Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le quarante-huitième chapitre de SAMLP =)

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Zackos : Désolée, les POV ne se suivent pas toujours XD Je suis peut-être un peu sadique, mais c'est toujours pour une bonne raison XD Si, si, j'le jure XD Ravie que le chapitre t'ait plu =)

Mel : Je comprends parfaitement que ça puisse être difficile de reviewer chaque chapitre XD Oui, il s'est passé tellement de choses qu'il est impossible de se souvenir de tout XD Je suis contente que la scène entre Severus et Tonks et la déclaration de Justin à Théo t'aient plu *-* Ils méritent d'être enfin heureux, il va encore y avoir quelques obstacles sur le chemin mais ils vont tenir bon *-* Je pense qu'on est tous fiers de Harry, il va de l'avant, ce brave petit XD Je crois qu'on oublie tous parfois que ce sont des personnages fictifs XD Je parle d'eux avec ma sœur comme s'ils étaient de vraies personnes, surtout qu'ils ont tendance à faire ce qu'ils veulent sans tenir compte de ce qu'avait prévu l'auteur(e) XD Ça me fait hyper plaisir que tu aies aimé le moment Drarry *-* Il leur a fallu du temps mais ça y est, ils sont enfin ensemble ! La relation entre Harry et Draco devrait être assez calme, je n'ai pas trop le coeur à les faire se disputer trop souvent XD Mais les rares fois où ils vont se prendre la tête, ça va sûrement être explosif, en effet XD Heureuse que l'histoire te plaise toujours autant =)

Butterfly Fictions : Contente que tu aies aimé le moment entre Severus et Tonks =) Ça va rester difficile pour eux de se voir mais ils ont encore plein de pas à franchir dans leur relation *-* Théo a fait une réaction allergique à un des composants de la nouvelle potion qu'il devait prendre et qu'il ne reprendra plus jamais XD Mais ça a tellement chamboulé l'organisme de Théo que ça aura eu au moins l'effet de calmer sa magie XD Pour ce qui est du troisième allèle, le sujet va revenir sur le tapis pendant les vacances de Pâques et l'intrigue connaîtra son dénouement au tout début du deuxième tome :) Et ça va expliquer partiellement le mystère qui entoure la relation entre Harry et Théo mais vous ne le saurez pas sur le moment, il faudra attendre que toute la lumière soit faite à ce sujet pour voir le lien entre tout ça :) Tu ne vas plus attendre bien longtemps pour voir la rupture entre Justin et Emily XD Oui, raconter son viol était la dernière étape pour pouvoir tourner la page et se sentir prêt à s'engager dans une nouvelle relation =) Alors l'officialisation n'est pas pour tout de suite XD Comme rien n'est jamais simple avec eux, il va y avoir plein d'obstacles qui vont sans cesse retarder l'officialisation XD Mais il y aura bel et bien la réaction de Severus, Sirius, Remus et les amis de Harry et Draco =) Il y aura des moments avec toute la bande, il y en a déjà plusieurs d'écrits =) Pour les ruptures dans ce chapitre, l'une d'entre elles est définitive (pas besoin de dire laquelle XD) et l'autre est un peu plus compliquée à définir XD

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Merci à tous pour vos reviews et merci à tous ceux qui continuent à lire cette histoire =) Je vous laisse avec le nouveau chapitre et je vous souhaite une agréable lecture avec un bon thé, un bon chocolat chaud, un bon café, de bons petits gâteaux … ou rien du tout pour éviter les bêtises XD (oui, une tasse qui se renverse, c'est vite arrivé XD)

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Warning : Ce chapitre continent une scène sexuellement explicite. N'en voulez pas trop à ce personnage, il fait un peu n'importe quoi dans ce chapitre XD

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48 – Déni, rupture et double annonce

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(vendredi 16/02) POV Sirius

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- Bon, ça suffira pour aujourd'hui. Vous avez bien travaillé et vous avez fait de gros progrès. Je suis fier de vous. Vous pouvez y aller.

Les élèves ne se firent pas prier et quittèrent la salle de classe dans un joyeux brouhaha. Sirius vit Harry qui traînait en rangeant ses affaires et s'avança vers lui.

- Tout va bien ? s'enquit-il.

Harry leva la tête et sourit.

- Oui, ça va super.

- La semaine n'a pas été trop dure ?

- Un peu fatigante mais ça a été. Je sens bien que je ne suis pas totalement remis de l'explosion. Je me sens plus faible qu'avant mais c'est très léger donc ce n'est pas très gênant. En plus, le professeur Snape m'a dit que ça allait passer. Il faut juste que je continue à prendre mes potions. Le seul souci c'est que, du coup, vu que je suis encore un peu trop faible, je dois attendre lundi pour refaire de la magie. C'était le scénario le plus pessimiste puisque l'hypothèse que je puisse reprendre la pratique vendredi semblait privilégiée. Je me suis donc un peu ennuyé lors des cours pratiques mais j'ai eu des choses à faire, donc j'ai pu m'occuper.

- C'est le principal. Je sais que c'est long mais il ne faut prendre aucun risque.

Harry acquiesça. Il sembla vouloir dire quelque chose mais se ravisa. Sirius fut tenté de le pousser à parler mais il ne voulut pas le brusquer, Harry étant plus sensible que d'habitude à cause des potions qu'il devait prendre.

- Bon, si tu n'as rien à me dire, tu peux y aller. Si tu veux venir ce week-end, tu es le bienvenu. Tu peux même rester dormir, tant que dimanche soir tu es de retour dans ton dortoir.

