Bonjour à toutes et à tous ! Me revoilà pour un nouveau chapitre de S'aimer malgré les préjugés.

Tout d'abord, réponses aux reviews :

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Zackos : Oui, Draco change radicalement dans ce chapitre, même s'il reste maladroit envers Harry :/ Mais ça se passe mieux ensuite *-* J'essaie de rendre Hermione le plus humaine possible dans cette fic afin de la faire voir autrement que comme la Miss-Je-Sais-Tout qui a le don d'agacer XD Draco va devoir souvent se remettre en question, tout ne sera pas simple, mais il aura l'aide de ses amis pour ça ! Pour l'ex de Harry, la réponse sera dévoilée au début de l'année suivante (dans la fic, pas en vrai XD):) Ron ce sont les montagnes russes niveau comportement x) Ravie que ce chapitre t'ait plu et merci pour ta review ! =)

Butterfly Fictions : Le chemin vers l'amitié entre Harry et Draco sera un peu long mais ils partent de tellement loin que ça ne peut qu'être progressif XD Oui, enfin du Quidditch dans ce chapitre ! Ce thème va revenir très souvent, j'ai essayé de faire les choses un peu différemment par rapport aux livres donc j'espère que ça plaira ! Tu te poses exactement les bonnes questions concernant l'ex de Harry, mais je ne peux pas y répondre XD Tout s'expliquera en temps voulu :) Ron reste un peu idiot, parfois, mais ça fait partie de sa personnalité XD Tu as très bien résumé les choses à propos de Draco ! Et Draco est effectivement nul en diplomatie XD Zéro pointé x) Heureuse que cette histoire te plaise toujours autant et merci pour ta review ! =)

Gryffondor : En effet, Draco est un peu trop tourné vers lui-même :/ Mais l'abandon de ses parents n'a pas été vécu aussi facilement qu'on pourrait le penser :/ Il fallait au moins Hermione et Théo pour lui faire comprendre les choses à ce crétin de blondinet peroxydé XD Draco est un Serpentard, manipuler les gens c'est une seconde nature chez lui, mais il est tombé sur plus malin que lui ! En ce qui concerne Théo et Justin, tout va être compliqué entre eux, même lorsqu'ils auront fait la paix XD Ils ne sont pas au bout de leur peine, les pauvres ! Merci à toi aussi pour ta review ! =)

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Avant de vous laisser avec le chapitre, je tiens à préciser que ça fait deux ou trois mois que je l'ai écrit, je ne savais donc absolument pas comment allait se terminer le match de foot d'hier soir. Je vous dis ça car vous pourriez vous poser des questions XD J'ai suivi le match et en relisant mon chapitre ce matin, j'ai eu un gros pincement au coeur car il y avait des mots que j'avais complètement oubliés. S'il y a des Suisses parmi mes lecteurs réguliers, félicitations à vous, le quart de finale est mérité !

Voilà, c'était l'instant foot, je vous laisse découvrir ce nouveau chapitre ! Bonne lecture tout le monde !

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18 – Acceptation, agression et sélections

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(samedi 16/09) POV Théo

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Théo se demandait s'il allait pouvoir passer un week-end sans être convoqué par son directeur de maison. C'était le troisième week-end qu'il passait à Poudlard depuis la rentrée et c'était également le troisième week-end qu'il était convoqué par le professeur Snape. Bon, la première fois, cela avait été reporté. Ce n'était donc que la deuxième fois qu'il avait réellement rendez-vous avec son professeur de potions. Mais Théo savait qu'il devait le voir également la semaine suivante pour vérifier son poids et ses traitements et cela le démoralisait un peu. Mais c'était pour son bien, il en était conscient. Sauf que là, il ne savait pas du tout pourquoi son directeur de maison voulait le voir ce jour-là à quinze heures. Et il préférait ne pas se poser la question. Il lui restait une heure et il comptait bien en profiter pour faire son devoir de runes.

Il était donc présentement à la bibliothèque, penché sur son devoir et entouré d'une bulle de silence. Comme Crabbe et Goyle étaient en train de travailler avec leur binôme et qu'ils en auraient sûrement pour l'après-midi, Théo en avait profité pour se rendre à son endroit préféré. Draco et Blaise n'avaient pas pu l'accompagner, devant eux aussi faire leurs devoirs avec leur binôme. Mais si les deux gorilles sortaient de la salle avant eux, ils avaient prévu de les suivre afin de les empêcher d'aller chercher Théo dans le château. Ils faisaient vraiment tout pour assurer sa sécurité, même de loin. D'ailleurs, il avait été convenu que Draco et Blaise n'iraient pas chercher Théo après son rendez-vous avec le professeur Snape si Crabbe et Goyle étaient encore dans la salle des binômes à ce moment-là. Cela permettait à Théo d'avoir un peu de tranquillité. Il pourrait ainsi revenir tout seul de sa convocation, comme un grand, sans avoir besoin d'être escorté par ses amis qui, eux, pourraient continuer à travailler avec leur binôme. Théo avait toujours su qu'à un moment, il deviendrait impossible pour Draco et Blaise de l'accompagner partout où il aille. Mais tant qu'ils pouvaient garantir sa sécurité, c'était le principal.

Théo en était à la moitié de son devoir lorsqu'il reçut la visite de Hermione. Il défit le sort de silence lorsqu'elle s'installa en face de lui et le relança en englobant cette fois-ci Hermione.

- Tu n'es pas avec Terry ? s'étonna-t-il.

- Non, on a bien avancé sur nos devoirs et il voulait assister aux sélections de sa maison. Ses deux meilleurs amis s'y présentent, il voulait donc les soutenir.

- C'est tout à fait normal. Ils convoitent quel poste ?

- Anthony veut être gardien et Michaël veut être attrapeur.

- Logique, approuva Théo. Je les vois bien dans ces rôles-là.

- Je n'y connais rien alors je te fais confiance.

Hermione sembla hésiter avant de demander :

- Est-ce que ça s'est arrangé, avec Justin ?

Théo grimaça.

- Non, pas du tout.

Il raconta à son amie ce qui s'était passé trois jours plus tôt.

- Depuis, je ne lui adresse même plus la parole en cours. Je sens souvent son regard sur moi mais je l'ignore.

- Il a peut-être compris qu'il t'avait mal jugé quand tu t'es énervé...

- Ça m'étonnerait. Il était vraiment bouché. Mais je me demande si le message passerait mieux s'il venait d'une autre personne... J'en ai parlé avec Harry, le week-end dernier et il m'a dit que tu serais peut-être plus à même de convaincre Justin. Je devais t'en parler mais je voulais d'abord essayer de parler moi-même à Justin. Ensuite je ne voulais plus en parler donc je n'ai pas pensé à te demander de prendre le relais.

- Mais pourquoi serais-je mieux placée pour lui parler ?

- Parce que tu es une née-moldue, comme lui, et que tu es amie avec moi. Tu aurais pu témoigner de notre amitié en lui disant que je ne t'ai jamais rien fait. C'était l'idée de Harry et je l'ai trouvée plutôt bonne. Mais je ne voulais pas te mêler à ça. Enfin, c'est surtout que je n'aime pas demander de l'aide à qui que ce soit.

- Mais j'aurais été ravie de le faire, Théo. Ce n'est pas pour rien que j'ai accepté de te protéger de Crabbe et de Goyle ! Draco m'en a parlé mercredi soir mais depuis je n'ai pas pu en discuter avec toi. Alors si je veux bien t'aider pour Crabbe et Goyle, je ne vois pas pourquoi je ne voudrais pas t'aider pour Justin.

Les mots de Hermione touchèrent beaucoup Théo. Il réalisa à quel point il avait de la chance de l'avoir comme amie.

- Je ne sais pas quoi dire, c'est vraiment gentil, mais... je ne pense pas que ça servira à grand-chose. Je ne veux pas que tu perdes ton temps pour rien.

- Justement, je n'ai que ça à faire. Je te l'ai dit, je suis en avance sur les devoirs et Terry n'est pas disponible actuellement. Et puis qui ne tente rien n'a rien. Je vais faire un tour dans les couloirs et ensuite j'irai parler à Justin.

- Tu sais où il est ?

- Non mais Harry pourra m'aider à le savoir. Enfin, je vais d'abord essayer de le trouver par moi-même. Ça se trouve, il sera dans la salle des binômes. J'ai remarqué qu'il y avait de plus en plus d'élèves qui venaient y travailler tout seuls. En même temps, il faut dire que l'ambiance y est calme et studieuse. Cela n'a rien à voir avec la bibliothèque qui peut paraître bien plus austère. D'ailleurs, on a de la chance de ne pas encore s'être fait repérer par Mme Pince, même si tu as lancé le sort de silence. Bon, j'y vais. J'étais venue ici dans l'espoir d'y trouver quelqu'un mais ce quelqu'un n'est pas là. En revanche je t'ai vu alors j'ai voulu faire un brin de causette avec toi.

- C'est gentil, même si ce n'est pas l'endroit idéal pour ça, plaisanta Théo. Je ne vais pas tarder à y aller non plus. Enfin d'ici une demie-heure, environ. J'ai rendez-vous avec le professeur Snape. Merci pour ce que tu fais pour moi, Hermione.

- Il n'y a pas de quoi, répondit la Gryffondor en souriant. Bon courage avec ton directeur de maison.

Hermione se leva et quitta la bibliothèque. Théo reporta son attention sur son devoir de runes mais il peina à se concentrer de nouveau. Il avait trop de choses en tête. Il n'avait donc pas beaucoup avancé lorsqu'il fut l'heure pour lui de se rendre à son rendez-vous avec le professeur Snape. Il rangea ses affaires, quitta à son tour la bibliothèque et se rendit aux cachots. Lorsqu'il arriva au bureau de son directeur de maison, il frappa et entra après avoir eu l'autorisation. Il salua son professeur qui lui proposa de s'asseoir.

- Vous devez vous demander pourquoi je vous ai convoqué, dit ce dernier alors que Théo s'installait en face de lui.

- En effet. Je ne devais vous voir que la semaine prochaine pour contrôler mon poids et mes différents traitements.

- C'est exact, mais ce n'est pas du tout de cela dont je dois vous parler. Même si on peut considérer que c'est directement lié. J'ai reçu une réponse de la directrice du service de la justice magique à la lettre que je lui avais envoyée. Je lui ai exposé brièvement votre situation et je lui ai fait part de votre volonté de dénoncer les actes que votre père a perpétrés sur vous. Elle vous propose un rendez-vous le samedi sept octobre à quatorze heures. Est-ce que cela vous convient ?

- Oui, c'est parfait.

- Vous souhaitez donc toujours dénoncer les actes de votre père ?

- Oui, je n'ai pas changé d'avis. Je fais encore des cauchemars et ils sont assez violents. Beaucoup moins que ceux que je faisais à quelques jours de la rentrée mais ils m'empêchent de me rendormir.

Théo vit le professeur Snape le regarder d'un air soucieux.

- Vous avez l'air épuisé, en effet. Le fait que vous mangiez peu ne doit pas aider. Je ne vais pas vous faire l'offense de vous peser aujourd'hui puisque ce n'était pas prévu mais je tiens à vous mettre en garde. Si la semaine prochaine, je constate que vous avez encore perdu du poids, je serai contraint de vous imposer une surveillance plus stricte. Je ne peux pas vous laisser vous affamer ainsi. Je suis sûr que vous avez des problèmes dont vous refusez de me parler et que c'est à cause de ces problèmes que vous n'avez plus d'appétit.

- Je ne souhaite vraiment pas en parler, professeur. Mais je vais faire des efforts pour manger davantage, c'est promis.

Théo sentit que le professeur Snape voulait insister mais il n'en fit rien.

- Bien. Pour ce qui est de vos cauchemars, je peux vous proposer des potions qui vous aideront à vous relaxer avant de dormir. Je sais que vous avez déjà bien assez de potions à prendre comme ça mais vous ne tiendrez pas longtemps si vous ne dormez que quatre ou cinq heures par nuit. Je sais que vous n'aimez pas la potion de sommeil sans rêves et je ne vous en aurais pas proposé de toute manière. Car ce qu'il vous faut, c'est un traitement jusqu'à ce que le procès de votre père soit passé. Ce n'est qu'à ce moment-là que vous vous sentirez mieux. Et comme il n'aura pas lieu avant cinq ou six mois, je ne peux pas vous mettre sous potion de sommeil sans rêves jusque-là. Vous risqueriez d'en devenir dépendant, même lorsqu'elle ne fera plus effet.

- Comment cela serait-il possible ? s'étonna Théo. Si je n'en ressens plus les effets, je ne peux pas en être dépendant...

- C'est vrai, mais en théorie seulement. Cela s'explique par le fait que cette potion agit beaucoup sur le mental. La personne en devient vite dépendante, elle se persuade qu'elle en a besoin, si bien qu'elle croit encore que ça fait effet alors que ce n'est plus le cas. Certes, la personne dort toujours d'une traite mais son sommeil est beaucoup moins récupérateur qu'avant. Elle se sent fatiguée mais sans savoir pourquoi. C'est pour cela qu'il ne faut jamais prendre cette potion sur une trop longue durée. Cela peut s'avérer très dangereux. Est-ce que vous acceptez donc que je vous donne des potions relaxantes ? Il n'y a pas de risques d'accoutumance et il n'y a pas de baisse d'efficacité sur la durée.

