Bonjour à toutes et à tous ! Me revoici pour le trente-troisième chapitre de SAMLP =)

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Zackos : Le chapitre a été publié à la même heure que d'habitude mais il a peut-être mis du temps à s'afficher XD J'espère que le chapitre t'a plu !

lilalali07 : Merci pour la remarque, j'ai édité le chapitre du coup :) Je savais que ce que Harry avait subi était un viol mais j'avais peur de créer un débat, étant donné que pour beaucoup de personnes (je pense), ce n'est pas un viol, même si la loi le définit comme tel :/ Je sais que cette définition a posé beaucoup de questions, mais du coup je m'en tiendrai à ce que dit la loi ^^ Merci encore d'avoir relevé ça !

Butterfly Fictions : La relation Sirius/Remus va connaître plusieurs phases mais elle sera rendue compliquée par le déni de Sirius :/ Oui, Sirius est prêt à tout pour Harry, même à le laisser entre les mains de son ancien ennemi si c'est ce qu'il y a de mieux pour lui *-* Sirius et Remus vont bien être obligés de se départir de leur sentiment de culpabilité lorsqu'ils vont s'occuper de Harry pendant les vacances :) Ron réagit trop souvent impulsivement mais là il a bien compris qu'il s'en était pris à un innocent et il s'en veut :/ Et il culpabilise de ne pas avoir su sauver son meilleur ami :/ Théo est très clairvoyant, il est très intelligent donc il devine vite les choses XD Concernant Draco et son homosexualité, il n'est pas tout à fait prêt à l'assumer XD Non, Severus n'a pu voir ni Théo, ni Tonks :/ Il avait prévu de les voir tous les deux le samedi mais ce qui s'est passé a changé tous ses plans :/ Severus est clairement fait pour être médicomage, c'est sa vocation, mais il aurait pu aimer son métier de professeur s'il avait décidé lui-même d'enseigner les potions, or, là, il y a été obligé :/ Harry a énormément de choses à dire et de sujets à aborder, et ça inclut effectivement ce qui s'est passé avec Adrian et ce qui s'est passé lors de la troisième tâche du tournoi des trois sorciers :/ La discussion entre Severus et Draco sur la supposée homosexualité de celui-ci aura lieu dans le prochain chapitre :) Draco a vraiment commencé à développer des sentiments envers Harry, même s'il n'en a pas conscience pour le moment, et pour ce qui est des sentiments de Harry, il y a un élément de réponse dans ce chapitre XD Alors, concernant les devoirs que Harry va manquer, Severus évoque vite fait le sujet dans ce chapitre mais ce sera davantage explicité plus tard :) Pour faire simple, Harry va pouvoir tout récupérer, mais très progressivement :) Il n'aura que ça à faire pendant un moment, donc ... XD Oui, l'objectif de Remus est est d'être honnête avec les camarades de Harry mais sans entrer dans les détails :) Il espère ainsi que les élèves ne chercheront pas à savoir la vérité en répandant des rumeurs un peu partout :/ Mais oui ça me faisait de la peine que Draco soit assis tout seul, je ne pouvais pas le laisser comme ça, le pauvre XD Draco s'embourbe complètement dans sa relation avec Graham, il sait qu'elle est malsaine mais il est incapable de rompre avec Graham :/ Pour lui, tant que tout le monde est heureux, y a pas de raison de changer quoi que ce soit :/ Oui, ça fait longtemps que Théo et Harry n'ont pas pu se voir tous les deux pendant plus de dix minutes, ils vont bientôt avoir un moment ensemble mais dans des circonstances un peu particulières XD Mais je suis contente que tu aimes leur relation car elle est très importante :)

Gryffondor : Sirius n'aurait sûrement pas été aussi réactif si ça n'avait pas été Severus en face de lui, il se serait probablement écroulé, mais là, la situation était assez complexe, il fallait régler des choses, il avait plein de questions en tête et ça l'a empêché de s'effondrer :) Oui, Severus n'est pas le même ici que dans la saga XD Il peut vraiment devenir quelqu'un de bon, à condition qu'il fasse ce qu'il veuille, ce qui n'a jamais été le cas avant :/ Théo a souvent raison XD Mais il a vu juste à propos de Harry et des potions, en effet ! Ça c'est sûr, avec de la volonté, on peut tout faire ! Et de la volonté, Harry en avait lorsqu'il a préparé ses potions de sommeil sans rêves, il en avait besoin, il en voulait à tout prix alors ça l'a poussé à se surpasser, et c'est comme ça qu'il a découvert qu'il pouvait être bon en potions, parce qu'à ce moment-là, il n'avait pas Severus derrière lui :/ Adrian a vraiment besoin d'un séjour à Sainte-Mangouste, il a commis un acte horrible mais en étant sous l'influence de la drogue, il faut donc traiter le problème à la base car lui aussi a besoin d'aide :/ Ça n'excuse pas ce qu'il a fait pour autant et je pense qu'il s'en voudra toujours :/ Ça c'est sûr, il ne faut pas compter sur lui pour balancer le nom des dealers ! Il connaît au moins le prénom du sien, il se fichait clairement de Severus quand il disait qu'il ne savait pas comment s'appelaient ses dealers :/

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Merci à tous pour vos reviews et merci à tous ceux qui suivent cette histoire ! Je vous laisse lire ce chapitre et je vous souhaite une bonne lecture ! =)

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33 – Confessions, réconciliation et interrogations

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(mercredi 13/12) POV Harry

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Lorsqu'il se réveilla ce matin-là, Harry aurait préféré rester endormi. Il était fatigué. Mais en même temps, il n'avait pas envie de replonger dans le sommeil. Il avait fait des rêves bizarres durant toute la nuit et ça le mettait mal à l'aise sans savoir pourquoi. Il leva la tête et vit qu'il était un peu plus de huit heures. Il allait devoir se lever. Enfin, «devoir» était un bien grand mot. Le professeur Snape ne lui mettait pas non plus le couteau sous la gorge pour qu'il se lève à huit heures précises. Si Harry était encore fatigué, il avait le droit de dormir et de se lever plus tard. C'était même ce que recommandait le professeur Snape. Ce qu'il voulait surtout, c'était que Harry vienne prendre le petit-déjeuner, que ce soit à huit heures ou à dix heures. Il fallait juste qu'il soit levé avant onze heures. Il aurait à suivre des règles un peu plus strictes quand il irait un peu mieux et quand il n'aurait plus autant besoin de se reposer. Il ne s'était pas rendu compte qu'il allait aussi mal et le réaliser avait été un choc pour lui.

Il avait été gêné de se trouver dans les appartements du professeur Snape. Il commençait tout juste à s'y faire mais cela restait très déroutant. Mais ce qui était plus perturbant encore, c'était la façon dont se comportait Snape avec lui. Il n'avait rien à voir avec l'homme qu'il était durant les cours de potions. Il était mille fois plus humain. Il était d'une patience incroyable. Il était à l'écoute. Il était attentionné. Harry n'aurait jamais imaginé qu'il pouvait être tout cela. Il se demandait pourquoi il était aussi hargneux en cours alors qu'il était capable d'être très agréable sans avoir à se forcer. Mais Harry ne se posait pas longtemps la question. Réfléchir, ne serait-ce que dix minutes, était trop épuisant.

Harry détestait être comme cela. Il se sentait faible, bon à rien et inutile. Depuis qu'il était chez Snape, il était juste bon à dormir, se laver, dormir, manger, dormir, prendre ses potions, dormir... Ce n'était pas un programme qu'un adolescent de quinze ans devrait avoir. Normalement il devrait aller en cours, comme tous ses amis. C'était désespérant et un peu humiliant. Même si le professeur Snape ne voulait pas qu'il voie les choses ainsi. Il lui avait promis que cela irait bientôt mieux et qu'il devait juste être patient. Harry voulait bien le croire mais il trouvait le temps long.

Il y avait tout de même quelques points positifs : ses désagréments physiques commençaient à se calmer. Il vomissait toujours mais moins qu'avant. Manger était toujours une épreuve pour lui mais il arrivait à garder le peu de nourriture qu'il ingérait. En revanche, ce qui passait plutôt bien, c'étaient les potions. Harry n'avait pas trop de mal à les prendre. Du coup, le professeur Snape avait décidé de le mettre sous potions nutritives jusqu'à ce qu'il puisse de nouveau manger. C'est-à-dire le temps que son organisme soit entièrement vidé du poison qu'il avait ingéré. Pour ce qui était de son intimité, c'était un peu plus compliqué puisqu'il refusait les soins. Mais ça allait tout de même un peu mieux.

Il n'avait pas encore raconté à Snape ce qui s'était passé précisément. En fait, cela faisait deux jours que Snape ne lui posait pas de questions. Lorsqu'ils discutaient, Snape passait surtout son temps à le rassurer. Harry s'inquiétait pour beaucoup de choses. Il avait notamment peur de retourner en cours, même s'il savait que ce ne serait pas pour tout de suite. Il avait peur que tout le monde le dévisage. Il ne savait pas s'il serait prêt à supporter le regard de ses camarades. Il craignait que tout le monde apprenne ce qui s'était passé. Il ne voulait pas que ça se sache. Il s'en fichait totalement que les élèves soient au courant qu'il s'était enfilé cinq potions de sommeil sans rêves. Il assumait, même s'il regrettait d'avoir agi sans réfléchir. Non, ce qu'il ne voulait pas que ses camarades sachent, c'était ce qui s'était passé juste avant. Il n'était pas sûr que cela resterait secret bien longtemps. Il allait forcément y avoir des rumeurs lorsque les élèves apprendraient qu'il était chez le professeur Snape en même temps qu'Adrian était à Sainte-Mangouste... Ils allaient aussitôt faire le lien.

Harry ne savait pas où il en était par rapport à Adrian. Il était traumatisé par ce qu'il lui avait fait, il lui en voulait mais il savait qu'Adrian n'était pas dans son état normal, qu'il était drogué, alors il s'en voulait de lui en vouloir pour quelque chose qu'il n'avait pas pu contrôler. Mais il ne pouvait pas lui pardonner aussi facilement d'avoir voulu lui prendre sa virginité de force, de ne pas l'avoir écouté, de l'avoir préparé sans aucune douceur, de lui avoir fait mal, de l'avoir pris uniquement pour un trou dans lequel il avait voulu se soulager... Mais il savait qu'Adrian n'aurait pas agi comme ça s'il n'avait pas été sous l'emprise de la drogue. Dans son état normal, Adrian était quelqu'un de gentil. Quoi qu'il en soit, une chose était sûre : il ne voulait plus revoir Adrian. Il avait l'impression que tous ses sentiments avaient disparu d'un coup. Il avait réussi à se défaire de l'emprise qu'Adrian exerçait sur lui. Mais il se sentait mal à l'idée qu'il ait fallu que quelque chose comme ça se produise pour qu'il y parvienne. Bref, cela cogitait beaucoup dans son esprit. Ce qui n'était pas vraiment l'idéal pour quelqu'un qui devait se reposer. C'était même contre-productif. Mais il n'y pouvait rien.

Harry se tourna et regarda de nouveau l'heure. Presque huit heures et demie. Il soupira et décida de se lever vraiment, cette fois. Enfin, d'abord, il s'habilla. Snape lui avait dit que Sirius et Remus avaient apporté des vêtements. Il avait été à la fois soulagé et déçu de ne pas les avoir vus. Soulagé car il ne se sentait pas prêt à voir quiconque et déçu parce que Sirius et Remus lui manquaient. Mais il savait qu'il aurait été hyper mal à l'aise face à eux. Et ils l'auraient sûrement été tout autant. Et puis il valait mieux attendre qu'il soit un peu plus en forme avant de songer à recevoir des visites. Ce fut sur cette pensée qu'il se rendit au salon.

- Bonjour, M. Potter, dit Snape en le voyant arriver. Vous tombez bien, je viens tout juste de faire réchauffer le thé.

C'était effectivement la seule boisson – avec l'eau, évidemment – que Harry parvenait à boire. Les autres avaient trop de goût, que ce soit le café, le chocolat chaud ou le jus de citrouille. Le thé était aromatisé mais c'était tout ce qu'il y avait de plus léger. C'était parfait pour lui. Cette intoxication lui avait bien fragilisé l'estomac même si elle avait été sans grande gravité. D'ici deux ou trois jours, il irait beaucoup mieux et il pourrait recommencer à manger normalement.

Harry remercia Snape, s'assit et se servit une tasse de thé. Ce fut dans un silence agréable qu'il prit son petit-déjeuner, essentiellement composé de potions. Il fit tout de même l'effort de manger un petit pain qu'il grignota petit bout par petit bout, laissant tomber par la même occasion un tas de miettes sur la table. Il ne put s'empêcher de penser à ce que dirait Draco s'il le voyait manger ainsi. Lorsqu'il prenait son petit-déjeuner à la table des Serpentard, Draco l'avait souvent charrié sur sa tendance à laisser plein de miettes partout. Un petit sourire naquit sur ses lèvres à cette pensée. Mais il le perdit vite en réalisant qu'il venait de penser à Draco alors que ça ne faisait que vingt minutes qu'il était levé. Affreusement gêné, il se sentit rougir et faillit même s'étouffer avec son thé. Cela inquiéta évidemment Snape :

- M. Potter, tout va bien ?

- Oui, oui, s'empressa de répondre Harry.

- Cela n'en a pas l'air, pourtant. Vous êtes tout rouge.

- Le thé est chaud.

Harry se serait donné une gifle. C'était l'excuse la plus débile qu'il avait pu inventer jusque-là.

- C'est meilleur ainsi.

Harry rougit encore plus face au ton gentiment ironique du professeur Snape et préféra reporter son attention sur son tas de miettes.

- M. Potter, s'il y a des choses qui vous font sourire, vous n'avez pas à en avoir honte. Au contraire.

- Ce n'est pas une chose, murmura Harry.

Ça avait été plus fort que lui. Il ne pouvait pas laisser quelqu'un parler de Draco en le qualifiant de «chose». Même si Snape n'avait aucune idée que c'était à Draco que Harry pensait.

- Si c'est une personne c'est pareil.

- Même si c'est Adrian ? ironisa Harry malgré lui.

- Vous avez tout à fait le droit de sourire en pensant à un souvenir que vous avez de lui. Ce n'est pas parce qu'il vous a fait souffrir que vous n'avez que des mauvais souvenirs avec lui. Il vous aimait sincèrement, et ça, personne ne peut en douter. Vous étiez sûrement heureux avec lui à certains moments.

- Souvent, même, admit Harry. Surtout au début de notre relation.

- Alors vous n'avez aucune raison de vous empêcher d'y penser, tant que vous ne faites pas une fixette là-dessus.

Harry acquiesça. Cela pouvait sembler bête mais ce que disait Snape lui faisait du bien.

- Mais ce n'est pas à lui que je pensais, de toute façon, précisa-t-il.

Il mangea son dernier bout de petit pain puis il commença à prendre ses potions. Alors qu'il buvait la deuxième, il repensa sans le vouloir à Draco et aux cours qu'il écrivait pour lui. Il se dit que s'il ne s'y mettait pas rapidement, il allait se retrouver avec une énorme pile de parchemins à lire.

- Quand vais-je pouvoir commencer à lire les cours que Draco rédige pour moi ?

Snape haussa un sourcil. Harry devina aussitôt ce qu'il devait penser.

- Ce n'est pas forcément à lui que je pensais ! se défendit-il en se remettant à rougir.

- Mais je n'ai rien dit, répondit Snape, l'air pourtant amusé. Pour répondre à votre question, nous verrons cela ce week-end si vous êtes suffisamment remis.

Harry hocha de nouveau la tête. Il termina de prendre ses potions qu'il but un peu plus vite qu'avant. Elles n'avaient presque pas de goût, ce qui les rendait plutôt faciles à boire. Une question lui vint alors à l'esprit.

- Ces potions, elles n'ont pas de goût naturellement ou vous ajoutez quelque chose pour les rendre fades ?

- J'ajoute un petit quelque chose qui n'a aucune incidence sur l'efficacité de la potion mais qui la rend en effet plus fade. Celles que vous prenez n'ont cependant pas mauvais goût à la base. Je fais en sorte qu'elles n'aient presque pas de goût pour que vous puissiez les boire. C'est le même procédé qui est utilisé pour les potions qui, elles, ont un goût trop fort de base ou qui peut être dérangeant pour bon nombre de personnes. C'est notamment le cas des potions de sommeil sans rêves. Leur goût est légèrement modifié pour qu'elles soient buvables. Mais il y a des personnes qui peuvent les boire dans leur état pur.

- Oh...

Harry se demanda si la recette qu'il suivait pour fabriquer ses potions de sommeil sans rêves incluait cet élément qui les rendait davantage buvables. Il se dit qu'il pourrait poser la question à Snape s'il lui avouait qu'il préparait lui-même ces potions qu'il buvait depuis l'été... En soi, il était prêt à en parler. Mais il y avait des choses qu'il se sentait incapable de lui dire. Il eut le sentiment que Snape allait justement lui en parler.

- Puisque nous abordons le sujet, souhaitez-vous me parler des potions que vous consommiez ?

Harry retint un soupir. Parfois, il détestait avoir raison.

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POV Severus

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Severus profita d'avoir cité en exemple les potions de sommeil sans rêves pour lancer Potter sur le sujet.

- Puisque nous abordons le sujet, souhaitez-vous me parler des potions que vous consommiez ?

- Oui mais je ne vais pas pouvoir tout vous dire, prévint Potter, l'air anxieux.

- Vous me direz ce que vous vous sentirez capable de me dire, apaisa Severus. Êtes-vous d'accord pour en parler maintenant ?

Potter acquiesça.

