Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le quarante-troisième chapitre de SAMLP =)

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Zackos : La scène Sirius/Remus est tellement ordinaire qu'elle est hyper simple à imaginer XD Mais comme ça a l'air d'être ton couple préféré, pas étonnant que tu te l'imagines bien XD Contente que la scène avec les jumeaux t'ait plu =)

Butterfly Fictions : Disons que s'il y a un joueur titulaire qui ne peut pas assurer l'entraînement, il ne faut pas que ça empêche les autres de s'entraîner XD Alors il doit y avoir deux gardiens de réserve dans chaque équipe, au cas où le titulaire se blesserait ou serait indisponible :) Ça ne doit pas arriver souvent mais quand ça arrive, il faut avoir une solution sous le coude :) Ron ne sait pas quoi faire avec Pansy, il est paumé le pauvre XD La scène du rongeur cache bien plus de choses qu'elle n'en a l'air XD Ils vont se mettre ensemble très bientôt, promis ! Les professeurs et préfets n'arriveront pas à mettre fin au trafic de potions droguées cette année-là, il faudra plus de moyens pour cela :/ Il y a des journées comme ça où rien ne va et Remus en fait l'expérience XD Oui, Cho se méfiera moins de quelqu'un qui est censé être en guerre avec le professeur Snape et qui lui conseille pourtant de lui faire confiance XD Le travail en binôme ne pouvait pas avoir que des points positifs, même s'ils prédominent, je souhaite rester au plus proche de la réalité, et les rivalités amoureuses devaient forcément apparaître quelque part XD Severus va être très important dans la mise en couple de Sirius et Remus, tout ça va d'ailleurs commencer tout bientôt, ce sera le début d'une petite intrigue =) Sirius est hyper protecteur envers Harry XD Justin a senti que Théo lui échappait, il savait ce qu'il avait à faire et il l'a fait sans réfléchir XD Alors je préviens tout de suite : le coming-out de Justin arrivera bien après sa mise en couple avec Théo, ils vont se cacher pendant un bon moment car beaucoup d'obstacles vont se dresser sur leur chemin XD Pour ce qui est de la rupture entre Justin et Emily … je ne dis rien XD Pattenrond est un chat capricieux XD Harry apprendra la relation Hermione/Terry très bientôt aussi, en fait y a plein de choses qui vont se passer en même temps XD Oui, la relation Terry/Hermione est simple et fluide, ils ne se prennent pas la tête (sauf pour quelques détails) et profitent simplement de leur histoire :) Les retrouvailles George/Olivier sont bel et bien prévues =) Alors tu vas être contente, tu vas avoir la réaction de tous ceux que tu as cités, sauf peut-être l'équipe XD Ce sera sûrement résumé, sinon il va y avoir la réaction de Ginny, Olivier, Ron et Molly :) Le retour de Harry en cours, c'est dans 2 chapitres (après celui-là) et la mise en couple Drarry c'est dans peu de temps aussi =) Concernant le titre de ce chapitre, il y a effectivement des choses qui bougent et c'était compliqué de trouver un autre titre XD Sinon, pour POV/PDV, j'ai juste l'habitude de voir POV, je sais que c'est anglais mais je ne suis pas du tout familière avec PDV XD

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Avant de vous laisser avec le nouveau chapitre, j'ai quelques petites choses à vous dire :

1) Ce chapitre est l'antépénultième de la troisième partie, après il en reste deux et on passera à la quatrième partie :) Cette troisième partie s'achèvera avec la reprise des cours de Harry :)

2) Avec la reprise de la fac et divers problèmes qui se sont accumulés, j'ai perdu de plus en plus d'avance sur les chapitres et je pense que ça va continuer ainsi si je reste sur ce rythme de publication. J'avais tout fait pour éviter d'en arriver là mais je vais devoir revenir sur une parution hebdomadaire :/ Je publierai un chapitre tous les dimanches car c'est un jour où je suis à peu près sûre d'être toujours libre XD

3) Les chapitres qui suivent sont relativement longs, celui-ci fait déjà 24 000 mots, et il y en a qui monteront jusqu'à 27 000 mots, mais actuellement, dans l'écriture, je suis redescendue à 22 000 / 23 000 mots, car je me suis rendue compte que j'abusais vraiment, alors je m'excuse d'avance pour les looooongs chapitres que vous allez avoir, mais vous allez avoir une semaine pour les lire XD

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Voilà, ceci étant dit, je vous laisse découvrir le nouveau chapitre et je vous souhaite une agréable lecture =)

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43 – Les choses bougent

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(lundi 22/01) POV Sirius

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- Bon, maintenant que nous avons revu la théorie sur ce sort, vous allez passer à la pratique. Je vous conseille vivement de revoir d'abord ce sort à voix haute. Le sortilège de lévitation est l'un des tout premiers sorts que vous avez appris et ça m'étonnerait que vous l'utilisiez tous les jours. Vous saviez peut-être le manier à la perfection en première année, vous avez même peut-être eu une très bonne note à votre examen pratique de sortilèges si vous êtes tombés dessus mais si vous ne l'avez plus utilisé depuis, vous risquez fort de vous être rouillés. Cela fait cinq ans, vous avez eu le temps d'oublier comment on le lançait. Je vous laisse essayer de vous en souvenir tout seuls. Il faut faire fonctionner sa mémoire, c'est le meilleur moyen de l'entretenir. Allez, au travail !

Tous les élèves de sixième année prirent leur baguette et se mirent à essayer de faire léviter la plume qui était posée sur leur table. Sirius fut amusé de voir que certains élèves ne semblaient même plus se souvenir de la formule. Évidemment, en entendant leurs camarades la prononcer, ils n'eurent pas à réfléchir bien longtemps. En revanche, ils ne purent compter que sur eux-mêmes pour retrouver le geste, étant donné que la plupart des autres élèves ne s'en souvenaient pas non plus. Mais cet instant de confusion ne dura pas bien longtemps. Bientôt, les plumes commencèrent à s'élever dans les airs. Sirius ne leur tenait pas rigueur du fait qu'ils ne savaient plus lancer un sort qu'ils avaient appris en première année. Lui aussi, lorsqu'il était en sixième année, il ne se souvenait plus de la formule et du geste des sorts qu'il avait appris quatre ou cinq ans plus tôt. Il fut néanmoins satisfait de constater que ses élèves n'avaient pas perdu la main en voyant bon nombre de plumes s'élever très haut dans la salle de classe. Au bout d'un quart d'heure, il mit fin à cette première partie de l'exercice :

- Bien, je crois que vous êtes prêts à essayer de lancer ce sort en informulé. Rappelez-vous bien ce que je vous ai dit au début du cours. Si vous suivez attentivement les conseils que je vous ai donnés, vous devriez normalement arriver à quelque chose d'ici la fin de l'heure. Je passerai entre les rangs au bout d'un moment pour vous aiguiller si vous en avez besoin. Allez-y.

Les élèves se remirent aussitôt au travail. Sirius les laissa s'entraîner et alla s'asseoir à son bureau. Il corrigea ses copies tandis que les sixième année s'exerçaient. Il attendit une quinzaine de minutes pour se lever et faire le tour des tables. Il donna beaucoup de conseils et encouragea tous ses élèves. Lorsqu'il arriva à la table de Cho Chang, il s'arrêta.

- Pourras-tu venir me voir à la fin du cours, s'il te plaît ?

Cho acquiesça, bien qu'ayant l'air peu rassurée. Sirius lui sourit dans l'espoir de la détendre un peu, lui fit plusieurs suggestions pour améliorer ses essais puis il continua son tour de la classe. Une fois avoir passé en revue tout le monde, il retourna s'asseoir et laissa les élèves travailler tout seuls. Dix minutes plus tard, il les libéra après leur avoir demandé de s'entraîner pour le prochain cours. Les élèves s'en allèrent un par un et il ne resta bientôt plus que Cho. La voyant très méfiante, il tenta de la dérider :

- Je ne veux pas t'embêter, je veux juste t'aider, dit-il d'une voix douce.

- Je n'ai pas besoin qu'on m'aide, répliqua Cho. Je croyais l'avoir déjà dit.

- Dans ce cas, laisse-moi juste parler et après tu aviseras. Je sais que tu as eu une entrevue avec le professeur Snape et que ça ne s'est pas très bien passé.

- Parce qu'il cherchait à me tirer les vers du nez et que j'ai horreur de ça !

- Il voulait simplement t'aider. Il est le mieux placé pour ça.

- Non, vous devez faire erreur, là. On parle du professeur Snape. Il n'a jamais aidé qui que ce soit. Il passe son temps à terroriser les élèves.

- Sauf que ce n'était pas vraiment le professeur Snape que tu avais face à toi.

- Bien sûr que si puisqu'il m'a parlé de mes notes, rétorqua Cho.

- Parce qu'il fallait commencer par-là, expliqua calmement Sirius. Étant donné que je suis un de tes directeurs de maison, j'ai accès à toutes tes notes. Je sais donc qu'elles ont relativement baissé dans toutes les matières principales. C'est-à-dire les sortilèges, la métamorphose, l'histoire de la magie, la botanique, les potions et la Défense Contre les Forces du Mal. À la fin de l'année dernière, tu avais une moyenne supérieure à quinze sur vingt dans toutes ces matières. Là, en quatre mois et demi, tu es passée de dix-huit à treize en potions, dix-huit à quatorze en sortilèges, seize à douze en histoire de la magie, dix-sept à treize en métamorphose, dix-huit à quinze en botanique et seize à onze en Défense Contre les Forces du Mal. La marche est haute entre la cinquième et la sixième année mais pas au point de chuter de trois à cinq points dans chaque matière. Tu as toujours été une excellente élève. Tes notes n'ont jamais baissé d'une année à l'autre. Cette chute est vraiment inquiétante. Tu ne peux pas dire le contraire. Et contrairement à ce que tu as dit au professeur Snape, ce n'est pas dû à un soudain désintérêt pour les cours. J'ai l'exemple d'un élève qui, lui, a complètement décroché et il n'a pas du tout la même attitude que toi. Je sais bien que chaque élève est différent mais toi, ça se voit que tu suis en cours. Et même si tes devoirs sont moins bons qu'avant, je vois bien que tu fais de ton mieux. Quelqu'un qui se désintéresserait vraiment des cours ferait beaucoup moins d'efforts dans ses devoirs. Il y a donc une autre raison qui fait baisser tes notes. Tu disais au professeur Snape que tu étais moins concentrée. C'est peut-être parce que tu as constamment l'esprit ailleurs ?

- Oui, murmura Cho.

- Tu penses souvent à quelque chose et ça t'empêche de te concentrer ?

Les yeux baissés, Cho ne répondit pas mais cela faisait office de réponse pour Sirius.

- Ce n'est pas quelque chose mais plutôt quelqu'un, c'est ça ?

Cho baissa encore plus la tête.

- Le professeur Snape a évoqué son nom et ça t'a fait sortir de tes gonds ? Il n'a pas voulu t'offenser, tu sais. Comme je te l'ai dit, il voulait juste t'aider. Mais il savait qu'il n'obtiendrait pas grand-chose en seulement une ou deux heures. Même si votre entrevue n'a duré qu'une demie-heure. Il n'a pas cherché à te retenir quand tu es partie car il savait que cela ne servirait à rien. Je ne te mentais pas lorsque je te disais que ce n'était pas vraiment le professeur Snape que tu avais face à toi. Au début, oui, c'était ton professeur de potions qui te parlait mais après c'était davantage un psychomage.

- Je sais, mais je n'avais pas besoin de me confier à ce genre de personne, s'obstina Cho. Moi non plus je ne mentais pas quand je disais que j'avais été suivie cet été. Ça n'a servi à rien alors je n'ai pas du tout envie de renouveler l'expérience.

- Tu avais combien de séances par semaine ?

- Une.

- Ce n'était peut-être pas suffisant. Ça ne t'a fait que huit ou neuf séances, je doute que ce soit assez pour traiter un traumatisme comme celui que tu dois avoir.

- Ce n'est pas vraiment le nombre de séances, le problème. C'étaient les séances en elles-mêmes. Je n'arrivais pas à me confier. J'essayais, pourtant. Et je le voulais. Mais j'étais bloquée. Je n'étais pas assez en confiance.

- Je vois. Je comprends mieux pourquoi tu es aussi réticente à l'idée de te confier. Enfin là, ça a l'air d'aller un peu mieux déjà.

- Vous avez dû trouver les bons mots, marmonna Cho.

- Est-ce que tu reconnais donc que tu as besoin de te confier ?

- Oui. Mais je ne veux pas perdre mon temps une nouvelle fois...

- Je te promets qu'avec le professeur Snape, ce ne sera pas le cas, jura Sirius. Tu peux me croire, je sais ce que je dis. Il s'occupe de mon filleul en ce moment-même et ça fait plus d'un mois et demi qu'il lui fait suivre une thérapie qui s'avère très efficace. Je vais être honnête : quand il m'a proposé de garder Harry chez lui et de s'occuper de lui, je n'étais pas très très rassuré. Tu dois savoir comme tout le monde que les relations entre le professeur Snape et moi sont très tendues. Mais quand il m'a fait cette proposition, il avait déjà sauvé Harry qui avait ingéré des potions empoisonnées et qui avait besoin d'être soigné à différents niveaux. Sans le professeur Snape, il serait toujours en train de souffrir et je ne sais pas s'il aurait tenu encore bien longtemps. Il était vraiment au fond du gouffre. Lui aussi avait besoin de se confier, lui aussi en a eu l'occasion cet été mais ça s'est très mal passé. Il est sorti traumatisé mais il l'a caché et m'a fait croire que tout allait bien alors qu'en vrai, il était détruit. Il est resté cinq mois de plus dans son mal-être et il a fallu qu'il s'empoisonne pour que quelqu'un lui vienne enfin en aide. Le professeur Snape a réussi là où tout le monde avait échoué : il a fait parler Harry. Il a obtenu sa confiance alors que leur haine était légendaire depuis que Harry est entré à Poudlard. Mais ce n'est pas le professeur Snape qui s'est occupé de lui. C'est le médicomage, psychomage et potionniste Snape. Et c'est ça qui a fait toute la différence. Si tu acceptes de te faire suivre par lui, tu vas voir qu'il sera totalement différent de celui qu'il est en cours. Je pense même que lorsqu'il reprendra les cours, il sera beaucoup plus agréable. Surtout s'il peut continuer à faire son métier de médicomage en parallèle. Il ne demande qu'à aider les élèves qui en ont besoin. Tu peux lui faire confiance. Je te l'assure.

Cho resta silencieuse un moment, le regard dans le vague, semblant réfléchir à ce que Sirius venait de lui dire. Elle finit par relever la tête au bout de plusieurs minutes. Elle avait l'air étonnamment sérieux.

- Je veux bien essayer, annonça-t-elle.

Sirius fut immensément soulagé.

- Tu ne le regretteras pas, promit-il. Je vais le lui dire, si tu veux bien. Mais ça ne veut pas dire pour autant que tu dois aller le voir dès demain. C'est juste pour qu'il sache que tu es prête à essayer de te confier à lui. Demain serait trop tôt pour une première séance, de toute façon. Il faut qu'il s'arrange pour trouver des créneaux qui vous conviendraient à tous les deux. Dès qu'il en aura trouvé un, il me le dira et je te ferai passer le message. Après, si tu ressens le besoin de te confier d'ici là, tu peux me le dire et là, c'est à lui que je ferai passer le message. D'accord ?

- D'accord, répéta Cho avec un petit sourire.

C'était le premier que Sirius voyait sur son visage depuis la rentrée. Il était petit, certes, mais c'était un sourire quand-même. Et un sourire sincère. Pas un sourire forcé. Il était heureux d'avoir réussi à débloquer la situation avec elle. C'était un peu un travail d'équipe qu'il venait de faire avec Snape. Si on lui avait dit ça un jour...

- Et pour mes notes ? demanda Cho, l'air inquiète.

- Nous verrons ça un peu plus tard, dit Sirius d'un ton apaisant. Le plus important pour le moment, c'est que tu parles de tout ce qui te chafouine et te rend triste. Mais normalement, quand tu iras un peu mieux, tes notes s'en ressentiront. S'il y a besoin d'une remise à niveau dans certaines matières, eh bien on en fera une. Mais ce n'est pas à l'ordre du jour pour l'instant. Est-ce que tu as des choses à me dire avant que je ne te laisse partir ?

- Non, pas à ma connaissance.

- Bien, si tu as besoin de me parler, n'hésite pas à venir me voir à la fin d'un cours.

Cho acquiesça. Sirius lui sourit.

- Allez, tu peux y aller, déclara-t-il gentiment.

Cho se leva, le remercia sincèrement, lui souhaita une bonne soirée et s'en alla. Sirius resta quelques minutes pensif avant de ranger ses affaires et de sortir à son tour de sa salle de classe. Il rentra à ses appartements et se rendit au salon où il trouva Remus en train de travailler. Ce dernier leva la tête dès qu'il l'entendit entrer. Il semblait anxieux. Mais il se détendit très vite après avoir attentivement regardé Sirius. Celui-ci se dit qu'il devait vraiment avoir l'air apaisé.

- Ça s'est bien passé ? demanda Remus alors que Sirius s'affalait sur une chaise.

- Oui, ça s'est même très bien passé. J'ai réussi à la convaincre de faire confiance à Sn... à Severus.

- Oh mais c'est super ! s'exclama Remus. Je suis vraiment content pour elle. Et je suis fier de toi. Tu es le meilleur.

Sirius rougit sous le compliment. Savoir que Remus était fier de lui lui faisait extrêmement plaisir. Il se rendit compte à quel point l'opinion de Remus comptait pour lui. En fait, plus ça allait, plus il devenait dépendant de Remus pour tout et n'importe quoi. Il recherchait fréquemment sa présence et il se surprenait parfois à le regarder pendant de longues minutes. Il avait d'abord pensé qu'il était le seul des deux à avoir ce comportement mais il s'était vite aperçu que c'était réciproque. Mais il n'y avait pas que ça qui avait changé. Il y avait aussi la façon dont ils s'embrassaient. Avant, c'était plus passionné qu'autre chose alors que là, c'était de plus en plus tendre. Et contrairement à avant, cela débouchait moins sur des moments intimes. Ils s'embrassaient juste parce qu'ils en avaient envie. Et Sirius trouvait ça très étrange. Ils agissaient comme... comme un couple. Alors qu'ils n'en étaient pas un. Ce n'était pas normal. Mais tout ça était venu de façon très naturelle. Tant et si bien qu'ils ne s'en étaient pas aperçus aussitôt. Qu'est-ce que tout cela voulait dire ? Sirius n'en savait rien mais cela le travaillait beaucoup.

