Hello tout le monde ! On se retrouve aujourd'hui pour le trente-cinquième chapitre de SAMLP =)

.

Zackos : Merci infiniment, ça me touche beaucoup ! J'espère que ce n'est rien de trop grave et que ça va aller mieux :/ Je suis contente que cette histoire te fasse du bien au lieu de te déprimer davantage car franchement, ça pourrait XD Il n'y a pas de mal à se faire plaisir pour Remus XD Bon, ce qui serait mieux, c'est d'assumer ensuite x) J'avais effectivement pensé au fait que Severus était le parrain de Draco et que ça pourrait l'empêcher de le suivre psychologiquement parlant mais c'est pourtant bien Severus qui va s'occuper de Draco et ce, pour deux raisons. Draco ne voudra pas se confier à un inconnu et ce se sera une thérapie commune pour Severus et Draco. Severus doit savoir tout ce qu'a Draco dans la tête pour pouvoir l'aider et comprendre pourquoi il avait tant besoin de lui. La thérapie va être un succès donc il n'y aura pas de problèmes de ce côté-là :) Severus va de toute façon demander à Draco ce qu'il préfère :)

mimibou : Je crois que Severus sait que Harry n'est absolument pas prêt à se remettre avec quelqu'un tout de suite XD Dans d'autres circonstances, il aurait pu croire à une romance entre Harry et Théo, en effet XD

Butterfly Fictions : Quand je lis tes reviews, j'ai parfois envie d'accuser ma soeur de t'envoyer les chapitres en avance et hier je l'ai vraiment fait (pour rire, évidemment) XD Mais je me retiens de dire pour quels éléments de ta review précisément, veux pas spoiler XD La réponse pour Cédric arrivera très vite, et la réponse pour le comportement de Harry arrivera dans un certain nombre de chapitres XD Les vacances de Harry chez Sirius et Remus vont être très mouvementées, il ne va pas s'ennuyer XD Pour Terry/Hermione et Justin/Théo, tu vas être servie XD Sirius et Remus sont un peu dépassés en ce moment, la situation est compliquée alors ils n'ont plus envie de se prendre la tête et couchent ensemble pour se libérer de leurs tensions :/ Severus a vraiment tout raté avec Draco mais là c'est bon, il va reprendre le contrôle de la situation :) Draco s'en veut d'avoir rembarré Severus et c'est ce qu'il a voulu lui dire à la fin du chapitre mais ce n'était pas le moment pour discuter, Draco devait se reposer XD Graham a pris la bonne décision, et pour le bien de Draco, même si ça a poussé ce dernier à se droguer pour oublier, chose que ne pouvait pas prévoir Graham :/ Draco était vraiment au fond du gouffre pour s'être drogué alors qu'il est préfet et qu'il mène en temps normal une lutte sans merci contre les trafics de potions droguées :/ Tu vas avoir la réponse dans ce chapitre concernant la réaction de Draco vis-à-vis d Théo :) Draco et Harry vont beaucoup se voir durant la convalescence de Harry et ça va évidemment les rapprocher :) Oui, Harry et Théo se ressemblent énormément et c'est en partie pour ça qu'ils ont cette relation si particulière *-* Elle est mystérieuse, en effet, mais tout s'expliquera plus tard :) Concernant les «relations qui évoluent», ça peut être aussi bien familial qu'amoureux :)

Gryffondor : Draco est complètement paumé, en effet :/ La rupture avec Graham a été le coup de grâce et l'a fait totalement vriller :/ Severus va être là pour lui, maintenant :) Il ne va plus le lâcher d'une semelle XD C'est sûr qu'une discussion s'impose et ils vont l'avoir =) Je vois mal Severus faire partir Draco sans avoir parlé avec lui alors qu'il a enfin l'occasion de le faire XD Harry reste effectivement bloqué sur le sujet «Cédric» mais ça va se décanter :) Pour ce qui est de Sirius et de la psychomage, Harry ne va pas raconter tout de suite précisément à son parrain ce qui s'est passé avec la psychomage, mais le fait que Sirius sache les grandes lignes sera suffisant pour le moment :) Sirius et Remus vont en effet devoir faire comme si de rien n'était, mais quand Harry sera caché, c'est sûr qu'ils seront un peu plus libres ... XD

.

Merci encore du fond du coeur pour tous vos retours, je le répète mais ça me fait vraiment super, super, super plaisir ! Et merci à tous ceux qui lisent l'histoire, je vous vois et je suis également heureuse de savoir que vous suivez toujours aussi assidûment l'histoire !

.

Avant de vous laisser avec le nouveau chapitre, j'aimerais revenir sur le rythme de publication. À partir du début du mois de septembre, je publierai un chapitre tous les cinq jours car c'est le temps qu'il me faut pour écrire un chapitre et je souhaite garder un maximum d'avance. Si je vois qu'elle continue à diminuer, je passerai à tous les six jours ou je reviendrai à un chapitre par semaine mais je vais tout faire pour éviter d'en arriver là :) S'il le faut, je ferai des chapitres un peu plus courts car je suis actuellement sur du 26 000 mots à chaque fois et... ça prend du temps XD Si je dois revenir à un chapitre par semaine, pourriez-vous me dire quel(s) jour(s) vous arrangerai(en)t ? :) Je vais vraiment faire de mon mieux pour garantir un chapitre tous les cinq jours, je resterai sur ce rythme un moment pour voir si c'est gérable :) Je veux juste éviter de me retrouver à court de chapitres d'avance et vous faire patienter le temps que les nouveaux s'écrivent :) Pour l'instant j'ai encore de la marge, donc pas de soucis, c'est juste par prévention =)

.

Je vous laisse lire le nouveau chapitre et je vous souhaite une bonne lecture ! :)

.

.

35 – Des relations qui évoluent

.

.

(jeudi 21/12) POV Théo

.

Alors qu'il sortait doucement des limbes du sommeil, Théo sentit qu'il avait anormalement chaud. Il se sentait aussi bizarrement désorienté. D'habitude il dormait sur son côté gauche, or, là, il était sur son côté droit. Il sentait également qu'il était du côté où c'était bordé alors que d'ordinaire, il dormait du côté où c'était débordé. En fait, il avait l'impression qu'il n'était pas dans son lit. Mais ce qui l'intriguait vraiment, c'était cette masse contre lui qui lui donnait si chaud. C'était forcément une personne, mais qui ?! Afin d'en avoir le coeur net, il ouvrit les yeux. Il tomba alors sur une tignasse noire. Il sut aussitôt à qui elle appartenait car ces cheveux, il les connaissait par coeur. C'était donc Harry qui était pelotonné tout contre lui, le visage enfoui dans son cou et les bras autour de sa taille, comme s'il l'avait pris pour son doudou pendant son sommeil. Cette pensée fit sourire Théo. C'était trop mignon. Et c'était aussi pour ça qu'il avait chaud. Il comprenait mieux, maintenant ! Il n'eut pas besoin de forcer sa mémoire pour se rappeler ce qui s'était passé la veille. Bon, il ne se souvenait pas du moment où il s'était endormi mais il se revoyait très bien s'installer à côté de Harry qui lui avait proposé de le rejoindre pour qu'il puisse se réchauffer. Il se souvint aussi qu'ils avaient parlé pendant un bon moment. Et il se souvint également que le professeur Snape l'avait laissé avec Harry le temps qu'il s'occupe de Draco. Et qu'il était censé s'occuper de lui juste après. «Oups» se dit Théo. Le professeur Snape avait dû avoir une sacrée surprise lorsqu'il était entré dans la chambre pour venir le chercher... Théo pouvait lui être reconnaissant de ne pas l'avoir réveillé. Il aurait pu, pourtant. Car Théo n'était pas censé dormir ici et encore moins avec Harry. Mais le professeur Snape avait dû voir qu'il était profondément endormi. En fait, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas passé une aussi bonne nuit. Mais il valait mieux qu'il se lève avant que Harry ne se réveille. Il pourrait prendre peur en le découvrant à côté de lui. Théo se leva donc et sortit de la chambre sans faire de bruit. Il trouva facilement le salon, se souvenant du chemin qu'il avait pris la veille. Il s'y rendit et n'y vit personne. «Le professeur Snape est sûrement en train de surveiller Draco» pensa-t-il. Il songea un instant à partir en douce, sans se faire remarquer, en faisant comme si de rien n'était. Mais il n'était pas un lâche. Il se demanda ce qu'il pouvait bien faire lorsqu'il entendit du bruit derrière lui. Il se retourna et vit que c'était le professeur Snape.

- Bonjour, M. Nott. Je ne m'attendais pas à vous voir levé si tôt. Surtout après la nuit compliquée que vous avez passée.

- J'ai préféré laisser Harry dormir... seul. Je suis désolé, d'ailleurs, ce n'était pas du tout prévu que je m'endorme comme ça... Mais Harry a vu que j'avais froid, il a insisté pour que je vienne m'installer à côté de lui, on a discuté, le sommeil nous est tombé dessus, j'ai fermé les yeux et... je me suis endormi sans m'en rendre compte. Je suis vraiment désolé.

- Le principal c'est que tout le monde ait réussi à dormir. Ce qui semblait être le cas quand je suis venu vous chercher. Du coup, je n'ai pas eu besoin de m'occuper de M. Potter, il a trouvé tout seul le moyen de se rendormir.

Théo se sentit rougir en comprenant aisément que c'était lui le «moyen» dont parlait le professeur Snape.

- Cependant, nous devions avoir une discussion hier soir alors vu que vous êtes là, autant l'avoir maintenant.

- Mais... et Draco ?

- Il ne va pas se réveiller avant deux ou trois heures. Asseyez-vous, je vous prie.

Théo obéit et s'installa en face du professeur Snape.

- Vous souvenez-vous précisément de ce qui s'est passé hier soir ?

- C'est légèrement confus mais oui, je m'en souviens.

- Dites-moi tout, alors.

- Il était environ vingt-trois heures quand Draco est entré dans le dortoir en chantant f... fort. Je ne me suis pas douté tout de suite qu'il était drogué parce que ça lui était déjà arrivé de rentrer tard en parlant fort. Sauf que d'habitude il parle, il ne chante pas. Je suis allé le voir et j'ai fait en sorte qu'il se taise. Je suis retourné me coucher et je pensais que lui aussi. Mais quelques minutes plus tard, je l'ai senti se glisser sous mes draps. Il s'est montré un peu entreprenant, j'ai voulu le repousser, ça ne lui a pas plu et il s'est mis à me faire plein de reproches. Il me disait que j'étais comme les autres, que je n'en avais rien à faire de lui, que je me fichais de son mal-être, que j'étais ingrat car malgré tout ce qu'il avait fait pour moi je refusais de lui donner du réconfort... Il m'a dit des choses qui m'ont beaucoup blessé et c'est là que j'ai compris qu'il était sûrement drogué car, en temps normal, il ne m'aurait jamais dit ce genre de choses. Blaise est ensuite intervenu, il a réussi à maîtriser Draco et j'ai pu venir vous chercher.

- Merci, M. Nott. M. Zabini et vous avez fait ce qu'il fallait. C'est d'ailleurs une chance qu'il soit intervenu.

- Il n'y avait pas de sort d'insonorisation autour de mon lit et comme Draco parlait de plus en plus fort, ça a vite réveillé Blaise. Mais vous n'allez pas punir Draco ? Il n'était pas dans son état normal, il ne savait pas ce qu'il disait et ce qu'il faisait...

- Non, rassurez-vous, je vais juste avoir une longue discussion avec lui. Mais cela me surprend que vous preniez sa défense. Lorsque je suis revenu avec Draco hier soir, j'ai bien bien vu que vous vous étiez crispé en le voyant. Et vous m'avez dit qu'il s'est montré blessant envers vous. Sans compter le comportement déplacé qu'il a eu à votre égard et qui a dû vous effrayer. Vous devriez plutôt lui en vouloir pour tout ça.

- Hier soir j'étais encore sous le choc de ce qui s'était passé. Il m'a fait peur, c'est vrai. Et je pense que je vais être encore un peu tendu quand nous nous reverrons. Mais ça ira mieux par la suite. En revanche je ne lui en veux pas. Je sais qu'il ne se serait jamais conduit comme ça s'il n'avait pas pris ces maudites potions. Je ne veux pas qu'il soit puni alors qu'il est perdu et malheureux et que c'est pour ça qu'il s'est drogué. Il a besoin d'être aidé.

Le professeur Snape sembla touché par les mots de Théo.

- Il est pris en main, désormais, vous n'avez plus à vous en faire pour lui. Il va rester ici une bonne partie de la journée et je lui demanderai de s'excuser auprès de vous lorsqu'il retourna au dortoir. Je le verrai régulièrement pendant les vacances afin qu'il me parle de tout ce qu'il garde pour lui. Je vais m'occuper de lui, vous n'avez vraiment pas à vous inquiéter. Et puisque vous êtes là, je tiens à vous remercier pour l'amitié sans faille que vous portez à Draco. Je me doute que ce n'est pas facile tous les jours, surtout depuis la rentrée mais vous êtes pourtant toujours là pour lui.

- C'est le moins que je puisse faire. Lui aussi a toujours été là pour moi. C'est vrai, il n'est pas facile en ce moment mais je m'y fais. Je ne le lâcherai pas, de toute façon.

Une question vint subitement à l'esprit de Théo.

- Au fait, comment ça va se passer pour Draco et Harry ? Car, hier, Harry m'a dit qu'il n'était pas censé commencer à revoir ses amis avant aujourd'hui ou demain. Or, là, il m'a vu et il va sûrement voir aussi Draco...

- Il doit partir chez son parrain aujourd'hui et il y passera le reste des vacances. Étant donné l'état psychologique de Draco, je vais faire en sorte qu'il ne le voit pas. Je préfère qu'ils se voient quand ils iront tous les deux bien. Est-ce que vous avez autre chose à me dire ou à me demander ?

- Non, c'est bon.

- Bien, vous pouvez y aller, alors. Mais si vous vous sentez mal à l'aise à cause de ce qui s'est passé hier avec Draco, n'hésitez pas à venir me voir.

- Promis. Au revoir et... bon courage.

Théo vérifia qu'il avait sa baguette sur lui puis il partit. Il se rendit à sa salle commune et monta directement à son dortoir. Il prit une bonne douche bien chaude qui lui permit de se délasser puis il s'habilla avant de sortir du dortoir. Il tomba sur Blaise dans les escaliers.

- Oh, tu es rentré, dit-il avec soulagement. Je ne t'ai pas entendu revenir, je me demandais où tu étais passé. Je me doute que tu étais chez le professeur Snape avec Draco mais je ne m'attendais pas à ce que tu y passes la nuit...

- C'est un peu plus compliqué que ça. Ce n'était pas prévu que je reste toute la nuit là-bas mais je me suis endormi en attendant que le professeur Snape vienne me voir. Il n'a pas voulu me réveiller car il savait que j'aurais eu des difficultés à me rendormir après. Il m'a donc laissé dormir. Quand je me suis levé, on a eu la discussion qu'on aurait dû avoir la veille et là je viens tout juste de rentrer.

- Oh, d'accord. Est-ce que tu sais comment va Draco ?

- Pas vraiment mais le professeur Snape s'occupe de lui. Draco devrait revenir au dortoir en fin de journée.

- Tant mieux. Hier soir, tu disais qu'il était drogué. Est-ce que... est-ce que c'est vrai ?

- Oui mais je suis sûr que c'est la première fois. D'après ce que j'ai compris il a rompu avec Graham, enfin c'est plutôt Graham qui l'a quitté et pour Draco, ça a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Il devait être détruit mentalement parlant. En y réfléchissant, c'est pour ça qu'on ne l'a pas vu de la journée. D'autant plus qu'hier soir, vers vingt-trois heures, Miles et Cassius sont venus me voir dans la salle commune pour me demander si j'avais vu Graham. Ils voulaient lui demander quelque chose mais il n'était pas dans leur dortoir. Lui aussi était introuvable, apparemment. Alors que nous pensions tous que Graham et Draco avaient passé l'après-midi et la soirée ensemble, en réalité ils étaient sûrement en train de déprimer chacun dans leur coin après leur rupture...

- On ne pouvait pas savoir, dit Blaise, gêné. Mais je n'imagine même pas dans quel état était Draco pour qu'il en vienne à se droguer... Mais c'est bizarre car je le vois mal chercher un dealer dans le château pour avoir des potions...

- Je ne pense pas qu'il ait eu l'idée de se droguer en marchant dans un couloir. À mon avis, il a dû croiser un dealer qui a vu son état de détresse et qui lui a discrètement proposé des potions.

- Aucun dealer n'aurait fait ça, lâcha Blaise. Draco est préfet ! Un dealer n'aurait jamais proposé de la drogue à un élève qui est justement censé contribuer à mettre fin aux trafics de drogue !

- Parce que tu crois que tous les préfets sont clean ? se moqua Théo.

- Ils n'iraient pas encourager un trafic qu'ils sont censés arrêter, insista Blaise.

