Bonjour tout le monde ! On se retrouve aujourd'hui pour le trente-sixième chapitre de SAMLP =)

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Zackos : Théo n'est pas vraiment sûr d'être «lié» à quelqu'un mais s'il l'est, il y a de grandes chances que ce soit avec Harry, en effet ! Justin va mettre du temps à voir la réalité en face, même s'il y aura des progrès par-ci par-là :/ Mais ils vont finir par se mettre ensemble, c'est promis XD Contente que le chapitre t'ait plu ! =)

Gryffondor : Oui, parrain et filleul ont enfin fait la paix ! C'était dur de les voir fâchés mais c'est bon, c'est rentré dans l'ordre =) Et ça va aller de mieux en mieux au fil des jours ! Sirius et Harry avaient autant besoin l'un que l'autre de cette discussion, il fallait que Sirius comprenne entièrement le comportement de Harry pendant l'été et c'est chose faite =) Oui, étant donné que Ginny est la soeur de Ron et la meilleure amie de Hermione, il aurait été logique pour Sirius que Harry veuille les voir tous les trois en même temps mais comme tu l'as dit, Ginny est la confidente de Harry, il n'entretient pas la même relation avec elle qu'avec Ron et Hermione :) Et il a grandement besoin de Ginny pour lui parler de quelque chose ! Justin va rester dans le déni un moment et même quand il admettra qu'il est gay, ce ne sera pas plus simple pour autant :/ De gros obstacles vont se dresser sur le chemin de l'officialisation du couple Justin/Théo :/ Mais ça arrivera, ça aussi c'est promis XD

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Avant de vous laisser avec le chapitre, je tiens à préciser que je publierai désormais un chapitre tous les cinq jours et que je resterai sur ce rythme si j'arrive à garder un certain nombre de chapitres d'avance. Les cours à la fac vont reprendre mais je resterai relativement libre puisque je n'ai que quelques matières à repasser ce semestre, même si je compte bien les travailler à fond =) Si je dois passer à un chapitre par semaine, au vu des réponses reçues pour le moment, je verrai quel jour je serai le plus libre :) Merci pour vos réponses, d'ailleurs ! Sur ce, je vous laisse lire le nouveau chapitre et je vous souhaite une agréable lecture ! =)

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36 – Fêtes de Noël et le jour d'après

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(dimanche 24/12) POV Severus

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Severus détestait les fêtes de fin d'année. Elles n'avaient aucun sens pour lui, surtout depuis qu'il était professeur à Poudlard. Mais c'était déjà le cas avant. Heureusement, cette année, il n'était pas obligé de rester au château. Il avait demandé à Horace s'il pouvait gérer les Serpentard et son collègue avait accepté sans hésiter. «Gérer les Serpentard» signifiait les surveiller lors des repas dans la Grande Salle. C'était donc une tâche que Severus pouvait aisément déléguer à Horace. Pour une fois, il comptait passer le midi du réveillon en-dehors de Poudlard. Ainsi que l'après-midi. Il avait besoin de prendre l'air et de se changer les idées. S'occuper de Potter avait été plus éprouvant que ce qu'il pensait et il accusait un peu le coup de tout ce qui s'était passé avec Draco. Tout était rentré dans l'ordre avec lui mais toute la tension accumulée au cours des dernières semaines était en train de retomber. Severus ressentait donc le besoin de s'éloigner de tout ça afin de respirer un peu.

N'importe qui aurait profité d'avoir un après-midi libre pour se promener, aller prendre des verres, aller voir des amis mais Severus ne fit rien de tout cela. Ayant des potions à acheminer à Sainte-Mangouste, il décida de s'y rendre directement. Lorsqu'il y arriva, il croisa plusieurs de ses anciens collègues. Ils furent un peu surpris de le voir un jour pareil. Après avoir discuté avec quelques-uns d'entre eux, il se rendit au bureau de stockage. Il y trouva le chef, Nick, qui parut lui aussi étonné de sa visite. Ils se connaissaient depuis que Severus avait commencé sa formation de médicomage en parallèle de sa formation de potionniste, c'est-à-dire dix-sept ans plus tôt. Nick était un peu plus âgé que lui et était déjà médicomage lorsque Severus avait débuté sa formation. Ils avaient été formés par la même personne et ils avaient justement sympathisé en parlant de cet homme qui les tuait à la tâche mais qui était somme toute fort sympathique. À Sainte-Mangouste, Severus était quelqu'un de relativement social, bien loin de la personne qu'il était à Poudlard.

- Bonjour Severus, je ne m'attendais pas à te voir ici. Surtout aujourd'hui, lui dit Nick.

- Je me suis fait remplacer, je t'expliquerai ça quand on aura le temps de se voir, un de ces jours.

- Ça va être compliqué pour moi. Je croule sous le boulot. Je fais plus de nuits de garde que je ne le devrais. Comme à peu près tout le monde, en fait. Enfin bon, tu sais ce que c'est.

- J'ai surtout travaillé à mi-temps ici mais les rares fois où j'ai travaillé à plein temps, j'ai en effet connu les quelques nuits de garde d'affilée à Sainte-Mangouste. C'était épuisant mais... j'aimais bien ça.

Nick regarda attentivement Severus.

- C'est vrai, tu étais un passionné, toi. Tu étais prêt à prendre les heures de n'importe qui.

- Seulement quand je le pouvais. Car j'étais assez limité à cause de ma double formation, et ensuite à cause de mon double emploi.

- Quelle idée aussi tu as eu d'aller enseigner à Poudlard... Ce métier n'est pas fait pour toi. Ou plutôt c'est toi qui n'est pas fait pour ce métier. Tu t'ennuies prodigieusement et tu martyrises tes élèves. Quand ma fille rentre et qu'elle nous raconte au cours d'un repas à quel point le professeur Snape est odieux et monstrueux, je ne reconnais absolument pas le Severus que j'ai l'habitude de côtoyer. Elle s'estime néanmoins chanceuse car elle ne s'est encore jamais pris de retenue avec toi.

- Parce qu'elle n'a jamais rien fait pour en avoir. C'est l'une des élèves les plus sages de sa maison et de sa promotion.

- Heureux de le savoir. Mais ce n'est pas la plus douée. Vu les notes qu'elle nous ramène...

- Ce n'est pas la moins douée non plus, je te rassure. Il y a des élèves qui sont abonnés aux Désolant et aux Troll.

- Tu es sûr que ce n'est pas toi qui est un peu trop sévère ?

- Non, il y a vraiment des cas désespérés. Mais revenons-en aux potions dont tu as besoin.

- Ah, oui. Que m'as-tu amené ?

- Presque tout ce qu'il y avait sur la liste. Mais il n'y a pas les quantités demandées. J'ai préféré faire un peu de tout mais pas en quantités suffisantes plutôt que faire seulement trois ou quatre potions mais avec les quantités demandées.

- Et tu as eu raison, approuva Nick. Au moins on a un peu de chaque potion. Enfin, sauf quelques-unes. Mais je savais bien que tu ne pourrais pas préparer toutes les potions que je t'ai demandées. Et encore moins en quantités suffisantes.

- C'est ça qui m'a étonné quand j'ai reçu ta lettre. Le nombre de potions et surtout, les quantités. Tu n'en avais jamais réquisitionné autant.

- Je me doutais bien que ça allait t'interpeller. Mais je ne pouvais pas t'expliquer ça dans une lettre.

- Que s'est-il passé ?

- Il y a eu des vols à répétition la semaine dernière et en début de semaine. Tous types de potions y sont passés. C'était peut-être pour brouiller les pistes et si c'est le cas, c'est réussi. Les Aurors n'ont pas la moindre idée du genre de personne qui aurait pu commettre ces vols. Ils sont passés trois fois en dix jours et ils ont l'air de prendre l'affaire très au sérieux. Vu qu'il y a eu un vol avant-hier, ils sont revenus ce matin.

Severus, qui regardait par terre dans le vague, releva brusquement la tête.

- Des Aurors sont venus ce matin ? Tu sais comment ils s'appelaient ?

- Oui, il y avait l'Auror Harper, l'Auror Tonks et l'Auror Davies. Mais pourquoi tu me demandes ça ?

- Juste pour savoir. Et... euh... est-ce que tu sais s'ils travaillaient toute la journée, par hasard ?

- Non, ils ne m'ont pas donné leur emploi du temps, lâcha Nick, perplexe. Mais pourquoi Merlin veux-tu savoir ça ?!

Severus soupira.

- Parce que ça m'arrangerait si l'une de ces personnes se trouvait au Ministère actuellement.

- Laquelle, si ce n'est pas trop indiscret ?

- Est-ce qu'il y avait une Auror aux cheveux roses, violets ou tout autre couleur exubérante ?

- Oui, en effet.

- Eh bien c'est elle que je veux voir.

- Oh, je vois. En plus de te délester de tes fonctions de directeur de maison, tu profites de ton temps libre pour aller draguer une jeune Auror sur son lieu de travail ?

- Non, au contraire, je veux mettre les choses au clair avec elle.

Nick haussa les sourcils.

- Ah parce qu'il s'est déjà passé quelque chose entre vous ?

- On s'est juste embrassés, tempéra Severus.

- Et vous n'auriez pas dû, c'est ça ? Car si tu veux mettre les choses au clair avec elle, c'est que ça devait être une erreur...

- Oui, c'était juste un moment de faiblesse.

- Mais elle te plaît ? Tu aimerais bien tenter quelque chose avec elle ?

- Ce n'est pas la question.

- Ça, ça veut dire oui. Normalement, si tu ressens juste une attirance physique, tu ne te contentes pas d'embrasser. Tu couches avec et ensuite tu passes à autre chose. Là, ce n'est pas le cas. Tu aimerais bien avoir une belle histoire avec ta jeune Auror aux cheveux roses. Mais pourquoi tu dis que ce baiser est une erreur alors que tu voudrais visiblement recommencer ?

- Je ne peux pas t'expliquer. C'est comme ça, c'est tout.

- Il va falloir que tu trouves d'autres arguments pour la convaincre, se moqua Nick. Bon, je vais te laisser. C'est calme pour le moment mais un afflux de patients peut arriver à tout moment.

- Attends, j'ai quelque chose à te demander...

- Non, je n'ai pas l'adresse de l'Auror Tonks. Je suis marié, j'aime ma femme, je ne vais donc pas aller m'amuser à draguer les jeunes Aurors du Ministère.

- Il ne s'agit pas de ça, répliqua Severus en levant les yeux au ciel. Je voulais juste savoir comment allait M. Pucey.

- Oh... Je ne peux pas te donner beaucoup d'informations mais c'est loin d'être un patient facile. Il est sous Incarcerem pour le moment.

Severus grimaça.

- Je vois. Dans ce cas je vous souhaite bien du courage.

- C'est surtout lui qui va en avoir besoin. Mais je te remercie. Je passerai le message à toute l'équipe. Allez, bonne journée et passe de bonnes fêtes de fin d'année.

Severus souhaita de même à Nick et sortit du bureau. Il quitta Sainte-Mangouste et une fois dehors, il transplana. Il se retrouva juste devant le Ministère. Il s'apprêtait à se diriger vers la cabine lorsqu'il vit Tonks sortir. Il la rejoignit aussitôt. Elle dut l'entendre car elle se retourna dans sa direction. Elle sembla surprise de le voir. «Décidément, je surprends tout le monde» pensa Severus.

- M. Snape, salua-t-elle en faisant un signe de tête. Vous souhaitez un renseignement ?

- Non, je voulais vous parler.

- Un vingt-quatre décembre à treize heures ?

- J'ai été occupé avant, répondit Severus, irrité. En fait, je reviens de Sainte-Mangouste où j'ai livré des potions. J'ai appris que vous y étiez allée durant la matinée avec deux de vos collègues. Comme j'avais du temps libre, je me suis dit que je pouvais en profiter pour venir vous voir.

- C'est gentil. Mais on ne devait pas se voir, pourtant. En fait je pensais que vous m'aviez oubliée. Je me suis fait une raison, même si j'aurais aimé avoir une discussion à propos de ce qui s'est passé entre nous il y a un peu plus d'un mois de cela.

- C'est justement pour ça que je viens vous voir. Mais si vous êtes occupée, je peux repasser un autre jour.

- J'ai fini le travail, je m'apprêtais à rentrer chez moi.

- Je vais vous laisser, alors.

- Pourquoi ? Vous pouvez très bien m'accompagner.

- Vous êtes sérieuse ?!

- On y sera bien mieux pour discuter que dans mon bureau. Je pourrai vous proposer du thé, au moins.

Severus ne put rien contre ces arguments.

- Très bien, allons-y, céda-t-il.

- Prenez mon bras.

Severus obéit et agrippa le bras que Tonks lui tendait. Elle les fit aussitôt transplaner. Ils atterrirent directement dans un petit salon que Severus trouva très sympathique. C'était assez modeste alors pour lui qui n'aimait pas le luxe, c'était parfait. En plus c'était décoré avec goût.

- Que voulez-vous boire ? Du thé ? Du jus de citrouille ?

- Du thé, s'il vous plaît.

Tonks acquiesça et sortit du salon. Elle revint quelques minutes plus tard avec un plateau sur lequel étaient disposées deux tasses de thé. Elle en posa une devant Severus puis elle s'assit en face de lui.

- Alors, je vous écoute. Que vouliez-vous me dire ?

- Je voulais d'abord m'excuser pour ce qui s'est passé il y a plus d'un mois dans votre bureau. C'est en grande partie de ma faute s'il y a eu ce baiser. Je n'aurais pas dû rester aussi longtemps.

- J'ai ma part de responsabilité aussi. J'aurais très bien pu vous repousser. Mais je ne l'ai pas fait car, comme vous, je désirais ce baiser.

- C'était pourtant une erreur, déclara Severus. Comme je vous l'ai dit lorsque nous nous sommes brièvement vus à Sainte-Mangouste, je ne souhaite pas donner suite à ce baiser. Je voulais qu'on se revoit plus tard pour vous expliquer pourquoi mais j'ai manqué de temps.

- Donc c'est un midi de réveillon que vous venez me voir, s'amusa Tonks.

- Cela peut paraître étrange mais c'est la première fois depuis plus d'un mois que j'ai réussi à me libérer. J'ai été très pris professionnellement parlant, puis j'ai eu des obligations plus personnelles qui m'ont forcé à rester à Poudlard. C'était donc très difficile de me libérer. Mais revenons-en à ce que je voulais vous dire. Ce n'est pas contre vous si je préfère qu'on en reste là. Ça aurait été pareil avec n'importe qui d'autre. C'est juste que je ne souhaite pas m'engager dans une relation sérieuse.

Tonks haussa un sourcil.

- C'est un choix de vie que vous avez fait ?

- Oui. Par ma faute, j'ai perdu la femme que j'aimais il y a quatorze ans et je ne veux pas que ça se reproduise. Je ne mettrai plus jamais une femme que j'aime en danger.

- Donc vous renoncez à l'amour ?

- Oui.

- Mais c'est idiot, lâcha Tonks. Ce n'est pas parce que c'est arrivé une fois que ça va se reproduire !

- Je ne veux pas prendre le risque, répliqua Severus. De toute façon, après ce que j'ai fait, je n'ai pas le droit d'aimer de nouveau. Je ne peux pas prétendre à l'amour alors que j'ai tué indirectement la femme pour qui j'aurais tout donné.

- Mais vous ne l'avez pas voulu, plaida Tonks. J'ignore ce qui s'est passé mais vous n'avez jamais voulu que ça arrive.

- Ce n'est pas une excuse. J'ai fait confiance à la mauvaise personne. Je lui ai donné les informations nécessaires pour le mener à elle, je lui ai demandé, je l'ai supplié de l'épargner mais il ne l'a pas fait.

- Vous avez fait ce que vous pouviez, vous n'avez pas à vous en vouloir. Pensez un peu à elle. Je ne sais pas quels étaient vos rapports mais elle n'aurait peut-être pas voulu que vous vous interdisiez d'être heureux en guise de punition ?

