Bonjour tout le monde ! On se retrouve aujourd'hui pour le trente-huitième chapitre de SAMLP =) Je n'avais pas réalisé que je devais publier le chapitre le même jour que ma pré-rentrée, heureusement qu'elle a lieu à 16h30, ça me laisse laaaaaargement le temps de relire, corriger et publier le chapitre XD

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Butterfly Fictions : Merci pour ta review ! Il va bientôt y avoir une scène Harry/Théo et une scène Harry/Draco, promis =) Heureuse que la discussion entre Harry, Ron et Hermione t'ait plu ! =) Il n'y en a pas beaucoup car ils sont tous dispersés un peu partout mais ça ne les empêche pas de garder leur belle amitié =) Un peu de patience pour l'officialisation du couple Blaise/Ginny XD Ils vont rester cachés jusqu'à la fin des vacances :) Pour Rusard et Pince, je les imagine vraiment bien ensemble XD Aussi désagréables l'un que l'autre XD Draco et Graham vont effectivement rester amis et ils vont toujours être là l'un pour l'autre :) Harry et Draco vont se voir plusieurs fois avant que Harry ne retourne en cours, Draco va vraiment l'accompagner jusqu'au bout de sa convalescence :) Et ça va leur permettre de se rapprocher :) Oui, Severus consacre tout le temps qu'il peut à ses patients, ils sont sa priorité et il fait tout ce qui est en son pouvoir pour les aider :) En effet, Harry ne serait pas la seule victime de la psychomage Forester :/ Ça arrive, pour Severus et Tonks XD Severus va enfin se décider à aller voir Tonks XD Pour ce qui est de Cédric, la réponse est dans ce chapitre =) Tout va s'expliquer :) Ginny est la grande confidente de Harry, sans elle, il aurait difficilement tenu le coup durant sa quatrième année *-* En ce qui concerne Sirius et Remus, ça ne va pas être simple XD Leur relation va connaître des moments compliqués jusqu'à ce qu'ils acceptent tous deux leurs sentiments :) Tu as tout compris, Harry se sent bien avec Sirius et Remus, ce sont eux sa famille, il n'a jamais connu ses parents, il ne se souvient pas des quinze mois qu'il a passés avec eux alors il a du mal à se sentir proche d'eux :/ Il préfère être tourné vers le présent, et non vers le passé :/ J'espère que ce chapitre te plaira ! =)

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Merci à tous ceux qui lisent l'histoire, je vous laisse avec le nouveau chapitre et je vous souhaite une agréable lecture !

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38 – Nouvelle année et déclarations

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(dimanche 31/12) POV Draco

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- Pourquoi es-tu resté ici ?

Draco vit du coin de l'oeil Weasley tourner la tête vers lui. Il regarda à son tour le Gryffondor et tomba sur son air surpris. Il se demanda pourquoi Weasley semblait aussi étonné avant de se rendre compte qu'il venait de lui poser une question assez personnelle. Draco voulut se rétracter mais le rouquin le devança :

- Ça valait mieux pour tout le monde. L'ambiance aurait été trop tendue si Ginny, Fred, George et moi étions rentrés.

Ce fut au tour de Draco d'être surpris. Il avait toujours pensé que les Weasley étaient une famille où tout le monde s'entendait à merveille mais il s'était apparemment trompé.

- Et puis c'est plutôt cool de passer les vacances de Noël à Poudlard, ajouta Weasley. Surtout quand on est préfet. Bon, ce qui est moins cool, par contre, c'est que nos binômes ne restent pas forcément à Poudlard, eux. Mais ça n'aurait pas servi à grand-chose s'ils étaient restés puisqu'il n'y a pas de séances de travail durant les vacances. Ce qui est une bonne chose, en soi. Ça permet de se reposer. Mais...

- On était habitués, compléta Draco.

- C'est ça.

Cette remarque laissa Draco pensif un moment. Il venait tout juste de réaliser qu'ils avaient tous un binôme de travail. Il le savait, bien sûr, mais il n'avait jamais vu ça comme un point commun qu'ils partageaient tous. Cela signifiait qu'ils devaient tous ressentir un certain manque. Car ce concept de travail en binôme avait vraiment changé leur quotidien. Bien plus que Draco ne l'aurait imaginé. Au début, il n'avait franchement pas été convaincu par ce concept. Surtout qu'il avait été mis en binôme avec Harry qu'il détestait encore de toutes ses forces à la rentrée. Il pensait que ça n'allait servir à rien, que ce soit pour lui ou pour les autres. Il s'était lourdement trompé. Évidemment, il savait que ses camarades n'avaient pas tous connu une évolution fulgurante dans leur relation avec leur binôme mais les séances de travail avaient quand-même eu de l'effet sur la grande majorité d'entre eux. Il y avait déjà beaucoup moins de tensions entre les maisons. Et c'était exactement l'effet recherché. Draco ne savait pas en revanche si c'était grâce à cette baisse de tensions ou à force de se côtoyer en tant que préfets qu'il y avait moins d'animosité entre Weasley et lui. Ça non plus, il ne s'en était pas rendu compte jusque-là mais ils étaient actuellement en train de faire une ronde ensemble et Draco voyait bien qu'il n'y avait plus vraiment de haine entre eux. Il se dit que c'était peut-être grâce au fait qu'il était devenu ami avec Harry. C'était sûrement ça, d'ailleurs. Inconsciemment, il devait s'être dit que s'il avait réussi à sympathiser avec un Gryffondor, cela voulait dire que les gens de cette maison n'étaient pas aussi mauvais qu'il le pensait. Quoi qu'il en soit, cette ronde était plutôt agréable. Bon, il aurait juste préféré être mis sur le service de nuit. Cela aurait été plus palpitant. Weasley ne tarda d'ailleurs pas à faire comprendre qu'il partageait le même avis :

- Elle est barbante cette ronde. On est au cinquième étage et on n'a réprimandé encore personne.

La plainte de Weasley fit sourire Draco. C'était une bonne chose, en soi, qu'il n'y ait pas d'élève à reprendre sur son comportement mais c'était vrai que cela rendait la ronde très ennuyeuse.

- Il n'y a pas plus d'élèves à disputer lors des rondes de nuit, fit remarquer Draco.

- Oui mais elles sont plus palpitantes quand-même. C'est une autre ambiance. Le château n'est pas le même le jour que la nuit.

- Je suis d'accord, admit Draco. Chaque bruit a une résonance différente. Mais je comprends que tu trouves cette ronde barbante. Pour quelqu'un qui a l'habitude de sauver le monde chaque année avec ses deux meilleurs amis, une ronde où il ne se passe pas grand-chose n'a rien d'intéressant.

- Sauver le monde, tout de suite...

- Quoi ? Ce n'est pas ce que vous faîtes ?

- Disons que c'est un peu exagéré. J'espère que tu ne dis pas ça devant Harry car il déteste qu'on lui rappelle ses exploits.

- Je sais, je m'en suis rendu compte. Mais on n'a pas vraiment le temps de parler de quoi que ce soit, donc je ne risque pas de faire une gaffe.

Weasley allait répondre mais un miaulement l'en empêcha. Draco et lui se retournèrent d'un même mouvement et virent Miss Teigne, la chatte de Rusard.

- Dégage, siffla Draco. On ne fait rien de mal, on fait juste notre ronde. Va rejoindre ton maître au lieu de nous casser les pieds.

Miss Teigne les regarda avec un air mauvais avant de battre en retraite.

- Tu as le don de parler aux animaux, ironisa Weasley. Enfin bon, à sa place j'aurais déguerpi aussi. Face à un Malfoy, on ne sait jamais ce qu'on risque. Dobby peut en témoigner.

Draco se crispa à l'entente du nom de l'ancien elfe de son père.

- Je ne lui ai jamais fait de mal, se défendit-il. C'est mon père qui le maltraitait. Crois-moi ou non mais j'ai souvent eu de la peine pour lui. Mais je ne pouvais rien dire et encore moins faire quelque chose.

- Je me doute bien, répondit calmement Weasley. Je ne t'accusais pas spécialement. Je ne savais pas vraiment qui se conduisait mal envers Dobby. En tout cas, il est bien plus heureux depuis que Harry l'a libéré.

Draco tenta tant bien que mal de cacher son sourire. Mais Weasley le vit quand-même et devina ses pensées en grimaçant.

- Oui, bon, j'avoue que je viens de me décrédibiliser quand je disais que c'était exagéré de dire que Harry sauvait le monde chaque année...

- Je n'osais pas le dire, se moqua gentiment Draco.

- Je te remercie pour ta discrétion, répliqua Weasley sur le même ton.

Alors qu'ils débouchaient sur un couloir, Draco trouva que la ronde était moins ennuyeuse depuis qu'ils discutaient. À peine se fit-il cette pensée qu'il vit deux garçons entrer dans les toilettes. Il reconnut l'un d'entre eux comme étant Dean Thomas. Il n'eut aucun mal à deviner ce qu'il comptait faire avec l'autre élève. Cela le rendit perplexe. Deux jours plus tôt, Thomas lui avait dit qu'il irait ailleurs que dans une salle de classe pour batifoler avec son prochain amant. Draco avait compris par-là «un endroit où il aurait moins de risques de se faire attraper». Or, il ne considérait pas que les toilettes étaient un endroit plus discret qu'une salle de classe...

- Malfoy, t'es avec moi ?

Draco sursauta et tourna brusquement la tête vers Weasley.

- Hein ? Quoi ?

Weasley eut un sourire moqueur.

- Joli vocabulaire pour un aristo Sang-Pur. Je te demandais si c'était bien Dean qui venait d'entrer dans les toilettes.

- Aucune idée, prétendit Draco.

«Bien sûr que si tu sais» se dit-il. Il ne comprenait pas sa propre réaction. Pourquoi avait-il couvert Thomas sans même réfléchir ? Il était préfet, nom d'une chouette ! Si deux élèves se rendaient dans les toilettes pour s'envoyer en l'air, il devait les réprimander, et non les protéger ! Mais sans savoir pourquoi, il ne voulait pas attirer d'ennuis à Thomas. En fait, s'il devait être honnête avec lui-même, il admirait le Gryffondor. Parce qu'il s'assumait complètement et n'avait aucune honte à s'amuser avec tous les mecs gay de l'école qu'il croisait sur son chemin. Thomas avait été franc avec lui, il ne lui avait rien caché et il lui avait même appris quelque chose. Et, très accessoirement, il lui avait aussi clairement fait des avances. C'était quelqu'un qui profitait de la vie sans s'en cacher et sans faire de mal à personne et cela plaisait beaucoup à Draco. C'était donc sûrement pour ça qu'il avait instinctivement protégé le Gryffondor.

- J'aurais pourtant juré que c'était lui, dit Weasley. Mais ce serait bizarre car d'habitude, il emmène plutôt ses conquêtes dans notre dortoir...

Ok, Draco avait maintenant la preuve que Thomas était vraiment libéré sexuellement parlant. Il n'en avait pourtant jamais entendu parler jusque-là. Et Thomas ne semblait pas avoir subi ce qu'avait pu endurer Théo lorsqu'il avait fait son coming-out... Est-ce que les élèves préféraient s'en prendre à certains de leurs camarades plutôt qu'à d'autres ? Si oui, ce n'était pas très glorieux. Draco sortit de ses pensées et répondit à Weasley :

- Tu veux aller vérifier s'il s'agit bien de ton camarade de dortoir ?

Weasley haussa les épaules.

- Ce n'est peut-être pas nécessaire. C'est le dernier jour de l'année, on peut bien les laisser s'amuser. Tant qu'ils ne font rien de mal...

Draco fut soulagé par la réponse de son homologue. Il fut aussi amusé par la contradiction dont il faisait preuve.

- Tu dis que la ronde est barbante mais tu ne sautes pas sur les occasions pour faire ton devoir de préfet...

Weasley grimaça.

- C'est peut-être parce que je n'avais pas spécialement envie de faire cette ronde, en fait. Mais bon, je ne dois pas trop me plaindre, j'ai eu de la chance d'être mis sur cette ronde et non sur celle de vingt-et-une heures. Même si c'est celle que je préfère depuis le début des vacances, aujourd'hui ça m'arrange d'être sur la ronde de dix-sept heures.

- Pourquoi ?

- Parce qu'il y a une fête dans la salle commune de Gryffondor dès vingt-deux heures. J'ai prévu d'y aller. Ce sera plus amusant que d'attendre la nouvelle année dans mon dortoir. Mais j'imagine qu'il doit y avoir aussi une fête prévue dans ta salle commune ?

- Oui mais je n'ai pas forcément envie d'y aller. C'est toujours la même chose, les fêtes dans ma salle commune. C'est un peu lassant. Certes, je ne suis allé qu'à trois d'entre elles mais ça m'a suffi pour me faire une opinion. Et à chaque fois, j'en suis sorti dans un état assez pathétique car je ne sais pas me retenir.

- Oh, je vois. Tu peux venir à la fête des Gryffondor, si tu veux. On accepte tout le monde. Bon, les sixième et les septième année n'étaient pas franchement très chauds à l'idée d'accueillir des gens des autres maisons mais les quatrième et les cinquième année ont réussi à les convaincre. On leur a dit que ça changerait et que ce serait sûrement plus amusant et plus animé. Comme je suis préfet et que je fais des rondes avec tous les préfets présents durant ces vacances, on m'a demandé de faire passer le message. Alors voilà, c'est fait. Ils ont préféré demander ça à moi plutôt qu'à Hermione car elle ne cautionne pas ce genre de fête. Enfin bref, si tu veux venir, tu es le bienvenu.

Draco fut très surpris par l'invitation de Weasley. Mais il fut aussi touché. Il devait vraiment avoir décidé de mettre les anciennes rancœurs de côté pour faire autant d'efforts. Et Draco se doutait bien que Granger – et peut-être Harry – y étaient pour quelque chose. Théo lui avait lui-même demandé d'essayer de sympathiser avec les amis de Harry. Draco avait répliqué que ça allait être dur mais ça ne le serait peut-être pas tant que ça. Même s'il était loin de devenir ami avec Weasley et Granger. En tout cas, il devait avouer que la proposition de Weasley le tentait beaucoup. Il était curieux de voir à quoi ressemblait une fête chez les Gryffondor. Il ne se fit alors pas prier :

- Je viendrai, déclara-t-il. Merci pour l'invitation, c'est vraiment sympa. Je ne veux pas abuser mais est-ce que je peux emmener Blaise et Théo ?

- Bien sûr, j'ai dit que tout le monde était le bienvenu. Et puis, je dois bien ça à Nott, ajouta Weasley, l'air gêné.

Draco comprit aussitôt à quoi faisait allusion le rouquin. Il fut tenté de le faire mariner en lui faisant croire que Théo lui en voulait et préparait une vengeance contre lui mais Weasley venait de faire de gros efforts, alors Draco décida de le rassurer :

- Il a déjà oublié. Il ne t'en a jamais vraiment voulu. Il lui en faut beaucoup plus que ça pour qu'il en veuille à quelqu'un. En se mettant à ta place, il a même compris pourquoi tu l'avais frappé. Mais je ne pense pas qu'il voudra venir. Il est déjà allé à une fête et il l'a un peu regretté.

- Oui mais là ce ne sera pas pareil. J'imagine qu'il était allé à une fête dans votre salle commune ?

- En effet.

- Eh bien là ce sera une fête chez les Gryffondor. Ce sera complètement différent.

- J'essaierai de le convaincre, céda Draco. J'en parlerai à Blaise, aussi.

- Super. Il y a déjà des Poufsouffle et des Serdaigle qui doivent venir donc ce serait vraiment bien qu'il y ait aussi des Serpentard. Ce seront surtout des quatrième et des cinquième année mais ce sera mieux que rien.

Draco acquiesça, un peu rassuré qu'il y ait un comité assez restreint parmi les autres maisons. Cela aurait été un peu trop brutal de se retrouver d'un coup au milieu d'une multitude de Poufsouffle et de Serdaigle. Les Gryffondor, Draco commençait à en avoir l'habitude. Les deux autres maisons, c'était une autre histoire. Ce fut donc sur la perspective de se rendre à la fête des Gryffondor le soir-même que Draco poursuivit sa ronde avec Weasley. Elle se termina bien vite puisqu'ils n'eurent pas à faire leur travail de préfet, n'ayant trouvé aucun élève qui ne respectait pas le règlement à part Thomas et son probable futur amant. Alors qu'ils étaient sur le point de se séparer, Draco voulut savoir quelque chose :

- Weasley, je peux te poser une question ?

- Oui, bien sûr.

- Pourquoi est-ce que tu fais plein d'efforts, tout à coup ? Non pas que ça me dérange, hein, mais je trouve ça juste étrange.

- Ce n'est pas intéressé, si c'est ce que tu crois, répliqua Weasley. Mais il y a bien une raison derrière tout ça. Je fais ça dans un souci de bonne entente. En fait, je suis un peu obligé de faire des efforts si je ne veux pas être à la ramasse. Hermione est amie avec Nott depuis deux ans, Harry est ami avec toi depuis plus d'un mois et Ginny semble très amie avec Zabini depuis la rentrée. Alors je suis un peu obligé de suivre le mouvement.

- Je comprends. Et je trouve ça bien. Ce sont Harry et Granger qui vont être contents. Bon, je vais vite retrouver Blaise et Théo pour leur parler de la fête. Je vais déjà avoir du mal à les convaincre alors si je les préviens une heure avant le début de la fête, c'est sûr qu'ils vont refuser.

- D'accord, bon courage, alors. Oh, j'oubliais : le mot de passe est «branche de gui». Ce serait bête que vous vous pointiez sans avoir le mot de passe. Allez, à tout à l'heure.

Weasley s'en alla, laissant Draco seul. Celui-ci ne perdit pas de temps et redescendit les sept étages pour se rendre à sa salle commune. Il la traversa, monta les escaliers et rejoignit son dortoir où il trouva ses deux amis sur le lit de Théo en train de discuter. Il s'y assit également et attira l'attention de Blaise et Théo qui interrompirent leur discussion.

- Toi, tu as quelque chose à nous dire, devina Blaise.