- Les préfets ne gèrent pas tous de la même manière l'immense quantité de travail qu'ils ont. Il y en a qui arrivent à gérer sans ressentir le moindre stress mais il y en a d'autres qui se retrouvent vite débordés. Ça doit engendrer un stress énorme et je pense qu'à cause de ça, certains d'entre eux se tournent vers les potions. Ce ne sont que des suppositions, je ne suis sûr de rien. Aucun préfet ne m'a avoué prendre des potions. Mais je pense qu'il y en a pourtant qui en prennent pour la raison que je viens de te donner et ça expliquerait pourquoi les professeurs ont autant de mal à coincer les dealers.

Blaise écarquilla les yeux.

- Tu penses qu'il y a des préfets qui les couvrent ?! Genre, en leur disant quand ont lieu les rondes des élèves et des professeurs ? En leur disant à quelle heure chaque professeur et chaque préfet ont l'habitude de vérifier tel ou tel étage ?!

- Je pense, oui. Mais encore une fois, ce ne sont que des suppositions.

- Non mais tu as raison. Mais c'est horrible... On n'arrivera jamais à se débarrasser de ces trafics s'il y a des préfets qui sont de mèche avec des dealers...

- Il faudrait que les préfets soient régulièrement contrôlés.

- Mais pourquoi tu ne parles pas de tout ça au professeur Snape ?!

- Parce que je n'ai aucune preuve. Et ce n'est pas à moi de dire aux directeurs de maison ce qu'ils doivent faire. Je me ferais envoyer bouler. Et puis je me trompe peut-être. Ça se trouve, les préfets sont tous clean.

- Non, tu as tendance à avoir toujours raison et à voir les choses avant les autres... Mais espérons quand-même que tu te trompes. Surtout que je ne vois aucun préfet de notre année se droguer. Bon, vu que je suis rassuré au sujet de tout le monde, je vais me recoucher. Je n'ai pas dormi de la nuit et je viens de manger donc la digestion me fatigue un peu. On se voit au déjeuner ?

- Sûrement, oui, dit Théo en souriant. Repose-toi bien.

Blaise le remercia et s'en alla. Théo poursuivit son chemin, sortit de la salle commune et se rendit à la Grande Salle afin d'aller prendre son petit-déjeuner. Il avait faim, ayant passé une nuit agitée et n'ayant pas beaucoup mangé la veille au soir. Il fut presque tout seul à la table des Serpentard, ce qui le déprima un peu. Il ne resta donc pas très longtemps, étant vite rassasié après seulement deux petits pains. En sortant de la Grande Salle, il décida d'aller à la bibliothèque. Non pas pour faire ses devoirs mais pour emprunter quelques livres. Il avait besoin de nouvelles lectures le soir. Alors qu'il se dirigeait vers les escaliers, il tomba sur Justin. Ils s'arrêtèrent pour ne pas se foncer dedans et se sourirent.

- Salut, se dirent-ils en même temps.

- Tu allais où ? ajouta Justin.

- À la bibliothèque. Et toi ?

- Je retournais à ma salle commune. Je reviens de l'infirmerie.

- Oh, tu ne te sens pas bien ?

- Si, ne t'inquiète pas. Je suis juste tombé dans mon dortoir en me levant et je me suis fait mal au poignet. Oui, je suis quelqu'un de très maladroit, précisa Justin en voyant l'air étonné de Théo. Tu ne peux pas imaginer le nombre de catastrophes qu'il peut m'arriver en une journée !

- À vrai dire je le savais déjà, je ne compte plus le nombre de fois où Rosalie a failli tomber, rit Théo.

- Heureusement que tu es toujours là pour la récupérer, renchérit Justin. En vrai tu dois me détester. Toi qui adore la botanique, tu vois ton binôme de travail maltraiter la plante dont on doit s'occuper ensemble...

- Ne t'en fais pas, je te laisse tranquille pour le moment mais si tu continues, je vais finir par faire un signalement auprès de la société protectrice des plantes et je veillerai à ce qu'on te retire la garde, plaisanta Théo.

- Tu ne ferais pas ça ?! s'horrifia Justin. Je l'aime, moi, cette plante ! Bon, j'avoue, j'ai de drôles de façons de le montrer mais je t'assure que je tiens à elle. Si tu m'enlèves Rosalie, je me battrai pour la récupérer !

Théo secoua la tête, amusé.

- On va éviter d'en arriver là. Je suis pour la paix dans le monde. Mais comme je tiens à la sécurité de Rosalie, je vais profiter d'aller à la bibliothèque pour voir s'il y a des livres dans lesquels il y a des astuces pour arrêter d'être maladroit.

- C'est gentil mais je préfère rester tel quel. Ça fait partie de moi. J'aurais l'impression de ne plus être la même personne si je cessais soudain d'être maladroit. Mais d'après ce que j'ai compris, tu comptes toujours aller à la bibliothèque ? demanda Justin, l'air déçu.

- Je n'ai pas grand-chose d'autre à faire, grimaça Théo.

- Moi non plus, c'est pour ça que je retournais à ma salle commune. Ernie et Hannah ne sont pas encore levés et je pense qu'ils vont faire la grasse mat'. Du coup je suis tout seul. On pourrait peut-être en profiter pour passer la matinée ensemble ?

Cette proposition fit naître une étrange chaleur en Théo. L'idée de passer trois heures avec Justin l'attirait beaucoup. Surtout que c'était la première fois qu'ils allaient passer du temps ensemble en-dehors de leurs séances de travail... Mais Théo savait que ce ne serait pas raisonnable. Il se ferait plus de mal qu'autre chose. Mais il n'avait rien d'autre à faire, à part ses devoirs qu'il ne voulait pas faire trop tôt pour en garder pour plus tard. Draco était chez son parrain et il y resterait jusqu'à la fin de la journée, Blaise allait certainement dormir toute la matinée, Pansy n'était pas là, Harry était lui aussi chez le professeur Snape et devait partir chez son parrain dans le courant de la journée... Théo n'avait vraiment aucune raison de refuser la proposition de Justin. À part les sentiments qu'il devait cacher à son égard et dont le secret risquerait d'être menacé s'il passait toute la matinée avec lui... Il ne savait pas quoi faire. Mais il avait vraiment envie de passer quelques heures avec Justin. Et lui aussi, visiblement. Il décida alors d'envoyer balader sa conscience pour une fois, voulant profiter de cette occasion rare qui s'offrait à lui.

- Si tu veux, dit-il en souriant.

- Ça te dérange si on va à la salle des binômes ? On ne va pas travailler mais c'est l'endroit où on sera le plus tranquilles.

- Ça me va, accepta Théo sans réfléchir.

Justin et lui se rendirent donc à la salle des binômes qui, comme ils le pensaient, était vide. Il fallait dire que c'étaient les vacances et qu'il n'était que huit heures et demie du matin. Justin s'installa sur une table et invita Théo à faire de même. Celui-ci n'était pas très habitué à s'asseoir sur les tables mais il se dit que c'était mieux pour une ambiance «détente».

- Le premier qui parle de cours a un gage, plaisanta Justin.

- Je veux bien faire un effort pour ne pas en parler mais pitié, pas de gage, supplia Théo.

- D'accord, de toute façon je pense qu'on va quand-même en discuter un peu. C'est un peu dur d'y échapper. En fait, si je t'ai proposé de passer la matinée ensemble, c'est parce que je me suis rendu compte qu'on ne savait rien l'un sur l'autre alors que ça fait trois mois qu'en semaine, on passe nos journées ensemble.

- C'est vrai, admit Théo. Mais je n'ai rien à dire sur moi. Je ne suis pas quelqu'un de très intéressant.

- Je suis persuadé du contraire. Tu as forcément des choses à dire.

- Je t'assure que non. En fait c'est toi qui avait raison à la rentrée. Je ne suis qu'un Serpentard, un Sang-Pur et un fils de Mangemort.

La tristesse se lut sur le visage de Justin.

- Pourquoi tu te déprécies tout le temps ? Pourquoi tu es toujours aussi dur envers toi-même ?

- Parce que je dis la vérité. Crois-moi, il n'y a aucun intérêt à parler de moi. Mieux vaut parler de toi.

- Bon, comme tu veux. Que veux-tu savoir ?

- Eh bien... Est-ce que tu as des frères et soeurs ?

- Non, je suis enfant unique. Toi aussi, je crois ?

- Oui.

- Ça va te paraître idiot mais je trouve ça étrange que les Sang-Pur n'aient souvent qu'un seul fils. Ils devraient plutôt essayer d'en avoir plusieurs afin de s'assurer de garder au moins un héritier... Car on ne sait jamais ce qui peut se passer...

- Ce n'est pas bête du tout, comme remarque. Mais je crois que ça s'explique par deux raisons. Déjà, il y a des Sang-Pur qui n'ont pas forcément envie d'avoir des enfants. Alors dès qu'ils ont un héritier, ils ne vont pas chercher à en avoir un autre. Ensuite, se marier entre Sang-Pur devient de plus en plus compliqué. Nous avons tous des liens de parenté entre nous, qu'on soit proches ou éloignés. Il n'est pas rare de se marier avec quelqu'un qui est assez proche en terme de parenté. Si les Sang-Pur devaient avoir plusieurs fils, cela signifierait qu'il faudrait trouver plusieurs fiancées. Autant dire que le choix devient vite restreint. Car certains d'entre eux se retrouveraient à devoir se marier avec des cousines... Merci la consanguinité ! Il y en a déjà trop comme ça à mon goût. C'est pour ça que, si j'avais été hétéro et si j'avais eu le choix, j'aurais tout fait pour ne pas me marier avec une Sang-Pur. Si j'y avais été obligé, j'aurais fait en sorte de ne pas avoir d'enfants avec elle.

Théo se tut sur ces mots. Il leva la tête vers Justin et s'aperçut que celui-ci le regardait avec un air émerveillé. Gêné, il se sentit rougir.

- Et toi qui disait que tu n'avais rien à dire... C'est juste passionnant de t'entendre parler. Tu défends tellement bien tes idées... Je crois que personne n'aurait pu mieux m'expliquer les choses que toi. Mais ça ne t'a jamais manqué d'avoir un frère ou une soeur ?

- C'est très dur pour moi de répondre à cette question. Je ne peux pas te dire pourquoi mais il valait mieux que je n'en ai pas. Il était préférable que je reste enfant unique. Mais j'ai bizarrement toujours senti que, quelque part dans le monde, j'étais relié à quelqu'un. Je le sentais au plus profond de moi. Mais je sais que ce n'était qu'une impression ou que le fruit de mon imagination. Je crois que j'ai toujours voulu avoir un frère ou une soeur et que je me suis donc persuadé inconsciemment que j'en avais un ou une quelque part.

- Un peu comme les enfants moldus qui s'inventent un ami imaginaire, songea Justin. Il y en a chez qui c'est une simple occupation et il y en a d'autres chez qui ça devient une vraie obsession. Dans ce cas, je crois que c'est plus pathologique qu'autre chose.

- Je n'en étais pas à ce point, heureusement, grimaça Théo. Mais j'espère que ça se soigne pour les enfants qui sont touchés par cette pathologie dont tu parles.

- Oui, je crois. Je ne m'y connais pas trop mais je sais juste que ça existe.

- Et toi, alors ? Est-ce que tu aurais aimé avoir un frère ou une soeur ?

- Je pense, oui. Mais mes parents n'ont jamais voulu avoir un deuxième enfant. Pour les tiens aussi c'était un choix de n'avoir qu'un seul enfant ?

- Il doit y avoir un peu de ça, oui. Mais il y a aussi le fait que mes parents m'ont eu assez tard. Je crois qu'ils ont eu du mal à me concevoir. Alors je pense qu'ils n'ont pas voulu s'embêter à essayer d'avoir un autre enfant. De toute façon, je pense que mon père fait partie de ces Sang-Pur dont je te parlais qui n'auraient pas fait d'enfants s'il ne leur avait pas fallu un héritier.

- Et moi qui croyait il y a encore trois mois que tu étais fier de ton sang, murmura Justin.

- C'est tout le contraire, affirma Théo. Je pense que j'aurais préféré être Sang-Mêlé. Mais bon, on ne choisit pas ce genre de choses. C'est dommage mais c'est comme ça.

Les paroles de Théo furent suivis d'un court silence pendant lequel il remarqua de nouveau l'air émerveillé avec lequel Justin le regardait.

- C'est fou comme tu as une facilité déconcertante à accepter les choses... Ce n'est pas la première fois que je le remarque mais ça m'étonne toujours autant à chaque fois. Je crois que c'est l'une des choses que j'admire le plus chez toi. Mais il y en a tant que j'aurais bien du mal à les lister.

Les mots de Justin firent une nouvelle fois rougir Théo. Il ne se sentait pas très bien. Il avait chaud. Il ne savait pas si c'était à cause des mots que venait de prononcer son binôme ou si c'était à cause du regard qu'il portait sur lui mais ce qui était sûr, c'était que Justin y était pour quelque chose. Un autre silence s'installa entre eux. Sentant que la situation devenait dangereuse sans savoir pourquoi, Théo essaya désespérément de trouver un autre sujet de discussion. Mais Justin ne lui en laissa pas le temps. Il se leva de la table sur laquelle il était assis, se posta devant Théo et lui tendit ses deux mains. Bien que perplexe, Théo les attrapa. Justin le hissa alors vers lui, le forçant à se lever lui aussi. Ils se retrouvèrent à quelques centimètres l'un de l'autre. La chaleur corporelle de Théo monta encore d'un cran. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait, il était terriblement gêné d'être aussi proche de Justin mais en même temps, il trouvait cela très agréable. Il voulait même se rapprocher encore plus de Justin. Il voulait se perdre dans son regard. Il voulait sentir son souffle. Il voulait sentir sa chaleur. Sans réfléchir et sans se rendre vraiment compte de ce qu'il faisait, il fit un pas vers Justin, réduisant ainsi la distance entre eux. Il plongea son regard dans celui de Justin et sut qu'il avait les mêmes envies que lui. Il le prouva en faisant à son tour un pas vers Théo. Leurs visages étaient désormais tout proches l'un de l'autre. Ce fut Justin qui combla le reste de l'espace entre eux et qui unit doucement leurs lèvres. Théo se sentit fondre de bonheur. Il ne tarda pas à sentir la langue de Justin se presser contre ses lèvres qu'il ouvrit sans hésiter. Il fut un peu intimidé lorsque cette même langue vint chercher la sienne mais il laissa faire Justin qui mena alors le ballet. Il sut détendre facilement Théo qui put vite apprécier ce tout premier vrai baiser. Car cela n'avait rien à voir avec celui qu'ils avaient échangé dans le cachot. Celui-ci était totalement consenti et beaucoup plus doux. Il se relaxa tellement qu'il répondit bientôt au baiser en mêlant sa langue avec celle de Justin. Il se rapprocha encore plus de lui et soupira de bien-être lorsque les mains de Justin vinrent encadrer son visage. Le baiser s'intensifia doucement mais tout en restant très doux. Théo aurait voulu que ce moment ne s'arrête jamais. Mais le baiser prit pourtant fin lorsque Justin sépara leurs lèvres en se reculant brusquement. Il avait l'air choqué.

- Pardon, je... je ne sais pas ce qui m'a pris...

- Tu n'as pas à t'excuser, je ne t'en veux pas, tu n'é...

- Tu devrais, pourtant ! coupa Justin. Ce baiser était une erreur ! Il n'aurait jamais dû avoir lieu ! Je suis en couple, je te rappelle ! Tu aurais dû me repousser !

Blessé par les reproches de Justin, Théo fut incapable de lui répondre sur le moment. Il se contentait de le regarder, les larmes aux yeux. Il avait l'impression qu'une centaine de flèches lui avaient transpercé le coeur tant il avait mal. Il venait de vivre l'un des meilleurs moments de sa vie et Justin, lui, considérait ça comme une «erreur». Il n'aurait pas pu lui faire plus mal encore. Mais il savait pourtant que Justin avait raison. Il s'apprêta à lui répondre après de longues secondes de silence mais Justin, qui avait dû voir son air blessé, le devança et s'excusa :

- Pardon, je n'aurais pas dû te parler comme ça...

Théo secoua la tête.

- Non, tu avais raison. C'est moi qui suis désolé. J'ai fait tout le contraire de ce que j'aurais dû faire. J'ai répondu à ton baiser alors que j'aurais dû te repousser. Je n'ai pas pensé une seule seconde au fait que tu étais en couple. Je suis vraiment désolé. Je ne sais pas non plus ce qui nous a pris mais ça ne doit pas se reproduire.

Justin acquiesça.

- On oublie, alors ?

- Oui, on oublie.

Les mots de Théo furent suivis d'un autre silence gênant. Ce fut Justin qui finit par le rompre :

- Tout compte fait, je vais retourner à mon dortoir. Je n'ai pas encore touché aux devoirs individuels qu'on a à rendre pour la semaine de la rentrée et je n'ai pas envie de m'y mettre à quelques jours de la reprise des cours. On se verra sûrement plus tard dans la semaine. Passe une bonne journée.

