Bonjour à toutes et à tous ! Me revoilà pour un nouveau chapitre de S'aimer malgré les préjugés. Ou SAMLP, si vous préférez (c'est plus rapide à écrire XD).

J'ai reçu plus de reviews que d'habitude depuis le dernier chapitre alors merci à vous tous, ça me fait chaud au coeur !

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Zackos : J'adore le verbe «tancer», même si je ne l'utilise pas souvent vu que ça relève d'un vocabulaire assez soutenu que n'emploient pas forcément tous les personnages XD Contente de te l'avoir appris x) Draco est surtout quelqu'un qui se pense hétéro car il n'a jamais été attiré par un garçon, ce qui est, somme toute, assez logique XD Harry est obligé d'aller en potions et à ses retenues, même si ça ne l'enchante pas des masses :/ Je ne pensais pas que ma fic donnait autant à réfléchir, je la trouve surtout compliquée mais ça me fait très plaisir, merci =)

lilalali07 = C'est malheureusement la seule solution qu'a trouvé Harry pour avoir la paix :/ Désolée de t'avoir donné envie de pleurer XD Mais tout va finir par s'arranger, il faut juste être patient XD

Gryffondor : C'est exactement ça, Théo n'a pas réfléchi aux conséquences de ses actes tellement il était heureux de pouvoir caresser ces créature qu'il aime tant :/ Les réactions de Draco ne sont jamais sans explications, elles cachent toujours quelque chose mais il va mettre du temps à s'en rendre compte :/ Ça c'est sûr, Remus est un meilleur confident que Sirius XD Il fallait effectivement que ça arrive, cette première engueulade, surtout dans un contexte aussi tendu ! Sirius a surréagi, c'est vrai, mais il patauge complètement le pauvre XD C'est nouveau pour lui de s'occuper d'un adolescent de quinze ans alors il ne réagit pas toujours de la bonne façon :/ Mais c'est en faisant des erreurs qu'on apprend ! Pour ce qui est des notes de Harry ... patience ;) XD

Meranath : Bienvenue à toi ! =) Encore trois chapitres et ensuite c'est la rentrée XD J'espère que la suite de ta lecture te plaira, et je suis ravie que l'ambiance te plaise ! =)

Butterfly Fictions : Une des choses que tu as citées aura lieu dans ce chapitre XD Draco, Théo, Blaise et Pansy sont de vrais amis les uns envers les autres, ça c'est sûr ! Comme je le disais dans une réponse plus haut, les réactions de Draco ont toujours une explication, mais il n'en a pas conscience pour le moment ;) C'est implicite mais il est dit dans la suite du chapitre que Draco et Harry se sont réconciliés, ils ne sont pas restés fâchés bien longtemps ;) Ravie que le coming-out de Théo avec la licorne t'ait plu =) J'étais assez stressée à ce sujet XD Il est vrai que Harry a super bien agi dans ce chapitre, il fait les choses de façon posée et calme et toujours dans le respect de chacun =) Contente que les confidences de Harry à Remus t'aient plu aussi, il y en aura sûrement d'autres mais plus tard :)

Merci encore à vous tous pour ces reviews !

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Je vous laisse maintenant avec le nouveau chapitre ! Bonne lecture à toutes et à tous !

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Warning : La fic passe en rating M lors de ce chapitre car il y a une scène à caractère sexuel, même si ce n'est pas très poussé. Je préfère prévenir pour ceux qui seraient mal à l'aise avec ça ;)

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21 – Professeurs divisés, préfets unifiés

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(dimanche 01/10) POV Justin

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- Allez, Ernie, dépêche-toi ! On va rater le départ pour Pré-au-Lard si tu continues à traîner !

- Pour le temps qu'on va y passer...

- Ce sera toujours mieux que rien. Mais j'avoue que Snape aurait pu faire un effort. Il aurait pu exceptionnellement annuler votre séance de stage...

- Snape n'est pas du genre à faire des efforts, tu le sais bien. En plus c'est la dernière séance, aujourd'hui.

Ernie étouffa un bâillement. Justin remarqua alors à quel point son meilleur ami était fatigué. Il s'en voulut de le forcer à aller à Pré-au-Lard.

- Si tu veux on peut rester là, tout compte fait, proposa-t-il, gêné.

- Non, ça va aller. C'est toi qui a raison, ça va me changer les idées.

- Mais tu as sûrement plein de choses à faire...

- Eh bien ça attendra. J'ai besoin de penser à autre chose que les devoirs, mes fonctions de préfet, le travail en binôme, les cours, les BUSE, le stage de potions... Sinon je vais finir en burn-out. Alors que ça fait seulement un mois qu'on a repris les cours.

- Hannah va sûrement bientôt craquer, alors, soupira Justin. Elle a préféré rester là plutôt qu'aller à Pré-au-Lard parce qu'elle a pris du retard sur ses devoirs personnels.

- Elle gère peut-être mieux les choses que moi. En tout cas c'est dommage que Susan et elle ne veuillent pas venir.

- Susan a elle aussi des devoirs à faire mais avec son binôme. Je crois que je suis l'un des seuls à être à peu près à jour, en fait.

- C'est parce que tu as un binôme super bien organisé, commenta Ernie. T'as trop de la chance, en vrai.

- J'avoue, c'est super cool de travailler avec lui. C'est quelqu'un de très calme et pourtant, dans sa tête, ça va hyper vite. Il y a un problème, hop tout de suite il a une solution ! Il ne réfléchit même pas. Enfin, c'est l'impression qu'on a. C'est incroyable. Et puis il a toujours réponse à tout. Je veux dire, il y a très peu de choses qu'il ne sait pas. Je n'ai encore jamais réussi à lui poser une colle. Et pourtant j'en lui pose des... Pourquoi tu souris comme ça ? s'interrompit Justin en voyant l'air hilare de son ami.

Ernie se mit à rire.

- Parce que tu me fais rire ! Il y a deux semaines encore tu traitais presque ton binôme de Mangemort et aujourd'hui tu es en pleine admiration devant lui ! C'est trop drôle à voir. Mais il doit bien avoir un défaut ? Il ne peut pas être vraiment parfait ?

- J'imagine, oui, dit Justin en haussant les épaules. Ah, cool, ils ne sont pas encore partis.

Justin et Ernie venaient effectivement de rejoindre leurs camarades qui se rendaient eux aussi à Pré-au-Lard. Rusard était encore en train de collecter les autorisations des troisième année.

- C'est moi ou il n'y a presque personne ? demanda Ernie, perplexe.

- Il y a moins de monde que d'habitude, en effet, confirma Justin. Là il y a moitié moins d'élèves, si ce n'est plus. Lors de la première sortie il y a toujours plein de troisième année, là il n'y en a presque pas. En fait il y a plus de sixième et de septième année qu'autre chose.

- Oui, alors que d'habitude ce sont eux qui restent au château, fit remarquer Ernie.

- Il y a peut-être de moins en moins d'attrait pour le village...

- Non, les plus jeunes sont toujours impatients d'y aller pour tout visiter. C'est juste qu'ils doivent être trop occupés pour aller au village. C'est vraiment inquiétant.

- Mais heureusement vous en avez parlé aux professeurs, souligna Justin. Vous avez tous fait votre devoir de préfet en faisant comprendre aux professeurs que tous les élèves de troisième, quatrième et cinquième année étaient épuisés.

- Oui et ça a porté ses fruits puisque tous les professeurs doivent se réunir aujourd'hui pour en parler. La plupart d'entre eux vont faire en sorte qu'on ait moins de travail. Je ne sais pas comment ils vont s'y prendre mais il faut leur faire confiance. Bon, nous voilà arrivés. Tu veux aller où ?

- Euh... je ne sais pas, je n'ai pas réfléchi à un itinéraire précis. Et toi ?

- Pareil, dit Ernie en grimaçant.

- C'est nul que les filles ne soient pas là.

La remarque de Justin résumait bien la situation. Habituellement, c'étaient Susan et Hannah qui planifiaient les journées à Pré-au-Lard. Hannah donnait plein d'endroits où aller et Susan s'occupait ensuite de tout organiser. Seulement, là, ni Hannah ni Susan n'étaient là, ce qui faisait que Justin et Ernie ne savaient pas où aller. En fait, sans les filles, ils étaient complètement perdus et désorientés.

- On n'a qu'à aller d'abord aux Trois Balais, proposa Ernie. On verra ensuite où on veut aller.

- Bonne idée, approuva Justin. De toute façon, on a le temps, contrairement à ce que tu disais. Snape n'a peut-être pas voulu reporter votre séance de stage mais il l'a retardée de trois heures.

- Uniquement parce qu'il avait lui-même une réunion avec d'autres professeurs, répliqua Ernie. Sinon la séance aurait eu lieu à la même heure que d'habitude. Voire même un peu plus tôt puisqu'elle était prévue à treize heures au lieu de quatorze heures. Mais c'est une bonne chose qu'il y ait cette réunion entre professeurs. Sans elle je n'aurais pas pu aller du tout à Pré-au-Lard. J'espère juste qu'il n'y aura pas trop de monde aux Trois Balais. Je rêve d'un peu de calme.

Justin acquiesça largement. Il partageait tout à fait le souhait d'Ernie. Car qu'il fallait dire que, depuis la rentrée, ils n'avaient pas vraiment eu de moments de tranquillité. Comme ils n'osaient pas trop ramener leur binôme dans leur salle commune, ils passaient le plus clair de leur temps libre dans la salle des binômes qui étaient relativement agitée. Le sort d'insonorisation était bien utile mais il n'empêchait pas les allées et venues incessantes des binômes. Heureusement, le souhait de Ernie fut exaucé. Lorsqu'ils arrivèrent aux Trois Balais, il n'y avait pas beaucoup de monde. Ils choisirent une table au fond du pub et commandèrent tous deux une bièreaubeurre.

- Tu es sûr qu'Emily ne pouvait pas venir avec toi ? demanda Ernie alors qu'ils attendaient leur boisson.

- Ce n'est pas qu'elle ne pouvait pas, c'était qu'elle ne voulait pas. Elle n'aime pas trop Pré-au-Lard. Enfin ça ne l'attire pas des masses, quoi.

- Et donc tu as préféré y aller quand-même plutôt que rester avec elle ?

Justin fronça les sourcils.

- C'est un reproche ?

- Non, pas du tout ! C'est juste que ça m'étonne.

- Elle voulait travailler et moi je voulais m'amuser et m'aérer l'esprit. C'était incompatible donc on a décidé de passer la journée chacun de notre côté. Mais on ne s'est pas disputés. Il y a eu zéro cris, zéro tensions.

- Oh, d'accord. Je comprends mieux. C'est cool que ça aille mieux entre vous.

Justin se contenta d'acquiescer. Il préférait ne pas dire à Ernie que ça n'allait pas si bien que ça. Il ne voulait pas en parler et puis il n'était pas sûr qu'Ernie pourrait comprendre. C'était son meilleur ami mais il y avait des choses dont Justin ne pouvait pas encore parler avec lui. Ernie dut se douter qu'il y avait quelque chose que Justin ne lui disait pas mais il ne dit rien.

- Ça te dirait qu'on aille à Scribenpenne ? finit-il par demander. J'ai besoin de parchemin et de plumes.

- Ça tombe bien, moi aussi, renchérit Justin. Sauf que j'avais oublié, ajouta-t-il, un sourire piteux aux lèvres.

Ernie se mit à rire.

- Pas étonnant, d'habitude, Susan fait la liste de tous les magasins de Pré-au-Lard en nous demandant pour chacun d'eux si on a besoin d'y aller ! C'était difficile d'oublier quoi que ce soit avec elle.

- Je ne me rendais pas compte à quel point on était dépendants des filles. Nous sommes perdus sans elles. Va pour Scribenpenne, du coup.

- On aurait quand-même dû acheter le nécessaire sur le Chemin de Traverse avant la rentrée.

- C'est ce que j'ai fait, soupira Justin. Mais il ne restait plus grand-chose quand j'y suis allé. Et puis je pensais que j'en aurai largement assez jusqu'à la sortie à Pré-au-Lard de Halloween. Mais quand on travaille avec Théo, les devoirs se font tout de suite beaucoup plus longs.

- Donc c'est de la faute de Théo ?

- Exactement. Tu m'as demandé s'il avait un défaut, tout à l'heure, eh bah voilà : il écrit trop.

- Ah oui, gros, gros, gros défaut. Ça le rend tout de suite beaucoup moins parfait. Quel mauvais garçon, se moqua Ernie.

Justin secoua la tête, amusé.

- T'es bête. Non mais c'est vrai quoi, il a réussi à me faire rendre un devoir de plus d'un mètre de parchemin en histoire de la magie ! J'ai cru halluciner ! Avant mes devoirs faisaient genre cinquante ou soixante centimètres, pas plus. Après tu vas me dire «C'est bien beau la quantité mais après il faut aussi la qualité» mais les deux y étaient ! La preuve, on a eu un Optimal. C'est vraiment fou.

- Rien que pour avoir un Optimal en histoire de la magie, ça valait le coup que tu fasses la paix avec ton binôme, plaisanta Ernie.

- C'est vrai que c'est bien pratique d'avoir Théo comme binôme, avoua Justin. Mais ce n'est pas pour ça que j'ai fait la paix avec lui. C'était vraiment sincère.

- Je sais. Mais en parlant de lui...

Ernie sembla soudain un peu gêné.

- Je n'ai pas voulu te poser la question avant car je ne savais pas si tu aurais accepté d'en parler devant les filles mais... ça ne te fait vraiment rien, que ton binôme soit gay ?

Justin fronça les sourcils.

- Non, pourquoi ?

- Ben... par rapport à ton père.

- Oh.

Justin haussa les sourcils.

- Je me soucie peu de ce qu'il en pense. Je ne vais pas rejeter Théo parce que mon père n'aime pas les personnes gay.

- Donc ton père n'a pas eu d'influence sur toi à ce sujet ?

- Non, j'ai mon libre-arbitre, je me réserve le droit d'avoir une opinion différente de la sienne.

- Tu as bien raison. Ça me rassure, en tout cas.

- Tu pensais que je faisais semblant d'accepter l'homosexualité de Théo ? s'étonna Justin.

- Non, mais tu aurais pu être un peu mal à l'aise.

- Ce qui me gêne ce n'est pas l'homosexualité de Théo, c'est l'homophobie de mon père.

Ernie sourit.

- Mieux vaut que tu évites de lui parler de Théo, alors.

- Je ne m'y risquerai pas, dit Justin en riant. Mais j'ai quand-même parlé du concept des binômes de travail dans les lettres que j'ai envoyées à mes parents. Ils étaient assez surpris et ils ont un peu râlé quand je leur ai dit que c'était compliqué de s'organiser. Ils savent que j'ai des examens importants à la fin de l'année et ils disent que ce n'était pas le moment de nous imposer ça.

- Tu pourras les rassurer prochainement, je pense, affirma Ernie. On aura sûrement moins de travail suite à la réunion des professeurs. D'ailleurs, en parlant d'organisation, tu t'en sors, toi ?

- Oui, ça va, on a réussi à concilier les entraînements de Quidditch de Théo et nos séances de travail.

- Tant mieux. Heureusement que ni toi ni moi ne faisons partie de l'équipe de Quidditch de Poufsouffle...

- C'est sûr. Ça ne m'intéresse pas, de toute façon. Et toi, tu as réussi à t'organiser avec Goyle ? s'enquit Justin.

