Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le quarante-sixième chapitre de SAMLP =) C'est le premier chapitre de la quatrième partie que je suis encore en train d'écrire XD
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Zackos : C'est bon, Remus a ouvert les yeux, lui XD C'est Sirius qu'il faut convaincre, maintenant XD Ils n'en sont pas encore à faire des petits mais ça va forcément arriver au vu de leur lien XD Je ne sais pas encore si je vais traiter le sujet de mère porteuse, mais ce ne sera pas pour tout de suite, en tout cas :) Si ça doit arriver avec un des couples gay, ce sera une fois qu'ils auront plusieurs enfants :) Enfin, je pense, je peux toujours changer d'avis XD
Butterfly Fictions : Chapitre 44 : Ne t'en fais pas, je comprends que tu n'aies pas le temps de reviewer, j'avance moi-même lentement sur l'histoire à cause d'un certain manque de temps XD Merci d'avoir pris le temps =) Ça c'est sûr, Ron et Pansy ne sont pas du genre à se prendre la tête ! C'est vrai qu'il y a beaucouuuuuup d'indices qui laissent à penser que Daphné Greengrass est l'ancienne idylle de Luna XD Je ne sais plus si c'est dit avant mais il y aura la réponse dans 6 chapitres :) Harry a fait plein de pas en avant ce jour-là, entre se promener dans le château sans adulte avec lui, assister au match en compagnie d'une centaine de personnes … XD La mise au clair entre Cassius et Harry était essentielle, en effet, Cassius étant quelqu'un de neutre, ses mots ont plus d'impact :) Ravie que tu aies aimé le match ! =) L'explication de la relation spéciale entre Harry et Théo se fera connaître dans le prochain tome :) C'est clair que Théo doit se sentir vraiment en confiance avec Justin pour lui avoir fait de telles révélations ! Le puissant amour qu'ils se portent doit y être pour quelque chose :) Mais je vois tellement Dumbledore comme quelqu'un d'assez tordu XD Il est du genre à préparer ses coups une dizaine d'années à l'avance XD Chapitre 45 : Sirius et Remus vont bientôt entrer dans une période assez sombre mais tout finira par s'arranger :) Oui, Hermione n'en a rien à faire de Krum, c'est Terry qu'elle aime ! Serdaigle refait des sélections car ils se sont fait laminer par Serpentard et le capitaine veut donc remodeler son équipe car il estime que ses joueurs ont été nuls et qu'il faut en changer certains, mais comme va le dire Terry dans ce chapitre, les plans du capitaine ne sont pas très clairs XD Alors non, justement, Emily pense vraiment être enceinte, ce n'est pas un coup monté XD Elle n'a pas un mauvais fond, son seul tort, c'est de refuser de voir la réalité en face en ce qui concerne sa relation avec Justin :/ Il y a quand-même plein de signes qui devraient faire tilt dans son esprit mais elle est beaucoup trop amoureuse pour les voir :/ Théo est complètement désemparé, effectivement :'( C'est déjà assez compliqué comme ça entre Justin et lui et il faut encore qu'une tuile leur tombe dessus :/ Justin ne laissera pas Théo le quitter alors qu'il a revu toutes ses convictions par amour pour lui XD Alors le petit Théo il va se calmer car Justin n'a pas remis en question son opinion sur lui, puis son orientation sexuelle, puis ses sentiments envers lui pour qu'il le plaque du jour au lendemain pour que Justin puisse continuer son histoire avec une fille dont il n'est plus amoureux XD Zut alors XD (tout ça c'est que pensait Justin mais il ne l'a évidemment pas dit à Théo XD) La relation entre Harry et Draco évolue de plus en plus et ce n'est plus qu'une question de jours pour qu'ils se mettent ensemble =) Mais en quelques jours il peut se passer teeeeellement de choses … XD Pour les vérités, c'est la suite du chapitre précédent :) Pas sûr que ça t'avance beaucoup mais bon XD Faut pas trop divulgâcher XD Et pour l'explosion … C'est impossible à deviner XD
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Merci pour vos retours et merci à tous ceux qui continuent à suivre cette histoire =) Je vous laisse avec ce nouveau chapitre et je vous souhaite une agréable lecture =)
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46 – Vérités et explosion
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(mardi 06/02) POV Hermione
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- Le devoir va être compliqué, soupira Terry. Quatre-vingt centimètres de parchemin à rendre avec peu d'informations.
- Il va falloir aller les chercher dans les livres de la bibliothèque, raisonna Hermione. Je pense que le professeur Snape veut tester nos capacités à débusquer des informations qui ne se trouvent pas dans nos cours.
- C'est sa façon à lui de nous dire qu'il est content de nous revoir ? ironisa Ron.
- Hé, il a été bien plus gentil qu'il ne l'a jamais été, signala Pansy. Et je ne dis pas ça parce qu'il est mon directeur de maison.
- Je suis d'accord avec Pansy, déclara Harry. Et je ne dis pas ça parce qu'il est mon médicomage et psychomage attitrés.
Tout le monde éclata de rire. Heureusement qu'ils étaient sortis des cachots car huit personnes qui riaient en même temps, cela faisait un peu de bruit. Le retour en cours de Harry la veille ainsi que les couples qui s'étaient formés pendant son absence avaient eu une conséquence aussi surprenante qu'agréable. Harry s'étant énormément rapproché de Draco et de Théo, ces deux derniers restaient souvent avec Harry à la fin des cours. Leurs amis, Blaise et Pansy, venaient s'ajouter à eux. Ron, qui était le meilleur ami de Harry et qui sortait avec Pansy, rejoignait tout naturellement le groupe, tout comme Hermione qui emmenait Terry avec elle. Ils formaient donc un groupe de huit personnes, ce qui ne passait pas du tout inaperçu. Et il le fut encore moins lorsque Théo fit signe à Justin de venir les rejoindre. À peine eut-il le temps de s'informer de quoi le groupe parlait que Ginny vint se mêler à eux. La voyant un peu hésitante, Hermione lui sourit.
- On ne va pas te manger, viens, dit-elle gentiment.
- Je ne veux pas vous incomber de la présence d'une misérable quatrième année... J'ai l'impression d'être une intruse.
- Tu es peut-être la seule quatrième année mais tu es avec trois élèves de ta maison. Terry et Justin, eux, sont les seuls élèves de leur maison respective.
- Ah oui, bien vu ! Cool, je ne suis pas la seule intruse, alors.
Ginny retrouva son aisance habituelle et embrassa Blaise avant de demander :
- De quoi parliez-vous ?
- Du professeur Snape, répondit Pansy. Harry était d'accord avec moi pour dire qu'il avait été gentil aujourd'hui. Ron, lui, se plaignait de la longueur du devoir qu'il nous a donnés à rendre. Toujours en train de se plaindre, celui-là.
- Il va falloir t'y habituer, il est comme ça depuis sa naissance, rigola Ginny.
- Qu'est-ce que tu en sais ? Tu es née après moi, se renfrogna Ron.
- Oh tu boudes, c'est trop mignon ! s'extasia Pansy.
Ron grogna pour la forme mais accepta facilement le baiser que Pansy lui donna. En voyant Pansy et Ginny se liguer pour de faux contre Ron, Hermione crut vivre un moment hors du temps. Jamais elle n'aurait cru qu'ils seraient tous les dix en train de discuter et rire ensemble comme si tout était parfaitement normal. Les quatre maisons étaient réunies au sein de leur groupe, et toutes sortes de liens les unissaient, qu'ils soient fraternels, amicaux ou bien amoureux. Nul doute que Dumbledore pleurerait de bonheur s'il voyait ça. Ils avaient mis cinq mois à en arriver là et Hermione espérait de tout coeur que ce groupe allait perdurer dans le temps.
- J'ai eu cours hier matin avec le professeur Snape et j'ai également trouvé qu'il était plus agréable qu'avant, annonça Ginny. Lorsque des élèves parlent, il leur demande simplement de se concentrer sur le cours, il ne retire plus de points à tout-va et il ne fait plus de remarques désobligeantes. Je ne sais pas s'il est pareil durant les cours pratiques vu que j'ai le professeur Slughorn dans ces cours-là mais je pense qu'il doit être tout aussi agréable.
- Sûrement, affirma Pansy. On le saura vendredi puisque nous avons le professeur Snape à la fois en théorie et en pratique. Vu qu'on a un examen important à la fin de l'année, il vaut mieux qu'on n'ait qu'un seul professeur. Quoi qu'il en soit, ça a visiblement fait du bien au professeur Snape de passer deux mois sans donner de cours.
- Je crois aussi. D'ailleurs, ça a été aujourd'hui ? demanda Ginny à Harry.
- La journée a été longue, grimaça celui-ci. J'avais oublié combien c'était déprimant de commencer par deux heures de divination et d'enchaîner après avec de l'histoire de la magie... Mais le cours du professeur Manley était plutôt intéressant.
- Il t'a payé combien pour dire ça ? grimaça Draco.
- Pas une seule noise, s'il m'avait payé tu le saurais puisque tu me suis comme mon ombre pendant toute la journée. Non pas que ça me dérange, hein, au contraire, mais c'est du coup assez difficile de te cacher quelque chose...
- Ça ne t'ennuie vraiment pas à force, que Draco ne te lâche pas d'une semelle ? s'étonna Blaise.
- Aussi bizarre que cela puisse paraître, non, répondit Harry. Ça me rassure. J'ai besoin de me sentir en sécurité et c'est exactement ce qu'il m'apporte. Mais il n'est pas collant pour autant. Et j'exagère un peu quand je dis qu'il me suit toute la journée. Si je vais voir Ron et Hermione, Draco me laisse y aller sans me suivre. Il assure ma sécurité mais sans être lourd.
- Il est parfait, quoi, soupira Pansy. Celui qui conquerra son coeur aura beaucoup de chance.
- Sympa pour moi, bougonna Ron.
- Et en plus d'être râleur il est jaloux. Je suis tombée sur le gros lot, pouffa Pansy. Mais c'est ce qui fait son charme. Bon, les gars, on va y aller, Graham va nous attendre, ajouta-t-elle à l'adresse de ses trois meilleurs amis. Il n'est pas encore dix-sept heures trente mais le temps d'arriver aux vestiaires...
- Tu as raison, allons-y, approuva Draco. Et merci pour tes compliments, tu es adorable. Harry, je te laisse avec tes amis. Allez, en route !
Il partit sur ces mots avec Blaise, Théo et Pansy. Se retrouvant sans leur moitié pour l'un et sans leur binôme pour l'autre, Ginny et Justin décidèrent de rentrer à leur salle commune respective. Ne restèrent donc plus que Hermione, Terry, Ron et Harry.
- On va vous laisser en amoureux, dit gentiment Ron.
Harry et lui sourirent à Hermione et Terry et s'en allèrent à leur tour.
- Ça s'est vidé d'un coup, constata Hermione, amusée. Il y a cinq minutes, on était encore dix et là, on n'est plus que deux.
- Avec le Quidditch, les rondes et les séances de travail en binôme, ça va être assez difficile de rester à dix de la fin des cours jusqu'au dîner. Mais ça tombe bien qu'on se retrouve seuls. On n'a rien de prévu ce soir, ni rondes, ni séance de travail. On va pouvoir en profiter.
- Entièrement d'accord. On va à notre cachette ?
Terry acquiesça et ils se mirent en marche. Ils montèrent au cinquième étage où se trouvait leur petit coin secret. Ils retrouvèrent leurs coussins et leurs plaids à la même place où ils les avaient laissés la dernière fois qu'ils étaient venus. Ils s'installèrent et se blottirent l'un contre l'autre. Hermione sentit très vite que Terry était un peu tendu. Elle leva les yeux vers lui et vit qu'il avait le regard ailleurs.
- Quelque chose ne va pas ? s'inquiéta-t-elle.
Terry sortit de sa rêverie et lui sourit.
- Non, tout va bien.
- Ça n'en a pas l'air. S'il y a un problème, tu peux m'en parler.
Terry soupira.
- Je ne sais pas pourquoi j'ai voulu te faire croire que ça allait alors que je sais très bien que je dois t'en parler...
- On cherche toujours à esquiver la discussion même quand on est conscient qu'on doit y faire face. Mais c'est grave, ce que tu as à me dire ?
- Non, pas du tout, si c'était grave, je t'en aurais parlé aussitôt.
- Qu'est-ce qu'il y a, alors ? Tu m'intrigues.
- Je me pose des questions, avoua Terry. J'ai du mal à comprendre ce que tu peux bien me trouver. Je n'ai rien de spécial. Je suis quelqu'un de désespérément banal. Je suis fade. Je suis monsieur tout le monde, quoi.
Les mots de Terry étonnèrent beaucoup Hermione. Elle était même presque choquée. Elle ne voyait pas du tout les choses comme ça, elle. Elle avait limite l'impression que Terry parlait de quelqu'un d'autre. Parce que pour elle, Terry était loin d'être banal et fade. Il ne ressemblait à personne d'autre qu'à lui-même. Jamais elle ne trouverait chez un autre garçon ce qu'elle trouvait et ce qu'elle aimait chez lui. Elle ne savait pas ce qui prenait soudain à Terry de se dévaloriser comme ça mais ça ne lui plaisait pas du tout. Elle devait y remédier et vite.
- Tu dis n'importe quoi, dit-elle doucement mais fermement. Tu n'es pas monsieur tout le monde. Je suis tombée amoureuse de toi pour ce que tu es. Tu m'as fait craquer. Tu es l'un des garçons les plus mignons que je connaisse. Mais il n'y a pas que ça qui m'a attirée chez toi. Il y a aussi ta façon d'être. Ton caractère, ton comportement, tes qualités... Tout ça m'a complètement charmée. Tu es tout ce que j'aime. Tu es comme le garçon parfait, pour moi. Je t'aime, Terry. Je t'aime à un point que tu ne peux même pas imaginer. Je pensais que tu le savais. Là, c'est moi qui ne comprends pas pourquoi tu te dénigres comme ça.
- Tu es sortie avec Viktor Krum, dit tristement Terry. Le beau, grand et talentueux Viktor Krum. Le garçon que toutes les filles s'arrachent. Qu'est-ce que je suis, franchement, à côté de lui ?
Hermione fut tellement surprise qu'elle resta un moment sans répondre. Elle ne s'était pas attendue à ça. Au moins, elle comprenait mieux maintenant ce qui passait par la tête de Terry. Il était juste en train de lui faire un beau complexe d'infériorité. Et c'était de sa faute.
- Je n'aurais jamais dû te dire que j'étais sortie avec Viktor, soupira-t-elle. J'ai simplement voulu être franche. Je ne pensais pas que tu allais te comparer à lui... Parce que pour moi, tu n'as aucune raison de le faire. Tu n'as pas à te sentir nul à côté d'un garçon que j'ai à peine connu. Et puis tu t'inquiètes pour de mauvaises raisons. Oui, il est connu, oui, il fait baver toutes les filles, oui, c'est un excellent joueur de Quidditch mais moi je m'en fiche de tout ça. Ce n'est pas ça qui m'a attirée chez lui. C'est lui qui est venu vers moi. J'ai aimé la façon dont il se comportait avec moi. Ça m'a donné envie de le connaître. On n'a cependant pas eu beaucoup d'occasions de faire connaissance. Mais Viktor me plaisait beaucoup et c'est pour ça que je l'ai laissé m'embrasser la veille de son départ. Et c'est pour ça aussi que j'ai correspondu avec lui pendant tout l'été. Je pensais être amoureuse de lui car c'était la première fois que je ressentais quelque chose envers un garçon. Je me suis dit que c'était ça, être amoureuse. Mais je me trompais. Ce n'était pas du tout de l'amour. C'était juste un béguin que j'ai amplifié dans ma tête. Je l'ai compris quelques semaines après la rentrée. Il m'a cependant fallu du temps pour l'admettre. Mais tout a vraiment pris sens quand je suis tombée amoureuse de toi. C'était mille fois plus fort qu'avec Viktor. Ça n'avait absolument rien à voir. Plus j'apprenais à te connaître, plus j'aimais de choses chez toi. Plus je te voyais, plus j'avais envie de passer du temps avec toi. Ce n'était pas du tout comme ça avec Viktor. Ce n'est même pas comparable, en fait. C'est pour ça que je trouve ça nul que tu te compares à lui. Ça n'a aucun intérêt. Ce que je vis avec toi n'a rien à voir avec ce que j'ai vécu avec Viktor. Avec toi c'est beaucoup mieux. Avec toi c'est vraiment de l'amour. Je n'ai même pas besoin de me poser des questions pour le savoir. Il n'y a que toi que j'aime, Terry. Toi et personne d'autre.
Hermione se tut sur ces mots. Terry l'avait attentivement écoutée et semblait avoir enregistré chaque phrase qu'elle avait prononcée. Il finit par lui sourire tendrement.
- Je te crois, dit-il doucement. Je suis désolé d'avoir douté comme ça. Je savais au fond de moi que je n'avais aucune raison de m'en faire mais c'était plus fort que moi. J'avais besoin d'être rassuré. Et je le suis, maintenant. Tu as apaisé toutes mes craintes. Tu ne t'es même pas moquée de moi alors qu'il y avait de quoi... J'ai vraiment été idiot.
- Mais non, je comprends que tu aies pu avoir tous ces peurs. Moi je trouve ça trop mignon que tu doutes de toi comme ça. C'est rare, les garçons qui osent parler de leurs craintes. La plupart d'entre eux croient qu'avouer leurs peurs, ça fait d'eux des gens faibles. Mais c'est faux. Ça me touche donc beaucoup que tu te sois ainsi ouvert à moi. Et je suis contente que tu m'en aies parlé. C'est important de se faire confiance, dans un couple.
- C'est ce que mes amis m'ont dit, avoua Terry. Parce que je me suis d'abord confié à eux. Ce sont eux qui m'ont conseillé d'aborder le sujet avec toi.
- Tu as des amis qui sont de très bons conseils, alors.
- Je pense que je t'en aurais parlé sans qu'ils n'aient besoin de me le dire, s'amusa Terry. En tout cas, je te remercie de m'avoir écouté et rassuré. Ça m'a fait beaucoup de bien.
Comme pour appuyer ses mots, Terry posa ses lèvres sur celles de Hermione et l'entraîna dans un long et doux baiser auquel elle répondit. Elle se blottit davantage contre lui et frémit lorsqu'il passa ses bras autour d'elle pour la rapprocher de lui. Seulement, la position n'était guère confortable pour Hermione qui décida d'y remédier en s'installant sur les jambes de Terry. Surpris, celui-ci rompit le baiser. Un sourire moqueur naquit sur les lèvres.
