Bonjour à toutes et à tous ! J'espère que vous allez bien ! On se retrouve pour le dix-neuvième chapitre de S'aimer malgré les préjugés.
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Zackos : Théo a eu de la chance, c'est le moins qu'on puisse dire ^^ La situation avec Justin tend à s'améliorer. Il y a en effet des chapitres plus zen que d'autres. Contente que tu aimes bien Ginny, elle est de nouveau présente dans ce chapitre. Ce qui est étonnant d'ailleurs puisque c'est rare qu'il y ait un POV Ginny dans deux chapitres consécutifs XD
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Je vous laisse avec le nouveau chapitre auquel j'ai eu du mal à trouver un titre XD Mais comme il est beaucoup question d'amitié et qu'il y a de l'amour ... XD Bon, j'arrête mon blabla et je vous souhaite une bonne lecture !
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19 – Des relations qui s'approfondissent
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(lundi 18/09) POV Justin
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- Bon, tu veux commencer par quoi ?
Justin entendit vaguement Théo lui poser cette question. Ils venaient tout juste de s'installer mais il était déjà ailleurs. Il ne cessait de penser à ce qui s'était passé deux jours plus tôt, dans les toilettes des filles du deuxième étage. Cela l'avait tellement traumatisé qu'il en faisait des cauchemars. Il n'en avait parlé à personne et c'était peut-être bien cela le problème. Il avait besoin d'extérioriser ces images qu'il revoyait en boucle dans sa tête. Il ne comprenait pas comment il était possible de retrouver une vie normale après avoir assisté à une telle agression. Lui, en tout cas, n'y arrivait pas. Il était un Poufsouffle donc, évidemment, il était quelqu'un de sensible.
- Justin, tu es avec moi ?
Cette fois Justin sortit de ses pensées. Il tourna la tête et adressa un sourire d'excuse à Théo.
- Pardon, j'étais ailleurs. Tu... tu disais quoi ?
- Je te demandais par quoi tu voulais commencer.
Il n'y avait aucun agacement dans la voix de Théo. Il semblait même un peu inquiet. Justin s'en voulut encore plus d'avoir été distrait. Son binôme était d'une patience sans bornes avec lui. Pour la millième fois, Justin se demanda comment il avait pu dénigrer Théo à ce point. Il avait été aveuglé par ses préjugés. Et il les lui avait jetés en pleine figure. Il avait été injuste. Terriblement injuste. Il n'arrivait pas à se pardonner. Alors que Théo, lui, ne lui en voulait pas. C'était le monde à l'envers.
- Je ne sais plus ce qu'on a à faire exactement, avoua Justin.
Théo fronça les sourcils.
- Tu es sûr que tu vas bien ? Je sais que je t'ai déjà posé la question deux fois mais tu n'as vraiment pas l'air bien.
Justin hésita un long moment avant de se décider à lui dire la vérité.
- Je n'arrête pas de penser à ce qui s'est passé samedi dans les toilettes.
- Oh...
Théo paraissait mal à l'aise.
- Tu... tu pourrais en parler avec ta directrice de maison, mais sans citer de noms, proposa-t-il. Tu ne dois pas garder ça pour toi. C'est traumatisant, ce que tu as vu.
- Tu dis ça mais tu n'as pas l'air choqué, toi, répliqua Justin.
Il en voulait presque à Théo pour cela. Comment lui, qui avait subi l'agression, pouvait-il sembler aller bien alors que Justin, qui y avait «seulement» assisté, était profondément choqué ? Est-ce que Théo tenait donc si peu que ça à sa vie pour avoir l'air de s'en moquer complètement ?
- J'ai l'habitude, répondit simplement le Serpentard.
Justin fixa Théo avec des yeux ronds. Était-il sérieux ? Il se souvint alors de ce que lui avait dit Malfoy avant qu'il n'aille chercher Théo. Il lui avait clairement fait comprendre que depuis qu'il était tout petit, Théo payait son «absence de haine envers les nés-moldus». Cela voulait-il dire que son père était violent envers lui ?
- Qu'est-ce que tu veux dire par-là ? demanda Justin, la gorge nouée. Est-ce que... est-ce que tu te fais maltraiter ?
Justin regretta sa question en voyant Théo fuir son regard.
- Désolé, je n'aurais pas dû te demander ça.
- Non, c'est juste que... je ne me sens pas encore prêt à en parler.
- Oh... je comprends. Prends ton temps, je ne t'embêterai plus avec ça, promit sincèrement Justin. Tout ce que j'espère, c'est que Crabbe et Goyle te laisseront tranquille.
Théo grimaça.
- Ça, par contre, je peux t'en parler.
- Tu n'es pas obligé, assura Justin. Si tu veux garder ça pour toi je comprendrais. Mais si tu veux en parler, je suis là pour t'écouter.
Théo sembla surpris et touché. Il sourit et répondit :
- Disons que ce sont mes amis qui veulent que je t'en parle. J'étais contre mais ils ont réussi à me convaincre. Et j'ai dû admettre qu'ils avaient raison. Mieux vaut que tu sois au courant. Comme tu le sais, cet été, j'ai dénoncé la cachette de mon père aux Aurors. Ça n'a pas plu à Crabbe et à Goyle. Je n'ai jamais été en de très bons termes avec eux, à la base. Ils ont toujours suivi les idées de leurs pères alors que moi j'ai toujours été en contradiction avec celles du mien. Crabbe et Goyle m'ont toujours reproché ce côté «rebelle». Pour eux, il faut se soumettre aux idées de notre paternel. Alors tu imagines que lorsqu'ils ont appris que j'avais permis aux Aurors de retrouver mon père, ils ne l'ont pas bien pris du tout. Je suis un traître, à leurs yeux. Et ils ont décidé de me le faire payer. Ce n'était pas la première fois qu'ils m'agressaient. Depuis la rentrée, j'ai eu trois fois affaire à eux. La première fois, c'était dans les mêmes toilettes qu'avant-hier. Ils n'ont pas eu le temps de me faire quoi que ce soit puisque Mimi les a fait déguerpir. La deuxième fois, c'était dans les cachots. Là, ils m'ont cassé le poignet. Et la troisième fois, c'était samedi, avec toi.
Justin était de nouveau choqué. Il ne comprenait pas cet acharnement. Certes, il s'était acharné lui aussi sur Théo, mais pas à ce point ! Jamais il ne s'en serait pris physiquement à lui ! Et puis il ne lui avait fallu «que» deux semaines pour se rendre compte qu'il s'était trompé sur Théo, alors que cela faisait quatre ans que Crabbe et Goyle partageaient son dortoir ! Il fallait absolument faire quelque chose pour sauver Théo du danger permanent qui planait sur lui, et ce, sans attendre !
- Ça ne peut pas continuer comme ça, déclara Justin. Ils ne peuvent pas s'en tirer chaque fois à si bon compte. Il faut que ça cesse et le plus vite possible.
- On ne peut rien faire pour les arrêter, je pense, dit tristement Théo. J'ai juste besoin d'être protégé. C'est pour cela que je t'en parle. Pour que tu sois sur tes gardes lorsque tu es avec moi dans les couloirs.
En entendant ces mots, Justin repensa à un détail qui fit soudain sens dans son esprit.
- C'est pour ça que tu n'arrêtais pas de me demander de partir... Tu savais que c'étaient Crabbe et Goyle qui nous suivaient et tu... tu voulais me protéger ?
Théo acquiesça, l'air mal à l'aise.
- Je ne voulais pas que tu sois mêlé à ça. Même si je t'en voulais encore à ce moment-là.
- Tu es vraiment quelqu'un à part, constata Justin. Je t'en fais voir de toutes les couleurs et toi, tu me protèges.
- J'ai toujours été comme ça, avoua Théo en souriant.
- Tu aurais dû aller à Poufsouffle, plaisanta Justin.
- Le Choixpeau y a pensé, dit Théo en riant. Il ne savait pas où me mettre, en fait. Il avait un fort penchant pour Serdaigle mais il a décidé que ce ne serait pas une bonne maison pour moi. Il a préféré me répartir à Serpentard car, pour lui, c'était la seule maison où je pouvais me trouver les amis qu'il me fallait. Enfin, c'est un peu plus compliqué que ça. Parce que j'étais déjà très ami avec Draco, Blaise et Pansy avant d'entrer à Poudlard. On se connaît depuis qu'on est tout petits. Mais disons que si j'avais été dans une autre maison, je me serais fait des amis et je me serais éloigné de ceux que j'avais déjà. Et cela n'aurait pas été préférable pour moi. J'avais besoin d'amis comme eux et eux avaient besoin d'un ami comme moi. Il n'aurait pas été judicieux de nous séparer.
- Donc vous êtes vraiment, vraiment amis ? Étonnant, commenta Justin.
- Pourquoi ? Tu pensais qu'on faisait semblant ? s'amusa Théo.
- Non, c'est juste encore des préjugés stupides que j'avais sur les Serpentard, s'agaça Justin. C'est dingue, je ne peux pas m'en empêcher !
- C'est déjà bien que tu t'en aperçoives, dit doucement Théo. C'est pour ça que le Choixpeau nous a mis ensemble.
- C'était une très bonne idée, approuva Justin. Il y a trois jours encore, je n'aurais pas dit ça mais je commence à comprendre pleinement l'objectif du Choixpeau avec ces binômes invraisemblables. En tout cas, compte sur moi pour te protéger à mon tour. Même si, pour l'instant, j'ignore ce que je dois faire.
- Juste me raccompagner après nos séances de travail. C'est lorsque je me promène seul dans les couloirs que je suis le plus en danger. Sauf quand Crabbe et Goyle sont occupés.
- Mais tu ne penses pas que tu devrais en parler à ton directeur de maison ?
- Blaise et Draco sont contre cette idée. Ils disent que si Crabbe et Goyle se sentent surveillés par notre directeur de maison, ils vont agir davantage dans l'ombre et ce sera encore plus difficile de me protéger.
Justin grimaça. Ce n'était pas faux. C'était même tout à fait vrai. Il eut une idée mais il craignait la réaction de Théo. Il décida quand-même de se lancer.
- D'accord, je comprends. Mais je pense qu'il faudrait en parler à tous les préfets. Non, laisse-moi t'expliquer, ajouta Justin en voyant Théo ouvrir la bouche pour protester. Ce serait un grand avantage pour toi. Car Crabbe et Goyle sont chacun en binôme avec un ou une préfète.
- Oui, c'est vrai, admit Théo. Crabbe est désormais avec Hannah Abbot et Goyle est avec Ernie MacMillan.
- C'est ça, je le savais puisque les deux Serpentard sont en binôme avec deux de mes amis, plaisanta Justin. Bref, tout ça pour dire qu'ils sont avec des préfets et que ça pourrait être très intéressant pour toi. Les préfets sont censés faire régner l'ordre, alors s'ils savent que deux élèves s'en prennent régulièrement à un troisième et que ces deux élèves sont en plus leurs binômes, ils vont sûrement les avoir à l'oeil et faire en sorte qu'ils se tiennent à carreau. Ils ne vont pas laisser passer ça. Leur rôle est aussi de protéger leurs camarades. Et de sanctionner ceux qui se comportent mal. Même si, dans ce cas présent, ils ne pourront pas sanctionner Crabbe et Goyle puisqu'ils devraient en référer au directeur de maison concerné. Ce qui est tout ce que tu veux éviter.
- Je n'avais pas pensé à tout ça, murmura Théo. Mais... tu crois que tous les préfets vont bien vouloir me venir en aide ? Je veux dire... ils ne me connaissent pas. Je n'ai jamais parlé avec les préfets de Poufsouffle et de Serdaigle.
- Ils ne doivent pas faire de distinction de maisons. Un élève est un élève, peu importe la maison à laquelle il appartient. Après, la décision te revient. C'est à toi de choisir si tu veux mettre les préfets au courant ou non. Mais sache que tu as de bons appuis pour chaque préfet. Déjà, ceux de Serpentard sont tes meilleurs amis. J'imagine donc qu'ils savent déjà.
- En effet, confirma Théo.
- Ensuite, à Poufsouffle, tu as moi. Je peux servir de médiateur entre mes amis préfets et toi. À Gryffondor, si j'ai bien compris, tu as Hermione Granger.
- Elle est au courant, elle aussi.
- Dans ce cas elle pourra en parler à son homologue de Gryffondor qui est accessoirement un de ses meilleurs amis. Et elle pourra également faire la médiation entre les préfets de Serdaigle et toi puisqu'elle est en binôme avec Terry Boot. Lui devra en parler à Padma Patil lorsque Hermione l'aura informé.
Théo sembla impressionné par la réflexion de Justin.
- C'est super bien pensé, finit-il par dire. Je suis d'accord pour les mettre tous dans la confidence. Mais je préfère d'abord en parler avec mes amis.
- Tu ne peux pas prendre une décision sans eux ? s'étonna Justin.
- Leur avis m'est précieux. Ils me protègent depuis que nous sommes à Poudlard. Ça peut paraître idiot, je sais...
- Non, pas du tout. Ça prouve encore à quel point vous avez le sens de l'amitié. Est-ce que je peux juste en parler à Ernie et Hannah ?
- Je pense que mes amis seront de toute façon d'accord avec ton idée. Ils m'ont dit qu'ils mettront autant de personnes qu'il le faudra dans le secret. Donc oui, tu peux leur en parler.
- Très bien, je verrai ça après notre séance de travail.
- Que nous n'avons toujours pas commencée, se moqua Théo.
- Eh bien on va s'y mettre maintenant, alors ! Mieux vaut tard que jamais. Par contre, je ne sais vraiment plus quels devoirs on a à faire.
- On a le devoir de botanique, de potions, de Défense Contre les Forces du Mal et d'histoire de la magie. Vu qu'il est dix-sept heures, mieux vaut choisir un devoir plutôt rapide à faire.
- J'aimerais bien commencer par celui de potions, dans ce cas. J'ai voulu le faire quand nous étions encore en froid et... je n'ai rien compris du tout.
- Va pour les potions, alors, dit Théo en souriant.
Ils se mirent ainsi au travail et bûchèrent pendant plus d'une heure sur le devoir de potions. Justin fut admiratif face à l'aisance de Théo dans ce domaine. Et il se surprit à apprécier cette séance de travail lorsque son binôme lui expliqua de façon claire et précise ce qu'il ne comprenait pas. Il se dit alors que le Choixpeau avait bien fait de le mettre avec ce Serpentard qu'il trouvait de plus en plus intéressant.
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Un peu plus d'une heure plus tard, Justin rejoignit sa salle commune. Il y trouva Ernie, Susan et Hannah en grande discussion.
- De quoi parlez-vous ? demanda-t-il en s'installant avec eux.
- Du nouveau couple de l'école, répondit Hannah, les yeux pétillants.
- D'un futur probable nouveau couple, plutôt, corrigea Susan. Ils ne sortent pas encore ensemble.
- Oui, bon, bref, tu veux savoir de qui il s'agit, Justin ?
- Je ne suis pas friand de ragots, vous le savez bien. Mais je vois que ça te brûle la langue de me le dire alors vas-y, balance le scoop.
Hannah ne se fit pas prier :
- On ne sait pas qui mais quelqu'un a surpris une discussion entre plusieurs membres de l'équipe de Quidditch de Gryffondor qui parlaient de deux de leurs coéquipiers qui auraient décidé de se rendre ensemble à Pré-au-Lard.
Justin fixa Hannah pendant plusieurs secondes avant d'éclater de rire.
- Radio Poudlard marche toujours aussi bien, à ce que je vois ! Vous n'avez aucun nom ? Juste des «on dit» ? Vous ne savez même pas qui a entendu cette discussion ?
- Non, ça a vite fait le tour de l'école mais on n'a pas la source, dit Hannah en se renfrognant.