- Bien. Vous m'avez déjà dit que vous preniez ces potions depuis cet été. Pourquoi vous êtes-vous mis à en consommer ?

- Parce que je n'arrivais pas à dormir.

- Dans ce cas, c'étaient des potions de sommeil qu'il vous fallait. Les potions de sommeil sans rêves sont faites pour dormir mais aussi et surtout pour ne faire ni rêves, ni cauchemars.

- Je me suis mal exprimé, alors. Je faisais un cauchemar toutes les nuits et je voulais arrêter de le faire car il me terrorisait.

- Quel était ce cauchemar ?

- Je revoyais ce qui s'était passé dans le cimetière, lors de la troisième tâche du tournoi des trois sorciers. C'était toujours la même chose.

- Je vois. Mais dans ce genre de cas, il vaut mieux en parler à quelqu'un au lieu de se ruer tout de suite sur les potions. Surtout qu'il est impossible de se procurer des potions de sommeil sans rêves sans une ordonnance rédigée par un psychomage. Vous n'en avez parlé à personne ? Votre parrain savait-il que vous faisiez ce cauchemar toutes les nuits ?

- Oui, c'est lui qui venait me réveiller lors des premières nuits. Puis il a alterné avec Remus.

- Et aucun d'entre eux n'a eu l'idée de vous emmener voir un psychomage ?

- Si, répondit Potter, visiblement mal à l'aise. C'est Remus qui m'en a parlé et j'ai vite été d'accord. Sirius, lui, était plus réfractaire mais Remus a réussi à le convaincre.

- Vous avez donc vu un psychomage ? Ou une psychomage ?

- Oui.

- Était-ce un homme ou une femme ? Ça n'a aucune importance en soi mais c'est pour que je puisse employer le bon déterminant.

- C'était...

Potter ne put continuer sa phrase. C'était comme si les mots restaient coincés dans sa gorge et qu'ils refusaient de sortir. Il semblait terrifié rien qu'à l'idée de mentionner son ou sa psychomage. Il avait l'air au bord du malaise alors que sa respiration devenait saccadée.

- M. Potter, est-ce que vous vous sentez bien ? demanda Severus.

- Oui, pardon, mais je... je... c'est...

- Calmez-vous, M. Potter, dit Severus d'une voix douce mais ferme. Inspirez et expirez lentement.

Potter suivit le conseil et répéta l'exercice plusieurs fois. La crise d'angoisse qui avait pointé le bout de son nez sembla se dissiper.

- Je suis désolé, professeur. J'aimerais en parler mais... je ne peux pas, murmura le Gryffondor, les larmes aux yeux.

Cette réaction inquiéta Severus. Qu'avait-il bien pu se passer lors de cette séance pour que Potter soit aussi traumatisé ? Il essaya d'en savoir plus :

- Si j'ai bien compris, vous avez eu une séance avec un ou une psychomage. S'est-elle mal passée pour que vous ne puissiez pas en parler ?

Potter ne répondit pas, le regard baissé sur ses mains. Severus comprit qu'il y avait un vrai blocage. Et que c'était sûrement une des causes du mal-être de Potter. Severus sut qu'il n'allait pas réussir à le faire parler. C'était pourtant essentiel que Potter se confie à ce sujet. Surtout qu'il en avait envie. Severus eut alors une idée. Ce n'était pas une méthode très conventionnelle mais c'était toujours mieux que mettre Potter sous Imperium ou sous Veritaserum.

- M. Potter, je vois bien que vous êtes dans l'incapacité de me parler de cette séance. Or, je dois savoir ce qui s'est passé. Est-ce que vous m'autoriseriez à consulter le souvenir que vous avez de cette séance ?

Potter releva brusquement la tête.

- Comment ça ? demanda-t-il, l'air surpris.

- Je peux accéder à votre souvenir en pénétrant dans votre esprit. Je vous préviens tout de suite : c'est assez désagréable comme sensation. Mais si vous êtes détendu et que vous me laissez faire, cela devrait bien se passer. Je vais juste regarder ce souvenir et lorsque j'aurai fini, je sortirai de votre esprit.

- Mais... comment allez-vous faire pour trouver ce souvenir ? J'en ai des milliers dans ma tête, vous n'allez quand-même pas les scruter un à un ?!

- Non, j'allais vous expliquer, justement, dit Severus sans la moindre once de reproche. Avant que je ne pénètre dans votre esprit, vous avez un minimum de travail à faire. Vous devez simplement vous focaliser sur le souvenir que je dois voir. Comme ça, lorsque j'entrerai dans votre esprit, je tomberai directement sur ce souvenir. C'est ce qu'on pourrait appeler de l'Occlumancie inversée.

- De la quoi ?

- De l'Occlumancie inversée, répéta Severus. C'est normal que vous ne compreniez pas, vous ne devez pas savoir ce qu'est l'Occlumancie.

- Si, Remus m'en a parlé une fois, mais c'était un peu trop abstrait pour moi, avoua Potter, confus.

- Je vais vous expliquer rapidement, alors. L'Occlumancie consiste à protéger son esprit de toute tentative d'invasion. Cela va de paire avec la Legilimancie qui consiste à pénétrer l'esprit d'une personne pour avoir accès à ses souvenirs ou pour y faire passer des pensées, des souvenirs ou des émotions. Les personnes qui maîtrisent l'Occlumancie sont des Occlumens et les personnes qui maîtrisent la Legilimancie sont des Legilimens. Lorsqu'un Legilimens tente d'entrer dans l'esprit d'un Occlumens, il ne doit rien y voir. L'Occlumens doit savoir bloquer son esprit en permanence. Vous, c'est l'inverse que vous devrez faire. Si vous êtes d'accord, vous allez devoir me laisser entrer dans votre esprit et me montrer le souvenir dont vous n'arrivez pas à parler. Il sera plus facile pour vous d'en parler ensuite puisque vous saurez que je l'ai vu. Vous aurez juste à me dire ce que vous avez ressenti. Car c'est de cela dont vous devez parler. C'est cela que vous gardez pour vous et qui vous ronge. Mais je ne ferai rien sans votre accord. Je ne pénétrerai pas dans votre esprit contre votre gré. C'est vous qui décidez.

Potter resta silencieux un moment, se contentant de regarder Severus dans les yeux. C'était comme s'il cherchait à lire dans le regard de Severus. Celui-ci le laissa faire, sachant que ça pouvait aider Potter à se mettre en confiance. Au bout de plusieurs minutes, le Gryffondor prit la parole :

- Si je vous montre uniquement ce souvenir, vous n'allez pas avoir accès aux autres ?

- Je pourrais essayer et y arriver facilement puisque vous n'avez pas été entraîné à l'Occlumancie mais je ne le ferai pas. Vos autres souvenirs ne m'intéressent pas pour le moment. Et je n'irai pas les consulter sans votre accord.

Potter acquiesça, l'air rassuré.

- Je veux bien essayer, alors.

- Bien. Je dois tout de même vous préciser que vous allez revivre ce souvenir en même temps que je le consulterai. C'est pour cela que je ne m'attarderai pas plus que nécessaire. Êtes-vous toujours d'accord ?

- Oui.

- Fermez les yeux, alors. Cela vous aidera à vous concentrer.

Potter suivit une fois de plus le conseil de Severus.

- Faites le vide dans votre esprit. Ne pensez plus à rien. Dites-moi lorsque ce sera fait.

Il se passa quelques minutes avant que Potter ne dise à Severus que c'était bon.

- Maintenant, pensez seulement au souvenir que vous devez me montrer. Laissez-le envahir votre esprit. Restez calme. Ne paniquez pas. Faites un signe de tête lorsque ce sera bon.

Il fallut un peu plus de temps pour que Potter fasse le signe demandé par Severus.

- À présent, concentrez-vous là-dessus. Ne pensez à rien d'autre. Focalisez toute votre attention sur ce souvenir. Là aussi, faites un signe de tête quand vous serez prêt.

Une ou deux minutes furent nécessaires pour que Potter acquiesce de nouveau.

- Bien, je vais entrer dans votre esprit. Lorsque je vais prononcer la formule «Legilimens», ne vous crispez surtout pas et restez focalisé sur votre souvenir. Êtes-vous prêt ?

Potter hocha la tête tout en gardant toujours les yeux fermés. Severus sortit sa baguette et la pointa vers le Gryffondor.

- Legilimens.

Il se sentit aspiré alors qu'il entrait dans l'esprit de Potter. Ce dernier avait remarquablement suivi les consignes de Severus puisqu'il tomba directement sur le souvenir dont le Gryffondor n'arrivait pas à parler. Dans ce souvenir, Potter était dans un cabinet, assis face à une femme qui devait être la psychomage.

- Bien, dites-moi ce qui vous amène, dit la psychomage.

- Euh... je ne sais pas par quoi commencer, en fait, hésita Potter, l'air nerveux.

- Eh bien dites-moi ce qui vous tracasse. Pourquoi avez-vous décidé de consulter un psychomage ? Est-ce vous qui l'avez vraiment décidé ? Ou bien est-ce votre parrain ?

- Non, c'est moi qui l'ait voulu. Mon parrain était plutôt défavorable à cette idée, à la base. Mais je n'arrivais pas à me confier à lui.

- Vous confier sur quoi ?

Potter s'agita sur sa chaise. Il n'avait pas du tout l'air à l'aise.

- Je... je fais des cauchemars. Enfin, un cauchemar. Toutes les nuits. Toujours le même.

- Cela arrive à tout le monde de faire des cauchemars. C'est même plutôt normal. Qui n'en a jamais fait ? Et puis je ne vous comprends pas. Vous devriez plutôt rêver de gloire puisque vous en êtes couvert depuis que vous avez éliminé Vous-Savez-Qui.

Potter sembla se glacer d'effroi. Il réussit cependant à se reprendre et précisa :

- C'est justement lui que je vois dans mes cauchemars. C'est plutôt un souvenir, en réalité. Dans ce cauchemar, je revois ce qui s'est passé dans le cimetière avec Vous-Savez-Qui.

- Vous revivez votre gloire.

- Non, répliqua calmement Potter. Il n'y a pas de gloire dans mes cauchemars. Il n'y a que des sentiments négatifs. Je ne me revois même pas en train de tuer Vous-Savez-Qui. Ça s'arrête avant. Ça se concentre surtout sur les Doloris que m'a lancés Vous-Savez-Qui. Ça se répète en boucle à la fin du cauchemar et c'est toujours à ce moment-là que je me réveille.

La psychomage regarda Potter dans les yeux pendant de longues secondes.

- Vous cherchez une raison de vous plaindre, finit-elle par dire. Vous vous concentrez sur le négatif, vous refusez de voir le positif. Vous voulez avoir toute l'attention sur vous. C'est ça, le risque avec la célébrité. Vous n'en avez jamais assez. Vous en voulez toujours plus. Vous pourriez être heureux d'avoir débarrassé le monde sorcier de Vous-Savez-Qui mais non, au lieu de ça vous restez bloqué sur ce qui s'est passé lorsque vous étiez face à lui. Il faut apprendre à oublier, M. Potter. Je ne peux rien faire contre l'égocentrisme. Vous devez faire un travail sur vous-même en commençant par vous remettre en question.

Potter resta un long moment silencieux. Il semblait choqué par les mots de la psychomage. Alors qu'elle s'apprêtait à reprendre la parole, Potter la devança :

- Je ne cherche pas à attirer l'attention. Je veux juste arrêter de faire des cauchemars, dit-il sur un ton presque désespéré. Je veux passer des nuits tranquilles. Je veux dormir sans me réveiller à deux heures en pleine panique.

La psychomage haussa un sourcil.

- Oh, je vois. Vous êtes venu ici uniquement pour que je vous prescrive des potions de sommeil sans rêves.

- Mais non, je...

- Ecoutez, M. Potter. Je suis là pour écouter les personnes qui ont de vrais problèmes. Je vois passer une dizaine de personnes par jour dans mon cabinet. Je vois des adolescents qui ont de graves soucis au sein de leur famille, je vois des adolescents victimes de violences que ce soit de la part de leurs parents ou de la part de leurs camarades, je vois des adolescents qui sont mal dans leur peau et qui se maltraitent eux-mêmes, soit en se scarifiant, soit en refusant de s'alimenter, je vois des adolescents qui ont fait plusieurs tentatives de suicide, je vois des adolescents qui sombrent dans la dépression et qui sont dans un état psychologique très inquiétant. Ces adolescents ont de vrais problèmes et ont vraiment besoin de se faire suivre par un psychomage. Ce qui ne semble pas être votre cas. Vous êtes juste un adolescent devenu célèbre et qui veut que tout le monde s'intéresse à lui. Mais ce n'est pas comme cela que ça marche, M. Potter. L'attention, il faut la mériter. Ce n'est pas en vous inventant des problèmes que vous serez heureux. Mais on va considérer que vous n'êtes pas venu pour rien. Je vais vous donner des philtres de paix qui devraient apaiser votre esprit qui semble tourmenté par vos envies de célébrité. Vous n'aurez pas besoin de revenir. Vous avez mieux à faire de vos vacances que venir parler de problèmes qui n'existent que dans votre tête.

La psychomage se leva, prit des fioles dans un tiroir et les fourra dans les mains de Potter.

- Vous pouvez y aller.

L'air hébété, Potter se leva. Tel un automate, comme dans un état second, il se dirigea vers la porte du cabinet.

Severus sortit doucement de l'esprit de Potter. Il n'avait même pas les mots pour dire à quel point il était choqué. C'était bien pire que tout ce qu'il avait pu imaginer. Il ne s'était pas attendu à quelque chose d'aussi choquant, d'aussi inhumain. Il avait presque envie de vomir tant le comportement et les paroles de la psychomage l'avaient révulsé. Il comprenait mieux désormais pourquoi Potter était incapable de parler de ce souvenir. N'importe qui serait sorti traumatisé d'une telle séance.

Severus reporta son attention sur Potter. Celui-ci ne bougeait pas, le regard de nouveau rivé sur ses mains.

- Vous n'en avez parlé à personne ? demanda Severus d'une voix sourde.

Potter secoua la tête.

- Pas même à votre parrain ?

Potter réitéra son geste. Severus poussa un long soupir. La situation était vraiment plus sérieuse que ce qu'il pensait.

- Qu'avez-vous ressenti lors de cette séance ?

- Je ne sais plus, murmura le Gryffondor. C'est tellement confus dans mon esprit...

- C'est normal, ça doit faire quatre mois que vous refoulez ce souvenir dans votre inconscient. Vous avez aussitôt voulu l'oublier, je présume.

- Je l'ai fait un peu inconsciemment, confirma le Gryffondor.

- C'est tout à fait compréhensible. Vous dites que c'est confus dans votre esprit mais vous pouvez peut-être y remettre de l'ordre ? Vous pouvez juste me dire ce qui vous passe par la tête. Vous n'êtes pas obligé de me faire un développement avec une intro, trois parties et une conclusion.

Potter eut un faible sourire. Puis il redevint sérieux et sembla se concentrer sur ce qu'il avait ressenti lors de cette fameuse séance.

- J'étais perdu, au début, lâcha-t-il au bout d'un moment. Elle ne voulait pas comprendre. Ça m'a un peu agacé mais j'ai réussi à garder mon calme. Ensuite... elle n'a fait que m'enfoncer de plus en plus. Elle n'écoutait pas ce que je voulais lui faire comprendre. Elle était restée bloquée sur le fait que je voulais attirer l'attention. Elle ne comprenait pas que j'allais mal. Elle s'obstinait à dire que je rêvais de gloire. Mais c'était faux ! Je m'en fichais de la gloire ! Je n'ai jamais demandé à devoir tuer le plus grand mage noir de tous les temps ! J'ai tué un homme ! Je n'ai jamais voulu faire ça ! Je n'ai fait que me défendre ! Mais ça elle n'a pas voulu l'entendre ! Je n'ai même pas eu l'occasion de le lui dire ! C'est pourtant de ça, entre autres, dont j'aurais voulu parler ! Mais je n'ai pas pu ! Je n'ai rien pu dire ! Je n'ai pas pu lui expliquer en détails ce que je voyais dans mon cauchemar, je n'ai pas pu lui dire ce que je ressentais à l'idée d'avoir vu renaître l'assassin de mes parents, je n'ai pas pu lui expliquer ce que je ressentais à l'idée d'avoir ôté la vie à ce même assassin, je n'ai pas pu lui dire ce que j'ai ressenti d'avoir vu un de mes camarades se faire tuer sous mes yeux ! J'avais besoin de parler de tout ça ! Et on aurait dû me le proposer lorsque j'étais encore à Poudlard ! On aurait dû me proposer de voir un psychomage ! Au lieu de ça je suis resté une nuit à l'infirmerie et quelques jours plus tard, je reprenais le train comme si rien ne s'était passé ! Personne ne s'est dit que j'étais peut-être traumatisé après ce qui s'est passé ce jour-là ! Ils ont tous dû se dire que j'étais juste soulagé à l'idée que Voldemort n'était plus de ce monde, et c'est vrai d'un sens mais c'est loin d'être aussi simple que ça ! Personne n'a cherché à savoir comment j'allais ! Comme si tout le monde pensait que ça me suffisait d'avoir tué Voldemort ! J'ai été laissé tout seul, une fois de plus ! Livré à moi-même, à mes pensées, à mes souvenirs, à mes cauchemars, à mes peurs, à mon mal-être ! C'est en partie à cause de tout cela que j'ai pris ces cinq potions ! Pour oublier !

Potter se tut sur ces mots. Ses épaules s'affaissèrent et il plongea son visage dans ses mains. Severus était tellement choqué qu'il resta un long moment sans bouger et sans parler. Lorsqu'il reprit ses esprits, sa première réaction fut de rassurer Potter.