- Dites donc, qu'est-ce donc que ces manières ?
- Je n'étais pas à l'aise dans la position dans laquelle j'étais. Là c'est beaucoup mieux. Je ne risque pas de me déformer la colonne vertébrale, au moins.
Terry secoua la tête, amusé.
- On va faire mieux que ça alors.
Il se décolla légèrement du mur et posa ses mains sous le pli des genoux de Hermione. Comprenant le message, elle enroula ses jambes autour de la taille de Terry et les croisa dans son dos. Elle put ainsi se rapprocher considérablement de Terry. Elle ne se priva pas pour se coller tout contre lui, ce qu'il sembla beaucoup apprécier. Il s'empara de nouveau des lèvres de Hermione et ils reprirent leur baiser là où il s'était arrêté. Hermione se laissa complètement aller et approfondit autant qu'elle put le baiser. Terry ne fut pas en reste et répondit avec ardeur. Hermione soupira dans la bouche de son petit-ami. Elle avait l'impression de planer tant elle se sentait bien. Il n'y avait que Terry qui pouvait lui apporter cette sensation de bien-être. Elle pourrait rester des heures comme ça à l'embrasser sans pouvoir s'en lasser. Mais leur condition humaine avait des limites et ils furent obligés de se séparer au bout d'un moment afin de reprendre leur souffle. Leurs visages restèrent cependant proches l'un de l'autre. Ils se regardèrent et Hermione fut bouleversée par tout l'amour qu'elle vit dans les yeux de Terry.
- Je t'aime, murmura-t-il.
- Je t'aime aussi, répondit-elle, émue.
- Tu veux qu'on aille se promener un peu ou tu préfères rester ici ?
- Non, je suis bien ici. Après, on peut aller faire un tour si toi tu en as envie.
- Non, je suis comme toi, je me plais bien ici. Surtout avec toi sur mes jambes.
- Tu dis ça mais je dois t'écraser.
- Absolument pas. Mais tu insinues quoi, là ? Que tu es trop lourde ou que mes jambes ne sont pas assez musclées pour te supporter ?
- Les deux ? suggéra Hermione, taquine. Non, plus sérieusement, je dois peser le même poids que toi. C'est pour ça que je m'inquiète. Mais tu as des muscles pour quelqu'un qui ne fait pas de sport.
- C'est à force de monter les marches pendant les rondes, plaisanta Terry.
- Ça doit être ça, en effet, rit Hermione. Tu as de la chance, n'empêche, tu n'as même pas besoin de faire du Quidditch pour te muscler.
- Si tu pouvais dire ça à Michaël, soupira Terry. Il me harcèle pour que je tente ma chance au poste d'attrapeur. C'est sa nouvelle lubie en ce moment. Il faut attendre que ça lui passe mais c'est parfois long.
- Tu lui as dit que tu n'étais pas intéressé ?
- Plus d'une fois. Mais ça rentre par une oreille et ça ressort de l'autre. Tout ça parce que le capitaine de l'équipe veut refaire des sélections.
- Il a le droit ? s'étonna Hermione. Je veux dire, on est en pleine année...
- C'est autorisé, oui. Il faut juste avoir l'accord du directeur de maison pour pouvoir monopoliser le terrain pendant toute une matinée ou pendant tout un après-midi. Et, surtout, il faut avoir le temps. Ainsi que des candidats. Bon, de ce côté-là, ça devrait aller. Il y aura déjà Anthony et Michaël.
- Ils ne s'étaient pas déjà présentés à la rentrée ?
- Si, ils avaient même été retenus mais ils n'étaient pas encore très organisés avec leurs binômes de travail à l'époque, alors quand ils ont appris qu'il y aurait deux à trois entraînements par semaine, ils ont préféré se désister. C'était un peu trop pour eux. Mais là, ils n'ont plus aucun problème niveau organisation, alors ils comptent bien retenter leur chance.
- Ils ont bien raison. Ils vont postuler aux mêmes postes qu'à la rentrée ?
- Oui, Michaël au poste d'attrapeur et Anthony au poste de gardien.
Terry sembla soudain réaliser quelque chose.
- Je ne devrais pas te dire tout ça, pouffa-t-il. C'est pour affronter Gryffondor que le capitaine veut remanier son équipe. Mais je sais que tu ne diras rien.
- Ça, c'est sûr, tu peux compter sur moi, affirma Hermione. De toute façon, ce n'est pas comme si tu étais en train de vendre ton équipe. C'est surtout de tes amis dont tu me parles. Mais du coup, ça va être compliqué de suivre ensemble le match qui va opposer Gryffondor et Serdaigle...
- C'est exactement ce qu'on se disait avec Anthony et Michaël. Ils pensent comme moi qu'il vaudrait mieux qu'on le suive chacun de notre côté, toi et moi.
- Je suis d'accord, approuva Hermione. Je ne vais pas te demander d'être neutre alors que tes deux meilleurs amis joueront peut-être le match...
- Même s'ils intègrent l'équipe, je ne sais pas s'ils seront titulaires lors du match. J'ai un peu de mal à comprendre ce que le capitaine compte faire précisément. Ça ne me paraît pas très clair. Il aimerait reformer l'équipe mais il hésite à garder les titulaires actuels... S'il prend d'autres remplaçants tout en gardant ceux qu'il y a déjà, j'ignore comment il va faire lors des entraînements pour jongler entre les titulaires, les anciens remplaçants et les nouveaux remplaçants... Je crois qu'il n'aurait jamais dû être capitaine, pour être honnête. Il n'a aucun sens de la stratégie. L'équipe se portera mieux l'année prochaine avec un autre capitaine. Parce que je ne pense pas qu'il rempilera pour une autre année. Il sera encore dans l'équipe, ça j'en suis sûr, mais il ne sera probablement plus capitaine. Du moins je l'espère. Je ne dis pas ça parce que je ne l'aime pas, au contraire, je l'adore, c'est un garçon super, un très bon camarade et un excellent joueur, mais en tant que capitaine, il est...
- Nul ?
Terry grimaça, ce qui fit rire Hermione.
- Tu as le droit de le dire. Surtout que ça semble être la vérité.
- Il est surtout nul en terme de stratégie. Sinon, j'entends souvent dire qu'il sait motiver ses troupes. Il est à l'écoute et il a l'oeil partout.
- Ce sont de très bons atouts. Je crois que l'équipe de Gryffondor préférerait l'avoir comme capitaine plutôt qu'Angelina, tu vois. Niveau stratégie, ça va, mais pour le reste... C'est un vrai tyran.
- C'est la réputation qu'elle a, en effet. À Serdaigle, on le sait et je pense que les deux autres maisons le savent aussi.
- Ça ne m'étonne pas. Mais elle s'en va à la fin de l'année, donc l'équipe n'a plus que quatre mois à tenir, vu que le dernier match a lieu bien avant les examens...
- Quelqu'un sait qui va la remplacer ?
- Je crois qu'il n'y a pas encore de discussion à ce sujet pour le moment mais ce sera soit Katie, soit Harry. Ce seront les plus anciens de l'équipe, vu qu'Alicia, Fred et George s'en vont eux aussi. Et il se murmure que le nouveau capitaine de Serpentard sera Draco. C'est ce que tout le monde pense, en tout cas. Par contre, il n'y a aucun bruit qui court concernant Poufsouffle.
- Oh, Smith restera sûrement capitaine. Il sera encore là l'année prochaine et il dirige plutôt bien son équipe. Avec des joueurs un peu plus assidus, je suis sûr que Poufsouffle pourrait monter haut dans le classement. Mais pas au point de battre Gryffondor, bien sûr. Tant que Harry sera là, les autres maisons n'auront aucune chance. Il va falloir attendre qu'il parte pour que Serpentard, Serdaigle et Poufsouffle puissent espérer décrocher la première place.
- Je n'en serais pas aussi sûre, si j'étais toi, objecta Hermione. Je ne sais pas pourquoi mais je sens que l'année prochaine, le Quidditch va être complètement chamboulé.
- Tu veux dire qu'on va encore avoir une année bizarre ? demanda Terry, feignant l'étonnement.
- Je pense que Poudlard nous réserve encore de belles surprises, oui, s'amusa Hermione. Et je suis prête à tout affronter tant que ce sera avec toi.
Terry sourit, visiblement touché, et attira Hermione à lui pour un long baiser rempli d'amour et de tendresse. Cela ne fit que confirmer ce que Hermione pensait. L'avenir était incertain mais quoi qu'il se passerait, elle resterait avec Terry et c'était sûrement l'une des choses dont elle était le plus sûre au monde.
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(mercredi 07/02) POV Harry
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- Il me prend la tête ce devoir.
Harry lâcha ces mots alors que Draco et lui travaillaient en silence depuis une vingtaine de minutes. Comme tous les mercredi après-midi, ils étaient libres de quatorze à seize heures puisqu'ils n'avaient pas arithmancie. Ils en avaient donc profité pour s'accorder une petite séance de travail. Ils avaient rapidement terminé leur devoir de sortilèges sur lequel ils avaient bien avancé deux jours plus tôt et ils s'étaient attaqués dans la foulée à celui de Défense Contre les Forces du Mal. Harry était plein de bonne volonté mais il avait beau se concentrer, il ne comprenait rien à ce devoir.
- C'est le devoir, le problème, ou c'est toi ? demanda sagement Draco.
- Les deux, peut-être, admit Harry. Bon, en vrai, c'est surtout moi, je pense. J'ai du mal avec les cours du professeur Manley. Et ça ne date pas d'hier. Je les aime beaucoup depuis ma convalescence, je les trouve très intéressants, je comprends ce qu'il dit en cours mais dès qu'il faut mettre en lien mes notes avec le sujet du devoir, je ne comprends plus ce que je lis. Tout devient brouillon.
- Je vois. J'ai rencontré le même problème que toi récemment. J'en ai parlé avec Théo qui m'a aidé à comprendre ce qui n'allait pas. En fait, je relisais mes notes de façon trop superficielle. Je n'allais pas plus loin que ce je lisais. Je ne m'étais pas rendu compte qu'avec le temps, les cours étaient devenus plus succincts et qu'il fallait davantage réfléchir par nous-mêmes. Depuis que j'ai saisi tout ça, les devoirs me paraissent beaucoup plus simples.
- J'ai eu ce problème aussi mais durant ma convalescence. Là, c'est différent.
Draco fit la moue.
- Je ne crois pas pouvoir t'aider, alors. Il faudrait que tu vois ça avec un professeur.
- Mmmh, je vais y penser.
Visiblement, Draco n'était pas dupe car un sourire moqueur étira ses lèvres.
- Ok, tu veux que j'en parle à Théo ce soir ?
Harry se mit à rougir en guise de réponse, ce qui fit rire Draco.
- Il fallait le dire tout de suite, dit-il gentiment.
- Je ne veux pas le déranger, protesta Harry, gêné. Ce n'est pas à lui de m'aider, en plus. C'est toi qui avait raison en me suggérant d'en parler avec un professeur.
- Oui mais tu as le droit de préférer te faire aider par un ami plutôt que par un professeur. Et, crois-moi, ça ne dérangera absolument pas Théo de t'aider. Au contraire, ça lui fera extrêmement plaisir. Il t'adore, tu le sais bien.
Harry hocha la tête, un peu rassuré. Mais son attitude avait intrigué Draco.
- C'est fou la tendance que vous avez tous les deux à toujours croire que vous allez déranger alors que c'est faux.
- C'est ce qu'on m'a toujours fait croire alors évidemment ça laisse des marques, marmonna Harry.
Draco haussa les sourcils. Harry se sentit rougir de nouveau en réalisant qu'il en avait trop dit. Il essaya vite de changer de sujet :
- On ferait mieux d'y aller, sinon on va être en retard au cours de métamorphose.
- On a encore vingt minutes devant nous. On a largement le temps. Je voudrais plutôt revenir sur ce que tu viens de dire...
- Ce n'est pas nécessaire, répliqua fermement Harry. Je préfère vraiment qu'on y aille.
Draco soupira.
- Comme tu veux.
Il prit son sac et rangea ses affaires. Harry se mordit la lèvre en voyant son visage fermé. Il sentait qu'il l'avait déçu. Et il n'aimait pas du tout ça. Le coeur serré, il entreprit lui aussi de ranger manuel, plume, encrier et parchemin. Une fois prêts, ils sortirent de la salle des binômes et se dirigèrent vers les escaliers. Sur le chemin, Draco ne décocha pas un mot, ce qui inquiéta beaucoup Harry. Il avait peur que Draco lui en veuille et il ne voulait surtout pas ça. Pris de panique, il s'arrêta et attrapa le poignet de son binôme. Celui-ci se retourna et le regarda, surpris.
- Quelque chose ne va pas ? demanda-t-il, intrigué.
- C'est plutôt à toi que je devrais poser la question, rétorqua Harry. Pourquoi tu ne me parles plus ? Tu m'en veux pour ce qui s'est passé avant qu'on s'en aille ?
Draco écarquilla les yeux.
- Non, pas du tout ! s'exclama-t-il. Pourquoi est-ce que tu crois ça ?!
- Parce que j'ai refusé de me confier, répondit Harry, honteux. Et parce que tu semblais fâché.
- Mais non, soupira Draco. Harry, ce n'est pas à toi que j'en veux. C'est à tes moldus. Tu n'as peut-être rien voulu me dire mais j'ai bien compris qu'ils étaient derrière tout ça. Et ça me met hors de moi rien que d'y penser. Je ne supporte pas l'idée qu'ils aient pu te maltraiter. De n'importe quelle façon que ce soit.
Harry fut touché par les mots de Draco.
- Merci, dit-il, ému.
Sans pouvoir se retenir, il se blottit contre Draco. Celui-ci se mit à rire.
- Ça devient une habitude, dis-moi.
- Ce n'est pas de ma faute si tes câlins sont agréables.
- Ravi qu'ils te plaisent.
Harry sourit alors que Draco le serrait contre lui. Harry sentit son binôme déposer un baiser dans ses cheveux tandis qu'une de ses mains caressait son dos. Ils restèrent un long moment ainsi, jusqu'à ce qu'ils se rappellent qu'ils devaient aller en cours. Ils se séparèrent à contre-coeur mais gardèrent leurs fronts collés. Leurs visages étaient très proches l'un de l'autre. Harry pouvait sentir le souffle de Draco sur le sien. Leurs nez se touchèrent, si bien que leurs lèvres furent sur le point de se frôler. Au prix d'un effort qui dut être surhumain, Draco parvint à détacher leurs fronts.
- On ferait mieux d'y aller, murmura-t-il.
Harry acquiesça, même s'il n'avait aucune envie de bouger. Il voulait rester avec Draco. Il était bien, là, rien qu'avec lui. Mais il ne souhaitait pas arriver en retard à leur cours de métamorphose. Remus n'allait pas le louper s'il pointait le bout de son nez alors que le cours avait déjà commencé. Ce fut donc à contre-coeur qu'il prit les escaliers avec Draco. Ils montèrent jusqu'au sixième étage puis ils se rendirent à la salle de métamorphose. La plupart de leurs camarades étaient déjà là mais la porte était fermée, signe que leur professeur avait encore cours. Elle s'ouvrit cependant trois minutes plus tard, laissant sortir les septième année. Harry savait que c'était cette classe puisqu'il reconnut Fred, George, Angelina, Alicia, Miles, Cassius, Graham... Il se rendit compte seulement à ce moment-là qu'il avait un certain nombre de contacts chez les septième année. Il avait aussi des connaissances chez les sixième année, dont Alicia, et chez les quatrième année, dont Ginny, Luna et Colin, entre autres. Il n'était pas aussi isolé qu'il ne le pensait, en fin de compte.
Lorsque les septième année furent tous partis, Harry entra dans la salle avec Draco. Ils s'assirent à leur table habituelle et sortirent leurs affaires.
- Bonjour à tous, j'espère que vos baguettes sont prêtes et vous aussi car vous n'allez faire que de la pratique, aujourd'hui. Le sort de lundi vous a donné du fil à retordre mais vous n'aviez eu que trente minutes pour vous entraîner. Là, vous allez avoir une heure. Enfin légèrement moins car on va vite fait revenir sur ce qu'i savoir. Qui peut me dire ce que vous avez tenté de transformer lors du cours précédent ?
Remus refit ainsi le tour de tout ce dont Harry et ses camarades devaient se souvenir en leur posant plusieurs questions. Ce ne fut qu'au bout de dix minutes qu'il les laissa s'exercer. Harry et Draco se mirent aussitôt au travail. Avec Théo, Anthony et Hermione, ils étaient les seuls à avoir réussi une transformation partielle lors du dernier cours. La plupart des pelotes des autres élèves étaient restées de simples pelotes et n'avaient subi aucun changement. Harry, qui avait eu un résultat un peu moins satisfaisant que celui de Draco, comptait bien réussir à transformer presque entièrement sa pelote en vache. Il y aurait peut-être juste deux ou trois choses qui manqueraient pour que ce soit une vache complète. Sûrement des sabots ou des naseaux. Il commença donc à s'entraîner et mit trois essais à obtenir le résultat qu'il avait eu lors du cours précédent. Il avait encore du mal à ajuster sa posture et à se concentrer à fond sur le sort qu'il devait lancer. Ces conseils de Snape étaient bien ancrés dans sa tête mais ce n'étaient pas encore des automatismes. Dès lors qu'il prit bien garde à sa position et qu'il porta toute son attention sur le sort, ses tentatives furent bien plus satisfaisantes. Tout comme Draco, il s'améliora à chaque tentative. Ils se soutinrent, s'encouragèrent et se conseillèrent, rendant l'exercice très agréable. À la fin de l'heure, comme l'avait prédit Harry, il ne manquait que quelques éléments à sa vache. Il était néanmoins ravi du résultat. Draco, qui était habituellement plus doué que lui en métamorphose, en fut au même point que lui.
- J'étais persuadé que tu allais réussir à obtenir une vache complète, dit Harry à Draco alors qu'ils rangeaient leurs affaires.
- Je crois que tu me sur-estimes un peu trop, s'amusa Draco.
- Mais tu étais plus avancé que moi lors du dernier cours. Et là, tu en es au même stade que moi.
- C'est peut-être parce que je passais un peu trop de temps à te regarder t'entraîner.
