Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le quarante-cinquième chapitre de SAMLP =) Avant de répondre aux reviews, je vous remercie pour toutes les tomates reçues depuis le chapitre précédent. Ma fenêtre a beaucoup apprécié XD

.

lyraserah : D'accord XD

Zackos : Oui, je sais que l'attente a été longue et même sans recevoir les tomates directement, j'ai bien senti la frustration qui émanait des reviews XD Avec la farine, les œufs et le lait, j'ai pu faire des crêpes en ajoutant de l'huile et du sucre, merci XD Contente que le couple Sirius/Remus te plaise toujours autant =) Pour ce qui est de Harry/Draco, ils occupent le tiers de ce chapitre, alors il devrait te plaire, je pense XD Par contre, le rythme de parution est hebdomadaire, maintenant, donc ce n'est plus tous les cinq jours mais tous les dimanches afin que je puisse conserver une avance :)

lilalali07 : Pardon XD Je ne hais personne, promis, c'est vous tous qui m'avez détestée, pour le coup XD Voici la suite et j'espère qu'elle te plaira *-*

.

Merci pour vos retours, ça me fait toujours autant plaisir, et mille pardons pour ce suspense mais c'était la meilleure façon de terminer le chapitre XD Voici le nouveau, il fait 26 500 mots, alors j'espère que la longueur ne vous dérangera pas trop :) C'est le dernier chapitre de la troisième partie qui s'achève avec le retour en cours de Harry =) Bonne lecture tout le monde =)

.

.

45 – Mises au point et reprise des cours

.

.

(mardi 30/01) POV Remus

.

Les mots de Severus résonnaient dans l'esprit de Remus. Ils lui semblaient à la fois pleins de sens et vides de sens. Il n'arrivait pas à croire ce que Severus venait de lui dire. Sirius ne pouvait pas être le compagnon de son loup. Il ne savait même pas ce que c'était, cette histoire de compagnon ! Il ne savait pas d'où ça sortait. Il avait déjà entendu parler de ce genre de choses mais il avait toujours pensé que ce n'étaient que des légendes. Il était quelqu'un d'assez terre-à-terre. Il ne croyait pas au fait que le loup d'une personne lycanthrope puisse choisir une compagne ou un compagnon. Tout comme il ne croyait pas aux âmes soeurs. Des personnes pouvaient être faites pour être ensemble, oui, mais pas au point d'être des âmes soeurs. Et là, Severus lui disait le plus sérieusement du monde que le loup en lui avait choisi Sirius comme son compagnon ! C'était juste inconcevable pour lui.

- Tu te trompes, dit Remus d'un ton détaché. Sirius et moi ne pouvons pas être liés. Ça n'existe pas, ce genre de lien.

- Je savais que tu allais me dire quelque chose comme ça, soupira Severus. Mais je peux t'assurer que si, ça existe.

- Non, Severus, tu ne peux pas être sérieux, lâcha Remus. Redescends sur Terre, s'il te plaît. Ça ne te ressemble pas de dire des choses aussi insensées.

- Mais puisque je te dis que c'est la vérité, s'agaça Severus. Ouvre un peu les yeux ! Il y a tout qui correspond !

- Qui correspond à quoi ? Je n'y connais rien à ces histoires, moi, je ne sais pas de quoi tu parles, répliqua Remus.

- Je crois au contraire que tu en sais plus que ce que tu veux me faire croire mais qui tu ne veux pas y faire face. Tu ne veux pas voir que ce que tu sais sur ces histoires de compagnon correspond à ta relation avec Black. Parce que ça te fait peur d'admettre que tu es lié avec lui. Mais ce n'est pas bon de refuser de voir la réalité en face. Et tu le sais bien. Alors oui, je suis parfaitement conscient que c'est dur à accepter mais il faut que tu t'y fasses. Et il faut que tu en parles avec Black. Vous avez besoin de comprendre ce qui vous arrive.

- Il ne voudra jamais me croire, prédit Remus. Il est encore moins enclin que moi à admettre qu'il y a quelque chose entre nous... Je veux dire, qu'il y a plus qu'une simple attirance sexuelle.

- Ça demandera du temps mais tu arriveras à le convaincre. Du fait de votre lien, il ne pourra pas faire l'autruche bien longtemps. Ce lien est tellement présent entre vous qu'il va finir par le sentir au plus profond de lui-même et il ne pourra plus l'ignorer. Mais pour réussir à le convaincre, il faut que tu en saches le plus possible toi-même.

- Tu es vraiment si calé que ça sur ce sujet ? s'intrigua Remus.

- J'ai de nombreuses connaissances en Défense Contre les Forces du Mal. Ce n'est pas pour rien si j'ai brigué pendant aussi longtemps le poste de professeur dans cette matière. Tout ce qui a trait aux loups-garous, aux trolls, aux centaures, aux dragons, aux vampires ou bien encore aux chimères n'a plus aucun secret pour moi. Dois-je comprendre au vu de ta réaction que tu sembles prêt à croire ce que je t'ai dit ?

Remus détourna le regard.

- Je n'ai pas dit ça. Je n'ai jamais cru à ces histoires de compagnons naturels ou d'âmes soeurs alors c'est un peu difficile pour moi d'accepter le fait que je sois concerné par ce que je pensais être une légende... Mais je dois bien avouer que j'ai forcément lu des choses à ce sujet et que ce que j'ai lu correspond bien à ma relation avec Sirius... Mais je veux bien que tu éclaires quand-même un peu ma lanterne.

- Bien. Tous les loups-garous n'ont pas un compagnon attitré. Ceux qui sont concernés sont ceux qui croient profondément en l'amour. J'imagine que c'est ton cas ?

- Oui, j'ai toujours pensé qu'avec l'amitié, c'était la chose la plus importante dans la vie, murmura Remus.

- C'est donc pour ça que tu étais prédisposé à avoir un compagnon attitré. Les loups-garous qui ne croient pas en l'amour ou qui le rejettent n'en ont pas.

- Tant mieux, sinon je plaindrais la personne qui aurait la malchance d'être liée à Greyback, ironisa Remus. Mais nous devons quand-même être assez nombreux à être liés avec quelqu'un ? Parce que je pense que la plupart des gens croient en l'amour...

- En effet, mais il n'y a pas que cette condition qu'un loup-garou doit remplir pour pouvoir avoir un compagnon attitré. Il doit aussi être attiré par les hommes. Ça élimine déjà une partie majeure de la population lycanthrope. Loin de moi l'idée d'être désagréable, hein, mais les loups-garous gay, ça ne court pas les rues.

Remus ne put s'empêcher de sourire. Il n'y avait effectivement rien de condescendant dans le ton de Severus. C'était juste une remarque tout à fait vraie. Quelques mois plus tôt, Severus aurait très bien pu lui dire ça pour le blesser ou pour le provoquer. Là, il l'avait presque dit sur le ton de l'humour. Remus était vraiment heureux que les choses se soient autant apaisées avec Severus.

- Je sais bien que je suis quasiment une exception, plaisanta-t-il. Les personnes homosexuelles sont déjà minoritaires dans le monde, et les loups-garous le sont encore plus. Les deux associés doivent être vraiment très rares. Mais pourquoi les loups-garous gay sont-ils les seuls à être concernés par cette histoire de compagnons attitrés ?

- Parce que si les loups-garous veulent fonder une famille, ils ont besoin d'une personne en qui ils peuvent avoir absolument confiance. Car ils sont obligés de parler de leur nature à leur moitié pour qu'elle soit au courant du risque de transmission de la lycanthropie, même si, aujourd'hui, il existe des moyens de s'en prémunir. Mais c'est encore plus compliqué pour un loup-garou gay de parler à son compagnon de son désir de paternité. Car il doit le convaincre de porter l'enfant. La confiance est donc primordiale. Mais ce désir se fait sentir uniquement lorsque le loup-garou a trouvé son compagnon attitré. C'est même d'ailleurs souvent comme ça qu'il s'en aperçoit. Il sent qu'il y a quelque chose de spécial entre eux et il sent que cette personne est celle avec qui il veut avoir des enfants. Tu n'es pas sans savoir que c'est très dur pour un loup-garou d'avoir de longues relations amoureuses.

- En effet. Je n'ai jamais pu tenir plus de deux ans avec quelqu'un.

- Et je ne pense pas me tromper en disant que tu as eu un certain nombre de relations ?

- Il m'est arrivé de rester célibataire très longtemps mais c'était souvent quand je venais d'enchaîner un peu trop de relations courtes. J'étais désespéré et je finissais par faire une pause.

- Donc tu es conscient que tu étais souvent à la recherche d'un compagnon ?

Cette réalité frappa Remus.

- Je ne m'en suis jamais vraiment rendu compte mais maintenant que tu le dis... Tu crois qu'au fond de moi, je savais que j'avais un compagnon attitré quelque part et que je le cherchais sans le savoir ?

- C'est fort probable, oui. Ce lien, c'est quelque chose de très instinctif. C'est quelque chose que tu sens en toi. Mais tu peux mettre très, très, très longtemps à découvrir l'identité de ton compagnon. Car comme je te l'ai dit, ça fonctionne souvent avec le désir d'avoir des enfants. Si tu n'as pas senti ce lien plus tôt avec Black, c'est sûrement parce que tu n'étais pas encore prêt à fonder une famille.

- Et je ne le suis toujours pas, rétorqua Remus.

- Mais tu en as envie.

Remus se sentit rougir.

- Tu n'as pas à avoir honte. C'est quelque chose de parfaitement normal. Tu as trente-cinq ans, c'est tout à fait naturel que l'envie d'avoir des enfants commence à te titiller.

- Mais c'est trop dangereux. Je pourrais transmettre ma lycanthropie à mes enfants.

- La médicomagie a fait beaucoup de progrès dans ce domaine, il existe maintenant des moyens de s'en prémunir. Mais on reparlera de ça plus tard. Ce que j'essaie de te dire, c'est que ce n'est pas du hasard si ton compagnon c'est Black et si tu ne t'en rends compte que maintenant. À dix-sept ans, tu n'avais pas forcément envie de fonder une famille avec quelqu'un. Et tu n'étais pas forcément prêt à te caser. Et encore moins avec quelqu'un avec qui tu allais passer le restant de tes jours. C'était trop tôt pour que tu fasses ta vie avec ton compagnon. Le lien ne s'est donc pas révélé. Quand Black et toi avez quitté Poudlard, vous vous êtes aussitôt engagés dans l'Ordre. Vous n'aviez sûrement pas le temps de penser à vous caser. Même si beaucoup de gens le faisaient à l'époque. Mais Black et toi c'était différent. Black était sûrement du genre à collectionner les histoires sans lendemain. Et toi tu avais déjà trop à gérer pour penser à ta vie sentimentale. Entre l'Ordre et ta condition de loup-garou, ce n'était pas le bon moment pour toi de chercher une relation durable. Tu n'étais donc toujours pas prêt à découvrir ton compagnon. Quand Tu-Sais-Qui a disparu, tu as retrouvé une certaine liberté, comme tout le monde. Ça aurait peut-être été le bon moment pour te rapprocher de ton compagnon que tu connaissais déjà puisque c'était un de tes meilleurs amis. Mais au même moment où Tu-Sais-Qui a disparu, le compagnon en question a été envoyé à Azkaban. Il y est resté pendant douze ans alors c'était un tout petit peu compliqué pour vous de prendre connaissance de votre lien... Quand il s'est évadé et que tu as découvert son innocence, il a fallu que vous vous réapprivoisiez. Mais ça a dû être beaucoup plus rapide que ce à quoi vous vous attendiez. Je me trompe ?

- Non, admit Remus.

- C'est parce que votre lien s'est réveillé à ce moment-là. Vous vous étiez retrouvés alors c'était le bon moment pour que le lien apparaisse. Mais je pense qu'il a vraiment commencé à se développer quand tu as emménagé avec Black.

- Oui, c'est à partir de là qu'on s'est vraiment rapprochés. Mais ce n'est qu'au début de l'été que j'ai commencé à me rendre compte qu'il y avait quelque chose d'étrange entre nous. J'ai d'abord cru que je me faisais des idées, je me suis accroché à cette pensée mais j'ai dû finir par admettre que j'avais raison et que ma relation avec Sirius avait vraiment changé. Mais j'étais loin de m'imaginer qu'il y avait une histoire de lien...

- Tu y crois, maintenant ?

- Avec l'analyse que tu viens de me faire, il faudrait que je sois vraiment borné de chez borné pour ne toujours pas vouloir y croire. Mais je suis quand-même sous le choc.

- C'est normal, n'importe qui serait choqué à ta place. Ce n'est pas tous les jours qu'on apprend être lié pour la vie à l'ami qui nous est le plus cher au monde.

- Ça, c'est sûr. Mais du coup, ça me fait énormément réfléchir par rapport à Sirius. Jusqu'à ce qu'il découvre être attiré par moi, il ne s'était jamais, je dis bien jamais, intéressé à un homme avant. Il n'a eu que des conquêtes féminines. Il m'a pourtant dit que s'il en avait eu envie, il aurait essayé les mecs car c'était une expérience comme une autre mais ça ne lui a jamais vraiment traversé l'esprit. Il était vraiment cent pour cent hétéro avant de se retrouver soudain attiré par son ami et colocataire. Il a eu beaucoup de mal à l'assumer tellement il était persuadé d'être uniquement hétéro. Maintenant je comprends mieux. Il n'est pas bi. Il est attiré par moi à cause du lien. Il agit autant sur moi que sur lui.

- C'est exactement ça. C'est pour ça qu'à l'approche de la pleine lune, ton désir influe énormément sur le sien. Mais il n'y a pas que de l'attirance sexuelle dans ce lien. Il y a aussi un profond amour. Il est déjà présent entre vous mais je pense que vous en êtes encore au stade où vous le repoussez.

- En effet, confirma Remus. C'est de là que vient notre dépendance l'un à l'autre, alors ?

- Tout à fait. Vous avez besoin l'un de l'autre. C'est pour ça que vous vous sentez mal quand ça fait trop longtemps que vous êtes séparés. Quand vous aurez pleinement accepté le lien, votre relation s'en ressentira. Vous serez heureux comme vous ne l'avez jamais été. Un amour fort et puissant vous unira. Mais ce n'est pas pour autant que vous n'allez jamais vous disputer. Bien au contraire.

- Super. Tu étais en train de me vendre du rêve et tu viens de tout casser.

- Désolé, s'excusa Severus, l'air amusé. Je tiens juste à être totalement honnête avec toi. Je veux que tu saches à quoi tu dois t'attendre.

- Non mais tu fais bien d'en parler. Parce que ça m'interroge, en fait. Quand tu dis qu'on ne sera pas à l'abri de se disputer, est-ce que tu penses qu'on pourrait aller jusqu'à se séparer ? s'inquiéta Remus.

- Provisoirement, oui. Mais votre lien vous ramènera toujours l'un vers l'autre.

- Tant mieux, commenta Remus, soulagé. Et... euh... est-ce qu'il y a des risques d'infidélité ?

- La réponse va peut-être te surprendre mais oui, ça peut arriver. Mais en aucun cas ces tromperies n'auront lieu juste parce que l'un d'entre vous sera attiré par quelqu'un d'autre. Si vous en arrivez là, c'est que vous vous serez forcément disputés. Il n'y a que pour cette raison que vous pourrez vous montrer infidèle. Si tout va bien entre vous, jamais vous ne serez attiré par une autre personne. C'est juste impossible. Et pendant qu'on y est, je dois te prévenir que vous serez sûrement très possessifs l'un envers l'autre. Vous n'y pourrez rien, c'est à cause du lien. Normalement, ce sera surtout toi qui aura ce côté possessif. Black l'aura aussi mais de façon un peu moins prononcée.

- Eh bien ça promet...

- Je sais que ça peut faire peur, ce que je te dis, mais tu n'as pas à t'en faire. Votre lien est naturel. Vous vous accommoderez facilement de tous ces désagréments de votre relation. Mais pour cela, il faut impérativement que Black soit au courant de tout. Il va sûrement avoir besoin de temps pour s'y faire mais une fois qu'il aura accepté votre lien, tout ira mieux entre vous. Il faudra simplement être patient.

Remus acquiesça distraitement.

- Est-ce que tout est clair pour toi ?

- Oui, je crois. Enfin, tout ce que tu m'as dit est très clair. La situation l'est beaucoup moins mais j'ai juste besoin d'y réfléchir à tête reposée.

- Je comprends. Tu n'es pas obligé d'en parler tout de suite à Black. Il faut d'abord que tout soit bien clair pour toi. Si tu as besoin d'en parler quand ce sera moins le désordre dans ton esprit, n'hésite pas à venir me voir. Idem si tu as du mal à en parler à Black.

- Merci, Severus. Franchement, si tu n'avais pas été là, je ne sais pas comment j'aurais pu me rendre compte de tout ça.

- Je pense que tu aurais fini par le découvrir un jour ou l'autre. Mais ça aurait certainement pris du temps.

- Beaucoup de temps, oui, renchérit Remus. Bon, je vais te laisser.

- Attends, avec tout ça je n'ai toujours pas répondu à la question que tu m'as posée et qui a engendré toute cette discussion.

- Ah oui, je t'avais demandé s'il existait une potion pour calmer mes ardeurs... Alors, est-ce que c'est le cas ?

- Oui, il n'y a pas qu'en médicomagie qu'il y a eu des progrès dans le domaine de la lycanthropie. En potions aussi, il y a eu des avancées. Tous les potionnistes ne sont pas anti loup-garou. Mais je n'en ai pas actuellement en réserve. Ce n'est pas le genre de potions que je prépare tous les jours...

- Je m'en doute bien, sourit Remus.

- Mais je m'y mettrai dès ce soir. C'est une potion affreusement simple à fabriquer. Elle demande en revanche un peu de temps. Environ quarante-huit heures, si mes souvenirs sont bons. Il faut surtout la laisser reposer plusieurs fois et pendant un certain temps. Elle sera donc prête d'ici après-demain. J'espère que ça ira jusque-là...

- Oui, par prudence je vais simplement privilégier mon bureau à mes appartements durant les deux jours qui vont suivre.

- Ça me semble être une sage décision. Je t'enverrai un Patronus quand la potion sera prête.

- D'accord, je viendrai te voir dès que je le recevrai. Merci pour tout, Severus.

Remus se leva, souhaita une bonne soirée à Severus et s'en alla. Il rentra à ses appartements en se sentant comme dans un état second. Il était encore sous le choc de tout ce qu'il venait d'apprendre. Il ne savait même pas ce qu'il allait dire à Sirius pour justifier le fait que, tout compte fait, il n'était pas allé parler à Dumbledore. Il décida de lui dire la vérité, mais uniquement en ce qui concernait les potions qu'allait lui donner Severus. Puisque Sirius lui avait caché que Severus était au courant de leur relation, il n'allait pas pouvoir lui reprocher d'avoir dit à Severus qu'ils avaient des problèmes intimes à l'approche de la pleine lune. Bon, s'il devait être tout à fait honnête, Remus savait déjà que Severus avait des doutes depuis un moment sur la relation qu'il entretenait avec Sirius. Il le lui avait bien fait comprendre un mois plus tôt suite à une phrase maladroite de Sirius qui avait entraîné un quiproquo au sujet d'un pansement qu'il avait mis à Remus. Mais Severus ne lui en avait pas reparlé depuis. Remus avait donc cru qu'il avait lâché l'affaire. C'était bien mal connaître son collègue...

Il arriva quelques minutes plus tard à ses appartements. Il se rendit aussitôt au salon où se trouvait Sirius qui était en train de préparer un cours ou un devoir. Au vu de son air concentré, Remus paria sur un devoir. Mais Sirius ne devait pas être si plongé que ça dans son travail puisqu'il leva la tête dès qu'il entendit Remus entrer.

- Ah, tu es revenu. Tu en as mis du temps. Dumbledore a été si difficile que ça à convaincre ?

- Je n'ai pas eu à le convaincre, en fait, avoua Remus, gêné.

Sirius fronça les sourcils.

- Comment ça ?

- Je ne lui ai pas parlé. J'ai voulu mais... j'ai changé d'avis.

- Pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ? s'étonna Sirius.

- Quand je suis entré dans le bureau de Dumbledore, il y avait Severus et c'est avec lui que j'ai eu une discussion.

- Hein ?! Mais... ce n'était pas du tout prévu !

- Je sais mais je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait déjà quelqu'un avec Dumbledore... Quand j'ai vu Severus, je ne sais pas pourquoi mais ça m'a déstabilisé et je n'ai plus du tout eu le courage de parler à Dumbledore.

- Je peux comprendre, grimaça Sirius. Mais qu'est-ce qu'on va faire, alors ? Parce que du coup, on n'est pas plus avancés qu'avant...

- Eh bien, comme je te l'ai dit, j'ai discuté avec Severus. Et j'ai trouvé une solution grâce à lui. J'ai dû lui parler de ce qui s'est passé hier mais uniquement parce que j'ai appris qu'il savait déjà qu'on entretenait une relation plus qu'amicale, toi et moi.

Sirius eut la décence de paraître gêné.

- J'ai dû oublier de t'en parler, supposa-t-il. Je suis désolé.

- Je ne t'en veux pas, affirma Remus en souriant. À ta place, je pense que j'aurais gardé ça pour moi aussi. Du coup j'ai demandé à Severus s'il existait une potion pour calmer mes pulsions à l'approche de la pleine lune. Il m'a dit qu'il y en avait bien une mais il n'en avait pas en réserve et il doit donc en préparer. Je l'aurai après-demain, dans la soirée. Par conséquent je vais éviter de traîner ici durant les deux jours qui vont suivre. Je serai davantage dans mon bureau. Ça évitera les tentations.

- Oh... C'est une bonne idée. Donc si je comprends bien, grâce à cette potion, tu n'es plus obligé de changer d'appartements une semaine avant la pleine lune ?

- C'est ça. Je me contrôlerai un peu plus. Je ne risquerai plus de te sauter dessus et de te faire du mal sans le vouloir.

- Tant mieux. Vivement que tu aies cette potion, alors. Bon, je vais me remettre au travail.

- Tu crois vraiment que ça vaut le coup ? C'est bientôt l'heure de dîner. Tu ne vas pas avoir le temps de faire grand-chose.

- Ah oui, c'est vrai. Eh bien dans ce cas, allons manger ! J'ai faim en plus, ça tombe bien.

Sirius se leva sur ces mots et rangea ses affaires. Quelques minutes plus tard, Remus et lui sortirent de leurs appartements. En pensant que, sans lui, Sirius aurait sûrement oublié d'aller manger, Remus songea qu'il valait vraiment mieux qu'ils continuent à habiter constamment ensemble. Pour Sirius, en tout cas, il se dit que c'était mieux ainsi.

.

.

(jeudi 01/02) POV Terry

.

Terry était tranquillement en train de faire son devoir de runes lorsqu'il entendit la porte du dortoir s'ouvrir d'un coup.

- Les gars, vous êtes là ? Il faut que je vous parle, c'est important !

Terry leva la tête, intrigué. Qu'est-ce que Michaël pouvait bien avoir à leur dire ? Anthony, qui était lui aussi dans le dortoir, dut se poser la même question car il demanda :

- Important dans quel sens ? Urgent ? Grave ? Les deux ?

Terry sourit. Anthony était sans conteste le plus calme et le plus réfléchi et cela se sentait bien dans ce genre de situation.

- Rien de grave, et ce n'est pas vraiment urgent. Mais je dois quand-même vous en parler, surtout à toi, Anthony, et vite sinon ça va nous passer sous le nez. Et je n'irai pas tout seul.

- Attends, on ne comprend rien, là, dit Anthony. De quoi est-ce que tu parles ?

Sentant venir une longue discussion, Terry ouvrit ses rideaux, faisant ainsi comprendre à ses amis qu'ils pouvaient venir s'asseoir sur son lit. Ce qu'Anthony et Michaël ne tardèrent pas à faire.

- Je vais vous expliquer, déclara Michaël. Vous n'êtes pas sans savoir que dimanche, on a perdu face à Serpentard.

- Ce serait difficile de l'oublier, ironisa Anthony. Alexis n'accepte toujours pas la défaite. Et ça peut se comprendre. Ça fait deux matchs perdus, il ne nous en reste qu'un et ce sera contre Gryffondor. Autant dire qu'on a très peu de chances de gagner. Alexis sait déjà qu'on ne va remporter aucun match cette année et qu'on va être derniers au classement. Ça a du mal à passer.

- Sauf si on arrive à marquer un max de points contre Gryffondor. Poufsouffle peut très bien se faire laminer face à eux et avoir à peu près le même score que nous au terme de leur deuxième match. Il nous suffira alors de marquer davantage face à Gryffondor qu'eux face à Serpentard. Tout est encore possible. Et c'est ce qu'Alexis vient de me dire.

- Tu es allé le voir ? s'étonna Terry.

- Non, c'est lui qui a voulu me parler. Il m'a vu alors que je m'apprêtais à monter au dortoir et il m'a retenu. Il s'est souvenu que j'avais voulu postuler pour le poste d'attrapeur avant de me raviser et c'est pour ça qu'il voulait me parler. Car il souhaite remodeler l'équipe pour le dernier match. Enfin il ne sait pas encore s'il va vraiment changer les titulaires, il aimerait bien mais le souci c'est que les remplaçants ne sont pas top top. Ils ne feraient clairement pas le poids face à Gryffondor. Il voudrait donc refaire des sélections mais en prenant bien son temps cette fois-ci. Il aurait surtout besoin de poursuiveurs, d'un gardien et d'un attrapeur. Il veut juste garder les batteurs car ils ont été super lors du match contre Serpentard. Du coup, s'il y a des volontaires, il organisera de nouvelles sélections. Je me suis dit que ça t'intéresserait, Anthony, puisque tu as voulu postuler comme moi à la rentrée. Sauf qu'on a changé d'avis après les sélections, sur le bon conseil de Terry.

Le susnommé sourit légèrement à l'évocation de cette discussion. Il se souvenait de l'air désemparé de ses amis lorsqu'ils étaient venus le voir après les sélections auxquelles Terry avait assisté dans les tribunes. Anthony et Michaël avaient été tous deux retenus mais lorsque le capitaine leur avait dit qu'il y aurait deux à trois entraînements par semaine, ils avaient déchanté. Ils n'avaient pas encore une super organisation avec leurs binômes de travail à ce moment-là et ils avaient craint de ne pas pouvoir tout gérer à la fois. Terry avait été franc et leur avait suggéré de laisser tomber le Quidditch. Anthony et Michaël l'avaient écouté et avaient fait part de leur décision au capitaine qui attendait leur réponse. Ce dernier avait alors repêché deux autres candidats qui avaient été les meilleurs après Anthony et Michaël.

- En effet, ça m'intéresserait, approuva Anthony. Je suis beaucoup mieux organisé avec Sophie à ce jour que je ne l'étais à la rentrée.

- Donc tu serais partant pour de nouvelles sélections ?

- Oui, sans hésitation.

- Super ! Toujours au poste de gardien ?

- Toujours. Je me vois mal aux autres postes. Surtout à celui d'attrapeur.

- Tant mieux, celui-là, il est pour moi, plaisanta Michaël. Terry, pas la peine que je te demande si tu veux tenter ta chance ?

- Pas la peine, effectivement, s'amusa Terry.

- C'est nul, tu ferais un bon poursuiveur. Mais bon, on ne va pas te forcer.

- Ça ne servirait à rien, assura Terry. Mais du coup, Alexis compte se virer lui-même ou... ?

- Non, je pense qu'il estime avoir fait un bon match. Ce sont les deux autres poursuiveurs qui n'ont pas été au niveau. Dimitri ne prenait pas assez d'initiatives pour marquer et Edmund se laissait trop distraire par les cognards.

- C'est Alexis qui t'a dit tout ça ou c'est toi qui a analysé en long, en large et en travers le match de chaque joueur ? s'intrigua Terry.

- Disons que je lui ai fait part de mon ressenti et qu'il était d'accord avec moi, éluda Michaël.

- Eh bien il devrait t'engager comme analyste, commenta Terry, impressionné. En tout cas, si vous intégrez tous les deux l'équipe, je vais être encore plus embêté...

- Ah oui, c'est vrai, on joue contre Gryffondor lors du prochain match ! Dimanche encore ça allait, on jouait contre Serpentard, ça ne posait pas de problèmes avec Hermione, mais là... Vous serez tous deux de parti pris.

- Je pense qu'on le suivra chacun de notre côté, décida sagement Terry.

- Ce sera sûrement la meilleure chose à faire, oui, affirma Anthony. D'ailleurs, ça va toujours avec elle ?

- Oui, ça se passe à merveille. Tout est hyper simple entre nous. Ça fait presque un mois qu'on est ensemble et j'ai l'impression que ça fait à la fois plus et moins longtemps que ça. Plus longtemps car c'est comme si on se connaissait par coeur alors qu'on sait encore très peu de choses l'un sur l'autre et moins longtemps car on ne voit pas le temps passer. Quand on est ensemble, il n'y a plus rien qui compte à part nous. Je pourrais rester des heures et des heures avec elle. Ça va vous paraître mièvre ce que je vais vous dire mais je sens que Hermione est la personne qu'il me fallait. Que c'est elle et personne d'autre. Que nous sommes faits pour être ensemble. Que c'est comme ça que ça devait se passer et pas autrement.

- Tu es complètement amoureux, quoi, résuma Anthony en souriant. Mais je te crois et je ne trouve pas ça mièvre du tout. C'est sûr que ce tu vis avec Hermione est totalement différent de ce que tu as vécu avec Lisa.

- Ça n'a rien à voir, confirma Terry. Vous savez que ma relation avec Lisa était un peu comme une erreur, même si je n'aime pas voir les choses comme ça. Je n'ai jamais vraiment su trouver ma place, tout me semblait bizarre, je n'arrêtais pas de me poser des questions. Avec Hermione ce n'est pas du tout pareil. Tout est naturel, fluide et simple. Je n'ai pas besoin de me demander sans cesse si telle ou telle chose est normale. Mais même si je ne passe pas mon temps à me torturer l'esprit comme je le faisais lorsque j'étais avec Lisa, je me demande quand-même si c'est normal que ça se passe aussi bien. J'ai peur que ce soit trop beau pour durer mais en même temps, je sens que cette relation ne va pas s'arrêter comme ça, du jour au lendemain.

- Je vois ce que tu veux dire, dit Anthony. Et je pense que tu n'as pas à t'en faire. Tous les couples ne sont pas obligés de se disputer régulièrement. C'est normal qu'il y ait des désaccords parfois mais il peut très bien aussi ne pas y en avoir. Chaque couple est différent. Ce n'est pas parce que la plupart des couples se disputent plus ou moins souvent que ça doit être le cas dans le tien. Ça se trouve, vos caractères sont tellement complémentaires que vous êtes en parfaite harmonie. Mais il n'y a pas que cette histoire de tensions inexistantes qui te turlupine, je me trompe ?

- Non, avoua Terry.

- Qu'est-ce qu'il y a d'autre ?

- Vous allez trouver ça idiot mais... j'ai peur que Hermione finisse par s'apercevoir que je ne suis pas assez bien pour elle.

- Ah oui, tu as raison, c'est complètement idiot.

- Michaël...

- Quoi ? Il se doutait déjà qu'on allait dire ça, alors...

Anthony leva les yeux au ciel, ce qui amusa Terry. Il adorait voir ses deux amis se chamailler de la sorte. Ils avaient un caractère totalement différent mais cela ne les empêchait pas de s'adorer.

- Oui enfin bon, il y a des remarques plus intelligentes à faire, rétorqua Anthony. Bon, revenons-en à nos hippogriffes. Qu'est-ce qui te fait dire que Hermione finira par trouver que tu n'es pas assez bien pour elle ?

- Parce que je suis désespérément banal. Je n'ai rien d'attrayant. Je suis épais comme un coton-tige, je ne suis pas très grand, je passe mon temps à lire des bouquins, je ne fais pas de Quidditch...

- Excuse-moi mais ces deux derniers points, Hermione ne peut pas te les reprocher puisqu'elle est exactement pareil, fit remarquer Michaël. Elle est extrêmement studieuse et elle n'est pas connue pour être une grande fan de Quidditch. Au contraire. Quant au fait que tu fasses un mètre soixante-dix et que tu pèses cinquante-cinq kilos tout mouillé, si ça la dérangeait, elle ne sortirait pas avec toi. Les filles ne recherchent pas toutes quelqu'un de grand, fort et musclé. Elles peuvent préférer des mecs mignons à des mecs bourrés de testostérones.

- Je sais mais j'ai des raisons de penser que je ne suis peut-être pas le genre de Hermione.

- Et quelles sont ces raisons ? demanda Anthony.

Terry hésita un peu avant de lâcher :

- Elle est sortie avec Viktor Krum. Elle me l'a dit et je sais qu'elle n'est pas allée inventer ça. Vous voyez la différence... Je ne suis rien à côté de lui. Il est beaucoup plus grand et musclé que moi, il fait du Quidditch, il est connu pour ça, il est ultra populaire, il est l'un des joueurs les plus célèbres du monde à l'heure actuelle... Il a tout pour lui.

- Oui bah apparemment, Hermione a vite oublié tout ça dans tes bras. Ça n'a pas dû la marquer. Ça se trouve, elle s'est trompée, elle aussi.

- C'est ce qu'elle m'a dit, avoua Terry. Elle croyait aimer Krum mais comme c'était sa toute première relation, elle s'est emmêlée dans ses sentiments. Un peu comme moi avec Lisa. Elle m'a dit aussi que c'est en tombant amoureuse de moi qu'elle a découvert qu'elle n'aimait pas Krum, en réalité.

- Mais alors pourquoi tu t'inquiètes tant si elle a laissé tomber Krum pour toi ? Ça veut bien dire ce que ça veut dire, non ?

- Oui mais... moi, je suis là. Lui il est à des milliers de kilomètres de là. C'est peut-être ça qui a fait pencher la balance. Je sais qu'elle m'aime, ça se voit, elle doit m'aimer autant que je l'aime, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que si Krum était là, s'il n'était pas retourné à Durmstrang, elle serait sûrement restée avec lui.

- Je ne pense pas, objecta Anthony. Tu as beaucoup mieux à lui offrir que Krum. Ça crève les yeux que vous êtes faits l'un pour l'autre. Il n'y avait sûrement pas cette alchimie entre Krum et elle. Mais si ça t'angoisse tant, tu devrais lui en parler. Elle pourra mieux te rassurer que nous. Il n'y a qu'elle qui puisse trouver les bons mots. Il faut juste que tu n'aies pas peur d'aborder le sujet avec elle. La communication, dans un couple, c'est hyper important.

Terry acquiesça.

- D'accord, c'est ce que je vais faire. Je vais en parler avec elle. Mais je ne veux pas qu'elle pense que je n'ai pas confiance en ses sentiments...

- Hermione n'est pas bête, Terry. Elle va très vite voir que c'est en toi que tu n'as pas confiance. Et je suis sûr qu'elle va trouver ça hyper mignon. Un garçon qui avoue ses peurs, c'est assez rare, tu sais. Pour moi, c'est une grande qualité. Je pense que votre amour ressortira plus fort de cette discussion.

Terry hocha de nouveau la tête.

- Tu as raison. Merci à vous deux. Je stresse probablement pour rien. Mais je serai plus rassuré une fois que j'en aurai parlé avec Hermione.

- N'attends pas trop, alors. En tout cas, pour quelqu'un qui disait ne pas se poser de questions, tu t'en poses quand-même beaucoup, se moqua gentiment Michaël.

- C'est quand je suis avec elle que je ne m'en pose pas, se défendit Terry. Je ne me torture pas l'esprit sur notre relation en elle-même, mais sur ce qu'il y a autour. Sans ce Viktor Krum, je ne me poserais pas toutes ces questions.

- Tu es jaloux ? s'amusa Anthony.

- Je ne dirais pas ça, mais il me complexe, admit Terry. Je ne pense pas que je serais vraiment jaloux de voir un garçon tourner autour de Hermione. Je serais surtout irrité si le garçon en question savait que Hermione était en couple Et encore plus si j'étais à côté d'elle. Mais je suis quelqu'un de calme et de pacifiste. Et j'ai toute confiance en Hermione. Alors ça ne vaudrait pas le coup de s'énerver.

- Très bien raisonné, approuva Anthony. C'est sûr que je ne t'imagine pas du tout te battre avec un garçon qui aurait approché Hermione d'un peu trop près...

- Je sais d'avance que je ne ferais pas le poids, plaisanta Terry. Je ne suis pas maso. Mais même sans ça je ne me battrais pas. Bon, c'est pas tout mais je vais retourner à mon devoir de runes.

- Tu as bien avancé dessus ?

- Pas vraiment, il est assez difficile.

- Ah, on est bien d'accord, renchérit Michaël. J'ai essayé de le faire mais j'ai vite abandonné. Je vais m'y remettre, hein, mais pas tout de suite. On a encore dix jours pour le faire, de toute façon. Mais même si toi, tu galères, alors j'ai peu de chances d'y arriver...

- J'ai juste dit qu'il était difficile, mais il reste largement faisable, nuança Terry.

- Tu dis ça parce que tu es le meilleur d'entre nous en runes, mais je suis sûr que si je me penche de nouveau dessus, je ne vais rien y comprendre. J'étais pourtant très bon en runes, comme dans toutes les autres matières, mais depuis quelques temps, les devoirs de runes sont devenus vachement durs.

Terry ne pouvait qu'être d'accord avec Michaël. Lui aussi avait remarqué que les textes étaient de plus en plus complexes à traduire. Comme l'avait souligné Michaël, il était pourtant celui qui avait le plus de facilités en runes. C'était la seule matière où il était plus doué qu'Anthony, même s'il n'y avait aucune compétition entre eux. Sinon, Anthony était de loin le meilleur élève d'entre eux. Mais ils étaient tous trois d'excellents élèves, et c'était en grande partie pour ça qu'ils étaient à Serdaigle. Leur intelligence n'était pas un cliché, mais cette étiquette leur collait à la peau et leurs camarades des autres maisons ne voyaient que ça. Ils ne se vantaient donc pas d'être à Serdaigle, loin de là. Ils aimeraient au contraire être vus comme des élèves comme les autres. Mais ils savaient bien qu'il y avait des étiquettes dans chaque maison. Les Serpentard étaient les vicieux, les Poufsouffle étaient les guimauves et les Gryffondor étaient les rebelles. Les Serdaigle, eux, étaient les intellos. Terry s'était néanmoins aperçu que ces étiquettes étaient un peu moins présentes depuis que les maisons se faisaient moins la guerre. C'était un autre effet du travail en binôme et c'était une preuve de plus s'il en fallait que ce concept était vraiment une bonne idée. Terry pouvait remercier Dumbledore et le Choixpeau magique pour cela. Sans cette idée, jamais Hermione et lui ne se seraient rapprochés. Ils seraient passés à côté d'une belle histoire.

Terry sortit de ses pensées et reporta son attention sur Michaël :

- Si tu ne t'en sors vraiment plus en runes, il vaudrait mieux que tu ne poursuives pas cette matière pour les ASPIC.

- Non, je ne veux pas l'abandonner. J'aimerais garder toutes mes matières. C'est un objectif que je me suis fixé. Il faut juste que je me décide à me concentrer à fond sur les runes. J'en discuterai avec un de nos directeurs de maison lorsqu'il y aura les conseils d'orientation. D'ailleurs, est-ce que vous pensez que ce sera le professeur Flitwick qui s'occupera de ces conseils ?

- Aucune idée. Mais je pense plutôt qu'il se les partagera avec le professeur Black.

- Ce ne serait pas plus mal, décréta Anthony. Si le professeur Flitwick vient à prendre sa retraite très prochainement, autant que le professeur Black soit déjà familier avec toutes ses futures fonctions de directeur de maison. Il en assume déjà un grand nombre cette année, et il s'en sort plutôt bien.