- Vous n'êtes plus seul, M. Potter. Je suis là pour vous aider. Vous avez fait le plus dur. Vous vous êtes lancé. Vous m'avez dit plein de choses et on va les reprendre une par une. Mais peut-être pas aujourd'hui. Il faut y aller par étape. Après, comme toujours, c'est vous qui décidez. Je ne vous forcerai à rien.

Potter sortit son visage de sa cachette. Il avait l'air soudain fatigué. Presque autant que le premier jour qu'il avait passé chez Severus. Ce qui n'était pas étonnant. Il venait de dire une partie de ce qu'il gardait en lui depuis quatre ou six mois selon les sujets. Il devait se sentir vide et épuisé.

- J'ai besoin de parler de tout ça, dit-il, la voix un peu éraillée. Je ne vais pas m'arrêter maintenant alors que je me suis enfin confié...

- Ce serait dommage, en effet.

- J'ai juste peur du temps que ça va prendre. Si vous me gardez ici jusqu'à ce que je vous ai tout dit, je ne suis pas prêt de retourner en cours...

Severus sourit.

- Ne vous inquiétez pas, vous pourrez passer une bonne partie des vacances avec votre parrain. Vous allez juste devoir suivre des séances quotidiennes avec moi. À part les jours de fêtes et les réveillons, bien sûr. Je veux juste avoir déblayé avec vous ce qui pose principalement problème pour vous laisser partir. Mais avant cela, vous aurez reçu la visite de votre parrain et de votre directeur de maison ici. Je ne peux pas vous laisser passer les vacances chez eux sans que vous ne les ayez vus quelques heures par-ci par-là ici. Ce serait trop violent si vous vous retrouviez chez eux d'un coup. Vous comprenez ?

- Oui, répondit Potter d'un ton sincère. Il faut y aller par étape de ce côté-là aussi.

- Tout à fait. Vous vous étiez éloigné d'eux depuis plusieurs semaines et après ce qui s'est passé, il va forcément y avoir un malaise la prochaine fois que vous vous verrez. Il va sûrement falloir un peu de temps pour que tout redevienne naturel entre vous. Vous serez autant mal à l'aise les uns que les autres, vous n'aurez donc pas à vous sentir coupable en réalisant que vous vous montrez distant avec eux.

- Mais je ne veux pas être distant avec eux, au contraire, répliqua Potter.

- Vous le serez malgré vous. Mais cela devrait vite s'arranger.

- Quand est-ce que je pourrai les voir ?

- Ce week-end, si tout va bien. Est-ce que cela vous conviendrait ?

- Oui, c'est parfait, s'empressa de répondre le Gryffondor. Et... en ce qui concerne mes amis ?

- On va attendre un peu plus longtemps. Pour la plupart d'entre eux, en tout cas. Pour ce qui est de votre binôme, vous pourrez le voir un peu plus tôt.

Les yeux de Potter s'agrandirent de surprise avant que la culpabilité n'envahisse son regard.

- Il va prendre du retard à cause de moi... murmura-t-il.

Severus se retint de soupirer. Si maintenant Potter se mettait à se croire responsable de tout comme le faisait Théo, il n'était pas sorti de l'auberge !

- Non, rassurez-vous, Draco rendra les prochains devoirs seul. Comme ça il pourra être noté comme ses camarades. C'est plutôt vous qui allez prendre du retard mais on s'en occupera ensemble. C'est justement pour que vous puissiez vite retravailler ensemble que vous pourrez voir Draco plus tôt que vos autres amis.

- Je comprends. J'ai hâte de le voir. Je dois le remercier pour plusieurs choses.

- Ne l'ennuyez pas trop avec ça, pour lui c'est parfaitement normal de vous avoir sauvé et de prendre les cours pour vous. Vous pouvez le remercier mais passez vite à autre chose.

Potter acquiesça.

- J'aimerais juste parler des potions de sommeil sans rêves avant de vous laisser tranquille. J'ai vu dans votre souvenir que cette... psychomage avait refusé de vous en prescrire. Comment avez-vous donc fait pour vous en procurer ?

Potter baissa les yeux sans répondre.

- M. Potter, vous pouvez tout me dire. Je ne vous jugerai pas, quoi que vous ayez fait.

- Je les ai fabriquées, avoua Potter à voix basse.

Severus ne put cacher sa surprise. Il ne s'était pas vraiment attendu à cela. C'était pourtant logique. Mais venant de Potter, réussir une potion qui de... Oh Merlin. Il venait de comprendre.

- C'est pour cela que vous êtes devenu doué en potions, murmura-t-il. Vous avez dû fabriquer ces potions cet été et cela vous a permis de vous améliorer. C'est pour ça que vous refusiez de dire ce qui vous avait poussé à vouloir faire des progrès. Je voyais bien que vous cachiez quelque chose. Et je vous avais dit que je découvrirais ce que c'était. Mais jamais je n'aurais cru ça... C'est pour cela que je n'arrivais pas à deviner. Je comprends mieux maintenant pourquoi vous ne vouliez rien dire. Vous ne pouviez pas avouer que vous prépariez ce genre de potions. Mais comment vous y êtes-vous pris pour que Black et Lupin ne s'aperçoivent de rien ?

- Ils ne venaient jamais me voir lorsqu'ils savaient que j'étais en train de «m'entraîner». Ils savaient que j'avais besoin de calme et de concentration. Mais pour qu'ils ne se doutent vraiment de rien, je ne faisais pas que des potions de sommeil sans rêves. Je faisais d'autres potions aussi dont je leur montrais des échantillons lorsque je les avais terminées. Je m'entraînais réellement une fois que j'avais fini de préparer mes potions. Sinon je n'aurais pas pu devenir aussi bon.

- Je vois. Et ici ? Où prépariez-vous vos potions ?

- Dans les toilettes de Mimi Geignarde. Personne n'y va jamais donc j'étais tranquille. Et puis je n'en préparais pas tous les jours. J'en faisais à peu près toutes les trois semaines puisque je faisais un stock de vingt potions à chaque fois. Je n'en ai donc préparé que quatre fois depuis la rentrée.

- Et comment vous êtes-vous procuré les ingrédients sans que cela ne paraisse suspect ?

- J'ai acheté d'autres ingrédients à côté. Et je n'ai pas cité d'un coup tous les ingrédients nécessaires pour la potion de sommeil sans rêves.

- Très ingénieux. Tout cela était savamment pensé et réfléchi.

- J'étais prêt à tout pour avoir ces potions de sommeil sans rêves, murmura Potter.

En entendant ces mots, Severus regretta de ne pas avoir été plus attentif. Mais il savait qu'il n'avait pas à se sentir responsable. Potter avait bien caché son jeu et avait tout fait pour que personne ne s'aperçoive de rien. À présent, Severus était là pour l'aider et c'était ça le plus important.

- Je sais que j'ai fait n'importe quoi, ajouta Potter. Et je le regrette. Mais je n'avais pas d'autre choix.

- Le principal c'est que soyez pris en main, maintenant. Cette potion ne faisait plus effet mais vous en étiez devenu complètement dépendant. Pour le moment, vous êtes sous une potion qui vous fait dormir d'une traite pendant la nuit le temps que vous alliez mieux. Une fois que vous vous serez suffisamment reposé, je vous mettrai sous une autre potion à base de plantes qui vous aidera à vous détendre le soir. Elle vous fera également dormir mais il n'y a pas de risque d'accoutumance et de dépendance. Vous ne devriez pas faire de cauchemars avec cette potion si vous pensez à bien vous relaxer avant de dormir. Vous resterez sous cette potion jusqu'à ce que votre esprit ne soit plus hanté par ce qui s'est passé lors de la troisième tâche du tournoi. Pour cela vous devrez tout me dire. Votre esprit ne sera pas en paix tant que vous garderez des choses pour vous.

- Ça va prendre du temps...

- Je pense que nous nous verrons pendant au moins deux mois, mais vous pourrez retourner en cours d'ici là. Bon, je vais vous laisser tranquille. Vous avez eu une matinée éprouvante, vous avez besoin de vous reposer.

- Je ne serai sûrement pas réveillé à midi, grimaça Potter.

- Ce n'est pas grave, vous pouvez manger à treize heures, ce sera encore l'heure de déjeuner. Ce qui compte pour le moment c'est que vous vous reposiez un maximum.

Potter hocha la tête, se leva de table et quitta le salon. Severus soupira. Le chemin allait être long. Mais Potter était plein de bonne volonté et il avait vraiment envie de s'en sortir. Cela allait beaucoup l'aider. Et Severus serait derrière lui. Oui, toutes les conditions étaient réunies pour que Potter s'en sorte. Maintenant, il fallait juste laisser faire le temps.

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POV Justin

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Justin était en train de faire un devoir de métamorphose avec Théo lorsque Michaël Corner vint les voir à leur table.

- Dites, vous n'auriez pas vu un manuel de potions traîner sur une table hier soir ?

- Euh non, désolé, nous n'étions pas là hier soir, répondit Justin.

- Zut... Il faut absolument que je le retrouve si un devoir de potions nous tombe dessus, même si on suit les cours à distance...

- Tu devrais demander aux préfets, ils doivent vérifier la salle des binômes pendant leur ronde, conseilla Théo. Je sais que Draco était de ronde hier soir et je crois qu'il était avec Hannah Abbot.

Michaël regarda Théo avec un air impressionné qui agaça Justin.

- Merci, je vais leur demander de suite s'ils ont vu mon livre !

Michaël partit sous le regard courroucé de Justin.

- Il y a un problème, Justin ? demanda la voix inquiète de Théo.

Justin tourna brusquement la tête vers son binôme.

- Pardon, je n'ai pas entendu ce que tu disais...

- Je te demandais s'il y avait un problème.

- Non, pourquoi ?

- Parce que tu regardais Michaël un peu bizarrement.

- C'est lui qui te regardait bizarrement.

Théo haussa les sourcils.

- Comment ça ?

- J'ai besoin de te faire un dessin ?

- Désolé mais je ne comprends pas ce que tu veux dire.

- Il te regardait avec un air intéressé !

- C'est un peu normal puisque je lui donnais une piste pour retrouver son livre...

- Mais je ne te parle pas de ça ! Il avait l'air de celui qui voulait tenter quelque chose avec toi !

Théo écarquilla les yeux.

- Quoi ?! Mais... n'importe quoi ! Michaël n'est pas du tout intéressé par moi !

- Qu'est-ce que tu en sais ? Tu ne le vois même pas quand un garçon te regarde avec un peu trop d'insistance !

- Mais Michaël ne me regardait pas du tout comme ça ! Il était juste surpris que je sache qui était de ronde hier soir ! Il était peut-être un peu impressionné mais ça s'arrête là !

Réalisant qu'il s'était fait des idées, Justin dévia le regard.

- Désolé, je me suis un peu emballé. Je ne sais pas comment j'en suis venu à croire qu'il avait des vues sur toi.

- Mais même si c'était le cas, ce serait son droit, non ?

Justin fronça les sourcils.

- Ça ne te dérangerait pas ?

- Je n'ai pas dit ça. Mais il a le droit d'être intéressé par qui il veut tant qu'il respecte la personne et qu'il ne l'oblige pas à sortir avec lui.

- C'est vrai. Je suis désolé d'avoir réagi comme ça.

- Mais pourquoi ça t'embêterait que Michaël serait possiblement intéressé par moi ?

- Ça ne m'embêterait pas, c'est juste que tu n'es peut-être pas prêt à sortir avec qui que ce soit, se justifia Justin. Tu serais sûrement gêné si un garçon venait te draguer ou s'il te demandait carrément de sortir avec lui... Mais tu fais comme tu veux. Je n'ai rien à dire là-dessus. Tant que ça n'empiète pas sur nos séances de travail...

- Si je sortais avec quelqu'un, je ferais toujours passer mes études avant mon couple mais tout en essayant de ne pas délaisser mon petit-ami. Mais de toute façon, ce n'est pas demain la veille que je vais commencer à sortir avec quelqu'un.

- Pourquoi ? s'étonna Justin.

- Parce que j'ai besoin de connaître un minimum la personne. Et je dois éprouver des sentiments envers cette personne. Je ne peux pas sortir avec quelqu'un que je connais à peine.

- Je vois. Mais il n'y a personne qui correspond à ces critères, en ce moment ? Une personne que tu connaisses assez pour en tomber amoureux ?

- Je n'ai que des amis qui, je le sais, ne resteront que des amis. Parmi les garçons dont je suis proche, il n'y a que Draco, Blaise et Harry. Draco et Blaise sont mes meilleurs amis, je ne peux pas envisager de sortir avec eux. Et Harry... c'est différent mais je sais que je ne pourrais jamais sortir avec lui. On ne peut pas s'aimer de cette manière. Donc, non, il n'y a personne avec qui je pourrais sortir en ce moment. Mais ce n'est pas dans mes projets de me mettre en couple dans l'immédiat. J'aurais trop peur de ne pas réussir à consacrer assez de temps à mon petit-ami. Sans les séances de travail en binôme, ça pourrait peut-être le faire. Mais je ne sais même pas si je suis prêt à sortir avec quelqu'un. Je ne m'imagine pas du tout en couple. Je n'aime pas qu'on m'approche d'un peu trop près, alors ce serait légèrement compliqué... C'est pour ça qu'il faut que je sois avec quelqu'un en qui j'ai déjà confiance.

- Je comprends, murmura Justin. En fait, il aurait fallu que tu aies un binôme dont tu aurais pu tomber amoureux. Comme ça, ça aurait été super pratique pour toi. Tu aurais pu passer du temps avec ton petit-ami durant les séances de travail puisqu'il aurait également été ton binôme de travail.

- Ça aurait été bien, oui.

Justin fronça les sourcils. Théo avait l'air triste. Était-ce de sa faute ? Avait-il dit quelque chose qui l'avait peiné ? Regrettait-il de l'avoir comme binôme ? Inquiet, il lui posa la question :

- Tu aurais aimé avoir quelqu'un d'autre comme binôme ?

Théo écarquilla de nouveau les yeux.

- Bien sûr que non ! Pourquoi me demandes-tu ça ?!

- Je ne sais pas, l'espace d'un instant j'ai cru que tu aurais aimé travailler avec une autre personne...

- Tu as mal cru, alors, dit Théo en souriant. D'accord, les débuts ont été difficiles mais depuis que tu as changé d'avis sur moi, nos relations ont considérablement changé. On s'entend super bien et on est hyper efficaces durant nos séances de travail. Je n'aurais pas pu rêver mieux comme binôme.

Justin sourit, touché.

- C'est réciproque. Mais vivement les vacances. Je me fais trop d'idées, aujourd'hui, je dois être un peu trop fatigué.

- C'est dans dix jours, courage, plaisanta Théo. Tu restes ici, d'ailleurs ? Ou tu rentres ? Je ne te l'ai même pas encore demandé...

- Je reste ici.

- Oh, je pensais que tu serais rentré chez toi...

- J'aurais bien aimé mais c'est un peu compliqué dans ma famille en ce moment, alors l'ambiance n'est pas trop à la fête. Je serai mieux ici, en fait. Ernie et Hannah restent, eux aussi, donc ça va être plutôt cool. Tu as aussi des amis qui restent, toi ?

- Oui, Draco et Blaise. Pansy rentre chez ses parents, elle. Comme chaque année.

- Tu rentrais chez toi, avant ?

- Non, j'ai toujours passé Noël à Poudlard, dit Théo d'une voix tendue.

Justin comprit que c'était un sujet sensible. Il estima qu'il valait mieux arrêter d'en parler.

- Bon, on ferait mieux de se remettre au travail.

Théo acquiesça et se replongea dans ses parchemins. Justin l'observa un moment sans s'en rendre compte. Lorsqu'il s'en aperçut, il rougit et reporta son attention sur son livre d'histoire de la magie. Ce n'était pas très passionnant mais ce serait toujours plus productif que regarder son binôme. Il n'était franchement pas motivé mais il prit sur lui et fit de son mieux pour avancer dans le devoir. Alors qu'il lisait un passage barbant sur la guerre des Trolls, il n'eut qu'une pensée en tête : vivement les vacances.

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Lorsqu'il entra dans sa salle commune après avoir dîné, Justin voulut directement monter à son dortoir mais il en fut empêché par Emily qui vint le voir. Cela faisait dix jours qu'ils s'étaient disputés et Justin n'avait encore fait aucun pas envers elle. Elle avait bien essayé de lui parler à plusieurs reprises mais il l'avait ignorée. Elle lui manquait, pourtant. Mais il n'avait pas envie de se disputer de nouveau avec elle. Il avait peur que ce soit le cas s'il la laissait lui parler. Car il n'avait pas fait le choix qu'elle lui avait demandé de faire. Il était incapable de choisir entre Théo et elle. Surtout qu'il ne pouvait pas arrêter de voir Théo puisqu'il était son binôme. Mais il savait que ce n'était pas ça qu'elle voulait dire. Elle souhaitait simplement que Justin cesse de prendre position contre elle en faveur de Théo. Mais il ne pouvait pas cautionner le fait qu'elle parle avec son cousin comme s'il ne s'était rien passé... Il prenait ça comme un manque de respect envers Théo. Il fut donc tenté d'ignorer Emily comme il avait pris l'habitude de le faire mais elle lui manquait vraiment trop, alors il la laissa venir vers lui.

- J'ai cru que tu allais m'éviter une fois de plus...

- C'est ce que je devrais faire puisque tu m'as dit qu'on pourrait se reparler uniquement quand j'aurai fait mon choix. Vu que ce n'est pas le cas...

