Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui (et les jours d'après) pour le quarante-et-unième chapitre de SAMLP =) Et vous savez quoi ? Il en reste plein d'autres XD Non mais à ce rythme, cette fic va faire 1 500 000 mots ... Je n'ai jamais vu de fics à plus d'un million de mots alors ça me fait un peu peur d'atteindre ce nombre XD
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Butterfly Fictions : Après trois semaines de vacances, ça pique de reprendre les cours XD Justin va se rendre compte de ses sentiments mais d'autres obstacles vont se dresser entre Théo et lui :/ Oui, Ron s'est montré plutôt mature, pour le coup, mais si Blaise fait du mal à Ginny, même involontairement, il va avoir Ron sur le dos XD Ginny a bien sûr compris que Ron n'était pas insensible au charme de Pansy XD La réponse quant à l'identité de la personne avec qui Luna sortait arrivera un peu plus tard :) C'est quelqu'un qui est déjà intervenu dans l'histoire, même si c'est un personnage relativement secondaire :) Draco est le binôme de travail de Harry, ça lui semble évident de l'aider dans ses devoirs :) Et puis bon, il ne dit pas non à un peu de temps passé avec ce beau brun aux yeux verts XD Tu sauras très bientôt comment s'arrêtera la relation entre Draco et Dean XD Harry va forcément se sentir inférieur à Draco à cause de l'expérience de celui-ci mais Draco ne forcera jamais Harry à faire quoi que ce soit :) Ça va être encore compliqué pour Justin pendant un moment, il faudra de la patience XD La première sortie de Harry est clairement une réussite, oui, mais cette petite altercation avec les trois Serpentard lui est restée en mémoire :/ J'imagine aussi très bien la scène des tomates et de la farine, et surtout l'état de la pauvre cuisine XD Oui, la thérapie de Harry va encore durer un bon moment, plus ça va, plus il y a de sujets à aborder ! Oui, les sentiments commencent à apparaître chez Harry *-* Pour ce qui est de la réunion entre Draco, Théo et Harry, c'est bien dans ce chapitre et tu vas être servie XD Concernant le titre de ce chapitre, tu as à moitié bon XD Bon, ça ne t'avance pas plus que ça, alors je te laisse découvrir ce que tu as deviné XD
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Merci à tous ceux qui suivent cette histoire jour après jour, semaine après semaine, j'espère qu'elle continuera à vous plaire ! Je vous laisse avec le nouveau chapitre et je vous souhaite une agréable lecture =)
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41 – Révélations et inquiétudes
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(dimanche 14/01) POV Théo
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- Tu crois que c'est une bonne idée qu'on aille voir Harry ensemble ?
Théo leva la tête en entendant la question de Draco.
- Comment ça ? demanda-t-il, perplexe.
- Bah... Ça risque de ne pas être très productif. On ne va pas faire travailler les mêmes matières à Harry. On n'a que quatre heures, enfin légèrement moins, ça va être dur pour se répartir le temps.
- Avec de l'organisation, on va pouvoir tous les deux travailler avec Harry. Pendant que tu verras les potions avec lui, moi, je ferai mon devoir de runes et d'arithmancie. Quand vous en aurez fini avec les potions, je travaillerai l'histoire de la magie, la divination ou l'astronomie avec Harry pendant que toi, tu feras un de tes devoirs.
Draco regarda Théo avec un air admiratif.
- Tu avais déjà tout prévu ou tu m'as sorti ça comme ça sans réfléchir ?
- Ça m'est venu naturellement, avoua Théo. Je n'y avais pas vraiment réfléchi avant, j'ai dû me poser la question et la réponse m'est venue automatiquement.
- Tu es incroyable. J'aimerais trop t'avoir comme binôme de travail.
- Tu dis ça mais tu finirais vite par en avoir marre de moi, rit Théo. On passe déjà la grande majorité de notre temps ensemble puisqu'on est de la même maison, de la même année, du même dortoir et de la même équipe de Quidditch, alors si en plus on était binômes de travail, on serait littéralement vingt-quatre sur vingt-quatre ensemble ! Perso, ça ne me gênerait absolument pas mais je ne sais pas si toi, tu arriverais à le supporter à la longue. Surtout qu'on n'a pas vraiment l'habitude de faire nos devoirs ensemble.
- Je n'en aurai jamais marre de toi, rétorqua Draco. Tu es bien trop facile à vivre pour ça. Bon, on ferait mieux d'y aller. Harry va nous attendre.
- Tu es pressé, dis donc.
La remarque pourtant innocente de Théo fit rougir Draco.
- Je veux juste être ponctuel, c'est tout, répliqua ce dernier un peu sèchement.
Théo haussa les sourcils, surpris, avant de baisser les yeux.
- Désolé, je n'ai pas dit ça pour être méchant... Tu as raison, on va y aller.
Il s'apprêta à partir devant Draco mais celui-ci le retint en lui attrapant le poignet.
- Non, attends...
Théo se retourna et croisa le regard emprunt de remords de Draco.
- C'est moi qui suis désolé. Je sais bien que tu n'as pas voulu être méchant. Je ne sais pas pourquoi j'ai réagi comme ça. C'était idiot.
Théo sourit.
- Oublions ça. Tu avais quand-même raison sur un point : Harry nous attend. Alors allons-y. Tu as mis tout ce qu'il faut dans ton sac ? Tu as pris des devoirs pour t'occuper pendant que je travaillerai avec Harry ?
- Oui, j'ai mes cours de potions, de botanique, de sortilèges et de métamorphose, j'ai mon encre, ma plume, mon parchemin... J'ai même pensé à prendre ma motivation. Ça aurait été bête que je l'oublie ici.
Théo secoua la tête, amusé.
- T'es bête. Allez, vamos.
- Hein ?
Théo rougit en réalisant ce qu'il venait de dire.
- Pardon, ça m'a échappé. Mon inconscient a dû avoir envie de parler espagnol.
- Parce que tu parles espagnol, toi, maintenant ?
- J'ai déjà entendu des mots par-ci par-là, improvisa Théo. Mais je ne parle pas l'espagnol. Je ne sais même pas si j'ai bien prononcé ce mot.
- Et ça veut dire quoi, au juste ?
- Dans ce contexte, ça signifie «allons-y». Mais je ferai attention, à l'avenir, promis. Je m'en tiendrai à l'anglais.
- Merci, car moi je ne sais parler que l'anglais. Je ne connais pas un seul mot en espagnol. Ni dans aucune autre langue, d'ailleurs.
- Je me doute bien et je trouve ça dommage qu'on n'en nous apprenne pas à Poudlard. Enfin bon, on ne va pas refaire le système éducatif de l'école... Et ce n'est pas le moment d'en parler. Harry nous attend toujours.
Draco acquiesça et emboîta le pas à Théo. Ils sortirent de leur dortoir, puis de leur salle commune et prirent la direction des appartements des professeurs Black et Lupin. Ils y arrivèrent cinq minutes plus tard. Ce fut Théo qui frappa. La porte s'ouvrit au bout de quelques secondes sur le professeur Lupin. À croire qu'il était sur le qui-vive, pensa Théo, amusé.
- Bonjour, Draco, bonjour, Théo. Vous tombez bien, je viens tout juste de finir de préparer le thé et le chocolat chaud.
Le professeur Lupin fit entrer Draco et Théo qui le suivirent jusqu'au salon. Lorsqu'ils y entrèrent, ils virent Harry en grande discussion avec son parrain.
- Je te dis que ce sont les Frelons qui vont gagner, dit Harry.
- Aucune chance, ils font une saison pourrie, répliqua le professeur Black. Ils ont déjà complètement lâché la rampe. Ils ne vont pas se réveiller d'un coup comme ça.
- Ils seront face aux Pies de Montrose, c'est une très bonne équipe mais ce n'est pas la meilleure. Les Frelons ont toujours été meilleurs qu'eux. Ça peut les mettre en confiance de jouer contre les Pies. Moi je pense qu'ils peuvent justement profiter de ce match pour enfin sortir de leur longue série de défaites.
- Ça m'étonnerait beaucoup. Mais nous rediscuterons de ça plus tard. Tes invités sont arrivés.
Théo sourit en voyant Harry lever la tête vers Draco et lui.
- Oh, vous voilà ! Je suis content de vous voir. Venez, on a plein de choses à voir ! Tenez, vous en pensez quoi, vous, du match qui va opposer les Frelons de Wimbourne aux Pies de Montrose ?
- Harry, je te rappelle que Draco et Théo sont là pour t'aider dans tes cours et tes devoirs, signala le professeur Black.
- Je sais, Sirius, mais j'en ai parlé hier avec le professeur Snape et il m'a dit que je pouvais discuter une heure avec Draco et Théo, objecta Harry. Ce qui nous laisse trois heures pour travailler.
- Tu es sûr que vous allez pouvoir vous arrêter de parler ?
- Si je n'y arrive pas, Draco et Théo m'y forceront, assura Harry. Ils sont adorables mais ils savent se montrer autoritaires quand il le faut. Surtout Théo.
Le professeur Black regarda Théo avec un air surpris, ce qui le fit rougir.
- Ça ne m'étonne pas, finit-il par dire en souriant. Tu me fais beaucoup penser à quelqu'un, tu sais. Comme toi, lors de nos années Poudlard, il était très discret, très réservé. Il n'était pas asocial, loin de là. Mais il était timide. Il était aussi un très bon élève. L'un des meilleurs de notre promotion. Il travaillait énormément et il lisait beaucoup. Il avait pris aussi plus d'options que les autres et il était bon dans toutes les matières. Malgré sa discrétion et sa timidité, sa sagesse lui a permis de devenir préfet lors de sa cinquième année. Tout le monde pensait qu'il pourrait ainsi en profiter pour essayer de calmer deux de ses amis qui passaient leur temps à faire des blagues stupides mais ça n'a pas été vraiment le cas. D'autant plus qu'il participait lui-même à certaines de ces farces. Mais ça lui arrivait de se montrer ferme et autoritaire quand il estimait que ses amis allaient trop loin. Il le leur disait clairement et le message était généralement bien reçu. Je pense que Harry peut confirmer ce que je dis.
- En effet. Cette personne sait aussi être ferme avec moi quand je suis un peu trop réticent à l'idée de faire quelque chose. Et je suis d'accord pour dire que tu lui ressembles beaucoup, Théo.
- Et c'est qui, cette personne ? demanda Draco à brûle-pourpoint, visiblement avide de savoir.
Théo n'aurait pas osé poser la question mais il devait bien avouer qu'il avait très envie de savoir, lui aussi.
- C'est la personne qui vous a ouvert à l'instant, répondit Harry, hilare.
- Le professeur Lupin ?! s'écria Draco.
- Lui-même, affirma le professeur Black. Bon, évidemment, tout ça doit rester secret. C'était juste pour signaler la ressemblance flagrante entre Théo et votre professeur de métamorphose.
- Sauf que je ne suis pas préfet, précisa Théo.
- C'est vrai. Mais j'imagine que tu ne voulais pas l'être ?
- Comment vous le savez ? s'étonna Théo.
- Je ne sais pas, ça me semble logique.
- Eh bien vous avez raison, je n'ai jamais voulu être préfet. Je l'ai clairement dit au professeur Snape quand il m'a appris que je faisais partie des potentiels candidats. Il m'a rayé après s'être assuré que j'étais vraiment certain de ne pas vouloir devenir préfet. Je pense que ça lui facilitait un peu la tâche, du coup. Avec mon refus de faire partie de la liste, il ne restait que deux candidats pour le poste de préfet masculin de Serpentard. Le choix s'est vite orienté vers Draco.
- Votre directeur de maison devait sûrement savoir ce qu'il faisait, commenta le professeur Black.
- Je n'ai pas été choisi parce que je suis son filleul, protesta Draco.
- Est-ce que j'ai dit ça ? interrogea le professeur Black en haussant un sourcil.
- Non mais je sais que vous êtes au courant que je suis le filleul de Severus, alors...
- J'ai pu penser par le passé que tu avais effectivement bénéficié d'un traitement de faveur mais je sais maintenant que ce n'est pas le cas. Tu pourras en discuter avec lui mais les choses ont changé.
- Vous n'êtes plus en guerre ? s'exclama Draco.
- Mieux vaut que tu en parles avec lui. Je vous laisse, vous avez déjà perdu du temps.
- On peut quand-même discuter pendant une heure et travailler ensuite ? demanda Harry avec plein d'espoir dans la voix.
- Cinquante minutes, pas plus, rétorqua son parrain.
- Mais Sirius...
- Cinquante-cinq minutes ? essaya Draco.
- Vous ne m'aurez pas comme ça, les garçons.
- Professeur, intervint Théo, je suis le premier à privilégier les études avant le loisir mais Harry sera frustré si on n'a que cinquante minutes pour parler et il ne sera pas assez concentré pour travailler. Et puis cinq ou dix minutes, ce n'est pas grand-chose, on mettra juste les bouchées doubles pendant nos trois heures de travail.
Le professeur Black eut soudain l'air d'avoir avalé le Magicobus de travers. Il pensait sûrement que Théo le soutiendrait au lieu de prendre parti contre lui. Mais il dut reconnaître le bien-fondé de ses arguments car il se laissa convaincre.
- D'accord, je vous laisse cinquante-cinq minutes, soupira-t-il.
- Merci, Sirius, dit Harry avec une profonde sincérité.
- Tu peux dire merci à Théo, grogna le professeur Black. Il m'a bien eu.
- C'est un Serpentard, s'amusa Harry. Le Choixpeau ne l'a pas mis dans cette maison pour rien.
- Ça, c'est sûr. Allez, travaillez bien.
Le professeur Black s'en alla sur ces mots. Draco se tourna vers Théo.
- Alors là, bravo. Tu m'as épaté. Tu as exactement su quoi lui dire pour le convaincre. Je ne t'avais jamais vu aussi à l'aise avec un adulte.
- Il a le don de mettre les gens à l'aise, je ne sais pas comment il fait, marmonna Théo.
- En tout cas, il a raison, on peut te remercier, renchérit Harry. Bon, du coup, vous n'avez pas pu me répondre concernant le match qui va opposer les Frelons de Wimbourne aux Pies de Montrose.
- Je pense que les Pies vont gagner, pronostiqua Draco.
- Ah, j'aurais plutôt dit les Frelons, supposa Théo.
- Mais ils ont été nuls depuis le début de la saison !
- Sirius me disait exactement la même chose, dit Harry.
- C'est parce qu'on est de la même famille, plaisanta Draco.
Harry grimaça.
- Je crois que je n'arriverai jamais à m'y faire. Tu es plus proche que moi de mon parrain en terme de parenté, quoi. C'est pas juste.
- Tu es jaloux ? se moqua Draco.
- Non, mais je trouve ça nul. Tu fais partie de sa famille et tu n'as pourtant jamais dû entendre parler de lui autrement que pour ce qu'il a été accusé d'avoir fait.
- C'est vrai, admit Draco. Je savais vaguement qu'il était le cousin de ma mère mais ça s'arrêtait là. Elle ne m'a jamais parlé de lui. Elle m'a juste appris à le détester car il avait été renié de la famille.
Ces mots semblèrent attrister Harry.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda doucement Théo.
- Rien, c'est juste... Je me rends compte que j'ai haï Draco pendant quatre ans sans savoir qui il était vraiment. Je ne me suis jamais dit que sa façon d'être était influencée par ce que lui avait inculqué sa famille. J'ai beau critiquer les autres sur le regard qu'ils posent sur moi, je ne suis pas mieux. Je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez.
- Tu ne dois pas t'en vouloir pour ça, dit sérieusement Théo. Vous n'aviez que onze ans quand vous vous êtes rencontrés, vous n'étiez pas en mesure de vous poser les questions que vous pourriez vous poser maintenant. Et puis, le principal, c'est qu'aujourd'hui, vous soyez amis. Vous avez certes passé quatre ans à vous détester mais il vous en reste deux et demi à passer en tant qu'amis.
- Tu as raison, approuva Harry, rasséréné. Maintenant que j'ai plein de personnes autour de moi qui m'aiment, je veux profiter à fond de ces deux ans et demi qu'il nous reste à passer à Poudlard. Bon, pour ça, il faut d'abord que je retourne en cours.
Draco et Théo se mirent à rire.
- Ce serait mieux, en effet, confirma Draco. Bon, sinon, à part les Frelons et les Pies, est-ce qu'il y a d'autres matchs bientôt prévus ?
- Oui, il y a un match entre les Canons de Chudley et le Club de Flaquemare, annonça Théo.
- On se demande bien qui va gagner, ironisa Draco.
- Bah, sur un malentendu, les Canons peuvent battre Flaquemare, supposa Harry.
- Oui, il faudrait juste mettre le gardien de Flaquemare à terre comme ça, il n'y a plus personne pour protéger les buts et les Canons peuvent marquer autant qu'ils veulent, reprit Draco.
Théo, Harry et lui se regardèrent quelques secondes avant d'éclater de rire.
- Ouais non t'as raison, y a aucune chance, admit Harry. J'ai un peu trop pris l'habitude de défendre les Canons pour ne pas vexer Ron.
- Ah oui, c'est vrai, il soutient cette équipe, se souvint Draco. Mais tu ne peux vraiment pas lui dire que son équipe favorite est nulle ?
- Si, je pourrais, mais ça provoquerait un long débat sans fin et je n'ai pas la patience pour ça.