- Je veux bien mais ce n'est pas ça qui va m'ouvrir l'appétit, au contraire...

- Détrompez-vous. Elle vous aide à vous décontracter et permet à votre corps de se reposer pendant que vous dormez. Au réveil, il sera apte à commencer une nouvelle journée et vous serez étonné de le sentir réclamer à manger afin de prendre suffisamment de forces pour affronter cette journée. De plus, cette potion est à prendre juste avant de vous coucher, le repas du soir sera alors déjà passé. Vous n'avez donc pas à vous en faire pour votre appétit.

- D'accord, je veux bien essayer ces potions. Mais vous êtes sûrs que je ne risque pas d'en devenir dépendant ?

- Sûr et certain. C'est ce qu'on pourrait appeler de la médecine douce. Cette potion est davantage une infusion de plantes. C'est naturel, c'est sain et le goût est loin d'être désagréable. Bien sûr, l'idéal reste qu'à un moment, vous n'en ayez plus besoin. Mais vous pouvez très bien vous traiter avec ça jusqu'au procès de votre père. Je tiens cependant à préciser que cela n'aura aucun effet si vous vous dites justement que cette potion ne servira à rien. Il faut que vous détendiez votre esprit avant et après avoir pris la potion. Je sais que vous en êtes capable, c'est pour cela que je vous suggère ce traitement. Je ne le conseillerais pas à tout le monde car il y a des personnes qui sont beaucoup trop stressées et réfractaires pour faire le vide dans leur esprit. C'est pour cette raison qu'on propose plutôt à ces personnes un traitement de potions de sommeil sans rêves mais de façon toujours temporaire.

- D'accord. Je suis rassuré.

- Bien. Avez-vous des questions ?

- Oui mais cela concerne le rendez-vous que je vais avoir avec la directrice du service de la justice magique.

- Je vous écoute.

- Comment vais-je m'y rendre ?

- Par poudre de Cheminette. Nous utiliserons ma cheminée.

- Oh, je ne vais pas y aller tout seul alors ?

Théo trouva soudain sa question bête en voyant le professeur Snape hausser les sourcils.

- Bien sûr que non. Qu'est-ce qui vous a fait croire ça ?

- Eh bien... je n'avais personne pour m'accompagner alors je pensais que j'allais devoir m'y rendre tout seul. Ou qu'un Auror viendrait me chercher, même si je me doute qu'ils ont autre chose à faire.

- C'est justement parce que vous n'avez personne que c'est le devoir de votre directeur de maison de vous accompagner. En l'occurrence, moi. Après, je peux envoyer une demande pour qu'un Auror s'occupe de vous y emmener mais je doute que ce soit accepté.

- Non, ça ira très bien comme ça. C'est gentil, en tout cas.

- Avez-vous d'autres questions ?

- Oui. Comment ça va se passer ? Vous m'avez parlé du procès mais pas du rendez-vous en lui-même avec la directrice de la justice magique. Vous m'avez dit que vous alliez devoir me prendre certains souvenirs des maltraitances commises par mon père. Est-ce que c'est lors de ce rendez-vous que vous allez devoir les prendre, ces souvenirs ? Comment vous allez vous y prendre ? Comment allez-vous pouvoir accéder à ces souvenirs ? Si je dois vous les montrer, cela veut dire que vous verrez mes autres souvenirs ? Comment je fais si je ne veux pas que vous les voyiez ? Est-ce que j'ai un moyen de vous en empêcher ?

Théo aurait pu poser un milliard d'autres questions mais il s'arrêta en voyant l'air désespéré de son professeur.

- Bon, je crois que je vais devoir tout vous expliquer. Sinon ces questions resteront dans votre tête et les potions relaxantes n'auront aucun effet. On va reprendre vos questions une par une.

Théo acquiesça et écouta pendant près d'une heure le professeur Snape répondit à chacune de ses questions. Il y vit beaucoup plus clair et se dit que, tout compte fait, il avait bien fait de se rendre à cette convocation.

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Au même moment, POV Justin

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Pendant que Théo était en grande discussion avec le professeur Snape, Justin, lui, essayait tant bien que mal de faire son devoir de potions. Il devait être rendu dix jours plus tard puisqu'il avait été donné la veille mais comme Justin avait des difficultés dans cette matière, il préférait s'y mettre le plus tôt possible. Cela faisait plus d'une heure qu'il l'avait commencé et il n'avait presque pas avancé. Une petite voix moralisatrice lui disait qu'il aurait eu l'aide d'un certain Serpentard s'il n'avait pas passé son temps à le repousser. Mais il refoulait cette voix qui le perturbait un peu trop. Nier était beaucoup plus confortable. En attendant, il continuait à galérer sur son devoir. Il ne pouvait même pas demander l'aide de ses amis. La seule aide qu'il avait le droit d'avoir, c'était celle de son binôme. Il haïssait le Choixpeau de l'avoir mis avec Nott. Du moins, il essayait de s'en convaincre. Car depuis la discussion qu'il avait eue avec Nott trois jours plus tôt, il se demandait s'il n'avait pas jugé le Serpentard un peu trop vite. Ce qu'il lui avait balancé juste avant de partir ne cessait de tourner en boucle dans sa tête. Nott ne pouvait pas être un aussi bon acteur, c'était impossible. Il était forcément sincère. Mais Justin ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il était un Serpentard, un sang-Pur et un fils de Mangemort. Comment lui, un Poufsouffle et un né-moldu, était-il censé faire confiance à une personne pareille ? Mais plus il y réfléchissait, plus il se disait qu'en fait, ce n'étaient peut-être pas ces trois éléments qui lui faisaient si peur. Parce qu'il aurait été beaucoup moins effrayé s'il avait dû travailler avec Malfoy. Non, ce qui le terrifiait, c'était le fait que Nott était beaucoup trop secret. Personne ne savait rien de lui. C'était donc difficile de savoir s'il pouvait lui faire confiance ou non. Malfoy était peut-être lui aussi un Serpentard, un Sang-Pur et un fils de Mangemort, mais au moins Justin savait qu'il ne s'en prendrait jamais à lui parce qu'il était trop lâche pour ça. Il préférait laisser les autres faire le boulot. Et puis, depuis un certain temps, il ne semblait plus aussi hostile envers les nés-moldus. Il était juste hostile envers tous ceux qui n'étaient pas de sa maison. Charmant personnage, en somme. Alors que Nott était complètement différent. Il n'avait jamais manifesté de haine envers qui que ce soit mais il était en même temps hyper compliqué de savoir ce qu'il ressentait. Il semblait toujours cacher ses émotions et ses sentiments. Il était connu pour ça. Pour être le garçon réservé de la classe. Alors Justin ne savait pas quoi penser de lui. Il s'était donc basé sur le fait qu'il était un Serpentard, un sang-Pur et un fils de Mangemort. Mais il commençait à se demander s'il n'avait pas eu tort. Bref, c'était le bazar complet dans sa tête.

Il relisait pour la millième fois son cours de potions en espérant y trouver ce qu'il lui fallait pour son devoir lorsque Hermione Granger vint s'asseoir en face de lui. Il leva la tête, surpris. Que venait-elle faire ici ?

- Bonjour, Justin. Est-ce que je peux te parler ?

«Maintenant que tu es là...» se dit Justin. Il garda cependant cette pensée pour lui. Ce n'était pas très gentil et Hermione ne méritait pas d'être rabrouée de la sorte. Il était juste de très mauvais poil et cela se ressentait dans son humeur.

- Oui, bien sûr, répondit-il sur un ton courtois.

- Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Je suis venue pour te parler de Théo.

Ah non ! Il voulait bien être aimable mais Nott lui prenait déjà assez la tête comme ça sans être là pour que Hermione en rajoute une couche ! Même lorsqu'il n'était pas là, il lui pourrissait la vie, c'était fou ça !

- Je n'ai pas très envie de parler de lui, dit-il poliment.

- Je pense pourtant que c'est nécessaire. Pourquoi est-ce que tu le rejettes ainsi ? Qu'est-ce qu'il t'a fait pour que tu le traites ainsi ?

- Je ne sais pas. Je ne lui fais pas confiance, c'est tout.

- A-t-il fait quelque chose pour ça ? Y a-t-il une raison concrète pour que tu ne lui fasses pas confiance ? Un acte qu'il aurait commis ? Des choses qu'il aurait pu dire ?

- Il n'a pas besoin d'avoir dit ou fait quelque chose pour ne pas être digne de confiance. Et je ne vois pas pourquoi tu viens me parler de lui !

- Parce que je trouve ça injuste que tu le rejettes sans raison valable ! D'après ce que j'ai compris, c'est sa maison, son sang et l'identité de son père qui te gênent ?

- C'est ça.

- Est-ce que tu as conscience que tu te bases sur des préjugés ? Que ce ne sont pas des motifs valables pour juger si une personne est de confiance ou non ? Théo n'a pas choisi son sang et encore moins son père. Il aurait pu être envoyé dans n'importe quelle maison mais il n'aurait pas pu se faire d'aussi bons amis que Malfoy, Zabini et Parkinson s'il avait été réparti dans une autre maison. Je ne les porte pas dans mon coeur, surtout Malfoy, mais ils ont su briser sa carapace. Et je sais que ce sont de bons amis pour lui. Il n'a rien choisi de ce qu'il est, Justin. Tu es en train de lui faire payer pour des choses qu'il n'a pas voulu être. C'est quelqu'un de bien qui ne mérite pas la haine que tu lui portes.

Justin commençait à se sentir mal à l'aise. Ses doutes se confirmaient de plus en plus. Mais comment pouvait-elle savoir tout ça ? Décidant de la confronter, il contre-argumenta :

- Tu ne le connais pas plus que moi, Hermione. Alors pourquoi tu le défends ?

- Parce que je le connais, justement, contrairement à ce que tu crois. Pas aussi bien que ses amis de Serpentard, certes, mais je le connais quand-même suffisamment bien. Assez en tout cas pour affirmer ce que je viens de te dire. Ça fait deux ans que je suis assise à coté de lui en runes et en arithmancie. C'est pendant ces cours-là que j'ai appris à le connaître. Qu'on a appris à se connaître. Au début moi non plus je n'étais pas très rassurée. Si je me suis assise à côté de lui, c'est parce que dès le premier cours d'arithmancie, il a fallu se mettre par deux. Et comme tout le monde, à part lui et moi, avait un ami dans la classe, eh bien nous nous sommes retrouvés tous les deux seuls. Nous avons donc dû nous mettre ensemble. J'avais les mêmes à priori que toi car j'ignorais tout de lui. Mais j'ai fait l'effort de mettre mes préjugés sur les Serpentard et les Sang-Pur de côté et je ne l'ai jamais regretté. On s'est vite hyper bien entendus, je me suis rendue compte qu'il était totalement différent de ce que j'avais imaginé et je m'en suis voulue d'avoir eu des préjugés à son égard. Il n'est pas comme les autres Serpentard. Il est gentil, sincère et il a beaucoup d'humour. Il reste tout de même un Serpentard, ça, c'est sûr. Mais il n'a que les bons côtés de cette maison. On gagne vraiment à le connaître. Tu peux me croire.

Justin était dépassé par les paroles de Hermione. Il ne savait vraiment plus quoi penser.

- Je veux bien te croire mais... tu ne t'es jamais dit qu'il pouvait faire semblant ? Qu'il cherchait juste à avoir ta confiance pour mieux te planter un couteau dans le dos après ?

- Il mettrait vachement de temps à l'aiguiser, son couteau, alors, ironisa Hermione. Deux ans, ça commence à faire long.

Justin voulut répliquer mais il fut coupé par un autre Gryffondor qui vint les rejoindre.

- Ah, je dérange, peut-être, dit Potter, l'air gêné.

- Ça dépend. Si tu veux récupérer ton amie, vas-y, n'hésite pas, répondit Justin.

- Euh... c'est toi que je voulais voir, en fait. Je voudrais te parler de ton binôme.

Abasourdi, Justin fixa le Gryffondor pendant plusieurs secondes sans réagir. Il avait l'impression d'être dans un de ces rêves absurdes qui n'avaient ni queue ni tête. Oui, c'était sûrement ça. Il était en réalité en train de dormir, il allait se réveiller et se rendre compte que tout cela n'était qu'un stupide rêve. Après un moment d'incrédulité, il allait peut-être même en rire. Mais il eut beau se pincer, rien ne se passa. Il ne se réveillait pas et il avait toujours les deux Gryffondor en face de lui. Il soupira.

- Qu'est-ce que je vous ai fait pour que vous veniez tous les deux me parler de mon binôme ?

- Parce que nous trouvons la situation idiote et que nous voulons la débloquer, répliqua Potter. Mais je ne savais pas que Hermione m'était passé devant.

- Je te cède la place volontiers, dit aussitôt Hermione. Tu as des arguments que je n'ai pas.

Hermione se leva, laissant sa chaise à Potter qui s'installa.

- Je ne veux pas t'embêter, Justin, assura-t-il. J'aimerais juste t'éviter de faire avec Théo la même erreur que tu as faite avec moi.

- Comment ça ? demanda Justin en fronçant les sourcils.