Justin s'en alla sans attendre de réponse. Théo dut lutter pour ne pas laisser couler les larmes qui menaçaient de déborder de ses yeux. Il avait tellement, tellement mal... C'était différent de toutes les douleurs qu'il avait pu ressentir jusque-là. À ce moment-là, il regretta plus que jamais d'être tombé amoureux de Justin. Il venait d'avoir la preuve par a plus b qu'il ne pourrait jamais avoir une histoire d'amour avec lui. Il devait se faire une raison. Et oublier ce qui venait de se passer. Démoralisé, il sortit à son tour de la salle des binômes. Il renonça à aller à la bibliothèque comme il voulait le faire une demie-heure plus tôt. Il préféra se rendre à son dortoir, lui aussi. Mais pas pour y travailler. Il allait plutôt se recoucher et essayer de récupérer un peu de la nuit qu'il avait passée. C'était ce qu'il avait de mieux à faire. Après tout, les vacances étaient faites pour se reposer. En plus, aucun de ses amis n'était disponible. Et puis il était vraiment plus que déprimé. Après ce qui s'était passé la veille au soir avec Draco, la désillusion qu'il venait de vivre avec Justin avait achevé de le démoraliser. Tout le poussait à aller hiberner au fond de son lit. Et c'était bien ce qu'il avait l'intention de faire.

.

.

Dans le même temps, POV Harry

.

Il était un peu plus de huit heures et demie lorsque Harry se réveilla ce matin-là. Ses yeux étaient encore lourds de sommeil mais il savait qu'il devait se lever. Sirius et Remus devaient venir le chercher en milieu de matinée et il fallait qu'il soit prêt. Il se força donc à se lever et se traîna en bâillant jusqu'à la salle de bain. Après une douche rapide, il s'habilla et se rendit au salon. Il y trouva Snape qui était en train de mettre des potions dans un sac. Harry retint une grimace en se disant que c'était certainement pour lui. Il avait encore une multitude de potions à prendre : potion de nutrition, potion pour traiter les carences, potion vitaminée, potion revitalisante, potion de sevrage et potion pour contrer les effets secondaires de la potion de sevrage. Sans compter la potion à base de plantes qu'il devait prendre le soir. Bien qu'il n'ait pas fait de bruit, le professeur Snape dut l'entendre arriver car il leva la tête vers lui.

- Bonjour, M. Potter. Comment vous portez-vous, ce matin ?

- Bien, mais je suis un peu fatigué.

- C'est normal, c'était la première nuit que vous passiez sans la potion qui vous faisait dormir d'une traite. C'est d'ailleurs pour cela que vous vous êtes réveillé vers vingt-trois heures.

- Ah oui, c'est vrai...

L'esprit embrumé par la fatigue, Harry avait complètement oublié son réveil nocturne. Il se souvint alors d'un coup de tout ce qui s'était passé. Mais est-ce que ça avait vraiment eu lieu ou bien était-ce le fruit de son imagination ? Parce qu'il n'avait pas pu dormir avec Théo, ce n'était pas possible...

- Euh... professeur ?

- Oui ?

- Théo n'a pas passé la nuit ici ?

Le professeur Snape haussa un sourcil.

- Vous ne vous souvenez de rien ?

- Si mais... je ne sais pas ce qui est réel et ce qui ne l'est pas.

- Vous n'avez pas dormi seul cette nuit, si c'est la question que vous vous posez.

Harry se sentit rougir.

- Je suis désolé, mais il avait froid et...

- Je sais, il m'a tout expliqué, coupa le professeur Snape. C'est tout à votre honneur d'avoir veillé à son bien-être. J'ai pu avoir ce matin avec lui la discussion que nous aurions dû avoir hier soir donc tout est réglé et c'est le principal. Oublions le reste. Est-ce que vous êtes prêt à partir chez votre parrain ?

- Oui, j'ai fait mon sac hier soir. Il ne reste que des choses de dernière minute à mettre dedans.

- Bien, vous avez donc largement le temps de prendre votre petit-déjeuner. Je vous laisse manger et ensuite je vous parlerai de vos potions.

Harry acquiesça et s'installa à table. Il avait un peu plus faim que d'habitude. Alors qu'il tartinait son deuxième petit pain, une question lui vint à l'esprit.

- Professeur, comment va Draco ?

- Il dort, c'est tout ce que je peux vous dire pour le moment. Mais ne vous inquiétez pas, je vais bien m'occuper de lui. Il se réveillera dans deux heures environ et il restera ici jusqu'en fin d'après-midi. Tout comme vous, je le verrai régulièrement pendant toutes les vacances.

- Oh, c'est une bonne chose que je rentre chez mon parrain, alors.

Le professeur Snape fronça légèrement les sourcils.

- Je ne vous aurais pas envoyé chez votre parrain aujourd'hui si vous aviez dû rester ici encore un peu. J'aurais très bien pu m'organiser pour pouvoir m'occuper à la fois de vous et de Draco. Je ne veux pas que vous croyiez que je me serais débarrassé de vous pour pouvoir me consacrer à Draco.

Harry baissa les yeux. Il entendit le professeur Snape soupirer.

- C'est exactement en vous voyant réagir comme ça que je sais que nous avons encore un certain nombre de séances devant nous. Mais nous discuterons de cela plus tard. Continuez à manger.

Harry acquiesça et se remit à tartiner son petit pain. Il en mangea deux autres et but deux verres de jus de citrouille. Il avait vraiment faim, ce matin-là. À croire qu'il voulait profiter de son dernier petit-déjeuner chez Snape ! Ce qui serait idiot puisqu'il reviendrait à la fin des vacances.

Ce fut peu avant dix heures que Sirius et Remus arrivèrent. Lorsqu'il entendit des coups frappés à la porte, Harry alla aussitôt chercher son sac. Il y rangea ses chaussons, son livre sur le Quidditch et ses affaires de toilette. Il mit ses chaussures et après s'être assuré de ne rien avoir oublié, il retourna au salon. Il y trouva Sirius et Remus qui lui sourirent en le voyant entrer.

- Avant de vous le laisser, je tiens à faire un point sur les potions qu'il doit prendre, dit le professeur Snape. Je vous ai tout noté sur un parchemin mais je préfère vous le dire quand-même de vive voix. La potion de nutrition est à prendre matin, midi et soir. La potion vitaminée, la potion revitalisante et la potion contre les carences sont à prendre matin et soir. La potion de sevrage et la potion contre les effets secondaires de la potion de sevrage sont à prendre le midi. Enfin, la potion relaxante est à prendre le soir, juste avant le coucher. Je ne vous donne pas de durée car il doit prendre toutes ces potions jusqu'à la fin des vacances. Enfin même après mais là, c'est moi qui superviserai de nouveau la prise de ces potions. Est-ce que tout cela est bien clair ?

- Oui, c'est très clair, affirma Sirius. De toute façon, ça fait dix jours que Harry prend ces potions, il est habitué, il sait quand il doit les prendre et dans quel ordre. Et tu nous as dit qu'il n'était pas du genre à rechigner à les prendre.

- C'est vrai. En fait, ce que vous allez surtout devoir surveiller, c'est qu'il se repose suffisamment. Il a tendance à un peu trop travailler.

- Ce n'est pas vrai ! protesta Harry.

- Ah oui ? Il me semble pourtant qu'hier encore, j'ai dû venir vous voir à deux reprises pour vous demander d'arrêter de travailler, se moqua le professeur Snape.

- Je n'avais pas fini mon paragraphe et j'avais peur d'oublier ce que je voulais dire si je m'arrêtais là !

- Il faut que vous appreniez à écrire les grandes lignes de vos pensées. Si vous aviez fait ça, ça ne vous aurait pris que cinq minutes et quand vous auriez repris votre devoir, grâce à ces grandes lignes vous vous seriez souvenu de ce que vous n'aviez pas eu le temps d'écrire la veille. C'est une question de méthodologie.

- Je lui apprendrai ça, assura Remus. Mais un peu plus tard. À combien d'heures de travail par jour a-t-il droit ?

- Samedi il était à deux heures et demie par jour et j'avais décidé d'augmenter son temps de travail d'une demie-heure par jour. Mais je me suis rendu compte que ça ferait cinq heures de travail arrivé à aujourd'hui et j'ai trouvé ça un peu trop.

- Moi je trouvais ça très bien, bougonna Harry.

- Qu'est-ce que je vous disais, ironisa Snape. En tant que patient, il est très facile à gérer, il prend toutes les potions que je lui demande de boire mais en tant qu'élève, il n'y a rien à faire, il refuse de m'obéir.

- Que veux-tu, il fait la différence entre le Snape médicomage et le Snape professeur et il a toujours été habitué à être en conflit avec le Snape professeur, s'amusa Sirius.

- Je ne pense pas que ce soit un problème de conflit ou d'autorité, apaisa Remus. C'est juste que Harry doit s'ennuyer et à part travailler, il n'a pas grand-chose d'autre à faire.

- C'est exactement ça, approuva férocement Harry. Du coup, je suis cantonné à trois heures et demie de travail pour le moment et ce n'est clairement pas assez pour faire les devoirs à rendre pour la semaine de la rentrée. Je sais que je ne pourrai pas encore revenir en cours à ce moment-là mais j'aimerais pouvoir rendre mes devoirs en temps et en heure par l'intermédiaire de quelqu'un...

- À partir de la semaine prochaine vous pourrez augmenter considérablement votre temps de travail. C'est juste que là, vous avez encore besoin d'être ménagé. Vous risquez de passer des nuits difficiles pendant quelques jours encore à cause du changement de potion, vous allez être un peu fatigué et c'est pour cela que je ne veux pas que vous travailliez trop. Mais d'ici la fin de la semaine, vous pourrez monter à quatre heures et demie de travail.

- Ce sera toujours mieux que rien, grimaça Harry.

- Jamais content, soupira Snape en levant les yeux au ciel.

Harry ne put s'empêcher de sourire, tout comme Sirius et Remus.

- Bon, si tout est clair, vous pouvez y aller. Il n'y aura pas de séance thérapeutique avant le vingt-six, étant donné que je préfère vous laisser quatre jours et demi pour vous retrouver tous les trois avant de reprendre les séances. La prochaine aura lieu mardi à quatorze heures. Il viendra ici par voie de cheminée et il rentrera par le même moyen. Je ne peux pas vous dire à quelle heure il sera de retour vu que nous ne savons jamais à l'avance combien de temps durera la séance.

- Très bien. Merci pour tout, Severus. Harry, tu es prêt ?

- Oui, c'est bon.

- Allons-y, alors. Au revoir, Severus.

Harry salua à son tour son professeur puis, l'un après l'autre, ils utilisèrent la cheminée pour se rendre aux appartements de Sirius et de Remus. Une fois arrivés, Sirius montra aussitôt la pièce que Remus et lui avaient préparée pour Harry. C'était une pièce un peu plus grande que celle où Harry dormait chez Snape.

- À la base, c'est une chambre pour bébé, expliqua Sirius. Vu que Remus et moi avons été forcés de cohabiter, il nous a fallu des appartements pour deux personnes. Normalement, ces appartements sont donnés à un couple d'élèves qui attendent un enfant. C'est très rare qu'une telle situation arrive mais il y a quand-même plusieurs appartements prévus à cet effet. Je crois qu'en plus de ceux-là, il y en a deux ou trois autres. Bon, sinon, est-ce que ça te plaît ?

- Oh oui, beaucoup ! Les murs sont très jolis. Qui a choisi la couleur ?

- Remus et moi avons fait une liste de quatre couleurs et celle-là se retrouvait dans nos deux listes.

- Il y avait de l'ocre, dans la tienne ? demanda innocemment Harry.

Sirius n'était pas dupe et comprit aussitôt que Harry faisait référence à l'histoire des murs du Square que Sirius avait décidé de repeindre en ocre alors que Remus et lui avaient passé des mois et des mois à les dépoussiérer, nettoyer, lisser et peindre avant l'arrivée de Harry.

- Ce n'est pas très gentil de me rappeler cette histoire, bougonna Sirius.

- Ne te plains pas, tu as pu les repeindre, tes murs, se moqua Harry.

- Oui, mais tout seul ! Remus n'a pas levé une seule fois le petit doigt pour m'aider. Mais je lui ferai payer sa lâcheté. Bon, est-ce que tu veux ranger tes affaires maintenant ?

- Non, je préfère attendre un peu.

- On va au salon, alors ?

Harry acquiesça. Il sortit de la chambre avec Sirius et tous deux se rendirent au salon. Ils s'assirent à table et furent bientôt rejoints par Remus qui essuya ladite table.

- Désolé Harry, on n'a pas eu trop le temps de faire le ménage nécessaire ce matin. Enfin, je dis ça mais c'est surtout Sirius qui a bombardé la table de miettes...

- Hé c'est pas sympa de dire ça devant mon filleul ! protesta Sirius. Pour qui je passe, franchement ?

- Ne t'en fais pas, je suis pareil, le rassura Harry. Quand je déjeunais à la table des Serpentard, Draco me faisait souvent la remarque. Et c'est vrai que, comparé à lui, je mange comme un cochon. Son coin de table est toujours nickel alors que le mien est toujours rempli de miettes.

- Eh bien je ne suis pas sorti de l'auberge, avec deux bordéliques comme vous...

- Tu devrais être habitué, pourtant. Lors de nos années Poudlard, tu partageais ton dortoir avec trois bordéliques, rappela Sirius.

- C'est vrai. Mais Peter c'était un peu différent. Il avait trop de choses, trop d'objets, trop d'affaires, du coup c'était assez compliqué d'y mettre de l'ordre. James et toi aviez moins d'effets personnels mais vous aviez la fâcheuse manie de les disperser partout.

- Je dois tenir un peu de mon père et de Sirius alors. Vu que les Potter et les Black étaient des familles de Sang-Pur et que tous les Sang-Pur sont reliés entre eux, je dois bien avoir un lien de parenté avec Sirius, même s'il est très, très, très lointain.

- Beaucoup trop lointain pour que ça vaille la peine de le chercher, grimaça Sirius. La vie est mal faite, quand-même. Je suis beaucoup plus proche des Malfoy que des Potter. Ce n'est pas juste.

- Ça fait drôle de me dire que tu es cousin avec Draco, s'amusa Harry. Vous êtes tellement différents l'un de l'autre...

- C'est bien pour ça que j'ai été renié. Mais assez parlé des Sang-Pur. Parlons d'autre chose.

- Tu préfères qu'on continue de parler de ton côté bordélique ? se moqua Remus.

Sirius lui jeta un regard noir. Remus éclata de rire.

- Bon, je vais aller préparer le repas de ce midi. Ce n'est pas tout mais l'heure tourne.

Remus se leva et quitta le salon. Sirius se tourna vers Harry.

- Tout à l'heure, chez Snape, Remus a laissé sous-entendre que tu t'ennuyais. C'est vrai ?

- Ben oui, je l'ai d'ailleurs dit...

- Je pensais que tu avais approuvé les paroles de Remus uniquement parce qu'il prenait ta défense.

- Non, je m'ennuyais vraiment. Enfin non, ce n'est pas vraiment ça. C'est surtout que je n'étais pas habitué à rester sans rien faire. J'ai toujours besoin d'occupation. Je ne veux pas me poser quelque part et réfléchir. Parce que je vais forcément me perdre dans mes pensées et c'est tout ce que je veux éviter. Il y a trop de choses auxquelles je ne veux pas penser.

- Je vois, dit doucement Sirius après un court moment de silence. À ta place, n'importe qui réagirait comme toi. Mais une fois que tu auras parlé avec Snape de tout ce que tu as dans la tête, tu n'auras plus à avoir peur de te perdre dans tes pensées. En tout cas, Remus et moi allons tout faire pour que tu ne t'ennuies pas. Déjà, Snape nous a dit que tu pouvais revoir tes amis. Ça te plairait ?

- Bien sûr, répondit aussitôt Harry.

- Qui voudrais-tu voir ?

- Hermione, Ron, Ginny et Draco. Mais... euh... séparément, si possible, ajouta Harry, gêné. Genre Ron et Hermione, puis Draco, puis Ginny.

- Tu ne veux pas voir Ginny en même temps que Ron et Hermione ?

- Non, j'ai besoin de voir Ginny à part. Je dois lui parler de quelque chose dont je ne peux pas parler à Ron et à Hermione. Ça concerne un sujet que je vais devoir aborder avec Snape.

- Tu veux parler de celui sur lequel tu bloques durant les séances ?

- Oui. Elle seule peut m'aider. Je suis désolé, je ne peux pas t'en dire plus pour le moment...

- Ce n'est pas grave, dit Sirius en souriant. Je suis au contraire content que tu puisses en parler avec quelqu'un. Mais du coup, tu ne préfères pas voir Ginny en premier ?

- Non, c'est mieux que je vois d'abord Ron et Hermione.

- Bien, comme tu veux. Remus et moi allons nous occuper de ça. Enfin surtout Remus. Après tout, c'est lui le directeur de la maison de Gryffondor. C'est donc à lui de parler à Ron et à Hermione.

