Bonjour à tous ! J'espère que vous allez bien et que le beau temps et la chaleur s'installe chez vous. Avant de vous laisser avec le chapitre, réponses aux deux reviews reçues sur le chapitre précédent :
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Gryffondor : Le procès va effectivement être compliqué, mais ce n'est pas pour tout de suite et Théo va avoir le temps de s'y préparer. Quant au Quidditch, tu as raison sur tous les points ! L'organisation est un point fort chez lui, il ne va donc pas avoir de problèmes de ce côté-là. Et Severus ne sera jamais très loin, ça c'est sûr.
Zackos : Ravie que le chapitre t'ait plu, j'espère que celui-ci te plaira tout autant !
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Je vous laisse avec le premier chapitre de la deuxième partie qui porte sur le retour à Poudlard, comme l'indique le titre. Il y a un nouveau POV, j'ai hâte de savoir ce que vous penserez de ce personnage ! Bonne lecture à tous !
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14 – Retour à Poudlard
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(vendredi 01/09) POV Sirius
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- Bon, il se dépêche, oui ? On va finir par être en retard !
- Il a dit qu'il arrivait, laisse-lui le temps !
- Mais on n'a pas que ça à faire ! Le train part à onze heures, je te rappelle !
- Oui, je sais, Sirius, merci. Je l'ai pris plus de fois que toi, je te signale. Mais il est à peine dix heures quinze, on a encore le temps. Si tu presses Harry, ça va le stresser et ce n'est pas du tout ce dont il a besoin. Alors laisse-le tranquille.
- Je lui laisse cinq minutes.
Sirius se remit à faire les cent pas dans le salon, ce qui était son activité favorite depuis qu'il s'était levé. Il ne tenait pas en place tant il était stressé par ce retour à Poudlard. En plus, avant même d'arriver au château, il allait accompagner Harry sur la voie 9 3/4 et ça, c'était une grande première pour lui. Il allait faire comme tous les autres parents. Mais lui aurait la chance de retrouver Harry à Poudlard.
Remus et lui avaient décidé de se rendre directement à Poudlard, comme la plupart des autres professeurs. Ils auraient ainsi le temps de s'installer dans leurs appartements, de prendre leurs marques et de discuter avec leurs collègues avant l'arrivée des élèves, la répartition et le dîner.
- Ça va être crevant, dit Sirius, faisant ainsi partager ses pensées.
- Quand tu n'as pas l'habitude, oui, c'est un peu fatigant. Rassure-toi, je ne vais pas non plus faire de vieux os ce soir. Ce n'est que ma deuxième rentrée en tant que professeur, je ne suis pas encore rôdé.
- Est-ce qu'il faut déjà être dans la Grande Salle lorsque les élèves arrivent ?
- C'est mieux, oui. Mais ne t'en fais pas, tu n'auras qu'à me suivre.
- Ouais, on va faire comme ça. Pour le coup je vais être un vrai toutou qui va te coller aux basques. Hé mais je sais ce que je vais faire ! Pour le premier cours de chaque classe, je vais accueillir les élèves sous ma forme de Padfoot !
- Je te le déconseille fortement. Ça ne va pas du tout t'aider à te faire respecter.
- McGo l'a bien fait lors de notre tout premier cours de métamorphose, et elle était l'un des professeurs les plus respectés !
- Oui mais tu n'es pas Minerva, Sirius.
- Je ne vois pas la différence. À part qu'elle est un chat et moi un chien.
- Eh bien je vais te la montrer, la différence. Transforme-toi en Padfoot.
Sirius s'exécuta et prit sa forme Animagus. Il vit Remus sceller un rouleau de parchemin, lever le bras et le lancer. Sirius réagit au quart de tour : il se lança à la poursuite du rouleau, le prit dans sa gueule et le ramena à Remus. Fier de lui, il se mit à remuer la queue et à sauter dans tous les sens comme un jeune chiot surexcité.
- Ça suffit, Padfoot, intima Remus.
Sirius reprit sa forme humaine.
- Tu as parfaitement illustré la différence entre Minerva et toi. Si on lançait une boule de laine à Minerva sous sa forme Animagus, il ne lui viendrait jamais à l'idée de faire la folle en jouant avec. Alors que toi tu t'es empressé d'aller chercher le rouleau de parchemin que je t'ai lancé. Tu perdrais toute crédibilité auprès de tes élèves si tu faisais ça devant eux.
- Ooooh... C'est dommage.
- Après, rien ne t'empêche d'utiliser ta forme Animagus à bon escient. Tu pourrais mettre tes élèves en condition en les coursant pour les entraîner au Maléfice d'Entrave, par exemple. À condition que tu restes sérieux, bien sûr.
- C'est une super idée ça ! Ce sera ludique et ça les mettra en situation réelle. Bon, il est dix heures vingt-cinq, cette fois je vais chercher Harry.
À peine Sirius eut-il fait quelques pas que Harry entra dans le salon.
- Désolé, je n'arrivais pas à retrouver mon manuel de botanique et Hedwige ne voulait pas rentrer dans sa cage.
Un hululement indigné se fit entendre en guise de réponse.
- Bon, ce n'est pas grave, on est encore dans les temps, assura Remus. Tu es sûr de n'avoir rien oublié ?
- Par Merlin ne lui pose surtout pas cette question, sinon il va aller vérifier encore une fois et à onze heures on sera toujours là !
- Non mais c'est bon, ma chambre est entièrement vide, je n'ai rien laissé traîner.
- Bien, allons-y, alors, décréta Remus. Veux-tu qu'on te porte quelque chose, Harry ?
- C'est gentil mais ça va aller. Qui s'occupe du transplanage ?
- Remus. Je porterai sa valise et la mienne.
Sirius, Remus et Harry sortirent du Square qu'ils ne reverraient pas avant les prochaines vacances. Une fois sûr que personne ne les observait, Remus attrapa le bras de Sirius et de Harry et les fit tous trois transplaner. Ils arrivèrent à la gare King's Cross. Pour Harry, cela sembla tout à fait naturel. Remus, lui, parut un peu ému. Quant à Sirius, ce fut une toute autre histoire. Il avait peine à croire qu'il était là. Un an auparavant, il n'aurait jamais cru cela possible. Et pourtant il était bien à la gare King's Cross, en homme libre, et il accompagnait son filleul comme tous les parents autour de lui le faisaient avec leurs enfants. Il était heureux. Bien sûr, il sentait de nombreux regards posés sur lui mais cela ne suffisait pas à entacher sa joie.
- Ça va Sirius ? lui demanda Harry, l'air inquiet.
Sirius se tourna vers son filleul et lui sourit.
- Oui, oui, ne t'inquiète pas. Juste un peu trop d'émotions.
- J'imagine, répondit sincèrement Harry. Ça doit te faire bizarre. Heureusement que tu ne prends pas le Poudlard Express, sinon tu nous ferais un malaise !
Sirius éclata de rire mais une pensée fugace le stoppa dans son hilarité. Il allait devoir laisser Harry et il ne le reverrait que le soir-même. Jusqu'en début de soirée, il n'aurait aucune nouvelle de lui. Il ne saurait même pas si le trajet se passait bien ou non. Mais il pouvait s'estimer chanceux : lui reverrait son filleul dans moins de dix heures ! Alors que les autres parents, eux, allaient devoir attendre quatre mois avant de revoir leurs enfants ! Mais comment faisaient ces parents en question pour supporter de rester éloignés aussi longtemps de leurs enfants ? C'était intolérable. Les enfants devraient avoir le droit de renter chez eux au moins une fois par mois. Il ne regrettait vraiment pas d'avoir accepté de devenir professeur. Il n'aurait pas supporté de devoir patienter jusqu'aux vacances de Noël pour revoir Harry.
- Bon, on ferait mieux de passer la barrière. Il est onze heures moins le quart, le train va bientôt partir, indiqua Remus.
- C'est vrai, allons-y.
Sirius, Remus et Harry se dirigèrent vers la barrière qu'ils franchirent sans encombres les uns après les autres. Une fois de l'autre côté, Sirius fut ébloui par la belle locomotive rouge qui attendait les élèves et les quelques rares professeurs qui prenaient le train pour se rendre à Poudlard. Il fut de nouveau tiré de ses pensées par Harry :
- Sirius ?
- Oui ?
Sirius baissa les yeux vers son filleul. Celui-ci semblait soudain inquiet.
- Remus et toi, vous serez bien à Poudlard quand j'arriverai ? Je vais bien vous retrouver ? Vous allez bien enseigner à Poudlard ? Je ne vais pas devoir attendre les vacances de Noël pour vous revoir ?
Sirius ne savait pas s'il devait être soulagé ou ému que Harry ait les mêmes craintes que lui. Il réalisa qu'après avoir passé deux mois avec Remus et lui, cela aurait été également dur pour Harry de se retrouver séparé d'eux jusqu'aux prochaines vacances. Pour la première fois de sa vie, il avait eu l'impression d'avoir une famille, même si elle était un peu étrange. Il ne voulait pas être abandonné de nouveau. Sirius ne pouvait pas le laisser partir sans l'avoir rassuré.
- Nous serons à Poudlard, Harry, c'est promis. On se retrouve d'ici dix heures à peine. Allez, va rejoindre tes amis. Il y a Ron qui attend visiblement que tu daignes t'intéresser à lui.
Harry sourit avant de prendre un air moqueur :
- J'aurais bien aimé dire au revoir à Remus pour faire vraiment croire aux autres que je ne vais pas vous revoir avant un bout de temps, mais il a l'air légèrement occupé.
Sirius tourna la tête et prit le même air moqueur que Harry en voyant Remus être assailli par ses anciens élèves.
- Visiblement, cela leur importe peu que Remus soit un loup-garou, constata Harry. Ils doivent sûrement lui demander s'il revient enseigner la Défense Contre les Forces du Mal cette année. Pauvre Remus, il ne peut rien leur dire pour le moment...
- Je lui ai pourtant proposé de venir sous Polynectar, mais il a refusé. Bon, je vais l'appeler. REMUS ! TU ES PRIÉ DE RAMENER IMMÉDIATEMENT TES PETITES...
Remus rappliqua avant que Sirius n'ait le temps de terminer sa phrase.
- Non mais ça ne va pas de me taper la honte comme ça ? siffla-t-il.
- Oh ça va, ce n'était pas méchant ! Harry veut te dire au revoir.
- Oh, excuse-moi Harry, j'ai été pris à parti par mes anciens élèves. Ils voulaient tous savoir si...
- ... tu étais le «nouveau» professeur de Défense Contre les Forces du Mal ? On s'en doutait, s'amusa Harry.
- Tu vois, Moony, ça ne les dérangerait absolument pas d'avoir un loup-garou comme professeur, commenta Sirius alors que Remus prenait Harry dans ses bras. Bon, Harry, il est vraiment temps que tu y ailles.
- J'y vais. À bientôt, je vous tiens vite au courant.
Harry fit un signe de la main à Sirius et Remus avant de rejoindre Ron et les autres Weasley. Sirius sourit lorsqu'il vit Hermione se mêler au groupe et vraisemblablement les presser de monter dans le train. Trois minutes plus tard, ils étaient tous dans le Poudlard Express. Lorsqu'il s'ébranla, Sirius sentit son coeur se serrer. Il répondit aux gestes de la main que lui faisait Harry derrière la fenêtre, jusqu'à ce que le train devienne hors de vue, emportant loin de lui son filleul.
- Tu vas vite le retrouver, lui dit Remus d'une voix apaisante. Ça va lui faire du bien de revoir tous ses amis.
- Tu as raison. D'ailleurs on va y aller, nous aussi. Poudlard nous attend.
Remus acquiesça. Sirius fit le décompte et à trois, ils transplanèrent.
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Sirius se sentit de nouveau ému lorsqu'il se retrouva devant les grilles de Poudlard. Il les franchit avec Remus et tous deux marchèrent jusqu'aux portes du château. Ils entrèrent, avancèrent et tombèrent vite sur le directeur qui discutait avec Minerva et Snape. Celui-ci les accueillit avec son éternel rictus méprisant. Il n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit puisque le directeur salua ses nouveaux professeurs :
- Bonjour Remus, bonjour Sirius. Je suis ravi de vous revoir. Et un peu soulagé, je dois l'avouer.
- Nous ne vous aurions pas fait faux bond, voyons, assura Remus.
- J'avais de l'espoir, pourtant, lâcha Snape.
- Severus, ne commencez pas, s'il vous plaît, ordonna Dumbledore d'une voix à la fois douce et ferme. Et si vous meniez vos collègues à leurs appartements ?
- Vous souhaitez perdre trois professeurs d'un coup ? ironisa Snape.
- Si tu es incapable de faire des efforts, il fallait présenter ta démission, lança Sirius.
- Ne me tente pas, Black.
- Oh mais si, au contraire, je suis sûr que tout le monde me remerciera d'avoir poussé la chauve-souris des cachots à démissionner de son poste !
- Severus, Sirius, ça suffit ! s'exclama le directeur. Severus, vous conduisez Sirius et Remus à leurs appartements et je ne veux pas de discussion. Remus, je compte sur vous pour calmer les éventuelles tensions. Empêchez-les d'en venir à la baguette.