- C'était idiot de ma part de t'imposer cette condition. J'étais en colère, j'ai dit n'importe quoi. Je n'ai pas apprécié que tu t'en prennes comme ça à Josh et ça m'a fait sortir de mes gonds.

- Je ne regrette pas ce que j'ai dit, Emily, prévint Justin.

Il savait qu'il n'allait pas augmenter ses chances de se réconcilier avec Emily en disant ça mais il voulait être honnête avec elle.

- Je me doute bien, répondit Emily. Je pense qu'on n'arrivera pas à se mettre d'accord là-dessus alors on pourrait peut-être juste ignorer cette mésentente entre nous ? En soi, ça ne change rien à notre couple que je parle à Josh... Tant qu'on ne parle pas de lui, ça devrait aller ?

- Ça m'ennuie de savoir que ma petite-amie parle à celui qui a agressé et failli tuer mon binôme.

- Tu n'exagères pas un peu ? protesta Emily.

- Pas du tout, répliqua Justin. Il ne te l'a sûrement pas dit mais lors de l'audience disciplinaire, son ami a bien fait comprendre qu'ils auraient continué à noyer Théo s'ils n'avaient pas cru entendre du bruit.

Emily sembla choquée. Mais elle prit vite un air méfiant.

- Qui t'a dit ça ?

- Est-ce que c'est vraiment important que tu le saches ?

- Oui, car selon la personne, l'information peut être fiable ou non. Si ça vient de ton binôme...

Justin soupira, agacé.

- Comment veux-tu qu'on fasse la paix si tu passes ton temps à attaquer Théo ?! Tu ne peux pas le laisser tranquille ?!

- Mais c'est justement ça que je te reproche, Justin ! Quoi que je dise, tu le défends !

- Parce que j'ai des raisons de le faire !

Voyant qu'ils étaient tous deux en train de perdre leur calme, Justin essaya de calmer les choses :

- Écoute, je veux bien qu'on se remette ensemble, je ne demande même que ça. Mais ça ne pourra pas marcher si on passe notre temps à se disputer comme ça. Si on veut que ça marche, il faut qu'on évite de parler de Théo et de ton cousin.

- Je veux bien mais dans ce cas, tu ne dois pas me reprocher de parler à Josh.

- Mais ça ne te dérange vraiment pas ce qu'il a fait ?!

- Bien sûr que si, s'agaça Emily. Et je ne cautionne pas. Mais il a été puni pour ça et je pense que ça lui a servi de leçon. Il ne recommencera pas. J'ai confiance en lui. Tout le monde a le droit à une deuxième chance.

Justin soupira de nouveau. Ce n'était pas du tout comme ça qu'il voyait les choses. Mais il savait qu'Emily et lui n'arriveraient pas à se mettre d'accord sur ce sujet. Et il ne voulait pas rester brouillé avec elle. Il décida alors de passer outre ce différend, même si cela allait à l'encontre de ses valeurs. Il tenait à Emily et il avait vraiment envie de se remettre avec elle.

- D'accord, on arrête d'en parler et je ne te ferai plus de remarques sur tes rapports avec ton cousin.

Emily sourit.

- Je savais qu'on réussirait à trouver un terrain d'entente. Je regrette juste qu'on ne se soit pas réconciliés plus tôt. Mais on a dix jours à passer ensemble, c'est déjà ça.

- Tu rentres chez toi pour les vacances ? devina Justin.

- Oui, vu qu'on était en froid, je n'avais pas très envie de rester.

- Je comprends. Ça va te faire du bien de retrouver tes parents, dit Justin en souriant.

- Oui, c'est sûr, approuva Emily. Et je préfère passer les fêtes avec ma famille plutôt qu'à Poudlard.

- Moi cette année c'est plutôt l'inverse. Je préfère largement rester ici. L'ambiance sera meilleure à Poudlard que chez moi.

- Ça va si mal que ça entre tes parents ? s'inquiéta Emily.

- C'est plutôt dans ma famille en général que ça ne va pas, mais ça provoque des disputes entre mes parents, oui. Ils ne soutiennent pas le même camp puisque ce sont des conflits qui opposent leurs deux familles. Ils n'ont pas vraiment envie que je prenne parti, ils veulent me garder en-dehors de tout ça, alors ils ont jugé préférable que je reste à Poudlard pendant les vacances. Et je suis tout à fait d'accord avec eux.

- Je pense que c'est mieux aussi. Où que tu sois, on s'écrira, de toute façon. Ne serait-ce qu'une ou deux fois.

- Ça me va, approuva Justin. Je suis désolé mais je suis fatigué, j'allais dans mon dortoir quand tu m'as appelé.

- Je comprends, vas-y. On se verra sûrement demain.

Justin acquiesça, embrassa Emily et se rendit à son dortoir. Il se coucha aussitôt et, étant donné qu'il était un peu trop tôt pour dormir, il prit un livre. Mais il était tellement fatigué qu'il savait qu'il ne tiendrait pas longtemps. Il réussit à rester éveillé une heure avant qu'il ne se sente trop attiré par les bras de Morphée pour résister davantage. Il posa son livre sur sa table de chevet, s'allongea et ferma les yeux. Juste avant de s'endormir, il repensa à sa discussion avec Emily. Il était content de s'être réconcilié avec elle. Mais alors qu'il aurait dû être déçu de ne pas pouvoir passer les vacances avec elle, il était plutôt soulagé. Car au moins, il pourrait passer autant de temps qu'il le voudrait avec Théo. Il eut tout juste le temps de se sentir vaguement coupable d'avoir eu cette pensée avant que le sommeil ne vienne l'emporter.

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(jeudi 14/12) POV Draco

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Le réveil de Draco sonna pour ce qui devait être la troisième ou quatrième fois. Mais comme les fois précédentes, Draco l'ignora et ne bougea pas d'un pouce. Il ne voulait pas se lever. Il était bien dans son lit. Mais c'était sans compter Blaise qui était déjà venu le réveiller et qui revint le voir au bout de quelques minutes :

- Allez, debout Draco !

- Rah mais lâche-moi ! Je veux rester au lit le plus longtemps possible !

- Mais si tu tardes trop tu n'auras pas le temps de déjeuner ! Et puis plus tu te lèveras tard, plus tu seras fatigué. Alors mets-toi un bon coup de pied aux fesses, lève-toi, habille-toi et viens déjeuner.

Draco grogna dans son oreiller mais consentit à faire ce que lui disait Blaise. Il se leva, s'habilla, prit sa baguette et son sac de cours et sortit de son dortoir. Il se rendit à la Grande Salle et s'installa à la table des Serpentard sans dire bonjour à personne. Il commença à déjeuner mais sans avoir le moindre appétit. Il était en train de se servir du porridge quand le directeur prit la parole :

- Votre attention, s'il vous plaît !

Toutes les conversations se turent aussitôt.

- J'ai une annonce de la plus haute importance à vous faire. En raison de diverses circonstances, il a été décidé hier soir que les vacances seraient avancées d'une semaine et qu'elles commenceraient donc demain soir. Laissez-moi vous expliquer avant de vous mettre à chahuter, s'il vous plaît. Vous avez dû remarquer que, depuis le début de la semaine, le temps est très hivernal. Il fait froid et il neige bien plus qu'à l'accoutumée à cette période de l'année. Eh bien cela va continuer et ne va pas aller en s'arrangeant. Nous avons appris hier que jeudi ou vendredi prochain, la région sera touchée par une très forte tempête de neige. Vous comprendrez donc qu'il sera impossible pour le train de circuler dans de telles conditions. Nous avons beau vivre dans un monde magique, nous ne pouvons absolument rien contre la météo et ses caprices plus ou moins fantaisistes. Cela signifie que si vous ne partez pas samedi après-midi, vous ne pourrez pas rejoindre vos familles pour les vacances si vous le souhaitez. Et nous savons très bien que plus de la moitié des élèves rentrent chez eux lors de ces vacances. Étant donné que le temps devrait être assez calme après-demain, nous avons donc préféré renvoyer les élèves chez eux une semaine plus tôt plutôt que les priver de leurs familles pour les fêtes. Les hiboux sont partis dès hier soir pour prévenir vos parents. Tout est donc prêt pour que vous puissiez partir samedi à quatorze heures. Cette décision d'avancer les vacances a été soutenue par deux autres raisons : l'épidémie de grippe et la fatigue des élèves concernés par le travail en binôme. L'épidémie de grippe étant particulièrement virulente cette année, vous faire rester aurait fait prendre le risque d'avoir la moitié des élèves malades d'ici les vacances. Ces dernières n'auraient pas été très reposantes. Et la dernière semaine de cours n'aurait pas été très suivie puisqu'une bonne partie des élèves aurait séjourné à l'infirmerie. À cela vient s'ajouter, comme je le disais, la fatigue des élèves de troisième, quatrième et cinquième année. Une semaine supplémentaire de vacances ne sera pas de refus pour eux. Les autres en profiteront aussi, évidemment. Voilà, je crois vous avoir dit l'essentiel. Je vous laisse continuer à manger. Bonne journée à toutes et à tous !

Dumbledore se tut et se rassit sur ces mots. Draco resta perplexe un moment alors que le bruit des conversations reprenait autour de lui. Est-ce que cette nouvelle changeait quelque chose pour lui ? Il croyait bien que non. Il restait à Poudlard, de toute façon. Et il n'avait pas spécialement hâte d'être en vacances. Il n'était donc pas aussi excité que les autres élèves. En fait, pour être tout à fait franc, il s'en fichait complètement. Cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Mais il devait quand-même avouer qu'un peu de repos supplémentaire ne lui ferait pas de mal. Il se rangea donc à l'avis général et se dit que ce que venait d'annoncer Dumbledore était une bonne nouvelle. Il regarda ses amis et vit que Blaise et Théo – qui restaient eux aussi à Poudlard – semblaient aussi peu concernés que lui tandis que Pansy – qui rentrait chez elle – avait l'air ravie. Draco fut alors content pour elle. Alors qu'il finissait son bol de porridge, il entendit Blaise se plaindre :

- C'est bien joli tout ça mais moi j'aurais préféré qu'il annonce que l'entraînement de ce soir était annulé... Parce qu'il fait vraiment trop froid pour s'entraîner.

- S'il maintient l'entraînement, c'est qu'il estime que c'est faisable, argumenta Théo. Mardi il neigeait beaucoup trop, c'est pour ça que notre entraînement a été annulé. Mais là on ne court aucun risque.

- Pffff, c'est dommage que je sois hétéro et que je ne sorte pas avec le capitaine... Je lui aurais fait les yeux doux et je lui aurais demandé d'annuler l'entraînement...

- Si c'est un appel du pied, tu oublies tout de suite, Blaise, rétorqua Draco. Je ne demanderai rien du tout à Graham. Il n'est pas corruptible, de toute façon. Il n'annulera jamais un entraînement parce que je le lui demande.

- Tu ne sais même pas profiter de tes avantages, Draco. Tu es vraiment désespérant.

Draco haussa les épaules et se servit un petit pain tout en buvant son jus de citrouille. Tout compte fait, il avait faim. C'était peut-être dû à l'annonce de Dumbledore, même s'il en doutait puisqu'il ne se sentait vraiment pas concerné. Ou alors c'était son inconscient qui, pour une raison mystérieuse, était ravi que les vacances commencent plus tôt que prévu et durent plus longtemps que d'habitude. Quoi qu'il en soit, Draco espérait qu'il n'allait pas s'ennuyer pendant ces trois semaines et que ces vacances se passeraient bien...

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Fin d'après-midi, POV Draco

- C'est vraiment obligé cet entraînement alors qu'il fait moins dix degrés dehors ? grommela Blaise.

Draco se retint de lever les yeux au ciel. Blaise avait été en boucle là-dessus durant toute la journée. Il soupçonnait son ami de vouloir rejoindre sa dulcinée plutôt qu'aller à l'entraînement.

- Tu ne sentiras plus le froid au bout d'une dizaine de minutes, apaisa Théo. Et puis c'est le dernier entraînement de l'année. Après tu vas avoir trois semaines de repos pendant lesquelles tu pourras rester bien au chaud dans le château à longueur de journée si tu le souhaites. Tu peux donc bien supporter une petite séance d'une heure et demie avant d'hiberner pendant toutes les vacances...

- Vu comme ça...

- En plus, vu qu'Adrian n'est plus là, il y a de grandes chances que tu deviennes titulaire, intervint Pansy. Et si c'est le cas, tu joueras sûrement le prochain match. Car ça m'étonnerait qu'Adrian soit revenu d'ici là. Il faut donc que tu sois là à chaque entraînement et que tu sois rigoureux.

- Je sais...

- Ça a vachement l'air de te faire plaisir, se moqua Draco.

- Ce n'est pas ça, répliqua Blaise. Je serais ravi et honoré de devenir titulaire. Mais je ne suis pas autant légitime que l'était Théo quand il a dû remplacer Cassius. Je ne suis pas aussi bon. Et je suis loin d'avoir le niveau d'Adrian. Je suis comme Théo : je n'avais pas prévu de devenir titulaire quand j'ai passé les sélections. Je voulais simplement faire du Quidditch.

- Justement, devenir titulaire va sûrement te pousser à t'améliorer, argumenta Théo. Parce que tu sais que tu dois être au top le jour du match. Tu es obligé de progresser. Alors que jusque-là, tu n'avais vraiment cette pression.

Blaise sembla réfléchir aux paroles de Théo.

- C'est vrai. Mais bon, ce n'est pas en un mois que je vais devenir un excellent poursuiveur... Sachant que le match contre les Serdaigle aura lieu fin janvier et qu'on va forcément avoir plus d'entraînements après la rentrée, ça va me laisser sept ou huit séances pour m'améliorer en comptant celle d'aujourd'hui... J'aurais pu en avoir une de plus si l'entraînement de mardi n'avait pas été annulé...

- Pour le coup, c'était vraiment impossible de s'entraîner avec toute la neige qui tombait. Là on a de la chance que ça se soit calmé.

- Oui mais il fait froid, insista Blaise.

- Pense à ta rouquine, ça va te donner chaud.

- Draco, ce n'est franchement pas le moment de lui faire penser à sa chérie, protesta Pansy. Il doit être concentré pour l'entraînement.

Draco n'eut pas l'occasion de répondre à Pansy car il étaient arrivés aux vestiaires. Ils étaient pile à l'heure, le professeur Lupin les ayant lâchés un peu plus tôt que d'habitude. Il n'y avait que Graham et Miles qui étaient là. Mais les autres ne tardèrent pas à faire leur apparition. Draco fut étonné de voir une tête qu'il ne connaissait pas mais il devina vite que c'était celui qui allait prendre la place de Blaise puisque celui-ci allait sûrement devenir titulaire et allait donc laisser vaquant son poste de poursuiveur remplaçant. Une fois tout le monde arrivé, Graham prit la parole :

- Avant de commencer le briefing, j'ai quelques petites choses à vous annoncer. Déjà, pour ceux qui ne le savent pas encore, Adrian sera absent de Poudlard pendant un long moment et ne pourra donc pas assurer son poste de poursuiveur titulaire. Poste qui sera désormais pourvu par Blaise qui laisse donc libre son poste de remplaçant. C'est une chance que le dernier entraînement ait été annulé car je n'aurais pas pu trouver un nouveau poursuiveur en si peu de temps. J'ai un peu fureté dans la salle commune, j'ai demandé à plusieurs élèves s'ils étaient intéressés et j'ai fini par trouver quelqu'un. Jason Freeson sera le nouveau poursuiveur remplaçant de l'équipe, avec Pansy et Murray. Voilà pour les annonces. On va maintenant passer aux objectifs de cette séance. Comme vous le savez, dans un mois, nous affronterons les Serdaigle. Je dis ça surtout pour Jason. Les Serdaigle n'ont franchement pas brillé face aux Poufsouffle lors du dernier match. Leur seul point fort, c'est qu'ils marquaient à chaque fois qu'ils avaient le souafle. Sauf une fois mais sur onze fois ce n'est rien. Les Poufsouffle, eux, ont peu marqué proportionnellement au nombre de fois où ils ont essayé. Mais là où ils ont écrasé les Serdaigle, c'est sur le temps de possession. Ils ont également un bon attrapeur mais face à Draco, il ne fera pas le poids. Il n'est pas question pour autant de se reposer uniquement sur Draco. Il faut marquer, aussi. Et le plus possible. Pour l'instant, avec cent soixante-dix points, nous sommes troisièmes derrière Gryffondor qui ont deux cent trente points et Poufsouffle qui ont deux cent vingt points. Serdaigle est dernier du classement avec cent points. Il faut qu'on rattrape notre retard sur Gryffondor et Poufsouffle. Ce sera facile de rattraper Poufsouffle si on gagne les deux prochains matchs. Même s'ils gagnent leur match contre Gryffondor, on marquera plus qu'eux. On n'a donc pas trop de soucis à se faire. C'est de Gryffondor dont il faut se méfier. C'est eux qu'on doit rattraper pour être premiers. Et pour ça, il faut à tout prix marquer. Mais Poufsouffle aussi va vouloir marquer lorsqu'on s'affrontera. Les consignes de cet entraînement sont donc très simples : les poursuiveurs, remplaçants comme titulaires, vont devoir chercher à marquer le plus possible. Les batteurs titulaires, vous devrez viser essentiellement les poursuiveurs remplaçants. Les batteurs remplaçants, vous allez devoir vous concentrer à la fois sur les poursuiveurs titulaires et sur l'attrapeur titulaire. Draco et Simon, vous laissez vos équipes respectives marquer un maximum avant d'essayer d'attraper le vif d'or. Miles et Neil, comme d'habitude, vous défendez vos buts avec ardeur. Voilà, est-ce que tout est clair ? Oui ? Pas de questions ? Non ? Alors vous pouvez aller vous changer. Rendez-vous sur le terrain dans cinq minutes !