- Tu es en train de juger Théo sans le connaître. Tu as fait pareil avec moi. À deux reprises. Tu as cru que j'étais l'héritier de Serpentard il y a deux ans et l'année dernière tu as cru que j'avais mis mon nom dans la Coupe. Je ne t'en veux pas et je ne t'en ai jamais vraiment voulu puisque c'était ce que tout le monde pensait. Mais on m'a fait comprendre il n'y a pas longtemps que si j'avais cherché à me faire des amis dans les autres maisons, j'aurais eu plus de personnes pour me défendre. Parce que ces personnes m'auraient assez connu pour savoir que j'étais innocent. Théo, c'est pareil. Il a plus d'amis qu'on pourrait le croire mais la grande majorité des élèves ne le connaissent pas. Mais avant de juger quelqu'un, il faut apprendre à le connaître. Je t'avoue que je me suis méfié de lui, moi aussi. Je ne voyais en lui qu'un Serpentard. Mais on s'est vus plusieurs fois, on a parlé et je me suis rendu compte qu'il n'était pas du tout celui que je pensais.

- C'est bizarre, il me semble avoir déjà entendu ça, plaisanta Justin. Hermione m'a dit exactement la même chose.

- Alors qu'est-ce que tu attends pour nous croire ? demanda gentiment Potter. Tu crois vraiment qu'on serait en train de te harceler en ce moment-même si on n'était pas convaincus que Théo était quelqu'un de bien ? Ça ne fait que vingt-quatre heures que mon binôme a enfin accepté de travailler avec moi, alors autant dire qu'on a du retard à rattraper et que je devrais donc être en train de bosser avec lui plutôt que discuter avec toi.

- Hé oh, je t'entends Potter !

Ni une, ni deux, Justin vit Malfoy débarquer lui aussi.

- Je t'ai demandé de défendre Théo, Potter. Pas de te moquer de moi !

- Ah parce que tu es dans le coup, toi aussi ? lâcha Justin.

Il avait vraiment l'impression de nager en plein délire. Il devait y avoir des champignons hallucinogènes dans le verre de jus de citrouille qu'il avait bu lors du déjeuner, ce n'était pas possible autrement !

- Oui, j'ai missionné Potter de plaider la cause de Théo parce que j'en avais assez de voir mon meilleur ami souffrir à cause de son binôme, rétorqua sèchement Malfoy. Je dois le consoler presque tous les soirs et j'aimerais bien que ça s'arrête car je vais finir par ne plus savoir quoi lui dire. Je lui répète sans cesse que ça va s'arranger, qu'il doit être patient, que son crétin de binôme a juste besoin de temps mais plus ça va, moins j'y crois. Théo ne mérite vraiment pas d'être rejeté comme ça. Il n'a jamais partagé les idées de son père. Et il le paie depuis qu'il est tout petit. Car oui, quand on assume pleinement n'avoir aucune haine envers les nés-moldus alors qu'on est un Sang-Pur et un fils de Mangemort, on n'en sort pas indemne. Mais Théo a toujours eu le courage de ses opinions et n'a jamais voulu renoncer à ses idées malgré tout ce qu'il a pu subir. J'espère qu'il ne va pas m'en vouloir de te l'avoir dit mais je pense que c'était le meilleur moyen pour te faire comprendre à quel point tu te trompes à son sujet.

Justin était ébranlé par les paroles de Malfoy. Là il ne pouvait plus nier la vérité. Il s'était trompé. Lourdement trompé. Il avait rejeté quelqu'un qui n'avait rien fait pour cela. Il lui avait balancé des horreurs au visage. Et il s'en voulait pour cela. Il réalisa qu'il s'était rendu coupable de ce qu'il reprochait au Serpentard : il l'avait jugé sur son sang. Il allait devoir se racheter auprès de lui, maintenant. Mais vu comment il avait été odieux envers lui, il ne savait pas s'il allait réussir à avoir son pardon. Mais il devait essayer. Il prit une grande inspiration et s'adressa à ses trois camarades présents en face de lui :

- Est-ce que vous savez où il est ?

- Il avait rendez-vous à quinze heures avec notre directeur de maison, déclara Malfoy. Il est seize heures donc je pense qu'il doit être encore avec lui. Tu n'as qu'à aller l'attendre devant le bureau du professeur Snape. Tu sais où c'est ?

- Oui, c'est bon. Merci à vous trois de m'avoir fait ouvrir les yeux. Je vais essayer de me rattraper.

Justin se leva, rangea pêle-mêle ses affaires dans son sac et quitta la salle des binômes. Il se rendit aux cachots en espérant que son binôme était encore avec son directeur de maison.

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Lorsqu'il arriva, il décida de frapper à la porte afin de savoir si Théo était encore dans le bureau. Le professeur Snape vint lui ouvrir et sembla surpris de le voir.

- Que me vaut votre visite, M. Finch-Fletchley ?

- Je... je sais que mon binôme avait rendez-vous avec vous et je voulais savoir s'il était déjà sorti ou pas.

- Il est encore avec moi et pour plusieurs minutes encore. Mais vous pouvez l'attendre ici si vous voulez.

Le professeur Snape referma la porte sans laisser le temps à Justin de répondre. Celui-ci soupira et s'adossa contre le mur. Bon, déjà, il n'avait pas loupé Théo, c'était une bonne nouvelle. Mais à présent qu'il était à deux doigts de lui présenter ses excuses, il se posait mille et une questions. Celle qui le tourmentait le plus, c'était : est-ce que Théo accepterait de lui parler ? Ou, du moins, est-ce qu'il allait le laisser s'expliquer et s'excuser ? Justin espérait que oui. Mais il comprendrait très bien que le Serpentard refuse de l'écouter. Lui-même ne savait pas comment il réagirait à sa place. Il commençait à se demander s'il aurait dû attendre un peu avant d'essayer de parler à Théo quand celui-ci sortit du bureau du professeur Snape. Il parut lui aussi surpris de voir Justin. Il ne dit cependant rien et passa devant lui en l'ignorant royalement. Justin s'efforça de ne pas se sentir vexé face à l'attitude de son binôme. Il avait mérité cette indifférence, après tout. Mais bien décidé à lui parler, il le suivit.

- Nott, attends, j'ai à te parler...

- Je n'ai aucune envie de perdre mon temps à me faire insulter, lâcha le Serpentard sans se retourner.

- Ce n'est pas mon intention ! Arrête-toi, s'il te plaît.

Théo ne l'écouta pas et poursuivit son chemin. Justin ne se laissa pas abattre et continua à le suivre. Il ne savait pas du tout où son binôme allait mais arrivé au deuxième étage, il se retourna si brusquement que Justin faillit lui rentrer dedans.

- Tu vas arrêter de me suivre, oui ? lança Théo, l'air agacé.

- Pas tant que tu ne m'auras pas écouté.

- Je n'ai rien à te dire.

- Ça tombe bien, je ne te demande pas de me parler, juste de m'écouter.

Théo soupira.

- Bon, d'accord. Vas-y, je t'écoute.

- Je te demande pardon pour le comportement que j'ai eu envers toi depuis la rentrée. Je n'aurais pas dû te parler comme je l'ai fait et je le regrette. J'aurais dû te donner une chance au lieu de te cataloguer tout de suite comme...

- Tais-toi.

Justin écarquilla les yeux. Il voulut répliquer mais Théo lui intima le silence en posant un doigt sur ses propres lèvres. Pendant de longues secondes, il sembla tendre l'oreille et se concentrer sur un bruit que Justin, lui, n'entendait pas. Il voyait cependant que le corps de son binôme s'était soudain tendu comme un arc. Sans savoir pourquoi, cela ne le rassurait pas du tout.

- Va-t'en, lui dit Théo.

- Quoi ?!

- Va-t'en, je te dis !

Le bruit de quelque chose qui tombait se fit alors entendre à quelques mètres d'eux. Sans comprendre ce qu'il se passait, Justin se fit entraîner par Théo jusqu'aux toilettes des filles. Il ne pensa même pas à protester tellement il était dépassé par la tournure que prenaient les choses. En revanche, lorsque Théo les enferma dans une cabine, il voulut protester mais une main se plaqua contre sa bouche. Il apprécia moyennement d'être ainsi bâillonné. Il aurait très bien pu repousser le Serpentard mais il sentait qu'il ne devait pas le faire. Après tout, Théo ne semblait pas lui vouloir de mal. Il avait la tête légèrement inclinée et tournée vers le côté, se concentrant visiblement sur ce qui se passait dans le couloir. Justin écouta, lui aussi. Il perçut vite deux voix qu'il connaissait :

- Mais où est-ce qu'ils ont bien pu passer ? Ils étaient là y a une minute !

- Si tu n'avais pas fait tomber ta baguette, on n'aurait pas baissé la garde ! Je les ai entendus courir, ils sont forcément devant.

- On ne va jamais réussir à les rattraper. Ils courent bien plus vite que nous. Surtout Théo, quoi. Je ne connais pas l'activité physique du Sang-de-Bourbe mais Théo, c'est un rapide.

Justin sentit Théo se crisper davantage. Un éclat de fureur avait traversé son regard alors qu'il serrait son poing libre. Justin se demanda un instant si le terme «Sang-de-Bourbe» n'y était pas pour quelque chose. Il tendit de nouveau l'oreille et entendit les bruits de conversation et de pas s'éloigner avant de s'évanouir. La main qui le bâillonnait se retira.

- Désolé, murmura Théo. Je ne voulais pas te faire peur.

- Tu ne m'as pas fait peur, dit doucement Justin. Tu m'as juste... surpris. Mais tu peux me dire ce qui s'est passé, au juste ?

- Ce n'est pas important. Tu ferais mieux de rejoindre ta salle commune.

- Et si je n'ai pas envie ? rétorqua Justin, piqué au vif.

- C'est pour ta sécurité. Crabbe et Goyle doivent encore être dans les parages, je ne veux pas que tu les croises. Je te conseille d'ailleurs de faire demi-tour par rapport au chemin qu'on a pris.

- Non mais je n'y crois pas ! Je fais l'effort de venir t'attendre près du bureau du professeur Snape pour m'excuser et toi, tout ce que tu trouves à me dire c'est de ficher le camp ! s'énerva Justin.

- Parle moins fort ! siffla Théo. Tu veux qu'on se fasse repérer ?!

Justin voulut répondre mais des bruits de pas précipités les firent sursauter.

- Oh non... murmura Théo.

La terreur était plus que visible sur son visage.

- Je le savais qu'ils ne pouvaient pas être aussi loin devant nous !

Théo et Justin entendirent deux personnes entrer dans les toilettes. Toujours cachés dans leur cabine, ils ne bougèrent pas. Cette fois, Théo n'eut pas besoin d'intimer le silence pour que Justin se taise. Il était aussi effrayé que son binôme. Il avait compris que Crabbe et Goyle ne leur voulaient clairement pas du bien. Ils savaient pourtant qu'ils avaient peu de chances de s'en sortir. Aussi bêtes soient-ils, Crabbe et Goyle les avaient entendus et ils devaient bien se douter qu'ils étaient dans l'une des cabines. Malgré le fait que Théo était livide de peur, Justin le vit sortir lentement sa baguette. Il gardait son sang-froid et Justin l'admirait pour cela. Lui était incapable de faire quoi que ce soit.

- On les vérifie une par une, dit alors la voix de Crabbe.

«Là c'est cuit» pensa Justin. Quelques secondes plus tard, la porte de leur cabine s'ouvrit. Théo n'eut pas le temps de lancer le moindre sort car un puissant Lumos l'aveugla, l'obligeant à se protéger les yeux. Justin sortit alors enfin de sa léthargie et voulut dégainer sa baguette pour défendre son binôme mais il se fit aussitôt désarmer, tout comme Théo qui cherchait toujours à se protéger du Lumos. Ils se retrouvaient tous deux sans défense.

- Occupe-toi du Sang-de-Bourbe, dit Goyle à Crabbe. Il va assister au spectacle.

Crabbe obéit à son ami et plaqua Justin contre le mur. Goyle, en retrait, qui aveuglait toujours Théo de sa baguette, lança :

- Alors comme ça, vous croyiez que vous pourriez nous échapper ? Il va falloir être un peu plus discrets.

- Mais qu'est-ce que vous nous voulez, au juste ? demanda Justin, agacé.

- À toi, rien. Mais puisque tu es là, tu vas profiter du spectacle. Est-ce que tu t'es déjà demandé ce qu'on faisait aux Sang-Pur qui ne respectent pas la pureté de leur sang ? Non ? Eh bien tu vas le savoir. Ou, plutôt, tu vas le voir.

Goyle baissa sa baguette et s'approcha de Théo.

- Ne lui fais pas de mal ! cria Justin.

- Oui, oui, je vais y penser. Alors, Théo, tu sais ce qui t'attend ? J'ai appris des sorts très intéressants, cet été. Tu veux que je les teste sur toi ?

Justin essaya de se débattre afin de venir en aide à Théo mais le poids de Crabbe l'en empêchait. Théo, lui, fixait Goyle avec un mélange de crainte et de haine.

- Réponds-moi, Théo. Veux-tu que je teste ces sorts sur toi ?

- À quoi ça sert que je te réponde vu que, peu importe ce que je dise, tu vas quand-même le faire ?

- Oh, tu te rebelles ? Mais tu as raison, dans le fond. Je m'en fiche de ton avis. Mais je suis sûr que tu vas beaucoup aimer ça. Ça va te rappeler de bons souvenirs.