- Tout va bien, Sirius ?

La voix de Remus fit sortir Sirius de sa rêverie. Il sourit à son amant.

- Oui, oui, j'étais juste plongé dans mes pensées. Bon, il faut que je me mette au boulot. J'ai tout un tas de copies à corriger. Je n'y ai presque pas touché ce week-end, ce n'est pas du tout sérieux.

- Je n'ai pas été très productif non plus. J'ai dû corriger une vingtaine de devoirs, pas plus. Et je n'ai préparé aucun cours. Heureusement que j'avais pris de l'avance...

- Toi encore tu as une excuse. Tu es allé te promener avec Harry.

- Et toi, tu as passé beaucoup de temps à parler et t'amuser avec lui. Et tu l'as aidé dans ses devoirs. Enfin, tu l'as plus précisément aidé à comprendre certaines choses. Tu ne pouvais pas être au four et au moulin. Et puis Harry était très heureux. Il adore quand son parrain s'occupe de lui.

- J'ai peur de l'étouffer, parfois, grimaça Sirius.

- Ce n'est pas le cas, tu peux me croire, affirma Remus. Tu es là quand il faut et tu fais exactement ce qu'il faut faire. Tu es parfait, Sirius.

Les mots de Remus rassurèrent Sirius.

- Ça me fait très plaisir, ce que tu me dis là. Je fais de mon mieux pour être un bon parrain et je suis heureux de savoir que je m'en sors plutôt bien. Je l'aime tellement, ce petit...

- Ça se voit, dit Remus en souriant tendrement. Et lui aussi il t'aime. Tu es très important pour lui.

- C'est un peu normal puisque je suis sa seule famille, soupira Sirius. Mais je sais qu'il n'y a pas que ça et qu'on a vraiment créé un lien très fort. Les six semaines qui viennent de passer y ont beaucoup contribué, même si ce lien était déjà là avant. Elles nous ont énormément rapprochés. J'ai hâte qu'il reprenne le chemin des cours et qu'il retrouve enfin une vie normale mais ça me stresse d'avoir de nouveau cours avec lui. Je ne vais pas pouvoir m'empêcher de le regarder toutes les cinq minutes et ça va m'énerver car je sais très bien qu'il faut que je le considère comme un élève comme les autres. Mais ça va être plus fort que moi.

- Je pense qu'au début, tu ne pourras pas y échapper. Ça va passer avec le temps. Il ne faut pas que tu t'en fasses pour ça. C'est juste le temps que tu te réhabitues à le voir en cours avec toi.

Sirius hocha la tête, de nouveau rassuré.

- Bon, au moins, quand il retournera en cours, je sais qu'il sera prêt, déclara-t-il. Ça va vite venir, maintenant. Déjà, mercredi, c'est prévu qu'il se promène dans le château avec Draco. Ça va être un très grand pas en avant. Il n'y aura pas d'adulte avec lui. Il sera juste avec son binôme de travail. Le connaissant, ça doit beaucoup le stresser mais je suis sûr qu'il a pourtant hâte de faire cette sortie. Il aime franchir de nouveaux caps. Être capable de se promener dans le château en étant juste avec un ami, ça prouvera qu'il sera bientôt prêt à reprendre les cours. Severus table sur deux semaines et je suis d'accord avec lui.

- Moi aussi. On verra bien mais je pense que c'est une bonne estimation.

Sirius acquiesça et se décida à vraiment se mettre au travail. Il prit sa mallette et en sortit les devoirs des troisième année ainsi que son encrier et sa plume. Il se plongea dans ses parchemins et ne tarda pas à s'arracher les cheveux sur les premières copies qu'il corrigea. Il y avait beaucoup de méprises et de confusions. Cela ne l'étonnait guère : les élèves avaient eu beaucoup de mal à maîtriser le sort dont il était question dans ce devoir. Ils se trompaient dans l'accentuation de certaines syllabes dans la formule et ils se mélangeaient dans les étapes du geste, alors évidemment ça se ressentait dans les devoirs. Mais tout cela était parfaitement normal. Les troisième année commençaient tout juste à apprendre des sorts plus compliqués à lancer, aussi bien dans la formule que dans le geste. Il fallait juste qu'ils s'y habituent. Sirius avait hâte de les voir plus à l'aise avec ce genre de sorts. En cours, rien ne lui faisait plus plaisir que de voir les élèves heureux de réussir un sort. Il adorait son métier et il resterait à Poudlard aussi longtemps que Dumbledore le lui permettrait.

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(mardi 23/01) POV Théo

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- Tu as l'air stressé. C'est l'idée d'aller en cours de potions qui t'angoisse ?

- Non, pas du tout, dit Théo en souriant. J'ai dû oublier de te le dire mais c'est aujourd'hui à dix-sept heures que je rencontre mon avocat.

- Ah si, tu me l'as dit mais ça m'était sorti de la tête, pardon, s'excusa Justin. Je comprends que tu stresses, je serais pareil à ta place mais il faut que tu te dises que ça va bien se passer. Le professeur Snape sera avec toi, en plus. Ça t'aidera sûrement à te mettre en confiance. Est-ce que tu penses être sorti assez tôt pour qu'on se voit ?

- Je ne sais pas, j'irai manger dès que je sortirai mais on pourra se voir après.

- D'accord, ça me va, approuva Justin. Je mangerai probablement avant toi, du coup je t'attendrai à la sortie de la Grande Salle.

Théo acquiesça, heureux à l'idée de voir Justin après dîner. Ils arrivèrent quelques minutes plus tard aux cachots. Justin alla s'installer à une table tandis que Théo se dirigea vers le professeur Slughorn.

- Y a-t-il un problème, M. Nott ? demanda celui-ci en voyant Théo s'arrêter devant lui.

- Non, pas vraiment, je voulais juste vous demander si je pouvais partir dix minutes avant la fin du cours. J'ai rendez-vous avec mon avocat à dix-sept heures et j'aimerais éviter d'être en retard...

- Ah oui, le professeur Snape m'en a parlé et m'a prévenu que vous pourriez avoir besoin de partir plus tôt. Je vous en donne l'autorisation.

- Merci, professeur.

Théo tourna les talons et rejoignit la table à laquelle Justin s'était installé. Comme le mardi c'était un cours théorique, les élèves devaient se mettre par binôme. Théo sortit son rouleau de parchemin, sa plume et son encrier et se mit à écrire le cours que le professeur Slughorn avait commencé à dicter. Théo resta attentif et concentré pendant tout le cours mais la perspective de rencontrer son avocat le stressait toujours, même s'il essayait de ne pas y penser. Justin dut le sentir car à un moment, il posa une main sur le genou de Théo. Celui-ci sursauta légèrement à ce contact. C'était la première fois que Justin faisait ça. Heureusement, ils étaient placés de sorte à ce que personne ne puisse voir où était la main de Justin. Théo se détendit donc rapidement et il se surprit même à apprécier ce geste. Mais il était tout de même un peu gêné car cela restait assez intime. Il décida de ne pas se focaliser là-dessus et reporta son attention sur le cours. Il était tellement concentré qu'il en oublia l'heure. Ce fut Justin qui lui rappela qu'il devait partir. Théo se hâta alors de ranger ses affaires sous le regard intrigué de ses camarades. Il salua son professeur, sortit du cachot et se dirigea vers le bureau de son directeur de maison. Il arriva pile à dix-sept heures. Il frappa et fut vite accueilli par le professeur Snape qui l'invita à entrer. Il pénétra dans le bureau et vit celui qui devait être son avocat.

- Bonjour, M. Nott, dit M. Williams.

- Bonjour, répondit Théo, quelque peu intimidé. Je... euh... je vous remercie d'avoir accepté de me défendre.

- C'est surtout votre professeur que vous devez remercier. Il a été très convaincant dans la lettre qu'il m'a envoyée. J'ai étudié le dossier et il m'a beaucoup intéressé. Je savais que vous n'aviez toujours pas d'avocat lorsque j'ai pris la décision de vous défendre.

- Tous ceux à qui le professeur Snape s'est adressé ont eu peur de l'avocat de mon père, murmura Théo.

- Même si je trouve cela très regrettable, je ne peux pas les blâmer. L'avocat de votre père, maître Buchan, est quelqu'un de très redoutable.

- Je sais, et je n'en veux pas à vos confrères de ne pas avoir voulu me représenter. Je comprends tout à fait leur réticence. Je préfère être défendu par quelqu'un qui est sûr de pouvoir battre l'avocat de mon père.

- Nous allons discuter de tout cela un peu plus tard, dit l'avocat avec douceur. Vous allez d'abord me dire qui vous êtes et me raconter ensuite tout ce que je dois savoir.

Théo acquiesça, bien plus détendu que lorsqu'il était entré. En peu de temps, cet avocat avait réussi à le mettre en confiance. Il ne semblait pas pressé et Théo appréciait beaucoup cela. Le professeur Snape leur proposa de s'asseoir, ce qu'ils firent en s'installant sur les deux chaises en face du bureau.

- Le professeur Snape assistera à chacun de nos entretiens, si cela ne vous dérange pas.

- Non, c'est parfait, accepta Théo.

- Bien, dites-moi qui vous êtes. Il est important que je sache le plus de choses possibles sur vous.

Théo hocha de nouveau la tête, tout en se demandant par où il pouvait bien commencer. Il décida de se présenter, se disant qu'il aviserait ensuite.

- Je suis Théodore Nott, j'ai quinze ans et je suis en cinquième année à Poudlard. Mais ça, vous le savez sûrement... Je ne sais pas trop quoi dire, en fait.

- Eh bien, quelles sont vos matières préférées ? Savoir ce genre de choses me permettra de cerner votre personnalité.

«Pas sûr que ça vous aidera étant donné que j'ai plein de matières préférées» songea Théo. Il tourna la tête vers le professeur Snape qui se retenait visiblement de sourire. Il avait sûrement deviné les pensées de son élève et cela semblait beaucoup l'amuser. Pour le soutien, il allait falloir repasser... Mais Théo savait que c'était à lui de répondre.

- J'aime beaucoup les potions, la botanique, l'astronomie, les runes, l'arithmancie et les soins aux créatures magiques. Mes deux matières préférées restent cependant la potion et la botanique.

- Je vois. Vous n'êtes donc pas spécialement attiré par les matières propres à la pratique de la magie, à savoir les sortilèges, la métamorphose et la Défense Contre les Forces du Mal ?

- Non, j'aime toutes les matières mais celles-là m'attirent un peu moins. Enfin, j'adore les sortilèges mais c'est un cours où je m'ennuie un peu. Il suffit que j'essaie un sort une fois pour le réussir, alors durant le reste de l'heure, je n'ai pas grand-chose à faire...

- Les cours doivent être longs, en effet. Mais vous ne semblez pas tirer une très grande fierté de vos facilités et de votre réussite scolaire. Ce n'est pas du tout un reproche, rassurez-vous. Je trouve cela juste étonnant.

- On ne m'a jamais appris à en être fier, avoua Théo, gêné. Mon père ne m'a jamais félicité pour mes notes. Il a toujours semblé agacé que j'aie d'excellents résultats dans toutes les matières. Pendant les vacances, il n'aimait pas que je passe toutes mes journées à étudier. Pour lui, ça ne servait à rien que je travaille autant. Ce n'était pas ça qui allait faire de moi un bon Mangemort. Il a toujours su que Vous-Savez-Qui allait revenir et il comptait bien me faire entrer dans les rangs. Sauf que je n'ai jamais adhéré aux idées des Mangemorts. Dès mon plus jeune âge, j'ai été en opposition à ce que pensait mon père. J'ai cependant vite compris que je ne devais pas le dire, sous peine d'en subir les conséquences, mais il le comprenait quand je posais des questions sur la méchanceté de certaines personnes à l'égard des moldus et des nés-moldus. Ça aussi, j'ai appris à ne plus le faire. Mais je ne pouvais pas faire croire pour autant à mon père que j'étais d'accord avec lui. C'était au-dessus de mes forces. J'étais quelqu'un de trop honnête pour ça. Pardon, je divague, je me suis éloigné de la question de base...

- Non, au contraire, vous m'avez dit des choses très intéressantes, même si vous êtes effectivement allé plus loin que le sujet sur lequel je vous avais interrogé. J'ai besoin de savoir quelles étaient vos relations avec votre père, vous avez donc eu raison de m'en parler. Dans les accusations que vous portez contre lui, vous faites état de nombreuses violences. Je sais que vous les avez déjà relatées à Mrs Bones quand vous avez dénoncé les actes qu'il a perpétrés sur vous mais j'ai besoin d'avoir un maximum de détails. J'aimerais donc que vous me racontiez dans l'ordre ce que vous faisait subir votre père.

Théo n'avait pas vraiment envie de parler une fois de plus de tout ce que lui avait fait son père mais il savait que son avocat devait savoir tout ce qui s'était passé pour mieux assurer sa défense.

- J'avais trois ans lorsqu'il a commencé à me gifler. Ce n'étaient pas de petites claques. C'étaient des gifles qui pouvaient me faire tomber par terre. J'étais tout petit mais je m'en souviens encore très bien. C'est resté gravé dans ma mémoire. Mais je ne faisais pourtant rien qui justifiait ces gifles.

- Il n'y avait jamais de raison particulière qui poussait votre père à se montrer violent envers vous ?

- Tout était prétexte à se défouler sur moi, dit Théo en haussant les épaules. Le simple fait qu'il avait passé une mauvaise journée était une bonne raison pour lui.

- Même si vous étiez un enfant difficile, cela n'aurait pas justifié les violences dont votre père a fait preuve à votre égard. Est-ce qu'il vous faisait des reproches quand il vous giflait ?

- Oui, il me disait souvent que je ne servais à rien, que je n'aurais jamais dû être là, que j'étais une erreur, que je n'étais qu'une source d'ennuis entre ma mère et lui... Je n'ai jamais compris pourquoi il me disait tout ça. Quand j'ai été en âge de comprendre les traditions des Sang-Pur, je me demandais pourquoi mon père regrettait autant que je sois né alors qu'il avait besoin d'un héritier et que j'étais un garçon... Mais ça s'explique sûrement par le fait qu'il aurait voulu un fils qui était en adéquation avec ce qu'il pensait. J'étais une honte, pour lui. Je n'étais pas le fils qu'il espérait. Il n'arrivait pas à m'inculquer la haine envers les moldus et les nés-moldus. Je ne comprenais pas pourquoi il fallait les haïr. Je disais qu'ils n'avaient rien fait pour que les Sang-Pur les persécutent comme ça. Que les nés-moldus étaient tout aussi pourvus de magie que nous. Évidemment, ça ne plaisait pas du tout à mon père. Il m'accusait de ne pas respecter mon sang. De le trahir. J'avais quatre ou cinq ans quand il a commencé à me faire ces reproches. À chaque fois, ça se terminait par des coups. Il me donnait d'abord une gifle qui m'assommait, puis il se mettait à me rouer de coups. Je recevais de nombreux coups de pied dans le ventre, dans les bras et dans les jambes. Ça durait une quinzaine de minutes. Quand j'ai eu cinq ou six ans, il s'est mis aux coups de ceinture. Il visait principalement le dos, les fesses et les jambes. Parfois les bras mais c'était un peu plus rare. Ça durait plus longtemps que les coups. Environ une demie-heure, voire plus.

- Est-ce qu'il le faisait à travers les vêtements ?

- Au début, il me semble que oui. Mais ça ne faisait pas assez mal à son goût. Mais ça, ce n'était rien comparé à ce qu'il m'a fait par la suite. Peu après mes huit ans, il a commencé à utiliser un couteau avec du venin sur la lame pour me taillader le dos, les bras et les jambes. Il s'est aussi mis aux sorts de coupures et de lacération sur les mêmes parties du corps. Il profitait que ma mère ne soit plus là. De son vivant, elle a toujours tout fait pour me protéger, même si ce n'était pas suffisant face à mon père qui la terrorisait. Elle aussi subissait des violences de sa part. J'avais huit ans lorsqu'elle s'est suicidée au cours d'un repas. Elle avait profité du fait que c'était elle qui faisait la cuisine ce jour-là pour mettre du poison dans son assiette. Elle ne supportait plus cette situation. Lorsqu'elle s'est effondrée par terre, je me suis précipitée vers elle en lui demandant ce qu'elle avait. Elle a juste eu le temps de me dire pardon. J'ai compris par-là qu'elle s'excusait de me laisser seul avec mon père. Mais je ne lui en ai jamais voulu. Même si le fait qu'elle ne soit plus là a permis à mon père de me faire connaître de nouvelles tortures et de m'en faire subir plus souvent qu'avant. Après les gifles, les coups, le couteau, le sort de coupure et le sort de lacération, il m'a fait découvrir le Doloris l'été suivant ma première année à Poudlard. Il continuait les autres tortures mais il ne se passait pas un jour sans que je n'aie le droit au Doloris. Ça pouvait durer aussi bien cinq ou dix minutes qu'une ou deux heures, voire plus. Quand ça durait aussi longtemps, il faisait des toutes petites pauses pour me permettre de retrouver mes esprits. Il ne voulait pas me rendre fou. Il voulait que je subisse et que je sois bien conscient. Ces petites pauses, c'était pour mieux reprendre ensuite. Il me laissait tranquille uniquement lorsque lui en avait assez. Pour lui, c'était beaucoup moins fatigant que les coups et les blessures au couteau.

Théo s'interrompit afin de reprendre le contrôle de sa voix qui était devenue légèrement tremblante. Parler de tout cela lui était très douloureux mais il savait que c'était nécessaire.

- Si vous voulez continuer votre récit une autre fois, cela n'est pas un problème, dit doucement son avocat.

- Non, j'ai besoin de tout dire d'un coup. C'est juste que j'avais besoin de faire une petite pause.

- Je comprends. N'hésitez pas à en faire dès que cela devient trop dur. Nous avons tout notre temps.

Théo acquiesça.

- Est-ce que je peux vous poser une question ? demanda M. Williams.

- Oui, bien sûr.