Draco se leva aussitôt et fila revêtir sa tenue de Quidditch. Cinq minutes plus tard, il arriva sur le terrain en même temps que les autres.

L'entraînement fut très intense. En attendant que le vif d'or fasse son apparition, Draco observa ses coéquipiers jouer et il les vit beaucoup marquer, que ce soient les titulaires ou les remplaçants. Sa prestation fut tout aussi animée. Dès qu'il pointa le bout de son nez, le vif d'or le fit voler à travers tout le terrain et refusa de se laisser attraper. Simon fut encore plus à la peine que lui. Ils faillirent tous deux se faire désarçonner un certain nombre de fois par les cognards qui s'acharnaient un peu trop sur eux à leur goût. Mais c'étaient les consignes de Graham. Draco et Simon perdirent donc souvent de vue le vif d'or et mirent plusieurs minutes avant de le retrouver. La neige qui se mit à tomber n'arrangea pas les choses. Mais Draco tint bon, tout comme Simon, et ils poursuivirent avec détermination le vif d'or à chaque fois qu'ils le voyaient. Draco fut sur le point de l'attraper à trois reprises mais la petite balle ailée le nargua en lui filant entre les doigts. Ce ne fut qu'à la toute fin de l'entraînement qu'il réussit à s'en saisir en évitant de justesse un cognard qui manqua de l'assommer. Il redescendit et atterrit sur le terrain en douceur. Les autres membres de l'équipe ne tardèrent pas à l'imiter. Graham enjoignit tout le monde à se rendre aux vestiaires. Il félicita tous les joueurs, donna des conseils à la plupart d'entre eux pour le prochain entraînement puis il les laissa aller se doucher. Lorsque tous les membres furent partis se laver, Graham s'approcha de Draco.

- On s'attend à la sortie des vestiaires ?

Draco acquiesça, profita qu'il n'y avait personne et embrassa Graham avant d'aller se doucher lui aussi. Il ne resta pas longtemps sous l'eau, souhaitant rentrer au château le plus rapidement possible. Une fois séché et habillé, il sortit des vestiaires et retrouva Graham qui était déjà dehors.

- On rentre ? proposa d'emblée Draco, frigorifié.

- Avec grand plaisir, approuva Graham.

Ils se mirent en marche et se dirigèrent ensemble vers le château. Une fois arrivés, ils prirent la direction des escaliers pour se rendre à la salle sur demande. Comme ils étaient particulièrement capricieux ce jour-là, ils durent faire un détour par le troisième étage. Alors qu'ils étaient en train de longer un couloir désert, ils sentirent une odeur nauséabonde envahir leurs narines. Draco n'eut pas le temps de se demander d'où ça venait que Graham l'entraîna dans une salle de classe. L'air fut tout de suite bien plus respirable.

- Ça venait d'où ? demanda Draco à Graham. Il n'y avait personne à part nous dans le couloir.

- C'était un petit malin qui s'est caché dans une autre salle de classe. Je ne l'ai pas vu mais c'est souvent comme ça qu'ils procèdent pour ne pas se faire repérer.

- Ah oui, c'est vrai, j'ai déjà remarqué ça durant mes rondes... Tu as de super réflexes, toi, ajouta Draco d'un ton taquin.

- L'habitude, rit Graham. On va peut-être attendre un peu avant de sortir. L'odeur va rester un bon moment.

- Heureusement qu'on n'avait rien de prévu...

- Rien de prévu ? répéta Graham, feignant être choqué. Et notre petite heure en amoureux dans la salle sur demande avant d'aller dîner, tu as oublié ?

- Je voulais dire par-là «rien d'obligatoire» précisa Draco, amusé. On n'était pas attendus par des professeurs ou quelque chose dans le genre.

- Non, mais on était attendus par la salle sur demande.

Draco éclata de rire.

- Eh bien elle nous attendra encore un peu.

- Ça va la vexer. Imagine, pour se venger, qu'elle refuse de s'ouvrir ?

- Eh bien on ira dans ton dortoir.

- Ça me semble être une très bonne alternative.

Graham attira Draco tout contre lui et posa ses lèvres sur les siennes. Draco soupira de bien-être et répondit aussitôt au baiser qui devint rapidement passionné. Très vite, Graham poussa Draco jusqu'à un mur, posa ses mains sous ses fesses et le souleva. Comprenant le message, Draco enroula ses jambes autour de la taille de Graham. Ils purent ainsi être encore plus proches l'un de l'autre. Ils oublièrent complètement où ils étaient mais ils ne tardèrent pas à s'en souvenir quand la porte de la salle s'ouvrit brusquement. Ils se séparèrent vivement et tournèrent la tête d'un même mouvement. Ils découvrirent leur nouveau professeur de potions qui se tenait dans l'entrée de la salle.

- Jeunes gens, ce n'est pas un endroit fait pour ce genre d'occupations.

- Désolé, professeur, dit précipitamment Graham. Ça ne se reproduira plus, c'est promis. Nous... nous allons partir.

Graham n'attendit pas de réponse et entraîna Draco hors de la salle. Ils se rendirent aussitôt à la salle sur demande. Ils étaient quelque peu essoufflés lorsqu'ils arrivèrent.

- Je suis désolé, dit Graham tout en essayant de reprendre une respiration normale. Je n'aurais pas dû t'embrasser. Ni pousser aussi loin notre étreinte.

- Ce n'est pas uniquement de ta faute, j'aurais pu te repousser aussi, répliqua Draco. Mais ça va, on a eu de la chance. Le professeur Slughorn est plutôt cool.

- Ça, c'est sûr. Bon, où est-ce que nous en étions ?

- Tu ne veux pas qu'on se repose un peu, avant ? se plaignit Draco.

- Se reposer ? Tu n'as pas assez de forces pour qu'on s'embrasse ? se moqua gentiment Graham.

- Pour des baisers, oui, mais pour la suite...

- Quelle suite ? demanda Graham en fronçant les sourcils.

- Ben... on n'est pas ici pour rien, si ?

- On doit aller manger dans à peine une heure, ça ne laisse pas le temps de faire grand-chose, dit Graham, perplexe. Et ce n'était pas ce que j'avais prévu, de toute façon.

- Oh...

- Attends, tu croyais que je voulais qu'on fasse l'amour ?

Draco se mit à rougir, ce qui suffit comme réponse à Graham qui soupira.

- Draco, ce n'est pas parce que je t'emmène ici que je veux forcément avoir un rapport avec toi. Il n'y a pas que ton corps qui m'intéresse, je te l'ai déjà dit.

- Je sais mais j'ai tendance à l'oublier.

Graham attira de nouveau Draco contre lui. Il croisa ses mains dans son dos et posa son front contre celui de Draco.

- Je t'assure que je ne suis pas avec toi juste pour ton corps, même si je l'adore. Je t'aime, Draco.

Le coeur de Draco se serra à l'entente de ces mots. Il aimerait tellement les dire, lui aussi... Mais il ne pouvait pas.

- Tu me crois, Draco ? insista Graham.

- Oui, bien sûr, répondit Draco.

- Tu m'aimes, toi aussi ?

- Je... j'ai... j'ai besoin de temps avant de dire ce genre de choses, improvisa Draco. Ce n'est pas contre toi, c'est juste que je ne suis jamais sorti avec quelqu'un et...

- Je comprends, coupa doucement Graham. Tu n'as pas besoin de me le dire, de toute façon. Tu n'aurais pas fait ta première fois avec moi si tu ne m'aimais pas. Surtout que c'est toi qui a tenu à la faire alors que je voulais au contraire attendre un peu...

Draco se sentit encore plus mal. Graham l'aimait et était persuadé que c'était réciproque. Comment allait-il se sortir de cette situation ? Il ne voulait pas faire souffrir Graham... Mais il ne pouvait pas lui dire qu'il n'était pas amoureux de lui, sinon Graham allait le quitter, et ça c'était inimaginable pour Draco... Il ne pouvait plus s'imaginer sans Graham. Il avait besoin de lui, il avait besoin de son amour, de sa tendresse, de son attention, de son affection... Il ne pouvait pas prendre le risque de perdre tout ça. Il décida alors d'éluder une fois de plus :

- Je sentais que c'était avec toi que je devais la faire. Et je ne le regrette absolument pas.

Ça, c'était la vérité. Il avait adoré sa première fois et il se demandait vraiment si ça aurait pu être meilleur avec quelqu'un d'autre. Il en doutait fortement tellement il avait aimé. Cette réponse dut suffire à Graham puisqu'il sourit :

- C'est le principal. Bon, et si on s'asseyait ? On ne va pas rester debout jusqu'à ce qu'on parte...

Draco approuva et s'installa sur un canapé avec Graham. Ils restèrent ensemble jusqu'à ce qu'ils doivent aller dîner. Ils prévirent de se retrouver quelques heures plus tard dans le dortoir de Graham. Cela suffit à rendre Draco heureux. Ils l'étaient tous les deux alors il n'avait aucune raison de mettre fin à son couple. Une petite voix dans sa tête lui souffla qu'il se voilait la face mais il l'ignora. Il savait qu'elle avait raison mais il s'en fichait. Le déni avait du bon.

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(vendredi 15/12) POV Pansy

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- C'est cool d'avoir été choisis pour la dernière ronde de l'année.

La remarque de Ron fit sourire Pansy qui tourna la tête vers son collègue :

- C'est vrai, ça permet de faire le tour du château et de se remémorer chaque salle, chaque couloir, chaque recoin afin de ne pas les oublier durant ces trois semaines de vacances...

- C'est ça. Enfin moi ça va, je reste ici, je ne risque pas de les oublier... Surtout que je ferai plusieurs rondes pendant les vacances.

- Tu vas faire les mêmes rondes que d'habitude ? demanda Pansy.

- Non, je vais en faire quelques-unes après le couvre-feu. Au début je trouvais ça chouette mais en réfléchissant, je me dis que ça ne doit pas être un cadeau. Parce que ça doit être barbant, ces rondes tardives. Les élèves qui ne sont pas dans leur salle commune ou dans leur dortoir après vingt-et-une heures doivent se compter sur les doigts d'une main. Du moins, les élèves qui ne sont pas concernés par les binômes de travail et qui n'ont donc pas le couvre-feu jusqu'à vingt-trois heures.

- Eh bien dans ce cas tu auras vite terminé ta ronde. Mais du coup, pendant les vacances, est-ce que le couvre-feu est toujours à vingt-trois heures pour les troisième, quatrième et cinquième année ? Parce qu'on n'a que des devoirs individuels à rendre puisque les professeurs savent bien que tous les binômes ne restent pas forcément à Poudlard durant les vacances... Du coup il ne devrait pas y avoir de séances de travail.

- Je ne sais pas mais c'est une bonne question. Je pense qu'ils nous laissent quand-même le couvre-feu à vingt-trois heures. Ce serait bête de nous l'enlever durant les vacances. Ah, tiens, une fiole par terre...

Ron ramassa ladite fiole et la renfila avant de la passer à Pansy qui fit de même. Ne sentant rien de spécial, elle haussa les épaules.

- Je ne sais pas ce que c'est mais ça ne nous avancera pas à grand-chose de le savoir. Ça ne nous dira pas qui a jeté cette fiole par terre. En tout cas, ça fait plaisir de voir que certains élèves prennent les couloirs pour une poubelle.

Pansy mit la fiole dans son sac et poursuivit sa ronde avec Ron. Ils montèrent au quatrième étage où ils firent cesser une dispute qui allait sûrement mal tourner. Ils vérifièrent toutes les salles de classe puis ils se rendirent au cinquième étage. Ils ne virent rien de spécial jusqu'à ce qu'ils tournent à l'angle d'un couloir. Ils eurent tout juste le temps de voir deux garçons entrer dans les toilettes en regardant derrière eux comme s'ils avaient peur d'être vus ou d'être suivis. Ils ne virent pas Pansy et Ron puisqu'ils vérifièrent le mauvais côté lorsque les deux préfets débouchèrent sur le couloir. Pansy et Ron se regardèrent et, sans se concerter, ils se dirigèrent d'un même pas vers les toilettes. Ils firent le moins de bruit possible afin que les deux élèves ne les entendent pas. Lorsqu'ils entrèrent, ils devinèrent vite dans quelle cabine se trouvaient les deux élèves. C'était la seule dont la porte était fermée. Pansy et Ron échangèrent de nouveau un regard et décidèrent d'un accord tacite de ne rien faire et d'attendre que les deux élèves sortent. C'était beaucoup moins risqué pour tout le monde ainsi. Ils n'eurent pas à patienter très longtemps. La porte de la cabine s'ouvrit au bout de quelques minutes seulement. Ron et Pansy dégainèrent aussitôt leurs baguettes, surprenant les deux élèves qui voulurent riposter mais qui se firent désarmer instantanément. Acculés et sans défense, les deux suspects ne firent plus un geste. Pansy reconnut alors le Serdaigle qu'elle avait vu avec Adrian trois semaines plus tôt lors d'une même ronde avec Ron. Celui-ci dut lui aussi le reconnaître puisqu'il hurla :

- TOI !

Devinant aisément la raison de la colère de Ron, Pansy tenta de l'apaiser en posant une main sur son bras.

- Ron, calme-toi...

- Non ! C'est à cause de lui si Adrian s'en est pris à Harry ! S'il ne lui avait pas vendu ses potions, Adrian serait resté clean et rien de tout cela ne serait arrivé ! Adrian ne serait pas à Sainte-Mangouste et Harry ne serait pas en pleine dépression ! Je ne laisserai pas ce dealer vendre sa merde à quelqu'un d'autre ! Je ne le laisserai pas faire d'autres victimes !

- Hé oh il va se calmer le rou...

- TAIS-TOI ! TAIS-TOI ! JE NE VEUX PAS T'ENTENDRE !

Pansy était terrifiée. Elle ne savait pas quoi faire. Elle avait peur que Ron agresse le Serdaigle et elle ne voulait pas que ça arrive. Car Ron allait avoir des ennuis alors qu'il ne méritait pas d'en avoir. Il voulait juste venger son meilleur ami du dealer qui était responsable de son état actuel. Mais on ne se faisait pas justice soi-même. Pansy tenta alors la pédagogie :

- Ron, tu lui ferais beaucoup trop plaisir en l'agressant. Il serait bien trop content de voir un préfet se faire sanctionner. Si tu lui fais quoi que ce soit, tu ne pourras plus assumer tes rondes pendant un certain temps. Or, tous les professeurs et préfets doivent être mobilisés pour tenter d'arrêter ce fléau que sont les trafics de potions droguées.

Pansy crut un instant que Ron ne l'avait pas entendue ou pas écoutée car il menaçait toujours le Serdaigle de sa baguette, mais au bout de plusieurs longues minutes pendant lesquelles Pansy retint sa respiration, Ron finit par abaisser lentement sa baguette. Le Serdaigle et l'autre élève auraient très bien pu en profiter pour s'enfuir mais ils ne firent pas un geste, ayant sûrement peur que Ron décide finalement de les attaquer dès qu'ils auraient le dos tourné. Pansy sauta sur l'occasion pour faire son devoir de préfète.

- Videz vos poches et vos sacs.

- Non mais et puis quoi encore ? Cent gallions et une chocogrenouille ?

- Je serais toi, je ne discuterais pas mes ordres. D'une, parce que je suis préfète et de deux, parce que j'ai quelqu'un à côté de moi qui serait ravi de te régler ton compte. Je viens de te sauver la mise en le calmant mais je peux très bien lui dire que, tout compte fait, il peut s'occuper de ton cas.

Le Serdaigle regarda Pansy comme s'il souhaitait plus que tout qu'elle se fasse déchiqueter par le calmar géant. Tout comme l'autre élève, il céda et vida le contenu de son sac et de ses poches. Parmi tout le joyeux bazar se trouvaient une dizaine de fioles, toutes identiques. Pansy en prit une et fit les tests nécessaires pour savoir s'il s'agissait d'une potion droguée. C'en était une. Type coupe-faim. Aidée de Ron qui avait recouvré ses esprits, elle fit les mêmes tests avec les autres potions. C'étaient toutes des coupe-faim. Elle se tourna vers Ron.

- Prends l'identité de l'acheteur, je prends celle du dealer.

Ron acquiesça et s'adressa à l'acheteur tandis que Pansy fixa du regard le Serdaigle.

- Nom, prénom, année, maison.

- Dwight Craig, septième année, Serdaigle, répondit le dealer avec réticence.

Pansy nota les informations sur un bout de parchemin.

- Bien, tu peux y aller.

Craig ne se fit pas prier et sortit des toilettes. Son client ne tarda pas à faire de même. Pansy et Ron se retrouvèrent seuls. Ils restèrent un moment silencieux avant que Ron ne prenne la parole :

- Je suis désolé, j'ai fait n'importe quoi.

- Je ne vais pas dire le contraire mais je ne t'en veux pas, assura Pansy. Au contraire, je comprends pourquoi tu as réagi comme ça.

- C'est de sa faute si Harry est au fond du trou en ce moment-même. Adrian ne se serait jamais mal comporté envers lui si cette pourriture de Serdaigle ne lui avait pas vendu ses potions...

- Si ça n'avait pas été ce Serdaigle, ça aurait été quelqu'un d'autre, dit tristement Pansy. Adrian n'en était pas à son premier dealer. Granger l'avait déjà aperçu avec un autre dealer. Et puis ce n'est pas une solution de se faire justice soi-même. C'est aux professeurs de s'en occuper. Mais là c'est bon, ce Serdaigle va bientôt être convoqué par son directeur de maison. Il va y avoir un conseil disciplinaire qui décidera de son sort et il sera sûrement renvoyé un certain temps. Et quand il reviendra, il sera surveillé.