- Mais du coup, ça ouvre plein de possibilités aux paris, fit remarquer Ernie. Tout le monde pense que l'un des jumeaux Weasley est concerné. Et plus particulièrement Fred Weasley. Il serait le plus dragueur d'entre les deux, apparemment.
- Moi je suis sûre qu'il en pince pour l'une des poursuiveuses, affirma Hannah. En même temps, ce sont les seules filles de l'équipe, je crois.
- Ça a peut-être changé depuis les sélections. Vous avez des infos à ce sujet ? s'enquit Justin.
- Non, les sélections de l'équipe de Gryffondor n'ont eu lieu qu'hier, il va falloir attendre un peu pour savoir qui a rejoint l'équipe. Tout comme pour Serpentard et Serdaigle. En tout cas, ce n'est pas avec l'équipe qui a été formée avant-hier que Poufsouffle va gagner la coupe cette année, soupira Hannah.
- Tu es un peu dure, répliqua Ernie.
- Excuse-moi mais à part Zacharias, Arthur et Elliott, les autres ne savent absolument pas jouer au Quidditch. Je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête mais Zacharias n'a fait que des mauvais choix.
- On verra bien lors du premier match, trancha Susan. Il est un peu tôt pour juger. De toute façon, parmi tous les candidats aux différents postes, la grande majorité d'entre eux n'était jamais montée sur un balai. Ou alors si, pendant les cours de vol en première année. Il ne fallait donc pas s'attendre à avoir une équipe de haut niveau.
L'argument de Susan suffit à calmer Ernie et Hannah. C'était ça, entre autres, que Justin aimait dans leur groupe : ils avaient des caractères complètement différents mais ils se complétaient à merveille. Hannah était sans conteste la boute-en-train du groupe. Elle débordait d'énergie, adorait les ragots et voulait tout savoir sur tout. Ernie, lui, était le plus studieux d'entre eux. Il était tempéré et, comme Hannah, il nourrissait un certain intérêt pour les ragots. Cependant, contrairement à elle, il préférait les commenter plutôt qu'aller les chercher. Susan, elle, était la plus calme. Elle était celle qui raisonnait tout le monde. Elle apaisait les tensions qu'il pouvait y avoir en faisant parfois de la médiation. Elle avait également une oreille très attentive et était de bons conseils. Justin était sûrement le plus réservé. Il était presque aussi calme que Susan la plupart du temps mais il pouvait s'emporter très facilement lorsqu'il était d'humeur susceptible. Ils étaient donc tous très différents mais c'était ce qui faisait leur force. Le plus important pour eux, c'était qu'ils pouvaient compter les uns sur les autres. Justin était certain que ses amis allaient le lui prouver une fois de plus. Étant donné qu'elle n'était pas préfète, Susan n'était normalement pas concernée mais il ne voulait pas la mettre à l'écart. Et puis il avait toute confiance en elle.
- Dites, je dois vous parler de quelque chose, dit-il, un peu gêné. C'est surtout aux préfets que je m'adresse mais tu peux évidemment rester, Susan. Je veux juste une discrétion absolue pour l'instant.
- Ouh là, tu m'inquiètes, répondit Ernie, l'air soucieux. Qu'est-ce qui se passe ? Tu as des ennuis ?
- Pas moi, mais mon binôme.
Ernie, Hannah et Susan haussèrent les sourcils en même temps.
- J'ai raté un épisode, là, je crois, lâcha Hannah. Il y a deux jours tu détestais encore ton binôme et aujourd'hui tu t'occupes de ses problèmes ?
- Je sais que ça peut paraître étrange mais j'ai vraiment changé d'avis sur lui. Il n'est pas du tout celui que je pensais. Je le croyais coupable d'idées nauséabondes sur les nés-moldus alors qu'en réalité, il est une victime.
- Comment ça ? demanda Ernie en fronçant les sourcils.
- Il se fait harceler par deux personnes depuis la rentrée. En fait, je n'ai pas seulement eu une discussion avec lui. Je n'en ai même pas vraiment eu une. Je vais vous expliquer ce qui s'est réellement passé avant-hier.
Justin relata tous les événements qui avaient eu lieu le samedi précédent à ses amis mais sans mentionner le nom de Crabbe et de Goyle. Ernie, Susan et Hannah furent choqués lorsqu'il leur parla de l'agression qu'avait subie Théo.
- Mais ce n'est pas la première fois que ça arrivait, précisa Justin. Il m'a dit qu'il s'était déjà fait agresser deux fois depuis la rentrée. Tout ça parce qu'il assume publiquement de ne pas partager les idées de son père. Je sais à présent qu'il disait la vérité, contrairement à ce que je pensais avant. J'ai été vraiment bête de douter de lui comme je l'ai fait. Du coup je veux l'aider, maintenant. Et pour ça j'ai besoin du soutien des deux préfets de Poufsouffle puisqu'ils sont en binôme avec les deux personnes qui harcèlent Théo.
Ernie et Hannah écarquillèrent es yeux.
- Attends, tu veux dire que les deux garçons qui harcèlent Théo, ce sont ses compagnons de dortoir ?! s'indigna Hannah.
Quelques jours plus tôt, elle était devenue le binôme de Crabbe, échangeant sa place avec Padma Patil qui ne s'en sortait vraiment pas avec le Serpentard. Il lui faisait peur et elle ne se sentait pas du tout à l'aise. Cela avait dû être vraiment sérieux pour qu'un binôme soit changé. Hannah, elle, avait un caractère bien plus fort et gérait bien mieux Crabbe que la préfète de Serdaigle.
- Oui, ils lui reprochent de ne pas partager les idées des Mangemorts et de ne pas respecter la suprématie des Sang-Pur, répondit Justin. Et, surtout, ils lui reprochent d'avoir envoyé son père à Azkaban. Pour eux c'est de la haute trahison. Alors ils ont décidé de faire payer Théo. Ses amis sont au courant et tentent de le protéger au maximum mais ils ne peuvent pas tout le temps être avec lui. Il faut pourtant qu'il soit protégé où qu'il aille. C'est pour ça qu'ils m'ont mis dans la confidence, ainsi que Hermione Granger.
- Mais ce ne serait pas mieux de le dire directement au professeur Snape ? demanda Hannah, l'air à la fois inquiète et perplexe. C'est le directeur de maison de la victime et des harceleurs. Ce serait logique que cette histoire lui soit remontée.
- Les amis de Théo ne veulent pas, soupira Justin. Ils disent que si Crabbe et Goyle se sentent surveillés par leur directeur de maison, ils vont agir encore plus dans l'ombre pour s'en prendre à Théo et ce sera encore plus compliqué de le protéger.
Ernie, Hannah et Susan grimacèrent.
- Ce n'est pas faux.
- C'est exactement ce que j'ai pensé. Je compte donc sur vous pour ne rien dire à n'importe quel professeur que ce soit.
- C'est promis, on ne dira rien, jura Hannah. Mais comment veux-tu qu'on protège Théo ?
- En gardant Crabbe et Goyle le plus possible avec vous. Je sais qu'ils ne sont pas de très bonne compagnie mais...
- Crabbe est plutôt supportable quand il travaille, dit Hannah. Bon, si je pouvais éviter de me le coltiner ce serait mieux mais je peux faire un effort.
- J'essaierai de retenir Goyle également, promit Ernie. Mais je pense qu'il vaudrait quand-même mieux prévenir le professeur Snape. Que ce soit Hermione, Zabini, Malfoy, Hannah, toi ou moi, nous n'allons pas pouvoir faire grand-chose pour protéger ton binôme.
- Mais le professeur Snape ne pourra rien faire sans preuves concrètes ! Il ne pourra pas se baser sur de simples accusations ! Tu ne dois rien dire, Ernie. Promets-le-moi.
- C'est promis, dit Ernie en soupirant. Bon, on ferait mieux d'aller manger. On a un cours d'astronomie à vingt-et-une heures, je vous rappelle.
- Allons-y, approuva Susan.
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Lorsque Justin, Ernie, Hannah et Susan retournèrent à leur salle commune après le dîner, ils décidèrent de monter directement à leurs dortoirs respectifs afin de se reposer un peu avant le cours d'astronomie. Alors que Justin suivait Ernie, il fut rejoint par Emily, sa petite-amie avec qui il était en froid depuis la rentrée. N'appréciant pas l'attitude hostile de Justin envers Théo, Emily avait décidé de mettre de la distance entre eux jusqu'à ce que Justin retrouve un comportement adéquat envers son binôme.
- Justin, je peux te parler ?
Justin échangea un regard avec Ernie qui lui sourit.
- Reste avec Emily, je connais le chemin, plaisanta-t-il.
Il s'en alla, laissant Justin seul avec celle qui n'était plus vraiment sa petite-amie mais qui n'était pas non plus son ex. Il ignorait comment il devait la désigner en ce moment de «break». Tout ce qu'il savait, c'était qu'elle lui manquait beaucoup. Le jour de la rentrée, il avait dit à Susan qu'il n'était plus sûr de ses sentiments envers Emily. Après deux semaines et demie sans elle, il pensait pouvoir dire qu'il l'aimait toujours, tout compte fait. Sinon, elle ne lui aurait pas autant manqué. Il avait besoin de son rire, de sa chaleur et de sa bonne humeur. Il pensait donc être toujours amoureux.
Une fois Ernie parti, Justin se tourna vers Emily et lui sourit.
- Je t'écoute. Que voulais-tu me dire ?
- Je ne sais pas vraiment par où commencer. Je... j'ai entendu dire que ça allait mieux, entre ton binôme et toi.
- En effet. J'ai changé d'avis sur lui et ça nous a permis de repartir sur de bonnes bases. D'ailleurs, je m'excuse pour le comportement que j'ai eu le jour de la rentrée. Tu as voulu me raisonner et je ne t'ai pas écoutée.
- J'ai été peinée mais oublions ça. À ce moment-là tu n'étais prêt à écouter personne, je ne l'ai donc pas pris pour moi.
- Il a quand-même fallu que trois personnes viennent me parler en même temps pour que j'accepte enfin de revoir mon jugement sur mon binôme, s'agaça Justin. J'ai vraiment été long à la détente. J'ai de la chance que Théo ne m'en veuille pas. Ou, plutôt, qu'il ne m'en veuille plus.
- Tu devrais en faire autant, conseilla Emily.
Justin fronça les sourcils.
- Mais... je n'en veux plus à Théo, dit-il, perplexe.
- Je ne parlais pas de Théo mais de toi. Ton binôme t'a pardonné pour l'attitude que tu as eue envers lui mais je crois que tu ne t'es pas pardonné toi-même. Tu t'en veux toujours. Tu devrais au contraire tourner la page.
Justin réfléchit longuement aux paroles d'Emily. Elle avait raison. Il lui sourit de nouveau.
- C'est vrai. Merci pour le conseil.
- De rien.
Ils se regardèrent dans les yeux pendant un long moment. Ce fut Emily qui brisa le silence qui s'était installé entre eux :
- Pourquoi n'es-tu pas venu me chercher une fois que tu as fait la paix avec ton binôme ? Tu savais pourtant bien que je n'attendais que ça pour te reparler.
- Je ne voulais pas que tu crois que j'avais fait la paix avec Théo uniquement pour te reconquérir.
- Je sais que tu n'es pas comme ça, dit Emily en souriant. Je comprends néanmoins ta démarche. Ou, plutôt, ton absence de démarche, ajouta-t-elle, un brin de moquerie dans la voix. Mais ça a assez duré, tu ne crois pas ?
- Si. Je suis tout à fait d'accord, murmura Justin.
Il n'en fallut pas plus pour que leurs lèvres se scellent dans un baiser à la fois tendre et passionné. Justin eut l'impression que tout était enfin redevenu normal. Il ne manquait qu'Emily pour qu'il se sente vraiment complet. Il était heureux de l'avoir retrouvée. Tellement heureux qu'il ne voulait plus se séparer d'elle.
- Tu veux bien dormir avec moi, cette nuit ? demanda-t-il lorsque leurs lèvres se séparèrent.
Emily haussa un sourcil. Puis elle prit un air narquois.
- Mon corps t'a tant manqué que ça ?
Justin mit plusieurs secondes à comprendre la méprise. Il se sentit soudain affreusement gêné. Comment lui dire qu'il ne pensait pas du tout, mais alors vraiment pas du tout à ça sans la vexer pour autant ? À vrai dire, s'il devait être totalement honnête, ça ne lui avait absolument pas manqué. Il avait eu l'esprit beaucoup trop occupé pour penser à ça.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, rectifia-t-il, les joues rouges. Je voulais juste t'avoir près de moi. Je me suis mal exprimé, pardon.
- Ce n'est pas grave, lui dit gentiment Emily. C'est plutôt moi qui ait mal compris, en fait. Mais pour répondre à ta question, je veux bien qu'on dorme ensemble. Laisse-moi juste aller chercher quelques affaires.
- Je t'attends ici.
Emily acquiesça et partit. Elle revint quelques minutes plus tard avec un petit sac. Ils se rendirent ensemble au dortoir de Justin qui était seulement occupé par Ernie et Wayne. Heureusement, ils n'étaient pas du genre à taquiner le couple. Ils ne firent donc aucun commentaire lorsqu'ils virent passer Justin et Emily devant leurs lits, leurs rideaux étant ouverts. Ils étaient de toute façon habitués. Ce n'était pas la première fois que Justin emmenait Emily dans leur dortoir le soir. Alors qu'Emily et lui s'installaient sur son lit, Justin se tourna vers sa petite-amie :
- Ça ne te dérange pas de rester ici toute seule pendant mon cours d'astronomie ?
- Oh, j'avais oublié que c'était aujourd'hui que tu avais ce cours... Mais non, ça ne me dérange pas. C'est plutôt à moi de te poser la question.
- Je te fais confiance. Je sais que tu ne mettras pas le dortoir sans dessus-dessous pendant mon absence, plaisanta Justin. Mais j'aurais dû me rappeler que j'avais mon cours d'astronomie avant de te proposer de dormir ici ce soir.
- Ça prouve à quel point je t'ai manqué, dit simplement Emily. C'est plutôt mignon. Du coup ça nous laisse deux heures devant nous. On a largement le temps de se raconter nos deux semaines de cours.
- Je pense même que ce ne sera pas suffisant. Vas-y, commence. Dis-moi comment ça se passe, cette préparation des ASPIC.
- C'est horrible, grimaça Emily. On a certes moins d'heures de cours puisqu'on s'est délesté de plusieurs matières mais on a deux fois plus de travail qu'en cinquième année ! Je passe mon temps libre à faire mes devoirs. Je me plaignais l'année dernière mais les BUSE et les ASPIC, ce n'est clairement pas le même délire.
- Eh bien tu sais rassurer les gens, toi, se moqua Justin. C'est bizarre comme je suis content d'être né le mois de la rentrée, tout à coup. À vingt jours près, je serais en sixième année, comme toi.
- Tu peux t'estimer chanceux, en effet. Même si je sais que les BUSE, c'est déjà hyper stressant. Tu te souviens comment j'étais à l'approche des examens.
- Je ne pouvais rien te dire sans me prendre une remarque acerbe au visage, se rappela Justin, plus amusé qu'autre chose. Ton langage en a pris un coup. Ça a quand-même un drôle d'effet, les BUSE. J'espère que je ne serai pas trop susceptible à quelques jours de les passer.
- Si c'est le cas, on évitera de se voir, proposa gentiment Emily. De toute façon on sera bien trop occupés à réviser pour passer du temps ensemble.
- C'est vrai. Au fait, est-ce que tu comptes t'inscrire au club de duel ?
- Oui, ça me tente bien. Et toi ?
- Ça ne m'attire pas du tout. D'une, le duel, ce n'est pas trop mon truc et de deux, il y a déjà eu un club de duel l'année où je me suis fait pétrifier. Ça ne m'a pas laissé un très bon souvenir.