- Je tâcherai de faire de mon mieux.
- Bien, allez-y.
Snape partit devant. Sirius plongea discrètement sa main dans sa poche pour se tenir prêt à sortir sa baguette au cas où, mais Remus surprit son geste et lui donna une tape sur le bras. Sirius leva les yeux et vit le regard courroucé de son ami.
- Ce n'est pas ce que tu crois, se défendit-il à voix basse. C'est juste «au cas où».
- Je m'en fiche, tu retires ta main de ta poche !
Sirius souffla mais obéit. Devant eux, Snape semblait n'avoir rien entendu de leur échange. Sirius et Remus continuèrent de le suivre jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à leurs appartements. Snape désactiva toute une panoplie de sortilèges avant d'ouvrir la porte et de laisser entrer ses deux collègues. Sirius fut aussitôt charmé par l'intérieur de son nouvel habitat. Les couleurs étaient jolies et il régnait une atmosphère plutôt accueillante. Sirius pensa que c'était peut-être dû aux divers tableaux accrochés sur les murs. Lorsqu'ils arrivèrent au salon, Snape s'arrêta brusquement, faisant piler également Sirius et Remus.
- Vous avez besoin que je vous fasse visiter ?
La question était posée sur un ton tellement ennuyé que Sirius ne résista pas à la tentation de l'embêter :
- Oui, je veux bien, merci. J'aimerais que tu nous montres toutes les pièces et que tu...
- Non merci, Severus, ça ira, coupa Remus d'une voix douce. C'est déjà... gentil de ta part de nous avoir menés jusqu'à nos appartements. Tu peux retourner vaquer à tes occupations.
Snape adressa un bref signe de tête à Remus puis s'en alla.
- Et moi ? Je pue ? s'indigna Sirius.
- C'était plus une façon de me répondre qu'autre chose. Tant que tu essaieras d'ennuyer Severus, ne t'attends pas à la moindre marque de politesse de sa part.
- Eh bien qu'il ne s'attende pas à en avoir de ma part non plus. De toute façon je m'en fiche qu'il m'ignore. C'est même mieux comme ça. Au moins, si on fait comme si l'autre n'existait pas, l'année ne finira pas dans un bain de sang. Mais du coup on n'a plus de guide.
- Ce n'est pas grave, ce ne sont pas des appartements de cinq cent mètres carrés, on devrait facilement s'y repérer. Et puis le tour sera vite fait.
Ayant toute confiance en Remus, Sirius le crut sur parole. Et il le regretta très vite. Car d'une, c'était beaucoup plus grand qu'ils ne le croyaient et de deux, ce n'était pas du tout simple de s'y retrouver ! L'ordre des pièces leur parut singulièrement incongru. Par exemple, quelle utilité de mettre la cuisine à côté d'une chambre et en face d'une autre chambre qui jouxtait elle-même la salle de bain ? Et pourquoi y avait-il une troisième chambre qui était à l'écart des deux autres ? C'était à n'y rien comprendre. Ce ne fut que lorsqu'ils se mirent à visiter les pièces plus en détails en commençant par l'une des chambres que Remus se souvint de quelque chose :
- Attends, Dumbledore ne nous a-t-il pas dit que c'étaient des appartements destinés à un couple d'élèves qui allaient devenir parents ?
- Aaaaah si, maintenant que tu le dis... Ça expliquerait pourquoi les deux chambres, la cuisine et la salle de bain sont proches les unes des autres. C'est utile, en pleine nuit, quand le bébé a faim ou qu'il faut le changer. En fait, l'une des chambres doit être celle du bébé et l'autre doit être celle des parents.
- Et la troisième chambre ?
- Eh bien... je n'en sais rien.
Sirius chercha une explication mais Remus fut plus rapide que lui :
- À mon avis, c'est une pièce qui, à la base, ne sert à rien mais qui a été aménagée en chambre pour toi ou pour moi. Histoire qu'on ne dorme pas dans la même chambre et qu'on garde donc un peu d'intimité.
- Pas bête du tout, approuva Sirius. Du coup, tu voudras prendre laquelle ?
- Oh, peu importe, ça m'est égal. S'il y en a une qui ne t'attire pas spécialement, je veux bien la prendre.
- Je n'aime pas trop celle qui est isolée.
- Bien, je la prendrai. J'aime bien ce qui est isolé.
- Tu es un grand mystère pour moi, Moony. C'est étonnant que nous soyons autant amis alors que nous nous ressemblons si peu...
- Il paraît qu'en amour, les contraires s'attirent. Ça doit être aussi valable en amitié. On va voir la salle de bain ?
Sirius acquiesça en se rembrunissant. Il aurait préféré que Remus s'arrête à «Il paraît qu'en amour, les contraires s'attirent». La précision sur l'amitié l'avait irrité. Il ne savait pas pourquoi et cela l'agaçait. De toute façon, depuis plusieurs semaines, il y avait beaucoup de choses qui lui échappaient à propos de Remus. Ou, plutôt, à propos de sa relation avec Remus. Il avait l'impression que ce n'était plus comme avant. Que quelque chose avait changé. Mais il ne savait pas quoi. Ils visitèrent rapidement la salle de bain puis ils allèrent voir les autres chambres. Alors qu'ils étaient dans la plus petite d'entre elles, Sirius s'exclama :
- Hé, du coup c'est cool, vu qu'il y a trois chambres, on va pouvoir inviter Harry à dormir ici !
- Tu veux lui donner une chambre de bébé ? se moqua Remus.
- Il n'y a rien qui prouve que c'en est une ! Nous, on le sait, mais ça pourrait très bien être une chambre normale. Un peu petite, certes, mais normale. S'il y avait un berceau, je ne dirais pas, mais vu qu'il n'y en a pas... On va essayer de dénicher un bureau et ça fera une vraie chambre d'adolescent !
- Harry va adorer, dit sincèrement Remus. Bon, il nous reste la cuisine et le salon à voir.
- Justement, en parlant de cuisine... On mange où, ce midi ?
- Euh... bonne question. Il y a deux ans, j'étais arrivé à Poudlard dans la soirée comme tous les élèves puisque j'avais pris le train. J'avais donc mangé en même temps que tout le monde. J'imagine qu'on peut manger ici ce midi s'il y a ce qu'il faut dans les placards. À moins que tu veuilles déjeuner dans la Grande Salle. Il y aura forcément quelques collègues.
- Je préférerais, oui, avoua Sirius. J'ai aussi une question concernant la salle de bain. Comment on va s'organiser le matin ? Qui va prendre sa douche en premier ?
Remus sembla dépassé par les questions de Sirius.
- Je ne sais pas, on peut voir ça le moment venu ? Il faudra se lever tôt, ça, c'est sûr. Après, je n'ai pas trop regardé ton emploi du temps mais on ne va peut-être pas commencer tous les jours à la même heure. Montre-moi ton emploi du temps.
Sirius sortit l'un des parchemins qui lui avaient été donnés lors de la pré-rentrée et le donna à Remus. Celui-ci le parcourut rapidement.
- Il n'y a que le mardi et le jeudi où on ne commence pas à la même heure. Le mardi tu commences plus tôt, le jeudi tu commences plus tard. Déjà, la question de l'ordre de passage à la salle de bain ne se pose pas pour ces jours-là. Pour les autres jours, on avisera. On a le week-end pour y réfléchir.
- Tu as raison, on ne va pas se prendre la tête avec ça maintenant. En plus j'ai faim. Il ne doit pas être loin de midi, j'imagine ?
Remus regarda sa montre.
- Il est même un peu plus de midi. On va à la Grande Salle, alors ?
- Oui, ce sera plus drôle qu'être en tête-à-tête.
Sirius regretta ses mots lorsqu'il vit Remus tiquer.
- Non mais ce n'est pas ce que je voulais dire, c'est juste que...
- C'est bon, je ne t'en veux pas, tempéra Remus. Tu t'es mal exprimé, c'est tout. On y va ?
Sirius acquiesça. Il était soulagé que Remus ne lui en veuille pas. Il ne voulait surtout pas le blesser. Ils abandonnèrent donc le reste de la visite de leurs appartements et se rendirent à la Grande Salle où ils retrouvèrent quelques-uns de leurs collègues. Sirius fit davantage la connaissance de Filius et de Pomona et même s'il avait encore du mal à se sentir à leur égal, il sut qu'il allait très vite bien s'entendre avec eux.
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POV Harry
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Le trajet se passait plutôt bien pour Harry. Il avait été un peu déçu lorsque Ron et Hermione étaient partis pour faire leurs devoirs de préfet mais Ginny était vite venue lui tenir compagnie. Ils avaient discuté pendant une bonne heure puis Harry avait décidé de faire une petite sieste tandis que Ginny lisait un livre. Il savait que c'était risqué d'essayer de dormir sans avoir pris sa potion de sommeil sans rêves mais il était vraiment fatigué. Il espérait ne pas avoir le temps de faire son cauchemar. Mais ce qui devait arriver arriva : il commença rapidement à revivre la scène qui avait hanté ses nuits pendant une bonne partie de l'été. Son cauchemar dura cependant beaucoup moins longtemps que d'habitude car il fut vite réveillé par un coup de pied dans son mollet. Il se redressa d'un coup et fusilla Ginny du regard.
- Non mais ça va pas ?!
- Tu commençais à t'agiter, je me suis dit qu'il valait mieux te réveiller avant que tu ne te mettes à hurler dans le compartiment.
- Oh...
Il se sentit idiot, tout à coup. Il aurait dû se douter que Ginny ne lui avait pas vrillé le tibia pour le simple plaisir de l'embêter. Alors qu'il s'apprêtait à s'excuser, la porte de leur compartiment s'ouvrit. Il tourna la tête et se raidit en reconnaissant leur visiteur. Il voulut sortir sa baguette mais il se ravisa en se disant que ce n'était peut-être pas une bonne idée.
- Dis donc Potter, est-ce que c'est une façon de se tenir ? Regarde-toi, tu es avachi sur la banquette. Ça mérite des points en moins, qu'en penses-tu ?
- Tu n'as pas le droit, Malfoy, répliqua Ginny. Tu as beau être préfet, tu dois t'en tenir au règlement pour sanctionner quelqu'un ! Et rien ne stipule dans le règlement que tu puisses enlever des points à quelqu'un qui ne se tient pas comme un crétin de sang-Pur sur la banquette d'un compartiment du Poudlard Express ! Et ne t'avise pas de m'enlever des points parce que j'ai dit «crétin de Sang-Pur». Je n'ai visé personne, à ce que je sache. Alors si tu t'es senti visé, il faut que tu te poses des questions.
Harry essaya à grand-peine de se retenir de rire mais c'était vraiment difficile tant Malfoy semblait furieux.
- C'est ça, fais ta maline, Weasley ! éructa-t-il. Je ne sais pas ce que Blaise te trouve mais tu n'as pas intérêt à t'approcher de lui, espèce de vieille harpie !
Malfoy tourna les talons et s'en alla, laissant un Harry hilare et une Ginny choquée et médusée.
- Il a dit quoi, là ? demanda Ginny d'une voix blanche.
- Je ne suis pas sûr mais je crois qu'il a voulu dire que Zabini te trouvait à son goût, répondit Harry, un sourire moqueur aux lèvres.
- Mais... mais... pourquoi il serait allé parler de moi à Malfoy ?!
- Je viens de te le dire. Parce que tu lui plais ! Je pense que tu as un peu surréagi lorsque vous vous êtes vus sur le Chemin de Traverse. Ça se trouve, il a été maladroit avec toi parce que tu lui plaisais et que ça le déstabilisait.
- Je n'avais pas pensé à ça... murmura Ginny.
Elle secoua soudain la tête.
- Non mais tu dois te tromper, Zabini ne peut pas être attiré par moi. Il doit y avoir une autre explication.
- Et pourquoi ne pourrait-il pas être attiré par toi ?
- Parce que c'est l'un des mecs les plus mignons de l'école et qu'il doit déjà avoir assez de prétendantes comme ça pour que j'ajoute ma candidature ! Si c'est un coureur de jupons, ça ne m'intéresse pas.
- Tu pourrais lui laisser une chance.
- Mais pourquoi tu veux absolument me caser avec lui ?!
- Je ne veux pas te caser avec lui ! Je trouve ça juste dommage que tu passes potentiellement à côté d'une belle histoire d'amour.
- Tu dérailles, Harry.
Ginny se leva.
- Où est-ce que tu vas ? s'étonna Harry.
- Je vais rejoindre Neville et Luna. Je leur ai dit que je reviendrais. Et, non, je ne fuis pas la discussion !
- Oui, bien sûr, se moqua Harry.
Ginny leva les yeux au ciel.
- À plus tard, Harry.