Harry s'immobilisa quelques secondes avant de se remettre en mouvement en faisant comme si de rien n'était. Pourtant, les mots de Draco tournèrent en boucle dans sa tête. Est-ce que Draco venait d'essayer de lui dire quelque chose ? Au vu de son air gêné, il avait plutôt parlé sans réfléchir. Mais cela reflétait peut-être ses pensées intérieures... Harry ne savait plus trop ce qu'il devait penser de sa relation avec Draco. Est-ce que Draco ressentait la même chose que lui ? Il était quasiment sûr que oui. Si c'était le cas, ni lui ni Draco n'étaient visiblement prêts à se l'avouer l'un à l'autre. Ils avaient sûrement tous les deux besoin de temps. Après tout, cela ne faisait pas si longtemps qu'ils étaient amis. Six mois plus tôt, ils se haïssaient encore cordialement. À cette époque, jamais Harry n'aurait imaginé qu'il tomberait amoureux de son binôme de travail. Et jamais il n'aurait imaginé que son binôme de travail tomberait amoureux de lui. Mais si c'était comme ça que les choses devaient se passer, il était prêt à l'accepter. Il fallait juste qu'il ait une discussion avec son psychomage pour se rassurer. Ce fut sur cette pensée qu'il quitta la salle de métamorphose avec Draco. Ils se rendirent aux cachots, ayant potions comme dernier cours de la journée. Celui de la veille s'était bien passé, mais ça avait été de la théorie donc Harry se disait que c'était normal. C'était surtout pour le cours pratique de vendredi qu'il angoissait. Il n'avait pourtant pas vraiment de raisons de s'en faire. Snape ne lui avait pas seulement fait revoir des sorts, il l'avait également réhabitué à préparer des potions durant ses quinze derniers jours de convalescence. Et cela avait été très bénéfique à Harry. Il avait bien senti qu'il avait perdu la main lors de la première potion que Snape lui avait fait préparer. Mais son professeur avait été très patient avec lui. Il lui avait notamment demandé d'avoir confiance en lui, car c'était ça qui bloquait surtout chez Harry. Il n'avait donc pas vraiment hâte d'être au cours du surlendemain, même s'il savait qu'il ne devait pas s'inquiéter.
Quelques minutes plus tard, il entra dans les cachots avec Draco. Comme c'était un cours théorique, ils pouvaient se mettre côte à côte. Ils s'assirent donc à la même table. À peine tout le monde fut-il arrivé que le professeur Snape commença le cours. Par chance, il avait réussi à faire en sorte d'avoir les trois cours des cinquième année. Snape avait raconté à Harry comment s'était passé son rendez-vous avec Slughorn pour qu'ils se répartissent les heures de cours. Harry avait été très surpris qu'il lui en parle, surtout qu'il avait abordé le sujet en plein dîner, lors de l'avant-dernier jour que Harry avait passé chez Snape. Mais il avait beaucoup aimé le récit que lui avait fait Snape. C'était là qu'il avait appris que son professeur était parvenu à garder tous les cours des cinquième année. Slughorn n'y avait vu aucun inconvénient, le principal pour lui étant qu'à la fin du compte, ils aient le même nombre d'heures de cours.
Le professeur Snape se mit alors à parler d'un ingrédient qui ferait partie de la potion qu'ils allaient devoir préparer deux jours plus tard. Harry fut de nouveau soulagé en comprenant que cette potion serait nouvelle pour ses camarades aussi. Il l'apprendrait en même temps qu'eux. Jusque-là, il avait eu beaucoup de chance. Il n'y avait qu'en Défense Contre les Forces du Mal où il avait dû prendre le wagon en route, le professeur Gordon ayant continué de parler d'une notion qu'il avait abordée la semaine précédente. Mais comme Harry avait eu tous les cours, il savait de quoi ça parlait. Il avait donc réussi à suivre sans trop de difficultés. La veille, en potions, le professeur Snape était surtout revenu sur le dernier devoir qui avait été rendu au professeur Slughorn. Là, c'était un vrai cours. Et Harry s'en rendit vite compte. Il eut rapidement du mal à suivre ce que disait le professeur Snape. Il essaya de tenir bon mais il abandonna au bout de vingt minutes. C'était trop dur. Il fut très déçu. Il aurait aimé tenir plus longtemps. Avant, il réussissait à prendre beaucoup de notes. Pas autant que Hermione, certes, mais il n'écrivait jamais autant qu'elle, que ce soit en potions ou dans les autres matières. Là, il n'arrivait carrément pas à suivre. Il était vraiment frustré. Car il avait appris à aimer les potions et c'était entre autres pour ça qu'il se faisait une joie de revenir en cours. Pour apprécier les cours de potions. Et il ne pouvait même pas en profiter.
- Ça va trop vite ? lui chuchota Draco à un moment.
Harry hocha la tête, le regard sombre.
- C'est normal, c'est le temps que tu t'y réhabitues, lui dit gentiment Draco. Tant que tu auras un peu de mal, je te prêterai mes cours.
Touché, Harry sourit à Draco.
- M. Potter, M. Malfoy, vous seriez priés de suivre le cours, s'il vous plaît.
Harry rougit et baissa la tête. Il essaya de reprendre le cours de ses notes et fut soulagé lorsque, une demie-heure plus tard, le professeur Snape les libéra.
- M. Potter, veuillez rester, s'il vous plaît. M. Malfoy, c'est inutile de l'attendre, je vais le garder un bon moment.
Draco acquiesça, souhaita bonne chance à Harry et s'en alla. Harry s'avança vers le professeur Snape et s'arrêta à bonne distance de lui. Snape leva les yeux au ciel.
- N'ayez pas peur, je ne vais pas vous manger, répliqua-t-il. Ni vous disputer, vous mettre en retenue ou vous enlever des points, si c'est ce qui vous inquiète.
Harry se détendit. Snape parut aussi perplexe qu'amusé.
- Vous croyiez vraiment que je vous avais demandé de venir pour vous réprimander ?
- J'ai discuté avec Draco pendant le cours, murmura Harry.
- C'est vrai, mais je sais maintenant faire la différence entre des bavardages utiles et des bavardages intempestifs. Je n'ai aucun doute quant au fait que les vôtres faisaient partie des bavardages utiles. Je vous ai souvent regardé pendant l'heure, M. Potter. Si, au début, vous suiviez assidûment ce que je disais, vous avez fini par décrocher. Vous sembliez alors triste et déprimé. Au bout de plusieurs minutes j'ai vu Draco vous adresser la parole et quelques secondes plus tard, vous souriiez. Il vous a sûrement dit qu'il vous aiderait à rattraper le cours ?
- Il m'a dit qu'il me prêterait son cours, oui, avoua Harry. Vous pensez que c'est une mauvaise idée ? Que je dois réapprendre à me débrouiller par moi-même ? Parce que c'est de ma faute si je n'ai pas réussi à prendre des notes ?
- Je n'ai rien dit de tout cela et je l'ai encore moins pensé, rétorqua Snape. Il faut vraiment que vous vous détendiez, M. Potter. Je ne vous ai pas convoqué pour vous embêter, bien au contraire. Ce n'est pas parce que nous avons repris les cours que je ne me soucie plus de vous. Vous avez rencontré des difficultés durant le cours, il est donc de mon devoir de vous aider. Et de vous rassurer. C'est tout à fait normal que vous ayez du mal à suivre. Je suis bien conscient que mon cours est plus rapide que celui de tous mes autres collègues mais c'est parce qu'il y a beaucoup d'informations que vous devez avoir. Ça a toujours été comme ça. Je ne peux pas ralentir le cours pour un seul élève. En revanche, je peux l'aider en-dehors des cours jusqu'à ce qu'il reprenne le rythme. Ou alors, vous pouvez vous faire aider par votre binôme ou par un autre élève. C'est vous qui voyez. Assurez-vous juste de vous adresser à la bonne personne.
Harry se sentit tout de suite incroyablement mieux. En quelques phrases, Snape lui avait dit tout ce qu'il fallait pour le rassurer. Il ne s'en faisait plus du tout. Parce qu'il venait de comprendre que ses difficultés n'étaient que provisoires, que c'était parfaitement normal s'il pataugeait, que Snape ne lui en tenait pas du tout rigueur et qu'il avait juste besoin d'un peu de temps pour retrouver le rythme.
- Merci, dit Harry le plus sincèrement du monde.
- Je vous en prie. Est-ce que vous avez des difficultés dans d'autres cours ?
- Oui, mais ce n'est pas pareil. Les cours en eux-mêmes, j'arrive à les suivre. Il y a juste en histoire de la magie que ça coince au niveau du devoir qu'on a à faire. Mais Draco va demander à Théo s'il peut m'aider. Je le lui aurais bien demandé mais ça va être compliqué pour moi de le voir d'ici la fin de la journée. Enfin, pour être honnête, je n'aurais pas osé aller le voir pour ça.
- Je vois. Nous rediscuterons de cela un peu plus tard. Vu que vous êtes là, autant faire la séance de thérapie maintenant. On avait dit dix-sept heures trente mais ce serait idiot d'attendre alors que nous pouvons commencer maintenant. Mais c'est comme vous voulez. Si vous avez quelque chose à faire pendant les vingt minutes qu'il reste, vous pouvez y aller et je vous attends dans mes appartements.
Harry secoua la tête.
- Non, ça ira. Vous avez raison, autant s'y mettre maintenant.
- Bien, suivez-moi, alors.
Snape et Harry sortirent du cachot et se rendirent aux appartements du professeur de potions. Cela fit un peu bizarre à Harry d'y revenir. Mais même si son séjour ici était apparenté à une des périodes les plus compliquées de sa vie, il n'en gardait aucun mauvais souvenir. C'était même plutôt l'inverse. Il s'était rarement senti autant en sécurité que durant les six semaines qu'il avait passées dans ces appartements, si l'on n'incluait pas les deux semaines qu'il avait passées chez Sirius et Remus durant les vacances. Il avait été soigné comme il ne l'avait jamais été et il s'était confié comme il ne l'avait jamais fait. Certes, il avait eu des nuits assez compliquées au début de sa convalescence à cause de son sevrage, il s'était senti faible, bon à rien, inutile, il avait souffert, il avait eu envie plus d'une fois de tout lâcher mais il avait été soutenu lors de chacun de ses moments de faiblesse et cela lui avait fait énormément de bien. Il ne considérait donc pas cela comme des mauvais souvenirs. Car il avait réussi à surmonter tout cela assez facilement. Ces moments de faiblesse n'avaient jamais duré bien longtemps. Une vingtaine de minutes, tout au plus.
- Asseyez-vous.
La voix de Snape fit sortir Harry de sa rêverie. Il obéit et s'installa sur une chaise en face de Snape.
- Alors, dites-moi comment se sont passés ces trois premiers jours de cours.
- Bien, répondit honnêtement Harry. Je suis juste un peu fatigué. Mais je suis content d'avoir repris les cours. Avant-hier, on me dévisageait beaucoup dans les couloirs, hier, un peu moins et aujourd'hui, presque plus personne ne me regardait. Ils se sont faits à l'idée que j'étais revenu en cours. Il y a eu un certain nombre d'élèves qui m'ont demandé pourquoi j'avais été absent aussi longtemps. Mais ce n'était pas du tout dans le but de m'embêter ou de la curiosité mal placée. Ça m'a donné envie d'être franc avec eux. Je n'ai pas souhaité esquiver la discussion. Je leur ai dit que je n'allais pas bien du tout, que j'aurais dû être soigné bien plus tôt et qu'il avait fallu réparer tous les dégâts. J'ai vu qu'ils me croyaient sans hésitation. Je pense que la plupart d'entre eux avaient compris d'eux-mêmes que les raisons de cette longue absence étaient sérieuses et que je n'aurais jamais manqué deux mois de cours sans raison valable. Ils m'ont même presque tous souhaité bon courage. Je ne m'attendais pas à ça. J'ai été agréablement surpris. Ils n'ont pas cherché à savoir toute la vérité. Évidemment, il y a eu aussi des remarques et des questions désagréables. Plusieurs élèves ont voulu savoir s'il s'était passé quelque chose avec Adrian et pourquoi il n'était plus à Poudlard. D'autres pensent que je me suis juste pris des vacances. D'autres encore m'ont implicitement fait comprendre qu'ils se doutaient de ce que m'avait fait Adrian. Et quelques-uns d'entre eux m'ont dit qu'il en avait peut-être eu marre d'attendre. Je ne l'ai pas senti comme une attaque à mon égard, mais comme une preuve flagrante de désinformation. Ces élèves n'ont pas la notion du consentement. Pour eux, c'est logique et normal qu'un garçon finisse par forcer son copain ou sa copine quand ça fait un peu trop longtemps qu'il ou elle se refuse à lui. C'est là que j'ai pleinement compris ce que m'a dit Sirius l'été dernier quand il m'a fait la discussion à ce sujet. Il a bien insisté sur cette notion de consentement. Il déplorait le fait que beaucoup trop de parents ne pensaient pas à faire la discussion à leurs enfants à ce sujet. Et je réalise aujourd'hui à quel point il avait raison. Il faut que ça change. Et vite. On ne peut pas laisser des adolescents croire qu'un garçon ou même une fille a tout à fait le droit de forcer son copain ou sa copine. Si les parents sont incapables de leur en parler, alors il faut que quelqu'un le fasse ici, à Poudlard. Je sais que je n'ai aucun pouvoir de décision, que je vous dis ça mais que ça ne changera sûrement rien, mais je ne peux pas imaginer une autre personne vivre ce que j'ai failli subir. Je peux m'estimer heureux d'avoir pu me défendre avant qu'Adrian n'ait le temps d'aller jusqu'au bout, mais je sais aussi que ce n'est pas le cas de tout le monde.
Harry se tut sur ces mots. Il réalisa qu'il avait complètement dévié du sujet original de la discussion et grimaça.
- Désolé, j'étais censé vous raconter comment s'étaient passés mes trois premiers jours de cours et me voilà en train de vous faire un speech sur un sujet qui n'a rien à voir avec tout ça...
- Ne vous excusez pas, intima doucement Snape. C'est vrai, cela n'a rien à voir avec le sujet de base mais c'est plus qu'important d'en parler. Et vous avez entièrement raison. J'ai longtemps essayé de remédier à ce problème de désinformation. Mais on m'a dit qu'il faudrait faire des interventions très régulières et que ça empiéterait bien trop sur les heures de cours. J'ai argué qu'il y avait forcément une solution pour pouvoir faire de la prévention efficace sans trop impacter le temps scolaire mais je n'ai jamais réussi à faire entendre ma voix.
- Mais à l'époque, vous n'avez sûrement pas pensé à demander le soutien de vos collègues, devina Harry. Parce que vous saviez très bien qu'ils auraient refusé de vous suivre là-dedans. Vous n'étiez pas assez proches pour envisager de vous battre pour une cause commune. Ça ne vous serait jamais venu à l'esprit. Or, aujourd'hui, les choses ont changé. Vos collègues vous voient certainement d'une autre manière. Vous pouvez vous rapprocher d'eux. Enfin, je dis ça mais ce n'est pas à moi de vous donner des conseils. Ça se trouve, je suis peut-être trop optimiste. Ça ne doit pas être aussi simple que ça.
- Non, non, encore une fois, vous avez raison. À l'époque, j'étais seul, isolé de tous. Aujourd'hui, j'ai des contacts avec plusieurs collègues. J'aurais plus de chances de me faire entendre s'ils étaient tous derrière moi. Bien sûr, comme vous le dites, c'est loin d'être aussi simple. Ça va vraiment être très compliqué de trouver une organisation pour faire cette prévention. Et c'est bien cela qui fait grincer des dents le directeur. Mais qui ne tente rien n'a rien. C'est sûr que ce n'est pas en restant là sans agir que les choses vont avancer. Je vais en parler avec certains collègues. Il faut juste que je trouve le temps. Je vous remercie d'avoir soulevé le sujet. Mis à part tout ça, comment s'est passé votre retour dans votre salle commune et dans votre dortoir ?
- Très bien, affirma Harry. Mes camarades ont été géniaux. Ils m'ont rapidement mis à l'aise. Enfin, c'est Fred qui a su quoi dire pour me détendre. J'ai ensuite parlé avec plusieurs de mes camarades. Quand je suis arrivé dans mon dortoir, j'ai croisé Neville. Il était inquiet car Ron lui avait dit que les premières nuits allaient sûrement être compliquées pour moi mais je l'ai rassuré et il m'a souhaité un bon retour. Il semblait vraiment heureux de me revoir.
- C'est une très bonne chose que vous ayez très vite retrouvé vos marques. Est-ce que les premières nuits ont été effectivement compliquées ?
- Oui, un peu, avoua Harry. Quand je me réveille en pleine nuit, je ne reconnais pas l'endroit où je me trouve. Je dois m'éclairer avec un Lumos et regarder pendant de longues, très longues minutes autour de moi pour comprendre que je suis dans mon dortoir. Heureusement, je ne panique pas trop. Je me souviens vite que si je ne me sens pas bien, je sais où aller. Mais j'ai besoin d'un peu de temps à chaque fois pour me persuader que je suis en sécurité.
- Au moins, vous arrivez à vous en convaincre tout seul. Vous réussissez à vous rendormir ?
- Oui, et assez facilement une fois que je suis bien rassuré.
- Bon, tout cela est très encourageant. D'ici quelques jours, vos nuits redeviendront normales. Et en ce qui concerne vos amis ? Est-ce que vous parvenez à passer un peu de temps avec eux ?
- Un peu, oui. Lundi et mardi, j'ai passé mon temps libre avec Draco mais uniquement pendant les heures de creux et de la fin des cours au dîner. Après manger, je monte aussitôt à ma salle commune et je passe plusieurs heures avec Ron, Hermione et Ginny. Mais entre les cours, on se voit aussi de temps en temps. Mais je ne vois pas qu'eux. On commence à prendre une drôle d'habitude. À la fin des cours, on se retrouve à six, huit ou dix et on discute un peu ensemble. On est vite obligés de se séparer mais j'aimerais bien qu'on passe plus de temps tous ensemble. Car nous sommes tous plus ou moins directement liés. Si on veut passer du temps avec tous nos amis, il faut inclure aussi dans le groupe les binômes de travail et les petits-amis. On se retrouve donc vite à former un groupe de huit ou dix personnes. Ce serait bien qu'on apprenne tous à se connaître. Mais bon, ça risque d'être très difficile de trouver un moment où nous serions tous libres.