- Je comprends, mais c'est dommage que tu restes bloqué là-dessus. Enfin bon, tu fais comme tu le sens. Déjà, si de base le duel ça ne t'intéresse pas, ça ne sert à rien que tu suives l'option.
- C'est ce que je pense aussi. Je vais plutôt consacrer les deux heures de cette option à mon travail en binôme. Ce sera plus utile.
- Ton binôme non plus ne veut pas suivre cette option ?
- Je crois que ses amis ont réussi à le raisonner pour qu'il ne s'inscrive pas, s'amusa Justin.
- Pourquoi dis-tu ça ? S'il voulait s'inscrire, c'était son droit !
- Il suit déjà onze matières, expliqua Justin. Il a pris quatre options en troisième année. Soit deux de plus que la grande majorité des élèves.
- Pourquoi a-t-il fait ça ?! Il doit avoir un emploi du temps hyper lourd ! En plus je crois que c'est impossible de suivre quatre options à la fois. Ça ne rentre pas dans l'emploi du temps. Du moins, jusqu'à cette année. Comment a-t-il fait jusque-là pour suivre ses quatre options ?
- Aucune idée, avoua Justin. Je ne lui ai pas demandé.
- Vous êtes si débordés que ça pour que tu n'aies même pas eu le temps de lui poser la question ?
- Non, c'est juste que je n'y ai pas pensé.
- Eh bien ce serait bien que tu le fasses, affirma Emily. C'est important de s'intéresser à son binôme. Ça crée une certaine complicité.
- C'est vrai, je n'avais pas réfléchi à ça. Tu me suggères donc d'apprendre à le connaître ?
- Ce serait une bonne idée, oui.
- D'accord, j'y penserai. Bon, raconte-moi plus en détails tes deux premières semaines de cours.
Emily ne se fit pas prier et fit le récit de ses cours à Justin. Ils étaient tellement plongés dans leur discussion que Justin faillit oublier son cours d'astronomie. Heureusement, Ernie fut là pour le lui rappeler. Alors qu'ils quittaient le château, Justin se demanda comment il allait faire pour gérer ses cours, ses devoirs personnels, ses séances de travail en binôme et son couple. Cela risquait d'être compliqué. Il allait devoir s'organiser. Il pensait être mieux loti que bon nombre de ses camardes puisqu'il n'était ni préfet, ni membre de l'équipe de Quidditch de sa maison, mais il avait oublié qu'il avait une petite-amie. Décidément, cette cinquième année n'allait pas être de tout repos pour tout le monde...
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(mercredi 20/09) POV Ginny
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Ginny se demandait pourquoi Harry lui avait donné rendez-vous au septième étage. C'était apparemment là que se cacherait la salle secrète dont il lui avait parlé. Sauf qu'elle connaissait cet étage par coeur puisqu'elle devait l'emprunter pour se rendre à la Tour de Gryffondor et à son cours de divination. S'il y avait vraiment une salle secrète, cela ferait longtemps qu'elle aurait dû la découvrir ! En attendant Harry, elle aurait pu contempler la tapisserie de Barnabas le Follet puisque c'était là que Harry lui avait demandé de se rendre mais au lieu de ça, elle préféra faire les cent pas. Contrairement à Harry, le mercredi, elle finissait à seize heures. Elle avait donc pu venir en avance. Tout en passant et repassant devant la tapisserie qu'elle refusait de regarder tellement elle la trouvait laide, elle se dit que c'était dommage qu'il n'y ait pas de cours d'art à Poudlard. Elle aimait beaucoup les tableaux, peu importe ce qu'ils représentaient. Elle éprouva alors le désir de voir d'autres peintures que cette tapisserie immonde. Elle sursauta brusquement en voyant soudain une double porte apparaître dans le mur. Bien que méfiante, elle s'approcha, la curiosité prenant le dessus. Alors qu'elle s'apprêtait à poser sa main sur la poignée, une voix se fit entendre derrière elle :
- Ah tu l'as trouvée toute seule, tout compte fait !
Ginny se retourna vivement et fut rassurée de voir que ce n'était que Harry.
- Qu'est-ce que tu veux dire par-là ?
- Eh bien tu as trouvé la salle dont je te parlais.
- Quoi ?! Tu veux dire que... mais pourquoi est-elle apparue d'un coup ?
- Es-tu passée au moins trois fois devant la tapisserie ?
- Je n'ai fait que ça, répondit ironiquement Ginny.
- Et à quoi as-tu pensé ?
- À la tapisserie, justement. Et au fait qu'elle était terriblement moche.
- Tu n'as pas exprimé un souhait en particulier ?
- Si, celui de voir des vrais tableaux.
- Eh bien entre dans la salle, tu pourrais être agréablement surprise.
Ginny était perplexe mais elle fit ce que lui disait Harry. Elle ouvrit la porte et pénétra dans la pièce. Un hoquet de stupeur lui échappa. Elle était remplie de tableaux en tout genres. Elle en avait voulu, elle était servie !
- C'est génial, murmura-t-elle.
Elle se tourna vers Harry.
- Comment l'as-tu découverte ?
- C'est quelqu'un qui m'y a emmené.
- Quelqu'un ?
Harry sourit.
- C'est quelque chose dont j'ai prévu de te parler.
- Oh... Je ne m'attendais pas à cette nouvelle. Mais je suis contente pour toi. J'ai hâte que tu me dises tout sur ce «quelqu'un» !
Harry éclata de rire.
- Patience ! On va s'installer confortablement, d'abord.
À la grande surprise de Ginny, deux fauteuils rouges avec des coussins dorés apparurent. Elle adorait déjà cette salle. Elle s'assit et vit Harry sortir un sachet de gâteaux de son sac.
- La nourriture, c'est la seule chose que la Salle sur Demande ne peut pas nous offrir.
- La Salle sur Demande ? C'est comme ça que ça s'appelle ?
- Oui. Je vais t'expliquer comment je l'ai découverte.
Ginny écouta alors Harry lui raconter toute son histoire avec Adrian Pucey, un Serpentard de septième année qui officiait dans l'équipe de Quidditch de sa maison. Elle ne connaissait pas beaucoup ce garçon mais elle lui était déjà très reconnaissante d'avoir redonné le sourire et la joie de vivre à Harry. Il semblait heureux et... amoureux.
- Je suis heureuse pour toi, dit-elle le plus sincèrement du monde. Ce garçon a l'air de te faire beaucoup de bien. Tu comptes garder cette relation secrète ?
- Non, je ne veux pas me cacher trop longtemps. J'attends juste le bon moment.
- Tu as bien raison. Rien ne presse, de toute façon. À part peut-être Adrian ?
- Non, il est très compréhensif. Il me laisse tout le temps dont j'ai besoin.
- Ce doit être vraiment quelqu'un de bien. Il faudra que tu me le présentes. Que je vois à quoi il ressemble.
- Son nom ne te dit vraiment rien ? Il faisait déjà partie de l'équipe de Quidditch de Serpentard les années d'avant.
- Avant cette année, je ne m'intéressais pas trop aux autres équipes. Mais j'ai hâte de voir ton Adrian en action sur un balai. C'est donc lui qui t'a montré cette salle ? Et ça ne le gêne pas que tu me la fasses découvrir ? À moins que tu ne le lui aies pas dit.
- Si, si, il est au courant. J'ai préféré lui demander la permission avant de t'emmener ici. Il me l'a donnée sans hésiter. Il n'est pas du tout jaloux. Il a bien compris que les filles, ce n'était vraiment pas mon truc.
- Est-ce pareil pour lui ?
- Je pense, oui. Mais je m'en fiche un peu. Je ne suis pas jaloux non plus.
- Vous êtes faits pour être ensemble alors, dit gentiment Ginny. En tout cas tu as bien mérité d'être heureux avec ce garçon. J'espère que vous vivrez bientôt votre amour au grand jour.
- Il y a déjà Ron et Hermione qui sont au courant, avoua Harry.
Ginny haussa les sourcils.
- Tu leur as annoncé que tu étais gay ?
- Oui. Je ne voulais plus le leur cacher.
- Tu as bien raison. Ils l'ont bien pris, j'imagine ?
- Oh oui, ils ont été géniaux, dit Harry en souriant, l'air ému. Je savais qu'ils réagiraient bien mais... ça m'a vraiment fait plaisir qu'ils ne me jugent pas et qu'ils m'acceptent tel que je suis. Ils ont été plus que top. J'ai réalisé à ce moment-là à quel point ils étaient importants pour moi.
Ginny fut touchée par l'émotion de Harry. Elle était ravie qu'il ait renforcé son lien avec Ron et Hermione.
- Il était vraiment temps qu'on parle, toi et moi, fit-elle remarquer. Je ne pensais pas qu'en deux semaines il se passerait autant de choses. Tu t'es mis en couple avec un garçon et tu as appris ton homosexualité à Ron et Hermione. Et d'après ce que j'ai vu, les choses se sont grandement améliorées avec Malfoy.
- Oui, c'est vrai, confirma Harry.
- Comment en êtes-vous arrivés à faire la paix ? C'était plutôt mal parti, depuis la rentrée.
- C'est en grande partie grâce à Hermione et un des amis de Malfoy. Ils ont réussi à la raisonner.
- Oh, c'est gentil à eux de s'en être mêlés. Et du coup ça se passe vraiment mieux ? Il n'y a plus d'insultes entre vous ?
- Disons que c'est beaucoup plus calme. Mais bon, il reste un Serpentard et moi un Gryffondor, alors on ne peut pas s'empêcher de se lancer des piques. Mais ça n'a rien à voir avec avant. C'est davantage bon enfant.
- Donc tu ne l'ignores plus quand il te cherche ? Parce que c'est ce que tu faisais depuis la rentrée.
- Parce qu'il voulait me faire craquer. Il avait de mauvaises intentions. Alors que là c'est juste pour rire. Alors oui, je lui réponds, parce que ça anime un peu nos séances de travail.
- Je comprends. Je suis vraiment soulagée que ça aille mieux entre vous. Tu vas peut-être l'avoir, tout compte fait, ton année tranquille.
- Je m'accroche à cet espoir mais je m'attends quand-même à ce qu'elle soit encore mouvementée, dit Harry, l'air à la fois amusé et résigné. Et toi, ça se passe bien, avec ton binôme ? Tu es avec qui, déjà ?
- Simon Harper, il est à Serpentard.
- C'est bien ce que j'avais cru voir. Ça n'a pas été trop dur de vous organiser pour vos séances de travail ? Vu que vous êtes tous deux dans l'équipe de Quidditch de vos maisons respectives...
- Comment tu le sais ? s'étonna Ginny.
- Malfoy me l'a dit, répondit Harry sur le ton de l'évidence. Il m'a dit que leur nouvel attrapeur de réserve s'appelait Harper mais je ne voyais pas du tout qui c'était. Je ne savais pas que c'était ton binôme. Mais tu n'as pas répondu à ma question. Ça se passe bien avec lui ?
- Oui, très bien. Je suis moi-même étonnée de la facilité avec laquelle on s'entend.
- Disons que c'est rare, une Gryffondor et un Serpentard qui sympathisent facilement. Ça a de quoi surprendre. Tu penses que ça peut devenir un ami ? Je veux dire, en-dehors de vos séances de travail.
- Sûrement. Je pense qu'on s'entendrait tout aussi bien même sans travailler ensemble. Mais bon, si on se voyait trop souvent, ça risquerait de poser des problèmes dans son couple.
- Sauf si sa petite-amie n'est pas jalouse.
- Tout le monde n'est pas comme Adrian et toi, Harry, répliqua Ginny, moqueuse.
- Tu serais jalouse, toi ?
Ginny haussa les épaules.
- Je ne sais pas. Je n'ai jamais été jalouse avec Michaël. Mais je n'étais peut-être pas assez amoureuse pour ça. Je ne veux pas dire par-là que je n'aimais pas Michaël, c'est juste que...
- T'inquiète, je vois ce que tu veux dire, la rassura Harry. J'étais pareil avec Olivier. On se trompe souvent de sentiments lors de notre première relation amoureuse.
- Tu penses que ça va durer, avec Adrian ? demanda Ginny, curieuse.
- J'aimerais bien, mais je ne veux pas me projeter pour le moment. Je préfère prendre mon temps.
- Tu as bien raison.
Harry et Ginny continuèrent à discuter jusqu'à ce que Harry décide d'aller dîner. N'ayant pas encore faim, Ginny opta pour une balade dans les couloirs du château. Ils étaient déserts, c'était exactement ce qu'il lui fallait. Du moins, il n'y avait personne jusqu'au quatrième étage. Elle y croisa Blaise qui venait en sens inverse. Elle fut à la fois agréablement surprise et incrédule. Il y avait deux cent soixante dix-huit autres élèves dans ce château, et il fallait qu'elle tombe sur le garçon qui la mettait dans tous ses états ! C'était quand-même fort de chaudron. Blaise, lui, sembla juste étonné.
- Bonjour, Ginny. Comment vas-tu ?
- Euh... bien, merci, et toi ?
Pourquoi avait-elle l'impression de devenir soudain idiote dès qu'elle se trouvait face à lui ?
- Ça va. Tu n'es pas encore en train de dîner ?
- Je préférais attendre que mon sauveur soit dans la Grande Salle, au cas où je m'étoufferais de nouveau, plaisanta Ginny. D'ailleurs, je n'ai pas eu le temps de te poser la question avant mais... comment as-tu su ce qu'il fallait faire ?
- Je souhaite devenir médicomage, alors je connais les gestes qui sauvent.
- Oh... Donc c'est par pur réflexe que tu es venu me sauver ? Tu as vu quelqu'un qui s'étouffait, alors tu lui es venu en aide ?
Blaise haussa un sourcil.
- Si ça avait été quelqu'un d'autre, tu aurais voulu que je reste sur ma chaise sans rien faire ?
Ginny se sentit rougir comme une tomate. Elle avait eu une réaction complètement stupide. À croire qu'elle voulait l'exclusivité !
- Non, bien sûr que non, dit-elle en se radoucissant. Excuse-moi, c'était bête de ma part de dire ça.
- Pas tant que ça.
Ginny regarda Blaise, surprise.
- Comment ça ?
- Est-ce que tu crois vraiment que je passe mes séances de travail à scruter chaque personne pour m'assurer qu'elles ne s'étouffent pas, que ce soit avec leur salive ou avec leurs bonbons ? Tu n'as fait aucun bruit, je ne me serais donc rendu compte de rien si je n'étais pas en train de te regarder à ce moment-là.
Il sembla à Ginny que la température du couloir avait brusquement pris dix degrés. Elle avait chaud. Très chaud.
- C'est une chance que tu n'étais pas en train de regarder ton binôme, alors.
Elle regretta sa phrase aussitôt après l'avoir prononcée. Non mais ce n'était pas possible, elle les accumulait ! Mais cela parut beaucoup amuser Blaise.
- Je rêve ou tu es jalouse ?
- Tu es bien placé pour dire ça ! s'exclama-t-elle, piquée au vif.
- Ça veut dire quoi, ça ? s'énerva Blaise.
- Simon m'a dit que tu le regardais très mal, lors des sélections. Et je me suis souvenue que tu avais été très sec avec moi lorsque tu m'avais rendu un parchemin que j'avais fait tomber en sortant de la salle des binômes. J'avais bien ri avec Simon, ce jour-là. C'est peut-être ça qui t'avait dérangé ?