- Je trouve aussi, renchérit Michaël. On ne dirait pas qu'il a passé douze ans à Azkaban. Enfin si, ça se voit, tout le monde a remarqué qu'il était souvent un peu nerveux, qu'il avait de petits moments d'absence quand il était assis à son bureau mais ça n'a aucune incidence sur la qualité de son métier. Ni sur son comportement envers nous. C'est un professeur tout à fait normal. Il connaît hyper bien son domaine et il enseigne trop bien. Même s'il n'a pas du tout l'air d'un professeur. Si je le croisais dans la rue, je penserais plutôt qu'il était un historien ou un truc comme ça. Bon et vous, vous savez quelles matières vous aller garder ?

- Je vais essayer de toutes les conserver aussi, répondit Anthony.

- Pareil, annonça Terry. J'aurais l'impression d'avoir fait cinq années pour rien si j'abandonnais une des matières qu'on a depuis la première année.

- Entièrement d'accord, approuva Michaël. Bon, on va te laisser faire le devoir de runes. Et évite de te prendre la tête à propos de Hermione. Tu verras ça plus tard quand tu discuteras avec elle.

Terry acquiesça et sourit à ses amis qui se levèrent de son lit et partirent. Il se replongea dans son devoir et il fut surpris au bout de quelques minutes de le trouver plus simple qu'une heure plus tôt. Il n'eut aucun doute que c'était grâce au fait qu'il avait parlé de ce qui le tracassait. Cela faisait souvent du bien. Et c'était visiblement ce dont il avait besoin, même si, jusqu'à ce qu'il se confie, il n'en avait pas vraiment eu conscience. Ses amis avaient raison : il devait parler avec Hermione. Il ne pourrait profiter pleinement de leur relation que lorsqu'il serait rassuré. Il voulait que tout soit parfait avec Hermione et il ferait tout pour que ce soit le cas.

.

.

(vendredi 02/02) POV Justin

.

- Rah mais c'est quoi ce bruit qu'il y a depuis tout à l'heure ? demanda soudain Hannah, l'air agacée.

- Quoi donc ? répondit Justin sans lever les yeux de son parchemin.

- Le tap tap tap tap tap.

- Ah, toi aussi tu l'entends ! s'exclama Ernie. Je croyais que c'était un bruit dans ma tête.

- Non, ça vient de sous la table, je crois.

- Ah, dans ce cas c'est peut-être moi, avoua Justin, un peu gêné. Je ne me rendais pas compte que je tapais du pied par terre.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu es stressé ? s'intrigua Ernie.

- Un peu, oui.

- À cause de quoi ? Enfin tu n'as peut-être pas envie d'en parler...

- Non mais vous allez vite l'apprendre alors autant que vous le sachiez maintenant. Je vais rompre avec Emily.

Ernie et Hannah regardèrent Justin avec un air surpris.

- Sérieux ? Mais... pourquoi ?

- Je ne suis plus amoureux d'elle. Ça fait un moment que je le sais mais je ne voulais pas l'admettre. Sauf que là, je ne peux plus me mentir.

- C'est bête, vous avez pourtant toujours été tellement inséparables, regretta Hannah. Vous étiez si fusionnels...

- Quand on était amis, oui. Ça a changé quand on a commencé à sortir ensemble. Mais c'est surtout l'été dernier que les premières tensions sont apparues. Et ça s'est intensifié dès la rentrée. Mais je ne sais pas si je vais réussir à la voir. Depuis quelques jours, j'ai l'impression qu'elle m'évite.

- Vous vous êtes disputés ?

- Non, justement. C'est ça qui m'étonne. Et ça ne m'arrange vraiment pas qu'elle soit aussi distante. J'ai vraiment décidé de rompre aujourd'hui alors j'espère qu'elle va bien vouloir m'écouter. Ah bah tiens, la voilà. J'y vais.

- Bonne chance, souhaita Hannah.

- Bon courage, plutôt, rectifia Ernie.

Justin sourit à ses deux amis et rejoignit Emily qui se dirigeait vers les escaliers qui menaient aux dortoirs des filles.

- Emily, attends ! héla Justin en la rattrapant.

Sa future ex petite-amie se retourna. Justin la vit se tendre en le voyant.

- Je suis pressée, prétendit-elle.

- Je suis sûr que peu importe ce que tu as à faire, ça peut attendre, répliqua Justin.

- Qu'est-ce que tu en sais ? rétorqua sèchement Emily.

- Pourquoi tu m'agresses comme ça ? Qu'est-ce que je t'ai fait ?

- Tu me retiens alors que je souhaite monter à mon dortoir.

- Non, ça n'a rien à voir avec ça. Ça fait plusieurs jours que tu me fuis. Je veux savoir pourquoi.

- Je ne te fuis pas. Tu te fais des idées. Tu voulais me dire quelque chose, je crois, alors je t'écoute.

- Pas tant que tu ne m'auras pas dit ce que tu me reproches.

Emily détourna le regard. Justin sentit clairement qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas.

- Emily, réponds-moi, dit-il plus doucement. Qu'est-ce qu'il y a ?

- Il n'y a rien, répondit Emily, la voix tremblante.

L'inquiétude commença à gagner Justin. Il oublia momentanément qu'il voulait rompre avec Emily. Même s'il n'était plus amoureux d'elle, elle comptait énormément pour lui et il n'aimait pas la voir dans cet état.

- Emily, parle-moi...

Il se passa quelques secondes avant qu'Emily ne tourne la tête pour plonger son regard dans celui de Justin.

- Je dois te parler, annonça-t-elle. J'aurais dû le faire plus tôt mais... j'avais besoin de temps. Et puis je ne suis sûre de rien, même si je ne vois pas d'autres explications...

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Je préfère qu'on soit dans un endroit un peu plus calme pour en parler.

- Allons dans mon dortoir, alors.

Emily acquiesça et emboîta le pas à Justin. Ils prirent les autres escaliers et montèrent au dortoir des garçons de cinquième année. Ils entrèrent et s'assirent sur le lit de Justin.

- Je t'écoute, dit à son tour Justin.

Emily prit une grande inspiration et se lança :

- Est-ce que tu te souviens, peu avant les vacances de Noël, de la fête à laquelle nous avons assisté ?

Justin fut surpris par cette question.

- Oui, je m'en souviens, affirma-t-il cependant.

- Tu te souviens aussi de ce qui s'est passé quand nous sommes rentrés ?

- Oui, répéta Justin, mal à l'aise. Enfin, c'est assez vague mais je sais ce qu'on a fait.

Il aurait difficilement pu oublier. Il aurait aimé, pourtant. Même s'ils avaient un peu trop bu ce soir-là, il se souvenait parfaitement être rentré à son dortoir avec Emily et avoir couché avec elle. C'était le seul rapport qu'ils avaient eu depuis la rentrée, cinq mois plus tôt. Car c'était aussi la seule fois où il avait réussi à réagir. Il avait fallu qu'il s'enfile cinq ou six verres pour que sa libido se réveille. Et il l'avait regretté le lendemain. Il s'en était voulu d'avoir couché avec Emily dans ces conditions. Ce n'était pas comme ça qu'il avait été élevé. Bien sûr, il savait qu'Emily avait été plus que consentante. Même bourré, il ne l'aurait pas forcée. Et elle le lui avait bien prouvé en lui disant au réveil qu'elle était ravie de la nuit qu'ils avaient passée et qu'elle avait adoré la fougue dont il avait fait preuve. Au lieu de le rassurer, cela l'avait fait se sentir encore plus coupable. Heureusement, ils n'avaient pas eu beaucoup le temps d'en parler puisqu'Emily avait dû prendre le Poudlard Express le jour-même, tôt dans l'après-midi. Cela avait été un grand soulagement pour Justin.

- Mais pourquoi me poses-tu ces questions ? demanda-t-il à Emily.

- J'y viens, mais j'en ai une dernière à te poser.

- Je t'écoute.

Justin faisait de son mieux pour ne pas laisser l'agacement transparaître dans sa voix. Il commençait à s'impatienter. À la base, il était venu vers Emily pour rompre avec elle et voilà qu'elle lui faisait subir tout un interrogatoire sur une nuit qu'il aurait préféré oublier...

- Est-ce que tu te souviens d'avoir posé le sort de protection ?

Justin fixa Emily pendant plusieurs secondes sans répondre. Il ne comprenait pas pourquoi elle lui demandait ça. Il ne comprenait pas pourquoi elle lui posait toutes ces questions. Il ne comprenait pas pourquoi elle faisait une fixette sur cette nuit-là. Il ne comprenait pas pourquoi elle lui prenait la tête comme ça alors qu'il voulait la quitter et laisser leur histoire une bonne fois pour toutes derrière lui. Tout cela l'agaçait. D'autant plus qu'il n'avait pas la réponse à cette dernière question.

- Non, je ne m'en souviens pas, dit-il honnêtement.

- Tu ne te souviens pas de l'avoir posé dans le sens où tu es sûr de ne pas l'avoir posé ou bien tu ne te souviens pas si tu l'as posé ? Il y a une différence.

- Je ne me souviens pas si je l'ai posé. Je ne me revois pas le faire mais je pourrais très bien l'avoir fait et ne pas m'en souvenir. J'étais un peu trop bourré pour me rappeler ce genre de détail. Et puis j'aurais très bien pu me protéger à la façon moldue. Tu sais que je n'ai jamais été très à l'aise avec le sort. Tu peux me dire maintenant pourquoi tu me demandes tout ça ?

Emily détourna une fois de plus le regard.

- Pour rien. Excuse-moi de t'avoir dérangé avec tout ça.

Emily voulut s'en aller mais Justin la retint en lui attrapant le bras.

- Ah non, je n'ai pas répondu à toutes ces questions pour ne pas savoir au final pourquoi tu me les as posées ! Je veux savoir, Emily. Qu'est-ce que tu me caches ?

Emily regarda de nouveau Justin. Ce dernier sentit son coeur se serrer en voyant le regard plein de larmes de sa future ex petite-amie.

- Je... je ne suis sûre de rien mais je... je crois que... que...

Emily s'arrêta sans pouvoir terminer sa phrase.

- Tu crois quoi ? insista doucement Justin.

Emily garda le silence pendant quelques secondes avant de lâcher :

- Je crois que je suis enceinte.

C'était un murmure à peine audible mais il semblait pourtant à Justin qu'Emily avait hurlé ces mots. Il était sous le choc. Il devait être dans un mauvais rêve. Ce n'était pas possible autrement.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demanda-t-il d'une voix sourde au bout d'un moment.

- J'ai un mois de retard dans mes règles. J'aurais dû les avoir au tout début de l'année. Le jour où on a eu ce rapport correspond parfaitement au moment où je pouvais tomber enceinte. Je ne me suis pas inquiétée plus tôt car il m'est déjà arrivé d'avoir du retard mais jamais à ce point. Mais là ça fait trop longtemps pour que ce ne soit qu'un retard sans gravité. J'espère quand-même me tromper, car si je suis vraiment enceinte, je...

Emily s'interrompit une nouvelle fois, les larmes sur le point de couler sur ses joues. Malgré le choc dont il ne s'était toujours pas remis, Justin eut la présence d'esprit d'essayer de réconforter Emily. Il la prit dans ses bras, embrassa ses cheveux et lui caressa doucement le dos. Il ne savait pas quoi lui dire tellement il était dépassé par la situation. Il se contentait donc de lui manifester son soutien par des gestes. Une question lui vint cependant à l'esprit.

- Mais tu prenais ta potion, pourtant, non ?

- J'ai arrêté de la prendre début décembre, justement. Cela faisait trois ou quatre mois qu'on n'avait pas eu de rapports, puisqu'à chaque fois qu'on essayait, ça ne voulait pas, alors j'ai décidé de ne plus la prendre. Elle était bien pratique puisqu'elle me permettait d'être assez régulière et d'avoir moins mal lors de la période pénible du mois mais j'avais du mal à la supporter. C'est en partie à cause de cette potion si j'étais souvent irritable, surtout en début de mois. Alors quand je me suis aperçue que ça faisait un moment qu'on n'avait rien fait, je me suis dit que ça ne servait à rien de continuer à la prendre. Je n'aurais pas dû arrêter, je le sais et je le regrette, maintenant...

- Tu n'es pas la seule fautive, lui rappela Justin. Nous sommes tous les deux responsables. Toi, tu as oublié ta potion, moi j'ai oublié de me protéger. Et tu ne peux pas savoir à quel point je m'en veux. Je suis vraiment désolé, Emily.

- Je ne t'en veux pas, assura Emily. Mais on s'en fait peut-être pour rien. Je crois être enceinte mais je n'en suis pas sûre.

- Il faudrait aller à l'infirmerie pour en avoir le coeur net, décréta Justin.

- J'y ai bien pensé mais je ne voulais pas y aller seule et sans d'abord t'en avoir parlé...

- C'est pour ça que tu me fuyais, cette semaine ?

Emily acquiesça.

- J'étais gênée par rapport à ça. Je ne pouvais pas te parler et te regarder dans les yeux alors que je te cachais quelque chose d'aussi important... Mais je ne me sentais pas prête à t'en parler. J'avais peur de ta réaction. Peur que tu me rejettes. Ce que j'aurais parfaitement compris. Nous n'avons que seize ans, nous ne sommes pas prêts à devenir parents... Je ne veux pas t'imposer ça.

- Je ne fuirai pas mes responsabilités, déclara Justin.

Cela sembla rassurer Emily. Mais elle reprit vite un air triste.

- Tout serait tellement plus simple si je pouvais avorter, soupira-t-elle.

- Ce n'est pas possible ? demanda Justin, déçu.

Emily secoua la tête.

- C'est trop dangereux. Le fluide vital et le fluide magique de l'enfant et de la maman sont liés. Ils se séparent naturellement et sans risques lors de l'accouchement. Mais pas lors d'un avortement. Cela doit être provoqué et c'est même plus que dangereux. C'est fatal dans cent pour cent des cas. Aucune femme n'a survécu à un avortement jusque-là. Et elles sont malheureusement nombreuses à avoir tenté de le faire elles-mêmes puisque c'est une pratique médicomagique illégale. C'est pour ça qu'il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup plus de bébés qui naissent sous X dans le monde sorcier que dans le monde moldu. Parce que les femmes qui se retrouvent enceintes sans l'avoir désiré et qui ne se sentent vraiment pas prêtes à devenir mères abandonnent leur enfant à la naissance. En revanche, les fausses couches ne sont pas du tout dangereuses. Enfin, pas plus que dans le monde moldu. C'est quelque chose de naturel, qui ne dépend pas d'un quelconque acte médical. Ça ne met donc pas en danger la maman. C'est pour ça qu'il existe une potion abortive qui est tout à fait légale. Ça reste un acte provoqué mais cette potion agit comme une fausse couche naturelle. Il n'y a donc aucun risque. Le seul problème, c'est qu'elle doit être prise durant les six premières semaines de la grossesse. Ce qui est relativement court. Si je suis vraiment enceinte, ce délai est dépassé car je dois en être à sept semaines de grossesse. Bref, tout ça pour dire que je ne peux donc pas avorter.

Justin resta un moment silencieux.

- Je ne savais pas tout ça, finit-il par murmurer. Dans le monde moldu britannique, ça fait presque trente ans que l'avortement a été légalisé... Ou, plutôt, que l'interdiction a été abolie. Évidemment, ça a mis du temps à se mettre en place, ça ne s'est pas fait du jour au lendemain mais au moins, c'est devenu possible. Mais je comprends que ce soit interdit dans le monde sorcier. J'espère néanmoins que la médicomagie va faire des progrès dans ce domaine. Mais du coup, si tu es vraiment enceinte, qu'est-ce que tu comptes faire ?

Emily fit une moue équivoque.

- Je ne me sens vraiment pas prête à avoir un enfant là, tout de suite, maintenant. C'est trop tôt. Je ne veux pas jongler entre mes études et un bébé. J'ai eu le temps d'y réfléchir depuis que j'ai des doutes et je pense vraiment que le mieux serait que j'accouche sous X, même si je me sens mal à cette idée. Mais il faut d'abord que j'en parle avec mes parents. Et puis il faut aussi que toi, tu sois d'accord. Je ne prendrai pas de décision sans ton aval.

- Je crois que je vais avoir besoin d'un peu de temps pour y réfléchir, avoua Justin.

- Oui, bien sûr, dit Emily en souriant. De toute façon, on ne sait même pas si je suis enceinte.

- Il ne faudrait pas trop attendre pour le savoir... Les cours pratiques pourraient être dangereux pour toi.

- Laisse-moi juste quelques jours, je sais que je dois être fixée au plus vite mais moi aussi, il me faut du temps pour penser à tout ça calmement.

- D'accord, on verra ça en début ou milieu de semaine prochaine, alors, proposa Justin. Ça te va ?

- Oui, c'est parfait, approuva Emily. Merci de m'avoir poussée à te parler. Et merci d'avoir bien pris la nouvelle. Mais il me semble que tu voulais me parler, à la base ?

- Oui mais je ne me souviens plus de ce que je voulais te dire, mentit Justin. Je suis encore sous le choc, à vrai dire. Tout ça m'a complètement chamboulé. Ça va sûrement me revenir mais plus tard. Ça te dérange si je vais rejoindre Ernie et Hannah ?

- Non, pas du tout, affirma Emily. Je comptais y aller, moi aussi. Je ne te mentais pas tout à l'heure quand je te disais que je voulais monter à mon dortoir, ajouta-t-elle, amusée.

- Bien, je vais te laisser y aller, dans ce cas, sourit Justin.