Severus considéra longuement cette question. Même s'il n'était plus en contact avec Lily, même s'il l'avait blessée lors de leur cinquième année, jamais elle n'aurait voulu qu'il se refuse l'accès au bonheur. Devait-il en tenir compte ? La réponse était sûrement oui. Mais il s'en voulait trop pour estimer avoir le droit d'être heureux.

- Je ne peux pas être sûr de ce qu'elle voulait. Nous ne nous parlions plus depuis notre cinquième année. Mais c'était quelqu'un de profondément pur, elle n'aurait jamais voulu que je me rende malheureux pour me punir de l'avoir trahie. Mais inutile de s'attarder là-dessus. Je voulais juste être franc avec vous. Je ne veux pas que vous croyiez que j'ai joué avec vous. Je désirais ce baiser, je dois l'avouer, mais c'était une erreur. Je regrette d'avoir cédé à cette pulsion.

Tonks fixa Severus pendant quelques secondes avant de répondre :

- C'est dommage car moi je ne regrette rien du tout. Et je voudrais même recommencer.

Stupéfait, Severus resta un moment sans réagir.

- Vous êtes sérieuse ?! finit-il par demander, sidéré.

- Bien sûr, pourquoi ? Vous ne me croyez pas ? répondit Tonks au tac-au-tac.

- Vous ne pouvez pas être attirée par moi, lâcha Severus. Je ne comprends même pas comment vous avez pu désirer ce baiser. Il y a des millions d'hommes bien plus attrayants que moi sur Terre.

- Peut-être mais ce ne sont pas eux qui m'intéressent. Écoutez, je vais être franche avec vous. Je ne saurais pas vous dire comment c'est arrivé mais j'ai été troublée par vous cet été quand je suis venue vous interroger avec un de mes collègues. Vous étiez différent du professeur que j'ai connu lors de mes études à Poudlard. Vous vous êtes montré humain. Et vous avez fait de l'humour. Je crois que c'est ça qui m'a séduite. Nous nous sommes ensuite revus au Ministère et vous vous êtes montré encore plus humain. Vous avez même usé de vos compétences de médicomage alors que vous n'étiez plus censé exercer. Vous avez été très attentionné. Ça m'a troublée mais à ce moment-là, je me suis juste dit que c'était parce que je n'avais pas l'habitude de vous voir aussi gentil. Deux mois plus tard, nos chemins se sont une nouvelle fois croisés au Ministère. Je m'en souviens, je devais être de repos, ce jour-là. Mais je m'ennuyais alors je suis quand-même venue travailler. J'ai voulu aller voir la directrice du service de la justice magique et je vous ai vu dans son bureau avec un de vos élèves. Ce même élève au sujet duquel je vous avais interrogé durant l'été. J'ai dû le raccompagner à Poudlard et quand je suis revenue, vous sortiez du Ministère. On a un peu discuté et... vous m'avez fait un compliment.

Severus tiqua à ces mots. Il avait très mal vécu ce moment car elle avait ri et pensé qu'il n'était pas sérieux alors qu'il était tout à fait sincère. Tonks dut voir sa réaction car elle s'excusa :

- Je suis désolée d'avoir réagi comme je l'ai fait. Mais... ça m'a troublée que vous me fassiez un compliment. J'étais surprise, je ne savais pas quoi dire, j'ignorais si vous étiez sincère, ça m'a mis mal à l'aise alors j'ai préféré faire comme si c'était une blague. J'ai tourné court à la discussion et je suis partie. Mais cette discussion n'a pas quitté mon esprit jusqu'à ce qu'on se revoit. Je n'ai pas arrêté d'y penser. Je ne savais pas ce que je ressentais exactement mais j'avais envie de vous revoir. Alors quand vous êtes revenu au Ministère et qu'on m'a demandé de m'occuper de vous, j'ai aussitôt saisi ma chance. Je me suis bien rendue compte que vous cherchiez à rester et je n'ai absolument pas essayé de vous faire partir. Je suis même rentrée dans votre jeu quand vous m'avez dit que je semblais fatiguée et que je devais donc éviter de travailler. Je vous ai donné raison alors que je me sentais très bien. Je vous ai d'ailleurs bien fait comprendre que j'avais compris votre petit jeu. Ce baiser que nous avons échangé, je suis venue le chercher, même si c'est vous qui l'avez initié. Tout ça pour vous dire que ce baiser était loin d'être une erreur pour moi. Alors quand je vous dis que je ne regrette rien, que je voudrais même recommencer et que vous demandez si je suis sérieuse, oui, je le suis. Et je suis sûre que vous aimeriez recommencer, vous aussi. Mais vous vous l'interdisez. Je comprends vos raisons, mais je trouve ça triste. Et votre histoire l'est tout autant. Je comprends que vous vous en vouliez, je m'en voudrais aussi à votre place, mais tout le monde a le droit à une seconde chance. Et puis, à un moment, il faut oublier le passé et se tourner vers le présent. Nous sommes visiblement attirés l'un par l'autre, alors pourquoi ne pas se donner une chance ?

Severus sentit sa résistance vaciller face aux mots de Tonks. Il voulait se laisser convaincre mais... il ne pouvait pas.

- J'aimerais, Tonks, j'aimerais. Mais vous méritez bien mieux que moi. Vous méritez quelqu'un de plus jeune, de plus beau et qui ne traîne pas un passé de Mangemort derrière lui.

- Je me fiche de tout ça, répliqua Tonks. Ce n'est pas ce que vous avez pu être dans le passé qui m'intéresse, mais ce que vous êtes maintenant. C'est la personne que vous êtes aujourd'hui qui m'a séduite. Vous dites que je mérite quelqu'un de plus jeune mais ça va, vous n'êtes pas grabataire non plus ! Vous avez l'âge de mon cousin et je ne le trouve pas vieux du tout. Quant au physique, je ne vois pas ce que vous vous reprochez exactement. Vous seriez recouvert de pustules ou de furoncles, je comprendrais, mais là... Ce n'est pas le cas.

Severus ne put s'empêcher de sourire. Comment était-il censé ne pas tomber sous le charme d'une femme aussi drôle, aussi solaire, aussi vivante, aussi jolie, aussi... bref, aussi parfaite ? Il tenta une autre excuse, l'une des dernières qu'il avait :

- Nous nous connaissons à peine.

- Justement, j'ai envie de vous connaître davantage. J'ai envie d'apprendre à connaître l'homme que vous êtes vraiment. C'est-à-dire le vrai Severus Snape, et non pas le Severus Snape que j'ai connu pendant sept ans à Poudlard. Vous savez, j'ai toujours su que votre comportement exécrable n'était qu'un masque que vous portiez en permanence. Je ne vous ai jamais détesté comme ont pu le faire bon nombre d'élèves. Après, vous me direz que j'étais une Poufsouffle et que je voyais donc le bien partout...

- C'est ce que j'ai longtemps pensé des Poufsouffle, en effet. Mais ce genre d'idées ne sont que des préjugés. Et j'ai appris récemment à me défaire de certains d'entre eux.

Severus soupira.

- Écoutez, j'ai besoin de temps pour réfléchir à tout cela. À la base, j'étais venu pour vous expliquer pourquoi je ne voulais pas donner suite à ce baiser, j'étais persuadé que vous vouliez en rester là aussi et là... vous remettez tout en question.

- J'assume complètement être la responsable de votre confusion, s'amusa Tonks. Et j'en suis même fière. Car j'ai réussi à vous faire changer d'avis. Oui, je sais, vous n'avez pas dit que vous acceptiez de nous donner une chance mais vous allez y réfléchir. Et ça, c'est déjà un grand pas.

Severus regarda longuement Tonks.

- Vous avez vraiment envie que nous tentions quelque chose ensemble, remarqua-t-il.

- Heureuse que vous l'ayez compris, ironisa Tonks. Mais oui, en effet, j'en ai vraiment envie. Après, j'espère que votre réflexion va vraiment servir à quelque chose. Car si vous savez déjà que vous allez de toute façon décider de ne pas nous donner une chance, dites-le-moi tout de suite. Ne me faîtes pas attendre pour rien. Si je dois renoncer à vous et vous oublier, je préfère le savoir le plus vite possible.

- Non, au contraire, je pense que vous avez réussi à me convaincre. Je dois juste réfléchir à tête reposée à tout ce que cela impliquerait.

- Je comprends. Revenez au Ministère quand vous voulez, dit Tonks en souriant. Vous savez où se trouve mon bureau.

Severus acquiesça. Puis il se leva, très vite imité par Tonks.

- Bien, je vais y aller. Je reviendrai vers vous dès que j'aurai suffisamment réfléchi.

- J'espère que vous m'apporterez une bonne nouvelle, dit Tonks en souriant. Et que vous aurez pris la bonne décision.

- Je pense que ce sera le cas, affirma Severus. J'en suis même sûr, à vrai dire. Mais si ça peut vous rassurer, je peux vous donner un acompte de cette décision.

Sur ces mots, Severus s'avança vers Tonks et posa doucement ses lèvres sur les siennes. Il sentit la jeune femme sourire contre ses lèvres avant qu'elle ne réponde au baiser. Elle ouvrit légèrement la bouche, permettant ainsi à Severus d'approfondir le baiser en mêlant sa langue avec celle de Tonks. Le baiser resta cependant très doux et très chaste et ne dura pas très longtemps. Ce fut Severus qui finit par séparer leurs lèvres. Il garda néanmoins son front collé contre celui de la jeune Auror et lui murmura :

- Je vous souhaite une bonne fin de journée et de joyeuses fêtes de fin d'année.

Tonks sourit et lui souhaita de même. Severus déposa un léger baiser sur ses lèvres et ce fut avec une certaine réticence qu'il prit congé d'elle et qu'il sortit de son appartement. Une fois dehors, il resta plusieurs minutes sans bouger. Il réalisa seulement à ce moment-là ce qu'il venait de faire. Il venait plus ou moins de dire à Tonks qu'il souhaitait tenter quelque chose avec elle. Alors qu'à la base, il était venu lui dire le contraire ! Mais il était trop tard pour faire marche arrière. De toute façon, il n'en avait pas envie. Il souhaitait vraiment essayer d'avoir une relation avec Tonks. Tant pis pour la promesse qu'il s'était faite. Tonks avait raison : tout le monde avait droit à une seconde chance. Et il comptait bien saisir celle qui lui était offerte.

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(lundi 25/12) POV Harry

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- Sirius, tu peux venir surveiller la cuisson de la dinde, s'il te plaît ?

- J'ai pas encore fini ma partie !

- Oui eh bien elle attendra ! Ce n'est pas ton jeu de cartes qu'on va manger ce midi, je te signale !

Sirius souffla et se leva sous le regard amusé de Harry. Parfois, il se demandait vraiment qui était l'adolescent de quinze ans dans ces appartements. Lui ou Sirius ? Il plaignait franchement Remus qui devait avoir l'impression d'avoir à s'occuper de deux enfants au lieu d'un. Mais Harry adorait son parrain. Tout comme il adorait Remus. Il ne s'imaginait plus sans eux tellement ils lui étaient devenus indispensables. Il n'avait jamais été aussi heureux que depuis qu'il était arrivé chez eux quatre jours plus tôt. Cela n'avait rien à voir avec les vacances qu'il avait passées au Square. Il se sentait beaucoup, beaucoup, beaucoup mieux. Il était bien sûr loin d'être complètement rétabli, que ce soit physiquement ou psychologiquement parlant, mais il allait tout de même bien mieux que durant l'été.

Il passait vraiment de bonnes vacances avec Sirius et Remus. Sans l'étouffer, ils le couvaient de petites attentions qui lui faisaient chaud au coeur. Ils n'étaient pas sur son dos mais sans en avoir l'air, ils gardaient toujours un oeil sur lui. Ils étaient tellement attentifs et prévenants que Harry avait parfois du mal à endiguer tout l'amour qu'ils lui portaient. Il avait eu plus d'une fois envie de pleurer tant il était submergé par l'émotion. Il n'était clairement pas habitué et il savait qu'il allait devoir en parler lors de ses prochaines séances de thérapie. Il devait en avoir une le lendemain mais il ne voulait pas y penser pour le moment. C'était encore Noël jusqu'à vingt-trois heures cinquante-neuf et il voulait en profiter le plus possible.

Il avait passé un excellent réveillon et il passait actuellement un merveilleux Noël avec Sirius et Remus. Il avait croulé sous les cadeaux le matin-même lorsqu'il s'était rendu au salon. Il avait eu des livres sur le Quidditch, des vêtements, des objets tous plus utiles les uns que les autres, des jeux, du matériel pour son balai et... une tonne de chocolats. Harry avait halluciné en voyant la montagne de chocolats au milieu des autres cadeaux. Jamais il n'en avait eu autant ! Il avait limite soupçonné Sirius et Remus d'avoir dévalisé Honeydukes. Mais il avait surtout été ému. Il avait eu l'impression que Sirius et Remus avaient voulu rattraper tous les Noëls qu'il n'avait pas pu avoir jusque-là.

En temps normal, Harry n'attachait pas grande importance à cette fête qu'il n'avait jamais pu passer en famille mais cette année, il était tellement content de fêter Noël avec Sirius et Remus que lorsque Remus lui avait demandé ce qu'il voulait manger le midi, il avait répondu «Tout ce qu'il y a de plus cliché» ! Il n'avait jamais eu de vrai Noël alors pour une fois qu'il pouvait le passer avec ce qui se rapprochait le plus d'une famille, il voulait faire les choses bien ! Sirius et Remus n'y avaient émis aucune objection et avaient trouvé cela amusant de respecter certains clichés. Ainsi, pour le repas du midi, Remus avait décidé de faire une dinde farcie aux marrons accompagnée de pommes de terre et de carottes ainsi qu'un pudding pour le dessert. Harry avait adoré l'idée. C'était totalement cliché et il adorait ça.

Sirius venait donc de laisser son jeu de cartes moldu pour aller surveiller la cuisson de la dinde. Le matin-même, il avait sauté de joie comme un enfant en voyant le jeu de cartes que lui avait offert Remus. Il y avait joué toute la matinée tandis que Harry lisait un de ses livres. Remus, lui, avait tenté de résoudre un des nombreux casse-têtes offerts par Sirius avant d'abandonner, dépité, et d'aller préparer le repas. Mais Harry l'avait entendu jurer tout bas qu'il n'allait pas se laisser faire et qu'il allait l'avoir, ce «fichu casse-tête à deux noises». Et il savait que Remus allait respecter la promesse qu'il s'était faite. Il adorait les défis et Sirius n'aurait pas pu lui faire meilleur cadeau que cette collection de casse-têtes.

Voyant l'heure avancer, Harry laissa de côté son livre et entreprit de mettre la table après l'avoir essuyée. Sirius et Remus avaient acheté de belles assiettes pour l'occasion, ainsi qu'une belle nappe mise la veille et de belles serviettes de table. Ils n'avaient pas voulu faire dans l'excès et avaient donc préféré ne pas acheter d'objets de décoration. Harry trouvait que c'était très bien ainsi.

Alors qu'il essayait de faire de l'origami avec les serviettes de table, Sirius revint avec un plat sur lequel étaient disposés toutes sortes d'amuse-bouches.

- Remus va arriver, il est en train de se battre avec les pommes de terre et les carottes. Mais qu'est-ce que tu fais ? s'intrigua Sirius en voyant Harry plier les serviettes de table.

- De l'origami, répondit celui-ci.

- Ké sé ksa ?

- C'est l'art du pliage du papier. Tu n'en as jamais entendu parler ? Ça n'existe pas dans le monde sorcier ?

- Peut-être mais ça ne porte pas ce nom-là. Mais ça m'a l'air très intéressant. Il faudrait que je m'y essaie. Ça doit sûrement pouvoir se faire avec du parchemin.