Blaise et Ginny s'affrontèrent du regard pendant plusieurs secondes. Puis, d'un même mouvement, ils se jetèrent l'un sur l'autre. Leurs lèvres se rencontrèrent ou, plutôt, s'entrechoquèrent tant le geste fut brusque et rapide. Ginny ne songea même pas à protester lorsque Blaise la fit reculer pour les faire entrer dans une salle de classe. Elle ne se rebella pas non plus lorsque Blaise la plaqua doucement contre le mur. De toute façon, elle n'aurait rien pu dire, puisque les lèvres de Blaise étaient littéralement collées sur les siennes. Il quémanda cependant vite l'accès à sa bouche afin d'approfondir le baiser. Accès que Ginny lui donna volontiers. Elle manqua de gémir lorsque la langue de Blaise toucha la sienne et elle ne put se retenir quand il se pressa tout contre elle. Le baiser s'intensifia, les mains de Blaise fourrageaient dans les cheveux de Ginny tandis que ses mains à elle faisaient de même avec les cheveux de Blaise. Elle perdit toute notion du temps et de l'espace. Il n'y avaient que les lèvres, la langue et les mains de Blaise qui comptaient pour elle. Le reste n'avait pas d'importance. Elle voulait juste qu'il l'embrasse encore et encore et qu'il la décoiffe autant que possible. Elle n'avait jamais été embrassée comme ça et elle en redemandait. Mais au bout d'un moment, ils durent se séparer afin de reprendre leur souffle. Ils restèrent cependant proches l'un de l'autre, jusqu'à ce que Blaise s'éloigne d'elle. Il y eut un long moment de silence.
- On ferait mieux d'aller dîner, finit par dire Blaise. Mais... euh...
- Séparément ? devina Ginny.
Blaise acquiesça, l'air gêné. Comprenant la raison de son malaise, Ginny le rassura :
- Ne t'en fais pas, je souhaitais prendre mon temps également. Je n'ai pas envie que tout le monde nous regarde comme des bêtes curieuses.
- C'était surtout ça qui me faisait peur, reconnut Blaise. Tu... tu veux y aller en premier ?
- Non, je vais attendre un peu, dit Ginny en souriant.
- D'accord. Passe une bonne soirée.
Blaise déposa un léger baiser sur les lèvres de Ginny puis partit. Ginny s'appuya contre le mur et soupira en fermant les yeux. Elle n'avait aucune idée de ce dans quoi elle venait de s'engager. Elle ne savait pas non plus quels étaient les désirs de Blaise. Voulait-il sortir avec elle ? Ou voulait-il juste qu'ils se voient par intermittence pour s'embrasser comme ils venaient de le faire ? Elle savait qu'elle lui plaisait mais elle ignorait si c'était juste de l'attirance ou s'il avait des sentiments envers elle. Elle-même était perdue sur ce qu'elle ressentait pour lui. Tout s'embrouillait dans son esprit. Il fallait qu'elle y réfléchisse à tête reposée. En attendant, elle devait aller dîner. Blaise était désormais suffisamment loin pour qu'elle puisse se rendre à son tour dans la Grande Salle sans risquer d'éveiller les soupçons. Ce fut donc la tête remplie de questions qu'elle alla manger. Elle espérait qu'elle y verrait plus clair le lendemain car pour l'instant, dans son esprit, c'était le flou complet.
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(vendredi 22/09) POV Sirius
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- C'est vraiment épuisant, le métier de professeur...
Sirius se laissa choir sur une chaise en exhalant un soupir fatigué.
- Tu termines à dix-sept heures le vendredi, c'est normal que la fin de semaine soit difficile pour toi. Mais ne t'inquiète pas, on s'y fait. Il suffit juste de prendre le rythme.
- Si tu le dis... Ce sont les devoirs de quelle année ? demanda Sirius en voyant la pile de parchemins posée devant Remus.
- Les troisième. Je viens de finir de noter les devoirs des cinquième année et ensuite j'ai encore ceux des septième année à corriger.
- Pourquoi tu fais ça maintenant ? Tu as deux jours devant toi !
- Je te rappelle qu'on a encore le stage de potions et que j'ai une ronde demain avec Brian.
Sirius grimaça. Il ne savait pas ce qui l'ennuyait le plus : le stage ou l'évocation du prénom de son collègue.
- Vu comme ça... Du coup, si tu as corrigé les devoirs des cinquième année, c'est que tu as noté celui de Harry ?
Remus leva la tête et regarda Sirius, l'air amusé.
- Tu veux savoir la note qu'il a eue ?
- Si tu as le droit de me la donner, je veux bien, oui.
- Je peux faire une exception avec toi mais à condition que tu ne saoules pas Harry avec ses notes.
- Pourquoi ? s'affola aussitôt Sirius. Tu lui as mis quoi ? Un Piètre ? Un Désolant ? Attends, tu ne lui as quand-même pas mis un Troll ?!
- Mais non, dit Remus en levant les yeux au ciel. Il a eu un Optimal, si ça peut te rassurer.
- Ah, tant mieux. Je suis fier de lui. J'imagine qu'il l'a fait tout seul, ce devoir ?
- Eh bien non, il y avait à la fois son écriture et celle de son binôme. Après, je ne sais pas s'ils ont autant travaillé l'un que l'autre mais au moins, ils ont rendu ce devoir en commun. Mais je crois qu'il a été rédigé au dernier moment, genre la veille du jour où ils me l'ont rendu. C'était écrit un peu à la hâte.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? s'interrogea Sirius.
- Eh bien, je ne veux pas m'avancer mais je pense que les choses se sont arrangées entre eux juste à ce moment-là. Car depuis le début de la semaine, ils semblent en de bien meilleurs termes. Ils se parlent en cours et il n'a plus l'air d'y avoir de l'animosité entre eux. Bon, je les vois parfois se lancer des regards noirs mais ça, je crois que c'est une de leurs façons de communiquer. Là je crois qu'ils se cherchent gentiment, rien de plus. En tout cas je trouve que Harry a l'air d'aller mieux. Il est plus joyeux et je le vois sourire de plus en plus souvent.
- Tu penses que c'est uniquement lié au fait que ça aille mieux avec son binôme ?
- Ça doit jouer beaucoup mais je doute que ce soit la seule raison. Je suis presque sûr qu'il y a autre chose.
- Un petit-ami ? pensa aussitôt Sirius.
- Je me doutais que tu allais dire ça, s'amusa Remus. Mais oui, je crois bien qu'il a un petit-ami en ce moment. Il a l'air aussi pensif qu'heureux en cours mais rassure-toi, ça n'empiète pas sur son travail pour le moment. Si c'est le cas, je le convoquerai pour le remettre sur les rails. Tu n'as rien remarqué, toi ?
- Maintenant que tu le dis, je le trouve un peu ailleurs, parfois. Mais il se reprend vite alors je n'ai pas le temps de lui faire la moindre remarque. Et c'est vrai qu'il a l'air heureux. Ça fait vraiment plaisir à voir. Mais s'il a un petit-ami, je veux savoir qui c'est !
- Ne l'embête pas avec ça, prévint Remus. S'il n'a pas envie d'en parler, ne le force pas. Il a le droit d'avoir son petit jardin secret.
- Oui, bien sûr... De toute façon je ne pense pas qu'il ait envie de se cacher bien longtemps. J'espère juste qu'il m'en parlera avant de s'afficher avec son petit-ami. Histoire que je ne tombe pas des nues.
Une pensée – ou plutôt une interrogation – traversa soudain l'esprit de Sirius.
- Dis, je peux te poser une question ? demanda-t-il à Remus, un peu anxieux.
- Oui, bien sûr.
- Je sais qu'on avait dit qu'on ne reviendrait pas dessus mais ce n'est pas vraiment de ça dont je veux te parler. C'est juste une question qui en a découlé.
- Je t'écoute.
- Tu n'es pas obligé de me répondre, assura Sirius. Je voulais juste savoir... de quel bord es-tu ?
Remus haussa les sourcils, ne s'étant visiblement pas attendu à cette question. Pendant un instant, Sirius eut peur de se faire envoyer sur les roses mais ce fut sans hésitation que Remus répondit :
- Je préfère les hommes.
- Oh... Ça fait longtemps que tu le sais ?
Cette fois, Remus sembla un peu gêné.
- Je le sais depuis notre septième année à Poudlard. Mais j'avais déjà des doutes avant.
Sirius écarquilla tellement les yeux qu'ils faillirent sortir de leurs orbites.
- Tu es sérieux ?! Mais... Pourquoi ne nous l'as-tu pas dit avant ?
- Parce qu'on n'en a jamais vraiment parlé. James n'avait d'yeux que pour Lily, toi tu étais connu pour passer de fille en fille, Peter galérait avec ses copines et moi j'étais un loup-garou, alors vous avez dû vous dire que je ne voulais pas risquer de me mettre en couple et ça m'allait très bien comme ça. Vous ne m'avez jamais interrogé à ce sujet, je n'avais donc pas besoin de vous dire la vérité. Tout allait pour le mieux.
Sirius resta sonné pendant plusieurs secondes. Remus avait raison : ni James ni lui ne l'avaient questionné sur ses relations amoureuses, persuadés que Remus n'en avait pas.
- Mais alors... ça veut dire que tu as eu des petits-amis à Poudlard ?
- Je suis sorti avec deux garçons. Mais j'ai quand-même eu trois copines avant. J'ai juste mis un peu de temps à comprendre que je n'étais pas attiré par les filles. Heureusement, à chaque fois, j'ai réussi à rompre sans causer des cris ou des pleurs. Ça s'est toujours fait à l'amiable, en fait. On n'avait pas eu le temps de trop s'attacher.
- Et c'est au bout de la troisième copine que tu as décidé d'essayer avec les garçons ?
- Oui, mais je n'ai pas cherché pour autant à sortir avec un garçon le plus vite possible pour être fixé sur mon orientation. J'ai laissé les choses venir d'elles-mêmes. Au début de la septième année, je me suis retrouvé attiré par un garçon, je lui avais tapé dans l'oeil aussi, il m'a abordé et on a rapidement commencé à sortir ensemble. On s'est séparés au bout de trois mois et deux mois plus tard, je suis sorti avec un autre garçon et ce, jusqu'aux ASPIC. On a décidé de se quitter à ce moment-là mais uniquement parce qu'on savait que ce serait trop compliqué de continuer cette relation une fois avoir quitté Poudlard.
- Vous vous aimiez ?
- Je crois bien, oui. J'ai mis du temps à l'oublier, en tout cas. M'engager dans l'Ordre m'a beaucoup aidé à passer à autre chose. Je devais seulement penser à mes missions et c'était exactement ce qu'il me fallait.
- Je vois. Tu as bien caché ton jeu, en fait. Tout le monde pensait que tu n'étais sorti avec personne du temps de Poudlard.
- Je n'avais pas trop envie d'exposer ma vie sentimentale. Je ne voulais pas qu'on parle de moi parce que je sortais avec telle ou telle personne. En plus, les deux garçons avec qui je suis sorti ne voulaient pas assumer leur homosexualité.
- Ah oui, ça complique les choses. Mais ça ne t'a pas fait peur de sortir avec ces filles et ces garçons ? Je veux dire... avec ta lycanthropie ?
- J'ai toujours fait très attention. Je n'ai rien laissé paraître. Mais c'est bien pour ça que je n'ai jamais eu de longues relations. Même après Poudlard. Je suis resté célibataire pendant de longs laps de temps. Ça ne me dérangeait pas puisque j'étais aussi bien tout seul qu'en couple. Et puis je n'ai pas vraiment besoin de me caser étant donné qu'il est hors de question que j'aie des enfants. Déjà, vu mon orientation, ce serait clairement compliqué.
- Tu sais bien qu'il existe des potions pour ça, répliqua Sirius.
- Oui mais je suis un loup-garou, Sirius. Je doute fort qu'une grossesse soit envisageable pour moi. Il faudrait que je convainque mon compagnon de porter l'enfant. Et je ne suis pas sûr que tous les hommes gay soient prêts à ça.
- Donc tu as tiré un trait sur ton désir de paternité ?
- C'est préférable comme ça.
- Mais tu as toujours aimé les enfants, plaida Sirius. Tu étais gaga de Harry quand il était tout bébé...
- Je sais bien, mais je n'y peux rien, répliqua Remus. On ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie, Sirius. Mais ne t'inquiète pas, je me suis fait une raison. Et puis j'ai plein d'adolescents dont je dois m'occuper, à Poudlard ! Je suis même responsable de soixante-dix d'entre eux.
- Ça, c'est sûr, tu as de quoi faire !
- Et toi, alors ? Tu n'as pas envie de te trouver une femme et d'avoir des enfants avec elle ?
- Pour l'instant, non. Je ne serais pas contre une relation amoureuse mais les enfants, ce ne sera pas pour tout de suite. J'ai déjà Harry et ce sera toujours lui ma priorité. Je n'ai pas fait des pieds et des mains pour avoir sa garde pour faire un enfant au bout de quelques mois et m'ajouter encore plus de responsabilités par la même occasion ! Je veux me consacrer entièrement à Harry. Je patauge déjà avec lui alors je n'imagine même pas si je devais partager mon temps entre un bébé et lui... Non, c'est inconcevable pour le moment. Ce serait même irresponsable.
- Tu as bien réfléchi sur la question, on dirait, commenta Remus, l'air étonné.
- Oui, parce que je me la suis posée plusieurs fois. Je sais que Harry ne veut pas que je sacrifie ma vie sentimentale pour lui mais je ne peux pas faire autrement. J'ai besoin d'avoir un maximum de temps avec lui pour être un bon parrain.
- Je comprends. C'est très raisonnable de ta part. Et je pense que tu as fait le bon choix. Harry a besoin que son parrain soit disponible pour lui. Tu l'es et ça doit continuer ainsi. Ta façon de penser prouve que tu es apte à avoir sa garde, en tout cas.
Ces simples mots firent un plaisir fou à Sirius. Il était aussi extrêmement touché. Il était encore à l'épreuve pendant neuf mois avant d'avoir la garde définitive – ou non – de Harry. Alors entendre dire qu'il était un parrain responsable et raisonnable, c'était hyper rassurant.
- Merci, Remus. Mais tout ça, c'est en grande partie grâce à toi. Tu m'as beaucoup aidé avec tes conseils. Tu as également su rattraper plusieurs de mes bourdes. J'aurais été littéralement perdu sans toi. Enfin, on aurait été perdus sans toi. Car tu as conseillé Harry aussi. Tu as été notre guide. Notre guide spirituel.
Remus éclata de rire.
- N'en fais pas trop ! Quoi qu'il en soit, je suis ravi d'avoir pu vous aider. Mais vous n'avez plus besoin de moi, maintenant. Vous avez la situation en main.
- J'ai encore des choses à apprendre. Je n'ai pas encore fait face à toutes les situations avec Harry. Tu seras toujours là pour m'aider, hein ?
- Oui, c'est promis, dit Remus en souriant. Bon, je vais terminer de corriger les devoirs de mes élèves, si tu veux bien.
- Et moi, je vais m'y mettre. Tu as raison, on sera très occupés ce week-end car dimanche j'ai une ronde avec Pomona. Je vais commencer par les devoirs des cinquième et septième année, comme ça ce sera fait.
Sirius prit sa mallette et sortit les devoirs des cinquième année. Discrètement, il fit le tour des parchemins, cherchant celui de Harry et Malfoy. Remus le vit pourtant faire et s'exaspéra :
- Tu ne peux pas les corriger dans l'ordre, sérieux ?!
- Mais je ne vais pas arrêter de penser au devoir de Harry tant que je ne l'aurai pas corrigé ! Ça va me déconcentrer et ma notation risque d'en pâtir. Tu ne voudrais quand-même pas que je note mal mes élèves ?
- Je ne vais même pas répondre à cette question.
Prenant ça comme un «Non, tu as tout à fait raison, Sirius» celui-ci continua à chercher le devoir de Harry. Il le trouva presque à la fin du paquet et se mit à le lire. Il fut aussitôt interloqué par la différence d'écriture entre Harry et Malfoy.
- Euh... Remus, est-ce que tu saurais reconnaître l'écriture de Harry ?
- Oui, bien sûr. Pourquoi ?
- Parce que j'ai un doute. Tu peux me dire qui a écrit la première partie de ce devoir ?
Remus prit le devoir des mains de Sirius.