- Oui, je reviens d'une ronde avec Weasley et il m'a dit qu'il y aurait une fête chez les Gryffondor ce soir. Ça vous dirait d'y aller ?

- Tu sais bien qu'on n'aime pas trop les fêtes, grimaça Blaise.

- Oui mais là ce sera chez les Gryffondor. Je suis sûr que les fêtes là-bas ne sont pas les mêmes que chez nous. Ils n'ont pas besoin d'alcool pour mettre l'ambiance, même s'il y en aura sûrement ce soir. En plus, il y aura aussi des Poufsouffle et des Serdaigle. Mais pas beaucoup. Juste des quatrième et des cinquième année, normalement. Je pense que ceux qui vont venir voudront simplement passer un bon moment. Il n'y aura donc pas de conflits. Ce ne sera que du fun. Ce n'est pas pour rien s'il n'y aura que des quatrième et des cinquième année parmi les Poufsouffle et les Serdaigle. Ce ne seront que des élèves concernés par le travail en binôme et qui seront donc très tolérants entre eux. Alors, vous voulez bien venir ?

Draco vit ses amis le regarder avec un air à la fois amusé et attendri.

- Tu as tellement bien préparé ton argumentaire que ce serait cruel de notre part de refuser de venir, commenta Blaise. Et puis ça m'intéresse, cette fête chez les Gryffondor.

- Dis plutôt que c'est l'éventualité d'y retrouver ta petite rouquine qui t'intéresse, se moqua Draco.

- Il y a un peu de ça, avoua Blaise.

- Dans ce cas, tu aurais bien raison de profiter de l'invitation.

- Pourquoi ? demanda Blaise, intrigué.

- Parce que Weasley semble enclin à faire des efforts avec nous. Il ne réagira peut-être pas aussi mal que tu le penses quand vous vous afficherez ensemble, sa soeur et toi. Du moins, il ne semblait plus hostile à l'idée que vous soyez proches. Il a l'air d'avoir accepté votre amitié.

- C'est plus qu'une amitié, grimaça Blaise.

- Oui bah s'il réagit bien à votre amitié, il réagira sûrement bien à votre amour. Le problème, ce n'est pas qu'un garçon s'approche de sa soeur, c'est qu'un Serpentard s'approche de sa soeur.

- C'est vrai, admit Blaise. J'en parlerai avec elle, alors. J'espère juste qu'elle sera là lors de la fête.

- Sinon tu ne resteras pas, j'imagine ?

- Ça dépendra de l'ambiance. Je ne mentais pas quand je disais que j'étais intéressé par cette fête. J'ai vraiment envie de savoir à quoi ressemble une soirée chez les Gryffondor. Je n'ai plus du tout le même regard sur eux qu'avant.

- C'est sûr qu'entre ta petite-amie et ton binôme de travail qui sont à Gryffondor, ça doit changer ta vision des choses, approuva Théo.

- Et toi alors ? rebondit Draco avant que Blaise n'ait pu répondre. Est-ce que tu veux bien venir ?

- Franchement, ça ne me dit rien. Je ne vais connaître personne, je vais être mal à l'aise, je...

- Mais on sera là, nous, coupa Draco. Tu ne seras pas tout seul. Et puis ça te fera du bien de voir du monde. Ça t'avait plutôt plu lorsque nous avions participé à la fête d'anniversaire de Graham.

- Parce que j'étais resté avec Miles et Cassius. Enfin, surtout avec Miles. Et puis bon, je n'en garde pas que de bons souvenirs. J'en suis sorti pas très sobre et j'ai dû m'occuper de toi parce que tu avais bu plus que de raison.

- Oui mais là ce sera différent, répéta Draco. On restera sages. Après, si tu ne veux pas venir, on ne t'y oblige pas. C'est comme tu veux.

Théo sembla hésiter. Puis il finit par céder :

- Je ne vais pas rester tout seul dans le dortoir comme un idiot...

- Alors tu viens ?

- Oui.

- Cool ! On ferait mieux d'aller manger tout de suite, alors.

Draco n'attendit pas de réponse et se leva, très vite imité par Blaise et Théo. Ils quittèrent le dortoir et se rendirent à la Grande Salle qu'ils découvrirent assez bondée. À n'en pas douter, chaque maison avait prévu une fête quelques heures plus tard dans sa salle commune. Draco espérait que celle de Gryffondor se passerait bien. Sinon, il allait avoir Blaise sur le dos pendant plusieurs jours et Draco souhaitait passer une meilleure fin de vacances que ça !

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Deux heures et demie plus tard, Draco arriva devant la salle commune de Gryffondor avec Blaise et Théo.

- Mot de passe ? demanda la Grosse Dame.

- Branche de gui, répondit Draco.

- Original, commenta Blaise alors que le portrait pivotait.

Les trois amis entrèrent dans la salle commune rouge et or. Il y avait assez peu de monde puisqu'il n'était pas encore vingt-deux heures. Il devait y avoir une vingtaine de personnes. Mais Draco savait que, pour Théo, c'était déjà beaucoup. Il en eut la confirmation en voyant l'air mal à l'aise de son ami. Il essaya de le rassurer :

- Hé, ça va aller. Ils ne vont pas te manger.

- Je sais, mais je me sens mal au milieu de tant de personnes, surtout dans un espace aussi restreint. Il y avait moins de monde lors de la fête dans notre salle commune.

- Tu es comme Harry. Les espaces confinés lui font peur. Mais tu étais quand-même plus à l'aise que ça, avant, ajouta Draco, perplexe.

- C'est depuis cet été que je n'aime pas être enfermé, marmonna Théo.

Draco comprit aussitôt à quoi Théo faisait allusion et cela le rendit mal à l'aise à son tour. Il aurait dû y penser plus tôt. Gêné, il s'en voulut d'avoir poussé Théo à venir à cette fête.

- Excuse-moi, je n'aurais pas dû insister pour que tu viennes, dit Draco, penaud. Ce n'était peut-être pas une bonne idée de t'avoir poussé à nous accompagner, Blaise et moi...

- Non, au contraire, c'est toi qui avait raison. Il faut que je sorte un peu de ma bulle. Je vais essayer de parler avec des personnes de notre classe.

- Ne te sens pas obligé, protesta Draco.

- Ce n'est pas le cas, assura Théo.

- Mais tu préfères peut-être retourner au dortoir...

- Je serai tout seul alors que tout le monde fera la fête et ça va me déprimer. Et je ne veux pas que vous vous priviez de cette soirée, précisa Théo en voyant Draco ouvrir la bouche. Vous avez le droit de vous amuser, vous qui en avez envie.

Bien que désapprouvant les paroles de Théo, Draco n'insista pas, sachant qu'il n'aurait pas le dernier mot avec lui.

- Voilà ma dulcinée ! s'écria soudain Blaise. Qu'est-ce qu'elle est belle, ajouta-t-il d'un air rêveur. C'est vraiment dommage qu'on doive encore attendre pour s'afficher ensemble. J'aimerais tellement la rejoindre et l'embrasser devant tout le monde...

- Tu peux quand-même aller la voir, relativisa Théo. Mais en tant qu'ami. Tout le monde a remarqué que vous étiez assez proches l'un de l'autre, de toute façon. Mais sans deviner pour autant que vous étiez ensemble ou que vous entreteniez une relation plus qu'amicale.

- Tu es sûr ? s'inquiéta Blaise.

- Oui, sinon ça ferait longtemps que la rumeur aurait couru que vous étiez en couple, répondit Théo avec toute la logique qui le caractérisait.

- Pas faux, admit Blaise. J'y vais, alors.

Blaise s'éloigna et se dirigea vers la benjamine de la fratrie Weasley. Draco promena son regard dans la salle commune et vit qu'il y avait bon nombre d'élèves de sa classe, aussi bien à Gryffondor qu'à Poufsouffle et à Serdaigle. Il y avait entre autres Thomas, Finnigan, Turpin, Cornfoot, Brown, Hopkins, Londubat, MacDougal, O'Neal, Smith, les frères Weasley, Granger... Le regard de Draco s'arrêta sur cette dernière, surpris par la présence de son homologue féminin de Gryffondor.

- Tiens, Granger a changé d'avis, on dirait, dit-il à Théo. Weasley m'a dit qu'elle ne cautionnait pas ce genre de fête.

- Et il a raison, confirma Théo. Elle est un peu comme moi. Elle n'aime pas trop faire la fête. Sauf qu'elle n'a pas peur des espaces confinés, elle. Mais je pense qu'elle est surtout venue pour s'assurer que ça ne parte pas en vrille. Elle fait son devoir de préfète, quoi.

- Je vois. Elle a l'air d'être un peu seule. Tu ne veux pas aller la rejoindre ?

- Je ne veux pas te laisser seul, répondit Théo.

- T'inquiète, j'ai quelqu'un à aller voir, moi aussi.

- Vraiment ?

- Mais oui, j'attends juste qu'il soit seul, précisa Draco.

- Bon, d'accord. On se reverra sûrement plus tard.

Théo prit à son tour congé de Draco et alla voir Granger. Draco reporta son attention sur Thomas et grimaça en voyant qu'il était toujours avec Cornfoot, son binôme de travail. Ils s'étaient en revanche éloignés de Finnigan et Turpin. Ou bien était-ce l'inverse. Draco n'en savait rien mais tout ce qu'il voyait, c'était que Thomas était encore avec ce satané Serdaigle. Il dut attendre un bon quart d'heure avant que Thomas ne se retrouve enfin seul. Draco se dirigea alors vers lui. Le Gryffondor arbora un sourire discret en le voyant arriver.

- J'en ai, de la chance, plaisanta-t-il. À peine mon binôme me lâche que quelqu'un d'autre vient me voir.

- C'est ça de faire du gringue à tous les mecs qui passent devant toi, marmonna Draco.

Thomas haussa un sourcil.

- Je rêve ou c'est un reproche ?

- Non, juste une remarque. D'ailleurs c'est un peu à ce sujet que je viens te voir. Je croyais que tu devais te faire discret avec tes amants, à l'avenir ?

- Oui, c'est ce que je t'ai dit, en effet.

- Eh bien tu as une drôle de conception du mot «discrétion». Weasley et moi t'avons vu entrer dans les toilettes des garçons du cinquième étage avec un autre mec durant notre ronde. Heureusement pour toi, nous avons décidé de vous laisser tranquille parce que c'était le dernier jour de l'année.

- C'est gentil de votre part, dit Thomas, l'air sincère.

Draco le regarda, à la fois perplexe et agacé.

- Oui, c'est gentil, car on aurait très bien pu venir vous chercher, vous enlever des points et faire un rapport auprès de vos directeurs de maison ! s'énerva-t-il. Ça fait deux fois que tu me mets dans une position délicate !

- Oui et je ne demande que ça, de te mettre dans toutes sortes de positions. Enfin non, avec toi ce serait plutôt l'inverse.

Draco se sentit rougir comme une pivoine.

- Tu te fiches de moi ?!

- Non, je suis extrêmement sérieux. Après, si tu n'es pas intéressé, il suffit de me le dire.

- Ce n'est pas la question, esquiva Draco. Si je t'ai couvert tout à l'heure, c'est parce que je pensais que tu le méritais vu que tu as été franc avec moi avant-hier. Et puis même si tu n'en avais pas le droit, tu avais une bonne excuse pour avoir choisi une salle de classe pour coucher avec ton amant. Mais si tu continues à batifoler n'importe où avec tes conquêtes, je vais vite arrêter d'être indulgent !

Thomas soupira.

- Ok, je vais faire des efforts.

- C'est bizarre comme j'ai du mal à te croire.

- Je suis sincère, répliqua Thomas.

Draco le dévisagea avant de poser une question qui l'intriguait vraiment :

- Mais pourquoi as-tu autant besoin de coucher à gauche et à droite ?!

- Pourquoi ça t'intéresse autant ? rétorqua Thomas du tac-au-tac.

Draco ne sut quoi répondre. C'était vrai, après tout. Ça ne le regardait pas. Ne voulant pas perdre la face, il feignit l'indifférence et haussa les épaules.

- Tu as raison, je n'ai pas à savoir. Je vais te laisser, d'ailleurs.

Thomas sembla déçu. Mais il reprit vite contenance.

- D'accord, je ne vais pas rester seul bien longtemps, de toute façon. Comme tu l'as dit, je drague tellement de mecs que je vais bien en trouver un ici qui m'est passé dessus et avec lequel je vais pouvoir faire causette.

Draco se sentit terriblement gêné en comprenant que Thomas avait été blessé par sa remarque qu'il avait pris pour un reproche.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire, tenta-t-il de se rattraper. J'étais un peu irrité, j'ai dit n'importe quoi.

Draco vit un éclat de tristesse passer furtivement dans le regard de Thomas. Mais ce fut vraiment bref car le Gryffondor reprit rapidement un air neutre.

- Laisse, ce n'est pas important. Tu veux vraiment savoir pourquoi je couche avec autant de mecs ?

- Si tu ne veux pas me le dire...

- Non, je veux bien te répondre. C'est juste pour oublier un mec.

Draco fut surpris par cette information. Il ne s'attendait pas à ça. Il ne savait pas vraiment à quoi il s'était attendu, en fait. Mais il n'aurait jamais imaginé que Thomas avait juste un chagrin d'amour. Et qu'il en souffrirait au point de coucher avec tous les mecs gay de l'école. Ou presque. Il était sans cesse de bonne humeur et avait toujours le sourire. Du moins en cours. Il cachait bien son jeu. «Toi aussi, tu faisais comme si tout allait bien quand tu souffrais» lui dit une voix intérieure. Draco dut admettre qu'elle avait raison. Ils étaient aussi bons comédiens l'un que l'autre. Et ils n'étaient peut-être pas les seuls. Combien d'élèves cachaient leur mal-être sous de faux sourires dans cette école ? Draco l'ignorait et n'avait pas vraiment envie de savoir. La réponse serait sûrement trop déprimante. Gêné, il essaya de ne pas répondre trop maladroitement à Thomas :

- J'espère que c'est efficace, alors, dit-il en souriant.

- Sur le moment, oui. Je vais d'ailleurs essayer de trouver quelqu'un avec qui passer un bon moment pour bien finir l'année. Du coup, je te souhaite une bonne année avec une heure d'avance, Malfoy.

Thomas voulut partir sans attendre de réponse mais Draco ne voulait pas qu'il le laisse seul. Et puis il aimait bien sa compagnie. Alors sans réfléchir, il le retint en lui attrapant le bras. Le Gryffondor se retourna et le regarda avec un air surpris. Il se demandait sûrement pourquoi Draco le retenait. Celui-ci se retrouva alors un peu idiot puisqu'il n'avait rien comme excuse. De plus, il fut troublé par le regard de Thomas. Il n'avait jamais remarqué que le Gryffondor était séduisant. Il ne savait pas ce qui l'attirait soudain chez Thomas mais ça devait être un tout.

- Tu voulais me dire quelque chose ? demanda Thomas.

- Euh...

Il était vraiment nul en improvisation. Et l'intensité avec laquelle Thomas le regardait ne l'aidait absolument pas. Mais cela fit naître une étrange chaleur en lui. Il sut alors d'un coup ce qu'il voulait exactement. À savoir la même chose que Thomas. Il n'avait pas spécialement envie de rester à cette fête et il n'avait pas non plus envie de retourner à son dortoir. Et puis Thomas avait raison. Quoi de mieux pour bien terminer l'année que de passer un bon moment ? En plus, cela permettrait à Draco d'oublier son histoire avec Graham. Car, pour la première fois, il allait coucher avec quelqu'un parce qu'il en avait vraiment envie. Fort de cette pensée, il n'hésita pas une seconde de plus :

- Pourquoi aller chercher un autre mec alors que je suis là ?

Thomas sembla encore plus surpris.

- Tu es sérieux ? Mais... je croyais que tu n'étais pas intéressé ?

- Je n'ai jamais dit ça, protesta Draco.

- Tu n'as jamais dit non plus que tu l'étais.

- Parce que tu m'as pris de court, se défendit Draco. Je ne suis pas comme toi, moi. Il ne suffit pas que je vois un mec pour avoir aussitôt envie de coucher avec lui. Mais là j'en ai vraiment envie.

- Alors tu es gay ? Ou bi ?

- Il serait peut-être temps de te poser la question, ironisa Draco. Tu aurais pu me le demander avant de me proposer très subtilement avant-hier de coucher avec toi.

- Je préfère être direct. Je n'aime pas y aller par quatre chemins. Il y a un mec qui me plaît, je le drague. Je ne vais pas chercher plus loin.

- Tu n'as dû tomber que sur des mecs gay, alors.

- Non, il m'est arrivé de me faire envoyer balader par des gars hétéros. Mais je ne l'ai pas mal pris. Ils sont hétéros, ils ne vont pas se forcer à être gay pour me faire plaisir. Et puis la plupart du temps, ils croyaient que je voulais juste les embêter. Que c'était une blague, un pari ou que sais-je encore.

Draco fut de nouveau déstabilisé par le comportement de Thomas. Mais, en même temps, ce garçon le fascinait. Tout avait l'air si simple avec lui... Mais ce n'était pas vraiment le moment de parler. Ils avaient quelque chose de prévu, lui semblait-il.

- Bon, on y va ou on reste là à discuter ? s'impatienta-t-il.

- Je veux bien qu'on y aille mais ça ne te fait rien si on nous voit monter ensemble à mon dortoir ? Parce que je doute que les autres sachent que tu es gay. Sinon, je pense que je l'aurais su.

Draco n'avait pas réfléchi à ça. Mais il se rendit compte qu'il s'en fichait complètement. Il en avait marre de se cacher ou de faire semblant. Il en assumerait les conséquences le lendemain mais là, il avait juste envie de passer du bon temps et il ne voulait pas se cacher pour cela.

- Je m'en fiche que les autres nous voient, répondit-il sincèrement.

- D'accord, comme tu veux. Allons-y, alors.