- Oui, c'est comme du papier donc ça va marcher. Mieux qu'avec ces serviettes, en tout cas. Elles ont beau être en papier, c'est galère de faire de l'origami avec.

- Laisse Remus s'en occuper, c'est un as de la décoration. Tiens, le voilà, justement.

Remus venait effectivement d'entrer dans le salon avec plusieurs carafes dans les mains.

- Tu as le choix, Harry. Tu as de la bièreaubeurre, du jus de citrouille, du jus d'orange, du jus de fruits...

- Super comme choix, ironisa Sirius. C'est Noël, Remus, il ne va quand-même pas boire du jus de citrouille ou du jus de fruit !

- Et que veux-tu qu'il boive d'autre ? Du whisky pur feu ? Du rhum groseille ? Du whisky pur malt ? Il a quinze ans, Sirius. Ce n'est pas parce que tu te prenais déjà des cuites à son âge qu'il doit en faire autant.

- Je n'ai jamais dit ça ! s'offusqua Sirius. Il peut juste boire un verre d'hydromel, on en a et ce n'est pas très fort. Tu crois vraiment que je veux rendre mon filleul malade pour le premier Noël que je passe avec lui ?!

- Non mais c'est bon, du jus de citrouille ça me va très bien, trancha Harry. Enfin non, plutôt du jus de fruits. Aussi bizarre que cela puisse paraître, je n'en ai bu que deux fois jusque-là. À savoir quand j'étais chez les Weasley l'été avant ma deuxième et ma quatrième année.

- Et chez les Durs...

- Très bien, je te sers ça tout de suite, coupa Remus. Tu pourras en boire autant que tu veux. Enfin pas trop non plus si tu ne veux pas passer tout ton après-midi aux toilettes...

- J'y vais déjà suffisamment comme ça à cause de toutes les potions que je dois prendre, plaisanta Harry. Mais Sirius, Remus était sérieux quand il parlait des cuites que tu t'es pris à Poudlard ?

- Remus, tu aurais pu te taire, grogna Sirius.

- Pourquoi ? D'habitude tu es toujours le premier à raconter à Harry ce que tu faisais lorsque tu étais élève à Poudlard... Et c'est Noël, c'est le meilleur moment pour se livrer à ce genre d'anecdotes. Tu peux bien lui raconter ta première cuite. Ça le découragera peut-être de s'en prendre une à son tour.

- Et pourquoi ce ne serait pas toi qui lui raconterait ta première cuite ?

- Elle n'était pas spécialement drôle.

- La mienne non plus.

- Oh, tu as quand-même dit des choses très drôles. Bon, pas aussi drôles que celles qu'a dit James quand il est rentré après sa première soirée mais...

- Eh bien voilà, on n'a qu'à raconter la première cuite de James ! Il s'est passé plein de choses en plus. Et puis c'est le père de Harry, il faut bien qu'il apprenne des choses sur lui !

- Le pauvre, il n'est plus là pour se défendre...

Sirius, Remus et Harry se mirent à rire.

- Bon, laissons Harry choisir, décréta Remus.

- Pour ne gêner personne, je veux bien l'anecdote sur mon père, dit Harry en souriant.

- Ça c'est un bon garçon, flatta Sirius en ébouriffant les cheveux de Harry.

- Sirius, laisse-le tranquille, protesta gentiment Remus. Bon, si je me souviens bien, James a eu sa première cuite lors de son anniversaire en sixième année. Oui, c'est forcément ça puisque c'était en 1977, soit l'année de sa majorité. Il en avait d'ailleurs profité. Il était très populaire alors il n'a eu aucun mal à faire venir du monde à la grande fête qu'il a organisée le soir dans la salle commune de Gryffondor. Je lui avais juste demandé de ne pas proposer d'alcool mais évidemment, il ne m'a pas écouté. J'avais voulu participer à la fête que j'avais autorisée mais quand j'ai vu les bouteilles de whisky pur feu, de rhum et de whisky pur malt, je suis aussitôt allé me coucher. En tant que préfet, je ne voulais pas cautionner ce genre de soirée. Normalement, j'aurais dû demander à ce que toutes les bouteilles soient vidées et jetées à la poubelle mais là c'était James, alors j'ai fermé les yeux mais je n'ai pas voulu assister à la soirée. J'ai bien regretté de ne pas m'être montré plus ferme quand James est rentré complètement bourré dans le dortoir sur les coups de deux heures du matin en chantant hyper faux. La suite au prochain épisode car il faut que j'aille surveiller la dinde.

Remus se leva et quitta le salon.

- Il a le chic pour s'arrêter pile quand ça devient intéressant, hein ? fit Sirius.

- C'est vrai que c'est un peu frustrant, rit Harry. Mais il sait trop bien raconter. De toute façon j'adore quand vous me parlez de vos années Poudlard.

- On le sait et c'est pour ça qu'on t'en parle dès qu'on en a l'occasion, dit Sirius en souriant. Et puis ça te permet d'en apprendre un peu plus sur tes parents.

- Et sur Remus et toi aussi.

- Oui mais nous tu nous connais bien, maintenant. Ce qui n'est pas forcément le cas de tes parents.

- Mmmh, répondit Harry, distrait. En tout cas les amuse-bouches sont trop bons. Qui les a fait ?

- Moi, annonça fièrement Sirius. Remus s'occupe du plat et du dessert alors je pouvais au moins préparer les amuse-bouches... C'était facile et amusant, j'aurais pu en préparer le double si Remus ne m'avait pas arrêté au bout d'un moment. Je suis donc ravi que ça te plaise. Tu peux manger les derniers, si tu veux.

Harry ne se fit pas prier et prit les derniers amuse-bouches. Remus arriva quelques minutes plus tard avec le plat où se trouvait la dinde accompagnée de ses pommes de terre et de ses carottes. Il servit les trois assiettes et jeta un sort de chaleur sur le plat avant de s'asseoir. Après s'être souhaité un bon appétit, tout le monde se mit à manger. Harry trouva le plat exquis et se régala. Il le fit d'ailleurs savoir à celui qui l'avait préparé :

- Remus, quand j'aurai fini mes études à Poudlard, il faudra absolument que tu te reconvertisses en cuisinier. Tu pourras emmener Sirius avec toi en tant que... euh... assistant ?

- Ce serait une bonne idée mais nous sommes très bien à Poudlard, objecta Remus. Mais je retiens l'idée, au cas où.

- Moi, ce que je retiens surtout, c'est que Harry nous a ordonné implicitement de ne pas changer de métier avant qu'il ait quitté Poudlard, s'amusa Sirius. C'est limite s'il ne nous retient pas en otage !

- C'est parce que je me sens bien avec vous, se défendit Harry. Mais je ne vous retiens pas vraiment en otage puisque vous vous sentez bien ici. C'est Remus qui vient de le dire.

- Parfois, je me demande vraiment ce qu'il fait à Gryffondor, soupira Sirius. Ça ne m'étonne pas que le Choixpeau ait hésité avant de le répartir. Il est peut-être courageux comme un Gryffondor mais il est rusé comme un Serpentard ! Il doit forcément être un Black ou un Malfoy pour être aussi Serpentard que ça !

- Impossible, il ressemble trop à James pour être le fils de quelqu'un d'autre, répliqua Remus.

- Ah oui, j'avais oublié ce léger détail.

- Cool, tu commences à oublier que je ressemble à mon père, plaisanta Harry. Mieux vaut tard que jamais. Est-ce que je peux ravoir un peu de tout, s'il vous plaît ?

- Oui, bien sûr, dit gentiment Remus. C'est Severus qui va être content quand il va te revoir. Tu vas sûrement avoir repris deux ou trois kilos. Mais vas-y, ressers-toi autant que tu veux. En plus d'être délicieux, c'est très bon en terme d'apports nutritionnels. Bon, on ne pourra pas en dire autant du pudding...

- Ce n'est pas grave, avec ce que j'ai déjà mangé, je pense que je n'en prendrai qu'une part. Je vais devoir garder un peu de place, d'ailleurs. Mais j'aimerais bien apprendre à faire du pudding. C'est quelque chose que je n'ai jamais fait.

- Je t'apprendrai, promit Remus. Tu voudras te joindre à nous, Sirius ?

- Non merci, bougonna Sirius.

Harry haussa les sourcils et adressa un regard interrogateur à Remus. Celui-ci sourit et répondit à sa question silencieuse :

- Il a déjà voulu essayer et ça ne s'est pas très bien passé.

- Comment ça ?

Remus se tourna vers Sirius.

- Je peux lui raconter ?

- Vu que c'est Noël, je te le permets.

Remus remercia Sirius et commença son anecdote, pour le plus grand plaisir de Harry qui ne se lassait pas des histoires des deux Maraudeurs...

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POV Sirius

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Sirius devait avouer que Remus savait vraiment bien raconter les choses. Lui-même n'aurait pas mieux raconté l'histoire de son premier pudding raté.

- Il t'arrive toujours des choses incroyables en cuisine, Sirius, commenta Harry une fois le récit de Remus terminé.

- Que veux-tu, la cuisine et moi, ça a toujours été une relation très... passionnelle.

- J'aurais plutôt dit conflictuelle, songea Remus. Vu toute la casse qu'il y a eu...

- Ce n'est pas faux, admit Sirius. Bon, c'est bien beau de parler de mes déboires en cuisine mais tu n'as pas fini de raconter à Harry l'histoire de la première cuite de James.

- Ah oui, c'est vrai. Mais tu peux prendre le relais, si tu veux.

- Je ne suis pas aussi doué que toi pour raconter les anecdotes, protesta Sirius.

- Oui mais ce sera plus intéressant sous ton point de vue.

- Bon, d'accord, céda Sirius. Si je me souviens bien, Remus s'en était arrêté au moment où James était rentré bourré dans le dortoir...

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27 mars 1977, POV Sirius (flash-back)

Sirius était en train de faire un beau rêve quand il fut réveillé par quelqu'un qui entra dans le dortoir en chantant.

- Ma douce et jolie Liiiiiilyyyyyyy, quand est-ce que tu m'aimeeeeeraaaaaaaas... J'aimerais tant avoir ta compaaaaagniiiiiiie, que ce soit dans mes bras ou dans meeeees draaaaaaaps...

Sirius gémit, se mit sur le ventre et plaqua l'oreiller de chaque côté de sa tête afin d'essayer de masquer la voix de James. Mais cela n'eut aucun effet puisque James se mit à chanter plus fort :

- MA LILY JE T'AIIIIIIMEEEEEEEEUH, JE NE RÊVE QUE DE TES...

- On ne veut pas connaître la suite, James ! cria Sirius, excédé.

- Quoi, elle ne te plaît pas ma chanson ?

- Tu me poses vraiment la question ?! Tu rentres dans le dortoir en beuglant, tu me réveilles alors que j'étais en plein rêve et tu me demandes si ta stupide chanson me plaît ?!

- Oh là là qu'est-ce que t'es rabat-joie...

- Non, je veux dormir parce que demain on a cours avec McGo à neuf heures, nuance. Alors va te coucher et laisse-nous dormir !

Sirius entendit James rejoindre son lit en râlant. Il reposa la tête sur l'oreiller – et non pas l'inverse cette fois – et essaya de retrouver le sommeil. Mais deux minutes plus tard, le silence du dortoir fut de nouveau brisé par James :

- Siriuuuuuus, je ne retrouve pas mon pyjama !

Sirius ne répondit pas.

- Siriuuuuuus, je n'arrive pas à enlever ma chemise !

Sirius ne répondit toujours pas.

- Siriuuuuuus, je n'ai plus de...

- James, tu peux laisser Sirius tranquille et arrêter de parler, s'il te plaît ?!

Ah, Remus était apparemment réveillé, lui aussi. Sirius admira comme toujours sa politesse. À sa place, il aurait tout simplement demandé à James de se la fermer.

- Mais j'ai besoin d'aide et il ne veut pas m'aider !

Un soupir de Remus parvint aux oreilles de Sirius. Vu les bruits de pas qu'il perçut, il devina que Remus s'était dévoué pour aller secourir James. Ce ne fut pas plus reposant pour Sirius puisque ses deux amis ne tardèrent pas à se disputer :

- James, cesse de gesticuler, sinon je ne peux pas t'aider !

- Je veux juste t'aider à m'aider !

- Oui bah tu fais tout le contraire en bougeant comme tu le fais !

James soupira. Sirius dut se mordre la lèvre pour ne pas rire. Il n'avait encore jamais entendu James et Remus se prendre la tête et c'était franchement très drôle. Il y eut quelques minutes de silence puis...

- Remus, dépêche-toi, j'ai froid au pied droit ! J'aimerais bien le mettre sous la couette avec son jumeau !

- Je fais aussi vite que je peux mais ce n'est pas évident avec tes lacets qui sont hyper serrés !

- Mes lacets ils t'emmerdent !

Cette fois Sirius explosa de rire. Évidemment, cela ne plut pas à Remus qui ne se priva pas pour le lui faire savoir :

- Je te remercie pour ton soutien, Sirius ! Ça me va droit au coeur !

- Pardon...

- Tu pourrais venir m'aider au lieu de te fendre la poire...

- Désolé mais je n'ai pas ta patience, moi.

Sirius entendit Remus faire «Pffff», ce qui ne calma pas son hilarité. Désormais bien réveillé, il écouta attentivement la suite de l'échange entre Remus et James :

- Bon, où est-ce que tu as mis ton pyjama ? Pas là... Pas ici... Pas là non plus... Ah, il est là. On se demande vraiment ce que fait ton pyjama derrière ta table de chevet... Tu penses pouvoir le mettre tout seul ?

- Peux essayer...

Visiblement, le résultat fut concluant puisque Remus put bientôt laisser James :

- Allez, maintenant tu te couches et tu dors.

- Oui maman.

Sirius camoufla son rire alors que Remus rejoignait son lit en pestant contre «ses crétins d'amis». Le silence revint dans le dortoir. Mais pas pour bien longtemps. Alors que Sirius venait tout juste de fermer les yeux, la voix de James se fit de nouveau entendre :

- LES GARS AU SECOURS MA BAGUETTE NE VEUT PLUS M'OBÉIR !

- T'es bourré, James, c'est normal, répondit Remus d'une voix lasse.

- Mais non, ça n'a rien à voir ! Je n'arrive même pas à lancer un simple Lumos !

Sirius se redressa en fronçant les sourcils. Ça, ce n'était pas normal. Intrigué, il sortit de son lit, prit sa baguette, passa ses rideaux et se dirigea vers ceux de James. Remus devait trouver la situation étrange, lui aussi, puisqu'il ne tarda pas à rejoindre Sirius. Celui-ci éclaira le bout de sa baguette et tous deux découvrirent James qui agitait la sienne dans tous les sens.

- Elle ne va pas mieux marcher comme ça, James, dit calmement Remus. Tu peux me la donner, s'il te plaît ?

James passa sa baguette à Remus qui haussa presque aussitôt les sourcils.

- Mais... ce n'est pas ta baguette !

- Hein ? Mais qu'est-ce que tu racontes ?!

James récupéra vivement sa baguette et sembla frappé de stupeur.

- Mais oui, tu as raison ! Ce n'est pas du tout ma baguette !

- Ce n'est que maintenant que tu t'en aperçois ? se moqua Sirius. Je voulais te demander demain combien de verres tu as bu ce soir mais je crois que je vais m'abstenir.

- Il ne pourra pas te répondre, de toute façon, puisqu'il aura sûrement oublié. Mais moi, ce que je me demande, c'est comment tu as pu te retrouver avec la baguette de quelqu'un d'autre !

- Je me le demande aussi...

La concentration se vit sur le visage de James alors qu'il tentait vraisemblablement de forcer sa mémoire. Cela dura plusieurs minutes avant qu'il ne s'écrie d'un coup :

- Ça y est, je sais ! Vers le milieu de la soirée, j'ai discuté avec un gars de Poufsouffle, à un moment on a posé nos baguettes sur une table et on a dû se tromper quand on les a reprises...