- Ben voyons, ironisa Harry. Tu ne trouves pas que tu te reposes un peu trop sur Remus ?

- Il a l'habitude. Ça ne le dérange pas.

Harry secoua la tête, à la fois dépité et amusé. Lorsqu'il releva les yeux vers Sirius, il vit que celui-ci avait pris un air étonnamment sérieux.

- Harry, je voulais te dire... Remus et moi sommes désolés de ne pas avoir compris d'où venait ton mal-être cet été. On voyait bien que tu n'allais pas bien mais on n'arrivait pas à savoir ce que tu avais. Ça a semblé durer environ deux semaines puis tu as eu l'air d'aller mieux. Nous pensions que les philtres de paix faisaient enfin effet mais on était à mille lieues de la réalité...

- J'ai arrêté de prendre les philtres de paix au bout de quelques jours seulement, avoua Harry. Ils ne servaient à rien. Mais vous n'avez pas à vous en vouloir. J'ai tout fait pour vous cacher la vérité. Je me suis persuadé moi-même que la psychomage avait raison. Que j'étais trop tourné vers le passé, que je cherchais trop à avoir la lumière sur moi, que je me concentrais trop sur le négatif... J'étais hyper influençable, j'aurais cru à tout ce qu'elle aurait bien pu me dire uniquement parce que c'était une psychomage et que, par conséquent, elle avait forcément raison... Mais ses philtres de paix ne faisaient aucun effet, je faisais toujours le même cauchemar toutes les nuits mais j'insonorisais ma chambre tous les soirs pour que vous ne puissiez pas m'entendre. Je voulais à tout prix arrêter de faire ce cauchemar et c'est pour ça que j'ai décidé de fabriquer moi-même des potions de sommeil sans rêves. C'est de là qu'est venu mon souhait de m'améliorer en potions. Contrairement à ce que je vous disais, je ne faisais pas que m'entraîner. Enfin la plupart du temps, si, parce que je ne préparais pas tous les jours des potions de sommeil sans rêves. Mais je n'aurais jamais eu l'idée d'essayer de faire des progrès en potions si je n'avais pas décidé de faire mes propres potions de sommeil sans rêves. Je suis désolé de vous avoir menti au sujet de tout cela. Et de vous avoir caché ce qui s'était véritablement passé durant cette séance avec la psychomage... Mais je ne pouvais pas en parler. C'était au-dessus de mes forces. Là j'y arrive parce que j'en ai déjà parlé avec Snape. Ça a débloqué le sujet. Mais avant c'était juste impossible.

Harry se tut sur ces mots. Sirius resta silencieux un moment, l'air visiblement remué par la tirade de Harry. Il finit cependant par répondre au bout de plusieurs minutes :

- Je te remercie pour tout ce que tu viens de dire, Harry. Je ne m'attendais pas à ce que tu me dises autant de choses mais c'est très bien ainsi. Ça prouve que les séances avec Snape sont efficaces.

- Il a raté sa vocation, murmura Harry. Il aurait dû faire psychomage. Ou continuer à exercer son métier de médicomage. Je ne comprends pas pourquoi il s'embête à enseigner alors que ça ne lui plaît visiblement pas et qu'il préférerait mille fois mieux travailler à Sainte-Mangouste... En plus, il dit qu'il n'aime pas les cornichons mais c'est faux. S'il n'aimait pas les enfants et les adolescents, il ne se serait jamais occupé de moi comme il l'a fait. Enfin bon, c'est Snape, je crois qu'on ne le comprendra jamais.

- Je crois surtout qu'il y a quelque chose qui nous échappe à ce sujet. Moi aussi ça m'intrigue. J'en ai parlé un peu avec lui, Dumbledore serait lié à tout ça mais je n'en sais pas plus. Et puis bon, ce ne sont pas vraiment nos affaires.

- Tu dis ça mais tu aimerais bien en savoir plus, se moqua Harry. Je te comprends, je suis pareil. En tout cas, je suis content que tu aies laissé de côté ta haine pour lui et que tu l'aies laissé s'occuper de moi. C'était un peu déroutant d'être chez lui mais il a vraiment tout fait pour que je me sente à l'aise et je n'aurais pas pu être mieux pris en main que par lui.

- Ça n'a pas été si compliqué que ça de lui faire confiance. À partir du moment où j'ai su qu'il t'avait sauvé de ton intoxication et qu'il voulait s'occuper de ton rétablissement, je n'avais pas de raison de refuser de te confier à lui. Mais ça a été vraiment dur de te laisser quand Remus et moi sommes venus te voir alors que tu étais inconscient. J'ai eu l'impression de t'abandonner.

- Je n'ai senti aucune présence pendant tout le temps où j'étais inconscient, si ça peut te rassurer, dit Harry en souriant. Je ne vous ai donc pas entendus partir, Remus et toi, et je ne me suis pas senti «abandonné».

- Tant mieux, soupira Sirius. Quoi qu'il en soit, maintenant, je vais faire tout ce que je peux pour t'aider à aller mieux. Et Remus aussi.

- Et vous allez y arriver, j'en suis sûr, affirma Harry. Déjà, on va passer les fêtes ensemble et ça, ça suffit déjà à me remplir de joie ! Ça va être top. Il s'en est fallu de peu pour que je ne puisse pas passer les fêtes ici, avec vous. Je n'ai même pas eu deux semaines pour me rétablir suffisamment afin de pouvoir sortir de chez Snape aujourd'hui. Après, je pouvais sortir samedi pour avoir deux jours de plus pour me reposer mais vu qu'on aurait été le vingt-trois, je n'aurais même pas profité d'une journée avec vous avant les fêtes. Enfin bon, le principal c'est qu'on ait deux semaines et demie devant nous et qu'on puisse passer les fêtes ensemble. Et je compte bien en profiter !

- Et tu as bien raison ! Tu vas adorer ces fêtes, tu peux me croire.

- Je n'en doute pas, assura Harry. Bon, je n'ai pas eu trop accès aux nouvelles durant mon séjour chez Snape, alors que s'est-il passé durant ces deux semaines dans le monde magique ?

- Oh, tout et rien à la fois.

Sirius se lança alors dans un résumé complet de tout ce qui avait été dit dans la Gazette durant les deux semaines qui venaient de passer. Harry et lui débattirent de plusieurs sujets et ils furent coupés à un peu plus de midi par Remus qui apporta le repas. Harry redécouvrit avec bonheur les talents culinaires de son directeur de maison. Il était tellement heureux d'être avec Sirius et Remus que son appétit s'en ressentit. Et comme le repas était vraiment bon, il n'en fallut pas plus pour que Harry se resserve plusieurs fois. Il était un peu dans le flou sur la façon dont allaient se passer les vacances mais une chose était sûre : lorsqu'il retournerait chez Snape, il aurait sûrement repris cinq ou six kilos !

.

.

POV Draco

.

Draco voulut se rendormir dès qu'il se réveilla. Il ne se sentait pas bien du tout. Il avait la nausée et il avait l'impression qu'un troupeau d'hippogriffes avaient pris son crâne pour un champ de courses. Il ne se souvenait absolument pas de ce qui avait pu se passer la veille pour qu'il soit dans cet état. Il ouvrit péniblement les yeux et la tête en grimaçant. Il fut surpris de trouver Severus à ses côtés. Il voulut se redresser mais Severus l'en empêcha.

- Non, reste allongé, sinon tu vas avoir la tête qui tourne.

- Mais où est-ce que je suis ? Qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi je me sens comme si je m'étais pris une grosse cuite ?

- Alors, dans l'ordre : tu es dans mes appartements, par conséquent c'est pour ça que je suis ici et tu t'es enfilé plusieurs fioles de drogue.

- Qu... quoi ? Mais...

Draco aurait voulu dire «C'est faux» ou «C'est impossible» ou tout autre chose qui discréditerait les paroles de Severus mais il ne pouvait pas en être sûr puisqu'il ne se souvenait de rien. Il essaya alors de forcer sa mémoire. Ce fut le trou noir pendant plusieurs secondes. Il n'y avait absolument rien qui lui revenait à l'esprit. Puis il se souvint avoir pris le petit-déjeuner dans la grande Salle avant de retourner dans son dortoir où il avait passé toute la matinée. Il était ensuite allé déjeuner. Après... eh bien c'était de nouveau le trou noir. Il n'avait pas le souvenir d'avoir pris de la drogue.

- Draco ? Tu es avec moi ?

Draco releva brusquement la tête.

- Oui, je... j'essayais de me souvenir de ce qui s'est passé. Comment est-ce que j'ai atterri ici ? Est-ce que je suis venu de moi-même ?

- Non, je crois que même bourré et drogué, tu ne serais jamais venu ici de ton plein gré. C'est Théo qui est venu me chercher. Est-ce que tu te souviens de ce qui s'est passé avec lui ?

Draco fronça légèrement les sourcils en cherchant de nouveau dans sa mémoire. Mais il eut beau creuser, rien ne lui revint.

- Non, je ne m'en souviens pas, dit-il au bout de plusieurs minutes.

- Il n'a pas été très précis mais il m'a dit que tu t'étais montré entreprenant envers lui.

Draco écarquilla les yeux. Il voulut dire une fois de plus que c'était faux ou que c'était impossible mais il se revit brusquement dans le lit de Théo en train de lui hurler dessus. Il se souvint s'être senti rejeté et l'avoir très mal pris. Mais pourquoi avait-il eu cette sensation de rejet ? Parce que Théo s'était refusé à lui ? Cela voudrait dire que Draco avait tenté quelque chose avec lui mais ça, il ne voulait pas y croire. Ce n'était pas possible. Il n'aurait jamais pu faire ça. Tu étais drogué, lui rappela une petite voix intérieure. Tu n'avais pas conscience de ce que tu faisais. Tu n'étais pas toi-même.

- Merlin mais je suis un monstre... murmura-t-il.

- Non, c'est faux, répliqua fermement Severus. Tu étais sous l'emprise de la drogue. Tu ne savais pas ce que tu faisais.

- Mais ça ne change rien aux faits ! S'il ne m'avait pas repoussé je...

Draco s'interrompit, réalisant qu'il ne savait pas ce qu'il aurait été capable de faire. Il serait sûrement revenu à la raison avant d'aller trop loin... C'était ce qu'il pensait mais il ne pouvait pas en être sûr. Même si, au fond de lui, il savait que c'était vrai.

- Il doit être traumatisé...

- Il était paniqué hier soir quand il est venu ici mais ce matin, il avait l'air d'aller bien.

- Parce qu'il a passé la nuit ici ?! s'étonna Draco.

- Oui, ce n'était absolument pas prévu mais je lui avais demandé de rester avec Potter pendant que je m'occupais de toi. Je devais lui parler ensuite pour avoir plus d'informations, savoir comment il se sentait et essayer de trouver quelque chose pour qu'il réussisse à se rendormir et je devais également voir Potter pour faire en sorte qu'il se rendorme lui aussi. Sauf que quand je suis retourné les voir, eh bien ils dormaient tous les deux. Apparemment ils se sont servis mutuellement de somnifère. Je pense que Théo ne serait pas allé dans le lit de Potter s'il avait été traumatisé par ce qui s'était passé avec toi. Et puis d'après ce que j'ai compris, tu n'as pas fait grand-chose. Tu t'es vite mis à lui hurler dessus et c'est surtout ça qui l'a blessé.

Les mots de Severus rassurèrent grandement Draco.

- Par contre tu vas quand-même devoir t'excuser auprès de lui. Il ne t'en veut pas mais même s'il n'a pas été traumatisé, il a été choqué. Tu dois vite parler avec lui pour mettre rapidement les choses à plat afin d'éviter que le malaise ne s'installe entre vous. Je pense que tu le trouveras dans votre salle commune ou dans votre dortoir en fin de journée. C'est à ce moment-là que je te libérerai.

- D'accord, j'irai le voir pour m'excuser dès que je sortirai d'ici.

- Bien. Maintenant, j'aimerais que tu me dises pourquoi tu t'es drogué.

- Parce que je n'allais pas bien, répondit Draco sur le ton de l'évidence.

- Ça je m'en doute bien, mais est-ce qu'il y a eu un élément déclencheur ?

Cette question troubla Draco. Sans savoir pourquoi, il fit le lien entre cette question et ce qu'il avait dit à Théo lorsqu'il lui reprochait de le rejeter. Il avait l'impression qu'il s'était déjà senti rejeté plus tôt dans la journée et que c'était pour cela qu'il s'était autant mis en colère. À peine se fit-il cette pensée qu'il se souvint avoir crié sur une autre personne. Graham. Pourquoi lui avait-il crié dessus ? La réponse lui vint aussitôt à l'esprit. Parce que Graham l'avait quitté. C'était pour cela qu'il s'était drogué. Oui, il s'en souvenait, maintenant. Il s'était senti tellement mal... Il avait eu l'impression que plus rien n'avait d'intérêt. Car il avait perdu Graham et tout ce qui allait avec. Ce qu'il avait redouté depuis le début de leur relation était arrivé. La panique l'envahit soudain. Qu'allait-il faire sans lui ? C'était lui qu'il allait voir dès que ça n'allait pas. C'était lui qui lui changeait les idées à chaque fois. Certes, Draco ne se confiait pas à lui, mais il savait lui faire tout oublier... La panique monta de plus en plus en lui. Ses mains devinrent moites alors que sa respiration se faisait plus laborieuse. L'air commença à lui manquer. Il sentit une main se poser sur son épaule et entendit une voix s'adresser à lui :

- Draco, calme-toi, ça va aller. Respire, prends de l'air et expire doucement.

Draco suivit les conseils de Severus et répéta l'exercice un certain nombre de fois. Il reprit peu à peu une respiration normale tandis que les battements de son coeur ralentissaient petit à petit.

- Ça va mieux ? s'enquit Severus.

Draco acquiesça lentement.

- Qu'est-ce qui t'a mis dans cet état ?

- Je me suis souvenu de la raison pour laquelle je m'étais drogué... Graham... Graham m'a quitté...

Un léger silence suivit les mots de Draco.

- Tu l'as mal pris, c'est ça ? demanda doucement Severus.

Draco hocha de nouveau la tête.

- C'était tout ce que je voulais éviter depuis le début de notre relation. J'avais besoin de lui et de tout ce qu'il me donnait. J'étais tellement dépendant de lui que j'avais justement toujours peur qu'il me quitte. Je savais que je ne le supporterais pas. Et j'avais raison.

- Tu l'aimais ?

Draco baissa les yeux et ne répondit pas.

- Draco, je ne te jugerai pas, tu le sais bien.

Draco fit un léger signe de tête avant de répondre :

- Non, je ne l'aimais pas. Enfin, si, mais... pas de la bonne manière. J'aimais la personne qu'il était mais je n'étais pas amoureux. Il s'en est justement rendu compte hier après-midi et c'est pour ça qu'il m'a quitté. Il a compris que cette relation n'était pas saine du tout. Il m'a dit...

Draco s'interrompit de nouveau, gêné.

- Il t'a dit... ? insista Severus.

Draco se mordit la lèvre. Il lui fallut plusieurs minutes pour se lancer :

- Il m'a dit que je cherchais auprès de lui ce que je n'arrivais plus à trouver auprès de toi.

Draco n'osa pas regarder Severus après avoir prononcé ces mots. Mais le silence qui s'installa lui indiqua que Severus accusait le coup.

- Il n'avait peut-être pas tort, finit-il par dire.

- Oui, mais je n'en avais pas vraiment conscience. Ou, plutôt, je le savais au fond de moi mais je ne voulais pas me l'avouer.

Severus soupira.

- Tout ça c'est de ma faute. Si je ne t'avais pas délaissé comme je l'ai fait, tu n'aurais pas eu besoin d'aller chercher du réconfort auprès de ton camarade. Tu ne te serais jamais embarqué dans cette relation et tu n'en aurais pas souffert. J'ai vraiment été en-dessous de tout. Je suis désolé, Draco. Tu ne peux pas savoir combien je m'en veux de ne pas avoir été assez présent pour toi. Je le voyais bien pourtant que je m'éloignais de toi. Mais plus j'essayais de me rattraper, plus le fossé se creusait entre nous. Je n'ai jamais voulu te délaisser. Je me suis juste laissé dépasser par toutes mes obligations et j'en ai oublié ce qui était le plus important. Mais je ne referai plus cette erreur. Si tu es d'accord, je vais m'occuper de toi et on va avoir une petite thérapie ensemble. Il y a beaucoup de choses que tu gardes pour toi depuis cet été et c'est pour ça que tu vas aussi mal. Il faut que tu parles de ce que tu ressens pour que tu ailles mieux. Tu as besoin de te libérer. Mais je comprendrais que tu ne veuilles pas le faire avec moi. Si tu le souhaites, je peux faire venir un psychomage avec qui tu feras cette thérapie.

- Non, je ne veux pas parler à un inconnu, répliqua Draco.

- Mais tu n'as peut-être pas envie non plus de me parler à moi.

- Si, au contraire.