- Comment votre père pouvait-il vous faire subir ces tortures aussi souvent ? J'ai lu dans le dossier qu'il utilisait des potions et des baumes. Mais ça ne pouvait pas être efficace au point qu'il puisse recommencer au bout de quelques jours...

- Si, c'était très, très, très efficace. Mais pas du tout légal. Ça me rendait amorphe pendant plusieurs jours et c'était bien le seul point négatif que mon père trouvait à ces potions et à ces baumes. Parce que je ne pouvais plus faire le ménage et la cuisine. C'était moi qui m'occupait de tout ça car mon père ne voulait pas avoir d'elfe de maison. Et, évidemment, il ne voulait pas faire tout ça lui-même. Du coup, pendant ces quelques jours, il devait se débrouiller tout seul. Mais il ne m'administrait pas ces potions et ces baumes après chaque séance de torture. Souvent, il suffisait juste de désinfecter. C'était quand les blessures étaient trop importantes qu'il devait utiliser ces remèdes illégaux. Mais cela arrivait quand-même cinq ou six fois par mois. Même pendant les vacances. Il arrêtait juste ces tortures une semaine avant la rentrée afin que toutes les traces disparaissent. Mais il continuait les Doloris. Et ce, tous les jours. Il allait passer quatre mois sans me voir alors il voulait profiter de la dernière semaine qu'il lui restait. En plus, deux jours avant la rentrée, il y a mon anniversaire et ce jour-là, il se montre toujours beaucoup plus violent que les autres jours de l'année. Que ce soit avec les gifles, les coups, les sorts de coupure et de lacération ou les Doloris. Bien sûr, depuis mes douze ans, il n'utilise que les Doloris lors de chaque anniversaire puisque c'est la seule torture qui ne laisse pas de traces. Mais ce jour-là, il l'utilise jusqu'à ce que je m'évanouisse. Je ne me réveille souvent que dans la soirée. Et je dois être aussitôt d'attaque pour faire à manger.

Théo se tut de nouveau.

- Est-ce que vous voulez vous arrêter là ? interrogea de nouveau M. Williams.

Théo secoua la tête.

- Non, il ne me reste presque plus rien à raconter, de toute façon. La seule chose que je ne vous ai pas encore dite, c'est que j'ai toujours été très peu nourri. Quand ma mère était là, ça allait encore, j'étais moins souvent privé de nourriture mais depuis qu'elle n'est plus là, je pouvais passer plusieurs jours sans avoir le droit de manger. Mais je devais toujours faire la cuisine. Mon père considérait ça comme une autre sorte de torture. Mais ce qu'il ne savait pas, c'est que ça ne m'a très vite plus rien fait de préparer les repas sans avoir le droit d'y toucher. Au bout de quelques séances de privation, quand je pouvais de nouveau manger, j'étais dégoûté par la nourriture. Je m'étais habitué à ne plus rien avaler et ça me rendait presque malade de manger. Quand je suis entré à Poudlard, il m'a fallu du temps pour me réhabituer à manger. Mais les privations m'avaient marqué et même si les repas ne me rendaient plus malade, j'étais vite rassasié. Je suis actuellement sous traitement pour traiter mes nombreuses carences et me faire reprendre du poids mais je peine à le suivre convenablement. J'ai du mal à prendre toutes mes potions et celles que j'arrive à ingérer me coupent l'appétit. Je mange donc très peu lors des repas. J'ai beau être débarrassé de mon père et être suivi et soigné, ce qu'il m'a fait a eu des répercussions sur le long terme. Je vous dis ça car ça pourrait être utile contre lui lors du procès.

M. Williams sourit, l'air de se dire «Il ne perd pas le nord, celui-là».

- En effet. Ce sera même très utile. Mais avec tout ce que vous m'avez déjà dit, il ne doit pas espérer sortir un jour d'Azkaban. Surtout avec son autre chef d'accusation. En fait, ce procès servira surtout à faire en sorte qu'il n'ait plus aucun droit sur vous. Jusqu'à votre majorité, il n'aura aucun pouvoir de décision sur quoi que ce soit vous concernant. Toute autorité lui sera retirée. De même, s'il tombe sérieusement malade en prison, il ne devra pas espérer compter sur vous pour l'aider. Tout sera fait pour que vous n'ayez plus aucun contact avec lui. Mais nous rediscuterons de cela un peu plus tard. Les enjeux du procès feront l'objet d'un futur entretien à part entière. Est-ce que vous aviez autre chose à me faire savoir ?

- Non, c'est tout. S'il y a des détails que j'ai oubliés, c'est qu'ils doivent être mineurs et sans grande importance.

- Bien. J'ai noté tout ce que vous m'avez dit, je relirai tout ça avant notre prochain entretien et cela me permettra de trouver le meilleur angle d'attaque.

Théo hocha la tête, impressionné par la détermination dont faisait preuve son avocat. Il ne pensait pas qu'il prendrait autant à cœur ce dossier. C'était pourtant indispensable pour bien défendre ses clients. Mais Théo était toujours dans l'idée que personne ne pouvait s'intéresser à lui. M. Williams se tourna vers le professeur Snape qui avait attentivement suivi l'entretien sans rien dire.

- Avez-vous procédé à l'extraction des souvenirs ? demanda l'avocat.

- Non, pas encore, mais je sais que je vais bientôt devoir le faire.

- En effet. Je vous dirai quels souvenirs vous devrez extraire précisément. Il faut juste que j'étudie tout ce que vous m'avez dit, M. Nott, pour que je puisse savoir quels souvenirs seraient nécessaires lors du procès. Nous en parlerons lors du prochain entretien. Est-ce que cela vous dérange si on se voit dimanche à quatorze heures ou préférez-vous un autre jour ?

Théo tourna la tête vers son directeur de maison.

- Je n'y vois aucun inconvénient, déclara celui-ci. Je suis normalement libre.

- Ça devrait aller aussi pour moi, affirma Théo.

- Bien, le rendez-vous est pris, alors.

Le professeur Snape acquiesça et se leva, très vite imité par Théo et son avocat. Après une poignée de mains, ce dernier leur souhaita une bonne soirée et s'en alla. Théo fut un peu gêné de se retrouver seul avec son professeur. Au cours de cet entretien, il avait appris des choses que Théo ne lui avait pas dites lorsqu'il lui avait raconté les violences que lui avait fait subir son père. Mais le professeur Snape n'avait pas eu besoin d'autant de détails que l'avocat.

- Je suis désolé de ne pas vous avoir tout dit, finit par s'excuser Théo.

- Vous n'avez pas à être désolé, si j'avais voulu que vous entriez davantage dans les détails, je vous l'aurais demandé, le rassura le professeur Snape. J'avais juste besoin de savoir quels actes votre père avait perpétrés sur vous. Je ne pense pas que vous auriez été à l'aise de me donner autant de détails.

- Pourtant, là, je savais que vous étiez là et ça ne m'a pas empêché de tout raconter...

- Parce que vous avez plus de recul par rapport à cet été. Et parce que ça fait six mois que je vous suis. Il me semble qu'une certaine confiance s'est installée entre nous. À moins que je me trompe ?

- Non, non, c'est vrai, confirma Théo en souriant. Je me sens bien plus en confiance que cet été. Je vous remercie d'ailleurs pour tout ce que vous faites pour moi. Vous m'avez littéralement sauvé.

- Je ne pouvais pas vous laisser dans l'état dans lequel vous étiez cet été. Et ce serait plutôt moi qui devrait vous remercier. Vous m'avez permis de renouer avec mon ancien métier. Et plusieurs élèves en bénéficient actuellement grâce à vous.

- Eh bien, je suis ravi d'avoir servi à quelque chose, dit Théo, mi-amusé, mi-sérieux.

- Vous êtes bien plus précieux que vous ne le pensez, M. Nott. J'espère que vous vous en rendrez compte avec le temps. Est-ce que vous avez quelque chose à me dire ou à me demander avant que je ne vous laisse partir ?

- Non, je ne crois pas.

- Bien, vous pouvez y aller, alors.

Théo remercia son professeur, le salua et sortit du bureau. Il rejoignit sa salle commune et monta à son dortoir afin d'y déposer son sac. Puis il redescendit et se rendit à la Grande Salle. Il n'y trouva pas ses amis mais vit en revanche que Justin était là. Cela aurait pu lui faire plaisir s'il n'était pas en train d'embrasser Emily. Cela coupa tout appétit à Théo. Il s'efforça pourtant de manger mais il ne put rien avaler de plus qu'une saucisse et deux ou trois fourchettes de petits pois. Sachant que ça ne servait à rien d'insister, il se leva et quitta la Grande Salle. Il était sur le chemin pour retourner à sa salle commune lorsqu'il entendit quelqu'un courir derrière lui.

- Théo, attends...

Théo ne se retourna pas, même s'il avait reconnu la voix de Justin. Mais celui-ci ne se découragea pas et rattrapa Théo. Il lui prit le poignet, le forçant ainsi à s'arrêter. Théo vit volte-face et planta son regard dans celui de son binôme.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Ta petite-amie ne va pas apprécier de se retrouver toute seule. Surtout que vous étiez en pleine séance de bécotage.

- Je t'ai vu partir et je lui ai dit que je devais te parler. Comme tu es mon binôme de travail, l'excuse est facilement passée.

- Parce que ce n'était qu'une excuse ? Tu ne souhaitais pas me parler, en réalité ?

- Je voulais surtout te voir, comme c'était prévu, expliqua calmement Justin. On devait se retrouver après le dîner puisque tu voulais aller manger juste après ton rendez-vous avec ton avocat.

- Oui, je m'en souviens, répondit Théo, agacé.

- Tu as visiblement changé d'avis, depuis, lâcha Justin. Tu ne sembles plus vouloir me voir.

- Je ne voudrais surtout pas t'empêcher de voir ta petite-amie, répliqua sèchement Théo.

Justin soupira.

- Théo, je t'ai dit que j'avais besoin de temps pour quitter Emily...

- Oui, je sais, mais tu peux comprendre que ce soit difficile pour moi de te voir l'embrasser comme si vous filiez le parfait amour... Tu n'as même pas l'air d'avoir besoin de te forcer... J'ai peur que tu reviennes sur ta décision et que tu décides finalement de rester avec elle...

- Je te promets que non, jura Justin. Je veux vraiment la quitter, je te l'ai dit et je tiendrai ma parole. Il faut que tu me croies.

Justin semblait tellement sincère que Théo fut tenté de le croire. Mais il ne voulait pas. Il ne voulait pas se laisser convaincre et être déçu deux semaines plus tard en voyant que Justin n'avait toujours pas quitté Emily. Il ne voulait pas attendre pour rien. S'il devait faire une croix sur Justin, il voulait le savoir maintenant. Il cherchait simplement à se protéger en étant sur ses gardes et en refusant de croire Justin. Mais il savait qu'il suffisait d'un rien pour faire tomber sa résistance. Et il en eut très vite la preuve. Alors qu'il s'obstinait à fixer le sol, Justin le força doucement à lever la tête. Il tomba alors sur le regard triste de son binôme.

- Théo, dis-moi que tu me croies, supplia-t-il. Ça ne sert à rien que je rompe avec Emily si tu n'as pas confiance en moi. Si je le fais, c'est pour toi. Pour nous.

Cet argument eut raison de Théo. Sa méfiance battit en retraite et son corps se détendit. Avec un peu de recul, il se rendit compte qu'il s'était peut-être un peu trop emballé. Justin avait raison : il l'avait prévenu qu'il avait besoin de temps pour quitter Emily. C'était donc normal qu'il l'embrasse encore dans la Grande Salle. Il n'y avait donc pas lieu de s'énerver pour ça. Gêné et honteux, Théo se mit à rougir.

- Je suis désolé, je me suis emporté un peu trop vite, s'excusa-t-il.

- Je ne t'en veux absolument pas, assura Justin en souriant. Je trouve ça trop mignon, au contraire. Tu es déjà adorable en temps normal mais tu l'es encore plus quand tu fais ta tête de cochon.

Théo rougit encore plus, n'étant pas du tout habitué à ce qu'on lui dise ce genre de choses. Mais cela plut visiblement à Justin qui se pencha et lui chuchota à l'oreille :

- Je vais finir par te manger tout cru si tu continues à rougir comme ça. Tu es beaucoup trop mignon pour mon propre bien.

Théo était maintenant sûr que l'on pouvait faire cuire un œuf sur ses joues tellement elles étaient brûlantes. Mais il ne se laissa pas démonter et répondit :

- On ferait mieux d'aller à notre repaire secret, alors.

Le sourire de Justin s'élargit.

- Avec grand plaisir.

Ils firent demi-tour et se rendirent à leur petit coin secret situé au sixième étage. À peine furent-ils arrivés que Théo se retrouva doucement plaqué contre le mur. Une paire de lèvres se posèrent sur les siennes tandis qu'un corps chaud se pressa contre le sien. Théo ne put s'empêcher de gémir tant il apprécia sentir Justin tout contre lui. Le baiser, d'abord tendre, se fit vite plus passionné, si bien que Théo commença à avoir chaud. Mais il n'y fit pas attention, ne voulant se concentrer sur rien d'autre que sur le baiser. Il laissa sa langue jouer sans relâche avec celle de Justin qui cherchait à se presser toujours plus contre Théo. Les mains du Poufsouffle, qui fourrageaient dans les cheveux de Théo, descendirent et défirent les agrafes de sa robe. Théo ne s'en soucia pas, pensant que Justin voulait simplement le mettre plus à l'aise. Sans doute avait-il deviné qu'il avait chaud... Les mains de son binôme se posèrent dans le bas de son dos, remontèrent, dévièrent vers sa taille, reprirent leur place initiale et répétèrent ces gestes plusieurs fois. Théo aima ces caresses qui étaient lentes et douces et qui le faisaient frissonner de bonheur. Il se crispa néanmoins lorsque les mains de Justin arrivèrent en haut de ses fesses avant de remonter et de se glisser sous son pull. Il sursauta et voulut se reculer mais il avait oublié qu'il était collé contre le mur. Heureusement, Justin comprit vite sa réaction et retira ses mains tout en se détachant de Théo.

- Pardon, je... j'aurais dû me retenir, s'excusa Justin, l'air mal à l'aise.

- Tu n'as pas à être désolé, tu ne pouvais pas anticiper ma réaction, répondit Théo, tout aussi gêné.

- Non mais je sais que tu n'es pas à l'aise avec ce genre de contact...

- Il faut peut-être juste que je m'y fasse, supposa Théo.

- Je pense surtout que c'est trop tôt pour toi. Et puis, ce n'est pas raisonnable de ma part de faire ce genre de choses.

- Pourquoi ? demanda Théo, intrigué.

La gêne sembla s'intensifier chez Justin.

- Je suis allé un peu trop loin. Tu étais tout près de moi, j'ai senti ta peau sous mes doigts, ça faisait longtemps que j'en avais envie et... tu n'as peut-être rien senti mais... ça m'a fait quelque chose.

Théo regarda Justin d'un air complètement perdu, ne comprenant pas du tout ce qu'il essayait de lui dire. Justin le sentit et n'insista pas :

- Oublie ce que je viens de dire, ça vaudra mieux, dit-il gentiment. Par contre, je suis désolé mais il faut que j'y aille. Je... je dois arranger ce quelque chose.

- Oh, fit Théo, déçu. J'aurais voulu rester plus longtemps avec toi mais je comprends. Enfin non, je ne comprends pas, mais je ne t'en veux pas de partir.

- Tu es vraiment adorable, s'attendrit Justin. Et aussi innocent que l'agneau qui vient de naître. Je me dis parfois que je ne te mérite pas, ajouta-t-il tristement.

- Ne dis pas ça, protesta Théo. Tu m'as conquis en étant comme tu es alors ne change rien.

Justin parut ému par les mots de Théo.

- D'accord, je reste comme je suis, céda-t-il, mi-amusé, mi-sérieux. Bon, je dois vraiment y aller. On se voit demain en botanique ?

- Évidemment, à part si tu veux sécher le cours, plaisanta Théo.

- Je préfère éviter, surtout que c'est le cours de ma directrice de maison, renchérit Justin.

- Mieux vaut rester sage, en effet, confirma Théo en souriant. Bon eh bien... à demain, alors.

Justin acquiesça, déposa un baiser sur les lèvres de Théo et s'en alla. Théo resta un moment pensif avant de se décider à rentrer à sa salle commune. Pour de bon, cette fois. Ayant eu une journée assez rude, il était un peu fatigué. Une bonne nuit de repos allait lui faire le plus grand bien. Il avait de la chance puisqu'il commençait à dix heures le lendemain. Le mercredi était le jour où il commençait le plus tard. Mais même s'il était épuisé, il ne regrettait pas la journée qu'il avait passée. Il avait fait la connaissance de son avocat et leur rendez-vous s'était très bien passé. Théo était déjà un peu plus confiant pour le procès. Il sentait que son avocat prenait son dossier très au sérieux et qu'il allait tout faire pour battre l'avocat de son père. Théo avait hâte que le procès soit passé afin de pouvoir laisser tout ça derrière lui. Il espérait que, d'ici là, Justin aurait rompu avec Emily et qu'ils pourraient enfin vivre une vraie histoire d'amour. Ainsi, tout irait pour le mieux pour Théo. Il savait que c'était peut-être trop demandé mais il voulait y croire. Il avait retrouvé espoir et il comptait bien s'y accrocher.

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(mercredi 24/01) POV Draco

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- Hé, Draco, respire. Ça va aller.

- Je n'en suis pas si sûr, grimaça Draco.

- Si tu ne te sens pas prêt, ne te force pas. Ce ne sera pas une bonne chose pour Harry. Il a besoin de quelqu'un qui soit sûr de lui.

- Je le suis, rétorqua Draco. Mais j'ai peur de ne pas savoir rassurer Harry si ça ne se passe pas bien pour lui.

- Tu sauras trouver les mots, apaisa Blaise. Si quelque chose se passe mal, empêche-le d'y penser et change-lui les idées. Ça devrait être dans tes cordes, ça, non ?

- J'imagine, oui, éluda Draco.