Remus soupira.

- Qui était ce Poufsouffle ?

- Gary Corner, c'est un élève de septième année.

- Oui, je vois qui c'est. Je vais aller le voir.

Sirius écarquilla les yeux.

- Ça ne peut pas attendre demain ? demanda-t-il, perplexe.

- Non, car on ne sait pas si Gary sera dans la Grande Salle et ce serait bien que James ait récupéré sa baguette avant le cours de métamorphose. Imaginez la réaction du professeur McGonagall si elle apprend que James a la baguette de quelqu'un d'autre ? Soit elle va croire que c'est une farce, soit elle va croire qu'il a voulu jouer un tour au propriétaire de la baguette et que ça s'est retourné contre lui, soit elle va faire le lien avec le fait que c'était l'anniversaire de James hier et elle va comprendre qu'il y a eu une soirée un peu trop arrosée dans la salle commune. Dans tous les cas, James va avoir des ennuis.

Sirius regarda Remus pendant de longues secondes, émerveillé par sa capacité à penser à autant de choses en un temps relativement limité.

- Je viens avec toi, déclara-t-il.

- Je peux très bien y aller tout seul, répliqua Remus.

- Tu en as déjà fait beaucoup, je ne t'ai pas aidé tout à l'heure alors je me rattrape maintenant.

- Comme tu veux, céda Remus, résigné. James, tu peux nous prêter ta cape d'invisibilité ?

Remus n'obtint pas de réponse. Sirius et lui tournèrent la tête et virent que James s'était endormi. Ils échangèrent un regard. Sirius haussa les épaules.

- On ne va pas le réveiller, il serait bien capable de vouloir venir avec nous... Et puis il ne nous en voudra pas de la lui avoir prise sans sa permission.

Ce fut sur ces mots que Sirius chercha la cape d'invisibilité de James qu'il trouva dans l'armoire. Il s'en couvrit avec Remus et tous deux sortirent du dortoir. Alors qu'ils descendaient les escaliers, Sirius posa une question cruciale à Remus :

- Tu sais comment on accède à la salle commune de Poufsouffle ?

- Oui, une élève m'a montré comment on faisait.

- Une élève ? Qui ça ?

- T'occupe.

Sirius n'insista pas. Remus était légèrement irrité alors il ne voulait pas le mettre encore plus sur les nerfs. Heureusement que la pleine lune était dans un peu plus d'une semaine sinon Remus n'aurait certainement pas été aussi patient avec James...

Ils traversèrent les trois quarts du château sans encombres. Mais alors qu'ils arrivaient au premier étage, ils entendirent un miaulement qu'ils ne connaissaient que trop bien.

- Oh non... Pas elle... gémit Sirius.

Remus s'arrêta, forçant Sirius à faire de même.

- Transforme-toi.

Sirius saisit aussitôt le message et prit sa forme d'Animagus dans la seconde qui suivit. Il sortit de sous la cape et fit face à Miss Teigne qui feula et fit le gros dos en le voyant. Padfoot s'approcha et montra les dents en grognant. Miss Teigne se déplaça en biais, les poils toujours hérissés. Padfoot s'avança encore et grogna un peu plus fort. Il fit soudain mine de s'élancer vers Miss Teigne qui prit peur et qui s'enfuit sans demander son reste. Padfoot retrouva sa forme humaine et se précipita sous la cape.

- On s'casse ! siffla-t-il.

Remus et lui ne perdirent pas une seule minute et marchèrent le plus vite possible tout en essayant de ne pas faire trop de bruit. Sirius adorait ces moments d'adrénaline où ils risquaient de se faire attraper à tout instant. Ils venaient tout juste d'arriver au rez-de-chaussée lorsqu'ils virent un élève arriver devant eux.

- C'est Corner ! chuchota Remus.

Sirius ne réfléchit pas et les débarrassa de la cape. Corner hurla de peur en voyant soudain deux élèves surgir de n'importe où devant lui.

- Mais d'où est-ce que vous sortez ?! Et qu'est-ce que vous faites là ?!

- Parle moins fort ! intima Sirius. On se dirigeait vers ta salle commune. On venait te voir, en fait. Pour récupérer la baguette de James.

Corner sembla se détendre.

- Je me rendais justement à votre dortoir pour récupérer la mienne.

- Tu as notre mot de passe ? s'étonna Sirius.

- Oui, j'ai une... euh... connaissance dans votre maison qui me l'a donné.

- Qui ça ? demanda Sirius pour la deuxième fois en dix minutes.

- Bon hé ça va, je ne vous dérange pas trop ? s'agaça Remus. Je vous rappelle que nous ne sommes pas censés être là, alors que chacun rende la baguette qu'il a sur lui pour qu'on puisse aller vite se recoucher !

Sirius et Corner obtempérèrent et rendirent la baguette qu'ils ne devraient pas avoir sur eux. Puis chacun retourna à son dortoir. Sirius et Remus ne rencontrèrent heureusement aucun obstacle sur le chemin. Une fois revenus dans leur dortoir, Sirius déposa la baguette de James sur sa table de chevet et rangea la cape d'invisibilité dans son armoire. Il sortit ensuite des rideaux de son ami et se tourna vers Remus.

- Une chance que Peter ne se soit pas réveillé avec tout ça, fit remarquer celui-ci.

- Il a sûrement dû se douter que James allait rentrer bourré et il a dû lancer le sort d'insonorisation en guise de précaution.

- Maintenant que tu le dis... Si c'est ça, il a été très perspicace.

- Pour une fois que c'est lui le plus intelligent du groupe...

- Ce n'est pas très gentil, ça. On va mettre ça sur le compte de la fatigue. D'ailleurs on ferait mieux d'aller se recoucher.

Sirius acquiesça, souhaita une bonne fin de nuit à Remus et rejoignit son lit. Alors qu'il se glissait sous les draps, la voix de Remus s'éleva :

- Par contre je te préviens, la prochaine fois c'est toi qui t'occupe de James.

- Sinon quoi ?

- Tu verras bien.

Sirius sourit, pas intimidé pour un sou par la pseudo menace de Remus. Il ferma les yeux et ne tarda pas à s'endormir, épuisé par tout ce qui venait de se passer. Si, le lendemain, James aurait tout oublié de la première nuit de sa majorité, Sirius, lui, allait s'en souvenir un bon moment !

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Voilà le souvenir qu'avait Sirius de la première cuite de James. Bien sûr, il ne raconta pas ce souvenir tel quel à Harry mais il lui relata le principal. Harry avait semblé captivé durant tout le récit de son parrain.

- Je crois que c'est la meilleure anecdote que vous m'ayez racontée jusque-là. Quand Remus m'a dit en troisième année que j'avais hérité du don de mon père à m'attirer les ennuis, je n'imaginais pas que c'était à ce point ! Je comprends mieux, maintenant... Non mais franchement, vous ne vous êtes jamais dit qu'il était désespérant ?

- Si, tous les jours, affirma Sirius. Mais c'est pour ça qu'on l'aimait. Entre autres.

- Donc si je comprends bien, la première fois qu'il a bu, c'était lors de sa majorité ?

- Oui, il s'est montré bien plus sage que Sirius sur ce point-là, répondit Remus. Et un peu plus sage que moi aussi.

Harry haussa les sourcils.

- Attends, tu veux dire par-là que tu avais déjà bu avant ta majorité ?!

- C'était juste un ou deux verres, je n'ai pas du tout fini dans le même état que James, se défendit Remus. Et ce n'était pas à Poudlard.

- Ah bah fallait commencer par-là. En tout cas c'était vraiment une super anecdote. Ça fait plaisir de savoir que vous vous souteniez peu importe la situation. Maintenant je me pose une question. Est-ce que, depuis la rentrée, tu t'es déjà transformé en Padfoot pour faire peur à Miss Teigne, Sirius ?

- Je crois que c'est le moment de passer au pudding, déclara soudain Sirius.

- Sirius ! Ne me dis pas que tu as fait ça ?! s'exclama Remus.

- Elle l'avait cherché, se justifia Sirius. Elle me suivait partout dans les couloirs comme si elle me soupçonnait de préparer un mauvais coup. C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour qu'elle me lâche la grappe.

- Irrécupérable, dit Remus en secouant la tête. Bon, je vais aller chercher le pudding.

Remus se leva et s'éclipsa. Il revint quelques minutes plus tard avec le pudding qu'il posa sur la table. Une fois servis, tous dégustèrent le dessert préparé par Remus. Sirius fut ravi de voir Harry manger avec appétit malgré tout ce qu'il avait déjà dévoré durant le repas. Il ne l'avait jamais vu aussi détendu et heureux. Il savait que l'amour qu'il lui portait avec Remus y était pour quelque chose. Le bonheur de Harry était la chose qui comptait le plus à ses yeux. Il l'aimait tellement... Il se sentait parfois coupable vis-à-vis de James d'aimer autant Harry. Il avait l'impression de lui voler sa place. Mais cette impression s'envolait bien vite lorsque Harry posait sur lui son regard émeraude. Car il voyait dans ce regard une infinie reconnaissance. Il était donc heureux de lui faire vivre le meilleur Noël qu'il ait vécu jusque-là. Et il comptait bien lui en faire vivre d'autres. Plein d'autres. Il avait treize Noëls à rattraper et il était bien décidé à relever le défi !

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POV Pansy

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Pansy passait un merveilleux Noël avec ses parents. Elle adorait cette fête, et encore plus depuis qu'elle était à Poudlard. Car c'était une des seules occasions qu'elle avait de retrouver ses parents. En plus, cette année-là, elle était rentrée une semaine plus tôt que d'habitude. Elle pouvait remercier la tempête de neige qui s'était abattue sur le pays dix jours plus tôt ainsi que l'épidémie de grippe et l'épuisement général des élèves concernés par le travail en binôme.

Comme elle l'avait prédit, en dix jours, elle n'avait pas eu le temps de raconter à ses parents ne serait-ce qu'un dixième des trois mois qu'elle avait passés à Poudlard. Chaque année c'était pareil. Mais là, avec ses séances de travail en binôme, ses entraînements de Quidditch et ses fonctions de préfète, elle avait trois fois plus de choses à raconter que les années précédentes ! Elle n'avait même pas encore pu parler du Quidditch, d'ailleurs. En fait, elle préférait ne pas aborder le sujet. L'équipe était tellement en difficulté à cause de ce qui était arrivé à Cassius et à Adrian qu'elle avait peur de plomber l'ambiance. Mais elle sentait que ses parents allaient la lancer sur le sujet au cours du repas. Il était presque quatorze heures mais ils n'avaient toujours pas mangé, la préparation du plat ayant pris un peu de retard. Alors que cela aurait irrité et énervé bon nombre de personnes, les Parkinson, eux, préféraient s'en amuser et en rire. De toute façon, chez eux, à Noël, rien ne se passait jamais comme prévu. Il y avait même eu le feu, une fois. Rien de bien méchant, ils avaient juste dû dire au revoir à la nappe.

Ce fut donc peu avant quatorze heures que le plat fut enfin prêt. Bon, il y avait eu des entrées pour patienter, ils avaient donc quand-même un peu mangé. Mais la bonne odeur de la dinde avait fait saliver Pansy qui s'était justement réservée pour le plat. Lors des fêtes, elle essayait de ne pas trop s'empiffrer, faisant un peu attention à sa ligne sans que ce soit une obsession pour autant. D'autant plus que, désormais, elle faisait du Quidditch !

- Je vais ressembler à une baleine quand je vais rentrer à Poudlard, plaisanta-t-elle en voyant sa mère la servir.

- Tu dis ça chaque année, lui rappela gentiment son père. Pourtant, tu as beau manger, tu ne prends jamais un seul gramme.

- Que veux-tu, notre fille est parfaite, s'amusa la mère de Pansy. En même temps, elle n'arrête pas de bouger, alors elle doit vite brûler ses calories...

- C'est vrai, je m'étonne toujours de ne pas recevoir de lettres dans laquelle ses professeurs s'en plaignent, renchérit Owain.

- Hé, oh, je suis là, bouda Pansy.

- Mais on le sait, ma chérie, répondit Ariana. Nous te taquinons, rien de plus. Mais tu as sûrement moins la bougeotte depuis que tu fais du Quidditch.

«J'aurais dû parier» se dit Pansy.

- C'est vrai, ça. D'ailleurs, comment se passent les entraînements ? demanda Owain. Tu ne nous en as pas beaucoup parlé dans tes lettres. Tu nous as juste dit que ça prenait pas mal de temps dans la semaine mais que tu arrivais à tout gérer. Mais tu ne nous as rien raconté en détails.

- Parce que c'est trop long et trop compliqué à raconter par lettre, expliqua Pansy. Mais ça se passe très bien. Voire même très bien. Bon, je suis la moins douée de l'équipe mais je suis aussi celle qui s'y connaît le moins donc c'est un peu normal.

- En même temps, ton désir d'intégrer l'équipe n'était peut-être pas seulement motivé par ton amour pour le Quidditch, supposa Owain. Ta mère et moi avons toujours pensé que c'était parce qu'il y avait un garçon qui t'intéressait dans l'équipe.

- Oui, vous me l'avez bien fait comprendre lorsque je suis venue vous annoncer que je voulais entrer dans l'équipe, ironisa Pansy.

- Et alors ? Est-ce qu'on avait raison ?

- Oui, admit Pansy. Il y avait un garçon de septième année qui m'intéressait et c'était sûr qu'il allait garder sa place dans l'équipe. Il s'appelle Cassius Warrington. Mais j'ai vite lâché l'affaire car j'ai bien vu que je ne l'intéressais pas. Draco disait que ce garçon était un coureur de jupons, c'était peut-être vrai les années précédentes mais là, apparemment, il a décidé de se calmer. Je crois qu'il veut se concentrer sur ses ASPIC. Et sur les entraînements de Quidditch.

- Et il a bien raison. Mais tu ne devais pas être vraiment amoureuse si tu l'as oublié aussi vite.

- Non, c'était plus une attirance qu'autre chose.

- Tant mieux. Il vaut mieux qu'il ne se soit rien passé entre vous, sinon il aurait pu y avoir des tensions et ça n'aurait pas été une bonne chose pour l'équipe.

- On n'aurait franchement pas eu besoin de ça, grimaça Pansy.

- Pourquoi ? L'équipe a des problèmes ? Tu viens pourtant de nous dire que ça se passait bien...

- Les entraînements se passent bien, oui. Mais dans l'équipe en elle-même, c'est une autre histoire.

- Comment ça ?

- En deux mois, on a perdu deux des trois poursuiveurs titulaires. Cassius a été sérieusement blessé à l'épaule lors d'un entraînement, il a cru qu'il pouvait reprendre le Quidditch au bout de quelques semaines mais son épaule n'était pas assez remise. Comme elle est très fragilisée et qu'elle le restera à jamais, il ne peut plus faire de Quidditch. Peu avant les vacances, c'est un des amis de Cassius qui a laissé son poste vacant. Il se droguait, il aurait agressé son petit-ami et il a été envoyé en sevrage à Sainte-Mangouste. Il ne reviendra pas avant un bon moment à Poudlard.

Les parents de Pansy se regardèrent, l'air quelque peu surpris et inquiets.

- Ce n'est pas très rassurant, ce que tu nous dis là, commenta Ariana. Surtout en ce qui concerne ce garçon qui s'est drogué. Nous savons que des potions pas très nettes circulent dans les couloirs, c'était déjà le cas de notre temps, mais cela ne conduisait jamais à des agressions de ce genre. Les élèves qui consommaient ces potions le faisaient de façon occasionnelle.