- Ça a été un peu compliqué mais on a fini par se mettre d'accord. L'équipe de Quidditch de Serpentard n'a que trois entraînements par semaine donc ça va.

- Oui mais j'ai entendu dire que c'était une sacrée bonne équipe. Il y aurait de très bons batteurs et de bonnes recrues chez les poursuiveurs. Cette année, l'équipe de Gryffondor n'a qu'à bien se tenir.

- Tant que Gryffondor gardera son attrapeur, les autres équipes ne pourront pas espérer la victoire. À moins que les poursuiveurs soient méga en forme et qu'ils marquent vingt buts de plus que ceux de Gryffondor mais soyons honnêtes, il y a peu de chances que ça arrive.

- Potter n'est pas infaillible, répliqua Justin. Il y a deux ans, il s'est fait voler la victoire par Cédric.

- Des Détraqueurs l'avaient attaqué et il a fait une chute de trente mètres de haut. Cédric lui-même a voulu rejouer le match mais Bibine n'a pas voulu.

Justin grimaça.

- C'est vrai. Cédric n'a même pas participé à la fête dans la salle commune tellement il était énervé. Il disait que c'était inhumain et que les règles manquaient cruellement de fair-play. Il ne s'était jamais mis en colère comme ça. C'était déjà rare de le voir énervé, mais alors là... Il n'était même pas heureux d'avoir gagné face à Potter.

- Un vrai Poufsouffle, soupira Ernie, l'air triste. Bon, du coup, tu paries sur qui, pour la deuxième place ?

- Je suis nul en pari, tu le sais bien, gémit Justin. Je me plante toujours.

- Ça va, on ne mise rien du tout. Moi je parie pour Serpentard.

Justin réfléchit quelques secondes puis déclara :

- Moi je verrais bien Serdaigle.

Ernie éclata de rire.

- C'est fou la confiance qu'on a en notre équipe ! Car bon, on sait tous que ce sera Gryffondor qui gagnera une fois de plus la Coupe.

- Détrompe-toi, je pense que cette année, Serpentard pourrait bien la gagner.

- Donc pour toi, la première place serait pour Serpentard et la deuxième place pour Serdaigle. Qu'en est-il de la troisième et quatrième place ?

- Respectivement Gryffondor et Poufsouffle.

- Oh, tu nous vois encore derniers, dit Ernie sur un ton déçu.

- Oui. Pas toi ?

- Non, je vois Poufsouffle troisième. Et Serdaigle quatrième.

- Ça se vaut, déclara Justin après un temps d'hésitation. On verra bien lors du premier match. Ça nous donnera une idée sur les chances de Gryffondor et de Serpentard.

- Tu seras pour qui ?

- Pour personne, mentit Justin.

- Mais bien sûr, je vais te croire, se moqua Ernie. Je suis sûr que tu soutiendras Serpentard. Tu peux l'assumer, tu sais. C'est Dumbledore qui va être content. Un Poufsouffle qui supporte l'équipe de Serpentard, il va en pleurer de bonheur.

Justin secoua la tête, amusé.

- On va parler d'autre chose, si tu veux bien.

Ernie acquiesça et se mit à parler de ses rondes avec ses différentes homologues féminines. Pour la première fois depuis un mois, ils parlèrent de tout sauf des cours et des devoirs en eux-mêmes. Cela faisait énormément de bien.

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Au même moment, POV Sirius

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- Je suis content que Harry ait décidé d'aller à Pré-au-Lard. Ça va lui faire du bien.

- Parce qu'il a hésité à y aller ? s'étonna Remus.

- Oui, c'est Hermione qui me l'a dit, annonça Sirius. Je l'ai croisée dans un couloir quand je suis allé faire un tour. Elle, par contre, a décidé de rester. Elle m'a avoué que Harry avait eu un moment de stress en voyant tous les devoirs qu'il avait encore à faire et qu'il avait changé d'avis pour Pré-au-Lard. Car jusque-là, c'était prévu qu'il y aille. Mais elle a réussi à le raisonner.

- Attends, c'est le monde à l'envers. Raisonner quelqu'un, c'est le persuader d'aller au village plutôt que faire ses devoirs ? On marche sur la tête ! Surtout venant de Hermione, quoi.

- Harry était au bout du rouleau. Il avait vraiment besoin de décompresser.

- D'accord, je comprends mieux. Mais dans ce cas, pourquoi Hermione n'y est-elle pas allée ?

- Parce qu'elle avait elle aussi encore beaucoup de devoirs à faire mais que, contrairement à Harry, elle ne ressentait pas le besoin de s'aérer l'esprit. Elle n'était pas dans le même état que Harry. Elle était apparemment beaucoup plus calme.

Remus soupira.

- Il était vraiment temps qu'on fasse quelque chose. Cette idée de travail en binôme, ça a épuisé tous les élèves.

Sirius acquiesça alors que Remus et lui étaient presque arrivés à la salle des professeurs. Ils avaient rendez-vous avec leurs collègues ainsi que le directeur pour parler des effets du travail en binôme. Sirius avait bien remarqué, lui aussi, que les élèves étaient épuisés. Il faisait partie des premiers à avoir souhaité une réunion. Mais cela avait pris du temps car il avait fallu attendre que les professeurs concernés se rendent tous compte que quelque chose n'allait pas. Le professeur Gordon, par exemple, avait mis plus de temps que les autres à s'en apercevoir. Mais tout le monde avait fini par consentir à se réunir, au grand soulagement de Sirius qui était surtout inquiet pour Harry. Le professeur Manley lui avait dit que Harry s'était presque endormi en cours à deux reprises. Sirius avait oublié d'en parler avec son filleul lorsqu'il l'avait retenu après le cours deux jours plus tôt mais il comptait bien avoir une discussion avec lui à ce sujet la prochaine fois qu'ils se verraient. C'est-à-dire le lendemain matin, en cours de sortilèges.

Lorsqu'il entra dans la salle des professeurs avec Remus, Sirius remarqua que tous ses collègues étaient là. Même ceux qui n'étaient pas concernés par le travail en binôme – à savoir les professeurs de runes, d'arithmancie, d'astronomie, de divination, d'étude des moldus... Même Hagrid et Filius, qui n'étaient pas concernés eux non plus, étaient là.

- Pourquoi il y a autant de monde alors qu'il n'y a que six professeurs concernés ? demanda Sirius, irrité.

- Parce que Brian, Ernest, Pomona, Severus, toi et moi sommes justement trop impliqués. Il vaut mieux avoir le point de vues de personnes extérieures. Et puis même si ces professeurs ne font pas partie de ceux qui ont dû changer l'organisation des devoirs, ils voient bien comment sont les élèves en cours. Leur avis est très important. Ils sont là en tant que témoins, si tu veux.

Sirius se rembrunit. Il ne se sentait toujours pas à l'aise lors de grandes réunions comme celle-là. Il préférait les petits comités. C'était une des séquelles les plus tenaces d'Azkaban. Il avait été habitué à la solitude et ne supportait pas la foule. Être avec une dizaine de personnes à la même table, c'était déjà trop. Il fallait qu'il revoit sa psychomage et vite. Il ne l'avait pas revue depuis la rentrée et ce n'était clairement pas une bonne chose. Il commençait à se rendre compte à quel point il avait besoin d'être suivi. Et à quel point il n'était pas sorti de l'auberge.

Il fut tiré de ses pensées par Dumbledore qui prit la parole :

- Bonjour à tous et merci d'avoir sacrifié quelques heures d'un précieux temps libre pour venir à cette réunion. Avant d'entrer dans le vif du sujet, je souhaiterais avoir vos impressions sur ce premier mois de cours. J'aimerais notamment savoir si vous avez constaté des rapprochements entre des élèves de différentes maisons, si vous avez remarqué une évolution dans les notes de ces élèves et si vous avez noté des changements d'ambiance au sein d'une même promotion. Nous allons commencer par vous, Pomona. Que pensez-vous de ce premier mois de cours ?

- Pour les première, deuxième, sixième et septième année, cela n'a pas vraiment changé par rapport aux années précédentes. Il y a peut-être juste un peu moins de tensions. Ils n'ont pas l'air affectés par le travail en binôme imposé à leurs camarades de troisième, quatrième et cinquième année.

- Et qu'en est-il de ces trois classes, justement ?

- Je dirais que les cours commencent tout juste à être un peu plus animés. C'est très, très léger mais ça se sent quand-même. Je veux dire par-là qu'il y a davantage d'élèves qui participent durant les cours. Et ce ne sont plus forcément toujours les mêmes. Cela doit venir d'un partage de connaissances réalisé dans le cadre des séances de travail. Après, je vois des binômes où ça a l'air de bien se passer et d'autres binômes où les relations semblent toujours tendues. Je remarque cette tendance dans les binômes composés d'un élève de Poufsouffle et d'un élève de Serdaigle. Ces deux maisons vont sûrement avoir besoin de temps pour s'apprivoiser.

- Bien, merci pour cet avis éclairé, Pomona. Remus, quel est votre ressenti à ce sujet ?

- Je n'ai pas beaucoup de points de comparaison, étant donné que je n'ai enseigné qu'une seule année avant celle-là mais je constate quand-même qu'il y a de meilleurs ententes entre les maisons. Surtout entre Serdaigle et Gryffondor. Mais cela est sans doute dû au fait que ces deux maisons n'étaient pas les plus rivales. Mis à part ça, il y a eu de sérieuses tensions entre plusieurs élèves au début de l'année mais cela s'est arrangé depuis. Je rejoins Pomona sur le fait que certains binômes sont encore en froid. Cependant, je suis sûr que cela s'apaisera avec le temps.

- Merci, Remus.

Ce fut ensuite au tour du professeur Manley et du professeur Gordon de s'exprimer. Sirius les écouta attentivement, curieux de savoir ce que ses deux collègues pensaient de leurs classes. Il fut surpris de voir le professeur Gordon assez mal à l'aise. Sirius le croisait relativement peu dans les couloirs, ce qui lui laissait croire que Gordon passait tout son temps soit dans son bureau, soit dans sa salle de classe, soit dans ses appartements. Dans tous les cas, il ne se promenait pas dans les couloirs en-dehors de ses rondes, contrairement à Sirius qui adorait se balader dans le château dès qu'il avait un peu de temps libre. Il ne voyait pas également Gordon dans la salle des professeurs. En fait, depuis la rentrée, il ne l'avait tout simplement presque pas vu. Sirius entendait juste parler de son collègue par les élèves. C'était grâce à eux qu'il savait que Gordon était majoritairement apprécié. Mais il avait une étrange impression en entendant certains élèves parler de ce collègue. Il n'avait pas envie de faire connaissance avec Gordon mais cela l'intriguait beaucoup.

Sirius fut une nouvelle fois sorti de sa rêverie lorsque Dumbledore demanda à Snape de donner son avis.

- Pour ma part, je n'ai pas noté de changements notables dans le niveau des élèves. Du moins, en ce qui concerne la pratique. Je les fais travailler séparément lors des préparations de potions, les plus faibles ne peuvent donc pas bénéficier de l'aide de leur binômes. Ceci dit, cela n'empêche pas certains élèves de s'adonner à des comportements de triche pour réussir leurs potions.

Sirius voulut répliquer mais Remus lui marcha sur le pied pour l'en dissuader.

- Pour ce qui est des relations entre les maisons, j'exige le silence durant mes cours alors je n'ai pas l'occasion de voir de grandes discussions remplies de mièvrerie et de bons sentiments entre deux élèves d'un même binôme.

Sirius et Remus murmurèrent un «rabat-joie» entre leurs dents. Ils se regardèrent et échangèrent un sourire. Ils écoutèrent leurs autres collègues donner leur avis, puis Dumbledore reprit la parole.

- Merci à tous. Au vu de ce que vous dites, le travail en binôme semble avoir d'ores et déjà porté ses fruits. Pas pour tous les binômes, certes, mais il faut plus de temps à certains pour accepter les différences de l'autre. Cela me conforte donc dans le fait que ce concept était une bonne idée. Elle n'a pas encore fait ses preuves pour tout le monde, mais cela viendra. Et d'après ce que j'ai compris, la situation, à l'heure actuelle, n'est pas pire qu'à la rentrée ?

- Non, les choses se sont relativement calmées pour les binômes où c'était le plus tendu, annonça Sirius. Ça a été compliqué pendant deux semaines mais ça a fini par s'arranger. Après, pour les binômes où ça reste un peu tendu, c'est juste qu'ils font le minimum syndical pour communiquer. Ils ne se détestent pas, en soi. Ils ne veulent simplement pas faire d'efforts l'un envers l'autre. Mais je pense qu'ils sont surtout mal à l'aise. Ils ne se connaissent pas et ils se retrouvent à devoir travailler ensemble du jour au lendemain. Il y a des élèves que ça déstabilise plus que d'autres.

- Vous pensez donc qu'il faut leur laisser du temps ? comprit Dumbledore.

- Oui, c'est ce que je pense.

- Partagez-vous l'avis de Sirius ? demanda Dumbledore à l'ensemble des professeurs.

La plupart des collègues de Sirius approuvèrent. Les autres, un peu plus perplexes, restèrent silencieux. Ce fut le cas de Snape, ce qui n'étonna pas Sirius : même si le Maître des potions était d'accord avec lui, il ne le dirait pas. Fierté oblige.

- Bien, il me semble donc nécessaire de poursuivre ce concept. Je ne m'attendais pas à ce qu'au bout d'un mois, tous les binômes s'entendent à merveille. Cela aurait été utopique d'espérer pareille chose. Les élèves de troisième, quatrième et cinquième année vont donc continuer à travailler en binôme. Il a cependant été porté à mon attention qu'une certaine fatigue avait été observée chez ces élèves. Les premiers à m'en informer ont été Remus, Sirius et Pomona. Il ne fait aucun doute que le travail en binôme est à l'origine de cette fatigue. Devoir s'organiser pour travailler ensemble sur six matières, cela peut-être compliqué et éreintant. J'aimerais donc savoir si vous avez tous remarqué un état d'épuisement général chez ces élèves ?

Cette fois, tous les professeurs acquiescèrent. Tous... sauf Snape. Cela agaça prodigieusement Sirius. Mais que faisait-il là, au juste ? Il ne servait à rien ! À une voix contre tous, personne ne tiendrait compte de ce qu'il pensait !

- Il faut donc y remédier, dit Dumbledore. Un mois seulement après la rentrée, ce n'est pas normal qu'autant d'élèves soient déjà épuisés à ce point. Nous avons déjà conclu que c'était dû au travail en binôme. Mais d'après vous, qu'est-ce qui rend ces séances de travail aussi épuisantes ? Oui, Pomona ?

- Je ne pense pas que ce soient les séances en elles-mêmes qui épuisent les élèves, mais plutôt la façon dont elles sont organisées. Le couvre-feu est certes instauré à vingt-et-une heures, mais une grande majorité des élèves font leurs devoirs jusqu'à vingt-trois heures, voire plus. Or, ils ne peuvent voir leurs binômes que jusqu'à vingt-et-une heures, enfin un peu moins car ils doivent se garder du temps pour rentrer à leur salle commune. Il y a aussi le fait qu'ils doivent dîner entre dix-huit heures et vingt heures. Ils doivent donc choisir entre dîner tôt ou dîner tard pour avoir du temps pour travailler avec leur binôme. Si le couvre-feu était instauré un peu plus tard pour eux, ils pourraient avoir plus de temps pour travailler ensemble après le dîner. Les élèves pourraient ainsi mieux s'organiser.