Thomas se dirigea vers les escaliers, Draco sur ses talons. Il suivit le Gryffondor jusqu'à son dortoir qu'il découvrit vide lorsqu'ils y entrèrent. Il se souvint effectivement avoir vu Londubat, Finnigan et Weasley dans la salle commune. Thomas l'entraîna vers un lit du côté droit du dortoir. Il l'embrassa sans attendre tout en dénouant sa cravate avant de la lui enlever. Ne voulant pas rester inactif, Draco fit de même. Ils retirèrent ensuite leurs robes de sorcier puis Thomas fit basculer Draco sur le lit. Ils s'embrassèrent un long moment, laissant le désir monter petit à petit. Ils ne s'interrompirent que pour se déchausser, à la demande de Draco qui ne voulait pas salir les draps. Cela aurait pu enlever toute excitation à n'importe quelle personne mais Thomas trouva juste cela drôle. Draco l'entendit le qualifier de «sacré Sang-Pur aristo» tout en enlevant ses chaussures avant de se rallonger sur lui. Leurs lèvres s'unirent de nouveau tandis que les doigts du Gryffondor déboutonnaient la chemise de Draco. Celui-ci tenta lui aussi d'enlever la chemise de Thomas mais les boutons lui résistèrent. Il commençait à perdre patience et à s'énerver dessus quand Thomas lui prit les poignets.

- Attends, ne déchire pas ma chemise, s'il te plaît. Je tiens à mes vêtements, pouffa-t-il.

- Pardon, ce n'était pas mon intention, s'excusa Draco. Je crois que tu ferais mieux de t'en occuper.

- Je crois aussi, répondit le Gryffondor, amusé.

En deux temps trois mouvements, il ôta la chemise récalcitrante. Il se rallongea sur Draco et posa ses lèvres dans son cou. Draco gémit et ferma les yeux. Il avait oublié combien il aimait ça. Thomas caressa doucement son torse, le faisant frémir et frissonner. Merlin, il était beaucoup trop réceptif. La preuve, il commençait déjà à réagir. Cela faisait trop longtemps qu'il ne s'était pas touché lui-même. Et puis, il désirait vraiment Thomas. C'était donc normal qu'il réagisse si vite, même s'il en était un peu gêné. Thomas dut sentir son début d'érection puisqu'il porta sa main à la bosse qui se formait peu à peu dans le pantalon de Draco. Il se mit à la masser, faisant haleter Draco qui sentit son sexe grossir sous l'effet du plaisir. Ne voulant pas jouir comme ça, il attrapa la main de Thomas pour l'empêcher de continuer. Voyant l'air intrigué du Gryffondor, il s'expliqua :

- Ça ne fait que dix jours que je n'ai rien fait mais c'est déjà trop et...

- Tu as peur de jouir trop vite ?

Draco acquiesça, honteux.

- D'accord, je comprends, dit Thomas sans la moindre once de moquerie. Mais je vais te libérer un peu car tu dois être légèrement à l'étroit.

- Légèrement, oui, plaisanta Draco. Toi aussi, d'ailleurs, ajouta-t-il en lorgnant vers le pantalon du Gryffondor.

Celui-ci sourit et déposa un baiser sur les lèvres de Draco avant de s'atteler à défaire sa ceinture.

- Tu connais le sort de protection ? interrogea-t-il en déposant l'accessoire par terre.

- Euh... oui, répondit Draco, troublé.

- Parce que j'imagine que tu préfères utiliser le sort plutôt que ce que je t'ai montré avant-hier. Et ça doit valoir aussi pour le lubrifiant. Après, si tu veux essayer la méthode moldue... J'ai une bouteille de lubrifiant, tu peux t'en servir.

- Parce que tu veux que je m'en occupe ? demanda Draco, désarçonné.

Il ne s'était pas attendu à cela. Il ne s'était jamais préparé lui-même.

- Tu préfères que je me prépare tout seul ?

Draco regarda Thomas pendant quelques secondes sans comprendre. Puis il saisit soudain ce qu'il venait de dire. Il se sentit blêmir en réalisant que Thomas voulait être en-dessous. Parce que cela signifiait que lui allait être au-dessus. La panique l'envahit à cette idée. Il n'avait jamais fait cela, il ne savait pas du tout comment s'y prendre ! Thomas semblait pourtant croire qu'il l'avait déjà fait... Et Draco n'avait aucune envie de rétablir la vérité et de lui avouer qu'il était puceau de ce côté-là. Il ne voulait pas se taper la honte. Il fit donc ce qu'il pensait être la meilleure chose à ce moment-là : il prit la fuite. Il se redressa brusquement et récupéra sa chemise par terre.

- Désolé mais ça ne va pas être possible, déclara-t-il.

- Pourquoi ? s'intrigua Thomas, l'air dérouté.

- Parce que je n'ai plus envie.

- Ah bon ? Ce n'est pas ce que ton corps dit, lâcha Thomas, perplexe.

Draco se sentit rougir en constatant qu'il était effectivement toujours en érection. Il allait vraiment devoir apprendre à improviser.

- C'est le temps que ça redescende, dit-il sèchement en remettant sa chemise. C'est dans ma tête que je n'en ai plus envie et c'est ça le plus important. Je suis vraiment désolé de te laisser en plan comme ça mais... ça vaut mieux ainsi. Salut et... bonne année.

Draco attrapa sa robe de sorcier, l'enfila et sortit du dortoir sans perdre plus de temps. Il descendit les escaliers et quitta la salle commune de Gryffondor en ignorant les regards qui se posèrent sur lui. Il traversa tout le château et rejoignit sa propre salle commune. Il ne s'arrêta pas et fila aussitôt à son dortoir. Il entendit quelqu'un l'appeler mais il n'y prêta pas attention. Cette personne était cependant plus têtue que lui et parvint à le rattraper et à le retenir en lui attrapant le bras. Draco se retourna et se retrouva face à Graham. Sa mauvaise humeur s'envola d'un coup. Malgré leur histoire qui n'aurait pas dû exister et leur rupture quelque peu douloureuse, Draco se sentait toujours proche de Graham. Il n'était pas amoureux de lui mais il l'aimait quand-même d'une certaine manière. Un peu comme il aimait ses amis, mais d'une façon différente. Mine de rien, Graham avait toujours été là pour lui. Et ce, depuis bien avant cette année. Il avait surtout commencé à prendre Draco sous son aile lorsqu'il était entré dans l'équipe de Quidditch de Serpentard. Et depuis, il ne l'avait jamais lâché. Et il le lui prouvait de nouveau en ce moment-même.

- Tu vas bien ? s'enquit-il d'un air inquiet.

Draco n'eut pas la force de lui mentir.

- Non, avoua-t-il franchement.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda doucement Graham.

- Tu n'es pas vraiment la personne à qui je peux en parler, dit Draco, gêné.

- Pourquoi ?

- Parce que ça concerne un garçon.

- Je ne suis pas jaloux. Je n'ai pas à l'être. Tout ce qui m'importe c'est ton bonheur. Mais si ce garçon te fait souffrir, on ne va pas être amis, lui et moi.

- Non, il n'a rien fait de mal, apaisa Draco. C'est moi qui ait fait n'importe quoi. Il m'a dragué il y a deux jours, on s'est revus ce soir dans la salle commune de Gryffondor où je participais à la fête qui était organisée, on a discuté, de fil en aiguille j'ai eu envie de passer du bon temps avec lui et...

Draco se tut, trop honteux pour continuer. En plu, il était vraiment gêné d'en parler à Graham.

- Rassure-moi, tu en avais vraiment envie ? s'inquiéta celui-ci.

- Oui, là je le voulais vraiment, et je me disais que c'était justement un bon moyen pour oublier ce qui s'était passé entre nous...

- Mais ?

Draco soupira.

- On était encore à moitié habillés quand j'ai compris qu'il voulait être en-dessous. Je n'avais jamais été au-dessus alors j'ai paniqué et je me suis enfui.

Draco était maintenant sûr qu'il était rouge comme une tomate. Il avait tellement honte... Pourtant, Graham ne se moqua pas de lui.

- Ta réaction est normale, Draco. Vous étiez sûrement un peu trop dans le feu de l'action alors tu n'as pas vraiment eu le temps de réfléchir et tu as fait la première chose qui t'est venue à l'esprit.

- C'est exactement ça, murmura Draco.

Il était impressionné que Graham ait été aussi perspicace. Il eut alors un doute. Il releva la tête et regarda Graham.

- Ça t'est déjà arrivé ? questionna-t-il, oubliant toute gêne.

- Non mais j'ai déjà entendu ce genre d'expérience. Tu n'es pas le premier à qui ça arrive, Draco. Ce que tu dois faire, par contre, c'est retrouver ce garçon et t'expliquer avec lui. Je pense qu'il a le droit de savoir pourquoi tu as réagi comme ça. Bon, après, si tu sais qu'il va se moquer de toi, mieux vaut que tu n'écoutes pas mon conseil.

- Non, je sais qu'il va être compréhensif, assura Draco. C'est pour ça que j'ai aussi honte. Parce que c'est un garçon bien. Il couche à gauche et à droite mais c'est parce qu'il est malheureux, d'après ce que j'ai compris.

- Ce ne serait pas le premier à faire ça pour ce genre de raison, soupira Graham. Je trouve ça triste mais si ça leur fait du bien... Ne te mets pas dans la tête de faire pareil, par contre. Parce que, pour moi, ce n'est clairement pas une solution.

- Non, ne t'en fais pas, je voulais juste prendre du bon temps, c'est tout, promit Draco. Je voulais profiter d'en avoir vraiment envie.

- Je comprends. Dans ce cas, c'est dommage que tu aies paniqué. Tu risques d'être frustré, une fois la tension redescendue.

- J'aurai toujours ma main pour me soulager, plaisanta Draco. Mais en vrai, tout ça c'est de ta faute. Tu aurais pu me laisser être au-dessus au moins une fois.

- Tu aurais sûrement réagi de la même manière qu'avec ce garçon, se moqua gentiment Graham.

- Non, parce que toi tu aurais su me le proposer tout en délicatesse. Et tu aurais su me rassurer. Tu as toujours été tellement parfait... Même si notre relation n'aurait pas dû exister, je ne regrette pas d'avoir fait ma première fois avec toi. C'était vraiment bien. J'étais en confiance.

Graham sembla touché.

- Je te crois. Et je ne regrette pas non plus, alors, dit-il en souriant. Parce que je me dis qu'il y aurait eu plus de chances qu'elle se passe moins bien avec quelqu'un d'autre plutôt qu'elle se passe mieux.

- C'est ce que je me dis aussi. Bon, je vais y aller, je sens que la fa...

Draco fut soudain coupé par un compte à rebours hurlé plus bas dans la salle commune. Quelques secondes plus tard, des «Bonne année» furent criés tout aussi fort. Draco et Graham se sourirent.

- Eh bien, bonne année, alors, dit Graham.

- Bonne année à toi aussi, répondit Draco. Je vais me coucher avant que la fatigue ne me tombe soudain dessus.

- D'accord, je vais rejoindre les autres en bas.

Graham et Draco se souhaitèrent une bonne nuit puis ils se séparèrent. Draco rejoignit son dortoir et s'affala sans aucune grâce sur son lit. Il prit quand-même la peine de se déshabiller et de se mettre en pyjama avant de se glisser sous les draps. Alors qu'il venait de fermer les yeux, il repensa malgré lui à ce qui s'était passé dans la salle commune de Gryffondor. Outre sa déconvenue avec Thomas, il réalisa soudain pleinement qu'il s'était rendu à son dortoir sous les yeux de toutes les personnes qui étaient présentes dans la salle commune. Il venait, en quelque sorte, de faire son coming-out. Cette pensée acheva de le démoraliser. Il se souvenait très bien que, sur le moment, il s'en fichait comme de sa première chemise. Mais là, il ne s'en fichait plus du tout. Parce qu'il savait qu'il allait devoir affronter le regard des autres, leurs moqueries, leurs insultes, leurs blagues douteuses... Du moins, c'était ce qu'il pensait. Théo avait subi tout cela mais Harry, lui, avait été assez épargné. Il soupira et décida d'oublier ça pour le moment. Mieux valait dormir. Il fit donc le vide dans son esprit et cela se révéla efficace car il se sentit bientôt détendu. La fatigue qui lui tomba soudain dessus devait y être pour quelque chose. Exténué, il rejoignit alors bien vite le pays des songes.

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(lundi 01/01) POV Théo

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Théo eut beaucoup de mal à se réveiller ce matin-là. Cela n'avait rien d'étonnant puisqu'il s'était couché à quatre heures du matin. Il était resté avec Hermione pendant deux heures avant que celle-ci n'aille se coucher. Elle avait tout de même attendu minuit pour lui souhaiter la bonne année. Puis il avait été rejoint par Stephen Cornfoot et Lisa Turpin, deux élèves de Serdaigle de sa classe. Il ne leur avait jamais parlé auparavant et il le regrettait car il avait passé un super moment avec eux. Stephen et Lisa avaient été respectivement invités par Dean Thomas et Seamus Finnigan, leurs binômes de travail. Théo avait trouvé cela amusant que les deux Serdaigle soient meilleurs amis et qu'ils soient en binôme avec deux Gryffondor qui étaient eux aussi meilleurs amis. En tout cas, il pouvait remercier les deux Gryffondor de les avoir invités. Ils avaient discuté de plein de choses hyper passionnantes. Théo savait qu'il n'aurait pas été aussi heureux s'il avait été réparti dans une autre maison mais il avait toujours été persuadé qu'il se serait quand-même épanoui à Serdaigle. Le moment qu'il avait passé avec Stephen et Lisa le lui avait prouvé. Il était resté avec eux jusqu'à deux heures du matin, heure à laquelle ils étaient allés se coucher. Théo s'était alors retrouvé seul mais pendant très peu de temps. À peine cinq minutes plus tard, un Gryffondor de sixième année était venu lui parler. Il s'appelait Geoffrey Hooper. Ouvert à toute discussion, Théo avait accepté de faire connaissance avec lui. Ils avaient longuement parlé et avaient vite sympathisé. Théo avait trouvé ce Gryffondor très gentil, très drôle et très agréable. Geoffrey faisait partie des élèves qui étaient nés entre septembre et décembre et qui avaient donc dû attendre un an de plus que les autres pour entrer à Poudlard. Théo s'était toujours estimé chanceux d'être né deux jours avant la rentrée. S'il était né quelques jours plus tard, il aurait été séparé de Draco, Blaise et Pansy. Aussi bien en terme d'année qu'en terme de maison. Car, pour le coup, il aurait sûrement été réparti à Serdaigle pour être dans la même maison que Luna. Les choses ne tenaient qu'à un fil, parfois. Il avait gardé toutes ces pensées pour lui, n'étant pas suffisamment proche de Geoffrey pour les partager avec lui. Il ne savait même pas s'ils allaient se reparler. Ils étaient restés ensemble jusqu'à ce qu'ils décident d'aller se coucher à leur tour, c'est-à-dire sur les coups de quatre heures du matin. Comme Théo détestait se lever trop tard, il avait mis son réveil à neuf heures. Ce qui lui faisait cinq heures de sommeil. Autant dire que cela avait été très dur quand il avait sonné. Il l'avait fait taire afin d'éviter de réveiller ses amis et il avait replongé la tête dans son oreiller. Cela faisait donc dix minutes qu'il essayait de se donner le courage de se lever. Il finit par le trouver et repoussa ses couvertures en bâillant. Il se leva, prit des affaires dans son armoire et se rendit à la salle de bain. Une bonne douche allait lui faire le plus grand bien. Et en effet, une fois lavé, séché et habillé, il se sentait un peu plus réveillé. Bon, il fallait dire qu'il s'était rincé le visage dix fois à l'eau froide. Méthode moyenâgeuse mais qui faisait ses preuves. Ce fut donc plus en forme qu'en se réveillant qu'il alla se restaurer dans la Grande Salle. Il n'y vit pas grand-monde. Ils devaient être dix à tout casser. C'étaient surtout de jeunes élèves. Ils ne devaient pas s'être couchés à quatre heures, eux. Ils ne devaient même pas avoir participé à une fête. Et ils avaient bien raison. En se faisant cette réflexion, Théo se demanda comment il avait pu tenir aussi longtemps alors qu'à la base, il n'avait pas été très emballé à l'idée d'aller à cette fête. Draco avait eu raison : cela lui avait fait du bien. En pensant à son ami, Théo se souvint avoir entendu des élèves parler de lui peu avant minuit. Apparemment, il avait quitté la salle commune de Gryffondor en trombe. Théo était en pleine discussion à ce moment-là avec Stephen et Lisa et n'avait donc pas vu Draco partir. Les élèves disaient qu'il était descendu des dortoirs des garçons après y être monté une demie-heure plus tôt. Évidemment, il n'en avait pas fallu plus pour que la rumeur courre que Draco avait couché avec un garçon. Théo n'avait pas vraiment compris ce qu'ils entendaient par-là mais il était sûr d'une chose : ces élèves avaient désormais un doute sur l'orientation sexuelle de Draco et cela allait vite faire le tour de l'école. Surtout qu'il y avait des élèves de chaque maison qui étaient présents... Ils allaient forcément en parler dans leur salle commune. Théo ne savait pas du tout si tout cela était une bonne chose. Draco ne lui avait pas fait part de son intention de révéler son homosexualité... Certes, il avait le droit de garder certaines choses pour lui mais le connaissant, Théo pensait qu'il aurait d'abord préféré en parler avec Blaise et lui... Il ne savait vraiment pas quoi penser de tout cela. Il espérait juste que Draco avait voulu faire son coming-out en se rendant au dortoir d'un garçon de Gryffondor. Sinon il allait vite déchanter au réveil.

Il sut qu'il allait avoir la réponse à sa question quand il retourna à sa salle commune. Lorsqu'il entra, Draco descendait en effet les dernières marches, l'air encore tout fatigué. Il n'eut pas le temps de faire trois pas que Biggins, un sixième année que Théo n'appréciait pas beaucoup, lui demanda :

- Hé, Malfoy, c'est vrai que t'as couché avec Dean Thomas, hier soir ?

Théo vit Draco se figer avant de tourner la tête vers leur camarade.

- Ça te regarde ? répliqua-t-il sèchement.

- Ça veut dire oui ?

- Mêle-toi de tes affaires, répondit Draco du tac-au-tac.