Ron acquiesça.

- Je sais, c'est beaucoup mieux comme ça que si je lui avais lancé des sorts qui l'auraient envoyé à l'infirmerie... Mais sur le moment j'ai vraiment voulu venger Harry. C'est mon meilleur ami et c'est vraiment dur pour moi de savoir l'état dans lequel il est. Je m'en veux tellement de ne rien avoir vu...

- Tu vas me dire que toi tu es son meilleur ami et que ce n'est pas pareil mais on s'en veut tous. On a tous vu que Po... que Harry n'allait pas bien mais on était loin de s'imaginer qu'Adrian se droguait et que ça allait aussi mal entre eux. Et puis ça ne sert à rien de s'en vouloir. Ça ne changera pas les choses. Je dis ça mais moi-même je m'en veux énormément. Mais ce n'est pas ça qui aidera Harry. Il va avoir besoin de soutien.

- Tu as raison. Mais c'est dur de ne rien pouvoir faire.

- Il est entre de bonnes mains, promit Pansy. Peu de personnes le savent mais le professeur Snape est médicomage. Et ce n'est pas du tout la même personne lorsqu'il est médicomage que lorsqu'il est professeur. Je n'ai jamais eu à faire à lui en tant que médicomage mais j'ai l'avis de deux personnes qui me disent la même chose, à savoir qu'il est très compétent et complètement différent de la personne qu'il est en tant que professeur. Donc ne t'inquiète pas pour Harry. Le professeur Snape s'occupe bien de lui.

Ron acquiesça tout en regardant Pansy. Un nouveau silence s'installa entre eux alors qu'ils restaient là à se fixer. Sans même s'en rendre compte, ils firent un pas l'un vers l'autre. Quelques centimètres les séparaient. Ils les franchirent d'un même mouvement afin d'unir leurs lèvres. Ils ne savaient pas pourquoi ils faisaient ça, ils ne savaient pas pourquoi ils étaient en train de s'embrasser dans les toilettes du cinquième étage mais ce fut tout naturellement qu'ils approfondirent le baiser. Ils entrouvrirent leurs lèvres au même moment et laissèrent leurs langues aller investir la cavité buccale de l'autre. Elles se touchèrent, se taquinèrent, s'enroulèrent l'une autour de l'autre alors que les mains se mettaient elles aussi en mouvement. Celles de Ron se posèrent dans le bas du dos de Pansy pour la rapprocher de lui tandis que celles de Pansy se posèrent dans les cheveux de Ron. Le baiser, bien qu'approfondi, resta très doux. Ils prenaient leur temps afin de profiter au maximum de ce moment. Ce ne fut que de longues minutes plus tard qu'ils mirent fin au baiser. Ils se retrouvèrent tous deux un peu gênés en réalisant ce qu'ils venaient de faire. Ils détournèrent tous deux le regard.

- On... on oublie ce qui vient de se passer ? proposa Ron d'une voix hésitante.

- Oui, je... je crois que ça vaudra mieux, approuva Pansy. On ferait mieux de reprendre notre ronde.

Ron acquiesça de nouveau et ils sortirent à leur tour des toilettes. La gêne était palpable entre eux mais ils firent comme si de rien n'était. Ils continuèrent leur ronde qui se termina vingt minutes plus tard. Après être allés voir le professeur Flitwick, ils se rendirent à la Grande Salle pour aller dîner. Ils se souhaitèrent de bonnes vacances avant de se séparer pour rejoindre la table de leur maison. Pansy fut distraite durant tout le repas. Elle avait encore la sensation des lèvres de Ron sur les siennes. Mais elle devait oublier ce baiser. Il ne voulait rien dire. Ils s'étaient laissés porter par leurs émotions, voilà tout. La fatigue avait dû jouer aussi. Ils ne savaient plus vraiment ce qu'ils faisaient. Ils avaient besoin de repos. Et ça tombait bien car ils allaient en avoir. Plus que prévu, même. Ces trois semaines de vacances tombaient vraiment à pic et allaient leur faire le plus grand bien.

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Deux heures plus tard, Pansy était en train de lire un livre dans la salle commune lorsqu'elle reçut quelque chose derrière la tête.

- AÏEUUUH ! Qui est l'imbécile qui a voulu m'assommer ?!

Elle se retourna et chercha le coupable de cette agression. Mais personne n'avait l'air de celui ou celle qui venait de lui lancer quelque chose. Tout le monde avait l'air occupé. Sauf quelqu'un. Assis dans un coin de la salle, Graham semblait profondément plongé dans ses pensées. Il avait également l'air déprimé. Inquiète, Pansy alla le voir.

- Graham ? Tu vas bien ?

Le capitaine leva brusquement la tête. Il se détendit en voyant que c'était Pansy qui l'avait sorti de ses songes.

- Oui, oui, ça va. J'étais juste perdu dans mes pensées.

- Ça semblait plus sérieux que ça. Tu avais l'air déprimé.

Graham soupira.

- Il va falloir que j'évite d'être aussi transparent.

- Non, au contraire. Ça m'a permis de voir que tu n'allais pas bien.

- Oui mais ce n'est pas très important.

- Pour que ça te prenne la tête comme ça, ça doit l'être quand-même un peu. Après je comprends que tu ne veuilles m'en parler si ça ne me regarde pas. Mais si ça concerne Draco ou l'équipe, ça me regarde et je peux peut-être t'aider.

- Tu as peut-être trop d'affinités pour que je puisse t'en parler...

- Ok, donc ça concerne Draco.

Étant donné qu'à part quelques exceptions, personne n'était encore au courant de la relation entre Graham et Draco, Pansy lança une bulle de silence autour de Graham et elle afin que personne ne puisse entendre leur discussion. Puis elle reprit :

- Qu'est-ce qui se passe ? Vous vous êtes disputés ?

- Non, même pas.

- Tu n'as pas envie d'en parler ?

- Oui et non. C'est compliqué. Je ne sais même pas ce qui ne va pas.

- Je peux difficilement t'aider alors... Mais essaie quand-même de m'expliquer. Parfois, les choses deviennent plus claires quand on en parle.

- En fait je me demande si Draco m'aime vraiment.

Les mots de Graham surprirent Pansy.

- Parce que c'est important, pour toi ?

Graham fronça les sourcils.

- Évidemment. On sort ensemble, je te rappelle.

- Oh...

- Attends, tu n'étais pas au courant ?

- Si, bien sûr, ça fait un moment que Draco m'en a parlé, comme tu dois le savoir puisque j'imagine qu'il n'a pas pris cette décision seul mais... je n'avais pas compris que c'était aussi sérieux entre vous.

- Tu croyais quoi ? Qu'on flirtait juste ensemble ?

- Je ne sais pas. En fait, je n'avais pas l'impression que Draco était quelqu'un d'amoureux. J'avais deviné qu'il y avait quelque chose entre vous avant qu'il ne m'en parle mais je pensais davantage à un rapprochement qu'à une vraie mise en couple... Je croyais que vous aimiez simplement passer du temps ensemble. Du moins, pour Draco. Mais apparemment, je me suis trompée...

- Ce n'est pas comme ça que je vois les choses, en effet, lâcha Graham. Mais cela conforterait mes soupçons. Si Draco aime juste passer du temps avec moi, c'est qu'il ne doit pas m'aimer vraiment.

- Il a quand-même l'air d'être très attaché à toi.

- Attaché, oui. Mais pas forcément amoureux. Mais ça me paraît bizarre qu'il sorte avec moi alors qu'il n'est pas amoureux...

- Je crois que Draco est un peu perdu, en ce moment, avoua Pansy. Voire même complètement paumé. Vous vous êtes mis ensemble durant la même période où la Gazette relatait la traque des Aurors sur ses parents. Il allait de plus en plus mal à ce moment-là. Mais il ne voulait pas en parler. Il faisait comme si tout allait bien. Et il le fait encore maintenant. Mais j'ai remarqué que lorsqu'il revient de quelques heures passées avec toi, il a l'air plus apaisé. C'est peut-être ça qu'il recherche auprès de toi... Après il est peut-être amoureux de toi mais sans le montrer. Je ne suis pas dans sa tête, je ne sais pas ce qu'il ressent exactement. Je suis désolé, je voulais t'aider mais je t'ai peut-être plus embrouillé qu'autre chose...

- Non, au contraire, j'y vois un peu plus clair. C'est juste que je ne m'attendais pas à ça. J'étais complètement à côté de la plaque.

- Parce que toi tu l'aimes.

- Oui. C'est moi qui ait fait le premier pas envers lui. Je l'ai toujours bien aimé et je me suis vite attaché à lui. Quand je me suis mis à le draguer, j'avoue, je ne pensais pas être amoureux de lui. Mes intentions n'étaient pas ce qu'il y avait de plus romantique. Mais je suis très vite tombé amoureux quand on a commencé à sortir ensemble. Et j'étais persuadé que c'était réciproque tellement il est heureux quand nous sommes ensemble. Il semble toujours chercher ma compagnie. Alors pour moi, c'était évident qu'on était un vrai couple. Même si ce n'était pas ce que je cherchais à la base. Et il était évident pour moi aussi que Draco m'aimait. Parce qu'il m'a quand-même donné quelque chose de fort qui, pour moi, ne se donne qu'à quelqu'un qu'on aime vraiment... Si j'avais su...

- C'est ta vision des choses mais ce n'est peut-être pas la sienne, dit doucement Pansy. Pour lui, c'est peut-être la confiance qui compte. Et je pense qu'il a grandement confiance en toi.

Graham soupira.

- Je pense aussi mais...

- Ce n'est pas suffisant pour toi, compléta Pansy.

- C'est ça. J'aurais voulu qu'il m'aime.

- C'est peut-être le cas. Comme je te l'ai dit, il se peut que je me trompe. Je connais Draco mais je ne suis pas dans sa tête. Ça se trouve, il est vraiment amoureux de toi mais j'ai du mal à le voir.

- Je vais essayer d'en parler avec lui.

- Oh, tu n'as pas peur, remarqua Pansy, admirative.

- Je veux que les choses soient claires. Je ne veux pas rester dans l'incertitude.

- Mais qu'est-ce que tu vas faire si Draco t'avoue qu'il n'est pas amoureux de toi ?

- Si je sens qu'il n'y a pas moyen pour que ses sentiments changent, je mettrai fin à notre relation.

Pansy haussa les sourcils, surprise.

- Mais... tu l'aimes, toi, lâcha-t-elle, perplexe.

- Oui mais lui non. Je ne peux pas rester avec quelqu'un qui ne m'aime pas. Ce ne serait bon ni pour lui, ni pour moi. C'est justement parce que je l'aime que je veux le libérer de cette relation qui ne lui convient pas. Je ne veux pas qu'il se sente obligé de rester avec moi pour ne pas me faire de la peine. Car il sait que moi, je l'aime. Je le lui ai dit plusieurs fois. Je n'aurais pas dû. Il doit s'en vouloir de ne pas m'aimer en retour et... Merlin que c'est compliqué...

- Je crois que tu as raison, il faut que tu lui en parles, dit tristement Pansy.

- Je vais le faire ce week-end, donc demain ou après-demain. Car si on doit rompre, je ne veux pas le faire en début ou en pleine semaine. Ça le perturberait pendant ses cours et... Ah mais non, suis-je bête, j'avais oublié qu'on était déjà en vacances... Oui eh bien justement, s'il faut rompre, autant le faire le plus vite possible pour qu'il s'en puisse s'en remettre avant la fin des vacances. Je suis peut-être un peu trop optimiste mais je ne veux vraiment pas lui faire de peine. C'est pour ça que je vais faire en sorte que ça se passe le mieux possible et qu'il comprenne pourquoi il vaut mieux rompre.

- Tu es trop adorable, soupira Pansy, émue. Je veux un petit-ami comme toi. Mais hétéro.

Graham éclata de rire.

- Ce serait mieux, en effet ! Mais il doit forcément y avoir un garçon «adorable» dans cette école.

Un Gryffondor aux cheveux roux, avec des tâches de rousseur et un doux regard marron vint tout naturellement s'implanter dans l'esprit de Pansy à l'entente des mots de Graham. Non, elle ne devait pas repenser à lui.

- Sûrement, oui, répondit-elle. Mais ce n'est pas comme si je cherchais quelqu'un, de toute façon.

- Donc tu as définitivement lâché l'affaire avec Cassius ? s'amusa Graham.

- Mais qui t'a dit que je courrais après lui ?! s'exclama Pansy.

- Draco avait des doutes, pendant les vacances d'été. Il pensait que c'était pour te rapprocher de Cassius que tu voulais intégrer l'équipe.

- Oh... fit Pansy en rougissant.

Graham leva un sourcil.

- C'était vrai ? demanda-t-il, surpris.

- Ben... oui, avoua Pansy. Mais, comme tu le dis si bien, j'ai vite lâché l'affaire. J'ai bien senti que je n'intéressais pas du tout Cassius. Et pour être tout à fait franche, je me suis vite désintéressée de lui. Je ne m'attendais pas à être prise dans l'équipe. Alors quand je me suis retrouvée avec mes fonctions de préfète, mes séances de travail en binôme et les entraînements de Quidditch, inconsciemment, j'ai dû me dire que ce n'était pas du tout le bon moment pour me mettre avec quelqu'un. Je n'aurais pas de temps à consacrer à un potentiel petit-ami. Je ne sais pas comment fait Draco.

- Nous sommes dans la même maison et dans la même équipe, ça aide beaucoup. C'est plus facile pour nous de se voir.

- Je crois que même en me mettant avec quelqu'un de l'équipe, ça resterait trop compliqué pour moi. Bon, j'aimerais bien rester plus longtemps mais il se fait tard et demain matin je prends le train pour

rentrer chez moi. Et je n'ai pas encore fini de faire mes valises.

- Vu l'heure qu'il est, tu ferais mieux d'attendre demain pour les boucler...

- Non, je sais que je vais oublier des choses si je les fais à la dernière minute.

- Je comprends, je suis pareil. Je ne sais pas si on se verra demain alors passe de bonnes vacances.

- Merci, bonnes vacances à toi aussi. Et... bon courage avec Draco, dit sincèrement Pansy.

Graham lui sourit en guise de réponse. Pansy alla récupérer son livre qu'elle avait laissé sur la table avant d'aller voir Graham puis elle monta à son dortoir. Elle passa ses rideaux, prit sa valise sous son lit, la posa dessus et l'ouvrit. Elle était à moitié faite. Il restait encore des vêtements à mettre dedans ainsi que des affaires de toilette. Elle y avait déjà mis des livres ainsi que ses manuels. Étant donné qu'elle ne comptait pas se laver les cheveux avant de partir, elle se rendit à la salle de bain pour prendre sa serviette et son shampooing. Elle ouvrit la porte et manqua de crier en voyant qu'il y avait déjà quelqu'un.

- Les sorts de verrouillage ça existe, lança-t-elle, agacée.

Greengrass, qui se rinçait le visage au lavabo, répondit sans se retourner :

- Je n'en avais pas pour longtemps. J'avais juste besoin de me rafraîchir.

- À onze heures du soir ? lâcha Pansy, sceptique.

- Il y a un décret qui l'interdit ?

- Je trouve ça curieux, c'est tout. Mais bon, tu ne fais sûrement rien comme les autres. C'est un bon moyen d'attirer l'attention sur toi.

- Crois ce que tu veux, Pansy, soupira Greengrass. C'est bon, je te laisse la salle de bain, tu peux en disposer comme bon te semble.

Greengrass partit sur ces mots. Satisfaite, Pansy alla chercher son shampooing et sa serviette. En revenant, elle remarqua que Greengrass avait oublié sa baguette sur le lavabo. Pansy aurait très bien pu la laisser là mais elle n'était pas du genre à laisser volontairement quelqu'un sans sa baguette, même si c'était celle de quelqu'un qu'elle détestait. Elle prit donc le bout de bois délaissé, sortit à son tour de la salle de bain et se dirigea vers les rideaux de Greengrass. Elle les ouvrit, s'apprêta à parler... mais ne vit personne. Intriguée, elle prit sa propre baguette, lança un Lumos et constata que le lit était bel et bien vide. Pansy quitta alors le dortoir et descendit à la salle commune. Personne. Interloquée, elle se demanda où Greengrass avait bien pu passer. Était-elle allée se promener dans le château ? Cela l'étonnerait beaucoup, puisqu'il était désormais plus de vingt-trois heures et que Greengrass était plus que respectueuse du règlement. Une idée lui vint à l'esprit : peut-être Greengrass ne se sentait-elle pas bien et était partie à l'infirmerie ? Pansy haussa les épaules. Elle s'en fichait. Elle n'allait pas chercher Greengrass partout pour lui rendre sa baguette... Elle remonta à son dortoir, posa la baguette sur la table de chevet de Greengrass et rejoignit son propre lit. Elle était soudain fatiguée. Graham avait raison : elle ferait sa valise le lendemain. Ça l'avait épuisée de descendre et monter les escaliers. Pour rien, en plus. En repensant à Greengrass, Pansy espéra qu'elle n'était pas malade et contagieuse. Car elle avait touché sa baguette ! Manquerait plus que ça... Elle détestait déjà assez cette fille comme ça pour qu'elle lui gâche ses vacances !