- Tu ne peux pas essayer d'avoir l'air un peu plus convaincu ? C'est sûr que si tu pars en étant si peu confiant dans tes capacités à le rassurer, tu ne vas pas y arriver. Ça se joue d'abord dans le mental. Si tu n'es pas sûr de toi, tu ne vas pas réussir à rassurer Harry. Et puis je te rappelle que tu es préfet ! Si quelqu'un embête Harry, tu as le droit de le rembarrer ! Tu ne vas quand-même pas laisser un élève s'en prendre à ton binôme ?!

- Bien sûr que non ! s'écria Draco, outré à la simple idée que Blaise puisse croire ça. Le premier qui dit quelque chose de travers à Harry, il va vite le regretter !

Blaise eut un sourire satisfait.

- Voilà, là je te reconnais ! Alors tu vas aller chez ton parrain, tu vas chercher Harry, tu l'emmènes avec toi et tu lui fais faire le tour du château en le défendant contre tous les abrutis qui voudront s'en prendre à lui. En espérant qu'il n'y en ait pas trop. Ou qu'il n'y en ait même pas du tout.

Draco fut touché par les paroles de Blaise. Son meilleur ami avait compris à quel point Harry était important pour lui et il respectait totalement l'amitié qui s'était installée entre eux.

- J'y vais tout de suite, dit Draco en souriant. Merci de m'avoir remis d'aplomb.

- C'est normal, va. Les meilleurs amis sont là pour ça. Allez, vas-y.

Draco acquiesça, vérifia qu'il avait bien sa baguette sur lui et quitta son dortoir où il était venu avec Blaise afin d'y déposer son sac. Il allait juste garder à la main les cours qu'il donnerait à Severus qui les transmettrait à Harry après la sortie.

En traversant la salle commune, il échappa de peu à Graham qui se dirigeait vers lui dans l'optique évidente de lui parler. Il aurait bien aimé discuter avec son capitaine mais il n'avait pas le temps. Il se rendit aux appartements de son parrain et y arriva quelques minutes plus tard. Il frappa à la porte qui s'ouvrit presque aussitôt sur Severus.

- Oh, te voilà déjà. Tu as fait vite.

- Je ne voulais pas vous faire attendre, Harry et toi.

- C'est gentil de ta part. Mais il va falloir que tu patientes un peu car il m'a fait une crise de stress il y a un quart d'heure et il est actuellement en train de se relaxer en attendant que la potion calmante fasse complètement effet.

- Il était si angoissé que ça ? s'inquiéta Draco.

- Oui mais c'est normal, c'est un grand pas qu'il s'apprête à faire. C'est la première fois qu'il sortira dans le château sans adulte avec lui pour l'accompagner. C'était à prévoir mais il commençait à trop se reposer sur eux. C'est justement ça dont il s'est rendu compte et c'est ce qui a provoqué sa crise d'angoisse. Il avait peur de ne plus réussir à s'émanciper et d'avoir toujours besoin d'un adulte près de lui dès qu'il mettrait le nez dehors. Mais je suis parvenu à le calmer et à le rassurer.

- Tant mieux, soupira Draco. Mais il était vraiment temps qu'il fasse cette sortie. Ta présence, celle de son parrain et celle de son directeur de maison étaient indispensables lors de sa convalescence mais là, il doit réapprendre à se débrouiller par lui-même.

- C'est exactement ça. Et il le sait très bien. Il est tout à fait d'accord avec ça mais ça l'angoisse. Il n'a jamais pu compter sur les adultes jusqu'à l'été dernier, et là, il vient de passer six semaines avec trois adultes qui se relayaient pour s'occuper de lui vingt-quatre heures sur vingt-quatre, alors c'est normal qu'il soit un peu paniqué à l'idée d'être livré à lui-même dans le château pendant une ou deux heures, même si tu seras avec lui.

- Je comprends. Je serais sûrement pareil, à sa place. Mais je vais faire de mon mieux pour que cette sortie se passe bien.

- Je te fais confiance là-dessus. Mais ça ne te stresse pas trop, toi ?

- Non, pas du tout, mentit Draco.

Severus haussa un sourcil. Draco se renfrogna. Il avait tendance à oublier que son parrain savait lire en lui comme dans un livre ouvert.

- Ce n'est pas la sortie en elle-même qui me stresse, rectifia-t-il. J'ai juste peur que ça se passe mal pour Harry à un moment et que je ne sache pas le rassurer.

- Tu y arriveras, assura Severus. Je vous vois quand vous êtes ensemble ici. Il faut être myope pour ne pas voir à quel point vous vous êtes rapprochés. Quand tu parles, Harry t'écoute avec bien plus d'attention qu'il ne m'en a jamais porté en cours. Il est pendu à tes lèvres. Il n'y a que toi qui compte pour lui lors de vos séances de travail. Il te laisse l'approcher de très près. Il te fait confiance. Donc si la sortie d'aujourd'hui se passe mal et que tu essaies de le rassurer, il t'écoutera. Mais je te rappelle que tu es préfet. Si des élèves s'en prennent à Harry, tu es censé les remettre à leur place avant qu'ils n'aillent trop loin.

- Je sais, c'est ce que Blaise m'a dit. Je n'hésiterai pas à défendre Harry et à le protéger. Mais même si j'empêche ces élèves d'aller trop loin, Harry risquera quand-même d'être choqué...

- Il n'est pas aussi faible que tu le penses, Draco. Oui, il est fragile, mais pas au point de fondre en larmes à la moindre remarque.

Ces mots détendirent Draco. Il s'était effectivement un peu mépris sur l'état mental de Harry.

- Ça devrait aller, alors, dit Draco en souriant.

- Tu as déjà l'air beaucoup plus convaincu en disant ça, apprécia Severus.

Son regard glissa vers les parchemins que Draco tenait à la main.

- Ce sont les cours pour Harry ?

- Hein ? Ah euh oui, pardon, j'allais oublier de te les donner...

Draco tendit les cours à Severus qui les prit.

- Merci, Harry s'y mettra demain à la première heure. Il devrait bientôt venir, d'ailleurs. La potion a dû faire entièrement effet, maintenant.

Severus avait vu juste puisque Harry arriva deux minutes plus tard.

- Désolé pour le retard, je...

- Severus m'a dit, ne t'en fais pas, le coupa gentiment Draco. Tu te sens prêt ?

- Oui, répondit fermement Harry, bien qu'il avait l'air un peu tendu.

- Allons-y, alors. À tout à l'heure, Severus.

Harry salua lui aussi son professeur puis Draco et lui s'en allèrent et commencèrent leur promenade. Alors qu'ils longeaient le rez-de-chaussée, Draco tourna la tête vers Harry et vit qu'il était vraiment très tendu. Il marchait d'un pas raide, le regard rivé sur le sol, les épaules contractées. Draco hésita quelques secondes avant de passer un bras autour des épaules de son binôme qui sursauta. Draco eut peur de l'avoir brusqué en le sentant se raidir encore plus mais Harry se détendit très vite, rassurant ainsi Draco. Le Gryffondor avait juste été surpris mais il semblait beaucoup apprécier le geste de Draco. Celui-ci en eut vite la preuve quand Harry le regarda à son tour et lui offrit un petit sourire qui lui envoya plein de papillons dans le ventre. Draco essaya de les ignorer et rendit son sourire à Harry. Ils continuèrent à marcher et arrivèrent bientôt à l'escalier qui menait au premier étage. Ils le prirent et le montèrent. Ils venaient de gravir la dernière marche lorsque Harry brisa le silence qui s'était installé entre eux depuis qu'ils avaient quitté les appartements de Severus.

- Ta journée s'est bien passée ?

- Oui, c'était plutôt cool. En même temps, le mercredi, je n'ai que quatre heures de cours puisque je ne suis ni le cours de duel, ni le cours d'arithmancie.

- C'est vrai, c'était bien pratique ce jour-là pour travailler ensemble, se souvint Harry.

La tristesse qui s'entendait dans sa voix fit comprendre à Draco que cette «époque» lui manquait. Il le comprenait parfaitement puisque ça lui manquait beaucoup à lui aussi. Il sentait combien Harry avait hâte que sa vie reprenne le cours normal des choses. Il devait attendre encore deux semaines et Draco savait que ça lui paraissait horriblement long. Harry ne se sentait peut-être pas encore prêt à reprendre les cours mais cela ne l'empêchait pas d'en avoir envie.

- C'est vrai, notre emploi du temps du mercredi était idéal, reconnut Draco. Mais ça compensait le fait qu'on ne pouvait pas se voir à dix-sept heures soit parce que j'avais une ronde, soit parce que toi ou moi avions un entraînement de Quidditch. Mais on se voyait souvent après le dîner pour finir ce qu'on n'avait pas pu faire plus tôt dans la journée.

- On avait une bonne organisation, songea Harry. On savait trouver du temps malgré tes rondes et nos entraînements de Quidditch. J'espère que ce sera toujours le cas quand je reprendrai les cours et que tout redeviendra comme avant.

- Je suis sûr qu'il n'y aura aucun problème, assura Draco. Après tout, tu as continué à travailler ton sens de l'organisation depuis que tu passes tes journées à rattraper les cours de la veille et de mon côté, j'ai continué à travailler le mien en trouvant du temps pour venir te voir, que ce soit chez mon parrain ou chez le tien.

- Ce n'est pas faux, admit Harry. En fait, il n'y a pas que nous qui gérons niveau organisation. Il y a aussi ton parrain, le mien et mon directeur de maison. Ils ont tout fait pour que ma convalescence se passe dans les meilleurs conditions et ils n'ont pas cessé de s'arranger entre eux pour que je ne sois pas perturbé par tous les imprévus qui ont eu lieu. Et il y en a eu des tas. Car ton parrain a été très réquisitionné. Certes, il s'est fait remplacer en tant que professeur mais il a continué à assurer ses fonctions de directeur de maison et il s'est occupé d'une autre élève psychologiquement parlant. À chaque fois qu'il devait s'absenter de ses appartements pour s'entretenir avec un élève, il prévenait mon parrain et mon directeur de maison pour qu'ils puissent s'occuper de moi jusqu'à ce qu'il soit de retour. Il y a eu beaucoup de chamboulements mais c'était géré à la perfection alors ça ne m'a pas trop perturbé. J'ai vraiment eu beaucoup de chance d'avoir trois personnes comme eux autour de moi. Et j'ai eu de la chance aussi d'avoir plein d'amis qui sont venus me voir quand j'ai pu recevoir des visites. Je n'ai vu qu'une seule fois Ron, Hermione et Ginny et j'espère pouvoir les revoir avant de reprendre les cours.

- C'est sûr que tu dois en avoir marre de toujours voir les mêmes personnes, plaisanta Draco.

- Pas du tout, rétorqua Harry. J'adore quand vous venez, Théo et toi. Même si c'est pour travailler. Mais je passerai davantage de temps avec Ron et Hermione quand je serais revenu en cours et, par la même occasion, quand je serai revenu dans ma salle commune et dans mon dortoir.

- Pas trop stressé, à cette idée ?

- Si, un peu, mais je sais que ça va bien se passer dans ma salle commune. Je vais sûrement devoir faire face à tout un tas de questions mais je ne répondrai que si j'en ai envie. Et s'ils deviennent trop lourds, je monterai à mon dortoir.

- Bonne idée, approuva Draco. Tu penses que ça ira avec tes compagnons de dortoir ?

- Oui, ils sont super sympa. Mais assez parlé de moi. Je t'ai demandé si ta journée s'était bien passée et en à peine cinq minutes, la discussion s'est orientée sur moi. Et ça n'avait pas l'air de te déplaire. À croire que tu préfères qu'on parle de moi et pas de toi, bouda Harry.

- Ooooh, tu es trop mignon quand tu boudes, s'extasia Draco sans pouvoir s'en empêcher.

Harry se mit à rougir jusqu'à la pointe des oreilles, ce que trouva Draco encore plus adorable. Il se rendit néanmoins compte de ce qu'il venait de dire et fut lui aussi gêné. Il reprit vite la parole afin de ne pas laisser un silence gênant s'installer entre eux :

- Tu veux vraiment que je te parle de ma journée de cours ?

- Je ne veux pas te forcer. Si tu n'en as pas envie...

- C'est surtout que je n'ai pas grand-chose à raconter. Mes journées ne sont pas très passionnantes. Elles sont longues et ennuyeuses. Quand il faut se mettre par deux, je suis obligé de m'inclure dans un binôme. C'est un peu gênant. Et puis, surtout, ce n'est pas pareil que de s'entraîner avec toi. Ta présence me manque énormément, tu sais. Certes, tu n'allais pas bien depuis la rentrée mais c'était quand-même agréable d'être avec toi en cours.

Draco réalisa soudain ce qu'il était en train de dire et se morigéna.

- Pardon, je vais te démoraliser en disant ça...

- Non, pas du tout, répondit Harry, l'air ému. Ça me touche beaucoup, ce que tu me dis. Mais je suis triste que tu te sentes seul en cours. Il faut vraiment que je revienne.

- Prends le temps qu'il te faut, je préfère que tu reviennes en pleine forme plutôt que tu te dépêches et que tu ne te sentes pas totalement prêt, dit Draco d'un ton sérieux.

Harry acquiesça en souriant, la tête tournée vers Draco qui se plongea dans les orbes émeraudes de son binôme. Harry fit de même et leurs regards restèrent un long moment ancrés l'un dans l'autre. Ils finirent par détourner les yeux lorsqu'ils se rendirent compte que cela faisait un peu trop longtemps qu'ils se fixaient ainsi. Ce qu'avait redouté Draco arriva : le silence s'installa entre eux. Mais c'était un silence qui n'était pas trop gênant alors Draco n'essaya pas de le rompre. Il finit cependant par le briser lorsqu'ils arrivèrent au troisième étage.

- Il n'y a pas grand-monde, fit-il remarquer.

- Les élèves doivent être tous occupés quelque part. C'est le milieu de la semaine, c'est souvent à ce moment-là qu'il y a le plus de monde dans la salle des binômes. Et puis, il doit sûrement y avoir un entraînement de Quidditch. Il parait qu'il fait beau et bon dehors en ce moment, alors il doit y avoir du public dans les gradins. Et à cette heure-là, beaucoup d'élèves sont dans leur salle commune.

- Très bien analysé, commenta Draco. C'est donc pour ça qu'il n'y a jamais beaucoup d'élèves dans les couloirs en semaine pendant les rondes... Enfin, je suis sûr qu'il y en a plus qu'on ne le croit mais il doit y avoir des élèves cachés un peu partout et on ne les voit pas forcément. Il y a plein d'endroits secrets dans le château, et personne ne les connaît tous. Ah, tiens, voilà les préfets de ronde ce soir. Attends-toi à ce qu'une tor...

- HARRY !

Draco n'eut pas le temps de finir sa phrase que sa collègue préfète de Gryffondor s'était déjà jetée sur Harry qu'elle serrait fort dans ses bras.

- C'est trop génial de te croiser dans un couloir ! Je ne m'y attendais pas du tout ! Comment vas-tu ? Tu t'en sors avec les cours ? Tu prends toujours bien tes potions ? Si tu sors dans le château, c'est que tu te prépares à retourner en cours ? Ça se précise, alors ? Tu sais quand tu vas...

- Granger, laisse-le respirer, tu l'étouffes, protesta gentiment Draco. J'ai promis à mon directeur de maison de le ramener sain et sauf alors ne va pas m'attirer d'ennuis, s'il te plaît.

Granger sourit et se détacha de Harry qui ne semblait pas en vouloir à son amie d'avoir manqué de l'étouffer.

- Je réponds rapidement à toutes tes questions : je vais bien, je m'en sors très bien avec les cours, je prends toujours toutes mes potions, je me prépare en effet à revenir en cours, ce qui devrait se faire dans deux semaines si tout se passe bien.

- Super, dit Granger, l'air heureuse et soulagée. J'adorerais rester plus longtemps mais j'ai ma ronde à faire...

- Je sais, vas-y, ne fais pas attendre ton binôme, je me sentirais coupable sinon, plaisanta Harry. Tu penses qu'il y a moyen qu'on se voit, Ron, toi et moi, avant que je ne retourne en cours ?

- On va voir ça avec nos professeurs concernés, promit Granger. Ils te tiendront au courant.

- D'accord, ça marche ! Bon courage pour la suite de ta ronde.

- Merci, au revoir les garçons !

Granger s'en alla et rejoignit MacMillan qui l'attendait quelques mètres plus loin. Draco vit Harry se tourner vers lui.

- Tu penses que ton parrain acceptera que Ron et Hermione reviennent me voir ?

- Étant donné que tu ne les as vus qu'une fois, il acceptera sûrement, oui. Il sera même content. Il tient vraiment à ce que tu rétablisses le lien avec tes amis.

- C'est vrai. Je lui en parlerai ce soir, alors. On s'y remet ?

Draco acquiesça et se remit en route avec Harry. Ils croisèrent quelques élèves au quatrième étage qui fixèrent Harry avec un peu trop d'insistance au goût de Draco. Il leur adressa un regard noir et cela leur suffit pour détourner le leur. Loin d'être choqué ou traumatisé, Harry sembla amusé par la façon dont Draco l'avait protégé.

- Je vais essayer de leur envoyer le même regard que toi, décida joyeusement Harry alors qu'ils se rendaient au cinquième étage.

- Je serais toi, je leur ferais plutôt un grand sourire hypocrite. Ils se sentiront idiots et ça les calmera tout autant, pouffa Draco.

- D'accord, je vais faire ça, approuva Harry.

Il n'eut pas à attendre longtemps pour tester l'idée de Draco. Ils tombèrent vite sur d'autres élèves qui regardèrent eux aussi Harry comme s'il était une bête de foire. Cette fois, Draco laissa faire son binôme. Il était ravi que Harry prenne des initiatives de lui-même et qu'il veuille se débrouiller tout seul. Il prit tellement d'assurance qu'il alla encore plus loin que ce qu'ils avaient convenu. Il adressa un grand sourire aux élèves qui l'observaient et leur lança :

- Salut, ça va ? Je sais, ça fait bizarre de me voir dans les couloirs mais c'est bizarre pour moi aussi, vous savez. Il va falloir que vous vous y réhabituiez car d'ici deux semaines, c'est tous les jours que vous allez me croiser. Bon, c'est pas tout mais mon binôme attend que nous reprenions notre balade. Passez une bonne soirée !

Harry fit un signe de la main aux élèves qui étaient rouges de honte. Ils s'en allèrent sous le regard amusé de Harry et de Draco qui se retenait difficilement de rire.

- Tu les as traumatisés, rigola-t-il.