- C'est Harry. Tu connais pourtant son écriture, non ?
- Oui mais...
Sirius se tut, ne voulant pas exprimer sa pensée à haute voix.
- Mais ? le pressa pourtant Remus.
Sirius soupira.
- Il écrit vachement mal, en fait.
- Je te l'ai dit qu'ils avaient fait leur devoir à la va-vite.
- Donc il n'écrit pas tout le temps comme ça ?
- Non, d'après mes souvenirs ses devoirs sont plus agréables à lire que ça.
- Tant mieux. Mais il y a autre chose qui me chiffonne.
- Quoi ?
Sirius grimaça.
- Ça me coûte de l'admettre mais... l'écriture de Malfoy est plus jolie que celle de Harry.
Remus se cacha derrière son tas de copies. Sirius se demanda pourquoi jusqu'à ce qu'il l'entende rire.
- Non mais j'y crois pas, tu te moques de moi ! s'offusqua-t-il.
Le visage hilare de Remus réapparut aux yeux de Sirius.
- Excuse-moi mais ta réaction est juste trop drôle ! On croirait que c'est un sacrilège pour toi de l'avouer. Bon, arrête de juger l'écriture de ce binôme et concentre-toi sur le contenu du devoir.
Sirius acquiesça et se remit à sa lecture. Il n'eut pas besoin de s'y attarder bien longtemps. Le devoir était clairement excellent. Il avait peut-être été rédigé en toute hâte, mais le contenu y était. Il nota un «O» en haut à droite et apposa un commentaire : «Excellent travail. Le devoir est clair, cohérent et très bien organisé. Vous avez su dégager les bonnes thématiques et donner les bonnes informations. En revanche, vous seriez priés de prendre le temps de rédiger votre devoir. Surtout la personne qui a écrit la première partie.»
- Tu as mis quoi comme commentaire, toi ? demanda Sirius à Remus.
- Tu veux dire, au devoir de Harry et de son binôme ?
- Ben oui, qui d'autre ?
- J'ai mis que c'était un excellent devoir, j'ai relevé les principaux points forts et j'ai fait une ou deux mises en garde mais qui n'enlevaient rien à la note.
- Oh... On a sûrement une façon différente de commenter les devoirs.
- Ça, c'est sûr. Il n'y a pas un professeur qui commente de la même manière qu'un autre. Il y en a qui ne commentent pas du tout, comme ça, ça va plus vite. Il y en a qui font de longs pavés plus ou moins digestes. Il y en a d'autres encore qui écrivent quelques mots entre deux lignes du devoir. Il y en a vraiment pour tous les goûts.
- C'est ce que je vois. Il faudrait que j'en discute avec les collègues. Si je peux grapiller quelques conseils... Mais pour l'instant je corrige mes devoirs. Même si j'ai lu celui de Harry et de Malfoy plutôt vite, je ne pensais pas que ça prendrait autant de temps. J'aurais dû m'y mettre hier... Je vais en avoir pour la soirée, c'est sûr.
- Je serai là pour te faire du café, promit Remus. Et plein de petits gâteaux.
- Au chocolat ?
- Evidemment, s'amusa Remus. Je suis fan de chocolat, tu le sais bien. Mais ne te plonge pas trop dans le travail, on doit aller dîner d'ici une heure dans la Grande Salle.
- Oui oui, t'inquiète.
- C'était juste pour te prévenir.
Sirius ne voyait pas l'intérêt de cette mise en garde mais il comprit une heure plus tard pourquoi Remus lui avait dit ça. Car lorsque son ami lui annonça qu'il était temps d'y aller, Sirius était tellement plongé dans les devoirs qu'il ne voulait pas s'arrêter. Remus dut lui confisquer sa plume et son encre pour que Sirius consente à le suivre. C'était dans ces moments-là que Sirius se disait que Remus ferait un excellent père. Car question autorité, il était au top. Sirius était bien placé pour le savoir !
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(samedi 23/09) POV Harry
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Harry ne voyait toujours pas le temps passer. Il n'avait pas une seule seconde à lui et, pourtant, il avait une sacrée bonne organisation. Mais entre les cours, les devoirs personnels, les séances de travail avec Malfoy, les entraînements de Quidditch et ses rendez-vous avec Adrian, ses journées semblaient passer à la vitesse de l'éclair. Mais pour rien au monde il ne changerait quoi que ce soit à cet emploi du temps surbooké. Cela contrastait fortement avec son désir de tranquillité mais il se sentait bien lorsqu'il n'avait pas une seconde pour se reposer. Il n'avait le temps de penser à rien et c'était parfait. Le soir, il s'endormait comme une masse et il n'était pas sûr que ce soit uniquement grâce aux potions de sommeil sans rêves qu'il continuait à prendre. D'ailleurs, il avait presque épuisé tout son stock. Il allait devoir en refaire. Et il savait où il allait préparer sa mixture. Avant de connaître la Salle sur Demande, il avait prévu de refaire son stock dans son dortoir à des moments où il était sûr de ne pas être dérangé. La potion étant relativement rapide à préparer, il ne lui fallait pas longtemps pour en faire tout un chaudron. Mais la Salle sur Demande était mille fois mieux adaptée. Il était certain d'être tranquille, là-bas. Il avait donc prévu de s'y mettre en milieu d'après-midi. Il devait d'abord aller voir Théo qui voulait lui parler. Il lui avait fait passer le message la veille en cours de sortilèges, ce qui avait exaspéré Malfoy qui avait réceptionné le mot et qui avait dû le passer à Harry. Théo lui avait donné rendez-vous le lendemain à quatorze heures à l'endroit où il nourrissait les Sombrals. Harry avait aussitôt accepté et s'était fait un malin plaisir de demander à Malfoy de donner sa réponse à Théo. Malfoy l'avait fait mais non sans lui avoir lancé un regard plus que noir. Harry lui avait répondu par un grand sourire.
Il était actuellement en train de faire son devoir de divination en compagnie de Hermione qui, elle, faisait son devoir de runes. Ils n'étaient que tous les deux, Ron étant en train de travailler avec Susan.
- Ça te dérange si je te laisse toute seule ? demanda Harry au bout d'un moment. J'ai rendez-vous à quatorze heures avec Théo. Il veut me parler.
- Non, ça ne me dérange pas du tout. Vous comptez vous rejoindre où ?
- Près de l'orée de la Forêt Interdite.
Hermione haussa les sourcils avant de paraître soudain gênée.
- Harry... Est-ce que tu lui as dit que tu étais en couple ?
- Non, pourquoi ?
- Ce n'est pas son genre de faire du rentre-dedans mais... il pourrait se faire des idées.
Harry écarquilla les yeux.
- Attends, qu'est-ce que tu es en train de me dire, là ?!
- Je pense qu'il sait que tu es gay. Tu dois être l'une des seules personnes à qui il demande de le rejoindre à cet endroit-là.
- Excuse-moi mais je ne vois absolument pas le rapport.
- Vous allez bien vous rejoindre là où on peut voir les licornes ?
Harry regarda Hermione, perplexe.
- Non, pas du tout. Je ne savais même pas qu'on pouvait aller les voir. On sera bien avec des créatures, mais pas avec des licornes. On sera avec des Sombrals.
Hermione se mit brusquement à rougir.
- Oh la boulette... Pardon, c'est juste que... Non, rien, oublie ce que je viens de dire.
- Non, tu m'en as soit trop dit, soit pas assez. Pourquoi pensais-tu que Théo voulait m'emmener voir les licornes ? Et, d'abord, comment on ferait pour les approcher ? L'année dernière, Hagrid nous a bien dit que les licornes n'appréciaient pas le contact des hommes.
- Les garçons qui ne sont pas intéressés par les filles peuvent les toucher. Enfin, pas tous. C'est plus compliqué que ça. Mais Théo pourra mieux t'expliquer que moi. Il a une théorie là-dessus, je ne sais pas si elle est vraie, il ne le sait pas non plus mais en tout cas elle est très plausible.
- Oh... Intéressant. Mais si les garçons gay peuvent s'approcher des licornes et que Théo a l'habitude d'aller les voir, ça veut dire que...
- Qu'il est comme toi, oui, compléta Hermione. Je suis en train de le balancer, c'est horrible.
- Je garderai ça pour moi, promis. Enfin... si je veux lui poser des questions sur les licornes, il va bien se douter que je suis au courant...
- Tu peux lui dire que c'est moi qui ai vendu la mèche, assura Hermione en souriant. Si tu lui expliques que ça vient d'un quiproquo, il comprendra. Et il ne m'en voudra pas. Il sait que je ne suis pas du genre à balancer les gens comme ça. C'est juste que là il y a eu un gros quiproquo et ça m'a poussée à te dire ce que je sais sur Théo.
- Je suis sûr qu'il ne t'en tiendra pas rigueur. Je vais bientôt y aller, d'ailleurs.
- Attends, je voudrais juste te parler de quelque chose qui n'a rien à voir.
- Je t'écoute, dit Harry, interloqué.
- C'est à propos de ta retenue d'hier.
Harry soupira en levant les yeux au ciel.
- Je n'ai pas envie d'en parler, Hermione.
- Mais ça fait deux fois, Harry !
«Merci, je sais, je suis bien placé pour le savoir» pensa Harry en son for intérieur. La veille, il avait de nouveau écopé d'une retenue avec Snape. Ils avaient appris une autre potion, la deuxième de l'année, et Harry l'avait aussi bien réussie que la première. Ce qui n'avait pas du tout plu à Snape. Comme celui-ci avait vu Harry demander à Hermione de lui prêter un ingrédient, il en avait conclu qu'il avait triché. Il avait donc une nouvelle fois collé Harry le soir-même. Ron et Hermione avaient tenté d'intervenir mais Harry les en avait empêchés. Il avait accepté sans mot dire la retenue et était sorti des cachots en serrant les poings. Il avait dû se maîtriser pour ne pas hurler de rage. Comme depuis la rentrée, il s'écrasait et ne disait rien. Il ne voulait pas avoir encore plus d'ennuis et il savait qu'il en aurait davantage s'il répondait à Snape.
Même si cela l'agaçait que Hermione remette le sujet sur le tapis, il ne pouvait pas lui en vouloir car il savait qu'elle voulait simplement l'aider. Elle n'avait juste pas encore compris qu'elle ne pouvait rien faire. Que personne ne pouvait rien faire. Que c'était juste une histoire entre Snape et lui. Ou, plutôt, entre James Potter et Snape. Comment régler un problème entre deux personnes si l'une de ces personnes n'était plus de ce monde ? C'était inextricable comme situation. Il fallait juste l'accepter.
- Je ne peux rien y faire, Hermione, répondit-il calmement. Snape m'a dans le collimateur et ce sera sûrement le cas jusqu'à ce que je quitte Poudlard. C'est comme ça, il faut s'y faire.
- Mais c'est de l'acharnement, Harry. Voire même du harcèlement. Tu ne peux pas laisser passer ça !
- Il se lassera avant moi. À un moment il en aura assez de m'avoir le vendredi soir en retenue.
Hermione ne semblait pas du tout d'accord avec cette façon de penser mais elle n'insista pas.
- Comme tu veux. Tu peux y aller, je ne vais pas t'embêter plus longtemps avec ça.
Harry sentit son coeur se serrer en voyant l'air peiné de sa meilleure amie.
- Je gère la situation, Hermione.
- Non, justement, je ne le crois pas. Mais je garde un oeil sur toi, Harry. Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement.
- Je sais, je me suis fait une raison, se moqua Harry.
Hermione hocha la tête, dépitée, et lui fit signe de partir. Harry prit son sac, quitta la salle commue et se rendit aux cuisines. Cette fois, il allait prendre de la viande pour la donner aux Sombrals. Il était déjà allé aux cuisines l'année passée et il avait été étonné de voir autant d'elfes au travail. Bien sûr, il savait que c'était eux qui préparaient les repas mais il n'avait pas imaginé qu'ils étaient aussi nombreux. Lorsque les elfes le virent, ils se précipitèrent vers lui. Il leur demanda de lui fournir plusieurs morceaux de viande, ce qu'ils s'empressèrent de faire. Harry les remercia chaleureusement et repartit avec un bon sachet de viande. Il sortit du château et prit la direction de l'orée de la Forêt Interdite. Il y trouva Théo qui était déjà là. Il dut l'entendre arriver car il se retourna. Taquin, Harry lui dit :
- Je suis déçu. Tu n'as même pas sorti ta baguette.
- Désolé, tu ne me fais plus peur, répliqua Théo sur le même ton. Non, c'est juste que je t'attendais, cette fois. Je savais que tu allais venir. Surtout qu'il y a peu de personnes qui viennent par ici.
- Sans doute parce qu'ils n'osent pas s'approcher de la Forêt. J'ai ramené de la viande. Tu ne les as pas trop nourris, j'espère ?
- Non, il doit leur rester de la place. Tu es allé chercher la viande aux cuisines ?
- Oui, et les elfes ont été très généreux. Je n'ai même pas eu besoin de leur dire que c'était pour les Sombrals.
- Ils ne demandent jamais d'explications. Ils sont géniaux. J'aimerais bien leur donner quelque chose pour les remercier mais ils refusent à chaque fois.
- Il y en a un qui adore les chaussettes et les chapeaux, si ça t'intéresse. Tu le connais peut-être si tu es déjà allé au Manoir Malfoy.
- Ah, tu veux parler de Dobby ? Oui, je le vois souvent lorsque je vais aux cuisines. Je l'aime bien, il est cool. Et il est drôle. C'est donc toi qui lui a offert tous les chapeaux qu'il se met sur la tête ?
- C'est plus compliqué que ça, dit Harry en riant. Hermione t'a sûrement déjà parlé de la SALE ?
Théo prit soudain un air horrifié.
- Pitié, ne me parle pas de ça ! Impossible de la raisonner sur ce sujet ! Je l'adore mais quand elle a une idée dans la tête, elle ne l'a pas ailleurs...
- Si même toi tu n'as pas réussi à la raisonner, alors il n'y a plus d'espoirs, soupira Harry. Même si, depuis le début de l'année, elle ne nous en a pas reparlé. Pour en revenir à Dobby, c'est pour libérer tous les elfes de Poudlard qu'elle a tricotés tous ces chapeaux. Elle les laissait dans la salle commune de Gryffondor, sachant que les elfes viennent faire du rangement tous les soirs. Lorsqu'elle voyait le lendemain matin qu'il n'y avait plus de chapeaux, elle croyait que tous les elfes les avaient pris et elle était heureuse à l'idée de les avoir libérés. Mais Ron et moi avons fini par apprendre qu'en réalité, c'était Dobby qui les récupéraient tous. Il nous a dit que les elfes étaient tellement choqués de voir tous ces chapeaux sur les tables qu'ils ne voulaient plus faire le ménage dans la salle commune. Évidemment, Ron et moi n'avons jamais rien dit à Hermione. On ne voulait pas la décevoir.
- C'est gentil de votre part, dit Théo en souriant. Mais dis donc, ça ne te fait rien de balancer les lubies de ta meilleure amie ?
- Eh bien... d'une certaine façon, je te venge, avoua Harry.
Théo haussa les sourcils.
- Comment ça ?
- Elle n'en a pas fait exprès mais... elle m'a appris quelque chose sur toi. C'est parti d'un quiproquo, en fait. Je lui ai dit que j'avais rendez-vous avec toi à la lisière de la Forêt Interdite et elle a cru que je devais te rejoindre près de l'endroit où se trouvent les licornes. À partir de ce moment-là, elle n'avait pas d'autre choix que de me dire la vérité. Surtout que je ne comprenais pas comment on aurait pu approcher les licornes, toi et moi...
Théo sembla comprendre où Harry voulait en venir puisqu'il se plaqua une main sur le front.
- Ok, j'ai compris. Elle t'a dit que j'étais gay, c'est ça ?