Le conflit qui opposait Pansy et Daphné Greengrass depuis leur première année était connu de tout Poudlard. En fait, c'était surtout Pansy qui haïssait Greengrass. Pourtant, sa camarade ne lui avait jamais rien fait. C'était la relation de Greengrass avec Draco qui était à l'origine de ce conflit. Comme bon nombre d'enfants Sang-Pur, Greengrass avait été fiancée assez tôt à un autre Sang-Pur. Jusque-là, normalement, Pansy s'en serait moquée comme de sa première chaussette. Mais là où ça se compliquait, c'était que ce Sang-Pur auquel était promise Greengrass, c'était Draco. Et ça, ça ne passait pas du tout pour Pansy. Car Draco avait toujours refusé d'épouser Greengrass. Il s'entendait très bien avec elle, ils étaient même très amis mais, pour Draco, ils étaient justement trop amis pour se marier. Son père n'avait cependant jamais voulu l'écouter. Avoir une alliance avec les Greengrass était une trop belle opportunité pour qu'il puisse passer à côté. Car c'était ça, les unions arrangées entre Sang-Pur : pas d'amour, juste des intérêts. Et Draco ne voulait pas de ça. Il avait longuement parlementé avec son père mais cela n'avait servi à rien. Pansy avait vu son meilleur ami désespérer à cause de ça. Greengrass, elle aussi, disait ne pas vouloir se marier avec Draco mais Pansy n'en croyait pas un mot. Car contrairement à Draco, Greengrass ne s'était pas opposée à son père. Pansy était persuadée qu'elle voulait à tout prix ce mariage avec Draco car elle avait toujours été amoureuse de lui, même si elle voulait faire croire le contraire. Cette fille devait être tout autant intéressée que ses parents. En plus, elle était jolie, alors elle devait croire qu'elle aurait facilement Draco à ses pieds... Mais elle se trompait lourdement. Draco avait toujours considéré Greengrass comme une amie, même s'il ne la voyait pas souvent puisqu'ils n'avaient pas le même groupe d'amis. Et il avait bien fait de ne pas tomber amoureux d'elle puisque tous ces beaux projets de mariage, d'union et de contrat avaient volé en éclat six mois plus tôt lorsque le père Malfoy était parti en cavale après la renaissance très éphémère de son Maître. Les Greengrass avaient dû déchanter. Mais cela avait libéré Draco. Même si, entre temps, il avait perdu ses parents qui l'avaient laissé entre les mains de son parrain. Son soulagement avait donc été très relatif. Et ce qui confortait encore plus Pansy dans ses soupçons, c'était que, depuis la rentrée, Greengrass avait l'air complètement déprimée. Cela venait forcément du fait qu'elle n'allait pas pouvoir se marier avec Draco. Pansy était donc bien contente que ce mariage soit tombé à l'eau. Greengrass était peut-être amoureuse de Draco, mais elle était aussi et surtout intéressée par sa fortune. Draco n'avait pas besoin de quelqu'un comme ça. Surtout qu'il s'avérait qu'en réalité, il était gay. Pansy avait bien hâte que Greengrass l'apprenne. Elle allait tomber des nues.

Mais ce n'était pas le moment de penser à tout cela. Il se faisait vraiment tard et elle devait se lever tôt le lendemain. Elle était impatiente d'y être et de retrouver ses parents. Ces trois mois et demi de cours avaient été épuisants. Il s'était passé plein de choses et elle n'aurait jamais assez de trois semaines pour tout raconter à ses parents. Mais ces vacances allaient vraiment lui faire du bien. Et puis, qui sait, peut-être allaient-elles lui permettre d'y voir un peu plus clair au sujet de Ron... Ce baiser qu'elle avait échangé avec lui l'avait vraiment perturbée. Elle ne savait même pas pourquoi ils s'étaient embrassés. C'était venu de nulle part. La première fois, c'était pour faire diversion. Pansy n'avait pas vraiment ressenti l'envie d'embrasser Ron sur le moment. Même si le baiser lui avait beaucoup plu. Là, dans les toilettes, ils n'avaient eu aucune raison de s'embrasser. Ça leur était venu d'un coup. Mais c'était sûrement dû au contexte. Ron n'était pas bien, il avait simplement dû vouloir du réconfort. Et Pansy n'avait pas été en reste pour lui en donner. Mais se pouvait-il qu'il y ait autre chose ? Une attirance ou des sentiments ? Bon, déjà, une chose était sûre : elle aimait bien Ron. Elle ne l'avait jamais vraiment détesté. En fait, elle ne s'était jamais intéressée aux Gryffondor car Draco les avait en horreur. Comme elle était tout le temps fourrée avec Blaise, Théo et lui, elle n'avait pas pu chercher à connaître les gens de cette maison. Ni ceux de Serdaigle et de Poufsouffle, d'ailleurs. Mais depuis la rentrée, elle faisait une ou deux rondes par semaine avec Ron et elle s'était vite rendue compte qu'il n'était pas du tout le Gryffondor qu'elle imaginait. Bon, les premières semaines, il avait été très maladroit avec elle. Il ne savait pas comment lui parler, il était gêné et il n'avait pas du tout confiance en lui. Pansy avait rapidement compris qu'il n'avait pas l'habitude de parler aux filles. C'était déjà un point qu'ils avaient en commun puisqu'elle passait tout son temps avec des garçons. Elle n'avait aucune affinité avec les filles de son dortoir. Mais du coup, comme elle était habituée à être avec des garçons, elle avait facilement mis Ron à l'aise. Les rondes avaient tout de suite été plus agréables et animées. C'était vite devenu un plaisir de faire leurs rondes ensemble. Mais à aucun moment Pansy n'avait eu l'impression d'être attirée par Ron... Mais elle devait avouer qu'elle était bien avec lui. C'était différent de la relation qu'elle avait avec Draco, Blaise et Théo. En fait, elle ne savait pas comment qualifier sa relation avec Ron. Ils n'étaient pas vraiment amis, ils n'étaient pas non plus juste des collègues, ils n'étaient pas non plus simplement des connaissances... C'était vraiment compliqué à définir. Mais tout comme sa relation avec Greengrass, ce n'était pas le moment de penser à celle qu'elle avait avec Ron. Elle devait dormir. Elle essaya de faire le vide dans son esprit mais ce fut quand-même avec l'image de Ron la fixant intensément qu'elle rejoignit le pays des songes...

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(samedi 16/12) POV Hermione

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C'étaient enfin les vacances. Ce fut la première réflexion que Hermione se fit lorsqu'elle se réveilla. Elle adorait les cours mais elle avait plus que besoin de repos. Surtout qu'elle dormait très mal depuis le début de la semaine. Elle était rongée par la culpabilité et elle n'arrivait pas à s'en défaire. Elle s'en voulait. Elle aurait dû faire quelque chose. Elle avait eu des occasions de parler. Mais elle n'avait pas voulu faire de la peine à Harry. Et ce qu'elle avait craint était arrivé. Adrian s'en était pris à lui. Cela ne se serait pas produit si elle l'avait dénoncé dès qu'elle l'avait vu prendre la fuite lors d'une ronde avec Terry. Mais Adrian avait pris les devants et s'était justifié auprès de Harry en lui racontant une histoire tout à fait plausible. Harry y avait cru, tout comme Hermione lorsqu'il était venu lui en parler. Elle aurait pourtant dû se méfier. Elle avait été vraiment bête. Elle avait eu la possibilité de protéger Harry et elle ne l'avait pas fait. Et maintenant il était chez le professeur Snape qui s'occupait de son rétablissement. Elle avait des nouvelles par Sirius et par le professeur Lupin qui n'avaient pas encore pu voir Harry mais qui étaient tenus au courant par le professeur Snape. Ils devaient voir Harry le lendemain si tout allait bien. Ils avaient dit également à Ron et à Hermione qu'ils pourraient rendre visite à Harry dans le courant de la semaine suivante si Harry se sentait prêt. Il avait conscience qu'il s'était éloigné de tout le monde et il avait peur que ses proches et amis lui en veuillent. D'après ce qu'avait dit Sirius, le professeur Snape faisait un gros travail avec Harry pour lui faire comprendre que les personnes qui l'aimaient ne lui reprochaient rien et qu'elles avaient juste hâte de le voir et de lui apporter leur amour et leur soutien. Hermione était totalement d'accord avec ça. Elle espérait que le professeur Snape réussirait à convaincre Harry. Sinon, ce serait à Ron, Draco, Théo, Ginny et elle de le faire lorsqu'ils viendraient lui rendre visite.

Comme il était déjà neuf heures, elle décida de se lever. Elle s'habilla, sortit de son dortoir et se rendit à la Grande Salle. Elle était peu remplie mais la plupart des élèves présents dans le château étaient pourtant là. C'était juste qu'ils n'étaient que la moitié à passer les vacances à Poudlard. Hermione prit cependant son petit-déjeuner seule puisque Ron et Ginny n'étaient pas encore là. Ou alors ils avaient déjà mangé. À peine fut-elle installée à la table des Gryffondor qu'une chouette vint se poser devant elle. Distraite, elle prit la lettre sans se demander de qui ça venait, la rangea dans la poche de sa robe et se mit à déjeuner. Elle ne resta pas très longtemps, n'ayant pas très faim et remonta vite à sa salle commune où elle trouva Ginny. Celle-ci la vit arriver et lui sourit.

- Déjà levée, toi aussi ?

- Oui, je n'avais plus sommeil, dit Hermione.

- Moi non plus. C'est triste pour un premier jour de vacances, hein ?

- À qui le dis-tu ! Mais comme ça, au moins, on a le temps de profiter de la journée. Tu as vu Ron ?

- Non, il doit faire la grasse mat', lui. Sans Harry pour le réveiller, il ne faut pas compter le voir avant onze heures...

- Il va bénir le professeur Snape d'avoir Harry avec lui, plaisanta Hermione. Enfin je dis ça mais il préférerait que son meilleur ami soit dans leur dortoir, ajouta-t-elle plus sérieusement.

- Ça, c'est sûr. J'espère qu'il sera vite de retour. J'ai l'impression que ça fait une éternité qu'on ne s'est pas parlés. Je veux dire, plus longtemps que cinq minutes avant ou après nos entraînements de Quidditch...

- Vous vous retrouverez quand Harry reviendra parmi nous, assura Hermione. D'ailleurs, comment ça se passe dans l'équipe ? Tu as dû passer titulaire ?

- Oui. Ça ne change pas grand-chose pour moi, mon rôle est toujours le même mais c'est pour les batteurs que c'est un peu déstabilisant. Ils ne doivent plus viser la même personne. Quand ça fait trois mois que tu es habitué à lancer les cognards sur la même personne, c'est un peu perturbant de devoir soudain la défendre et viser quelqu'un d'autre.

- Au moins Fred et George peuvent faire leur devoir de grands frères en protégeant leur petite soeur, s'amusa Hermione.

- C'est ça, et ils y mettent autant de coeur que lorsqu'ils devaient m'assommer avec les cognards, rit Ginny.

- Et qui te remplace au poste de remplaçant ?

- Edmund Demers, un élève de troisième année.

- Il est bon ?

- Plutôt, oui. Avec de l'entraînement il pourrait même devenir très bon. Il faudrait qu'il reste dans l'équipe jusqu'à la fin de l'année pour ça.

- Je pense que Harry sera de retour d'ici là.

- Je pense aussi. Mais il ne pourra certainement pas jouer le match contre les Poufsouffle. C'est dans deux mois, je ne pense pas qu'il sera encore apte à jouer un match. Il aura repris les entraînements mais ce sera trop tôt pour qu'il puisse participer à un match. Même si j'espère qu'il pourra. Mais j'en doute fortement.

- Si tu dois jouer le match, ça ne te stressera pas trop ?

- Si, un peu, avoua Ginny. Je n'aurai pas le droit à l'erreur. Certes, il n'y a pas que l'attrapeur sur qui repose l'issue du match mais il peut quand-même engranger à lui seul cent-cinquante points. Pour le total des points à la fin de l'année, ça peut faire la différence.

- Je suis sûre que tu vas y arriver. L'attrapeur de Poufsouffle a peut-être eu le vif d'or face à celui de Serdaigle mais tout le monde dit que leur niveau était assez faible. Tu as toutes tes chances.

- Je l'espère. Bon, tu as prévu quoi pendant tes vacances ? Relire tes cours de potions ? Relire tes cours d'histoire de la magie ? Relire tes cours de métamorphose ? Relire tes cours de sor...

Ginny ne put terminer sa phrase car elle se prit un coup de coussin de la part de Hermione, la faisant rire aux éclats.

- Je ne suis pas obsédée par les cours à ce point, bougonna la préfète. J'ai bien prévu de réviser un peu mais je comptais surtout me reposer et profiter de mes amis que je n'ai pas beaucoup pu voir à cause de tout ce que j'avais à faire.

- Réserve-moi toute une journée alors, prévint aussitôt Ginny.

- C'était prévu, répondit Hermione, amusée. C'est cool que tu sois restée, d'ailleurs. Mais pourquoi n'es-tu pas rentrée au Terrier ?

- Fred et George ne voulaient pas rentrer et Ron et moi avions besoin de décompresser. Ce qui aurait été un peu compliqué à la maison. Et on ne voulait pas partir alors que les jumeaux restaient. Mais on recevra tous une lettre et des cadeaux.

- Je vois. Oh, en parlant de lettre...

Hermione prit dans la poche de sa robe la lettre qu'elle avait reçue lors du petit-déjeuner. Elle la retourna et reconnut aussitôt l'écriture.

- C'est Viktor, souffla-t-elle.

- Oh, il t'a enfin répondu, dit Ginny. Tu dois être soulagée.

- Je le serai quand j'aurai lu la lettre... ou pas.

- Je suis sûre qu'il ne t'en veut pas, apaisa Ginny. Tu veux que je te laisse seule ?

- Non, reste. Je... je la lirai plus tard.

- Hermione, ce n'est pas très Gryffondor, ça, se moqua gentiment Ginny. Je ne te comprends pas. Il y a quelques semaines tu t'inquiétais de ne pas recevoir de lettre de Viktor et là qu'il t'écrit, tu ne veux pas ouvrir sa lettre ?

- J'ai peur de ce qu'il y a dedans.

- Donc tu préfères rester dans l'ignorance ?

Hermione soupira.

- Ok, je l'ouvre.

Elle prit la lettre et la déplia.

«Hermione,

J'ai bien reçu ta lettre mais je n'ai pas pu te répondre plus tôt. Je me suis énormément déplacé avec l'équipe, on a eu beaucoup d'entraînements, de matchs et de galas et j'ai également eu des soucis familiaux qui m'ont tenu éloigné pendant dix jours de l'équipe.

Je comprends que tu aies mis du temps à répondre à la dernière lettre que je t'ai envoyée. Ce que tu avais à me dire n'était pas facile mais je ne t'en veux pas et je ne suis pas vraiment étonné. Je sentais bien que tu n'étais pas à l'aise dans tes lettres mais je pensais que tu n'avais simplement pas l'habitude de ce genre d'échanges.

Je suis un peu déçu que tu préfères en rester là mais je respecte ta décision. Être juste avec ami avec toi me va très bien tant qu'on reste en contact. Ne te mets pas trop la pression, réponds-moi quand tu as le temps. Tu as l'air aussi occupée que moi, heureusement que tu n'es pas dans l'équipe de Quidditch de ta maison ! J'espère juste que tes cours se passent bien, que tu t'entends toujours aussi bien avec ton binôme ainsi qu'avec tes collègues préfets et que tu arrives à jongler avec tout ça.

De mon côté c'est un peu la folie et ça ne va pas se calmer tout de suite. Mais j'arrive à tenir donc ça va.

Ma proposition pour les prochaines vacances tient toujours, même si nous nous verrons qu'en tant qu'amis. Mais je ne te force à rien, c'est comme tu veux. Tu as encore le temps d'y réfléchir, de toute façon.

Encore une fois, prends ton temps pour me répondre. Rien ne presse. Je te souhaite de bonnes vacances et de bonnes fêtes de fin d'année.

Prends bien soin de toi,

Viktor.»

Hermione replia le parchemin, un peu troublée. Elle ne savait pas quoi penser de cette lettre.

- Ça va, Hermione ? s'inquiéta Ginny.

Hermione leva la tête vers son amie et lui sourit.

- Oui, oui, ça va.

- Il ne t'en veut pas, j'espère ?!

- Non, il est juste déçu. Mais il comprend et il respecte ma décision. Il ne cherche pas à me faire revenir dessus. Ce qui compte pour lui, c'est qu'on reste en contact. Le fait qu'on soit juste amis lui suffit.

- Tout va bien, alors, conclut Ginny en souriant.

- Oui.

Le sourire de Ginny s'effaça. Elle fronça les sourcils et fixa attentivement Hermione qui eut du mal à soutenir son regard.

- Hermione, qu'est-ce qu'il y a ?

Hermione soupira de nouveau.

- Dans une de ses lettres précédentes, il m'a proposé de venir le voir lors des prochaines vacances. Et là, il me dit que sa proposition tient toujours même si nous ne restons qu'amis...

- Oh. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, grimaça Ginny. C'est très gentil de sa part mais ça risque d'être un peu... bizarre. Tu aimerais y aller, toi ?

- Oui, je suis toujours partante pour découvrir de nouvelles choses et la Bulgarie est un pays que je ne connais pas. Mais comme tu dis, ça va me faire bizarre de me retrouver chez Viktor alors que nous ne sommes plus ensemble.

- Surtout que lui aurait aimé continuer votre histoire, apparemment. Il se ferait peut-être des idées si tu acceptais sa proposition. Il pensera que, malgré ce que tu dis, tu laisses quand-même une porte ouverte.

- Tu penses que je devrais refuser, alors ?

- Je ne sais pas. Si tu arrives à lui faire bien comprendre que votre histoire est bel et bien finie et qu'il le prend bien, tu peux accepter. Après il faut que tu sois sûre que tu ne seras pas trop mal à l'aise.