- Dans ce cas, tu peux juste lui dire que c'est ton avis et qu'il n'y a pas de discussion à avoir, proposa Draco. Ça te ferait du bien de lui dire ce que tu penses vraiment. Même juste une fois.
- Mmmh, fit Harry, l'air peu convaincu.
- Ça pourrait être un défi à relever, insista Draco. Oh, je sais ! On va se faire un action vérité, un soir, et ce sera un de tes défis !
- Un action vérité à deux ? Mais on va s'ennuyer, lâcha Harry.
Draco haussa les sourcils.
- Je ne sais pas ce qui m'étonne le plus. Le fait que tu connaisses ce jeu ou le fait que tu sois prêt à y jouer avec moi.
- Qu'est-ce que tu crois ? On sait aussi s'amuser chez les Gryffondor, répliqua Harry.
- Eh bien on n'a qu'à se faire une soirée entre Serpentard et Gryffondor ! s'exclama Draco. Théo, tu serais de la partie ?
- Ce n'est pas trop mon truc, ce genre de soirées, tu le sais bien...
- Ça restera sobre, si c'est ça qui te fait peur, apaisa Draco. Il y aura sûrement de l'alcool pour ceux qui en voudront pour se mettre dans l'ambiance mais on ne partira pas dans des gages trop osés. Il y aura trop de personnes prudes pour ça, de toute façon.
- Pourquoi ? Il y aura qui, exactement ? demanda Harry.
- Ben... Il y aura nous trois, déjà, ainsi que tes deux meilleurs amis, et Pansy, Blaise et sa dulcinée.
- S'il y a de l'alcool, Ron ne voudra jamais que Ginny vienne.
- Oui bah il va se détendre la braguette et laisser sa soeur respirer un peu, rétorqua Draco. Il ne sera pas toujours sur son dos pour la surveiller, de toute façon. Bon, sinon, ça vous dit, cette soirée ?
Théo échangea un regard avec Harry.
- Moi je veux bien, déclara le Gryffondor. Mais il faut vraiment que ça reste cool pour Théo.
- C'est promis, jura Draco. Alors, Théo, tu es partant ?
Théo soupira.
- Tant que les gages restent bon enfant, oui, je suis partant.
- Super ! On va bien s'amuser, tu vas voir, s'enthousiasma Draco. Bon, il faut en parler aux autres, maintenant. Tu penses réussir à convaincre Granger, Harry ?
- Je vais essayer, promit Harry. Mais ce ne sera pas tout de suite, cette soirée. Il vaut mieux attendre que j'aie repris les cours. Je dois aller vraiment bien avant de songer à passer une telle soirée avec autant de personnes.
- On l'organisera quand tu seras prêt. Mais tu n'as pas à t'en faire, c'est vraiment fait pour s'amuser et se détendre. Ça vaut pour toi aussi, Théo. Vous n'avez aucune crainte à avoir, tous les deux.
Harry et Théo acquiescèrent, rassurés et convaincus. Ils décidèrent de changer de sujet et eurent tout juste le temps de parler du match qui allait opposer Serdaigle et Serpentard à la fin du mois avant de devoir se mettre au travail. Théo plancha sur son devoir de runes tandis que Draco aidait Harry sur le devoir de potions. Ils parlèrent relativement bas, si bien qu'ils ne gênèrent absolument pas Théo qui considéra cela comme un bruit de fond très agréable. Le temps passa extrêmement vite, si bien qu'il fut surpris lorsque Draco lui dit qu'il lui laissait sa place auprès de Harry. Théo, qui avait fini son devoir de runes et faisait désormais son devoir d'arithmancie, délaissa ce dernier et s'installa à côté de Harry. Après une brève hésitation, ils choisirent de s'attaquer d'abord au devoir de Défense Contre les Forces du Mal. Draco avait expliqué les cours à Harry mais là, c'était le devoir qui posait problème au Gryffondor. Ils mirent une bonne heure et demie à déblayer tous les aspects du devoir qui bloquaient Harry. Ils commencèrent ensuite à voir ensemble le devoir d'histoire de la magie. Ils venaient tout juste de s'y mettre lorsque le professeur Black vint les voir.
- Il n'est pas encore dix-sept heures ! protesta Harry.
- Je sais, je ne suis pas venu pour congédier tes amis, au contraire. Votre professeur de potions vient de m'envoyer un Patronus. Il y a une urgence à Sainte-Mangouste, du coup il ne sera pas de retour à Poudlard avant plusieurs heures. Ce qui signifie que Harry doit rester là pour le moment. Je crois qu'il n'y aura pas de séance de thérapie aujourd'hui, ajouta le professeur Black à l'adresse de Harry.
- Dommage, j'avais plein de choses à lui dire, soupira Harry. Tant pis, celle de demain durera un peu plus longtemps. Du coup, Draco et Théo peuvent rester jusqu'au dîner ?
- Oui, et ils peuvent même manger ici s'ils le veulent. J'ai soumis l'idée à Remus et il n'y voit aucun inconvénient. J'en informerai juste le professeur Slughorn par Patronus pour ne pas qu'il s'inquiète en voyant qu'il manque deux élèves à la table des Serpentard. Par contre, ça doit rester exceptionnel. Je n'ai rien contre le fait de vous garder ici mais il ne faut pas que vous vous éloigniez trop de votre maison.
- Nous comprenons, affirma Théo. C'est juste pour ce soir.
- Bien, je vous laisse vous remettre au travail. Mais ne forcez pas trop. J'ai insisté pour que Harry travaille au moins quatre heures mais je ne veux pas qu'il travaille plus de cinq heures. Sinon ça va finir par devenir contre-productif. Il a eu un week-end assez mouvementé, il ne faut pas qu'il abuse trop. De toute façon, Remus et moi allons débarquer vers dix-huit heures. Ce sera détente pour tout le monde. À tout à l'heure.
Le professeur Black s'en alla en fermant la porte derrière lui.
- Ton parrain est génial, dit Théo à Harry.
- Je sais, répondit Harry, mi-sérieux, mi-amusé. Il m'aime autant que je l'aime. Je suis la première de ses priorités et ça me touche énormément. Bon, il nous reste un peu plus d'une heure pour travailler, alors au boulot !
Draco, Théo et Harry se replongèrent dans leurs parchemins et travaillèrent jusqu'à dix-huit heures. Ils avaient bien avancé et furent très satisfaits de ce qu'ils avaient fait durant ces quatre heures. Ils rangèrent d'eux-mêmes leurs affaires lorsque les professeurs Black et Lupin entrèrent dans le salon. Après avoir longuement étudié, ils allaient pouvoir se détendre jusqu'à ce que ce soit l'heure pour Draco et Théo de regagner leur dortoir. Ils s'en iraient sûrement vers dix-neuf ou vingt heures, ce qui laissait aux trois adolescents deux ou trois heures pour parler de tout et de rien. C'était inespéré alors Théo comptait bien en profiter, tout comme ses deux amis. Il avait adoré cet après-midi avec Draco et Harry et c'était d'ailleurs sûrement l'un des meilleurs qu'il avait vécus jusque-là.
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POV Harry
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Harry avait passé un super après-midi avec ses deux amis de Serpentard. S'il n'avait pas été très motivé à l'idée d'étudier au premier abord, il s'était vite plongé dedans lorsqu'ils s'étaient mis à travailler. Il avait même été un peu frustré lorsque Sirius et Remus étaient venus et avaient mis fin à leur séance de travail en trinôme. Mais à l'heure actuelle, il ne pensait plus du tout à ses devoirs. Il était en grande discussion avec Draco et Théo sur les ragots de Poudlard tandis que Sirius et Remus corrigeaient leurs copies.
- Je suis sûr et certain qu'Anthony Goldstein sort avec Sophie Roper, assura Draco.
- Ils n'ont pas du tout l'air de deux personnes amoureuses lorsqu'ils sont ensemble, opposa Théo.
- Si, ils n'arrêtent pas de se regarder dans le blanc des yeux quand ils travaillent ensemble dans la salle des binômes !
- C'est peut-être comme ça qu'ils arrivent le mieux à se concentrer, supposa Sirius.
Trois paires d'yeux se tournèrent vers lui, surpris de son intervention.
- Personne ne se concentre de cette manière, lâcha Draco, perplexe.
- Nous n'avons pas tous les mêmes méthodes, argumenta Sirius. Ces deux élèves peuvent très bien être en osmose intellectuelle.
- Une Poufsouffle et un Serdaigle ? En osmose intellectuelle ? répéta Draco, incrédule.
- Les relations entre les maisons ont changé, rappela Harry.
- Je sais, merci, mais là ce n'est plus une question de relations inter-maisons, c'est une question de compatibilité intellectuelle ! Ça ne peut pas exister entre un Poufsouffle et un Serdaigle. Ils n'ont pas du tout la même intelligence.
- Sophie peut très bien avoir une part de Serdaigle en elle et Anthony une part de Poufsouffle en lui, contesta Théo. Et puis je pense qu'on peut très bien être en osmose intellectuellement parlant tout en venant de deux maisons différentes.
- Je suis tout à fait d'accord, approuva Remus, se joignant à son tour à la discussion. La maison dont on fait partie ne nous définit pas entièrement. Le Choixpeau se base sur plusieurs éléments quand il répartit un élève. Il se base aussi bien sur les qualités morales que sur les qualités intellectuelles. C'est pour ça que certains élèves sont difficiles à répartir. Je doute qu'il y ait plus de dix pour cent des élèves qui ont su leur maison sitôt le Choixpeau posé sur leur tête.
Harry fut amusé de voir Draco rougir face aux mots de Remus. C'était bien connu que Draco avait été réparti dès la seconde où le Choixpeau avait effleuré ses cheveux. Sa répartition avait dû battre tous les records tellement elle avait été rapide.
- Quoi qu'il en soit, je suis sûr que Goldstein et Roper sont ensemble, décréta Draco.
- Si tu le dis, soupira Théo. On ne va pas te contrarier.
- T'es trop mignon, se moqua gentiment Draco.
Théo lâcha un «pffff» tout en levant les yeux au ciel, ce qui amusa Harry.
- Bon, à part Anthony et Sophie, il n'y a pas d'autres couples en vue ?
- Pas à ma connaissance, répondit Théo.
- Tu ne sais pas regarder, alors, répliqua Draco. Il y a un couple chez les quatrième année qui saute aux yeux.
- Ah oui ? Et lequel ? demanda Théo, intrigué.
- Lovegood et Crivey.
Contre toute attente, Théo éclata de rire.
- Désolé Draco, mais là, c'est toi qui fait fausse route !
- Qu'est-ce que tu en sais ?!
- Je ne peux rien dire mais je sais de source sûre que Luna n'est pas intéressée par Colin Crivey.
- Ah oui, c'est vrai, j'oubliais que tu étais ami avec elle... Bon, je veux bien te croire, dans ce cas.
- Donc si je comprends bien, à part Anthony et Sophie, il n'y a pas de supposés couples qui se sont formés pendant mon absence ?
- Non, c'est le calme plat, grimaça Draco.
- De toute façon, on va arrêter d'en parler, on empêche nos professeurs de travailler, dit Théo.
- Absolument pas, démentit Remus. Si vous nous dérangiez, on irait ailleurs pour travailler. Et puis c'est très intéressant de vous entendre parler des potentiels couples de l'école et vous chamailler à ce sujet. Ça m'amuserait beaucoup d'essayer de voir si Draco a raison concernant votre camarade de Serdaigle et votre camarade de Poufsouffle.
- Remus ! s'offusqua Harry.
- Quoi ? fit innocemment Remus. Tant que je ne fais aucune remarque, j'ai le droit de mener mes investigations de mon côté.
- Tout à fait, approuva Sirius. Et c'est ce que je vais faire aussi. Tu en penses quoi ? En couple ? Pas en couple ? Moi, je serais plutôt de l'avis de Draco. Je pense qu'ils sortent ensemble.
- Je dirais le contraire. Ça se voit qu'ils sont juste amis.
- Ok, une boîte de chocogrenouilles qu'ils sont en couple, défia Sirius.
- Un jeu de cartes moldu qu'ils ne sont pas en couple, répliqua Remus.
- Non pitié Remus, tout sauf ça ! implora Harry. Il est déjà intenable avec tous ceux que tu lui as offerts à Noël, alors si tu lui en offres un de plus, je ne vais jamais tenir !
- Fais-moi confiance, Harry, je suis sûr de remporter mon pari, dit calmement Remus.
Harry gémit, complètement désespéré, sous le regard amusé de Draco et de Théo.
- Bon, Théo a raison, on va parler d'autre chose, décida Remus. Si je ne me trompe pas, dans deux semaines il y a un match entre Serdaigle et Serpentard ? Je n'y connais rien alors faites-moi part de vos pronostics.
Harry, Draco et Théo donnèrent alors leurs avis sur l'issue du match tandis que Sirius délaissait ses copies pour se mettre à lire la Gazette.
- C'est forcément Serpentard qui va gagner, assura Harry. Déjà, l'attrapeur de Serdaigle n'a aucune chance face à Draco. Ensuite, le seul point positif de leur match contre Poufsouffle, c'est que quatre-vingt-dix pour cent de leurs tirs ont abouti à un but. Sur leurs onze essais, ils ont marqué dix fois. Mais sinon, ils ont eu très peu de temps de possession par rapport à Poufsouffle. Et je ne pense pas que Serpentard leur laissera beaucoup le souafle.
- Je serais eux, je ne me ferais pas trop d'illusions, plaisanta Draco. Au fait, est-ce que tu pourras y assister ? ajouta-t-il à l'attention de Harry.
- Je n'en sais rien pour le moment, avoua celui-ci. Il faudrait que, d'ici là, je me sois réhabitué à la foule. En deux semaines, ça risque d'être un peu compliqué. Je ne serai même pas encore retourné en cours. Après, si je suis à l'écart des autres et bien calé entre mon parrain et mon directeur de maison, ça pourrait le faire. J'aurai moins peur si je me sentirais protégé.
- Je pense que ça fera un peu trop d'un coup quand-même, prévint Remus, l'air désolé. Ce n'est pas que je veuille t'empêcher d'y assister, mais...
- Je sais, affirma Harry en souriant. Je suis d'accord avec toi, de toute façon.
- Après, ce n'est pas à nous de te dire si tu peux y aller ou non, intervint Sirius tout en continuant de lire la Gazette. C'est ton super médicomage qui te le dira. Lui seul pourra décider si tu seras apte à assister au match.
- C'est vrai, admit Harry. On verra bien. Sinon, vous pronostiquez quel score ?
- Quatre-vingt-dix pour Serdaigle, deux cent trente pour Serpentard, prédit Théo.
- Cent dix pour Serdaigle, deux cent soixante pour Serpentard, répondit Draco.
- Mmmh, intéressant, commenta Harry, songeur. Moi je dis cent pour Serdaigle, deux cent quarante pour Serpentard.
- Et moi soixante-dix pour Serdaigle, deux cent vingt pour Serpentard, pronostiqua Sirius.
- J'espère que tu te trompes sinon ce match va être d'un ennui abyssal, grimaça Harry.
- Si ça peut te rassurer, j'ai toujours été à côté de la plaque quand j'essayais de prédire les scores des matchs. Les gens aimaient bien parier contre moi, du coup. Quelqu'un veut lire la Gazette ? Je vous préviens, il n'y a rien d'intéressant dedans.
- Je veux bien, dit Remus. Je vais juste survoler car il va falloir que je fasse à manger.
- C'est Remus le cuisinier, ici, confia Harry à Draco et Théo. Il est super doué. Un vrai cordon bleu. J'essaie de le pousser à créer son propre restaurant quand j'aurai quitté Poudlard mais il est coriace. Il ne se laisse pas convaincre aussi facilement.
- C'est une bonne idée, pourtant, approuva Théo. Je poserais bien ma candidature en tant qu'apprenti mais j'aurai déjà assez à faire avec ma double formation...
- Tu aimes cuisiner, toi aussi ? s'étonna Harry. Mais... comment tu as appris ?
Théo sembla soudain regretter ce qu'il avait dit. Il avait l'air très mal à l'aise. Harry jugea alors bon de changer de sujet.
- Bon, de toute façon il n'y a pas de candidature à poser puisque Remus refuse d'ouvrir son propre restaurant. Il préfère rester ici à enseigner.
- Parce que c'est beaucoup mieux ainsi, rétorqua Remus.
Harry grogna, ce qui fit sourire Draco et Théo. Ce dernier lança la discussion sur les cours de soins aux créatures magiques et fit bien rire Harry en parlant du cours qui avait eu lieu cinq jours plus tôt et pendant lequel tous les élèves s'étaient enfuis en courant après avoir vu les bêtes qu'ils devaient étudier. Sirius, lui, s'était remis à ses copies tandis que Remus continuait à lire la Gazette.
- Tiens, le Chaudron Baveur change de propriétaires, annonça-t-il au bout d'un moment.
La nouvelle attira l'attention de tout me monde.
- Tu as vu ça où ? demanda Sirius en fronçant les sourcils.
- À la page 10, mais les pages sont un peu collées, du coup tu as dû sauter celle où il y avait l'article.
- Sûrement, oui. Et du coup, qui reprend l'affaire ?
- Un couple assez jeune et qui a l'air très sympathique.
Sirius se leva et lut par-dessus l'épaule de Remus.