Sirius était totalement conquis par les propos de sa collègue. En regardant les autres professeurs, il remarqua qu'il n'était pas le seul.

- Quelqu'un veut-il ajouter quelque chose à ce que vient de dire Pomona ? demanda Dumbledore. Oui, Remus ?

- Je rejoins tout à fait l'avis de Pomona. En réalité, les élèves ont déjà une certaine organisation qui leur est imposée à cause de cette histoire de couvre-feu. Ils ont le droit de se promener dans le château de six heures à vingt-et-une heures. Cela signifie que, durant ce laps de temps, ils ont également le droit de travailler avec leur binôme. Mais pas avant, ni après. Ce qui fait qu'ils sont obligés de travailler sur les devoirs en commun jusqu'à vingt-et-une heures et qu'ensuite, ils doivent se concentrer sur les devoirs qu'ils ont à rendre individuellement. Sauf que cette organisation peut ne pas convenir à tout le monde. Il faudrait que les élèves puissent davantage choisir les moments où ils veulent travailler sur tel ou tel devoir.

- Bien. Est-ce que quelqu'un a quelque chose à rajouter ? Oui, Bathsheda ?

- Je sais que je ne suis pas réellement concernée mais je pense que prolonger le couvre-feu ne suffirait pas à faire retrouver aux élèves leur état de forme. Car ils travailleraient toujours autant. L'instauration du travail en binôme leur fait passer davantage de temps sur leurs devoirs, car ils doivent mettre en commun leur travail avec celui de leur binôme. Alors que, lorsqu'ils travaillaient seuls sur tous leurs devoirs, ils n'avaient pas à comparer leur travail avec celui de quelqu'un d'autre. Je pense donc qu'il faudrait revoir à la baisse la fréquence des devoirs à rendre en binôme.

Des murmures s'élevèrent dans la salle des professeurs. Sirius échangea de nouveau un regard avec Remus et comprit que, tout comme lui, son ami ne savait pas quoi penser de l'idée de Bathsheda. Mais ils devinèrent que certains de leurs collègues n'étaient pas d'accord du tout.

- Merci pour votre intervention, Bathsheda, dit Dumbledore, faisant ainsi taire les discussions. Quelqu'un souhaite-t-il s'exprimer sur cette proposition ? Oui, Severus ?

- Je pense qu'il ne serait pas judicieux de choisir cette solution. Ce ne serait pas un service à rendre aux élèves.

- Que voulez-vous dire par-là ?

- Eh bien, à entendre notre chère collègue, il faudrait donner moins de devoirs à faire aux élèves uniquement parce qu'ils n'arrivent pas à suivre le rythme. Je pense au contraire qu'il faut laisser la situation telle qu'elle est. Si on les laisse reculer face au moindre effort supplémentaire demandé, ils ne pourront jamais faire face à ce qui les attend après Poudlard. Et c'est exactement ce qui se passe pour bon nombre des élèves une fois leurs ASPIC en poche. En particulier ceux qui n'ont été ni préfets, ni membre de l'équipe de Quidditch de leur maison durant leur scolarité. Ils avaient beaucoup de temps libre et ils croyaient qu'il en serait de même durant la formation qu'ils suivraient après Poudlard. Beaucoup d'entre eux ont subi de grosses désillusions. Car ils sont bien trop ménagés à Poudlard. Cette idée de travail en binôme est la meilleure décision qui ait été prise depuis longtemps.

- Donc, selon vous, il ne faut rien faire ? supposa Dumbledore.

- Exactement.

- Mais c'est complètement stupide ! Et irresponsable ! s'emporta Sirius. Ces élèves sont au bout du rouleau, ils sont au bord du burn-out, ils n'arrivent pas à s'en sortir avec tout le travail qui leur est demandé et toi tu veux laisser ça comme ça ?!

- Il faut bien que quelqu'un pense à ce qui les attend après Poudlard, répliqua Snape. C'est bien beau de les orienter vers la formation qui est la mieux adaptée pour eux mais on n'insiste pas assez sur l'intensité de n'importe quelle formation ! Plus de trente pour cent des élèves veulent devenir Aurors. Et ce, chaque année. Pourtant, ces dernières années, les Aurors qui ont été engagés se comptent sur les doigts d'une main. Tu veux savoir pourquoi ? Parce que quatre-vingt-dix pour cent des candidats à la formation d'Auror abandonnent avant la troisième année ! Parce qu'ils ne s'attendaient pas à ce que ce soit aussi dur et intense ! Si on les préparait un minimum à Poudlard, il y aurait plus de personnes qui iraient jusqu'au bout des trois années de cette formation ! Et Merlin seul sait combien nous avons besoin d'Aurors dans notre monde !

- Mais tu ne parles que de trente pour cent des élèves, là, répliqua Sirius. Que fais-tu des soixante-dix pour cent restants ? Et puis je trouve que tu caricatures un peu trop. Les élèves ne sont pas aussi tire-au-flanc que tu sembles le penser. À t'entendre, quand ils sortent de Poudlard, aucun d'entre eux ne vont jusqu'au bout de la formation qu'ils choisissent ! Peu importe la façon dont on les prépare à Poudlard, ils ne seront de toute façon pas entièrement prêts à affronter la formation qui les attend. Parce que ça n'aura jamais rien à voir avec ce qu'ils ont à faire à Poudlard. En plus tu réagis comme si Bathsheda avait proposé d'annuler les binômes. Mais ce n'est pas du tout ça qu'elle a dit. Elle veut juste qu'on réduise le nombre de devoirs à rendre en binôme. Moi je suis d'accord avec elle. Il faut garder les binômes mais alléger un peu le travail demandé. Et je suis d'accord également avec le fait qu'il faudrait retarder le couvre-feu. Cela permettrait aux élèves de rester plus longtemps avec leur binôme.

Sirius, qui s'était légèrement redressé durant sa tirade, se rassit convenablement sur sa chaise. Il tourna la tête vers Remus et sentit une douce chaleur s'insinuer en lui en voyant le regard fier que son ami posait sur lui.

- Merci, Sirius. Quelqu'un veut-il ajouter sa pierre au débat ? Oui, Septima ?

- Je suis d'accord avec Sirius et Bathsheda. Ce n'est pas une bonne chose de donner autant de travail aux élèves. D'autant plus que cela survient de façon beaucoup trop brusque. Ils n'ont pas eu le temps de s'y préparer. Ils ont dû s'organiser du jour au lendemain pour gérer quelque chose dont ils n'ont pas l'habitude. Il ne faut pas oublier non plus que certains élèves ont des obligations, que ce soit en étant préfets ou en étant membres d'une équipe de Quidditch. Il y a même des élèves qui sont les deux à la fois. De plus, les cinquième année ont quand-même les BUSE à passer en fin d'année. Il faut qu'ils soient dans les meilleures conditions possible pour réussir leurs examens. Ce n'est pas en étant à bout de forces au bout de seulement un mois de cours qu'ils vont réussir leurs BUSE. Si on les force à travailler d'arrache-pied comme ils le font actuellement, ils auront certes appris à faire face à ce qui les attend après Poudlard, mais à quoi ça va leur servir s'ils n'ont même pas pu avoir leurs BUSE ? Ça va les décourager pour les deux années d'après et ils ne pourront pas poursuivre les matières les plus importantes. Ce qui signifie qu'ils ne pourront pas passer leurs ASPIC dans ces mêmes matières.

Sirius sentit que Septima avait fait mouche. Il espérait que le débat se terminerait là-dessus.

- Merci, Septima. Est-ce que quelqu'un souhaite ajouter quelque chose ? Oui, Ernest ?

- Les arguments de Sirius, Bathsheda et Septima sont très pertinents mais je suis plutôt d'accord avec Severus. Les élèves ont besoin d'être cadrés. Je trouve qu'il y a peut-être un peu trop de laxisme dans le travail qui leur est demandé. D'accord, les matières ne sont pas les mêmes, il n'y a pas autant de contenu dans l'une que dans l'autre mais c'est quand-même surprenant que des professeurs demandent trente centimètres de parchemin tandis que d'autres exigent quatre-vingt centimètres voire un mètre pour certains. Il y a un manque de cohérence et de stabilité. Il y a des matières où ils doivent passer vingt minutes sur leur devoir et d'autres où ils doivent y consacrer plusieurs heures. En leur imposant un certain nombre de devoirs à rendre par mois, ça crée déjà un peu plus d'équité. Je pense donc qu'il faut rester sur la situation actuelle.

- Merci, Ernest. Quelqu'un d'autre souhaite-t-il s'exprimer ? Non ? Bon. Comme il y a visiblement deux camps qui s'opposent, nous allons devoir procéder à plusieurs votes.

Sirius se crispa. Il n'aimait pas ça du tout. L'intervention d'Ernest avait peut-être fragilisé le camp dans lequel Sirius était. Il ne savait pas si Ernest avait réussi à convaincre plusieurs professeurs.

- Inutile de sortir les rouleaux de parchemin, vous allez voter à main levée, informa Dumbledore. Comme il est question du bien-être des élèves, je demanderai à Poppy de voter s'il y a une égalité. Car vous êtes quatorze professeurs et je ne veux pas d'abstention. Bien, commençons les votes. Ceux qui sont en faveur d'un allègement des devoirs, levez la main.

Sur les quatorze professeurs, onze se manifestèrent. Sirius fut déjà un peu rassuré.

- Ceux qui sont pour un couvre-feu retardé ?

Cette fois, sept professeurs levèrent la main. Sirius se tendit de nouveau. Il y avait égalité. Poppy allait devoir trancher.

- Poppy, qu'en pensez-vous ? demanda Dumbledore.

- Si, de toute façon, le travail en binôme est conservé, alors je pense qu'il vaut mieux que les élèves puissent travailler avec leur binôme aussi longtemps que nécessaire afin qu'ils puissent s'organiser au mieux. Je suis donc pour un couvre-feu plus tardif.

Sirius relâcha une nouvelle fois la pression. Il était lui aussi pour un couvre-feu retardé.

- Merci, Poppy. Nous allons maintenant devoir nous mettre d'accord sur des chiffres. Étant donné qu'il y aura moins de devoirs en binôme, il faut choisir une fréquence. Quelqu'un a-t-il une idée ? Oui, Remus ?

- Je pense qu'un devoir commun par mois suffira largement. On peut également instaurer cette fréquence pour les devoirs sur table et les devoirs individuels. Trois notes par mois dans chaque matière, cela me semble tout à fait raisonnable.

- C'est une proposition, admit Dumbledore. Ceux qui sont pour, levez la main.

Dix professeurs firent savoir leur approbation.

- Bien, je vous demanderai donc à tous de respecter cette fréquence pour chaque type de devoir. Il reste un dernier point à traiter. Quelqu'un a-t-il une heure à proposer pour le nouveau couvre-feu pour les élèves de troisième, quatrième et cinquième année ? Oui, Filius ?

- Je propose vingt-trois heures.

- C'est trop tard ! protesta Pomona. Je proposerais plutôt vingt-deux heures.

- Ils n'auront le temps de rien faire, protesta Aurora. Une heure de plus, ce n'est rien. Je dirais plutôt minuit.

- Tu es hors compétition, Aurora, rétorqua Septima. Tes cours ont lieu de vingt-et-une heures à minuit, alors toi ça ne te pose aucun problème que des élèves se promènent dans les couloirs à minuit !

- Aurora est un professeur comme les autres, Septima, opposa calmement Dumbledore. Elle a autant le droit de donner son avis que n'importe lequel ou laquelle de ses collègues. Je retiens donc vingt-deux heures, vingt-trois heures et minuit. Quelqu'un a-t-il une autre proposition ? Non ? Bien, nous allons passer aux votes.

Sirius grimaça. Il n'était pas confiant. Il y avait trois propositions et ils étaient quatorze professeurs. Il avait peur que le couvre-feu soit choisi à vingt-deux heures ou à minuit alors que lui préférait vingt-trois heures, comme Filius.

- Qui est pour un couvre-feu à vingt-deux heures ?

Pomona et Septima levèrent la main. Cela ne faisait que deux votes. Sirius fut en partie soulagé. Il aimait beaucoup Pomona mais sa proposition était la plus absurde.

- Qui préfère un couvre-feu à vingt-trois heures ?

Sirius leva la main, comme Remus, Gordon, Filius, Bathsheda et Charity. Sirius grinça des dents. Ils allaient se retrouver à égalité avec la troisième proposition !

- Qui est en faveur d'un couvre-feu à minuit ?

Snape, Ernest, Aurora, Rolanda, Hagrid et Sybille levèrent la main.

- Il y a égalité, constata Dumbledore. Poppy, nous avons besoin de votre vote.

- Je trouve que minuit, c'est un peu trop tard. Je vote donc pour vingt-trois heures.

- Merci, Poppy. Je crois que nous avons tout traité. Je prendrai la parole dans la Grande Salle demain matin pour annoncer les changements qui ont été effectués. Comme certains élèves ne seront peut-être pas présents à ce moment-là, je compte sur chacun d'entre vous pour en parler aux élèves au début de votre cours. Vous pourrez ainsi apporter des précisions si certains élèves vous posent des questions. Je vous remercie tous pour votre présence et votre coopération. Vous pouvez y aller.

Les professeurs qui n'avaient pas eu gain de cause furent les premiers à sortir de la salle. Sirius fut ravi de voir Snape partir d'un pas raide. Aucune de ses propositions n'avaient été retenue.

- Tu crois qu'il va s'en remettre ? lança Sirius à Remus d'un ton moqueur.

- Qui ? répondit Remus d'un air distrait.

- Servilus, voyons, répliqua Sirius en faisant les gros yeux.

- Ah... Je n'en sais rien. Ce n'est pas trop lui que je regardais, en fait.

- Regarder... dans quel sens ? lâcha Sirius, soupçonneux.

Remus leva les yeux au ciel.

- Pas dans le sens que tu crois. Les relations entre collègues sont interdites, Sirius, je te l'ai déjà dit. Je n'irais donc pas m'intéresser d'un peu trop près à un des professeurs.

- Sauf si tu tombes sous son charme sans le vouloir. Du genre «ça te tombe dessus sans prévenir, tu ne peux rien contrôler, c'est plus fort que toi». Mais rassure-moi, ça n'arrivera jamais avec Snape ?!

- Bien sûr que non.

- Tant mieux. Bon, lequel de nos collègues regardais-tu, alors ?

- Brian. Il m'inquiète, avoua Remus. Il était complètement effacé, durant la réunion. Il n'a pas parlé une seule fois.

- Charity, Sybille, Hagrid et Rolanda non plus.

- Oui mais eux ne sont pas nouveaux dans l'équipe professorale. Hagrid ça fait deux ans qu'il enseigne et les autres sont de vieux rodés. Brian, lui, est nouveau. Et j'ai bien l'impression qu'il a du mal à s'intégrer.

- Va lui parler, alors.

- Je ne suis pas doué pour ça. Je ne sais pas mettre les gens à l'aise. Et c'est ce dont il a besoin. Toi, en revanche, tu sais faire ce genre de choses.

Sirius écarquilla les yeux.

- Tu es en train de me demander d'aller lui parler ?

- Oui.