Draco soupira à son tour.

- Écoute, c'est vrai, je t'en ai voulu comme pas permis de m'avoir délaissé et de ne pas avoir été là pour moi. Je me suis senti abandonné une nouvelle fois et ça été très dur à supporter. Mais j'ai ma part de responsabilité, là-dedans. Si je m'étais confié à toi dès le début, on n'en serait pas là à l'heure qu'il est. Je sais, tu vas me dire qu'à ma place, beaucoup de personnes auraient réagi comme moi mais il y avait quand-même des choses que j'aurais pu te dire. Notamment le fait que j'étais gay.

- Ce n'est pas quelque chose de facile à avouer, objecta Severus.

- Oui mais... avec la relation qu'on a, j'aurais dû t'en parler dès que j'ai eu des doutes. Au lieu de ça, je te l'ai annoncé sans aucun préambule et sans aucun tact... Je viens juste de comprendre pourquoi tu n'as pas réagi sur le moment. Tu étais juste choqué de l'apprendre comme ça.

- C'est exactement ça, dit Severus, l'air soulagé. Et c'est surtout le fait que je n'ai rien vu venir. En fait, c'est l'accumulation de tout un tas de choses qui a fait que j'étais trop choqué pour réagir. Mais je peux te promettre que ça ne me dérange absolument pas que tu sois gay. Tu peux être hétéro, gay, bi, pan ou que sais-je encore, ça n'a aucune importance pour moi. Je veux juste que tu sois heureux. J'aurais peut-être dû te le dire plus souvent mais... je t'aime, Draco. Tu es la personne qui compte le plus à mes yeux. Je ne supporterais pas de te perdre comme ça a failli être le cas. Je te promets de ne plus jamais te délaisser et d'être toujours là pour toi à l'avenir.

Les yeux de Draco s'embuèrent de larmes à l'entente de ces mots. C'était peut-être bête mais c'était exactement ce qu'il avait besoin d'entendre. Toute sa rancoeur s'envola d'un coup. Il savait que Severus était sincère et qu'il respecterait sa promesse. Il venait tout juste de comprendre pleinement que ce n'était pas vraiment de la faute de Severus s'il l'avait délaissé. Il s'était retrouvé débordé par toutes ses obligations et comme il l'avait dit, il avait perdu le sens des priorités. Mais maintenant, il était là, il s'occupait de lui et c'était tout ce qui comptait pour Draco.

- Je te fais confiance, assura-t-il. Je te remercie pour tout ce que tu viens de me dire. Ça... ça me touche beaucoup. Je... j'aimerais qu'on oublie tout ça. Qu'on passe à autre chose. Je ne t'en veux plus du tout alors ça ne sert à rien de s'éterniser davantage là-dessus.

- D'accord, répondit aussitôt Severus. On fait comme ça. Bon, comme je te l'ai dit, je vais te garder jusqu'à la fin de la journée. Je ne vais pas essayer de te faire parler sur quoi que ce soit, je veux juste m'assurer que tu ailles bien avant de te laisser partir. Après, si tu veux t'en aller plus tôt, tu peux, je ne t'obligerai pas à rester.

- Non, je veux bien passer la journée ici. Mais, d'abord, est-ce que tu peux me donner un truc contre les nausées et le mal de crâne ?

Severus sourit.

- Oui, bien sûr, excuse-moi. Je vais chercher ce qu'il faut.

Severus se leva, sortit et revint quelques minutes plus tard avec plusieurs fioles dans les mains.

- Voilà, tiens, ça devrait t'aider à aller mieux.

- Merci.

Draco prit les trois fioles que lui tendait Severus et les but les unes après les autres. Il se sentit tout de suite un peu mieux.

- Bon, je ne te propose pas de venir prendre le petit-déjeuner...

- Non, en effet, ce n'est pas la peine. Je suis incapable d'avaler quoi que ce soit.

- Tu préfères te reposer ?

Draco n'avait pas forcément pensé à cette option mais il se rendit soudain compte qu'il était fatigué.

- Oui, je crois que ça me ferait du bien.

- Je pense aussi. C'est pour ça que je veux que tu restes ici jusqu'en fin de journée. Pour que tu te reposes et que je puisse veiller sur toi.

Ces mots touchèrent Draco. Il avait vraiment retrouvé son parrain.

- Allez, repose-toi bien. Je vais préparer quelques potions et je reviens.

Draco acquiesça et ferma les yeux. Il s'endormit quelques minutes plus tard, à la fois serein et épuisé.

.

Comme prévu, Draco sortit de chez Severus en fin de journée. Il était un peu plus de dix-sept heures lorsqu'il entra dans sa salle commune. Il jeta un coup d'oeil circulaire et croisa sans le vouloir le regard de Cassius et de Miles. Il se sentit de suite mal à l'aise. Il réalisa seulement à ce moment-là que sa rupture avec Graham allait avoir des conséquences bien plus importantes que ce qu'il pensait jusque-là. Cela allait forcément mettre une mauvaise ambiance dans l'équipe, surtout avec Cassius et Miles qui étaient très amis avec Graham... Étant obligé de passer devant eux pour se rendre à son dortoir, il les ignora mais Miles l'interpella.

- Draco, attends...

Draco retint un soupir et se retourna.

- Quoi ? demanda-t-il d'un ton neutre.

- Nous ne voulons pas te chercher des noises, apaisa Cassius. On se doute bien que tu ne souhaites pas en parler mais nous sommes au courant pour ta rupture avec Graham. Quoi qu'il se soit passé entre vous, ça ne change rien pour Miles et moi. Il n'y a pas de camp. Graham est d'accord avec ça. Il n'est pas en guerre contre toi, il ne t'en veut pas, c'est même plutôt l'inverse. Il ne voulait pas te faire de peine. Mais...

- Il a eu raison, coupa Draco. Je ne lui en veux pas non plus. Il n'a rien fait de mal. Je... j'ai réagi à chaud mais je vois les choses différemment, désormais. Il me faut juste un peu de temps pour me sentir prêt à m'expliquer avec lui. Si vous pouviez lui passer le message...

Miles sourit.

- On vient de te passer le sien, on peut bien lui passer le tien. Puisque nous y sommes, concernant les entraînements, ça ne change rien non plus. Mais Graham espère quand-même que vous vous serez reparlés d'ici là.

- Oui, j'ai juste besoin de quelques jours, on se sera expliqués d'ici la fin des vacances. Merci, en tout cas. Ça m'a rassuré, ce que vous m'avez dit. Je vais monter à mon dortoir, la nuit a été un peu compliquée. Passez une bonne soirée.

Draco adressa un petit sourire à ses deux coéquipiers puis il se dirigea vers les escaliers. Il les monta et arriva rapidement à son dortoir. La première chose qu'il vit lorsqu'il y pénétra, ce furent les rideaux fermés de Théo. Cela l'intrigua. Il savait que Théo avait lui aussi passé une nuit difficile mais il ne pensait pas qu'il serait fatigué au point de dormir en pleine journée... Mais dormait-il vraiment ? Théo avait peut-être juste voulu être au calme et avait fermé ses rideaux pour ne pas être dérangé... Bon, Draco n'y croyait pas trop. Cela ne ressemblait pas du tout à Théo. Même s'il aimait sa tranquillité, il laissait toujours ses rideaux ouverts au cas où Blaise ou lui voudraient lui parler. Ce n'était pas son genre de faire clairement comprendre à ses amis qu'il ne voulait voir personne. Oui mais là tu l'as blessé, souffla une petite voix à Draco. Ce serait normal qu'il ne veuille pas te parler. Draco soupira. Il ne voulait pas forcer Théo à lui parler s'il n'en avait pas envie mais il ne voulait pas non plus laisser la situation telle quelle... Il décida donc d'aller le voir. Il se dirigea vers ses rideaux et les ouvrit doucement. Théo était en effet dans son lit mais Draco ne savait pas s'il dormait puisqu'il était couché sur le côté, la tête enfouie dans l'oreiller. Draco s'approcha et s'assit au bord du lit. Théo bougea légèrement. Draco était presque sûr qu'il dormait mais qu'il n'était pas dans un sommeil très profond. Il ne voulut pas le réveiller mais Théo dut sentir sa présence car il bougea de nouveau, mais de façon plus prononcée cette fois. Il ne tarda pas à décoller lentement son visage de son oreiller pour ensuite tourner la tête vers Draco. Celui-ci fut alors choqué en voyant le visage de Théo. L'air ensommeillé, les yeux rouges et bouffis et des traces de larmes sur les joues, il faisait peine à voir. Mais ce qui choquait le plus Draco, c'était la conclusion logique qu'il tirait de tout ça : Théo avait pleuré. Or, Draco ne l'avait jamais vu pleurer. Il l'avait déjà vu triste, il l'avait déjà vu les yeux un peu brillants mais jamais il ne l'avait vu pleurer.

- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda faiblement Théo.

- Je... je voulais te parler. Mais je t'ai peut-être réveillé... Je peux repasser plus tard, si tu veux.

- Si c'est pour parler de ce qui s'est passé hier soir, ce n'est pas la peine. Je m'en fiche, c'est oublié.

Draco fronça les sourcils. Théo mentait, c'était évident. Même si, comme le lui avait dit Severus, il n'était pas traumatisé, il ne pouvait pas avoir oublié aussi vite et aussi facilement. Surtout qu'il avait visiblement pleuré. Mais ce n'était peut-être pas à cause de ça... Draco ne savait pas quoi faire. Il n'avait pas envie de laisser Théo tout seul alors qu'il n'avait pas l'air d'aller bien... De toute façon, il devait s'excuser et il avait bien l'intention de le faire, quoi qu'en dise Théo.

- Tu dis ça mais je suis sûr que c'est faux. En plus, il faut qu'on en parle, que tu le veuilles ou non, décréta Draco. On ne peut pas faire comme si rien ne s'était passé.

- Il y en a qui ne se gênent pas, pourtant, marmonna Théo.

- Comment ça ? interrogea Draco, perplexe.

- Rien, oublie.

Théo replongea la tête dans l'oreiller. Draco était vraiment interloqué par le comportement étrange de son ami. Cela commençait aussi à l'inquiéter. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer pour que Théo déprime à ce point ? Draco n'en avait pas la moindre idée mais il devait le faire parler. Il était hors de question que Théo garde pour lui quelque chose qui le faisait souffrir. Lui-même avait accumulé énormément de choses en lui sans en parler et il venait tout juste de comprendre à quel point il avait eu tort. Il ne laisserait pas Théo faire la même erreur.

- Théo, on doit parler, dit-il fermement.

Pas de réponse.

- Théo, insista Draco.

- Laisse-moi, Draco.

- Pas tant qu'on n'aura pas parlé.

- Mais je n'ai rien à te dire !

- Je crois que si, au contraire. Quelqu'un qui pleure a forcément quelque chose à dire.

- Qui te dit que j'ai pleuré ?

- Personne, je n'ai pas besoin que tu me le dises, ça se voit.

- Alors qui te dit que c'est à cause de toi ?

- Ben, par rapport à ce qui s'est passé hier soir...

- Ça n'a rien à voir ! Tu n'es pas le centre de l'univers, Draco ! Mes problèmes ne se résument pas uniquement à ta seule personne !

Surpris par l'éclat de voix de Théo, Draco recula... et tomba. Il avait oublié qu'il était un peu trop au bord du lit. Il atterrit par terre sur le côté droit et grimaça en sentant son bras et sa jambe heurter le sol. Sa chute suffit évidemment à alerter Théo :

- Draco ça va ?!

En moins de deux secondes, il fut à ses côtés. Draco se redressa, toujours en grimaçant.

- Ouais, je vais juste avoir de vilains bleus sur le bras et la cuisse...

Théo afficha un air contrit.

- Je suis désolé, je n'aurais pas dû te parler comme ça...

Draco fit les gros yeux.

- Mais tu n'as pas à t'excuser ! C'est plutôt à moi de te demander pardon...

Théo soupira et tendit sa main à Draco. Celui-ci la saisit et s'en aida pour se relever. Ils s'assirent tous deux sur le lit.

- Je t'ai dit que ce n'était pas la peine d'en parler, rappela doucement Théo. Je ne t'en veux pas et je préfère qu'on oublie.

- C'est donc vrai, ce que tu disais ? Ce n'est pas à cause de ça que tu as pleuré ?

- Non, c'est à cause d'autre chose.

- Oh... Je ne vais pas t'embêter avec ça tout de suite car il faut quand-même qu'on discute d'hier soir. Je te crois quand tu dis que tu ne m'en veux pas, mais par contre, j'ai du mal à croire que tu aies déjà oublié. Tu as dû être choqué. Je ne me rappelle pas de tout avec précision, y a des trucs qui sont un peu flous mais je sais que j'ai fait et dit des choses qu'il ne fallait pas. Je sais que tu as été obligé de me repousser parce que j'ai eu un comportement inadéquat, je sais que je te l'ai reproché, je sais que je t'ai dit des choses hyper blessantes et je ne pense vraiment pas que tu aies pu oublier tout ça aussi vite.

Théo baissa les yeux.

- C'est surtout que je ne veux plus y penser.

- Je comprends mais c'est important de mettre les choses à plat. Il faut en parler et ensuite on pourra oublier et passer à autre chose. C'est donc pour ça que je tiens à m'excuser, même si tu ne m'en veux pas.

- Excuses acceptées, dit Théo en souriant.

- Et je voulais aussi te remercier d'être allé chercher Severus.

- Je n'avais pas vraiment le choix. Tu ne pouvais pas rester comme ça et c'était le seul à pouvoir te calmer.

- Mais c'était risqué. Je veux dire... vu les tensions qu'il y avait entre lui et moi...

- Je n'y ai pas pensé sur le moment, avoua Théo. Ça ne m'a même pas traversé l'esprit. Je n'ai pas réfléchi, en fait. Il fallait quelqu'un, j'ai aussitôt pensé à ton parrain et je suis allé le chercher sans me poser de questions.

- Tu as bien fait, approuva Draco.

Théo sembla hésiter avant de demander :

- Tu as dit «vu les tensions qu'il y avait»... Est-ce que ça veut dire qu'il n'y en a plus ?

Draco sourit, amusé.

- C'est fou, tu remarques toujours tout, toi. Mais oui, en effet, c'est de l'histoire ancienne. Quand je me suis réveillé, on a beaucoup discuté, Severus s'est excusé, il s'est expliqué, j'ai reconnu avoir fait des erreurs, moi aussi, il m'a promis de toujours être là à l'avenir et voilà, nous sommes réconciliés.

- Tant mieux, soupira Théo. Je suis hyper soulagé que vous vous soyez enfin parlés. C'est juste triste qu'il ait fallu que tu te drogues pour que vous ayez cette discussion... Mais le principal, c'est que tu ailles bien et que ça vous ait permis de vous rapprocher.

- Exactement. Et je ne compte pas recommencer un jour. Là, j'étais vraiment au fond du gouffre, je voulais oublier et je n'ai trouvé que ce moyen. Je ne me serais jamais drogué en temps normal.

- Je sais, assura Théo. Tu allais déjà mal depuis un bon moment et ta rupture avec Graham a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase...

- C'est ça. D'ailleurs, tu n'as pas dit à Severus que je m'étais fait larguer. Tu avais oublié ou tu en as fait exprès de ne pas le lui dire ?

- J'en ai fait exprès. J'ai estimé que c'était à toi de le lui dire. Je me suis dit que tu n'aurais peut-être pas apprécié que je le lui apprenne.

- J'aurais sûrement été un peu irrité, oui, admit Draco. Tu penses vraiment toujours à tout. Je ne sais pas comment tu fais pour être aussi délicat, aussi prévenant. Et moi je gâche tout en t'agressant aussi bien physiquement que verbalement... J'ai vraiment honte de t'avoir peloté et de t'avoir pris par le col comme ça...

- Je te répète que je ne t'en veux pas, Draco, alors cesse de t'en vouloir aussi, dit gentiment Théo.

- Facile à dire... Mais tu es sûr qu'il n'y a pas un léger malaise ? Par exemple, si je te prends dans mes bras, là, tout de suite, tu ne vas pas te crisper ?

- Eh bien essaie, pour voir. Vu que les mots ne suffisent apparemment pas pour te convaincre... Et je suppose que tu ne m'en voudras pas si tu te retrouves une fois de plus par terre.

Draco resta figé un instant, ne s'étant pas attendu à une telle proposition. Mais il était quelqu'un de fier alors il releva le défi et passa ses bras autour de Théo avant de l'attirer doucement à lui. Il ne sentit aucune résistance, aucune crispation. Théo se serra même contre lui et enfouit son visage dans son cou en enroulant ses bras autour de sa taille. Draco ne pouvait plus avoir de doutes : Théo disait la vérité, il n'y avait pas de malaise entre eux. Il rompit doucement l'étreinte et sourit à Théo.

- Ok, je te crois. J'ai vraiment de la chance d'avoir un ami comme toi. Je ne sais pas si je le mérite, franchement. Tu es tellement parfait...

- Oh non, ne dis surtout pas ça, murmura Théo.