Ginny quitta le compartiment, laissant Harry tout seul. Cela ne le dérangeait pas : il savait que Ron et Hermione allaient bientôt être de retour. Du moins, c'est ce qu'il croyait. Mais une demie-heure passa et ses amis n'étaient toujours pas là. Afin de passer le temps, il décida d'aller dire bonjour à Neville ainsi qu'à l'amie de Ginny prénommée Luna. Il ne lui avait jamais parlé mais Ginny ne lui en avait dit que du bien. Il sortit à son tour du compartiment et commença à arpenter le couloir. Évidemment, il fallait que le compartiment de Ginny soit situé assez loin du sien ! Il croisa plusieurs personnes qu'il ne connaissait pas et qui allaient en sens inverse et il fut surpris de voir autant de personnes naviguer dans le train. Alors qu'il passait devant un compartiment occupé par des première année, le couloir fut soudain envahi par une épaisse fumée ainsi qu'une odeur nauséabonde. Il eut à peine le temps de se demander ce qui se passait qu'une personne lui attrapa le bras et l'entraîna dans le compartiment le plus proche. L'air fut aussitôt plus respirable. Harry leva les yeux et se retrouva face au garçon qui l'avait dragué sur le Chemin de Traverse. Il ne sut absolument pas comment réagir. Il avait toujours en tête la lourdeur dont avait fait preuve ce garçon à son égard mais il devait reconnaître que c'était la seule chose qu'il avait à lui reprocher. Il décida d'être poli :
- Euh... bonjour. Je peux savoir ce qu'on fait là ?
- J'ai juste voulu t'empêcher d'être intoxiqué par l'odeur de la Bombabouse.
- Tu savais que c'était moi quand tu m'as attrapé le bras ?
- Non, pas du tout. Je n'ai pas eu le temps de te reconnaître. Mais vu que tu paraissais assez petit, j'ai cru que tu étais un deuxième ou troisième année, alors dans ma grande bonté d'âme, j'ai voulu porter secours à un jeune élève. Mais je suis agréablement surpris de voir que c'est toi, tout compte fait, ajouta Pucey avec un sourire enjôleur.
Harry sentit ses joues le chauffer désagréablement. Il était sûr d'être rouge comme une pivoine.
- On a quand-même tendance à se trouver souvent au même endroit au même moment, dit-il sur un ton quelque peu accusateur.
Pucey haussa un sourcil.
- Tu penses que je te suivais ? Je t'ai pourtant dit que je n'avais pas eu le temps de te reconnaître. Tu ne me fais pas confiance, c'est ça ? C'est parce que je suis un Serpentard ?
Même si Pucey tentait de le cacher, Harry vit bien qu'il était blessé. Il s'en voulut d'avoir été aussi méfiant.
- Désolé, c'est juste que le seul Serpentard que je connais est un abruti de première, alors...
- Laisse-moi te prouver que nous ne sommes pas tous comme ça. Écoute, je ne vais pas te mentir : tu me plais. Tu as peut-être dû le comprendre sur le Chemin de Traverse...
- Il aurait fallu être vraiment idiot pour ne pas s'en rendre compte, ironisa Harry. C'était tellement subtil...
- Si j'y étais allé avec davantage de finesse, tu n'aurais rien vu. Et moi j'aime que les choses soient claires. Après, si tu n'es pas intéressé, tu peux me le dire, je ne le prendrai pas mal.
- Ce n'est pas ça, c'est juste que... je ne te connais pas.
- Eh bien on n'a qu'à se voir régulièrement.
Harry ne savait pas quoi répondre. Devait-il accepter ? Devait-il refuser ? Devait-il ne pas répondre et partir en courant ? Non, cette option n'était pas envisageable. Il était un Gryffondor et les Gryffondor ne se défilaient pas. Il considéra l'éventualité de faire connaissance avec Pucey. Sirius ne lui avait-il pas dit d'essayer de se faire des amis parmi les autres maisons ? Bon, certes, ce n'était pas une relation amicale que voulait entretenir Pucey avec lui mais ça pouvait toujours commencer par-là... Et plus si affinités. Harry n'arrêtait pas de dire qu'il voulait une «année tranquille». S'il voulait être tranquille, alors il devait éviter de se prendre la tête. Il fallait qu'il vive au jour le jour, sans se poser de questions.
- D'accord, finit-il par dire. Je veux bien qu'on se voit pour... euh...
- Faire connaissance, compléta Pucey. Bon, ça va être compliqué au niveau de nos emplois du temps mais on va bien trouver des moments où nous sommes libres tous les deux. On se croisera forcément dans un couloir et on en parlera à ce moment-là. À moins que tu veuilles que ça reste secret...
- Non, répondit aussitôt Harry. Je n'ai pas envie de me cacher.
Cela sembla faire grandement plaisir au Serpentard. Harry ne put s'empêcher de se dire que Pucey avait un beau sourire. Il avait l'impression d'avoir devant lui un enfant à qui on aurait dit que Noël allait être avancé cette année-là. Et il trouva ça mignon. Hein ? Quoi ? Mignon ? Harry venait-il réellement de penser que Pucey était mignon ? D'accord, il l'avait dit à Sirius mais... pas dans ce sens-là ! Merlin mais qu'est-ce qui lui arrivait ?!
- Bon, je vais te laisser, déclara soudain Pucey.
- Déjà ? dit Harry sans réfléchir.
Il rougit de nouveau en réalisant ce qu'il venait de dire. Et il rougit encore plus en voyant le sourire goguenard du Serpentard.
- Déjà accro à ma présence ? se moqua-t-il gentiment.
- Non, non, tu fais ce que tu veux... Je me dis juste que l'odeur doit être encore présente dans le couloir et que tu risques d'être intoxiqué, improvisa Harry.
- Oh, ne t'en fais pas, les préfets ont dû faire le nécessaire.
La remarque de Pucey fit rappeler à Harry qu'il était censé attendre Ron et Hermione dans leur compartiment.
- Je dois justement retrouver deux d'entre eux, dit-il en souriant.
- Granger et Weasley, j'imagine ? Ça m'étonne pour Weasley, mais pas pour Granger. Bon, va les retrouver. On aura l'occasion de se voir ce week-end dans le château.
Pucey ouvrit la porte du compartiment, passa une tête dans le couloir, se retourna, leva les deux pouces en l'air puis s'en alla. Comprenant que l'air du couloir était redevenu respirable, Harry sortit lui aussi du compartiment et retourna à celui qu'il occupait avec ses deux amis. Il se sentit un peu coupable en voyant qu'ils étaient déjà revenus. Il fut accueilli par le regard surpris de Ron et celui amusé de Hermione.
- Eh bien Harry, tu nous as fait faux bond ? demanda celle-ci.
- Ce n'était pas prévu que je m'absente aussi longtemps, se justifia-t-il. J'ai voulu aller saluer quelques personnes, je me suis retrouvé dans le couloir au moment où quelqu'un y a jeté une Bombabouse, j'ai été mis en sécurité par quelqu'un dans un compartiment, on a discuté et... et je n'ai pas vu le temps passer.
Hermione haussa les sourcils.
- Il t'arrive toujours de drôles de choses, Harry. Rassure-toi, je te crois. Je ne vois pas pourquoi tu nous mentirais. Et puis tu fais ce que tu veux, nous n'allons pas user de notre fonction de préfet pour te punir parce que tu t'es échappé du compartiment, termina Hermione en souriant. Du moment que tu n'as pas eu d'ennuis avec Malfoy...
- J'ai failli, grimaça Harry. Il a débarqué dans le compartiment pendant que vous n'étiez pas là et il a voulu m'enlever des points parce que j'étais mal installé.
- Il n'a pas le droit, répliqua Hermione.
- C'est ce que Ginny lui a dit. Elle était avec moi à ce moment-là. Elle venait me faire un coucou. Vous auriez dû voir comment elle a rembarré Malfoy !
- J'espère qu'il ne s'en est pas pris à elle ? s'inquiéta Ron.
- Non, elle a été très rusée. Elle l'a insulté mais indirectement. Et elle lui a dit qu'il devait s'en tenir au règlement pour sanctionner quelqu'un. Il a un peu mal pris de se faire rabrouer ainsi par une fille plus jeune que lui.
- Et toi, ça ne t'a pas dérangé de te faire défendre par une fille plus jeune que toi ? demanda Ron, interloqué.
- Non, pas du tout. Et puis il valait mieux que ce soit elle qui rabatte le caquet à Malfoy. Si je l'avais fait, les choses auraient vite dégénéré entre lui et moi.
- C'est bien de le reconnaître, approuva Hermione. Tu as été raisonnable et c'est très bien comme ça. En fait, c'est une très bonne chose que tu veuilles une «année tranquille». Ça va t'aider à cesser cette petite guerre avec Malfoy.
- Je compte l'ignorer le plus possible, affirma Harry. Je ne veux plus de conflits. J'ai assez donné depuis que je suis à Poudlard. Malfoy aura beau venir me chercher, je ne répondrai pas.
- S'il t'embête trop, tu pourras toujours te plaindre à Sirius, fit remarquer Ron.
- Justement, j'aimerais éviter, soupira Harry. Si je lui en parle, il va s'en prendre à Malfoy et ça va créer des tensions avec Snape qui n'acceptera pas que Sirius s'en soit pris à un élève de sa maison... Et mon but, cette année, c'est aussi d'apaiser les choses avec Snape. Du moins, je ne veux plus me retrouver en retenue plusieurs fois par semaine avec lui. D'ailleurs je me suis entraîné en potions durant l'été et je me suis un peu amélioré.
Hermione regarda Harry avec un air surpris tandis que Ron semblait choqué. Ce fut Hermione qui réagit en premier :
- Tu es sérieux, Harry ?
- Oui, pourquoi ? Tu ne me crois pas ?
- Si, mais... je ne m'attendais pas à ça venant de toi. Mais je trouve que c'est une très bonne idée, dit Hermione sur un ton sincère et sérieux. C'est bien de t'être mis au travail dans cette matière, surtout avec les BUSE qu'on va passer cette année... Mais il va falloir que tu surveilles aussi ton comportement avec le professeur Snape.
- C'est prévu, déclara Harry. Je vais l'ignorer autant que je le pourrai. Bien sûr, s'il me pose des questions, j'y répondrai.
- Je suis fière de toi, Harry. Ce sont des bonnes résolutions que tu as prises là. Mais Ron a raison sur un point. Si Malfoy t'embête trop, tu ne dois pas le laisser faire. Il faut que tu en parles à quelqu'un. Je suis cependant d'accord pour dire que Sirius n'est pas la bonne personne ça. En revanche, tu peux très bien en parler au professeur Lupin. Il est beaucoup plus mesuré que Sirius, d'après ce que tu me disais dans tes lettres, et en plus il sera notre directeur de maison.
- Je n'avais pas réfléchi à ça, admit Harry. Mais tu as raison. Merci pour le conseil. Maintenant, racontez-moi le reste de vos vacances. On n'a pas eu le temps d'en parler depuis le début du trajet.
- Je n'ai pas grand-chose à dire, avoua Hermione. À part que j'ai passé la dernière semaine de vacances à lire tous les manuels. Comme chaque année, me direz-vous. Et toi, Ron ?
- Moi c'est tout le contraire. Le week-end dernier a été assez mouvementé. On a eu un invité à la maison et ça ne s'est pas très bien passé. Il est arrivé samedi, il devait rester jusqu'à mercredi mais il est parti lundi car il y avait trop de tensions. Je ne peux pas vous en dire plus car ça concerne un de mes frères et je ne veux pas le trahir.
- On comprend, assura Hermione. Ça ira sûrement mieux quand tout le monde aura quitté le Terrier.
- C'est déjà fait, mes parents sont de nouveau seuls. On a réussi à réunir presque toute la famille. Il manquait juste Percy. Mais Bill et Charlie ne sont pas restés très longtemps. Bon, il passe quand, le chariot de bonbons ? J'ai faim !
- Tu as toujours faim, Ron, objecta Hermione.
Sur ces mots, elle sortit un des manuels de son sac et commença à le lire tandis que Ron se mettait à guetter la porte du compartiment. Harry profita de l'inattention de ses deux amis pour laisser libre court à ses pensées. Il pensait savoir de quel invité parlait Ron. En fait, il en était quasiment sûr. Il devait être l'un des seuls à savoir que George sortait avec Olivier Dubois. Il le savait depuis que ce dernier et lui-même avaient rompu d'un commun accord. Olivier lui avait avoué aimer quelqu'un d'autre et lui avait révélé que c'était George. Harry l'avait encouragé à lui déclarer sa flamme, étant persuadé que George n'était pas insensible à son charme. Il avait vite appris la mise en couple de son capitaine avec le jumeau Weasley et il était heureux de savoir que les deux garçons étaient toujours ensemble. Il était en revanche déçu que le séjour d'Olivier au Terrier se soit mal passé. Il espérait que les choses s'arrangeraient car Olivier et George méritaient d'être heureux. En pensant à Olivier, il songea à l'équipe de Quidditch de Gryffondor, puis à la Coupe de Quidditch et se demanda quelles équipes seraient les plus coriaces cette année-là. Poufsouffle ? Serdaigle ? Serpentard ? À la pensée de cette dernière maison, Harry pensa aussitôt à Pucey. Il s'en voulut de cet automatisme de son esprit. Mais il ne fit rien pour empêcher son esprit de se concentrer sur ce beau Serpentard châtain aux yeux bleus. Bien que fatigué, il ne laissa pas le sommeil l'emporter et se laissa seulement bercer par le souvenir de sa conversation avec Adrian Pucey et la façon intense dont il l'avait regardé...