- Vous pouvez vous réserver une soirée en vous y mettant à l'avance. Comme ça, ça vous laisse le temps de vous organiser. Je sais que trouver de la nourriture, du jus de citrouille et des jus de fruits ne pose aucun problème pour certains d'entre vous. Vous savez très bien où dénicher tout ça. Vous pouvez donc vous retrouver un soir de dix-huit heures à vingt-trois heures. Vous devrez juste penser à prévenir vos directeurs de maison que vous n'assisterez pas au dîner. Tant que c'est exceptionnel, que vous restez sages et que vous êtes rentrés dans vos salles communes à vingt-trois heures, rien ne vous interdit d'avoir ce genre de soirée. La seule chose qu'on vous impose, c'est d'être raisonnables.
- D'accord, j'y penserai, se réjouit Harry. Merci beaucoup, professeur. J'en discuterai avec Draco et Théo, ils sauront organiser tout ça.
- Je n'en doute pas. Est-ce que vous aviez autre chose à me dire sur votre reprise des cours ?
Harry se tortilla, gêné.
- Je souhaiterais vous parler de quelque chose mais ça n'a rien à voir avec les cours.
- Je vous écoute. Même si nous nous écartons du sujet dont nous parlions lors de la dernière séance de thérapie, ceci en est une quand-même. Et le principe de la thérapie, c'est que vous me parliez de tout ce qui vous tracasse. Nous continuerons de parler de votre relation avec M. Pucey lorsque nous nous verrons la prochaine fois. Aujourd'hui, la séance est consacrée à la reprise des cours et à tout ce qui peut vous tracasser. Peu importe le sujet. Alors allez-y.
- Le truc, c'est que c'est personnel et que ça a un lien avec Adrian... Mais je ne peux pas attendre la prochaine séance pour vous en parler. Mais ça reste gênant.
- M. Potter, vous savez que vous pouvez tout me dire. Je suis conscient que ce n'est pas facile pour certains sujets mais je suis là pour vous écouter et pour vous aider. Ne pensez à rien et lancez-vous.
Harry suivit le conseil de Snape et prit une grande inspiration.
- Je voulais savoir si j'avais le droit de déjà retomber amoureux.
Snape haussa les sourcils.
- Bien sûr que vous avez le droit, lâcha-t-il, perplexe.
- Mais je sors d'une relation compliquée, objecta Harry. Ça ne fait que deux mois que je ne suis plus avec Adrian. Et avec ce qui s'est passé... je ne devrais pas retomber amoureux aussi vite.
- D'accord, je vois. Vous avez une réaction parfaitement normale. Mais vous avez tout à fait le droit d'avoir des sentiments envers quelqu'un même si vous estimez que cela fait peu de temps que vous n'êtes plus avec votre ex petit-ami. Ce n'est pas parce qu'il vous a traumatisé que vous ne devez pas retomber tout de suite amoureux. C'est quelque chose qui ne se contrôle pas. Mais est-ce que vous me demandez ça parce que vous avez des sentiments pour quelqu'un ou est-ce que c'est simplement en prévision ?
- C'est au cas où, prétendit Harry. C'est juste pour ne pas être pris au dépourvu si jamais ça m'arrive d'ici peu. En fait, je crois que je me sens prêt à retomber amoureux. Mais je ne trouve pas ça normal. Généralement, les personnes qui ont été agressées par celui qu'elles aimaient mettent beaucoup plus de temps que ça à envisager de retomber amoureuses.
- C'est vrai, mais ce n'est pas parce que c'est le cas de la plupart des personnes que ça doit être votre cas aussi. Vous n'êtes pas obligé de réagir de la même manière que les autres qui ont vécu la même chose que vous. Il arrive que des personnes s'en remettent plus vite et plus facilement que d'autres. De plus, vous avez eu la chance d'avoir été pris en main aussitôt et de ne pas avoir eu le temps de vous replier sur vous-même. Surtout que cette agression était loin d'être le seul problème qu'il fallait traiter. Entre votre addiction aux potions de sommeil sans rêves, votre mal-être depuis la troisième tâche du tournoi des trois sorciers et le traumatisme de votre séance avec la psychomage Forester, vous aviez d'autres combats à mener. Des combats contre des problèmes beaucoup plus anciens que l'agression de M. Pucey. Cela vous a permis de ne pas penser à cette agression à chaque seconde de la journée. Avec les potions que vous deviez prendre et les siestes que vous aviez à faire, vous aviez d'autres choses auxquelles penser. Vous n'avez vraiment pas eu le temps de vous focaliser sur ce que vous avait fait subir M. Pucey. Vous avez été soigné et traité pour tous vos problèmes, vous avez eu très vite vos premières séances de thérapie et surtout, vous aviez la volonté de vous en sortir. Cela vous a énormément aidé. Donc contrairement à ce que vous pensez, c'est normal que vous vous en soyez remis aussi vite. Vous avez eu une convalescence aux petits oignons. Je pense que vous auriez difficilement pu en avoir une meilleure. Tout ça pour vous dire que vous ne devez pas avoir honte si vous retombez aussi vite amoureux. Ça prouve que vous êtes prêt à oublier et à passer à autre chose. Enfin, presque. Vous ne vous sentirez vraiment prêt que lorsque vous m'aurez parlé du viol. Tant que vous garderez ça en vous, vous ne pourrez pas complètement tourner la page. Il faut que vous évacuiez ce souvenir. Je vous propose donc d'en parler samedi, lors de la prochaine séance de thérapie. Nous arrivons de toute façon à la fin de votre relation avec M. Pucey, je peux donc vous garder jusqu'à ce que vous m'ayez raconté ce qui s'est passé. Après, si le moment venu, vous ne vous sentez pas prêt, nous pourrons reporter ceci à la séance d'après.
- Je pense que pour la prochaine ça ira, affirma Harry. Tout ce que vous m'avez dit m'a fait du bien. J'ai compris que j'avais le droit d'aimer de nouveau quelqu'un. Il fallait vraiment que je sois rassuré car retomber rapidement amoureux alors que c'est loin d'être ma priorité, c'est typiquement le genre de choses qui peut me tomber dessus sans que je m'y attende. Je préférais donc en parler avec vous avant que ça n'arrive.
- Et vous avez entièrement raison. Vous savez, même si vous affirmez que retrouver l'amour est loin d'être votre priorité, vous en avez peut-être envie inconsciemment car vous souhaitez passer à autre chose. Ce serait donc pour ça que cette question vous titille. Je ne serais pas étonné que d'ici un ou deux mois, vous retombiez amoureux de quelqu'un. Si c'est le cas et si vous en ressentez le besoin, n'hésitez pas à venir m'en parler.
- Merci beaucoup, professeur.
Harry s'en voulait un peu de cacher une partie de la vérité à Snape. Il aurait pu lui dire qu'il était en réalité déjà amoureux de quelqu'un mais il ne voulait pas que Snape devine qu'il s'agissait de Draco. Car s'il lui disait qu'il aimait un garçon, Snape penserait aussitôt à Draco puisqu'avec Théo et Ron, c'était la seule personne qu'il avait vue durant sa convalescence, en plus de Sirius, Remus et Snape lui-même. Ce n'était pas lors de ses quelques sorties dans le château qu'il aurait pu se découvrir des sentiments pour quelqu'un... Surtout qu'il s'était efforcé de ne croiser le regard de personne ! Snape aurait donc eu toutes les raisons de penser que Draco était celui dont Harry était tombé amoureux. Et Harry préférait qu'il ne le sache pas pour le moment. Il ne se voyait pas lui annoncer qu'il aimait son filleul. Il ne savait pas comment réagirait Snape. Cela le gênerait peut-être que son filleul et son patient sortent ensemble... Peut-être aurait-il peur pour Draco. Peut-être ne voudrait-il pas qu'il soit avec quelqu'un d'aussi instable que Harry. Car, après tout, il était encore fragile psychologiquement parlant. Non, il ne fallait pas qu'il pense à tout ça. Si Snape n'émettait aucune réserve quant au fait qu'il retombe vite amoureux, c'était qu'il l'estimait prêt à entamer une nouvelle relation amoureuse. Cela rassura beaucoup Harry. Mais toujours était-il qu'il voulait attendre avant de dire à Snape qu'il aimait Draco.
- Bien, est-ce que vous aviez autre chose à me dire ?
La question de Snape sortit Harry de sa rêverie. Il releva les yeux vers son professeur.
- Non, je vous ai tout dit.
- Parfait, vous pouvez y aller, alors.
Harry remercia Snape, lui souhaita une bonne soirée et sortit de ses appartements. Il se rendit à son dortoir afin d'y déposer son sac puis il alla dîner. Il avait une faim d'hippogriffe. Cela lui avait fait beaucoup de bien d'avoir cette séance de thérapie. Il en avait besoin et il avait dit absolument tout ce qu'il avait à dire. Il savait que la prochaine séance serait compliquée mais il se sentait prêt. C'était la dernière étape avant de pouvoir définitivement tourner la page et cette étape, il avait bien l'intention de la franchir.
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(jeudi 08/02) POV Justin
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- Mais bien sûr ! Et pourquoi pas les Canons de Chudley, pendant qu'on y est ? Ah ces journalistes, ils feraient mieux de s'informer avant de pondre des torchons pareils !
- Qu'est-ce qu'ils ont dit encore ? demanda Ernie sans lever le nez de son parchemin.
- Ces incapables prétendent que les Pies de Montrose vont gagner la coupe de la ligue cette année, révéla Hannah d'un air écoeuré. Ils n'ont pas dû se tenir au courant de la qualité de leurs prestations depuis le début de la saison pour oser dire ça. Alors oui, ils sont encore en lice mais s'ils ont gagné tous leurs matchs, c'est parce qu'ils ont eu énormément de chance. La moitié des équipes qu'ils ont affrontées ont dû faire jouer plusieurs joueurs de réserve parce que les titulaires étaient malades ou blessés. Ces équipes partaient donc avec un gros désavantage puisque les remplaçants sont moins bons que les titulaires. Et l'autre moitié des équipes ont bizarrement eu plein de problèmes lors de leurs matchs contre les Pies de Montrose. Ce n'est donc pas grâce à son talent que cette équipe est toujours en lice. Mais ça, les journalistes de la Gazette ne doivent pas s'en soucier. C'est entre autres pour ça que je ne veux pas devenir journaliste. Je ne veux pas travailler avec des gens qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Bon, je vais vous laisser, je dois aller dîner. J'ai une séance de travail prévue à vingt heures. On se reverra sûrement demain, du coup. Passez une bonne soirée !
Hannah rangea la Gazette dans son sac et partit.
- Je ne la comprendrai jamais, lâcha Ernie. Elle s'obstine à lire la Gazette alors qu'elle sait très bien qu'elle va rouspéter contre quatre-vingt pour cent des articles.
- C'est une fille, va pas chercher plus loin, marmonna Justin.
- Ne les mets pas toutes dans le même panier, répliqua Ernie.
- Désolé, mais vu les problèmes qu'elles peuvent apporter, ça donne franchement envie de changer de bord...
- Tu plaisantes j'espère ?!
Justin regarda Ernie, surpris.
- Ça te gênerait ?
- Ben... ça me choquerait. Ça fait quand-même deux ans que tu es avec Emily. Tu t'en serais aperçu avant si les filles n'étaient pas ton truc. La question ne se pose donc pas, du coup. Surtout que tu es resté avec Emily alors qu'il y a une semaine, tu voulais la quitter. Ça prouve bien que tu l'aimes.
Justin retint un soupir. Vu que rien n'était encore sûr, il n'avait pas dit à Ernie qu'Emily pensait être enceinte. Ni à Hannah et Susan, d'ailleurs. Il ne sut pourquoi mais il ressentit soudain le besoin d'en parler à Ernie.
- Je ne t'ai pas tout dit, avoua-t-il. Si je n'ai pas rompu, ce n'est pas parce que j'ai réalisé qu'en fait, j'étais toujours amoureux d'elle. C'est parce qu'elle m'a annoncé quelque chose qui m'a empêché de rompre.
- Ouh là, tu me fais peur. Qu'est-ce qu'elle t'a annoncé ? Elle n'a pas perdu quelqu'un de sa famille, j'espère ?
- Non, c'est moins grave que ça, tempéra Justin. Elle n'en est pas sûre mais... elle croit être enceinte.
Ernie ouvrit de grands yeux ronds.
- Qu... quoi ? Tu es sérieux ?!
- Je ne plaisanterais pas sur un sujet pareil, rétorqua Justin.
- Mais... je croyais qu'elle et toi vous... vous n'arriviez pas à...
- C'est toujours le cas, grimaça Justin. C'est juste que ce soir-là, on est allés à une fête, on est rentrés bourrés à mon dortoir, on a commencé à s'embrasser, l'alcool a fait son travail et... et voilà.
- Vous aviez tant bu que ça pour oublier de vous protéger ?!
- On ne sait pas si on s'est protégés, justement. Je n'ai pas le souvenir d'avoir lancé le sort ou d'avoir utilisé un autre moyen mais j'aurais très bien pu le faire et avoir oublié. Et comme ça faisait quatre mois qu'on n'avait rien fait, Emily ne prenait plus sa potion. Et il semblerait qu'on ait eu ce rapport pile dans la période où elle pouvait tomber enceinte. En tout cas, elle a un mois de retard et c'est ça qui l'a mise sur la voie. Du coup, je ne pouvais pas la quitter alors qu'elle était peut-être enceinte de moi...
Ernie poussa un long soupir.
- T'es dans la mouise, là. J'espère pour toi qu'Emily se trompe et qu'elle n'est pas enceinte.
- Je l'espère aussi, murmura Justin. On en aura le coeur net dans moins d'une heure. On doit se voir à dix-huit heures pour aller à l'infirmerie ensemble. Elle avait un rendez-vous avec notre directrice de maison à dix-sept heures, elle ne savait pas combien de temps ça allait durer alors elle a préféré me dire dix-huit heures. Mais elle sera sûrement là avant. Elle devait juste parler d'un devoir qui lui posait des difficultés et elle m'a dit qu'elle en profiterait pour discuter de deux ou trois autres petites choses. Mais bon, ça m'arrangerait qu'elle prenne son temps.
- Tu as peur d'être fixé ?
Justin acquiesça.
- J'ai surtout peur d'apprendre qu'Emily est vraiment enceinte.
- Si c'est le cas, qu'est-ce que tu vas faire ? Tu ne peux pas rester avec elle si tu ne l'aimes plus...
- Je sais, dans tous les cas je compte rompre avec elle. Qu'il y ait bébé ou non. S'il n'y a pas de bébé, ce sera plus facile. J'aurai juste à attendre un mois avant de la quitter, histoire qu'elle ne croit pas que je serais resté avec elle uniquement si elle avait été vraiment enceinte. Et s'il y a bébé... je vais aussi la quitter dans un mois environ mais j'ignore comment je vais m'y prendre. J'aimerais bien lui dire que c'est en me faisant à l'idée qu'on allait avoir un enfant que je me suis aperçu que je n'étais plus amoureux d'elle mais ce serait lui mentir...
- Elle ne le saura pas. Je suis comme toi, je n'aime pas mentir mais là, ce serait peut-être le meilleur choix. C'est ce qui passera le mieux. En plus, si elle est enceinte, vous allez avoir des appartements pour qu'elle puisse passer sa grossesse au calme. Tu pourras emménager avec elle et ça te donnera un bon argument pour rompre. Tu pourras lui dire que vivre en permanence avec elle t'a fait réaliser que tu ne l'aimais pas assez pour avoir un enfant avec elle. Ça arrive plus souvent qu'on ne le croit, ça. En fait, même si ce n'est pas très glorieux, tu auras plein de raisons de la quitter. Il te faudra juste le courage de mentir. Je sais que pour un Poufsouffle c'est compliqué. Mais je pense vraiment que c'est la meilleure des solutions.
- Je pense aussi. Bon, je vais essayer d'avancer un peu sur le devoir de divination.
Justin prit son sac et sortit les affaires dont il avait besoin. Il se mit à son devoir et travailla dessus jusqu'à ce qu'Emily arrive. Dès qu'il la vit, il se leva et la rejoignit.
- Tu vas bien ? s'enquit-il.
Emily haussa les épaules.
- Un peu stressée mais oui, ça va. Et toi ?
- Je stresse aussi.
- Je peux y aller toute seule, si tu veux.
- Non, il est hors de question que je me débine. Nous sommes autant concernés l'un que l'autre, alors c'est normal que je t'accompagne. Je serais un lâche si je te laissais affronter cette épreuve seule. Et puis je stresserais tout autant en attendant que tu reviennes.
- C'est vrai, dit Emily en souriant. Allons-y, alors.
Justin et Emily quittèrent la salle commune et prirent le chemin de l'infirmerie. Une fois arrivés, ils entrèrent et durent patienter quelques minutes avant que Mme Pomfrey ne vienne à eux.
- Pour qui est-ce ? demanda-t-elle.
- Euh... pour moi mais mon petit-ami est concerné aussi.
- Bien, venez avec moi.
Mme Pomfrey précéda le couple jusqu'à des paravents qu'elle ferma après les avoir fait passer.
- Dites-moi tout.
Emily regarda Justin, hésitante. Il lui sourit, essayant par-là de l'encourager et de lui manifester son soutien.
- Je... Il se peut que je sois enceinte, lâcha-t-elle à toute vitesse. Je n'en suis pas sûre alors j'aimerais savoir si je le suis ou pas.
- D'accord. Qu'est-ce qui vous fait penser à une éventuelle grossesse ?
- J'ai plus d'un mois de retard et mon petit-ami et moi avons peut-être eu un rapport à risques. Et c'était pile pendant ma période d'ovulation. Je prenais une potion contraceptive, avant, mais comme nous n'avions pas eu de rapports depuis plusieurs mois, j'ai arrêté de la prendre.
- Bien, vos doutes sont effectivement fondés. Nous allons vérifier tout cela. Vous allez procéder à un test urinaire. Savez-vous comment cela se passe ?
- Oui.
- Quelques gouttes suffiront. Attendez que cela soit bien imprégné et revenez me voir.
Emily acquiesça, prit le test que lui donna Mme Pomfrey et se dirigea vers les toilettes. Commença une attente de quelques minutes qui parurent être une éternité pour Justin. Le soulagement l'envahit lorsqu'il vit Emily sortir des toilettes. Le stress revint cependant vite au galop. Emily tendit le test à l'infirmière qui s'en saisit avant de prendre un flacon sur une étagère. Justin crut d'abord qu'il était vide mais il s'aperçut ensuite qu'il contenait un liquide transparent.