- Pourquoi ? s'étonna Draco.

- Parce que je suis loin d'être parfait. Du moins, moralement parlant.

- Mais qu'est-ce que tu racontes ?

- La vérité.

- Tu peux être un peu plus précis ?

- Je ne suis pas quelqu'un de bien, c'est tout.

Draco regarda Théo pendant quelques secondes avant de demander :

- Qui ?

Théo fronça les sourcils.

- Qui quoi ?

- Tu as tué qui ? Non parce que, pour que tu dises que tu n'es pas quelqu'un de bien avec un air aussi dramatique, c'est que tu as forcément dû tuer quelqu'un... Tu peux me le dire, hein, je ne te jugerai pas sans connaître toute l'histoire. Quoi qu'il se soit passé, je suis sûr que tu n'en as pas fait exprès et que c'était seulement de la légitime défense.

- Pfff, t'es bête, dit Théo en secouant la tête.

- J'en déduis donc que tu n'as tué personne. Ouf. Ça m'arrange parce que je n'ai pas de relations qui auraient pu te faire sortir d'Azkaban. Mais on aurait quand-même trouvé une solution, ne t'en fais pas. Non mais plus sérieusement, quel horrible méfait as-tu commis pour te dénigrer de la sorte ?

Théo baissa de nouveau le regard.

- J'ai laissé Justin m'embrasser.

Draco écarquilla les yeux. Il avait dû mal entendre.

- Attends, je ne comprends pas... Tu parles bien de ton binôme, celui qui est hétéro et qui sort avec une Poufsouffle ?

- Oui.

- Mais... s'il est hétéro et qu'il est en couple, pourquoi est-ce qu'il t'a de nouveau embrassé ?!

- Je ne sais pas, mais ce n'est pas ça la question. Je l'ai laissé m'embrasser alors que je sais justement qu'il est en couple ! C'est comme si j'avais profité que sa petite-amie ne soit pas à Poudlard pour lui voler Justin ! Ça ne se fait pas !

- Non, Théo, je t'arrête tout de suite là. Tu dis n'importe quoi. Tu te trompes de coupable. Ce n'est pas toi le fautif mais ton crétin de binôme. C'est lui qui est censé être hétéro et en couple et qui t'a pourtant embrassé. Tu ne peux pas te reprocher de l'avoir laissé faire. Tu es amoureux de lui, Théo. Tu ne peux pas retenir éternellement tes envies et tes sentiments. Après, j'espère que tu étais bien consentant cette fois, sinon je te jure que je vais aller lui...

- Non, tu n'iras rien lui faire du tout parce que j'étais bel et bien consentant. Je désirais ce baiser. Et c'est encore plus horrible que si je ne l'avais pas voulu ! Je ne devrais pas avoir envie d'embrasser quelqu'un qui est en couple ! Ce n'est pas moral du tout ! Oui, d'accord, j'aime Justin mais ce n'est pas une raison pour me laisser faire quand il m'embrasse ! J'aurais dû penser à sa petite-amie !

Draco ne sut quoi répondre tant Théo le désespérait. Il essaya tout de même une nouvelle fois de le raisonner :

- Théo, tu ne peux pas lutter éternellement contre tes sentiments. Tu ne peux pas tout contrôler. Tu as beau être différent des autres, tu restes humain. Tu as des désirs, comme tout le monde. Il n'y a rien de plus normal que d'avoir envie d'embrasser une personne dont on est amoureux. Ou pour qui on ressent du désir. Tu n'as pas à t'en vouloir. En plus, ce n'est pas toi qui a initié le baiser. C'est lui. Toi tu as su refréner tes désirs. Pas lui. Ce n'est pas toi qui serait allé l'embrasser en premier. Il est le seul responsable. Il n'aurait jamais dû t'embrasser. Est-ce que tu comprends ce que je veux te dire ?

- Oui, murmura Théo. Je sais que tu as raison. Mais je ne peux pas m'empêcher de m'en vouloir. Je ne veux pas être un briseur de couple.

- C'est pourtant ce qui pourrait leur arriver de mieux, visiblement... Ton binôme ne doit plus aimer sa copine pour t'avoir embrassé à deux reprises.

- Non, au contraire, il l'aime toujours, dit sombrement Théo. Il m'a repoussé quand il s'est rendu compte de ce qu'il faisait. Enfin, il s'est reculé, plutôt. Il m'a justement reproché de ne pas l'avoir repoussé et il m'a dit que ce baiser était une erreur. J'ai rarement eu autant mal que lorsqu'il m'a dit ça. Car moi j'ai aimé ce baiser. J'y ai même participé. Même si je sais qu'il n'aurait pas dû avoir lieu, je ne peux pas le considérer comme une erreur.

Draco sentit une rage sans nom l'envahir à l'idée que cet imbécile de Poufsouffle ait pu prononcer ces mots et faire du mal à Théo. Et dire que, la nuit d'avant, Draco lui avait dit que son binôme ne s'intéresserait jamais à lui et qu'il ne l'aimerait jamais... D'accord, il était sous l'emprise de la drogue quand il avait dit ça mais d'une, il n'aurait jamais dû être aussi blessant, et de deux, il s'était de toute évidence trompé. Sans réfléchir, il prit de nouveau Théo dans ses bras et l'attira tout contre lui. Il ne pourrait pas effacer ce qu'il lui avait dit, ni ce que Finch-Fletchley lui avait balancé mais il pouvait faire de son mieux pour le réconforter...

- Tu ferais mieux d'oublier ce mec, il n'est pas clair du tout. Il joue avec toi. À mon avis, il n'est pas aussi hétéro qu'il veut te faire croire, il est attiré par toi mais il ne veut pas se l'admettre.

- C'est impossible, murmura Théo contre Draco. Il aime sa petite-amie.

- Ça c'est ce qu'il te dit. Ça ne veut pas dire que c'est la vérité.

- Mais depuis la rentrée, ils se sont séparés et remis trois fois ensemble... Ils ne s'acharneraient pas à se remettre en couple s'ils ne s'aimaient pas tous les deux sincèrement...

- Pour Finch-Fletchley, sa copine, ça doit juste être un moyen de se rassurer. Tant qu'il est avec elle, il peut faire croire qu'il est hétéro. Il doit même en être persuadé. Mais on peut prendre le problème dans l'autre sens. Toi tu dis qu'ils doivent sincèrement s'aimer s'ils se remettent ensemble à chaque fois qu'ils se disputent. Moi je vois les choses autrement. Si, en trois mois, ils se sont séparés trois fois, c'est que leur couple doit sérieusement battre de l'aile... Mais ça aussi, Finch-Fletchley doit refuser de le voir.

Toujours contre Draco, Théo resta silencieux pendant un moment. Ce fut d'une voix désespérée qu'il finit par répondre :

- Je ne sais plus quoi penser... Ce que tu dis est plausible mais... je ne peux pas y croire. Ou, plutôt, je ne veux pas y croire. Ça me ferait encore plus mal de me dire qu'il est intéressé par moi mais qu'il refuse de l'admettre parce qu'il préfère rester avec sa petite-amie... J'aurais l'impression d'un énorme gâchis.

Draco grimaça à ces mots. Théo avait raison. Pour son moral, c'était plus supportable de penser que son binôme était bel et bien hétéro et qu'il n'était pas du tout intéressé par lui.

- Pense ce qui te convient le mieux, dit doucement Draco. Vu la situation, je ne peux pas te donner meilleur conseil.

- Tu m'as déjà bien aidé. Tu comprends maintenant pourquoi je ne peux pas t'en vouloir ? Parce que même si tu me blesses parfois sans le vouloir, je ne peux pas oublier que tu es toujours là pour moi quand j'en ai besoin. Que tu sais m'écouter, me conseiller et me réconforter. Alors je peux bien te pardonner quelques petits écarts.

Ces mots touchèrent Draco.

- C'est adorable, dit-il, ému. Mais il ne faut pas que tu me laisses tout passer non plus.

- Le jour où tu iras trop loin, je te le dirai.

- D'accord, on fait comme ça. Mais espérons quand-même que ce jour n'arrivera jamais. Bon, avec tout ça, il va être l'heure d'aller manger.

- Je n'ai pas faim.

- Oui bah faim ou pas, tu vas manger. Après, si tu veux, on peut attendre un peu...

- Que ce soit maintenant ou dans une heure, je n'aurai pas faim.

- Ça, c'est parce que tu déprimes. Mais tu dois te forcer. Tu es loin d'avoir repris suffisamment de poids. Tu as encore des kilos à prendre. Tu ne dois sauter aucun repas. C'est ton médicomage qui l'a dit. Je n'hésiterai pas à aller le voir si tu refuses de manger.

- Tu vas trop loin, Draco. Tu m'as demandé de te le dire le jour où ça arriverait alors je te le dis.

Draco éclata de rire.

- Désolé mais ça ne marche pas comme ça ! Ça ne compte pas. Là, tu essaies juste de trouver une parade pour ne pas aller manger. Allez, je ne te demande pas de t'enfiler entrée, plat, dessert, mais au moins de manger le plat.

Théo soupira.

- D'accord, on y va.

Il s'extirpa difficilement des bras de Draco et enfila ses chaussures tandis que Draco remettait bien en place les draps. Ils quittèrent ensuite le dortoir, puis la salle commune et se rendirent ensemble à la Grande Salle. Alors que Draco s'asseyait à la table des Serpentard, il dirigea machinalement son regard vers la table des professeurs. Il fut surpris d'y voir Severus, avant de se souvenir que Harry était rentré chez son parrain. Severus n'avait donc plus à le surveiller. Et il pouvait ainsi reprendre ses fonctions de directeur de maison jusqu'à la fin des vacances en passant les repas dans la Grande Salle. Cela fit grandement plaisir à Draco. Il ne s'était pas rendu compte à quel point son parrain lui avait manqué. Mais il l'avait retrouvé et c'était tout ce qui comptait pour lui. Il appréhendait un peu de devoir lui dire tout ce qui le faisait souffrir depuis six mois mais il savait que c'était nécessaire. Il fallait qu'il en parle. Et Severus était la meilleure personne pour ça. Ils avaient deux semaines et demie devant eux pour se voir tous les jours et ils allaient bien en profiter pour déblayer pas mal de sujets. Ces vacances allaient être vraiment bénéfiques pour eux. À tout point de vue.

.

.

(vendredi 22/12) POV Terry

.

- Je m'ennuiiiiiiie... Pourquoi ils ont décidé de mettre les vacances plus tôt cette année ?! se plaignit Michaël.

- Tu sais très bien pourquoi : parce qu'il y a une épidémie de grippe, parce qu'une tempête de neige était annoncée et parce qu'il a été décrété que ça ferait du bien aux élèves de troisième, quatrième et cinquième année d'avoir une semaine de vacances de plus par rapport aux années précédentes.

- Mais on n'a rien demandé, nous...

- Il y avait beaucoup d'élèves épuisés, Michaël. Pense un peu à eux. Et puis il y a beaucoup d'élèves qui rentrent chez eux pendant ces vacances. Avec la tempête de neige qui était annoncée juste avant les vacances, ils n'auraient pas pu rentrer. Les pauvres première année auraient été tout tristes. Toi tu t'en fiches, tu avais déjà prévu de rester, mais pense aux plus jeunes... Et comme je te l'ai dit, il y a aussi l'épidémie de grippe. Elle est particulièrement virulente cette année. Si les cours avaient duré une semaine de plus, on aurait tous fini par l'attraper et tout le monde aurait été malade pendant les vacances. Personne n'aurait pu se reposer et on aurait tous repris les cours en étant complètement épuisés. Il valait donc vraiment mieux avancer les vacances.

Michaël souffla bruyamment. Terry, qui avait assisté à l'échange entre ses deux amis, ne dit rien. Il était habitué aux plaintes quelque peu enfantines de Michaël. C'était comme ça depuis leur première année. Mais il n'y faisait pas attention, laissant Anthony le raisonner. C'était la voix sage du groupe.

- Après, si tu t'ennuies vraiment, tu peux aller faire un tour dans le château.

Michaël sembla considérer cette proposition.

- Oui, c'est ce que je vais faire, finit-il par déclarer. Ça va m'occuper pendant une bonne heure. À tout à l'heure.

Michaël se leva et partit.

- Ça ne pourra pas marcher éternellement, s'amusa Terry.

- Le coup de la promenade ? Oui, je sais, mais pour l'instant ça marche alors on en profite, plaisanta Anthony.

- Le pauvre, ce n'est pas de sa faute s'il déteste rester sans rien faire... Mais c'est bête parce que tu vas bientôt te retrouver tout seul. Je dois retrouver Hermione dans vingt minutes.

- J'ai encore quatre cent soixante pages à lire. Je pense que je n'aurai pas terminé mon livre quand tu reviendras. Et tu sais que quand je suis à fond dans un livre, je ne remarque pas s'il y a quelqu'un ou pas avec moi.

- C'est vrai. Bon, il faut que je commence à surveiller l'heure. Je ne voudrais pas arriver en retard.

- Ça se passe toujours aussi bien avec Hermione ? Tu devais la voir pendant les vacances, je crois ?

- Oui, on voulait se voir en-dehors de nos séances de travail mais c'était galère parce qu'on n'avait pas le temps. On avait décidé de profiter des vacances pour se voir. On devait se voir mardi mais à peine nous sommes-nous rejoints que nous avons eu une urgence de préfets.

- Une urgence ? Laquelle ? demanda Anthony, inquiet.

- Un élève de quatrième année avait disparu, selon ses amis. Comme cet élève est un peu fragile psychologiquement parlant, tous les préfets ont été réquisitionnés et nous sommes tous aussitôt partis à la recherche de l'élève. On a mis deux heures à le retrouver. Heureusement il était sain et sauf. Mais il nous a bien donné du fil à retordre. On était quand-même cinq ou six préfets et trois professeurs ! Du coup, Hermione et moi n'avons pas pu nous voir. On a alors décidé de se rattraper aujourd'hui.

- J'espère que vous pourrez rester ensemble cette fois. C'est fou, quand-même. Même en vacances, vous ne pouvez pas profiter de votre repos !

- C'est pour ça que c'est nécessaire que quelques préfets restent pendant les vacances.

- En effet, vu comme ça... Et sinon, niveau sentiments, tu en es où ?

- Eh bien, j'aime toujours Hermione. Je ne vais pas arrêter de l'aimer du jour au lendemain. C'est pour ça que je suis content qu'elle veuille qu'on passe plus de temps ensemble.

- Tu penses qu'elle pourrait être intéressée par toi ?

- Je ne sais pas, c'est assez compliqué à dire. Hermione n'est pas quelqu'un de facile à sonder. C'est difficile de savoir ce qu'elle ressent. J'ai quand-même bon espoir qu'elle ressente quelque chose pour moi car je ne pense pas qu'elle irait demander à un garçon de passer du temps ensemble si elle ne ressentait rien pour lui. Mais je ne me fais pas trop d'espoirs non plus. Je ne veux pas être déçu si, au bout d'un moment, je me rends compte que je ne l'intéresse pas du tout.

- Tu as bien raison, tu es raisonnable même en amour, c'est bien. Mais tu ferais peut-être mieux d'y aller, l'heure tourne.

- Oh oui, c'est vrai. Bon eh bien j'y vais. À tout à l'heure.

Terry se leva et quitta la salle commune comme l'avait fait Michaël une dizaine de minutes plus tôt. Il se rendit à la salle des binômes puisque c'était là qu'il devait rejoindre Hermione. Lorsqu'il arriva, elle était déjà là.

- Salut, ça va ? demanda Terry en souriant.

- Oui, plutôt bien, et toi ?

- Ça va aussi. Les vacances font vraiment du bien. On y va ?

Hermione acquiesça. Ils entrèrent dans la salle et s'assirent à leur table habituelle.

- Alors, dis-moi tout sur toi, dit Terry d'emblée.

- Ah oui, tu y vas direct, toi, remarqua Hermione, amusée. Tu ne me laisses même pas le temps de souffler ! Mais pourquoi ce serait moi qui commencerait ?

- On m'a toujours dit d'être galant, alors honneur aux femmes.

- Mmmmh, tu t'en sors bien. Je te soupçonnais plutôt de ne pas vouloir te lancer en premier.

- Juger sans connaître, quelle tristesse, dit Terry d'un air faussement affligé.

Hermione leva les yeux au ciel.

- Bon, que veux-tu savoir sur moi ?

- Eh bien... parle-moi un peu de ta famille.

- Tu connais un peu le monde moldu ? Pour savoir si je vais devoir t'expliquer beaucoup de choses ou pas.

- J'essaie de m'instruire au maximum. Mais ce n'est pas évident. Je suis un Sang-Mêlé mais je n'ai jamais vécu dans le monde moldu. Je ne connais que le monde sorcier.

- Oh, je vois... Tu es Sang-Mêlé par qui ?

- Par mes deux parents. Mais eux-mêmes ont toujours vécu dans le monde sorcier.