Il se leva et fut très vite imité par Emily qui l'embrassa. Il se crispa mais se détendit rapidement, ne voulant pas qu'Emily s'aperçoive de sa réaction. Cette dernière fit durer le baiser, puis elle remercia de nouveau Justin et s'en alla après lui avoir volé un léger baiser. Elle lui souriait mais Justin voyait bien que c'était forcé. Elle avait l'air totalement bouleversée, même si elle s'efforçait de ne pas le lui montrer. Justin voyait tout cela car il faisait exactement la même chose. Sauf que lui était peut-être encore plus désespéré qu'elle. Tout comme elle, il ne voulait pas de cet enfant. Mais il n'y avait pas que ça. Lorsqu'il s'était avancé vers elle, il avait la ferme intention de la quitter. Il l'avait décidé, il l'avait promis à Théo, il se voyait déjà soulagé d'un grand poids en se débarrassant de cette relation qu'il ne pouvait plus supporter, il se voyait en partie libre, il voyait l'air heureux de Théo lorsqu'il lui annoncerait qu'il avait rompu avec Emily et voilà que tous ses plans étaient tombés à l'eau à cause de cette probable grossesse complètement imprévue. Il avait envie de tout casser tellement il était frustré et en colère. Comment les choses avaient-elles pu basculer à ce point en si peu de temps ? Il n'arrivait pas à comprendre. Mais c'était de sa faute. Il aurait dû parler beaucoup plus tôt à Emily. Il n'aurait pas dû laisser traîner les choses pendant aussi longtemps. Théo lui avait maintes fois répété qu'il devait quitter Emily. Mais Justin n'avait pas voulu l'écouter. Jusqu'à ce que Théo lui dise qu'il voulait mettre fin à leur relation. Cette idée lui avait été insupportable. Il n'avait pas réfléchi et avait décidé de quitter Emily sur un coup de tête. C'était pourtant la meilleure décision qu'il n'avait jamais prise. Il avait déjà été en partie soulagé de l'avoir prise. Seulement, il avait voulu attendre. Attendre le bon moment. Attendre d'être prêt. D'être vraiment prêt. Il avait convenu avec Théo qu'il parlerait à Emily ce jour-là. Et c'était ce qu'il avait voulu faire. Car il était prêt. Mais il n'avait pas pu. Car il y avait peut-être ce bébé, dans le ventre d'Emily. Il n'avait pas pu se résigner à la quitter alors qu'elle était peut-être enceinte de lui. Il savait que c'était forcément lui le père. Il avait craint plusieurs fois qu'Emily finisse par le tromper, il lui en avait parlé, il avait eu peur qu'elle se vexe mais au lieu de ça, elle l'avait pris entre quatre yeux et elle lui avait juré sur ce qu'elle avait de plus cher au monde que jamais, jamais elle ne le tromperait. Parce qu'elle l'aimait. Justin savait qu'elle était sincère. Elle n'avait jamais su mentir. Elle était beaucoup trop franche pour ça. Il était donc sûr d'être le père et il aurait finalement espéré qu'Emily l'ait trompé. C'était le comble de l'ironie et c'était lâche de sa part. Il préférait avoir été trahi plutôt qu'être le père de l'enfant. Mais peut-être n'y avait-il pas d'enfant, tout compte fait. Il s'accrochait à cet espoir comme un noyé à sa bouée de sauvetage. Il espérait de tout coeur que l'infirmière annoncerait à Emily qu'elle n'était pas enceinte. Mais même si son voeu était réalisé, il ne pourrait pas la quitter dans la foulée. Il ne voulait pas passer pour un goujat. Il ne voulait pas qu'elle croit qu'il serait resté avec elle uniquement si elle avait été réellement enceinte. Il allait donc laisser passer un ou deux mois et ensuite, il romprait avec elle. Et si elle était vraiment enceinte... Il ne voulait même pas y penser. Il ne pouvait décemment pas rester avec elle juste pour l'enfant qu'elle portait. Personne ne serait heureux dans cette situation. Emily allait forcément finir par se rendre compte que quelque chose n'allait pas, même si elle ne saurait pas quoi. Cela créerait des tensions et... Non, il valait vraiment mieux qu'il ne songe pas à cette hypothèse d'une grossesse réelle. Dans tous les cas, il n'allait pas pouvoir quitter Emily tout de suite. Il avait l'impression d'être revenu au point de départ. Ou d'être dans un tunnel dont il ne voyait pas le bout. Et puis il y avait Théo. Ce garçon qui faisait battre son coeur. Il allait devoir lui dire pourquoi il n'avait pas pu quitter Emily. Il ne voulait pas voir sa mine triste et déçue. Il ne voulait pas voir le désespoir dans ses yeux. Il ne voulait pas le voir se résigner à attendre alors que ça faisait déjà plus d'un mois qu'il patientait. Il ne voulait pas voir toutes ces choses qui allaient inévitablement lui donner envie de le réconforter, de le prendre dans ses bras, de le serrer fort contre lui, de respirer son odeur, de sentir son corps si pur et si désirable contre le sien... Il ne pouvait plus se leurrer. Il était complètement fou amoureux de Théo. Et il risquait de le perdre à cause d'une soirée de beuverie et d'une erreur d'inattention. Il allait devoir rester avec une fille qu'il n'aimait plus et laisser de côté le garçon qu'il aimait de tout son être. Ou bien il allait continuer à jouer sur les deux tableaux. Mais il ignorait s'il en serait encore capable. Il avait déjà trop donné. Il était épuisé de tout ça. Il n'en pouvait plus. Il ne savait pas quoi faire. Il était dans la mouise. Jusqu'au cou.

.

.

(dimanche 04/02) POV Théo

.

Théo soupira pour ce qui devait être la cent vingtième fois en une heure. Il s'ennuyait. Il était tout seul dans le dortoir. Enfin non, il y avait Bianca qui lui tenait compagnie. Il sourit tendrement en posant son regard sur sa belle et grande peluche. Il adorait sa Bianca. Il avait beau avoir quinze ans, il se sentait rassuré lorsqu'il serrait sa peluche contre lui. C'était avec elle qu'il s'endormait tous les soirs. Avec sa peluche tout contre son coeur et le nez dans les poils doux et soyeux. Il remerciait encore Draco de lui avoir offert ce cadeau. Elle lui servait de doudou mais elle lui permettait aussi de se sentir moins seul comme c'était le cas actuellement. Mais c'était de sa faute s'il était tout seul avec Bianca. À l'heure qu'il était, il pourrait très bien être avec Draco et Harry. Celui-ci avait émis le souhait d'avoir une dernière séance de travail la veille de sa reprise des cours. Bien qu'il aurait adoré passer l'après-midi avec Harry, Théo avait préféré laisser Draco y aller seul. Il estimait que ses deux amis devaient se réhabituer à travailler ensemble sans lui. Après tout, le fait que Harry retournait en cours signifiait qu'il allait également reprendre les vraies séances de travail en binôme avec Draco. Ils allaient devoir retrouver leurs marques. Mais même sans ça, Théo avait jugé préférable de rester dans son dortoir. Il avait rendez-vous à dix-sept heures avec son directeur de maison et son avocat et s'il était allé voir Harry, il aurait passé son temps à vérifier l'heure toutes les cinq minutes. Il n'aurait donc pas pu profiter pleinement de son après-midi. Mais s'il était seul, c'était aussi parce qu'il avait été lâchement abandonné par Blaise qui était parti rejoindre sa petite-amie. Bien sûr, Théo ne lui en voulait pas. Il était au contraire ravi que ça aille toujours aussi bien entre eux. Ils étaient faits pour être ensemble, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure. Quant à Pansy, elle aussi avait une séance de travail avec son binôme en ce moment-même. Théo ne la verrait donc pas s'il descendait dans la salle commune. Et c'était dommage car il aurait bien aimé passer du temps rien qu'avec elle. Lui avait déjà fait tous ses devoirs avec Justin. Ils avaient été tellement efficaces durant la première moitié de la semaine que le jeudi matin, ils avaient bouclé leur dernier devoir. Cela tombait bien car ils n'étaient pas sûrs de pouvoir se voir durant le week-end, Justin ayant prévu de parler le vendredi soir à Emily. N'étant pas certain que ça allait bien se passer, il n'avait pas voulu faire subir sa potentielle mauvaise humeur à Théo qui avait parfaitement compris. La discussion ainsi que la rupture avaient donc dû avoir lieu deux jours plus tôt et Théo espérait de tout son coeur que ça s'était bien passé. Il devait attendre le lendemain pour le savoir et il trouvait ça long.

Il soupira et tourna la tête. Son regard se posa sur sa table de chevet. Une idée lui vint à l'esprit. Il ouvrit le tiroir et en sortit un exemplaire de la Gazette du sorcier. C'était le numéro qui parlait des nouveaux propriétaires du Chaudron Baveur. Il avait appris que l'auberge changeait de dirigeants trois semaines plus tôt alors qu'il était chez le parrain et le directeur de maison de Harry. C'était le professeur Lupin qui avait annoncé la nouvelle. Théo avait été vivement intéressé. Il avait fait croire que c'était parce qu'il allait retourner loger au Chaudron Baveur pendant les vacances d'été mais il n'y avait pas que ça. Il ne comptait pas seulement y loger, il comptait aussi y travailler. Il ne savait pas pourquoi mais il se doutait qu'il allait être déshérité. Si ce n'était pas déjà fait. Sur son compte personnel, il avait de quoi tenir jusqu'à la fin de ses études à Poudlard, toutes dépenses comprises, son père ne pouvant pas toucher à cet argent mais il était parfaitement conscient qu'il allait devoir se débrouiller seul pour financer sa formation. C'était pour cela qu'il devait commencer à travailler dès l'été suivant. S'il pouvait loger et travailler au Chaudron Baveur, ce serait hyper pratique pour lui. Il s'était donc procuré un exemplaire du numéro de la Gazette où était paru l'article afin de contacter les nouveaux propriétaires du Chaudron Baveur mais il ne leur avait pas encore écrit. Il n'avait pas réussi à trouver un moment pour le faire, étant donné qu'il devait être seul pendant au moins deux heures pour écrire sa lettre, ce qui n'avait pas été le cas depuis qu'il s'était mis ce projet en tête. Il y avait toujours du monde dans le dortoir. Il n'avait pas encore dit à ses amis qu'il souhaitait travailler durant les vacances d'été. Il avait décidé de le leur annoncer lorsqu'il aurait trouvé un job. Comme il n'avait personne à qui écrire, si un de ses amis l'avait surpris en train de rédiger une lettre, il aurait sûrement voulu savoir à qui elle était destinée. Et Théo avait peur d'être trop pris au dépourvu pour inventer un mensonge cohérent. C'était donc pour cela qu'il préférait être seul pour écrire sa lettre. Là, il était sûr d'être tranquille jusqu'à son rendez-vous avec son avocat et le professeur Snape, alors il estima que c'était l'occasion idéale. Il prit son encrier, sa plume et son rouleau de parchemin et il ouvrit la Gazette à la page de l'article. Comme à chaque fois qu'il la voyait, il resta bloqué un instant sur la photo des nouveaux propriétaires. Lorsqu'il s'était procuré le numéro et qu'il était tombé sur l'article pour la première fois, il avait eu un choc et avait mis une bonne quinzaine de minutes à s'en remettre. Car la femme du couple ressemblait énormément à sa mère telle qu'il s'en souvenait. Bien sûr, il n'y avait aucun trait de famille, c'était juste une ressemblance frappante comme il y en avait parfois entre deux personnes mais cela l'avait choqué. Il en avait presque pleuré tellement sa mère lui manquait. Mais il s'était retenu car il savait que s'il se laissait aller, il aurait énormément de mal à reprendre le dessus. Ça ne lui était encore jamais arrivé mais il se connaissait. Il s'était demandé si c'était une bonne idée de vouloir travailler auprès de quelqu'un qui lui ferait sans cesse rappeler sa mère mais il s'était dit que cela lui permettrait de se blinder.

Il se mit donc à écrire sa lettre mais à peine eut-il rédigé quelques phrases qu'il dut recommencer. Le deuxième essai dura un peu plus longtemps mais ne trouva pas grâce non plus aux yeux de Théo. Le troisième fut plus court que le précédent et le quatrième ne dépassa pas les six lignes. Bon sang que c'était compliqué d'écrire une lettre de motivation ! Surtout quand c'était la première fois. Théo n'avait aucun exemple pour s'aider et c'était bien ça le problème. Ils n'apprenaient pas ce genre de choses à Poudlard. En même temps, c'était assez rare qu'un élève travaille avant d'avoir terminé ses sept d'années d'études... Théo se détachait encore une fois du lot. Mais il n'avait pas le choix. Il était vraiment sûr de se faire déshériter s'il ne l'était pas déjà. Et ce n'était pas plus mal comme ça. Il ne voulait pas dépendre de l'argent de ce Mangemort qui l'avait maltraité depuis son plus jeune âge, qui l'avait torturé, affamé, asservi, considéré comme un moins que rien... Il ne voulait pas de cet argent sale. Il préférait travailler dur plutôt qu'être entretenu par un homme pareil. S'il n'était pas pris au Chaudron Baveur, eh bien il chercherait un autre job sur le Chemin de Traverse. Ce n'étaient pas les commerces qui manquaient. Mais il ferait sa lettre plus tard. Il avait besoin de conseils avant de s'y remettre. Il pensa aussitôt à demander au professeur Snape mais il serait obligé de lui dire la vérité et il savait déjà que son directeur de maison allait essayer de lui faire changer d'avis. Il fallait qu'il s'adresse à quelqu'un qui l'aiderait sans lui poser de questions ou qui ne tenterait pas de le raisonner. Il ne savait pas encore qui pourrait remplir ces conditions mais il y réfléchirait un autre jour. Il avait encore du temps pour écrire sa lettre, même s'il voulait l'envoyer au plus vite. Là, il avait besoin de se changer les idées. Il sortit donc de son dortoir et commença à déambuler dans le château. Il lui restait deux heures avant son rendez-vous, cela lui laissait largement le temps de faire un petit tour.

Il rencontra beaucoup d'élèves dans les couloirs des trois premiers étages. Il croisa notamment Luna avec qui il discuta pendant une dizaine de minutes. Le quatrième étage fut un peu plus calme. Alors qu'il débouchait sur un couloir, il vit en face de lui un élève qu'il reconnut aussitôt, même de dos. Il courut derrière lui et le rattrapa.

- Justin !

Son binôme se retourna. Théo le vit se crisper en le voyant. Il fut surpris par cette réaction.

- Ça va ? demanda-t-il, inquiet.

- Oui, je ne m'attendais pas à te voir, c'est tout.

Le ton sec de Justin blessa Théo. Avait-il fait quelque chose de mal ? Ce fut ce qu'il pensa aussitôt. Peut-être Justin n'avait-il pas envie de le voir. Peut-être lui faisait-il perdre son temps. Après tout, ils n'étaient pas censés se revoir avant le lendemain. Convaincu qu'il dérangeait Justin, Théo décida de le laisser tranquille.

- C'est vrai que ce n'était pas prévu. Excuse-moi, je n'aurais pas dû te héler comme je l'ai fait. Je t'ai peut-être dérangé. Je vais te laisser. Salut.

Théo voulut s'en aller mais Justin le retint en attrapant son bras.

- Attends...

Théo s'arrêta mais resta dos tourné à Justin. Celui-ci le fit doucement pivoter jusqu'à ce qu'ils soient face à face.

- Je suis désolé, je ne voulais pas être sec avec toi, s'excusa Justin. Je sais que ce n'était pas du tout flagrant mais je suis content de te voir.

Théo leva timidement les yeux vers Justin.

- C'est vrai ? demanda-t-il d'une petite voix.

- Oui, répondit Justin en le dévorant du regard. Surtout quand tu es adorable comme ça. J'ai envie de te manger tout cru. Ça devrait être interdit d'être aussi mignon.

Théo se sentit rougir comme une tomate. Justin sembla lui aussi gêné.

- Pardon, je ne devrais pas te dire ce genre de choses... Surtout dans la situation actuelle.

Théo fronça les sourcils.

- Comment ça ?

Justin détourna le regard. Théo eut alors un très, très, très mauvais pressentiment.

- Justin, qu'est-ce qu'il y a ? insista-t-il.

- Tu vas me haïr.

- Ça m'étonnerait. Dis-moi ce qu'il y a, s'il te plaît.

Justin soupira.

- Allons à notre repaire secret, si tu veux bien.

Théo hocha la tête et emboîta le pas à Justin. Pour une fois, lorsqu'ils arrivèrent, Justin ne se jeta pas sur les lèvres de Théo. Il s'appuya contre le mur et annonça de but en blanc :

- Je n'ai pas pu rompre avec Emily.

- Qu... quoi ? Mais...

- C'était prévu, oui, je sais, coupa Justin. Et j'ai vraiment voulu le faire. J'étais même sur le point de lui parler. Mais elle a d'abord voulu m'éviter, comme elle le faisait depuis le début de la semaine. Je ne savais pas pourquoi alors j'ai voulu la confronter. Ça a été dur mais j'ai réussi à la faire parler. Et elle m'a annoncé quelque chose qui a tout chamboulé. Elle m'a dit...

Justin s'interrompit, comme si les mots étaient trop durs à prononcer pour lui. Ce qui était sûrement le cas.

- Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? demanda doucement Théo.

Justin détourna le regard.

- Elle m'a dit qu'elle pensait être enceinte.

Théo eut l'impression qu'une chape de plomb venait de s'abattre sur lui. Il avait dû mal entendre. Il voulut y croire mais au fond de lui, il savait pertinemment qu'il avait très bien compris chaque mot qu'avait prononcé Justin.

- Mais... comment ça a pu arriver ? questionna-t-il, perplexe.

- On a oublié de se protéger, grimaça Justin. On est participé à une fête, on est rentrés bourrés, on a eu un rapport et on avait trop bu pour penser au sort.

Théo ne comprenait toujours pas.

- Un rapport ? Quel rapport ?

- Il faut vraiment que je réponde à cette question ? Tu n'as pas une petite idée ? Tu sais quand-même comment on fait les enfants ?

Théo ouvrit grand les yeux, choqué. Évidemment qu'il savait, il n'était pas ignare à ce point, mais... il n'avait pas du tout envie d'imaginer Justin et sa petite-amie en train de faire ce genre de choses ! Il ne pensait même pas qu'ils en étaient là ! Pour lui, Justin et Emily passaient leur temps à discuter et à s'embrasser, rien d'autre ! En réalisant qu'ils faisaient beaucoup plus que ça, il se demanda soudain pourquoi Justin perdait son temps avec lui. Il devait s'ennuyer. Théo ne lui accordait que des baisers et des caresses dans le dos. Et à travers les vêtements, pas en-dessous. Il ignorait complètement ce que faisaient deux garçons dans l'intimité – et il ne voulait pas le savoir – mais Justin allait vite en avoir assez de s'en tenir aux baisers et aux caresses... Théo n'était pas prêt à faire plus que ça mais il ne souhaitait pas frustrer Justin... Ce n'était cependant pas la question pour le moment. Emily était peut-être enceinte. Il s'en voulait de réagir comme ça mais c'était sûrement l'une des pires nouvelles que pouvait lui annoncer Justin. Cela remettait tout en cause. Il tenta néanmoins de garder les idées claires. Il se recentra et s'adressa à Justin :

- Tu m'as dit qu'elle pensait être enceinte, elle n'en est donc pas sûre. Il faudrait qu'elle sache si ses doutes sont fondés ou non.

- Elle ira voir Mme Pomfresh dans le courant de la semaine prochaine. Elle veut d'abord réfléchir calmement à tout ça.

- Et... si elle est vraiment enceinte ?

- Je ne sais pas encore ce que je vais faire, avoua Justin. Je ne veux pas rester avec elle juste pour le bébé. Et en même temps je me sentirais mal de la quitter, j'aurais l'impression de l'abandonner, de me comporter comme un lâche. Mais si elle n'est pas enceinte, je ne veux pas non plus en profiter pour la quitter dès que la nouvelle sera tombée. Ce serait tout aussi lâche. Dans tous les cas, je vais probablement rester un ou deux mois avec elle.

Théo sentit son coeur se serrer douloureusement. Il voulait entendre tout sauf ça. Mais il savait que Justin n'avait pas le choix. Il devait rester provisoirement avec Emily, même s'il n'en avait pas envie. Qu'elle soit enceinte ou non, il ne pouvait pas la plaquer comme ça du jour au lendemain juste pour pouvoir vivre tranquille son histoire avec son binôme de travail... Ce serait affreusement égoïste. Et lâche. Une pensée traversa soudain l'esprit de Théo. Il réalisa que, s'il n'était pas là, Justin n'aurait pas tous ces problèmes en ce moment-même. Il n'aurait jamais eu l'idée de quitter sa petite-amie et il ne serait pas en train de s'arracher les cheveux afin de déterminer quel serait le meilleur moment pour rompre avec elle. Il serait sûrement encore dans le déni concernant son orientation sexuelle, certes, mais cela ne l'empêcherait pas d'être encore heureux avec Emily. Après tout, c'était à cause de Théo s'il y avait eu des tensions dans leur couple dès la rentrée. Justin avait rejeté Théo, Emily le lui avait reproché et ils s'étaient disputés. Ils s'étaient réconciliés trois semaines plus tard mais il y avait eu ensuite l'agression que Milligan et Parker avaient fait subir à Théo. Justin et Emily s'étaient de nouveau disputés car Justin avait préféré défendre Théo plutôt que le cousin de sa petite-amie. Ils s'étaient rabibochés après l'audience disciplinaire mais ils s'étaient une fois de plus séparés lorsque Milligan et Parker étaient revenus. Emily avait discuté avec son cousin et Justin l'avait très mal pris. Toujours à cause de Théo. Il avait été à l'origine de trois disputes entre Justin et Emily. Cela avait certainement fragilisé le couple. S'il redevenait simplement le binôme de Justin, peut-être les choses s'amélioreraient-elles entre Emily et lui ? Peut-être Justin se rendrait-il compte que, finalement, il était encore amoureux d'Emily ? Théo devait y remédier. Et ce fut ce qu'il fit :

- Justin, je crois qu'il vaudrait mieux qu'on arrête de se voir.

Justin écarquilla les yeux de surprise.

- Hein ? Mais... qu'est-ce que tu racontes ?!

- Les choses seront plus simples entre Emily et toi si nous redevenions juste des binômes de travail.