.
Quelques heures plus tard, le train s'arrêta. Harry, Ron et Hermione mirent du temps à descendre du train, ayant tous une valise et un animal à porter. Harry eut cependant le temps de voir Hagrid avant que celui-ci n'embarque les première année – sans jeu de mots.
- Bonjour, Hagrid, dit-il en s'avançant vers le demi-géant.
- Bonjour, Harry ! Comment vas-tu ?
- Bien merci et vous ?
- Eh bien j'avais hâte que cette nouvelle année commence. J'ai reçu de très beaux spécimens et j'attends avec impatience de les faire étudier aux classes concernées.
- Rien de dangereux, j'imagine ? plaisanta Harry.
- Évidemment ! Jamais je ne mettrai le moindre élève en danger. Mais tu devrais y aller, je crois que les calèches vont bientôt partir. Je t'attends très vite avec Ron et Hermione pour que vous veniez prendre le thé après une journée de cours.
- C'est promis. On se verra peut-être vite si le cours de créatures est en début de semaine. À bientôt, Hagrid !
Harry prit congé de son grand ami et se dirigea vers les calèches. Il fut frappé de stupeur en voyant les créatures qui se tenaient devant elles. Il ne sut comment les définir. Il avait déjà vu des créatures effrayantes, comme Touffu, le Basilic ou Aragog mais ces créatures-là étaient... différentes. C'étaient des chevaux squelettiques ailés, avec une tête de dragon, des ailes de chauve-souris et une longue queue. Elles n'inspiraient guère confiance. Il se demanda pourquoi des créatures pareilles avaient été choisies pour tirer les carrioles alors que, jusque-là, elles se tiraient très bien toutes seules. C'était incompréhensible. Il regarda autour de lui et s'aperçut que personne ne semblait troublé par la présence de ces chevaux squelettiques. Du moins, c'était ce qu'il croyait avant que son regard ne tombe sur une fille aux cheveux longs et blonds qui semblait observer ces créatures. Il hésita à aller la voir mais avant d'avoir pu se décider, elle fut rejointe par Ginny qui l'entraîna vers l'une des carrioles. En les suivant du regard, il vit Malfoy accompagné de Zabini, Nott et Parkinson. Il remarqua que Nott fixait lui aussi les chevaux. Il dut se sentir observé puisqu'il tourna la tête vers Harry qui rougit et détourna le regard. Ce n'était pas bien de fixer les gens comme ça. Mais c'était dommage que Nott fût avec ses amis car Harry serait bien allé le voir. Il rejoignit ses amis et monta avec eux dans une calèche. Il fut tenté de demander à Hermione si elle voyait les chevaux faméliques et si elle savait ce que c'était mais il se ravisa. Il n'était pas sûr que ce soit un bon signe de voir ces bêtes. Il ne put pourtant s'empêcher de les regarder jusqu'à ce qu'elles s'arrêtent près des grilles de Poudlard. Il fut soulagé de descendre et de s'éloigner de ces créatures qui le mettaient mal à l'aise. Le trajet à pied jusqu'aux portes du château fut silencieux, les élèves étant quelque peu endormis par le voyage en train. Comme ses camarades, Harry entra dans le château et se dirigea vers la Grande Salle. Comme chaque année, les professeurs étaient déjà présents. À sa plus grande honte, Harry se rendit compte qu'il avait complètement oublié Sirius et Remus lorsqu'il les vit parmi les professeurs. Malgré les huit heures passées dans le Poudlard Express, Harry n'avait pas du tout eu le temps de penser à eux. Pourtant, il fut bien content de les revoir. Il ne montra cependant rien, s'étant donné un devoir de réserve, tout comme eux. Il alla s'asseoir à la table de Gryffondor et, sans savoir pourquoi, il se tourna pour jeter un coup d'oeil à la table des Serpentard. Il sentit son coeur faire un petit bond dans sa poitrine lorsqu'il croisa le regard d'Adrian Pucey. Il se morigéna d'avoir une telle réaction. Ce Serpentard avait forcément dû lui faire boire un philtre d'amour à son insu ! Enfin non, pas un philtre d'amour. Harry n'en était pas encore là ! Il était juste... attiré. Oui, c'était le mot qu'il cherchait. Mais il ne savait pas quoi en penser. C'était exactement ce qu'il avait ressenti envers Olivier lorsqu'ils étaient sortis ensemble. Mais ça n'avait jamais abouti à de l'amour. Serait-ce différent avec le Serpentard ? Il fut soudain tiré de ses pensées par la voix de Hermione.
- Harry, tu es avec nous ?
- Hein ? Ah euh oui, oui, je... j'étais juste en train de réfléchir. Dumbledore a dit quelque chose d'important ?
Harry essaya de ne pas paraître gêné en voyant le regard affligé que Hermione portait sur lui.
- Il n'a encore rien dit. Mais il ne va pas tarder à parler. Les première année viennent d'arriver.
- Tant mieux, ils vont pouvoir être répartis et on va pouvoir manger ! se réjouit Ron.
- Mais tu as mangé plein de bonbons et de confiseries dans le train ! Comment peux-tu encore avoir faim ?! s'offusqua Hermione.
- Ce n'est pas de ma faute, je suis en pleine croissance, j'ai besoin de manger !
- Taisez-vous ! intima Harry en voyant le directeur se lever.
Hermione et Ron se turent alors que Dumbledore prit la parole :
- Bonjour à toutes et tous et bienvenue pour cette nouvelle année à Poudlard ! Avant de faire mes habituelles recommandations et de vous parler des différents changements qui seront opérés cette année, nous allons assister à la répartition des plus jeunes d'entre nous. Minerva, à vous.
S'ensuivit la répartition de tous les première année qui offraient une large palette de choix d'émotions : de l'anxiété, de la joie, de la peur, de l'excitation et, pour de rares spécimens selon Harry, de l'indifférence. «Ceux-là vont finir à Serpentard» pensa-t-il. Pour lui, il n'y avait que des futurs Serpentard pour être insensibles un jour comme celui-là. Lui se souvenait encore très bien de ce qu'il avait ressenti lorsqu'il était passé sous le Choixpeau. Il avait d'abord eu peur d'être envoyé à Serpentard, il avait ensuite connu l'appréhension alors que le Choixpeau parlait, parlait, parlait sans s'arrêter, puis il avait senti un bonheur tel qu'il n'en avait jamais connu lorsque le Choixpeau l'avait réparti à Gryffondor. Alors, oui, il était peut-être un peu trop émotif, mais il ne comprenait pas comment un élève de onze ans pouvait ne pas ressentir la moindre émotion à l'idée d'être réparti dans une maison dans laquelle il passerait les sept années d'études qui l'attendaient.
Lorsque Rose Zeller fut envoyée à Poufsouffle, Dumbledore se leva de nouveau :
- Merci, Minerva. Je sais que vous devez tous avoir très faim mais j'ai plusieurs choses à vous dire avant de vous laisser déguster le traditionnel banquet de début d'année. Tout d'abord, j'aimerais accueillir trois nouveaux professeurs et souhaiter un bon retour à un ancien professeur qui a accepté de revenir enseigner dans notre merveilleuse école. La première matière concernée est la Défense Contre les Forces du Mal. Elle sera désormais enseignée par le professeur Gordon.
Quelques applaudissements timides et polis accueillirent la nouvelle. Harry était comme tous les autres : il avait appris à se méfier des nouveaux professeurs de cette matière. Il remarqua que Remus applaudissait de façon chaleureuse alors que Sirius se montrait bien plus réservé. Il se dit que Remus avait peut-être simplement pitié de Gordon car il savait qu'à la fin de l'année, son collègue allait démissionner.
- La deuxième matière qui change de tête est l'histoire de la magie. Elle sera désormais enseignée par le professeur Manley.
Les applaudissements furent beaucoup plus nourris. Harry était surpris. Il était au courant que Sirius et Remus ne pouvaient rien lui dire mais il n'aurait jamais imaginé avoir un nouveau professeur d'histoire de la magie à la rentrée ! Dumbledore expliqua cela par le manque de motivation du professeur Binns qui avait décidé de prendre sa retraite. Harry pensa que c'était une excellente idée.
- La troisième matière qui change de professeur est celle des sortilèges. Elle sera dorénavant enseignée par le professeur Black.
De multiples «Ooooooooooooh» se firent entendre – le nombre de «o» étant très important. Les élèves venaient manifestement de comprendre ce que faisait Sirius Black à la table des professeurs. Alors que la surprise était encore présente, les jumeaux Weasley commencèrent à applaudir. Il n'en fallut pas plus pour que tous les Gryffondor se mettent à l'imiter. Bientôt, les Serdaigle et les Poufsouffle suivirent le mouvement. Quelques Serpentard se laissèrent aller à participer à l'ovation. Harry se sentit ému pour son parrain. Les élèves n'étaient pas si bêtes et avaient compris que c'était lui qui avait le plus besoin de soutien parmi les nouveaux professeurs. Harry avait évidemment été le premier à imiter les jumeaux, mais avait été beaucoup trop timide pour initier l'ovation.
- Avant de passer à la quatrième matière concernée elle aussi par un changement, je tiens à vous rassurer au sujet du professeur Flitwick. Comme vous pouvez le voir, il est toujours là. Il enseignera simplement une autre matière dont je vous parlerai dans quelques instants. Passons maintenant à la dernière matière dont le changement est différent des autres matières puisque le professeur qui va l'enseigner est de retour, contrairement aux autres professeurs qui sont nouveaux. Vous l'avez tous reconnu pour la plupart d'entre vous : il s'agit du professeur Lupin. Il enseignera la métamorphose.
Une salve d'applaudissements chaleureux suivirent cette nouvelle. Harry fut heureux de constater que la grande majorité des élève était ravie du retour de leur ancien professeur de Défense Contre les Forces du Mal.
- Comme vous l'aurez compris, le professeur McGonagall a laissé sa place afin de se consacrer pleinement à ses fonctions de directrice-adjointe. Elle lègue également au professeur Lupin la gestion de la maison de Gryffondor. Cela m'amène à revenir sur la matière qui va être enseignée par le professeur Flitwick. Il s'agit d'une option basée sur le duel. Elle sera facultative et accessible aux élèves de deuxième année et plus. Il ne s'agit en aucun cas d'une des options faisant partie de celles qu'il faut choisir dès la troisième année. Si vous choisissez de suivre cette option, il faudra quand-même en prendre deux autres. Comme les autres options, elle aura un créneau de deux heures par semaine. Afin de la faire entrer dans tous les emplois du temps, il a été décidé que cette année, les cours commenceraient à huit heures. Pas de panique cependant, cela ne concernera que deux jours par semaine et les cours qui commenceront plus tôt seront uniquement les options. Certains d'entre vous ne seront donc peut-être pas concernés. Comme le professeur Flitwick a besoin d'un emploi du temps plus allégé, il a été convenu qu'il partagerait ses fonctions de directeur de maison avec le professeur Black. Ainsi, les élèves de Serdaigle ne seront pas entièrement désorientés puisqu'ils pourront toujours compter sur leur professeur de sortilèges, même si ce n'est plus le même. Bien, il me reste le sujet le plus important de cette année à aborder mais avant cela, j'aimerais qu'Argus Rusard fasse le rappel du règlement et insiste sur ce qu'il est interdit de faire.
Comme chaque année, Rusard parla pendant plusieurs minutes du règlement, des interdictions et des sanctions encourues si les règles n'étaient pas respectées. Harry ne l'écouta que d'une oreille, connaissant par coeur son charabia. Il fut de nouveau attentif lorsque Dumbledore reprit la parole :
- Merci, Argus. Je vais à présent vous parler de quelque chose de très important. Je répète depuis de longues années que les maisons doivent se rapprocher et que les tensions entre elles doivent s'apaiser. Malgré tout, force est de constater que les clivages sont toujours aussi présents. C'est pourquoi j'ai décidé d'y remédier de façon significative. Pendant toute l'année, les élèves de troisième, quatrième et cinquième année travailleront en binôme en botanique, en Défense Contre les Forces du Mal, en histoire de la magie, en métamorphose, en potions et en sortilèges. Vous aurez un devoir à rendre par semaine dans chaque matière. Afin de s'assurer que vous travaillerez bien ensemble sur ces devoirs, vous serez avec votre binôme pendant les cours. Il y aura également un devoir individuel sur table par semaine sur le même sujet que les devoirs collectifs, mais tournés différemment. Cela permettra de voir si, parmi les binômes, l'un des élèves laisse tout le travail à l'autre ou si le travail est équitablement partagé. Ceci n'est pas une punition. Le but est vraiment de rapprocher les maisons. J'ai confié le soin au Choixpeau Magique d'organiser les binômes car il est le plus à même de savoir ce qu'un élève peut apporter à un autre et vice-versa. Vous allez cependant devoir passer sous le Choixpeau Magique afin qu'il vous donne votre numéro de binôme. Soixante tables de deux personnes vont être disposées dans la Grande Salle. Elles seront organisées en trois rangées de vingt tables. Chaque rangée sera numérotée de un à vingt pour un souci d'équité entre les différentes années. Dès que vous saurez votre numéro, vous devrez vous asseoir à la table correspondante. Vous découvrirez ainsi votre binôme lorsqu'il s'installera à la même table que vous. Une fois cette répartition terminée, vous pourrez revenir vous asseoir à la table de votre maison. Je vous demanderai de ne pas vous entre-tuer avec votre binôme jusque-là.