- Ah oui, tu n'es vraiment pas familiarisé avec le monde moldu... Parmi tes lectures instructives, est-ce que tu t'es renseigné sur les métiers moldus ?

- Oui, c'est l'un des premiers sujets que j'ai traité, rit Terry.

- Cool, alors si je te dis que mes parents sont dentistes, ça te parle ?

- Oui, en effet. Mais autant te dire que ça ne m'attire pas du tout, comme métier.

- Je te comprends, je ne serai jamais moi-même dentiste. Mais comment faites-vous, vous, dans le monde sorcier, pour soigner vos dents ?

- On consulte un buccomage à Sainte-Mangouste.

- Oh... J'aurais dû y penser.

- Tu ne le savais pas ? s'étonna Terry.

- J'ai cherché l'information mais j'ai vite été perdue par rapport à l'organisation de Sainte-Mangouste alors j'ai rapidement abandonné, avoua Hermione.

- Je comprends. C'est vrai que ce n'est pas simple pour quelqu'un qui vient du monde moldu. Ça doit être encore plus compliqué dans ce sens-là que dans l'autre. Si tu veux, je pourrai t'expliquer.

- Je veux bien, approuva Hermione. Et toi ? Que font tes parents comme métiers ?

- Mon père dirige une société de produits cosmétiques et ma mère est journaliste. Deux métiers qui se retrouvent dans le monde moldu mais façon sorcière.

- Pour le journalisme, je savais mais pas pour les produits cosmétiques. Je pensais que l'existence de la magie dispensait de ce genre de produits.

- Il n'existe pas de sorts pour tout, déclara Terry. Il y a bien des sorts pour gommer bon nombre de défauts mais ça ne règle pas le problème à la base. Ça camoufle, rien de plus. Par exemple, il y a des sorts pour dissimuler l'acné mais ça ne traite pas la source de l'acné. Ce serait trop facile.

- Ça, c'est sûr. Et ta mère, elle travaille pour quel journal ? La Gazette ? Sorcière Hebdo ?

- Non, elle travaille pour Sorciculture, annonça Terry.

- Je ne connais absolument pas, dit Hermione, l'air déçue.

- C'est normal, c'est beaucoup moins connu que la Gazette, Sorcière Hebdo ou le Chicaneur. Mais ça se vend quand-même très bien. Le journal fait un bon chiffre d'affaire. Mais je pense qu'il faut être bien ancré dans le monde sorcier pour connaître Sorciculture. Tu voudrais que je te passe un exemplaire ?

- Oui, je veux bien, si ça ne te dérange pas... La culture est un domaine qui m'intéresse beaucoup mais je n'en ai presque pas dans le monde magique.

- D'accord, je demanderai à ma mère de m'envoyer deux exemplaires de la prochaine édition.

- Merci, c'est gentil. C'est un journal hebdomadaire, j'imagine ?

- Oui, son jour de parution est le mercredi pour ne pas être en concurrence avec les grands journaux. Il n'y a pas vraiment beaucoup de journaux sorciers, donc si Sorciculture sortait le même jour que la Gazette, il n'y aurait aucune vente.

- C'est du marketing, quoi.

- Tout à fait. Bon, je t'avoue que tout ce qui est techniques commerciales, ça me dépasse un peu, avoua Terry. Je ne pourrais pas diriger un journal, un magasin ou une maison d'édition. Je ne veux pas travailler là-dedans, de toute façon.

- Oh, tu n'as donc pas l'intention de devenir journaliste ?

- Non, ça ne m'attire pas du tout. Je ne veux pas faire la même chose qu'un de mes parents, de toute façon.

- Je te comprends, je suis pareil, affirma Hermione. Comme je te l'ai dit, jamais je ne deviendrai dentiste. Mais tu as une idée de ce que tu veux faire, du coup ?

- Oui, je souhaite devenir avocamage.

- Oh, c'est très ambitieux, commenta Hermione. La formation doit être assez longue, non ?

- Oui, elle dure trois à cinq ans selon les spécialités.

- Tu sais déjà laquelle tu vas choisir ?

- Non, je suis tenté par trop de choses pour pouvoir faire un choix. Mais j'ai le temps d'y réfléchir. J'ai quatre ans et demi pour me décider puisque c'est à la fin de la deuxième année de formation qu'on doit choisir notre spécialisation. Et toi, sais-tu ce que tu veux faire après Poudlard ?

- Pas du tout, grimaça Hermione. C'est justement parce que je ne suis pas au point sur les métiers du monde sorcier que je ne sais pas ce que je veux faire. Il faut pourtant que je me décide vite. Les conseils d'orientation ne vont pas tarder à arriver et il va falloir choisir les matières qu'on va garder l'année prochaine pour préparer les ASPIC... Et nos choix des matières à garder se fait justement en fonction de ce qu'on veut faire plus tard...

- Ne panique pas pour ça, tu ne dois pas être la seule, en cinquième année, à ne pas être fixée sur ton futur métier. Et puis, si tu ne sais toujours pas ce que tu veux faire une fois arrivée à la rentrée de la sixième année, tu peux très bien garder un maximum de matières. Je pense que c'est ce que font les élèves qui ne sont pas encore fixés. Bon ce serait quand-même bien que tu te délestes de deux ou trois matières, car ça risque de faire un peu trop si tu les gardes toutes. Tu as trois options, je crois ?

- Oui, créatures, runes et arithmancie. Mais c'est déjà prévu que j'arrête le cours de créatures. Et je ne compte pas continuer l'astronomie. Quoi que je fasse plus tard, ça ne me sera pas utile.

- Bon, ça te fait huit matières, je pense que c'est très bien comme ça.

- Je pense aussi, approuva Hermione en souriant. En comptant l'histoire de la magie et les sortilèges qui sont obligatoires jusqu'aux ASPIC, je garderais ainsi l'arithmancie, la botanique, la Défense Contre les Forces du Mal, la métamorphose, les potions et les runes. Mais je ne vois pas ce que je pourrais faire avec ça.

- Tu n'es pas obligée de te baser sur les matières. Il n'y a pas quelque chose dans la vie que tu aimes faire ?

Hermione sembla réfléchir un moment avant de faire une moue à la fois dépitée et déçue.

- Non, franchement, je n'ai aucune idée.

- Bon, tu pourras toujours voir ça avec ton directeur de maison. Tu peux en discuter avec lui avant les conseils d'orientation, si ça te tracasse vraiment trop.

- Je vais y réfléchir. Mais je crois que c'est ce que je vais faire, en effet. Le professeur Lupin est le mieux placé pour m'aider. Ça fait partie de son rôle de directeur de maison et de manière générale, il est toujours de bons conseils. Mais j'aurais bien aimé avoir quelqu'un pour me conseiller parmi mes proches.

- Tu es vraiment la seule sorcière de ta famille ?

- Oui, je n'ai pas de cousin sorcier ou de cousine sorcière.

- Tu as des frères et soeurs ?

- Non, et je pense que c'est une bonne chose. Si j'avais eu un frère ou une soeur, j'aurais peut-être été la seule sorcière et ça m'aurait gêné.

- Je comprends, ça aurait créé des différences entre vous et ça vous aurait sûrement éloignés.

- Oui et je n'aurais pas aimé que mes parents s'intéressent davantage à mes exploits magiques qu'aux résultats scolaires de mon frère ou de ma soeur ou inversement...

- C'est sûr que ça aurait été gênant, grimaça Terry. Mais tu ne t'es jamais senti un peu seule ?

- Non, je voyais assez souvent mes cousins et mes cousines. Mais bon, pour être tout à fait franche, je ne les ai jamais vraiment aimés et c'est réciproque. On n'a pas du tout les mêmes centes d'intérêts. Il n'y a qu'avec ma cousine Olivia que je m'entends bien. Nous sommes même très proches l'une de l'autre.

- Elle sait que tu es une sorcière ?

- Oui, c'est la seule de mes cousines à le savoir. Mes parents l'ont dit aux siens car ils savaient qu'ils ne diraient rien. Ce qui ne serait pas forcément le cas de mes autres oncles et tantes.

- Mais ce n'est pas trop dur de leur cacher une chose pareille ? Je veux dire, il faut mentir sur plein de choses...

- C'est vrai que c'était un peu la panique au début, il fallait raconter pas mal de mensonges. Il fallait trouver une excuse pour expliquer pourquoi je changeais de collège, il fallait inventer un nom pour ledit collège, il fallait justifier pourquoi j'étais la seule à pouvoir y être admise... C'était compliqué mais mes parents ont très bien su gérer la situation.

- Tant mieux, dit Terry, soulagé. C'est bien qu'il y ait au moins quelques personnes de ta famille qui soient au courant.

- Oui, je me sens un peu moins seule. Et toi, as-tu des frères et soeurs ?

- Oui, une soeur plus âgée que moi. Elle s'appelle Judith, elle a vingt-trois ans, elle est vétérimage, elle est mariée depuis un an et elle attend actuellement un enfant.

Hermione haussa les sourcils.

- Ah oui, tout est allé super vite...

- C'est souvent comme ça que ça se passe dans le monde sorcier. Mes parents avaient vingt-et-un ans quand ils ont eu ma soeur. Ma mère venait tout juste de terminer sa formation de journaliste lorsqu'elle est tombée enceinte.

- Ils ont attendu un peu avant de t'avoir, fit remarquer Hermione.

- Oui, ils ont voulu avoir un deuxième enfant quand ma soeur a eu trois ans mais ils n'y sont pas arrivés tout de suite. Ils ont mis quatre ans à me concevoir.

- Le principal c'est que tu sois là, dit Hermione en souriant.

- Exactement. Je me demande avec qui tu aurais été mise en binôme si je n'avais pas été là.

- Je dirais avec un autre Serdaigle. Mais je ne m'imagine pas avec quelqu'un d'autre, en fait. Je suis très bien avec mon binôme actuel.

Ces mots troublèrent Terry. Mais il resta lucide. Sa phrase était sûrement parfaitement innocente. Tu te fais des idées, lui dit une voix dans sa tête.

- Ça tombe bien car c'est réciproque, répondit-il en souriant.

Hermione lui rendit son sourire. Ils se regardèrent dans les yeux pendant de longues secondes. Ce fut Terry qui finit par rompre le contact visuel, mal à l'aise. Hermione détourna aussitôt le regard à son tour, l'air tout aussi gênée. Elle ne laissa pourtant pas le malaise s'installer entre eux et lança un autre sujet de discussion, au plus grand soulagement de Terry. Ils passèrent ainsi le reste de l'après-midi à discuter, jusqu'à ce que Terry doive aller faire sa ronde avec Ernie. Étant donné qu'ils étaient six préfets à être restés à Poudlard et qu'il y avait quatre garçons et deux filles, certaines rondes étaient donc assurées par deux garçons pour que les filles n'aient pas à faire une ronde sur deux. Cela avait un peu déconcerté Terry au début mais il s'y était vite accoutumé. Il prit donc congé de Hermione peu avant dix-sept heures et rejoignit son homologue masculin de Poufsouffle près de la Grande Salle. Il eut un peu de mal à se concentrer, n'ayant en tête que le visage de Hermione, sa voix, son sourire, son regard... Il avait passé un excellent après-midi avec elle et il avait déjà hâte d'en passer un autre en sa compagnie...

.

.

(samedi 23/12) POV Blaise

.

- Vivement que la neige s'arrête de tomber...

Les mots de Théo brisèrent le silence qui régnait en maître dans le dortoir. C'était très rare que Théo rompe un aussi long moment de silence, et c'était encore plus rare qu'il le fasse en se plaignant.

- Ce n'est pas pour tout de suite, dit Draco. Mais ça s'est quand-même calmé par rapport à hier et avant-hier.

- Oui mais il neige encore trop pour qu'on puisse sortir. De toute façon, avec la tempête qu'il y a eu jeudi et les fortes chutes de neige d'hier, on en aurait sûrement jusqu'à la taille... Ce ne serait pas pratique pour marcher. Du coup on est obligés de rester enfermés alors que ça fait déjà une semaine qu'on nous déconseille de sortir...

Blaise fronça les sourcils. Ça ne ressemblait pas à Théo de râler de la sorte.

- Pourquoi est-ce que tu veux tant sortir ? demanda-t-il prudemment.

- Parce que j'ai envie d'aller du côté de la Forêt Interdite. Là où sont mes amies les créatures.

- Dis-toi qu'elles préfèrent sûrement rester au chaud et que tu ne pourrais donc pas les voir.

Théo marmonna un «Mmmh». Blaise n'était pas sûr de l'avoir convaincu. Et il n'eut pas l'occasion de le savoir puisque Théo ne tarda pas à s'en aller :

- Bon, je vais faire un tour dans le château. Ça, au moins, on a encore le droit de le faire.

Et il partit sur ces mots. Interloqué, Blaise tourna la tête vers Draco.

- Mais qu'est-ce qu'il a depuis avant-hier ? Jeudi il a passé la journée dans le dortoir avec les rideaux fermés, hier il ne parlait pas, aujourd'hui il râle... Il n'a jamais été comme ça depuis qu'on le connaît. Il commence vraiment à m'inquiéter. Tu sais ce qu'il a, toi ?

- Oui, répondit Draco sans hésiter.

- Mais tu ne peux pas m'en parler, c'est ça ?

- Si, il m'a autorisé à te le dire. Il savait que tu te poserais des questions.

- Ok, donc il a conscience que son comportement n'est pas normal ?

- Oui et non. Oui parce que ce comportement ne lui ressemble pas et non parce que c'est normal qu'il déprime.

- Pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe ? s'inquiéta Blaise.

- Il a une déception amoureuse.

Blaise fut tellement incrédule qu'il crut que Draco lui mentait. Mais il sut que ce n'était pas le cas en voyant l'air sérieux de son ami.

- Mais... depuis quand Théo est amoureux ? Et de qui ? J'ai dû rater un épisode, là... Voire même plusieurs...

- Ça ne fait pas longtemps que je le sais, rassure-toi. Pour répondre à tes questions, ça fait environ un mois et demi qu'il est amoureux. Sauf qu'il ne s'en est pas rendu compte aussitôt. Il n'avait jamais été amoureux avant, alors il ne savait pas ce que c'était. Et puis il n'était pas prêt, ça lui est vraiment tombé dessus sans qu'il le veuille. Surtout qu'il n'aurait pas dû tomber amoureux de cette personne... Enfin, c'est ce qu'il pense. Et c'est vrai que ça aurait été mieux qu'il craque pour quelqu'un d'autre. Mais bon, on ne contrôle pas ces choses-là...

- Mais de qui est-il amoureux ? s'impatienta Blaise.

- De son binôme de travail.

- Oh merde...

Blaise s'était attendu à tout sauf à ça.

- Mais son binôme n'est pas en couple avec une jolie blonde de Poufsouffle ?

- Si, et c'est pour ça, entre autres, que Théo déprime. Mais il y a aussi et surtout le fait que ce crétin de Finch-Fletchley est en train de le balader. Il joue les hétéros mais il a embrassé Théo à deux reprises.

Blaise écarquilla les yeux.

- Quoi ?! Mais... à quoi il joue ?!

- C'est exactement la question que je me pose. Moi je suis sûr qu'il est gay mais qu'il ne veut pas l'assumer. Sa copine c'est juste un prétexte.

- Mais Finch-Fletchley a pourtant l'air de quelqu'un de gentil... Je le vois mal balader Théo de la sorte...

- Il ne le fait peut-être pas volontairement, admit Draco. Enfin, c'est plutôt faire du mal à Théo qu'il ne fait pas volontairement. Car il doit quand-même bien se rendre compte qu'il fait tourner Théo en bourrique... Ça fait deux fois qu'il l'embrasse et qu'il fait comme si ça ne voulait rien dire ! Mais Théo n'est pas un jouet. Il a une âme et des sentiments. Et c'est quelqu'un de très sensible.

- Quelqu'un de pur, surtout, renchérit Blaise. Ce n'est pas pour rien si les licornes le laissent les approcher. Finch-Fletchley n'a pas le droit de jouer avec lui comme ça ! Il vaudrait mieux que Théo l'oublie et passe à autre chose.

- C'est ce que je lui ai dit mais il n'avait pas l'air très convaincu.

Blaise soupira.

- Déjà que c'est compliqué pour lui d'être amoureux... Je veux dire, il n'est pas du tout à l'aise sur ce sujet...

- Je sais, c'est pour ça que je suis vraiment en rogne contre Finch-Fletchley. Mais tout ça, c'est de la faute du Choixpeau. Je ne vois vraiment pas l'intérêt d'avoir mis Théo avec quelqu'un qui le fait souffrir.

- Le Choixpeau ne fait jamais rien sans raison. La preuve, il t'a mis avec Harry que tu détestais au plus haut point à la rentrée et vois comme tu es ami avec lui aujourd'hui... Et tu remarqueras qu'il y a beaucoup moins de tensions entre les maisons.

- C'est vrai, reconnut Draco. Sur ce coup-là, le Choixpeau a gagné. Mais je ne vois pas comment il aurait pu avoir raison de mettre Théo avec ce crétin de Poufsouffle...