- Tu ferais mieux de mettre les choses au clair tout de suite, Malfoy. D'ici ce soir, toute l'école saura que tu es monté au dortoir d'un Gryffondor. Alors assume tes actes et ce que tu es au lieu de faire ton lâche.

- Ça va changer quelque chose à ta journée que Draco te réponde ? intervint Théo.

Draco et Biggins se tournèrent d'un même mouvement vers Théo.

- On t'a causé, toi ? lança le plus âgé.

- Non, mais moi aussi je sais poser des questions alors qu'on ne m'a rien demandé. Je voulais juste te montrer à quel point c'était désagréable.

Théo eut l'impression que Biggins allait venir lui casser la figure tellement il y avait de haine dans son regard. Il n'appréciait visiblement pas de se faire rembarrer, qui plus est par un élève plus jeune que lui. Mais un sourire mauvais ne tarda pas à barrer son visage.

- Ce n'est pas étonnant que tu le défendes. Vous êtes du même bord. Et puis, vous êtes amis, tous les deux. Vous partagez le même dortoir. D'ailleurs, Malfoy t'est sûrement déjà passé dessus... De toute façon, à part te faire cogner par ton père, te faire labourer les reins par tes camarades de dortoir doit être la seule chose que tu saches faire...

À peine Biggins eut-il terminé sa phrase que Draco se jeta sur lui en criant de rage :

- MAIS TU VAS LA FERMER OUI !

- DRACO NON ! hurla Théo.

Il s'élança vers ses deux camarades pour les séparer mais Biggins lui envoya violemment son bras dans le visage, le propulsant plusieurs mètres en arrière. Théo se prit une table dans le dos et chuta lourdement sur le sol. Sonné par le choc, il n'eut pas vraiment conscience de ce qui se passa durant les minutes qui suivirent. Il entendit juste la porte de la salle commune s'ouvrir et se refermer avant que Draco n'apparaisse à ses côtés.

- Théo ça va ?!

- Oui ça va, j'ai la tête dure...

- Tu n'aurais pas dû t'interposer comme ça, je m'en serais voulu s'il t'avait blessé.

- Franchement, après ce qu'il vient de dire, un nez cassé ne m'aurait pas fait plus mal...

Draco grimaça.

- C'est pour ça que j'ai voulu le frapper. Je n'ai pas supporté ce qu'il t'a dit. Il n'avait pas le droit de dire ça. Mais tout ça c'est de ma faute. Si j'avais fait plus attention hier soir...

- Alors c'est vrai ? Tu es vraiment monté au dortoir de Dean Thomas ?

- Oui, mais il ne s'est rien passé. Mais ça tout le monde s'en fout. Tout ce qu'ils voient, c'est que je suis monté dans le dortoir d'un garçon.

- Donc... ce n'était pas voulu ? Je veux dire, tu n'as pas fait ça dans le but de faire ton coming-out ?

- C'est plus compliqué que ça, soupira Draco. Sur le moment, je m'en fichais du regard des autres. J'en avais marre de me cacher alors je suis monté au dortoir de Thomas sans me poser de questions. J'en suis sorti plus vite que prévu puisqu'il ne s'est pas passé grand-chose. Je suis rentré, je me suis couché et c'est une fois dans mon lit que j'ai pris conscience de la portée de mes actes. Mais j'étais fatigué alors je n'ai pas eu l'occasion d'y penser bien longtemps. J'ai dormi d'une traite. J'avais tout oublié au réveil mais la réalité s'est rappelée à moi à l'instant. Et elle va me poursuivre à chaque pas que je ferai dans le château.

Théo sentit son coeur se serrer à l'idée que Draco subisse l'enfer que lui-même avait vécu après son coming-out. Il ne pouvait pas laisser ça arriver. Il fallait protéger Draco. Théo ne vit qu'un moyen pour ça.

- Tu dois en parler le plus vite possible à ton parrain, déclara-t-il. Tu dois non seulement lui dire ce qui se passe, mais aussi comment tu te sens par rapport à ça. Je me doute bien que tu ne ressens pas le besoin d'en parler pour le moment mais il ne faut pas attendre que ça aille mal pour le faire. Il ne faut pas répéter les mêmes erreurs qui vous ont éloignés.

Draco acquiesça.

- Je n'y avais pas pensé mais... tu as raison. Je vais aller voir Severus. Merci pour ce conseil, ajouta Draco d'un ton très sérieux. Je vais attendre demain, je pense. Je préfère d'abord voir comment ça se passe aujourd'hui. Car si je ne me fais pas embêter, ça sert à rien que j'aille voir Severus. Ou alors si, pour en parler quand-même mais pas pour me plaindre.

- C'est une bonne décision, approuva Théo. Tant que tu vas le voir, c'est le principal.

- Je le ferai, promis. Bon, je vais aller prendre mon petit-déjeuner. Mais ça va aller, toi ? Tu ne t'es fait mal nulle part en tombant ?

- Non, je vais juste avoir de gros bleus demain.

- Bon, tant mieux. Tu vas faire quoi, là ?

- Je comptais aller présenter Bianca aux licornes.

- Aoooow, j'aimerais trop être une petite souris pour voir ça. Mais mon ventre crie famine. Allez, à tout à l'heure. Et ne reste pas trop longtemps dehors, il fait froid, tu pourrais vite choper un rhume.

Draco tourna les talons et sortit de la salle commune. Théo, lui, monta les escaliers et se rendit à son dortoir. Une fois arrivé, il prit sa licorne en peluche et la miniaturisa afin qu'elle puisse entrer dans la poche de sa robe de sorcier. Il but ses potions quotidiennes et quitta ensuite son dortoir, puis sa salle commune avant de sortir du château. Il se dirigea vers l'orée de la Forêt Interdite. Par chance, ses amies les licornes étaient déjà là. Il s'approcha et grimpa sur la barrière sur laquelle il s'assit. Il grimaça lorsqu'il sentit une douleur irradier dans son épaule en s'appuyant sur ses mains mais il n'y fit pas attention. Cela devait être dû au choc de la chute qu'il avait faite. Mais ce n'était pas la même douleur qu'il avait eue durant l'été suite à sa chute sur le Chemin de Traverse, c'était moins fort et ce n'était pas vraiment au même endroit. Il n'y avait donc pas de raison de s'inquiéter. Il se concentra sur les licornes qui l'observaient sans paraître le moins du monde dérangées par sa présence.

- Vous n'êtes vraiment pas frileuses, constata-t-il. En tout cas, je suis content de vous voir. Et je vous souhaite une bonne année. J'espère que vous réussirez à devenir mamans. Mais vous avez encore du temps devant vous. Pas de pression.

Théo sourit en voyant les licornes le regarder comme si elles l'écoutaient. Ce qui était sûrement le cas. La plus jeune d'entre elles s'avança et s'arrêta tout près de Théo, quémandant silencieusement des caresses. Théo ne se priva pas et flatta tendrement l'encolure de la licorne. Ils se retrouvèrent très vite en pleine osmose. Ce moment aurait pu durer longtemps mais il fut soudain brisé lorsqu'un bruit venant de la Forêt Interdite effraya la jument. Elle sursauta et donna sans le vouloir un coup de corne à Théo. Il grimaça en poussant un «Ouch» et se massa le bras. Bien qu'apeurée par le bruit, la licorne resta près de lui, tout en étant aux aguets.

- Mais qu'est-ce que je vous ai fait ? plaisanta Théo. D'abord Biggins, puis toi... Je me demande dans quel état je vais être à la fin de la journée !

Bien sûr, il n'en voulait pas du tout à la licorne. Elle n'en avait pas fait exprès. La preuve, elle était restée près de lui alors qu'elle aurait très bien pu se réfugier auprès de ses amies. C'était juste parfois risqué de caresser une licorne. Un simple sursaut et un coup de corne était vite arrivé. Et ça faisait mal. Ce n'était pas la même douleur mais c'était comme se faire marcher dessus par un sabot. Théo se remit à caresser la licorne qui se détendit rapidement. Elle était vraiment très jeune. Elle avait un an et demi, si les souvenirs de Théo étaient bons. C'était vraiment la plus jeune du groupe. Il y avait bien d'autres licornes de son âge que sa classe avaient étudiées l'année précédente mais c'étaient des mâles et ils étaient tous partis. Ils avaient six mois lorsqu'ils avaient fait l'objet d'un cours de soins aux créatures magiques. Et depuis leurs naissances, aucun autre poulain n'était né. Et aucune licorne n'attendait de poulain à l'heure qu'il était. C'était pour cela que Théo leur avait souhaité de devenir mamans.

Alors que la jeune licorne soufflait de contentement et appréciait visiblement les caresses, Théo se souvint qu'il devait présenter quelqu'un à ses amies les bêtes cornues. Tout en continuant de flatter l'encolure de celle qui se trouvait près de lui, il plongea la main dans la poche de sa robe de sorcier et en sortit la peluche qu'il avait miniaturisée. Il ignora de nouveau la douleur qui irradia dans son épaule.

- J'ai quelque chose à vous montrer, dit-il aux licornes. Vous savez, c'était Noël il y a peu de temps. Eh bien Draco m'a fait un cadeau et je suis obligé de vous le montrer.

Il prit sa baguette et redonna sa taille normale à la peluche.

- Elle s'appelle Bianca, annonça-t-il. Elle me tient compagnie la nuit. Je n'ai jamais eu de doudou alors Draco a voulu m'en offrir un.

Théo sentit l'émotion l'envahir en prononçant ces mots. Il considérait vraiment cette peluche comme un doudou. Il la serrait contre lui la nuit et adorait plonger son visage dans les crins doux et soyeux. Cela le rassurait beaucoup.

- C'est parce qu'il sait que j'aime les licornes qu'il m'a offert une peluche à votre effigie. Alors je me suis dit qu'il fallait que je vous la présente.

La jeune licorne happa la queue de la peluche entre ses lèvres et se mit à la mâchonner. Théo éclata de rire et fit doucement lâcher prise à la licorne.

- Je ne l'ai pas amenée pour qu'elle serve de repas ! rit-il. Mais je suis content qu'elle te plaise. Bon, j'aimerais bien rester encore un peu mais il fait froid et je vais me faire enguirlander par mes amis si je reste trop longtemps dehors. Je reviens vous voir très vite. À bientôt.

Théo fit un signe de la main aux licornes et s'éloigna. Alors qu'il arrivait près du château, il aperçut Justin qui semblait l'attendre. Surpris, il le rejoignit.

- Tu attends quelqu'un ?

- Non, je prends un bain de fraîcheur, plaisanta Justin.

Il voulut embrasser Théo mais celui-ci se recula vivement. Justin le regarda, l'air étonné.

- N'importe qui aurait pu nous voir, se justifia Théo.

- Il n'y a personne. Mais j'avoue que ce n'était pas très prudent de ma part. Bon, sinon, tu es heureux de me voir ?

- Évidemment, répondit Théo en souriant. C'est juste que je ne m'y attendais pas. Comment as-tu su que j'étais dehors, d'ailleurs ?

- J'étais dans la Grande Salle en même temps que Malfoy et j'ai vu que lui était là mais pas toi. Je suis donc allé le voir, je lui ai demandé où tu étais et il m'a dit que tu étais près de l'orée de la Forêt Interdite. Il a précisé qu'il valait mieux que je t'attende ici. De toute façon, je ne serais pas allé là où tu étais... Je suis un Poufsouffle, moi. Nous ne sommes pas vraiment réputés pour notre courage.

- Les Serpentard non plus. Mais je comprends que tu n'aies pas voulu me rejoindre. Et c'est gentil de la part de Draco de ne pas t'avoir dit ce que je faisais là-bas. Même si ça ne me dérange pas que tu le saches.

- Qu'est-ce que tu faisais, alors ? demanda Justin, curieux.

- En vrai, tu le sais déjà, ou bien tu dois t'en douter depuis ce fameux cours de soins aux créatures magiques...

Un éclair de compréhension traversa le regard de Justin.

- Oh, tu étais avec les licornes ?

Théo acquiesça.

- C'est pour ça que Malfoy m'a conseillé de ne pas te rejoindre. Elles auraient pu prendre peur en me voyant. Tu as tellement de chance de pouvoir les approcher... Bon, on rentre ? Je t'avoue que j'ai un peu froid, là.

- Allons-y.

Théo et Justin rentrèrent au château, prirent les escaliers et se rendirent au sixième étage. Quelques jours plus tôt, Justin y avait déniché un coin à l'abri des regards indiscrets et assez difficile à trouver. D'abord peu confiant, Théo s'était vite laissé convaincre en admettant que personne ne pouvait les y trouver. C'était vraiment un coin reculé et très bien caché. Théo et Justin étaient persuadés qu'il y en avait d'autres comme ça dans le château et que bon nombre d'élèves s'y embrassaient sans se faire attraper. Les préfets et les professeurs n'avaient pas assez de temps durant leurs rondes pour aller débusquer des endroits pareils. S'ils pensaient mettre la main sur tous les élèves qui s'embrassaient quelque part dans le château après le couvre-feu, eh bien ils se trompaient lourdement. Après, Théo se disait que Justin et lui ne faisaient rien de mal. Ils ne se voyaient jamais après le couvre-feu et, s'ils se cachaient, c'était uniquement pour être seuls. Personne ne devait les voir ensemble. Justin était en couple et était censé être hétéro. Théo lui-même ne savait pas s'il était prêt à s'afficher avec quelqu'un. Que ce soit avec Justin ou un autre garçon. Même s'il n'y avait que Justin qui comptait pour lui à l'heure actuelle. Il était peut-être encore trop pudique pour ça. Quoi qu'il en soit, il adorait retrouver Justin, même s'ils devaient rester cachés. Et il était bien content qu'ils puissent se voir sans risquer de se faire surprendre grâce à ce coin qu'avait trouvé Justin.

Lorsqu'ils arrivèrent, Justin réquisitionna aussitôt les lèvres de Théo. Ils s'embrassèrent pendant de longues minutes sans reprendre leur souffle, profitant de ces retrouvailles après deux jours sans se voir. Car oui, pour Théo, c'étaient vraiment des retrouvailles. Justin lui avait trop manqué durant ces quarante-huit heures. Mais ils ne pouvaient pas se voir tous les jours. Justin ne devait pas éveiller les doutes d'Ernie. Or, s'il s'absentait tous les jours en trouvant à chaque fois une excuse différente, c'était ce qui allait finir par arriver. Ernie commencerait à se poser des questions. Théo n'avait pas vraiment ce problème. Même s'il n'avait pas dit à Draco et Blaise qu'il entretenait cette relation avec Justin, il savait que s'ils venaient à le découvrir, ils le prendraient bien. Car ils étaient au courant que Théo était gay et qu'il aimait Justin. Alors qu'Ernie ne savait pas que Justin était gay ou bi et qu'il était attiré par Théo. «Comment Ernie pourrait-il le savoir alors que Justin refuse de l'admettre ?» lui souffla une voix. Elle n'avait pas tort, cette voix, se dit Théo. Il n'eut pas l'occasion d'y réfléchir plus longtemps puisque Justin se pressa contre lui en approfondissant le baiser, lui faisant pousser un gémissement malgré lui. Il aimait sentir Justin tout contre lui. Il participa autant qu'il le put au baiser et essaya encore plus de réduire l'espace entre leurs deux corps. Il voulait sentir la chaleur de Justin. Son binôme souhaitait visiblement la même chose puisqu'il posa ses mains dans le dos de Théo et le serra davantage contre lui. Ce faisant, il dut appuyer sur des bleus qui avaient déjà dû commencer à se former dans le haut du dos de Théo car cela lui fit mal. Il se raidit sans le vouloir, ce qui n'échappa pas à Justin qui rompit le baiser. Théo vit alors de l'inquiétude dans son regard.

- Quelque chose ne va pas ? demanda Justin.

- Non, ce n'est rien, assura Théo. Enfin, rien de grave, relativisa-t-il en voyant l'air perplexe de son binôme.

- Donc il y a quand-même quelque chose, insista Justin.

- Oui mais ce n'est pas important.

- Théo... menaça Justin.

Théo soupira.

- Je suis mal tombé ce matin et j'ai un peu mal dans le dos. Je dois juste avoir quelques bleus. Il n'y a pas de quoi s'en faire.

- Je préfère quand-même que tu ailles voir l'infirmière.

- Non, Justin, s'il te plaît, on n'est que tous les deux, là, déjà qu'on ne peut pas se voir autant qu'on le voudrait...

- Je sais et ça ne m'enchante pas plus que toi mais je serais plus rassuré si tu faisais voir ton dos à Mme Pomfrey. Ton bien-être passe avant tout.

- D'accord, céda Théo.

Il savait qu'il n'aurait pas le dernier mot avec Justin alors il se résigna, lui emboîta le pas et le suivit jusqu'à l'infirmerie. Lorsqu'ils entrèrent, Mme Pomfrey sembla surprise de les voir.

- Bonjour, messieurs. Il semblerait que vous soyez mes premiers patients de l'année. Qu'est-ce qui vous amène ?

- C'est pour Théo, déclara Justin.

L'infirmière posa son regard sur Théo qui se sentit mal à l'aise.

- Je suis tombé ce matin dans mon dortoir et je dois déjà avoir des bleus car c'est douloureux au toucher. Mais c'est trois fois rien, pour moi ça ne valait pas le coup de venir...

- Avec vous, il ne faut jamais rien sous-estimer. Vous avez une épaule fragile, il me semble ?

- Oui, avant, mais elle ne l'est plus, maintenant. Grâce à des potions que je prends et à la pratique du Quidditch, elle s'est rétablie et solidifiée. Je dois juste continuer les potions pendant encore six mois par mesure de précaution.

- Je vois. Mais il faut quand-même vérifier votre dos. Attendez-nous là, M. Finch-Fletchley.

Sans attendre de réponse, Mme Pomfrey entraîna Théo vers un lit au fond de l'infirmerie. Elle lui demanda de retirer sa chemise tandis qu'elle installait un paravent. Théo obéit et grimaça en sentant une nouvelle fois la douleur dans son épaule lorsqu'il enleva sa chemise. Mme Pomfrey revint vers lui et regarda son dos.

- Vous ne faites pas semblant quand vous tombez. Vous avez fait cette chute tout seul ou quelqu'un vous y a aidé ?