Justin était désespéré. Il voyait l'air à la fois apeuré et résigné de Théo et il ne pouvait rien faire pour lui venir en aide. En le voyant sur le point de se faire torturer à cause de son absence de haine envers les nés-moldus, il réalisa encore plus à quel point il s'était trompé à son sujet. Il s'en voulait d'avoir cru qu'il partageait les idées des Mangemorts. Il fallait absolument qu'il fasse quelque chose. Il ne pouvait pas laisser Goyle faire du mal à Théo. Il ignorait quels sorts il voulait lui infliger mais il se doutait que ce serait de la torture. Il pria pour que quelqu'un passe par-là mais il savait qu'il y avait peu de chances pour cela. Les sélections des Serdaigle avaient lieu en ce moment-même, ce qui signifiait qu'environ vingt pour cent des élèves étaient actuellement dans les tribunes. Les autres troisième, quatrième et cinquième année étaient sûrement en train de travailler avec leur binôme et vu qu'il faisait beau dehors, la majorité des autres élèves devait être dans le parc à profiter du soleil. Personne n'irait donc s'embêter à se promener dans le château...

- Il me semble que ton père avait un sort préféré. C'est ce que m'a raconté le mien, enchaîna Goyle. Outre le Doloris, je veux dire. On va voir si je me suis bien fait la main...

Impuissant, Justin vit Goyle relever une des manches de Théo avant de prononcer un sort qui entailla l'avant-bras de sa victime. Le choc et la haine envahirent Justin. Mais la haine fut la plus forte. Ce fut probablement elle qui lui donna suffisamment de forces pour se dégager de l'emprise de Crabbe. Avant que celui-ci n'ait le temps de réagir, Justin récupéra sa baguette que le Serpentard tenait dans l'une de ses mains, puis il désarma Goyle et se jeta sur lui. Il lui arracha la baguette de Théo qu'il avait en sa possession, parvint à le faire reculer et put ainsi s'interposer entre Théo et lui. Il menaça les deux agresseurs en les visant avec sa baguette et leur dit :

- Allez-vous-en ou je vous transforme en veracrasses pour le restant de vos jours !

Justin rendit sa baguette à Goyle en la lui balançant par terre mais il continua à le pointer avec la sienne, le dissuadant ainsi de profiter d'être ainsi réarmé pour lancer le moindre sort. Justin devait être particulièrement effrayant car les deux comparses ne se firent pas prier et s'enfuirent sans demander leur reste. Justin relâcha la pression et se tourna vers Théo. Celui-ci était assis contre le mur. Il tremblait tellement sous l'effet de la peur et de la douleur que ses jambes avaient dû céder sous son poids. Justin s'accroupit près de lui et sentit son coeur se serrer en voyant Théo avoir un mouvement de recul. Mouvement avorté par le mur contre lequel il était adossé.

- Théo, on va aller à l'infirmerie, d'accord ?

- Non, laisse-moi. Je t'ai déjà assez créé d'ennuis comme ça.

- Tu plaisantes ?! C'est moi qui t'en ai créé ! Et je compte bien me racheter. Alors laisse-moi t'aider. S'il te plaît.

Tout en prononçant ces mots, Justin tendit sa main à Théo. Celui-ci la fixa pendant de longues secondes avant de soupirer et de la saisir avec sa main valide. Il devint plus pâle qu'il ne l'était déjà, ce qui inquiéta Justin.

- Ça va ?

- Oui, c'est juste le changement de position, je suis en train de perdre du sang alors ça ne fait pas bon ménage.

- Raison de plus pour se rendre tout de suite à l'infirmerie. Est-ce que tu te sens capable de marcher ?

- Oui, il faut juste que j'arrête de trembler comme une feuille.

- C'est normal, tu es encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Je vais t'aider.

Justin passa un bras autour de la taille de Théo afin de le soutenir. Il grimaça en sentant les côtes de son binôme. Ce n'était plus de la minceur mais de la maigreur, à ce niveau-là. Il ne dit cependant rien – ce n'était pas le moment de lui faire des remarques sur son poids – et il l'aida à sortir des toilettes. Il le soutint ensuite sur tout le chemin qui les conduisit jusqu'à l'infirmerie. Lorsqu'ils arrivèrent, Justin frappa à la porte et l'ouvrit. Mme Pomfrey ne tarda pas à venir vers eux.

- Par Merlin, que s'est-il passé ? s'écria-t-elle. Vous vous êtes battus ?!

- Non, j'ai essayé de le défendre, au contraire, répliqua Justin. On était dans les couloirs et il s'est fait agresser par... (Théo lui écrasa le pied)... des élèves que nous n'avons pas reconnus. Ils étaient masqués et ils avaient modifié leurs voix.

Mme Pomfrey regarda Justin pendant plusieurs secondes, l'air franchement dubitative. Elle ne le croyait visiblement pas mais elle ne dit rien, préférant s'intéresser à Théo.

- Installez-vous sur le lit au fond à droite, je reviens avec ce qu'il faut pour vous soigner. M. Finch-Fletchley, vous pouvez aider votre camarade.

Justin acquiesça et soutint Théo jusqu'au lit désigné par l'infirmière qui les rejoignit quelques minutes plus tard.

- Est-ce que vos agresseurs vous ont blessé ailleurs qu'à votre bras ?

- Non, ils n'en ont pas eu le temps. Justin était retenu par l'un d'entre eux mais il a réussi à se libérer et a empêché l'autre de m'agresser davantage.

- Vous avez eu beaucoup de chance d'avoir été accompagné. Bon, voyons voir ce bras.

Mme Pomfrey examina le bras de Théo puis elle procéda aux soins. Grâce à des lotions, des sorts et des baumes, l'entaille devint vite beaucoup moins impressionnante. L'infirmière posa un bandage autour de l'avant-bras de Théo qui grimaça.

- Est-ce que ça va m'empêcher de me présenter aux sélections demain ? demanda-t-il, l'air soudain inquiet.

- Le plus sage serait de ne pas y assister mais normalement, le bandage devrait suffisamment vous protéger. En tout cas, l'entaille ne risque pas de se rouvrir, même si un Cognard percute votre bras. En revanche, vous risquez d'avoir très mal si une telle chose arrive. C'est vous qui voyez.

- Ça devrait le faire. Je ne vais pas me débiner alors que j'ai dit que je participerais aux sélections.

Mme Pomfrey leva les yeux au ciel alors que Justin regardait Théo d'un air admiratif. Elles étaient bien loin, la haine et la méfiance qu'il avait ressenties à l'égard du Serpentard.

- Comme vous voudrez. Vous pouvez y aller. Je vous conseille de vous reposer jusqu'à ce soir. Gardez bien le bandage pendant trois jours et n'oubliez pas de prendre vos potions.

- J'y penserai, c'est promis, assura Théo.

Il se leva et n'eut pas besoin d'aide pour se tenir debout. Il semblait aller beaucoup mieux. Justin et lui saluèrent Mme Pomfrey puis ils quittèrent l'infirmerie.

- Veux-tu que je t'accompagne quelque part ? s'enquit Justin.

- J'aimerais aller à mon dortoir.

- Tu n'as pas peur d'y retrouver Crabbe et Goyle ?

- Non, je ne pense pas. Ils ne sont pas du genre à rester dans le dortoir en pleine journée. Et puis ils savent que Draco et Blaise peuvent arriver à tout moment. Ils n'oseraient pas s'en prendre à moi dans notre dortoir.

- Bien, comme tu veux. Je te fais confiance.

Justin accompagna donc Théo jusqu'à sa salle commune.

- Tu es sûr que ça va aller ?

- Oui, ne t'en fais pas.

- Est-ce que tu veux que j'aille chercher tes amis ?

Théo parut hésiter avant de soupirer.

- Ils verront vite mon bandage alors les affronter maintenant. Dis-leur que j'ai été agressé mais que je vais bien et que je me repose. Ça va leur suffire pour monter directement au dortoir.

- Très bien, j'y vais tout de suite.

- Attends...

Justin, qui s'était apprêté à partir, se retourna.

- Oui ?

- Je... je voulais te remercier. Si tu n'avais pas été avec moi, si tu ne m'avais pas suivi, si tu ne m'avais pas sauvé, ils m'auraient fait bien plus de mal. Je serais sûrement inconscient à l'heure qu'il est. Je voulais aussi m'excuser de t'avoir rejeté, tout à l'heure. J'ai été idiot et...

- On en reparlera plus tard, coupa doucement Justin. Mais sache que je ne t'en veux absolument pas. Au contraire, je comprends pourquoi tu as réagi comme ça. Mais pour l'instant, le principal c'est que tu te reposes. On se verra peut-être demain sinon on se retrouvera lundi en cours. Je t'envoie tes amis, tu ne devrais pas rester seul bien longtemps.

Théo acquiesça. Justin attendit qu'il soit entré dans sa salle commune pour s'en aller et prendre la direction de la salle des binômes. Il ne savait pas encore comment il allait présenter les choses à Malfoy et à Zabini mais il aviserait une fois sur place. C'était le moment de tester ses compétences en improvisation.

.

.

Au même moment, POV Draco

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- On aurait dû s'en rendre compte beaucoup plus tôt ! On devait les surveiller, c'était notre rôle ! Et on n'a même pas été fichus de s'apercevoir qu'ils étaient partis !

- Draco, calme-toi, ce n'est pas en t'énervant que ça va arranger les choses...

- Mais ils ont largement eu le temps de s'en prendre à Théo, Blaise ! On n'aurait pas dû baisser notre garde !

- Tu venais de convaincre Finch-Fletchley de faire un pas envers Théo, toute ton attention était focalisée là-dessus, c'est normal que tu aies complètement oublié Crabbe et Goyle ! Même moi qui suivait de loin ta discussion avec le Poufsouffle, je les ai oubliés. On ne pouvait pas être à la cuisine et à la potionnerie !

Draco ne répondit pas, sachant que Blaise avait raison mais sans vouloir l'admettre. Il s'en voulait trop. Cela faisait une demie-heure qu'ils s'étaient aperçus que Crabbe et Goyle étaient sortis de la salle des binômes, soit environ dix minutes après que Finch-Fletchley soit lui-même parti. Ils s'étaient aussitôt rendus au bureau de leur directeur de maison mais ce dernier avait déjà libéré Théo. Ils avaient alors fait le tour du château mais n'avaient pas réussi à mettre la main sur Théo, sur Finch-Fletchley ou sur les deux gorilles. Ne sachant plus où chercher, ils avaient décidé de retourner à la salle des binômes et étaient actuellement sur le chemin. Ils espéraient que Théo et Finch-Fletchley avaient simplement trouvé un endroit calme pour discuter et qu'ils n'avaient pas croisé le chemin de Crabbe et de Goyle. Peut-être même Théo avait-il rejoint la salle des binômes avec le Poufsouffle pendant que Draco et Blaise les cherchaient partout dans le château... Tout était possible. Mais leurs espoirs s'effritèrent lorsqu'ils arrivèrent à la salle des binômes. Théo n'y était pas, tout comme Finch-Fletchley. Draco et Blaise se regardèrent.

- On aurait dû vérifier le dortoir, dit Blaise.

- Il n'y serait jamais allé alors que nous ne sommes pas avec lui.

- Il n'avait pas à craindre quoi que ce soit puisque nous étions censés surveiller Crabbe et Goyle ! En plus, ils n'agresseraient jamais Théo dans notre dortoir ! Ils savent bien qu'on peut débarquer à n'importe quel moment !

Draco grogna. Blaise avait raison. Se rangeant de son avis, il demanda :

- Tu veux qu'on aille au dortoir, du coup ?

- Je ne sais pas, c'est comme tu veux.

Draco allait répondre mais son attention fut attirée par Finch-Fletchley qui entra dans la salle. Il vit le Poufsouffle jeter un coup d'oeil circulaire dans la pièce avant que son regard ne se pose sur Blaise et lui. Il vint aussitôt les rejoindre.

- Vous êtes toujours là, tant mieux, dit-il, l'air soulagé.

Draco voulut répliquer qu'ils venaient tout juste de revenir en réalité mais Blaise le fit taire d'un regard avant de s'adresser au Poufsouffle :

- Pourquoi ? Tu nous cherchais ?

- J'espérais bien vous trouver ici, oui. Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Théo s'est fait agresser. Mais il va bien, je vous rassure. Je l'ai emmené à l'infirmerie, il a été soigné et il pourra même participer aux sélections demain s'il le souhaite. Je l'ai raccompagné à sa salle commune et là il est en train de se reposer dans son dortoir.

Plusieurs émotions se succédèrent en Draco en quelques secondes seulement. L'inquiétude, la haine, le soulagement et le remords.

- Il vous attend. Il est prêt à vous raconter ce qui s'est passé.

- Merci, Finch-Fletchley.

Draco et Blaise sortirent en toute hâte de la salle des binômes. Une même pensée tournait en boucle dans l'esprit de Draco. Théo s'est fait agresser mais il va bien. Cette phrase lui semblait aussi rassurante qu'absurde. À quel moment une personne pouvait-elle aller bien alors qu'elle venait de se faire agresser ? Mais Draco comprenait ce que Finch-Fletchley avait voulu dire par-là. Si Théo avait pu sortir rapidement de l'infirmerie, cela signifiait qu'il n'était pas sérieusement blessé. Mais c'était quand-même trop. Cela n'aurait jamais dû arriver. Si Blaise et lui n'avaient pas relâché leur attention... Mais cela ne servait à rien de se flageller ainsi. Ils ne pouvaient pas revenir en arrière. Il fallait juste éviter que cela se reproduise.