Théo fit alors part à Justin de toutes les pensées qu'il venait d'avoir. Le choc se lut sur le visage de Justin. Il reprit cependant vite contenance :

- Théo, c'est n'importe quoi, ce que tu dis là. Je ne veux pas que tu te mettes des choses pareilles en tête. À t'entendre, on croirait que tu m'as ensorcelé pour que je remette en question mes sentiments envers Emily ! Oui, tu as été le déclencheur de tout ça mais il fallait que ce déclencheur arrive. Je ne pouvais pas continuer à me mentir plus longtemps. Les tensions étaient déjà apparues entre Emily et moi avant la rentrée. L'été ne s'était pas très bien passé. Et puis on a eu d'autres tensions dont tu n'étais pas responsable. Si tu veux tout savoir, j'ai toujours eu du mal à ressentir du désir envers Emily. Avant le rapport qu'on a eu à la suite de cette fameuse fête, cela faisait plusieurs mois qu'on n'en avait pas eu. Et ça suffisait à créer des tensions entre nous. Parce que je n'avais jamais envie. Je ne comprenais pas pourquoi avant que tu me fasses comprendre que je n'étais pas attiré par les filles mais par les garçons. Crois-moi, tu n'y es pour rien si ça va mal entre Emily et moi. À la base, cette relation n'aurait jamais dû exister. On était meilleurs amis avant ça et on aurait dû le rester. Je t'avais déjà expliqué ça.

Théo acquiesça. Il se sentait bête d'avoir eu toutes ces pensées qui étaient complètement fausses. Il s'était cru responsable de tout mais Justin l'avait bien rassuré. Il offrit un sourire piteux à Justin.

- Excuse-moi, j'ai été idiot. Je me suis fait des idées. Je voulais à tout prix arranger les choses parce que je ne supportais pas de te savoir dans cette situation et...

Théo ne put terminer sa phrase car Justin plaqua ses lèvres sur les siennes. Théo ferma les yeux de bien-être et rendit aussitôt son baiser à Justin. Merlin il ne pourrait jamais s'en passer. Comment avait-il pu songer à mettre un terme à leur relation ? Il disait que Justin était accro à ses lèvres mais il n'était pas mieux. Il ne répondait plus de lui dès que Justin l'embrassait. Toutes les questions qu'il pouvait bien se poser s'envolèrent lorsque Justin approfondit le baiser. Il ne pensa qu'à la langue de son binôme qui jouait avec la sienne et à leurs souffles qui se mélangeaient. Il faillit gémir quand il sentit le corps de Justin se presser tout contre le sien. Il se laissa totalement abandonner, profitant de cet instant comme si c'était le dernier qu'ils partageaient ensemble. Ils ne se séparèrent que lorsque le souffle vint à leur manquer. Théo soutint le regard que Justin plongea dans le sien.

- Ne me quitte pas, Théo. S'il te plaît.

Il y avait tellement de désespoir dans la voix de Justin que Théo sentit ses yeux s'embuer.

- Je n'en ai jamais eu l'intention, assura-t-il. Enfin si, j'avais pensé le faire mais... pour de mauvaises raisons. Je ne l'ai jamais souhaité, en tout cas. Je voulais juste... te rendre un peu plus libre.

- Je ne serai pas libre tant que je serai avec quelqu'un que je n'aime pas, dit tristement Justin. Je sais que tu attends que je te dise trois certains mots, et je voudrais te les dire mais... je ne peux pas. Pas tant que je serai avec Emily.

- Je comprends, affirma Théo. C'est pour ça que je ne te les dis pas non plus. C'est dur parce qu'ils me brûlent les lèvres mais j'attendrai le temps qu'il faudra.

Théo vit Justin se mordre les lèvres alors qu'il le regardait comme il ne l'avait jamais regardé avant. Il sut alors que s'il n'y avait pas Emily, Justin lui dirait à ce moment-là ces trois mots qu'il voulait tant entendre. Une douce chaleur l'envahir à cette pensée. Mais il ne devait pas s'attarder là-dessus.

- Je ne te lâcherai pas, promit-il. Mais s'il y a vraiment un bébé, tu ne voudras sûrement pas fuir tes responsabilités...

- Non, je ne finirai par quitter Emily à un moment ou à un autre mais je reconnaîtrai l'enfant. Et je soutiendrai Emily dans son éducation. Si tu veux bien, tu seras comme un beau-papa pour lui quand il viendra chez nous après Poudlard.

Théo se sentit rougir.

- Ce serait avec grand plaisir mais il faudrait qu'on soit toujours ensemble d'ici là, fit-il remarquer. On n'est même pas encore en couple et il y a pourtant déjà de nombreux obstacles qui se sont posés sur notre chemin... Qu'est-ce que ce sera quand on sera vraiment ensemble...

- Tu as raison, grimaça Justin. Sans compter que je vais devoir faire mon coming-out à un moment donné. Mais on verra ça plus tard. Quoi qu'il en soit, bébé ou non, c'est avec toi que je veux être. Je quitterai Emily dès que possible et je serai alors tout à toi.

Théo ne put s'empêcher de sourire face à cette perspective.

- Tout ça me va très bien.

Justin sourit à son tour et posa de nouveau ses lèvres sur celles de Théo qui répondit vite au baiser. Alors que Justin rapprochait leurs deux corps, Théo repensa involontairement à quelque chose qui l'avait embarrassé au début de sa discussion avec Justin. Il ressentit le besoin d'en parler. Il mit alors fin au baiser et repoussa doucement son binôme. Celui-ci le regarda, l'air surpris.

- Je voudrais te parler de quelque chose, déclara Théo, gêné.

- Je t'écoute, répondit Justin, visiblement intrigué.

- Jusqu'à aujourd'hui, je n'avais pas compris que... qu'avec Emily tu... vous... que vous...

Théo s'interrompit, trop mal à l'aise pour s'exprimer clairement. Mais Justin semblait avoir saisi ce qu'il voulait dire.

- Tu veux parler de nos activités intimes ?

Théo acquiesça, les joues brûlantes.

- Je ne vois pas comment tu aurais pu le deviner puisqu'on n'en a jamais parlé, observa Justin.

- Je sais, mais... ça ne m'était même pas venu à l'idée que vous... que vous puissiez faire ce genre de choses... Pour moi, être en couple, c'est s'embrasser. C'est tout.

- Je vois, dit Justin en souriant. Ça ne m'étonne pas vraiment. J'ai bien compris que tu avais un gros blocage à ce sujet. On en a déjà un peu parlé juste avant que tu ne me dises tout ce que t'avait fait subir ton ordure de père. Il n'a pas dû prendre le temps de t'expliquer les choses de la vie tellement il était occupé à te maltraiter et à te torturer. Tu as été trop traumatisé par tout ce qu'il t'a fait pour que tu sois en mesure d'imaginer qu'un corps puisse servir à autre chose qu'à recevoir toutes sortes de maltraitances... Je pense que tu as été bien plus marqué psychologiquement que physiquement, en-dehors de ta fragilité et de ta maigreur.

Théo fut troublé par les paroles de Justin. Il savait que son blocage venait de tout ce qu'il avait subi mais il n'était jamais allé aussi loin dans l'analyse. Justin avait cependant entièrement raison. Cela le touchait de voir à quel point il comprenait ce qu'il avait vécu et les conséquences que cela pouvait avoir mais il n'était pas totalement rassuré pour autant. Il voulait que tout soit clair. Il regarda Justin et lui demanda :

- Ça ne te dérange d'être avec quelqu'un qui ne peut pas répondre à tes attentes ? Qui te repousse dès que tu vas un peu plus loin que de simples baisers ? Qui est méga prude et méga coincé ?

- Non, ça ne me dérange absolument pas, dit calmement Justin. Je sais que ce n'est qu'une question de temps. Je vois bien que tu n'es pas réticent à l'idée d'aller plus loin un jour. C'est juste que tu n'es pas prêt pour le moment. Mais crois-moi, les réactions que tu as quand on s'embrasse et quand on se presse l'un contre l'autre prouvent que tu as du désir. Il faut juste que les conditions soient requises pour que tu te sentes prêt à faire plus que s'embrasser. À savoir te laisser aller et être totalement en confiance. Mais de toute façon, on ira petit à petit. Je ne suis jamais sorti non plus avec un garçon avant toi alors je vais forcément tâtonner au début et faire des erreurs. On va apprendre ensemble.

Théo acquiesça alors qu'un soulagement sans nom l'envahissait. Justin lui avait dit exactement ce qu'il fallait. Et il réalisa une fois de plus qu'il avait raison en s'apercevant qu'il n'était pas effrayé à l'idée d'aller au-delà de simples baisers. Il savait qu'il le serait le jour venu mais il savait aussi que, ce jour-là, il en aurait envie. Et c'était ça le plus important. Cette mise au point l'avait rassuré et lui avait fait beaucoup de bien. Il sourit à Justin et déposa un léger baiser sur ses lèvres.

- Ce programme me convient très bien. J'ai un rendez-vous avec le professeur Snape et mon avocat dans une heure, ça nous laisse encore un peu de temps...

Justin comprit le message et ne se fit pas prier. Il s'empara des lèvres de Théo qui se pressa aussitôt contre lui. Ils s'embrassèrent ainsi pendant un long moment, jusqu'à ce qu'il soit temps pour eux de se quitter.

.

Une heure plus tard, Théo se rendit au bureau du professeur Snape. Il frappa et entra lorsqu'il en eut l'autorisation. Il vit son directeur de maison en compagnie de son avocat.

- Bonjour, M. Nott. Installez-vous, je vous prie, dit le professeur Snape.

Théo obéit et s'assit sur la chaise en face de son professeur.

- Bien, vous savez pourquoi nous sommes là aujourd'hui, déclara celui-ci.

- Oui, répondit Théo, stressé. Vous allez procéder à l'extraction de mes souvenirs.

- C'est cela. Je vous ai expliqué comment cela allait se passer, vous n'avez aucune peur à avoir, tout va bien se passer. Il suffira juste de me laisser voir le début de votre souvenir et le faire défiler dans votre mémoire pour que je puisse l'extraire. Je ne nie pas que cela va être désagréable mais je pense que vous avez les compétences nécessaires pour vous blinder. Il faut juste que vous vous détachiez de ce souvenir.

- Je vais essayer, promit Théo.

- Ça ne va peut-être pas marcher du premier coup, alors n'hésitez pas à m'éjecter si vous n'arrivez pas à vous détacher. À part si vous vous sentez capable de revivre le souvenir en question.

- Je vais voir, ça dépendra du souvenir, je pense.

- Faites comme vous le sentez.

Le professeur Snape se tourna vers l'avocat Williams qui prit la parole :

- J'ai relu vos déclarations avant de venir et j'ai fait une liste des souvenirs qui seront nécessaires pour le procès. Nous allons commencer par celui des premières gifles. Si vous vous en rappelez suffisamment, bien sûr. Est-ce le cas ?

- Je crois, oui.

- Si c'est trop flou, nous pouvons choisir un autre premier souvenir, précisa l'avocat. Il me faut un maximum de souvenirs pour étayer votre défense mais je comprendrais très bien que vous ayez du mal à fournir des scènes de votre petite enfance.

- Non, je pense que ça ira, affirma Théo.

- Si ce n'est pas assez net, de toute façon, je le verrai très vite, assura le professeur Snape. Bien, est-ce que vous êtes prêt ?

Théo acquiesça, nerveux. Le professeur Snape lui donna alors une série de directives destinées à le préparer à l'intrusion dans son esprit et à l'extraction du souvenir. Théo les suivit scrupuleusement et ce ne fut que de longues minutes plus tard que le professeur Snape prononça le sort «Legilimens». À ce moment-là, Théo était entièrement focalisé sur le souvenir qui devait lui être retiré, comme le lui avait demandé son professeur. Mais lorsque ce dernier tenta de pénétrer dans son esprit, Théo le bloqua immédiatement sans pouvoir s'en empêcher. Le professeur Snape mit fin au sort. Il semblait un peu surpris.

- Je me doutais que vous aviez appris à protéger votre esprit mais je ne pensais pas que c'était à ce point. C'est presque instinctif. Mais c'est le contraire que vous devez faire, là. Vous devez me laisser entrer, et non pas m'en empêcher. Restez détendu et concentré sur votre souvenir et dites-vous que ce n'est pas un ennemi qui tente d'entrer dans votre esprit. Nous allons recommencer.

Théo se remit en condition et fit un signe de tête lorsqu'il fut prêt. Son directeur de maison lança de nouveau le sort et réessaya de pénétrer dans son esprit. Cette fois, Théo ne tenta pas de le repousser. Il resta uniquement focalisé sur son souvenir. Il voulut s'en détacher mais il le revécut malgré lui. Il sentit le professeur Snape le lui retirer avant que sa présence ne disparaisse.

- C'était parfait, M. Nott. Le souvenir est intact. Vous le revoyez souvent dans vos rêves ?

- Oui, avoua Théo. Celui-là et tant d'autres.

- Je comprends mieux pourquoi celui-ci est aussi net. Vous l'entretenez sans le vouloir. Mais ce n'est pas de votre faute. Vous ne pouvez pas maîtriser vos rêves.

Le professeur Snape regarda une nouvelle fois l'avocat qui lui tendit un parchemin qui devait être la liste des souvenirs à extraire. Le professeur Snape la lut et reporta son attention sur Théo :

- Est-ce que vous vous sentez apte à me fournir le souvenir des premiers coups ?

- Oui.

- Préparez votre esprit, alors.

Théo obéit et se conditionna. Il se concentra sur la première fois où son père l'avait roué de coups et laissa son professeur lui extraire ce souvenir. Il revécut là aussi la scène. Il lui fallut un peu plus de temps pour s'en remettre. Ils répétèrent ensuite l'opération avec les premiers coups de ceinture. Théo donna à son directeur de maison l'accès au début de son souvenir mais il le rejeta lorsqu'il revit son père lui lacérer son tee-shirt pour se mettre à le fouetter dans le dos.

- Désolé, murmura Théo.

- Ne vous excusez pas, je ne m'attendais pas à ce que tout marche du premier coup. Si vous voulez arrêter là pour aujourd'hui, je comprendrais.

- Non, je préfère continuer. C'est juste que je trouve ça humiliant et... je n'ai pas forcément envie de partager ce genre de souvenirs.

- C'est normal mais vous n'avez rien à craindre. Nous serons les seuls à voir ces souvenirs. Faites-moi confiance. Dites-moi quand vous vous sentirez prêt à recommencer.

Théo acquiesça et attendit quelques minutes avant de donner le signal. La tentative ne fut pas très concluante et ils durent s'y reprendre à trois fois pour que le professeur Snape réussisse à prélever le souvenir. L'extraction du suivant fut moins laborieuse. Il s'agissait des premiers sorts de coupures et de lacération. Théo eut en revanche beaucoup plus de mal à se ressaisir. Il revivait la scène à chaque extraction, ne parvenant pas à se détacher de ce qu'il voyait. Se revoir hurler sous la douleur infligée par les sorts de son père le traumatisa. Une fois le souvenir retiré, il plongea la tête entre ses bras et refoula tant bien que mal les larmes qui menaçaient de couler sur ses joues. Il aurait voulu continuer à donner le reste de ses souvenirs mais il devait se rendre à l'évidence : c'en était trop pour aujourd'hui. Il sentit une main se poser sur son bras.

- Ça va aller, M. Nott. Nous allons arrêter là pour cette séance. Nous procéderons à l'extraction des souvenirs restants lors du prochain rendez-vous. Vous avez beaucoup donné, vos émotions ont été mises à rude épreuve, c'est normal que vous craquiez. Laissez-vous aller, cela ne vous fera que du bien. Je raccompagne M. Williams et je reviens vers vous ensuite.

Théo acquiesça et entendit le professeur Snape s'éloigner. Il laissa les larmes couler malgré lui. Il se détestait d'être aussi faible mais il était complètement fragilisé. Il pleura pendant un long moment, évacuant par la même occasion tout ce qu'il portait sur le coeur depuis quelques temps. Quand il se calma, il se sentit vide et épuisé. Il s'essuya les joues et releva lentement la tête. Son regard tomba sur le professeur Snape qui s'était entre-temps assis en face de lui. Il était occupé à rédiger quelque chose mais il tourna le regard vers Théo dès que celui-ci sortit son visage de sa cachette.

- Vous sentez-vous mieux ?

- Je crois, oui. Mais je suis surtout fatigué.

- Ça aussi, c'est normal. Je préfère m'assurer que tout aille bien avant de vous laisser partir. Surtout au niveau de votre magie. Vous avez eu des émotions fortes, elles ont pu avoir un impact.

Le professeur Snape prit sa baguette et lança un sort qui les plongea dans le noir. Théo comprit ce qu'il devait faire. Il sortit sa propre baguette et lança un Lumos. Pas le moindre filet de lumière ne jaillit de sa baguette. Il soupira. Il n'était pas franchement surpris. Il grimaça lorsque son directeur de maison désactiva le sort d'obscurité.

- Vous prenez bien les potions que je vous ai données pour votre trouble magique ?

- Oui, je suis le traitement à la lettre.

- Vous n'avez constaté aucun changement ?

- Non, mais vous m'aviez dit que j'avais été diagnostiqué tard et que le traitement mettrait donc plus de temps à faire effet que d'habitude...

- Oui, mais il aurait déjà dû commencer à faire effet. Vos crises devraient être moins puissantes. Je ne m'inquiétais pas au début mais là, ça devient préoccupant. D'autant plus que j'ai l'impression que vos crises se font de plus en plus fréquentes. Elles se manifestent plus facilement qu'avant et au lieu de baisser en intensité, elles augmentent. Et tout cela depuis la rentrée. Je me demande si le fait que votre père soit désormais loin de vous n'y est pas pour quelque chose. Étant donné que c'est lui qui vous a transmis ce trouble, être séparé de lui pourrait perturber votre magie.

- Mais alors, si c'est ça, ça ne s'arrangera jamais, désespéra Théo.

- Si, il faut juste que votre magie se fasse à l'idée de ne plus sentir celle de votre père. Mais ce n'est qu'une hypothèse. Je n'ai aucune certitude sur la raison pour laquelle le traitement ne fait pas effet sur vous. Je vais refaire un stock de potions mais je vais les concentrer davantage. Ça peut venir de là. Elles sont peut-être trop faiblement dosées. Je vous convoquerai lorsqu'elles seront prêtes et je vous les donnerai. Soyez très vigilant durant les heures qui suivront la première prise. Si le dosage est trop fort, vous allez avoir des effets indésirables. Vous devrez immédiatement venir me voir si c'est le cas. Et ne surtout pas prendre d'autres potions. La première prise sera avant tout un essai. Si vous voyez que ça va, vous pourrez continuer. Est-ce que tout est bien clair ?

- Oui.

- Bien, ce sera sûrement prêt le week-end prochain étant donné que je reprends les cours demain. Si vous n'avez pas de questions à me poser, vous pouvez y aller.

Théo acquiesça, se leva, salua son professeur et quitta le bureau. Il prit aussitôt le chemin de sa salle commune et monta directement à son dortoir. Il avait eu un après-midi fort en émotions, il lui restait une heure avant le dîner et il comptait bien en profiter pour se reposer.

.

.

(lundi 05/02) POV Harry

.

- Harry, mange un peu, tu as quatre heures à tenir.

- Je n'ai pas faim et j'ai mal au ventre. Je vais vomir si je mange quelque chose. Si je m'écoutais, je retournerais direct me coucher.

- Mais tu sais que ce n'est pas une bonne solution.

- Malheureusement, soupira Harry. Je sais que je dois reprendre le chemin des cours mais ce serait tellement plus simple si je pouvais rester avec vous ou chez le professeur Snape...

- Je te comprends parfaitement, ce n'est jamais simple de retrouver une vie sociale après avoir été loin de tout pendant un moment, témoigna Sirius. Mais ça va bien se passer. Tu ne seras pas seul. Tu auras plein de monde auprès de toi. Et puis, surtout, tu seras à côté de Draco. Ça devrait suffire à te rassurer.

- C'est vrai, admit Harry. Je me sentirai en sécurité avec lui. Je pense que personne n'osera venir me faire de remarques. D'ailleurs, Draco devrait bientôt arriver.

- Dans une demie-heure. Un peu de patience. Allez, fais-moi plaisir, mange un petit pain.