Harry regarda Théo, surpris. Il ne s'attendait pas à ce que Théo aborde frontalement le sujet. Il n'avait pas l'air gêné. Comme si ce n'était pas un tabou, pour lui. Harry décida alors d'être franc :
- Oui. Mais elle n'en a vraiment pas fait exprès.
Théo sourit.
- Je sais. Je ne lui en veux pas. Ce n'est pas comme si elle l'avait dit à toute l'école...
- Je ne le répéterai pas, promit Harry.
- Je sais bien. Mais il y a quelque chose que je ne comprends pas. Pourquoi a-t-elle cru que je voulais te voir près de la clairière des licornes ? Je sais très bien que les licornes n'apprécient pas la compagnie de la plupart des garçons, à part si...
Théo s'interrompit brusquement dans sa phrase. Il parut soudain gêné. Devinant qu'il avait compris et ne voulant pas que le malaise s'installe entre eux, Harry s'empressa de le rassurer :
- C'est bon, je n'ai pas de problèmes avec ça, je l'assume aussi.
Théo sembla soulagé.
- C'est encore un secret pour tout le monde, pourtant. À moins que j'aie loupé l'information, plaisanta-t-il.
- Non, c'est bel et bien encore un secret, affirma Harry. Jusqu'à cette année, je ne voulais pas que ça se sache. J'étais déjà assez le centre de l'attention comme ça pour que je donne aux élèves une raison de plus pour parler de moi...
- Ça, c'est sûr. Mais c'est quand-même fou que tu ne puisses pas assumer publiquement ton orientation simplement parce que tu ne veux pas qu'on parle encore plus de toi... Il y a un sérieux problème de liberté dans cette école.
- Je suis bien d'accord. Tu aimerais l'assumer publiquement, toi ?
- Oui, mais il faudrait que je sorte avec quelqu'un pour ça. Et comme je n'en ai aucune envie pour le moment... Ça attendra.
Harry ne put s'empêcher de sourire en repensant à la méprise de Hermione.
- Tu devrais dire ça à Hermione. L'espace d'une seconde, elle a cru que tu avais des vues sur moi.
Théo écarquilla les yeux.
- Mais qu'est-ce qu'elle a mangé aujourd'hui, nom d'une chouette ?! Ce n'est pas du tout la Hermione que je connais !
- Je crois qu'elle se lâche un peu depuis que je lui ai dit que j'étais gay, s'amusa Harry. Il y a moins de tabous entre nous.
- Oui mais de là à dire que je veux emmener un garçon voir les licornes parce que j'ai des vues sur lui... Elle sait bien que je ne suis pas comme ça.
- Oui, c'est ce qu'elle m'a dit. C'est vraiment une histoire de malentendus. Si elle avait tout de suite compris qu'on irait voir les Sombrals ensemble et non pas les licornes, elle ne se serait pas fait toutes ces idées. Mais c'est normal qu'elle se soit méprise. Je ne lui ai pas dit que j'étais capable de voir les Sombrals.
- Tout s'explique, alors. Elle sait que je les vois mais on n'en parle jamais, du coup elle doit avoir tendance à l'oublier.
- Sûrement, oui. Elle ne doit pas être très à l'aise sur le sujet. Comme à peu près tout le monde. Elle était plus apte à parler des licornes, en fait. Même si elle n'a pas pu me dire grand-chose là-dessus. Elle m'a juste vaguement expliqué pourquoi certains garçons pouvaient s'approcher des licornes. Elle m'a dit que tu saurais mieux m'expliquer qu'elle parce que tu as une théorie là-dessus.
- C'est vrai, mais il n'y a rien de fondé. Je m'appuie sur ce qu'on sait de concret sur les licornes et j'en ai fait des déductions.
- Tu peux m'en faire profiter ? demanda Harry en implorant Théo du regard.
- Si tu veux, répondit Théo en souriant. Bon, comme tu le sais, les licornes ne se laissent normalement approcher que par les jeunes filles pures. Bon nombre de personnes ne pensent qu'à la pureté intime mais je pense qu'il y a aussi la pureté de l'âme et de l'esprit qui sont prises en compte. Une fille dite «pure» mais qui a de mauvaises intentions ne pourra pas approcher une licorne. Mais je pense que les licornes peuvent également se laisser approcher par des garçons comme toi et moi. Parce que les licornes chérissent la pureté des filles et ce n'est pas toi ou moi qui irons voler cette pureté. Évidemment, il faut que ces garçons aient eux aussi une âme et un esprit purs. Ce n'est qu'une théorie mais ça expliquerait pourquoi je peux approcher et caresser les licornes. Et je suis sûr que toi aussi tu peux le faire.
- Je ne crois pas, non, objecta Harry. Dois-je te rappeler que j'ai tué un homme ?
- Mais tu ne l'as pas fait dans de mauvaises intentions, répliqua Théo. Tu n'as jamais eu le désir, au fond de toi, de tuer Tu-Sais-Qui. Si tu avais pu, tu aurais évité d'en arriver là. Ton âme n'a pas été noircie pour autant. Tu as été obligé de le faire, Harry. C'était toi ou lui. Les licornes ne vont pas te reprocher le fait que tu aies préféré te sauver la mise.
Harry sourit en entendant ces mots. Théo n'avait pas tort.
- En fait je pense qu'il suffit juste d'être quelqu'un de bien pour pouvoir approcher une licorne.
- Je vois. Il faudra que tu m'y emmènes. Mais du coup, pourquoi voulais-tu me voir, à la base ?
- Ah oui, c'est vrai... Je voulais te remercier d'avoir parlé à Justin. C'est entre autres grâce à toi si les choses se sont améliorées entre lui et moi. À la base j'avais missionné Hermione mais... vous vous en êtes tous un peu mêlé, d'après ce que j'ai compris. C'est vraiment gentil de votre part et surtout de la tienne. Parce qu'on ne se connaît pas vraiment, toi et moi.
- Pour tout te dire, c'est Malfoy qui m'a demandé de parler à Justin.
- Il ne manque pas d'air, dit Théo en secouant la tête. Mais tu n'étais pas obligé d'accepter.
- Je sais mais je trouvais ça injuste que Justin te rejette alors que tu ne le méritais pas. Et puis je pense que je voulais me rattraper, en quelque sorte. Parce qu'au début, moi aussi je me suis méfié de toi. Tout ça parce que tu es un Serpentard. Mais depuis la rentrée, j'ai bien compris que vous n'étiez pas tous comme Malfoy. Autant que tu le saches, je sors avec Adrian Pucey.
Théo eut l'air surpris.
- Je ne m'attendais pas du tout à ça. Vous cachez bien votre jeu. Ça ne se voit pas du tout.
- Parce qu'on préfère être discrets pour le moment.
- Alors pourquoi me le dis-tu ?
- Parce que je sais que tu ne le répéteras pas. Et puis ça rassurera Hermione. Vu que tu sais que je suis en couple, tu ne risques plus de me faire du gringue, maintenant !
Théo éclata de rire.
- Mais je n'ai jamais voulu t'en faire ! C'est sorti tout droit du cerveau un peu fatigué de Hermione. Elle est beaucoup trop surmenée, la pauvre.
- Tu peux parler, se moqua Harry. Adrian m'a dit que tu avais intégré l'équipe. Tu es au moins autant occupé que Hermione. Tu as encore plus de cours qu'elle et tes trois entraînements par semaine valent bien ses devoirs de préfet. Tu sembles déjà épuisé, d'ailleurs.
Théo leva les yeux au ciel.
- Tu ne vas pas t'y mettre toi non plus... J'ai déjà Draco, Pansy, Blaise et le professeur Snape sur le dos...
- Ils font simplement leur devoir, rétorqua Harry. Devoir d'ami pour Malfoy et compagnie et devoir de directeur de maison pour Snape.
- Et toi ? demanda Théo en fixant Harry droit dans les yeux.
D'ordinaire, Harry était gêné lorsqu'on le fixait comme ça mais bizarrement, ce n'était pas le cas avec Théo. Harry parvint facilement à soutenir son regard.
- C'est à toi de voir, répondit-il sérieusement. Si tu me vois comme un ami, alors tu peux considérer que je fais également mon devoir d'ami.
Après quelques secondes de flottement, Théo finit par sourire.
- Ça me va. Tu viens d'entrer dans le cercle très fermé des amis de Théodore Nott.
- Je n'ai pas plus d'amis que toi, avoua Harry. En fait, mes seuls amis sont des Gryffondor. Je commence à regretter de ne pas m'être ouvert plus tôt aux autres maisons.
- C'est justement à ça que sert le travail en binôme. Et, visiblement, ça porte déjà ses fruits. En seulement trois semaines, tu t'es rapproché de trois Serpentard ! Fais quand-même attention, tu risques d'en devenir un à force d'en fréquenter !
Harry frappa gentiment Théo avec son sac de viande.
- On ne frappe pas ses amis, protesta Théo, feignant être outré.
- Tu n'avais qu'à pas te moquer de moi. Et pour ta gouverne, sache que le Choixpeau a voulu m'envoyer à Serpentard et qu'il m'a mis à Gryffondor uniquement parce que je l'ai supplié de ne pas me répartir dans votre maison.
- Oh, intéressant. C'est comme si tu étais un peu des nôtres, du coup. D'ailleurs, si Draco et toi ne voulez pas aller dans la salle des binômes pour une de vos séances de travail, vous pouvez très bien venir dans la salle commune de Serpentard. Tu seras le bienvenu. Draco est respecté par la grande majorité des Serpentard, alors s'il t'amène chez nous, personne ne dira quoi que ce soit. Et puis ce sera plus pratique pour toi de voir Adrian quand vous aurez officialisé votre couple.
Surpris par cette proposition, Harry mit quelques secondes à réagir.
- C'est une bonne idée. Il faudra que j'en parle à Malfoy.
- Tu ne veux pas arrêter de l'appeler Malfoy ?
- Il ne faut pas trop m'en demander. Et à lui non plus. On se respecte, c'est déjà ça.
- Tu as raison. Après je peux en parler à Draco. Ce sera plus naturel si c'est lui qui te propose d'aller travailler dans notre salle commune.
- D'accord, on fait comme ça.
Harry et Théo continuèrent à parler pendant près d'une heure. Harry apprit entre autres que Théo était persécuté par deux de ses compagnons de dortoir, ce qui le choqua beaucoup. Il proposa à Théo de le raccompagner jusqu'à sa salle commune, même si Crabbe et Goyle étaient occupés pour le moment. Théo accepta, arguant que cela permettrait peut-être à Harry de voir Adrian. Sur les coups de seize heures, les deux garçons rentrèrent donc ensemble au château. Comme convenu, Harry escorta Théo jusqu'à sa salle commune. Une fois arrivés, Théo s'adressa à Harry :
- Reste là, si je vois Adrian, je lui dirai que tu es là. S'il ne vient pas au bout de cinq minutes, c'est qu'il est autre part.
Harry acquiesça et remercia Théo. Celui-ci lui souhaita bonne chance avec Draco puis il entra dans sa salle commune. Deux minutes plus tard, Adrian en sortit.
- Alors comme ça on passe par d'autres Serpentard pour me signifier ta présence, maintenant ?
- C'est lui qui me l'a proposé, se justifia Harry. Tu n'es pas content ?
- Si, bien sûr. Mais je croyais que tu voulais garder notre relation secrète pour le moment.
- Oui mais Théo c'est différent. Je sais qu'il ne dira rien.
- C'est vrai, c'est quelqu'un de très discret. C'est donc avec lui que tu étais ?
Harry regarda Adrian avec crainte. Celui-ci sourit.
- Ne t'inquiète pas, je t'ai déjà dit que je n'étais pas jaloux. En plus ce n'est pas lui qui ira te draguer. C'est quelqu'un de très réservé. Tu veux qu'on aille dans notre salle habituelle ?
- Je veux bien, oui.
Harry et Adrian s'assurèrent que personne ne venait et prirent la direction de la Salle sur Demande. Une fois arrivés, Adrian attira à lui Harry qui se laissa faire et qui joignit ses lèvres à celles de son petit-ami. Le baiser se fit tendre et doux tandis que les mains d'Adrian voyageaient dans le dos de Harry. Elles glissèrent de plus en plus bas, jusqu'à arriver au bas des reins de Harry qui se crispa. Sachant où elles comptaient se poser, il arrêta de suite leur progression. Le remords se lut aussitôt dans les yeux d'Adrian.
- Pardon, je ne voulais pas t'effrayer...
- Ce n'est pas grave, le rassura Harry. C'est juste que... je n'ai pas l'habitude d'être touché ainsi. Enfin, je veux dire... à cet endroit.
Cette fois, ce fut la surprise qui se dessina sur les traits d'Adrian. Harry fronça les sourcils.
- Attends, tu croyais quoi, exactement ?
- Ne m'en veux pas, se défendit Adrian. Mais tu m'as dit que tu étais sorti avec ton capitaine qui était bien plus vieux que toi alors je pensais que... Non mais oublie, c'était idiot.
- Je n'ai strictement rien fait de ce genre avec mes ex, lâcha Harry. Je ne suis jamais allé aussi loin.
- Je te crois, affirma Adrian. Je suis vraiment désolé, j'ai cru n'importe quoi.
- J'avais treize ans quand je suis sorti avec le capitaine de mon équipe de Quidditch, tu penses vraiment que j'étais prêt pour ce genre de choses ? Après si c'est ton cas je ne te juge pas, mais pour moi c'était beaucoup trop tôt. Je n'y pensais même pas. Surtout qu'il était mon premier petit-ami et que je venais tout juste de réaliser que j'étais gay...
- Je comprends. Mais je me disais que Dubois aurait peut-être voulu aller plus loin.
- Même si ça avait été le cas j'aurais dit non. Après ça ne veut pas dire que je n'ai rien fait avec mes ex et que je ne veux rien faire avec toi. J'ai simplement besoin de temps.
- C'est normal. On prendra tout notre temps, c'est promis. On ne fera rien tant que tu ne seras pas prêt. Mais je ne comptais pas faire grand-chose, tu sais. Je ne t'aurais rien enlevé. Pas même ta robe de sorcier. Mais je comprends que tu aies pu être gêné.
Harry se sentit soudain un peu idiot. Il avait peut-être un peu surréagi. Ce n'est pas parce qu'Adrian voulait poser ses mains sur ses fesses qu'il souhaitait coucher avec lui ! Il fallait qu'il se calme. Et qu'il se détende. Ne voulant pas rester sur un blocage, il prit les mains d'Adrian et les plaça de lui-même en bas de son dos.
- Je te fais confiance, dit Harry en regardant Adrian droit dans les yeux. On peut reprendre là où on en était ? Mes lèvres sont en manque.
Adrian rit doucement avant de reprendre possession des lèvres de Harry qui répondit aussitôt au baiser. Il ne savait pas ce qui se passerait exactement avec Adrian dans la suite de leur relation mais ce dont il était sûr, c'était qu'il ne se lasserait jamais des baisers de son Serpentard adoré. Ils passèrent ainsi la fin de l'après-midi à s'embrasser et à discuter, profitant de ce moment imprévu passé ensemble. Harry se souvint qu'il avait sa potion à préparer mais il la ferait plus tard. Ses moments avec Adrian étaient rares alors il voulait en profiter au maximum.