Lorsqu'ils arrivèrent à leur dortoir, ils virent que seuls les rideaux de Théo étaient fermés. Ils s'approchèrent et ouvrirent doucement les rideaux. Théo était allongé sur son lit, les yeux clos, un livre sur son torse qu'il tenait entre les mains.

- Il s'est endormi en pleine lecture, murmura Draco.

Il ne comptait plus le nombre de fois où c'était arrivé à une heure avancée de la nuit. C'était souvent Draco qui s'en rendait compte lorsqu'il se réveillait et qu'il voyait encore de la lumière dans l'espace de Théo. Il allait alors voir ce qu'il faisait et il découvrait que Théo avait rejoint le pays des songes pendant qu'il lisait. Draco avait alors l'habitude de prendre le livre des mains de Théo et de coucher convenablement celui-ci afin qu'il n'ait pas de torticolis le lendemain au réveil. Enfin, non, pas le lendemain puisque cela arrivait souvent à deux ou trois heures du matin. Mais jamais à cinq heures et demie de l'après-midi.

- Il est complètement exténué, ajouta Blaise, comme en écho à ses pensées.

Draco sentit des larmes lui brouiller la vue. Il ratait tout, depuis la rentrée. Il s'était défoulé sur la mauvaise personne en s'acharnant sur Potter, il n'avait presque fait aucun devoir en lui déléguant tout le travail et il n'était même pas fichu de protéger un de ses meilleurs amis. Il était un bon à rien. Il se détestait.

Il s'approcha de Théo, prit doucement le livre et le mit sur sa table de nuit.

- Il va vraiment falloir qu'il se repose, déclara Blaise.

- Tu crois que c'est facile de bien dormir la nuit quand on a deux camarades de dortoir qui te persécutent ? répliqua Draco. Ça semble aller mieux depuis quelques jours mais il a deux semaines de sommeil à rattraper. C'est énorme.

Alors qu'il prononçait ces mots, Draco vit Théo s'agiter. Il fronça les sourcils. Théo était-il déjà en train de faire un cauchemar ? Il ne devait dormir que depuis à peine une heure seulement... Voyant son ami s'agiter de plus en plus, il décida de le réveiller. De toute façon, c'était bientôt l'heure de dîner. Théo devait certes dormir, mais il devait aussi manger. Draco posa donc sa main sur l'épaule de Théo et la pressa légèrement. Théo se réveilla aussitôt en sursaut. Il se redressa et regarda autour de lui, l'air effrayé. Il sembla se détendre un peu en voyant qu'il n'y avait que Draco et Blaise.

- Tu faisais un cauchemar, j'ai jugé bon de te réveiller, se justifia Draco.

- Tu as bien fait, dit Théo en souriant. Je suis désolé, je me suis complètement assoupi...

- Tu en avais besoin, décréta fermement Blaise. Il va falloir vous reprendre en main, jeune homme. Manger davantage et dormir plus longtemps.

- Je savais que ça allait finir par devenir un problème d'avoir un ami futur médicomage, soupira Théo en levant les yeux au ciel.

- C'est ça, moque-toi ! Bon, blague à part, ça s'est arrangé avec ton binôme ? Il nous a résumé grosso modo les faits mais il ne nous a pas dit si votre discussion s'était bien passée. Oui, parce que c'est nous qui te l'avons envoyé. Enfin, surtout Draco, Potter et Granger. Moi j'ai regardé de loin.

- C'est une longue histoire, ajouta Draco en voyant l'air perdu de Théo. Disons qu'on a réussi à le faire changer d'avis sur toi.

- C'est ce que j'ai cru comprendre, dit Théo. Il m'attendait à la sortie de mon rendez-vous avec le professeur Snape. Il voulait me parler mais j'étais encore en colère contre lui, du coup je n'ai pas voulu l'écouter. Sauf qu'il a insisté, il m'a suivi et arrivés au deuxième étage, j'en ai eu assez et j'ai accepté de l'écouter juste pour qu'il me laisse tranquille. Mais pendant qu'il parlait, j'ai senti une présence. J'ai deviné que c'était celle de Crabbe et Goyle. J'ai demandé à Justin de s'en aller parce que je ne voulais pas qu'il soit mêlé à une éventuelle confrontation entre eux et moi mais il l'a mal pris et il a commencé à me faire une scène. Je n'ai pas eu d'autre choix pour le protéger que de l'entraîner dans les toilettes des filles. Tiens, on n'a pas croisé Mimi, d'ailleurs...

Draco fit les gros yeux. Mais qu'est-ce que venait faire le fantôme de cette fille dans cette histoire ? Ce n'était pas ça, le plus important !

- On s'en fout de ça, Théo ! Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ?

- J'ai bâillonné Justin pour qu'il se taise et j'ai attendu que Crabbe et Goyle s'éloignent pour le libérer. Je lui ai de nouveau conseillé de partir et il l'a de nouveau mal pris. Le ton est monté, Crabbe et Goyle nous ont entendus et ont deviné où nous étions. Ils nous ont trouvés dans la cabine où nous nous cachions et pour éviter que je les attaque, ils m'ont aveuglé de suite avec un Lumos. Crabbe a bloqué Justin et Goyle s'est occupé de moi. Il m'a entaillé le bras, Justin est parvenu à se défaire de l'emprise de Crabbe et il a réussi à les faire déguerpir. Il m'a ensuite emmené à l'infirmerie puis il m'a accompagné jusqu'à notre salle commune. Voilà en gros toute l'histoire.

Un court silence suivit les paroles de Théo. Ce fut Draco qui le brisa :

- Tu as eu énormément de chance d'avoir ton binôme à tes côtés.

- C'est vous qui me l'avez envoyé, rappela gentiment Théo.

- Oui et on n'a pas du tout fait attention à Crabbe et à Goyle qui sont sortis de la salle des binômes sans qu'on s'en aperçoive ! s'énerva Draco.

- Draco, tu ne pouvais pas être partout à la fois, tempéra Blaise. Avec Potter et Granger, tu étais en train d'essayer de raisonner Finch-Fletchley. Vous y êtes arrivés. Tu ne t'en es pas rendu compte mais tout le monde vous regardait, y compris moi. Personne n'a fait attention à Crabbe et à Goyle. Personne. Alors tu n'as pas à t'en vouloir. On sera plus vigilants, désormais. En plus Finch-Fletchley doit se douter à présent qu'il y a un problème entre Théo et les deux gorilles. On pourra le mettre dans la confidence.

- Vous n'allez quand-même pas mettre toute l'école au courant, quand-même ? s'inquiéta Théo.

- Mais non, rassure-toi. C'est juste que, maintenant que vous êtes repartis sur de bonnes bases, vous allez passer beaucoup de temps ensemble, Finch-Fletchley et toi. Il serait donc judicieux qu'il sache ce qui se passe. Surtout qu'il a assisté à l'agression que tu viens de subir et qu'il t'en a sauvé. Je pense donc qu'il mérite des explications.

Draco sut qu'il avait gagné en voyant l'air résigné de Théo qui ne put rien face à ces arguments.

- D'accord, mais qui va lui en parler ?

- Je pense que ce serait mieux que ce soit toi. Comme ça tu lui prouveras que tu lui fais confiance. Parce qu'il devra évidemment garder le secret.

- Oui, jusqu'à ce qu'on décide de mettre une nouvelle personne dans la confidence, railla Théo.

- On y mettra autant de personnes qu'il le faudra, claqua Draco. Notre but est de te protéger. Seulement, à deux, c'est clairement impossible. Nous ne pouvons pas être partout avec toi, même si c'était ce que nous voulions à la rentrée. Tu as tes options en plus et nous avons chacun nos séances de travail en binôme. Et il va bientôt y avoir les entraînements de Quidditch. Imagine si tu es le seul à être retenu dans l'équipe...

- Ça, c'est impossible, rétorqua Théo. Tu seras forcément pris. C'est plutôt toi qui risque fort d'être le seul à être pris.

- Théo a raison, approuva Blaise. Pour être honnête, j'avais aussi envie de me présenter aux sélections. Mais en y pensant, il vaut mieux que je reste en-dehors de l'équipe. Parce que si, par exemple, Théo ne peut pas assister à un entraînement alors que Draco et moi pouvons, il sera tout seul et je ne serais pas très rassuré.

- Il pourra toujours être dans les tribunes, objecta Draco. Et puis si vraiment il est cloué dans le dortoir, je pourrai faire en sorte de ne pas assister non plus à l'entraînement. Ce n'est pas en ratant un entraînement que je vais perdre tous mes réflexes. Franchement ce serait bête que tu te prives de participer aux sélections alors que tu en as envie. Tu convoites quel poste ?

- Celui de poursuiveur. Mais en tant que remplaçant.

- Comme Théo, remarqua Draco. Imaginez que vous soyez tous les deux pris ainsi que Pansy...Ce serait trop bien, en fait !

- Ce serait grandiose ! s'exclama Blaise. Elle a toujours l'intention de se présenter ?

- Je crois. On n'en a pas vraiment reparlé. Elle est souvent avec son binôme alors ce n'est pas évident de la voir.

- Il faudrait que tu demandes à Graham, suggéra Blaise. Il a la liste de toutes les personnes inscrites. Il pourra facilement te dire si Pansy a posé sa candidature.

- Parce que tu crois qu'il va me donner l'info comme ça, juste parce que je la lui demande ? demanda Draco en haussant les sourcils.

- Vous êtes proches, tu seras sûrement son favori durant son capitanat. Il t'a toujours bien aimé, tout le monde le sait.

Draco haussa les épaules.

- Nous sommes juste amis, c'est tout. Mais je vais essayer d'avoir l'information concernant Pansy. Ça ne coûte rien de le lui demander. Mais ça m'étonnerait que je vois Graham ou Pansy avant demain matin. C'est-à-dire avant les sélections. On le saura sûrement le moment venu. Au fait, tu es sûr que ça va aller, toi ? ajouta Draco à l'intention de Théo. Tu nous as dit que tu avais été blessé au bras...

- À l'avant-bras, pour être plus précis, confirma Théo. Mme Pomfrey m'a donné l'autorisation, alors j'imagine que je ne cours pas de risques. Elle m'a dit que mon bandage sera suffisant pour me protéger. Je pense qu'elle sait ce qu'elle dit.

- D'accord, je lui fais confiance, céda Draco. Bon, du coup, Blaise, faut que tu trouves rapidement Graham pour t'inscrire.

- Ah oui, c'est vrai... Tu as une idée d'où il est ?

- Il ne me tient pas au courant de chacun de ses déplacements, ironisa Draco. Donc non, je ne sais pas. Mais je dirais soit dans la salle commune, soit à la bibliothèque, soit dans le parc.

- D'accord, j'y vais. À tout à l'heure.

Blaise s'en alla, laissant Draco et Théo seuls. Ils restèrent un moment sans parler avant que Théo ne prenne la parole :

- Au fait, tu ne m'as toujours pas dit comment Harry, Hermione et toi vous y êtes pris pour convaincre Justin de faire un pas envers moi.

- Je n'ai pas assisté à la plaidoirie de Potter et de Granger mais ils avaient déjà bien déminé le terrain quand je suis arrivé. On s'était donné rendez-vous à seize heures avec Potter mais j'étais un peu en retard. Il a dû en profiter pour aller parler à Finch-Fletchley.

- Harry et toi n'étiez pas censés passer la journée ensemble sur vos devoirs ? s'étonna Théo.

- Si mais à quinze heures j'ai eu besoin de souffler. Il m'a alors accordé une heure de pause. Je suis allé prendre l'air. Ça m'a fait du bien. Quand je suis revenu, il était en train de discuter avec ton binôme. Je ne peux pas le laisser une heure tout seul sans qu'il aille s'installer à une autre table, c'est dingue !

Théo éclata de rire.

- On croirait que tu parles d'un enfant ! C'est trop mignon. Mais je suis vraiment touché que vous vous y soyez mis à trois pour convaincre Justin.

- Je dois avouer que Potter et Granger te sont très dévoués. Les Gryffondor sont des gens loyaux, apparemment. C'est une bonne chose que tu t'en fasses des amis. Même si tu n'en es peut-être pas encore à ce stade avec Potter.

- Non, on ne se connaît pas encore assez bien pour ça.

- Mais avec le temps, il pourrait devenir un ami ?

- Oui, sûrement. Ça te dérangerait ?

- Non, plus maintenant. Du moment qu'il ne te fait pas de mal, ça ne me gêne pas que tu sois ami avec lui.

Théo sembla touché par les paroles de Draco. Celui-ci comprit que Théo voulait vraiment faire de Potter son ami. Et il était tout à fait prêt à l'accepter. Bien plus que deux semaines plus tôt, en tout cas. Il ne voulait que le bonheur de ses amis. Il continua à discuter avec Théo jusqu'à ce que Blaise revienne.

- Alors, il a accepté ta candidature ? s'enquit Draco.

- Oui, je ne suis pas le seul à m'être inscrit aujourd'hui. Il est cool donc ça va. Et j'ai la preuve que tu es son chouchou, Draco.

- Comment ça ? demanda ce dernier, perplexe.

- Je lui ai posé la question concernant Pansy. Je lui ai dit que c'était toi qui voulait savoir, que moi je m'en fichais totalement et il a bien voulu me répondre.