- Non, je ne peux vraiment rien avaler.

- Tu es plus têtu qu'un hippogriffe. Si tu fais un malaise en plein cours, tu vas avoir ton médicomage sur le dos et moi aussi par la même occasion !

- Je sais ce que je fais, Sirius. J'ai assez mangé hier soir pour pouvoir tenir jusqu'à ce midi. J'avais déjà un peu prévu le coup. Et je t'assure que rien ne pourrait passer. Ça finirait vite dans les toilettes, ce serait plus du gaspillage qu'autre chose. Bon, je vais aller vérifier mon sac.

Harry se leva et sortit du salon. Il croisa Remus qui venait de la salle de bain. Il le rassura en voyant son air inquiet et fila à sa chambre. Il prit son sac, le posa sur son bureau et passa en revue tout ce qu'il devait y avoir dedans. Parchemin, plume, encrier, livre de botanique, gants en peau de dragon, livre de sortilèges, livre de Défense Contre les Forces du Mal, livre de métamorphose... Il ne voyait pas ce qu'il aurait pu oublier. Sa baguette ! Il la trouva sur sa table de chevet et la mit dans son sac. Bon, cette fois, il avait tout. Il enfila sa robe de sorcier, mit ses chaussures, attrapa son sac, sortit de sa chambre et retourna au salon.

- Eh ben, pour quelqu'un de stressé à l'idée de reprendre les cours, tu as l'air bien pressé, se moqua gentiment Sirius.

- Je ne veux pas être en retard, c'est tout, se défendit Harry.

- Et tu ne veux pas faire attendre Draco.

- Ce serait malpoli, en effet, répondit Harry en s'efforçant de ne pas rougir. Mes cheveux ne sont pas trop ébouriffés ? J'ai passé dix minutes à essayer de les aplatir dans la salle de bain.

- Depuis quand tu fais autant attention à l'apparence de tes cheveux ? s'intrigua Sirius.

- C'est juste pour aujourd'hui, répliqua Harry. C'est mon retour en classe, alors je veux faire bonne impression.

- Les gens t'aiment comme tu es, Harry, intervint Remus. Reste toi-même, c'est la meilleure attitude à adopter.

Harry acquiesça et se détendit. Il se sentit un peu bête de s'angoisser autant pour un simple retour en cours. Enfin non, on ne pouvait pas appeler ça comme ça. Cela faisait quand-même deux mois qu'il n'avait pas mis les pieds dans une salle de classe. Ce n'était pas comme s'il avait eu une grippe et qu'il était resté une semaine à l'infirmerie... Il revenait d'une longue absence. Il n'était plus tout à fait le même. Deux mois plus tôt, il cachait tout un tas de choses qui le faisaient souffrir et il était accro aux potions de sommeil sans rêves. Aujourd'hui, il avait l'esprit beaucoup plus léger, il suivait une thérapie, il n'était plus accro à ses potions et il avait retrouvé le sourire. Tout allait pour le mieux, même s'il restait encore du chemin à faire.

Plongé dans ses pensées, Harry ne vit pas le temps passer. Il sursauta lorsque quelqu'un frappa à la porte.

- J'y vais, déclara Sirius.

Il n'attendit pas de réponse et s'éclipsa.

- C'est forcément Draco, j'aurais pu y aller, maugréa Harry.

- Tu sais bien que Sirius aime jouer son rôle de hôte de maison, s'amusa Remus. Il a beau avoir été renié par sa famille, il garde des manières de Sang-Pur. Et il l'assume complètement. Il en est même fier. Car ce sont de bonnes valeurs, pour lui.

Harry hocha la tête, comprenant parfaitement ce que voulait dire Remus. Sirius revint très vite en compagnie de Draco.

- Tu étais attendu de pied ferme, annonça Sirius. Harry est prêt à partir depuis vingt minutes car il ne voulait pas te faire attendre. Il n'est pourtant pas du genre à être autant en avance, d'habitude. Si tu pouvais user de ton pouvoir pour convaincre Harry de manger un peu...

- Sirius, tu ne vas pas recommencer ! s'exclama Harry. Et puis ne mêle pas Draco à tout ça. On va y aller, de toute façon. On a botanique, il faut aller jusqu'aux serres, alors mieux vaut qu'on y aille tout de suite.

- Pas faux, admit Sirius. Allez-y, alors.

Harry se mordit la lèvre. Le stress revenait l'envahir de nouveau. Il avait envie d'y aller mais il avait peur. Sirius dut comprendre ce qui se passait dans sa tête car il vint vers lui et le prit dans ses bras. Comme s'il n'attendait que ça, Harry se laissa aussitôt aller et répondit à cette étreinte rassurante. Il s'en voulait d'être comme un petit enfant en quête de câlin mais il en avait besoin.

- Ça va aller, murmura Sirius. C'est un moment dur à passer mais une fois que ce sera fait, tu seras soulagé. Ce sera plus facile ensuite. Et puis n'oublie pas que tu auras tes amis avec toi. Tu ne seras pas tout seul. Sans compter qu'on se verra à dix heures.

Harry acquiesça contre Sirius. Il se détacha de son parrain et lui sourit.

- Merci, ça va un peu mieux. On y va, pour de bon cette fois.

Harry prit son sac, vérifia rapidement si tout y était, salua Sirius et Remus et partit avec Draco. Ils marchèrent sans parler pendant quelques minutes avant que Draco ne brise le silence :

- Ça va ? demanda-t-il, l'air inquiet.

- Oui, je stresse un peu mais j'essaie de me raisonner.

- Personne ne viendra te chercher des noises en cours, assura Draco. Le premier qui essaiera verra de quel bois je me chauffe.

- Tu es mon garde du corps ? s'amusa Harry.

- Exactement, claironna Draco. Je ne te lâcherai pas d'une semelle. Où que tu iras, je serai avec toi.

- Tu me laisseras quand-même aller aux toilettes tout seul ?

Draco éclata de rire.

- Je n'entrerai pas dans la cabine avec toi, si c'est ça ta question. Mais je t'attendrai derrière. C'est quand-même l'endroit où tu as le plus de chances de te faire embêter.

Harry hocha la tête. Il était entièrement d'accord avec Draco. Lui au moins n'essayait pas de lui faire croire qu'il serait en sécurité partout. Il le rassurait autant qu'il le pouvait mais sans lui mentir. Harry aimait beaucoup cela. Ils continuèrent à discuter tout en marchant, ce qui permit à Harry de ne pas focaliser son attention sur les regards qui se posèrent sur lui. Il fut soulagé lorsqu'il sortit du château avec Draco.

- Tu vois, aucune remarque, observa celui-ci.

- Pour l'instant. Je préfère rester sur mes gardes.

- Je comprends. Bon, nous sommes en avance, apparemment. Il n'y a presque personne.

Draco et Harry venaient en effet d'arriver aux serres. Il n'y avait que quelques élèves, à savoir Ron, Hermione, Dean, Théo, Blaise, Pansy, Terry, Michaël, Anthony, Ernie, Justin, Susan et Hannah. Le professeur Chourave ne tarda pas à les rejoindre.

- J'espère que vous êtes bien réveillés, on va étudier une plante coriace aujourd'hui ! Il ne faudra pas bâiller aux corneilles, sinon vous risquerez de vous faire attaquer.

- Super, marmonna Harry.

- Bon retour parmi nous, rigola Draco. Fallait bien fêter ça.

- Je doute qu'on étudie une plante agressive aujourd'hui parce que je suis revenu en cours, ironisa Harry. Mais bon, ce n'est pas plus mal comme ça. J'aime quand ça bouge. On va s'installer ?

Draco acquiesça. Harry et lui entrèrent dans la serre et se placèrent derrière leur table habituelle. Ils sortirent leurs affaires tandis que leurs camarades arrivaient au compte-goutte. Une fois la classe au complet, le cours commença. Le professeur Chourave leur parla pendant une demie-heure du chou mordeur de Chine puis elle les fit passer à la pratique en leur demandant de prélever du suc qui se trouvait dans les fleurs de la plante.

- Faites attention, si vous êtes trop brusques, la plante vous mordra. Si elle est trop agitée, lancez-lui un Immobulus. Elle sera ainsi neutralisée et ne pourra plus vous attaquer. Prenez cependant garde à ce que sa mâchoire soit ouverte avant de lancer le sort. Sinon vous ne pourrez pas récupérer le suc. Allez, au travail !

Les élèves se mirent aussitôt en action. Alors que Harry sortait le matériel nécessaire, Draco regarda la plante sous toutes les coutures.

- Ne lui mets pas un doigt dans la bouche, se moqua Harry.

Draco lui adressa un regard noir.

- Je ne suis plus en deuxième année, j'ai grandi, bouda-t-il. Et puis mon doigt a retenu la leçon.

- Et le propriétaire du doigt ?

- Aussi, répondit Draco, plus amusé qu'autre chose. Mais dis donc, tu n'avais rien à faire d'autre à ce moment-là que m'épier en train de me faire attaquer par une mandragore ?

Harry se mit à rougir. Draco n'avait pas tort. Il n'était pas censé l'espionner ainsi. Il ne se souvenait plus pourquoi son regard était posé sur ce crétin d'aristo blond peroxydé à cet instant précis. Et il ne voulait pas vraiment le savoir. Draco non plus, visiblement, puisqu'il n'attendit pas de réponse et se remit à examiner attentivement la plante.

- Tu as tout ce qu'il faut ? s'enquit-il au bout de quelques minutes.

- Hein ? Ah euh oui, c'est bon.

Harry et Draco se mirent au travail et tentèrent d'extraire le suc de la plante. Ils comprirent vite que cela n'allait pas être une tâche très aisée. Le chou était très agressif et essayait de mordre dès qu'une pince s'approchait de ses fleurs pointues. Ils durent alors user du sort Immobulus pour le neutraliser mais il leur donna du fil à retordre en refermant la mâchoire à chaque fois qu'ils lançaient le sort. Ils s'y prirent donc à plusieurs reprises et finirent par réussir à immobiliser la plante sans que celle-ci ne referme sa mâchoire. Pour cela, ils détournèrent son attention en utilisant un stratagème un peu tiré par les cheveux. En regardant autour d'eux, ils constatèrent que leurs camarades essayaient des solutions tout aussi sophistiquées que la leur. Sans surprise, l'idée la plus brillante vint du binôme formé par Théo et Justin. Harry vit Théo mettre un livre entre les dents de la plante lorsque celle-ci s'apprêta à mordre. Ainsi, sa bouche resta ouverte pendant que Justin jetait le sort d'immobilisation. Harry se traita mentalement d'idiot. C'était beaucoup plus simple qu'user d'élastiques en les tirant vers le bas et le haut pour maintenir la bouche ouverte... C'était moins dangereux, aussi. Mais bon, le principal était que Draco et lui avaient réussi à mettre la plante en condition pour lui prélever son suc. Et ce fut ce qu'ils firent en s'occupant chacun d'une rangée de feuilles. Ils passèrent la dizaine de minutes restantes à retirer le plus de suc possible. Harry était tellement pris dans ce qu'il faisait qu'il oublia que c'était son premier cours après deux mois d'absence. Il ne faisait pas attention à ce qui se passait autour de lui. Le fait qu'il faisait de la pratique, que la botanique était un cours qu'il aimait bien et qu'il soit avec Draco devait y être pour beaucoup. Tout était réuni pour qu'il se sente bien et pour qu'il ne se préoccupe pas de ses camarades. Eux-mêmes étaient de toute façon occupés, ils ne passaient donc pas leur temps à regarder Harry. Et c'était tout ce qui comptait pour lui.

Lorsque le professeur Chourave les libéra, Draco et Harry avait récupéré une belle quantité de suc. Ils en avaient rempli plusieurs échantillons qu'ils donnèrent en dernier à leur professeur. Celle-ci les prit et retint Harry :

- M. Potter, puis-je vous parler quelques minutes ?

- Euh... oui, dit Harry, mal à l'aise.

- Je souhaite juste savoir comment s'est passé le cours pour vous. Avez-vous réussi à suivre ?

- C'était une nouvelle plante donc oui, je ne me suis pas senti perdu à un moment donné.

- Je parlais surtout de la concentration, de la prise de notes, tout ça.

- Oh... Tout s'est bien passé de ce côté-là, j'ai été remis progressivement dans le bain, alors ce n'est pas du tout violent pour moi.

- Bien, c'est le principal. Si vous avez des soucis, n'hésitez pas à venir me voir. Vous pouvez y aller.

Harry remercia son professeur et quitta les serres avec Draco. Ils rentrèrent au château et prirent les escaliers. Ils étaient entre le deuxième et le troisième étage lorsqu'un élève s'adressa à Harry :

- De retour parmi nous, Potter ? Alors, ils étaient bien, ces deux mois de vacances ?

Harry sentit déjà la Pimentine lui monter aux oreilles. Entendre dire qu'ils avaient eu deux mois de vacances alors qu'il s'était battu contre lui-même durant ces huit semaines, qu'il avait souffert, qu'il avait pleuré et qu'il s'était remis physiquement et psychologiquement parlant ne passait pas du tout. Ce qu'il avait eu, c'était tout sauf des vacances. Il avait rattrapé tous les cours qu'il avait manqués et il avait rendu presque tous les devoirs qui étaient à faire. Que ce soient les devoirs individuels, les devoirs en binôme ou les devoirs sur table. Durant ses trois dernières semaines de convalescence, il avait travaillé certains jours de huit heures à vingt-trois heures afin d'être le plus à jour possible.

- De quelles vacances parles-tu ? demanda-t-il en essayant de garder une voix neutre.

- Ne fais pas l'innocent, tout le monde sait que ça faisait deux mois que tu séchais les cours.

- Je ne séchais pas les cours ! répliqua vertement Harry.

- Ah oui ? Pourtant personne ne t'a vu en cours durant ce laps de temps.

- Ça ne veut pas dire que je séchais pour autant, se défendit Harry. J'étais en convalescence, j'avais besoin de soins et c'était incompatible avec le fait d'aller en cours.

- Ouais, la bonne excuse. C'est bien pratique d'avoir son parrain comme professeur, hein ? C'est une bonne pâte, t'as juste besoin de pleurer un peu pour qu'il te passe tout.

- Il ne m'aurait pas laissé manquer deux mois de cours sans raison, rétorqua Harry. Tu ne sais pas ce que tu dis. Et quand on ne sait pas, on se tait.

- J'ai encore le droit de dire ce que je pense, à ce que je sache.

- Oui, sauf que là, tu l'ennuies en disant n'importe quoi, intervint sèchement Draco. Franchement tu fais pitié. Harry revient d'une période hyper compliquée, personne ne peut comprendre ce par quoi il est passé sans le vivre soi-même, il était terrorisé à l'idée de retourner en cours, ce matin il fait un effort surhumain pour le faire et tout ça pour quoi ? Pour tomber sur un abruti comme toi qui lui fait regretter d'avoir fait cet effort en le mettant plus bas que terre. Il a besoin qu'on le soutienne, et non qu'on l'enfonce. T'as le droit de ne pas l'aimer pour une raison ou pour une autre mais dans ce cas, passe ton chemin au lieu de lui cracher ton venin à la figure. Si tu ne l'aimes pas, à quoi ça te sert de lui parler ? Lui il ne t'a rien fait alors fiche-lui la paix et va t'occuper de tes affaires ! Parce que là tu lui fais perdre son temps et à toi aussi par la même occasion ! Toi qui déteste tant sécher les cours, va au tien et laisse les autres tranquilles !

Draco termina sa tirade sur ces mots. L'élève resta choqué un moment avant de sortir de sa torpeur et de s'en aller. Harry mit lui aussi du temps à réagir, choqué par ce qui venait de se passer. Draco se tourna vers lui, l'air inquiet.

- Ça va aller ?

Harry se contenta d'acquiescer. Il était encore trop sous le choc pour répondre.

- Si tu ne te sens pas apte à aller au cours de sortilèges, dis-le-moi et je t'emmène à l'infirmerie.

- Non, je ne vais pas abandonner au bout d'une heure de cours, protesta Harry. Et puis ce n'est pas comme si je ne m'attendais pas à recevoir ce genre de remarques. Je m'y étais préparé. Je savais que ça pouvait arriver. Ça n'a pas manqué, je dois faire avec. En tout cas merci de m'avoir défendu. Tu as été génial.

- J'ai juste fait mon devoir de préfet, de binôme de travail et d'ami, s'amusa Draco.

- Oh, tu aurais donc défendu n'importe qui avec cette même hargne, alors ?

- Non, je t'ai défendu comme j'aurais défendu Blaise, Théo ou Pansy. En vrai, j'ai surtout fait mon devoir d'ami. Même si tu n'es pas un ami comme les autres.

- Ça, c'est sûr puisque je suis ton ancien ennemi, plaisanta Harry.

- Il y a de ça, oui... mais pas que.

Draco sembla regretter ses mots aussitôt après les avoir prononcés. La gêne se lut sur son visage. Harry n'était pas mieux. Son coeur s'était mis à battre plus vite sans qu'il ne sache pourquoi. Durant quelques secondes, il avait stupidement cru que Draco allait lui faire une déclaration. Il avait honte d'avoir pu penser une chose pareille. C'était n'importe quoi. L'attaque verbale de l'autre crétin avait dû lui retourner le cerveau, il ne voyait pas d'autre explication. Il se souvint soudain qu'ils avaient un cours qui les attendait.

- On ferait mieux d'y aller, annonça-t-il.

- Ah oui, c'est vrai. Allons-y.

Harry et Draco montèrent le reste des marches et se rendirent à la salle de sortilèges. Draco frappa et ouvrit la porte.

- Veuillez nous excuser pour notre retard, le professeur Chourave a voulu parler à Harry et il a été pris à parti par un élève dans les escaliers.

- Draco ! siffla Harry.

- Quoi ? s'étonna faussement Draco. C'est bien vrai, non ? J'aurais bien voulu ajouter que cet élève était assez fortement limité intellectuellement parlant mais j'ai jugé préférable de m'abstenir.

Harry se sentit rougir de honte alors que des rires s'élevaient dans la salle.

- Nous discuterons de cela après le cours, déclara Sirius. Allez vous installer.

Harry retint un soupir et alla s'asseoir à la seule table libre qu'il restait. C'était celle où Draco et lui s'asseyaient depuis la rentrée. Visiblement, Draco avait gardé cette habitude durant la convalescence de Harry. Celui-ci s'installa et sortit ses affaires en ignorant Draco. Il savait que son binôme avait eu raison de dire à Sirius ce qui s'était passé mais il ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir. Il aurait préféré ne pas avoir à parler à Sirius à la fin du cours. Enfin, pas pour ce genre de raison. Alors que Sirius commençait le cours, une main se posa sur le bras de Harry qui sursauta. Il tourna aussitôt la tête et tomba sur l'air inquiet de Draco.

- Tu me boudes ? demanda-t-il, chagriné.

Harry sentit la culpabilité l'envahir face à la tristesse de Draco. Il avait juste voulu l'aider en disant la vérité à Sirius. Il ne méritait pas que Harry lui en veuille pour ça. Harry oublia son ressentiment et sourit à Draco.

- Non, pas du tout, assura-t-il. J'étais irrité mais ça va mieux, maintenant.

Draco parut soulagé. Il rendit son sourire à Harry et reporta son attention sur le cours. Harry fit de même et nota ce qu'était en train de dire Sirius. Il essaya de se concentrer mais il sentit des regards posés sur lui et cela le déstabilisa. Il essaya malgré lui de voir qui le fixait et se sentit mal à l'aise en voyant certains de ses camarades le dévisager. Il regretta soudain d'être revenu en cours. Il voulait retrouver le cocon rassurant dans lequel il avait été plongé pendant huit semaines, que ce soit chez Sirius et Remus ou chez le professeur Snape. Mais il devait tenir bon. De toute façon, Snape était en cours et Sirius et Remus aussi. Et puis il était avec Sirius, en ce moment-même. Il était là, tout près, à quelques mètres de lui. Il s'accrocha à cette pensée et fixa son regard sur Sirius. Cela l'apaisa. Il se sentit en sécurité. Lorsque Sirius posa ses yeux sur lui, il détourna les siens et se rendit compte qu'il avait arrêté de prendre des notes. Il se remit à écrire mais ne put s'empêcher de lever plusieurs fois les yeux vers Sirius. À chaque fois, celui-ci le regardait. Harry comprit alors que son parrain était lui aussi angoissé et qu'il s'inquiétait énormément pour lui. Qu'il avait besoin de voir que Harry était là, dans cette salle de classe. Qu'il n'était pas ailleurs, là où il ne pouvait pas veiller sur lui. Harry fut ému de réaliser à quel point Sirius l'aimait. Comme s'il ne le lui avait pas assez prouvé durant les deux mois qui venaient de passer... Il tenta de se recentrer de nouveau sur le cours mais il était trop dissipé et n'arriva donc pas à retrouver une prise de notes efficace.