- C'était involontaire, éluda Théo.

Ce n'était pas tout à fait faux. Biggins n'avait pas vraiment voulu l'envoyer valdinguer à l'autre bout de la salle commune. Il avait juste voulu repousser Théo qui avait tenté de s'interposer entre Draco et lui.

- Mmmmh, ce n'est pas une réponse mais je m'en contenterai. Bon, je vais voir si vous ne vous êtes pas déplacé quelque chose.

Mme Pomfrey tâta le dos de Théo qui ne dit rien jusqu'à ce qu'elle remonte vers l'épaule.

- Vous avez mal ?

Théo acquiesça. L'infirmière palpa encore un peu la zone douloureuse, lança plusieurs sorts, vérifia d'autres endroits, passa une pommade et autorisa enfin Théo à se rhabiller. Il constata qu'il n'avait presque plus mal à son épaule lorsqu'il remit sa chemise.

- Bon, ce n'est pas trop méchant. C'était juste une luxation mais c'est l'une des rares choses qui se soignent avec quelques sorts. Vous allez quand-même devoir prendre des potions pour stabiliser tout ça.

- J'ai déjà des potions de ce genre...

- Oui mais elles ne traitent pas la même chose que celles que je vais vous donner. Vous devrez juste les prendre pendant une semaine et éviter les mouvements trop brusques. Normalement, d'ici trois ou quatre jours, ça devrait s'être rétabli mais il vaut mieux être prudent.

- Donc je vais pouvoir reprendre le Quidditch à la rentrée ?

- Oui, ce sera complètement rétabli d'ici là. Je vais également vous donner un baume pour soigner vos bleus. Il serait préférable que vous demandiez à quelqu'un de vous le passer. Je vous donne tout cela et vous pourrez y aller. En tout cas, vous commencez bien l'année !

Mme Pomfrey s'éloigna sur ces mots et revint quelques minutes plus tard avec un petit sac.

- Et voilà. Je vous en ai mis pour une semaine, alors prenez-les bien jusqu'au bout.

Théo acquiesça de nouveau, remercia Mme Pomfrey et rejoignit Justin qui l'attendait au milieu de l'infirmerie.

- Alors ? Rien de cassé ? demanda-t-il alors que Théo et lui sortaient de l'infirmerie.

- Non, je me suis juste luxé l'épaule. Ce n'était pas bien grave, ça s'est remis en quelques sorts. Je dois juste prendre des potions et mettre un baume pour mes bleus.

- Et tu disais que ce n'était rien ? s'étonna Justin.

- Je n'avais pas conscience que mon dos était dans cet état et je pensais vraiment que je n'avais rien à mon épaule.

- Eh bien heureusement que j'ai insisté pour que tu ailles à l'infirmerie. Mais ça ne va pas être trop galère pour le baume ?

- Blaise sera ravi de m'aider, sourit Théo. Il était encore dans le ventre de sa mère quand il a décidé qu'il serait médicomage plus tard.

Justin se mit à rire.

- Je vois, c'est une vraie vocation pour lui ! Bon, je suis content que quelqu'un puisse t'aider. Mais tu peux m'expliquer comment tu t'es fait tout ça ? J'ai du mal à croire que tu sois juste tombé dans ton dortoir.

- Ce n'est pas important, Justin.

- Je pense au contraire que si. Tu as eu des ennuis avec quelqu'un ?

Théo soupira.

- Je n'ai pas envie d'en parler en marchant.

- Retournons à notre endroit secret, alors.

- Ça, je ne dis pas non.

- Mais à condition que tu me dises toute la vérité.

Théo leva les yeux au ciel mais décida d'abdiquer. Il savait que Justin ne répéterait rien, de toute façon. Il allait juste lui cacher ce qu'il n'avait pas le droit de dire.

- D'accord.

Justin sembla satisfait. Théo se morigéna en se disant qu'il cédait beaucoup trop facilement. Il s'en voulait de ne pas réussir à tenir tête à certaines personnes. Une dizaine de minutes plus tard, Justin et lui arrivèrent à leur cachette. Ayant déjà oublié ses bleus, Théo s'adossa contre le mur. Il grimaça mais remarqua qu'il avait moins mal qu'avant. Le baume avait fait effet. Justin s'approcha de lui et prit les mains de Théo entre les siennes.

- Allez, raconte-moi tout.

- Il y a des choses que je ne peux pas te dire car elles ne me concernent pas et doivent rester secrètes pour le moment.

- Bien, alors dis-moi juste ce qui te concerne.

- Quand je suis rentré dans ma salle commune après avoir pris mon petit-déjeuner, j'ai vu un de mes amis qui descendait des dortoirs. Il s'est aussitôt fait alpaguer par un sixième année qui lui a posé des questions sur quelque chose qui ne le regardait pas. Il a insisté et comme je voyais mon ami en difficulté, je suis intervenu pour que le sixième année le laisse tranquille. Il n'a pas du tout apprécié et s'est mis à me faire des remarques très blessantes. Mon ami a vu rouge et s'est jeté sur le sixième année. Je ne voulais pas qu'ils en viennent aux mains alors j'ai essayé de les séparer. Mais le sixième année m'a envoyé son bras en pleine figure et c'est là que je suis tombé. Je me suis pris une table dans ma chute, ce qui explique les bleus. Je ne sais pas vraiment si ça a amorti ma chute puisque je suis quand-même lourdement tombé par terre. Mais je me serais peut-être plus gravement blessé à l'épaule si j'étais directement tombé par terre sans me prendre d'abord la table. Le choc aurait été plus violent.

- Ok, je comprends mieux. Tu as voulu éviter une bagarre et c'est toi qui a été blessé. Mais tu ne t'es pas dit que ça pouvait être dangereux de t'interposer comme ça ?

- Je n'y ai pas pensé sur le moment. Je n'ai pas réfléchi, en fait. Un de mes amis risquait de s'attirer des ennuis et c'est la seule chose que j'ai vue.

- Mais tu n'es pas du genre impulsif, pourtant, lâcha Justin, perplexe.

- Non, mais il ne faut pas s'en prendre à mes amis.

- Message reçu, plaisanta Justin. Mais ça ne me rassure pas du tout que tu sois prêt à te mettre en danger comme ça.

- Le danger ne me fait pas peur.

Justin fronça les sourcils. Théo réalisa qu'il en avait peut-être trop dit.

- Qu'est-ce que tu veux dire par-là ?

- Rien, répliqua Théo. Ce n'est pas important. Et là je ne veux vraiment pas en parler.

Justin fixa longuement Théo. Un voile de tristesse envahit son regard.

- Tu gardes de lourds secrets en toi, n'est-ce pas ?

Théo baissa les yeux. Justin se rapprocha davantage de lui et lui fit relever la tête. Théo tomba alors sur un regard rempli de douceur. Il aurait pu croire qu'il y avait de l'amour si Justin n'était pas déjà amoureux de quelqu'un d'autre. Théo savait que son binôme était seulement attiré par lui. Et qu'il y avait aussi un profond attachement entre eux. Ils étaient très proches l'un de l'autre mais ça s'arrêtait là. L'amour que ressentait Théo envers Justin n'était qu'à sens unique.

- Je ne t'embêterai plus avec ça, promis, dit Justin sans se douter des pensées intérieures de Théo.

Celui-ci acquiesça et sourit à Justin. Il laissa le Poufsouffle franchir le peu d'espace qui les séparait encore et poser ses lèvres sur les siennes. Il entrouvrit même la bouche pour approfondir le baiser. Alors que Justin en profitait pour venir jouer avec sa langue, Théo réalisa soudain quelque chose. Il rompit le baiser, faisant grogner Justin.

- Attends, je viens de me rendre compte qu'on ne s'est même pas encore souhaité bonne année, fit remarquer Théo.

- Oh... C'est vrai. Eh bien, bonne année, alors, dit Justin en souriant. Excuse-moi, j'ai complètement oublié.

- Moi aussi, rit Théo. Bonne année à toi aussi. On peut continuer à s'embrasser, maintenant.

Justin rit lui aussi et n'attendit pas pour reprendre possession des lèvres de Théo. Ils s'embrassèrent ainsi pendant de longues minutes. Théo adorait ce genre de moment. Il ne s'en lassait pas. Il savait que tout ça s'arrêterait à la rentrée avec la reprise des cours, des séances de travail en binôme et des entraînements de Quidditch, alors il en profitait au maximum. De toute façon, cette situation n'était pas vouée à durer. Elle n'était pas saine. Théo ne pouvait pas rester avec quelqu'un qui ne l'aimait pas. Cela finirait par le rendre malheureux. De plus, Justin était en couple. Ces vacances n'étaient qu'une sorte de parenthèses. À la rentrée, la vie reprendrait son cours normal. En attendant, Théo comptait bien profiter de la semaine qui lui restait à passer du temps seul avec Justin.

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(mardi 02/01) POV Severus

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- Où est-ce que j'ai mis ce fichu encrier ?

Cela faisait dix minutes que Severus cherchait son encrier partout. Ce n'était pas son genre d'égarer ses affaires mais, depuis la veille, il avait un peu l'esprit ailleurs. Il avait trente-six mille choses en tête et cela se ressentait dans tout ce qu'il faisait. Ce qui le préoccupait surtout en ce moment-même, c'étaient les rumeurs qui couraient dans le château au sujet de Draco. D'après ce qu'il avait entendu, Draco serait monté au dortoir d'un Gryffondor de sa classe. Si c'était vrai, Draco n'avait visiblement rien confirmé puisque ce n'étaient que des rumeurs. Dans ce cas, il y avait deux possibilités : soit c'était faux et quelqu'un cherchait à discréditer Draco, soit c'était vrai et Draco ne voulait pas que ça se sache. Sinon, il aurait confirmé la rumeur. Severus savait que Draco était gay mais aux dernières nouvelles, il voulait garder ça secret. Mais comme il serait monté dans le dortoir de son camarade durant la soirée précédant le Nouvel An, il avait peut-être trop bu et n'avait pas fait attention aux regards des personnes présentes dans la salle commune de Gryffondor... Severus ne cherchait même pas à savoir ce que Draco faisait là-bas. Il avait cru comprendre que cette nuit-là, tous les élèves n'étaient pas forcément dans leur propre salle commune. Il ne leur en tenait pas rigueur : les règles étaient relativement assouplies à cette occasion. Bon, par contre, si Draco avait bu, là, il n'allait pas être content du tout. Il savait que c'était déjà arrivé mais maintenant que Draco allait mieux, Severus pensait qu'il retrouverait un comportement un peu plus responsable. Mais il n'était sûr de rien alors il préférait attendre d'en parler avec Draco. Cette échéance arriva plus tôt qu'il ne le croyait. Il était encore en train de chercher son encrier quand il entendit des coups frappés à la porte. Il alla ouvrir et tomba sur celui qui était à l'origine de ses inquiétudes. Il fut un peu surpris, ne s'attendant pas à ce qu'il lui rende visite.

- Bonjour, Draco. Entre, j'ai fait du thé si tu en veux. À moins que tu préfères boire autre chose ?

- Non, du thé ça ira très bien.

- Bien, installe-toi, j'arrive.

Severus laissa Draco se rendre au salon tandis qu'il allait chercher le thé dans la cuisine. Il rejoignit Draco qui venait de s'asseoir. Il versa le thé dans une tasse qu'il avait ramenée puis il s'installa en face de Draco. Ils se souhaitèrent en même temps une bonne année, ce qui les amusa. Puis Severus demanda à Draco :

- Alors, qu'est-ce qui t'amène ?

- Je ne sais pas si tu étais de ronde hier mais même en allant déjeuner ou dîner, tu as dû entendre des rumeurs à mon sujet.

- En effet.

- Eh bien autant te le dire tout de suite, ces rumeurs sont vraies.

Severus haussa les sourcils.

- Tu es donc monté au dortoir de M. Thomas à vingt-trois heures pour en redescendre une demie-heure plus tard ?

- Oui, mais il ne s'est rien passé, répliqua Draco. Ça a failli mais... on n'a rien fait.

- Ok, je te crois. Mais est-ce que tu étais conscient que tout le monde avait pu te voir te rendre à ce dortoir ?

- Oui mais sur le moment je m'en fichais. Je vais être franc : je voulais juste coucher avec Thomas. Il n'y avait que ça qui comptait à ce moment-là. Je me fichais du reste. J'avais juste envie de prendre du bon temps. Je m'ennuyais un peu à cette soirée, je ne voulais pas rester, je ne voulais pas rentrer non plus à ma salle commune ou à mon dortoir, j'étais avec Thomas, il me plaisait, je lui plaisais, j'avais envie de coucher avec lui alors je n'ai pas cherché plus loin. Je me suis dit que j'assumerais les conséquences le lendemain. Je précise que je n'avais pas bu un seul verre. J'avais décidé de mon plein gré de lâcher prise. Sauf que le lendemain, je n'étais pas prêt à faire face à la portée de mes actes. Mais c'était trop tard. La rumeur courait déjà que j'étais monté avec un garçon à son dortoir. Si Thomas était hétéro, les choses auraient sûrement été différentes. Mais il se trouve qu'il est gay, alors évidemment personne ne s'est dit qu'il m'avait emmené dans son dortoir pour faire autre chose que coucher ensemble. Et comme j'étais plus que consentant, ça a dû se voir. Donc voilà, je me retrouve à devoir assumer un coming-out que je n'ai pas réellement voulu faire et je ne sais pas du tout comment y faire face. C'est pour ça que je viens te voir. Tu m'as dit que je devais venir te parler lorsque j'avais besoin d'aide et que je ne devais plus garder pour moi ce genre de choses. Je ne sais pas si tu vas vraiment pouvoir m'aider mais je suppose qu'en parler va déjà me faire du bien.

Severus resta silencieux un moment après cette tirade de Draco. Il était un peu déboussolé. Draco venait quand-même de lui dire qu'il avait voulu coucher avec un garçon juste pour le fun. Severus ne savait même pas ce que Draco entendait par «coucher avec». Il ne savait pas non plus s'il avait eu des rapports intimes avec son ancien petit-ami. Ils n'en avaient pas du tout parlé, Draco ne lui ayant rien dit pour le moment sur sa relation avec son capitaine de Quidditch. Severus savait juste qu'ils avaient rompu et que ça avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase pour Draco.

Depuis le début de la thérapie qu'ils faisaient ensemble, Draco n'avait parlé que de ce qu'il ressentait vis-à-vis de ses parents, de leur abandon, de leur traque et de leur arrestation. Mais il avait presque tout dit là-dessus, Severus pensait donc qu'ils allaient bientôt aborder le sujet de sa relation avec son capitaine de Quidditch. Draco lui avait avoué qu'il était sorti avec ce garçon parce qu'il lui offrait ce que ne lui offrait plus Severus. Il ne lui avait rien dit de plus, à part que cette relation était malsaine, mais cela avait suffi à Severus pour comprendre qu'ils allaient devoir parler de cette relation. Il était donc complètement dans le flou suite à ce que venait de dire Draco mais après un long moment de silence, il réussit à reprendre contenance :

- Tu as bien fait de venir me voir. Et je suis bien content que tu l'aies fait. Pour que je puisse t'aider, il faut d'abord que j'en sache un peu plus. Est-ce que tu comptes confirmer ton coming-out ?

- Oui, et c'est justement pour ça que je suis là. Ce qui est fait est fait, je ne vais pas aller crier dans tous les couloirs qu'en fait je suis allé jouer aux échecs avec Thomas dans son dortoir... J'ai fait une bêtise en y allant avec lui, je dois l'assumer. Je ne comptais pas me cacher éternellement, de toute façon. Je n'avais aucune idée de la façon dont j'allais faire mon coming-out quand j'aurais été prêt à le faire. Maintenant c'est fait, même si c'était involontaire et pas du tout prévu, alors je ne vais pas revenir en arrière.

- C'est une très bonne façon de voir les choses, approuva Severus. Et c'est la plus simple, je pense, même si ce n'est pas ce qu'on pourrait croire à première vue. Au moins les choses seront claires. Tu n'auras plus à te cacher.

- Dans ce cas, qu'est-ce que je peux faire pour annoncer que je suis effectivement gay ?

- Je vais voir avec le directeur si tu peux faire une annonce solennelle dans la Grande Salle.

- Pffff... T'es nul, dit Draco, souriant malgré tout. Mais en vrai ce serait le moyen le plus efficace.

- Ça c'est sûr. Non mais plus sérieusement, tu peux l'annoncer dans ta salle commune au moment où il y aura le plus de monde. Tu attires l'attention, tu déclares que tu as quelque chose à dire et tu fais ton annonce. Tu en profiteras pour rappeler qu'il est interdit de s'en prendre à quelqu'un à cause de ses croyances, de sa religion, de son orientation sexuelle et tout le tintouin et tu leur feras également rappeler les sanctions qu'ils encourent s'ils enfreignent cette partie du règlement. Comme ça, tu fais d'une pierre deux coups : tu fais officiellement ton coming-out et tu dissuades tes camarades de s'en prendre à toi de quelque moyen que ce soit. Tu peux aussi demander à tes collègues préfets de faire la même chose dans leur salle commune. Après tout, ça fait partie de leurs fonctions puisqu'ils sont censés maintenir l'ordre dans le château. Ce ne sont que des idées, tu n'es pas obligé de les suivre, mais je pense que c'est la meilleure des solutions.

- Je pense aussi, dit Draco. Ton idée est géniale. Je suis un peu impressionné, en fait. Je n'aurais pas forcément pensé à tout ça. Mais c'est exactement ce que je dois faire. Par contre, si je veux qu'il y ait le plus de monde possible quand je vais faire mon annonce, il vaut mieux que j'attende la rentrée.

- Ce serait mieux, en effet, affirma Severus. Après, tu peux l'annoncer dimanche soir, juste après le dîner. Ce sera sûrement le moment où il y aura le plus de monde.

- D'accord, je vais attendre dimanche soir, dans ce cas.

- Bien. Est-ce que c'est tout ce que tu avais à me dire ?

- À dire, oui. Mais du coup, j'ai quelque chose à te demander. En attendant, je fais quoi si on vient me demander si je suis gay ?