Bon nombre de rires se firent entendre dans la Grande Salle. Ils étaient néanmoins crispés car chaque élève redoutait de connaître l'identité de la personne avec laquelle il allait devoir travailler.
- Bien, je souhaiterais que les élèves de troisième, quatrième et cinquième année se réunissent devant moi. Cela libérera de la place pour permettre aux tables de s'organiser.
Comme les cent dix-neuf autres élèves, Harry se leva et se rendit devant l'estrade sur laquelle se tenait Dumbledore. Il resta près de Ron et Hermione qui semblaient aussi stressés que lui. Il tourna discrètement la tête vers Sirius qui croisa son regard et lui offrit un sourire qui se voulait rassurant et encourageant. Harry tenta de lui rendre son sourire mais au vu de l'air gentiment moqueur de son parrain, cela devait ressembler davantage à une grimace.
Lorsque les tables se furent organisées, le professeur McGonagall commença à appeler les élèves de troisième année. Harry fut amusé de voir les réactions des élèves qui, pour la plupart, ne semblèrent pas satisfaits du choix du Choixpeau Magique. Vint ensuite la répartition des binômes des élèves de quatrième année. Harry fut particulièrement attentif, souhaitant savoir avec qui Ginny allait devoir travailler. D'après ce qu'il vit, elle se retrouva avec un élève de Serpentard dont il avait déjà oublié le nom puisqu'il avait été évidemment appelé avant Ginny. Celle-ci n'avait franchement pas l'air enchantée. Harry se promit de parler au plus vite avec elle. Sa nervosité monta d'un cran lorsque la répartition des élèves de son année commença. Avec qui allait-il être mis en binôme ? Apparemment, c'était quelqu'un qui pouvait lui apporter quelque chose et vice-versa. Cela ne l'aidait pas vraiment à deviner l'identité de son futur binôme.
La première élève appelée fut Hannah Abbot, puis Kellah Barney, Susan Bones, Terry Boot, Mandy Brocklehurst, Lavande Brown... Il fallut attendre la répartition de Roger Curtis pour que tout le monde puisse connaître la première paire de binômes des élèves de cinquième année. Curtis fut réparti avec Mandy Brocklehurst. Le deuxième binôme formé fut celui de Millicent Bulstrode avec Kevin Entwhistle. Harry fut médusé lorsque Hermione fut appelée et qu'elle se retrouva avec Terry Boot, formant ainsi le quatrième binôme, celui d'avant étant Lavande Brown avec Wayne Hopkins. Il y eut ensuite Michaël Corner avec Megan Jones et Gregory Goyle avec Ernie MacMillan. Harry commença à comprendre l'intérêt de l'idée de Dumbledore lorsque ce binôme-là fut composé. Pour contenir quelqu'un comme Goyle, le meilleur choix était un préfet. Ernie MacMillan ne se laisserait sûrement pas influencer par les idées nauséabondes de ce fils de Mangemort. La première grosse stupeur vint avec le binôme suivant qui fut constitué de Justin Finch-Fletchley et Théodore Nott. Là, Harry crut que le Choixpeau était tombé sur la tête. Quelle personne ou objet animé sain d'esprit aurait l'idée de mettre un Poufsouffle né-moldu avec un Serpentard, Sang-Pur et fils de Mangemort ?! C'était tout bonnement insensé !Alors que la plupart des personnes auraient pensé que le dégoût viendrait du Serpentard, il vint contre tout attente du Poufsouffle. Harry n'aurait pas aimé être à la place de Nott.
Il était de plus en plus stressé car il restait la moitié des élèves encore debout avec lui et, surtout, Malfoy n'avait pas encore de binôme. Il avait le numéro dix-neuf. Harry eut soudain un mauvais, très mauvais pressentiment. Non, le Choixpeau n'allait quand-même pas faire ça ?! Il ne restait qu'une seule table qui était encore complètement vide. Rionach O'Neal vint l'occuper en premier juste après la répartition de Théodore Nott. Parmi les élèves qui étaient déjà assis mais qui n'avaient pas encore de binôme, il y avait Hannah Abbot, Kellah Barney, Susan Bones, Vincent Crabbe, Tracey Davies, Seamus Finnigan, Anthony Goldstein, Daphné Greengrass, Sue Li, Draco Malfoy et Rionach O'Neal. Comme les binômes étaient composés de deux maisons différentes et étant donné que Kellah, Seamus et Rionach étaient des Gryffondor, il n'y avait plus que huit choix pour Harry. Pansy Parkinson fut répartie avec Hannah Abbot, Padma Patil avec Vincent Crabbe, Parvati Patil avec Daphné Greengrass, Sally-Anne Perks avec Tracey Davies, puis vint enfin le tour de Harry. Il avait l'impression que ses jambes s'étaient transformées en coton lorsqu'il se dirigea vers le tabouret. Alors que le professeur McGonagall posait le Choixpeau sur sa tête, comme quatre ans auparavant, il murmura une prière : «tout sauf le numéro dix-neuf, tout sauf le numéro dix-neuf, tout sauf le numéro dix-neuf...» Après un moment de silence, le Choixpeau déclara :
- Numéro dix-neuf !
Harry eut la sensation que le ciel lui était tombé sur la tête. S'il n'avait pas été lui-même totalement anéanti, il aurait hurlé de rire en voyant la tête de Malfoy. Il resta un moment sur le tabouret, ayant l'infime espoir que le Choixpeau se remette à parler et lui dise «C'était une blague ! Tu croyais vraiment que j'allais te faire ce coup-là ?» avant de lui donner un autre numéro. Mais rien de tout cela ne se produisit. Il fut alors contraint de se lever et d'aller s'asseoir à la table de Malfoy. Celui-ci le regarda avec le même air qu'il aurait pris s'il s'était retrouvé face à un Veracrasse. Si Zabini avait déjà été réparti, Harry était sûr que Malfoy lui aurait lancé une remarque cinglante. Mais il voulait sûrement être attentif à la répartition de son ami. Harry, de son côté, attendait celle de Ron. Ce furent les deux derniers élèves à être appelés par le Choixpeau. Ron fut réparti avec Susan Bones tandis que Zabini alla s'asseoir avec Kellah Barney. Harry envia énormément ses deux meilleurs amis. Ils avaient un binôme de rêve comparé à lui !
- Bien, maintenant que tous les binômes sont constitués, vous pouvez regagner la table de votre maison. J'ai quelques précisions à vous apporter avant de vous laisser manger.
Harry se leva d'un bond et s'empressa de rejoindre la table des Gryffondor. Fred et George se penchèrent vers lui et lui apportèrent tout leur soutien. Harry en fut touché. Il était tellement déprimé qu'un rien lui faisait plaisir. Lorsque Ron et Hermione se rassirent à leur tour, ils souhaitèrent eux aussi bon courage à Harry. Ils semblaient vraiment peinés pour lui.
- N'oublie pas ce que je t'ai dit, Harry, dit Hermione. Si ça se passe mal avec Malfoy, parle-en au professeur Lupin.
- J'y penserai, promit Harry.
Autour d'eux, les discussions allaient bon train. Mais elles se calmèrent vite lorsque Dumbledore demanda le silence.
- Comme je vous le disais, j'ai quelques petites précisions à apporter. Une salle sera mise à disposition des élèves de troisième, quatrième et cinquième année afin qu'ils puissent y travailler avec leur binôme. Vous pourrez également travailler ensemble dans vos salles communes mais à condition que ce soit dans le calme et le respect de la tranquillité des autres. Je tiens aussi à vous expliquer pourquoi les troisième, quatrième et cinquième année sont les seules années concernées par ce travail en binôme. Les première et deuxième année sont trop jeunes pour pouvoir s'organiser efficacement. Cela demande de la méthode et c'est quelque chose qui s'acquiert avec le temps. Pour ce qui est des sixième et des septième année, j'ai considéré qu'ils n'étaient pas prioritaires à cause du fait qu'ils quitteront bientôt Poudlard. Comme ce travail en binôme est censé rapprocher les maisons dans la durée, les élèves les plus âgés ne sont pas les plus concernés. Ils pourront ainsi se consacrer pleinement à la préparation des ASPIC. Il me semble vous avoir désormais tout dit. Alors profitez bien de cette année qui s'annonce et, dans l'immédiat, profitez bien du festin qui vous attend !
À peine Dumbledore eut-il prononcé ces mots que différents mets tous plus appétissants les uns que les autres apparurent sur les tables. Harry n'avait pas faim mais il se força à manger. Tous les espoirs qu'il s'était faits sur cette année venaient d'être anéantis en une seconde. À présent, il pouvait en être sûr : son année tranquille, il pouvait littéralement s'asseoir dessus.
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POV Justin
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- C'est sûrement une blague. Une blague pourrie, certes, mais bon, on connaît l'humour de Dumbledore...
- Navrée mais je crois que Dumbledore est vraiment sérieux.
- Mais ce n'est pas possible ! Je ne peux pas être en binôme avec... avec... avec lui !
- Justin, je crois que tu surréagis un peu trop, là...
- Non, Emily, je ne surréagis pas du tout ! Je suis juste lucide et choqué ! Non mais tu estimes à combien mes chances de rester vivant d'ici la fin de l'année ?
- Tu exagères. Laisse-lui au moins une chance avant de le juger ! Tu ne le connais même pas !
- C'est un Serpentard, un Sang-Pur et un fils de Mangemort ! Et je suis un Poufsouffle et un né-moldu ! Qu'est-ce qu'il te faut de plus ?!
- N'agresse pas Emily, Justin, intervint Ernie. C'est ta petite-amie, au cas où tu l'aurais oublié.
Justin soupira.
- Désolé, Emily. Mais ça m'inquiète, cette histoire. Je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête mais Dumbledore est devenu complètement fou. Il a dû manger trop de bonbons au citron pendant l'été, je ne vois que ça.
- Ce serait plutôt sur le Choixpeau qu'on devrait rejeter la faute, objecta Emily. C'est lui qui a choisi les binômes. Mais Dumbledore a dit que le Choixpeau avait fait ses choix en fonction de ce que chaque élève pouvait apporter à son binôme.
- Je serais bien curieux de savoir ce que Nott peut bien m'apporter ! À part des ennuis, je ne vois rien d'autre. Non mais je ne sais pas si Dumbledore a conscience à quel point je suis en danger avec ce Serpentard !
- Tu exagères, Justin. Franchement je ne vois pas ce que tu lui reproches, protesta Emily. Il n'a jamais fait entendre parler de lui. À part cet été dans la Gazette mais je ne pense pas qu'il l'ait voulu. Tout le monde sait qu'il n'a jamais partagé les idées de son père. Tu n'as aucune raison d'avoir peur de lui. Il n'est pas anti-moldus comme peuvent l'être la plupart des Serpentard.
- Il traîne avec Malfoy, répliqua Justin.
- Et alors ? Même s'il traînait avec des Poufsouffle ou des Gryffondor tu te méfierais de lui. Mais tu ne le connais pas. Tu ne peux pas le juger comme tu le fais.
- C'est facile pour toi de dire ça ! Ce n'est pas toi qui te retrouve en binôme avec lui ! Tu n'es même pas concernée par l'idée de Dumbledore !
- Non et tant mieux ! Si ça rend aussi bête que ça, ça ne m'intéresse pas !
Emily se leva et planta Justin sur ces mots. Celui-ci soupira.
- Et zut...
- Ça va lui passer, ne t'inquiète pas, tempéra Ernie.
- Tu dis ça mais je suis sûr que tu penses comme elle.
- Je trouve que tu juges Nott un peu vite, oui. Tu pourrais lui laisser une chance. Comme l'a dit Emily, il n'est pas connu pour être un anti-moldus. Il paraît même que c'est lui qui a dévoilé la cachette de son père aux Aurors...
- Justement ! s'exclama Justin. Ça veut dire qu'il n'est pas du tout de confiance ! Tu crois franchement qu'on peut compter sur quelqu'un qui balance son père aux Aurors ?!
- Ils ont dû l'y forcer, Justin. Les Aurors sont de vrais rapaces. Quand ils veulent quelque chose, ils l'obtiennent. Ils ne lâchent pas l'affaire facilement. Et Nott doit être quelqu'un de très influençable. C'est un suiveur. Il est toujours derrière Malfoy et Zabini. Tu n'as vraiment rien à craindre de lui. J'ai vu son visage quand il s'est assis à côté de toi et il avait l'air blessé par la façon dont tu le regardais.
Les mots d'Ernie culpabilisèrent Justin. Il s'en voulait désormais de l'accueil qu'il avait réservé au Serpentard, même s'il n'était pas du tout prêt à lui faire confiance. Mais il aurait au moins pu se montrer neutre au lieu d'afficher clairement son dégoût envers lui... En plus, ce n'était pas très digne d'un Poufsouffle. Où étaient passées la gentillesse et la bonté légendaires des blaireaux ? Il n'avait pas fait honneur à sa maison. Il avait tout raté. Il allait devoir rattraper le coup.