- Ah ouais, ils sont légèrement plus jeunes que nous. Trente-quatre ans pour le mari et trente-et-un ans pour la femme. Mais comment tu sais qu'ils ont l'air sympathique ?
- Il y a une photo d'eux.
- Ah oui, je n'avais pas vu.
Sirius sembla regarder la photo en question et parut étrangement troublé. Harry voulut lui demander ce qu'il y avait mais Sirius se reprit et fit part de ses impressions :
- Très jolie femme. Ça donne envie d'aller au Chaudron Baveur.
Pour toute réponse, quatre regards perplexes se posèrent sur Sirius.
- Bah quoi ? Vous n'êtes pas d'accord avec moi ? Ah oui, non, c'est vrai, j'avais oublié que vous et les femmes...
Harry haussa les sourcils, surpris. D'accord, Draco, Théo et lui-même étaient gay mais il ne voyait pas pourquoi Sirius incluait Remus dans le lot... Il tourna la tête vers son directeur de maison qui semblait affreusement gêné. Harry eut alors un gros doute. Heureusement pour Remus, Sirius dut se rendre compte de sa bévue car il tenta de se reprendre :
- Non mais ce que je voulais dire, c'est que je suis le seul à courir après les femmes car Harry, Draco et Théo, vous êtes gay et Remus il ne veut s'engager avec personne... Du coup je suis un peu seul au monde, autour de cette table.
- Hé oui, tu es un pauvre homme incompris de tous, se moqua gentiment Harry. Tu peux toujours essayer d'aller draguer la propriétaire du Chaudron Baveur mais pas sûr que son mari apprécie.
- Je vais m'en abstenir, décida sagement Sirius. Je sais ce que c'est de sortir avec une femme mariée et je vous déconseille fortement de tenter l'expérience. Surtout si vous sentez que vous allez tomber amoureux. Limitez la casse tant qu'il est encore temps.
Choqué, Harry mit quelques secondes avant de réagir :
- Je ne sais pas ce qui m'étonne le plus, lâcha-t-il. Que tu sois sorti avec une femme mariée ou que tu sois tombé amoureux. Enfin bon, Draco et Théo n'ont peut-être pas envie d'entendre parler de ta vie sentimentale...
- Si j'en parle, c'est juste pour que vous ne répétiez pas la même erreur que moi. Prenez le temps de réfléchir avant de vous engager dans une relation avec quelqu'un. Ne foncez pas tête la première. Enfin, je dis ça pour plus tard. À votre âge, c'est normal de foncer sans réfléchir. Il n'y a que comme ça qu'on apprend.
- Je crois qu'après trois relations qui se sont avérées compliquées, je vais prendre mon temps pour la prochaine, plaisanta Harry. Je suivrai d'ores et déjà tes conseils. Je veux quelque chose de sérieux et de durable. Je sais qu'à mon âge, c'est bizarre de vouloir une relation sérieuse mais c'est ce dont j'ai besoin.
- Si ça peut te rassurer, nous sommes tous les deux «bizarres» puisque je suis comme toi, dit Théo.
- Merci, je me sens moins seul, rigola Harry.
- Vous avez tout à fait le droit de vouloir quelque chose de sérieux, affirma Sirius. Attendez juste un peu pour les enfants.
- Évidemment, répliqua Harry en levant les yeux au ciel.
- Bon, je vais aller préparer le repas, déclara Remus. Il y en a pour une petite demie-heure environ.
Il s'en alla sur ces mots. Sirius reprit la Gazette et lança un sort de découpe.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda Harry, intrigué.
- Je garde l'article sur le Chaudron Baveur. Ça peut toujours servir.
- Est-ce qu'ils ont gardé les mêmes employés ? s'enquit Théo.
- Non, l'ancien propriétaire a emporté la moitié de ses salariés avec lui. C'est assez courant. Du coup les nouveaux proprios recrutent.
- Ils devraient vite trouver, supposa Théo avec une pointe de regret dans la voix.
- Oui, les cinq places vont être rapidement pourvues. Ça va faire le bonheur des jeunes. Car ce sont surtout des jeunes qui travaillent là-bas. Enfin bon, quand je dis «bonheur» c'est une façon de parler.
- Oui, il paraît que c'est dur et épuisant de travailler au Chaudron Baveur, mais le salaire est plutôt convenable, je crois, informa Draco.
- Ils prennent vraiment n'importe qui ? interrogea Théo.
- Ils ne sont pas très regardants, oui. Pourquoi demandes-tu ça ? voulut savoir Draco.
- Ben... parce qu'il y a de fortes chances que je retourne habiter au Chaudron Baveur cet été, alors j'essaie de me tenir un peu au courant de ce qui s'y passe.
- Ah oui, j'avais oublié... Ça ne t'ennuie pas trop d'y retourner, d'ailleurs ?
- Non, pas du tout. J'étais vraiment bien là-bas. Je préfère y payer une chambre plutôt qu'aller dans un foyer...
- J'essaierai de te rendre visite plusieurs fois pendant les vacances, alors, promit Draco.
- Moi aussi, si mon gentil parrain adoré veut bien me laisser passer une journée par-ci par-là sur le Chemin de Traverse, renchérit Harry.
- Pas la peine de me flatter, Harry, s'amusa Sirius. Bien sûr que je vais te laisser y aller.
- Super ! s'exclama Harry. Il va falloir qu'on se prépare un programme.
Draco, Théo et lui se mirent alors à prévoir tout ce qu'ils pourraient bien faire s'ils venaient à passer une journée ensemble sur le Chemin de Traverse. Remus les interrompit lorsqu'il apporta le dîner mais la discussion se poursuivit durant une bonne partie du repas. Harry y participa activement mais il fut quelque peu distrait par le silence de Sirius et de Remus. Ils semblaient tous deux gênés. Harry se doutait que cela avait un rapport avec la bourde que Sirius avait faite une demie-heure plus tôt. Il se demanda s'il avait loupé quelque chose d'important à propos de Remus. Avait-il laissé entendre qu'il était gay sans que Harry ne l'ait compris ? Si c'était le cas, la gêne de Remus était normale. Il avait dû avoir peur que Draco et Théo se doutent de quelque chose après la bourde de Sirius, même s'il savait qu'ils n'auraient rien dit. Mais Harry se disait que Remus aurait pu le lui dire clairement. Étant lui-même gay, il aurait très bien réagi. Il ne voulait pas forcer Remus à lui en parler mais il ne souhaitait pas non plus qu'il y ait des non-dits inutiles entre eux. Il voulait que Remus sache qu'il pouvait lui faire confiance. Il allait donc essayer d'aborder le sujet lorsqu'il se retrouverait seul avec Remus.
Ce fut sur les coups de vingt heures que Draco et Théo partirent. Ils promirent à Harry de revenir le voir le plus rapidement possible et souhaitèrent une bonne soirée à tout le monde avant de s'en aller. Comme le professeur Snape devait rester jusque tard à Sainte-Mangouste, Harry allait donc passer la nuit chez Sirius et Remus et rentrer chez Snape le lendemain matin. Ce n'était pas du tout prévu mais Sirius, Remus et Harry s'en accommodaient très bien. Ce que Harry appréciait, c'était que le professeur Snape prenait bien soin de les tenir informés en temps et en heure. Harry se doutait qu'il devait être irrité d'avoir eu cet imprévu qui bousculait toute leur organisation mais Harry ne lui en voulait pas du tout, tout comme Sirius et Remus. Il ne pouvait pas prévoir ce genre de choses. En fait, s'il devait être honnête avec lui-même, Harry admirait énormément le professeur Snape pour sa polyvalence. Il était à la fois professeur de potions, potionniste, médicomage et même psychomage sans pour autant avoir le diplôme. Bien sûr, Harry savait qu'en suivant plusieurs formations, il était possible d'avoir plusieurs casquettes mais il trouvait tout de même cela impressionnant. D'autant plus que c'étaient des domaines assez compliqués. Il comprenait mieux maintenant pourquoi Draco avait toujours semblé en admiration devant son directeur de maison. Lui savait déjà tout ça sur son parrain. À ce sujet, Harry admirait également Draco pour avoir toujours su garder secret le fait qu'il connaissait personnellement le professeur Snape. En quatre ans et demi, il aurait très bien pu le faire comprendre par mégarde mais non, il était toujours resté hyper discret. Harry n'était pas sûr qu'il aurait pu en faire autant. Mais il n'admirait pas seulement Draco pour cela. Il y avait d'autres choses chez le Serpentard qui le fascinaient. Il avait un petit faible pour la grâce qui émanait de lui alors qu'avant, ça l'irritait au plus haut point. Draco avait tout d'un aristo bourgeois mais ce n'était pas forcément péjoratif. Il avait la classe. Harry avait également découvert un tout autre Draco dans sa manière d'être. Et il aimait beaucoup ce Draco. Bien sûr, son petit côté de crétin arrogant n'était jamais bien loin mais il était beaucoup plus supportable qu'avant. Il y avait aussi d'autres défauts mais Harry retenait surtout les qualités qu'il avait découvertes chez Draco. Il était fidèle et loyal en amitié, il était ambitieux, persévérant, travailleur... Il était aussi généreux avec ses amis et, une fois les préjugés tombés, il était très ouvert d'esprit. C'était un Draco complètement différent que celui que Harry s'était imaginé durant ses quatre premières années à Poudlard. Mais depuis trois mois, les choses avaient bien changé. Il voyait Draco d'un autre oeil, désormais. Il lui semblait même parfois qu'il regardait un peu trop Draco. Mais il chassait bien vite cette impression, se disant qu'il se faisait sûrement des idées.
- Perdu dans tes pensées ?
Harry sursauta en entendant la voix de Remus qui le sortit de sa rêverie.
- Oui, je repensais à cet après-midi.
Ce n'était pas totalement vrai mais il n'avait pas envie de dire qu'il était en train de penser à Draco. Il regarda autour de lui et nota l'absence de Sirius.
- Où est Sirius ?
- Il est parti prendre sa douche. Normalement il se lave le matin mais comme il faut te ramener chez Severus demain matin, il n'aura pas trop le temps de se doucher.
- Oh, je vois.
Comme Sirius était du genre à prendre son temps dans la salle de bain, Harry allait rester seul avec Remus pendant un bon moment encore. Il se dit que c'était l'occasion d'en profiter pour lui parler de la bourde qu'avait commise Sirius quelques heures plus tôt. Mais il ne savait pas du tout comment aborder le sujet. Il décida alors d'y aller franco.
- Remus ?
- Oui ?
- Tu n'es pas obligé de me répondre mais... est-ce que tu es gay ?
Remus se crispa et regarda Harry avec un air visiblement surpris. Puis il se détendit et soupira.
- Tu me demandes ça à cause de ce que Sirius a dit sur «les femmes et nous» ?
- Oui, avoua franchement Harry.
- Il a essayé de se rattraper mais de toute évidence, il ne t'a pas convaincu...
- Je me fais peut-être des idées...
- Non, tu as vu juste.
Harry fut soulagé. L'espace d'un instant, il avait eu peur d'être complètement à côté de la plaque.
- C'est pour ça que tu as deviné aussi facilement pour moi, cet été ?
- Ça a dû jouer, oui. Mais même sans ça, je pense que je l'aurais deviné. Tes signaux étaient quand-même très clairs.
- Pas assez pour Sirius, apparemment, plaisanta Harry. D'ailleurs... ça fait longtemps qu'il sait pour toi ?
- Non, je le lui ai appris peu après la rentrée.
- Parce que tu t'en es aperçu à ce moment-là ?
- Non, je le sais depuis ma sixième année à Poudlard.
Harry écarquilla les yeux.
- Tu as réussi à le lui cacher depuis tout ce temps ?! Enfin je sais qu'il y a eu Azkaban mais... ça me semble long.
- J'avais toujours cette peur d'être rejeté pour ce que j'étais. Et puis je n'avais pas envie d'en parler. Je voulais garder ça pour moi.
Harry hocha distraitement la tête.
- Je pensais que ça faisait plus longtemps que ça que Sirius était au courant. Je comprends mieux pourquoi tu ne m'as pas dit pour toi quand tu as su pour moi. Non pas que tu étais obligé mais... je ne t'aurais pas jugé.
- Je sais, dit Remus en souriant. C'est juste que je n'étais pas encore prêt à le faire savoir. Et puis je ne voulais pas en profiter pour faire mon coming-out moi aussi. Mais attends, tu n'as quand-même pas cru que je ne t'avais rien dit car j'avais peur de ta réaction ?! Ou parce que je ne te faisais pas assez confiance ?!
Harry se mit à rougir.
- Ce n'est pas contre toi, s'empressa-t-il de dire. Je suis comme ça avec tout le monde... La confiance est un concept assez abstrait, pour moi. Je n'ai jamais pu compter sur les adultes avant Sirius et toi et je n'avais jamais eu la confiance de quiconque avant Ron et Hermione... Que ce soit à l'école ou chez les Dursley, on ne me croyait jamais quand je disais que je n'en faisais pas exprès lorsqu'il se passait des choses bizarres... Et, à Poudlard, on ne me croyait pas davantage quand je disais que ce n'était pas moi qui avait ouvert la Chambre des Secrets ou que ce n'était pas moi qui avait mis mon nom dans la Coupe... J'ai donc un peu tendance à croire que la confiance est quelque chose d'assez flexible.
Harry se tut sur ces mots. Remus avait l'air remué, si bien qu'il mit un moment avant de réagir :
- Je comprends pourquoi tu as cette vision des choses, n'importe qui aurait la même à ta place. Mais il faut que tu te dises que les choses ont changé. Encore une fois, c'est quelque chose dont tu aurais dû parler beaucoup plus tôt, sauf que tu n'as pas pu le faire. Tu dois sûrement en avoir marre qu'on te dise ça mais...
- Il faut que j'en parle au professeur Snape ? compléta Harry.
- Ce serait bien, oui, confirma Remus. Mais je ne t'oblige à rien. Je sais que vous avez déjà tout un tas de sujets à aborder, tu n'as probablement pas envie d'en ajouter un autre encore...
- Je ne pense pas que ça prendra beaucoup de séances, dit Harry en souriant. Et, non, je n'en ai pas marre. Je me suis fait une raison depuis un moment déjà. Je sais que je ne suis pas sorti de l'auberge. La thérapie va être très longue. Il y a trop de choses à voir et à traiter. Mais ça prendra le temps qu'il faudra.
Remus sourit.
- C'est très bien dit. Tu sais, Sirius et moi sommes très fiers de toi. Tu te bats avec une volonté qui nous impressionne beaucoup. On sait pourtant que ce n'est pas facile tous les jours mais malgré ça, tu ne te laisses jamais abattre. Tu représentes à merveille la maison de Gryffondor.
Harry fut très touché par les mots de Remus.
- Il faut dire que je suis bien entouré, argumenta-t-il. Ça aide beaucoup.
Remus s'apprêta à répondre mais Sirius revint au même moment dans le salon.
- La place est libre !
- J'y vais, déclara Harry en se levant. À part si tu veux y aller, Remus.
- Non, je prendrai ma douche demain matin, comme d'habitude.
- D'accord !
Harry quitta le salon et se rendit à la salle de bain. Lui aussi prenait d'ordinaire sa douche le matin mais comme Sirius devait le déposer chez Snape le lendemain matin avant de partir travailler, Harry n'allait pas vraiment avoir le temps de prendre sa douche. Et puis, même s'il avait adoré l'après-midi qu'il avait passé avec Draco et Théo, cela l'avait quelque peu épuisé, alors une douche lui ferait le plus grand bien. Il ignorait ce qui avait retenu Snape à Sainte-Mangouste mais il était bien content de passer plus de temps que prévu avec Sirius et Remus.
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(lundi 15/01) POV Severus
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Severus était épuisé et il savait qu'une longue journée l'attendait. La veille, peu avant dix-sept heures, il avait dû se rendre en urgence à Sainte-Mangouste où un afflux de patients était arrivé suite à l'effondrement d'un bâtiment dans le sud de Londres. Aucune victime n'était à déplorer pour le moment mais il se pouvait que ce bilan ne soit que provisoire. En effet, quarante-six personnes avaient été blessées, dont vingt grièvement. Les jours de certaines d'entre elles étaient en danger. Il avait donc fallu des potions de toute urgence et Severus avait été l'un des quatre potionnistes à être réquisitionnés. Étant donné la gravité de la situation, Severus avait dû, comme ses trois collègues, préparer directement les potions à Sainte-Mangouste. Cela permettait d'éviter de perdre un temps précieux dans l'acheminement des potions, même avec le transplanage qui était le plus rapide des moyens de transport. Chaque seconde comptait. Severus avait prévenu Black qu'il devait garder son filleul jusqu'au lendemain matin. Il n'était rentré chez lui que sur les coups de trois heures du matin. Il ne s'était même pas couché, sachant qu'il serait plus fatigué qu'autre chose s'il dormait seulement trois ou quatre heures. Il était en train de boire son sixième café lorsque Black était venu déposer son filleul vers sept heures et demie. Il n'était pas resté longtemps, devant aller prendre son déjeuner dans la Grande Salle. Cela faisait donc une heure qu'il était avec Harry qui semblait encore moins réveillé que lui.
- Vous avez besoin d'un bon café, décréta Severus.
- Merci mais j'ai déjà déjeuné et je n'ai plus de place, grimaça le Gryffondor. Quel est le programme d'aujourd'hui ?