- Je sais que c'est plus facile à dire qu'à faire mais tu ignores. Et si on t'insulte ou si on t'agresse, tu dois en parler. Et pour éviter que ça arrive, j'aimerais que tu te fasses accompagner où que tu ailles jusqu'à ce que les choses se calment. Et si possible, par M. Zabini.

- Tu n'as pas confiance en Théo ?

- Ce n'est pas ça, c'est juste que vous risqueriez fort de vous faire attaquer tous les deux en même temps. Après, c'est comme tu veux, je ne t'oblige à rien.

- Je verrai ça avec eux. Sinon, à part ça, je crois que je n'avais rien d'autre à dire.

- Tu ne te sens pas particulièrement stressé, angoissé ou oppressé à cause de ça ? Tu n'as pas encore eu de remarques désagréables ? De moqueries ? D'insultes ?

- Non, j'ai évité de sortir hier, je suis resté dans mon dortoir durant presque toute la journée. Et je me sens plutôt bien, même si j'ai un peu peur de ce qui m'attend. Je n'ai pas envie de subir ce qu'a enduré Théo. Et je m'inquiète aussi pour lui.

- Pourquoi ? demanda Severus en fronçant les sourcils.

- Parce qu'hier, il a voulu me défendre et ça s'est retourné contre lui.

- Comment ça ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

Draco raconta alors à Severus ce qui s'était passé la veille au matin.

- Je n'aime pas quand il fait ça, termina Draco. Il n'a pas réfléchi une seule seconde. Si Biggins avait eu un couteau à la main ça aurait été pareil. Il se serait interposé sans se poser de questions. Il n'a plus aucune notion du danger. Il ne sait plus ce que c'est. Tu l'avais déjà remarqué quand il a préféré se prendre un coup de poing par Weasley plutôt que se défendre, eh bah ça n'a pas changé.

Severus soupira.

- J'avais prévu d'avoir une discussion avec lui à ce sujet mais je n'en ai d'abord pas eu le temps, puis j'ai oublié. Mais je vais essayer de le convoquer avant la rentrée. Ça va être un peu compliqué car, contrairement à ce que je pensais, je suis assez occupé.

- C'est vrai, grimaça Draco. Entre ma séance de thérapie, celle de Harry, les repas auxquels tu dois assister dans la Grande Salle et les potions que tu dois préparer pour Sainte-Mangouste... Ce ne sont pas vraiment des vacances pour toi.

- Je trouve quand-même le temps de faire quelques petites sorties. Mais de toute façon, il faut que je m'occupe sinon je m'ennuie.

- Je comprends, dit Draco en souriant. Je t'avoue que je trouve ces vacances un peu longues. Il y a des fois où je m'ennuie.

- Courage, plus que six jours et tu reprends les cours.

- Je n'aurais jamais cru dire ça mais j'ai hâte, rit Draco.

- Je suis ravi de te l'entendre dire au moins une fois dans ta vie, renchérit Severus. Est-ce que tu es sûr de n'avoir rien d'autre à me dire ?

- Si, mais ça vient juste de me revenir. J'aimerais revoir Harry au moins deux fois avant la rentrée. Et plus que deux heures, si possible.

- Alors le voir deux fois, ça devrait pouvoir se faire, par contre, plus de deux heures, je suis désolé mais ça ne va pas être possible. À moins que tu viennes le voir le matin mais ça m'étonnerait que Black accepte de recevoir de la visite à neuf heures du matin. Mais je peux toujours lui demander.

- Merci, ce serait super sympa de ta part. Pendant que j'y suis, Théo aimerait également rendre visite à Harry, et Harry aimerait bien le voir aussi. Pas forcément plus de deux heures, même si ce serait bien... Ça permettrait à Harry de travailler plusieurs matières. Car il rame pour comprendre certains cours et il aurait donc besoin des explications de quelqu'un.

- Il peut demander à Lupin, objecta Severus.

- Je pense que ce serait plus agréable pour lui si c'était Théo qui l'aidait, insista Draco. Il a tous les cours en tête, il sait super bien expliquer et il serait ravi d'aider Harry.

Severus soupira.

- Et quand est-ce qu'il se repose, mon patient, parmi tout ça ?

- Il a vraiment encore besoin de se reposer ? demanda Draco d'une petite voix.

- Disons que des journées trop lourdes ne sont pas encore indiquées pour lui. Mais bon, tant qu'il ne se couche pas à une heure du matin, ça devrait aller. Et puis il va quand-même bientôt falloir qu'il se réhabitue à des journées bien remplies. Ce serait bien que d'ici un mois, il puisse retourner en cours. Il fera évidemment des sorties dans le château avant cette échéance. Il faut qu'il se réadapte petit à petit. Si tu es d'accord, tu vas être mis à contribution. Il va d'abord sortir avec Black et Lupin, puis tu pourras prendre le relais.

- Je suis d'accord, dit aussitôt Draco.

- Bien, on rediscutera de tout cela plus tard. Je vais voir ça avec Black et Lupin quand tu pourras voir ton binôme. Je verrai aussi avec eux pour Théo. Après, si ça vous tente et si Harry est d'accord, vous pourrez aller le voir ensemble.

À peine eut-il terminé sa phrase que Severus remarqua que Draco le regardait avec un drôle d'air. Il haussa un sourcil mais Draco ne dit rien, se contentant de sourire.

- J'en parlerai avec Théo. Je suis sûr qu'il voudra bien qu'on lui rende visite ensemble. J'espère que l'idée plaira à Harry aussi. Bon, j'y vais. Merci pour le temps que tu m'as accordé. Et merci de céder à tous mes caprices. Je sais que je t'en demande beaucoup.

- Ce n'est rien, va. Tant que je peux accéder à tes requêtes, je le fais.

- Et c'est vraiment gentil de ta part. Bon, je vais te laisser. Je ne devrais peut-être pas te le dire mais j'ai encore plein de devoirs à faire.

- Je vais faire comme si je n'avais rien entendu. Mais je te fais confiance. Je sais que tu arriveras à les faire à temps. Allez, file travailler.

Draco acquiesça, souhaita une bonne journée à Severus puis il s'en alla. Severus soupira. Il allait en avoir, du boulot. Il allait devoir faire la navette entre Draco et Théo d'un côté et les trois Gryffondor de l'autre. Et il devait aussi avoir une sérieuse discussion avec Théo. Mais il verrait tout cela un peu plus tard. Il avait une séance avec Harry à treize heures et une séance avec Draco à seize heures. Et avant cela, il devait écrire une lettre à Sainte-Mangouste. Il aurait bien voulu s'y rendre directement mais il n'en avait pas le temps. Surtout qu'il risquait d'être retardé par ses anciens collègues. Et puis il avait des potions à préparer. Comme disait Draco, ces vacances n'en étaient pas du tout pour lui. Et, pourtant, jamais il ne s'était senti aussi bien. Certes, il était très occupé, mais il faisait ce qu'il aimait faire. Et pour lui, cela valait toutes les vacances du monde.

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Quelques heures plus tard, POV Harry

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- Harry, tu es sûr que ça va ?

Harry releva le nez de son assiette.

- Oui, pourquoi ?

- Tu n'as presque pas touché à ton dessert, fit remarquer Sirius.

- Je n'ai plus très faim.

- Remets-le dans le plat, alors. Tu le mangeras plus tard.

Harry acquiesça et remit sa part de tarte à la mélasse dans le plat.

- Tu es stressé à cause de ta séance ? questionna Sirius.

- Oui, un peu.

- Un peu seulement ?

- Beaucoup, avoua Harry.

- Pourquoi es-tu autant stressé ? C'est l'idée de voir Snape ? Ou c'est la séance en elle-même ?

- La séance. J'ai prévu d'aborder le sujet que je refoule depuis le début de la thérapie.

- Oh. Je vois. C'est normal que tu sois stressé, dans ce cas. Mais ça va bien se passer. Tu n'as pas à avoir peur. Bien sûr, ça va être dur, mais tu peux le faire. C'est déjà bien d'avoir pris la décision d'en parler. Maintenant, il faut se lancer. Et Snape saura te mettre dans les bonnes conditions pour ça.

Harry hocha de nouveau la tête. Il savait tout ça mais entendre Sirius prononcer ces mots lui faisait du bien et le rassurait.

- Bon, si tu as fini de manger, je vais débarrasser la table et faire la vaisselle.

- Je vais t'aider.

- Avec grand plaisir !

À deux, Sirius et Harry débarrassèrent bien vite la table. Harry retourna ensuite au salon tandis que Sirius faisait la vaisselle. Harry aimait beaucoup le repas du midi. C'était celui que Sirius, Remus et lui partageaient le plus souvent ensemble. Remus était obligé d'assister à un repas par jour dans la Grande Salle afin de superviser la table des Gryffondor. La plupart du temps, il choisissait le dîner. Ce jour-là, en revanche, il n'avait passé le déjeuner ni avec Sirius et Harry, ni dans la Grande Salle. Comme la pleine lune avait lieu trois jours plus tard, il était fatigué et avait préféré aller se reposer.

Lorsque Sirius revint dans le salon, il était l'heure pour Harry d'aller à sa séance. Le voyant encore stressé, Sirius lui ébouriffa les cheveux.

- Ça va aller, je te dis. Mais si vraiment tu ne te sens pas prêt, attends encore un peu. Il faut te forcer un peu, oui, mais pas trop non plus.

- Je sais. Mais j'ai vraiment envie d'en parler aujourd'hui. J'ai juste peur de ce que je vais ressentir. J'ai peur de... de m'effondrer et... et de pleurer.

- Ce sera sûrement inévitable, dit doucement Sirius. Et si ça arrive, tu ne dois pas en avoir honte. C'est normal et c'est nécessaire. Ça te permettra de te libérer. Alors ne te retiens pas, d'accord ?

- D'accord, répondit Harry en souriant. Allez, j'y vais.

Il se dirigea vers la cheminée, prit une pincée de poudre de Cheminette, prononça les quartiers de son professeur et jeta la poudre dans l'âtre. Il atterrit bien vite dans la cheminée de Snape.

- Bonjour, M. Potter, dit celui-ci alors que Harry sortait de la cheminée. Vous êtes un peu en avance.

- Un tout petit peu, rectifia Harry. Plus le temps passait, plus je stressais alors j'ai pensé qu'il valait mieux venir plus tôt plutôt qu'attendre et stresser encore plus. Et je sais que ça ne vous dérange pas quand j'arrive en avance, tant que ce n'est pas une demie-heure avant l'heure du rendez-vous. Sinon je ne l'aurais pas fait. Je tiens à me montrer poli et je...

- M. Potter, calmez-vous, c'était juste une remarque, coupa Snape. Au moins vous ne mentiez pas quand vous disiez que vous étiez stressé. Vous êtes tendu comme un arc. C'est une bonne chose que vous soyez en avance, du coup. Vous allez devoir décompresser avant de commencer la séance. Ne restez pas debout, venez vous asseoir.

Harry obéit et s'installa en face de Snape.

- Pourquoi êtes-vous aussi tendu ?

- Parce que j'appréhende la séance, dit honnêtement Harry. Ou, plutôt, j'appréhende le sujet dont on va parler.

- Je vois. Cela va être difficile mais vous vous sentirez mieux ensuite. C'est ce que vous devez vous dire. Et puis nous irons en douceur. Tout s'est bien passé jusque-là, n'est-ce pas ?

- Oui, affirma Harry sans hésiter.

- Alors il n'y a pas de raison pour que cette séance se passe mal, peu importe le sujet que nous allons aborder. Est-ce que vous êtes rassuré ?

- Oui.

- Bien, alors maintenant détendez-vous. Relâchez les épaules. Laissez retomber vos bras. Adoptez une posture plus décontractée. Sans pour autant vous avachir sur votre chaise, bien sûr.

Harry fit ce que Snape lui disait. Il sentit nettement la différence avec la posture qu'il avait quelques minutes plus tôt.

- Parfait. Nous allons pouvoir commencer la séance, si vous êtes prêt.

- Je le suis.

- Bien. Quel sujet souhaitez-vous aborder aujourd'hui ?

- Je souhaite parler de Cédric, déclara Harry, la voix tendue. Et plus précisément d'un secret que je garde à propos de lui. Mais je ne veux pas en parler de vive voix.

- Vous voulez que je regarde un souvenir ?

- Oui, comme nous l'avions prévu. Vous comprendrez aussitôt. C'est parlant.

- D'accord. Comme la dernière fois, vous allez d'abord préparer votre esprit à me recevoir.

Snape donna les mêmes directives que la fois précédente. Harry les suivit à la lettre et n'eut aucun mal à disposer son esprit à recevoir Snape.

- Bien, je vais entrer dans votre esprit. Surtout, n'oubliez pas de rester détendu. Ne vous crispez pas. Restez seulement focalisé sur votre souvenir. Êtes-vous prêt ?

- Oui.

Harry s'efforça de rester relaxé en attendant la formule du sort.

- Legilimens.

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Samedi 7 janvier 1995, POV Harry

Harry marchait dans les couloirs sans vraiment savoir où il allait. Il avait juste besoin de marcher. Et de réfléchir. La deuxième tâche du tournoi des trois sorciers avait lieu un mois et demi plus tard et il n'avait toujours aucune idée de la façon dont il devait ouvrir l'oeuf sans que celui-ci ne lui perce les tympans. En plus, le surlendemain, il reprenait les cours. Cela ne l'enchantait pas vraiment. Il allait avoir encore moins de temps pour réfléchir. Enfin, ce n'était pas comme s'il avait passé les vacances à se creuser les méninges pour tenter de résoudre le mystère de l'oeuf... Il avait plutôt essayé de refourguer le sujet dans un coin de son esprit en se disant qu'il y penserait plus tard. Sauf que Hermione venait de lui rappeler qu'il n'avait plus que six semaines devant lui et qu'il serait peut-être temps qu'il s'y mette sérieusement. Déjà bien irrité à cause de plusieurs choses qui lui prenaient la tête, la réflexion de Hermione l'avait énervé et il avait préféré aller se promener pour ne pas se disputer avec elle. Il était donc en train de traverser le château et ne regardait pas du tout où il allait. Si bien qu'il ne vit pas quelqu'un passer à côté de lui. Mais cette personne, elle, le vit.

- Harry ?

Harry s'arrêta et se retourna. Il eut un coup au coeur en voyant que c'était Cédric qui l'avait hélé.

- Désolé, je ne t'avais pas vu, s'excusa-t-il.

- Ce n'est pas grave, dit Cédric en souriant.

Le magnifique sourire de Cédric fit fondre le pauvre coeur de Harry. Il se sentit rougir alors que des papillons dansaient dans son ventre. Il n'avait pas seulement passé les vacances à éviter la question de l'oeuf. Il les avait aussi passées à éviter Cédric, espérant qu'il parviendrait ainsi à faire passer son béguin pour lui. Sauf que ça n'avait pas du tout marché. Il devait se l'avouer : il n'avait pas juste le béguin. Il était complètement amoureux de Cédric. Il se sentait tellement idiot à rougir comme ça à chaque fois qu'il lui souriait qu'il avait peur que Cédric ne devine ses sentiments à son égard. Il savait pourtant qu'il n'avait rien à espérer avec lui. Cédric ne semblait même pas vouloir être ami avec lui. Pourtant, Harry avait cru plusieurs fois qu'ils allaient le devenir. Car à plusieurs reprises, Cédric et lui avaient longuement discuté. Harry avait bien senti que le courant passait bien entre eux. Et que le Poufsouffle aimait bien sa compagnie. Mais cela ne l'avait pas empêché d'éviter Harry pendant deux à trois semaines après chacune de ces discussions. Cette attitude avait profondément blessé Harry. Il avait l'impression que Cédric n'assumait pas d'être ami avec lui. Il savait bien qu'ils étaient rivaux mais ils faisaient partie de la même école, nom d'une chouette ! Ils avaient parfaitement le droit d'être amis tout en étant rivaux ! C'était Poudlard qu'ils représentaient à eux deux ! Mais même s'il était blessé, Harry avait laissé Cédric revenir vers lui à chaque fois sans lui faire le moindre reproche. Mais cette fois, les choses étaient différentes. Harry avait réalisé qu'il était amoureux de Cédric. Et il avait vraiment peur que le Poufsouffle le comprenne s'il restait trop longtemps avec lui. Il décida alors de couper court à leur rencontre.

- Je... je vais y aller, j'ai des trucs à faire, mentit-il.

Il voulut partir mais Cédric lui attrapa doucement le bras.

- Attends...

Harry s'arrêta mais sans regarder Cédric.

- Tu as vraiment des choses à faire ou tu m'évites ?

Harry se tourna d'un coup vers Cédric.

- Pourquoi ça t'intéresse de le savoir ? demanda-t-il d'un ton accusateur. Et pourquoi tu me retiens, d'abord ? Tu devrais être content que je t'évite puisque c'est ce que tu n'arrêtes pas de faire toi-même !

Cédric soupira.

- Ce n'est pas contre toi, Harry...

- Ah oui ? Excuse-moi mais ce n'est pas très flagrant ! Je ne te demande pas grand-chose, Cédric. J'aimerais juste qu'on puisse discuter sans que tu m'évites ensuite pendant des semaines en faisant comme si je n'existais pas quand on se croise dans les couloirs. Je ne te demande même pas que nous soyons amis. Je peux très bien comprendre que tu n'aies pas envie d'être ami avec moi. Je ne suis d'aucun intérêt pour toi. Je suis plus jeune que toi, je suis un Gryffondor, et en plus, je t'ai volé ta gloire en devenant moi-même un champion du tournoi. Je sais bien que tes amis m'en veulent à cause de ça. Mais si nous montrions qu'on s'apprécie, ça les ferait peut-être changer d'avis. Mais je ne t'oblige à rien. Si tu ne veux pas afficher ta bonne entente avec moi je...

Harry n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase car Cédric le fit soudain reculer vers un endroit isolé du couloir. Sans qu'il n'ait le temps de dire quoi que ce soit, les lèvres de Cédric se plaquèrent sur les siennes. D'abord surpris, Harry se détendit et répondit bien vite au baiser. Il entrouvrit les lèvres et laissa la langue de Cédric rejoindre la sienne pour entamer un ballet qui devint très vite passionné. Cédric rompit le baiser quelques minutes plus tard, au grand regret de Harry. Le regard bleu du Poufsouffle se plongea dans celui émeraude de Harry.