- C'est toujours le cas, affirma Pansy. La plupart des élèves qui achètent des potions droguées ne sont pas des consommateurs réguliers. Il n'y a que quelques élèves qui en prennent souvent. C'est juste qu'aujourd'hui, c'est devenu hyper facile de se procurer les ingrédients de ce genre de potions. Et c'est un business très fructueux. Les dealers ne vendent pas tous ces potions juste pour le plaisir de vendre de la drogue. Beaucoup d'entre eux voient là le moyen de se faire de l'argent pour payer leur formation après Poudlard. Les formations sont de plus en plus chères, tout le monde n'a pas forcément les moyens de se les payer... Je ne défends pas les dealers, hein, bien au contraire. Je me bats contre eux et j'ai déjà arrêté le trafic de certains d'entre eux avec mes collègues préfets. Mais je voulais juste expliquer pourquoi certaines personnes en viennent à vendre de la drogue.

Owain et Ariana semblèrent impressionnés par les paroles de leur fille.

- Tu as l'air très informée sur ce sujet, remarqua Ariana. Tu prends vraiment ton rôle de préfète très au sérieux. Les professeurs ont eu raison de te choisir. Nous sommes vraiment fiers de toi, tu sais.

Pansy se sentit rougir face à ce compliment.

- J'avoue que je suis sûrement plus douée en tant que préfère qu'en tant que joueuse de Quidditch, plaisanta-t-elle. Et mieux vaut ça que le contraire.

- Tu dois quand-même être assez douée si le capitaine te garde dans l'équipe, dit Owain.

- Oui mais pas autant que Blaise ou Théo. Ils sont passés titulaires, d'ailleurs. Mais quoi qu'il en soit, je suis heureuse d'être dans l'équipe. Surtout que je suis avec mes meilleurs amis !

- Ce doit être une bonne motivation, en effet, approuva Ariana. En plus, vu que vous avez le même emploi du temps, ça ne doit pas être bien compliqué d'organiser les séances d'entraînements.

- Les entraînements ont lieu à dix-sept heures en semaine, du coup nous avons tous forcément fini les cours. Il faut surtout s'arranger avec les occupations et les obligations de chacun d'entre nous. Nous sommes presque la moitié à être concernés par les séances de travail en binôme et il y a deux préfets dans l'équipe, à savoir Draco et moi. Donc c'est un peu compliqué, en réalité. Mais on s'en sort, c'est juste le temps de s'y faire.

- Je vois. Tu nous as également parlé de ces séances de travail mais pas en détails là non plus. Ça se passe bien à ce niveau-là aussi ? Tu as dû changer de binôme, je crois ?

- Oui, j'étais avec Hannah Abbot en début d'année mais comme il y avait une fille qui ne s'en sortait pas avec son binôme, Hannah a dû prendre sa place. Cette fille s'appelle Padma Patil et c'est donc avec elle que je me suis retrouvée. Tout comme Hannah, c'est une de mes collègues préfètes.

- Oh, ça a dû t'aider à faire connaissance avec elles, pensa Owain.

- Pas tant que ça. On travaille beaucoup, on n'a donc pas vraiment le temps de discuter. C'est pour ça que cette semaine de vacances supplémentaire est une bonne nouvelle pour les élèves concernés par le travail en binôme. Mais je m'entends bien avec Padma donc j'aime plutôt bien travailler avec elle.

- Tant mieux. Ça se passe bien aussi avec tes autres collègues préfets ?

- Oui, ça va. Je ne fais pas de rondes avec les filles, je trouve ça un peu dommage mais c'est normal. Je n'en fais pas non plus avec Draco et ça aussi c'est normal. Les professeurs préfèrent qu'il y ait le plus de diversité possible dans les binômes de ronde. Par exemple, il vaut mieux qu'on soit un garçon et une fille s'il faut aider un ou une élève. Et puis, pour créer des liens entre préfets, il vaut mieux qu'on fasse les rondes avec un ou une préfète qui n'est pas dans la même maison que nous.

- Et ça marche ? Tu as réussi à sympathiser avec tes trois homologues masculins ?

- Plus ou moins, éluda Pansy.

Ne pas penser au baiser avec Ron. Ne pas penser au baiser avec Ron. Ne pas penser au baiser avec Ron.

- Ouh là, c'est évasif comme réponse, remarqua Ariana. Ça ne se passe pas bien avec l'un d'entre eux ?

- Si, je m'entends assez bien avec mon collègue de Serdaigle et avec mon collègue de Poufsouffle.

- Et celui de Gryffondor ?

- C'est un peu compliqué à expliquer. C'est avec lui que je m'entends le mieux mais... il y a eu un petit malaise lors de la dernière ronde qu'on a faite ensemble.

- D'accord, on imagine que tu ne veux pas en dire plus pour le moment alors tu nous en parleras plus tard si tu le souhaites, proposa gentiment Owain.

Pansy acquiesça, soulagée.

- En tout cas, tu ne nous mentais pas quand tu disais que tu avais passé trois premiers mois agités à Poudlard !

- Et encore, je ne vous ai pas tout dit en détails, renchérit Pansy. Jusque-là, je vous ai surtout parlé des cours mais le plus intéressant c'est ce qui se passe en-dehors des cours. Même en dix jours, je ne vais pas pouvoir tout vous dire ! À moins qu'on y passe le jour et la nuit...

- Crois-moi, j'aimerais bien, mais ça ne va pas être possible, déclara Owain.

- Je sais bien, il faut qu'on dorme, quand-même.

- Surtout ta mère et toi, oui.

Pansy fronça les sourcils.

- Pour moi, je comprends, mais pour maman... Attendez, vous n'allez quand-même pas m'annoncer un truc grave aujourd'hui ?!

- Bien sûr que non, pour qui nous prends-tu ? s'offusqua faussement Ariana. Il n'y a absolument rien de grave. Tout va au contraire très bien.

- C'est ton travail qui t'épuise, alors ? demanda Pansy à sa mère.

- Pas pour l'instant.

Pansy eut un bug. Elle y avait bien pensé mais... non, ce n'était pas possible.

- Je crois qu'il y a quelque chose que je ne comprends pas, là, lâcha Pansy. Je ne vois qu'une seule possibilité mais... ça ne peut pas être ça. Vous avez eu tant de mal à m'avoir... Vous aviez décidé de ne plus rien tenter après moi...

- C'est vrai et nous avons tenu parole, assura Owain. Mais la médicomagie a toujours été et restera toujours quelque chose de mystérieux.

- Alors... commença Pansy, la voix remplie d'espoir.

- Oui, nous serons bientôt un de plus dans la famille, annonça Ariana avec émotion.

Pansy sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle savait combien cela avait été dur pour ses parents de devoir se résigner à n'avoir qu'un enfant. Ils avaient eu tellement de difficultés à l'avoir, elle, qu'ils n'avaient pas voulu s'acharner à essayer d'avoir un autre enfant. Surtout qu'elle était née à seulement six mois de grossesse et qu'elle aurait très bien pu ne pas tenir le coup... C'est pourquoi elle fut soudain partagée entre la joie et l'inquiétude. Son père dut s'en apercevoir car il la rassura :

- Cette grossesse n'a rien à voir avec les autres, elle est tout à fait normale et elle ne présente aucun risque. Elle doit tout de même être surveillée, évidemment, mais beaucoup moins que les grossesses précédentes.

Pansy se sentit soulagée. Mais elle se posait quand-même mille et une questions.

- Ça me rassure mais je ne comprends toujours pas comment ce bébé a pu être conçu alors que maman n'était plus sous le traitement qu'elle a dû prendre pour les autres grossesses...

- Comme je te l'ai dit, c'est un mystère. Mais il se peut que le problème qu'avait ta mère soit passé avec le temps. Sans traitement pour y remédier, ce problème altérait fortement les possibilités de mener une grossesse à terme. Mais arrivé à un âge où il n'est presque plus possible de procréer, ce problème a pu disparaître.

- C'est plausible, approuva Pansy. Mais c'est justement ça qui m'étonne. Normalement, dépassée la quarantaine, ça devient très compliqué pour une femme d'avoir un enfant...

- Que veux-tu, ta mère n'est pas comme les autres, se moqua Owain. Mais il ne faudra pas espérer un deuxième miracle. Il n'y aura pas d'autre grossesse après celle-là.

- Ce n'est pas grave, celle-ci était déjà inespérée... En tout cas je suis trop contente. Et il est prévu pour quand alors, ce bébé ?

- Pour mi-juillet, si tout se passe bien.

- Super, je pourrai le voir dès sa naissance ! Enfin, le lendemain, rectifia Pansy. C'est parfait comme timing. Vous n'auriez pas pu mieux faire.

- Rien n'était prévu, s'amusa Ariana. Mais nous sommes ravis que la nouvelle te plaise. Cela a été dur de te le cacher depuis le début des vacances. Surtout que tu es arrivée une semaine plus tôt que d'habitude !

- Désolée, dit Pansy en riant. Vous n'avez qu'à vous en prendre à la météo. Et à l'épidémie de grippe à Poudlard. Bon, vous auriez très bien pu me le dire avant mais je comprends que vous ayez voulu attendre Noël pour me l'annoncer. Quoi qu'il en soit, je vous promets d'être sage à Poudlard pour que vous ne receviez pas de lettre du directeur.

- On n'en a jamais reçu en plus de quatre ans, on espère bien que ce n'est pas cette année que ça va commencer, rétorqua Owain. Bon, qui a de la place pour le dessert ?

- Moi, mais une petite part seulement.

- Bien, je ramène ça de suite.

Alors que son père quittait le salon, Pansy se tourna vers sa mère.

- Il est aux petits soins.

- Encore plus que d'habitude, confirma Ariana. Mais sans trop en faire pour autant.

- Il est parfait, quoi. En fait, nous sommes tous parfaits dans cette famille, plaisanta Pansy. Du coup le bébé le sera sûrement aussi. Au fait, est-ce que je peux le dire à Draco, Blaise et Théo ?

- Bien sûr, nous n'allons pas t'en empêcher, voyons ! Bon, évite quand-même de le crier sur tous les toits sinon tu vas vite te retrouver harcelée de questions.

- Je ne le dirai qu'à mes amis. Et à mon binôme de travail, peut-être.

- Et à tes collègues préfets, et à tes coéquipiers de Quidditch, et à tes camarades de maison...

Pansy grimaça.

- J'ai peut-être un peu trop de contacts...

Ariana se mit à rire.

- Tu es bien la seule qui s'en plaigne ! C'est bien, au contraire. C'est toujours intéressant d'avoir des connaissances un peu partout. Bon, dis-moi-en plus sur tes rondes. Tu as forcément dû en avoir certaines plus animées que d'autres ?

- Oh ça oui !

En attendant le dessert qui n'était pas totalement prêt, Pansy raconta plusieurs rondes qui l'avaient marquée. Elle était tellement heureuse qu'elle parlait sans pouvoir s'arrêter. La nouvelle de cette grossesse l'avait vraiment mise en joie. C'était l'un des meilleurs Noëls qu'elle avait connus jusque-là. Et avec le petit bout de chou qui allait arriver, elle savait que les prochains Noëls allaient être cent fois meilleurs. Elle avait déjà hâte d'y être...

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POV Théo

.

Théo était plutôt content. Il avait pu sortir et il en avait profité pour aller voir les Sombrals et les licornes. Le froid ne les avait pas empêchés de montrer le bout de leur nez. Théo était resté une heure avec les Sombrals et un peu plus d'une heure et demie avec les licornes. L'une d'entre elles avait dû voir qu'il n'était pas au top de sa forme car elle lui avait gentiment mordillé les cheveux. Cela avait suffi à le faire sourire. Là, il rentrait actuellement au château. Il commençait vraiment à faire froid et il n'avait pas envie d'attraper un vilain rhume. Il savait qu'il aurait Blaise et Draco sur le dos jusqu'à la fin des vacances s'il attrapait froid en ayant passé trop de temps dehors alors qu'il faisait moins dix degrés. Mais Blaise lui avait offert un super pull qu'il s'était empressé de mettre et qui lui tenait bien chaud. Lui avait trouvé pour Blaise un jeu sorcier que son ami voulait depuis un bon moment. Blaise en avait sauté de joie. Quant à Draco, Théo lui avait offert un bloc à dessin très complet, avec toutes sortes de parchemins et tout le matériel possible et imaginable. Draco n'en était pas revenu. Il ne savait même pas que Théo s'était rendu compte qu'il dessinait souvent. Théo avait préféré éviter de lui dire que ça faisait quatre ans qu'il le connaissait, qu'il passait littéralement sa vie avec lui dix mois sur douze et qu'il avait donc effectivement remarqué ce genre de choses. En fait, il n'avait tout simplement rien voulu dire face à la joie de Draco. Son cadeau lui avait plu et c'était tout ce qui comptait pour lui. Draco serait sûrement d'ailleurs en train de dessiner lorsque Théo rentrerait dans le dortoir. Ou alors il serait en train de jouer au jeu que lui avait offert Blaise. Quoi qu'il en soit, Théo savait que ses amis seraient forcément occupés.

Alors qu'il était sur le point de prendre la direction de sa salle commune, Théo réalisa soudain qu'il avait oublié de faire quelque chose lorsqu'il était allé aux cuisines pour prendre de la viande pour les Sombrals. Deux mois plus tôt, Harry lui avait dit qu'il y avait un elfe aux cuisines qui adorait les vêtements en tout genres et qu'il affectionnait tout particulièrement les bonnets et les chaussettes. Théo, qui avait déjà vu cet elfe maintes fois en allant prendre de la viande, avait alors décidé de lui offrir plusieurs bonnets et plusieurs paires de chaussettes. Mais il avait complètement oublié de les lui donner lorsqu'il était dans les cuisines. Il y retourna donc, étant vraiment déterminé à offrir ces cadeaux à Dobby. D'une, parce qu'il était hyper gentil, et de deux, parce qu'il avait essayé de sauver Harry, même s'il avait failli faire tout le contraire. Mais il avait bien compris que Dobby était très attaché à Harry et que c'était réciproque. En sachant cela, Théo s'était alors tout naturellement pris lui aussi d'affection pour cet elfe. Lorsqu'il arriva aux cuisines, il fut justement accueilli par Dobby.

- Monsieur Nott a-t-il besoin d'autres morceaux de viande ? lui demanda aussitôt l'elfe.

- Non, c'est bon, les Sombrals ont bien été nourris, répondit Théo en souriant. Je voulais juste te donner quelque chose.

Théo sortit de son sac les bonnets et les chaussettes qu'il tendit à Dobby. Celui-ci les regarda avec un air émerveillé.

- Des bonnets et des chaussettes pour Dobby ?

- Oui, Harry m'a dit que tu adorais ça. Il ne peut pas venir te voir cette année alors j'ai en quelque sorte un peu pris sa place.

Les yeux de Dobby se remplirent de larmes.

- Dobby est tellement touché ! Dobby remercie M. Nott de tout son coeur d'avoir pensé à lui. Dobby est heureux et espère revoir très vite son grand ami Harry Potter !

- Je lui passerai le message quand je le reverrai, promit Théo. Je vais y aller, mais je reviendrai vite et la prochaine fois, j'essaierai de venir te voir avec Harry.

Dobby eut tellement l'air aux anges à cette idée que Théo eut l'impression de lui avoir fait un autre cadeau avec cette promesse. Ce fut avec les remerciements émus de Dobby qu'il quitta les cuisines. Cette fois, il prit pour de bon la direction de sa salle commune. Lorsqu'il y arriva, il constata qu'elle était relativement pleine. Il y trouva notamment Blaise en train de faire une partie de son jeu avec deux élèves de leur maison. Car ce jeu avait la particularité de pouvoir se jouer seul ou à plusieurs. Théo sourit en entendant son meilleur ami pester contre une des règles du jeu puis il se dirigea vers les escaliers. Une fois arrivé, il rejoignit directement son lit. Il prit un des livres que lui avait offerts Draco et se plongea dedans. C'étaient des ouvrages sur l'astronomie, les plantes, les créatures et les potions que Théo n'avait encore jamais lus. Et vu l'épaisseur des livres, il en avait pour des semaines et des semaines de lecture ! Bien que captivé par son livre, son attention en fut détournée lorsqu'il entendit ses rideaux s'ouvrir tout doucement. Il leva les yeux et sourit en voyant que c'était Draco. En même temps, ça pouvait difficilement être quelqu'un d'autre puisque Blaise était dans la salle commune tandis que Crabbe et Goyle étaient rentrés chez leurs mères.