- Ça dépend du travail qu'il vous reste à faire.
- J'ai passé le week-end à travailler, je suis à jour dans tous mes cours. J'ai déjà bien avancé sur trois devoirs grâce à Draco et Théo, il n'y en a que deux sur lesquels je ne me suis pas encore penché.
- Vous êtes largement dans les temps. Vous avez même de l'avance.
- Ça, c'est parce que je travaille seul sur mes devoirs la plupart du temps. Draco et Théo m'aident mais je rends mes devoirs seul, je n'ai pas d'innombrables heures de travail en binôme comme mes autres camarades.
- C'est exact. Mais vous avez tout de même une organisation très efficace et très productive.
- Ça, c'est grâce à Draco. Ou, plutôt, grâce au concept de travail en binôme, justement. Ça pousse à savoir s'organiser. Mais c'est un peu grâce à Draco quand-même puisque c'est lui mon binôme. J'ai hâte de reprendre les séances de travail avec lui.
- Vous ne me l'auriez pas dit, je ne l'aurais pas deviné, se moqua gentiment Severus. Ce n'est pas comme si vous parliez de Draco dans chacune de vos réponses.
Harry se mit à rougir.
- Je ne parle pas tant que ça de lui, se défendit-il.
Severus ne répondit pas, se contentant de sourire d'un air moqueur, ce qui lui attira un regard noir de la part du Gryffondor. Cela ne fit qu'amuser encore plus Severus. Il redevint cependant vite sérieux :
- Pour en revenir au programme d'aujourd'hui, vu que vous n'avez pas grand-chose à faire, je pense que nous pouvons consacrer toute la matinée à une séance de thérapie. Qu'en dites-vous ?
- Ça me va. On commence maintenant, du coup ?
- Si vous êtes prêt, oui.
- Je le suis.
- Bien. Vous devez sûrement vous douter de ce dont on va parler aujourd'hui.
- Ma première sortie ?
Severus acquiesça.
- Après, rien ne vous oblige à en parler. Si vous n'en ressentez pas le besoin, nous pouvons passer à autre chose.
- Non, au contraire, je veux en parler.
- Je vous écoute, alors. Comment ça s'est passé ?
- Dans l'ensemble, bien. Sur les deux heures qu'a duré ma sortie, il n'y a que quinze minutes qui se sont mal passées. Mais ça a suffi à me miner complètement le moral.
- C'est normal, on a toujours tendance à ne retenir que le négatif. C'est idiot mais c'est comme ça. L'être humain est fait ainsi. Bien sûr, cela ne concerne pas tout le monde, mais c'est une généralité. Racontez-moi dans l'ordre ce qui s'est passé durant votre sortie.
- C'est Sirius qui m'a accompagné. Remus a préféré rester soi-disant pour travailler. Lorsque nous sommes arrivés aux premiers escaliers, Sirius m'a demandé si ça allait le faire. Je lui ai dit que oui et, en effet, les marches ne m'ont posé aucun problème. Les exercices que vous m'avez fait faire ont porté leurs fruits. Je suis sûr que sans ça, je n'aurais même pas pu atteindre le deuxième étage.
- Je pense aussi. Ou alors avec beaucoup de difficultés. Vous êtes quelqu'un de sportif puisque vous pratiquez le Quidditch, alors passer un mois sans faire d'autre effort physique que marcher d'une pièce à l'autre, ça vous a inévitablement fait perdre du muscle.
- Ça, je l'ai bien senti lors des exercices, ironisa le Gryffondor. Mais je dois reconnaître que ça m'a été bien utile lors de ma promenade. Nous sommes donc montés au premier étage où nous n'avons croisé personne. En revanche, nous avons vu plusieurs élèves au deuxième étage. J'ai essayé d'éviter leurs regards mais ce n'était pas facile. Je savais qu'ils me regardaient. Sirius m'a alors proposé de parler pour que je me concentre sur autre chose que les élèves qu'on allait croiser. J'ai accepté et ça s'est avéré être une très bonne idée. Je me suis tellement plongé dans la discussion que je n'ai même plus fait attention au fait qu'on marchait et qu'on montait des escaliers. J'ai été très surpris lorsque je me suis rendu compte qu'on était au quatrième étage. J'ai voulu continuer mais mes jambes ont dit stop dans les escaliers qui menaient au cinquième étage. J'étais un peu déçu car on a dû arrêter là alors que j'étais encore capable de marcher. Sans les escaliers, j'aurais très bien pu aller jusqu'au septième étage. Il ne restait que trois étages et deux escaliers.
- C'est déjà très bien que vous soyez allés jusque-là, affirma Severus.
- Je sais mais c'est quand-même frustrant.
- Vous ferez mieux lors de la prochaine sortie, assura Severus. En plus, vous la ferez avec moi, je pourrai vous donner des conseils afin que vous économisiez vos forces.
- On la fera quand ?
- Vendredi après-midi, si vous aurez suffisamment avancé dans vos cours. Vous rattraperez samedi ceux que vous n'aurez pas eu le temps de voir. Cela ne devrait pas être trop perturbant. D'ici là, vous continuerez à faire une heure d'exercices par jour. Et vous en ferez jusqu'à ce que vous repreniez les cours. Mais nous verrons cela plus tard. Poursuivez votre récit.
- C'est sur le retour qu'il s'est passé le plus de choses. On a d'abord croisé Dean et Seamus. Ils ont été super cool. Ils avaient l'air contents de me voir. Bon, ils étaient un peu à côté de la plaque car ils ont cru que j'allais revenir en cours aujourd'hui. Je leur ai dit qu'il allait falloir attendre encore un peu. Puis on est tombé sur Angelina. Elle était en mode speed car elle cherchait Katie et Alicia. Elle ne m'a pas du tout parlé de Quidditch. Jusque-là, que des rencontres sympa. C'est après que ça s'est corsé. Alors qu'on se dirigeait vers les escaliers pour descendre au premier étage, on a croisé trois Serpentard de sixième année. Eux n'étaient pas du tout ravis de me voir. Ils me l'ont bien fait sentir. L'un d'eux m'a dit que j'avais de la chance d'être à Poudlard et que tout le monde n'avait pas cette chance. J'ai évidemment tout de suite compris qu'il faisait allusion à Adrian. J'ai gardé mon calme et je lui ai répondu qu'il y avait une raison si certaines personnes n'étaient pas à Poudlard alors qu'elles sont censées y être. Ça ne lui a pas plu. Et à ses amis non plus. Je l'ai vu dans leur regard. Il y avait de la haine et de la rage. Si Sirius n'avait pas été là, ils m'auraient frappé. Ils n'auraient pas hésité une seule seconde à s'y mettre à trois contre un. Ça ne fait aucun doute. Là encore, l'un d'eux me l'a bien fait comprendre en me disant que j'avais vraiment de la chance. Ils m'ont effrayé tellement ça se voyait qu'ils se retenaient pour ne pas se jeter sur moi. Je n'étais pas bien du tout. Heureusement, Sirius est intervenu et nous a fait prendre congé des trois Serpentard. Il a été très calme face à eux mais en vrai, il bouillonnait de rage. Il a dit que ces Serpentard allaient l'avoir sur le dos. Mais je ne veux pas qu'il s'acharne sur eux sans raison valable. Il ne doit pas tout mélanger. Il pourrait avoir des ennuis si ces élèves se plaignaient contre lui à cause de retenues injustifiées...
- Je vais lui en parler, promit Severus.
Étonnamment, le Gryffondor sembla tout de suite rassuré. C'était comme si, pour lui, Severus allait forcément réussir à raisonner son parrain. Alors que Severus lui-même n'était pas sûr d'y arriver. Son patient plaçait peut-être un peu trop d'espoirs en lui.
- Maintenant que vous êtes rassuré au sujet de votre parrain, revenons-en à ces trois Serpentard. Est-ce que vous connaissez leurs noms ?
- Non, mais Sirius, lui, les connaît sûrement.
- Bien, je le lui demanderai, dans ce cas. J'aimerais que l'on s'attarde sur ce que vous avez ressenti lorsque l'un de ces trois Serpentard a fait allusion à M. Pucey. Je sais que nous n'avons pas encore abordé le sujet de votre relation avec lui mais cela ne nous empêche pas de parler de votre ressenti à ce sujet.
Harry baissa les yeux.
- Je l'ai mal vécu. C'était exactement ce que j'avais craint. Qu'on m'accuse d'être responsable du fait qu'Adrian se retrouve à Sainte-Mangouste. Mais je n'y suis pour rien. Je n'ai jamais poussé Adrian à se droguer. C'est ce que j'ai dit à Remus. Mais je me sens quand-même coupable de n'avoir rien vu. J'aurais dû m'en rendre compte. J'avais eu plusieurs signaux. Et il y avait des indices. Mais il a tout fait pour que je ne me doute de rien. Il me racontait des mensonges hyper crédibles et moi je croyais tout ce qu'il me disait sans me poser de questions... Il m'aurait dit que la Terre était rectangulaire, je l'aurais cru... J'ai été tellement stupide...
- Non, ne dites pas ça, ordonna Severus d'un ton doux mais ferme. Vous étiez amoureux, c'est tout à fait normal que vous ayez manqué de discernement. Vous n'avez pas à vous en vouloir pour ça. M. Pucey était passé maître dans l'art de cacher son addiction. Nous-mêmes, professeurs, n'avons rien vu. Il devait donc vraiment bien cacher son jeu. Et puis, n'oubliez pas que vous êtes une victime dans cette histoire. Vous étiez fragile et M. Pucey en a sûrement profité pour vous manipuler à sa guise. Il vous a fait du mal, il a abusé de vous et même s'il était sous l'emprise de potions droguées, cela n'excuse en rien son comportement. Est-ce que vous comprenez ?
- Oui, répondit sincèrement le Gryffondor. Je sais que je ne suis responsable de rien mais je ne peux pas m'empêcher de m'en vouloir.
- On travaillera là-dessus quand nous aborderons votre relation avec M. Pucey. La discussion que nous venons d'avoir me donne un avant-goût du travail que nous allons devoir effectuer sur ce sujet. C'était donc vraiment important que nous en parlions.
- Je comprends mieux, maintenant, affirma Harry. Et ça m'a fait du bien d'en parler. Et ça ira encore mieux quand nous aborderons le sujet plus en détails.
- Je sens effectivement que vous avez besoin d'en parler. Et nous prendrons le temps nécessaire pour traiter ce sujet. Est-ce que vous aviez autre chose à me dire sur votre première sortie ?
- Non, je crois que je vous ai tout dit.
- Bien, nous allons donc reprendre là où nous nous étions arrêtés lors de la dernière séance. Vous me parliez de la fin de votre relation avec M. Diggory.
Durant tout le reste de la séance, Severus écouta Harry se confier sur la fin de son couple avec son ex petit-ami. Ce ne fut que peu avant midi qu'ils mirent fin à la séance. Ils mangèrent, puis Harry se rendit à la chambre qu'il occupait pour travailler tandis que Severus alla préparer des potions dans son laboratoire. Alors qu'il était en train de brasser une potion anti-inflammatoire, il perçut un bruit qui venait du salon. Intrigué, il gela sa potion et alla voir ce que c'était. Il découvrit alors un hibou qui patientait derrière la fenêtre avec un parchemin accroché à sa patte. Cela le surprit beaucoup car il n'attendait aucune lettre. Ou alors il avait oublié. Il prit la missive et s'installa à table pour la lire tandis que le hibou repartait. Il commençait tout juste à déplier le parchemin quand un autre hibou vint se poser à son tour derrière la fenêtre, lui aussi pourvu d'un parchemin. «Non mais c'est un festival aujourd'hui !» pensa Severus en allant rouvrir la fenêtre. Il récupéra la missive et retourna s'asseoir après avoir refermé la fenêtre. Il était vraiment étonné. Il déplia le premier parchemin et vit tout de suite que cela venait du Ministère. Il la parcourut attentivement et sentit son coeur tomber dans sa poitrine au fur et à mesure de sa lecture. C'était une lettre du Magenmagot lui annonçant que la date du procès de Nott avait été fixée. Il aurait lieu le mercredi six mars à quatorze heures. Même si Severus savait que la date allait tomber dans ces eaux-là, il trouva cela beaucoup trop tôt. Théo n'avait même pas encore d'avocat. Il fallait dire qu'ils enchaînaient les déconvenues. Severus avait trouvé un avocat un peu plus d'un mois plus tôt et avait demandé à Théo de venir le voir un samedi pour en parler. Il se souvenait qu'il avait dû batailler pour convaincre Théo d'accepter de prendre un avocat. Ce même jour où il devait voir Théo, Severus devait également rendre visite à Tonks. Mais tous ses plans avaient été chamboulés le matin-même lorsqu'il avait récupéré un Harry empoisonné et inconscient. Il avait alors dû tout annuler afin de pouvoir s'occuper de lui. Depuis, il n'avait pas pu aller voir Tonks mais il avait continué ses recherches pour trouver un avocat à Théo. Car celui qui était censé le représenter s'était rapidement désisté, prétextant avoir trop de travail. Severus n'en avait pas cru un mot tellement ce revirement avait été soudain. Durant les jours qui avaient suivi, il avait reçu les réponses de presque tous les avocats à qui il s'était adressé et elles avaient toutes été négatives. Severus avait alors commencé à se poser des questions. Il ne comprenait pas pourquoi il ne recevait que des refus alors qu'il s'agissait de défendre la partie civile d'un procès important. Ce n'était pas tous les jours qu'on se voyait proposer de représenter un enfant victime de violences de la part de son père Mangemort depuis sa plus tendre enfance... Sortir vainqueur de ce procès assurait une belle publicité pour l'avocat qui défendrait Théo. Ce n'était qu'une semaine plus tôt que Severus avait compris pourquoi il avait reçu refus sur refus. Il avait appris que l'homme qui allait défendre Nott n'était autre que l'avocat le plus redouté de Grande-Bretagne. Voire même de toute l'Europe. Il avait été estomaqué en apprenant cela. Il s'était aussitôt entretenu par lettre avec Amelia à ce sujet afin d'avoir des explications. Il lui avait demandé comment cet avocat avait bien pu se voir attribuer la défense d'un Mangemort. Amelia lui avait répondu qu'elle avait tout fait pour le tenir à l'écart de tout dossier de Mangemort mais qu'elle n'avait rien pu faire contre le fait qu'un seul autre avocat avait accepté de défendre des Mangemorts. Comme les procès de ces personnes devaient avoir lieu le plus vite possible, cet avocat n'avait pas pu se voir attribuer la défense de tous les Mangemorts. Il avait donc fallu confier la défense de trois d'entre eux à cet avocat redoutable que tous ses confrères craignaient. Cela avait mis un gros coup au moral de Severus. Il était dégoûté que Nott soit défendu par un avocat qui était capable d'éviter la prison à de sérieux criminels. Personne ne savait comment mais il parvenait toujours à trouver des failles et des vices de procédure dans les dossiers. C'était ultra frustrant et injuste pour les parties civiles. Severus espérait de tout coeur que l'avocat de Théo allait réussir à battre celui de Nott. Mais encore fallait-il que Severus finisse par trouver un avocat à Théo... Le procès ayant lieu sept semaines plus tard, il fallait trouver quelqu'un et vite. Il y avait deux avocats qui n'avaient pas répondu mais Severus ne se faisait aucune illusion.
Un peu déprimé, Severus ouvrit la seconde lettre. Il fut frappé de stupeur en découvrant qui était le destinateur. Il fut tellement surpris qu'il resta bloqué pendant plusieurs minutes. Car la personne qui lui avait envoyé cette lettre n'était nulle autre que l'un des deux avocats dont il attendait toujours la réponse. Enfin, façon de parler car il ne l'attendait même plus. Il finit par se ressaisir et se mit à lire la lettre :
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«M. Snape,
J'ai bien reçu votre lettre. Je vous présente mes excuses pour ce long retard mais j'ai dû prendre le temps de la réflexion avant de vous donner ma réponse. J'ai été d'emblée intéressé par la défense de M. Théodore Nott. Mais j'avais déjà plusieurs dossiers et je ne voulais en aucun cas accepter de m'occuper d'un autre dossier sans être sûr de pouvoir lui accorder le temps nécessaire. Pour être tout à fait honnête, on m'a proposé la défense du Mangemort Nott, proposition que j'ai évidemment refusée. J'attendais toujours de savoir si j'allais pouvoir accepter de défendre M. T. Nott. J'ai donc demandé à être mis au courant lorsque la date du procès serait fixée. Je l'ai apprise très récemment et j'ai su que j'allais avoir assez de temps pour préparer la défense de M. T. Nott, mes autres procès devant prochainement avoir lieu. Je vous annonce donc officiellement être prêt à assurer la défense de M. Théodore Nott.
En vous apportant cette décision, je tiens à vous rassurer sur un point. Je sais que vous avez dû vous adresser à plusieurs avocats et je me doute que vous avez essuyé de nombreux refus pour la simple et bonne raison que mes confrères n'ont pas voulu se retrouver en concurrence avec l'avocat du Mangemort Nott. Je les comprends parfaitement mais je peux vous assurer que ce ne sera pas mon cas. J'ai bien étudié le dossier et je suis sûr de gagner ce procès. J'attends de pouvoir parler de tout ça avec vous et M. T. Nott.
Veuillez croire, Monsieur, à l'assurance de mes salutations distinguées.
Maître Williams.»