- Je vais plonger le bout imprégné de la bandelette dans le liquide puis je lancerai un sort. Selon la couleur que prendra le liquide, vous saurez si vous êtes enceinte ou non. Une couleur verte signifie un résultat positif tandis qu'une couleur rouge signifie un résultat négatif.
- C'est fiable ? s'inquiéta Emily.
- À cent pour cent, affirma Mme Pomfrey. Normalement, le sort n'est pas indispensable. La potion est suffisante en elle-même. Mais il est arrivé de très rares fois qu'elle donne de faux résultats alors un sort a été inventé pour rendre le test vraiment sûr.
- D'accord, dit Emily, visiblement rassurée.
Tout comme elle, Justin regarda Mme Pomfrey plonger l'extrémité de la bandelette dans la fiole.
- Le résultat n'est pas instantané, il faut attendre un tout petit peu, précisa-t-elle.
Justin et Emily hochèrent la tête tout en gardant leur regard rivé sur les faits et gestes de l'infirmière. Celle-ci sortit sa baguette, visa la fiole et prononça une formule. Justin sentit son coeur cogner dans sa poitrine alors qu'il fixait la fiole. Il avait peur. Inconsciemment, il prit la main d'Emily et la serra fort dans la sienne. Ils ne lâchèrent pas la fiole des yeux et retinrent leur souffle lorsque le liquide se troubla. Quelques secondes plus tard, il prit une couleur rouge écarlate. Le soulagement s'empara de nouveau de Justin, mais bien plus fort cette fois. Emily se tourna vers lui et se blottit dans ses bras. Il l'entendit murmurer un «Merlin merci», ce qui le fit sourire. Il la serra contre lui et embrassa ses cheveux. Ils restèrent un moment ainsi avant qu'Emily ne se détache de lui. Justin remarqua qu'elle avait l'air soudain très fatigué. Elle avait dû enchaîner les nuits blanches depuis que le doute sur une possible grossesse s'était insinué dans son esprit. Elle allait maintenant pouvoir se reposer.
- Merci, Mme Pomfrey, dit sincèrement Emily. Mais vous êtes sûre que c'est vraiment fiable ? Il n'y a pas d'erreur possible ?
- Non, je vous le promets, jura l'infirmière. Même à deux semaines de grossesse, c'est complètement fiable. Alors pour vous qui aurait dû en être à plus de six semaines, il n'y aurait vraiment eu aucune erreur possible. Vous n'aviez aucun symptôme, à part ce gros retard ?
- Non, pas à ce que je sache. Je suis juste un peu fatiguée mais ça, c'est à cause de tous les devoirs que j'ai à faire. Et je ne dors pas beaucoup depuis que la crainte d'être enceinte s'est insinuée en moi. Sinon, à part ça, je n'ai rien.
- C'était déjà un signe en soi. Les premiers symptômes apparaissent souvent à partir de la troisième semaine de grossesse dans le monde sorcier. C'est relativement tôt mais ça s'explique par le fait que le fluide magique est très vite troublé puisqu'il doit être partagé avec l'embryon. Tout se chamboule dans le corps de la personne enceinte, y compris dans les organes et c'est cela qui provoque les nausées et la fatigue, entre autres. Mais c'est normal si vous n'étiez pas au courant. Avant de vous laisser partir, j'aimerais juste vous conseiller de reprendre vos potions. Est-ce qu'il vous en reste ? Si oui, sont-elles encore bonnes ?
- Non, j'ai pris la dernière avant d'arrêter. Je ne voulais pas gaspiller. Mais si je dois m'y remettre, je voudrais savoir s'il serait possible de changer de potion, car j'ai l'impression que celle que je prenais ne me convenait pas.
- Il faudrait que nous en discutions ensemble. Nous pourrons aussi voir ce qui peut causer ce retard. Avez-vous quelque chose à faire, après le dîner ?
- Non, je suis libre.
- Dans ce cas, je vous attends à vingt heures.
- Bien, je viendrai. Merci pour tout, Mme Pomfrey.
Justin et Emily saluèrent l'infirmière et s'en allèrent. Ils regagnèrent leur salle commune en silence.
- Nous voilà rassurés, finit par déclarer Emily alors qu'ils étaient presque arrivés. Je suis désolée de t'avoir inquiété comme ça.
- Tu avais des raisons de penser que tu étais enceinte. Et tu ne pouvais décemment pas me le cacher. Le principal, c'est qu'il n'y ait pas de grossesse. Après, j'espère que cette histoire de retard n'est pas trop grave...
- Je vais voir ça avec Mme Pomfrey. Mais je ne suis pas spécialement inquiète. Bon, j'ai quelques petites choses à faire dans mon dortoir. On se voit demain ?
Justin acquiesça et répondit légèrement au baiser qu'Emily lui donna avant de s'éloigner. Alors qu'il venait tout juste d'arriver dans la salle commune, Justin la quitta pour se rendre à la Grande Salle. Il s'installa à la table des Poufsouffle où il retrouva Ernie, Hannah et Susan.
- Tu étais avec Emily ? demanda Hannah.
- Oui, elle ne se sentait pas très bien, on est allés à l'infirmerie et je l'ai ensuite raccompagnée à la salle commune.
Justin regarda Ernie et ajouta :
- Elle pensait avoir la grippe mais ce n'était pas ça. Vu les symptômes qu'elle a, ça aurait pu mais ça ressemble plutôt à un vilain rhume.
Ernie sourit, signifiant ainsi à Justin qu'il avait compris le message. Celui-ci avait un peu exagéré en parlant de «symptômes» puisqu'Emily n'en avait pas mais Ernie avait saisi ce qu'il voulait dire. Son sourire fut très discret, si bien que Susan et Hannah ne virent rien. Cette dernière rebondit sur ce que venait de dire Justin :
- C'est vrai que depuis quelques jours, elle a l'air fatiguée. Mais la dose de travail qu'elle doit avoir y est sûrement pour quelque chose. Les sixième année ont souvent moins de cours car ils se délestent de plusieurs matières après les BUSE mais ils passent leur temps libre à travailler. Je préfère encore être en cinquième année, même si on est déjà un peu débordés avec le travail en binôme.
- On sera bien préparés pour l'année prochaine, au moins, fit remarquer Susan. Ça se trouve, on aura plus de facilités à se faire au rythme de travail que les sixième année d'avant.
- Sauf si le travail en binôme nous prend toujours autant de temps, objecta Justin.
Susan secoua la tête.
- Non, je pense que les élèves qui ont bénéficié de ce concept cette année auront moins de devoirs à rendre en binôme l'année prochaine. En revanche, les futurs troisième année seront logés à la même enseigne que les troisième année actuels. Niveau entente entre les maisons, ils en seront presque au même point que nous l'étions au début de l'année puisqu'ils n'ont pas eu de travail en binôme. Ils vont donc devoir subir la même chose que nous. Par contre, nous, cinquième année, n'aurons peut-être pas de travail en binôme l'année prochaine, vu que cette année, les sixième année n'étaient pas concernés. Enfin bon, on verra bien tout ça à la rentrée.
Susan se remit à manger, tout comme Ernie et Hannah. Justin, lui, resta pensif. Il ne s'imaginait plus sans séances de travail avec Théo. Il voulait que ça perdure. Même s'il y en aurait un peu moins. Il voulait continuer à travailler avec Théo. Sans pouvoir s'en empêcher, il leva les yeux vers la table des Serpentard. Il croisa presque aussitôt le regard de Théo qui lui sourit. Justin se sentit fondre et n'eut qu'une envie : le rejoindre, l'embrasser et le serrer fort dans ses bras. Théo devait avoir fini de manger car il se leva et quitta la Grande Salle. Justin se dépêcha de terminer son repas et sortit à son tour. Il tomba sur Théo qui l'attendait.
- On va à notre repaire secret ? proposa Justin.
Théo acquiesça sans une once d'hésitation. Justin et lui montèrent au cinquième étage et allèrent se cacher dans leur petit coin secret. À peine furent-ils arrivés que Justin s'empara des lèvres de Théo. Celui-ci ne sembla y voir aucun inconvénient puisqu'il répondit de suite au baiser. Justin se pressa contre lui et enroula ses bras autour de sa taille pour rapprocher le plus possible leurs deux corps. Il crut qu'il allait défaillir lorsque Théo gémit dans le baiser en se collant encore plus contre lui. C'était divinement bon de l'entendre apprécier ce genre de contact. Il avait tellement, tellement envie d'aller plus loin avec Théo... Il le désirait comme il n'avait jamais désiré personne. Et il l'aimait comme il n'avait jamais aimé personne. Mais il savait que Théo avait besoin de temps, alors il patienterait. Il ne voulait surtout pas le brusquer. Théo n'avait encore aucune expérience. Il ne pensait même pas au sexe, alors que c'était un des sujets qui préoccupaient le plus les adolescents. Il était pur et innocent. Même si Justin avait très envie de devenir intime avec lui, une partie de lui ne voulait pas toucher à cette innocence. Mais le corps de Théo lui-même allait finir par avoir envie de plus. Ce serait bête de le frustrer ! Quoi qu'il en soit, pour le moment, il fallait s'en tenir aux baisers et aux caresses. Et cela ne dérangeait pas Justin. Tout ce qu'il voulait, c'était passer du temps avec Théo et l'avoir tout contre lui. Il ne demandait rien de plus. Il approfondit donc autant qu'il put le baiser tout en faisant voyager ses mains dans le dos de Théo. Ce dernier en fit autant avant qu'une de ses mains ne vienne se poser dans les cheveux de Justin. Les doigts jouèrent timidement avec les mèches blondes, ce qui fit de nouveau fondre Justin. Merlin il n'allait jamais résister devant tant de mignonnerie. Théo était beaucoup trop adorable pour son propre bien. Il prenait des petites initiatives et, en même temps, il était tout hésitant. Comment était-il censé tenir face à ça ? Il avait envie de le manger tout cru ! Un Théo aux épices et aux aromates, ça devait être divinement bon. Il chassa ces pensées idiotes de son esprit et rompit le baiser, le souffle commençant à lui manquer. Son regard croisa celui noisette de Théo. L'amour débordant qu'il y vit le toucha profondément. Il réalisa seulement à cet instant-là à quel point cela devait être dur pour Théo de réfréner ses sentiments. Il avait compris que cela faisait déjà un bon moment que Théo l'aimait. Il le lui avait caché et n'avait jamais tenté la moindre chose envers lui. Alors que Justin, lui, l'avait embrassé pour la première fois dans un cachot sans pouvoir se retenir alors qu'il était encore loin de se rendre compte qu'il était gay et qu'il était attiré par Théo. La différence entre eux était flagrante. Justin reporta son attention sur Théo. Il ne put s'empêcher de le trouver beau, avec les joues roses, les lèvres légèrement rougies et les yeux brillants. Voulant le sentir de nouveau contre lui, il posa ses mains dans le creux des reins de Théo, l'attira doucement à lui et déposa un léger baiser sur ses lèvres. C'était bien plus chaste que celui qu'ils avaient échangé dix minutes plus tôt. Justin sourit en repensant à la fougue dont avait fait preuve Théo.
- Tu étais très inspiré, aujourd'hui, le taquina-t-il gentiment.
- J'avais très envie de te voir, confessa Théo. Tu me manques quand tu n'es pas avec moi. Te voir à ta table et devoir rester à la mienne, c'est un vrai supplice.
- Pour moi aussi, avoua Justin. Je suis content de pouvoir passer du temps avec toi ce soir. On a eu de la chance de dîner en même temps. Surtout que je voulais te voir au plus vite.
- Pourquoi ? demanda Théo, intrigué.
- Parce qu'avant d'aller à la Grande Salle, je revenais de l'infirmerie avec Emily.
Justin sentit Théo se tendre d'un coup. Il essaya de se dégager de l'étreinte mais Justin le retint.
- Attends, tu ne sais même pas ce que je vais te dire...
- Justement, j'ai peur, répondit Théo, la voix tremblante. Si tu me dis qu'elle est vraiment enceinte, ça veut dire que tu seras lié à vie avec elle. Je ne sais pas si je pourrais le supporter. J'aurais toujours peur que tu décides finalement de retourner vers elle. Parce qu'il y aura ce bébé, certes non désiré, mais qui va forcément vous rapprocher. J'ai peur que tu m'abandonnes, toi aussi.
Le coeur de Justin se serra à l'entente de ces mots et à la vue des larmes qui emplissaient les yeux de Théo. Il ne réfléchit pas et prit Théo dans ses bras. C'était la première fois qu'il l'enlaçait sans pour autant l'embrasser. Il s'y était toujours refusé jusque-là, préférant garder une certaine distance mais là, c'était plus que nécessaire. Théo avait besoin d'être rassuré. Il avait besoin de sentir, de s'assurer que Justin l'aimait, même si ce dernier ne pouvait pas le lui dire pour le moment.
- Jamais je ne t'abandonnerai, Théo. Je pensais te l'avoir suffisamment prouvé. N'oublie pas que je me croyais hétéro à cent pour cent, que j'ai longtemps refusé de voir la réalité en face et que c'est toi qui, à force de persévérance, m'a fait ouvrir les yeux. C'était loin d'être gagné. Mais j'ai accepté de revoir mes convictions parce que c'était toi. Et n'oublie pas non plus que j'ai décidé de quitter Emily le jour où tu m'as dit que tu voulais rompre. Cette pensée m'a été insupportable. Jusque-là, pourtant, je refusais catégoriquement de mettre fin à mon couple avec Emily. Mais c'est parce que j'ai eu peur de te perdre que je suis là aussi revenu sur mes convictions. Et quand cette probable grossesse nous est tombés dessus, à aucun moment je n'ai envisagé de revoir ma décision. À aucun moment je n'ai envisagé de rester avec Emily. Je ne pouvais pas la quitter sur-le-champ mais je comptais toujours le faire un peu plus tard, qu'elle soit vraiment enceinte ou non. Car je voulais me consacrer rien qu'à toi, rien qu'à nous. Alors je ne peux pas te laisser penser que je vais finir par t'abandonner un jour ou l'autre. Pas après tout ce que j'ai fait. Je sais que je t'ai fait souffrir et je m'en veux énormément pour ça. Mais la situation n'avait rien de facile pour moi. J'ai dû revoir tout ce dont je croyais être sûr. Ça m'a complètement chamboulé. Mais dès que j'ai su ce que je voulais, c'est-à-dire toi, j'ai changé du tout au tout. Parce qu'il n'y a que toi qui compte. Bon sang Théo je...
Justin ne put terminer sa phrase car un doigt se posa doucement mais fermement contre ses lèvres. Il vit Théo qui le regardait avec un air profondément ému.
- Je rêve de t'entendre dire ces mots mais on avait dit qu'il fallait attendre encore un peu, dit-il avec un doux sourire aux lèvres. Je suis désolé d'avoir douté comme ça. Ce que tu viens de me dire m'a énormément rassuré. Et ça m'a aussi énormément touché. Mais ce n'était pas contre toi, tu sais. C'est juste que j'ai tendance à croire que personne ne tient à moi. Je sais pourtant que c'est faux. J'ai trois amis que je connais depuis que je suis tout petit et qui m'ont toujours été fidèles, je me suis fait deux autres amies filles à Poudlard et cette année, je me suis fait un nouvel ami qui semble beaucoup tenir à moi. Et c'est réciproque. Et il y a toi. Mais ça ne m'empêche pas de me faire des idées et de croire n'importe quoi, parfois.
- Je vois, dit Justin en souriant. Je vais devoir m'armer de patience, alors ? s'amusa-t-il.
- Je le crois bien, oui, rit Théo.
- Eh bien soit, je suis prêt à te répéter les mêmes choses tous les jours s'il le faut. Mais du coup, vu que tu es rassuré, est-ce que je peux te dire ce qu'a donné notre visite à l'infirmerie ?
- Oui, bien sûr, je t'écoute.
- Comme tu dois t'en douter, Mme Pomfrey a fait passer un test de grossesse à Emily. Je ne vais pas tourner autour du pot. Il est négatif. Emily n'est pas enceinte.
Un profond soulagement se lut dans le regard de Théo.
- Tant mieux, soupira-t-il. Mais c'est sûr et certain ?
- Oui, Mme Pomfrey nous a certifié que le test était sûr à cent pour cent, apaisa Justin. Il n'y a pas de bébé, je te le promets.
- D'accord, je te crois, sourit Théo. C'est vraiment mieux ainsi. Tu te sentiras moins mal de rompre avec elle. Même si je sais que ce n'est pas pour tout de suite. Et je ne te mets pas la pression.
- Tu es adorable, dit tendrement Justin. Tu es même parfait.
- Ne dis pas n'importe quoi, protesta Théo en rougissant.
- Tu préfères que je me taise et que je t'embrasse ?
- Tu me demandes ça parce que toi, tu en as envie ? devina Théo, pas dupe pour un sou.
- On ne peut rien te cacher, avoua Justin.
Théo secoua la tête et vint de lui-même à l'encontre des lèvres de Justin. S'ensuivit un long et tendre baiser accompagné de caresses et d'une étreinte qui se resserra progressivement. Ils reprirent leur souffle un instant plus tard, avant de s'embrasser de nouveau. Ils restèrent jusqu'à l'heure du couvre-feu ainsi, à s'embrasser, se câliner et se repaître de la présence l'un de l'autre. Ce fut à contre-coeur que Justin ramena Théo à la salle commune de Serpentard, peu avant vingt-trois heures. Ils durent se faire violence pour ne pas aller se cacher quelque part afin de s'étreindre une dernière fois et ce fut sur un doux sourire qu'ils se quittèrent. Heureusement, la salle commune de Poufsouffle ne se trouvait pas très loin de celle de Serpentard. Il ne fallut donc que quelques minutes à Justin pour s'y rendre. Lorsqu'il y pénétra, il constata qu'il n'y avait que quatre personnes qui étaient encore debout, dont Emily. Elle le vit entrer et lui fit un petit signe de la main. Il la rejoignit, bien qu'il aurait aimé aller se coucher. Alors qu'il arrivait tout près d'elle, Emily fronça les sourcils.
- Qu'est-ce que tu as aux lèvres ?
Justin se sentit blêmir. Il avait fait hyper attention jusque-là, limitant les baisers pour éviter d'avoir les lèvres gercées mais il dut reconnaître que ce soir-là, Théo et lui avaient un peu abusé. Il prit la première excuse qui lui vint à l'esprit.