- Voilà pourquoi je t'évite. Parce que je t'aime, Harry, et que rien n'est malheureusement possible entre nous.

Cédric tourna les talons sur ces mots et s'en alla, laissant derrière lui un Harry seul, triste, perdu et complètement désemparé.

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Harry pleurait sans retenue. Il venait de livrer à Snape le souvenir de son tout premier baiser avec Cédric. Ce n'était pas tant ce souvenir qui le faisait pleurer. Mais ce qui en avait découlé. Une histoire d'amour secrète et compliquée, jalonnée de ruptures à contrecoeur et de remises en couple au détour d'un couloir, décidées dans un fol échange de baisers et de manière totalement irréfléchie. Tout avait brusquement rejailli dans la mémoire de Harry et faisait désormais couler des torrents de larmes sur ses joues. Il avait l'impression qu'il ne s'arrêterait jamais de pleurer tellement il avait le coeur broyé par le chagrin. Mais une main qui se posa sur son bras le ramena doucement à la réalité. Il cessa progressivement de sangloter, bien que les larmes continuaient à inonder son visage. Il put bientôt lever les yeux vers son professeur qui l'observait avec une profonde tristesse dans le regard. Il reprit cependant très vite un air neutre, bien que beaucoup plus doux que d'habitude.

- Vous étiez amoureux de M. Diggory ? demanda-t-il doucement.

- Oui, murmura Harry. Et il m'aimait aussi.

- Mais il refusait de sortir avec vous ?

- Oui, même s'il en avait très envie. Mais il a vite changé d'avis. Après ce premier baiser, on s'est mutuellement évités pendant plusieurs jours. Mais lorsque nous nous sommes de nouveau croisés dans un couloir désert, on n'a pas pu résister. Il m'a attiré cette fois dans des toilettes et on s'est une nouvelle fois embrassés. C'était presque un besoin viscéral. On avait besoin l'un de l'autre. Je ne sais pas comment l'amour nous est tombé dessus comme ça mais c'était fort. Je n'avais jamais ressenti ça avant. J'étais déjà sorti avec quelqu'un mais c'était plus un flirt qu'autre chose. C'était au début de ma troisième année. Nous sommes restés trois mois ensemble. Mais on ne se voyait pas très souvent et on ne faisait que s'embrasser. Pourtant on était de la même maison puisque c'était mon capitaine de Quidditch, Olivier Dubois. Mais c'était l'année de ses ASPIC alors il travaillait beaucoup. On ne se voyait qu'après les entraînements quand il avait un peu de temps à me consacrer. C'était une ou deux heures, pas plus. On a fini par rompre d'un commun accord. De toute façon, il quittait l'école à la fin de l'année donc ça aurait été compliqué de poursuivre cette histoire qui n'en était pas vraiment une. Avec Cédric c'était complètement différent. J'étais éperdument amoureux de lui. C'était à la fois tendre et passionné. Je pouvais rester des heures dans ses bras à ne rien faire d'autre qu'écouter le battement de son coeur ou le son de sa voix. Mais notre histoire n'a pas été de tout repos. Déjà, on a dû la garder secrète. Je n'avais pas rendu publique non plus ma relation avec Olivier. À ce moment-là, je n'étais pas prêt à faire mon coming-out. Je n'avais que treize ans, c'était un peu trop tôt pour afficher publiquement mon orientation sexuelle. Avec Cédric, j'avais un an de plus et je me sentais prêt à assumer mon homosexualité. Mais c'était lui qui freinait des quatre fers. Il savait depuis trois ans qu'il était gay mais il ne pouvait pas l'assumer.

Harry s'interrompit, les mots devenant soudain durs à prononcer.

- C'est pour cela que vous ne pouviez pas le dire ? Que vous avez dû me montrer ce souvenir au lieu de me le dire de vive voix ? interrogea Snape.

Harry acquiesça.

- Était-ce lui qui avait un problème avec son homosexualité ?

Harry secoua la tête.

- Non, s'il n'y avait que lui, il aurait pleinement assumé.

- Alors pourquoi ne le faisait-il pas ? Ce n'est pas par curiosité que je vous demande ça, c'est juste pour comprendre pourquoi vous avez dû garder ça pour vous.

- Je comprends.

Harry prit une profonde inspiration.

- M. Diggory n'aurait jamais accepté que Cédric soit gay. Il aimait son fils plus que tout au monde mais il avait des idées très arrêtées. Il aurait pu renier Cédric s'il avait appris qu'il était gay. Et ça, Cédric ne l'aurait jamais supporté. Il ne voulait pas décevoir son père. Il avait tellement peur qu'il se doute de quoi que ce soit qu'il faisait semblant de sortir avec sa meilleure amie. En fait, c'est elle qui le lui a proposé. Elle était au courant de tout, que ce soit de son homosexualité ou de ses histoires d'amour et elle ne supportait pas de le voir empêtré dans cette situation. Pour lui donner un peu d'air elle lui a proposé de faire semblant d'être en couple. Comme ça, quand il disait qu'il allait voir cette supposée petite-amie, il allait voir en réalité son petit-ami. Car avant moi il a eu plusieurs copains. Il n'est jamais resté longtemps célibataire. Mais j'ai été sa plus longue histoire. En même temps, ses autres petits-amis n'ont pas supporté que Cédric doive jouer les amoureux transis avec une fille. Moi, ça ne me posait aucun problème, tant qu'il m'aimait moi. Cette fille, c'est une Serdaigle qui est en sixième année actuellement. Elle s'appelle Cho Chang. J'ai parlé plusieurs fois avec elle et c'est une fille géniale. Elle a joué le jeu jusqu'au bout avec Cédric. Je sais qu'elle tenait énormément à lui. Je n'imagine pas ce qu'elle a pu ressentir quand elle a perdu son meilleur ami. J'aurais bien voulu savoir comment elle allait mais je n'ai pas pu lui parler depuis la rentrée. C'est à peine si je la croise dans les couloirs. Pardon, je m'égare, je ne sais plus ce que je dis, je pars dans tous les sens...

- C'est normal, vous avez beaucoup trop de choses à dire, mais j'ai compris l'essentiel.

- Je n'ai pourtant pas dit le dixième de tout ce que j'ai à dire, murmura Harry. Il y a tant de choses que je garde en moi... C'est parce que je ne pouvais pas dire que je suis sorti avec Cédric et que j'ai donc perdu mon ex petit-ami que j'allais aussi mal. Car je lui avais promis de garder notre relation secrète et de ne le dire à personne. Mais en cachant cette histoire, je n'ai pas pu dire à quel point le voir mourir m'a fait mal et m'a anéanti. Je ne pouvais pas dire à quel point j'étais mal, à quel point je souffrais, à quel point j'étais traumatisé. Tout le monde pensait que je devais juste être bouleversé d'avoir vu un de mes camarades se faire tuer sous mes yeux. Mais ce n'était pas qu'un simple camarade pour moi. C'était beaucoup plus que ça. C'était le garçon que j'aimais. J'ai eu l'impression qu'on m'avait enlevé une partie de moi. Je n'ai jamais eu autant mal que ce jour-là. C'est pour ça que je n'ai pas voulu lâcher son corps quand je l'ai ramené avec moi par Portoloin. Mais tout ça, je n'ai pas pu le dire. Ça fait six mois que je garde tout ça pour moi. C'est à cause de ça que j'allais aussi mal et que j'ai ressenti le besoin de consulter un psychomage. La suite vous la connaissez.

Harry se tut sur ces mots. Snape resta un moment silencieux.

- C'est une bonne chose que vous ayez dit tout ce que vous aviez sur le coeur à ce sujet. Vous ne le sentez peut-être pas encore mais vous vous sentirez mieux en sortant de cette séance. Je sais que tout est confus dans votre esprit, c'est pourquoi nous allons tout reprendre depuis le début, si vous voulez bien.

Harry acquiesça.

- Vous me disiez que la relation que vous entreteniez avec M. Diggory était compliquée.

- Oui, elle n'a pas été de tout repos. Il fallait sans cesse se cacher et on n'arrêtait pas de se séparer et de se remettre ensemble. Mais on ne s'est pourtant jamais disputés. On se séparait parce qu'on avait des moments de lucidité durant lesquels on voyait bien que cette relation ne menait à rien. Mais on s'aimait tellement qu'on ne pouvait pas rester séparés bien longtemps. Notre amour finissait toujours par prendre le pas sur la raison. On avait beau savoir que tout allait recommencer, qu'on allait devoir se cacher, qu'on allait avoir peur lors de chaque seconde passée ensemble, qu'on allait devoir mentir à tout le monde, on prenait le risque quand-même. C'était plus fort que nous. Cédric n'avait pas eu ce problème avant car il n'était sorti qu'avec des garçons de sa maison. Nous sommes restés quatre mois ainsi, à s'aimer, à rompre et à se remettre ensemble deux semaines plus tard. Mais il est arrivé un moment où on a vraiment dû mettre un terme à notre relation. Enfin... provisoirement. C'était la fin du mois d'avril, il faisait beau, les fleurs poussaient, les oiseaux chantaient. Nous nous sommes croisés dans un couloir, Cédric et moi. Il a voulu me parler. On s'est mis à l'abri des oreilles et des regards indiscrets. J'ai aussitôt deviné ce qu'il allait me dire. Il le savait et il n'y est donc pas allé par quatre chemins. Il m'a dit qu'il m'aimait plus que tout mais qu'il valait mieux qu'on rompe vraiment cette fois. Mais que ce n'était pas définitif pour autant. Il m'a dit qu'il voulait attendre d'avoir quitté Poudlard et d'avoir trouvé un travail pour dire à son père qu'il était gay. Il savait que son père allait sûrement lui demander de partir et c'est pour ça qu'il préférait attendre d'avoir un salaire pour faire son coming-out. On avait un an et demi à attendre. Il m'a dit qu'à ce moment-là, on pourrait se voir lors des sorties à Pré-au-Lard jusqu'à ce que je quitte moi aussi Poudlard. Il m'a juste demandé de l'attendre d'ici-là. Je le lui ai promis et il me l'a promis aussi. Tout était prévu. On pensait que deux ans plus tard, on pourrait enfin vivre une vraie histoire d'amour, même si on ne pourrait pas se voir souvent. Mais tous ces beaux plans ont été réduits à néant. Tout ça ne se fera jamais. Parce qu'on m'a enlevé Cédric et tout ce qu'on avait planifié.

Les larmes coulèrent de nouveau sur les joues de Harry.

- J'ai fait le deuil de cette relation mais... j'ai un goût d'injustice dans la bouche qui ne veut pas s'en aller. On aurait pu vivre heureux, même s'il fallait attendre pour cela. Mais c'est la vie et on ne peut rien y faire.

- C'est une façon philosophique de voir les choses. Et c'est sûrement ce que vous vous êtes répété pour faire votre deuil, supposa Snape.

- En effet, affirma Harry. Je me suis plus résigné qu'autre chose, en fait. J'ai déprimé pendant trois ou quatre jours puis j'ai réussi à reprendre le dessus. C'est rapide, je sais, surtout pour quelqu'un qui dit avoir éperdument aimé son petit-ami et avoir prévu de vivre une grande histoire d'amour avec lui mais je suis habitué à devoir me faire à l'absence de quelqu'un. Ça reste dur, bien sûr, mais j'ai plus de facilité à faire mon deuil que la plupart des personnes. Ça peut sonner comme un avantage mais ça ne l'est pas tant que ça. Car si j'ai autant de facilité, c'est parce que j'ai perdu mes parents alors que je n'étais qu'un bébé et que jamais personne ne les a remplacés dans l'amour qu'on aurait dû me donner. Pardon, je m'égare encore...

- Non, au contraire, ce que vous dites est très intéressant.

- Non, là on parle de Cédric, pas des... pas de quelqu'un d'autre. Je ne veux pas tout mélanger.

- Bien, comme vous voulez. Je pense que nous allons arrêter de parler de cette relation pour cette séance. Il vaut mieux que vous remettiez de l'ordre dans vos idées avant d'en reparler.

- Je suis d'accord, approuva Harry.

- On va cependant rester sur le même thème. Vu qu'il nous reste du temps, j'aimerais vous poser une question générale sur vos relations amoureuses.

- Je vous écoute, dit Harry, à la fois perplexe et un peu anxieux.

- Si je comprends bien, jusque-là, vous êtes sorti avec M. Dubois, M. Diggory et M. Pucey.

- Oui, j'aime bien alterner les maisons, le prochain sera sûrement un Serdaigle, plaisanta Harry.

- Je n'avais pas pensé à ça, admit Snape en souriant. Je pensais surtout à l'âge de vos petits-amis.

- Oh...

- Je ne vous juge absolument pas, M. Potter, vous sortez avec qui vous voulez tant que cela reste légal. Mon seul souci est de savoir si M. Dubois et M. Diggory se sont bien comportés avec vous. Ils étaient tous deux majeurs et plus âgés que vous lorsque vous êtes sorti avec eux. Ils auraient pu en profiter.

- Ce n'est pas le cas, répondit fermement Harry. Ils ont toujours été très respectueux avec moi. Ils ne m'ont jamais forcé à faire quoi que ce soit. Je n'ai quasiment rien fait avec eux, de toute façon. Et s'ils s'étaient mal conduits avec moi, je ne me serais sûrement pas jeté dans les bras d'Adrian. C'est lui qui m'a presque tout fait découvrir.

- Bien, je vous crois, assura Snape. Mais toujours est-il que vos ex petits-amis étaient tous plus âgés que vous. Était-ce un choix de votre part, êtes-vous inconsciemment attiré par des garçons un peu plus vieux que vous ou n'y avez-vous tout simplement pas fait attention ?

Cette question troubla Harry. Il avait bien une réponse mais il avait peur que Snape n'en soit pas satisfait. «Tu n'es pas en cours, Harry, il ne va pas juger ou noter ce que tu vas lui dire» lui souffla une voix intérieure. Rasséréné, il répondit :

- C'est un peu tout ça à la fois. J'étais bien conscient que je sortais systématiquement avec des élèves plus âgés que moi mais je n'y faisais pas vraiment attention. Je m'en fichais, en fait. Je n'y accordais pas une très grande importance. Mais dans le même temps, il ne me serait jamais venu à l'esprit de sortir avec quelqu'un de ma classe. J'étais plus en confiance avec des garçons plus vieux que moi. Mais je n'avais pourtant pas de critères dans le choix de mes petits-amis. Je ne cherchais pas dans telle maison, telle année, telle taille, telle couleur de cheveux... À chaque fois, ça m'est tombé dessus sans que je ne m'y attende.

- Je vois. Disons que le hasard a bien fait les choses.

- C'est un peu ça, oui. Mais je pense qu'aujourd'hui, je pourrais sortir avec quelqu'un qui a le même âge que moi. Je crois qu'inconsciemment, je cherchais quelque chose de rassurant auprès de mes petits-amis. Ça expliquerait pourquoi ils étaient tous plus vieux que moi.

- C'est tout à fait plausible, en effet. Lorsque vous êtes sorti avec M. Dubois, vous ne connaissiez pas encore votre parrain. Lorsque vous êtes sorti avec M. Diggory, vous le connaissiez mais il ne pouvait pas s'occuper de vous. Et lorsque vous êtes sorti avec M. Pucey, il pouvait s'occuper de vous mais vous ne pouviez pas en profiter puisque vous étiez empêtré dans votre mal-être et vous ne réussissiez pas à en parler à qui que ce soit. Là, vous avez rétabli le lien avec votre parrain. Vous n'avez donc plus besoin de vous trouver un petit-ami qui serait là pour rassurer.

- De toute façon, je ne sais pas si j'ai envie de me retrouver quelqu'un pour le moment, avoua Harry. Je pense que je préfère attendre d'aller vraiment mieux.

- Rien ne presse, modéra Snape. Après tout, vous sortez d'une relation traumatique.

- Je n'ai pas peur de me lancer dans une nouvelle histoire, déclara Harry. Je vais juste m'assurer que la personne ne se drogue pas. Et je vais sûrement attendre un certain temps avant d'accepter que nous soyons plus intimes. En fait, je ne sais pas comment ça va se passer. Ça se trouve, ça va être plus compliqué que ça.

- Lorsque tout cela arrivera, ma porte sera toujours ouverte au cas où vous auriez besoin d'en parler.

- Je pense qu'à ce moment-là, je profiterais de notre prochaine séance pour vous en parler.

- Il se peut que la thérapie soit terminée d'ici là.

Harry regarda Snape avec effroi. Il savait que la thérapie n'était pas vouée à durer éternellement mais l'idée qu'elle prenne fin un jour le terrifiait. Il avait l'impression que sans ces séances, il allait s'écrouler et perdre tous ses repères. Snape dut voir son angoisse car il le rassura :

- M. Potter, calmez-vous, ce n'est pas pour tout de suite, dit-il doucement.

- Mais je vais m'effondrer sans ces séances, s'inquiéta Harry.

- Je vous promets que non, apaisa Snape. Elles ne vont pas s'arrêter d'un coup, vous savez. Là, nous sommes à une séance par jour parce que vous avez plein de choses à dire et que nous y serions encore dans dix ans si nous n'avions qu'une ou deux séances par semaine. Mais lorsque nous aurons presque tout déblayé, nous commencerons à nous voir moins souvent. À un moment, vous n'aurez plus rien à dire, de toute façon. Nous arrêterons donc progressivement les séances. Mais comme je vous l'ai dit, ma porte sera toujours ouverte. Après, nous n'arrêterons pas vraiment de nous voir. Il y aura des séances de suivi une ou deux fois par mois mais ce ne seront pas des séances de thérapie. Ce sera juste pour s'assurer que tout aille bien. Si vous avez des petits problèmes, vous pourrez m'en parler. Si ça peut vous rassurer, nous pourrons avoir ces petites séances de suivi jusqu'à la fin de votre scolarité.