- Ils ont compris la leçon au moins, répondit Harry, rieur lui aussi. Mais je ne leur ai rien dit de mal. J'ai été poli et je leur ai même souhaité une bonne soirée.

Draco éclata de rire.

- Mais c'est la façon dont tu leur as parlé ! Ils ont dû avoir l'impression que tu les prenais pour des demeurés !

- Parce qu'ils ne le sont pas ? s'étonna faussement Harry. Je pensais que c'était une école de fous, ici.

- Parfois on pourrait se le demander, c'est vrai, renchérit Draco. Bon, allons-y, sinon à minuit on y sera encore !

Harry acquiesça et emboîta le pas à Draco. Ils étaient encore hilares, si bien qu'ils ne cessèrent de pouffer alors qu'ils montaient au sixième étage.

- Faut qu'on se calme, si un professeur nous voit, il va croire qu'on a pris des trucs pas nets, genre des potions droguées ou un truc comme ça, s'imagina Draco.

- Il faudrait vraiment qu'ils soient bêtes pour croire ça, rétorqua Harry. Ils savent parfaitement que je suis chez le professeur Snape. Je ne suis pas stupide au point de rentrer complètement drogué de ma sortie alors qu'il me fait confiance... Et ça vaut pour toi aussi.

- Je ne t'entraînerai jamais là-dedans, ça, c'est sûr, affirma Draco.

Harry tourna la tête vers Draco, l'air surpris.

- Ça veut dire quoi, ça ? Tu ne toucherais pas aux drogues avec moi mais seul, oui ?

Draco retint une grimace. Il s'était trahi sans le vouloir. Harry ne savait pas que Draco s'était drogué juste après sa rupture avec Graham. Draco lui avait juste dit qu'ils n'étaient plus ensemble mais sans entrer dans les détails. Il faisait cependant confiance à Harry et ce fut pourquoi il décida de lui dire la vérité :

- J'y ai déjà touché, en fait. Mais une seule fois. Et je le regrette assez pour ne plus jamais vouloir retenter l'expérience.

Harry sembla surpris et choqué.

- Mais... pourquoi as-tu fait ça ? Et comment as-tu réussi à te procurer des potions ? Tu es préfet, le dealer aurait dû se méfier de toi... À moins que tu n'étais pas encore préfet à ce moment-là ?

- Si, j'étais déjà préfet. J'avais juste voulu essayer parce que je ne me sentais pas bien du tout. Je ne sais plus comment je m'y suis pris mais le dealer s'est laissé convaincre assez facilement. Je préfère attendre un peu avant de te raconter toute l'histoire.

- Je comprends, dit Harry en souriant. Le principal, c'est que tu n'aies pas recommencé depuis.

- Je n'y compte pas, répéta Draco. Je te le promets.

Harry sembla rassuré par cette promesse, ce qui n'étonna pas Draco. Il comprenait pourquoi c'était aussi important pour Harry qu'il lui jure de ne plus jamais retoucher à des potions droguées. Ayant été lui-même accro à un type de potions, Harry savait trop ce que c'était de devoir subir un sevrage pour le souhaiter à quelqu'un d'autre.

- Je suis désolé si je suis un peu rabat-joie là-dessus mais je ne veux pas que ça t'arrive, murmura Harry. Certes, ce n'étaient pas des potions droguées auxquelles j'étais accro mais c'était tout comme. Les potions de sommeil sans rêves étaient devenues ma drogue. Je ne pouvais plus m'en passer. Ça avait des effets destructeurs sur moi, je le sentais, mais c'était plus fort que moi. J'ai eu beaucoup de chance d'avoir eu un médicomage comme ton parrain. Il m'a donné les potions qu'il fallait pour que les effets du sevrage ne soient pas trop lourds à supporter. J'ai dû avoir un sevrage de rêve, comparé à bien d'autres personnes. Mais ça ne m'empêchait pas pour autant d'avoir des hallucinations la nuit et de me réveiller en sursaut sans savoir si ce que je venais de voir était un délire ou la réalité. Je ne savais même pas si je dormais réellement. Ça a duré un moment avant que mes nuits ne deviennent plus calmes. C'est pour ça que mes premières nuits chez ton parrain ont été compliquées. Je devais d'une part réapprendre à dormir sans les potions de sommeil sans rêves et je devais d'autre part faire face aux effets secondaires du sevrage, dont les hallucinations nocturnes. Mais ça encore ce n'est rien. Se faire sevrer d'une addiction à la drogue doit être beaucoup plus dur.

- Ça a déjà l'air effroyable, ce que tu as vécu, constata Draco, la gorge serrée. Ça ne donne pas du tout envie.

- Tant mieux puisque c'est pour ça que je te raconte tout ça, plaisanta Harry. Pour que tu ne veuilles pas subir la même chose que moi. Non mais plus sérieusement, je rigole mais ça a vraiment été dur.

L'émotion s'entendit dans la voix de Harry lorsqu'il prononça ces mots. Cela bouleversa Draco. Il ne réfléchit pas une seule seconde et prit spontanément Harry dans ses bras. Celui-ci se raidit un quart de seconde avant de se détendre et de se laisser aller dans cette douce étreinte. Il enfouit même son visage dans le cou de Draco qui fut surpris mais aussi très ému par ce geste. Il aurait pu rester des heures ainsi. Plus rien ne comptait à part Harry qu'il tenait dans ses bras et avec qui il partageait un câlin tendre, voire légèrement intime. Il ne laissait pas n'importe qui nicher son nez dans son cou. Ils durent malheureusement rompre cette étreinte lorsqu'ils entendirent des bruits de pas à quelques mètres d'eux. Draco aurait voulu que ça dure plus longtemps mais le sourire que lui fit Harry fut à ses yeux un très beau lot de consolation. Ils reprirent leur promenade et croisèrent vite les élèves qu'ils avaient entendus arriver. À leur plus grand soulagement, ils ne firent aucune attention à eux. Harry et Draco continuèrent leur chemin et ne tardèrent pas à monter au septième étage. Ils prirent leur temps pour longer les couloirs, étant donné que c'était bientôt la fin de leur balade. Ils ne virent presque personne et ce fut à contrecœur qu'ils redescendirent les escaliers. Alors qu'ils passaient du cinquième au quatrième étage, ils tombèrent sur deux Serdaigle qui leur barrèrent le passage dans les marches.

- Tiens, tu es sorti de ton trou, Potter ? Ça fait un bon moment qu'on ne t'a pas vu. Tout comme ton mec, d'ailleurs. Tu sais que tout le monde se pose des questions sur votre absence ? Personne ne sait exactement ce qui s'est passé et il y a plein de théories et de rumeurs qui circulent. Mais comme on nous a demandés de ne pas en créer, ça reste assez discret. Mais ça ne change rien au fait que tu fais l'objet de bon nombre de rumeurs. La plus répandue dit que Pucey t'aurait fait des choses pas cool et qu'il s'est fait virer de Poudlard à cause de ça pendant que toi, tu t'es fait soigner. Tu confirmes ?

- Je n'ai pas à répondre à cette question, répliqua sèchement Harry. Chacun est là où il doit être et c'est tout ce que j'ai à te dire.

- Oh allez, tu peux bien lâcher l'information, insista l'autre Serdaigle.

- Vous êtes sourds ou quoi ? Il vous a dit qu'il ne voulait pas vous répondre, alors fichez-lui la paix et déguerpissez d'ici, ordonna Draco.

- Non mais de quoi tu te mêles, toi ?!

Draco s'apprêta à riposter mais le second Serdaigle le devança :

- Dylan, viens, on s'en va.

- Pourquoi ?

- Parce que c'est à un préfet que tu t'adresses, là. Il peut nous coller s'il estime qu'on va trop loin. Et je n'ai pas envie de passer la fin de la semaine en retenue. On en aura d'autres, des occasions.

Cet argument sembla suffisant pour le premier Serdaigle qui se laissa convaincre. Son camarade et lui contournèrent Draco et Harry et s'en allèrent sans demander leur reste.

- Au moins, je sais à quoi m'attendre, lâcha Harry.

Draco grimaça. Il aimerait bien lui dire d'oublier ce que lui avaient dit ces deux crétins de Serdaigle mais il savait que ça ne servait à rien. Et puis, Harry avait raison : il était maintenant conscient de ce qui l'attendait. S'il y avait des rumeurs qui le concernaient, autant qu'il le sache le plus vite possible. Draco n'en avait pas entendu parler mais il se doutait bien que des bruits courraient sur l'absence de Harry et de Pucey. Seulement, comme l'avait si bien dit l'un des deux Serdaigle, les élèves avaient reçu l'interdiction de faire circuler ce genre de rumeurs afin de préserver la tranquillité de Harry qui n'avait pas besoin de ça. Personne n'en parlait donc à voix haute. Mais les rumeurs avaient tout de même réussi à se propager dans la plus grande discrétion.

- Ils finiront par se lasser, positiva Draco. Tu ne dois pas faire attention à ce genre de personnes. L'indifférence est la meilleure des réponses. Dis-toi que même s'il y a des rumeurs qui sont proches de la vérité, personne ne sait si elles sont vraies ou fausses. Ça doit les frustrer de ne pas savoir. Il n'y a que toi qui sait. Ils doivent se contenter de rumeurs tandis que toi, tu as la vérité. C'est toi qui a la main sur la situation. Ils auront beau te poser des questions, tu ne céderas pas. Ça va les frustrer mais comme je te l'ai dit, ils finiront par abandonner et se rabattre sur autre chose.

Harry acquiesça, l'air quelque peu réconforté par les paroles de Draco. Ils se remirent en route et descendirent jusqu'au rez-de-chaussée. Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent aux appartements de Severus. Ce fut Draco qui frappa à la porte. Severus ne tarda pas à venir leur ouvrir.

- Ah, vous voilà rentrés. Ça s'est bien passé ?

- Dans l'ensemble, oui, répondit Harry. J'ai juste appris qu'il y avait des rumeurs sur les raisons de mon absence et même si je m'en doutais, ça m'ennuie prodigieusement. Ai-je le temps de faire un saut dans la salle de bain avant le dîner ?

- Oui, il ne sera prêt que dans une vingtaine de minutes.

- Merci, professeur.

Harry pivota vers Draco et lui sourit.

- Merci de m'avoir accompagné. On se voit toujours dimanche chez mon parrain ?

- Oui, à treize heures, comme prévu.

- Bien, à dimanche, alors.

Harry tourna les talons et s'en alla.

- Bon, je vais y aller, déclara Draco. J'aurais bien aimé rester un peu mais il faut que j'aille dîner.

- En effet. Merci d'avoir pris un peu de ton temps pour faire cette sortie avec Harry. Ça s'est vraiment bien passé ?

- Oui, on a juste croisé deux Serdaigle qui ont parlé à Harry des rumeurs qu'il évoquait à l'instant, je leur ai fait comprendre qu'il valait mieux qu'ils laissent Harry tranquille, l'un d'eux s'est souvenu que j'étais préfet, il l'a dit à son camarade et ils ont jugé préférable de battre en retraite. Sinon, il ne s'est rien passé d'autre. Ah si, Harry s'est défendu tout seul face à des élèves qui le regardaient avec un peu trop d'insistance. Il a été super.

- Bien, il n'y a donc pas grand-chose à signaler. Allez, va dîner.

Draco ne se le fit pas dire deux fois, souhaita une bonne soirée à Severus et s'en alla. Il se rendit à la Grande Salle qu'il découvrit assez bondée. Ses amis devaient avoir déjà mangé car il ne les vit pas. Il ne mangea cependant pas seul puisqu'il eut la compagnie de Graham, Miles et Cassius. Graham en profita pour parler à Draco, chose qu'il n'avait pas pu faire deux heures plus tôt puisqu'il avait été soigneusement évité par Draco qui était très pressé. Ce dernier resta un bon moment dans la Grande Salle et ne la quitta que peu avant vingt heures. À peine eut-il franchi les portes qu'il fut appelé par quelqu'un sur sa droite. Il tourna la tête et vit que c'était Dean qui semblait l'attendre. Draco se sentit un peu gêné, et pour cause : cela faisait trois fois de suite qu'il annulait un rendez-vous avec Dean. Le Gryffondor ne lui en tenait pas rigueur car Draco avait toujours une bonne excuse. Si Dean était déçu, Draco, lui, était soulagé de devoir reporter ces rendez-vous. Il s'en voulait pour ça. Il n'arrivait pas à dire à Dean qu'il n'était plus emballé à l'idée de coucher ensemble. Il avait adoré les rapports qu'il avait eus avec Dean, il n'avait jamais eu autant de plaisir, même avec Graham, mais il n'avait plus envie de coucher avec lui. Dean n'y était pour rien : c'était la libido de Draco qui était en berne. Il était très occupé et passer du bon temps en s'envoyant en l'air était loin d'être une de ses priorités. Entre ses cours, ses devoirs, ses rondes et ses entraînements de Quidditch, il n'avait pas une minute à lui et il consacrait une grande partie de son temps libre à recopier ses cours pour Harry. En fait, s'il devait être honnête avec lui-même, ses pensées étaient constamment tournées vers Harry et c'était sûrement pour ça qu'il n'avait pas la tête aux galipettes. Toujours était-il que Dean était en face de lui et que Draco ne savait pas comment réagir.

- Tu voulais me parler ? demanda-t-il en s'efforçant de sourire.

- Oui, je voulais savoir si tu allais bien, en ce moment.

Draco fut surpris par la réponse de Dean.

- Euh... oui, je vais bien, merci, mais pourquoi me poses-tu cette question ?

- Parce que je me disais que si tu reportais sans cesse nos rendez-vous, c'était peut-être parce que tu étais trop occupé et que ça devait te fatiguer...

Draco s'en voulut encore plus de cacher la vérité à Dean en voyant celui-ci s'inquiéter pour lui. Il ne pouvait plus lui mentir. Il décida alors d'être franc :

- Je crois qu'il vaudrait mieux qu'on arrête de se voir pour coucher ensemble, avoua-t-il.

Dean ne sembla pas étonné.

- Tu n'en as plus envie ?

- C'est plus compliqué que ça, répondit Draco, gêné. J'ai trop de choses en tête et ça empiète sur ma libido.

- Tu as trop de choses en tête ou tu as quelqu'un en tête ? demanda Dean.

Il n'avait pas du tout l'air jaloux ou vexé. Il paraissait juste... curieux. Mais cette question déstabilisa beaucoup Draco.

- Je... je pense à quelqu'un, oui, mais... mais pas dans ce sens-là, bafouilla-t-il.

- Ce n'est pas ce que je sous-entendais, précisa gentiment Dean. Tu peux très bien ressentir quelque chose pour quelqu'un et ça expliquerait pourquoi tu n'as plus envie de coucher avec moi.

Draco se retrouva à court de mots tant il était troublé. Ses neurones s'agitaient à toute vitesse dans sa tête. Est-ce qu'il ressentait autre chose que de l'amitié envers Harry ? Est-ce que ses sentiments envers lui avaient changé sans qu'il ne s'en rende compte ? Non, c'était impossible. Draco savait très bien que Harry sortait d'une relation difficile. Il ne pouvait pas être tombé amoureux du Gryffondor alors que celui-ci était encore sûrement traumatisé par sa relation avec Pucey... Il n'avait pas le droit de nourrir de tels sentiments à l'égard de Harry. Mais ne disait-on pas que le cœur avait ses raisons que la raison ignorait ? Non, il ne pouvait pas utiliser un proverbe pour se justifier. Mais se justifier de quoi ? Il n'en avait aucune idée. Il était perdu et ne savait plus quoi penser de tout ça. Il chassa ses pensées et répondit à Dean :

- C'est une possibilité. Je n'en sais rien, en fait. Je suis un peu paumé. Mais... ça ne te dérange pas qu'on arrête de se voir ?

- Non, pas du tout, assura Dean. J'aurais bien aimé continuer mais on a déjà passé de bons moments et c'est ça que j'ai envie de retenir.

Draco ne put s'empêcher de se dire une fois de plus que Dean était vraiment un mec parfait. Il ne se prenait pas la tête, il ne faisait aucun reproche à Draco, il préférait retenir le bon côté des choses... Draco lui souhaitait sincèrement de trouver l'amour et ce, avec quelqu'un qui le respecterait. Dean méritait ce qu'il y avait de mieux.

- Tu as raison, approuva Draco. J'ai adoré aussi les moments qu'on a passés ensemble. Tu m'as fait découvrir l'autre côté du sexe et je ne te remercierai jamais assez de m'avoir fait vivre une première fois aussi parfaite.

- C'est ta prochaine conquête ou ton prochain petit-ami qui pourra profiter de l'expérience que tu as acquise, dit Dean avec un clin d'œil. Cette personne sera une sacrée veinarde. Il faudrait qu'elle soit très difficile pour ne pas être comblée avec toi.

Draco rougit sous le compliment.

- La prochaine personne avec qui je coucherai sera forcément mon prochain petit-ami. J'ai vraiment adoré nos rapports mais je ne veux plus coucher juste pour coucher.

- Tu as envie de te caser, quoi, devina Dean.

- Oui, répondit honnêtement Draco. J'ai besoin d'une relation sérieuse.

- Je comprends, affirma Dean. Moi aussi j'aimerais bien me caser, mais la seule personne avec qui j'ai envie de le faire n'est pas intéressée.

- Essaie de trouver quelqu'un d'autre, suggéra Draco.

Dean secoua la tête.

- Mon cœur ne bat que pour une personne. Mais pour l'instant je suis bien comme ça. Je laisse les choses venir et ça me convient très bien ainsi. Bon, je vais te laisser, tu rentrais à ta salle commune, je crois.

- En effet. J'ai des devoirs à faire et je sens que je vais y passer des heures, alors autant m'y mettre le plus vite possible.

- Sage décision. Passe une bonne soirée, alors.

