ayant l'espoir qu'il me dise qu'il en était hors de question. Mais il m'a dit au contraire que ce serait très bon pour mon épaule si c'était combiné à un traitement adapté. Je ne te raconte pas mon désappointement.
- Mais si tu sembles si réfractaire à l'idée d'intégrer l'équipe, pourquoi as-tu posé la question à Severus ?
- Parce que je ne suis plus si réfractaire que ça, justement ! Je voulais qu'il me l'interdise comme ça je n'aurais pas eu à choisir !
- Ça se défend. Mais du coup le choix semble évident, non ? Puisque ça ferait du bien à ton épaule...
- C'est plus compliqué que ça, Draco. Oui, c'est vrai, je le reconnais, le Quidditch m'intéresse beaucoup. Mais il y a trop d'obstacles qui se dressent devant moi pour que je participe aux sélections.
Théo se tourna sur le côté, espérant ainsi mettre fin à la discussion. C'était beaucoup moins pratique pour lire mais il préférait cette position inconfortable plutôt que continuer cette discussion qui était tout aussi inconfortable. Mais ce ne fut visiblement pas l'avis de Draco qui posa une main sur son épaule et le força à se remettre sur le dos.
- On n'a pas fini de parler, Théo. Tu vas m'expliquer de quels obstacles tu parlais.
- Il y en a trop.
- Il est un peu de plus de vingt heures et Severus nous a demandé de nous coucher à vingt-trois heures maximum. On a le temps.
Théo soupira. Draco n'allait pas lâcher l'affaire alors autant céder.
- Déjà, je ne sais pas jouer.
- Ça s'apprend. Ce n'est pas bien compliqué. Tu auras les entraînements pour te faire la main. Tu ne seras pas le premier ni le dernier à entrer dans l'équipe sans avoir la moindre expérience. En plus cette année c'est Graham Montague le capitaine. Il est super sympa. Il va te mettre en confiance. Il va t'aider à t'intégrer dans l'équipe.
- Justement, c'est ça aussi qui me fait peur. Tu me connais, Draco. Je suis quelqu'un d'hyper réservé. J'ai horreur d'attirer l'attention. Et je sais qu'à un moment ou à un autre, je vais l'avoir sur moi si j'intègre l'équipe. Savoir que tout le monde me regarde, ça va me bloquer quand je vais avoir le souafle en main. Car je compte me présenter au poste de poursuiveur.
- Tu ne dois pas y faire attention. Je sais, c'est plus facile à dire qu'à faire, mais il faut que tu te blindes. Quand tu es sur ton balai, tu ne dois penser qu'à ton rôle. Tu t'en fous du regard des autres. Tant que tu fais de ton mieux, les Serpentard seront fiers de toi. Et puis tu te mets peut-être trop de pression pour rien. Tu peux très bien demander à n'être que remplaçant. Si tu te retrouves obligé de jouer et que tu rates ton match, les gens te jugeront moins car tu ne seras que remplaçant. Et si tu te rends compte que même ça, c'est trop de pression et que tu n'arrives pas à la gérer, rien ne t'empêche de démissionner. Ça demandera peut-être quelques semaines mais Graham trouvera un autre remplaçant. Ce n'est pas grave si, pendant deux ou trois semaines, il n'y a que deux poursuiveurs remplaçants. C'est très rare que, dans un même match, les trois titulaires doivent être remplacés. C'est même tellement rare que je me demande si c'est déjà arrivé.
Les paroles de Draco rassurèrent énormément Théo.
- Est-ce qu'il y a encore un autre obstacle ? demanda gentiment Draco.
- Oui. J'ai peur de ne pas réussir à gérer mon emploi du temps.
- Ah... Je ne peux pas vraiment t'aider là-dessus. Je vais devoir trouver moi-même une bonne organisation. Mais tu peux voir ça avec Severus.
- Je sais, c'est déjà prévu qu'on en parle ensemble.
- Ah, cool. Il saura t'aider et te conseiller. Y a-t-il autre chose ?
- Non, c'est tout. Du moins, en ce qui concerne le Quidditch.
Draco haussa un sourcil. Théo ne put s'empêcher de se dire qu'il ressemblait à son parrain lorsqu'il faisait ça. Vu qu'il était lancé, autant tout dire à son ami...
- Je... je dois te parler de quelque chose.
- Je t'écoute.
- Ce n'est pas évident à dire. Bon, déjà, j'ai décidé de dénoncer mon père pour tout ce qu'il m'a fait. Je sais que tu m'as envoyé voir ton parrain pour qu'il me pousse à prendre cette décision mais il n'a pas eu besoin de le faire. Je l'ai décidé tout seul.
- C'est une bonne chose, approuva Draco.
- C'est ce que je pense aussi. Il faut juste que je sois assez fort pour assister au procès de mon père.
- Severus sera là pour t'accompagner. Si tu en ressens le besoin, tu pourras aussi consulter un psychomage.
- Je n'y avais pas pensé, avoua Théo. Je ne sais pas si ce sera nécessaire mais j'y penserai. Mais ce n'est pas vraiment de ça dont je voulais te parler. En fait, quand j'ai pris cette décision, le déclic a été si violent que je me suis coupé le doigt.
- Oh... Je suis désolé pour lui. Je comprends que ce soit dur. Il n'avait rien demandé, le pauvre. C'est normal que tu aies besoin d'en parler. Je suis là pour t'écouter. Tu as parlé à sa famille ? Comment les autres doigts ont-ils pris la nouvelle ?
Comprenant que Draco se moquait littéralement de lui, Théo prit son oreiller et l'abattit sur son ami qui éclata de rire. Il voulut réitérer son geste mais Draco l'en empêcha.