Draco secoua la tête, dépité.

- Tu es incorrigible. Je m'en fiche d'être son chouchou. Ce n'est pas ça qui va me permettre de rester dans l'équipe. Bon, qu'est-ce qu'il t'a répondu ?

- Que Pansy s'était effectivement inscrite. Ou, plutôt, qu'elle ne s'était pas désinscrite depuis.

- Elle n'a pourtant plus l'air d'être intéressée par Cassius. À la base c'était pour ça qu'elle voulait participer aux sélections. Pour être dans l'équipe, comme lui. Car nous savons tous qu'il sera forcément pris, lui aussi.

- Peut-être a-t-elle changé d'avis sur Cassius mais pas sur le Quidditch, supposa Théo. Ça se trouve, elle a étudié le sujet et elle s'est vraiment prise de passion pour ce sport.

- Pas bête du tout, approuva Blaise. On verra ça demain, de toute façon. Mais ce serait vraiment cool si nous étions tous pris. Bon, et si nous allions dîner ?

- Avec grand plaisir ! Et toi, tu viens avec nous, ajouta Draco à l'adresse de Théo.

Ce dernier leva les yeux au ciel.

- C'est bon, rassure-toi, j'avais bien l'intention de manger ce soir. Allons-y.

Draco, Blaise et Théo quittèrent le dortoir et se rendirent à la Grande Salle. Bien décidé à ne plus lâcher Théo d'une semelle, Draco veilla à ce qu'il mange en quantités suffisantes. Il savait qu'il se montrait lourd mais puisque Théo semblait incapable de prendre soin de sa santé, alors Draco allait le faire pour lui. C'était un véritable engagement de devenir l'ami de Draco Malfoy. Il fallait en accepter les avantages, mais aussi les contraintes. Théo avait signé, il en payait désormais les conséquences !

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(dimanche 17/09) POV Théo

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Théo était stressé. Les sélections étaient sur le point de commencer. Pendant un bref moment de lucidité, il s'était demandé ce qu'il faisait là. Pourquoi n'était-il pas dans les tribunes, comme lors des années précédentes ? Pourquoi était-il sur le terrain ? Pourquoi avait-il un balai à la main ? Pourquoi était-il vêtu d'une tenue de Quidditch ? Qu'est-ce qui lui était passé par la tête ? Était-il devenu complètement fou ? Les potions de son directeur de maison avaient dû finir par lui monter à la tête. Il ne voyait que ça comme explication.

Heureusement, il était avec ses amis. Mais il y avait aussi Crabbe et Goyle. Ils se présentaient aux postes de batteurs et cela ne rassurait pas du tout Théo. Il avait peur qu'ils s'acharnent sur lui avec le cognard. Si c'était le cas, il allait devoir faire en sorte de ne pas se faire tuer par ces balles agressives tout en essayant de garder le souafle en main et, accessoirement, de marquer des buts. C'était tout simplement suicidaire pour quelqu'un qui n'avait absolument aucune expérience en Quidditch.

- Votre attention, s'il vous plaît ! Je vais vous expliquer comment vont se passer les sélections. Vous allez jouer comme s'il s'agissait d'un vrai match. Vous êtes suffisamment nombreux à postuler pour chaque poste pour que je puisse vous sélectionner de cette manière. Ce sera une première approche. Car je vais également évaluer les poursuiveurs et les gardiens dans une séance de tirs au but. Pour les batteurs et les attrapeurs, seuls les matchs me suffiront pour faire mon choix. Parce qu'il y aura en effet plusieurs matchs afin que je puisse faire passer tout le monde. Il y a huit candidats au poste de poursuiveur pour seulement six places et trois candidats au poste de gardien pour seulement deux places. En revanche il y a juste le nombre parfait de postulants pour le poste de batteur et d'attrapeur. Cela signifie donc que la plupart d'entre vous devront jouer deux matchs. J'espère que vous êtes en forme. Nous allons maintenant constituer les équipes.

Cela fut relativement rapide. Théo se rembrunit lorsqu'il fut mis en équipe avec Adrian Pucey et Cassius Warrington tandis que l'autre équipe était constituée, entre autres, de Blaise, Pansy et Graham lui-même. Théo eut l'étrange impression qu'il s'agissait d'une vengeance de la part de Graham de l'avoir séparé de Blaise et de Pansy. Il allait devoir jouer contre ses deux meilleurs amis. Super. Draco était également dans l'autre équipe mais Théo ne le considérait pas comme un adversaire direct puisqu'ils ne jouaient pas au même poste. Il aurait cependant bien aimé l'avoir dans son équipe. Il se serait senti moins seul. Mais il n'allait pas se laisser faire. Graham voulait la guerre ? Eh bien il allait l'avoir. Théo était plus déterminé que jamais à obtenir l'un des postes de poursuiveur.

- Voilà qui est fait. Avant qu'on ne commence le match, est-ce que quelqu'un a des questions ? Non ? Alors c'est parti !

Le coup d'envoi fut donné. Comme les treize autres candidats, Théo s'envola sur son balai. À partir de ce moment-là, plus rien ne compta pour lui à part la balle rouge dont il devait s'emparer afin de marquer le plus de buts possible. Les débuts furent hésitants mais il se fit vite la main. Il eut rapidement le souafle, profitant d'une transmission entre Pansy et Graham pour intercepter la balle. Il passa à Cassius qui était à sa droite devant lui. Celui-ci lança à Adrian qui passa à Théo qui repassa à Adrian. Durant ces échanges, ils s'étaient rapprochés des buts et ce fut ce qui permit à Adrian de tirer et de marquer le premier but. Théo se sentit misérable en voyant avec quelle aisance son coéquipier avait envoyé la balle direct entre les poteaux. Il n'allait jamais pouvoir en faire autant. Il savait que cette aisance s'obtenait au fil des entraînements et des matchs mais bon, quand-même... Il n'eut cependant pas le temps de s'apitoyer sur son manque d'expérience car le match continua. Il parvint à intercepter de nouveau le souafle lors d'une transmission ratée, il l'envoya à Adrian qui voulut passer à Cassius mais il perdit la balle qui fut rattrapée par Graham. S'ensuivirent plusieurs passages entre les poursuiveurs de l'équipe adverse qui marqua à son tour grâce à Blaise. Alors que le souafle était entre les mains de son équipe, Théo fut visé par un cognard qu'il évita juste à temps. Il dut pour cela s'éloigner de ses coéquipiers mais il les rejoignit vite et se fit aussitôt passer le souafle par Adrian. Ses coéquipiers furent à leur tour visés par le cognard, ce qui obligea Théo à avancer sans pouvoir passer la balle. Il se fit courser par Blaise et Graham mais il parvint à les semer et put transmettre le souafle à Cassius qui avait réussi à échapper au cognard. Ils se trouvaient tous deux près des buts, si bien que Cassius repassa à Théo qui n'eut d'autre choix que d'essayer de marquer. Il ne réfléchit même pas et lança le souafle qui passa aisément entre les poteaux. Théo soupira. Tout compte fait, ce n'était pas si compliqué que ça. Mais il était déjà hors d'haleine. Personne ne lui avait jamais dit à quel point c'était intense de jouer au Quidditch ! Entre passer le souafle, éviter le cognard, éviter les membres adverses et marquer, il n'avait pas une seule seconde pour se reposer ! Mais il se sentait revivre et cela lui faisait un bien fou. Comme il l'avait prédit, Crabbe et Goyle ne le lâchèrent pas d'une semelle. Pendant tout le temps que dura le match, ils le harcelèrent avec le cognard. Mais Théo l'esquiva à chaque fois avec une habileté qui le déconcerta lui-même. Dans le même temps, il accomplissait toujours son rôle de poursuiveur, passant la balle dès que c'était nécessaire et marquant à plusieurs reprises. Il fut surpris lorsque Graham mit fin au match. Alors qu'il était à bout de souffle une demie-heure plus tôt, il aurait pu à présent jouer pendant des heures encore. L'adrénaline y était pour beaucoup. Mais Draco avait attrapé le vif d'or, ce qui mettait donc obligatoirement un terme au match. Tous les joueurs redescendirent et se regroupèrent autour de Graham.

- Je suis plutôt étonné, déclara-t-il. Il y avait un très bon niveau. Bon, il y avait un gros manque de technique mais ce n'est pas le plus important pour le moment. Est-ce que, parmi les postulants au poste de poursuiveur, il y a des personnes qui ne se sentent pas d'attaque pour un deuxième match ?

Le regard de Graham fit le tour des candidats en question avant de s'arrêter et de s'attarder sur Théo. Graham le fixa avec insistance, comme s'il s'attendait à ce que Théo se débine pour le second match. Mais Théo soutint le regard de son capitaine, bien décidé à lui montrer de quoi il était capable. Contre toute attente, Graham sourit d'un air satisfait. Il reporta son attention sur les autres poursuiveurs postulants, tout comme Théo qui vit Pansy et Cassius lever la main. Il dut retenir à grand-peine un sourire, en se demandant si Pansy était réellement fatiguée ou si elle avait levé la main parce que Cassius l'avait fait avant elle. Quoi qu'il en soit, ils étaient out pour le deuxième match. Les deux postulants qui n'avaient pas pu encore jouer purent ainsi rejoindre les candidats restants sur le terrain.

- Même chose pour les gardiens. Est-ce que l'un d'entre vous souhaite laisser sa place ?

Cette fois, ce fut l'adversaire de Miles Bletchley qui leva la main. Le troisième gardien postulant entra lui aussi sur le terrain.

- Bien, on va reconstituer les équipes. Vous allez jouer avec des membres différents par rapport au premier match.

Ce fut ainsi que Théo se retrouva avec Blaise, Graham, Crabbe, Goyle, Miles et Draco. Cela lui convenait déjà beaucoup mieux. Mais il s'était rendu compte que cela ne l'avait pas tant gêné que ça de ne pas être avec ses amis. Il avait été trop concentré sur sa tâche pour y penser. Il était cependant heureux d'être avec Blaise et Draco, même s'il n'allait pas vraiment pouvoir échanger avec ce dernier puisqu'il s'occupait d'une balle différente. Mais Draco avait dû le voir jouer car, juste avant de s'envoler, il le félicita chaleureusement pour sa prestation. Il voulut faire de même avec Blaise mais le coup d'envoi fut donné au même moment. Théo se recentra aussitôt sur son rôle. Le deuxième match se passa bien mieux que le premier puisque, cette fois, Crabbe et Goyle étaient dans son équipe. Il fut tout de même visé un certain nombre de fois par le cognard mais il l'évita tout aussi habilement que lors du premier match. Il marqua également un peu plus et intercepta plusieurs transmissions ratées. Il était loin du niveau de jeu de Graham mais il faisait de son mieux. Ce fut de nouveau Draco qui attrapa le vif d'or au bout de quarante-cinq minutes de jeu. Tout le monde regagna la terre ferme afin d'écouter les commentaires et les prochaines instructions du capitaine.

- Ce deuxième match était un peu moins bon, plus fouillis et encore moins technique que le premier. Je pense que mes choix sont déjà faits en terme de poursuiveurs. On va maintenant procéder aux tirs au but. Comme il y a trois gardiens et huit poursuiveurs, il y aura vingt-quatre séances de tirs au but. Chaque séance comportera cinq essais. J'espère qu'il vous reste de l'énergie. Les attrapeurs et les batteurs, vous pouvez vous asseoir dans les tribunes.

Après avoir souhaité bonne chance à Théo et à Blaise, Draco rejoignit les gradins tandis que Pansy et Cassius revenaient sur le terrain.

- Bien, je vais commencer, annonça Graham. Ensuite, ce sera à votre tour. Pour les gardiens, l'ordre sera le suivant : d'abord Miles, puis Liam, puis Neil. Pour les poursuiveurs, après moi, l'ordre sera : Brian, Théo, Pansy, Chad, Adrian, Cassius et Blaise. Est-ce que ça va pour tout le monde ? Oui ? Super, on commence.

Graham s'éleva dans les airs et fit ses trois séances de cinq essais. Quatre furent arrêtés par Miles, deux par Liam et un par Neil. Vint ensuite le tour de Brian, puis de Théo. Il était beaucoup plus stressé que lors des deux matchs. Là, tous les regards étaient rivés sur lui et sur les trois gardiens. Ce fut avec le coeur battant la chamade qu'il commença ses essais. Il était presque sûr que ses quinze tentatives allaient être ratées mais il fut très agréablement surpris. Il fit le même score que Graham, sauf que Miles arrêta ses cinq tirs, contre trois pour Liam et un pour Neil. Il s'en sortait plutôt bien. Pansy passa juste après lui. Elle marqua sept buts. Elle fut meilleure que Chad qui en marqua deux de moins qu'elle. Mais Adrian, Cassius et Blaise firent mieux qu'elle : dix buts pour Adrian et huit pour Cassius et Blaise.

- Merci à tous, veuillez vous regrouper autour de moi !

Tous obéirent et encerclèrent Graham.

- Mes choix sont faits. Le poste d'attrapeur titulaire revient à Draco, celui de remplaçant à Simon. Les postes de poursuiveurs titulaires seront pourvus par Adrian, Cassius et moi-même. Les remplaçants seront Blaise, Théo et Pansy. Parce qu'il fallait une fille dans l'équipe.

Pansy poussa une exclamation outrée qui fit rire tout le monde.