Draco acquiesça, souhaita de même à Dean et reprit son chemin vers sa salle commune. Il y arriva deux minutes plus tard et monta directement à son dortoir. Heureusement qu'il avait commencé les cours à dix heures, sinon, avec le début de soirée qu'il avait eu, il serait sur les rotules ! Il était donc plutôt en forme et réussit à avancer de façon considérable sur le devoir d'histoire de la magie qu'il avait déjà commencé quelques jours plus tôt. Il avait vraiment hâte de pouvoir travailler de nouveau avec Harry sur leurs devoirs. Certes, il aidait Harry sur certains d'entre eux mais ce n'était pas pareil que lorsqu'ils faisaient leurs devoirs ensemble. Ils devaient toujours les rendre séparément, même si Draco était parfois missionné par Severus pour rendre un devoir de Harry à un professeur. C'était souvent le cas en histoire de la magie, en Défense Contre les Forces du Mal et en botanique. Draco était toujours ravi de mener à bien sa mission. Il était content de pouvoir faire quelque chose pour Harry. Mais cela ne voulait pas dire pour autant qu'il nourrissait quelque sentiment que ce soit à son égard... C'était normal de vouloir rendre service à son binôme. Draco sentait bien qu'il essayait de se convaincre lui-même, que ça cachait quelque chose mais il n'était pas prêt à assumer la vérité. Pour l'instant, Harry était son ami et c'était très bien ainsi.

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(jeudi 25/01) POV Tonks

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Tonks était en train de rédiger le rapport d'une mission à laquelle elle avait participé lorsque Bart frappa et entra dans son bureau.

- Ah, tu es encore là. J'avais peur que tu sois déjà partie.

- Pourquoi ? Tu as besoin de moi ? Il y a quelque chose d'urgent ? Mes jours de repos sont annulés ?

- Non, non, rassure-toi, tu es toujours en repos dès ce soir et personne ne touchera à tes congés, c'est promis. C'est justement parce que tu ne vas pas être là pendant trois jours que je voulais te voir. Je sais que tu es sur l'enquête concernant le voleur de potions à Sainte-Mangouste et vu que c'est l'affaire la plus importante en ce moment, il faut qu'on ait tes notes sur les investigations pour pouvoir continuer à travailler dessus.

- D'accord, je te donne ça tout de suite.

Tonks chercha dans ses dossiers, prit le plus gros d'entre eux et le donna à Bart.

- Voilà, j'espère que ça vous aidera à avancer sur cette affaire.

- Je l'espère aussi. Mais n'y pense pas trop jusqu'à ton retour, d'accord ?

- D'accord, répéta Tonks. Mais tu n'as pas à t'en faire, j'ai trop besoin de ce week-end de trois jours pour ne pas en profiter.

- Tu as prévu quoi de beau ?

- Pas grand-chose, hormis un dîner chez mes parents ce soir. Ça va me faire du bien de passer une soirée entière avec eux.

- Profite-en bien, alors. Bon, je vais te laisser, j'imagine que tu veux travailler un maximum avant de t'en aller. Histoire d'avoir moins de scrupules à l'idée de passer trois jours loin de ton boulot.

Tonks retint une grimace. Bart la connaissait trop bien.

- Même si je sais que j'ai mérité ce repos, je ne peux pas m'empêcher de me dire que c'est du temps perdu pour plusieurs enquêtes importantes.

- Je comprends, c'est aussi l'impression que j'ai parfois quand je pars en congés mais il faut que tu te dises qu'à un moment, tu ne serais plus du tout productive tellement tu serais fatiguée. Alors oui, tu viendrais au boulot, mais niveau efficacité, ça reviendrait au même que si tu étais restée chez toi.

- C'est vrai, reconnut Tonks. Vu comme ça, j'ai un peu moins de remords. Quoi qu'il en soit, lundi je vais revenir en pleine forme et je serai d'attaque pour traiter toutes les affaires non résolues !

- Je compte sur toi pour ça, s'amusa Bart. Allez, travaille bien.

Bart s'en alla, laissant Tonks seule avec son rapport. Elle s'y remit et travailla d'arrache-pied dessus jusqu'à ce qu'il soit l'heure pour elle de partir. Elle rangea ses affaires, vérifia qu'il n'y avait aucune affaire urgente qu'elle devait transmettre à ses collègues puis elle quitta son bureau. Elle salua les collègues qu'elle croisa et sortit du Ministère. Elle transplana et se retrouva devant chez elle. Elle voulait se délester de tout ce qui avait trait à son travail avant d'aller chez ses parents. Une fois ceci fait, elle se demanda si elle devait transplaner ou prendre la poudre de Cheminette pour se rendre chez ses parents. Elle se souvint que sa mère lui avait dit qu'elle pouvait utiliser la cheminée. Ce fut donc ce qu'elle fit. Elle prit de la poudre de Cheminette, prononça l'adresse de ses parents et jeta la poudre dans l'âtre. Dix secondes plus tard, elle atterrit dans une cheminée qu'elle connaissait bien. Son père, qui était assis à table, l'accueillit avec un grand sourire.

- Dora, ma fille unique et adorée ! Comment vas-tu ?

- Bien, je suis super contente d'être ici et de passer la soirée avec mes parents adorés. Ça fait trop longtemps qu'on ne s'est pas vus. Où est maman ?

- Dans la cuisine, en train de préparer le dîner. Elle a tenu à ce que ce soit elle qui fasse le repas. J'ai voulu l'aider mais elle n'a pas voulu. Je n'ai pas voulu la contrarier alors je n'ai pas insisté.

- Tu as bien fait. Sinon tu te serais fait projeter hors de la cuisine en un coup de baguette ! J'ai hâte de voir ce qu'elle a préparé.

- Oh, tout ce qu'il y a de plus commun mais elle veut que ce soit bien fait. Mais ne reste pas debout, voyons, assis-toi.

Tonks ne se fit pas prier et s'installa en face de son père. Ils discutèrent de la nouvelle déco du salon jusqu'à ce qu'ils furent rejoints par Andromeda.

- Ted, voyons, tu aurais pu me dire que notre fille était arrivée !

- Et comment j'aurais pu le faire ? Tu refuses que j'approche de la cuisine ! Tu voulais peut-être que je t'envoie un Patronus ?

Tonks dut se mordre la lèvre pour ne pas rire en entendant la remarque de son père. C'était bien de voir que rien n'avait changé. Ses parents avaient toujours aimé se lancer des piques. C'était un peu leur façon de communiquer.

- Le repas n'est pas encore prêt mais on va patienter avec des amuse-bouche, annonça Andromeda. Comment vas-tu, Dora ? Ça se passe bien, au Ministère ? Tu as beaucoup de travail, d'après ce que tu nous disais dans tes lettres.

- Oui mais ça va, je m'en sors. Je savais à quoi m'attendre en me lançant là-dedans. La formation, ce n'est rien comparé au métier en lui-même. Mais j'aime ce que je fais alors c'est beaucoup plus facile à supporter. En plus, on me met sur de plus en plus d'enquêtes, je suis davantage sur le terrain et ça c'est cool. C'est plus pratique pour rédiger les rapports. Mais j'étudie aussi minutieusement chaque affaire pour essayer de trouver la faille pour la résoudre. Il y a des enquêtes où ça va vite mais il y en a d'autres où c'est un travail de longue haleine. Par exemple, actuellement, on est sur une affaire depuis un mois et on n'a toujours aucune piste. C'est typiquement le genre d'enquête où on peut y passer six mois, un an, deux ans sans que ça ne donne aucun résultat et paf, d'un coup, le coupable commet une erreur, on le coince et hop, c'est bon, l'affaire est résolue. C'est sûrement ce qui va se passer avec les vols de potions à Sainte-Mangouste. On est plus de la moitié de l'effectif à travailler dessus et on n'a toujours rien trouvé alors que ça fait un mois qu'on passe en revue chaque élément. C'est assez frustrant. Enfin bon, je ne vais pas vous embêter pendant toute la soirée en parlant de mon métier...

- Non, au contraire, ça fait plaisir de voir quelqu'un aussi passionné par son métier, répondit le père de Tonks. Ça se passe bien avec ton supérieur ?

Ted posa cette question sur un ton qu'il voulait détaché mais Tonks n'était pas dupe. Elle savait que, tout comme sa mère, il était inquiet à ce sujet. Elle ne leur avait pas caché ce qui s'était passé avec son ancien supérieur. Elle leur avait raconté la mission pendant laquelle Gary Brenston l'avait mise en danger huit mois plus tôt. Le conseil disciplinaire de son ancien supérieur devait se tenir un mois et demi plus tard et Tonks avait à la fois hâte et pas hâte d'y être. D'un côté, elle voulait y être pour que cette histoire soit enfin derrière elle et d'un autre côté, elle ne voulait pas du tout y être car cela signifiait qu'elle allait revoir Brenston et elle n'en avait pas du tout envie. Mais elle ne devait pas y penser pour le moment. Elle sourit à son père et lui répondit :

- Oui, il est super. J'ai l'impression qu'il est partout derrière moi sans pour autant être envahissant. Il me guide tout en me laissant de l'autonomie. C'est un très bon supérieur.

- Tant mieux. C'est juste dommage que tu ne l'aies pas eu dès le début à la place de l'autre.

- Ça m'a forgé le caractère, positiva Tonks. Mais j'avoue que la première année après ma formation se serait mieux passée avec Bart.

- Le principal, c'est que tout aille pour le mieux, maintenant. Et avec tes collègues ? Ça se passe bien aussi ?

- Avec la plupart d'entre eux, oui. Il y en a qui sont de vrais idiots alors je ne fais pas attention à eux. J'ai surtout de bonnes relations avec Kingsley, Dawlish et Bart.

- Tu ne te lasses pas, à force, de toujours être avec des hommes ? s'interrogea Andromeda.

- Non, je suis comme ça depuis Poudlard. J'ai toujours préféré la présence des garçons à celle des filles. J'étais quand-même amie avec des filles mais je passais davantage de temps avec les garçons. Et ce n'est pas en faisant ce métier que ça va changer. À part moi, je crois qu'il y a seulement trois autres femmes. Ce n'est pas comme ça qu'on va gagner le combat de la parité. Mais je pense qu'il y a pas mal de filles qui ont dû avoir Brenston comme supérieur et qui ont vite démissionné à cause de lui. Ça, c'est du vrai gâchis. Car elles ont souffert comme tout le monde pour arriver au bout des trois ans de formation et elles ont dû tout laisser tomber à cause d'un homme alors qu'elles avaient sûrement une belle carrière devant elles... J'espère vraiment qu'à l'issue du conseil, Brenston va être définitivement démis de ses fonctions. Il n'aura plus qu'à se trouver un autre boulot. Ça lui fera les pieds. Et moi, ça me fera des vacances. Tout ce que je veux, c'est être loin de lui. Je suis même prête à l'aider à trouver un job si ça peut me permettre de ne plus jamais le revoir ensuite.

- Tu es bien une Poufsouffle, dit affectueusement Ted. Cet homme a beau t'avoir mené la vie dure, tu es prête à lui venir en aide pour lui trouver un travail...

- Oui mais attention, je n'ai pas dit que j'essaierais de lui trouver un travail avec un bon salaire et des employeurs sympa, objecta Tonks, malicieuse.

- Ooooh, mais c'est très rusé, ça, s'amusa Ted.

- Et très intelligent, renchérit Andromeda. Aider l'ennemi tout en faisant en sorte de se venger. Tu es la digne fille de tes parents. Aussi rusée que ta mère et aussi intelligente que ton père.

- Il fallait bien qu'elle ait un peu de Serdaigle en elle pour avoir réussi à devenir Auror, fit remarquer Ted. Mais j'ai toujours su qu'elle avait aussi une part de Serpentard en elle. Elle a l'intelligence des Serdaigle, la ruse des Serpentard et les qualités morales des Poufsouffle.

- Et le caractère bien trempé des Gryffondor, ajouta Andromeda. On se demande bien de qui elle le tient...

- Tu ne serais pas en train d'accuser ton cousin, par hasard ? soupçonna Tonks.

- Moi ? Non, pas du tout, voyons... Tu ne passais absolument pas tout ton temps sur ses genoux à chaque fois qu'il venait à la maison... Combien de fois nous as-tu dit que tu voulais lui ressembler plus tard...

- Tu dis ça comme si c'était une tare mais tu l'as toujours adoré, répliqua Tonks. Et c'est réciproque. Ça lui ferait d'ailleurs plaisir de te revoir. Il m'a posé plein de questions sur vous deux quand je suis allée dîner chez lui à la fin de l'été. Je vous en avais parlé, je crois.

- Oui, une phrase dans une lettre, ironisa Andromeda. Si tu appelles ça «nous en parler»...

- Je ne pouvais pas vous raconter tout un dîner dans une simple lettre, se défendit Tonks. Je voulais juste attendre qu'on se voit.

- Tu as eu raison, approuva Ted. C'est bien plus sympa à raconter et à entendre de vive voix. Alors, comment ça s'est passé ?

Il n'en fallut pas plus pour que Tonks raconte la soirée qu'elle avait passée au Square cinq mois plus tôt. Cela faisait six mois qu'elle n'avait pas vu ses parents, elle n'avait donc pu évoquer ce dîner que dans une des lettres qu'elle leur avait envoyées. Elle parla de Sirius, de sa bonne humeur légendaire, de ses blagues pourries mais drôles, des petites piques qu'il lançait à tout le monde... Elle parla aussi de ce qui avait changé chez lui, à savoir une certaine maturité, un désir de stabilité beaucoup plus prononcé qu'avant, une phobie de la foule qu'il avait développée suite à son long séjour à Azkaban... Elle raconta également à quel point le Square avait changé, avec sa décoration plus lumineuse, les têtes d'elfes qui avaient disparu, les murs qui avaient été repeints deux fois... Cela l'amena à parler de Remus, puis de Harry. Elle s'émerveilla de la complicité qui les unissait à Sirius et de la famille qu'ils semblaient former à eux trois. Elle termina son récit en apprenant à ses parents que Sirius et Remus avaient tous deux trouvé un poste de professeur à Poudlard. Andromeda et Ted furent très surpris d'apprendre cette nouvelle. Tonks les rassura sur les capacités de Sirius en leur disant qu'il avait passé six mois à se préparer à devenir professeur en lisant tout un tas de livres et qu'il avait été coaché par Remus qui l'avait mis dans toutes sortes de situations dans lesquelles Sirius pourrait se retrouver avec ses élèves. Elle dut être très convaincante car ses parents semblèrent rassurés.

- Je confirme, tu n'aurais pas pu nous raconter tout ça dans une lettre, conclut Ted. En tout cas, tu as l'air d'avoir passé une super soirée là-bas.

- Oh oui, c'était vraiment génial. Harry avait juste l'air un peu tristounet et j'ai bien senti que Sirius et Remus étaient inquiets pour lui, même s'ils essayaient de ne pas le montrer pour ne pas plomber l'ambiance du dîner. J'ai alors tenté de lui changer les idées et ça a marché. Ça a été très facile de lui faire retrouver le sourire. On s'est un peu ligués contre Sirius et Remus et c'était juste trop drôle de voir leur air outré. Ça m'a vraiment fait plaisir de faire la connaissance de Harry. Ce gamin est juste hyper adorable. Et il semble très bien entouré avec Sirius et Remus. Je veux une famille comme la leur. Pleine de complicité et d'amour.

- En parlant de famille... Ça en est où ? demanda innocemment Andromeda.

Tonks se sentit rougir. Elle savait très bien que sa mère ne lui demandait pas vraiment si elle avait des projets de bébé mais plutôt si elle avait quelqu'un en vue en ce moment. D'habitude, elle n'était pas gênée d'en parler, elle avait eu plusieurs relations depuis sa sortie de Poudlard et elle avait parlé de chacune d'entre elles à ses parents. Mais là, c'était différent. Elle ignorait comment allaient réagir son père et sa mère quand elle leur annoncerait qu'elle sortait avec Severus Snape. Tous deux étaient au courant que Severus avait été un Mangemort et même s'il avait été acquitté grâce à Dumbledore, elle avait peur que ses parents ne retiennent que ça de Severus. Tonks savait à quel point ils avaient les Mangemorts en horreur. Cela n'avait rien d'étonnant : son père faisait partie des personnes que ces mages noirs et leur maître voulaient exterminer puisqu'il était un né-moldu et sa mère n'avait jamais adhéré à l'idéologie anti-moldus de sa famille qui l'avait reniée et effacée de la tapisserie des Black lorsqu'elle s'était justement mariée avec un né-moldu. Tonks avait donc de bonnes raisons de redouter la réaction de ses parents quant à sa relation avec Severus. De toute façon, elle n'avait pas prévu de leur en parler ce soir-là. C'était trop tôt. Elle allait juste tâter un peu le terrain.

- Je suis avec quelqu'un, dit-elle prudemment.

- Oh, tu as réussi à trouver l'amour malgré ton travail qui te prend tout ton temps ? s'étonna Ted.

- Je n'ai pas eu à le chercher, en fait, expliqua Tonks, gênée. Nos chemins se sont croisés plusieurs fois dans le cadre de mon travail ou du sien et il s'est passé quelque chose dès la première fois qu'on s'est vus. Mais on a mis du temps à se rapprocher. On n'assumait pas trop nos sentiments alors on essayait de faire comme si de rien n'était. On a cependant fini par échanger un baiser au Ministère, dans mon bureau. Il est parti peu après car on était sur mon lieu de travail et il ne voulait pas qu'on se fasse surprendre. Il ne me l'a pas dit mais je l'ai deviné. Et ça tombait bien car je ne voulais pas avoir d'ennuis non plus. Après ça, je suis restée un mois sans avoir de ses nouvelles. Ce n'est que la veille de Noël qu'on s'est revus. Enfin, on s'était croisés une fois entre-temps mais on n'avait pas eu le temps de parler. On a mis les choses à plat et il m'a dit qu'il regrettait ce baiser car il ne pensait pas avoir le droit de vivre une histoire d'amour à cause de son passé. À force de persuasion, je suis parvenue à le raisonner et à le convaincre qu'il avait au contraire le droit à une seconde chance. Il m'a dit qu'il allait y réfléchir à tête reposée et c'est ce qu'il a fait. Dix jours plus tard, il est revenu me voir, on est allés chez moi et il m'a dit qu'il était prêt à s'engager dans une relation avec moi. On ne s'est pas revus depuis mais à la suite d'une lettre qu'il m'a envoyée pour m'expliquer pourquoi il n'avait pas pu revenir me voir, je lui ai répondu et on a décidé de rester en contact de cette manière-là. Comme ça, même si on ne peut pas se voir, on a régulièrement des nouvelles l'un de l'autre et on trouve ça très agréable. C'est un peu la folie dans sa vie professionnelle en ce moment et je suis moi aussi très occupée. Du coup, c'est beaucoup plus simple pour nous de s'écrire. Voilà, je ne vous ai pas tout dit mais vous savez où j'en suis actuellement dans mes amours.