- J'ai passé la soirée dehors, prétendit-il. J'avais besoin d'air. J'avais besoin de me retrouver seul afin de reprendre mes esprits. L'air frais m'a fait du bien. Sauf qu'il faisait un peu trop froid. Il s'est remis à neiger depuis plusieurs jours déjà et ce n'est pas étonnant vu à quel point il fait froid.
- Je comprends mieux. L'hiver n'est pas encore fini mais c'est vrai que cette année, on enchaîne les épisodes neigeux. Et il reste encore six semaines avant le printemps, on peut en avoir d'autres. Du coup, je vais éviter de t'embrasser pour le moment. Je ne voudrais pas empirer l'état de tes lèvres, se moqua gentiment Emily.
- Merci, c'est gentil de ta part, ironisa Justin. Bon, tu es retournée voir l'infirmière ?
- Oui, j'y suis restée une bonne heure et demie. En fait je me suis inquiétée pour rien. Enfin, j'ai bien eu un retard de trois semaines suivi de tout petits saignements mais contrairement à ce que j'ai cru, c'étaient bel et bien mes règles. Sauf que c'était tellement infime et que ça a duré tellement moins longtemps que d'habitude que j'étais persuadée que c'était autre chose. Il y a donc quand-même eu un dérèglement mais ça s'explique par le fait que j'étais fatiguée, que je mangeais donc moins et que j'étais très stressée. Ça a donc tout chamboulé. Mme Pomfrey m'a donné une autre potion que celle que j'avais avant et elle m'a conseillé d'attendre le prochain cycle pour la prendre. Je vais voir si elle me convient mieux. Donc tout va pour le mieux. Je voulais juste te dire tout ça, c'est pour ça que je t'attendais. On devait se voir demain, à la base, mais je ne voulais pas patienter jusque-là.
- Désolé, s'excusa Justin. Si j'avais su, je ne serais pas resté aussi longtemps dehors. Mes lèvres s'en seraient mieux portées, ajouta-t-il en plaisantant. Bon, je vais te laisser, je tombe de fatigue.
- Moi aussi. On se voit quand-même demain matin au p'tit dèj.
Justin acquiesça et se prépara à recevoir un baiser de bonne nuit d'Emily. Mais elle tint parole et s'en alla sans l'embrasser, lui adressant juste un sourire moqueur. Justin leva les yeux au ciel et se dirigea à son tour vers les escaliers qui menaient à son dortoir. Une fois arrivé, il se mit aussitôt en pyjama et se glissa dans son lit. Épuisé, il s'endormit au bout de quelques minutes et rejoignit vite les pays des songes.
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(vendredi 09/02) POV Severus
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Severus se sentait bien. Sa reprise des cours s'était très bien passée. Beaucoup mieux que ce qu'il s'était imaginé. Il avait trouvé une très bonne organisation avec Horace. Le seul couac était que le vendredi, il avait cinq heures de cours et Horace une seule mais il y avait deux jours où Horace avait quatre heures de cours et Severus moitié moins. Il y avait donc compensation. Mais ils avaient réussi à se répartir équitablement le nombre d'heures et c'était tout ce qui comptait. Ils avaient fait un choix très simple pour cela. Severus s'occupait de la théorie pour les sixième et quatrième année tandis que Horace s'occupait de la pratique. Pour les première, deuxième et troisième année, c'était l'inverse. Chacun était entièrement responsable d'une classe, les cinquième année pour Severus, les septième année pour Horace. Comme ces deux classes passaient un examen relativement important à la fin de l'année, ils avaient estimé préférable que les élèves n'aient qu'un seul professeur. Severus avait tout naturellement choisi les cinquième année. Horace n'y avait vu aucun inconvénient, étant parfaitement au courant des motivations de Severus à vouloir s'occuper de cette classe. Severus était donc content de sa semaine. Il ne prenait pas encore de plaisir à enseigner mais il n'était plus aussi réticent qu'avant. C'était comme avoir faim et manger quelque chose qu'il appréciait moyennement. Les élèves avaient été très calmes, ce qui avait grandement aidé Severus à retrouver ses marques. Il n'avait pas encore retiré de points, ce qui l'étonnait autant que les élèves. C'était néanmoins normal puisqu'il n'avait pas eu de raisons de le faire. Il y avait pourtant eu des situations où, avant, il aurait retiré des points sans hésitation. Notamment en voyant des élèves discuter. Surtout des Poufsouffle ou des Gryffondor. Là, il les avait juste rappelés à l'ordre. À sa grande surprise, il n'avait pas eu à les réprimander de nouveau par la suite. Cela l'avait surpris car il leur avait simplement demandé d'arrêter de parler. Mais sans être méchant. Alors qu'avant, il leur parlait comme à des veracrasses et cela ne les empêchait pas de continuer à bavarder, jusqu'à ce qu'ils se prennent des retenues et des points en moins. Severus avait alors compris qu'il s'était complètement trompé de pédagogie. Si on pouvait appeler ça comme ça. Visiblement, il obtenait davantage de respect en étant juste ferme. Et le cours se portait bien mieux ainsi. En fait, il commençait peut-être à prendre un peu de plaisir, tout compte fait. Du moins, il trouvait son métier beaucoup plus agréable qu'avant. S'il était plus gentil, il donnait cependant toujours les mêmes notes aux échantillons des mêmes élèves. Ça, ça n'avait pas du tout changé. Et c'était très bien ainsi. Si tous les élèves étaient soudain devenus bons, ça l'aurait trop dépaysé.
Actuellement, il attendait que les cinquième année arrivent. C'était son dernier cours de la journée et de la semaine, puisque le cours d'après – cours pratique des sixième année – était assuré par Horace. Severus lui avait demandé s'il pouvait surveiller les Serpentard le soir-même et le lendemain matin. Horace avait accepté sans hésiter, n'ayant rien d'autre à faire. Severus l'avait sincèrement remercié. Il allait enfin pouvoir retrouver sa jolie Auror aux cheveux roses. Ils continuaient à correspondre par lettres et s'étaient inlassablement donnés des nouvelles et racontés leurs journées. Ils avaient discuté de ce qui se disait sur le monde sorcier dans la Gazette. Ils s'écrivaient environ une fois par semaine et leurs lettres étaient assez longues. Comme ils n'étaient plus au Moyen-Âge, ils avaient décidé de passer au tutoiement. Avec son humour habituel mais déconcertant qui la caractérisait tant, Tonks lui avait fait remarquer que cela allait prendre moins de place dans les lettres. Ce à quoi Severus lui avait répondu «Et c'est justement pour prendre moins de place que tu fais cette remarque ?». Tonks l'avait alors traité de rabat-joie. Mais Severus avait tout de même reconnu qu'elle avait raison. Tonks l'en avait remercié et avait précisé qu'elle avait toujours raison. Cela avait autant exaspéré Severus que cela l'avait amusé. Tonks était restée la même tête d'hippogriffe qu'elle était lors de ses années Poudlard. Même si c'était parfois agaçant, Severus ne voulait pas qu'elle change car c'était comme ça qu'il l'aimait. Il en était là dans ses réflexions lorsque les cinquième année arrivèrent. Ils étaient un peu en retard mais Severus savait que c'était de la faute de leur professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Il libérait rarement ses élèves à l'heure mais faisait pourtant de son mieux. Severus était conscient que le programme de Défense Contre les Forces du Mal était très lourd et n'en tenait pas rigueur à son collègue qui avait tout de même fait des efforts depuis que les professeurs lui en avaient fait la remarque.
- Bien, installez-vous et sortez vos affaires. Ne sortez pas vos ingrédients, normalement vous n'avez pas ceux qui vous seront nécessaires pour la potion que vous allez préparer aujourd'hui. Il s'agit de la potion de regermination, comme je vous l'ai dit en début de semaine. Cela vous sera très utile si vous envisagez de faire des études de botanique. Ou si la botanique fait partie des cours que vous devrez suivre lors de votre formation. Cela inclue la formation de médicomage, de psychomage, de kinémage, de vétérimage, de magizoologiste, d'écologimage, de paysagimage, de potionniste mais aussi d'Auror et bien d'autres encore. Je vous écris la recette au tableau. Vous la trouverez à la page deux cent quarante-quatre de votre manuel ainsi que la liste des ingrédients. Prenez-en note et allez chercher les ingrédients nécessaires.
Severus se tourna vers le tableau et se mit à écrire les étapes de la préparation de la potion. Une fois avoir tout noté, il se réinstalla à son bureau et sortit son parchemin, sa plume et son encrier. Comme il n'avait pas de devoirs à corriger, il allait préparer ses cours de la semaine suivante. Il aurait ainsi tout le week-end pour vaquer à d'autres occupations. Bon, il avait déjà tout son samedi après-midi de pris avec les séances de thérapie de Harry et de Miss Chang. Mais il avait tout son dimanche de libre pour l'instant. Et il comptait bien en profiter. Même s'il savait qu'il allait sûrement préparer des tas de potions. Mais ce serait davantage par plaisir et pour occuper son temps que par devoir. Il avait bien dit à Sainte-Mangouste qu'il serait moins disponible, désormais.
Alors qu'il finissait d'écrire le cours des sixième année du lundi, il décida d'aller voir comment se débrouillaient les corni... les élèves. Il fit donc le tour du cachot et constata que chez les cinquième année aussi, le niveau était globalement resté le même. Il y avait peut-être deux ou trois élèves qui s'étaient légèrement améliorés. La seule chose qui l'étonna, c'était qu'il n'avait pas encore entendu d'explosions. Que ce soit venant de Finnigan, de Crabbe, de Goyle ou de Londubat. Lorsqu'il passa auprès des trois premiers, il vit cependant que leur potion était loin d'être réussie. En revanche, celle de Londubat était meilleure que d'habitude. Du moins, jusqu'à ce que le Gryffondor le sente près de lui. Il faillit aussitôt faire une erreur en sautant une étape.
- M. Londubat, ne faites surtout pas ça. Ce n'est pas parce que je suis derrière vous que vous devez immédiatement vous tromper. Même si votre potion n'est pas parfaite, elle est bien mieux réussie que d'habitude, vous pouvez largement espérer un Acceptable, alors continuez ainsi.
Jamais il n'avait fait le moindre compliment à cet élève. Mais il venait de comprendre que s'il avait toujours été nul, c'était pour la même raison que pour Harry. Severus avait toujours été sur leur dos, à les épier et à chercher la moindre occasion pour les rabaisser, leur enlever des points et les mettre en retenue. Il détestait tellement son métier qu'il avait choisi des élèves comme souffre-douleur en s'acharnant sur eux. Sauf qu'aujourd'hui, il n'était plus le même qu'avant. Il ne voulait plus passer son temps à traumatiser ses élèves. Il voulait leur apprendre les potions et les voir réussir, comme n'importe quel autre professeur. Les deux mois qu'il venait de vivre l'avaient profondément changé. Il avait sauvé un élève, il s'était investi vingt-quatre heures sur vingt-quatre auprès de lui, il l'avait aidé à se remettre physiquement et psychologiquement parlant, il avait découvert le meilleur de lui-même et tout cela avait fait de lui une autre personne. Il ne pourrait jamais rattraper tout le mal qu'il avait pu faire, il en était conscient mais il pouvait au moins faire son maximum pour que les élèves réussissent leur année en potions. Et c'est ce qu'il allait faire, en partenariat avec Horace. En réalité, les élèves avaient sûrement fait des progrès en pratique mais comme là, c'était une nouvelle potion, c'était normal qu'ils ne soient pas très brillants. Lors des deux séances suivantes, il verrait peut-être la différence. Tout en vérifiant le chaudron de Miss Roper et de M. Wayne, il surveilla celui de M. Londubat et fut ravi de voir qu'il ne commettait pas d'erreur. Même s'il avait bien suivi les étapes, il n'avait pas été assez rigoureux, ce qui faisait que sa potion n'allait pas avoir suffisamment la bonne couleur, ni suffisamment la bonne texture. Mais ça s'en approcherait alors il pourrait très bien avoir un Acceptable s'il continuait ainsi. Et ce serait une grande première avec Severus. Jamais il n'avait mis une aussi bonne note à cet élève. Il poursuivit son tour et constata que des élèves avaient quand-même fait quelques progrès. Notamment des élèves de Poufsouffle. Il ne lui restait que cinq élèves à voir lorsqu'il s'arrêta à la table de Harry. Il remarqua aussitôt qu'il tremblait.
- M. Potter, quelque chose ne va pas ? demanda-t-il à voix basse.
Harry secoua la tête. Severus ne sut pas ce qu'il devait comprendre par-là. Était-ce «Non, ça ne va pas» ou «Non, tout va bien» ? Bon, en vrai, il savait très bien que ça n'allait pas. Harry ne tremblait pas sans raison.
- Si vous ne vous sentez pas bien, vous devez le dire.
- J'ai juste peur de rater la potion, murmura Harry.
- Il n'y a pas de raison, voyons, tempéra Severus.
- Mais ça fait deux mois que je n'ai pas appris de nouvelle potion en cours, je n'ai peut-être plus le niveau que j'avais avant...
- Vous vous y êtes remis durant les deux dernières semaines de votre convalescence. Vous avez très vite retrouvé votre niveau. Et vous l'avez gardé au fil des séances. Les seules choses qui pourraient vous faire régresser, ce sont le stress et le manque de confiance en vous. Or, nous avons travaillé là-dessus. Vous savez que vous êtes bon. Et je ne vais pas changer d'attitude envers vous parce que je suis redevenu professeur de potions, si c'est ça qui vous inquiète.
Les épaules de Harry se relâchèrent d'un coup. Severus retint un soupir en comprenant que c'était bien ça qui le tourmentait. Il ne pouvait pas lui en vouloir : cette peur était tout à fait légitime. Après deux mois passés ensemble dans ses appartements, il était normal que Harry craigne que Severus ne change de comportement avec lui en cours. Ce n'était pas la même sphère. Il fallait donc une mise au clair, elle venait d'être faite et c'était visiblement ce dont avait besoin Harry. Il semblait bien plus détendu, maintenant. Severus le laissa tranquille, alla voir Draco, Théo, M. Finch-Fletchley, Miss Granger et M. Boot puis il retourna s'asseoir à son bureau. Il finit de préparer le cours des sixième année puis il s'attaqua à celui des quatrième année. Il n'avança pas beaucoup dessus car il mit fin au cours un quart d'heure plus tard. Les élèves donnèrent leurs échantillons et partirent les uns après les autres. Une fois le dernier élève sorti, Severus rendit le cachot à Horace, discuta brièvement avec lui puis il rentra à ses appartements. Il déposa sa mallette, prit un sac et mit quelques affaires dedans. Oui, Tonks et lui avaient prévu de passer leur première nuit ensemble. Ils avaient hésité, en avaient beaucoup parlé dans leurs lettres mais ils en avaient très envie et ils avaient pris leur décision une semaine plus tôt. C'était pour cela qu'il avait demandé à Horace de surveiller les Serpentard ce soir-là ainsi que le lendemain matin. Ce fut avec des gestes un peu fébriles qu'il prépara son sac. Il avait hâte mais il était aussi stressé. Cela faisait huit mois qu'il n'avait pas eu d'aventure et il craignait de se montrer trop pressé. Il voulait que tout se passe au mieux. Que cette nuit soit inoubliable autant pour lui que pour elle. Il ne savait pas exactement à quand remontait la dernière relation de Tonks, il allait donc devoir faire aussi attention à ça. Merlin il était encore plus angoissé qu'avant son premier rapport. Mais c'était logique et normal. Avant Tonks, il n'avait jamais eu de relations avec des filles ou des femmes qu'il aimait vraiment. Enfin si, il y avait eu Amelia, mais elle avait justement été sa première relation. Mais à part elle, il n'avait eu que des histoires et des relations sans importance. Il en avait eu un certain nombre mais ça ne faisait pas de lui un homme à femmes. Il avait juste eu des périodes où il avait besoin de se changer les idées. Il avait alors enchaîné les conquêtes mais il avait également eu des relations un peu plus durables, mais sans pour autant éprouver de sentiments. À l'inverse, il avait aussi connu des périodes d'abstinence où il s'était concentré sur son travail. Il avait donc eu une vie sexuelle assez mouvementée mais très irrégulière. Ce fut sur cette pensée qu'il se rendit à la salle de bain afin de se changer. Il n'avait pas envie d'arriver chez Tonks en chemise et avec un pantalon noir. Il fallait qu'il soit plus décontracté. Il opta donc pour un tee-shirt blanc, un pull gris et un pantalon bleu. Ce n'était pas la folie des couleurs mais ce n'était pas terne non plus. C'était simple et c'était exactement ça que Tonks aimait. Il savait qu'elle-même serait habillée de façon assez féminine mais sans en faire trop. Et, surtout, sans tomber dans le vulgaire. C'était l'un des nombreux sujets sur lesquels ils étaient sur la même longueur d'ondes. La simplicité était leur mot d'ordre.
Il était en train de lacer sa chaussure droite lorsqu'il entendit quelqu'un frapper à la porte. Il se figea. Puis il soupira. Il aurait dû se douter qu'à cinq minutes de retrouver sa chérie, un imprévu allait lui tomber dessus. Résigné, il invoqua son Patronus et lui fit un délivrer un message pour Tonks afin de la prévenir d'un potentiel retard. Il alla ensuite ouvrir et fut surpris de voir Draco.
- Tu sais que ton binôme de travail n'est plus ici, se moqua-t-il gentiment.
Draco leva les yeux au ciel.
- Ce n'est pas mon binôme de travail que je viens voir, c'est mon parrain.
À peine eut-il prononcé ces mots qu'il fronça soudain les sourcils.
- Tu t'es déjà mis à la préparation d'une potion ? Tu as eu un accident ?
- Non, pourquoi ?
- Bah, parce que tu t'es changé alors que ça ne fait que trois quarts d'heure que tu as fini les cours.
- Oh...
Severus se sentit mal à l'aise. Il n'avait pas envie de mentir à Draco mais il n'était pas encore prêt à lui dire qu'il sortait avec une femme. Draco ne l'avait jamais connu en couple. Severus ne souhaitait donc pas que l'annonce se fasse dans de telles circonstances alors qu'il était pris sur le fait. Il choisit donc une demie-vérité.