- Je ne te dérange pas ? demanda Draco.

- Non, pas du tout. Mais que fais-tu ici ? Tu veux me parler ?

- En quelque sorte. Je... je voulais surtout t'offrir quelque chose, en fait.

Théo haussa les sourcils.

- C'était ce matin, la distribution des cadeaux, plaisanta-t-il.

- Je sais mais je préférais te le donner à part. Tiens.

Intrigué, Théo prit le grand sac que Draco lui tendait.

- Vu que je ne pouvais pas l'emballer, tu peux d'abord essayer de deviner ce que c'est.

Théo acquiesça et plongea la main dans le sac. Il rencontra quelque chose de duveteux.

- C'est tout doux, dit-il, agréablement surpris. Tu m'as offert un chat ? ajouta-t-il, rieur.

- Zut, j'avais hésité, rigola Draco. Mais tu n'es pas si loin, en fait. Bon, tu peux découvrir ce que c'est.

Théo céda à la curiosité et sortit du sac le cadeau de Draco. Il laissa échapper une exclamation de stupeur en voyant qu'il s'agissait d'une licorne en peluche. Taille XXL. Théo en eut la voix coupée et les larmes aux yeux tellement il était ému. Il savait pourquoi Draco lui offrait ça et ça le touchait profondément.

- Tu m'as dit que tu n'avais jamais eu de doudou et qu'inconsciemment, ça t'avait manqué. C'est plus une grosse peluche qu'autre chose mais... ça peut faire office de doudou.

- C'est... je n'ai pas les mots, dit Théo en caressant la tête de la licorne du bout des doigts. Tu n'étais pas obligé...

- Si. Je t'ai fait du mal à plusieurs reprises depuis la rentrée et tu ne m'as pourtant jamais lâché. Tu as toujours été là, quoi que je fasse. Alors cette peluche, c'est une façon pour moi de te remercier.

- C'est vraiment adorable, murmura Théo.

- Je sais que normalement, les licornes, c'est pour les petites filles, mais vu que c'est ta créature préférée...

- C'est très bien comme ça, assura Théo en souriant. Je vais pouvoir la présenter aux vraies licornes.

- Elles risquent de te faire une crise de jalousie, se moqua Draco.

- Oui bah ce n'est pas contre elles que je vais me blottir la nuit pour avoir du réconfort, renchérit Théo. Elles, je les vois en journée. Ma peluche, c'est pour la nuit.

- Eh bien j'espère que tu vas en passer des meilleures, souhaita Draco. Bon, faut que j'y aille, je dois rendre un livre à la bibliothèque.

- Aujourd'hui ? s'étonna Théo.

- Oui, je l'ai emprunté le vingt-cinq novembre et je l'avais pour un mois, grimaça Draco. J'aurais dû attendre un jour de plus pour l'emprunter. J'ai trop la flemme d'y aller. Si seulement la bibliothèque pouvait être fermée... Mais même le vingt-cinq décembre elle est ouverte. Mme Pince ne doit pas connaître le mot «fêtes» ou «repos»...

- Elle ne doit pas avoir grand-chose d'autre à faire, elle n'a pas de copies à corriger, pas de cours à préparer, et si elle veut lire un livre, la bibliothèque est le meilleur endroit pour ça, alors autant y rester et y passer tous les jours de l'année.

- J'avoue qu'en-dehors de sa bibliothèque, elle doit s'ennuyer. Il faut lui trouver quelqu'un, plaisanta Draco.

- C'est déjà fait.

- QUOI ?! Tu... tu lui as trouvé quelqu'un ?!

- Mais non, dit Théo en levant les yeux au ciel. Je voulais juste dire par-là qu'elle était déjà avec quelqu'un.

- Mais... mais... comment tu le sais ?!

- Des indices par-ci par-là.

- Je n'ai pas envie de savoir qui c'est. Enfin si. Enfin non. Raaaah je sais pas ! Mais je ne peux pas imaginer Pince avec quelqu'un. J'ai encore moins envie d'aller rendre mon livre, du coup...

- Laisse, je vais m'en occuper, dit gentiment Théo.

- Mais tu es rentré il n'y a pas longtemps, protesta Draco. Tu ne vas pas déjà ressortir...

- J'ai la bougeotte, aujourd'hui, s'amusa Théo. Et ça ne me dérange pas du tout. Après, tu préfères peut-être que je reste pour te tenir compagnie...

- Non, c'est bon, t'inquiète, j'ai de quoi m'occuper, le rassura Draco. Je vais retourner à mon jeu et à mon bloc à dessin.

- Les deux en même temps ? s'étonna Théo.

- Oui, je dessine le jeu que m'a offert Blaise. C'est une façon de relier vos deux cadeaux.

- Oh...

Théo était très touché par cette idée. Il avait hâte de voir le résultat. Draco aimait autant le dessin qu'il était doué dans ce domaine. Il avait une vraie âme d'artiste.

- Tu nous montreras l'oeuvre en avant-première ? demanda Théo en souriant.

- Bien sûr, répondit Draco sur le ton de l'évidence. Je vais essayer de la dupliquer pour que vous ayez chacun votre exemplaire. Mais je ne suis pas très doué pour ça, ajouta-t-il avec une grimace.

- Je le ferai, promit Théo. Bon, donne-moi ton livre, je vais y aller maintenant.

- Tu es trop gentil, merci !

Draco alla chercher son livre et revint quelques minutes plus tard. Il donna le livre à Théo qui le mit dans son sac.

- Je vais sûrement en profiter pour prendre quelques livres. Donc ne t'étonne pas si je mets du temps à revenir.

- D'accord, j'attendrai vingt-trois heures pour signaler une disparition inquiétante.

Théo leva de nouveau les yeux au ciel tout en secouant la tête.

- Allez, j'y vais. À tout à l'heure.

Théo quitta le dortoir, descendit à la salle commune et en sortit après avoir échangé quelques mots avec un des poursuiveurs remplaçants de l'équipe. Il prit la direction des escaliers, devant se rendre au quatrième étage pour aller à la bibliothèque. Sur le chemin, il croisa Justin. Ou, du moins, il le vit arriver en face de lui. Il eut une brusque envie de faire demi-tour. Ils ne s'étaient pas revus depuis le baiser et Théo pensait que c'était mieux ainsi. Il ne supportait pas d'avoir été rejeté de la sorte par Justin et que ce dernier considère ce baiser comme une «erreur». Draco disait qu'il était déprimé mais Théo, en toute mauvaise foi, répliquait que c'était faux. Il n'avait en revanche rien pour expliquer son comportement depuis qu'il avait échangé ce baiser avec Justin. À savoir qu'un jour il était plongé dans un mutisme et que le lendemain il passait son temps à râler. Il savait, au fond de lui, que ce n'était pas normal mais il refusait d'admettre qu'il déprimait. Il était juste déçu de l'attitude de Justin. Cela n'avait rien à voir. Quoi qu'il en soit, il n'avait pas envie de voir Justin. C'était au-dessus de ses forces. Il ne pouvait pas faire comme si rien ne s'était passé. Il ne pouvait pas faire comme si ce baiser n'avait pas existé. Mais il ne voulait pas se conduire comme un lâche. Il coupa alors la poire en deux : il ne fit pas demi-tour mais il passa à côté de Justin sans faire mine de le voir. Mais Justin le vit aussi et contrairement à Théo, il ne l'ignora pas. Il le retint par le bras, le forçant ainsi à s'arrêter.

- Tu m'évites, Théo ? demanda-t-il, l'air étonné.

- Pas du tout, répondit Théo en déviant le regard.

- Ce n'est pas l'impression que ça donne. Si j'ai fait quelque chose, je préfère que tu me le dises.

Théo fut tellement sidéré qu'il en oublia d'éviter le regard de Justin. Il le fixa d'un air franchement perplexe. Justin sembla alors comprendre et eut la décence de paraître mal à l'aise.

- Oh, c'est par rapport à ce qui s'est passé la dernière fois qu'on s'est vus ?

- Je n'ai pas envie d'en parler ici, lâcha Théo. Ni où que ce soit d'autre, d'ailleurs. Je ne veux pas en parler tout court. C'est toi-même qui a dit qu'on devait oublier.

- Oui, et tu étais d'accord avec ça, rappela Justin.

Théo haussa les épaules. Justin fronça les sourcils.

- Tu as dit ça pour me faire plaisir ?

- À partir du moment où tu considérais ce baiser comme une erreur et que tu ne voulais plus en parler, je n'avais pas d'autre choix que te dire que j'étais d'accord.

Justin sembla surpris avant qu'un éclair de compréhension ne traverse soudain son regard.

- Ce baiser n'était pas une erreur, pour toi ? devina-t-il.

Théo détourna une fois de plus le regard, terriblement gêné d'avoir été ainsi percé à jour. Sans crier gare, Justin le poussa soudain en arrière et le fit reculer jusqu'aux toilettes qui se trouvaient juste derrière lui. Il n'eut pas le temps de protester qu'il se retrouva dans une cabine avec Justin. Il n'eut pas non plus l'occasion de dire quoi que ce soit puisqu'une bouche se posa aussitôt sur la sienne. Bien que déboussolé, Théo ne put s'empêcher d'apprécier la sensation des lèvres de Justin sur les siennes. La chaleur monta très vite en lui, comme lorsqu'ils s'étaient retrouvés seuls dans la salle des binômes quelques jours plus tôt. Il se dit vaguement qu'il devrait repousser Justin, qu'il devrait lui dire qu'il fallait qu'il sache ce qu'il voulait, qu'il devrait lui dire qu'il n'était pas un jouet que Justin pouvait manipuler selon ses envies... mais il ne fit rien de tout cela. Car Justin l'embrassait et c'était sûrement la chose qu'il aimait le plus au monde. Alors il entrouvrit les lèvres dès que Justin exerça une pression contre elles. Leurs langues purent ainsi se rencontrer, se taquiner et s'enrouler l'une autour de l'autre dans un ballet à la fois doux et sensuel. Théo n'était pas encore habitué à cela mais Justin ne lui en tint pas rigueur et mena la danse de façon tout à fait naturelle. Cela n'empêcha pas Théo de participer comme il le put, si bien qu'il contribua à rendre le baiser beaucoup plus ardent et passionné que celui qu'ils avaient échangé dans la salle des binômes. Il oublia complètement qu'ils se trouvaient dans une cabine de toilettes du deuxième ou du troisième étage – il ne savait même plus. Tout ce qui comptait à l'instant présent, c'était Justin. Son esprit était entièrement focalisé sur la langue de son binôme qui jouait avec la sienne et son corps qui se pressait contre le sien. Mais les lèvres de Justin finirent par délaisser les siennes pour aller se perdre dans son cou. Mécontent, Théo voulut protester mais il ne put que gémir lorsque Justin mordilla une zone très sensible de son cou. Justin réitéra son geste et Théo gémit de nouveau. Sa respiration devint haletante sans qu'il ne sache pourquoi. Il sut cependant qu'il était temps de mettre un terme à cette étreinte. Il repoussa donc doucement Justin qui cessa aussitôt ses activités dans son cou en relevant brusquement la tête. Il avait l'air inquiet.

- J'ai fait quelque chose de mal ?

Théo se mordilla la lèvre. Il ne savait pas pourquoi il avait repoussé Justin, il avait juste senti qu'il devait le faire.

- Je ne sais pas, je... je commençais à me sentir bizarre, je crois que ça m'a fait un peu peur. Mais j'aimais pourtant énormément ce que tu faisais...

Justin sembla alors confus.

- Tu as eu raison de me pousser à arrêter, dans ce cas. À vrai dire, je ressentais la même chose mais pour moi, c'était... normal. Mais je comprends que ça puisse être déstabilisant pour toi. De toute façon, je n'aurais pas dû aller aussi loin. Je suis désolé.

Comme quelques jours plus tôt, Théo eut de nouveau l'impression d'avoir reçu un coup de poignard en plein coeur. Il ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Justin dut soudain réaliser ce qu'il venait de dire car il écarquilla les yeux :

- Non, ce n'est pas du tout ce que tu crois ! s'écria-t-il. Je ne regrette absolument pas ce baiser, je voulais juste dire que mes lèvres auraient dû rester sur les tiennes. Je suis désolé, je me suis mal exprimé...

Théo sentit un immense soulagement l'envahir. Il était tellement heureux que Justin ne se défile pas cette fois qu'il l'embrassa sur un coup de tête. D'abord surpris, Justin répondit vite au baiser. Celui-ci fut beaucoup plus doux que le précédent. Il dura moins longtemps, aussi. Ce fut Justin qui sépara leurs lèvres au bout de quelques minutes.

- Pardon de t'avoir blessé, murmura-t-il. C'était la dernière chose que je voulais faire.

- Je ne t'en veux plus, assura Théo.

- Donc tu m'en voulais ? C'est pour ça que tu m'évitais ?

Théo se sentit rougir. Justin le regarda tendrement en souriant.

- Je suis vraiment désolé. Je me suis comporté comme un parfait imbécile...

- C'est surtout que je n'arrivais plus à te suivre... Et je ne te suis toujours pas, d'ailleurs. Tu viens de m'embrasser pour la troisième fois alors que tu es censé être hétéro et en couple... Je ne comprends plus rien, moi.

Justin soupira.

- Je suis encore plus perdu que toi. Ça fait des semaines que j'essaie de le nier mais là je ne peux plus faire l'autruche. Je suis attiré par toi.

Théo baissa les yeux, gêné par cette révélation. Bien sûr, il s'en doutait mais cela le mettait mal à l'aise de l'entendre. Il était néanmoins soulagé que Justin l'ait enfin admis. À lui d'en faire autant, désormais. Justin dut visiblement avoir la même pensée :

- J'ai cru comprendre que c'était réciproque ?

- Oui, répondit Théo sans hésiter.

À quoi bon nier ? Justin avait compris et Théo détestait mentir. En plus, Justin avait été franc avec lui, alors il devait l'être lui aussi.

- Je m'en veux encore plus de t'avoir rejeté après t'avoir embrassé jeudi dans la salle des binômes, grimaça Justin. Je n'imagine même pas à quel point j'ai dû te blesser...

- C'est oublié, maintenant, dit Théo. Mais il y a quand-même des petites choses qui me chiffonnent dans tout ça.

- Quoi ?

- Déjà, comment ça se fait que tu sois attiré par moi alors que tu es censé être hétéro ?

- Je ne sais pas. C'est peut-être à force de passer du temps ensemble. J'ai appris à te connaître, à apprécier la personne que tu es et c'est sûrement ça qui m'attire. Mais ça ne veut pas dire pour autant que je suis attiré par les garçons. C'est juste toi. Sinon, à part ça, je suis hétéro.

La déception envahit Théo. Il avait cru que Justin admettait enfin qu'il était gay ou au moins bi. Mais non, il admettait juste être attiré par lui. En-dehors de ça, il se considérait toujours comme hétéro. Les choses n'avaient pas tant avancé que ça.

- Qu'est-ce qui te chiffonnait d'autre ? reprit Justin.

Théo sortit de ses pensées. Il releva la tête et planta son regard dans celui de Justin.

- Tu es en couple.

Justin détourna le regard.

- J'aurais dû me douter que tu me dirais ça. Mais je ne veux pas y penser pour le moment. Je veux juste qu'on profite du temps qu'il nous reste avant la rentrée. Qu'on se voit quand on en a envie, sans se poser de questions. Ne pense pas à ma situation amoureuse, d'accord ? Ça ne regarde que moi. Tu n'as pas à te sentir coupable de quoi que ce soit.

- Plus facile à dire qu'à faire, répliqua Théo. J'ai l'impression de profiter de l'absence d'Emily pour lui voler son petit-ami...