- En effet, mais je t'avoue que je ne m'attendais pas à ça, confia Andromeda. Ce n'est pas dans tes habitudes de prendre autant de temps avant de sortir avec quelqu'un. En temps normal, tu ne te poses pas de questions et tu fonces sans réfléchir. Et ce n'est pas ton genre d'entretenir une relation avec quelqu'un sans pouvoir le voir régulièrement. Est-ce que ça signifie que cette histoire est bien plus sérieuse que les autres ?

Tonks rougit de nouveau. Andromeda sembla se pâmer de bonheur.

- C'est avec lui que tu comptes te marier ? Et avoir des enfants ?

- Oui, peut-être, répondit Tonks en se trémoussant sur sa chaise.

- Il faut absolument que tu nous le présentes, dans ce cas ! Tu ne nous as même pas dit son nom.

- Parce que je préfère attendre un peu avant de vous dire de qui il s'agit.

- Pourquoi ? demanda Andromeda, l'air déçu.

- Je ne lui ai pas encore demandé s'il serait d'accord pour que je vous dise son nom. Je veux d'abord en parler avec lui.

- Tu as peur qu'il refuse ? intervint Ted, surpris.

- Un peu, oui. Ce n'est pas contre vous, c'est juste que... c'est compliqué.

- Tu ne l'aurais pas dit, on ne l'aurait pas deviné, se moqua gentiment Ted. On va te laisser tranquille avec ça, alors. Mais on a hâte de savoir qui est cet homme qui a réussi à te séduire à ce point.

- Je vous le dirai dès que je le pourrai, promit Tonks.

Cela parut suffire à ses parents qui acquiescèrent avant de changer de sujet. Le reste de la soirée se passa dans la joie et la bonne humeur. Ce ne fut que sur les coups de minuit que Tonks rentra chez elle, épuisée mais ravie d'avoir passé du temps avec ses parents. Cela lui avait fait énormément de bien. Elle était soulagée qu'ils n'aient pas cherché à lui tirer les vers du nez sur l'identité de l'élu de son cœur. Elle se fit la promesse d'en parler le plus rapidement possible avec Severus. S'il acceptait qu'elle révèle son nom à ses parents, elle le ferait la prochaine fois qu'elle les verrait. Elle redoutait toujours leur réaction mais elle ne voulait pas leur cacher trop longtemps le nom de l'homme qu'elle aimait. Elle sentait que Severus était l'homme de sa vie et elle espérait de tout cœur que ses parents l'accepteraient tel qu'il était.

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(vendredi 26/01) POV Severus

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Severus était en pleine préparation de potion lorsqu'il entendit des coups frappés à la porte de son laboratoire. Intrigué, il alla ouvrir et tomba sans surprise sur Harry. Celui-ci semblait gêné.

- Je ne voulais pas vous déranger, professeur, mais... je me demandais si vous aviez annulé la séance de thérapie sans que je m'en souvienne, étant donné qu'il est un peu plus de treize heures et que je ne vous voyais toujours pas arriver dans le salon...

Severus resta un moment surpris. Il n'avait quand-même pas oublié l'heure ?! Apparemment, si. Il était tellement absorbé par la fabrication de sa potion qu'il s'était presque déconnecté de la réalité. Il s'en voulut à cette pensée. Un médicomage n'avait pas à oublier son patient ! Heureusement, Harry ne lui en tenait visiblement pas rigueur. Il avait même pris la faute sur lui en croyant que la séance avait été annulée et qu'il ne s'en était pas souvenu... C'était typiquement dans ce genre de situation que Severus avait du mal à reconnaître l'adolescent qui vivait sous son toit. Il avait un côté soumis qui ne correspondait pas du tout au garçon qu'il avait pendant ses cours depuis la première année. Il fallait absolument qu'il creuse ce sujet mais ce n'était pas encore à l'ordre du jour durant les séances de thérapie. Ils avaient commencé à aborder le sujet Pucey et ils allaient certainement passer encore plusieurs séances là-dessus. Mais cela allait quand-même plus vite que les autres sujets puisqu'ils en avaient déjà parlé avant.

- Vous n'avez rien oublié du tout, répondit Severus. C'est moi qui me suis laissé prendre par le temps et qui n'ait pas vu l'heure passer. Je suis désolé, je ferai plus attention à l'avenir. Attendez-moi dans le salon, je gèle le chaudron et je vous rejoins.

Harry acquiesça et s'en alla. Severus rangea ses ingrédients et lança un sort pour geler le contenu de son chaudron avant de quitter son laboratoire. Il se rendit dans le salon et s'assit en face de Harry.

- Bien, lors de la dernière séance, nous nous étions arrêtés sur la discussion que vous aviez eue avec M. Pucey sur sa supposée allergie. Nous en avions parlé pendant un long moment car vous vous en vouliez de ne pas avoir vu qu'il vous mentait. Vous aviez cependant fini par admettre qu'il aurait été difficile pour vous de vous douter de quelque chose tellement M. Pucey avait été convaincant. Est-ce que vous souhaitez revenir là-dessus ?

- Non, c'est bon. J'aimerais passer à la suite.

- Comme vous voulez. Je vous écoute, alors.

Severus fit exprès de ne pas poser de question à Harry afin de le laisser gérer la séance comme il le souhaitait. Évidemment, s'il voyait que Harry ne s'en sortait pas, il reprendrait les rênes.

- C'est un peu plus de dix jours après cette discussion que les premières tensions sont apparues entre Adrian et moi. Ce jour-là, Draco et moi avions prévu d'avoir une séance de travail à dix-sept heures et on s'était promis de ne pas en sortir tant qu'on n'aurait pas terminé un devoir. On pensait en avoir pour un peu plus de deux heures. Seulement, Adrian avait insisté pour qu'on se voit le même jour à dix-neuf heures. J'avais fini par accepter mais je l'avais prévenu que je risquais d'être un peu en retard. J'étais donc en train de travailler avec Draco quand Adrian a débarqué pour venir me chercher. J'ai tout de suite vu qu'il n'était pas content du tout. Il m'a clairement fait comprendre qu'il était agacé que je sois encore avec Draco et il m'a carrément suggéré de reporter ma séance de travail à un autre jour. Ça n'a pas plu à Draco qui s'en est mêlé et qui a dit à Adrian qu'il n'avait rien à faire là puisque la salle des binômes était une salle réservée aux élèves de troisième, quatrième et cinquième année. Draco lui a demandé de me laisser tranquille, ce à quoi Adrian a rétorqué que j'étais son petit-ami, qu'on avait rendez-vous et qu'il avait donc parfaitement le droit de venir me chercher. Ces mots sont restés gravés dans ma mémoire tellement ça résumait la façon dont Adrian me considérait. C'est-à-dire comme sa propriété. Draco et lui se sont pris la tête et comme j'avais peur que ça tourne au règlement de comptes dans la salle des binômes, je leur ai intimé de se calmer. J'ai cédé aux désirs d'Adrian et j'ai dit à Draco qu'il valait mieux qu'on se voit un autre jour. Draco était déçu mais il n'a pas insisté et il est parti. J'ai alors reproché à Adrian le comportement qu'il venait d'avoir. Il s'est un peu emballé en croyant que je ne voulais pas le voir mais il a fini par reconnaître qu'il n'aurait pas dû agir ainsi. Alors que je rangeais mes affaires, Hermione est venue me voir. Elle voulait me parler. Elle avait l'air mal à l'aise et Adrian aussi. Il a hésité avant de nous laisser seuls. Hermione m'a dit qu'elle avait vu ce qui s'était passé et elle voulait savoir si ça allait. Je l'ai rassurée et je suis vite allé rejoindre Adrian. Il m'a demandé ce que me voulait Hermione, je lui ai dit la vérité, à savoir qu'elle avait peur qu'il me fasse du mal. Je m'attendais à tout comme réaction de la part d'Adrian, surtout à ce qu'il s'énerve mais certainement pas à ce qu'il prenne la défense de Hermione. Il m'a dit qu'elle avait des raisons d'avoir peur qu'il s'en prenne à moi. Il m'a expliqué que dix jours plus tôt, il avait surpris un dealer en train d'essayer de vendre de la drogue à un jeune élève. Il était intervenu avant que la vente n'ait pu avoir lieu, il avait fait partir le jeune élève et comme il ne voulait pas que le dealer fasse d'autres victimes, Adrian avait essayé de lui prendre les potions. Hermione, qui faisait sa ronde à ce moment-là, les avait surpris et avait reconnu Adrian. Il avait eu peur qu'elle croit qu'il avait essayé d'acheter de la drogue et il s'était enfui en quatrième vitesse. Il pensait que Hermione m'aurait parlé de ça mais comme je n'avais pas abordé le sujet avec lui, il se doutait bien qu'elle ne m'avait rien dit. Il avait quand-même préféré mettre les choses au clair au cas où elle déciderait tout compte fait de m'en parler. En fait, il avait juste voulu prendre les devants et faire celui qui n'avait rien à se reprocher pour que je ne le soupçonne pas de se droguer. Une fois de plus, je l'ai cru sans me poser de questions. Il savait toujours comment tourner la situation à son avantage. Il avait fait la même chose lorsque j'avais découvert une fiole dans sa poche et qu'il m'avait dit qu'il s'agissait d'un traitement pour son allergie, comme je vous l'ai dit lors de la séance précédente. Là aussi, il avait anticipé les choses en me faisant croire que ce traitement pouvait avoir des effets secondaires sur son comportement. En fait, il se droguait déjà à ce moment-là et il ne voulait pas que je me doute de quelque chose s'il devenait agressif à cause de ses potions. En me disant que son traitement pouvait le rendre susceptible et agressif, il pouvait s'énerver comme il le voulait puisqu'il avait une bonne excuse. Il me menait complètement en bateau. Ce n'est pas étonnant que même les professeurs ne se soient rendus compte de rien. Il cachait tellement bien son jeu... Je sais que je n'ai pas de reproches à me faire et que je ne dois pas m'en vouloir d'avoir cru à tous ses mensonges. Mais je me sens mal. Et je me sens trahi. Affreusement trahi. Il a profité de ma naïveté et de ma confiance pour me faire gober tout et n'importe quoi. Pour lui, j'étais comme une petite marionnette qu'il pouvait manipuler comme bon lui semblait. Mais je sais pourtant qu'il m'aimait. Je sais qu'il ne me mentait pas quand il me le disait. Et c'est ça que je n'arrive pas à comprendre. Comment peut-on faire autant de mal à une personne alors qu'on l'aime ?

Harry se tut sur ces mots. Il avait l'air tellement triste et désemparé que Severus eut mal pour lui. Il savait que Harry avait besoin d'une réponse à cette question, alors il la lui donna :

- Les potions qu'il prenait ont eu raison de lui. Oui, il vous aimait, ça, c'est indéniable. Je pense qu'il s'en voulait réellement lorsqu'il s'énervait mais qu'il ne pouvait rien y faire. C'était plus fort que lui. Il était totalement possédé par ses potions. Elles le contrôlaient. Il n'était pas lui-même quand il s'en prenait à vous. Mais soyons clairs : cela n'excuse en rien tout ce qu'il a pu vous faire. Je veux juste que vous compreniez que c'étaient ses potions qui le poussaient à devenir violent, que ce soit dans ses mots ou dans ses gestes.

Harry acquiesça. Il avait l'air plus apaisé. Severus comprit que c'était important pour lui de s'assurer que Pucey l'avait vraiment aimé. Que tout n'avait pas été qu'une simple mascarade.

- Est-ce que vous êtes au point sur ce moment de votre relation ?

- Oui.

- Bien. Que s'est-il passé après ce jour-là ? Quel est l'événement suivant qui vous a marqué durant cette relation ?

Harry fronça légèrement les sourcils et sembla se concentrer. Severus devina qu'il avait un petit trou de mémoire et qu'il essayait donc de se souvenir ce qui l'avait marqué après ce jour-là. Severus sut qu'il venait de s'en souvenir lorsqu'il parut relativement gêné.

- Je crois qu'il a dû se passer environ dix jours sans qu'il n'y ait eu d'autres tensions entre nous. Il y en a eu de nouveau lors d'un... euh... non, ça ne vaut pas la peine d'en parler.

- Pourquoi cela ?

- Parce qu'il n'y a pas eu de dispute à proprement parler. Seulement un léger malentendu. Mais il y a quand-même eu un signe qui aurait pu me mettre la puce à l'oreille...

- Dans ce cas, il serait peut-être judicieux d'en parler, contrairement à ce que vous semblez penser.

- Je ne crois pas que ce soit nécessaire, répondit Harry, l'air vraiment mal à l'aise.

Severus regarda attentivement son patient. Il était presque sûr d'avoir compris ce qui le gênait autant mais ce n'était pas une bonne chose de faire l'impasse sur ce genre de souvenir.

- M. Potter, vous savez que vous allez devoir finir par me parler de ce qui s'est passé juste avant que vous preniez ces cinq fioles de potions de sommeil sans rêves ? Au vu des lésions que j'ai constatées et soignées pendant que vous étiez inconscient, je n'ai eu aucun mal à deviner ce que M. Pucey vous avait fait mais vous avez besoin d'extérioriser ce que vous avez ressenti lors de ce viol. C'est aussi un peu pour ça que nous reprenons les choses depuis le début de votre relation avec M. Pucey. Pour finir par arriver à ce moment-là. Ce n'est qu'après en avoir parlé que vous pourrez tourner la page et passer à autre chose. Donc s'il s'est passé d'autres choses à ce niveau-là qui vont ont choqué ou traumatisé, il vaut mieux que vous en parliez. Vous serez ainsi un peu plus à l'aise lorsque vous devrez aborder cet événement de la fin de votre relation.

Harry acquiesça de nouveau. Il sembla prendre une grande inspiration avant de se lancer :

- On venait de passer un moment intime mais rien de bien poussé. Lui voulait remettre ça mais moi j'étais rincé. Je le lui ai dit mais il a quand-même réussi à me faire réagir et je ne sais pas ce qui lui a pris mais il a voulu aller beaucoup plus loin alors qu'il savait que je n'étais pas prêt. Je l'ai repoussé, il a compris qu'il m'avait effrayé et il s'est excusé. J'ai alors été troublé à ce moment-là, non pas par ses excuses, mais par son regard vitreux. Ça m'a vraiment intrigué. Je sentais qu'il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond mais je n'arrivais pas à savoir quoi. C'était pourtant évident. J'aurais dû me douter de quelque chose. Le comportement étrange d'Adrian, son regard vitreux... Mais ce n'était visiblement pas assez évident pour moi vu que je n'ai rien compris. Encore une fois, je sais que je ne dois pas m'en vouloir mais je me dis qu'il y a eu plein de signaux et que je n'ai rien vu...

- C'est pour cela que nous devons en parler. Avant M. Pucey, vous n'avez certainement jamais vu de près quelqu'un qui se droguait ?

- Non, c'était la première fois que j'avais quelqu'un comme ça dans mon entourage.

- C'est donc normal que vous n'ayez pas compris que M. Pucey se droguait. Et puis il y a aussi le fait que vous ne vouliez peut-être pas le croire. Et ça, c'est tout à fait normal. On a souvent tendance à refuser de voir la réalité lorsque cela concerne quelqu'un de trop proche. C'est plus facile de faire l'autruche. Est-ce que vous comprenez ?

- Oui, répondit Harry d'un ton sincère.

- Bien. Je pense que nous pouvons nous arrêter là pour aujourd'hui. À moins que vous ressentiez le besoin de continuer ?

- Non, je crois que ce serait plus contre-productif qu'autre chose. Par contre j'ai une question à vous poser.

- Je vous écoute.

- Quand j'aurai repris les cours, quand les séances auront-elles lieu ?

- L'idéal serait qu'on se voit le mercredi, le samedi et le dimanche pour que cela fasse trois séances par semaine. Nous essaierons de nous voir une heure ou une heure et demie le mercredi soir et deux heures le week-end mais si cela empiète trop sur vos devoirs et sur vos séances de travail, nous nous en tiendrons à trois séances d'une heure et demie. Est-ce que cela vous convient ?

- Oui, c'est parfait.

- Vous pouvez y aller, dans ce cas. Je viendrai vous chercher lorsque votre parrain sera là.

Harry hocha la tête, remercia Severus et s'en alla. Severus soupira. Il redoutait la reprise des cours pour Harry, bien qu'il s'efforçait de ne pas le lui montrer. Même s'il le préparait en douceur, il savait que ça allait être brusque pour Harry. Heureusement, le lundi, il finissait les cours à quatorze heures, si l'on omettait le cours d'astronomie à vingt-et-une heures. Harry n'aurait donc pas à subir une trop longue journée de cours. C'était parfait pour une reprise. En revanche, Severus regrettait de ne pas avoir les cinquième année ce jour-là. Il les avait une heure le mardi et le mercredi en théorie et deux heures le vendredi en pratique. Il était donc un peu déçu. Par contre, Harry allait avoir sortilèges le matin et métamorphose l'après-midi. Ça, c'était une bonne chose. Cela rassurait un peu Severus. S'il y avait un problème, Black et Lupin le verraient sûrement. Et Severus savait qu'ils n'hésiteraient pas à venir lui en parler. Cette pensée le rasséréna. Il se leva avec entrain et retourna à son laboratoire. Il désactiva le sort de gel et se remit à sa potion. Cette fois, il allait faire attention à l'heure. Comme c'était vendredi, Harry devait rentrer chez son parrain et son directeur de maison le soir-même vers dix-sept heures. Severus devait donc se tenir prêt lorsque Black viendrait. Il ne voulait pas répéter la même erreur qu'une heure et demie plus tôt. C'était la première fois qu'il se laissait autant prendre par le temps. Habituellement, il était toujours sur ses gardes. Mais cela s'expliquait sûrement par le fait qu'il se sentait bien. Il était détendu et comme préparer des potions le relaxait déjà à la base, il s'était laissé aller sans s'en rendre compte. Mais il savait que cette sensation de bien-être n'était que temporaire. S'il devait reprendre son travail de professeur à plein temps lorsque Harry retournerait lui-même en cours, il n'était pas sûr de rester détendu bien longtemps. Son métier de médicomage allait vite lui manquer et cela allait inévitablement se ressentir sur son humeur. Il savait qu'il devait en parler à Dumbledore mais il n'arrivait pas à trouver le temps pour cela. Bon, il fallait dire qu'il ne faisait pas beaucoup d'efforts pour le trouver, ce temps. Il avait tellement peur que Dumbledore ne veuille pas le laisser exercer son métier de médicomage à mi-temps qu'il n'osait pas aller le voir. Il devait pourtant le faire et ce, avant que Harry ne retourne en cours. Si, pour son plus grand bonheur, Dumbledore acceptait de le laisser reprendre son poste de professeur à mi-temps seulement, il allait devoir s'organiser avec Horace pour qu'ils se répartissent les cours. Et cela leur prendrait une bonne demie-journée. Mieux valait donc s'y mettre assez tôt. Et pour cela, Severus devait aller parler au directeur. Il ne lui restait plus que dix jours, puisque la reprise des cours de Harry devait avoir lieu non pas ce lundi-là, mais celui d'après. Severus ne pouvait plus reculer. Il décida alors de prendre son courage à deux mains et d'aller voir Dumbledore le lendemain ou le surlendemain. Ce fut sur cette pensée qu'il reporta son attention sur sa potion. Elle était longue à préparer, il y était depuis le début de la journée et il espérait l'avoir terminée avant le dîner. Mais comme souvent, un imprévu – pas si imprévu que ça – allait chambouler ses plans...