- Mais tu sais très bien que je ne le porte pas dans mon coeur ! Il m'agace, ce type.

- Oui, parce qu'il a plein de qualités et qu'il s'est vite fait apprécier de tout le monde. Mais il n'a rien fait pour ça. Au contraire, il ne parle à personne. Il ne cherche pas à ce qu'on s'intéresse à lui. Bien au contraire. Je ne vois donc pas ce que tu lui reproches.

- C'est un ancien Serpentard et il enseigne la Défense Contre les Forces du Mal. Ça ne m'a pas inspiré confiance direct. En plus je suis sûr que c'est un Sang-Pur.

- D'accord, donc si je comprends bien, tu ne l'aimes pas à cause de simples préjugés ? Mais enfin, Sirius ! Comment veux-tu que les élèves dépassent leurs idées reçues pour accepter leur binôme si un de leurs professeurs nourrit des préjugés envers un de ses collègues ?

Sirius grimaça de nouveau. C'était vrai, ce que disait Remus. Il le savait.

- Tu as raison, admit-il. C'était stupide. Bon, je veux bien aller lui parler. Mais je ne sais pas quoi lui dire...

- Commence par lui demander si ça se passe bien pour lui à Poudlard.

- D'accord. J'y vais. Tu peux rentrer, si tu veux. Je ne sais pas pour combien de temps j'en ai avec lui.

Remus acquiesça et s'en alla. Sirius prit son courage à deux mains et se dirigea vers Gordon qui, par chance, était encore dans la salle des professeurs. Il semblait chercher quelque chose. Cela donna une brillante idée d'approche à Sirius.

- Tu cherches quoi ?

Gordon sursauta et se retourna.

- Désolé de t'avoir fait peur, s'excusa Sirius.

- Ce n'est rien. Je cherche des copies que j'ai oubliées ici.

- Tu travailles parfois ici ? s'étonna Sirius.

- Oui, mais c'est rare. Je viens quand je vois qu'il n'y a personne, en fait.

Sirius ne savait pas s'il devait être admiratif devant autant de franchise ou perplexe face à l'aveu de Gordon.

- Mais... tu sais que ça s'appelle la salle des professeurs ? C'est entre autres fait pour se réunir entre nous.

Sirius se trouva un peu culotté de dire une chose pareille, lui qui fuyait aussi les grande réunions.

- Je sais mais... je n'aime pas quand il y a trop de monde.

- Pourquoi ?

- Je ne suis pas à l'aise. Je n'aime pas être au milieu d'autres personnes dans un endroit confiné.

- Oh... Mais tu savais pourtant que c'était ce qui t'attendait en choisissant de devenir professeur ?

Sirius n'avait même pas besoin de se forcer pour parler avec Gordon. Cela l'intéressait vraiment d'avoir des réponses aux questions qu'il lui posait. De plus, il arrivait à le faire parler, il était donc plutôt content.

- Oui et c'est pour ça que j'ai décidé de faire ce métier.

- Pour te retrouver au milieu de quarante personnes... alors que tu n'aimes pas ça ?

Gordon sourit.

- Mais non. Pour vaincre ma timidité.

- Oh...

Tout s'expliquait. «J'aurais dû y penser plus tôt» se dit Sirius.

- Je vois. Et... euh... tu y arrives ?

- Pas vraiment. Mais ça va venir.

Gordon semblait aussi convaincu que Sirius lorsqu'il se disait que, peut-être, un jour, il réussirait à s'entendre avec Snape.

- Si tu le dis. Ça se passe bien, avec tes élèves ?

- Oui.

La réponse de Gordon était trop rapide pour être sincère.

- Tu es sûr ?

- Oui, pourquoi ? Ça ne se passe pas bien avec les tiens ?

«Malin» songea Sirius. Gordon retournait la situation en sous-entendant que Sirius avait peut-être des problèmes avec ses élèves. Il était bien un Serpentard.

- Si, je me suis vite fait accepter. Je ne suis peut-être pas le plus autoritaire des professeurs – je dirais plutôt l'inverse – mais les élèves écoutent mon cours et me respectent.

Le trouble se lut dans le regard de Gordon. Cela ne faisait plus de doutes pour Sirius : ses cours ne se passaient pas comme ils le devraient.

- Eh bien, tant mieux pour toi, lâcha Gordon. Bon, je crois que mes copies ne se trouvent pas ici, tout compte fait. J'ai dû les oublier dans ma salle de classe. Ou dans mes appartements. Je vais vérifier ça. Passe une bonne fin de journée.

Gordon prit sa mallette et sortit de la salle comme s'il avait le Quintaped aux trousses. Sirius se retrouva alors tout seul, les autres professeurs étant partis. Il était irrité. Gordon le prenait clairement pour un gnome. Il lui mentait, c'était évident. Et Sirius n'aimait pas du tout ça. Il comptait bien faire la lumière sur cette histoire. Il ne savait plus vraiment pourquoi il détestait Gordon depuis la rentrée mais son collègue n'avait pas l'air si méchant et il avait visiblement besoin d'aide. Sirius allait donc l'aider. Il s'apprêtait à partir lorsque son regard fut attiré par une pile de parchemins posée sur une petite table au fond de la salle. Il s'approcha, prit le parchemin qui se trouvait sur le dessus de la pile et vit qu'il s'agissait d'un devoir de Défense Contre les Forces du Mal. Gordon devait vraiment être mal à l'aise pour être parti aussi vite alors que les devoirs qu'il cherchait se trouvaient bel et bien dans la salle des professeurs. Sirius soupira. Il devait vraiment faire quelque chose. Il en parlerait à Remus qui savait toujours quoi faire. Ce fut sur cette décision qu'il rentra à ses appartements. Il y avait au moins une chose positive à tirer de cette réunion : la fatigue des élèves avait été écoutée. Ils auraient moins de travail dès la semaine suivante et ça, c'était vraiment une bonne nouvelle.

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(lundi 02/10) POV Harry

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La semaine commençait bien pour Harry. Le matin-même, comme tous ses camarades, il avait appris qu'il n'aurait plus qu'un devoir commun, un devoir individuel et un devoir sur table par mois. Cela avait été un grand soulagement pour tous les élèves. De plus, le couvre-feu avait été retardé à vingt-trois heures pour les élèves de troisième, quatrième et cinquième année afin qu'ils puissent travailler plus longtemps avec leur binôme. Visiblement, la réunion entre professeurs de la veille avait porté ses fruits. Il avait voulu en savoir plus auprès de Sirius à la fin du cours de sortilèges mais son emploi du temps ne le lui avait pas permis. En revanche, il terminait la journée par métamorphose, il pourrait ainsi glaner quelques informations auprès de Remus à la fin du cours.

C'est ainsi qu'il alla voir Remus lorsque celui-ci libéra sa classe.

- Qui vient me voir ? demanda Remus d'un air amusé. L'élève ou juste Harry ?

- Euh... les deux ? hasarda Harry en souriant. Non, je voulais juste savoir comment s'était passée la réunion d'hier.

- Désolé mais j'ai cours avec les troisième année.

- Oh, ils peuvent bien attendre ! Allez, s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît !

Remus secoua la tête, l'air dépité.

- Quinze ans et ça fait encore des caprices.

- Je n'en ai jamais fait durant mon enfance alors je me rattrape aujourd'hui, se défendit Harry.

- Eh bien je plains Sirius ! Non mais sérieusement Harry, ce serait beaucoup trop long à t'expliquer maintenant. La réunion a duré plus de deux heures. Et elle a été très intense.

- Mais ne te gêne pas, fais-en exprès de me mettre l'eau à la bouche ! s'écria Harry.

Remus éclata de rire.

- Bon, je peux te dire deux choses : Sirius a eu ce qu'il voulait alors que ton professeur de potions n'a pas eu gain de cause. J'imagine que tu ne l'as pas vu depuis vendredi alors je te rassure : tout le monde est sorti vivant de cette réunion.

- Oh là là j'aurais trop aimé y être ! J'ai hâte que vous me racontiez tout ça.

- Tu es le bienvenu ce week-end à venir prendre le thé avec nous.

Harry écarquilla les yeux.

- Mais... on est lundi, Remus ! Je ne vais jamais pouvoir attendre jusque-là !

- Ne t'en fais pas, même si tu vas avoir moins de devoirs, tu vas quand-même être très occupé. Tu n'auras pas le temps d'y penser.

- Oui mais on pourra davantage respirer. Bon, je viendrai ce week-end, c'est promis. Je vais te laisser, je ne voudrais pas priver plus longtemps les troisième année de leur merveilleux cours de la merveilleuse matière enseignée par leur merveilleux pro...

- File, gronda Remus.

Harry ne se fit pas prier et quitta la salle avec un sourire victorieux aux lèvres. Il avait eu ce qu'il voulait. Ravi de son succès, il prit la direction de la salle des binômes, devant retrouver Malfoy pour une séance de travail. Celui-ci avait décidé d'attendre Harry là-bas plutôt que devant la salle de métamorphose, arguant qu'il pourrait ainsi disposer toutes ses affaires sur la table avant que celle-ci ne se retrouve envahie par celles de Harry. Ce dernier ne l'avait pas mal pris : il savait qu'il était bordélique.

Il venait de déboucher sur un couloir lorsqu'il vit deux élèves sortir précipitamment des toilettes. Harry eut l'étrange impression qu'ils avaient quelque chose à se reprocher. Pris d'un mauvais pressentiment, il se rendit aux toilettes que les deux élèves venaient de quitter. Il ne trouva rien de suspect. Peut-être était-il trop méfiant... Il décida quand-même de vérifier si ces élèves n'avaient pas laissé quelque chose dans les cabines. Bon, ce n'était pas très malin de sa part car si c'était quelque chose qui était censé exploser, il se mettait bêtement en danger. Mais il regarda quand-même dans chaque cabine. Elles étaient toutes ouvertes, sauf une. Et il n'y avait rien qui indiquait un éventuel danger. Il regarda un long moment la seule cabine dont la porte était fermée. Ces élèves y avaient-ils mis quelque chose de dangereux ? Avaient-ils réussi à fermer la porte de l'extérieur ? Ou y avait-il tout simplement quelqu'un dans cette cabine ? Il sentit son mauvais pressentiment s'accentuer à cette idée. Y avait-il eu une agression ? Bien décidé à en avoir le coeur net – et à porter secours à une éventuelle victime – il se dirigea vers la cabine et frappa quelques coups à la porte.

- Il y a quelqu'un ?

Pas de réponse. Il se baissa et regarda sous la porte. Il y avait des pieds. Il frappa de nouveau.

- Je sais qu'il y a quelqu'un, je n'hésiterai pas à faire usage de ma ba...

Il s'interrompit en entendant le loquet de la porte se débloquer. La porte s'ouvrit sur un élève que Harry connaissait – désormais – bien. Ce ne fut pas tant l'identité de l'élève qui le choqua, mais le fait qu'il était trempé. Surtout ses cheveux. Il serra les poings en comprenant ce qui s'était passé.

- Comment t'es-tu retrouvé là ? demanda-t-il doucement à Théo.

- J'y suis allé de moi-même mais j'ai été suivi, murmura le Serpentard.

- Par qui ?

- Je ne sais pas, je ne connaissais pas ces élèves.

- Tu as peut-être vu de quelle maison ils étaient ?

Théo sembla hésiter.

- Je ne dirai rien, promit Harry.

- C'étaient des Serdaigle. Et ils étaient sûrement en sixième ou septième année. Ils étaient plus grands et sûrement plus vieux que moi.

Les méninges de Harry se mirent à fonctionner à plein régime.

- D'accord, dit-il lentement. Il y a peut-être moyen qu'on sache qui sont ces deux élèves.

- Mais tu m'as dit que...

- Que je ne dirai rien, oui, et je tiendrai ma promesse, tempéra Harry. Mais si jamais tu te décides à parler aux professeurs du harcèlement que tu subis depuis ton coming-out, ce serait bien d'avoir des noms.

- Ce n'est rien de méchant, marmonna Théo. Ils ne me font pas de mal physiquement.

- Ce n'est pas une raison ! Bon, je suis mal placé pour te faire la morale, moi non plus je ne dis rien, avoua Harry.

Théo leva brusquement la tête, l'air surpris.

- Tu te fais embêter, toi aussi ?

- Oui mais moins que toi, je pense. En fait ce sont juste des mots en classe que je reçois ainsi que des remarques un peu partout dans l'école.

- Comme moi. Mais là c'était la première fois qu'on me faisait ce genre de coup, en fait.

- Pour moi ça reste une agression, dit Harry, mal à l'aise. Je me doute que tu n'as pas envie de me dire ce qui s'est passé mais... je crois que j'ai compris. Et rien que ça, c'est grave. Ça ne doit pas rester impuni.

- On n'en a pas fini si on doit se plaindre de chaque élève qui nous embête...

Harry grimaça. Théo n'avait pas tort. Il ne comptait plus le nombre d'insultes, de remarques et de blagues salaces qu'il s'était pris dans les couloirs depuis son coming-out. C'était impossible de donner le nom de tous les élèves, surtout qu'il y en avait certains que Harry ne connaissait pas. Il reporta son attention sur Théo et sentit son coeur se serrer en voyant la honte qui se lisait dans le regard de son ami. Faire connaissance avec le fond de la cuvette des toilettes – avec sûrement un Aguamenti pour augmenter le volume d'eau – n'avait rien de reluisant mais il n'y était pour rien. Il était une victime.

- Tu veux que je t'accompagne à ton dortoir pour que tu puisses te changer ? proposa-t-il gentiment.

- J'ai cours, répondit Théo, la voix tremblante.

Il avait l'air tellement mal que Harry eut envie de le prendre dans ses bras. Il dut se faire violence pour ne pas le faire, craignant de brusquer Théo qui pourrait prendre peur. Il ne savait pas quoi faire. Si Théo arrivait en retard à son cours de runes, le professeur Babbling allait sûrement vouloir savoir pourquoi il arrivait si tard. Surtout qu'il ne pouvait décemment pas arriver en cours avec les cheveux et le haut de sa robe de sorcier trempés... Et Théo n'était pas du tout prêt à dire la vérité. Or, il était difficile de trouver une excuse valable pour justifier un retard. Il ne restait donc qu'une solution. Par chance, Harry avait réussi à ne pas se faire confisquer par Hermione les pastilles de Gerbe que lui avait données George. Il les gardait toujours sur lui au cas où il en aurait besoin. Il n'avait jamais compté s'en servir pour sécher volontairement un cours. Il voulait juste en avoir sur lui si, d'aventure, il se retrouvait dans une situation compliquée. Et c'était le cas en ce moment-même. Il allait donc en faire profiter Théo. Bon, il fallait d'abord le convaincre.

- Théo... J'ai une idée pour que tu n'ailles pas en cours mais ça risque de ne pas te plaire.

Théo parut choqué.

- Tu veux que je sèche mon cours de runes ?!

- C'est ça ou tu dois trouver une raison pour justifier ton retard, répliqua Harry.

Théo se renfrogna.

- Bon, quelle est ton idée ?

- Tu vas prendre une pastille de Gerbe. Ça va te faire vomir comme si tu avais mangé un truc qui ne t'avait pas réussi. Tu peux arrêter les effets en prenant une autre pastille que je te donnerai aussi. Mais tu devras d'abord aller à l'infirmerie pour qu'elle constate ton état. Elle pourra attester que tu ne pouvais pas aller en cours comme ça. Tu auras une bonne excuse, comme ça.