- J'étais sur le point de sortir. Mais ça peut attendre, s'empressa-t-il d'ajouter. Je ne veux surtout pas que tu t'en ailles pour ne pas me déranger. Je ne répéterai pas la même erreur, Draco. Si tu as besoin de moi, je suis là. Je ne veux pas qu'on s'éloigne comme on l'a fait peu après la rentrée.
Draco sourit, visiblement touché. Severus remarqua cependant que quelque chose n'allait pas, sans savoir quoi.
- Ne t'en fais pas, j'ai bien retenu la leçon, moi aussi, assura-t-il. Pour être tout à fait honnête, j'étais venu pour plusieurs choses à la fois mais je ne sais pas si je me sens prêt à en parler, alors je préfère revenir plus tard pour l'une de ces choses. Ce sera mieux pour tout le monde, pour le coup. Pour ce qui est des autres choses, je dois t'en parler maintenant. J'ai été missionné, en fait. Tu ne trouves pas ça étrange que je vienne te voir alors qu'il est seize heures quarante-cinq et que je finis les cours à dix-sept heures ?
- Si, mais je n'ai pas vraiment eu le temps de te le dire, vois-tu, ironisa Severus. Que fais-tu donc là ? Je veux bien que le professeur Black soit le professeur le plus cool de l'école mais ce n'est pas son genre pour autant de vous libérer quinze minutes en avance...
- Il y a eu un accident. Personne n'a compris ce qui s'est passé mais ça a fait d'assez gros dégâts.
Severus fronça à son tour les sourcils.
- Si tu viens m'en parler, c'est qu'il y a des Serpentard qui ont été concernés ?
- Pas seulement, grimaça Draco. Il n'y a eu que deux élèves qui ont été impactés. Ce sont aussi les deux élèves à l'origine de l'accident. Mais ce n'est pas de leur faute. Ils n'ont fait que lancer le sort.
- Attends, je ne comprends rien, là. Qui sont ces deux élèves ?
Les larmes emplirent les yeux de Draco. Severus fut pris d'un vilain doute. Il n'y avait pas trente-six mille personnes qui pouvaient mettre son filleul dans cet état.
- Ne me dis pas que ce sont Harry et Théo ?
Draco hocha silencieusement la tête. Severus ferma les yeux. Il avait l'impression qu'une chape de plomb venait de lui tomber dessus. Ce n'était pas possible. Il était sûrement en train de rêver. Le sort ne pouvait pas s'acharner sur Harry et Théo comme ça. Ils avaient déjà assez donné. Il rouvrit les yeux et vit ceux remplis de larmes de Draco, bien qu'il avait la tête baissée. Severus réalisa alors à quel point cela devait être horrible pour lui. Il ne savait pas ce qui s'était passé exactement mais il avait compris que c'était assez sérieux. Et cela touchait deux personnes qui comptaient énormément pour Draco. Severus ne réfléchit pas et le prit dans ses bras. Draco ne résista pas et laissa libre cours à son chagrin. Il pleura pendant de longues minutes qui furent un supplice pour Severus. Il détestait voir son filleul dans cet état. Cela lui brisait le coeur à chaque fois. Heureusement, il se calma assez vite. Il se détacha de Severus et s'essuya les yeux.
- Désolé, ça faisait un quart d'heure que je me retenais...
- Ne t'excuse pas, c'est normal. Maintenant, est-ce que tu peux me dire ce qui s'est passé ? Si c'est trop dur, je comprendrais.
- Non, c'est bon. On était en train de s'entraîner sur le maléfice explosif. On a commencé à s'exercer dessus lundi et Harry le maîtrisait déjà depuis le premier cours. Seulement, lundi, c'était un peu trop léger. Mardi c'était l'inverse. Hier, il alternait entre trop léger et trop violent. Il n'arrivait pas à doser, en fait. Comme Théo. Sauf que ce n'est pas pour la même raison qu'ils ont du mal. Harry doit juste réapprendre à bien maîtriser la puissance de ses sorts alors que Théo, lui, a des problèmes avec son trouble magique. À un moment, ils ont lancé le sort en même temps.
Draco fit une courte pause. Il semblait encore sous le choc de ce qu'il avait dû voir.
- Je le répète mais personne n'a vraiment compris ce qui s'est passé. Ils étaient l'un derrière l'autre mais leurs sorts se sont rencontrés sans qu'on ne sache comment. Et ça a été très violent. Il y a eu à la fois la violente explosion des deux blocs de glace et le violent impact de la rencontre de leurs sorts. Tout ça associé, ça a fait de très gros dégâts. Harry et Théo ont été propulsés plusieurs mètres en arrière et ont été blessés par les débris des blocs de glace qui ont violemment explosé. Les blessures en elles-mêmes n'avaient pas l'air très sérieuses mais ils étaient tous deux inconscients. Le professeur Black était en pleine panique. C'est un préfet qui a dû mettre fin au cours. Celui de Gryffondor, je crois. Avec deux autres préfets, il a eu la bonne idée d'aller chercher des professeurs tandis qu'un autre est allé prévenir l'infirmière. J'aurais pu aider mais j'étais tellement sous le choc que je suis resté là sans rien faire. C'est Blaise qui s'est occupé de moi. En temps normal, c'est Pansy qui remplit ce rôle mais elle faisait partie des préfets qui étaient partis chercher de l'aide. Blaise m'a rassuré en me disant que Théo et Harry allaient être entre de bonnes mains et il m'a dit que je pouvais me rendre utile en allant te voir pour te raconter ce qui s'est passé. Je ne sais donc pas vraiment ce qui est advenu de Harry et de Théo mais ils doivent sûrement être à l'infirmerie à l'heure qu'il est.
Draco termina son récit sur ces mots. Severus était sonné. Même dans ses propres cours pratiques qui pouvaient être très dangereux, il arrivait rarement des choses aussi graves. Mais ce n'étaient pas n'importe quels élèves qui étaient concernés. C'étaient les deux élèves qui avaient leur magie assez fragile et instable en ce moment. Pour Severus, l'explication était toute simple même s'il y avait une zone d'ombre.
- Je pense aussi que Mme Pomfrey est en train de s'occuper d'eux, finit-il par dire. Je vais aller me tenir au courant, tu peux venir avec moi si tu veux.
- Bien sûr que je veux, répondit Draco, soulagé. Mais est-ce que tu as une idée de ce qui a bien pu se passer ?
- Oui, et pour moi ce n'a rien de vraiment surprenant, même s'il y avait quand-même assez peu de chances pour que ça arrive. Comme tu l'as dit, Harry et Théo ont tous les deux des soucis avec leur magie actuellement. Ils avaient tous deux tendance à montrer trop de puissance dans leur sort, c'est ce qui s'est produit durant cet essai, le sort de Théo est allé plus loin que la cible, il est allé jusqu'au bloc de glace de Harry, quand celui-ci a explosé, le sort de Harry a ricoché, il a donc rencontré celui de Théo et comme ils étaient tous deux très puissants, ça explique les dégâts que ça a provoqué. Il y a eu un malheureux concours de circonstances, ça arrive, c'est comme ça et on ne peut rien y faire. Le principal, c'est que Théo et Harry n'aient pas été grièvement blessés. Il va juste falloir qu'ils évitent de se mettre l'un derrière l'autre tant que l'un d'entre eux aura du mal à maîtriser leur magie. Je sais que ça va être dur pour eux mais c'est pour leur bien et celui de leurs camarades. C'est une chance que tu n'aies pas été touché, tout comme le binôme de Théo.
- Je me suis écarté à temps et je pense que Finch-Fletchley aussi. Ce sont Harry et Théo qui ont tout pris.
- Il ne faut pas que tu t'en veuilles pour ça, anticipa Severus. Tu n'as pas eu le temps de penser, tu as agi pour ta propre sécurité et c'est normal. Bon, on va y aller. Attends-moi dehors, je dois envoyer un Patronus.
Draco acquiesça et s'en alla. Severus invoqua de nouveau son Patronus et lui fit délivrer un message dans lequel il dit à Tonks qu'il n'allait pas pouvoir venir. Il lui exposa brièvement la situation et lui promit de venir la voir durant le week-end si l'état de ses deux élèves le lui permettait. Il fit partir le Patronus puis il rejoignit Draco à l'extérieur de ses appartements. Ils se rendirent à l'infirmerie qui était assez calme. Mme Pomfrey mit plusieurs minutes à venir vers eux.
- Vous venez vous enquérir de l'état de M. Potter et de M. Nott, j'imagine ?
- Tout à fait, affirma Severus. Comment vont-ils ? Vous pouvez parler devant Draco, je lui ai donné l'autorisation de venir avec moi.
- Bien. Je vous rassure, M. Potter et M. Nott sont hors de danger. Leurs blessures ont été facilement soignées et ils devraient se réveiller demain matin. Ils ont juste subi un gros choc. Cela aurait pu être bien plus grave. Ils ont eu beaucoup de chance. Je vais les garder en observation ce week-end et si tout va bien, ils rentreront dimanche soir à leur dortoir. Ils pourront reprendre les cours dès lundi mais jusqu'à mercredi, ils devront s'abstenir de faire de la pratique. Du moins, c'est ce que je préconise. Je sais que vous vous occupez de ces deux élèves alors si vous le souhaitez, vous pourrez prendre le relais quand ils se réveilleront. Comme je vous l'ai dit, ce sera sûrement demain matin. Pas avant.
Les paroles de Poppy rassurèrent beaucoup Severus. En jetant un coup d'oeil à Draco, il vit que lui aussi semblait plus apaisé. Severus s'apprêta à remercier Poppy mais Draco le devança :
- Severus avait quelque chose de prévu, ce soir. Sauf qu'il a dû annuler. Est-ce que vous pensez qu'il peut y aller ? C'est tellement rare qu'il sorte...
- Je pense que c'est la meilleure chose qu'il a à faire, en effet, approuva Poppy. Cela ne vous servira à rien de rester ici, Severus. Changez-vous les idées jusqu'à demain matin. Vous allez devoir être au top de votre forme pour vous occuper de vos deux patients. Ne culpabilisez pas de vous éloigner du château et d'aller vous aérer la tête. Vous avez le droit et je vous le recommande vivement.
Severus acquiesça. Puis il se tourna vers Draco.
- Ne m'en veux pas, protesta celui-ci. Je veux seulement ton bien.
- Je n'allais pas te disputer, assura Severus. Au contraire, je devrais plutôt te remercier. Si tu n'avais pas posé la question à Mme Pomfrey, je serais resté dans mes appartements à tourner en rond toute la nuit.
- Je sais bien, c'est pour ça que je suis intervenu, s'amusa Draco.
- C'est moi qui devrait m'occuper de toi, soupira Severus. Et non l'inverse. C'est le monde à l'envers. Mais ça va aller, toi ?
- Mais oui, ne t'inquiète pas. Je serai bien entouré. Et je sais que Harry et Théo vont bien. C'est tout ce qui m'importe. Je suis déjà plus rassuré que quand je suis venu te voir. Alors ne te préoccupe pas de moi et va te changer les idées.
- Bien, si tout le monde me met dehors... Passez une bonne soirée.
Severus salua Poppy, serra Draco contre lui puis il quitta l'infirmerie. Il s'en voulait un peu de s'en aller et de laisser Harry et Théo entre les mains de l'infirmière mais Poppy avait raison. Il ne serait d'aucune utilité jusqu'au lendemain matin. Il allait donc pouvoir se rendre chez Tonks, tout compte fait. La pauvre n'allait plus rien comprendre. Des explications s'imposaient. Mais il avait quelque chose à faire avant de retrouver sa dulcinée. Il devait aller voir quelqu'un et, ensuite, il pourrait se consacrer pleinement à sa vie sentimentale.
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Au même moment, POV Sirius
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- Tu veux que je te resserve du thé ?
La question de Remus sortit Sirius de ses pensées. Il était en train de repenser à ce qui s'était passé une demie-heure plus tôt.
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16h30, cours de sortilèges
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Sirius corrigeait des copies tandis que ses élèves s'entraînaient sur le maléfice explosif. Ils s'exerçaient dessus depuis lundi et ils le maîtrisaient presque tous. Ils avaient mis quatre séances mais c'était un sortilège assez dur à lancer. De plus, ils étaient en avance sur le programme. Sirius pouvait donc se permettre de les laisser s'entraîner plus longtemps que d'habitude sur un sort qui leur posait des difficultés. En fait, il n'y avait que trois élèves qui avaient encore un peu de mal. Les autres travaillaient désormais sur l'intensité de leur sort. Il avait fait un tour parmi les élèves vingt minutes plus tôt et il avait constaté de nombreux progrès. Il était en train de lire le devoir d'un élève de troisième année lorsqu'une petite explosion suivie d'un cri de joie le firent sursauter. Il leva les yeux et vit que tous les regards étaient tournés vers Hannah Abbot qui semblait un peu gênée.
- Désolée, professeur, c'est juste que ça fait cinq jours que je m'entraîne sur ce satané sort et je l'ai enfin réussi. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire partager ma joie.
Sirius sourit, amusé.
- Il n'y a pas de mal. Ça fait toujours plaisir à entendre.
Il s'adressa ensuite à toute la classe :
- Il vous reste une demie-heure pour réussir à lancer le sort ou pour le perfectionner, s'il y en a qui n'y arrivent toujours pas d'ici là, vous pourrez rester un peu, je sais que vous n'en êtes pas loin, ce serait dommage de vous stopper là alors que vous êtes près du but. Allez, j'arrête de parler et je vous laisse vous concentrer.
Sirius se replongea dans ses copies tandis que les élèves se remettaient au travail. Il lut le devoir du troisième année, le corrigea et nota un EE en haut à droite du parchemin. Ce fut la dernière chose dont il se souvint avant la scène d'horreur qui suivit. Il entendit une explosion, puis une autre, bien plus violente, bien plus assourdissante, qui lui perça les tympans alors qu'il se demandait d'où ça venait. Le calme revint vite mais fut de courte durée. Car comme ses élèves, il rouvrit les yeux qu'il ne se souvenait pas d'avoir fermés et vit deux élèves allongés sur le sol, visiblement inertes. Il sentit son sang se glacer en reconnaissant aussitôt l'un d'entre eux.
- HARRY !
Il se précipita vers lui et se retint à temps de faire quoi que ce soit. Il pourrait aggraver les choses en le bougeant s'il avait quelque chose de cassé. Il regarda à côté de lui et reconnut l'autre élève. Théo. L'air commença à lui manquer. Il prit rapidement leurs pouls. Ils battaient tous deux de façon régulière. Un certain soulagement l'envahit. Mais l'angoisse le reprit tout entier en constatant qu'ils étaient pâles, qu'ils ne bougeaient pas, qu'ils étaient inconscients et que leurs robes étaient déchirées à divers endroits. Leurs pouls battaient, mais il avait quand-même la peur sourde de perdre ses deux élèves, dont son filleul. Cette crainte le tétanisa et le rendit incapable de penser, de réfléchir et de faire le moindre geste. Il entendit vaguement un préfet dire aux autres élèves que le cours était terminé. Il eut alors un sursaut de lucidité en se disant qu'il fallait aller chercher Poppy. Il se retourna et croisa le regard d'Ernie qui était resté là et qui l'observait, l'air de ne pas trop savoir quoi faire. Deux autres préfets, Terry et Padma, semblaient faire le guet sur le pas de la porte.
- Restez là, vous trois, je vais aller chercher l'infirmière.
- Non, c'est bon, Hermione s'en occupe déjà, informa Ernie. Ron, Pansy et Hannah, eux, sont partis chercher des professeurs. Ils étaient inquiets en ne vous voyant pas réagir, alors...
Sirius soupira et passa une main tremblante dans ses cheveux.
- Ils ont eu raison. Je... j'ai été pris de court.
- Ça va aller, professeur, dit Ernie d'un ton rassurant. Tout est sous contrôle.
Sirius ne put qu'acquiescer. Il se sentait complètement démuni. Mais aussi nul et inutile. Son filleul ainsi qu'un autre élève étaient en danger et il n'avait même pas su réagir et faire ce qu'il fallait. Il était resté planté là, sans rien faire. C'étaient les préfets qui avaient dû s'occuper de tout. C'était à la fois normal et pas normal. C'était lui, le professeur, qui aurait dû donner les directives. Mais les préfets n'en avaient visiblement pas eu besoin.
Les cinq minutes qui suivirent lui semblèrent durer une éternité. Parmi les personnes que les préfets étaient allés chercher, Remus fut le premier à arriver. Il le rejoignit aussitôt, l'air inquiet.
- Sirius, qu'est-ce qui s'est passé ?
- Je... je ne sais pas, je... je n'ai rien compris, bredouilla Sirius. Il y a eu une énorme explosion, le monde a paru s'arrêter de tourner pendant quelques secondes et quand j'ai rouvert les yeux, Harry et Théo étaient allongés là, inconscients... Je ne sais pas ce qui s'est passé, Remus.
- D'accord, calme-toi, Poppy va arriver, elle va les emmener à l'infirmerie. Trois professeurs vont l'aider. Je pense qu'elle devra s'en occuper seule pour le moment. J'ai croisé M. Zabini qui m'a dit qu'il avait envoyé Draco voir Severus. Il n'allait pas bien du tout, apparemment. Ce qui est un peu normal. Toi et moi, on va rentrer à nos appartements. Poppy nous fera parvenir un Patronus quand on pourra aller voir Harry. Elle ne me l'a pas dit, je ne l'ai pas croisée, mais je sais qu'elle le fera.
Sirius hocha de nouveau la tête.
- Je veux juste rester là le temps qu'elle arrive.
- Bien sûr, accorda gentiment Remus. J'imagine que tu as vérifié leur pouls ?
- Oui, oui, tout va bien de ce côté-là. Je crois qu'ils sont juste évanouis. Mais ils sont aussi blessés.
- J'ai vu ça mais ça n'a pas l'air trop grave. Je veux dire, ça aurait pu être beaucoup plus grave au vu de la scène qui a dû très effrayante. La salle est dans un sale état.
- L'explosion n'a touché que deux tables mais il y a eu un mouvement de panique, les élèves ont dû renverser leurs chaises sans le vouloir.
Remus acquiesça mais n'eut pas le temps de répondre car Poppy arriva à ce moment-là. Elle les vit et se dirigea aussitôt vers eux. Elle les rassura rapidement, leur promit de les tenir au courant dès que possible et leur demanda de rentrer chez eux avant d'aller examiner ses deux patients. Sirius et Remus obéirent à contre-coeur, sortirent de la salle et prirent la direction de leurs appartements. Ne restait plus qu'à attendre.