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Lorsqu'il vit dix-sept heures arriver, Severus sortit de son laboratoire et se rendit au salon. Il y vit Harry qui était déjà prêt à partir.

- Hâte de vous en aller ? se moqua Severus.

- Non, c'est juste que je voyais l'heure tourner, je venais de terminer de lire mon dernier cours et je ne voulais pas me mettre à un devoir si c'était pour m'arrêter un quart d'heure plus tard. Et comme je n'ai aucune volonté, je savais que si je restais dans la chambre, je n'allais pas pouvoir m'empêcher de m'y mettre. Au moins, là, ici, avec toutes mes affaires dans mon sac et dans ma valise, je sais que je ne vais pas y toucher.

- Je vois. Toute cette histoire vous aura rendu bien studieux.

- En même temps, je n'avais pas grand-chose d'autre à faire, grimaça Harry. Mais c'est plutôt une bonne chose. Je pense que je vais avoir progressé dans toutes les matières quand je vais reprendre les cours. Je comprendrai sûrement mieux les cours d'histoire de la magie, déjà. Bon, par contre, pas sûr que je me serai amélioré en divination. Il n'y a rien à faire, c'est ma bête noire.

- Rassurez-vous, personne ne vous en tiendra rigueur si vous ratez cette épreuve aux BUSE. Vous pourrez vous passer de cette matière l'année prochaine.

- J'ai déjà décidé de ne pas poursuivre la divination en sixième année, de toute façon. Je vais juste garder les ma...

Harry fut interrompu par une apparition dans la cheminée. Sans surprise, c'était Black.

- Tu as le don de couper la parole aux gens, toi, ironisa Severus.

- Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

- Ton filleul était en train de me parler des matières qu'il prévoyait de garder après les BUSE. Mais on en reparlera un peu plus tard. Mieux vaut qu'il voit d'abord comment ça va se passer dans chaque matière dans les semaines qui suivent avant de décider ou non s'il va les garder.

- Entièrement d'accord. Est-ce que je peux te parler deux minutes avant d'y aller ?

- Je vous laisse, dit Harry avant que Severus n'ait pu répondre.

Harry quitta le salon et ferma la porte derrière lui. Severus se tourna vers Black.

- Je t'écoute.

- Cho Chang m'a dit qu'elle voulait te voir ce soir. Elle est visiblement prête à te parler.

- Ce soir ?! Mais... il est dix-sept heures ! Tu ne pouvais pas me le dire plus tôt ?!

- Je préférais te l'annoncer de vive voix, répliqua Black. Si ça peut te rassurer, je lui ai dit qu'il était préférable qu'elle attende dix-neuf heures pour venir te voir. Comme ça, ça vous laisse le temps de dîner. Et si votre entretien dure plus de deux heures, tu lui feras un mot pour justifier le fait qu'elle se trouve dans les couloirs après le couvre-feu. J'ai tout fait pour que tu aies le temps de t'organiser.

Severus se détendit.

- Dans ce cas c'est bon. Merci de m'avoir prévenu. Je vais me rendre dans mon bureau dès que vous serez partis, Harry et toi.

- On va y aller, alors. Je vais chercher Harry.

Black sortit à son tour du salon et revint une minute plus tard avec Harry.

- Merci encore de t'être occupé de Harry cette semaine. Il viendra demain à treize heures, comme d'habitude, pour sa séance.

- Très bien, je l'attendrai. Passez une bonne soirée.

Parrain et filleul remercièrent Severus, lui souhaitèrent de même et s'en allèrent, par la porte cette fois. Severus ne perdit pas de temps, prit ce qu'il lui fallait pour son entretien avec Miss Chang puis il quitta ses appartements pour se rendre à son bureau. Comme il était à peine dix-sept heures trente et que Miss Chang devait arriver à dix-neuf heures, Severus décida de profiter du temps qu'il avait pour répondre à la lettre de Tonks qu'il avait reçue quelques jours plus tôt. Il l'avait presque écrite en entier lorsqu'il entendit des coups frappés à la porte. Il rangea son parchemin et autorisa son élève à entrer. La porte s'ouvrit sur Miss Chang qui pénétra dans le bureau.

- Bonjour, professeur.

- Bonjour, Miss Chang. Asseyez-vous, je vous prie.

La Serdaigle obéit et s'installa sur la chaise en face de Severus.

- Il a été porté à mon attention par votre professeur de sortilèges que vous souhaitiez me parler.

- Oui, nous avons discuté lundi soir et il m'a convaincue que vous étiez la meilleure personne pour m'aider. Il m'a cependant conseillé d'attendre un peu avant de venir vous voir. J'ai estimé que ce soir était le bon moment.

- Effectivement, c'est la fin de la semaine de cours, vous n'avez pas cours demain, vous avez donc l'esprit tout à fait disposé à parler. Mais encore faut-il que vous en ayez envie.

- C'est le cas, affirma Miss Chang.

- Bien, je vous écoute, alors. Par où souhaitez-vous commencer ?

- Par le début, j'imagine. Je ne sais pas trop, en fait.

- Je m'en doutais un peu. C'est souvent comme ça, lors de la première séance. Je vais donc être plus précis. Est-ce que vous souhaitez entrer directement dans le vif du sujet ou est-ce que vous préférez d'abord parler des séances que vous avez eues cet été et qui n'ont pas servi à grand-chose ?

- Oh, si j'ai le choix, je préfère commencer par les séances de cet été.

- Cela me semble être le plus judicieux, approuva Severus. Même si ce n'est pas dans la chronologie des choses. Comment s'est passée votre première séance ?

- Ni bien ni mal. C'était très déroutant. Il n'y avait aucune chaleur humaine qui se dégageait de ma psychomage et ça ne m'a pas vraiment incitée à me confier. Elle m'a demandé pourquoi j'étais là, je lui ai dit que j'avais perdu mon meilleur ami, qu'il avait été tué par un partisan de Vous-Savez-Qui et que je n'arrivais pas à m'en remettre. Elle a alors voulu savoir comment je me sentais mais c'était demandé sur un ton tellement impersonnel que tout ce que j'ai pu lui répondre, c'est «mal». Elle m'a poussée à expliciter, à être plus précise mais j'en étais incapable. J'étais déjà bloquée, je n'arrivais pas à me confier davantage. Elle a vu que ça ne servait à rien d'insister et elle a mis fin à la séance. Je ne peux donc pas vraiment dire si ça s'est bien ou mal passé. J'ai pu parler un peu mais ça ne m'a pas vraiment aidée. Tout ce que je lui ai dit, c'était ce que j'avais déjà dit à mes parents. J'ai pensé que c'était sûrement normal pour une première séance mais j'étais quand-même déçue. J'ai eu ma deuxième séance la semaine d'après et ça n'a pas été plus fructueux. Je ne faisais que dire des choses superficielles, je ne parvenais pas à entrer dans les détails alors que c'était de ça dont j'avais besoin pour me libérer. Mais elle ne faisait rien pour me mettre à l'aise et ça m'empêchait de me confier. Il fallait que je sois en confiance mais ce n'était pas du tout le cas. J'ai quand-même continué à aller la voir mais j'ai fini par arrêter au bout de cinq séances. Mes parents ont été très surpris quand je leur ai annoncé que je voulais arrêter les séances. Je leur ai dit la vérité, que ça ne servait à rien mais je leur ai menti en leur faisant croire que, de toute façon, je n'avais pas besoin de voir un psychomage. Sinon je savais qu'ils allaient m'en chercher un autre et ça, il en était hors de question. Je ne voulais plus perdre mon temps avec ce genre de personnes qui étaient soi-disant censés m'aider. Ils n'ont pas insisté. Ils savaient que je ne changerais pas d'avis et que c'était inutile de m'y forcer.

Miss Chang termina son récit sur ces mots. Severus resta un moment silencieux. Même si ce n'était pas vraiment la même histoire, tout ça lui rappelait fortement quelque chose. Mais il devait se faire des idées. Deux élèves ne pouvaient pas avoir connu les mêmes déboires avec la même personne... Il sentait néanmoins qu'il devait creuser cette piste. Si c'était bien ce qu'il pensait, il fallait que Miss Chang sache qu'elle n'y était pour rien si elle n'avait pas réussi à se confier.

- Miss Chang, est-ce que vous pouvez m'en dire plus sur cette psychomage ?

La Serdaigle sembla intriguée mais répondit sans poser de question :

- Je ne sais rien sur elle, c'est plutôt à mes parents qu'il faudrait demander ça. Ce sont eux qui l'ont choisie sur le conseil d'un ami qui leur a dit qu'il valait mieux que je sois suivie par un psychomage spécialisé avec les adolescents.

Ce détail frappa Severus. Cette fois, il ne pouvait plus faire l'autruche. Il y avait trop de choses qui concordaient. Il devait suivre cette piste, même si elle lui paraissait folle. Enfin, plus si folle que ça avec le détail que venait de lui donner Miss Chang.

- Vous dites que cette psychomage était spécialisée avec les adolescents ? Comment s'appelait-elle ?

Le coeur de Severus battait si vite qu'il l'entendait dans ses oreilles. Si Miss Chang lui répondait ce qu'il attendait, cela pouvait faire grandement avancer une enquête qu'il avait commencée quelques semaines plus tôt mais qu'il n'avait pas pu approfondir, faute d'éléments.

- Je ne m'en souviens plus, mais ce n'est pas un nom bien compliqué, pourtant...

Miss Chang plongea la tête dans ses mains, essayant visiblement de retrouver le nom qu'elle avait oublié. Elle releva brusquement la tête au bout de quelques minutes.

- Forester, déclara-t-elle.

Severus ferma brièvement les yeux alors qu'il avait l'impression qu'une chape de plomb lui tombait dessus. Cette femme n'allait pas s'en tirer comme ça. Cela faisait déjà deux élèves qui étaient sortis traumatisés des séances qu'ils avaient eues avec elle. Et Merlin seul savait s'il y en avait d'autres qui avaient été victimes de cette psychomage qui n'en était même pas une. Il espéra de tout coeur que Harry et Miss Chang avaient été les seuls patients de cette folle. Mais s'il y avait d'autres élèves qui s'étaient retrouvés entre ses griffes, il fallait que Severus le sache au plus vite et qu'il les convoque.

- Merci, Miss Chang. Il était important que je sache le nom de votre psychomage.

- Vous comptez vous entretenir avec elle ?

- Je ne sais pas encore. Mais il va falloir faire quelque chose, ça, c'est sûr.

- Pourquoi ? Oh, pardon, je n'ai peut-être pas à savoir ça...

- Non, au contraire, il me semble nécessaire que vous le sachiez. Je ne pense pas qu'il m'en voudra de vous l'avoir dit, surtout que vous vous connaissez bien, d'après ce que j'ai compris. Comme vous devez le savoir, je m'occupe depuis plus d'un mois de M. Potter. Vous vous doutez sûrement qu'il est sorti traumatisé de ce qui s'est passé lors de la troisième tâche du tournoi des trois sorciers.

- Si moi, je le suis, alors je n'imagine pas pour lui, en effet, grimaça Miss Chang. J'aurais bien voulu en parler avec lui mais je n'osais pas aller le voir. Je n'aurais pas su quoi lui dire, en fait.

- Parce que vous saviez que M. Diggory et lui étaient sortis ensemble.

Miss Chang écarquilla les yeux.

- Il vous l'a dit ?!

- Oui, il a mis du temps mais il a fini par se confier à ce sujet.

- Ça alors, murmura la Serdaigle. Je ne pensais pas qu'il se confierait un jour là-dessus. Avec une autre fille, j'étais la seule à le savoir. Cédric ne voulait pas que ça se sache et Harry lui avait promis de n'en parler à personne. Mais je me doute bien qu'après ce qu'il s'est passé, Harry avait besoin d'en parler. Vous devez vraiment être un excellent psychomage pour avoir réussi à obtenir sa confiance. Si j'avais su, je ne me serais pas rebellée ainsi la première fois que vous m'avez convoquée...

- Vous n'étiez pas du tout prête à vous ouvrir, peu importe ce que j'aurais dit, vous auriez réagi de la même façon. Et c'est tout à fait normal après ce que vous avez subi cet été. Suite à notre entrevue, je me suis entretenu avec le professeur Flitwick, le professeur Black et le professeur Lupin afin qu'ils m'aident à trouver une solution pour vous inciter à me parler. Nous avons décidé qu'il valait mieux que ce soit le professeur Black qui vous parle. Et apparemment, cela a porté ses fruits.

Miss Chang sembla troublée.

- Je ne pensais pas que vous vous y mettriez à quatre pour trouver un moyen de m'aider...

- Cela s'explique par le fait que je souhaite que tous les élèves aient accès à une oreille attentive s'ils en ressentent le besoin. Ce n'est qu'un projet pour le moment mais je compte bien le faire aboutir. Je dois juste avoir le soutien qu'il faut. Pour en revenir à M. Potter, si je vous parlais de lui, c'est parce qu'il a été suivi par la même psychomage que vous. Enfin, «suivi» est un bien grand mot puisqu'il n'a eu le droit qu'à une seule séance. Cette charmante personne a été tellement odieuse avec lui qu'il est sorti complètement traumatisé de cette séance. Elle lui a clairement fait comprendre qu'il n'avait pas besoin d'un psychomage et qu'il devait juste arrêter de s'apitoyer sur son sort.

- Quoi ? Mais... Harry n'est pas du tout comme ça ! protesta Miss Chang.

- Je le sais bien mais elle a presque réussi à le lui faire croire. Tout ça pour vous dire que ce n'est pas de votre faute si vous n'avez pas pu vous confier à elle. Vous n'êtes pas la seule et je crains qu'elle ait fait d'autres victimes.

- Mais il faut faire quelque chose pour l'empêcher de continuer à exercer !

- Je suis bien d'accord. J'avais commencé à enquêter sur elle mais je n'avais pas assez d'éléments pour tenter quoi que ce soit contre elle.

- Quand vous dites «éléments», vous entendez par-là des patients qu'elle a pu traumatiser comme Harry et moi ?

- C'est cela, confirma Severus. Il en faudrait au moins six ou sept pour former une liste de victimes de cette psychomage. S'ils se plaignaient tous d'elle auprès de la direction de l'hôpital, elle pourrait être suspendue en attendant que sa hiérarchie traite les plaintes déposées contre elles. Lorsque cela sera fait, elle sera convoquée pour qu'elle s'explique sur ce qui lui est reproché. S'il est avéré qu'elle a commis des fautes graves, elle pourra être radiée de ses fonctions.

- Ce serait la meilleure décision à prendre, asséna Miss Chang. Je suis prête à déposer une plainte contre elle s'il le faut. Ce sera peut-être un peu plus compliqué de convaincre Harry mais il finira par accepter, lui aussi.

- Nous verrons cela plus tard, pour l'instant nous ne pouvons rien faire, rappela Severus. Est-ce que vous souhaitez continuer la séance ou préférez-vous reprendre tout ça une prochaine fois ?

- Je crois que je suis un peu trop agitée pour continuer, avoua Miss Chang.

- Je le crois aussi, dit Severus avec un petit sourire. Au moins, vous n'êtes plus aussi apathique que vous l'étiez depuis la rentrée. Je vous propose que nous nous voyions deux fois par semaine. Est-ce que cela vous convient ?

- Oui, c'est parfait, approuva Miss Chang.

- Bien, je verrai votre emploi du temps et j'essaierai de trouver un jour et une heure qui vous ira. Des questions ?

- Non, aucune.

- Vous pouvez y aller, alors.

Miss Chang acquiesça, se leva, souhaita une bonne soirée à son professeur et s'en alla. Severus resta un moment pensif. Il ne s'était pas du tout attendu à ce que cette séance prenne une telle tournure. À la base, il voulait juste aider Miss Chang. Certes, il l'avait fait, mais il ne s'imaginait pas que le cas de Miss Chang serait aussi semblable à celui de Harry... Il ne pouvait pas rester sans rien faire. Cette psychomage avait déjà fait beaucoup trop de mal. Il fallait que cela cesse. Et le plus vite possible. Il ne savait pas comment il allait s'y prendre mais il devait se procurer la liste des anciens patients de la psychomage. Ou même des actuels. Si certains d'entre eux étaient encore à Poudlard, alors il avait une chance de pouvoir faire quelque chose. Il avait juste à trouver une solution pour se fournir cette liste. Et même s'il devait remuer ciel et terre, il la trouverait, cette solution. Il en faisait une affaire personnelle.

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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu =) Entre Cho qui se confie et qui balance le nom de sa psychomage, Théo qui rencontre son avocat, Draco qui accompagne Harry pour sa première sortie sans présence d'un adulte et qui rompt avec Dean, Tonks qui annonce à ses parents être en couple et Harry qui se confie toujours plus à Severus … Oui, on peut dire que les choses bougent XD Je vous dis donc à dimanche pour le prochain chapitre qui s'intitulera «Mise en couple, match et révélation» et je vous souhaite à toutes et à tous une bonne semaine ! Bisous tout le monde !