- Mais... je ne vais pas prendre ça, lâcha Théo. Je veux dire... Ce n'est pas bien.

- Tu n'as pas trop le choix.

Théo sembla peser le pour et le contre avant de soupirer.

- Bon, d'accord. Mais il faut d'abord que j'aille me changer.

- Ma proposition de t'accompagner tient toujours.

- Je veux bien, alors, dit Théo en souriant.

Harry et lui sortirent donc des toilettes et prirent la direction de la salle commune des Serpentard. Une fois arrivés, ils se rendirent au dortoir de Théo. Harry resta derrière les rideaux de Théo pendant que celui-ci se changeait. Lorsqu'il ouvrit ses rideaux, Harry fut légèrement surpris par son apparence. Enfin, surtout par ses cheveux. Théo avait dû essayer de les faire sécher avec une serviette, ce qui les avait rendu un peu ébouriffés. Cela lui allait divinement bien.

- Tu devrais rester comme ça, dit Harry en souriant.

- Ben voyons, tu crois que je vais m'amuser à me mouiller les cheveux et à les sécher pendant cinq minutes tous les matins ?

- Pffff, si tu ne fais pas d'efforts, aussi... Tes cheveux sont bien, d'habitude, je ne dis pas le contraire, mais là ça te va encore mieux. Ça te donne un côté un peu...

- Rebelle ? Non merci, rétorqua Théo.

Harry leva les yeux au ciel.

- Bien, bien, je n'insiste pas, capitula-t-il. Ce n'est pas comme si tu cherchais à plaire à quelqu'un en ce moment, de toute façon. On verra ça quand tu auras quelqu'un en vue. Bon, je vais te donner les pastilles.

Harry posa son sac sur le lit de Théo, l'ouvrit et fouilla dedans pendant quelques secondes avant d'en sortir un sachet. Il prit la pastille et la tendit à Théo. Celui-ci la saisit, la regarda avec dégoût avant de la manger. L'effet fut immédiat. Théo devint aussi vert qu'une tomate pas mure.

- Allez, on va à l'infirmerie maintenant, chantonna Harry.

- Plus jamais je ne te suis dans un de tes plans ! se plaignit Théo.

- Tu me remercieras quand tu pourras justifier ton absence auprès de ton professeur de runes.

Même s'il était désolé d'avoir mis Théo dans cet état, Harry ne regrettait absolument rien. Théo n'aurait jamais voulu admettre qu'il s'était fait coincer dans les toilettes, alors pour Harry, il n'y avait que cette solution. Il accompagna donc Théo jusqu'à l'infirmerie qui était plutôt calme. Mme Pomfrey vint vite les voir. Elle s'enquit de l'état de Théo et l'emmena vers un des lits.

- Vous pouvez y aller, M. Potter. Je m'occupe de votre camarade.

- Est-ce qu'il sera remis sur pied pour le cours d'astronomie ? demanda innocemment Harry.

- Oui, ne vous en faites pas, il va prendre une potion, je vais le garder jusqu'en fin d'après-midi et si ça va mieux, il pourra sortir.

- Merci, Mme Pomfrey. Vous comptez le garder jusqu'à quelle heure, précisément ?

- Dix-sept ou dix-huit heures.

- D'accord. Je viendrai le chercher, au cas où il serait un peu faible. Au revoir.

- Harry, attends...

Harry, qui s'apprêtait déjà à partir, se retourna et regarda Théo qui venait de l'appeler.

- Je voulais te dire... merci. Et tu peux demander à Draco, Blaise ou Pansy de venir me chercher. Ne leur cache rien.

Harry acquiesça.

- Très bien, je leur dirai. Repose-toi bien.

Il sourit à Théo puis il quitta l'infirmerie. Il se rendit en tout hâte à salle des binômes où l'attendait Malfoy depuis une bonne vingtaine de minutes. Il était rassuré que Théo lui ait donné l'autorisation de tout dire à ses amis. Lorsqu'il arriva, il fut soulagé de voir que Malfoy était toujours là. Il soutint le regard empli de reproches du Serpentard alors qu'il s'installait à la table qu'il avait choisie.

- Je peux savoir ce que tu faisais ?!

- J'étais avec Théo.

- Tu te fiches de moi ? Théo a cours, en ce moment-même !

- Il est censé avoir cours, rectifia Harry, agacé. Mais il n'a pas pu y aller.

- Comment ça ?

La colère de Malfoy avait laissé place à de l'inquiétude. Ayant ainsi son attention, Harry lui expliqua ce qui s'était passé.

- Mais ça ne peut pas continuer comme ça ! Il faut en parler aux professeurs !

- Théo ne veut pas, soupira Harry.

- Mais je m'en fous royalement ! Il ne peut pas garder le silence comme ça !

- Dit celui qui ne veut pas dire à son directeur de maison que deux de ses compagnons de dortoir harcèlent un de ses amis, répliqua sèchement Harry.

- Ça n'a rien à voir ! Dans cette histoire il n'y a que Crabbe et Goyle, alors que là ce sont plusieurs dizaines d'élèves qui embêtent Théo ! Il faut que les professeurs disent quelque chose, il n'y a qu'eux qui peuvent dissuader ces élèves de continuer à vous harceler, Théo et toi.

- Mais je n'ai jamais dit que...

- Oh, arrête, je suis assis à côté de toi en cours, je te signale ! J'ai bien vu que toi aussi tu recevais des mots. Et je sais que tu te prends aussi des remarques dans chaque couloir que tu traverses. Ce n'est pas normal, il faut mettre un terme à tout ça. J'en parlerai ce soir à Théo. Je vais d'abord mettre Blaise et Pansy au courant afin qu'ils m'aident à convaincre Théo. Et on en parlera aux autres préfets. Avec ton accord, bien sûr.

- Tu l'as. Je te fais confiance pour gérer ça.

- Tu acceptes aussi qu'on en parle aux professeurs ?

- Oui. Ce n'est pas mon genre d'aller me plaindre et chercher de l'aide auprès des professeurs mais là je commence à en avoir assez. J'en parlerai moi-même à Ron et à Hermione. Bon, on se met à notre devoir de métamorphose ?

Malfoy acquiesça et montra à Harry ce qu'il avait déjà rédigé. Ils travaillèrent ensemble jusqu'à seize heures, Harry ayant prévu de retrouver Adrian qui terminait les cours à cette heure-là. Ce n'était que le début de la semaine et Harry était déjà fatigué. Jouer aux anges gardiens pour Théo était aussi épuisant qu'une séance de travail en binôme et un entraînement de Quidditch réunis. Heureusement, il allait pouvoir se reposer lorsqu'il verrait Adrian. Du moins, c'était ce qu'il croyait à ce moment-là...

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Une heure et demie plus tard, Harry se rendit devant la salle de Défense Contre les Forces du Mal. Adrian en sortit quelques minutes plus tard, accompagné de ses amis dont il prit congé pour rejoindre Harry. Ils s'embrassèrent sans se soucier du regard des autres. Lorsque leurs lèvres se décollèrent, Adrian demanda à Harry :

- Où veux-tu aller ?

- Dans notre salle habituelle ?

- Ça valait bien le coup de se montrer au grand jour... se moqua Adrian.

- Hé, je suis venu t'attendre ici, chose que je ne pouvais pas faire avant, bouda Harry. Et puis on est plus tranquilles dans notre repaire secret.

- Je sais, c'était pour te taquiner, apaisa Adrian. Allons-y.

Même si toute l'école savait désormais qu'ils étaient ensemble, Adrian et Harry devaient continuer à faire attention lorsqu'ils se rendaient à la Salle sur Demande. Ils n'avaient pas très envie d'être suivis et que cette Salle soit découverte par tout le monde. Jusque-là, ils s'étaient bien débrouillés. Cette fois-ci encore, ils ne se firent pas remarquer. À peine furent-ils arrivés qu'Adrian s'empara des lèvres de Harry qui répondit avidement au baiser. Ils s'étaient rendus à Pré-au-Lard ensemble la veille mais ils n'avaient pas pu s'embrasser comme ils le faisaient actuellement. Ils étaient restés relativement sages et Harry avait été mortifié de s'en sentir frustré. Il voulait constamment sentir Adrian contre lui. Devoir se contenter de ses lèvres n'était guère satisfaisant. Là, il avait tout : les lèvres d'Adrian sur les siennes, le corps d'Adrian contre le sien et les mains d'Adrian dans ses cheveux. Sans être sauvage, leur baiser était ardent et passionné. Ils durent vite reprendre leur souffle et ils en profitèrent pour s'installer sur le canapé qui était là lors de chacun de leurs moments passés dans la Salle sur Demande. Harry s'allongea et posa sa tête sur les jambes d'Adrian qui entreprit un massage dans ses cheveux. Harry ferma les yeux et soupira de bien-être. Qu'est-ce qu'il était bien avec Adrian...

- Tu as passé une bonne journée ? s'enquit celui-ci.

- Ça peut aller.

Harry s'était efforcé d'adopter un ton neutre mais son corps s'était inévitablement tendu.

- Ton corps me dit tout le contraire, remarqua Adrian. Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Je n'ai pas très envie d'en parler.

Adrian soupira.

- Harry, je veux bien que tu aies ton jardin secret mais si tu as des problèmes, tu dois m'en parler. Je ne suis pas là uniquement pour qu'on passe du temps ensemble dans la Salle sur Demande. Je suis là pour t'écouter, te soutenir, te conseiller... Après, je comprends que certaines choses soient difficiles à dire mais je peux tout entendre. Je ne te force pas à me parler mais sache que je suis là.

Ces mots suffirent à Harry pour céder.

- Des gens s'en sont pris à Théo, aujourd'hui. Ils ne s'en sont pas pris physiquement à lui mais ils l'ont humilié. C'est la première fois que ça allait aussi loin. Je l'ai aidé mais j'ai bien vu que ça l'avait traumatisé. J'ai de la chance de ne pas encore avoir subi ce genre de choses. Mais tout comme lui, depuis que j'ai fait mon coming-out, je reçois des insultes et des remarques dans les couloirs et des mots et des dessins insultants en cours. Je pensais que j'allais m'y faire mais non. C'est toujours aussi dur à chaque fois. Ça me blesse et ça me fait de la peine. Parce que je n'estime pas mériter un tel acharnement. Je ne trouve pas ça juste.

- Tu as entièrement raison, approuva Adrian. Tu ne devrais pas te faire traiter comme ça. Mais il faut que tu en parles, Et Théo aussi. Vous ne pouvez pas garder ça pour vous. Bien sûr, les professeurs ne pourront pas punir chaque élève qui vous embête parce que j'imagine qu'il doit y en avoir un certain nombre mais les directeurs de maison peuvent intervenir.

- Je sais, c'est ce que Malfoy m'a dit.

- Il est moins bête que je ne le pensais.

- Tu es méchant avec lui. C'est un de tes coéquipiers, tu devrais être plus sympa avec lui.

- Oui, c'est ça, quand les veracrasses auront des ailes. Il va en parler aux professeurs, alors ?

- C'est ce qu'il veut faire mais il doit d'abord avoir l'accord de Théo. Et puis il faut mettre tous les préfets au courant. Mais je ne sais pas si l'intervention des directeurs de maison sera suffisante.

- Ça avait suffi, pour moi.

Harry haussa les sourcils, la tête toujours sur les genoux d'Adrian.

- Tu... tu as subi du harcèlement, toi aussi ?

- Je pense que tous les mecs et toutes les filles qui font leur coming-out subissent ce genre de comportement de la part des autres élèves. Moi ça n'a pas duré trop longtemps car j'ai vite réagi. Mon petit-ami m'y a poussé et il a eu raison. Les professeurs sont intervenus et ça s'est aussitôt relativement calmé. Bien sûr, je continuais à recevoir des remarques et des insultes mais c'était beaucoup moins fréquent. Aujourd'hui je suis plutôt tranquille. Les élèves de ma classe savent qu'ils ne doivent pas m'embêter car sinon je vais les dénoncer. Après il y en a qui me regardent toujours avec du dégoût dans les yeux mais ceux-là, je sais qu'ils ne m'accepteront jamais comme je suis. Et je m'en fiche car ce sont surtout eux qui sont à plaindre.

- J'aimerais avoir ta force d'esprit...

Une pensée traversa soudain l'esprit de Harry.

- J'ai une question à te poser, dit-il à Adrian.

- Je t'écoute.

- Est-ce que tu avais cours à quatorze heures ?

- Alors normalement j'aurais dû mais j'étais à l'infirmerie de treize heures à quinze heures.

- Sérieux ?! Mais j'y suis allé avec Théo peu après quatorze heures et je ne t'ai pas vu !

- Parce que j'étais derrière des paravents. Et je n'ai pas pu t'entendre car mon espace était insonorisé. J'avais besoin de calme.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Harry, inquiet.

- J'ai eu des vertiges et des nausées mais rien de grave, rassure-toi. Tu le vois de toi-même : je suis en pleine forme à l'heure qu'il est.

Harry se détendit en voyant qu'effectivement, Adrian semblait aller bien.

- Mais pourquoi m'as-tu posé cette question ?

- Parce que je voulais savoir si les deux Serdaigle qui s'en sont pris à Théo étaient de ta classe.

- Ah oui, tu voulais savoir si je les avais vus arriver en retard ? J'aurais adoré te dire «oui» et te balancer le nom de ces deux idiots si ce sont bien des septième année mais j'ai malheureusement choisi ce moment pour aller à l'infirmerie.

- Ce n'est pas grave, je sais à qui demander, dit Harry en souriant.

- Des membres de ton équipe ?

- Exactement.

- C'est utile d'avoir des connaissances dans chaque année, hein ?

- À qui le dis-tu ! Mais ce sont un peu plus que des connaissances. Ce sont les frères de Ron, en fait.

- Ah oui, je vois. Ils sont de mon année, en effet. Et ils étaient sûrement en cours à quatorze heures, eux.

- Je l'espère. Mais pour en revenir à ton coming-out, ça fait longtemps que tu l'as fait ?

- J'étais en quatrième année. J'ai fait savoir à tout le monde que j'étais gay en m'affichant avec mon premier petit-ami. Et comme je te l'ai dit, je n'ai jamais caché mes relations.

- Ok, donc ça fait trois ans que tu te balades dans les couloirs avec tes petits-amis et moi je n'ai jamais rien vu.

- Parce que tu ne me regardais pas, tout simplement, s'amusa Adrian. Toi, en tout cas, tu t'es fait très discret car je n'ai jamais soupçonné que tu sortais avec quelqu'un.

- Attends, tu veux dire que tu m'observais ?! Mais... depuis quand ?

- Tu vas être mal à l'aise si je te le dis.

- Je te promets que non.

- Depuis le début du Tournoi des Trois Sorciers.

- Ah ouais, quand-même... En gros tu m'as regardé toute l'année dernière, si je comprends bien ?

- En gros c'est ça, oui.

- Et tu as attendu cet été pour m'approcher ?

- Nous n'avons jamais eu l'occasion de se parler avant. À la ménagerie j'ai juste saisi ma chance. Je ne m'attendais pas vraiment à ce que tu sois intéressé.