- Tu ne pourras plus te confier à moi si tu m'assommes avec ton oreiller ! Donc tu arrêtes de me frapper avec.
- Tu m'as cherché. Bon, j'en étais où ? Ah oui, je disais que je m'étais coupé le doigt. Ton parrain a donc voulu le soigner mais lorsqu'il a voulu lancer un sort pour nettoyer le sang, je ne sais pas pourquoi, j'ai cru qu'il allait m'attaquer. Enfin si, je sais pourquoi. J'ai vu mon père à sa place. Ça a créé une peur panique en moi. Pendant quelques secondes j'ai cru que j'étais de nouveau dans mon cauchemar de cette nuit. Et tu sais à quel point il était violent. J'ai fait un bond en arrière et dans mon geste, mon coude a heurté des verres qui se sont cassés par terre. Lorsque j'ai repris mes esprits et que j'ai voulu réparer les verres, rien ne s'est produit.
Draco écarquilla les yeux.
- Attends, tu veux dire... que tu n'as pas réussi à lancer le sort ?
- C'est ça, et ça aurait été pareil avec n'importe quel sort. J'ai eu honte parce que c'était quelque chose que je ne voulais surtout pas ébruiter. Car ce n'est pas la première fois que ça m'arrive. Depuis que je suis entré à Poudlard, dès que j'ai de trop fortes émotions, je ne peux plus me servir de ma baguette. Je pensais que j'étais à moitié Cracmol mais ton parrain m'a dit que ça n'avait rien à voir. En fait, je suis atteint d'un trouble qui affecte le fluide magique. Il n'arrive pas à gérer les fortes émotions alors, quand j'en ai, ma magie se met en pause. Ça ne dure pas longtemps, même pas une heure. Mais c'est gênant.
- Mais... pourquoi tu n'en as jamais parlé ?
- Je te l'ai dit, j'avais peur d'avoir un côté Cracmol en moi. Et j'en avais honte. Mais ça se soigne, il faut juste que je passe des tests et qu'ensuite je suive un traitement.
- Oh... Tant mieux. Mais je n'ai jamais entendu parler d'un trouble du fluide magique qui met la magie au repos en cas de fortes émotions...
- C'est normal, c'est un trouble très rare. Ça ne touche que les hommes. D'ailleurs, comme c'est héréditaire, c'est forcément mon père qui me l'a transmis.
- Non mais il ne t'a pas déjà assez pourri la vie comme ça ?! Il fallait en plus qu'il te refile un truc nul et rare ?!
- Il ne devait pas être conscient qu'il était porteur de ce trouble. Sinon il m'aurait fait diagnostiquer au plus vite. Il n'aurait pas laissé son fils Sang-Pur avoir un trouble du fluide magique qui le prive temporairement de sa magie.
- Ce n'est pas possible que tu aies ce trouble sans que ton père l'ait lui-même ? Que tu sois le premier de ta lignée à l'avoir ?
- Non, d'après ton parrain, aujourd'hui, quand quelqu'un manifeste ce trouble, c'est qu'il l'a forcément hérité de son père.
- Le tien est vraiment pourri de partout, alors. Aussi bien dans son âme que dans son corps. Mais vu que tu vas suivre un traitement, tu ne risques pas de transmettre ce trouble à tes futurs enfants ?
- Si, car je garderai ce trouble en moi. C'est juste que les symptômes ne se manifesteront plus.
- C'est nul, s'indigna Draco.
- T'inquiète, moi au moins je pourrai faire diagnostiquer mes enfants. Ce qui me gêne le plus dans cette histoire, en fait, c'est que ce trouble n'affecte que les sorciers ayant une grande puissance magique. Parce que ça veut dire que mon père est puissant. Ça fait mal de le reconnaître.
Draco éclata de rire.
- Tu t'en fiches, il ne peut plus se servir de sa puissance magique, là où il est !
Surpris par cette remarque, Théo mit quelques secondes avant de rire à son tour.
- C'est vrai ! C'est du gâchis, pour le coup. Mais ça n'a pas d'importance.
Théo voulut ajouter quelque chose mais un bâillement l'en empêcha. Il se sentit épuisé, tout à coup. La nuit et la journée avaient été fortes en émotions.
- Je crois que c'est l'heure pour moi de rejoindre les bras de Morphée.
- Désolé mais il n'y a pas de place pour une troisième personne dans ce lit.
- Pffff, t'es bête... C'est une expression moldue. C'est Hermione qui me l'a apprise.
- Raaaah t'es obligé de me parler de Granger juste avant de dormir ? J'ai envie de faire de beaux rêves, moi !
- Mille pardons, j'avais oublié que c'était un sujet sensible, s'amusa Théo. Tu n'as qu'à penser à la jolie allemande que tu as embrassée l'été dernier derrière ton manoir.
- Merci, c'est beaucoup mieux comme image.
Théo leva les yeux au ciel avant de poser son livre et de s'allonger. Il était un peu tôt pour dormir mais il restait deux jours de vacances et il voulait en profiter pour se reposer. Il voulait être au top de sa forme pour affronter l'année qui l'attendait. Avec tout ce qui s'était passé durant l'été et en incluant le fait que c'était l'année des BUSE, Théo savait d'ores et déjà que cette année serait loin d'être un long fleuve tranquille.
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Voilà, c'était le dernier chapitre de la première partie ! Pauvre Théo, il lui en arrive des choses... Mais tout cela a son importance. Sur ce, je vous souhaite une bonne fin de semaine et je vous dis à mardi prochain pour le chapitre 14 qui s'intitulera «Retour à Poudlard» ! Bisous tout le monde !