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(dimanche 24/09) POV Hermione
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Hermione était épuisée. Elle avait hâte que le stage de potions se finisse. Cela allégerait déjà un peu ses week-end, même si ce n'était pas ce qui lui prenait le plus de temps. Elle adorait son rôle de préfète mais elle devait bien avouer qu'elle avait un peu de mal à tout gérer. Ce jour-là, elle avait enchaîné une séance de stage et une séance de travail avec Terry. Et sa journée n'était pas finie, loin de là. Elle avait encore un devoir d'arithmancie à faire et elle était de ronde le soir-même. Mais cela devrait aller assez vite puisqu'elle la ferait avec Ernie. Ne souhaitant pas travailler dans sa salle commune qui était trop bruyante, Hermione préféra se rendre à la bibliothèque. Elle y trouva Théo en compagnie de ses trois amis. Lorsqu'ils la virent arriver, le visage de ces trois derniers s'illuminèrent. Elle crut rêver. Dans quel univers avait-elle basculé pour que son arrivée à la bibliothèque fasse autant plaisir à Malfoy, Zabini et Parkinson ? Plongé dans son devoir, Théo fut le dernier à la voir. Il lui sourit et parut lui aussi soulagé. Intriguée – même si elle pensait savoir la cause de ce soulagement – elle s'avança vers la table occupée par les quatre Serpentard.
- Granger, tu tombes bien ! s'exclama Parkinson. Tu veux bien rester avec Théo ? Tu vas voir, il n'est pas compliqué à garder. Il sait s'occuper tout seul, il faut juste le laisser faire ses devoirs. Bon, par contre, il faut qu'il mange, alors même s'il ne veut pas aller dîner, il faut le forcer. S'il veut revenir à notre salle commune avant le dîner, tu as juste à l'accompagner. Tu nous rendrais vraiment un grand service si tu voulais bien garder cet énergumène. Parce que rester trois heures à la bibliothèque, pour Draco, Blaise et moi, c'est un vrai supplice. Mais il nous a fait un caprice pour qu'on vienne ici. Selon lui la salle commune était trop bruyante et il y avait trop de monde dans la salle des binômes. Jamais content !
Hermione ne put s'empêcher de sourire alors que Théo fusillait Parkinson du regard.
- Comptez sur moi, je vais bien m'occuper de cet enfant capricieux.
- Merci Granger, dit Malfoy en rassemblant ses affaires. Je ne sais pas si tu es au courant mais je remplace MacMillan ce soir.
- Il ne se sent pas mieux depuis la séance de stage ?
- Apparemment, non. Mais ne sois pas trop déçue. Je pense que je serai de meilleure compagnie, sans vouloir me vanter. Allez, on y va. On va profiter du soleil, nous. Théo, on te laisse avec ta nounou mais si tu veux nous rejoindre, n'hésite pas. On préfère que tu prennes le soleil avec nous plutôt que tu t'enfermes ici.
- Je vous ai dit que j'avais un devoir à faire. Je sais que je ne le terminerai pas aujourd'hui mais je veux m'avancer le plus possible.
Malfoy soupira.
- Bon, fais comme tu veux. Mais tu as intérêt de venir manger. Sinon je viens te chercher moi-même dans tout le château et je t'emmène à la Grande Salle par la peau des fesses s'il le faut. Travaille bien.
Malfoy tapota l'épaule de Théo avant de partir avec Zabini et Parkinson. Hermione s'installa face à Théo qui se replongea dans son devoir.
- Tes amis ont raison, tu sais, dit-elle doucement. Ça te ferait du bien de prendre le soleil. Ou juste te reposer un peu.
- Je vais bien, Hermione.
- Tu n'en as pas l'air. Tu es encore plus épuisé que moi. Mais bon, je ne vais pas insister. Je sais que ça ne changera rien, de toute façon. Tu es une vraie tête de mule.
- Ne m'en veux pas, c'est juste qu'il y a des choses que je ne peux pas encore te dire. Je reviens d'un entretien avec le professeur Snape et ça ne s'est pas très bien passé. Mais ça va s'arranger, il faut juste que je fasse des efforts.
Hermione fronça les sourcils.
- Sur ton travail scolaire ?
- Non, il est trop tôt pour que les directeurs de maison fassent des reproches à leurs élèves à ce sujet. C'est plus personnel. Mais je te promets que ça va aller mieux. Je suis un peu de mauvaise humeur et c'est pour ça que j'ai voulu venir ici. Sauf que Draco, Blaise et Pansy n'avaient aucune envie de travailler. Mais ils ont été obligés de m'accompagner parce que Crabbe et Goyle sont «en liberté». C'est pour ça que mes amis ont été contents de te voir arriver.
- Je comprends mieux, dit Hermione en souriant. J'avais besoin de calme, moi aussi. Tu fais quel devoir ?
- Celui d'arithmancie, soupira Théo. Il est long. Très long.
- Ça ne donne pas très envie de s'y mettre, grimaça Hermione. Mais il le faut alors allons-y.
Hermione prit son sac et sortit sa plume, son encre, son parchemin et son manuel. Alors qu'elle cherchait son cours d'arithmancie, elle vit Théo se pencher vers le sol avant de lui donner une lettre.
- Tiens, tu l'as fait tomber en sortant tes affaires.
- Oh... merci, dit Hermione en prenant la missive.
Elle repartit à la recherche de son cours d'arithmancie mais elle était troublée. Elle avait complètement oublié cette lettre. Elle avait la désagréable impression que l'avoir fait tomber était un acte manqué. Comme si elle avait vraiment souhaité perdre cette lettre. Car cela faisait deux semaines qu'elle l'avait reçue et elle n'y avait toujours pas répondu. Elle ne l'avait même pas lue en entier. Elle manquait cruellement de temps pour cela.
- Ça va, Hermione ?
Elle leva la tête et croisa le regard inquiet de Théo. Elle s'efforça de sourire.
- Oui, pourquoi ?
- Tu as l'air ailleurs. C'est cette lettre qui te met dans tous tes états ?
Hermione soupira. Elle prit sa baguette et lança une bulle de silence autour d'eux.
- C'est une lettre de Viktor. Je l'ai reçue il y a deux semaines et j'ai juste eu le temps de la lire en diagonale. Je sais à peine ce qu'il me dit dedans.
- Je ne pense pas qu'il s'attende à ce que tu lui répondes dans la foulée, l'apaisa Théo. Il sait que tu es très occupée.
- Oui mais ça m'aide encore moins à prendre une décision vis-à-vis de ma relation avec Viktor...
- Non, au contraire, ça t'aide mais tu ne veux pas le voir car ce n'est pas la décision que tu voudrais prendre, rectifia Théo. Tu sais très bien quel choix que tu dois faire. Le vrai dilemme, ce n'est pas «Est-ce que je dois continuer ou rompre ?» c'est «Est-ce que je dois écouter mes désirs ou ma raison ?».
Hermione accusa le coup. Théo avait raison, elle le savait.
- Franchement, Hermione, tu vois bien que tu n'arrives pas à gérer la situation...
- J'ai juste besoin de temps pour trouver une organisation, répliqua Hermione, butée.
- Mais dans trois semaines ou dans six mois ce sera pareil, insista Théo. Il faut que tu vois la vérité en face. Déjà, à la rentrée, tu me disais que tu n'étais pas sûre de pouvoir gérer une relation à distance. Là je crois que tu as la preuve par A plus B que non, tu ne vas pas pouvoir gérer. Alors pourquoi t'acharner ?
- Au hasard, parce que j'aime Viktor ? lâcha Hermione.
- Alors envoie-lui une lettre pour le lui dire.
- Je viens de te dire que je n'ai pas le temps, s'agaça Hermione.
Théo soupira.
- Ok, j'abandonne.
Il se replongea dans son devoir. Hermione se mordit la lèvre. Elle n'aimait pas voir Théo lui faire la tête. Enfin, il ne lui faisait pas vraiment la tête mais elle voyait bien qu'il était courroucé. Il voulait l'aider mais bornée comme elle était, elle refusait de comprendre ce qu'il essayait de lui dire. Elle disait qu'il était têtu comme une mule mais elle n'était pas mieux. En plus, elle n'était pas plus avancée qu'avant concernant sa relation avec Viktor. Elle décida donc de mettre sa fierté de côté et de demander l'avis de son ami.
- Théo... Dis-moi ce que je dois faire.
- Ça ne sert à rien que je te le dise, Hermione. Tu n'es pas prête à l'entendre.
- Si, je suis prête. Sinon je ne te poserais pas la question.
Théo leva la tête et regarda Hermione droit dans les yeux.
- Quitte-le. Prends vingt minutes pour lui écrire, présente-lui les choses et dis-lui que tu ne peux pas continuer comme ça. Il va être triste, ça va lui faire de la peine mais ce sera toujours mieux que le faire patienter une éternité entre chaque lettre. Je ne dis pas ça pour te faire culpabiliser, au contraire. En rompant avec lui, tu n'auras plus cette pression de devoir lui répondre alors que tu n'en as pas le temps. Tu seras libre dans tous les sens du terme. Tu seras non seulement libre parce que tu seras célibataire, mais tu seras aussi libre dans la gestion de ton temps. Je sais que tu aimes Viktor et que tu n'as aucune envie de le quitter, mais il y a malheureusement des relations qui ne peuvent pas tenir sur la durée. Il faut s'en libérer avant d'être devenu trop accro pour le faire.
Les paroles de Théo firent longuement réfléchir Hermione. Elle savait que Théo avait puisé dans sa raison et sa logique pour lui dire ça, et non dans son expérience puisqu'il n'avait jamais eu de relation amoureuse. C'était donc un raisonnement clair et cohérent. Mais il avait surtout vu juste sur un point : elle n'était pas prête à entendre ça. Elle savait qu'il avait raison mais elle n'était pas apte à l'accepter.
- Merci pour ce conseil, dit-elle sincèrement.
- Je ne pense pas qu'il te soit très utile puisque tu ne vas pas le suivre.
- Je n'ai pas dit ça, protesta Hermione, gênée.
- Tu n'as pas besoin de le dire, je l'ai deviné. Mais je comprends, dit Théo en souriant. Je n'ai jamais été dans ta situation mais j'imagine à quel point ça doit être compliqué. Je suis là pour t'écouter, pour te dire ce que je pense, pour te donner des conseils, mais certainement pas pour t'obliger à faire quoi que ce soit. Cela reste ta vie privée et c'est à toi de la gérer. Personne n'a le droit de dire le contraire. C'est pour ça que je n'ai pas voulu insister.
Hermione acquiesça.
- Je vois ce que tu veux dire. Je suis tout à fait d'accord avec toi. Je sais que tu as raison en ce qui concerne la décision que je dois prendre mais... je ne suis pas prête. Et puis je veux être sûre d'avoir tout essayé avant de devoir m'y résoudre. C'est important, pour moi. Je ne veux pas rompre avec Viktor en ayant l'impression de ne pas avoir tout fait pour éviter d'en arriver là.
- Je comprends et c'est tout à fait normal. Mais il faut juste que tu évites de faire espérer Viktor pour rien.
- Promis, jura Hermione. Bon, je vais me mettre à mon devoir d'arithmancie car j'aimerais avoir un peu avancé dessus avant ma ronde. Mais ils sont marrants, tes amis. Comment suis-je censée t'accompagner jusqu'à la Grande Salle pour aller dîner si j'ai ma ronde à dix-sept heures ?
- Pansy n'a pas pensé à ce détail. Et Draco n'y a pas pensé non plus. Si ça ne te dérange pas, tu pourras m'accompagner jusqu'à ma salle commune avant d'aller faire ta ronde. J'aurai déjà bien avancé sur mes devoirs donc s'il y a trop de bruits ça me gênera moins que tout à l'heure.
- Très bien, on fait comme ça.
- Ça ne te dérange pas de faire ta ronde avec Draco, au fait ?
- Non, ça va, il est supportable dans l'exercice de ses fonctions, donc ça ne me gêne pas qu'il remplace Ernie. Bon, je dois avouer que j'aurais préféré que ce soit Terry, ça aurait été très pratique pour discuter de nos devoirs mais bon, ce n'est pas moi qui décide.
- Ça se passe toujours aussi bien avec Terry, au fait ?
- Oui, on a des manières différentes de travailler mais on se complète plutôt bien. Mais c'est tout de même étrange de travailler avec un Serdaigle. Je n'aurais pas pu aller dans cette maison. Ils adorent travailler en groupe alors que moi je n'aime pas trop ça. Et puis on n'a pas du tout la même façon de raisonner. On n'a pas la même intelligence. On n'a pas la même façon de travailler, aussi.
- Mais tu aurais peut-être eu tout ça si tu étais allée à Serdaigle. Ça se trouve, c'est le fait d'avoir été à Gryffondor qui a façonné ta façon d'être. On est certes faits pour la maison dans laquelle nous sommes envoyés, mais elle influence beaucoup notre caractère.
- C'est vrai, reconnut Hermione. Et toi, alors ? Ça se passe toujours bien avec Justin ?
- Oui, je vois qu'il s'en veut toujours un peu mais j'essaie de le mettre à l'aise et j'y arrive la plupart du temps. Il a radicalement changé d'attitude. Il est beaucoup plus gentil. Et il est très investi. C'est vraiment agréable de travailler avec lui.
- Tant mieux, dit Hermione, soulagée. C'est super que ça se soit arrangé entre vous. Je savais que Justin retrouverait la raison. Bon, je crois que je n'arriverai pas à faire ce devoir aujourd'hui.
- Je crois aussi, approuva Théo, l'air légèrement moqueur. Tu manques un peu de concentration. En même temps, je ne t'ai pas donné très envie en te disant qu'il était long.
- Voilà, exactement, tout est de ta faute, plaisanta Hermione. Bon, je vais lire un livre, ça me passionnera davantage.
Hermione se leva et alla chercher un livre sur les runes. Certes, elle n'avait pas la tête à travailler, mais elle tenait à avoir une lecture utile et instructive. Elle retourna s'asseoir et se mit à lire tandis que Théo continuait son devoir d'arithmancie. Lorsqu'il fut l'heure pour elle d'aller faire sa ronde, elle raccompagna Théo jusqu'à sa salle commune puis elle rejoignit Malfoy au niveau des cachots. Ils ne perdirent pas de temps et se mirent vite en route. Du premier au quatrième étage, ils tombèrent sur de nombreux élèves qu'ils durent réprimander et rappeler à l'ordre, si bien que cela interloqua Malfoy.
- Mais qu'est-ce qu'ils ont tous, aujourd'hui ? C'est le beau temps qui les rend comme ça ?
- Si c'était le cas, ils seraient dehors à en profiter au lieu de faire les clowns dans les couloirs, maugréa Hermione.
Malfoy haussa un sourcil.
- Serais-tu de mauvais poil, Granger ?
- Absolument pas. Ces élèves m'exaspèrent, c'est tout.
Malfoy ne répondit rien mais, sans même le voir, Hermione put aisément deviner le sourire moqueur qu'il avait. Arrivés au cinquième étage, ils eurent l'étrange impression d'être devenus sourds. Ils se sentaient également désorientés.
- Je n'aime pas ça du tout, marmonna Malfoy. Tu crois que c'est un piège ?
- Je ne sais pas, mais un sort a été lancé, ça, c'est sûr. Je pense plutôt que c'est une illusion sensorielle centrée sur la vue et l'audition. Normalement un simple Finite permet de mettre fin aux illusions, je vais donc essayer ça.
Hermione sortit sa baguette et lança un «Finite Incantatem». Ils retrouvèrent aussitôt tous leurs sens. Le couloir était toujours désert mais ils perçurent des chuchotements sur leur droite.
- Ils ne veulent pas être vus, ni entendus, murmura Hermione. Il y a forcément quelque chose de pas net. Il va falloir être discrets. Attendons-nous à devoir se battre.
- Bien, allons-y.