- Non, c'est faux. Je ne veux pas que tu t'en veuilles pour ça. Dis-toi que ce qu'elle ne sait pas ne peut pas lui faire de mal... Je veux vraiment qu'on ne pense qu'à nous jusqu'à la rentrée. Tu aimes quand on s'embrasse, non ?

- Est-ce que j'ai vraiment besoin de répondre à cette question ? ironisa Théo. Bien sûr que j'aime.

- Ne pense qu'à ça, alors. Il n'y a que ça qui compte quand on est ensemble. On se voit, on passe du temps ensemble, on parle, on s'embrasse et on ne pense à rien d'autre. On s'en fiche du reste.

Théo soupira à son tour. Il n'était pas du tout d'accord avec la vision des choses de Justin mais il n'avait pas envie de parlementer. Il en avait assez de tergiverser pour tout et n'importe quoi. C'était épuisant et Théo voulait au contraire se reposer. Il décida alors d'abdiquer.

- D'accord, finit-il par dire. On fait comme ça.

Justin sourit et déposa un léger baiser sur les lèvres de Théo.

- Où est-ce que tu allais ? demanda-t-il ensuite.

- À la bibliothèque.

- Encore ? demanda Justin, effaré.

Théo se mit à rire.

- C'était pour rendre un livre que Draco a emprunté. Il avait la flemme d'y aller alors j'ai décidé d'y aller à sa place.

- Tu es trop gentil.

- J'avais besoin de bouger. Alors j'ai sauté sur l'occasion. Et toi, tu venais d'où ?

- De la volière. Je rentrais à ma salle commune. D'ailleurs, je vais devoir y aller, j'ai dit à Ernie que je revenais vite, il va se demander où je suis passé si je traîne trop.

- D'accord, on se reverra sûrement d'ici la fin de la semaine. Mais ce serait bien qu'on se voit dans un autre endroit.

Un doute traversa soudain l'esprit de Théo alors qu'il venait de se rappeler où ils étaient. Paniqué, il demanda :

- Attends, j'espère que personne ne nous a vus quand tu m'as entraîné ici ?!

- Non, ne t'inquiète pas, j'ai justement vérifié s'il n'y avait personne et c'était le cas. Le couloir était désert.

- Tant mieux, dit Théo, soulagé. Mais je préférerais quand-même qu'on se voit ailleurs.

- J'essaierai de trouver un meilleur endroit, promit Justin. Allez, j'y vais. À très vite j'espère.

Il embrassa une dernière fois Théo puis il sortit de la cabine. Théo soupira. Il regrettait déjà d'avoir cédé. Il n'était pas du tout prêt à vivre une relation cachée avec quelqu'un qui était déjà en couple et qui n'assumait même pas d'être attiré par les garçons. En se faisant cette pensée, Théo réalisa à quel point la situation dans laquelle il venait de se mettre était compliquée. Il gémit. Mais pourquoi avait-il accepté de s'embarquer dans une telle galère ?! La réponse était évidente : parce qu'il aimait Justin. Mais ce n'était pas une raison. Il aurait dû écouter sa raison. Enfin, encore aurait-il fallu qu'elle se manifeste... Ce qui n'avait pas été le cas. Elle avait un peu été aux abonnés absents. Ses sentiments avaient pris le dessus. Alors qu'il avait toujours le contrôle, normalement. Il soupira de nouveau. Cela ne servait à rien d'y penser. Ce qui était fait était fait. Il ne lui restait plus qu'à faire ce que Justin avait dit : profiter du temps qu'il leur restait avant la rentrée pour se voir quand ils en avaient envie. Car à partir de la rentrée, cela allait être beaucoup plus compliqué. Tout allait reprendre : les cours, les séances de travail en binôme, les entraînements de Quidditch... Et puis, surtout, Justin allait retrouver sa petite-amie. Qu'allait-il se passer à ce moment-là ? Qu'adviendrait-il de sa relation avec Justin ? Théo préféra ne pas y songer pour le moment. La situation était déjà bien assez compliquée comme ça pour qu'il y rajoute des questions auxquelles il n'aurait de toute façon pas de réponses. Ce fut sur cette résolution qu'il sortit à son tour de la cabine, puis des toilettes. Il eut soudain un trou de mémoire. Pourquoi était-il parti se promener dans le château ? Ah oui, pour rendre le livre qu'avait emprunté Draco. Et en prendre d'autres par la même occasion. Il avait déjà ceux de Draco à lire mais il aimait bien alterner. Et il avait besoin de s'occuper l'esprit. Et pour ça, rien de tel qu'une tonne de livres qui viendraient envahir un peu plus son espace dans le dortoir. Il allait juste devoir trouver de la place. Mais ça, ça lui semblait bien plus faisable que gérer le champ de bataille qu'était sa vie sentimentale.

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(mardi 26/12) POV Remus

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Remus venait juste de terminer son petit-déjeuner lorsque Harry se leva. Il vit aussitôt que ça n'allait pas. Harry ne tarda pas à le confirmer :

- Je ne me sens pas bien. Je crois que j'ai trop mangé hier. Ou alors c'est la gastro. Je n'en sais rien.

- Qu'est-ce que tu as exactement ? demanda Remus, anxieux.

- Je suis allé vomir deux fois et je sens que je vais devoir y retourner. Et je n'ai pas faim du tout. Je ne peux absolument rien avaler. J'ai un peu mal au ventre, aussi.

Tout cela ne rassura pas Remus. Il ne savait pas quoi faire et il sentait le stress l'envahir. En temps normal, il n'aurait aucun mal à garder son calme mais là, il s'agissait de Harry et il était fragile. Il ne savait pas s'il avait ce qu'il fallait pour faire passer les nausées et les maux de ventre et même s'il avait les potions adéquates, il ignorait si Harry pouvait les prendre. C'était peut-être contre-indiqué à cause de toutes les potions qu'il avait déjà à prendre... Il n'y avait donc qu'une seule chose à faire. Au moindre problème, Severus leur avait dit qu'il fallait le contacter. Peu importe le jour ou l'heure. Cela dérangeait beaucoup Remus, surtout un lendemain de fêtes à huit heures du matin mais il n'y avait pas d'autre choix.

- Je vais faire appel à Severus, dit-il à Harry.

- Mais il est beaucoup trop tôt ! protesta celui-ci.

- Je sais mais il n'y a que lui qui puisse faire quelque chose. Je ne peux pas te laisser comme ça. Et puis si j'attends onze heures et que tu vas de plus en plus mal, Severus va me passer un savon en me disant que j'aurais dû le faire venir plus tôt. Ta santé passe avant tout, Harry.

- Mais tu t'angoisses pour rien, Remus. J'ai juste...

Harry ne termina pas sa phrase et se leva pour quitter précipitamment le salon. Remus soupira et sortit sa baguette. Il invoqua son Patronus et lui délivra un message pour Severus. Il expliqua vite fait la situation et demanda à Severus de venir directement par voie de cheminée. Cinq minutes plus tard, son collègue débarqua dans le salon. Remus se retourna et vit Severus regarder partout autour de lui.

- Où est-il ? demanda-t-il.

- Aux toilettes. Il a été pris de nausées alors qu'il me disait de ne pas m'inquiéter. Il en a de bonnes, lui ! Il se réveille malade et je devrais faire comme si de rien n'était ?!

- Si tu étais dans cet état de panique face à lui, ça ne m'étonne pas qu'il ait essayé de te rassurer...

- Mais Severus...

Remus n'eut pas le temps de protester davantage car Harry revint dans le salon.

- Bonjour, M. Potter. D'après ce que j'ai pu comprendre, vous ne vous sentez pas bien ?

- Oui mais ce n'est rien, ça ne valait pas le coup de vous déranger... J'ai pourtant dit à Remus que...

- Il a bien fait de me faire venir, coupa Severus. Même si je suis persuadé que vous n'avez rien de grave, je suis le seul à pouvoir vous donner ce qu'il faut. Et il faut quand-même vous surveiller. Bon, asseyez-vous et dites-moi ce que vous avez.

Harry répéta la même chose qu'il avait dit à Remus quelques minutes plus tôt.

- Vous avez mangé plus qu'à l'accoutumée, hier soir ?

- Oui, mais sur le moment je ne m'en suis pas vraiment rendu compte, dit Harry, gêné.

- Sirius et moi aurions dû faire attention, se reprocha Remus.

- Lupin, ne commence pas, s'il te plaît. Bon, avec quelques potions et du repos, d'ici ce soir, vous devriez vous sentir beaucoup mieux.

- Je vais quand-même pouvoir venir pour notre séance ? s'inquiéta Harry. Parce que ça fait quand-même cinq jours qu'on n'en a pas eue...

- Tout dépendra de votre état de forme au fil des heures.

Severus se tourna vers Remus.

- Il vaudrait mieux que je l'emmène et que je le garde jusqu'en fin d'après-midi. Histoire de pouvoir le surveiller. Ce sera plus pratique. Mais si tu ne veux pas je comprendrais.

- Je serais peut-être plus rassuré de le savoir sous ta surveillance. Au moins, si ça ne va pas, tu seras près de lui. Mais c'est à Harry qu'il faut demander son avis.

- Que ce soit ici ou ailleurs, je vais passer la journée allongé, alors ça n'a pas grande importance. J'aurais évidemment préféré rester ici mais je ne serai pas de compagnie très bavarde.

- Bien, je vous emmène alors.

- Attends, je voudrais te parler avant que tu ne partes, dit Remus à Severus.

- Si tu veux mais pas trop longtemps.

Remus acquiesça et entraîna Severus hors du salon.

- Tu n'as pas du tout l'air étonné que je te fasse venir un vingt-six décembre à huit heures du matin.

- En effet. Bon, je vais être franc avec toi : je m'y attendais.

- Quoi ?!

- Oui, je savais qu'il n'allait pas se sentir bien aujourd'hui parce qu'il aurait trop mangé la veille. C'était presque inévitable, en fait. C'était évident qu'il allait manger plus que d'habitude et que ça n'allait pas lui réussir.

- Mais pourquoi tu ne nous as rien dit ?! Pourquoi tu ne nous as pas recommandé de faire attention ?

- Car sinon, aucun de vous n'aurait profité des fêtes. Or ton protégé avait besoin de s'amuser et de ne surtout pas se prendre la tête. De toute façon, même si je vous avais dit de faire attention, il serait quand-même un peu malade ce matin puisqu'il n'aurait pas mangé la même chose que d'habitude. Je sais que c'est un peu difficile à concevoir pour toi mais c'était nécessaire. Il réapprend juste à vivre comme tout le monde. Pour le Nouvel An, il fera un peu plus attention, il fera moins d'excès.

- Je comprends. En gros, il devait passer par-là.

- Voilà. C'est pour ça que vous ne devez pas vous en vouloir de ne pas l'avoir restreint. Vous n'avez sans doute même pas eu l'impression qu'il avait trop mangé.

- Non, c'est vrai, admit Remus.

- Donc arrête de te faire des reproches. Vous... Mais attends, il est où, Black ?

- Il dort encore. Je crois qu'il ne va pas se sentir mieux que Harry au réveil.

Severus leva les yeux au ciel.

- Gueule de bois ?

- Je pense, oui. Mais il n'a pas trop abusé non plus. Il tenait encore largement debout.

- Encore heureux. Quel exemple donnerait-il à son filleul qui n'est même pas encore majeur...

- C'est bien pour ça qu'il a quand-même fait attention. Mais ça ne va pas l'empêcher d'être un peu mal au réveil.

- Tu vas devoir être aux petits soins pour lui. Tu vas lui préparer une bonne tambouille pour ce midi et la lui apporter sur un plateau avec en prime une potion pour soigner sa gueule de bois. Ça a du bon que vous partagiez les mêmes appartements. C'est comme si vous viviez en couple, en fait. Sauf que vous n'êtes qu'amis.

Remus dut user de tout son self-contrôle pour ne pas piquer un fard. Comment Severus pouvait-il autant être à côté de la plaque tout en étant aussi proche de la vérité ?

- Ouais, c'est pratique, se contenta-t-il de répondre d'une voix égale.

Severus sembla troublé par sa réponse. Remus retint une grimace. Pourvu qu'il ne se soit pas trahi... Il ne savait pas s'il devenait parano mais il jura voir du soupçon dans le regard de Severus alors que celui-ci le regardait attentivement. Il n'en eut pas la certitude car Severus reprit vite un air neutre.

- Bon, j'y vais. J'ai un patient qui m'attend dans le salon, rappela-t-il.

- Je te suis, dit aussitôt Remus.

Ils retournèrent au salon où patientait Harry.

- Allons-y, dit Severus.

Harry se leva et se dirigea vers la cheminée, Severus sur ses talons. Remus les vit disparaître l'un après l'autre dans la cheminée. Il se sentit un peu seul, tout à coup. Il appréhenda un peu le réveil de Sirius. Il allait devoir lui expliquer pourquoi Harry n'était pas là, ce qu'il avait, pourquoi Severus avait préféré l'emmener avec lui... Enfin, déjà, il allait devoir soigner la gueule de bois de Sirius. Il ignorait si Severus plaisantait quand il parlait de tambouille mais Remus trouva que c'était une bonne idée. Ça allait faire du bien à Sirius, surtout que c'était le repas idéal lorsqu'il faisait moins dix degrés dehors. C'était parfait pour se réchauffer. Il se rendit donc à la cuisine et vérifia qu'il y avait tout pour faire une soupe. Ce fut largement le cas. Vu qu'il n'était que huit heures et demie, il préféra attendre avant de commencer à préparer la soupe. Il retourna au salon et décida de faire un brin de ménage. Comme souvent, ce qui devait être «un brin de ménage» se transforma en ménage complet. Remus était donc en train de dépoussiérer les meubles lorsque Sirius se leva.

- Salut...

La voix de Sirius fit sursauter Remus qui ne l'avait pas entendu entrer. Il se retourna et vit l'air tout endormi de son ami.

- Tu pouvais rester couché un peu plus longtemps. J'avais prévu de t'apporter une soupe pour ce midi.

- Je préférais faire acte de présence. Pour Harry. Où est-il, d'ailleurs ?

- Il n'est pas là, c'est pour ça que tu aurais dû rester couché.

- Oui mais il va forcément venir pour le déjeuner...

- Non, quand je disais qu'il n'était pas là, je voulais dire qu'il n'était pas dans les appartements.

Sirius fronça les sourcils.

- Il est où alors ?

- Chez Severus. Il ne se sentait pas très bien au réveil, et comme je ne savais pas ce que je pouvais lui donner comme potions, j'ai fait venir Severus. On a parlé et on a décidé d'un commun accord qu'il valait mieux que Harry passe la journée chez Severus. S'il se sent mieux en début d'après-midi, ils pourront avoir leur séance de thérapie. Dans tous les cas, Harry sera de retour ce soir.

- Oh... Je me sens un peu bête d'avoir raté tout ça. C'est moi qui aurait dû prendre la décision avec Snape. Je ne t'en veux pas hein, tu as fait ce qu'il fallait et je n'étais pas du tout en état d'avoir une quelconque discussion avec qui que ce soit. Et puis j'aurais sûrement paniqué.

- Je n'étais pas super calme non plus, avoua Remus.

- Mais tu as réussi à gérer la situation. De toute façon tu sais toujours quoi faire avec Harry. Mais là c'est de moi dont j'aimerais que tu t'occupes. J'ai besoin de potions sinon je vais me fracasser la tête contre les murs.

- Je vais aller te chercher ça, annonça Remus en souriant.

Il se leva, quitta le salon et se rendit à la salle de bain. Il prit plusieurs potions avant de retourner au salon.

- Tiens, dit-il en posant les fioles devant Sirius.

- Merci, Remus.

Sirius prit les fioles et les but une par une.

- Toujours aussi infectes. Mais ça fait effet. Je pense qu'elle va bien passer, la soupe de ce midi.