- Je vais essayer de faire un effort avec lui. Je verrai ce que ça donne et après... on avisera.
- C'est bien. Mais il y a quelque chose que je ne comprends pas dans ton raisonnement. Tu as peur de Nott car il est, entre autres, un Sang-Pur. Mais j'en suis un également et tu ne m'as jamais fait voir que tu me craignais, fit remarquer Ernie.
- Lui c'est un Sang-Pur doublé d'un Serpentard, Ernie. Et c'est le fils d'un Mangemort. C'est tout cet ensemble qui me fait peur, en fait. Et pas seulement un élément parmi les trois.
- Je comprends. Mais tu n'as aucune raison de t'inquiéter. Tu sais, si le Choixpeau t'a mis avec lui, c'est sûrement pour que tu dépasses tes préjugés. C'est ça, l'objectif de cette année. Qu'on oublie tous nos préjugés et que les maisons se rapprochent. Pour que ça marche, il faut jouer le jeu.
Justin acquiesça.
- Je l'ai dit : je vais faire un effort. Mais ça ne te fait pas peur, toi, de te retrouver avec Goyle ?
- C'est surtout le côté purement intellectuel de ce travail en binôme qui me fait peur, dit Ernie avec un sourire. Il n'est pas réputé pour être l'élève le plus intelligent de notre promo. Mais ça va peut-être lui permettre de s'améliorer. Moi aussi, d'ailleurs. Je galère en métamorphose. Travailler avec quelqu'un va sûrement m'aider à progresser dans cette matière.
- Mais le fait qu'il soit un fils de Mangemort ne te gêne pas ? Car lui prône clairement les idées de son père !
- Son père est à Azkaban, maintenant. Ça se trouve, ne plus être sous son influence va peut-être lui faire changer d'idéologie.
- Tu es trop optimiste, Ernie, soupira Justin. Tu vois le bien partout.
- Je préfère ça plutôt que le contraire. Mais rassure-toi, il ne peut rien m'arriver. Goyle ne va pas s'en prendre à un préfet Sang-Pur ! Je me déteste en disant ça, mais il faut bien reconnaître que je suis relativement bien protégé par mon double statut. C'est sûrement pour ça que le Choixpeau m'a mis en binôme avec lui. Parce que je suis le plus à même de le canaliser s'il devient hargneux. Bon, le Choixpeau attend peut-être un peu trop de moi. Je ne suis pas sûr de faire le poids face à Goyle. Mais je vais faire de mon mieux.
- Tu fais un peu trop confiance au Choixpeau. Moi je crois qu'il a complètement disjoncté. Il a quand-même mis Malfoy avec Potter ! C'est totalement aberrant !
- J'avoue que je ne comprends pas trop ce choix. Mais j'imagine que le Choixpeau les a mis ensemble pour que les tensions s'apaisent entre eux. Je reste cependant sceptique. Pas sûr que ça marche. Je crois au contraire que les cours vont être... animés.
- Elle promet, cette année ! Ça risque aussi d'être animé entre Roger Curtis et Mandy Brocklehurst. Tu imagines, un Poufsouffle avec une Serdaigle ? En sachant qu'ils font tous deux partie de l'équipe de Quidditch de leur maison ?
- Là aussi, c'est dans un but de rapprocher les maisons. Mais c'est vrai que les choix sont quand-même un peu risqués. Ah, voilà les filles !
Justin leva la tête et vit en effet Susan et Hannah se diriger vers eux. Elles semblaient de très bonne humeur.
- Vous avez l'air bien joyeuses, fit remarquer Ernie.
- C'est toujours cool, la rentrée, dit simplement Hannah. En plus on a le week-end entre notre retour à Poudlard et la reprise des cours. C'est comme si on était encore un peu en vacances !
- Presque, car on aura nos devoirs de préfets à faire, rappela Ernie.
- Oui, et c'est justement pour ça, entre autres, qu'on vient vous voir. Susan va rester là avec Justin et toi, tu vas me suivre. Le professeur Chourave veut nous parler.
- Déjà ? protesta Ernie. Ça fait à peine trois heures que nous sommes arrivés ! Et le couvre-feu est déjà passé.
- On a une autorisation spéciale. De toute façon ce sont les ordres de notre directrice de maison, alors tu viens et tu ne discutes pas !
Ernie soupira et se leva.
- Allons-y.
Les deux préfets s'en allèrent, laissant Justin et Susan seuls.
- Ils sont tellement mignons, dit Susan, l'air rêveur. Je me demande quand ils vont se rendre compte qu'ils sont faits l'un pour l'autre.
- Quand Ernie se décoincera un peu et que Hannah sera un peu plus sérieuse. Mais il va sûrement falloir les aider un peu.
- Pour l'instant ils ont l'air bien comme ça. Ils doivent prendre leur temps.
- Oui, qu'ils attendent le plus possible avant de se mettre en couple, conseilla Justin sur un ton acerbe. Qu'ils profitent de leur célibat.
Susan fronça les sourcils.
- Ouh là, toi tu t'es disputé avec Emily. Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Divergence d'opinion.
- À propos de quoi ? Si ce n'est pas trop indiscret, bien sûr.
Justin grimaça.
- Mon binôme.
- Oh... Je crois que tout le monde a vu que tu n'étais pas très emballé à l'idée de travailler avec lui.
- Oui, c'est ce qu'Ernie m'a fait comprendre. J'ai jugé Nott sans le connaître et ça a énervé Emily. Elle m'a indirectement traité d'idiot.
- C'est la première fois que vous vous disputiez ?
- À ce point, oui. C'était un peu tendu, cet été.
- Ah oui, c'est vrai, tu devais la présenter à tes parents... Ils ont accepté qu'elle vienne, alors ?
- Oui et je crois que ce n'était pas une très bonne idée. C'était un peu trop tôt.
- Ça fait quand-même plus d'un an que vous sortez ensemble.
- Oui mais notre histoire n'est pas faite pour durer, je pense. C'est bête parce que mes parents l'aiment beaucoup.
- En même temps c'est une fille chouette. Mais bon, ce n'est pas à tes parents de décider si tu dois rester avec elle ou non. Il ne manquerait plus que ça !
Justin sourit. C'était ça qu'il aimait bien avec Susan : elle était à la fois franche et gentille et, surtout, elle était toujours là pour le soutenir.
- Tu comptes la quitter, du coup ?
Ah, oui, et elle avait tendance à foncer dans le tas, parfois. C'était assez désorientant.
- Je ne sais pas, avoua-t-il. Je crois qu'on a vécu ce qu'on avait à vivre mais... je ne me vois pas sans elle du jour au lendemain.
- Mais tu l'aimes toujours ?
Le silence de Justin qui suivit cette question fut très éloquent.
- Tu ne dois pas rester avec elle juste parce que c'est «confortable», dit Susan. Ce n'est pas très honnête.
- Je vais y réfléchir, promit Justin. Bon et toi, alors ? Tu es satisfaite de ton binôme ?
- Ben... c'est difficile à dire. Je n'ai aucune affinité particulière avec Ron Weasley mais je pense que je me sentirais davantage à l'aise avec un Gryffondor qu'avec un Serdaigle ou un Serpentard. Donc je n'ai pas trop à me plaindre. Ce dont j'ai peur c'est d'être trop timide avec lui. Dès que je me retrouve avec des gens qui ne sont pas mes amis, je me mets à bégayer, je deviens idiote, c'est affreux.
- Il faut juste que tu travailles là-dessus. Le travail en binôme va justement t'y aider.
- J'ai du mal à me dire si c'est une bonne idée ou non, songea Susan. Ça sort un peu de nulle part. Et ça chamboule toute notre organisation. Tu imagines la galère pour ceux qui font partie de l'équipe de Quidditch de leur maison ?
- Attends, il y a pire encore : ceux qui sont à la fois préfets ET membres de l'équipe de Quidditch de leur maison !
- L'horreur ! s'exclama Susan. Nous sommes bien lotis, tout compte fait. Je n'ai pas l'intention d'intégrer l'équipe de Poufsouffle et toi non plus, je suppose.
- Non merci, affirma Justin. Après il faut espérer que nos binômes ne soient pas tentés de rejoindre la leur...
- Je doute que Nott soit intéressé. Quant à Ron... je n'en sais rien.
- Croisons les doigts pour qu'ils restent loin du Quidditch cette année. Car niveau organisation, je suis une brêle !
- Nott est très intelligent, il est peut-être mieux organisé que toi.
- Pas bête.
Pour la première fois depuis l'annonce des binômes, Justin trouva un point positif au sien. Il espérait que tout se passerait bien et qu'il sortirait indemne de cette énième idée farfelue de Dumbledore.
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(samedi 02/09) POV Harry
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Harry bénissait sa potion de sommeil sans rêves. Sans elle, il aurait passé la nuit à se tourner et à se retourner dans son lit en pensant à l'année qui l'attendait. En se réveillant ce matin-là, il avait espéré que la journée de la veille ne soit qu'un rêve mêlé d'un cauchemar et qu'il se retrouverait dans sa chambre au Square, mais il fut déçu en reconnaissant ses rideaux à baldaquins de son dortoir aux couleurs de Gryffondor. Ainsi, il allait vraiment devoir travailler avec Malfoy pendant TOUTE l'année. Mais qu'avait-il fait pour mériter ça ?! Pourquoi Merlin le détestait-il autant ?! Harry l'avait-il insulté de manière tout à fait involontaire ? Complètement démoralisé, il aurait voulu passer toute la journée dans son lit mais son traître d'estomac s'était rappelé à lui. Même s'il ne mangeait pas beaucoup, il avait été habitué durant l'été à manger tous les matins. Son ventre réclamait donc à manger dès le réveil. Lorsqu'il arriva dans la Grande Salle, il remarqua que ses amis étaient déjà à la table des Gryffondor. Il les rejoignit, marmonna un «bonjour», s'installa et commença à manger. Ou, plutôt, à picorer. Alors qu'il mâchonnait difficilement son deuxième petit pain et que la confiture qu'il avait mise dessus n'avait plus aucun goût, un petit bout de parchemin atterrit devant lui. Il le déplia et reconnut de suite l'écriture de Sirius. Quelques lignes semblaient avoir été griffonnées en toute hâte : «Viens nous voir vers 10h dans nos appartements. Nous devons te parler, c'est important. Et souris, un peu, tu as l'air d'un Inferi.» Les lignes qui suivaient ces mots lui expliquaient où se trouvaient les appartements en question. Harry soupira. Il était tellement déprimé qu'il n'avait même pas envie d'aller voir Sirius et Remus. Le fait qu'il savait de quoi ils allaient lui parler n'éveillait pas sa motivation. Mais il n'avait pas trop le choix. Le mot était peut-être écrit de la main de Sirius, mais il incluait bien Remus dans les deux «Nous» que son parrain employait. Cela signifiait donc que Remus aussi voulait le voir. Et comme il était son directeur de maison, s'il voulait le voir, Harry devait lui obéir. Il était sûr que Sirius en avait fait exprès pour qu'il se sente obligé de faire ce qu'il lui disait. Il resta avec ses amis jusqu'à ce qu'il soit presque dix heures. Il s'excusa auprès d'eux, quitta la Grande Salle et se rendit chez Sirius et Remus en suivant les instructions que lui avaient données son parrain. C'était un peu compliqué de s'y retrouver mais il finit par arriver à bon port. Il frappa à la porte et n'eut pas à attendre très longtemps pour qu'elle s'ouvre. Remus l'accueillit avec un sourire chaleureux et le conduisit jusqu'au salon où il n'y avait personne.
- Sirius est dans la cuisine, indiqua Remus. Tu ne croyais quand-même pas qu'il allait te proposer du jus de citrouille à boire ? Il a dit qu'il t'inviterait le week-end à prendre le thé, alors il est tout naturellement en train de préparer le thé.
- C'est gentil, dit Harry en souriant. Mais je viens tout juste de déjeuner.
- Je suis sûr qu'il te reste un peu de place pour une tasse de thé. Et puis tu n'as pas mangé grand-chose.
- Tu m'as espionné ?!
- Non, mon regard s'est régulièrement posé sur toi, nuance.
Harry leva les yeux au ciel.
- D'ailleurs, tu es arrivé un peu tard. Tu étais si fatigué que ça ?
- Je me suis levé à la même heure que d'habitude.
- Oui mais tu n'es plus au Square. Il faut que tu reprennes un rythme scolaire. C'est normal si tu étais fatigué hier soir, mais ce soir il va falloir que tu te couches tôt. Ce n'est pas pour t'embêter que je te dis ça. Je veux juste éviter que tu te réveilles lundi en étant totalement décalqué.
Harry sourit à Remus.
- Je sais. Mais ça va aller. Tu as raison, il faut juste que je me couche tôt. Sinon, j'imagine que si je suis là c'est pour...
Harry n'eut pas le temps de terminer sa phrase car Sirius entra dans le salon avec un plateau sur lequel étaient posées trois tasses de thé.