Malfoy semblait aussi peu à l'aise que Hermione. Cela ne la rassurait pas des masses. Mais au moins, il allait au front. Il ne se débinait pas. Elle avait beau avoir des choses à reprocher à Malfoy, elle devait cependant reconnaître qu'il était un excellent préfet. Durant leurs rondes, elle l'avait vu plusieurs fois porter secours à de jeunes élèves qui avaient un problème et qui ne savaient pas où aller. Il était un peu trop sévère lorsqu'un élève faisait une bêtise mais cela compensait avec le côté parfois un peu trop flexible de Hermione. Ils finissaient toujours par se mettre d'accord sur la sanction à donner à l'élève. Là, elle ne savait pas ce qui les attendait mais cela ne lui inspirait pas confiance. Ils s'approchèrent et entendirent les voix se faire de plus en plus distinctes. Ils avancèrent encore et trouvèrent deux élèves en grande discussion. Hermione vit aussitôt que l'un d'eux tenait un sachet dans la main. Elle n'eut pas le temps d'essayer d'identifier quoi que ce soit puisque l'élève en question – un Serpentard – les aperçut, Malfoy et elle, et s'empressa de cacher le sachet. L'autre élève – un Serdaigle – se retourna et dégaina sa baguette en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire. Bientôt, Malfoy et Hermione se retrouvèrent avec deux baguettes pointées sur eux. Comme ils avaient déjà sorti les leurs, ils purent aussitôt riposter et se tenir prêts à se défendre.
- Qu'est-ce que vous faites là ? cracha le Serpentard.
- Ce serait plutôt à nous de vous poser la question, répliqua Hermione. Pourquoi est-ce que vous nous attaquez comme ça ? Que faisiez-vous donc pour ne pas avoir la conscience tranquille ? Pourquoi avoir jeté des sortilèges d'illusions ?
- Tu poses trop de questions, Granger. Tu te crois maline avec ton insigne de préfète mais ton collègue et toi, vous ne pouvez rien face à des septième année. Si vous ne voulez pas vous retrouver engagés dans un duel dont vous sortirez forcément perdants, vous feriez mieux de déguerpir et vite.
- Vous pouvez toujours rêver, rétorqua sèchement Malfoy. Nous ne vous laisserons pas faire votre petit trafic tranquille dans votre coin. Vous ne devriez pas nous sous-estimer. Nous sommes peut-être des cinquième année mais nous avons de solides bases en duel.
- Ah oui ? Eh bien vous allez devoir nous le prouver. Furunculus !
- Protego !
Malfoy esquiva habilement le sort du Serpentard. Hermione, elle, para sans difficulté un sort de stupéfixion lancé par le Serdaigle. Elle détestait se battre en duel dans un couloir mais là, elle n'avait pas le choix. Il fallait qu'elle garde le contrôle de la situation. Elle ne pouvait pas se faire terrasser par ce Serdaigle. Elle devait récupérer le sachet. Il n'y avait que ça qui comptait pour elle. Alors, inlassablement, elle évita tous les sorts lancés par son adversaire et tenta à plusieurs reprises de le désarmer. Elle ne voulait pas l'attaquer frontalement. Elle était une préfète, elle se devait de respecter le plus possible le règlement, même dans une telle situation où elle était obligée de l'enfreindre. Mais le Serdaigle était infatigable et lui jetait toutes sortes de sorts et de maléfices dont elle ne connaissait même pas la moitié malgré ses nombreuses connaissances. À côté d'elle, Malfoy continuait à se battre contre le Serpentard. Lui aussi ne faisait que se défendre. Mais contrairement à elle, il parvint à désarmer son adversaire. Il lui jeta le maléfice du Saucisson afin de le mettre hors d'état de nuire. Pendant ce temps, les sorts pleuvaient sur Hermione. Elle faillit se faire toucher par l'un d'entre eux mais Malfoy, qui en avait fini avec le Serpentard, la sauva en déviant le sort. Maintenant qu'ils étaient à deux contre un, Hermione pensait qu'ils viendraient vite à bout du Serdaigle mais celui-ci, même en infériorité, réussit à les terrasser. Il lança un sortilège de confusion à Hermione, esquiva une attaque de Draco et jeta un puissant sort qui les expulsa tous les deux une dizaine de mètres en arrière. Le choc fut rude, si bien qu'ils mirent plusieurs secondes à se relever. Plusieurs secondes qui permirent aux deux élèves de s'enfuir, le Serdaigle ayant eu le temps de libérer le Serpentard du maléfice du Saucisson. En regardant par terre, Hermione constata avec amertume que le Serpentard n'avait pas perdu le sachet dans sa fuite. Elle avait envie de pleurer tant elle était déçue et en colère. Elle avait tout raté. Elle s'était minablement faite battre en duel et elle n'avait même pas pu récupérer le sachet. Elle était nulle. Nulle, nulle, nulle ! De rage, elle envoya son pied dans le mur. La douleur sourde qui lui vrilla le petit orteil l'informa que le mur avait bien reçu le coup.
- Le mur n'y est pour rien, tu sais.
Hermione se tourna vers Malfoy. Il n'avait pas l'air moqueur. Il semblait juste inquiet.
- Ça va ?
- Mon pied s'en remettra.
Malfoy soupira.
- Je ne parle pas de ça. Pourquoi as-tu ressenti ce besoin de faire du mal à ce pauvre mur ?
- Parce que j'étais en colère ! s'écria Hermione. J'ai été d'une nullité incroyable face à ce Serdaigle ! J'ai toujours cru que j'étais bonne en duel et il vient de me prouver royalement le contraire ! Je suis préfète et je me suis fait laminer par un élève ! On n'a même pas pu récupérer le sachet ! Ils vont continuer leur satané trafic et ce sera de ma faute ! DE MA FAUTE ! Combien d'élèves vont-ils attirer dans leurs filets parce que j'ai été incapable de tenir tête à ce Serdaigle ? Hein ? Tu peux me le dire ?!
Hermione termina sa tirade sur ces mots. Malfoy semblait encore plus inquiet qu'avant. Il ne savait visiblement pas quoi faire, ni quoi dire.
- Granger, calme-toi... Ce n'est pas la fin du monde... Et puis je te rappelle que tu étais face à un septième année, il avait forcément plus d'expérience que toi.
- Toi aussi tu avais un septième année devant toi et tu as réussi à le terrasser ! cria Hermione.
- Il était moins doué que le Serdaigle, répondit calmement Malfoy. Je ne suis pas plus fort que toi en duel, à ta place je n'aurais jamais tenu aussi longtemps face au Serdaigle. En fait j'ai eu de la chance d'être tombé sur le Serpentard.
- Ça ne change rien aux faits, s'entêta Hermione. Je suis préfète, j'aurais dû savoir me défendre ! Comment veux-tu que j'aide à mettre fin aux trafics de potions si je ne suis même pas capable de remporter un duel face à un élève qui vend des potions ?! Ils feraient mieux de me remplacer sur-le-champ !
Les larmes commencèrent à brouiller la vue de Hermione. Elle ne savait même pas pourquoi elle avait envie de pleurer. Elle se sentait juste épuisée. Malfoy la regardait toujours avec un air inquiet, ce qui ne l'aidait pas à reprendre ses esprits.
- Bon, tu vas venir avec moi, finit-il par dire.
- Où ça ? On doit continuer notre ronde, je te signale.
- Tu n'es clairement pas en état de la poursuivre. Tu me suis et tu ne discutes pas.
N'ayant pas la force de parlementer avec Malfoy, Hermione se résigna à le suivre.
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Quelques minutes plus tard, POV Severus
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Severus était en train de préparer sa mallette pour le lendemain lorsqu'il entendit quelqu'un frapper à sa porte. Il grogna pour la forme et alla ouvrir. Il ne fut pas très étonné de tomber sur son filleul. En-dehors des professeurs, il était le seul à savoir où se trouvaient ses appartements.
- Un problème, Draco ? s'enquit-il, inquiet.
Il savait que Draco était de ronde, ce soir-là. Ou, plutôt, qu'il devait remplacer son homologue de Poufsouffle.
- Oui, Granger a besoin d'une potion. Je ne sais pas laquelle exactement mais elle est en train de partir en vrille.
- Attends, je ne comprends rien. Qu'est-ce qui s'est passé ? Où est-elle ?
Draco lui expliqua la confrontation qui avait eu lieu avec deux élèves de septième année, puis il lui décrivit l'état de Granger comme Severus le lui demanda.
- J'ai préféré venir te voir car je ne savais pas quoi faire. Elle est sous tension, elle serait limite prête à me lancer un Avada à la moindre remarque qu'elle trouverait désobligeante... En plus au début de la ronde elle était déjà de mauvaise humeur, elle pestait contre les élèves qui préféraient faire les... euh... «clowns» dans les couloirs au lieu de profiter du beau temps dehors...
- En effet, venant de Granger, c'est étonnant. Tu as bien fait de venir me voir. Je vais m'en occuper. Juste, rassure-moi, tu vas bien, toi ? Tu n'as pas été blessé durant le duel ?
- Non, ça va. On ne voulait pas en venir au duel, on ne voulait pas enfreindre le règlement mais ils ne nous ont pas laissé le choix...
- Je sais, ces élèves ne sont pas à prendre à la légère.
- On n'a rien pu faire pour récupérer les potions.
- Vous êtes sortis sans dommages physiques de cette confrontation, c'est le principal. Bon, essaie de trouver une préfète pour remplacer Granger et si tu n'en croises pas dans le château, n'interviens pas dans des situations trop dangereuses, vu que tu seras seul.
- C'est ce que j'avais prévu. J'y retourne. Bon courage avec Granger. Je lui ai demandé d'attendre à l'entrée des cachots.
Severus remercia Draco qui repartit faire sa ronde. Severus alla chercher sa mallette de potions, puis il quitta ses appartements. Comme le lui avait dit Draco, il trouva Granger près de l'entrée des cachots. La préfète de Gryffondor, qui tapait nerveusement du pied par terre, parut surprise de le voir.
- Miss Granger, veuillez me suivre, s'il vous plaît.
Son élève n'avait clairement aucune envie d'obéir mais elle le fit quand-même. Une fois arrivés au bureau de Severus, celui-ci demanda à Granger de s'asseoir, ce qu'elle fit là aussi avec réticence.
- M. Malfoy est venu me voir, comme vous devez vous en douter. Il m'a expliqué ce qui s'est passé. Comment vous sentez-vous ? Ne me dites pas «Bien», je sais que c'est faux.
- Je n'ai pourtant aucune autre réponse à vous donner. Je ne sais même pas ce que je fais là.
- Vous êtes là parce que vous sembliez hors de contrôle. D'après M. Malfoy, vous n'étiez pas comme d'habitude. Il pense que vous êtes surmenée. Est-ce vrai ?
- J'ai eu une journée compliquée. C'est tout.
- En quoi a-t-elle été compliquée ?
- Je ne suis pas une élève de Serpentard, à ce que je sache, répliqua la Gryffondor. Si je dois me plaindre de mes journées à quelqu'un, ce serait plutôt à mon directeur de maison.
- Sauf que votre directeur de maison ne saura pas quelles potions vous donner pour traiter votre état, opposa sèchement Severus. Je ne suis pas votre directeur de maison, certes, mais je suis le seul à pouvoir vous donner les potions qui s'imposent. Or, pour cela, j'ai besoin de savoir ce qui vous a mis dans l'état dans lequel vous êtes. Alors racontez-moi votre journée.
- J'ai passé ma matinée à faire un devoir de runes, puis j'ai eu la séance de stage de potions, puis j'ai eu une séance de travail avec mon binôme, puis je suis allée à la bibliothèque afin de faire un devoir d'arithmancie et pour terminer, j'ai eu ma ronde.
- Cela fait beaucoup, en effet. M. Malfoy m'a laissé entendre que vous étiez d'humeur assez ombrageuse dès le début de votre ronde. Est-ce uniquement dû à tout ce que vous avez eu à faire aujourd'hui ?
- J'ai eu quelques contrariétés. Après avoir contribué à régler les problèmes de deux binômes, ce sont maintenant de mes propres problèmes dont je dois m'occuper. Des problèmes qui n'ont rien à voir avec Poudlard.
Severus comprenait désormais mieux pourquoi la Gryffondor avait «vrillé» selon Draco. Personne ne pouvait gérer tout cela à elle toute seule. Il ne pouvait cependant pas blâmer Granger d'avoir aidé les deux binômes dont elle parlait : cela faisait partie de son devoir de préfète.
- Je vois. Vous vous êtes retrouvée submergée et la ronde a été la goutte de trop. Compte tenu de la journée que vous aviez passée, vous auriez dû vous arranger pour vous faire remplacer. Il était évident que cette ronde n'allait pas bien se passer au vu de votre état de fatigue avancé. Nous vous avions bien dit qu'il y avait des cas où un préfet pouvait se faire remplacer, à condition qu'il rende plus tard la pareille au préfet qui aura pris sa ronde. La prochaine fois que vous vous sentez dépassée et que vous avez une ronde le soir-même, venez voir l'infirmière qui me fera venir. Je pourrai vous donner une potion qui vous permettra d'assurer votre ronde.
- Oh... Très bien. J'y penserai. Mais je n'étais pas consciente d'être sous pression...
- Vous saurez le voir la prochaine fois, même si j'espère pour vous qu'il n'y en aura pas. Je vais vous donner une potion qui vous relaxera. Cela devrait vous permettre de passer une bonne nuit et d'être d'aplomb demain. Et si vous avez des problèmes qui vous préoccupent vraiment, parlez-en à votre directeur de maison. Il est là pour vous écouter.
- Il y a des choses que je préfère garder pour moi mais j'y penserai. Au cas où.
Severus acquiesça, prit sa mallette et en sortit une fiole qu'il donna à la Gryffondor. Celle-ci le remercia, lui souhaita une bonne fin de journée et s'en alla. Severus soupira. Il avait encore cédé à la tentation d'exercer son métier de médicomage. Il fallait qu'il arrête. À Poudlard, il était professeur, pas médicomage. Il aurait très bien pu envoyer Granger à l'infirmerie. Mme Pomfrey lui aurait donné une potion calmante et puis voilà. Mais non, il s'était senti obligé de s'occuper d'elle. Alors qu'il l'avait toujours ignorée en cours. Mais depuis qu'il avait sauvé un certain élève de Serpentard durant l'été, il ne pouvait s'empêcher de venir en aide à toute personne qui en avait besoin. Il avait même fait le coup avec Tonks au Ministère ! Il devait absolument prendre ses distances avec son ancien métier. S'il commençait comme ça, il allait s'occuper de tous les maux de chaque élève ! Et ça, il en était hors de question. Il n'avait pas le temps. Il était professeur ! Il devait se reprendre. Bien sûr, il continuerait à s'occuper de Théo. Il y avait beaucoup, beaucoup trop de choses à voir avec lui pour qu'il l'abandonne et qu'il le confie entièrement à Mme Pomfrey. Mais la prochaine fois que Draco lui amènerait un ou une élève en difficulté, il refourguerait direct l'élève à l'infirmière. Il voulait bien intervenir à la demande de Poppy, mais uniquement si elle avait vraiment besoin de lui. Comme dans le cas qu'il avait exposé à Granger. Fort de cette décision, il retourna préparer sa mallette de cours pour le lendemain. Il soupira en pensant qu'il allait revoir inlassablement les mêmes têtes, qu'il allait répéter les mêmes cours que les années précédentes, qu'il verrait les mêmes chaudrons exploser, qu'il rendrait les mêmes devoirs, aux mêmes élèves, avec les mêmes notes, qu'il enlèverait des points aux mêmes Poufsouffle, qu'il donnerait des retenues aux mêmes Gryffondor... Il s'interrompit brusquement dans ses pensées. Est-ce qu'il venait vraiment de se dire que son métier... l'ennuyait ? Non, ce n'était pas possible. Il enseignait la matière qu'il avait toujours affectionnée et il avait la chance de vivre sur son lieu de travail. Il ne pouvait pas être blasé. Il aimait forcément son métier. C'était juste que le lendemain, c'était lundi et c'était une raison amplement suffisante pour être déprimé. Il s'en convainquit et termina de préparer sa mallette. Une petite voix lui souffla qu'il était dans le déni et qu'il refusait de voir la réalité en face. Il l'ignora royalement.
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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu. On se retrouve mardi pour le prochain chapitre qui s'intitulera «Coming-out et conséquences» ! Bisous tout le monde !