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Un immense soulagement avait envahi Severus durant la lecture de cette lettre. Théo allait pouvoir être représenté. Bien sûr, il devait d'abord en parler avec lui. Et il comptait le faire très rapidement. Il allait convoquer Théo à seize heures, juste après son cours de runes et ça leur laisserait au moins deux heures pour en discuter. Severus allait juste devoir demander à Harry de ne pas débarquer dans le salon pendant ce temps, sauf urgence. Il avait de la chance que Théo sache où se trouvaient ses appartements pour y être déjà venu plusieurs fois. Ainsi, Severus n'aurait pas besoin de voir Théo dans son bureau et de laisser Harry seul dans ses appartements. Sinon, il aurait pu le déposer chez Black et Lupin mais il préférait éviter. Déjà qu'il l'avait récupéré le matin-même au lieu de la veille au soir... Harry allait finir par croire qu'il ne voulait plus de lui, à force ! Alors qu'ils avaient encore énormément de sujets à aborder... Bon, quoi qu'il en soit, il devait voir Théo le jour-même. Pour le lui faire savoir, il devait passer par un de ses collègues. Il était midi quarante et il savait que Lupin avait les cinquième année de treize heures à quatorze heures. Severus s'apprêtait à invoquer son Patronus quand il entendit des coups frappés à sa porte. «Ce n'est pas comme ça que ma potion va se faire» grogna-t-il intérieurement. Il alla ouvrir et fut surpris de tomber sur son collègue de duel.
- Bonjour, Filius, salua-t-il. Je ne m'attendais pas à vous voir.
- Je devais vous parler de quelque chose d'important et je ne voulais pas attendre la fin de la journée pour venir vous voir.
- Bien, entrez, nous serons plus à l'aise à l'intérieur.
- Merci mais ce ne sera pas nécessaire, je ne vais pas rester longtemps. Je dois également aller voir Sirius, Remus, Pomona, Ernest et Brian.
Severus fronça les sourcils.
- Il s'agit d'un ou d'une élève ?
- Oui. De Miss Chang, pour être plus précis. J'ai constaté une baisse de ses notes dans la plupart des matières. C'est pourtant une élève très sérieuse. Je voulais donc m'entretenir avec les professeurs des matières concernées pour savoir s'ils avaient remarqué quelque chose dans l'attitude de cette élève. J'irai voir en dernier Sirius avec qui je vais longuement discuter. Il m'avait déjà fait part pendant les vacances de ses inquiétudes au sujet de Miss Chang. C'est là que je ne regrette pas d'avoir décidé de le prendre comme adjoint. Il voit plus de choses que moi, étant donné que je n'ai pas tous les élèves de ma maison dans mon option de duel.
- Il m'en avait parlé aussi, annonça Severus. Enfin, c'est plutôt moi qui était venu lui parler au sujet de Miss Chang. Je m'inquiétais pour elle, à vrai dire. Car j'avais récemment appris qu'elle avait été très proche de M. Diggory.
- C'est vrai. C'était son meilleur ami. Je l'ai convoquée en début d'année pour en discuter avec elle car je me faisais également du souci. Elle n'a pas été très bavarde. Elle était très renfermée sur elle-même. Elle a vite coupé court à la discussion en disant qu'elle avait été déjà suivie durant l'été à ce sujet et qu'elle n'avait pas besoin d'en parler à quelqu'un d'autre. De toute évidence, elle était encore très affectée et elle l'est sûrement toujours à l'heure actuelle, ce qui doit être parfaitement normal.
- Je n'en suis pas sûr, objecta Severus, songeur. Était-elle agressive dans sa façon de répondre ?
- Oui, un peu, et c'est bien ça qui m'a étonné.
- C'est bien ce que je pensais. Si elle avait vraiment été suivie, ne serait-ce qu'un ou deux mois, elle aurait été plus calme.
- Vous croyez qu'elle m'a menti ? s'étonna Filius.
- C'est une possibilité, oui. Ou alors elle a bien vu un psychomage mais ça n'a pas été très efficace. Ce qui est tout à fait plausible aussi. Elle n'a eu que deux mois pour se confier. Il y a des personnes pour qui ce n'est pas suffisant pour se mettre en confiance. Ça se trouve, à la fin des vacances, elle n'avait toujours pas réussi à sortir de son mutisme et à se confier.
Filius soupira.
- C'est encore plus compliqué que je ne l'imaginais. Je me doutais bien qu'elle était complètement déprimée à cause de ce qui était arrivé à son meilleur ami et que c'était à cause de ça que ses notes avaient chuté mais ce n'est pas tout de le savoir. Il faut l'aider, maintenant. Car il n'y a pas que ses notes qui comptent. C'est même assez secondaire. Le plus important, c'est son état mental. De toute façon, tant qu'elle n'ira pas mieux, ses notes continueront à baisser. C'est aussi simple que ça.
Severus fut intensément surpris et soulagé d'entendre Filius prononcer ces mots. Ça, c'était un vrai directeur de maison.
- Je suis entièrement d'accord. Pour tout vous dire, j'avais prévu de convoquer Miss Chang pour lui parler de ses notes et essayer de savoir comment elle allait mais comme pour beaucoup de choses en ce moment, je n'en ai pas eu le temps. Je suis encore plus débordé que lorsque je devais assumer mes fonctions de professeur. Depuis la rentrée, je m'occupais déjà d'un élève mais je faisais un point avec lui toutes les deux semaines tout en le voyant de temps à autre pour diverses raisons. Donc ça allait. Mais maintenant, je m'occupe aussi de M. Potter ainsi que d'un autre élève de ma maison. Je dois également préparer des potions pour Sainte-Mangouste et je continue malgré tout à assurer mon rôle de directeur de maison.
- Mais comment réussissez-vous à trouver le temps de faire tout ça ? s'exclama Filius.
- Je n'en ai aucune idée, avoua Severus. Enfin, disons que j'ai toujours eu une bonne organisation. Ça doit sûrement aider. Quoi qu'il en soit, je vais trouver un créneau pour voir Miss Chang. Je dois voir un de mes patients à seize heures mais je pense qu'à dix-neuf heures, je l'aurais libéré. Je peux donc convoquer Miss Chang dans mon bureau à cette heure-là. Il faudra juste qu'elle dîne avant de venir me voir.
- Vous êtes sûr que cela ne va pas trop vous surmener ?
- Il faut que ce soit fait et le plus vite sera le mieux. J'ai déjà trop traîné pour Miss Chang. Et ce dont je dois parler à mon patient est assez urgent. Je n'ai donc pas vraiment le choix de les voir tous deux aujourd'hui. En plus, ce doit être la seule journée où ils sont tous deux libres en fin de journée. Ils n'ont pas d'entraînement de Quidditch, je crois.
- En effet. Du moins, je sais que l'équipe de Serdaigle n'en a pas.
- Et celle de Serpentard non plus. Je verrai donc Miss Chang à dix-neuf heures.
- Bien, j'espère qu'elle sera un peu plus bavarde avec vous qu'elle ne l'a été avec moi.
- J'ai réussi à obtenir la confiance de M. Potter. Je pense qu'après ça, rien n'est irréalisable.
Filius se mit à rire.
- Je vous l'accorde ! Je vous avoue que nous sommes tous un peu surpris par le fait que vous vous occupiez de M. Potter et que vous vous soyez délesté de vos fonctions de professeur à cet effet. Si on m'avait dit que cela arriverait un jour, je n'y aurais pas cru.
- Pour être tout à fait honnête, je n'y aurais pas cru non plus, répondit Severus, amusé.
- D'ailleurs, sans vouloir être trop intrusif, comment se porte-t-il ?
- Il va beaucoup mieux qu'avant les vacances. Comme vous vous en doutez, je ne peux trop vous en dire mais vous pouvez être rassuré à son sujet.
- Tant mieux, dit Filius, l'air sincèrement soulagé. J'ai toujours pensé qu'on lui en demandait trop, à ce pauvre garçon. Il n'a jamais eu une année tranquille depuis qu'il est arrivé à Poudlard. Et je n'ai pas l'impression qu'il y avait grand-monde qui s'en souciait... J'ai toujours été un peu inquiet mais comme tout élève, M. Potter avait une directrice de maison et je pensais qu'elle faisait son travail auprès de lui. Mais j'ai cru comprendre que ce n'était pas le cas en discutant avec Sirius. Il m'a dit que les personnes qui étaient censées s'assurer du bien-être de son filleul ne l'avaient jamais aidé. J'en ai logiquement conclu que Minerva faisait partie des personnes dont il parlait. Mais je pense qu'il faisait également référence à d'autres personnes, comme le directeur ou la famille de M. Potter.
Severus fut de nouveau surpris par les paroles de Filius. Ils avaient exactement la même vision des choses. Car lui aussi pensait que Dumbledore était censé se soucier du bien-être du Harry et qu'il n'avait pourtant rien fait. Quant aux Dursley... Severus savait qu'il allait devoir aborder le sujet avec Harry et s'il devait être honnête avec lui-même, il redoutait ce qu'il allait apprendre. Car il sentait que la «famille» de Harry n'était pas étrangère à son mal-être, même s'il n'en avait pas encore parlé ou alors très peu. Mais Severus comptait bien le pousser à se confier là-dessus après avoir traité sa relation avec M. Pucey. Il repensa à ce que Filius venait de dire et il ne put s'empêcher de penser que les choses auraient peut-être été différentes si ça avait été Filius le directeur des Gryffondor. Mais ça, personne ne pouvait le savoir.
- Enfin bon, le principal, c'est que M. Potter soit entre de bonnes mains, désormais, conclut Filius en souriant. Je vais vous laisser vaquer à vos occupations. Bonne fin de journée.
Severus remercia Filius et lui souhaita de même. Une fois son collègue parti, il retourna au salon et chercha l'emploi du temps de ses collègues. S'il connaissait l'emploi du temps des cinquième année, ce n'était pas le cas pour celui des sixième année. Il espérait qu'ils avaient métamorphose le lundi après-midi car, comme ça, il pourrait demander à Lupin de passer le message à la fois à Théo et à Miss Chang qu'il voulait les voir respectivement à seize et dix-neuf heures. Il trouva le planning de Lupin et grimaça en voyant qu'il n'avait pas les sixième année. Il se rabattit sur celui de Black et vit que lui avait la classe de Miss Chang en toute fin de journée. Parfait ! Il invoqua donc son Patronus et lui fit délivrer un message à Black et à Lupin. Sachant que Black n'avait pas cours en ce moment-même, il lui demanda simplement de venir le voir incessamment sous peu. Car, en réalité, il avait plusieurs requêtes à lui faire. Comme il devait voir Miss Chang et plus seulement Théo, il estimait finalement préférable que Black vienne chercher son filleul à dix-sept heures. Il pourrait demander à Lupin de venir le prendre à seize heures puisqu'il terminait à cette heure-là mais il avait cours actuellement et Severus ne se voyait pas de tout lui expliquer par Patronus. Alors que là, il pouvait directement parler à Black de vive voix. C'était beaucoup plus pratique. Le seul inconvénient, c'était que Severus allait devoir interrompre sa discussion avec Théo lorsque Black viendrait chercher son filleul. Mais c'était tout de même mieux ainsi. Severus soupira en se disant que cette journée allait être encore plus longue que ce qu'il croyait. Heureusement qu'il avait le sens de l'organisation. Bon, il valait mieux qu'il prévienne Harry qu'il devait passer la soirée chez son parrain. Il allait sûrement être un peu déboussolé mais Severus savait qu'il comprendrait. Il alla donc le voir. Arrivé devant sa porte, il frappa et entra.
- M. Potter, je suis navré mais j'ai de nouveau un imprévu pour ce soir. Je dois parler à deux élèves de toute urgence et j'en aurai sûrement de seize heures jusqu'à vingt-et-une heures. Votre parrain viendra vous chercher à dix-sept heures et je lui enverrai un Patronus lorsqu'il pourra vous ramener. J'aurais aimé éviter de devoir vous renvoyer chez votre parrain mais je n'ai pas trop le choix.
- Je comprends, assura le Gryffondor. Cela ne me pose pas de problèmes. J'espère juste que ça va s'arranger pour ces deux élèves. Du coup, si j'ai bien saisi, à partir de seize heures, je dois éviter de descendre au salon ?
- C'est cela, sauf s'il y a quelque chose d'urgent.
- D'accord.
Severus se méfia quelque peu de ce «D'accord».
- M. Potter, je compte sur vous pour venir me le dire si quelque chose ne va pas, même si c'est entre seize heures et dix-sept heures. Est-ce que j'ai votre parole ?
- Oui, soupira Harry.
- Bien. Je vous laisse vous remettre à vos devoirs. N'hésitez pas non plus à venir me voir si vous avez besoin d'aide.
- Oui, professeur.
Severus acquiesça et partit. Alors qu'il venait tout juste de revenir au salon, Black apparut soudain dans sa cheminée. Se doutant qu'il était dans ses appartements lorsqu'il lui avait envoyé le Patronus, Severus lui avait donné l'autorisation de venir par voie de cheminée. C'était bien plus rapide.
- Je n'ai pas compris grand-chose à ton message, dit d'emblée Black. Que se passe-t-il ?
- J'ai besoin que tu gardes Harry de dix-sept heures à vingt-et-une heures, environ.
Black fronça les sourcils.
- Pourquoi ? Tu as encore été réquisitionné à Sainte-Mangouste ?
- Non, je dois parler à deux élèves et c'est très urgent.
- Laisse-moi deviner : deux Serpentard ?
- Non, un seul. L'autre élève est une Serdaigle dont nous avons déjà parlé ensemble.
Le visage de Black se fit aussitôt soucieux.
- Il y a un problème avec Cho Chang ?
- Il semblerait, oui. Filius est venu me voir il y a une demie-heure pour me parler d'elle. Il m'a dit que ses notes avaient baissé dans les matières principales. On a discuté et on s'est mis d'accord sur le fait que cette élève n'allait pas bien du tout. D'autant plus qu'elle a dit à Filius en début d'année qu'elle a vu un psychomage pendant l'été mais elle n'a pas du tout le comportement de quelqu'un qui s'est fait suivre pour une dépression. Ou alors, elle n'a pas réussi à se confier durant ces séances. Il y a donc deux possibilités. Soit elle a menti à Filius, soit elle a réellement vu un psychomage mais ça n'a pas été efficace. Je vais donc essayer de parler de tout cela avec elle. Comme je dois déjà voir Théo à seize heures et que je risque d'en avoir pour un moment avec lui, j'ai prévu de convoquer Miss Chang à dix-neuf heures. Et j'aimerais que tu lui fasses passer le message. Je sais que tu as les sixième année de seize à dix-sept heures.
- Je le lui dirai, promit Black. Par contre, je ne pourrai pas passer le mot à Théo. Je l'ai déjà eu ce matin.
- Je sais, c'est pour ça que j'ai demandé à Lupin de le faire. Il a les cinquième année actuellement.
- Heureusement que nous sommes là, alors, s'amusa Black. Que ferais-tu sans nous... Enfin, je dis ça mais on te doit bien ce service. Après tout ce que tu fais pour Harry...
- Je n'ai pas du tout vu les choses comme ça, dit sincèrement Severus. Je n'ai pas trop eu le temps de faire le rapprochement, en fait. J'avais besoin de solutions et vite. Et je te remercie d'ailleurs d'être venu aussi rapidement.
- J'ai bien compris que c'était urgent. Du coup, je viendrai chercher Harry à dix-sept heures, comme convenu.
- Merci, je t'enverrai un Patronus quand tu pourras me le ramener. Comme je te le disais, vers vingt-et-une heures, je devrais avoir libéré Miss Chang. Pour ce qui est de Harry, ce serait bien que vous rentreriez à tes appartements à pied.
Le visage de Black s'illumina.
- Bonne idée ! Ça lui fera une mini-sortie. Et cette fois, en période scolaire, et non en période de vacances.
- Exactement. Bon, il faut tout de même voir s'il se sent prêt. Il n'est pas question de le forcer.
- Bien sûr. Je te laisse voir ça avec lui.
Severus esquissa un sourire satisfait.
- C'est bien, tu fais des progrès. Tu ne profites pas d'être là pour demander à le voir.
Black leva les eux au ciel.
- Je l'ai vu ce matin et j'ai cours à quatorze heures. Je suis un tant soit peu raisonnable. Mais tu te doutes bien que j'ai quand-même envie de le voir.
- Évidemment. Mais je constate malgré tout que tu as un peu appris à couper le cordon.
- C'est vrai, admit Black. Mais ça c'est grâce au fait que je travaille. Ça m'évite de penser à Harry toute la journée.
- C'est sûr que ça aide. C'est pareil pour Harry, tu sais. Il a été un peu désorienté de se retrouver ici après avoir passé deux semaines et demie avec Lupin et toi. Le jour de la rentrée a été quelque peu difficile pour lui. Il était triste et n'était pas trop d'humeur à parler. La séance de thérapie a été un peu compliquée ce jour-là. Il ne voulait parler de rien. Mais le lendemain ça allait déjà mieux. Il a repris une routine en rattrapant dans l'ordre les cours que ses camarades avaient eus la veille. Il était bien plus souriant et au bout du troisième jour, il avait retrouvé sa joie et sa bonne humeur. Là, ce matin, il était juste très fatigué. Ça le rendait légèrement grognon mais c'était plutôt amusant.