- Alors, ça papote ? Je suis soulagé que tu aies accepté l'invitation, Harry. J'avais peur que tu ne viennes pas.
- Franchement, j'ai hésité, avoua Harry. Ce n'est pas contre vous, hein. C'est juste que j'aurais préféré passer la journée dans mon dortoir.
Harry vit Sirius et Remus échanger un regard. Ce fut Remus qui prit la parole :
- Harry, on sait que c'est dur mais il ne faut pas te laisser abattre comme ça.
- Mais je voulais une année tranquille, Remus ! Et tous mes espoirs ont été réduits à néant parce que je vais devoir me coltiner Malfoy pendant et en-dehors des cours ! Je ne sais pas ce que j'ai fait pour que le sort s'acharne ainsi sur moi. J'ai débarrassé le monde magique du plus grand mage noir de tous les temps et au lieu de me remercier, on me met en binôme avec l'aristocrate blond et peroxydé ! Je ne demande pas les honneurs ni quoi que ce soit de ce genre, mais juste qu'on me foute la paix !
- Harry, calme-toi, s'il te plaît, ordonna fermement Sirius. Je ne veux pas t'entendre parler comme ça. Tu es énervé, je le conçois. Mais il faut que tu te maîtrises. C'est important. Si tu perds déjà ton sang-froid alors que tu n'as même pas encore commencé à travailler avec Malfoy, alors qu'est-ce que ce sera quand vous devrez passer une ou deux heures ensemble ?
- Nous ne t'avons pas demandé de venir pour te faire la morale, mais pour t'aider à affronter cette année qui t'attend, ajouta Remus. Nous savons que ça ne va pas être avec simple avec Draco mais tu dois garder ton calme. Je ne suis pas dupe, je suis parfaitement conscient que Draco va vouloir te chercher des noises. Mais ce sera à toi d'être plus intelligent que lui. Si tu ignores toutes ses attaques, il finira par se lasser. Mais s'il devient insultant, s'il te harcèle, s'il te menace ou que sais-je encore, tu dois venir nous en parler.
Harry tiqua sur les derniers mots de Remus. «Tu dois venir nous en parler». Il risqua un regard vers Sirius qui l'intercepta et qui comprit ses craintes.
- Je te promets de me contrôler, Harry. Quoi que tu nous dises sur Malfoy, je ne lui ferai rien payer en cours. Je laisserai Remus avoir une discussion avec lui. En tant que simple professeur, je ne peux rien faire et je le sais très bien. Remus étant ton directeur de maison, c'est à lui de gérer tes soucis avec Malfoy. Ou avec n'importe quel autre élève, d'ailleurs.
- Je lui ai fait répéter vingt fois ce qu'il vient de te dire, se moqua Remus.
Harry se mit à rire.
- Je me disais, aussi ! Ça ne ressemble pas à Sirius d'être aussi sage. Mais je suis entièrement d'accord avec tout ça. Si la situation devient vraiment incontrôlable avec Malfoy, je vous promets de vous en parler. En tout cas, elle est bien nulle, cette idée de Dumbledore.
- Tu dis ça parce que tu es avec Malfoy. Mais l'objectif de ce travail en binôme, c'est de faire cesser les clivages entre les maisons. Et je suis sûr que ça va marcher pour bon nombre de binômes. Ça ne va pas venir tout de suite, c'est sûr. Ce sera plus facile pour certains binômes que pour d'autres, c'est sûr. Il va y avoir des disputes, des cris, des noms d'oiseaux au sein de certains binômes, c'est sûr. Mais vous allez apprendre à communiquer, à travailler et à échanger ensemble et au bout du compte, ce sera une réussite pour tout le monde.
Les paroles de Remus étaient tellement fortes que Harry eut très, très envie de le croire. Il remarqua que Sirius était totalement subjugué lui aussi. Harry fut amusé de voir son parrain regarder Remus avec autant d'admiration.
- Je veux bien te croire, Remus, dit Harry d'un ton sincère. Et j'espère vraiment que tu as raison. Je ne veux plus de cette guerre avec Malfoy. Alors ce n'est pas moi qui vais chercher les ennuis avec lui. Tout ce que j'espère, c'est qu'il va me laisser tranquille.
- Tu n'as pas renoncé à ce mot ? plaisanta Remus.
- Non, c'est mon adage de cette année et je m'y tiens, répondit Harry sur le même ton. Bon, sinon, ils sont comment les nouveaux professeurs ?
- Il y en a un qui est très intelligent, très drôle, très ouvert d'esprit, très passionné, très beau, très charmeur et qui va enseigner la meilleure et la plus importante de toutes les matières, dit fièrement Sirius.
Harry leva les yeux au ciel. Puis, d'un air détaché, il lâcha :
- Je ne vois absolument pas de qui tu parles. S'il y avait un tel professeur à Poudlard, ça se saurait. Je parlais du professeur de Défense Contre les Forces du Mal et d'histoire de la magie.
- Nous ne les connaissons pas très bien et un professeur ne doit pas donner son avis sur un autre professeur à un élève. Mais je peux quand-même te dire qu'ils ont l'air compétents dans leurs domaines. J'ai un peu discuté avec eux et je pense qu'ils vont être de bons professeurs, assura Remus.
- Cool, c'est bon à savoir pour la Défense Contre les Forces du Mal. Je ne me rappelle plus son nom mais le professeur qui va l'enseigner paraît assez jeune.
- Oui mais il est très, très calé.
- Il a dû étudier à Serdaigle, pensa Harry.
- Non, à Serpentard, rectifia aussitôt Sirius. Personnellement, ça ne m'étonne pas qu'il soit allé dans cette maison. Je suis sûr que c'est un Sang-Pur. Il a des manières qui ne trompent pas.
- On s'en fiche, Sirius, répliqua Remus.
- Tu ne l'aimes pas ? demanda en même temps Harry à Sirius.
Harry vit Remus lancer à Sirius un regard noir qui signifiait «C'est malin, t'as gagné !».
- Comme t'a dit Remus, nous ne le connaissons pas encore, je ne peux pas savoir si je l'apprécie ou non, tenta de se rattraper Sirius. Mais quoi que je pense de lui, tu ne dois pas en tenir compte. C'est mon avis personnel qui n'a rien à voir avec ses capacités de professeur.
- D'accord. Je me ferai mon propre avis sur lui au fil des cours, alors, dit Harry.
- Très bien dit, approuva Remus.
- Vous n'en savez donc pas plus non plus sur le nouveau professeur d'histoire de la magie ?
- Non, on sait juste que lui, par contre, a étudié à Serdaigle. Et contrairement au professeur Binns, il semble passionné par sa matière, déclara Sirius. Ses cours seront plus animés et plus intéressants.
- Tu sembles l'apprécier, lui, par contre, se moqua Harry. Il y a du favoritisme dans l'air. Je constate d'ailleurs que tu critiques le professeur qui a étudié à Serpentard mais que tu fais l'éloge de celui qui a étudié à Serdaigle.
- Ça n'a rien à voir, protesta Sirius. C'est un pur hasard, c'est tout.
Harry et Remus regardèrent Sirius avec le même air moqueur. Harry savait que son parrain n'allait pas tenir très longtemps. Et il ne fut pas déçu. Quelques secondes plus tard, Sirius capitula :
- Oui, bon, d'accord, ça a peut-être un rapport ! Mais je vais faire des efforts. Je vais essayer de faire connaissance avec le professeur Gordon. Mais assez parlé de ça. Le trajet dans le train s'est bien passé ? enchaîna Sirius en s'adressant à Harry.
- Oui, ça a été. Bon, ça aurait été mieux si Malfoy n'était pas venu me voir mais il n'y a eu aucun sort échangé. À vrai dire, je n'ai même pas eu le temps de lui répondre. Ginny l'a fait pour moi. Elle l'a remis à sa place et elle l'a fait déguerpir.
- Elle m'a l'air très intéressante, cette Ginny, commenta Sirius. J'ai hâte de l'avoir en cours.
- Elle est très douée, affirma Remus. Il me semble qu'elle était aussi brillante en pratique qu'en théorie. Elle est très attentive et très studieuse.
- Je lui demanderai peut-être de venir me voir à la fin du cours pour la remercier d'avoir protégé mon filleul.
Harry se sentit rougir jusqu'aux oreilles.
- Tu vas la gêner, prévint-il. Parlons d'autre chose, si vous le voulez bien.
- Oui, parlons Quidditch ! s'exclama Sirius.
- Ça m'aurait étonné, grogna Remus.
Harry et Sirius éclatèrent de rire.
- Désolé, Remus, il va falloir t'y habituer ! s'amusa Sirius. Mais avoue que tu aimes bien ça, au fond de toi.
- Je n'oublie pas la fois où Harry est tombé de son balai à plus de trente mètres de haut, rétorqua Remus.
- Ça va Remus, je n'ai rien eu du tout, tempéra Harry d'une voix apaisante. Et le Quidditch n'y était pour rien. Je suis tombé à cause des Détraqueurs. Et puis je crois que Sirius a raison. Tu aimes le Quidditch mais tu ne veux pas l'avouer car ce n'est pas dans ton tempérament d'aimer un tel sport.
Harry sut qu'il avait visé juste lorsqu'il vit l'air gêné de Remus.
- Vous avez intérêt à gagner la Coupe cette année, maugréa ce dernier en guise de réponse.
- Promis, répondit Harry.
- Tu pourras toujours demander des conseils par lettre à ton ancien capitaine si tu en ressens le besoin, ajouta Remus avec un sourire en coin.
- Ne lui mets pas ce genre d'idées en tête ! s'offusqua Sirius. Non, il lui faut quelqu'un de plus jeune.
Harry ne savait pas s'il devait être désespéré ou amusé. Il savait que son parrain n'allait pas le lâcher avec ça et qu'il passerait l'année à s'intéresser de très près à sa vie amoureuse. Alors que Sirius cherchait à savoir quel genre de garçon pourrait plaire à Harry, celui-ci se demanda quelle serait la réaction de son parrain s'il lui présentait Adrian Pucey. Il ne tarda pas à se mettre une baffe mentale pour avoir eu cette pensée. Il ne sortait même pas encore avec le Serpentard ! Mais si cela devait se faire, Harry se dit qu'il n'aurait sûrement pas besoin de le présenter à Sirius. Car il comptait bien sur radio Poudlard pour que son parrain apprenne par un quelconque élève sa future potentielle relation avec le Serpentard !
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(dimanche 03/09) POV Théo
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Théo était content. Il avait réussi à fausser compagnie à ses amis. Oui, bon il ne devrait pas être «content» pour ça. Il devrait plutôt s'en vouloir. Mais il avait besoin d'aller quelque part et pour ça, il devait être seul. En fait, il était même plutôt fier d'avoir détourné l'attention de ses amis. Il ignorait pourquoi, mais Draco et Blaise, plus particulièrement, avaient décidé de le suivre partout où il allait. Il avait l'impression qu'ils s'étaient littéralement enchaînés à lui. Lorsqu'il leur avait fait croire qu'il voulait se reposer jusqu'au dîner, ils étaient montés au dortoir avec lui. Il avait alors dû attendre un peu avant d'enclencher le plan «Sortir sans se faire voir et entendre». Il s'était désillusionné maintes et maintes fois – les rideaux de ses amis étant restés ouverts – et avait insonorisé tout le dortoir pour pouvoir en sortir sans se faire repérer. Ses amis avaient oublié qu'il était un Serpentard et qu'il avait réussi à s'enfuir de chez son père en lui faisant ingérer à son insu un puissant somnifère.
Il se sentait donc étrangement libre alors qu'il longeait les couloirs du château. Il s'apprêtait à en sortir lorsqu'une voix féminine l'appela :
- Théo !
Il se retourna et sourit en voyant une fille aux longs cheveux blonds venir vers lui.
- Salut Luna ! Tu vas bien ?
- Oui, et toi ? Tu es tout seul ?
- Oui, je voulais aller du côté de la lisière de la forêt interdite.
- Pour aller voir qui ? Les Sombrals ?
- Non, plus à droite.
Luna fronça très légèrement les sourcils. C'était imperceptible pour quiconque ne la connaissait pas mais ce n'était pas le cas de Théo qui, en plus, était quelqu'un de très observateur.
- Je serais toi j'attendrais un peu. Tu ne les entends peut-être pas mais beaucoup d'élèves parlent de toi et plus particulièrement de ce qui a été dit dans la Gazette. Tu es sûrement suivi à chaque fois que tu vas quelque part. Alors si quelqu'un t'aperçoit de ce côté-là de la forêt interdite en train de les caresser, tu peux être sûr d'être l'objet de rumeurs dès le lendemain. Et aussi fondées soient-elles, je ne pense pas que tu aies envie d'y faire face si tôt dans l'année.
Théo soupira.
- J'en ai assez de me cacher, Luna. Mon père n'est plus là pour me tuer pendant les vacances s'il l'apprend. Je n'ai plus à craindre sa réaction.
- Donc ça ne te ferait rien d'être l'objet de rumeurs dès demain ?
Théo grimaça.
- Ce n'est pas comme ça que j'avais envisagé le premier jour de cours.