- Je te prêterai mon cours, lui chuchota Draco à un moment donné.

Touché, Harry lui sourit en guise de remerciement. Quelques minutes plus tard, Sirius demanda à la classe de passer à la pratique. Harry paniqua. Il lui sembla que la dernière fois qu'il s'était entraîné à lacer un sort remontait à une éternité. Bien sûr, Snape l'avait remis dans le bain à ce niveau-là aussi mais ce n'était pas pareil que s'exercer au milieu de quarante personnes... De plus, il n'avait fait que réviser des sorts avec Snape. Il n'en avait pas appris de nouveaux. Ce qui était assez logique. Il avait néanmoins beaucoup apprécié revoir ces sorts avec Snape. Même s'il ne lui avait fait pratiquer que des sorts qu'il connaissait déjà, il lui avait donné de vrais cours et il avait été complètement différent du professeur qu'il était en potions. Il avait été beaucoup plus pédagogue. Il avait fourni à Harry de nombreux conseils et l'avait fait travailler sur sa posture et sa concentration. Harry se dit alors que c'était le moment de mettre en pratique l'expérience qu'il avait acquise auprès de Snape. Ce jour-là, ses camarades et lui devaient apprendre le maléfice explosif. Harry et Draco se tournèrent en même temps l'un vers l'autre. Draco semblait inquiet.

- Ça va aller, tu crois ? Je veux dire, ça fait longtemps que tu n'as pas fait de pratique...

- J'en ai fait avec ton parrain. Il m'a fait revoir des sorts. J'ai donc pu faire de la magie pendant ma convalescence. J'en avais déjà fait un peu avant en lançant un Aguamenti mais ça, c'est un sort hyper basique. Mais au milieu de quarante personnes, ça, oui, ça fait longtemps. Mais il n'y a pas de raisons pour que ça se passe mal, ajouta Harry d'un ton confiant. Tu veux commencer ?

Draco acquiesça et pointa de sa baguette le bloc de glace posé devant lui.

- Confringo.

Rien ne se passa. Draco n'eut pas l'air déçu : Sirius leur avait dit qu'ils allaient probablement mettre un peu de temps à avoir un résultat. D'ici la fin de l'heure, certains pouvaient avoir réussi à détruire complètement leur bloc de glace, d'autres partiellement, d'autres pas du tout. Ces derniers seraient en revanche sûrement parvenus à fissurer le bloc.

- À ton tour, décréta Draco.

Harry fixa le bloc de glace et le visa avec sa baguette.

- Confringo.

Sans grande surprise, il n'eut pas plus de succès que Draco. Il eut à peine le temps de constater son échec qu'une explosion se fit entendre derrière eux. Ils se retournèrent et virent Théo qui fixait son bloc détruit. Draco grommela.

- Il va finir par me déprimer, un de ces jours.

Harry sourit.

- Je vis la même chose avec Hermione, si ça peut te rassurer. Même si Théo la surpasse légèrement. Par contre, elle maîtrise mieux sa magie que lui. Je pense que Théo ne s'attendait pas à réussir à ce point. Le succès de Hermione sera sûrement un peu plus mesuré.

- Je pense aussi. Mais c'est normal que le sort de Théo ait été aussi puissant. Enfin non, ce n'est pas normal, mais... c'est compliqué.

- C'est ce que j'ai cru comprendre, dit Harry en souriant. Il y a de nombreux mystères qui entourent Théo et celui-là en fait partie.

- Je suis sûr qu'il t'en parlerait si tu abordais le sujet avec lui.

- Je ne veux pas l'embêter avec ça, protesta Harry. S'il ne m'en parle pas, c'est qu'il n'en a pas envie.

- Il n'ira jamais t'en parler de lui-même. Il est trop timide pour ça. Il faut aller vers lui pour avoir ses confidences.

- C'est pourtant lui qui est venu vers moi pour devenir ami avec moi, fit remarquer Harry.

- C'est plus facile pour lui d'essayer de se faire un ami que de parler de ses problèmes. Mais il y a quelque chose de spécial entre vous. Je pense qu'il pourrait se confier sur tout et n'importe quoi avec toi. Bon, reprenons l'exercice. Je recommence.

Draco fixa de nouveau le bloc et lança le sort. Rien ne se produisit. Harry réessaya à son tour. Il visa le bloc, ajusta sa posture et concentra toute son attention sur l'effet du sort :

- Confringo.

Le bloc explosa en mille morceaux. Mais beaucoup moins bruyamment que celui de Théo. Draco en resta bouche bée.

- Comment tu as fait ça ? souffla-t-il.

- J'ai suivi les conseils que ton parrain m'a donnés, avoua Harry. Je ne pensais pas que ça serait aussi efficace.

- Il va falloir que je prenne des cours particuliers avec lui, plaisanta Draco. À moins que tu veuilles bien être mon professeur particulier ?

Harry se sentit rougir jusqu'à la pointe des oreilles. Il s'imagina soudain seul avec Draco, en train de le conseiller sur sa posture, l'aidant à bien positionner son bras, se trouvant très proche de lui pour cela et... Merlin mais à quoi pensait-il donc ?! Qu'est-ce qui lui prenait d'avoir des idées pareilles, tout à coup ?! Il fallait qu'il se ressaisisse.

- Je peux te dire ce qu'il faut faire, oui, proposa-t-il posément.

- D'accord, je t'écoute !

Harry guida alors Draco pour le mettre dans les bonnes conditions. Lorsqu'il le jugea prêt, Harry se recula afin de laisser une totale liberté de mouvements à Draco. Celui-ci pointa sa baguette sur le bloc de glace et lança une fois de plus le sort :

- Confringo.

Cette fois, le bloc se divisa en plusieurs fragments. Ce n'était pas une explosion mais c'était déjà un très beau résultat. C'était plus que ce qu'avaient réussi à faire la plupart de leurs camarades jusque-là. Harry n'eut même pas le temps de féliciter Draco que celui-ci le prit brusquement dans ses bras pour le serrer contre lui. D'abord surpris, Harry se détendit vite et sourit face à la réaction de son binôme. Mais, tout comme lui, Draco dut se souvenir qu'ils étaient en plein cours car il se détacha rapidement de lui. Il semblait gêné. Heureusement, ce moment de léger malaise fut vite interrompu par Sirius qui mit fin au cours. Harry ne fut pas étonné lorsqu'il lui demanda de venir le voir.

- Je t'attends dehors, annonça Draco.

Harry acquiesça et regarda son binôme partir avant de rejoindre Sirius.

- Comment ça s'est passé, ce matin ? s'enquit celui-ci.

- Bien, dit Harry sans mentir. Le cours de botanique s'est passé sans encombres. Le cours était très intéressant. J'ai beaucoup aimé la pratique. Je n'ai pas eu difficultés à me concentrer et à prendre des notes. Le professeur Chourave m'a justement retenu à la fin de l'heure pour se rassurer à ce sujet.

- Oh, tant mieux. C'est bien qu'elle se soit souciée de toi. Mais d'après ce que j'ai compris, c'est entre le cours de botanique et le cours de sortilèges qu'il y a eu un problème ?

- Oui, mais Draco l'a vite réglé.

- Tu peux quand-même me dire ce qui s'est passé ?

Harry soupira et raconta à Sirius ce que lui avait dit l'élève qu'il avait croisé avec Draco en montant au troisième étage. Sirius eut l'air choqué et en colère. Il garda néanmoins son calme.

- Draco a fait ce qu'il fallait. Cela aurait été bien d'avoir le nom de l'élève mais je comprends qu'il n'y ait pas pensé sur le moment. Comment te sens-tu par rapport à ce que l'élève t'a dit ?

- Ça m'a fait mal. Il parlait sans savoir ce qu'il disait. Mais je sais que je ne dois pas faire attention à ce genre de personnes. C'était dur sur le coup mais là ça va mieux. Le fait que j'étais dans ton cours a beaucoup aidé.

- J'ai passé l'heure à te regarder toutes les deux minutes, confessa Sirius.

- J'ai vu ça, s'amusa Harry. Je faisais pareil, rassure-toi. Ça va passer au fil des cours. C'est juste le temps qu'on s'y fasse.

- Tout à fait, approuva Sirius. Je voulais aussi te parler du cours en lui-même et ensuite je te laisse y aller. Est-ce que ça a été ?

- J'ai eu du mal à me concentrer sur ce que tu disais, je n'ai pas beaucoup écrit mais je me suis bien débrouillé avec le sort d'explosion.

- J'ai vu ça, tu m'as épaté, avoua Sirius. Tu mettais plus de temps que ça à maîtriser un nouveau sort, avant. Tu y allais petit à petit. Là, au bout du deuxième essai, tu as réussi à faire exploser ton bloc de glace. C'était vraiment impressionnant.

- C'est grâce aux entraînements que j'ai eus avec le professeur Snape, admit Harry. Il m'a fait revoir des sorts pour que je ne perde pas la main et il m'a énormément fait travailler sur la technique. Ça m'a beaucoup aidé pour aujourd'hui. Il peut être très bon en tant que professeur. Il semble maîtriser à fond le domaine des sortilèges.

- C'est un excellent duelliste, reconnut Sirius. Donc la technique, évidemment, ça le connaît. En tout cas je suis content que tu aies pu te perfectionner grâce à ses bons conseils. Ces quelques semaines passées avec lui t'auront définitivement fait du bien. Et avec Draco, alors ? Ça se passe bien aussi ?

Harry se mit à rougir sans savoir pourquoi. Juste parce que Sirius venait de lui demander comment ça allait avec Draco. De mieux en mieux.

- Oui, notre binôme va toujours aussi bien, affirma-t-il. Ça fait du bien de se retrouver en cours.

- C'est pour ça qu'il t'a pris dans ses bras en plein cours ?

Harry sentit de nouveau ses joues s'empourprer.

- Il était content d'avoir réussi son sort. Je l'avais aidé, c'est pour ça qu'il m'a serré contre lui.

- Oh, je vois. Je ne l'imaginais pas aussi... démonstratif. Mais je suis content que ça aille bien avec lui. Bon, je vais te laisser aller à ton cours. Tu as Défense Contre les Forces du Mal, c'est ça ?

- Oh, tu te souviens encore de mon emploi du temps...

- Je suis un parrain modèle, voyons, se vanta Sirius.

- Ouais, je crois plutôt que Remus te l'a fait recopier au moins vingt fois pour que tu l'apprennes par coeur, se moqua Harry.

- Vingt-huit fois, grimaça Sirius.

Harry écarquilla les yeux.

- Attends, t'es sérieux ? Il t'a vraiment fait recopier mon emploi du temps ?!

- Eh oui, ton directeur de maison n'est qu'un sadique qui prend plaisir à torturer son plus vieil ami, se lamenta Sirius. Il avait déjà essayé de me le faire rentrer dans le crâne à la rentrée mais ça n'avait pas vraiment marché. Il a réessayé pendant ta convalescence et ça a beaucoup mieux fonctionné.

- Tu devais être davantage motivé, songea Harry. Ou alors il a trouvé un moyen de pression sur toi.

Cette fois, ce fut Sirius qui devint rouge comme une tomate. Cela intrigua beaucoup Harry.

- J'ai encore deviné juste ? Il a trouvé un moyen de te motiver ? Genre, si tu retiens un jour de mon emploi du temps, tu as une récompense ?

Sirius sembla encore plus gêné.

- On va dire ça, oui. Bon, il est temps que tu ailles en cours. Je vais te faire un mot.

Sirius attrapa un bout de parchemin, griffonna un mot et le tendit à Harry. Celui-ci le prit, remercia son parrain et quitta la salle de classe. Il retrouva Draco avec qui il se rendit à la salle de Défense Contre les Forces du Mal. Lorsqu'ils arrivèrent, le cours était déjà bien entamé mais le professeur Gordon accepta facilement le mot que lui donna Harry. Il avait vraiment de la chance d'avoir une journée aussi cool pour une reprise de cours. Entre le professeur Chourave qui était adorable, son parrain qui veillait sur lui et le professeur Gordon qui ne disait jamais rien, il aurait difficilement pu rêver mieux comme première journée de cours.

.

Harry commençait à regretter de ne pas avoir pris de petit-déjeuner. Non pas qu'il se sentait mal, bien au contraire. Il allait très bien, n'était pas en proie à un malaise et n'avait pas spécialement hâte de manger. Mais sa grève de la faim matinale ne passait pas inaperçue et se faisait sérieusement entendre depuis une bonne dizaine de minutes. Et son binôme de travail ne faisait rien pour arranger les choses en se retenant de rire à chaque fois que son ventre gargouillait. Mais Harry n'avait pas besoin de son binôme pour attirer l'attention. Ceux qui étaient le plus proches de lui entendaient très bien les manifestations bruyantes de son ventre. Heureusement, cela les amusait plus qu'autre chose. Mais Harry aurait préféré rester discret et se faire oublier. Mais bon, il fallait croire que lorsqu'on s'appelait Harry Potter, c'était quelque chose de purement impossible. Il fut donc très soulagé quand le professeur Gordon les libéra. Il allait enfin pouvoir répondre aux caprices de son ventre. Il sortit de la salle de classe avec Draco et ils se rendirent ensemble à la Grande Salle. Ils se quittèrent pour rejoindre leurs tables respectives, ce que regretta Harry. Il voulait rester avec Draco. Il avait besoin de lui. Il se sentait soudain vulnérable, sans lui. Il relativisa cependant en se disant qu'il n'y avait pas que lui qui pouvait le protéger. Ce fut donc un peu ragaillardi qu'il parcourut les quelques mètres qui le séparaient de la table des Gryffondor. Il s'assit entre Hermione et Ginny et en face de Ron.

- Pas trop dure, cette reprise ? demanda gentiment Hermione.

- Un peu mais ça va, dit honnêtement Harry. Ron et toi avez sûrement entendu ce qu'a révélé Draco quand nous sommes entrés dans la salle de sortilèges mais je vous rassure tout de suite : il a recadré l'élève qui m'embêtait et même si j'ai été blessé sur le moment, je me sens mieux désormais. Sinon, à part ça, la matinée s'est très bien passée. Je suis trop heureux d'avoir repris les cours. Ça m'avait manqué. La vie a repris son cours normal. Et j'ai fait de la pratique. J'ai appris un nouveau sort ! J'ai pu m'exercer ! J'ai pu apprendre des choses, en direct ! Je sais, pour vous, c'est complètement banal, mais pour moi qui ait passé deux mois à suivre les cours à distance, retourner en cours c'est comme une libération. Je redeviens normal. Alors oui, c'est dur, mais bon sang que ça fait du bien ! Et puis c'est aussi la première fois depuis deux mois que je mange ici. Avec vous. C'est tout bête mais ça me fait vachement plaisir. Mais là je dois vous ennuyer avec tout mon blabla...

- Non, au contraire ! s'exclama Hermione. Tu ne nous ennuies pas du tout. Ça fait trop plaisir de te voir aussi heureux. Et ça nous fait du bien à nous aussi de t'avoir avec nous. Vu ta réaction, il était vraiment temps que tu reviennes en cours !

- Je n'aurais jamais pu tenir une semaine de plus ! affirma Harry. Prêt ou pas, il aurait fallu que je revienne. Ça aurait été plus qu'une nécessité. Bon, d'ici la fin de la semaine, je tomberai sûrement de fatigue mais on verra en temps voulu.

Ce fut sur ces bonnes paroles que Harry se mit à manger. C'était un plat très simple mais il se régala pourtant. Il redécouvrait avec délice les mets préparés par les elfes. Il profita donc bien de son repas tout en jetant de temps à autre un coup d'oeil à la table des professeurs. À chaque fois, soit Sirius, soit Remus, soit Snape le regardaient. Il n'en fut pas gêné ou irrité, au contraire. Ils voulaient juste s'assurer que tout allait bien et il le comprenait parfaitement. Il réalisa alors à quel point il était bien entouré. Entre Draco, Théo qui le fixaient eux aussi depuis la table des Serpentard, Ron, Hermione et Ginny qui étaient à côté de lui et Sirius, Remus et Snape qui l'observaient à tour de rôle depuis la table des professeurs, il ne pouvait pas dire qu'il se sentait abandonné ! Il savait qu'avec le temps, tout ce beau monde allait de moins en moins le surveiller jusqu'à ce qu'il soit complètement remis. Pour l'instant, c'était nécessaire et il s'en accommodait très bien.

Trois quarts d'heure plus tard, Harry se rendit au cours de métamorphose avec Ron et Hermione. Il avait discuté avec Ginny pendant le repas et lui avait dit qu'ils pourraient sûrement se voir au cours de la semaine suivante. Ils avaient décidé d'en reparler lors du prochain entraînement de Quidditch. Harry n'y participerait pas, bien sûr, mais il y assisterait dans les gradins. Il verrait Ginny lorsqu'elle sortirait des vestiaires. Ce fut sur cette pensée qu'il arriva à la salle de métamorphose avec ses deux meilleurs amis. Ils furent rejoints quelques minutes plus tard par Draco, Théo et Pansy. Hermione s'éclipsa au même moment pour retrouver Terry tandis que Ron embrassa Pansy comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. Ce fut la première fois que Harry vit son meilleur ami embrasser quelqu'un. Cela lui fit tout drôle. Bizarrement, cela l'étonna moins lorsqu'il vit Hermione échanger un baiser avec Terry. Mais que ce soit l'un ou l'autre, il n'en revenait pas qu'ils soient tous deux en couple. Il ne les avait jamais imaginés rester célibataires toute leur vie mais, jusque-là, ils n'avaient jamais semblé intéressés par l'idée de se trouver quelqu'un... S'il avait bien compris, ça leur était un peu tombé dessus. Ils ne s'étaient pas dit «Tiens, cette année, je vais essayer de sortir de mon célibat et de m'amuser un peu». Harry était bien placé pour savoir que l'amour était quelque chose d'assez imprévisible. Quoi qu'il en soit, il était heureux pour ses amis. Ils méritaient le bonheur qui s'offrait à eux.

Remus arriva à son tour peu avant treize heures. Il fit entrer les élèves et commença le cours lorsque la classe fut au complet.

- Vous allez apprendre un nouveau sortilège, aujourd'hui. Il appartient à une sorte de métamorphose que vous n'avez pas encore étudiée jusque-là. Si je vous dis que vous allez devoir transformer une pelote de laine en une vache, qu'est-ce que cela vous évoque ? Oui, Padma ?

- Un changement de catégorie.

- C'est exact. Mais plus précisément ? Oui, Hermione ?

- On passe d'un objet à un animal, ce qui signifie qu'il faut transformer quelque chose d'inanimé en quelque chose d'animé.

- Tout à fait. C'est quelque chose que vous avez vu dès la première année. Mais il y a une difficulté en plus dans l'exemple que je vous ai donné. Quelqu'un saurait me dire laquelle ?

Harry regarda autour de lui. Personne ne leva la main. Lui avait bien une petite idée mais il n'avait pas envie d'attirer l'attention sur lui. Remus promena lui aussi son regard dans la salle avant qu'il ne se pose sur Harry. Remus dut voir qu'il avait la réponse car il l'observa avec insistance. Mais Harry fit vigoureusement «non» de la tête et le supplia des yeux de ne pas l'interroger. Remus n'insista pas et reprit :

- Allez, je suis sûr que certains d'entre vous savent de quelle difficulté je veux parler. Ne soyez pas timides.