- Il faudrait déjà qu'elle soit faite, plaisanta Remus. J'ai voulu faire un peu de ménage mais comme à chaque fois, ça a fini en ménage complet. Je vais m'y mettre.

Remus se leva de nouveau et rejoignit la cuisine. Il sortit tout ce qu'il fallait pour faire une bonne soupe et se mit joyeusement à la tâche. Parfois, il se disait que Harry avait raison. Il devait vraiment faire de la cuisine son métier. Mais bon, dans le monde magique, c'était un peu compliqué. Il aurait plus de chances de faire ce qu'il voulait dans le monde moldu. Tout en coupant les légumes, il se plut à s'imaginer ouvrir un bar ou un restaurant sur le Chemin de Traverse. Ou dans une autre allée commerciale de Londres. C'était une ville qu'il affectionnait tout particulièrement. Tout à sa rêverie, il n'entendit pas Sirius entrer dans la cuisine. En revanche, il le sentit quand il vint se coller dans son dos. Il l'ignora, pensant que Sirius voulait juste lui faire un câlin. Mais il comprit vite qu'il s'était fourvoyé lorsque les mains de Sirius passèrent sous sa chemise.

- Sirius, je ne sais pas si tu as remarqué mais je suis occupé, là.

- Oh mais vas-y, je t'en prie, continue ce que tu fais.

Comprenant que Sirius était bien décidé à l'embêter, Remus prit le parti de l'ignorer. De toute façon, il savait que Sirius n'allait pas aller bien loin. Quelques caresses et baisers tout au plus. Depuis le premier moment intime qu'ils avaient partagé une semaine plus tôt, ils n'en avaient pas eu d'autres, Harry étant arrivé quelques jours plus tard. Ils s'étaient seulement embrassés quelques fois quand ils étaient sûrs de ne pas risquer de se faire surprendre. Ils avaient aussi échangé quelques caresses mais rien de plus. Remus n'était pas spécialement frustré car la joie d'avoir Harry avec eux surpassait tout le reste. Il pensait donc pouvoir continuer à ignorer Sirius jusqu'à celui-ci se lasse. Ce n'étaient pas quelques caresses qui allaient le perturber ! Il poursuivit sa tâche, à savoir découper les légumes et ne fit pas attention aux mains de Sirius qui caressaient son torse. Il ne leur accorda pas plus d'importance lorsqu'elles jouèrent avec ses tétons. Mais il commençait néanmoins à sentir une chaleur traîtresse monter en lui. Et cette chaleur s'accentua progressivement alors que les doigts s'acharnaient sur ses tétons qui finirent par devenir relativement sensibles. Le sang afflua aussi bien à ses joues qu'à une partie bien plus basse de son anatomie. Il s'efforça tout de même de rester concentré sur ses carottes, ses navets et son potimarron. Mais il ne put s'empêcher de frissonner lorsqu'il sentit le souffle de Sirius tout près de son oreille.

- Tu résistes mais je suis aussi têtu que tu es coriace. Je suis pourtant sûr que mes caresses te font de l'effet. Ce serait tellement plus simple si tu laissais tomber tes légumes pour qu'on puisse prendre du bon temps ensemble... On a au moins cinq heures devant nous, on ferait mieux d'en profiter...

- Et la soupe ? Elle va se faire toute seule ?

- Elle sera tout aussi bonne si tu la prépares à midi ou à treize heures.

- Mais c'est maintenant que j'ai décidé de faire à manger. Tu peux bien attendre après le déjeuner pour me sauter dessus, non ?

- Oui mais c'est maintenant que j'ai envie, singea Sirius.

- Ce n'est pas en te moquant de moi que tu me feras plier.

- M'en fous, j'ai d'autres arguments.

Remus voulut protester mais il sentit soudain une paire de lèvres dans son cou. Elles se mirent à déposer une myriade de baisers qui firent de nouveau frissonner Remus. Ça faisait beaucoup trop longtemps qu'il n'avait pas été embrassé à cet endroit-là. C'était hyper sensible et il n'était pas sûr de pouvoir tenir si Sirius décidait de s'y attarder. Il dut se mordre les lèvres très fort pour s'empêcher de gémir. Il essayait de rester focalisé sur ses carottes mais sa concentration était tellement mise à rude épreuve qu'il faisait plus de la charpie qu'autre chose. À un moment, il sentit une main de Sirius se faufiler dans son pantalon. Ne s'y attendant pas, Remus sursauta violemment. Le couteau suivit le mouvement, dérapa et lui entailla le doigt. Remus laissa échapper un petit cri de douleur, ce qui fit réagir Sirius qui retira précipitamment sa main.

- Remus ça va ?!

- Je me suis coupé, espèce d'imbécile ! siffla Remus.

- Mais je n'en ai pas fait exprès ! Je ne pensais pas que tu allais réagir comme ça ! Je suis vraiment désolé... Attends, je vais chercher de quoi te soigner.

- Je peux y aller moi-même...

- Et mettre du sang partout ? Pour que Harry croit qu'il y a eu un meurtre pendant son absence ? Non et puis c'est de ma faute alors c'est moi qui y vais.

Remus ne chercha pas à discuter et laissa Sirius y aller. Ce dernier revint quelques minutes plus tard avec une lotion désinfectante et un pansement. Il entreprit de soigner lui-même le doigt de Remus qui se laissa faire. Il appréciait que ce soit Sirius, cette fois, qui soit à ses petits soins. En plus il était doux et délicat. Remus trouva les soins de Sirius très agréables. Et puis, cerise sur le gâteau, il était un as pour mettre un pansement sans que celui-ci n'entrave les mouvements du doigt.

- Et voilà ! Tu peux retourner à tes légumes et te servir de ton doigt comme tu veux.

- Où est-ce que tu as appris à mettre des pansements comme ça ?

- C'était au tout début de l'année. Tu n'étais pas encore arrivé au Square. Je faisais justement des aménagements, je me suis coupé le doigt et comme j'en avais besoin, je me suis amusé à essayer de trouver la meilleure façon de mettre le pansement. C'était vraiment de l'amusement, à la base, car je pensais que c'était impossible de le disposer de sorte à ce que ça n'empêche pas de bouger le doigt. Mais j'ai fini par trouver. Bon, pendant que tu prépares la tambouille, je vais aller essayer un autre jeu de cartes.

Sirius déposa un baiser sur les lèvres de Remus puis il quitta la cuisine. Remus se sentit soudain un peu seul. Sirius pouvait être agaçant lorsqu'il l'embêtait mais il lui manquait vite lorsqu'il n'était pas là. Au moins, il allait pouvoir couper ses légumes tranquille. Alors qu'il se remettait à trancher ses carottes, il éprouva une certaine frustration. Sirius avait tout de même réussi à l'exciter avant qu'il ne se coupe le doigt. Il n'était pas loin de craquer et de dire oui pour un moment intime avec Sirius... S'il n'avait pas été aussi fier, il pourrait être en train de prendre son pied à l'heure qu'il était et au lieu de ça, il se retrouvait à couper des carottes. Tant pis, il allait devoir attendre une semaine pour avoir une autre occasion de se faire du bien avec Sirius. Ça allait être long. Très long.

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Comme prévu, Harry fut de retour en fin d'après-midi. Remus remarqua qu'il semblait aller beaucoup mieux tout en ayant l'air épuisé. Severus arriva juste après lui.

- Alors, comment ça va ? demanda Sirius.

- Il va mieux depuis le début d'après-midi et il se sentait suffisamment en forme pour une séance. Mais il a encore besoin de repos alors il doit se coucher tôt et ne pas travailler.

- Très bien, on y veillera, promit Remus. Harry, si tu veux aller te reposer tu peux, Sirius et moi t'appellerons pour le dîner.

Harry acquiesça avant que son regard ne tombe sur la main de Remus. Il fronça les sourcils.

- Qu'est-ce qui t'est arrivé au doigt ?

- Oh, trois fois rien, je me suis juste coupé.

- C'est de ma faute, plaida Sirius. Je m'ennuyais, j'ai voulu embêter Remus alors qu'il était en train de faire la cuisine, je l'ai déconcentré et le couteau a fini par couper son doigt au lieu de la carotte. T'as vu ? C'est moi qui le lui ai mis ! Le pansement, je veux dire, précisa Sirius.

Remus se sentit rougir comme une tomate. Il savait que Sirius avait apporté cette précision de façon tout à fait innocente mais Remus, lui, avait bien vu un double-sens dans la phrase initiale de Sirius. Apparemment, Severus l'avait lui aussi vu puisqu'il arborait un sourire moqueur. Harry, lui, semblait un peu perdu en voyant la réaction de Remus et de Severus. Remus fut soulagé en comprenant qu'il n'avait visiblement pas vu le double-sens.

- On avait compris, Black, dit Severus sans se départir de son sourire. Il vaut peut-être mieux pour Lupin que ce soit un pansement que tu lui aies mis et pas autre chose.

- Tu aurais voulu que je lui mette quoi d'autre ? demanda Sirius, l'air perplexe. Du coton avec du sparadrap ? On n'a pas ça ici. C'est plus un truc moldu que sorcier.

- Je ne parlais pas de ça, rectifia Severus.

De plus en plus gêné par la tournure que prenait la discussion et ne voulant pas laisser l'occasion à Severus d'insister, Remus décida d'intervenir :

- BON, c'est pas tout mais j'ai le dîner à préparer. Avant que tu ne t'en ailles, Severus, est-ce que Harry a des potions à prendre ?

- Oui, il les a avec lui.

- Je vais aller les ranger, d'ailleurs, dit Harry. Et je vais en profiter pour me reposer un peu. Je suis un peu fatigué. Au revoir, professeur. À tout à l'heure, ajouta-t-il à l'adresse de Sirius et Remus.

- Je t'accompagne, Harry, j'ai vu un truc cet après-midi et...

La voix de Sirius se perdit alors qu'il s'éloignait avec Harry.

- Ce n'est pas comme ça qu'il va se reposer, commenta Severus.

- Je préfère savoir leurs oreilles innocentes loin d'ici, lâcha Remus. Tu peux me dire ce qui t'a pris de faire ces sous-entendus graveleux ?!

- Je voulais juste avoir le plaisir de te voir encore plus gêné que tu ne l'étais déjà. Dis-toi que c'est une petite vengeance pour ce que j'ai subi pendant notre cinquième année à Poudlard. Des situations gênantes, j'en ai connu cette année-là et tu aurais pourtant pu les éviter.

- J'aurais dû me douter que tu saisirais la moindre occasion pour te venger, mais je ne pensais pas que tu viendrais sur ce terrain-là.

- Rassure-toi, je ne le referai plus. C'était juste une petite vengeance avant de vraiment tourner la page. Ça ne m'intéresse plus d'être en guerre avec Black et toi. Nos mentalités ont changé et ne sont plus les mêmes que celles que nous avions lorsque nous étions élèves à Poudlard. À vrai dire, quand j'ai su que nous allions être collègues dès la rentrée, j'ai décidé de faire comme si vous n'existiez pas et de vous ignorer autant que possible. Mais évidemment, rien ne se passe jamais comme prévu dans cette école... Il a fallu que je vous ai sur le dos car ce fichu Gryffondor faisait exprès d'être nul en potions...

- Parce que tu le persécutais et qu'il n'avait trouvé que ce moyen pour que tu le laisses tranquille, répliqua Remus.

- Je sais, répondit Severus en levant les yeux au ciel. Je n'aurais pas dû le harceler de la sorte, je le reconnais. Bref, quand j'ai admis qu'il s'était amélioré et que j'ai accepté de faire des efforts, j'ai cru que j'allais être débarrassé de vous. Ça a été le cas mais pas aussi longtemps que je l'aurais voulu. Car il a fallu que ce même Gryffondor requiert mon aide quelques semaines plus tard, que je décide de m'occuper de lui et que je me retrouve par conséquent obligé de m'entretenir quotidiennement avec vous à son sujet... C'est là que je me suis rendu compte que vous n'étiez plus vraiment les mêmes personnes que vous étiez lors de nos années Poudlard.

- Mieux vaux tard que jamais, ironisa Remus. Mais pourquoi me dis-tu tout ça ?

- Je te l'ai dit. J'en ai assez d'être en guerre avec vous.

- Ce n'est plus vraiment le cas.

- C'est vrai. Mais je voulais que ce soit plus... officiel.

- En gros, tu veux qu'on fasse la paix ?

- Voilà. Mais il faut que Black soit d'accord avec ça. Toi je sais que tu le seras forcément. Mais lui...

- Il ne te voit plus de la même manière, Severus. Depuis que tu as sauvé Harry et que tu as décidé de t'occuper de lui, il te voit sous un autre jour. Tout comme Harry et moi, il a compris certaines choses sur toi. Des choses concernant ta vie professionnelle. Mais comme ça ne regarde que toi, je leur ai demandé de ne pas s'attarder là-dessus. Tout ça pour te dire que Sirius acceptera sûrement de faire la paix, lui aussi. Il faudrait juste que vous trouviez un moment pour vous parler. J'essaierai de vous organiser ça. Si je te fais venir ici et que je vous laisse soudain seuls, c'est qu'il y aura une raison.

- C'est tellement Serpentard comme plan.

- J'ai toujours dit qu'on avait tous un peu de Serpentard en nous.

- Oui sauf que toi, tu es toutes les maisons à la fois. Gryffondor parce que le Choixpeau a choisi de t'y mettre et qu'il devait avoir une raison pour ça, Serpentard parce que tu as des plans digne de cette maison, Serdaigle parce que tu adores étudier et Poufsouffle parce que tu acceptes de faire la paix avec moi alors qu'il y a vingt minutes je t'ai gêné devant Black et Potter.

Remus haussa les sourcils avant de se mettre à rire.

- Bien vu ! Je ne m'étais jamais vraiment imaginé appartenir aux quatre maisons. Bon, c'est vrai que le Choixpeau a hésité entre Gryffondor et Serdaigle. Après, je préfère oublier ce qui s'est passé il y a vingt minutes. Sirius et Harry n'ont rien compris, c'est le principal. Mais tu serais prié de ne pas recommencer. Surtout devant Harry, quoi...

- Je savais très bien qu'il ne comprendrait pas l'allusion. Mais c'est bon, je ne le referai plus, j'ai bien compris qu'il y avait certains sujets qui étaient sensibles. On se demande bien pourquoi. Allez, j'y vais. Passez une bonne soirée.

Severus prit congé de Remus sur ces mots et quitta le salon, ayant visiblement décidé de rentrer à ses appartements à pied. Remus était de nouveau rouge comme une tomate. Il était sûr que Severus avait compris quelque chose. Mais il tenta de relativiser. Tant qu'il gardait ça pour lui, ce n'était pas si grave que ça, en soi. Le plus important, c'était qu'ils avaient enfin fait la paix. Il ne s'était pas du tout attendu à ce que Severus prenne ce genre d'initiative. Peut-être était-ce Noël qui avait eu un effet bénéfique sur lui... Ou bien le fait de s'être occupé de Harry et d'avoir pu de nouveau exercer son métier de médicomage... Ou bien était-il peut-être tout simplement amoureux... Remus n'en savait rien mais en tout cas, il était ravi d'avoir enterré la hache de guerre avec Severus. Il ne restait plus qu'à Sirius d'en faire autant. Remus était confiant : il savait qu'il allait accepter. Cette pensée le fit sourire. Qui aurait cru ça quatre mois plus tôt ? Les choses avaient décidément bien changé. Ce n'était que maintenant qu'il s'en rendait vraiment compte. Mais c'était un constat très positif. Remus se plut à penser que les relations allaient peut-être enfin devenir cordiales entre Severus, Sirius et lui. Et il poussa même son optimisme plus loin en se disant que, peut-être, le meilleur était à venir...

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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu =) On se retrouve le dimanche 5 septembre pour le prochain chapitre intitulé «Visites et discussions importantes». Bisous tout le monde !