- Alors attends un peu avant d'aller les voir. Elles ne vont pas s'envoler. Elles n'ont pas d'ailes pour ça. Et puis tu peux toujours aller demander à Hagrid comment elles vont.
- C'est une bonne idée, ça, dit Théo en souriant. J'irai le voir demain, c'est le seul jour où je finis à seize heures.
- C'est de ta faute, tu n'avais qu'à prendre moins d'options, répliqua Luna.
- Raté, cette année je ne termine jamais à dix-sept heures par une option, répondit Théo du tac au tac. Demain, je finis bien la journée avec un cours de runes mais je termine à seize heures. Sinon, je finis soit par potions, soit par métamorphose, soit par sortilèges.
Luna regarda Théo avec un air mi-perplexe, mi-impressionné.
- Tu as déjà appris ton emploi du temps par coeur, constata-t-elle. Même une Serdaigle comme moi n'a pas assez d'une journée et demie pour en faire autant.
- C'est une question d'habitude, dit simplement Théo. Sinon, qu'est-ce que tu venais faire par-là ?
- Je me rendais sur le terrain de Quidditch. J'ai perdu plusieurs paires de chaussettes, je voulais voir si elles y étaient.
Théo fronça à son tour les sourcils, mais de façon beaucoup plus expressive.
- Tu ne crois pas qu'il serait temps d'en parler à quelqu'un, de toutes ces affaires qui disparaissent ?
- Je finis toujours par les retrouver, ce n'est donc pas la peine. Bon, tu devrais retourner à ton dortoir, les Joncheruines m'indiquent qu'un danger plane sur toi.
- C'est super rassurant, merci, railla Théo. Et je fais comment pour l'éviter, ce danger ?
- Tu fais ce que je te dis : tu rentres immédiatement à ton dortoir.
- D'accord, soupira Théo en levant les yeux au ciel. À plus tard, Luna.
Il tourna les talons et prit le chemin pour rentrer à son dortoir. Mais il réalisa vite qu'il risquait de se faire disputer par Blaise et Draco s'ils s'étaient rendus compte qu'il était parti en douce. Et il n'avait pas envie de les affronter pour le moment. Faisant fi de l'avertissement de Luna – ou plutôt des Joncheruines – il décida de se promener un peu dans le château. En montant au deuxième étage, il eut envie de rendre visite à Mimi. Il se rendit donc à ses toilettes tout en s'assurant que personne ne le suivait.
- Mimi ? Mimi !
Le fantôme de la jeune fille apparut après avoir traversé la porte d'une des cabines.
- Ooooh c'est toi... Je suis contente de te revoir. Qu'est-ce qui t'amène par ici ?
- Je me promenais dans les couloirs alors je me suis dit que j'allais venir te faire un petit coucou. Tu ne t'es pas trop ennuyée pendant les vacances ?
- Un peu, mais il y avait les autres fantômes. Ça aurait été mieux si Peeves n'avait pas été là. Dis-moi, tu es juste venu pour me voir ou tu vas encore préparer ta potion hyper secrète ?
- Non, je suis simplement venu te voir, c'est promis.
- C'est gentil. Tu es vraiment différent des autres.
- Je sais, dit Théo en souriant. Mais je ne peux pas rester longtemps. J'aimerais faire le tour du château avant que mes amis ne s'aperçoivent de ma disparition et ne se mettent à me chercher.
- Tu as fait quelque chose de mal ? demanda Mimi, avide de savoir.
- Oui, j'ai commis le crime de vouloir un peu de tranquillité, dit Théo en riant. Je repasserai te voir bientôt, c'est promis.
Théo sortit des toilettes et tomba nez à nez avec Crabbe et Goyle.
- Tiens donc, c'est dans des toilettes pour filles que tu te caches ? fit Goyle. Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi, mon pauvre Théo ? Quand on pense que tu as touché le fond du fond, tu arrives encore à nous surprendre. Tu sais que tes amis se demandent où tu es passé ? Ce n'est pas très prudent de leur fausser compagnie. Mais c'est une très bonne chose pour nous.
Crabbe et Goyle se rapprochèrent dangereusement de Théo, faisant reculer celui-ci. Il commençait à sentir la peur monter en lui. Il n'avait jamais été en froid avec ses deux compagnons de dortoir, mais il semblait que ces derniers avaient pourtant des griefs envers lui.
- Oui, tu nous facilites vraiment la tâche, reprit Goyle. Tu vois, on essayait de trouver des plans pour pouvoir se retrouver seuls avec toi et il faut dire que c'était assez compliqué vu que tu es toujours fourré avec Malfoy, Zabini et Parkinson. Mais à quoi ça sert de s'embêter à monter des plans si tu te mets en danger tout seul en t'isolant de tes amis ?
Crabbe et Goyle se rapprochèrent encore, forçant Théo à marcher à reculons et à entrer de nouveau dans les toilettes de Mimi.
- Tu sais que tu es vu comme un traître chez les Mangemorts ? susurra Crabbe. Tu sais que ça ne se fait pas de balancer son père aux Aurors ? Tu te croyais peut-être en sécurité maintenant que ton père n'est plus là pour se défouler sur toi ? Mais tu nous as oubliés, mon petit Théo. On ne va pas te laisser vivre ta petite vie sans te faire payer ta traîtrise.
En moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, Crabbe et Goyle dégainèrent leurs baguettes et les pointèrent sur Théo. Celui-ci eut bien l'idée de sortir la sienne mais il avait neuf chances sur dix de se faire désarmer avant de pouvoir lancer le moindre sort. De toute façon, il n'aurait pas pu le faire. Il était tellement tétanisé que son corps refusait de bouger. Alors qu'il se demandait ce qui allait lui arriver, une voix criarde se fit entendre juste au-dessus de lui :
- AU SECOURS ! TENTATIVE DE MEURTRE DANS LES TOILETTES !
Crabbe et Goyle hurlèrent de peur et se carapatèrent en courant et en se cognant l'un contre l'autre pour sortir en premier des toilettes. Plusieurs minutes furent nécessaires pour Théo pour qu'il revienne à lui et qu'il se remette de ses émotions. Il leva les yeux et sourit faiblement à Mimi.
- Merci, Mimi. Tu m'as sauvé la vie sur ce coup-là.
Les joues de Mimi devinrent soudain plus argentées, preuve qu'elle rougissait.
- Tu devrais éviter de revenir par ici, dit-elle d'une voix triste. Tu pourrais te faire de nouveau attaquer.
- Je ne les laisserai pas régir mes déplacements, dit Théo d'une voix forte. Je reviendrai. Il faut juste que je trouve le moyen de me débarrasser d'eux quand je veux venir te voir. À bientôt, Mimi.
Théo s'en alla, un peu chamboulé par un flot de sentiments divers et variés qui se déversaient en lui. Il était à la fois inquiet, énervé, apeuré et frustré. Comment avait-il pu croire qu'il serait tranquille à Poudlard ? Il fallait vraiment être naïf pour avoir pu penser ça ! À toutes ces émotions s'ajoutaient mille et une questions qui se bousculaient dans sa tête. Il eut soudain envie de retrouver ses amis. Et il s'en voulut de leur avoir faussé compagnie. Il n'aurait pas dû. Il se hâta alors de regagner son dortoir. Il espérait que Draco et Blaise y étaient, mais rien n'était moins sûr puisqu'ils étaient censés le chercher partout. Lorsqu'il arriva dans le dortoir, il fut alors plus que soulagé de les trouver en plein milieu de la pièce en train de faire les cent pas. Il les vit se retourner brusquement lorsqu'ils entendirent la porte s'ouvrir.
- Théo ! s'écria Blaise en se précipitant vers lui. Mais où étais-tu passé ?! demanda-t-il en le secouant. On se faisait un sang d'encre pour toi ! Qu'est-ce qui t'a pris de t'enfuir comme ça ? Pourquoi tu ne nous as pas prévenus ? Tu ne t'es pas rendu compte qu'on te suit partout depuis qu'on est revenus à Poudlard ? Tu ne t'es pas dit qu'il y avait une raison pour ça ?! Tu es censé être le plus intelligent de la promo, par Merlin ! Mais qu'est-ce qui t'est passé par la tête ?!
Blaise continuait à le secouer, si bien que Théo commença à avoir la tête qui tournait. Heureusement, Draco vint vite à son secours.
- Blaise, lâche-le, il va se sentir mal si tu continues. On l'a retrouvé sain et sauf, alors ne va pas nous l'abîmer !
Blaise lâcha aussitôt Théo.
- Pardon, dit-il, l'air confus. C'est juste qu'on était super inquiets et je... j'ai... j'ai un peu surréagi.
- Non, c'est moi qui suis désolé. Je n'aurais pas dû partir comme ça. J'ai simplement voulu me retrouver un peu seul parce que vous n'arrêtiez pas de me suivre comme des petits chiens et... je n'ai pas réfléchi aux conséquences. Mais j'ai compris la leçon, maintenant.
Théo vit Blaise et Draco échanger un regard.
- Comment ça ? demanda sèchement Draco. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Théo se donna une gifle mentale. Non mais quel idiot ! Ne pouvait-il pas réfléchir avant de parler ?!
- Rien, c'est juste que le sermon de Blaise m'a fait comprendre que j'ai eu tort de m'en aller comme ça du dortoir.
- Ne nous mens pas, Théo. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Face au ton de la voix de Draco, Théo sut qu'il valait mieux pour lui de dire tout de suite la vérité.
- Crabbe et Goyle ont voulu m'attaquer mais ils n'ont pas eu le temps de me faire quoi que ce soit, dit-il à toute vitesse. Ne leur faites rien, s'il vous plaît, ajouta-t-il d'un ton implorant. Restez en-dehors de tout ça.
- Tu ne peux pas nous demander ça, Théo, dit tristement Blaise. On doit te protéger. Et c'est ce qu'on fait depuis avant-hier.
- Comment ça ?
Il y eut un nouvel échange de regard entre Blaise et Draco. Ce dernier s'éclaircit la voix avant de prendre la parole :
- Théo... on doit t'avouer quelque chose. Si Blaise et moi te collons aux basques depuis vendredi soir, c'est parce que nous savons que Crabbe et Goyle veulent s'en prendre à toi. Blaise, tu es plus à même de lui expliquer ce qui s'est passé.
Blaise relata alors à Théo la discussion qu'il avait eu avec Crabbe et Goyle dix jours plus tôt sur le Chemin de Traverse.
- Nous comptions t'en parler mais... plus tard, avoua Draco lorsque Blaise eut terminé son récit. Ce n'était pas quelque chose de facile à dire. On n'a pas forcément envie de dire à son meilleur ami qu'il est en danger à cause de deux de ses compagnons de dortoir...
- Je comprends, le rassura Théo. Du coup j'imagine que je n'ai pas d'autre choix que de vous laisser m'accompagner partout où je vais ?
- Ce serait mieux, en effet. Tu as dû avoir assez peur quand Crabbe et Goyle ont voulu t'attaquer pour avoir envie que ça recommence.
- Mais comment vous allez faire quand j'aurai mes options que vous n'avez pas ?
- On t'accompagnera et on viendra te chercher, répondit Blaise. On avait déjà réfléchi à cette question. On ne leur laissera aucune occasion de te faire du mal, Théo.
Théo se sentit étrangement ému. Il venait de réaliser pleinement à quel point ses amis tenaient à lui. Jamais plus il ne voulait les inquiéter. Il ne voulait pas que Blaise et Draco sacrifient leur liberté pour lui mais il savait que rien ne pourrait leur faire changer d'avis. Il aurait voulu leur dire tout ce qu'ils représentaient pour lui mais il ne trouva pas de mots assez forts pour cela. Alors d'une voix rendue tremblante par l'émotion, il dit juste un mot :
- Merci.
En voyant le sourire que lui offrirent Blaise et Draco, Théo devina qu'ils avaient compris tout ce qui se cachait derrière ce simple mot. Ils regagnèrent leur lit et reprirent chacun leur lecture. Alors que Théo relisait pour la huit cent quarante-deuxième fois un livre sur les créatures magiques, il repensa à ce qui venait de se passer. Il avait toujours cru qu'il serait en sécurité à Poudlard et il savait à présent que ce n'était pas le cas. Il espéra malgré tout que Crabbe et Goyle finiraient par le laisser tranquille. Il s'apprêtait à se replonger dans son livre lorsqu'il songea soudain à son binôme. Il grimaça. Il ne savait pas ce qu'il avait fait à Justin Finch-Fletchley mais lui ne l'aimait visiblement pas du tout. Il pria Merlin pour que cela s'arrange avec lui aussi. Il soupira en pensant que cette année ne commençait pas sous les meilleures augures pour lui. Il était alors loin de s'imaginer tous les rebondissements qu'elle lui réservait.
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Voilà, professeurs et élèves sont de retour à Poudlard pour une année qui ne s'annonce pas de tout repos ! N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre. Je vous retrouve vendredi avec un nouveau chapitre qui s'intitulera «Première semaine de cours». Je ne sais pas à quelle heure je le publierai, étant donné que je vais être occupée toute la journée. Normalement je publie vers 14h, là ce sera peut-être 13h ou en fin d'après-midi. Je vous dis donc à vendredi prochain, quelle que soit l'heure !