Black haussa un sourcil.
- Si on m'avait dit que j'entendrais ça un jour... Bon, j'aimerais bien rester mais j'ai cours dans vingt minutes et il n'y a que mes cours de ce matin dans mon sac. Je dois donc les troquer contre ceux de cet après-midi. Le temps que je rentre, que je fasse mon sac et que j'aille à ma salle de classe, il sera pile quatorze heures. En plus j'ai cours avec les deuxième année, alors si j'arrive en retard, ne serait-ce que de cinq minutes, ils vont être intenables.
- Je confirme, grimaça Severus. Je suis bien content de ne pas avoir de double cours avec eux cette année.
- C'est justement un double cours que j'ai avec eux le lundi, annonça Black.
- En plus ! Bon, dans ce cas tu ferais mieux de rentrer par voie de cheminée, ça t'économisera déjà cinq minutes.
- Bonne idée, dit de nouveau Black. Allez, j'y vais, à tout à l'heure.
Black entra dans la cheminée, prit de la poudre de Cheminette et disparut après avoir prononcé ses appartements. Severus se retrouva seul et resta songeur un moment. Il se rendait compte qu'il venait de parler coup sur coup avec deux collègues et qu'il n'avait jamais eu des discussions aussi fluides avec n'importe lequel des autres professeurs jusque-là. C'était comme s'il avait discuté avec deux collègues avec lesquels il s'entendait bien depuis qu'il les connaissait. Alors que ce n'était clairement pas le cas. Il n'avait jamais eu de conflits avec Filius mais il n'avait jamais non plus été proche de lui. Quant à Black, il voyait bien qu'ils avaient vraiment fait la paix et il devait avouer qu'il trouvait cela très agréable. Bien sûr, rien n'effacerait leurs vingt-quatre années de haine mais ils avaient tous deux changé alors cela ne servait à rien qu'ils continuent à se détester. Leur haine était basée sur le comportement qu'ils avaient lorsqu'ils étaient élèves à Poudlard. Or, là, ils étaient professeurs et ils n'avaient plus du tout la même mentalité. Ils avaient fini par le comprendre et avaient alors pu faire la paix. En fait, Severus sentait qu'il était en train de devenir une autre personne. Il n'avait jamais été heureux jusqu'à maintenant et cela avait changé lorsqu'il avait commencé à s'occuper de Théo. Il avait renoué avec son métier de médicomage et cela lui avait fait beaucoup de bien. Puis il y avait eu Tonks. Il avait alors renoué avec un autre sentiment qu'il n'avait plus ressenti depuis longtemps : l'amour. La rentrée était ensuite arrivée et les trois mois et demi qui avaient suivi avaient été très compliqués. Que ce soit avec Black, Lupin, Harry ou Draco. Mais tout s'était arrangé peu avant les vacances. Enfin, sauf avec Draco. Il avait dû attendre quelques jours avant Noël pour retrouver sa relation d'antan avec lui. Pendant ces vacances, il avait également accepté d'entamer une histoire d'amour avec Tonks. Ils n'avaient pas pu se revoir depuis mais il avait écrit à Tonks qui avait très bien compris pourquoi il n'était pas revenu la voir. Elle-même était très occupée. À la base, c'était juste pour s'excuser qu'il lui avait envoyé une lettre. Mais il lui avait de nouveau écrit lorsqu'elle lui avait répondu et depuis, ils n'avaient plus cessé de correspondre ensemble. Ils s'étaient étonnés de ne pas y avoir pensé plus tôt. C'était pourtant une très bonne façon de rester en contact quand ils ne pouvaient pas se voir. Et, pour l'insant, ça leur convenait parfaitement d'entretenir leur relation de cette manière. C'était peut-être vieux jeu mais ils trouvaient cela très pratique et très amusant. Alors ils avaient décidé de continuer comme ça pour le moment. Severus ne regrettait absolument pas de s'être lancé dans cette relation. Tout était incroyablement simple avec Tonks. Ils étaient toujours sur la même longueur d'ondes. Severus l'aimait de plus en plus au fur et à mesure de leurs échanges. La joie de vivre de Tonks transparaissait même dans ses lettres et c'était sûrement cela qui charmait le plus Severus. S'il devait résumer les choses en une phrase, il dirait qu'il était complètement accro à la jolie Auror au visage en coeur et aux cheveux roses. Severus avait donc tout pour être heureux en ce moment, aussi bien dans sa vie personnelle que professionnelle et il espérait que cela continuerait même lorsqu'il devrait reprendre son poste de professeur. Pour cela, il devait parler à Dumbledore. Cela faisait un moment qu'il devait le faire mais là encore, il n'en avait pas eu le temps. Il comptait cependant s'en occuper le plus vite possible. Il avait trois semaines pour le faire. C'était faisable. Il fallait juste qu'il ne se retrouve pas avec cinq patients de plus d'ici là.
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Severus était en train de faire du tri dans ses papiers lorsqu'il entendit quelqu'un toquer à la porte. Il alla ouvrir et fut surpris de tomber sur Théo et Lupin.
- Je n'attendais qu'une seule personne, dit Severus, perplexe.
- Sirius m'a dit pour Harry, expliqua Remus. Il a réussi à venir me voir entre deux cours. Bon, pour être franc, il a lâché une de ses classes un peu plus tôt et m'a demandé de faire de même. Donc me voilà pour emmener Harry. J'ai croisé Théo en route, c'est pour ça que nous arrivons ensemble.
- Eh bien tout cela m'arrange, avoua Severus. Je vais aller chercher Harry.
Severus prit congé de ses deux visiteurs et se rendit à la chambre de Harry. Il frappa, ouvrit la porte et passa la tête dans l'entrebâillement.
- Changement de programme, votre directeur de maison a été mis au courant par votre parrain et il est venu vous chercher.
Harry le regarda avec un air franchement dépassé mais il se contenta de ranger ses affaires et de le rejoindre docilement sans poser de questions. Severus devrait être désormais habitué à cette attitude mais il n'arrivait pas à s'y faire. Depuis que Harry était chez lui, il n'avait jamais contesté le moindre de ses ordres. Cela lui arrivait d'essayer de parlementer mais ce n'était jamais sérieux. C'était plus pour embêter Severus qu'autre chose. Cela concernait souvent ses potions ou ses cours. Mais sinon, à part ça, il n'avait jamais refusé de faire quoi que ce soit. Cette docilité intriguait vraiment Severus. Tout comme le fait qu'il voyait souvent Harry se retenir de demander quelque chose. Il avait très vite remarqué tout ça et il comptait bien creuser ce sujet à un moment de la thérapie.
Severus mena ainsi Harry jusqu'à Lupin qui l'attendait sur le pas de la porte.
- Sirius m'a dit qu'il valait mieux rentrer à pied, informa Lupin. Il a précisé que tu en parlerais avec Harry.
- Oui, et il est d'accord.
- Super. Ce sera sûrement Sirius qui le ramènera.
- Bien, mais que ce soit lui ou toi, attendez mon Patronus.
Lupin acquiesça et s'en alla avec Harry. Severus reporta son attention sur Théo.
- Bonjour, M. Nott. Je suis tout à vous, désormais. Veuillez me suivre.
Severus emmena Théo au salon où ils s'installèrent.
- J'espère que vous n'aviez pas de séance de travail prévue avec votre binôme, s'enquit Severus.
- Si, mais ce n'est pas un problème, vous n'avez pas à vous inquiéter pour ça.
Severus haussa les sourcils. Il entendait clairement par-là «Je dirais même que ça m'arrange d'avoir annulé, voyez-vous». Cela ne ressemblait pas du tout à Théo de se réjouir d'avoir annulé une séance de travail. Il y avait anguille sous roche, c'était sûr et certain.
- Y a-t-il un problème avec M. Finch-Fletchley ?
- C'est de lui dont vous vouliez me parler ?
Severus pinça les lèvres. Là encore, il pouvait lire entre les lignes en comprenant que Théo lui disait par-là «Si c'est de mon binôme dont vous souhaitiez me parler, je vous préviens, vous allez perdre votre temps». Sauf que Théo était beaucoup trop poli pour dire les choses ainsi. Il préférait utiliser le ton de sa voix pour faire comprendre ce qu'il voulait implicitement dire.
- À la base, non, répondit Severus. Je voulais juste savoir si vous deviez travailler avec M. Finch-Fletchley. Mais peut-être devrions-nous parler de votre binôme ? Car, visiblement, contrairement à ce que vous voulez me faire croire, ça ne se passe pas bien entre vous.
- Ça n'a rien à voir avec les devoirs. Oui, je ne vous le cache pas, nous sommes un peu en froid mais ça ne va pas nous empêcher d'être productifs et efficaces lors de nos prochaines séances de travail.
Severus retint un soupir. Il savait qu'il n'obtiendrait rien de plus de la part de Théo. Il valait mieux passer à la raison pour laquelle Severus voulait lui parler.
- Bien, je vous crois. Comme je vous l'ai dit, ce n'est pas pour ça que je voulais vous voir. Si je vous ai demandé de venir, c'est parce que j'ai reçu deux lettres ce midi qui vous concernent. L'une d'entre elles venait du Magenmagot et l'autre venait d'un des avocats auxquels je me suis adressé il y a deux mois pour leur demander s'ils voulaient bien vous représenter.
- Encore un refus, j'imagine ? D'ailleurs, est-ce que vous avez fini par savoir pourquoi personne ne souhaitait me représenter ?
Severus se crispa. Il n'avait encore rien dit à Théo à ce sujet. Il préférait attendre de lui avoir trouvé un avocat avant de lui expliquer. Et vu que c'était maintenant le cas, il avait justement prévu de tout lui dire lors de cette entrevue.
- Oui, et ça tombe bien que vous me posiez cette question car je comptais vous en parler. Je veux d'abord m'excuser de ne pas vous l'avoir dit plus tôt mais il était préférable que j'attende. J'ai appris il y a environ une semaine l'identité de l'avocat qui va défendre votre père. C'est une information que savaient tous les autres avocats depuis le début car ce sont d'abord eux qui se sont vu proposer la défense de votre père. Sauf qu'ils ont tous décliné cette proposition. Il ne restait alors plus qu'un seul avocat qui n'a pas hésité une seule seconde à accepter. Et c'est à cause de l'identité de cet avocat que personne n'a voulu vous défendre. Ils ne voulaient pas se retrouver face à lui.
- Qui est cet avocat ? demanda Théo.
Severus détourna le regard et répondit :
- Maître Buchan.
Théo écarquilla les yeux.
- C'est une blague ? s'étrangla-t-il.
- Malheureusement, non. Mais vous n'avez pas à vous en faire, il n'a aucune chance de...
- Mais ce n'est pas de n'importe quel avocat dont on parle ! Je suis loin d'être un spécialiste dans ce domaine mais je connais quand-même la réputation de cet avocat ! C'est le plus redoutable de tous ! Bon nombre de criminels ont évité Azkaban grâce à lui ou ont écopé d'une peine dérisoire ! Vous savez quoi ? Laissez tomber. Ça ne sert à rien que vous vous échiniez à essayer de me trouver un avocat.
- C'est déjà fait, répliqua Severus.
- Eh bien dites-lui que je n'ai plus besoin de lui. J'en ai assez, j'abandonne. Je vais aller tout seul au procès, ça ne changera pas grand-chose à son issue et ça évitera à l'avocat que vous m'avez trouvé de défendre quelqu'un sans être payé. Qu'il me défende ou non, dans tous les cas, mon père sortira libre du procès. Je préfère garder mes forces pour l'été difficile qui m'attend. Je vais en avoir besoin.
- M. Nott, vous tirez des conclusions trop hâtives...
- Non, je suis lucide, c'est différent, rétorqua Théo. N'essayez pas de me faire croire que ça va bien se passer. Je sais très bien que c'est faux. Mon père va être défendu par le meilleur avocat qui soit. Il va sûrement jouer sur le fait que mon père est vieux, il va prétendre qu'il n'a pas toute sa tête, qu'il n'a pas suivi Vous-Savez-Qui de son plein gré, qu'il était malheureux, qu'il ne savait pas quoi faire et qu'il a rejeté son mal-être sur moi en me frappant... Je vous l'ai dit, je ne suis pas un spécialiste mais je connais les méthodes des avocats. Il va faire passer mon père pour une victime et moi pour un enfant difficile et capricieux. Peu importe l'avocat que vous m'avez déniché, il ne pourra rien face à Buchan. Mon père va se retrouver libre, je vais devoir retourner chez lui cet été, le cauchemar va recommencer et je ne suis pas sûr d'en ressortir vivant cette fois-ci !
Les larmes se mirent à couler sur les joues de Théo dont la respiration se faisait laborieuse. Sentant la crise arriver, Severus s'empressa de prendre sa mallette dans laquelle il prit une fiole qu'il tendit à Théo.
- Je n'en ai pas besoin ! protesta-t-il en repoussant la fiole.
Il se leva, ayant visiblement décidé de partir mais Severus le retint par le poignet.
- Restez là, intima-t-il. Vous devez prendre cette potion. Vous êtes en proie à une crise et vous savez très bien quels effets néfastes cela peut avoir sur vous.
- Oui eh bien peut-être mais je m'en moque complètement ! Il m'arrivera ce qu'il m'arrivera ! J'en ai marre de me battre contre tout et n'importe quoi ! Ça ne sert à rien ! Si ce n'est pas une crise qui va m'emporter, ce seront les coups de mon père ! À choisir, je préférerais la crise, ce sera plus rapide !
Severus comprit qu'il était inutile de parlementer avec Théo. Il était en pleine crise et n'était pas en mesure d'écouter ce qu'il lui disait. C'était à la fois une crise d'angoisse qui le prenait et les nerfs qui lâchaient. Et les deux associés pouvaient être très dangereux dans le cas de Théo à cause de son trouble magique. Il devait prendre sa potion et vite.
- M. Nott, calmez-vous, dit Severus doucement mais fermement. Je ne vous laisserai pas partir tant que vous n'aurez pas bu cette potion.
La respiration de plus en plus rapide, Théo regarda alternativement Severus et la fiole avant de se décider à se saisir de la fiole que Severus lui tendait toujours. Celui-ci ne la lâcha cependant pas.
- Ne la cassez pas, ordonna-t-il. Si vous la prenez, c'est uniquement pour la boire. Pas pour la jeter par terre. Ne m'obligez pas à vous l'injecter de force.
Théo acquiesça. Severus desserra lentement sa prise autour de la fiole. Il fut soulagé de voir Théo la porter à ses lèvres et la boire jusqu'à la dernière goutte. Il sembla de suite beaucoup plus calme. Son regard se posa sur la chaise sur laquelle il était assis cinq minutes plus tôt. Vu l'étonnement qui se lut sur son visage, il n'avait visiblement pas le souvenir de s'être levé. Il se rassit avec un air troublé.
- Vous vous sentez mieux ? demanda Severus.
- Mieux ? répéta Théo.
- Vous venez de faire une crise d'angoisse. Mais c'est normal que vous ne vous en souveniez pas. Vous aviez un peu perdu pied avec la réalité. Vous avez même perdu pied tout court.
- Comme durant la nuit où vous êtes venus me secourir au Chaudron Baveur ?
- Vous étiez quasiment dans le même état mais c'était différent car là, vous étiez éveillé. Votre état de stress n'était pas dû à un cauchemar mais à une nouvelle que je vous ai apprise.
- L'avocat de mon père, murmura Théo. Oui, je m'en souviens maintenant... J'ai mal réagi, c'est ça ?
- C'est le moins qu'on puisse dire. Vous étiez méconnaissable. Vous n'aviez plus envie de vous battre et vous aviez des idées assez noires.
- Quoi que j'ai pu dire, je le regrette, dit Théo d'un ton sincère. Mais je ne vois pas comment je vais pouvoir ressortir gagnant de ce procès alors que mon père va être défendu par le meilleur avocat du monde...
- Vous ne m'avez pas vraiment laissé le temps de parler tout à l'heure, reprocha gentiment Severus.
Théo rougit, ce qui acheva de rassurer Severus. Théo était redevenu totalement lui-même.
- Je ne vous en veux pas, assura Severus. Le principal, c'est que vous ayez repris vos esprits. Ce que je voulais donc vous dire, c'est que j'ai reçu une lettre du Magenmagot qui m'informait de la date du procès. Il aura lieu le mercredi six mars à quatorze heures. J'ai également reçu une lettre de l'avocat Williams qui accepte de vous représenter.
Théo fronça les sourcils.
- Maître Williams... Ce nom me dit quelque chose. Je le vois souvent dans la Gazette. Ce n'est pas lui qui a défendu l'homme qui était accusé à tort d'avoir été le cerveau d'un trafic de drogue alors qu'il n'y avait jamais touché de près ou de loin ?
Severus regarda Théo, à la fois surpris et moqueur. Théo se remit à rougir en comprenant qu'il s'était trahi tout seul.
- Je suis juste attentivement la Gazette, se défendit-il. Et je retiens facilement ce que je lis. C'est tout.
- Vous avez quand-même l'air de vous y intéresser de près. Mais ce n'est pas un reproche, loin de là. Du coup, est-ce que ça vous rassure d'être représenté par l'avocat Williams ?
- Vu ce que je sais de sa carrière, je suis plutôt confiant, oui. Mais il n'en reste pas moins qu'il va se retrouver face à Buchan...