Hermione poussa un long, très long, très très long soupir.

- Pourquoi est-ce que c'est aussi compliqué ? gémit-elle. Pourquoi est-ce qu'un garçon et une fille ne peuvent pas être amis sans qu'à un moment ou à un autre, l'un ou l'autre veuille plus qu'une simple amitié ?

- Mais c'est possible, assura Ginny. Je suis bien amie avec Colin depuis trois ans et demi et il n'y a jamais eu la moindre ambiguïté entre nous. Et je m'entends très bien avec Simon sans pour autant qu'il y ait des doutes sur nos sentiments.

- Oui mais tu es amoureuse de Blaise. Tu ne peux pas aimer deux garçons à la fois.

- Ça arrive chez certaines personnes. Mais pas chez moi, je te rassure ! Je galère déjà assez avec un garçon pour en ajouter un autre dans l'histoire ! Si je devais jongler entre deux garçons, je ne m'en sortirais pas. De toute façon je ne me vois pas aimer deux personnes en même temps.

- Moi non plus. La preuve, je me suis mise à douter sur mes sentiments envers Viktor quand j'ai commencé à en éprouver envers Terry...

- D'ailleurs ça se passe toujours aussi bien entre vous ? Tu avances un peu avec lui ?

- J'ai réussi à lui proposer de passer du temps ensemble en-dehors de nos séances de travail et de nos rondes, il avait accepté, il avait dit qu'on essaierait de trouver du temps, ne serait-ce qu'une ou deux heures par semaine mais même ça, ça s'est révélé impossible. Mais on en parle lorsqu'on se voit et ça nous fait rire tellement c'est désespérant. Il reste lui aussi pendant les vacances alors on s'est dit que là, on pourra se voir. Il n'y a pas de séances de travail en binôme jusqu'à la rentrée et il n'y a pas de cours. On a donc énormément de temps devant nous.

- Il était donc inclus quand tu disais que tu comptais profiter de tes amis durant les vacances ?

- Tout à fait. En fait je ne vais pas me reposer, plaisanta Hermione. Je dois te voir toi, je dois voir Harry, je dois voir Ron, je dois voir Théo, je dois voir Terry...

- Je serais toi je tiendrais carrément un carnet de rendez-vous, rit Ginny. Mais heureusement que je suis là, sinon tu ne verrais que des garçons. Je mets un peu de féminité dans tout ça.

- C'est vrai, reconnut Hermione. Je n'ai que toi en amie fille. Sinon je n'ai que des amis garçons. Mais je suis très bien comme ça.

- C'est le principal.

- Il me semble que tu as beaucoup d'amis garçons, toi aussi ?

- Oui, j'ai Harry, j'ai Colin, j'ai Simon, j'ai Blaise qui n'est pas vraiment un ami mais un peu plus que ça... Et en filles j'ai Luna et toi. Ça manque de Poufsouffle, ajouta Ginny en grimaçant.

- Oui, ni toi ni moi n'avons d'amis à Poufsouffle. Il faut que je me rapproche davantage d'Ernie et de Hannah.

- Moi je ne connais personne à Poufsouffle, s'esclaffa Ginny. Mais bon, je ne vais pas chercher à me faire des amis dans cette maison puisque je n'ai pas le temps ! Je suis comme toi, je cours un peu partout. D'ailleurs je dois bientôt aller voir Blaise.

- Ça va toujours entre vous ?

- Oui, c'est un rêve éveillé, notre relation. On ne se prend pas la tête, on laisse les choses se faire, on ne se pose pas de questions et on est très bien ainsi.

- Ça paraît si simple, comme ça... soupira Hermione. Mais comment faites-vous pour vous retrouver si vous ne voulez pas être vus ensemble pour le moment ?

- Avant, on se voyait dans des coins secrets du château mais il y avait toujours des risques qu'on se fasse attraper. Du coup, depuis quelques semaines, on se voit dans une salle un peu spéciale.

Hermione haussa un sourcil.

- Une salle un peu spéciale ? Comment ça ?

- Tu ne diras rien à personne ?

- Bien sûr que non.

- Bon, c'est une salle qui se trouve au septième étage. Il faut passer trois fois devant la tapisserie de Barnabas le Follet pour que la salle apparaisse. Il faut penser très fort à quelque chose dont on a besoin urgemment. La salle contiendra alors ce qu'il te faut. Sauf de la nourriture. Elle s'appelle la salle sur demande.

- Très intéressant, commenta Hermione. Comment l'as-tu découverte ?

- C'est Harry qui m'y a emmenée.

- C'est lui qui l'a trouvée tout seul ?

Ginny se mit à rire.

- Heureusement que tu sais qu'il est gay ! Sinon la première chose que tu m'aurais demandé c'est «Mais qu'est-ce que vous êtes allés faire dans une salle que personne ne connaît ?!» ! Mais pour répondre à ta question, il a découvert cette salle grâce à Adrian. Par contre, ne me demande pas comment lui l'a connue. Je n'en sais strictement rien.

- Je m'en fiche, de toute façon, répondit Hermione. En tout cas je n'avais jamais entendu parler de cette salle avant. Mais elle a l'air géniale. Tu crois que Fred et George sont au courant de son existence ? Eux qui connaissent tous les recoins du château...

- C'est une bonne question. Mais je ne pense pas qu'ils la connaissent. Sinon ils l'utiliseraient pour y faire leurs expériences. Ils ne s'embêteraient pas à les faire dans leur dortoir où tout le monde peut les voir et les déranger. Il faudrait que je leur demande. Mais sans leur faire comprendre pour autant que cette salle existe. En tout cas, s'ils la connaissent, ce sont vraiment de grands cachottiers. Bon, j'y vais sinon je vais être en retard pour retrouver Blaise. Lui il est toujours à l'heure. J'essaie aussi de l'être mais j'ai souvent des imprévus qui me font arriver cinq ou dix minutes en retard. Je suis irritée contre moi-même à chaque fois mais Blaise ne m'en tient jamais rigueur. Au contraire, ça le fait rire. Enfin, ce sont mes imprévus qui le font rire. Bref, j'adore ce mec.

Ce fut sur ces mots que Ginny se leva et partit. Hermione la regarda sortir de la salle commune et se demanda ce qu'elle allait faire maintenant que Ginny n'était plus là. Elle décida d'aller prendre un livre dans son dortoir. Elle s'y rendit, prit un livre sur l'histoire de la magie puis elle redescendit à la salle commune. Elle se mit à lire et se plongea tellement dedans qu'elle ne vit pas le temps passer. Elle fut donc surprise lorsque Ron vint s'asseoir en face d'elle.

- Tu es déjà levé ? s'étonna-t-elle.

- Je dirais plus «enfin» que «déjà». Il est plus de onze heures, fit remarquer Ron.

- Oh... Je ne m'en étais pas aperçue, le temps a filé trop vite. Tu es allé manger ?

- Non, même s'il y a le petit-déjeuner jusqu'à onze heures et demie, je préfère attendre directement le déjeuner. J'espère que je ne suis pas de ronde ce soir parce que je suis claqué. Je ne suis plus habitué à me lever aussi tard... Je vais être décalqué durant toute la journée.

- Si tu t'es levé aussi tard, c'est que tu avais sûrement besoin de repos.

- C'est surtout que je me suis endormi tout aussi tard, marmonna Ron.

- Endormi ou couché ?

- Endormi. Je me suis couché à vingt-trois heures et je me suis endormi à trois heures du matin.

Hermione haussa les sourcils.

- Ah oui, en effet. Tu ne t'es même pas reposé, en fait. Mais pourquoi tu t'es endormi si tard ?

- Aucune idée.

Hermione devina aussitôt que Ron lui mentait. Il fuyait son regard, ce qui était typique chez lui lorsqu'il ne disait pas la vérité.

- Tu es sûr ? demanda Hermione, sceptique.

Ron soupira.

- Je n'ai pas envie d'en parler. Enfin si mais...

- Pas à moi ? comprit Hermione.

Ron fit une moue qui voulait tout dire.

- Tu es ma meilleure amie alors je ne sais pas si c'est le genre de discussion que je peux avoir avec toi, avoua-t-il.

- C'est à propos de ta vie sentimentale ?

Ron écarquilla les yeux.

- Tu es vachement perspicace aujourd'hui ! Comment tu fais pour tout deviner ?!

Hermione éclata de rire.

- Je te connais par coeur, Ron !

Puis, plus sérieusement, elle ajouta :

- Je comprends que tu ne veuilles pas spécialement m'en parler. Ce n'est pas un sujet facile à aborder parce qu'on se connaît justement trop bien. Mais je ne te jugerai pas et je peux peut-être t'aider. Et avant que tu ne me le demandes, promis, je ne dirai rien à personne.

Ron sembla se détendre. Il insonorisa leur espace et se lança :

- Hier soir, j'ai échangé un baiser avec Pansy.

Surprise, Hermione mit quelques secondes avant de répondre :

- Mais... comment est-ce arrivé ?

- Justement, je n'en sais rien du tout. Ce n'est même pas l'un qui a fait un pas vers l'autre. On l'a fait au même moment.

- Attends, tu es en train de me dire que vous étiez en train de faire votre ronde et hop, d'un coup, vous avez eu envie de vous embrasser ?!

- Non, quand-même pas ! s'écria Ron. Il y avait un minimum de contexte.

- Explique-moi alors parce que là, je ne comprends rien du tout.

- C'est un peu long.

- Pas grave, j'ai tout mon temps. Ce sont les vacances.

- Bon, comme tu veux. Pansy et moi débouchions sur un couloir de cinquième étage quand on a vu deux élèves entrer précipitamment dans les toilettes en vérifiant s'il n'y avait personne derrière eux. Heureusement, ils ne nous ont pas vus. Pansy et moi avons évidemment trouvé ça suspect et on les a donc suivis. Comme ils étaient enfermés dans une cabine, on a attendu qu'ils en sortent. Quand la porte s'est ouverte, on les a aussitôt braqués avec notre baguette et on les a désarmés quand ils ont voulu riposter. C'est là que j'ai reconnu l'un d'eux. Pansy aussi, d'ailleurs. C'était le Serdaigle qu'on avait vu une fois avec Adrian. Il nous avait menés en bateau, Pansy et moi, en nous faisant croire qu'ils s'étaient barricadés dans une salle pour pouvoir coucher ensemble. Pansy n'avait pas cru le Serdaigle et moi je n'avais pas su quoi en penser. Même si leur excuse était plausible, on aurait dû leur demander de vider leurs poches et leur sac mais il y avait Adrian et on ne voulait pas qu'il ait des ennuis. Alors on les avait laissés filer. Mais ça je te l'avais déjà raconté. Maintenant je sais qu'Adrian avait bel et bien acheté des potions droguées à ce Serdaigle. Alors quand j'ai vu ce dealer hier soir, je l'ai aussitôt accusé dans ma tête d'être responsable de l'état actuel de Harry. Car si Adrian ne lui avait pas acheté ces potions, il ne s'en serait jamais pris à Harry. J'ai donc voulu faire payer le Serdaigle et j'étais vraiment à deux doigts de lui lancer un sort pour le mettre à terre et me défouler ensuite sur lui... Mais Pansy m'en a empêché. Le Serdaigle et son client étaient effrayés, ils n'osaient pas faire le moindre geste. Pansy en a profité pour leur demander de vider leurs poches et leur sac. Le dealer a voulu faire son malin mais Pansy a su trouver les bons mots pour le faire obéir. On a récupéré une dizaine de fioles que le client venait d'acheter au Serdaigle. Après avoir fait les tests nécessaires, il s'est avéré que c'étaient bien des potions droguées. On a pris les informations habituelles des deux élèves puis on les a laissés partir. Une fois seuls, j'ai dit à Pansy que je m'en voulais d'avoir fait n'importe quoi, que j'avais voulu venger Harry, que je m'en voulais de n'avoir rien fait avant et elle a su me rassurer. À un moment il y a eu un silence entre nous, on s'est regardé dans les yeux et c'est là qu'on s'est embrassés. C'est venu d'un coup, je ne sais pas pourquoi. On ne s'est même pas jetés l'un sur l'autre, on s'est juste rapprochés mutuellement et on s'est embrassés. Comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Je ne sais vraiment pas ce qui s'est passé. On a fait ça sans réfléchir. Mais c'était vraiment quelque chose de doux. Ça n'avait rien à voir avec le premier baiser qu'on avait échangé quelques semaines plus tôt... Je ne t'en avais pas parlé mais on s'était effectivement déjà embrassés. Justement le jour où on avait vu Adrian et le Serdaigle. Pansy et moi avions voulu faire diversion pour qu'ils ne croient pas qu'on les traçait et cette diversion, c'est Pansy qui l'a trouvée en m'embrassant. Mais cette fois-là, ni elle ni moi n'en avions eu envie, c'était juste de la diversion pure et simple. Alors qu'hier, même si je ne sais vraiment pas ce qui nous a pris, je pense qu'on en avait envie, bien que je ne comprenne pas pourquoi... Enfin voilà, c'est très flou et très compliqué à expliquer.

- J'ai compris l'essentiel, assura Hermione. Mais j'avoue que tout cela est très bizarre. Est-ce que tu sais ce que Pansy en pense, elle ?

- Elle était aussi gênée que moi quand on a rompu le baiser. Comme le lâche que je suis, j'ai proposé qu'on oublie ce qui venait de se passer et elle a aussitôt approuvé. On n'a même pas cherché à en parler afin de comprendre pourquoi on avait fait ça.

- Vous vous êtes peut-être juste laissés prendre par vos émotions ? Vous veniez de mettre fin au trafic d'un dealer qui faisait résonner des choses douloureuses en vous à cause de l'histoire d'Adrian, alors vous avez peut-être juste cherché du réconfort ou quelque chose comme ça... Est-ce que tu t'es déjà senti attiré par Pansy ?

- Non, mais je l'aime bien. Et... non, rien.

- Ah non, tu as commencé, tu termines, ordonna Hermione. Je ne peux pas t'aider si tu me caches des choses.

Ron rougit avant d'avouer :

- J'ai aimé ce baiser. Je ne sais pas si ça aurait été pareil avec une autre fille. Mais avant ce baiser d'hier, je n'ai jamais été attiré par Pansy ! Je n'arrive vraiment pas à comprendre.

Hermione grimaça. C'était vraiment une histoire compliquée.

- Je pense que le mieux à faire, c'est d'oublier. Visiblement, ni elle ni toi ne savez pourquoi vous vous êtes embrassés. Il n'y a donc pas d'intérêt à s'attarder là-dessus. Ce qui compte, c'est que vos rapports ne pâtissent pas de ce baiser. Après, le temps vous donnera sûrement des réponses. Si vous voyez que vous ne vous sentez pas attirés l'un par l'autre dans les semaines qui suivent, c'est que ce baiser était une erreur et qu'il ne voulait rien dire. Si, en revanche, vous sentez qu'il y a quelque chose, c'est que ce baiser était l'expression de sentiments que vous refouliez peut-être sans en avoir conscience. Et là il faudra sûrement en parler.

- Donc en gros, tu me conseilles d'attendre ?

- Oui, c'est ça.

- D'accord. Ça ne sert donc à rien que je m'angoisse avec ça pendant toutes les vacances.

- Non, en effet. Tu dois au contraire profiter de ces vacances pour oublier tout ce qui te prend la tête. Il faut que tu reposes ton corps mais aussi ton esprit.

- C'est ce que je vais faire, promit Ron. C'est la folie depuis la rentrée, j'ai besoin de souffler. Merci pour tes conseils. J'ai faim, du coup, maintenant.

- Parce qu'avant non ? s'amusa Hermione.

- Non, j'ai tellement mal dormi que je n'avais même pas d'appétit, avoua Ron. Mais là j'ai faim. Tu viens avec moi ?

- Non, je vais attendre un peu.

- D'accord, à plus tard !

Ron se leva et s'en alla, le pas léger. Hermione poussa un long soupir. Si même Ron se mettait à avoir des problèmes sentimentaux... Ils n'étaient pas sortis de l'auberge. Elle en venait à se dire que cette année était encore plus mouvementée que les quatre précédentes... Et cela ne faisait que trois mois et demi qu'elle avait commencé. En fait, il n'y aurait jamais d'année tranquille à Poudlard. Mais elle préférait que l'année soit animée à cause d'histoires d'amour complexes plutôt qu'à cause d'un homme qui essayait par tous les moyens de revenir à la vie pour tuer son meilleur ami... C'était quand-même moins angoissant. Mais c'était tout de même épuisant de se poser plein de questions sur sa vie sentimentale. Et cette année, personne ne semblait y échapper. Harry, Ron, Ginny, Malfoy (qui cachait son homosexualité), Théo (qui avait l'air un peu trop intéressé par son binôme)... et elle. À croire qu'être débarrassés pour de bon de Voldemort avait éveillé les hormones de tout le monde ! Mais ce n'était pas vraiment la bonne année pour se mettre aux relations amoureuses. Il y avait les BUSE qui les attendait. Sauf pour Ginny. Elle espérait donc que la suite de l'année allait être plus tranquille. Et qu'ils auraient tous des réponses à leurs interrogations.

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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu =) Severus en sait plus sur ce qui s'est passé cet été avec Harry, Justin s'est réconcilié une énième fois avec Emily, Draco s'empêtre de plus en plus dans sa relation avec Graham, Ron et Pansy s'embrassent sans savoir pourquoi et Hermione est pleine de questions... Rien n'est gagné pour personne XD On se retrouve donc mardi pour le prochain chapitre qui s'intitulera «Début de vacances compliqué». Bonne fin de semaine à tous ! =)