- Je crois que j'ai eu un coup de foudre, ce jour-là, avoua Harry. Et tu m'as définitivement conquis dans le Poudlard Express. Je n'ai pas arrêté de penser à toi depuis. Tu m'as envoûté, en fait, plaisanta Harry. Ou alors tu m'as fait boire un philtre d'amour.

- Non, désolé, je n'ai absolument rien fait, plaida Adrian. Tu es tombé tout seul sous mon charme. Tu es un grand garçon, tu gères toi-même tes sentiments.

- C'est vrai.

Harry sentit que c'était le moment de le dire à Adrian. Son coeur se mit à battre un peu plus vite. Il se redressa, s'assit sur les genoux d'Adrian et le regarda droit dans les yeux.

- J'ai quelque chose à te dire.

- Je t'écoute.

Harry fut tenté de dire n'importe quoi mais il était un Gryffondor alors il ne se laissa pas démonter.

- Je t'aime.

Adrian haussa les sourcils, l'air surpris. Puis un sourire apparut sur ses lèvres.

- Je t'aime aussi.

Harry fondit d'amour en entendant ces mots. Sans hésiter, il se jeta sur les lèvres d'Adrian. Celui-ci sourit contre la bouche de Harry et le coucha doucement sur le canapé. Harry fut surpris de se retrouver soudain allongé mais il ne protesta pas. Il était trop occupé à embrasser Adrian pour ça. C'était tout ce qui comptait pour lui. Il frémit en sentant les mains d'Adrian descendre le long de ses hanches avant de remonter et de passer dans son dos. Alors qu'il le surplombait jusque-là, Adrian s'allongea sur lui, pressant son corps contre celui de Harry qui sentit sa température corporelle monter d'un coup. Il n'avait jamais été aussi proche d'Adrian. Leurs langues bataillaient l'une avec l'autre tandis que les mains d'Adrian voyageaient encore et encore sur le haut du corps de Harry. Ne voulant pas rester inactif, Harry déplaça lui aussi ses mains dans le dos d'Adrian. Il sentit le corps de son petit-ami se presser encore un peu plus contre le sien, ce qui envoya une onde de chaleur dans ses reins. Il avait de plus en plus chaud, si bien que sa robe de sorcier commençait à être de trop. Adrian rompit le baiser, Harry voulut alors dire quelque chose mais les lèvres de son petit-ami migrèrent vers son cou qu'elles mordillèrent tendrement avant d'y déposer une myriade de baisers. Harry ne put retenir un gémissement. Il était complètement perdu dans le plaisir que lui apportait cette bouche qui faisait des merveilles dans son cou. Lorsqu'Adrian se pressa une nouvelle fois contre lui, Harry se rendit soudain compte qu'une certaine partie de son anatomie avait commencé à réagir. Adrian avait forcément dû le remarquer, ce n'était pas possible autrement. Gêné et craignant que cela ne donne des idées à Adrian, il posa ses mains contre le torse de son petit-ami et le repoussa doucement. Adrian le regarda, l'air inquiet.

- Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai fait quelque chose qu'il ne fallait pas ?

- N... non, pas du tout, enfin, pas pour l'instant... Mais je... j'ai...

Harry se tut, n'arrivant pas à exprimer clairement ses pensées. Il vit Adrian sourire mais sans aucune trace de moquerie.

- J'ai senti, si c'est ça que tu veux me dire.

Ces simples mots soulagèrent Harry. Avant que la gêne ne reprenne subitement le dessus. Il avait honte, ce que devina Adrian :

- Hé, il n'y a pas de quoi être gêné. Ce serait même plutôt humiliant pour moi si c'était le calme plat chez toi. Ça prouve que je te fais de l'effet, ça fait plaisir. Et c'est totalement réciproque, si ça peut te rassurer. Après, si tu veux qu'on s'arrête là, je comprendrais.

C'était bien là le problème. Harry ne savait absolument pas ce qu'il voulait. Il ne voulait pas que tout ça s'arrête maintenant. Il voulait encore les mains et la bouche d'Adrian sur lui. Il décida alors d'être franc.

- Je ne sais pas ce que je veux faire. Je ne suis clairement pas prêt à aller trop loin mais... je ne veux pas non plus rester comme ça.

- Dans ce cas, est-ce que tu veux que je te soulage ?

Harry se sentit rougir violemment.

- Je... je ne suis pas trop à l'aise à l'idée de... d'enlever quoi que ce soit...

- Pas de souci, dit Adrian en souriant. Je ne regarde pas, je touche, c'est tout. Enfin, façon de parler. Ça te va ?

Harry acquiesça. Il n'avait pas eu besoin de réfléchir pour prendre sa décision. Il avait confiance en Adrian. Certes, cela ne faisait qu'un peu plus de trois semaines qu'ils étaient ensemble mais il se sentait prêt à passer ce cap. Et il en avait envie. Du moment où ces deux conditions étaient réunies, il ne voyait pas pourquoi il devrait se refuser à se faire plaisir. Ce n'était pas de sa faute si Adrian allumait ce désir en lui !

- Je peux juste t'enlever ta robe de sorcier ?

- Oui, bien sûr. Avec grand plaisir, même.

D'une main habile, Adrian dégrafa toutes les attaches de la robe de Harry et la lui retira. Puis il posa un genou entre les jambes de Harry avant de glisser doucement sa main dans le pantalon de celui-ci. Harry se crispa avant de se détendre aussitôt. Il n'avait jamais laissé quiconque le toucher aussi intimement, mais il n'avait pas spécialement peur. Il était juste stressé parce que c'était nouveau. Mais encore une fois, il avait toute confiance en Adrian. Il gémit en sentant les doigts d'Adrian frôler son entrejambe tendue à travers son sous-vêtement.

- Je peux ? demanda Adrian.

Harry hocha de nouveau la tête. Il détendit ses muscles lorsqu'Adrian passa sa main sous sa barrière de tissu. Mais il se tendit brusquement quand les doigts de son petit-ami s'enroulèrent autour de sa virilité tendue. Non pas de peur, mais de plaisir. Il dut faire appel à tout son self-contrôle pour ne pas se laisser aller immédiatement. Alors qu'Adrian commença à faire aller et venir sa main autour du membre de Harry, il posa ses lèvres sur les siennes, étouffant les gémissements qui sortaient de la bouche du Gryffondor. Celui-ci savait qu'il n'allait pas tenir très longtemps. Oubliée, la gêne. Il ne pensait qu'à la main qui lui faisait tant de bien et aux lèvres qui masquaient les preuves auditives de son plaisir. Adrian alternait entre va-et-vient et effleurement du gland et Harry trouvait cela absolument divin. Les mouvements s'accélérèrent, ses gémissements se firent plus bruyants, sa respiration se fit plus saccadée et les étoiles commencèrent à danser devant ses yeux. Il s'accrochait au plaid sur lequel il était allongé et il le serra de toutes ses forces lorsqu'il se libéra entre les doigts d'Adrian dans un cri toujours étouffé par les lèvres de son petit-ami. Il se sentit clairement partir dans un autre monde dans lequel il resta un bon moment. Lorsqu'il rouvrit ses yeux qu'il ne se souvenait pas d'avoir fermés, il tomba sur le regard empli d'amour d'Adrian. Une bouffée d'amour sans précédent le submergea et le poussa à attirer le visage d'Adrian vers le sien pour unir de nouveau leurs lèvres. Ce fut un baiser tendre, doux, amoureux, comme une conclusion à ce moment qu'ils venaient de partager. Lorsque leurs lèvres se séparèrent, Adrian eut d'ailleurs la présence d'esprit de prendre sa baguette afin de nettoyer Harry d'un sort. C'était plus confortable ainsi.

- Merci, chuchota Harry. Pas pour le sort, mais pour le plaisir que tu m'as donné.

- La seule chose qui compte pour moi, c'est que ça t'ait plu.

- C'est le cas. Mais... et toi ?

- Ne t'en fais pas, dit Adrian en souriant. J'ai réussi à faire redescendre la tension. De toute façon il n'y avait que toi qui devait prendre du plaisir aujourd'hui. Je veux qu'on y aille en douceur.

- Moi aussi mais pour la prochaine fois, je pourrai peut-être faire pareil ?

- C'est comme tu voudras, assura Adrian. Je suis déjà très touché que tu m'aies fait autant confiance. Tu veux ta robe de sorcier ?

- Oui, je veux bien.

Harry attrapa sa robe qu'Adrian lui tendit. Il s'en vêtit et la défroissa un peu. Il se rallongea et sa tête reprit sa place sur les jambes d'Adrian qui s'était rassis. Ils restèrent ainsi un long moment, parlant de tout et de rien, profitant simplement d'être ensemble, heureux et amoureux. Harry se sentait bien et oubliait tous ses soucis le temps de quelques heures. Avec Adrian, il était un adolescent comme les autres et ça faisait du bien.

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(mardi 03/10) POV Pansy

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- Pansy, il faut que je te parle.

Pansy leva les yeux vers Draco. Il se tenait debout, devant elle, l'air grave. Il semblait également mal et inquiet. Elle n'aimait pas du tout ça.

- Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui se passe ?

- C'est à propos de Théo.

Les doigts de Pansy se crispèrent sur sa plume. Elle la délaissa pour prendre sa baguette et entourer Draco et elle d'une bulle de silence.

- Vas-y, dis-moi tout.

- Deux élèves s'en sont pris à lui hier après-midi. C'est Potter qui me l'a raconté car c'est lui qui a retrouvé Théo. D'après ce qu'il m'a dit, deux Serdaigle ont plongé la tête de Théo dans la cuvette des toilettes.

Pansy écarquilla les yeux, choquée.

- Mais non ? Mais je vais les tuer ces deux veracrasses ambulants ! C'est qui ?!

- Potter n'a pas su me le dire. Mais il a une idée pour le savoir. Il faut juste qu'il croise les bonnes personnes.

- Mais ça s'est passé quand exactement ?

- Après le cours de métamorphose. Théo est allé aux toilettes et c'est là qu'il s'est fait embêter.

- Mais il n'était pas censé avoir runes, après métamorphose ?

- Si mais une envie pressante, ça n'attend pas. Surtout avec toutes les potions qu'il prend, quoi.

- Ne lui dis pas ça, il va rejeter la faute sur ton parrain. Mais qu'est-ce que Potter faisait par-là ?

- Il a sûrement pris un de ses raccourcis qui n'en sont pas pour me rejoindre à la salle des binômes. Il a vu deux mecs sortir précipitamment des toilettes, ça l'a interpellé et il a décidé de mener sa petite enquête.

- Il a dû sentir inconsciemment qu'il y avait Théo dans cette histoire. Ce n'est pas la première fois qu'il lui vient en aide. En plus il me semble qu'ils sont souvent fourrés ensemble. Je trouve ça bizarre, d'ailleurs.

- Ne te fais pas d'idées, Pansy. Théo n'a absolument pas de vues sur Potter et Potter n'a absolument pas de vues sur Théo.

- Comment tu le sais ?

- Parce que Théo veut simplement faire de Potter son ami et que Potter, lui, est beaucoup trop accro à son mec pour s'intéresser à Théo de cette manière-là. Par contre il a l'air tout à fait open pour avoir Théo comme ami. Il n'y a vraiment rien entre eux, tu peux me croire. De toute façon ce n'est pas ça la question. Il faut prévenir les autres préfets de ce qui se passe depuis que Théo et Potter ont fait leur coming-out. Ils subissent un vrai harcèlement, que ce soit en cours ou quand ils se promènent dans le château. Ça ne peut pas continuer comme ça. Ils sont déjà allés trop loin, là.

- Je suis bien d'accord. À ce niveau-là, ce sont aux directeurs de maison d'intervenir.

- Oui, c'est ce que j'ai pensé aussi.

- Mais est-ce que les deux principaux concernés sont d'accord ?

- Potter, oui. Et j'ai réussi à convaincre Théo hier soir. Ça a été un peu dur mais il était fatigué alors il a fini par céder. Il s'est endormi alors que j'étais encore avec lui. Il est épuisé psychologiquement parlant. Et il est aussi un peu abruti par les potions qu'il prend. Mais dès qu'il sera un peu plus libre de ses déplacements, il ira mieux.

- Justement, en parlant de ça, on ne devait pas mettre les autres préfets au courant des actes de Crabbe et de Goyle ?

- Les préfets de Poufsouffle savent déjà, Granger sait aussi mais je ne sais pas si elle en a parlé à Weasley, et pour les préfets de Serdaigle je n'en ai aucune idée. Il faudrait que je vois avec Granger où ça en est. Mais depuis quelques jours ça semble s'être calmé. Théo se sent moins épié, moins suivi. Mais le plus urgent pour le moment, c'est le harcèlement que subissent Théo et Potter. Il faut qu'on se réunisse avec tous les préfets. Ce qui serait bien, c'est que les deux principaux concernés, comme tu les appelles, soient là eux aussi. Comme ça ils pourront expliquer eux-mêmes à tous les préfets ce qui s'est passé depuis leur coming-out. Leurs propos ne seront pas déformés.

- C'est une bonne idée mais ça va être compliqué autant pour l'un que pour l'autre. Théo a horreur d'être au centre de l'attention, alors parler devant huit personnes... Et on a bien compris depuis la rentrée que Potter ne veut pas non plus avoir tous les regards braqués sur lui.

- Oui eh bien ils vont devoir faire un effort. Ils pourront se soutenir l'un l'autre, en tout cas.

- Et où aurait lieu cette réunion ?

- Ça c'est une bonne question. Il faudrait réserver un coin dans la salle des binômes. Et faire la réunion entre vingt heures et vingt-trois heures.

- Je pense que c'est faisable. Comment va-t-on prévenir les autres préfets ?

- Je n'en sais rien. Je comptais sur toi pour savoir comment on allait s'organiser.

Pansy sourit. Elle aurait dû s'attendre à cette réponse. Elle était la plus organisée du groupe avec Théo. C'étaient souvent eux deux qui planifiaient leurs sorties à Pré-au-Lard. Elle avait sûrement été nommée préfète grâce à sa capacité à gérer ce genre de choses.

- Je suis de ronde ce soir avec Weasley. Je lui en parlerai. De ton côté, ce serait bien que tu chopes le plus de préfets possible dans la salle des binômes. Déjà, si tu as Granger, tu auras Boot. Si tu as Boot, tu pourras lui demander d'aller chercher la préfète de Serdaigle. Après, si tu vois Crabbe et Goyle, tu verras aussi les préfets de Poufsouffle. Est-ce que tout est bien clair ?

- Oui, je crois.

- Bien. Je vais devoir y aller, il est presque dix-sept heures.

- Tu as préféré venir travailler dans notre salle commune plutôt que dans la salle des binômes ?

- Oui, mon binôme n'était pas libre.

- Comment ça, elle n'était pas libre ? Notre cours de potions a sauté au dernier moment, on n'a pas été prévenus, comment Patil a-t-elle pu prévoir quelque chose aussi vite ?

- Elle a tout simplement des devoirs individuels à terminer. Elle a pris du retard, elle essaie donc de le rattraper comme elle peut.

- Ok, je vois. Ça se passe bien, avec elle ?

- Oui, ça va. Elle est très différente d'Abbot mais c'est très agréable de travailler avec elle.

- Tu ne regrettes pas d'avoir dû changer de binôme ?