- Je sais que ça vous inquiète mais si vous voulez, vous pouvez lire la lettre que Maître Williams m'a envoyée.
Severus prit la lettre en question et la tendit à Théo qui la saisit après une brève hésitation. Il la lut et sembla se détendre au fur et à mesure de sa lecture.
- Il a l'air très sérieux, remarqua-t-il. Et très prudent. Il n'a pas voulu se précipiter en vous donnant une réponse sur laquelle il risquait de revenir quelques semaines plus tard. Visiblement, il n'est pas du genre à prendre un client par ambition ou sur un coup de tête. Et il a beaucoup étudié le dossier avant de vous répondre. Il semble sûr de gagner ce procès. Est-ce que cela veut dire que, pour lui, il n'y a aucune faille ou aucune vice de procédure dans le dossier qui pourrait permettre à Buchan de faire tourner les choses en faveur de mon père ?
- Je crois que c'est ça qu'il veut dire, en effet. Mais il pourra tout vous expliquer si vous acceptez de le rencontrer.
- Je pense que je ne pourrai pas trouver mieux comme avocat. Celui-là semble parfait. Buchan n'a pas l'air de lui faire peur. Alors oui, je veux bien le rencontrer pour qu'il me représente.
- Vous êtes sûr ?
- Oui.
- Bien, je lui écrirai dès ce soir. Votre première entrevue devrait très vite avoir lieu étant donné qu'il ne reste que sept semaines avant le procès. Vous allez vous voir très souvent, de l'ordre de deux à trois fois par semaine. Je pense que vous vous en doutez mais vous allez devoir tout lui raconter. Y compris des choses que vous ne m'avez sûrement pas dites. Il voudra le plus de détails possible. Ce sera indispensable pour qu'il puisse vous défendre au mieux. Est-ce que vous vous sentez prêt à lui parler de tout ce que vous a fait subir votre père ?
- Ça va être dur mais oui, je me sens prêt. Il faut juste que je me dise que c'est mon avocat et qu'il est là pour m'écouter.
- Tout à fait. De toute façon, il saura vous mettre en confiance. Mis à part ça, est-ce que vous avez des questions, des doutes, des peurs dont vous voudriez me fait part ?
- Non, pour l'instant je n'en ai pas. Tout est un peu confus, en fait. J'ai l'impression que mon cerveau c'est de la bouillie.
- C'est normal, ça fait un peu trop d'informations pour vous d'un coup. Mais il fallait que nous ayons cette discussion le plus vite possible. Bon, si vous n'avez rien d'autre à me dire, vous pouvez y aller. Mais si vous avez la moindre question, n'hésitez pas à venir me voir.
Théo acquiesça, remercia Severus, lui souhaita une bonne soirée et s'en alla. Severus regarda l'heure et vit qu'il n'était que dix-huit heures. Il décida de se rendre à son bureau et d'y attendre l'heure de son rendez-vous avec Miss Chang. Il quitta donc ses appartements et rejoignit son bureau. Une fois arrivé, il entreprit de commencer la lettre qu'il enverrait à l'avocat Williams. Mais il avait l'esprit un peu trop ailleurs, si bien qu'il dut la recommencer plusieurs fois. Il en était à son quatrième essai lorsque quelqu'un frappa à la porte. Il se leva et alla ouvrir. Sans surprise, il tomba sur Miss Chang.
- Bonsoir, Miss Chang. Installez-vous, je vous prie.
L'élève de Serdaigle s'assit sur la chaise en face de Severus.
- Vous devez sûrement vous demander pourquoi je vous ai convoquée.
- Oui, mais je me dis que ça a peut-être un rapport avec mes notes en potions.
- C'est l'une des deux raisons, oui. Le professeur Flitwick m'a dit que vos notes avaient baissé dans toutes les matières principales. Je vais évidemment vous parler uniquement de vos notes en potions. Est-ce que vous savez à quoi est due la chute de vos résultats ?
- Je suis moins concentrée.
- Y a-t-il une raison à cela ?
- Je n'en sais rien.
- Ma question était peut-être un peu trop vague. Y a-t-il quelque chose qui vous empêche de vous concentrer ?
- Peut-être mais je n'ai pas envie d'en parler.
- Il le faut, pourtant. Si vous avez des problèmes, vous ne devez pas les garder pour vous.
- Il n'y a aucun problème, répliqua sèchement Miss Chang. Si vous voulez vraiment savoir, j'en ai marre des cours. Ça ne m'intéresse plus. Si je le pouvais, j'arrêterais tout de suite mes études. Mais je suis encore mineure alors ce n'est pas à moi de décider.
Severus n'avait pas besoin de s'appeler Merlin pour s'apercevoir que Miss Chang mentait. Mais il put aisément rebondir sur ce qu'elle venait de dire :
- C'est très rare qu'un ou une Serdaigle veuille arrêter prématurément ses études. Si vous avez été répartie dans cette maison, c'est avant tout pour votre amour des études, votre intelligence, votre érudition et votre sagesse. Il ne viendrait donc pas à l'esprit d'un Serdaigle de quitter Poudlard sans avoir passé ses ASPIC.
- Vous insinuez que je mens ? s'offusqua Miss Chang.
- Je n'ai pas dit ça, répondit calmement Severus. Je pense juste que la baisse de vos notes cache une vérité dont vous ne voulez pas parler. Vous ne vous attendiez pas à ce que je vous convoque alors pour justifier la chute de vos notes, vous avez pris la première excuse qui vous est venue à l'esprit, à savoir un désintérêt pour les cours.
La Serdaigle ne répondit pas.
- Miss Chang, vous pouvez tout me dire, insista Severus. Je suis là pour vous écouter.
- Je n'ai rien à dire, s'obstina Miss Chang.
- Je crois que si, au contraire, répliqua Severus. Sinon je ne serais pas le seul à m'inquiéter à votre sujet. Vos deux directeurs de maison se font eux aussi du souci pour vous.
- Ça je le sais, ils m'ont tous les deux convoquée en début d'année, ironisa Miss Chang.
- Et vous croyez vraiment qu'ils vous auraient convoquée s'ils pensaient que vous n'aviez rien à leur dire ?
Severus sut qu'il avait marqué un point en voyant la Serdaigle accuser le coup.
- Je sais qu'ils vous ont convoquée et je sais que vous n'avez rien voulu leur dire. Vous avez juste dit au professeur Flitwick que vous aviez été suivie cet été.
- C'est vrai, affirma Miss Chang. Mais puisque vous savez que j'ai été suivie, pourquoi est-ce que ça fait dix minutes que vous essayez de me faire parler ? C'est bon, j'ai déjà vu un psychomage, je n'ai pas besoin de tout déballer une deuxième fois !
- Ce n'est pas parce que vous avez vu un ou une psychomage que cela a forcément été efficace. Si le professeur Flitwick ne m'avait rien dit, jamais je n'aurais deviné que vous aviez été suivie. Vous n'en avez pas du tout l'air. Je vous crois pourtant quand vous dites que vous avez vu un psychomage. En revanche, je ne suis pas sûr que vous ayez eu suffisamment de séances. Vous n'avez peut-être pas eu le temps de dire tout ce que vous aviez besoin d'extérioriser. Je ne crois pas me tromper en disant que c'est à cause de ce qui est arrivé à M. Diggory que vous avez dû consulter un psychomage ?
Le visage de Miss Chang perdit le peu de couleurs qu'il possédait déjà.
- C'est donc pour me parler de lui que vous m'avez demandé de venir ?!
- Oui, car j'estime qu'il est nécessaire d'en parler, expliqua Severus.
- Eh bien vous perdez votre temps car je n'ai aucune intention de vous parler de lui ! Cela ne sert à rien de me convoquer de nouveau, je ne viendrai pas ! Au revoir, professeur !
Miss Chang se leva et s'en alla sur ces mots sans que Severus ne cherche à la retenir. Il savait que cela n'aurait été d'aucune utilité. Il aurait encore plus braqué Miss Chang qu'autre chose. De toute façon, il ne s'était pas attendu à grand-chose. Il se doutait bien qu'il ne réussirait pas à obtenir ses confidences en seulement une ou deux heures de discussion. Bon, il aurait quand-même pensé que leur entrevue durerait un peu plus longtemps. Elle n'avait même pas duré une demie-heure. C'était un peu décevant. Mais il ne comptait pas lâcher l'affaire pour autant. Il aiderait Miss Chang, même s'il devait le faire contre son gré. Il ne savait pas encore comment il allait s'y prendre mais en parler à Filius, à Black ou même à Lupin l'aiderait sûrement à y voir plus clair. Filius et Black étaient tous deux responsables des Serdaigle, il était donc normal que Severus leur parle de sa discussion avec Miss Chang, et Lupin était quelqu'un de calme et réfléchi. Ses conseils pouvaient lui être précieux. Peut-être devait-il organiser une réunion avec ces trois personnes ? Ce serait bien la première fois qu'il prendrait ce genre d'initiative... Mais il n'hésiterait pas si cela pouvait lui permettre de savoir comment il devait s'y prendre avec Miss Chang. Une élève avait besoin d'aide et pour lui, c'était ça le plus important.
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(mardi 16/01) POV Ginny
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Ginny grelottait devant les vestiaires. Elle n'avait pas d'entraînement ce jour-là mais Blaise, lui, oui. Et c'était justement lui qu'elle attendait. Cela faisait une semaine qu'elle avait parlé à Ron mais Blaise et elle n'avaient toujours pas officialisé leur relation. C'était en grande partie dû au fait qu'ils n'avaient pas vraiment eu le temps de se voir. C'était d'ailleurs la première fois qu'ils allaient passer du temps ensemble depuis la rentrée. Et ils comptaient en profiter pour faire comprendre à tout le monde qu'ils étaient ensemble. Blaise savait qu'elle l'attendrait après son entraînement et ils avaient convenu de s'embrasser en guise de bonjour, à la vue de tous. Enfin, du moins, des membres de l'équipe de Serpentard. Elle fut donc légèrement nerveuse lorsqu'elle vit la porte des vestiaires s'ouvrir sur Blaise et deux de ses coéquipiers. Il lui sourit, la rejoignit et l'embrassa tendrement. Elle se sentit rougir mais cela ne l'empêcha absolument pas de répondre au baiser. Elle entendit certains des camarades de Blaise siffler en passant à côté d'eux mais elle les ignora royalement, tout comme Blaise. Ils étaient tellement contents de se voir que le baiser dura un certain temps. Ce ne fut que de longues minutes plus tard qu'ils le rompirent afin de reprendre leur souffle. Au même moment, deux des meilleurs amis de Blaise sortirent des vestiaires en se disputant, l'une trouvant que l'autre avait mis trop de temps sous la douche et qu'il les avait mis en retard pour la réunion des préfets. Ginny esquissa un sourire alors qu'ils s'éloignaient sans avoir prêté la moindre attention à leur meilleur ami qui embrassait sa petite-amie.
- On aurait pu danser la rumba à moitié nus, ils ne se seraient même pas arrêtés, commenta Ginny, amusée.
- Ça fait longtemps qu'ils savent qu'on sort ensemble. Et ils étaient au courant qu'on allait bientôt officialiser notre relation. D'ailleurs, tu es vraiment sûre que ton frère accepte notre couple ?
- Pour la cent cinquante-septième fois, oui, répondit Ginny, légèrement moqueuse. Il s'est fait une raison. Il a bien vu qu'on était proches, il n'a donc pas été vraiment surpris.
Même s'ils n'avaient pas pu se voir longtemps depuis la reprise des cours, Ginny et Blaise s'étaient quand-même vus plusieurs fois et avaient pu rester une dizaine de minutes ensemble. Cela avait été suffisant pour Ginny pour raconter à Blaise sa discussion avec Ron. Blaise avait été soulagé mais il restait malgré tout inquiet. Ginny essayait tant bien que mal de le rassurer mais elle comprenait très bien les craintes de son petit-ami. Il avait déjà eu des déboires avec Ron et il avait peur d'en avoir d'autres en sortant publiquement avec elle. Mais Ginny faisait confiance à Ron. Il lui avait promis qu'il n'irait chercher des noises à Blaise et elle savait qu'il tiendrait sa parole.
- Donc ça ne le dérange pas qu'on s'embrasse devant tout le monde ?
- Non, il m'a promis qu'il ne viendrait pas s'en mêler. Et je sais qu'il tiendra sa promesse.
Blaise sembla un peu plus détendu. Mais l'inquiétude ne tarda pas à revenir :
- Et les jumeaux ? Tu crois qu'ils vont bien le prendre ?
- Je ne leur en ai pas parlé mais ils ne sont pas comme Ron, ils ne sont pas aussi parano. Par contre, je ne peux pas te promettre qu'ils te laisseront vraiment tranquille pour autant. Ils risquent sûrement de te bizuter.
- Tu veux dire... avec leurs blagues et leurs inventions ?
- Oui. Il se peut que tu leur serves de cobaye à ton insu.
- Je vais devoir me méfier de tout alors, s'angoissa Blaise.
Ginny grimaça. Elle était la première à trouver les blagues des jumeaux drôles, elle les avait même défendus face à leur mère mais elle savait à quel point ils pouvaient devenir lourds. Elle ne voulait pas qu'ils fassent de Blaise leur victime.
- J'irai leur parler, promit-elle. Je leur demanderai de ne pas s'acharner sur toi. Je vais quand-même leur accorder deux ou trois blagues mais uniquement des blagues gentilles.
- Ça me va, approuva Blaise, l'air rassuré. Mais tu crois qu'ils t'écouteront ?
- Je les ai toujours défendus, ils me doivent bien ça. Et puis bon, ils m'adorent, alors s'ils voient que tu comptes vraiment pour moi, ils ne voudront pas me fâcher et me faire de la peine.
- Tu es adorable, s'attendrit Blaise.
Ginny rougit mais elle oublia vite sa gêne lorsque Blaise l'embrassa. Ce fut un baiser très doux, très tendre, très amoureux. Ils avaient plutôt l'habitude de s'embrasser de façon très passionnée mais ils leur arrivait d'avoir des baisers beaucoup plus doux. Ils avaient parfois besoin de se prouver à quel point ils s'aimaient et à quel point leur amour était profond et sincère. Ce que Ginny ressentait pour Blaise était si fort qu'elle doutait beaucoup de pouvoir autant aimer quelqu'un d'autre un jour. Mais cela lui importait peu puisqu'elle avait déjà décidé de finir le restant de ses jours avec Blaise. C'était probablement la chose dont elle était le plus sûre au monde. Lorsqu'ils rompirent le baiser au bout de plusieurs minutes, Ginny faillit fondre en voyant tout l'amour qu'il y avait dans le regard de son petit-ami.
- On rentre ? proposa-t-il.
Ginny acquiesça. Ils se prirent la main et rejoignirent ensemble le château. Ils ignorèrent les regards qui se posèrent sur eux lorsqu'ils prirent la direction de la salle commune de Serpentard mais Ginny sentit que Blaise était aussi tendu qu'elle. Comme ils ne voulaient plus se cacher, ils n'avaient plus besoin de se retrouver dans la salle sur demande. Du moins, plus systématiquement. Car elle leur serait toujours utile s'ils voulaient être seuls. La salle sur demande demeurait le meilleur endroit pour ça pour le moment. Il était trop tôt pour qu'ils se rendent ensemble dans le dortoir de Blaise. Ils y étaient déjà allés une fois mais à la base, c'était pour que Blaise soigne le poignet de Ginny. Sauf que les choses avaient un peu dérapé lorsqu'ils s'étaient embrassés et, depuis, ils préféraient ne plus y retourner. De toute façon, cela aurait été trop suspect aux yeux des autres. Et puis ce jour-là, c'était vraiment exceptionnel si Blaise avait emmené Ginny à son dortoir.
Lorsqu'ils arrivèrent à la salle commune de Serpentard, Blaise donna le mot de passe et les fit entrer. Tous les regards se tournèrent de nouveau vers eux. Là encore, ils n'y firent pas attention et allèrent s'installer dans un coin de la salle commune. À la demande de Ginny, ils choisirent un canapé assez large afin qu'elle puisse s'allonger et poser la tête sur les jambes de Blaise. Celui-ci se mit aussitôt à lui caresser les cheveux alors que Ginny l'invitait à lui raconter son entraînement.
- Franchement, je suis content de ma prestation d'aujourd'hui. J'ai beaucoup marqué et j'ai récupéré pas mal de fois le souafle. Graham semble de plus en plus satisfait de mes performances. Mon point faible reste cependant la technique. C'est ce qui est le plus long à acquérir et à améliorer.
- C'est que tout le monde dit, confirma Ginny. Et ça m'ennuie un peu. Car j'aimerais bien tenter le poste de poursuiveur. Mais quand je serai en septième année, pas avant.
- Pour ne pas être en concurrence avec moi ?
- Exactement. Même si je sais qu'il y a peu de chances que je me retrouve titulaire à un poste que je viens tout juste de pourvoir et auquel je n'ai jamais joué avant. Mais on ne sait jamais.
- C'est vrai. Je t'imagine bien en poursuiveuse, dit Blaise, l'air songeur. Tu serais sûrement du genre à aimer feinter tes adversaires.
- Dis tout de suite que je suis sournoise, protesta gentiment Ginny.
- Tu l'es, affirma Blaise d'un ton mi-moqueur, mi-amusé. Mais ce n'est pas une critique, loin de là. Je l'aime beaucoup, ton côté sournois.