Harry fit de nouveau le tour de ses camarades et au bout d'une trentaine de secondes, il vit Théo et Sophie se dévouer et lever la main en même temps. Harry ne put s'empêcher de sourire en voyant sa camarade de Poufsouffle se rétracter dès qu'elle vit la main levée de Théo. Harry eut tout de même de la peine pour son ami qui s'était bien fait avoir, même si ce n'était pas l'intention de Sophie de le jeter en pâture à leur professeur. Ce fut donc tout naturellement Théo que Remus interrogea.

- Oui, Théo ?

- L'autre difficulté réside dans le fait que nous passons d'un élément de petite taille à un élément de grande taille. Il faut donc prendre en compte non seulement le statut mais aussi la taille de chacun des deux éléments.

- Parfait, approuva Remus. Ce qui constitue une double difficulté. Car il faudra vous concentrer sur ces deux paramètres en même temps. La visualisation est plus importante que jamais. Votre ancien professeur a souvent dû vous le répéter et je vous l'ai moi-même dit un nombre incalculable de fois. Vous devez imaginer le résultat et le laisser envahir votre esprit avant de lancer le sort. Vous devez rester focalisés sur ce résultat lorsque vous prononcez la formule tout en faisant appel à toute votre concentration. Faites aussi bien attention à la formulation. Plus le sort est complexe, plus il doit être prononcé clairement et distinctement. Visualisation, concentration et prononciation sont les bases de la métamorphose, qu'elle soit simple ou complexe. Je vous laisse vous entraîner avec les pelotes de laine que je vais faire apparaître sur vos tables.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Deux pelotes de laine se matérialisèrent sur la table de Harry et de Draco. Harry fixa la sienne avec perplexité. Il n'allait jamais réussir à transformer ça en vache. Il échangea un regard avec son binôme qui semblait tout aussi sceptique que lui.

- Peut-être qu'avec les conseils de Severus… hasarda Draco.

Harry grimaça.

- Ils ont été efficaces en sortilèges car j'ai des facilités dans cette matière. Ce qui n'est pas vraiment le cas en métamorphose. Je suis bon, j'ai Effort Exceptionnel de moyenne mais je ne suis pas aussi doué qu'en sortilèges. Mais tu es meilleur que moi en métamorphose alors vas-y, essaie en premier. Sers-toi des conseils que je t'ai donnés en sortilèges. Je suis sûr que tu peux vite arriver à quelque chose.

- Tu me sur-estimes, jugea Draco. Mais je veux bien essayer.

Harry le vit darder son regard sur sa pelote de laine et focaliser toute son attention dessus. Il profita honteusement que son binôme soit concentré sur sa tâche pour le détailler minutieusement. Merlin qu'il était beau... Il n'avait jamais scruté ainsi le visage de Draco et ne se priva pas pour le faire. Il se perdit très vite dans cette contemplation silencieuse. Il fut frappé par la finesse des traits de Draco. Il fut charmé par son petit nez légèrement retroussé. Il fut séduit par le gris de ses yeux. Ce ne fut que lorsqu'il regarda attentivement les fines lèvres de Draco qu'il se rendit compte de ce qu'il était en train de faire. Il se sentit rougir comme une tomate et fut terriblement gêné de s'être laissé aller à une observation aussi poussée. Il fallait vraiment qu'il se reprenne et qu'il arrête de faire une fixette sur Draco. Il se fit cette réflexion au moment où Draco lança le sort. La pelote de laine grossit d'un coup et se retrouva pourvue d'oreilles et d'une queue de vache. Remus, qui faisait le tour des tables, s'arrêta devant celle de Harry et de Draco.

- Très belle pelote, s'amusa-t-il. C'est votre premier essai ?

- Oui, répondit Draco, gêné.

- Oh, vous pouvez être fier de vous, alors. Généralement, les premiers essais ne donnent rien.

- J'ai eu de bons conseils, dit Draco en regardant Harry.

Remus haussa un sourcil. Harry rougit de nouveau.

- Ce sont les conseils de notre professeur de potions, précisa-t-il. Enfin, je vous expliquerai tout ça plus tard. À moins que le professeur Black ne le fasse à ma place.

- Vous pourrez m'en parler à la fin du cours, je souhaitais justement vous voir. Mais ça, vous deviez vous en douter. Allez, continuez à vous exercer.

Remus s'éloigna et alla voir d'autres élèves. Harry prit sa baguette, fixa sa pelote de laine, imagina une vache, pensa à sa taille et à son statut d'être animé, se concentra de toutes ses forces et lança le sort. Sa pelote garda sa taille initiale mais se retrouva elle aussi affublée d'oreilles et d'une queue de vache.

- Beau résultat, commenta Draco.

- Ce n'est pas aussi réussi que toi.

- Ça va venir, tempéra Draco. Et puis tu es arrivé à quelque chose, toi. Le professeur Lupin vient de dire qu'en général, il n'y a aucun résultat lors des premières tentatives. Et puis il reste vingt minutes, tu as le temps de t'améliorer. Et moi aussi. Alors au travail !

Harry acquiesça et s'attela de nouveau à l'exercice, tout comme Draco. Ils s'entraînèrent jusqu'à la fin de l'heure et firent quelques progrès.

- Pas trop fatigué ? s'enquit Draco alors qu'ils rangeaient leurs affaires. Tu te sens d'attaque pour une séance de travail ?

- Largement, affirma Harry. On a cinq heures devant nous avant le dîner, ce serait bête de ne pas en profiter.

- C'est vrai, mais tu pourrais avoir envie de te reposer après cette première journée de cours.

- Non, je t'assure que ça va, promit Harry. Tu peux juste m'attendre derrière la porte ?

- Évidemment, je ne serais pas allé à la salle des binômes sans toi. Allez, à tout de suite.

Draco prit son sac et sortit de la salle. Harry rejoignit Remus.

- Vous vouliez me parler, professeur ?

Remus leva les yeux au ciel.

- C'est Remus tout court qui veut te voir, et non ton professeur. Comment s'est passée ta journée ?

- Plutôt bien, je n'ai pas trop galéré en cours et j'étais bien entouré. J'ai juste eu un accrochage avec un élève ce matin, entre le cours de botanique et le cours de sortilèges mais c'est la seule ombre au tableau.

- Bien, c'est rassurant. Ton médicomage t'a bien préparé à cette reprise des cours.

- Ça, c'est sûr. S'il ne m'avait pas acclimaté petit à petit, ça aurait été complètement différent.

- Il sera ravi d'apprendre que ça s'est bien passé. Tu en auras des choses à lui raconter mercredi, lors de votre séance de thérapie. Je ne veux pas te retenir trop longtemps mais j'aimerais juste que tu me parles de cet accrochage que tu as évoqué.

- Je vais te mettre en retard si je reste cinq minutes de plus...

- Je vous ai libérés dix minutes plus tôt pour pouvoir papoter avec toi. Et mes élèves peuvent bien attendre un peu. Alors vas-y, dis-moi tout.

Harry raconta alors à Remus ce que lui avait dit l'élève qui l'avait retenu dans les escaliers. Comme Sirius, Remus parut choqué. Mais pas spécialement surpris.

- C'était malheureusement à prévoir mais ce genre de comportement est tout de même affligeant. Et inadmissible. C'est dommage que vous n'ayez pas le nom de l'élève.

- C'est ce que Sirius a dit, informa Harry. Mais Draco a bien rembarré l'autre crétin donc je ne pense pas qu'il reviendra me chercher des noises de si tôt.

- Je l'espère mais je pense également qu'il s'abstiendra. Une dernière question et tu pourras y aller. Que voulait dire Draco quand il parlait des conseils que Severus t'a donnés ?

Harry retint un soupir, maudit Draco sur plusieurs générations et expliqua à Remus ce que lui avait enseigné le professeur Snape.

- Je vois, tu as pu améliorer ta technique et c'est une très bonne chose. C'est quelque chose qu'on n'a pas le temps d'approfondir en cours. On n'a pas assez d'heures pour ça. En tout cas, les conseils de Severus t'ont été utiles, d'après ce que j'ai vu. Tu as eu des résultats plus satisfaisants que la plupart de tes camarades. Je suis fier de toi. Non seulement tu as réussi à reprendre le dessus physiquement, psychologiquement et mentalement parlant mais tu as aussi su tirer profit de ton expérience acquise auprès de Severus durant ta convalescence. Oui, je suis vraiment, vraiment fier de toi.

Ces mots touchèrent beaucoup Harry. C'était à la fois le professeur, le directeur de maison et Remus tout court qui parlaient. Trois personnes en une étaient fières de lui et cela lui faisait extrêmement plaisir.

- Merci, dit-il, ému.

Remus lui sourit et lui ébouriffa les cheveux.

- Allez, file. Va rejoindre ton binôme.

Harry acquiesça, remercia de nouveau chaleureusement Remus et quitta à son tour la salle de classe. Il retrouva Draco qui l'attendait. Ils se mirent en route et se rendirent à la salle des binômes. Comme ils étaient les seuls à terminer à quatorze heures le lundi, il n'y avait presque personne. Ils s'assirent néanmoins dans un coin isolé afin d'être sûrs de ne pas se faire déranger. Ils choisirent de travailler sur le devoir de sortilèges et sortirent leurs affaires. Ils commencèrent à se pencher sur le devoir et eurent d'abord un peu de mal à s'organiser. Cela faisait un peu trop longtemps qu'ils n'en avaient pas fait un ensemble. Mais ils retrouvèrent vite leurs automatismes et tout redevint rapidement naturel entre eux. Ils travaillèrent sans relâche pendant quatre heures et durent s'arrêter quand Harry sentit sa concentration décliner. Draco avoua que la sienne s'était également fait la malle et ils décidèrent de terminer leur devoir lors de la séance suivante. Ils avaient déjà énormément avancé. Comme il était dix-huit heures, Draco préféra aller se reposer une petite heure avant d'aller dîner. Harry devait lui aussi monter à son dortoir afin de ranger ses affaires mais il n'avait aucune envie de se séparer de Draco. Il voulait rester avec lui. L'idée de se retrouver sans lui l'effrayait.

- Tu veux que je te ramène à ta salle commune ?

La proposition de Draco sortit Harry de ses pensées.

- Ça ne te dérange pas ? demanda-t-il timidement.

- Bien sûr que non, répondit Draco en souriant.

- Je veux bien, alors, accepta joyeusement Harry.

Draco et lui prirent leurs sacs, quittèrent la salle des binômes et se dirigèrent vers les escaliers. Ils montèrent jusqu'au septième étage et prirent la direction de la tour de Gryffondor. Ils étaient presque arrivés lorsque Draco attrapa doucement le poignet de Harry, le forçant à s'arrêter. Harry se tourna vers Draco, intrigué. Il fut troublé par le regard que son binôme posa sur lui. Sans un mot, celui-ci l'entraîna vers un coin isolé du couloir.

- Je voulais qu'on soit un peu tranquilles avant de se séparer, expliqua Draco. Parce que je veux te parler sérieusement. Je... j'ai passé une super journée avec toi. Tu ne peux pas savoir à quel point je suis heureux de t'avoir retrouvé comme binôme de travail. Tu m'as énormément manqué. Les cours n'avaient pas le même goût sans toi. Je me sentais seul. Je m'ennuyais. La place à côté de moi restait désespérément vide et ça me faisait mal. Je n'ai jamais vraiment réussi à m'y habituer. Alors t'avoir eu avec moi aujourd'hui, pendant toute la journée, ça a été comme un rêve éveillé. En fait, j'ai peur de me réveiller et de réaliser que tout ça n'était justement qu'un rêve.

Harry fut tellement bouleversé par les mots de Draco qu'il resta un long moment sans voix. Il ne put empêcher les larmes de couler sur ses joues. On lui avait rarement dit quelque chose d'aussi beau. Incapable de répondre quoi que ce soit, il franchit la distance qui le séparait de Draco et se blottit dans ses bras. Son binôme lui rendit très vite son étreinte en refermant ses bras autour de lui. Harry plongea son visage dans le cou de Draco qui le serra fort, très fort contre lui. Harry ne sut combien de temps ils restèrent ainsi. Il était bien et c'était tout ce qui comptait. Il ne voulait être ailleurs que dans les bras de Draco. Il avait l'impression que c'était là qu'était sa place. Ce fut avec beaucoup de réticence qu'ils finirent par rompre l'étreinte. Harry leva les yeux vers Draco et plongea son regard dans le sien. Il dut se retenir pour ne pas baisser les yeux vers les lèvres de son vis-à-vis. Il sut à ce moment-là qu'il était temps qu'ils se quittent. Il ne voulait pas commettre une erreur qu'il regretterait aussitôt après l'avoir faite.

- Merci de m'avoir raccompagné, chuchota-t-il. On se voit tout à l'heure en astronomie.

- Tu n'es pas obligé de venir, lui rappela Draco. Severus a bien insisté sur le fait que tu avais le droit de sécher le cours pour cette semaine si tu te sentais trop épuisé.

- Je sais, je verrai le moment venu et promis, je ne me forcerai pas, jura Harry.

Draco acquiesça, lui offrit un tendre sourire et s'en alla. Harry dut se rattraper au mur pour contenir le vertige qui s'empara de lui. Il avait eu trop d'émotions dans une même journée. Il attendit que la Terre cesse de tourner autour de lui et reprit son chemin vers la tour de Gryffondor. Il se rendit à sa salle commune qu'il découvrit pleine de monde. Il s'arrêta à l'entrée, mal à l'aise de se retrouver au milieu de tant de monde. Il ne se sentait plus vraiment chez lui. Après tout, cela faisait deux mois qu'il n'y avait pas mis les pieds. Il fut donc surpris de voir chaque personne dont il croisa le regard lui sourire.

- Eh bien Harry, tu ne vas pas rester planté là toute la soirée ! lui lança Fred. Nous savons que nous sommes tous très beaux mais ce n'est pas une raison pour nous regarder comme ça. Tu vas finir par nous faire rougir.

Les lèvres de Harry s'étirèrent toutes seules alors que les personnes présentes dans la salle commune se mettaient à rire. Une vague de chaleur envahit son être. Il se sentit de suite beaucoup mieux et se décida à pénétrer dans l'antre des Gryffondor. Il sourit à tout le monde, discuta avec plusieurs de ses camarades et rigola même avec eux. Ce ne fut qu'une bonne demie-heure plus tard qu'il monta enfin à son dortoir. Il remarqua que les rideaux de Ron et de Neville étaient fermés, signe qu'ils étaient là. Neville ouvrit rapidement les siens et parut un peu surpris de voir Harry. Il ne tarda cependant pas à lui sourire.

- Tu es de retour ? Je veux dire... vraiment ?

- Oui, je ne suis pas de passage, si c'est ça que tu te demandes, répondit Harry, amusé.

- Cool, on va de nouveau être au complet, constata Neville, l'air sincèrement ravi. Ça faisait bizarre de voir tes rideaux constamment ouverts. On sentait bien qu'il manquait quelqu'un. Il m'arrivait de croire que tu ne reviendrais jamais. Ça m'angoissait quand je pensais ça. Ça va aller, tu crois ? Ron nous a dit que ça risquait d'être un peu dur, les premières nuits. Il nous a conseillés d'insonoriser nos espaces mais je n'ai pas envie de te laisser t'agiter tout seul dans ton coin sans rien faire...

Harry fut touché par la sollicitude de Neville. Il s'empressa de le rassurer :

- Ça va aller, Neville, ne t'en fais pas, dit-il en souriant. Ron a un petit peu exagéré, ça ne va pas être aussi terrible que ça. J'ai des potions pour m'aider à tenir le coup. Si ça ne va pas, je sais qui je dois aller voir. Tout est sous contrôle.

- Oh, tant mieux, fit Neville, visiblement soulagé. En tout cas, bon retour parmi nous !

Harry remercia chaleureusement Neville et discuta un peu avec lui avant de rejoindre son lit. Il prit sa valise et commença à la défaire. Il était plein de bonne volonté mais il abandonna malgré lui en sentant la fatigue le gagner. Il comprenait mieux maintenant pourquoi le professeur Snape lui avait répété qu'il n'était pas obligé de se rendre à son cours d'astronomie s'il ne se sentait pas la force d'y aller. Il lui avait dit que cela risquerait de faire un peu trop pour une reprise. Et il avait eu raison. Harry allait plutôt se reposer. Il en avait bien besoin. Il oubliait trop vite qu'il sortait tout juste d'une assez longue convalescence. Il devait y aller doucement. Et ne surtout pas forcer. Il s'allongea donc sur son lit et ferma les yeux. Il poussa un soupir de bien-être. Cela faisait du bien. Ce n'était pas tant la journée en elle-même qui l'avait épuisé mais les émotions qu'il avait eues. Il avait retrouvé Draco en tant que binôme de travail, il y avait eu l'élève qui l'avait embêté dans les escaliers, il y avait eu Draco qui l'avait défendu face à cet imbécile, il y avait eu Draco qui l'avait pris dans ses bras après avoir réussi un sort, il y avait eu la magnifique déclaration que Draco lui avait faite, il y avait eu le long câlin qu'il avait partagé avec Draco... Il y avait eu énormément de Draco. Et c'était précisément ça qui perturbait autant Harry. Parce qu'il s'était rendu compte aujourd'hui que la relation qu'il avait Draco n'était plus du tout la même que celle qu'ils avaient deux mois plus tôt. Ils s'étaient beaucoup, beaucoup rapprochés durant sa convalescence. Bien sûr, ils s'en étaient aperçus mais Harry ne pensait pas que c'était à ce point. Il avait peur de ce que tout cela signifiait. Même si, au fond de lui, il savait ce que ça voulait dire. Il était tout simplement tombé amoureux de Draco. Il n'avait pas l'intention de le nier. Mais cela le mettait mal à l'aise. Il trouvait que cela faisait trop tôt. Deux mois seulement s'était passés depuis sa «rupture» avec Adrian. Il ne pouvait pas oublier que, ce jour-là, il s'était fait violer, même si Adrian n'était pas allé jusqu'au bout. Il ne pouvait pas s'en être remis aussi facilement. Il fallait pourtant croire que si. Car il ne se sentait plus traumatisé en y pensant. Il y avait juste une sensation de malaise qui s'emparait de lui. Peut-être était-ce grâce au fait qu'il n'avait jamais été dans le déni. Ou grâce au fait qu'il avait été pris en main aussitôt et par la personne la plus compétente qui soit. Peut-être étaient-ce les deux à la fois. Il n'en savait rien mais une chose était sûre : il allait devoir en parler avec le professeur Snape. Et vite. Heureusement, il avait une séance de thérapie prévue le surlendemain. Il avait hâte d'y être. Il réalisa soudain l'absurdité de la situation. Il venait quand-même de reprendre les cours après deux mois d'absence et lui, tout ce qui le tourmentait, c'était sa relation avec Draco. Il n'était même pas perturbé par sa journée de cours, par son premier repas dans la Grande Salle ou par son retour dans la salle commune et dans le dortoir. Non, tout ce qui le chamboulait, c'étaient ses sentiments envers son binôme de travail. Il renonçait à se comprendre lui-même. Quoi qu'il en soit, il était satisfait de sa reprise des cours. Ça s'était beaucoup mieux passé que ce qu'il imaginait. Il était heureux d'avoir retrouvé le chemin des cours et il avait déjà hâte d'être au lendemain.

.

.

Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! =) N'hésitez pas à me donner votre avis et à me dire s'il y a des choses qui vous questionnent ou que vous ne comprenez pas, ou s'il y a des questions plus générales que vous vous posez, j'y répondrai dans la mesure du possible =) J'ai conscience que cette fic est longue, que ça avance petit à petit, qu'il y a plein de choses qui se passent en même temps et que ça puisse être compliqué de s'y retrouver, c'est pour ça que je reviens sur des événements passés de temps en temps et qu'il y a une certaine chronologie, donc s'il y a des questions, posez-les, je ne mords personne XD Je vous dis à dimanche prochain pour le quarante-sixième chapitre qui s'intitulera «Vérités et explosion» =) Bisous tout le monde !