- Ça me semble être une bonne idée, approuva Harry. Je n'aurai pas l'impression d'être lâché et de me retrouver seul si nous avions ces petites séances.

- Bien, nous ferons comme ça, alors. Je pense qu'on va s'arrêter là pour aujourd'hui. À moins que vous vouliez parler de quelque chose ?

- Non, c'est bon.

- Vous pouvez y aller, dans ce cas. Nous nous revoyons demain à la même heure.

Harry acquiesça, souhaita une bonne fin de journée à son professeur, se leva et se dirigea vers la cheminée. Il prit une pincée de poudre de Cheminette, prononça l'adresse de sa destination et jeta la poudre dans l'âtre. Lorsqu'il arriva dans la cheminée de Sirius et de Remus, il vit Sirius assis à la table du salon. En entendant du bruit dans la cheminée, Sirius tourna aussitôt la tête.

- Oh, te voilà déjà ! La séance a été plutôt courte, on dirait.

- Courte mais efficace, dit Harry en s'asseyant.

Il exhala un soupir fatigué. La tension redescendue, il se sentait soudain vidé et épuisé.

- Et éprouvante, visiblement, ajouta Sirius, comme en écho de ses pensées.

Harry se contenta d'acquiescer.

- Ça s'est bien passé ? s'inquiéta Sirius.

- Oui, oui, c'était comme je l'avais imaginé. J'ai parlé de tout ce que j'avais sur le coeur concernant Cédric. J'ai parlé d'absolument tout mais maintenant il faut approfondir. On a aussi abordé des sujets annexes. Il va falloir creuser ça également. En fait, plus ça va, plus je me rends compte qu'il y a énormément de choses dont je dois parler. Et je sais qu'il y en a encore que je n'ai pas abordées. Ou que j'ai légèrement survolées.

- Vous prendrez le temps qu'il faudra. Snape ne te lâchera pas tant qu'il restera des choses à dire.

- Je sais, et je n'ai franchement pas hâte de voir ces séances se terminer. On en a un peu parlé. J'ai dit à Snape que je redoutais le moment où on arrêterait les séances. Il m'a rassuré en me disant qu'on continuerait à se voir en ayant des séances de suivi.

- Il n'allait pas te lâcher comme ça, sourit Sirius.

- C'est pourtant la crainte que j'ai eue pendant quelques secondes. Il a réussi à me guérir de mon addiction aux potions de sommeil sans rêves mais maintenant, c'est aux séances de thérapie que je suis accro...

- C'est normal, elles te font du bien et tu en as besoin. Tu n'es pas complètement guéri, tu as encore des souffrances mentales. Je me doute bien que c'est difficile à concevoir pour toi qu'un jour, vous allez arrêter cette thérapie mais je t'assure que tu sentiras toi-même que tu n'en auras plus besoin. Mais ce n'est pas à l'ordre du jour pour le moment. Tu as encore énormément besoin de ces séances et c'est pour ça que tu ne peux pas imaginer qu'elles vont prendre fin un jour. Et ça ne sert à rien d'y penser pour l'instant. Tu dois juste profiter de ce qu'elles t'apportent.

Harry acquiesça de nouveau. Ses yeux se fermaient presque tout seuls tellement il était fatigué.

- Va te reposer jusqu'au dîner, proposa Sirius. Je sais que tu n'en es plus là et que tu ne dois plus te reposer en pleine journée mais là c'est différent. Tu as eu une séance compliquée. Au vu de tes yeux rouges, je devine que tu n'as pas fait que parler durant cette séance. C'est logique que tu sois fatigué. Alors vas-y, je viendrai te réveiller si tu n'es pas debout pour le dîner.

- Merci, j'y vais, dit Harry, soulagé.

Il se leva, fit un rapide câlin à Sirius puis quitta le salon pour se rendre à sa chambre. Il se glissa juste sous la couette pour ne pas grelotter lorsqu'il se lèverait quelques heures plus tard. Il ferma les yeux et soupira de bien-être. Il n'eut pas besoin d'attendre longtemps avant de se sentir happé par le sommeil. Exténué, il s'endormit et plongea dans un sommeil récupérateur.

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(mercredi 03/01) POV Tonks

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- Ah les mecs j'vous jure !

Tels furent les mots que prononça Tonks lorsqu'elle entra dans le bureau des Aurors en revenant d'un interrogatoire particulièrement intense.

- Qu'est-ce que la gente masculine a encore bien pu te faire pour que tu dises ça ? demanda Bart qui buvait un café avec Kingsley dans la pièce centrale qui servait aux réunions des Aurors.

- On a arrêté ce matin un homme qui s'apprêtait à mettre le feu à une boutique d'objets magiques dans une allée commerçante du Nord de l'Angleterre. Ça faisait déjà trois fois que le propriétaire voyait cet homme rôder près de son magasin. Il nous a avertis, on montait la garde depuis le début de la matinée et on a réussi à coincer l'homme en question. Sans grande surprise, c'est moi qui ait dû l'interroger. J'y étais depuis onze heures ce matin et il est passé aux aveux il y a une demie-heure seulement. Il était coriace mais j'ai réussi à lui faire peur.

- Et donc pourquoi as-tu dit «Ah les mecs j'vous jure» en entrant ? demanda Kingsley.

- Parce que ce sont tous les mêmes. Enfin presque. Ils ne supportent pas que leurs copines les quittent pour quelqu'un d'autre. Cet homme venait de se faire larguer par sa petite-amie et il savait très bien qui était son nouveau mec. Pour bien faire comprendre qu'il n'était pas content, il a tout simplement décidé d'incendier le magasin du mec de son ex. Il avait fait des repérages pour voir quel moment de la journée serait le plus judicieux pour mettre son plan à exécution. Un vrai malade, ce type ! Il avait tout prévu, il était vraiment déterminé et il n'a éprouvé aucun remord durant tout le temps qu'a duré l'interrogatoire. À la base, il voulait même carrément faire exploser le magasin mais c'était trop compliqué de trouver des potions explosives depuis l'affaire de l'explosion de la boutique qui a fait une cinquantaine de blessés. Du coup, il s'est rabattu sur des produits inflammables.

- Un vrai fou furieux, commenta Kingsley. Heureusement qu'il n'a pas réussi à mettre la main sur ces potions explosives. Déjà qu'on n'a toujours pas trouvé l'auteur de l'explosion de la boutique d'il y a un mois alors si on avait dû s'occuper d'une autre affaire de ce genre...

- On ne serait pas sortis de l'auberge, compléta Bart. Et on a aussi les vols de potions et de baumes à Sainte-Mangouste et le mystère des portoloins défectueux...

- Trop d'affaires complexes et pas assez de moyens, soupira Tonks. D'ailleurs je dois y retourner. J'ai environ six cent quarante deux rapports à rédiger et autant d'interrogatoires à préparer et donc autant de dossiers à lire.

- Tu as tant de travail que ça ? s'inquiéta Bart.

- Elle accepte tout ce que les collègues lui donnent à faire, balança Kingsley.

Tonks fusilla du regard son collègue.

- Tonks, je croyais qu'on en avait parlé ! l'admonesta Bart. Tu devais arrêter de dire oui à tout le monde !

- Mais je n'y arrive pas ! Ils ont des méthodes bien à eux pour me pousser à accepter !

- Bon eh bien je vais avoir une petite discussion avec eux tous !

- Non, Bart, ne fais pas ça. Je n'ai pas envie qu'ils croient que je suis allée me plaindre auprès de mon supérieur direct !

- Tu pourras dire que c'est moi qui ai cafté, Bart, dit tranquillement Kingsley. Je m'en fiche de me mettre tout le monde à dos. Je n'ai pas besoin d'être ami avec des gens qui refourguent leur travail à la jeune recrue de l'équipe.

En l'entendant la défendre ainsi, Tonks regretta d'avoir mal regardé Kingsley. S'il l'avait balancée à Bart, c'était juste pour l'aider.

- Bien, je m'occuperai de ça dès que j'en aurai l'occasion. Enfin, si tu es d'accord, Tonks, bien sûr.

- Ça me va, céda Tonks.

- Super, te voilà redevenue raisonnable. Bon, on va devoir y aller, King.

- Vous allez sur une mission ? s'enquit Tonks.

- Oui, on va monter la garde pour essayer de coincer un vendeur de potions droguées. Ça fait deux ans qu'on essaie de l'attraper mais à chaque fois, il nous file entre les doigts.

- Ah oui, je vois qui c'est. J'ai déjà dû rédiger des rapports sur des traques qui n'avaient abouti à rien.

- Traques auxquelles tu n'as jamais participé mais dont tu dois quand-même faire le compte rendu, ironisa Bart. Il est vraiment temps que j'aie une discussion avec nos chers collègues. Bon, allons-y.

Bart et King s'en allèrent, laissant Tonks toute seule. Elle en profita pour rejoindre son bureau où une pile de dossiers l'attendait. En la voyant, Tonks sentit toute sa motivation la quitter. Elle avait encore deux heures devant elle mais elle savait qu'elle allait devoir ramener tous ces dossiers chez elle et travailler jusque tard le soir. Ce fut donc avec un soupir qu'elle s'installa à son bureau. Elle se rassura en se disant qu'il y avait certes beaucoup de dossiers, mais qu'ils étaient très fins et que les rapports seraient donc rapides à rédiger. Elle prit le premier d'entre eux et se mit à le lire. Étant donné qu'elle discutait de toutes les affaires en cours avec ses collègues, elle connaissait déjà les tenants et les aboutissants. C'étaient juste les détails dont elle devait prendre connaissance. Comme elle l'avait prédit, certains rapports furent très rapides à écrire. En une heure et demie, elle rédigea six comptes rendus. Elle allait attaquer un septième dossier lorsque quelqu'un frappa à la porte.

- Entrez, dit-elle sans lever le nez de son dossier.

Elle entendit la porte s'ouvrir et tendit la main par réflexe. C'était souvent en fin de journée que ses collègues lui refilaient les dossiers dont ils ne voulaient pas s'occuper. Mais aucun dossier ne vint se poser sur sa paume. Au lieu de ça, une main se saisit de la sienne et la retourna. Puis une paire de lèvres se posèrent sur le dos de sa main. Surprise, elle releva vivement la tête et sourit en voyant Severus Snape devant elle. Elle se sentit rougir à l'idée de ce qu'il venait de faire. Un baise-main. C'était terriblement vieillot mais elle savait que c'était plus un geste d'humour qu'autre chose.

- Bonjour, M. Snape. Je ne m'attendais pas à vous voir ici.

- C'est ce que j'ai cru comprendre. Vous sembliez croire que j'étais un de vos collègues.

- C'est exact, avoua Tonks.

- Vous attendez peut-être quelqu'un, alors ? supposa Snape.

- Non ! s'empressa Tonks de répondre. Je n'attends personne. C'est juste un... une habitude. Mais ce n'est pas très important. Que me vaut l'honneur de votre visite ?

- Vous m'avez demandé de revenir vous voir lorsque j'aurai pris ma décision. Alors me voici.

Tonks se sentit soudain nerveuse. Elle espérait que Snape avait pris la décision qu'elle attendait. Car elle avait vraiment envie d'essayer quelque chose avec lui. Elle ne savait pas comment c'était arrivé mais elle était tombée amoureuse de cet homme qui l'avait pourtant souvent punie lorsqu'elle était son élève à Poudlard. Mais juste parce qu'elle était trop bavarde et maladroite. En soi, ces punitions, elle pensait les avoir méritées. Surtout que Snape avait fini par arrêter de la punir à chaque chaudron cassé, fondu ou brûlé, se contentant de la sanctionner uniquement lorsqu'elle discutait trop en cours. Mais ce n'était pas de cet homme-là dont elle était tombée amoureuse. Mais de l'homme qu'elle avait vu plusieurs fois depuis l'été précédent. Elle l'avait vu sous un autre jour lorsqu'elle était venue l'interroger avec Dawlish et depuis, elle ne l'avait pas oublié. Ils s'étaient ensuite revus plusieurs fois et ces différentes rencontres n'avaient fait que confirmer ce que Tonks pensait : Snape était bien plus humain que ce qu'il voulait faire croire et elle était peu à peu tombée amoureuse de ce Snape doux, gentil, passionné, de son humour un peu piquant et de son sourire rare mais sincère.

Voyant que Snape ne reprenait pas la parole et voulant être fixée, Tonks le relança :

- J'imagine que vous ne m'auriez pas fait ce baise-main si vous n'aviez pas décidé de tenter quelque chose avec moi ? Ou alors vous aimez bien donner de faux espoirs aux gens.

- Non, vous avez raison, ce baise-main était en quelque sorte un indice, même si je n'avais pas prévu de vous en faire un, s'amusa Snape.

- Alors...

- Oui, je suis prêt à m'engager dans une relation. Je veux tout connaître de vous et je veux que nous construisions quelque chose ensemble. J'ignore où cette relation va nous mener mais j'espère de tout coeur qu'elle marchera et qu'elle durera le plus longtemps possible. Je ne veux pas sortir avec vous pour vous quitter dans six mois, Tonks. À part si ça vaut vraiment mieux ainsi. Mais je veux sortir avec vous pour que ça dure. Je veux être heureux et je veux que vous le soyez aussi.

Tonks fondit sous ces mots. Elle se leva, contourna son bureau et se jeta presque sur Snape pour l'embrasser. Cela sembla nullement le déranger puisqu'il répondit aussitôt au baiser. Celui-ci devint très vite passionné et dura de longues minutes. Ce fut légèrement hors d'haleine que Tonks et Snape finirent par séparer leurs lèvres.

- J'en conclus que vous n'avez pas changé d'avis ? interrogea Snape, amusé.

- Absolument pas, répondit Tonks avec ferveur.

- Tant mieux, dit Snape en souriant. Il y a juste une petite question technique à traiter.

- Laquelle ? demanda Tonks, intriguée.

- Eh bien, vous avez un prénom, j'en ai un aussi, il me semblerait donc judicieux de les utiliser au lieu de continuer à s'appeler comme si nous étions deux parfaits inconnus.

- Je suis d'accord, approuva Tonks. Le problème c'est que j'ai horreur de mon prénom. C'est pour ça que je préfère qu'on m'appelle Tonks. C'est ce que font tous mes collègues. Mais j'avoue que pour vous, ça fera un peu bizarre.

- Vous ne demandiez pas à vos ex petits-amis de vous appeler autrement ?

Tonks haussa un sourcil. Snape sourit.

- Je ne suis pas spécialement jaloux. Juste ce qu'il faut.

- Merlin, c'est exactement ce que j'aime chez un homme, soupira Tonks, rêveuse. Il n'y a pas à dire, vous êtes vraiment fait pour moi. Bon, sinon, j'ai un diminutif que vous pouvez utiliser.

- J'espère que ce diminutif ne part pas du début de votre prénom ?

- Non, rassurez-vous, rit Tonks. On ne me surnomme pas «Nympho», si c'est ça qui vous fait peur. Mon diminutif part au contraire de la fin de mon prénom.

- Oh. Dora ?

- C'est ça. Si ça vous plaît, vous pouvez m'appeler comme ça. Mais vous pouvez aussi m'appeler Tonks. C'est un peu comme mon deuxième prénom. C'est vous qui choisissez. Après, je pense que la façon dont vous m'appellerez dépendra de votre humeur.

- Je pense aussi, confirma Snape. Je ferai au feeling, alors. En revanche, je suis navré mais je n'ai pas de surnom ou de diminutif. Je n'ai que mon prénom à vous proposer.

Tonks se mit à rire.

- Je l'aime comme il est, votre prénom !

- Alors vous êtes libre de l'utiliser, autorisa Severus.

- Je le ferai avec grand plaisir, accepta Tonks.

Le regard de Severus glissa vers le bureau de Tonks. Il sembla soudain un peu gêné.

- Vous étiez en plein travail, n'est-ce pas ?

Tonks grimaça.

- On ne peut rien vous cacher.

- Je vais vous laisser, alors. J'aurais bien aimé rester plus longtemps mais ce n'est peut-être pas le meilleur moment.

- Il faudrait plutôt que vous veniez vers dix-huit heures. C'est généralement l'heure à laquelle je finis ma journée. Comme ça, je vous emmènerai directement chez moi et on fera connaissance autour d'un thé, d'un jus de citrouille ou de tout ce que vous voulez. On pourra même dîner ensemble, si vous le souhaitez. Ça sera plus agréable comme ambiance pour apprendre à se connaître que sur mon lieu de travail... Qu'est-ce que vous en pensez ?

- Encore une fois, cela me va très bien. Vous avez raison, ce sera mieux ainsi.

- Cela ne posera pas de problèmes pour vos fonctions de directeur de maison si vous venez dîner chez moi ? Je sais que vous devez assister aux repas dans la Grande Salle pour pouvoir surveiller les Serpentard...

- Je peux me faire remplacer, assura Severus. Du moins, provisoirement. Mais je compte bien faire en sorte que mon remplaçant reste à Poudlard. J'ai déjà ma petite idée.

- Il va falloir que vous me racontiez tout ça. Si c'est possible, bien sûr.

- Je vous dirai ce que je serai en mesure de vous dire, promit Severus. Bon, j'y vais. Je pourrai venir vous voir après-demain à dix-huit heures, si cela vous convient.

- C'est parfait, affirma Tonks.

- Bien, à vendredi alors, dit Severus en souriant.

Tonks acquiesça et échangea un doux baiser avec Severus avant que celui-ci ne s'en aille. Le coeur en joie, Tonks se réinstalla à son bureau et se remit au travail. Elle ne pouvait s'empêcher de sourire d'une oreille à l'autre. C'était plus fort qu'elle. Elle était folle de joie à l'idée que Severus ait décidé de commencer une histoire avec elle. Elle savait que cet homme était celui qui réussirait à la rendre heureuse. Peut-être même deviendrait-il son mari et le père de ses futurs enfants... Il était trop tôt pour le savoir mais quoi qu'il en soit, Tonks était intimement persuadée qu'elle avait une longue histoire d'amour à vivre avec Severus...

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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu =) On se retrouve mercredi 15 septembre pour le prochain chapitre intitulé «Fin de vacances mouvementée». Bisous tout le monde ! =)