- Eh bien, Finch-Fletchley a changé d'avis sur Théo. À la rentrée il était bourré de préjugés. Il voyait uniquement Théo comme un Serpentard, un Sang-Pur et un fils de Mangemort. Aujourd'hui il ne le voit plus du tout de la même manière. Il est même possiblement tombé sous son charme... Alors qu'il était censé être hétéro et en couple.

- Ça devient n'importe quoi cette école, lâcha Draco.

- Ce n'est que maintenant que tu t'en aperçois ? se moqua Blaise. Mais tu n'as pas tort. Bon, je vais devoir te laisser. Je dois retrouver Ginny.

- T'en es où avec elle ?

- Toujours au même point. On apprend à se connaître, on s'embrasse, on apprend à se connaître, on s'embrasse, on apprend à se connaître, on...

- C'est bon, j'ai compris, coupa Draco. Je voulais surtout parler de vos sentiments. Car votre relation est un peu compliquée.

- C'est parce que Ginny n'est pas au clair sur ce qu'elle ressent. Enfin, elle ne veut pas se précipiter. Je ne sais pas pourquoi précisément mais c'est important pour elle qu'on prenne notre temps. Elle doit sentir que moi, je suis amoureux d'elle. Et je pense qu'elle est également amoureuse de moi. Ça se voit quand elle me regarde. Mais je crois qu'elle a peur d'officialiser ce qu'elle ressent.

- Il faudrait peut-être que tu la fasses parler à ce sujet, suggéra Draco. Parce qu'il faut bien que vous avanciez, au bout d'un moment.

- Je ne veux pas la brusquer...

- Je ne te demande pas ça non plus, tempéra Draco. Je te conseille juste d'avoir une discussion avec elle. Incite-la à se confier en douceur. Montre-toi doux et attentionné comme tu dois si bien savoir le faire avec elle. Je pense qu'elle a juste besoin de se sentir en confiance.

Blaise hésita un peu avant de se laisser convaincre.

- D'accord, je vais essayer. Tu as raison, il ne faut pas rester éternellement dans cette situation. Il faut bien finir par mettre les choses au clair. Merci pour tes conseils.

- De rien. Allez, file. Si tu arrives en retard, ça va l'agacer, elle va être de mauvaise humeur et elle ne sera pas dans les bonnes dispositions pour se confier.

- Elle serait mal placée pour me dire quelque chose puisque d'habitude, c'est elle qui est en retard, s'amusa Blaise. Mais elle a toujours une bonne raison. Bon, j'y vais. À plus tard.

Blaise prit sa baguette qu'il avait posée sur sa table de chevet et quitta son dortoir. Il se dirigea vers les escaliers, monta jusqu'au septième étage et longea le couloir jusqu'à la tapisserie de Barnabas le Follet. Il y trouva Ginny qui était déjà là.

- Je suis en retard ? s'inquiéta-t-il.

- Non, cette fois c'est moi qui suis un peu en avance, dit Ginny en souriant. On y va ?

Blaise acquiesça et passa trois fois devant la tapisserie. La salle sur demande apparut dans le mur d'en face. Ils y entrèrent et retrouvèrent le décor habituel. Ils s'assirent sur un petit canapé et se délestèrent de leur cape et de leur robe de sorcier. Il faisait si froid dans les couloirs que les élèves devaient s'habiller chaudement pour s'y promener. Ginny vint se blottir contre Blaise qui l'entoura aussitôt de ses bras.

- C'est si agréable d'être contre toi... Tu as le torse ferme mais sans pour autant avoir de trop gros muscles.

- Disons que je m'entretiens mais que je n'en fais pas trop non plus. Je veux rester comme ça.

- Je te soutiens totalement dans ce projet.

Blaise sourit et baissa la tête pour embrasser tendrement Ginny. Puis il la serra de nouveau contre lui et lui caressa distraitement les cheveux. Elle dut sentir qu'il était un peu ailleurs car elle ne tarda pas à lever la tête vers lui.

- Quelque chose ne va pas ?

- Non, pourquoi ?

- Parce que tu as l'air soucieux.

Blaise retint un soupir. Il avait oublié que Ginny remarquait toujours tout. À croire qu'elle avait des antennes. C'était presque impossible de lui cacher quoi que ce soit. Mais il ne voulait pas aborder le sujet aussi tôt. Il voulait attendre un peu. Mais il savait que Ginny n'allait pas le lâcher. Il décida alors d'y aller directement mais en douceur.

- Je pensais à nous. À notre relation.

Il sentit Ginny se crisper contre lui. Avait-elle deviné où il voulait en venir ? Avec elle, c'était fort possible. Quoi qu'il en soit, il continua :

- Je voulais savoir si tu avais réfléchi à ce que tu ressentais.

Ginny soupira.

- Je t'ai déjà dit que c'était compliqué...

- Oui mais j'ai l'impression que tu n'essaies pas d'y voir clair. Que tu préfères rester dans le flou. Ce n'est pas un reproche, je sais très bien que tu dois avoir une raison pour ne pas vouloir savoir ce que tu ressens... Mais je pense qu'on devrait en parler.

Les mots de Blaise furent suivis d'un silence pendant lequel Ginny joua avec un pan de la chemise de Blaise.

- C'est vraiment compliqué à expliquer, finit-elle par dire.

- Prends ton temps, répondit gentiment Blaise.

- En fait, il y a deux raisons. L'année dernière, je suis sorti avec un Serdaigle de ton année.

- Je vais lui casser la figure.

Ginny se mit à rire. Blaise la sentit de suite moins détendue.

- Si tu voulais vraiment le faire, tu l'aurais fait depuis longtemps puisque tu sais très bien avec qui je suis sortie.

- Oui, ce bellâtre de Michaël Corner, soupira Blaise.

- Que veux-tu, je ne sors qu'avec de beaux gosses.

- C'est gentil, ça. Continue. Je veux dire, ton histoire, pas les compliments, plaisanta Blaise.

- J'avais compris, rit Ginny. Bon alors je suis sortie avec Michaël et c'était mon premier petit-ami. Je n'étais jamais sortie avec personne auparavant. Je n'avais jamais été intéressée par un garçon ou par un autre. C'était donc tout nouveau pour moi. J'ai fait sa connaissance lors du bal de Noël et comme le courant – un truc moldu – était bien passé entre nous, on a continué à se voir par la suite. J'ai vite aimé ces moments avec Michaël. On s'entendait vraiment bien et j'adorais passer du temps avec lui. J'aimais beaucoup sa personnalité et il me plaisait bien physiquement parlant. C'était réciproque et il ne m'a pas fallu longtemps pour le comprendre. Alors tout naturellement, un jour, on s'est embrassé. C'est ainsi qu'on a commencé à sortir ensemble. Ça nous semblait logique, étant donné qu'on aimait beaucoup de choses l'un chez l'autre et qu'on se sentait attirés physiquement parlant. Pour nous, on était forcément amoureux l'un de l'autre. Mais j'ai bien senti que, dès lors qu'on s'est mis en couple, quelque chose a changé entre nous. Ce n'était plus comme avant. C'était moins... naturel. Je me suis dit que c'était normal, vu que la nature de notre relation avait changé. Et puis on s'entendait toujours bien, on aimait toujours se retrouver et passer du temps ensemble. Mais on s'est rendus compte que nos caractères n'étaient pas compatibles dans le cadre d'une relation amoureuse. Ils l'étaient quand on était amis, mais ils ne l'étaient plus depuis qu'on était ensemble. On tenait cependant à notre histoire alors on a essayé de faire des efforts. Mais on a vite compris que ça ne servait à rien. On a rompu d'un commun accord. On est resté environ quatre mois ensemble. Je ne regrette absolument pas cette histoire mais... j'ai quand-même l'impression que ça a été un gâchis. Durant ces quatre mois qu'a duré notre relation, on aurait pu simplement continuer à se voir en tant qu'amis. Au lieu de ça, on a décidé de sortir ensemble alors qu'on n'était pas amoureux l'un de l'autre. Bien sûr, on ne le savait pas mais on aurait pu prendre le temps d'y réfléchir avant de commencer une relation qu'on croyait amoureuse... Même si nos caractères n'étaient pas compatibles, il n'y a pas vraiment eu de disputes, ça s'est toujours bien passé entre nous, on n'a eu que de bons moments... Mais je me dis que là aussi, on aurait pu avoir ces moments en tant qu'amis. En soi, ça ne change pas grand-chose, le principal étant qu'on ait eu une belle histoire et que notre rupture n'ait fait souffrir personne. C'est juste moi qui supporte mal le fait de ne pas avoir été maître de mes sentiments. J'en viens donc à la deuxième raison pour laquelle je ne veux pas me précipiter avec toi. Si j'ai aussi mal réagi au fait de ne pas avoir vu clair dans mes sentiments envers Michaël, c'est parce que j'ai un gros traumatisme concernant le contrôle que j'ai sur moi-même. Peu de gens le savent mais durant ma première année à Poudlard, j'ai été possédée.

Blaise sentit de nouveau Ginny se tendre lorsqu'elle prononça ces mots.

- C'était l'année où il y a eu les attaques envers les nés-moldus. C'était un Basilic qui les pétrifiait. Il s'en prenait aux nés-moldus sous les ordres de Vol... pardon, de Tu-Sais-Qui.

- Tu peux prononcer son nom, ça ne me fait plus rien, dit doucement Blaise.

- C'est vrai ? demanda Ginny, étonnée.

- Oui, il n'est plus là, il ne peut plus faire de mal à personne, alors on s'en fiche un peu de comment il s'appelait.

- Entièrement d'accord, dit Ginny en souriant. Alors, comme je le disais, le Basilic répondait aux ordres de Voldemort. Ou, plutôt, aux ordres de Tom Jedusor. Car c'était comme ça qu'il s'appelait en vrai. Mais à ce moment-là, il n'avait pas de corps. Je vais essayer de faire simple mais c'est un peu long. Je me suis retrouvée en possession d'un journal qui avait appartenu à Jedusor. À Poudlard, j'ai commencé à écrire dedans et j'ai vu que quelqu'un me répondait. C'était le souvenir de Jedusor. Mais j'étais loin, très loin de me douter que c'était lui. Je me suis confiée à lui et pour mieux me manipuler, il m'a écoutée et a fait preuve de beaucoup de compassion. À travers ce journal, il m'a possédée et m'a expliqué comment étrangler les coqs dont le cri est fatal pour le Basilic, il m'a fait écrire les messages sur les murs du château et il m'a expliqué comment libérer le Basilic. En gros, c'est moi qui ait permis au Basilic d'attaquer tous ces nés-moldus. J'étais complètement possédée par Jedusor, je n'avais pas conscience de ce que je faisais et je ne me souvenais même pas de ce que j'avais fait. J'ai vécu dans un flou semi-permanent durant toute ma première année. C'était horrible, je n'allais pas bien du tout mais je n'arrivais pas à savoir pourquoi. Dans un moment de lucidité, j'ai cependant fini par soupçonner le journal d'y être pour quelque chose. Je m'en suis alors débarrassé dans les toilettes de Mimi Geignarde mais j'ai appris que Harry l'avait récupéré. Comme j'avais écrit dans ce journal ce que je ressentais pour lui, je n'avais pas du tout envie qu'il le lise. Je suis alors allée dans son dortoir pour le reprendre. Vers la fin de l'année, Jedusor a réussi à m'attirer dans la Chambre des Secrets. À travers le journal par lequel on communiquait, il a puisé dans mon énergie vitale et ça lui a permis de retrouver une existence autonome. Je me suis vidée de presque toute mon énergie dans la Chambre des Secrets. Mais Harry est arrivé, il a affronté le Basilic, il a détruit le journal de Jedusor et il m'a sauvée. Je suis ressortie indemne de tout ça physiquement parlant mais mentalement parlant, c'est une autre histoire. On n'a pourtant pas jugé nécessaire de me faire suivre par un psychomage ou quelque chose dans le genre. Je suis allée en Égypte avec ma famille qui a cru que ça allait me changer les idées. Ça a été un peu le cas mais je n'ai rien oublié. Tout ça restera à jamais gravé en moi. Et ça a laissé des traces. Dont mon désir de vouloir à tout prix contrôler ce que je ressens. Dès que je sens que je ne maîtrise pas quelque chose, ça m'angoisse énormément. J'ai besoin d'avoir le contrôle. C'est donc pour ça que j'ai mal supporté de ne pas avoir su ce que je ressentais à l'égard de Michaël. Et c'est pour ça aussi que je veux être sûre de ce que je ressens pour toi avant de m'engager dans quelque chose de sérieux. Voilà, tu sais tout, maintenant. Je pense que c'était nécessaire que tu saches tout ça, en fait. C'était même indispensable pour que tu comprennes certaines de mes réactions. En sortant avec moi, tu t'engages avec une fille qui n'est pas aussi stable qu'elle veut le faire croire. C'est la plus grosse de mes failles que je viens de te confier là. Du coup je comprendrais si tu préférais réfléchir un peu à tout ça avant qu'on ne se revoit.

Ginny se tut sur ces mots. Blaise resta silencieux un moment, assommé par le récit de Ginny. Il ne s'était pas attendu à tout cela. Il comprenait désormais mieux le comportement de Ginny vis-à-vis de leur relation. Ce ne fut qu'au bout de longues minutes qu'il réagit :

- Merci de t'être ainsi confiée à moi, ça prouve à quel point tu me fais confiance et ça me touche énormément. Je comprends que tu aies besoin d'être sûre de toi et de ce que tu ressens avant de te lancer dans une relation un peu plus sérieuse, un peu plus officielle. Je crois qu'à ta place, après ta première relation, je n'aurais pas essayé quelque chose avec un autre garçon. Comme toi, j'aurais eu peur de refaire la même erreur et ça m'aurait bloqué pour aller vers un autre garçon. Je peux déjà m'estimer heureux que tu aies décidé de tenter quelque chose avec moi, même sans rendre quoi que ce soit officiel. Je respecte totalement ton désir et ton besoin de prendre ton temps. Mais j'ai peur que ça finisse par devenir un piège. C'est bien connu que, plus on attend, plus c'est dur. Notamment lorsqu'il s'agit de prendre une décision. Là, c'est pareil. Plus tu vas vouloir prendre du temps, plus tu vas te poser des questions et moins tu seras sûre de toi. Et tu n'oseras donc jamais te lancer. À un moment, je pense qu'il faut savoir prendre une petite dose de risques. Tu ne seras pas entièrement sûre de toi tant que tu n'auras pas essayé, de toute façon. Mais c'est toi qui voit. Je ne te forcerai à rien. Si tu veux qu'on reste comme ça, il n'y a pas de problèmes, on reste comme ça. C'est vraiment toi qui décide.

Blaise termina sa tirade sur ces mots. Ce fut au tour de Ginny de demeurer silencieuse pendant un moment. Blaise aurait pu croire qu'elle s'était endormie s'il ne la sentait pas jouer avec le pan de sa chemise.

- Merci pour tout ce que tu viens de dire, dit-elle après plusieurs minutes. Tu es vraiment adorable. Je ne sais pas si je me rends compte de la chance que j'ai de t'avoir. Je dois avouer que tu as raison. Il faut que je me décide à faire le point sur mes sentiments. Au fond de moi, je sais ce que je ressens envers toi. C'est juste que... j'ai peur de me tromper encore une fois. Mais je sens pourtant que cette fois, c'est différent. Il faut juste que j'y réfléchisse au calme.

- Pas de soucis, prends tout ton temps, conseilla doucement Blaise. Bon, en attendant, reprenons là où on s'était arrêtés la dernière fois qu'on s'est vus.

- Je veux bien, mais quand tu dis «là où s'était arrêtés», tu parles de quoi précisément ? De ce qu'on disait ou de ce qu'on faisait ?

- Mmmmh, ça dépend. Tu préfères parler d'équipes nationales de Quidditch ou tu préfères goûter à mes lèvres que tu aimes tant ?

- Comment tu te la racontes, se moqua gentiment Ginny. Bon, tant qu'à faire, si je peux choisir, je préfère la deuxième option. Je crois qu'on a déjà assez parlé.

- Entièrement d'accord. Mais il va quand-même falloir mettre nos lèvres à contribution.

- Je pense qu'elles s'en remettront.

Blaise sourit et s'empara tendrement des lèvres de Ginny. Celle-ci répondit au baiser et entrouvrit légèrement ses lèvres. Blaise passa sa langue entre elles et partit chercher celle de Ginny. Le baiser fut bien plus doux que d'ordinaire. Ils avaient tous deux besoin de la douceur et de la tendresse qu'ils y mirent. Cela leur permettait d'exprimer ce qu'ils ne pouvaient pas encore se dire à cause de la réserve de Ginny. Mais ils n'avaient pas besoin de se le dire. Car, parfois, des gestes valaient bien plus que des mots.

.

.

Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu =) Les choses bougent timidement mais sûrement =) Je vous dis à mardi pour le prochain chapitre qui s'intitulera «Noël et le jour d'après». Bonne fin de semaine et bisous tout le monde !