- Je plaisante, Pansy. Tu as été plus forte que d'autres, voilà tout. Le poste de gardien titulaire est attribué à Miles. Son remplaçant sera Liam. Enfin, les postes de batteurs titulaires reviennent à Vincent et Gregory et leurs remplaçants seront Gary et Connor. Merci à tous pour votre participation. Pour ceux qui ont été retenus, j'aimerais qu'on se voit demain afin d'organiser les séances d'entraînements. Est-ce que vous serez tous libres à dix-sept heures ? Je sais qu'il y a deux préfets parmi nous, c'est surtout à eux que je m'adresse, en fait. Si les autres avaient prévu une séance de travail en binôme, je vous demande exceptionnellement de l'annuler pour demain.

- Je n'ai pas de ronde demain, annonça Draco.

- Moi si mais je vais m'arranger avec une autre préfète, indiqua Pansy.

- Bien, je vous remercie. Vous pouvez y aller. Théo, tu voudras bien me voir une fois que tu te seras changé ? J'ai à te parler.

Théo regarda Graham d'un air méfiant. Puis il se tourna vers Draco et Blaise.

- Ne t'en fais pas, on s'occupe des deux gorilles, le rassura Draco. Après, tu peux très bien rentrer au château avec Graham.

- Très bonne idée, approuva Graham avant que Théo n'ait eu le temps de répondre. Allez, direction les vestiaires !

Théo retint un soupir et emboîta le pas à Graham, Blaise et Draco. Il n'avait aucune envie de rentrer avec Graham. Mais bon, à choisir entre risquer de se faire agresser par ses deux compagnons de dortoir ou se faire raccompagner par un garçon qui s'intéressait un peu trop à sa personne, il préférait largement la deuxième option. Il ne risquait pas grand-chose, en soi. Juste une drague verbale lourde et peu subtile. Il pouvait encore gérer ça. Même s'il aurait bien voulu s'en passer...

Ce fut donc avec résignation qu'il se rendit aux vestiaires. Il prit tout son temps pour se doucher, souhaitant retarder le plus possible sa discussion avec Graham. Mais bon, ce n'était pas du tout dans ses habitudes de se prélasser sous l'eau alors il en eut vite assez. Il se sécha, s'habilla et rejoignit Graham à la sortie des vestiaires.

- Te voilà enfin, j'ai cru que tu t'étais noyé sous la douche.

- C'était une perspective intéressante... De quoi voulais-tu me parler ? enchaîna Théo, souhaitant écourter au plus vite cette discussion non désirée.

- De ton poste. Choisir Adrian comme titulaire était quelque chose de totalement évident au vu de sa prestation. Il a été encore meilleur que moi à la séance de tirs au but, à un point près. Il me semblait également évident de me nommer moi-même titulaire. Après, il restait un poste de titulaire à attribuer et cela a été très compliqué de faire mon choix. Cassius a été très en-dessous de ses capacités, aujourd'hui. C'était pourtant un très bon poursuiveur il y a deux ans quand il était dans l'équipe. Pour être franc, tu as été meilleur que lui en ce qui concerne les passes et les buts. C'est pour cela que j'ai hésité à te mettre en tant que titulaire. Mais comme tu n'avais jamais fait de Quidditch avant, tu manques de technique, comme n'importe quel autre nouveau joueur. J'ai donc préféré attribuer le poste de titulaire à Cassius qui a beaucoup plus de technique que Blaise, Pansy et toi. Mais cette technique, tu vas vite l'acquérir au fil des entraînements et des matchs. Si, au mois de janvier ou de février, Cassius se sera montré décevant dans l'ensemble de ses prestations et que toi, au contraire, tu te seras grandement amélioré, il se peut que tu passes en titulaire.

- Oh... Je suis touché mais... je préférerais rester remplaçant, en fait.

Graham haussa les sourcils.

- Et pourquoi ça ?

- Ça fera moins de pression à supporter. Je ne suis pas une personne à responsabilités. Ça me fait vite stresser.

- Tu vas t'y habituer avec le temps. De toute façon, si j'estime qu'il est préférables que tu passes en titulaire, eh bien tu passeras en titulaire. Mon rôle est de mener mon équipe à la victoire. Je ne dois penser qu'à ça.

- C'est une manie chez toi de ne pas laisser le choix, en fait ? lâcha Théo. Déjà, quand tu es venu me voir avant mon cours de runes, tu m'as poussé à m'inscrire sur-le-champ.

- Ravi que tu t'en souviennes, dit Graham avec un sourire enjôleur. C'est que cette discussion a dû te marquer, alors ?

- C'était i peine trois semaines, évidemment que je m'en souviens, répliqua Théo, agacé. Mais c'est bien que ton unique but soit de «mener ton équipe à la victoire». Ça veut dire que nos relations devront rester purement professionnelles.

- Sur le terrain, oui. Mais dans le château, nous redevenons des élèves comme les autres. Il n'y a plus de distances à tenir l'un envers l'autre.

Comme pour prouver ses paroles, Graham fit un pas vers Théo. Celui-ci se recula et prit un air narquois.

- Désolé, mais nous ne sommes pas au château. Si tu n'as rien d'autre à me dire, je vais y aller. Mes amis m'attendent.

Graham semblait irrité mais il n'en fit rien paraître lorsqu'il répondit :

- C'est tout ce que j'avais à te dire pour le moment, en effet. Tu peux rentrer.

Théo aurait bien voulu lui dire qu'il n'avait pas besoin de sa permission mais il n'était pas quelqu'un d'effronté ou d'insolent. À la place, il se contenta d'un «Au revoir, Graham» affreusement neutre. Il n'avait aucune envie de se faire raccompagner par lui alors il rentra seul au château. Il rejoignit sa salle commune sans encombres, c'est-à-dire sans avoir croisé Crabbe et Goyle. Il soupira en se disant qu'il allait devoir les supporter dans l'équipe. Encore, pendant les matchs, ça irait puisqu'ils devraient faire gagner leur équipe. Crabbe et Goyle ne s'en prendraient donc pas à lui. Mais lors des entraînements, il n'y avait pas d'enjeu, ils pourraient donc très bien s'acharner sur lui avec le cognard comme ils venaient de le faire lors des sélections. Décidément, lorsqu'il réglait un problème, un autre survenait. Il avait fait la paix avec Justin la veille et voilà qu'il devait se coltiner les deux gorilles dans l'équipe... Mais il ne démissionnerait pas pour être tranquille. Il s'était découvert un réel intérêt pour le Quidditch durant les sélections, il avait adoré voler dans les airs sur son balai et il était hors de question qu'il renonce à tout cela. Il avait obtenu sa place et il comptait bien la garder. Peu importe s'il devrait se battre pour cela.

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Quelques heures plus tard, POV Ginny

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Ginny était heureuse. Elle avait passé les sélections et elle avait été retenue en tant qu'attrapeur remplaçant. C'était exactement ce qu'elle voulait. Sans grande surprise, c'était Harry qui avait obtenu le poste de titulaire. Les poursuiveurs étaient restés les mêmes que deux ans auparavant, à savoir Katie, Angelina et Alicia. Les batteurs n'avaient pas changé, eux non plus, puisque Fred et George avaient gardé leur poste. Le suspense avait essentiellement résidé dans la nomination du gardien. Olivier n'étant plus là, c'était forcément quelqu'un d'autre qui allait prendre la place. Il y avait eu quatre postulants et trois d'entre eux – dont Ron – avait été très bons. Ginny avait plaint Angelina qui avait dû non seulement éliminer un très bon candidat, mais qui avait dû aussi choisir le titulaire et le remplaçant. Ginny avait croisé les doigts très fort pour son frère. Elle n'avait pas caché sa joie lorsqu'il avait été nommé titulaire. Elle était certaine que George allait envoyer une lettre dès le soir-même à Olivier. Elle en eut la confirmation lorsqu'elle sortit des vestiaires et qu'elle tomba sur George qui attendait visiblement son jumeau.

- Bravo pour ton poste d'attrapeur, lui dit-il en souriant.

- Merci, répondit-elle, touchée. Mais ce n'était pas bien compliqué. On n'était que trois candidats. Et il faut dire que j'ai plutôt eu la victoire facile sur Gary Crew. Il manquait de confiance en lui, le pauvre. Sinon il aurait été beaucoup plus brillant que ça... Je suis sûre que s'il se représente l'année prochaine en ayant travaillé sur son assurance, il sera un adversaire bien plus redoutable. Mais s'il y a une personne qui mérite des félicitations, c'est bien Ron.

- C'est vrai. Il a assuré. Il cachait bien son jeu, le petit frère ! Comme la petite soeur, d'ailleurs. Quatre Weasley dans l'équipe... Les autres vont devenir fous.

- Surtout Angelina ! Tu vas envoyer une lettre à Olivier pour le lui dire, imagine ?

- Et comment ! Je sais déjà ce que je vais lui dire. «Ton successeur au poste de gardien est un Weasley ! Non, rassure-toi, ce n'est pas moi, j'ai gardé mon poste de cognard humain. C'est Ron qui a été choisi. Angelina n'a pas encore tilté qu'elle allait devoir supporter quatre rouquins de la même famille. La révélation va lui faire un choc».

Ginny éclata de rire.

- C'est dans les vestiaires que ça risque d'être animé, fit-elle remarquer.

- Ça, c'est sûr. Encore plus si Fred continue à essayer de draguer Angelina. D'ailleurs, je me demande quel genre de capitaine elle va être.

Ginny vit un voile de tristesse passer dans le regard de son frère.

- Elle ne sera pas aussi bien qu'Olivier, mais elle va faire de son mieux.

- Olivier était le meilleur de tous les gardiens. Et je dis ça de façon purement objective. Il nous faisait travailler dur mais ça portait ses fruits. Il ne le montrait pas devant les autres maisons mais il prenait soin de ses joueurs.

Ginny se mordit les lèvres pour ne pas rire. George dut comprendre ses pensées car il piqua un fard.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire ! Je parlais de tous les joueurs. Il prenait de leurs nouvelles. Il s'assurait de leur état de forme. Il ne les laissait pas s'entraîner si ça n'allait vraiment pas bien.

- Je sais, Harry m'en a dit beaucoup de bien aussi, dit Ginny en souriant.

En voyant l'air moqueur de George, elle réalisa que sa phrase pouvait être légèrement tendancieuse, étant donné que Harry et Olivier étaient sortis ensemble. Ce fut au tour de Ginny de rougir comme une pivoine.

- En tant que capitaine, je précise, s'empressa-t-elle d'ajouter. Ne va pas t'imaginer que... bon sang tu ne peux pas être un peu jaloux au lieu de trouver ça drôle ?!

- Désolé, je ne suis pas comme ça, s'amusa George. Olivier a eu une vie sentimentale avant moi et je ne lui en tiendrai jamais rigueur. Il a le droit d'être sorti avec d'autres garçons avant moi.

- Eh bien il a de la chance d'avoir un petit-ami comme toi. Mais ça ne te gêne vraiment pas d'être dans la même équipe que l'ex de ton copain ?

- Pas du tout. Je sais que ça peut paraître étrange mais ça ne me pose aucun problème. En plus c'est Harry qui a poussé Olivier vers moi. Je serais donc ingrat d'être jaloux de lui. Je devrais plutôt lui être reconnaissant. Je le suis, d'ailleurs. Mais assez parlé de ma vie amoureuse. Parlons plutôt de la tienne. Il paraît qu'avant-hier, un beau Serpentard t'a sauvée d'un vilain bonbon ?

Ginny se sentit de nouveau rougir, terriblement gênée.

- Sur le moment je me fichais bien du physique de mon sauveur. J'étais en train de m'étouffer donc j'aurais même apprécié d'être sauvée par Rusard.

- C'est d'un romantique, se moqua George. Mais avoue que ça a été une agréable surprise de découvrir qu'il s'agissait de Zabini.

Ginny haussa les épaules.

- Si c'est toi qui le dit...

- Bon, d'accord, je n'insiste pas. En tout cas, tu sembles avoir vite pardonné à Ron. Il paraît qu'il n'a pas très bien réagi au sauvetage de Zabini.

- Il a été complètement stupide, tu veux dire ! Il a jeté un sort à Blaise juste parce qu'il avait une main sur mon bras !

- Blaise ? répéta George en haussant un sourcil.

Ginny rougit pour la troisième fois en dix minutes. Elle venait de se faire avoir en beauté.

- On a un peu sympathisé. Mais il y a strictement rien entre nous.

- Pour l'instant. Quoi qu'il en soit, Ron, lui, a dû croire qu'il y avait justement quelque chose entre vous.

- Ron est frustré car sa vie sentimentale est aussi vide que le cerveau d'un Troll, lâcha Ginny. Du coup il a du mal à accepter que sa petite soeur puisse avoir des petits-amis alors que lui n'est encore sorti avec personne. Et c'est surtout le fait que Blaise soit un Serpentard qui le gêne. Ou, plutôt, qu'il fasse partie de la bande de Malfoy. Mais Ron reste mon frère, alors il était impératif pour moi que je le soutienne lors des sélections.

- C'est très honorable de ta part, approuva George. Mais ne le laisse pas se mêler de ta vie privée. Elle ne concerne que toi.

- Je sais, et je compte bien l'en tenir éloigné. Ah, voilà Fred. Il a l'air heureux. Tu crois qu'il a réussi à obtenir un rendez-vous avec Angelina ?