- Si, un peu. Je m'entendais vraiment bien avec Abbot. Elle a une forte personnalité et j'aime beaucoup ça. Mais bon, Patil ne s'en sortait pas avec Crabbe, alors Abbot a dû prendre sa place. Il fallait obligatoirement un ou une préfète pour Crabbe et Goyle. C'était le seul moyen pour arriver à les tenir. Sauf que Patil n'avait pas un caractère assez fort pour ça. C'est une bonne préfète mais elle est trop timide. Sinon elle et moi on s'entend bien. On se complète bien au niveau des matières. C'est une Serdaigle, elle est douée en tout mais ses points forts sont les sortilèges, l'histoire de la magie et la métamorphose. Moi, c'est plutôt les potions et la botanique. Nous avons en revanche un niveau équivalent en Défense Contre les Forces du Mal. Donc c'est plutôt pratique pour les devoirs.

- Je vois. Vous vous répartissez bien les matières. Bon, vas-y, je ne voudrais pas te faire arriver en retard.

Pansy acquiesça, rangea ses affaires et sortit de la salle commune de Serpentard. Elle rejoignit Weasley près des cachots, comme à chaque fois qu'ils avaient une ronde à effectuer ensemble.

- Salut, Weasley, dit-elle en arrivant. Désolée si je suis un peu en retard, je discutais de choses importantes avec mon homologue de Serpentard. Choses dont je vais devoir te parler à toi aussi. Et dont tu devras parler à Granger.

Weasley ne sembla pas étonné.

- Bien, répondit-il simplement.

Pansy se mit ainsi en route avec son homologue de Gryffondor. Elle attendit d'avoir passé le deuxième étage pour lancer le sujet.

- Est-ce que Potter t'a dit qu'il n'était pas tranquille en cours et dans les couloirs depuis qu'il a fait son coming-out ?

- Oui, il nous en a parlé à Hermione et à moi. En fait il nous a prévenus que Malfoy et toi risquiez de nous en parler. Du coup il a préféré prendre les devants.

- Il a bien fait. Il vous a dit aussi que Draco souhaitait en parler aux professeurs ?

- Oui, lui-même était favorable à cette idée. Hermione était pour aussi, évidemment.

- Et toi ?

Weasley hésita avant de répondre :

- Je sais qu'on ne doit pas cacher ce genre de choses aux professeurs mais... tu crois vraiment qu'ils vont nous croire ?

Cette question déstabilisa Pansy. Elle n'avait pas pensé à ça. Elle n'avait pas songé que sa parole ainsi que celle des autres préfets puissent être remises en cause.

- Si nous sommes huit préfets à venir leur dire la même chose, je pense qu'ils nous croiront, oui, dit fermement Pansy. Ils doivent bien savoir ce qui se passe dans l'école, de toute façon. Ou, plutôt, ils doivent s'en douter. Ils n'entendent et ne voient peut-être rien mais ils doivent être conscients qu'un coming-out entraîne ce genre de conséquences. Les élèves ne sont pas tous ouverts d'esprit et les professeurs le savent très bien. Ils ne sont pas idiots. Et puis ce ne doit pas être la première fois qu'un élève fait son coming-out. Bon, deux en même temps, ça doit être plus rare, c'est sûr. Mais ils doivent être capables de gérer ce genre de situation. Il faut leur faire confiance.

- Ils n'ont jamais été là pour Harry alors excuse-moi mais j'ai un peu de mal à leur faire confiance, répliqua Weasley.

Pansy fut surprise par la rancoeur qui s'entendait dans la voix de son homologue. Il avait l'air d'en vouloir beaucoup aux professeurs. Elle ne savait pas en quoi ils n'avaient jamais été là pour Potter mais cela semblait sérieux. Elle pensa alors à Théo. Comme Draco, elle s'était longtemps doutée qu'il se faisait maltraiter par son père. Il y avait des signes qui ne trompaient pas. Et, pourtant, les professeurs n'avaient jamais rien vu. Le professeur Snape, directeur de la maison de Serpentard, n'avait même jamais voulu écouter les alertes de Draco. Alors oui, il s'était rattrapé durant l'été en venant en aide à Théo, mais il n'en restait pas moins que, pendant quatre ans, il n'avait rien fait. Et elle savait que si Théo avait été dans une autre maison et que Draco en aurait parlé à Flitwick, Chourave ou McGonagall, cela aurait été la même chose. Sans preuve, les directeurs ou directrices de maison n'auraient rien voulu savoir. Mais là c'était différent. Il s'agissait de harcèlement au sein de l'école. Il ne s'agissait pas de maltraitances en-dehors de Poudlard.

- Ils nous écouteront quand-même, dit-elle d'une voix assurée. Et si jamais je me trompe et qu'ils ne veulent pas nous croire, tu n'auras qu'à leur balancer l'argument que tu viens de me donner. J'en ai un aussi à leur fournir. Ça les fera réfléchir.

Tout en parlant, Pansy se rendit compte qu'elle éprouvait elle aussi de la rancoeur envers les professeurs. Elle sut alors une chose : elle ne supporterait pas qu'ils fassent l'oreille sourde cette fois-ci. Et si c'était le cas, cela n'allait pas se passer comme ça.

- Parfaitement d'accord, asséna Weasley. Mais dans ce cas, il faudrait qu'on parle à tous les professeurs en même temps ? Comment on va s'y prendre ?

- Le mieux serait qu'on ait une réunion avec eux dans la salle des professeurs. Comme ça, on aura un moyen de pression sur eux.

- Comment ça ?

- S'ils ne veulent pas nous écouter, on fera un blocus. On ne quittera pas la salle des professeurs tant qu'on n'aura pas obtenu gain de cause. Ça restera tout à fait pacifique mais ils auront intérêt à ramener des sacs de couchage s'ils veulent dormir un peu. Car on passera la nuit dans cette salle s'il le faut. On ne lâchera pas l'affaire aussi facilement.

- C'est génial, comme idée, approuva Weasley. Mais avant de se confronter aux professeurs, il faut se réunir avec les autres préfets. Quand ? Où ?

- Demain à vingt heures, dans la salle des binômes. Vu qu'on a le couvre-feu jusqu'à vingt-trois heures désormais, ça va nous laisser deux heures et demie pour discuter. Histoire qu'on ait le temps de rentrer à nos salles communes. À vingt heures, il n'y a plus de rondes et plus d'entraînements de Quidditch. Et on se mettra dans un coin de la salle des binômes. On déménagera un peu les tables et les chaises, on s'entourera d'une bulle de silence et ça devrait faire l'affaire. Si quelqu'un veut ramener des victuailles, c'est plus que bienvenu.

- Je m'en occupe, assura Weasley.

- Ramène-en pour dix, il y aura aussi Potter et Théo. Car Draco, Granger, toi et moi, on sait les grandes lignes de ce qui s'est passé mais ce sera mieux d'avoir directement la version des principaux concernés. Et il y aura peut-être Blaise, aussi. Je ne veux pas qu'il soit mis à l'écart. Donc on sera onze, tout compte fait.

- D'accord, tu veux que j'en parle à Harry ?

- Ce serait bien, oui.

- Je le ferai dès que je rentrerai de notre ronde. D'ailleurs je crois que depuis dix minutes, on tourne en rond. On n'a pas bougé du deuxième étage.

D'abord surprise, Pansy se mit à rire.

- Et Draco qui dit que je suis capable de faire deux choses à la fois ! Apparemment ça n'inclut pas de parler et de faire sa ronde en même temps. Bon, je crois qu'il n'y a rien à cet étage, du coup. Inutile de faire le tour une quatorzième fois.

Weasley acquiesça et emboîta le pas à Pansy. Ils montèrent au troisième étage qui s'avéra un peu plus animé que les deux premiers. La ronde se poursuivit dans une ambiance très agréable qui plut beaucoup à Pansy. Cela devait faire quatre ou cinq fois qu'elle faisait une ronde avec Weasley mais elle ne s'était pas encore rendue compte qu'il pouvait être de très bonne compagnie. Elle se dit alors que ce ne serait pas plus mal de sympathiser avec un Gryffondor. Après tout, ses trois amis étaient plus ou moins proches d'un ou d'une Gryffondor : Draco avec Potter, Théo avec Granger et Blaise avec la fille Weasley. Même si cela faisait un moment que Blaise n'avait pas prononcé le nom de la rouquine. C'était étonnant, d'ailleurs. Y aurait-il de l'orage dans l'air entre Blaise et la fille de ses rêves ? Avait-il vu une de ses approches repoussée ? Elle allait devoir enquêter là-dessus. Elle avait un peu l'impression d'être sur tous les tableaux et cela n'était pas pour lui déplaire. Elle aimait quand c'était agité. Et vu comment c'était parti, cette année n'allait pas la décevoir sur le plan de l'animation...

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(mercredi 04/10) POV Hermione

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Jamais Hermione n'avait attendu aussi impatiemment la fin d'un cours. Voire même la fin des cours puisque c'était son dernier cours de la journée. Depuis qu'elle savait qu'une réunion entre préfets devait avoir lieu le soir-même, elle ne tenait plus en place. Elle n'était prévue qu'à vingt heures mais la fin du cours du potions la rapprocherait un peu plus de ce moment. Elle avait hâte d'y être. Elle tenait déjà son rôle de préfète très à coeur mais là, il s'agissait de venir en aide à deux de ses amis, alors cette réunion comptait énormément pour elle. Bien plus que pour n'importe quel autre préfet.

- Tiens-toi tranquille, lui intima Terry, l'air à la fois exaspéré et amusé.

- Quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ? s'indigna Hermione.

- Tu t'agites sur ta chaise depuis vingt minutes. Tu tapes du pied par terre et tu te ronges les ongles.

- N'importe quoi, répliqua Hermione avec une mauvaise foi extravagante.

Terry sembla vouloir répondre mais le professeur Snape les regarda au même moment. Il ne fit aucune remarque mais Hermione était sûre qu'il les avait entendus parler. Lorsqu'il reporta son attention ailleurs tout en continuant son cours, Hermione siffla à Terry :

- Bravo, tu as failli nous faire remarquer !

- Là c'est toi qui va nous faire remarquer, Hermione, répliqua calmement Terry, un sourire narquois aux lèvres.

Hermione lui lança un regard noir auquel Terry répondit par un sourire innocent. Il était bien la seule personne qui était totalement indifférente aux regards meurtriers de Hermione. Il n'était pas du tout impressionnable et Hermione en était aussi irritée qu'admirative. En fait, ils adoraient se chercher de la sorte. Ils s'entendaient toujours aussi bien mais depuis quelques temps, ils avaient pris l'habitude de se lancer des petites piques qui animaient quelque peu leurs séances de travail. Jusque-là, cela n'était cependant jamais arrivé en cours. C'était désormais chose faite. Ne voulant pas se faire de nouveau repérer par le Maître des Potions, Hermione ignora royalement Terry jusqu'à la fin du cours.

- Comme tous les vendredis, le prochain cours sera consacré à de la pratique. Pour ce qui est du devoir à rendre mardi prochain, n'oubliez pas qu'il doit être fait individuellement et non en binôme.

Le professeur Snape libéra la classe sur ces mots. Hermione vit Théo et ses amis sortir en quatrième vitesse. Elle devina qu'ils devaient avoir un entraînement de Quidditch.

- On se voit ce soir, à la réunion ?

Hermione se tourna vers Terry et sourit. Elle avait déjà oublié leurs petites boutades.

- Oui, à vingt heures. Tu es sûr que Padma viendra ?

- Oui, je lui en ai parlé ce midi et elle a tout de suite compris que c'était sérieux.

- D'accord. J'espère que Théo a pu passer le mot à Justin et que Justin en a parlé à Ernie et Hannah...

- En une journée ça a largement pu se faire. Il y aura tout le monde, ne t'en fais pas.

- C'est important, murmura Hermione.

- Je sais, dit doucement Terry. Mais je t'assure qu'il n'y a pas de raisons de s'en faire. Théo est assis en cours toute la journée avec Justin, il a eu mille occasions de lui parler de la réunion. Et Justin est ami avec Ernie et Hannah. Soit il leur en parlé durant le déjeuner, soit il les a interceptés entre deux cours pour les informer.

Hermione acquiesça.

- Tu as raison. Je dois avoir l'air idiote de m'inquiéter ainsi mais je veux que la situation s'arrange au plus vite pour Harry et Théo.

- C'est normal, tu es très amie avec eux. Mais nous sommes préfets et notre devoir c'est justement de régler ce genre de problèmes. Et c'est exactement ce qu'on va faire. Allez, essaie de penser un peu à autre chose jusqu'à la réunion.

Terry offrit un doux sourire à Hermione qui se sentit troublée. Son binôme s'en alla, la laissant seule avec ce drôle de sentiment.

- Miss Granger, vous êtes priée de sortir de ce cachot.

Hermione sursauta et rougit en réalisant qu'elle était restée plantée en plein milieu du cachot.

- Oui, pardon, je... j'y vais, je... au revoir, professeur, bafouilla-t-elle.

Elle prit son sac et quitta précipitamment le cachot. Elle retrouva Harry et Ron qui l'attendaient en discutant.

- Ah, te voilà, dit Ron en la voyant arriver. Tu t'es fait retenir par Snape ?

- Non, je discutais avec Terry.

- Mais il est sorti avant toi, fit remarquer Ron, perplexe.

- Je n'avais pas encore rangé mes affaires quand il est parti, expliqua Hermione, agacée. Bon, on y va ?

Harry fronça les sourcils mais comme Ron, il ne dit rien. Ils savaient tous deux qu'il valait mieux ne pas insister lorsque Hermione était énervée comme ça.

Les trois Gryffondor se rendirent à leur salle commune où il n'y avait que des première, deuxième, sixième et septième année. Hermione vit Harry qui se tordait le cou en essayant visiblement de trouver quelqu'un.

- Qui cherches-tu ? demanda-t-elle, intriguée.

- Fred et George. Je dois leur parler. Enfin plutôt leur demander quelque chose.

- Tu veux passer une commande auprès d'eux ? Il ne te reste peut-être plus assez de pastilles de gerbe ?

La veille, Harry avait raconté à Ron et Hermione ce qui était arrivé à Théo. Hermione, qui avait évidemment remarqué l'absence de son camarade durant le cours de runes, avait demandé à Harry comment Théo allait justifier cette absence lors du prochain cours. Harry avait donc avoué qu'il avait donné une pastille de gerbe à Théo. Si Ron avait trouvé ça «énorme», Hermione, elle, avait été plus mesurée. Elle n'avait pas blâmé Harry car elle comprenait qu'il n'y avait pas vraiment eu d'autre choix. Elle avait reconnu que, sur ce coup-là, l'invention des jumeaux avait été bien utile mais elle ne cautionnait toujours pas leurs ventes et leurs expériences au sein de l'école.

- Je vais peut-être m'en fournir quelques-unes, admit Harry. Mais tu sais que je ne les utiliserai pas à mauvais escient. Hier, c'était vraiment un cas de force majeure. Et c'est justement pour ce genre de situation que je me procure quelques produits de Fred et George. Mais ce n'est pas pour ça que je veux les voir. J'aimerais savoir si les deux Serdaigle qui ont embêté Théo font partie de leur année.

- Développe, intima Hermione, très intéressée.

- Eh bien, vu que quand j'ai retrouvé Théo dans les toilettes, il était déjà en retard et que les deux Serdaigle venaient tout juste de partir, cela signifie qu'ils étaient eux aussi en retard.

Hermione commença à comprendre.