- Tu es trop mignon, s'attendrit à son tour Ginny. Mais j'ai le temps d'y penser. J'ai encore deux ans et demi devant moi avant de décider si je veux rester attrapeur ou si je veux m'essayer au souafle.
- Je te conseille vivement de tenter le poste de poursuiveur. Je suis sûr que tu serais parfaite dans ce rôle.
- J'y réfléchirai. Mais revenons-en à ton entraînement. Est-ce que tu penses que ton équipe est prête à affronter les Serdaigle ?
- Oui, répondit Blaise sans hésiter. Tout le monde est à son top niveau ou presque. Du moins, dans l'équipe titulaire. Les remplaçants ont encore des progrès à faire, surtout les batteurs et un des trois poursuiveurs. Il faut juste espérer qu'ils n'auront pas besoin de remplacer, justement. Enfin, ça ira s'il n'y a qu'un seul remplaçant qui doive jouer mais pas plus, quoi. Déjà que Théo et moi sommes des remplaçants, à la base...
- Vous n'avez pas une année très facile, grimaça Ginny.
- Ça, c'est sûr, soupira Blaise. Entre la blessure de Cassius et le départ précipité d'Adrian... On a une chance inouïe que Théo soit né pour être poursuiveur, sinon on se serait fait complètement laminer par les Gryffondor. Il y avait Graham et Adrian, d'accord, mais Théo n'avait jamais fait de Quidditch avant la rentrée. Cela ne faisait que deux mois et demi qu'il pratiquait. Moi au moins j'aurais eu plus de temps d'entraînement que lui avant mon premier match. Mais bon, nous ne sommes pas les seuls à plaindre. Gryffondor aussi a perdu un membre important. Même si ce n'est que provisoire.
- C'est sûr qu'on aurait préféré perdre n'importe qui d'autre, appuya Ginny. Mais je me dis que c'est un mal pour un bien. Nous sommes peut-être privés de Harry mais au moins il va beaucoup mieux. C'est ça le plus important pour moi.
- Tu as bien raison, renchérit Blaise. Qu'il prenne son temps avant de reprendre le Quidditch. Il faut qu'il revienne en pleine forme.
- Je suis bien d'accord. Sinon, en parlant de Gryffondor, ça se passe toujours bien avec Kellah ?
- Oui, on s'entend toujours aussi bien. Mais on galère un peu plus sur les devoirs. On sent que les BUSE approchent. Vendredi, on a eu cinq devoirs d'un coup et hier et aujourd'hui, on en a eu deux autres et ils sont tous bien plus compliqués qu'avant les vacances. Enfin, les BUSE ne sont que dans six mois mais d'ici deux ou trois mois, on aura de gros devoirs sur table type BUSE. Et je pense que les professeurs commencent déjà à nous y entraîner niveau difficulté.
- Ce n'est pas plus mal, commenta Ginny. Ça vous prépare, comme ça. Mais j'avoue que c'est peut-être un peu trop d'un coup. Mais ça, c'est typique des professeurs. C'est toujours pareil. La semaine de la rentrée, ils te laissent tranquille pendant quatre jours et le cinquième jour, bam ! Ils frappent.
Blaise regarda Ginny avec un air amusé.
- J'adore ta façon de voir les choses. Mais c'est vrai, ce que tu dis. Ils vous ont fait le même coup ?
- Oui, mais ils ont été un peu plus cool qu'avec vous. Je n'ai que quatre devoirs à faire pour l'instant. Mais je sais que je vais vite en avoir plus. On se verra encore moins souvent, du coup.
- Déjà qu'on ne se voit pas beaucoup, ironisa Blaise. Mais bon, on va bien réussir à se trouver des petits moments. Et toi, alors ? Ça va toujours avec Simon ?
- Oui, c'est toujours un plaisir de travailler ensemble. J'ai eu une séance de travail avec lui samedi et hier et on a bien avancé sur deux devoirs. Nous, ce n'est pas la difficulté des devoirs qui nous pose problème mais le simple fait de trouver du temps pour se voir. Nos jours d'entraînements ont un peu changé, du coup c'est plus compliqué pour s'organiser.
- Pourtant Graham a essayé de concilier au mieux les emplois du temps de chacun, grimaça Blaise. Mais nos jours d'entraînements ne seront pas les mêmes d'une semaine à l'autre. Nous avons deux préfets dans l'équipe et ils n'ont pas chaque semaine les mêmes jours de ronde.
- Ah oui, c'est vrai. Bon alors il y aura sûrement des semaines où ce sera plus facile de s'organiser. En tout cas, je suis contente car ça fait vingt minutes qu'on est là et personne n'est encore venu nous embêter.
- Que veux-tu, je suis respecté ici, plaisanta Blaise.
Ginny se mit à rire et se redressa afin de quémander un baiser à Blaise qui le lui accorda volontiers. Ils continuèrent à discuter de choses et d'autres mais durent vite aller manger en voyant qu'il était presque vingt heures. Il ne leur restait que quarante minutes pour dîner. Ils se rendirent à la Grande Salle ensemble et se promirent de se revoir le plus vite possible juste avant de se quitter.
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Ginny rentra à sa salle commune trois quarts d'heure plus tard. Elle était frigorifiée et n'avait qu'une seule envie : rejoindre son dortoir et se réfugier dans son lit avec une bonne bouillotte à ses pieds. Mais elle devait d'abord parler à Fred et George, comme elle l'avait promis à Blaise. Bon, elle pouvait très bien le faire plus tard mais elle voulait que ce soit réglé le plus vite possible. Elle trouva ses frères assis dans un coin de la salle commune et les rejoignit.
- Je peux vous parler ?
- Tu n'es pas avec ton petit-ami ? demanda Fred d'un air moqueur.
Ginny leva les yeux au ciel. Ça commençait bien.
- Non, mais c'est justement de lui dont je veux vous parler.
- Ce n'était pas nécessaire. Moins on entend parler des Serpentard, mieux on se porte.
- Fred, ferme-la et laisse-la parler.
Ginny adressa un sourire reconnaissant à George et reprit :
- Je voulais juste vous demander de laisser Blaise tranquille. Ce n'est pas parce que je sors avec lui que vous avez le droit de vous acharner sur lui avec vos blagues.
- C'est cruel, ce que tu nous demandes, Ginny. Comment veux-tu qu'on sache s'il est digne d'entrer dans la famille Weasley si on ne peut même pas le tester avec nos blagues ?
- Entrer dans la famille ? À vous entendre je suis déjà fiancée avec lui ! C'est juste mon petit-ami, ça ne fait que deux mois qu'on sort ensemble !
- Oh, donc tu n'envisages pas de faire ta vie avec lui ? s'enquit Fred d'un air innocent.
- Je n'ai pas dit ça, répliqua Ginny. J'espère bien rester avec lui le plus longtemps possible mais il est trop tôt pour que je le présente à la famille. Ce n'est pas au bout de deux mois de relation qu'on fait les présentations officielles. Ni même au bout de six mois, d'ailleurs. Et puis à quatorze ou quinze ans, on est trop jeune pour parler de présentations officielles. Même si notre relation est sérieuse. Quoi qu'il en soit, je ne veux pas que vous harceliez Blaise avec vos blagues. Vous pouvez lui en faire deux ou trois pour rigoler mais pas plus. Et des blagues gentilles. Pas celles qui sont censées l'envoyer à l'infirmerie. Je vous ai toujours soutenus dans vos inventions, même face à maman, alors vous pouvez bien me faire plaisir...
- C'est vrai, admit Fred. Bon, c'est d'accord, on va l'épargner. On ne voudrait pas te faire de la peine alors que, comme tu le dis, tu nous as toujours soutenus et défendus... Il va falloir bien choisir nos trois blagues puisqu'on n'aura pas le droit à plus.
- Je vous fais confiance là-dessus. Je vous demande juste de ne pas envoyer Blaise à l'infirmerie.
- Promis, jura George. On va lui faire tester nos inventions les plus drôles. À son insu, bien sûr. Il faut juste qu'il ait un minimum d'humour pour pouvoir les apprécier.
- Il en a, affirma Ginny. Mais sinon, à part ça, ça ne vous fait rien que je sorte avec Blaise ?
- Tant qu'il est sincère avec toi, ça ne nous pose aucun problème, assura George.
- Par contre, s'il se comporte avec toi comme un goujat, il va nous avoir sur le dos, et ce ne sont pas des paroles en l'air, menaça Fred.
- Oui, là, on n'hésitera pas à lui faire tester nos inventions les plus désagréables, renchérit George. Il a donc intérêt à se tenir à carreaux. Fais-lui passer le message.
Ginny sourit, touchée par la volonté de ses frères à la défendre et à la protéger.
- Ce ne sera pas nécessaire. Je sais qu'il est sincère avec moi. Il s'est montré très patient alors que je le faisais un peu tourner en bourrique. Il respecte mes choix et il me laisse du temps quand j'en ai besoin. Il ne me presse pas, bien au contraire. Il est très prévenant mais sans être dans l'excès. Il sait que ça m'énerverait plus qu'autre chose.
- Il a l'air parfait, quoi, résuma Fred.
- Je ne dirais pas ça, objecta Ginny, songeuse. Pour moi, personne n'est parfait. La perfection c'est quelque chose d'assez subjectif. On n'a pas tous la même vision des choses à ce sujet. À m'entendre, c'est vrai qu'on pourrait avoir l'impression que Blaise est le garçon parfait. Mais s'il sortait avec une autre fille et qu'il se comportait exactement de la même manière, cette fille parlerait peut-être de lui en des termes beaucoup moins élogieux. Parce qu'elle n'apprécierait pas forcément les choses qui me plaisent chez Blaise. Je préfère dire que Blaise est le garçon qu'il me faut plutôt que dire qu'il est l'homme parfait.
- Très bien raisonné, approuva George. Tant que tu es heureuse avec lui et qu'il te respecte, c'est le principal. Mais comment tu t'es retrouvée à t'intéresser à lui ? Tu n'es pas obligée de répondre, hein, mais je t'avoue que ça nous intrigue un peu depuis qu'on vous a vus arriver ensemble main dans la main dans la Grande Salle.
- Oui, tu n'as jamais eu l'air de t'intéresser aux Serpentard avant.
- Ce serait trop long à expliquer. Mais disons que nous sommes littéralement tombés l'un sur l'autre cet été sur le Chemin de Traverse et que c'est là où le coup de foudre a eu lieu.
- Ça existe vraiment, ça ?! s'étonna Fred.
- Apparemment, oui, rit Ginny. Je te rassure, avant que ça ne m'arrive, je croyais aussi que c'était un mythe, que ça n'existait pas et que ça servait juste à faire rêver les petites filles. Mais j'avais tort.
- Mais quand vous vous êtes tombés dessus sur le Chemin de Traverse, ce n'était pourtant pas la première fois que vous vous voyiez, lâcha Fred, perplexe.
- Non, mais on ne s'était jamais vraiment parlé. Et on ne s'était jamais vu d'aussi près. Et puis il y a aussi le fait qu'on était en-dehors de Poudlard. Il n'y avait pas ce contexte scolaire dans lequel il est plus difficile d'aller l'un vers l'autre.
- Je vois. Tu es tout le contraire de Fred et moi, en fait, s'amusa George. Toi, tu avais besoin d'être en-dehors de Poudlard pour tomber sous le charme de ton beau Serpentard alors que Fred et moi avons carrément trouvé notre moitié dans l'équipe de Quidditch de notre maison.
- C'est vrai, nous sommes diamétralement opposés ! D'ailleurs, ça se passe bien avec vos moitiés ?
- Entre deux disputes, oui, ça se passe bien, répondit Fred d'un air nonchalant.
- Sympa, ironisa Ginny. Mais vous vous aimez, ou c'est juste un flirt, ou... ?
- Je n'en sais rien, avoua Fred. Quand on ne se dispute pas, on est bien ensemble. Mais comme on a des caractères très différents, une simple discussion peut rapidement tourner en dispute.
- Ça n'a pas l'air de t'affecter plus que ça, remarqua Ginny.
Fred haussa les épaules.
- Tant qu'on finit par se réconcilier...
- Je crois que je vais renoncer à comprendre, dit Ginny, dépitée.
- Oui, il vaut mieux, confirma George. En même temps, Fred ne te dit pas tout, c'est normal que tu ne comprennes pas. Il veut préserver tes pauvres petites oreilles innocentes. Et il a bien raison.
Pensant comprendre ce que voulait dire George par-là, Ginny se mit à rougir. Elle préféra changer de sujet. Enfin, pas complètement.
- Et toi, George ? Ça va avec Olivier ? Tu as eu de ses nouvelles récemment ? Il va bien ?
- Oui, il est un peu fatigué mais c'est normal, il n'arrête pas d'enchaîner les matchs.
- Oui, je vois ça dans la Gazette, on ne sait plus où donner de la tête tellement il y a de rencontres. Il se plaît toujours au Club de Flaquemare ?
- Oui, il ne changerait pour rien au monde. Même si une équipe lui proposait un contrat de plusieurs centaines de milliers de gallions, il n'irait pas. Il se plaît trop au club de Flaquemare. En plus, il est censé être joueur de réserve mais le gardien titulaire n'arrête pas de se blesser, du coup Olivier a pu déjà jouer un bon nombre de matchs depuis le début de la saison. Il n'est pas au niveau de Rodler, le gardien titulaire, ce qui est normal puisqu'il a dix ans de moins que Rodler mais il a fait sept matchs et il a quand-même permis la victoire à son équipe lors de cinq d'entre eux. S'il continue comme ça, il pourrait se voir décerner le titre de meilleur remplaçant à la fin de la saison. Mais bon, on n'y est pas encore et en plus il s'en fiche. Il joue pour son équipe, pas pour recevoir un titre. J'ai hâte qu'il me raconte en détails tous les matchs auxquels il a participé. Il y a une sortie à Pré-au-Lard à la fin du mois mais ce ne sera pas suffisant. Il faudrait qu'on se voit plus longtemps. Mais tant que je serai à Poudlard, ce sera impossible.
Les mots avaient sûrement échappé à George car il sembla les regretter. Fred n'eut pas l'air de s'en apercevoir et tenta de rassurer son jumeau :
- Plus que six mois à attendre et on pourra quitter Poudlard pour aller ouvrir notre boutique sur le Chemin de Traverse ! À partir de là, tu pourras voir Olivier plus souvent.
- Je sais. Mais six mois c'est long.
- Ça va passer plus vite que tu ne le crois.
Voyant l'air désespéré et peu convaincu de George, Ginny comprit qu'il était temps pour elle de s'en aller. George essayait visiblement de faire comprendre quelque chose à Fred et il avait besoin d'être seul avec lui pour lui dire clairement les choses.
- Bon, je vais y aller. On se voit demain à l'entraînement.
Ginny se leva et partit en pressant l'épaule de George au passage. Elle se dirigea vers les escaliers et monta à son dortoir. Elle prit sa douche autant pour se laver que pour se réchauffer puis elle se mit au lit. Elle attrapa un livre et commença à le lire. Mais son attention fut vite détournée lorsqu'elle repensa à la discussion qu'elle avait eue avec les jumeaux. Elle était ravie de les avoir convaincus de laisser Blaise tranquille. Elle savait qu'ils tiendraient leur parole, comme Ron, et elle avait hâte de voir quelles blagues ils réservaient à son petit-ami. Elle était toujours un peu sceptique quant à la relation de Fred et Angelina mais elle avait cru comprendre la nature exacte de leur relation et elle préférait ne pas trop s'y attarder. Ce qui la préoccupait le plus, c'était George. Il était triste et ça lui faisait de la peine. Elle savait qu'Olivier lui manquait énormément. Et elle voyait qu'il n'arrivait plus à supporter la distance. Pour Ginny, c'était évident : il voulait quitter Poudlard. Il venait d'essayer de le faire comprendre à Fred mais en vain. George avait sûrement compris pourquoi elle l'avait laissé seul avec Fred mais elle ignorait s'il allait en profiter pour dire clairement à son jumeau qu'il voulait quitter Poudlard avant la fin de l'année. Ginny se doutait qu'il ne souhaitait pas imposer son choix à Fred. Mais George ne s'en irait pas sans lui, ça c'était une certitude. Il devait donc soit prendre son courage à deux mains et parler à Fred, soit garder pour lui son désir de partir. Ginny espérait qu'il choisirait la première option. Fred le suivrait dans son choix sans avoir besoin de se forcer, cela ne faisait aucun doute. De toute façon, pour Ginny, Fred et George n'avaient aucune raison de rester à Poudlard. Les ASPIC ne leur serviraient à rien. Ils allaient ouvrir leur boutique de farces et attrapes et ils avaient déjà toutes les capacités pour cela. George avait donc tout intérêt à parler à Fred. Mais s'ils prenaient la décision de quitter Poudlard sans passer leurs ASPIC, ils devaient le faire en toute connaissance de cause. Car ils allaient inévitablement s'attirer les foudres de leur mère. Et Ginny n'était pas sûre de pouvoir la raisonner cette fois-ci. Si vraiment Fred et George quittaient Poudlard avant les ASPIC, la guerre serait officiellement déclarée au sein de la famille Weasley. Et Ginny savait déjà quel serait son camp.
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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu =) On se donne rendez-vous le jeudi 30 septembre pour le prochain chapitre intitulé «Indécisions». Bisous tout le monde !