- Que Merlin t'entende, soupira George. Deux ans qu'il me bassine avec cette fille en se lamentant parce qu'elle ne s'intéresse pas à lui... Ça se trouve elle l'a juste complimenté sur sa prestation lors des sélections. Ils se sont racontés leurs vacances et voilà tout.

- Espérons pour lui que ça a été plus satisfaisant que ça.

- Oh mais j'ai le droit à un petit comité d'accueil ! s'exclama Fred en les rejoignant.

- Oui, on voulait absolument savoir si tu avais réussi à avoir un rencart avec Angelina, se moqua Ginny.

- Elle veut bien venir à Pré-au-Lard avec moi lors de la première sortie de l'année, annonça fièrement Fred.

- Tu lui as dit que tu avais été lâchement abandonné par ton jumeau qui a décidé de profiter de cette sortie pour retrouver son petit-ami ? s'amusa George.

- Je lui ai dit que tu m'avais abandonné, oui, mais je ne lui ai pas expliqué pourquoi, rétorqua Fred. Et contrairement à ce que tu crois, elle n'a pas eu pitié de moi. Ça lui faisait plaisir d'y aller avec moi.

- Je l'espère pour toi, dit sincèrement George. Ça me rassure, surtout. Parce que je m'en voulais quand-même un peu.

Fred leva les yeux au ciel.

- Les sorties à Pré-au-Lard, c'est le seul moyen que tu as pour voir Olivier, tu ne vas tout de même pas t'en priver ! Et puis le principal c'est qu'on ait chacun un rencart. Tu y vas avec qui, toi, Ginny ?

- Je ne sais pas encore. Je n'y ai pas réfléchi, en fait. Mais j'irai sûrement avec Luna.

- Tu ne veux pas y aller avec ton binôme ? s'étonna Fred. Il paraît que tu t'entends très bien avec lui.

- Il ira probablement avec sa copine, dit platement Ginny.

- Oh... Il est déjà casé, alors, comprit Fred. Pas trop déçue ?

- Pas du tout. Je ne vois pas pourquoi je le serais. Simon est juste mon binôme de travail. On s'entend très bien mais ça s'arrête là.

- C'est vrai, en ce moment c'est plutôt un autre Serpentard qui t'intéresse, dit sournoisement George.

- Arrête avec ça, siffla Ginny.

- Mais c'est tellement romantique de tomber amoureuse de son sauveur ! enchaîna George.

- Je ne suis pas amoureuse de lui !

- Zabini t'a tapé dans l'oeil ? s'enquit Fred.

- Non ! C'est George qui se fait des idées ! Oh et puis zut, je dois rentrer, salut !

Ginny eut juste le temps d'entendre ses frères rire avant de s'éloigner d'eux. C'était impossible d'avoir un semblant de vie privée dans ce château ! Elle avait été moins embêtée lorsqu'elle sortait avec Michaël Corner. Mais bon, il se passait tellement de choses durant cette période que personne n'avait vraiment fait attention à ce nouveau couple. Pour le plus grand plaisir de Ginny. Il n'y avait qu'avec Harry qu'elle en avait vraiment parlé. Il avait été un peu protecteur au début mais cela avait toujours été bienveillant. Il n'avait jamais tenté d'interférer dans son couple et l'avait même encouragée à sortir avec Michaël lorsqu'elle était encore en pleine hésitation. Elle avait vraiment beaucoup de chance d'avoir un ami comme Harry. Elle n'avait pas pu parler récemment avec lui, d'ailleurs. Mais durant les sélections, ils avaient prévu de se voir dans le courant de la semaine dans une salle qu'avait découvert Harry peu de temps auparavant. Il ne lui en avait pas dit plus mais elle avait hâte de savoir de quelle salle il s'agissait.

Lorsqu'elle arriva au château, elle prit le chemin de sa salle commune. Elle croisa plusieurs personnes dont Hermione qui faisait sa ronde et Michaël qui se promenait avec ses amis. Un peu plus loin, elle tomba sur Simon.

- Tiens, tu es revenue des sélections ? lui demanda-t-il. Ça s'est bien passé ?

- Oui, j'ai été prise en tant qu'attrapeur remplaçant. Et toi ?

- Pareil. Je n'avais pas trop à m'en faire, nous n'étions que deux à briguer le poste d'attrapeur. J'étais donc sûr d'être au moins remplaçant. Du coup je n'étais pas particulièrement stressé. Je n'ai pas réussi à attraper le vif d'or, évidemment, mais je vais m'améliorer avec les entraînements.

- C'est ce qu'a dit ma capitaine aussi. Au fait, je pense qu'on pourra s'organiser dès mercredi pour nos séances de travail. Car Angelina veut nous voir mardi pour qu'on choisisse ensemble les jours et les horaires d'entraînements.

- Ah, nous c'est demain à dix-sept heures que Graham veut nous voir. Rien que ça, ça posait problème puisque notre préfète a été prise et qu'elle a justement une ronde demain à cette heure-là. Mais elle a dit qu'elle réussirait à s'arranger avec une autre préfète. En tout cas c'est cool qu'on puisse bientôt s'organiser correctement. On pourra se voir mercredi après le déjeuner, vu qu'on n'a pas runes.

- Ça me va. Du coup il y a une préfète dans votre équipe ?

- Il y a même les deux préfets. Ainsi que le préfet-en-chef. Ça va être super pratique pour choisir des moments où nous serons tous libres, ironisa Simon.

- Tu n'as pas l'air d'apprécier les préfets de ta maison, remarqua Ginny.

- Disons que c'est surtout le préfet et un de ses amis qui ne m'apprécient pas. Et plus précisément l'ami en question.

- Qui ça ? interrogea Ginny, curieuse.

- Zabini. Il me regarde comme si j'étais un veracrasse ambulant. Ou comme s'il voulait me voir me faire manger tout cru par le Calmar géant. En gros il me déteste et je ne sais pas pourquoi. Je ne lui ai jamais rien fait. Je lui ai parlé quelques fois et il a toujours été sympa avec moi. Mais depuis la rentrée ça a changé. Je me demande vraiment pourquoi.

Ginny se sentit soudain mal à l'aise. Et, en même temps, elle était amusée. Parce qu'elle était quasiment certaine de savoir ce que Blaise reprochait à Simon. Il était tout simplement jaloux. Mais elle ne pouvait pas en parler à Simon. Elle avait peur que ça ne jette un froid entre eux. Que Simon pense qu'elle était intéressée par lui. Qu'il se montre soudain moins naturel avec elle. Pour elle, il était juste son binôme de travail avec qui elle s'entendait hyper bien. Elle n'avait aucune vue sur lui. Elle l'avait certes nié devant Fred et George mais elle était bel et bien attirée par Blaise. Mais elle voyait bien que Simon était peiné à l'idée qu'un de ses coéquipiers lui en veuille sans raison apparente. Elle irait donc régler le problème à la source en allant parler à Blaise. Elle lui ferait ainsi comprendre qu'il n'y avait rien entre Simon et elle et elle lui demanderait d'être un peu plus aimable avec son coéquipier. Bon, par contre, elle ne savait pas comment amener le sujet. Car si elle abordait les choses aussi directement, elle devrait donc expliciter clairement les tensions et l'attirance qu'il y avait entre eux. Alors qu'ils n'en avaient jamais parlé jusque-là.

Toujours était-il qu'elle devait rassurer Simon.

- Ça se trouve il fait erreur sur la personne. Il croit que tu as fait quelque chose alors que c'est quelqu'un d'autre. Laisse passer le temps, ça va finir par s'arranger.

- Si tu le dis... lâcha Simon, l'air peu convaincu. J'espère que tu as raison. Bon, je vais te laisser rejoindre ta salle commune.

- Comment tu sais que c'est là où je veux aller ? demanda Ginny, stupéfaite.

- Parce que c'est souvent ce chemin que tu prends pour t'y rendre. Je te rappelle que je t'ai raccompagnée plusieurs fois, tel le gentleman que je suis, se vanta Simon.

- C'est vrai. À demain en divination, alors, dit Ginny en souriant.

Simon acquiesça, lui rendit son sourire et s'en alla. Ginny se retourna et vit son directeur de maison qui discutait avec le professeur Gordon. Ils se saluèrent et se quittèrent quelques secondes plus tard. Le professeur Lupin se dirigea alors vers Ginny, ce qui la surprit. Pourquoi venait-il vers elle ? Bon, il souriait, c'était plutôt rassurant.

- Bonjour, Ginny. Toutes mes félicitations pour votre poste dans l'équipe de Quidditch de Gryffondor.

- Merci, professeur, répondit Ginny en rougissant.

- Cela ne semble pas avoir entamé votre entente avec votre binôme, remarqua le professeur Lupin.

- Non, on s'était promis que cela ne changerait rien si nous étions pris dans nos équipes respectives.

- C'est très sage, comme décision. Je suis plus que ravi de voir qu'il y a un binôme où les choses se passent bien. Un binôme Gryffondor/Serpentard, de surcroît. Vos camarades devraient en prendre de la graine. Vous êtes un très bon exemple pour eux. Mais cela ne m'étonne pas de vous, Ginny. Déjà, il y a deux ans, vous étiez une élève sage et studieuse qui n'hésitait pas à aider ses camarades. Cela ne fait que deux semaines que la rentrée a eu lieu mais vous semblez avoir gardé cette attitude exemplaire et je vous en félicite. M. Harper a les mêmes qualités que vous, j'imagine que cela a dû faciliter votre bonne entente. Il va falloir que vous donniez votre secret à vos camarades, car certains ont l'air d'avoir beaucoup plus de mal avec leurs binômes.

- C'était prévisible, affirma Ginny. C'est pour cela que le Choixpeau a décidé de former des binômes aussi... contradictoires. C'est pour qu'on apprenne à passer outre nos différences.

- C'est tout à fait juste.

- Je pensais au début qu'il avait mis la barre un peu trop haute pour certains binômes mais non, il savait ce qu'il faisait.

- Vous parlez d'un binôme en particulier ? interrogea le professeur Lupin, l'air intéressé.

Ginny eut un sourire en coin.

- Je suis très amie avec Harry, dit-elle simplement. On n'a pas pu beaucoup se parler depuis la rentrée mais hier, je l'ai vu travailler avec Draco Malfoy dans la salle des binômes.

Elle fit exprès de s'arrêter là, guettant la réaction du professeur Lupin. Elle savait très bien que, tout comme le professeur Black, il devait se montrer neutre avec Harry en cours, mais elle savait aussi qu'ils s'étaient beaucoup rapprochés durant l'été. Elle se doutait donc bien que le professeur Lupin serait à l'affût de la moindre information concernant le binôme de Harry. Car il devait beaucoup, beaucoup, beaucoup s'inquiéter. Comme elle l'avait prédit, elle avait réussi à éveiller la curiosité de son professeur de métamorphose :

- Et alors ? Vous comptez ne rien me dire de plus ?

- Je voulais juste savoir si cela vous intéressait ou non, dit Ginny en souriant plus largement. Vous pouvez être rassuré, les choses semblent aller beaucoup mieux entre Harry et son binôme. Je ne sais pas ce qui s'est passé précisément mais ils ont l'air de bien mieux s'entendre. Harry vous en dira peut-être plus la prochaine fois qu'il viendra prendre le thé.

- Parce qu'il vous a dit... ?!

- Je suis l'une des seules à le savoir, rassurez-vous, tempéra Ginny.

- Je me doute bien. En tout cas, je suis soulagé de savoir qu'il se confie à certaines personnes. Je vous remercie pour ces informations, Ginny. Je vais les transmettre à un autre de vos professeurs que je dois retenir tous les jours de se rendre dans le bureau du directeur pour mettre en pièces le Choixpeau magique. Il n'apprécie pas trop l'idée que cet objet ait mis Harry en binôme avec quelqu'un qu'il détestait. N'oubliez cependant pas que je suis votre directeur de maison, alors si vous rencontrez des problèmes d'organisation avec votre binôme à cause de vos entraînements de Quidditch, n'hésitez surtout pas à venir m'en parler.

- J'y penserai, promit Ginny. Merci, professeur.

Elle lui souhaita une bonne soirée et reprit son chemin vers sa salle commune. Avec tout ça il était déjà l'heure d'aller dîner. Elle allait donc juste poser ses affaires de Quidditch dans son dortoir et elle se rendrait ensuite à la Grande Salle. Elle se rendit soudain compte qu'elle était épuisée. Le week-end n'avait pas été de tout repos. Et il en serait sûrement de même pour les suivants, entre les séances de travail en binôme, les séances d'entraînements de Quidditch, les autres devoirs... Elle allait devoir trouver un bon rythme pour gérer tout cela. Et si elle n'y arrivait pas, elle pourrait toujours compter sur l'aide du professeur Lupin, comme il venait de le lui rappeler. Elle réalisa alors la chance qu'elle avait d'avoir un directeur de maison aussi soucieux de ses élèves. Jamais le professeur McGonagall n'aurait ainsi proposé son aide aux Gryffondor. Beaucoup de choses avaient changé à la rentrée et Ginny commençait à se dire que c'était sûrement pour le mieux.

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Voilà pour ce chapitre, j'espère qu'il vous a plu ! Je vous dis à vendredi pour le chapitre dix-neuf qui s'intitulera «Des relations qui s'approfondissent». Bisous tout le monde !