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Depuis qu'ils étaient rentrés, Sirius ne cessait de penser à ce qui s'était passé. Son esprit était cependant un peu embrumé depuis qu'il avait bu une tisane que lui avait servi Remus. Il jugea donc préférable de refuser la proposition de son amant :
- Non, c'est bon, ça va m'assommer si je bois une autre tasse. Elle a vraiment un effet relaxant, ton infusion.
- C'est Severus qui m'a conseillé d'en prendre en plus de la potion qu'il me prépare. Ça permet de se détendre. J'ai commencé à en boire quatre jours avant la pleine lune et c'est vrai que je me suis senti plus relaxé. Et ce n'était pas uniquement dû à la potion qui calme mes pulsions. Ça n'agit pas sur la même chose, de toute façon. Mais contrairement à toi, il faudrait que j'en boive dix tasses pour que ça m'endorme.
- Sûrement parce que tu es plus résistant. Mais je crois que ce n'est pas juste grâce à ta tisane que je suis fatigué. Il y a aussi le fait que la tension soit redescendue. Je sens que mes nerfs se relâchent. Ça me donne envie de pleurer.
- C'est normal, dit doucement Remus. Ne te retiens pas, surtout.
- Non, je n'ai pas le droit de pleurer. Tout ça est de ma faute, en plus...
- Non, je t'interdis de dire ça, Sirius. Tu ne pouvais pas savoir ce qui allait arriver. Tu n'es pas devin. Tu ne pouvais donc rien faire pour empêcher que ça arrive.
- Mais je voyais bien que leurs sorts étaient souvent trop puissants ! J'aurais dû faire quelque chose ! J'aurais dû les séparer !
- Il y avait peu de chances pour que leurs sorts se rencontrent, ils étaient l'un derrière l'autre, mais pas face à face ! Personne n'a compris ce qui s'est passé, d'après ce que tu m'as dit. Ça prouve bien que c'était imprévisible. Tu n'as pas à t'en vouloir.
- Si. C'est mon filleul. J'aurais dû le protéger. Et je ne l'ai pas fait. Une fois de plus. Tu ne peux pas imaginer ce que j'ai ressenti lorsque j'ai entendu l'explosion et que j'ai vu Harry à terre, inconscient. J'ai cru qu'il était... Je ne l'aurais pas supporté, Remus.
- Je sais, mais le principal c'est qu'il soit en vie et qu'il soit entre de bonnes mains.
- C'est ce que j'essaie de me dire. Mais j'ai quand-même failli perdre deux élèves. Deux élèves qui ont déjà assez souffert comme ça. Je ne connais pas bien Théo mais tout le monde sait maintenant qu'il a été maltraité durant son enfance. Ou, du moins, tout le monde l'a compris en lisant la Gazette lorsqu'elle a annoncé que le Mangemort Nott allait être jugé pour deux chefs d'accusation différents. À savoir ses actes commis en tant que Mangemort et des maltraitances et tortures perpétrées sur un mineur sur qui il avait autorité. Théo n'a donc pas eu une enfance plus joyeuse que celle de Harry. Ils ne méritent que du bonheur et au lieu de ça, le sort s'acharne sur eux...
- C'est un mauvais concours de circonstances, Sirius. Il me semble que Théo a quelques soucis avec sa magie et que ça ne date pas d'hier. Quant à Harry, il est en train de réapprendre à la maîtriser. Je ne sais pas ce qui s'est passé exactement, je n'étais pas là mais je te le répète : il y avait très peu de chances pour qu'une telle chose arrive. Tu ne pouvais pas prévoir. Tu n'as rien à te reprocher.
Sirius s'apprêta à répondre mais un raton laveur argenté apparut soudain devant eux.
- M. Potter et M. Nott vont bien, dit la voix de Poppy. Leurs blessures sont superficielles, elles ont été facilement soignées, ils ont surtout subi un gros choc et ils se réveilleront sûrement demain dans la matinée. Vous pourrez venir à ce moment-là. Je vous en dirai plus à cette occasion. Tout va bien, vous n'avez pas à vous inquiéter. Passez une bonne soirée.
Le raton laveur disparut. Sirius soupira de soulagement. Il eut à peine le temps de remercier Merlin que quelqu'un frappa à la porte.
- J'y vais, déclara Remus.
Il s'en alla et revint une vingtaine de secondes plus tard avec Snape. Sirius se crispa. Son collègue dut s'en apercevoir car il haussa un sourcil.
- Tu as l'air enchanté de me voir, ça fait peur.
- Un de tes élèves a failli se faire tuer dans mon cours alors excuse-moi de te craindre un peu, lâcha Sirius.
Snape leva les yeux au ciel.
- Je savais que j'avais bien fait venir. Te connaissant, tu dois te croire responsable de cet accident.
- Parce que c'est le cas, répliqua Sirius. J'étais responsable d'eux.
- Tu étais responsable de quarante élèves ! Et tu n'as que deux yeux, comme tout le monde ! Ça me semble un peu compliqué de tous les surveiller en même temps !
Sirius accusa le coup. Il ne pouvait pas réfuter cet argument. Snape se radoucit et reprit :
- Draco m'a tout raconté. Il m'a dit que personne n'a compris ce qui s'était passé. Ça a été brusque et soudain. Lui était aux premières loges, il a tout vu et il a donc pu me donner un certain nombre de détails. C'est la puissance des deux sorts qui a provoqué ces dégâts.
Snape indiqua alors précisément ce qui avait engendré l'explosion. Sirius l'écouta avec attention et trouva ses explications très logiques. Mais cela n'enlevait rien à sa culpabilité.
- Je conçois parfaitement tout ce que tu dis mais cela n'empêche pas le fait que j'aurais dû faire en sorte que Harry et Théo se ne retrouvent pas l'un derrière l'autre. J'ai bien vu qu'ils maîtrisaient tous deux mal la puissance de leurs sorts. J'aurais dû être plus prudent et mettre de la distance entre eux. On ne laisse pas aussi proches deux élèves qui ne contrôlent pas leur magie !
- Ce n'était pas censé arriver, Black, soupira Snape. Même si ça s'explique facilement, il reste des zones d'ombre. Ces deux magies n'auraient pas dû attirées l'une par l'autre comme ça. Il y a quelque chose qui m'échappe à ce sujet. Et c'est ce qui fait que cet accident était imprévisible. Car on ne peut pas l'expliquer totalement. Est-ce que tu comprends ce que je veux dire ?
- Oui, répondit sincèrement Sirius. Il y a plein de choses qui font que cet accident était susceptible de se produire mais ça n'explique pas tout.
- C'est ça. Personne ne pouvait le prévoir, tu n'avais donc pas vraiment de raison de séparer Harry et Théo. Car sans ce quelque chose qu'on n'arrive pas à expliquer, l'accident n'aurait jamais eu lieu. Il aurait fallu savoir qu'il y avait ce quelque chose pour deviner que ça aurait pu arriver. Au moins, là, tu pourras éviter que ça se reproduise. Et ça vaut pour toi aussi, Lupin. Et pour Gordon également. Vous enseignez les trois matières où les élèves doivent lancer des sorts. Vous allez devoir tous faire en sorte que Harry et Théo soient assez éloignés l'un de l'autre. En tout cas, jusqu'à ce que Harry ait retrouvé le contrôle de sa magie. Ce qui devrait être assez rapide. D'ici dix jours, il la maîtrisera de nouveau comme avant. Ce sera en revanche bien plus long pour Théo. Mais tant que l'un d'entre eux maîtrise complètement sa magie, il n'y aura pas de risques à les mettre l'un derrière l'autre. De toute façon, ils seront interdits de pratique jusqu'à mercredi inclus minimum. C'est ce que m'a dit Poppy. Je dois les examiner demain matin lorsqu'ils seront réveillés mais je préfère le faire demain après-midi, afin qu'ils aient le temps d'émerger. Je déciderai s'ils pourront reprendre la pratique jeudi ou s'ils devront attendre encore un peu.
- D'accord, je te fais confiance là-dessus, déclara Sirius. Du coup, j'imagine que la séance que Harry devait avoir demain est annulée ?
- Oui, il ne sera clairement pas en état de faire une séance de thérapie. C'est dommage car on devait parler de quelque chose d'important. Je le verrai lundi après-midi, s'il est assez en forme. Je verrai déjà comment il se porte dimanche et j'aviserai. Bon, je vais vous laisser. J'avais quelque chose de prévu ce soir, j'ai envoyé un Patronus pour dire que je serai un peu en retard quand Draco est venu me voir, j'ai annulé quand j'ai su ce qui s'était passé et j'ai finalement changé d'avis quand Poppy m'a dit que je ferais mieux d'y aller car je ne peux rien faire jusqu'à demain matin.
- Et elle a entièrement raison, approuva Sirius.
- Donc tu ne m'en veux pas de sortir alors que ton filleul qui est aussi mon patient est à l'infirmerie, tout comme un élève de ma maison qui est également un de mes patients ?
- Tu as besoin de te changer les idées. Donc non, je ne t'en veux pas. Sors et amuse-toi. Ça ne doit pas t'arriver tous les jours alors profite-en. Bon, essaie juste de ne pas rentrer trop bourré, hein.
Snape haussa un sourcil.
- Parce que pour toi, si je sors, ça signifie forcément que je vais faire la tournée des bars ?
- Bah... C'est le moyen le plus efficace pour oublier tout le temps d'une soirée.
- Il n'y a pas que ça, Sirius, intervint Remus.
Sirius tourna la tête vers lui. Remus se retenait visiblement de sourire. Sirius regarda ensuite Snape qui avait l'air gêné. Il sembla sur le point de dire quelque chose – voire même de partir – mais Sirius comprit soudain et s'exclama :
- T'as rendez-vous avec une femme ! Tu abandonnes mon filleul et un élève de ta maison pour aller t'envoyer en l'air avec elle ! C'est pour ça que tu pensais que j'allais t'en vouloir ! Mais j'étais à mille lieues de la réalité !
- C'est ce que j'ai vu, ironisa Snape. Bon, maintenant que vous savez le programme de ma soirée, je vais y aller.
- Attends, dis-nous au moins si on la connaît ! C'est une prof de Poudlard ?
- Bien sûr que non, répliqua Snape. Je ne suis pas comme vous, moi. Je respecte le règlement qui nous est imposé.
Sirius se sentit rougir. Remus n'en menait pas large non plus.
- C'est petit, ça, bougonna Sirius. Bon, si c'est pas une prof de Poudlard, c'est quelqu'un de Sainte-Mangouste ? Vu que t'es souvent fourré là-bas... Tu l'emmènes dîner et ensuite vous allez à l'hôtel ?
- Je ne répondrai à aucune de ces questions. Allez, passez une bonne soirée.
- C'est plutôt à nous de te dire ça.
- Sirius, la ferme. Bonne soirée à toi aussi, Severus.
Snape fit un signe de tête et s'en alla.
- J'aurais vraiment aimé savoir qui est cette femme que Snape va retrouver, regretta Sirius. Tu crois que si je cuisine Draco, il va me le dire ?
- Il faudrait déjà qu'il soit au courant, rappela Remus.
- Ils sont proches, tous les deux, Snape a forcément dû le lui dire.
- Et toi alors ? Tu es bien proche de Harry et pourtant tu ne lui as rien dit pour nous.
- Ce n'est pas pareil, objecta Sirius. Toi et moi, c'est juste du sexe. Je me vois mal dire à mon filleul de quinze ans que je m'envoie simplement en l'air avec son directeur de maison !
Remus sembla blessé. Sirius s'en voulut aussitôt.
- Pardon, ce n'est pas ce que je voulais dire...
- Si, ça résume parfaitement bien ce que tu penses de notre relation. Pour toi il n'y a que du sexe. Tu refuses de voir qu'il y autre chose entre nous.
- Nous sommes amis, Remus. Bien sûr qu'il y a autre chose entre nous. Ce que je voulais dire, c'est que ce n'était pas comme si nous étions en couple.
- Oui, c'est sûr, dit Remus avec un sourire forcé. Bon, est-ce que tu veux aller dîner dans la Grande Salle ce soir ?
Sirius grimaça. Cela parut suffire comme réponse pour Remus.
- D'accord, on va rester là.
- Mais il faut que tu surveilles tes élèves...
- Tant que j'assiste à deux repas par jour, je peux sécher le troisième.
- Ah oui, c'est vrai. Tant mieux, alors. Je n'ai vraiment ni la foi, ni le courage de me traîner jusqu'à la Grande Salle.
- Je comprends. Tu seras mieux ici avec ton loup-garou adoré qui va te préparer une bonne soupe bien chaude.
- Tu me fais saliver, Remus.
- C'est le but. Et juste d'avant d'aller te coucher, tu pourras boire une tasse de ma tisane relaxante. Ça t'aidera à dormir.
- C'est une bonne idée, reconnut Sirius. Je ne vais sûrement penser qu'à Harry alors ce serait bien si je pouvais avoir quelque chose pour me détendre. J'espère juste que ça va m'éviter aussi de faire des cauchemars... C'est déjà assez dur comme ça de revoir la scène éveillé alors je n'imagine même pas ce que ce serait pendant mon sommeil... C'était vraiment horrible, Remus. Je ne devrais pas faire ce parallèle mais l'espace de quelques secondes, j'ai cru revoir James. Tu sais, au tout début de notre septième année...
- Oui, je me souviens. Quand il est tombé de son balai lors du premier entraînement ?
- C'est ça. Il gisait, par terre, inconscient. Il s'était pris un très mauvais coup là où il fallait pas, alors il aurait dû être en train de se tordre de douleur mais non, il ne bougeait pas. J'ai vraiment eu peur. Je m'attendais à ce qu'il se relève d'un coup et qu'il lance «Ah, je vous ai bien eus !» mais il n'a rien fait de tout ça. Il a vite été transporté à l'infirmerie et il a fallu attendre tard le soir pour avoir de ses nouvelles. Il s'est réveillé le lendemain matin mais il ne voulait voir personne. Même pas moi.
- Ni même Lily, ajouta Remus.
- C'est moi qui l'avait suppliée d'aller le voir, se rappela Sirius en souriant. Elle pensait qu'il allait être lourd, qu'il allait en profiter pour la draguer mais elle s'est bien trompée puisqu'il n'a pas voulu de sa visite.
- Je peux te le dire maintenant, ça l'a beaucoup vexée, avoua Remus, amusé. La tête de James avait déjà un peu dégonflé depuis la rentrée, et c'était tout ce que Lily attendait pour s'intéresser à lui. Le vent qu'elle s'est pris a été donc un peu difficile à digérer. Mais elle ne s'est pas laissée faire. Elle a persisté et elle est retournée à l'infirmerie. Elle est revenue à la salle commune avec les yeux rouges. Elle n'a jamais voulu me dire ce qui s'était passé. Elle avait l'air triste et remuée mais elle m'a assuré que James n'avait rien fait de mal. Elle nous a dit qu'il avait juste besoin d'un peu de temps pour s'en remettre, qu'il souffrait et que c'était pour ça qu'il ne voulait voir personne. Trois jours ont passé, ça allait mieux et il a bien voulu nous voir.
- Moi en preums, évidemment, se vanta Sirius. Il est sorti de l'infirmerie une semaine après et trois semaines plus tard, il sortait avec Lily.
- Et ils ne se sont jamais quittés depuis. Ils s'aimaient tellement... Je crois même que c'est Lily qui a convaincu James de reprendre le Quidditch. Il n'avait pas spécialement peur, c'était mal le connaître, mais il n'en avait tout simplement pas envie. Ça a un peu douché son amour pour le Quidditch, cette histoire.
- Oui, il n'a jamais réussi à retrouver toute sa passion d'avant. Quelque chose s'était cassé. Il n'avait plus le même goût pour le Quidditch. Lui qui était pourtant tellement heureux de jouer au poste de poursuiveur depuis sa sixième année... J'en ai parlé à Harry mais je ne lui ai pas raconté cette partie de la vie de son père. Je n'ai pas estimé ça nécessaire.
- Tu as eu raison. James n'aurait peut-être pas voulu que tu le lui racontes. Même si c'est un peu à la suite de cette histoire que ses parents se sont mis ensemble...
- Il n'a pas besoin de le savoir, affirma Sirius. Je préfère laisser travailler son imagination.
- Oui, enfin là, en ce moment, il doit surtout se reposer, rétorqua gentiment Remus.
- En effet, admit Sirius. Il n'est pas trop en état de penser à la façon dont ses parents ont commencé à sortir ensemble... Bon, est-ce que tu veux que je t'aide à faire à manger ?
- Je veux bien, oui. Vu qu'on mange une soupe ce soir, tu pourras m'aider à couper les légumes. Par contre, hors de question que tu me déconcentres !
- Comme si c'était mon genre ! s'offusqua Sirius.
- Je pensais plutôt que tu allais me dire «Je n'ai pas la tête aux câlins», se moqua Remus.
- Oui bah les deux à la fois, bouda Sirius. D'une, c'est pas mon genre, et de deux, j'ai pas envie.
- On repassera pour les négations.
Sirius ouvrit la bouche, choqué par cette remarque.
- Bon, allons-y, la soupe ne va pas se faire toute seule, reprit Remus.
- T'as de la chance que je n'aie rien d'autre à faire que de t'aider sinon tu te la mettrais là où je pense, ta soupe.
- Je peux toujours essayer mais elle sera mieux dans nos ventres que dans...
- Ok, c'est bon, on y va ! cria Sirius.
Fier de lui, Remus arbora un sourire narquois et se rendit à la cuisine, Sirius sur les talons. Celui-ci secoua la tête, dépité. Remus n'allait jamais cesser de le surprendre. Sirius pensait le gêner avec une allusion un peu osée et c'était Remus qui avait réussi à le mettre mal à l'aise ! C'était frustrant. Mais il adorait ce genre de moments où ils se chamaillaient. C'était exactement ce dont il avait besoin en cet instant-même. Et Remus en était parfaitement conscient. Sirius ne savait pas ce qu'il ferait sans lui. Remus était son pilier. Il lui était indispensable. Mais il était encore loin d'imaginer à quel point...
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Voilà pour aujourd'hui ! Oui, j'ai encore maltraité Harry et Théo, mais l'explosion n'a rien provoqué de grave et leur séjour à l'infirmerie va se révéler trèèèèèès important :) Je vous dis à dimanche prochain pour le quarante-septième chapitre qui s'intitulera «Retrouvailles, complications et Drarry» =) Bisous tout le monde !