- Tu veux donc savoir s'il y a deux Serdaigle qui sont arrivés en retard au cours des jumeaux à cette heure-là, compléta-t-elle.

- Exactement, confirma Harry. En espérant qu'ils avaient bel et bien cours. Si les septième année avaient une option à quatorze heures, je demanderai à Fred et George de se renseigner auprès d'élèves qui suivent cette option. Et s'il s'avère qu'il n'y a pas eu de retard notable, je poserai la question à Katie. Car ça peut être aussi deux Serdaigle de sixième année.

- Tu aurais dû être préfet, Harry, soupira Hermione, rêveuse. C'est dommage qu'il ne puisse y avoir que deux préfets par maison.

- Parce que tu ne voudrais pas me faire remplacer par Harry ? s'étonna Ron.

- Bien sûr que non, répliqua Hermione, outrée. Tu es un très bon préfet, on aurait tort de se priver de toi. Je ne suis peut-être pas celle qui le remarque le plus parce que je n'ai pas le recul nécessaire, mais quand je discute avec Hannah et Padma, elles me disent que les rondes se passent super bien avec toi. Padma dit même que tu l'aides à prendre confiance en elle.

- Ça, c'est grâce à Susan, répondit Ron. Elle est incroyable, cette fille. Elle a l'air timide mais elle sait parler aux gens. Elle me donne plein de conseils hyper utiles. Et puis c'est très productif de travailler avec elle. Enfin bref, elle est top, quoi.

Hermione sourit, touchée de voir que Ron s'entendait aussi bien avec son binôme.

- Mais pour en revenir à Harry, ça ne l'intéressait pas d'être préfet, ajouta Ron.

- Tout à fait, approuva Harry. Quand je vois le travail que vous avez, franchement, ça ne me donne pas du tout envie, précisa-t-il en riant. J'ai déjà bien assez du Quidditch. Toi, Ron, tu es à la fois préfet et membre de l'équipe. Je ne sais pas comment tu fais pour t'organiser.

- Ça aussi, c'est grâce à Susan. Elle est hyper organisée, c'est dingue. Pour planifier nos séances de travail, elle a tenu compte de mes entraînements et elle a réussi à faire en sorte que je n'ai pas une séance de travail et un entraînement à la suite. Ou, du moins, que j'aie une heure de pause entre les deux. Elle est vraiment efficace. Et vous, alors, comment ça se passe avec vos binômes ?

Harry, Ron et Hermione continuèrent à discuter jusqu'à l'heure du dîner. Ils étaient tellement occupés qu'ils avaient rarement des moments comme celui-là où ils pouvaient se dire tout ce qu'ils avaient à se dire. Du coup, quand ça arrivait, ils en profitaient et ils ne laissaient aucun blanc dans la discussion tellement ils enchaînaient les sujets. Ils étaient d'ailleurs toujours en train de parler quand ils se rendirent à la salle des binômes après avoir dîné. Ils étaient passés par les cuisines à la demande de Ron qui avait été missionné pour ramener des victuailles. Lorsqu'ils entrèrent dans la salle des binômes, ils repérèrent très vite le coin qui avait été réservé. Il y avait déjà Ernie, Hannah, Théo, Malfoy, Parkinson et Zabini. Hermione avait d'abord été perplexe quand Ron lui avait dit que Zabini serait présent, puis elle avait trouvé ça logique en se rappelant qu'il était l'un des meilleurs amis de Théo. Même s'il n'était pas préfet, cela n'aurait pas été très juste de le mettre à l'écart. Il ne participerait pas activement mais il pourrait tout savoir. Hermione fut de suite conquise par le coin qu'avaient aménagé les quatre Serpentard et les deux Poufsouffle. Ron déposa les gâteaux, les gourdes de jus de citrouille et les gourdes d'eau au centre puis il s'installa à une des extrémités du cercle que formaient les chaises autour des quatre tables disposées au milieu. Hermione s'assit à gauche de Ron tandis que Harry prenait place de l'autre côté. Il se retrouvait ainsi à côté de Théo. Hermione se douta qu'il en avait fait exprès de s'asseoir à la droite de Ron. Il devait être un peu stressé à l'idée de raconter le harcèlement dont il était victime devant pas moins de dix personnes. Il voulait donc avoir le soutien de Théo qui devait être tout aussi angoissé que lui. Hermione était sous le charme de l'amitié qui unissait Harry et Théo. Elle s'était très vite formée mais Hermione la trouvait pourtant logique et naturelle. Ils avaient de nombreuses choses en commun qui ne pouvaient que les rapprocher l'un de l'autre. Hermione savait que Théo avait eu un peu de mal à obtenir la confiance de Harry et elle l'admirait pour avoir persévéré et réussi à percer la carapace de ce Gryffondor têtu mais si attachant.

- Bon, ils arrivent les Serdaigle ? s'impatienta Ron. Hermione, tu diras à ton binôme d'être un peu plus à l'heure, la prochaine fois.

- Ils ne sont pas en retard, rétorqua Hermione. C'est nous qui sommes un peu en avance. Il est dix-neuf heures quarante et la réunion était prévue à vingt heures.

- Oh, tu défends ton binôme, c'est mignon, railla Parkinson.

- N'importe quoi, répliqua Hermione, affreusement gênée.

- Laisse-la tranquille, Pansy, ordonna calmement Théo. En plus elle défendait les deux Serdaigle, et pas seulement son binôme. En tout cas c'est sympa d'avoir apporté de quoi se désaltérer.

- Vu qu'on va passer la réunion à parler... Ah, voilà les deux retardataires.

Hermione leva les yeux au ciel alors que Terry et Padma s'installaient sur les chaises restantes. Malfoy lança une bulle de silence avant de prendre la parole :

- Merci à tous d'être venus. Nous sommes ici pour tenter de résoudre un problème qui concerne deux d'entre nous.

Hermione fut soulagée que les regards restent rivés sur Malfoy. Harry et Théo n'avaient pas besoin d'être fixés comme des bêtes de foire. Malfoy poursuivit :

- Ils se font embêter par tout un tas d'élèves à cause de leur orientation sexuelle. Ils subissent des remarques, des insultes, des messages grossiers et déplacés... Cela correspond ni plus ni moins à du harcèlement. Et ce harcèlement a lieu aussi bien dans les couloirs qu'en cours. Nos deux camarades ne sont à l'abri nulle part. Il faut les protéger. Seulement, nous, en tant que simples préfets, nous ne pouvons rien faire contre dix, vingt, trente, quarante élèves et bien plus encore. C'est pourquoi nous devons en informer les professeurs et plus particulièrement les directeurs de maison. J'ai donc demandé aux deux camarades en question de venir afin d'expliquer clairement ce qu'ils subissent de la part de ces dizaines d'élèves. Nous prendrons des notes et nous pourrons ainsi en référer à nos directeurs de maison. Bien, nous allons laisser la parole aux principaux concernés.

Un silence suivit les derniers mots de Malfoy. Celui-ci se tourna vers Harry et Théo en haussant un sourcil. «De vraies manières d'aristocrate» songea Hermione, plus amusée qu'autre chose. Elle devait quand-même l'avouer : Malfoy avait la classe.

- Eh bien, ne vous battez surtout pas pour prendre la parole, dit-il à son binôme et à son meilleur ami. Au cas où vous ne l'auriez pas compris, c'est de vous dont je parlais.

Hermione vit Harry et Théo échanger un regard. Ce fut Harry qui se décida.

- Malfoy a déjà presque tout dit, je ne vois donc pas vraiment ce que je pourrais ajouter.

- Des détails, répondit Terry.

- Comment ça ? demanda Harry en fronçant les sourcils.

- Il faudrait que tu nous dises quelles insultes les élèves te lancent et ce qu'il y a exactement dans les messages que tu reçois en cours, dit prudemment Malfoy.

Hermione se tendit. Harry n'était pas allé aussi loin dans la description des faits quand il leur en avait parlé à Ron et à elle. La requête de Malfoy ne sembla d'ailleurs pas lui plaire.

- Je ne pense pas que cela soit nécessaire, lâcha sèchement Harry.

- Si, ça l'est, objecta Ernie. Si c'est toi qui allait en parler à un professeur, il te demanderait la même chose. Sauf que là c'est nous qui allons en référer à nos directeurs de maison. Il faut donc que nous ayons le plus d'informations possible. Ce n'est pas par curiosité mal placée que nous te demandons ça, Harry. C'est pour vous aider, Théo et toi.

L'utilisation des prénoms faite par Ernie sembla apaiser Harry. Il décrivit alors les messages qu'il recevait en cours ainsi que les insultes et les remarques qui lui étaient faites. Hermione vit Ron serrer les poings mais il garda son calme.

- Merci, Harry, dit Hannah. Théo, veux-tu prendre la parole ?

C'était plus une incitation qu'autre chose selon Hermione. Théo dut le prendre comme tel puisqu'il sembla acquiescer à contrecoeur. Il était blanc et n'était visiblement pas du tout à l'aise. Incapable d'expliciter quoi que ce soit, il se contenta de dire qu'il avait reçu les mêmes remarques, les mêmes insultes et les mêmes messages que Harry. Il précisa seulement qu'il se faisait insulter dans sa salle commune, ce qui n'était pas le cas de Harry.

- Merci, Théo, dit Malfoy. Est-ce que tu peux maintenant nous faire part de ce qui s'est passé hier ?

Théo pâlit encore plus. Hermione eut mal pour lui. Elle regarda Harry qui semblait aussi peiné qu'elle face à la détresse de Théo. Il couvait le Serpentard d'un oeil protecteur et ne le quittait pas une seconde des yeux. Hermione était rassurée : si Théo faisait un malaise, il n'aurait pas le temps de tomber par terre puisque Harry l'aurait déjà rattrapé. Heureusement, le malaise n'était pas encore d'actualité puisque Théo trouva la force de se lancer :

- Hier, à quatorze heures, je suis allé aux toilettes après mon cours de métamorphose. J'étais pressé car j'avais un cours de runes, je n'ai donc pas senti que je me faisais suivre. C'était pourtant le cas car quand j'ai voulu sortir de la cabine, deux Serdaigle m'y ont remis de force. Ils m'ont dit que je ne méritais pas d'exister et que je n'étais qu'une erreur de la nature. Ils m'ont ensuite fait plonger la tête dans la cuvette et ils ont lancé un Aguamenti jusqu'à ce que je suffoque. Ils m'ont lâché et ils sont partis. J'ai été découvert quelques minutes plus tard par Harry. Ni lui ni moi n'avons pu reconnaître les deux Serdaigle.

Hermione tourna la tête vers Harry qui dut sentir son regard puisqu'il consentit à lever les yeux. Hermione le regarda avec insistance mais Harry secoua la tête. Il forma silencieusement les mots «Plus tard». Hermione devina qu'il voulait agir seul, ce qu'elle comprit parfaitement.

- Très bien, je crois que nous avons toutes les informations nécessaires, annonça Malfoy. Nous allons pouvoir en parler à nos directeurs de maison.

- Comment va-t-on s'y prendre ? demanda Ernie. Est-ce qu'on leur balance tout chacun de notre côté ?

- Non, il faut qu'on fasse en sorte de pouvoir avoir une réunion avec tous les préfets et les quatre directeurs de maison. Voire d'autres professeurs si possible. Car si on informe nos directeurs de maison chacun de notre côté, je ne suis pas sûr qu'ils en discuteront tous ensemble ensuite. Il faut vraiment que ce soit collectif. De plus, s'ils se retrouvent face à huit préfets prêts à en découdre, ils comprendront que c'est sérieux, argumenta Padma.

- Je trouve que c'est une bonne idée, approuva Hannah. Il faut qu'on se mette d'accord, du coup. On dit quoi, exactement ?

- Qu'il y a un problème avec deux élèves mais qu'on souhaite en parler en présence de tous les préfets et des quatre directeurs de maison, proposa Terry.

- Ça me va, affirma Parkinson. On leur demandera s'il est possible de se réunir dans la salle des professeurs. On ne la quittera pas tant qu'ils ne nous auront pas vraiment écoutés et tant qu'ils ne nous auront pas promis de faire quelque chose de concret.

- D'accord, on fait comme ça, conclut Malfoy. Est-ce que ça va à tout le monde ?

Tous les préfets acquiescèrent, y compris Hermione.

- On essaiera d'avoir cette réunion avant la fin de la semaine, annonça Ron. Demain ou vendredi à dix-sept heures, ça vous convient ? Exceptionnellement il n'y aurait pas de ronde. Ou alors on fera cette réunion samedi mais ça fera un peu tard.

- On s'arrangera pour l'avoir d'ici deux jours, dit Terry. On se tient au courant, de toute façon.

- Super. On va pouvoir y aller, alors.

Les préfets se levèrent et partirent les uns après les autres. Ron regarda les tables du milieu et grogna :

- Les goinfres, ils ont tout mangé.

- Je crois que tout le monde était un peu stressé, du coup ils se sont un peu vengés sur la nourriture. Mais on s'en fiche, de toute manière. Le plus important c'est que ça se soit bien passé et qu'on ait un plan d'attaque. N'est-ce pas, Harry ?

Hermione n'obtint pas de réponse. Harry avait le regard rivé sur l'entrée de la salle des binômes où se trouvaient Théo et ses amis qui étaient sortis mais pas encore partis. Comprenant ce qui minait son ami, Hermione le rassura :

- Ses amis vont bien s'occuper de lui, ne t'inquiète pas, dit-elle doucement.

- Il n'avait vraiment pas l'air bien à la fin de son récit.

- Il a revécu ce qui s'est passé hier, c'est normal que ça l'ait remué. Allez, on y va.

Harry acquiesça et se leva, tout comme Ron et Hermione. Ils quittèrent la salle des binômes et prirent la direction de leur salle commune. Ils se souhaitèrent bonne nuit et rejoignirent leurs dortoirs. Une fois arrivée au sien, Hermione s'affala sur son lit, épuisée par cette longue journée. Elle tourna la tête et son regard tomba sur une lettre posée sur sa table de chevet. La lettre de Viktor. Elle lui avait écrit une semaine plus tôt et elle avait reçu sa réponse quatre jours plus tard. Elle l'avait lue mais n'avait pas encore pu lui répondre. Là, elle avait largement le temps mais ce n'était pas le bon moment. Elle était trop fatiguée. Elle risquait de dire n'importe quoi. Viktor allait la prendre pour une folle. Oui, mieux valait attendre. Elle prit son sac et sortit un rouleau de parchemin pour faire le devoir individuel de sortilèges qui n'était à rendre que la semaine suivante. Mais comme elle avait fait ses autres devoirs, elle n'avait que ça à faire. Elle travailla dessus pendant une heure et demie puis elle se coucha. Sachant que cela l'empêcherait de s'endormir, elle essaya de ne pas penser à cette lettre à laquelle elle aurait dû répondre au lieu de faire un devoir qui n'était absolument pas urgent. Elle ne devait pas vraiment avoir mauvaise conscience puisque Viktor ne vint pas une seule fois troubler ses pensées. En revanche, elle aurait une bonne raison de s'en vouloir le lendemain car la dernière chose à laquelle elle pensa avant de rejoindre le pays des songes, ce fut le sourire de son binôme qui l'avait tant troublée plus tôt dans la journée.

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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! On se retrouve mardi prochain pour le chapitre suivant qui s'intitulera «Doutes (1/2)». Bonne fin de semaine et bisous tout le monde !