- Je sais, et ce n'est pas impossible que demain soir, vous me voyiez devant votre porte avec un petit sac de voyage, dit Harry, amusé.

Sirius sourit et ébouriffa les cheveux de son filleul.

- On espère te voir venir, alors. Allez, file.

Harry sourit à son tour, prit son sac et s'en alla. Sirius revint à son bureau, rangea parchemin, plume et encrier dans sa mallette et après s'être assuré de n'avoir rien oublié, il quitta lui aussi sa salle de classe. Il prit la direction de ses appartements mais s'arrêta plusieurs fois pour discuter avec Filius, puis Pomona, puis Aurora qu'il croisa tous les trois sur son chemin. Il avait hâte de rentrer mais il ne disait jamais non pour parler avec un de ses collègues. Lorsqu'il arriva enfin à ses appartements et qu'il ouvrit la porte, il sentit aussitôt une délicieuse odeur de poulet lui monter aux narines. Curieux, il se rendit à la cuisine et vit Remus qui était en train d'éplucher des tomates.

- Qu'est-ce que tu nous prépares ? s'intrigua Sirius.

- Une salade composée à base de poulet. C'est froid mais c'est assez consistant.

- Ça m'a l'air succulent. Il y a quoi dedans ?

- Du poulet, des tomates, des oeufs, du maïs et de la salade.

- Si j'étais Padfoot, je me lécherais les babines.

- Je croyais que c'était un comportement inapproprié pour un Animagus ? se moqua Remus. Que les vrais chiens étaient les seuls qui avaient le droit de faire ce genre de choses ?

Sirius feignit l'étonnement.

- J'ai dit ça, moi ?

- C'est ça, fais l'innocent. Vu que tu n'es pas Padfoot, tu peux peut-être m'aider et t'occuper de faire cuire les œufs ?

- Je reviens du boulot, Remus.

- À seize heures aussi je revenais du boulot et je m'y suis pourtant mis aussitôt. Mais si tu as autre chose à faire, je comprendrais.

- Non, je n'avais pas l'intention de corriger des copies ou de préparer des cours. Bon, si je t'aide, est-ce que j'aurai droit à une récompense ?

- Je peux en trouver une mais pas celle que tu penses.

- Pourquoi ? demanda Sirius, déçu.

- Je préfère qu'on évite de se sauter dessus. Ne te méprends pas, j'en ai autant envie que toi mais ce sera plus raisonnable comme ça.

- Raisonnable ? Je ne vois pas ce qu'il y a de raisonnable à me frustrer !

- C'est pour ton bien. Je ne veux pas te blesser.

- Tu m'as déjà sorti ça il y a trois semaines quand tu as voulu avoir d'autres appartements à cause de la pleine lune qui approchait ! Snape t'a donné des potions et elles ont fait effet durant les quelques jours qui te séparaient de la pleine lune. Là, elle est dans quinze jours, elle ne peut pas avoir d'effets sur toi. Alors dis-moi la vérité. Pourquoi tu ne veux plus qu'on ait de sexe ensemble ? Si tu couches avec quelqu'un d'autre, je préfère que tu me le dises tout de suite !

- Mais non, soupira Remus. Je ne peux pas en avoir envie alors ça ne risque pas d'arriver.

Sirius fronça les sourcils.

- Comment ça, tu ne peux pas en avoir envie ?

Remus poussa un autre soupir.

- Il est temps que je te parle. J'aurais dû le faire plus tôt mais je voulais attendre que la situation se calme sur tous les fronts. Je préférais que la pleine lune soit passée et que Harry ait repris les cours. J'avais prévu de t'en parler le week-end dernier mais avec ce qui s'est passé durant ton cours, je me suis dit que ce n'était pas le bon moment.

- Eh bien dans ce cas parle-moi maintenant, je t'écoute. Qu'est-ce que tu as à me dire ?

- C'est assez compliqué. J'ai peur de ta réaction. Je ne sais pas si tu vas me croire. Quand je suis allé voir Dumbledore pour avoir d'autres appartements et que c'est finalement Severus qui m'a aidé, il ne m'a pas seulement donné des potions. En fait, à la base, je voulais juste lui demander s'il existait une potion pour calmer mes pulsions à l'approche de la pleine lune. Seulement, pour ça, il fallait que je lui parle de toute notre relation. Je freinais un peu des quatre fers à cause de ça. Mais il a réussi à me convaincre de me confier. Nous sommes allés dans son bureau car on était en plein couloir et ce n'était pas vraiment le lieu adapté pour avoir ce genre de discussion. Une fois assis, je me suis lancé et je lui ai raconté ce qui se passait au niveau intime. Il a trouvé ça étrange, tout comme moi. Il m'a alors demandé de lui parler de notre relation dans la vie de tous les jours. J'ai commencé le récit par mon emménagement au Square. Je lui ai dit comment a évolué notre relation jusqu'à aujourd'hui. Je lui ai fait part des troubles qu'il y a eu dès l'été dernier, je ne lui ai pas parlé du premier baiser mais je lui ai dit qu'il y avait eu des dérapages et qu'on s'était expliqués à chaque fois. En revanche, je lui ai parlé de la façon dont a commencé notre sexualité commune. Puis je lui ai expliqué le besoin que nous avions à être toujours ensemble et du manque qui se faisait ressentir lorsque tu n'étais pas près de moi. Je lui ai vraiment parlé de tout, sans rien oublier, mais sans aller dans les détails. Ce que je lui ai dit lui a suffi à se faire une idée de ce qui nous arrivait.

Remus fit une pause. Sirius, qui l'avait attentivement écouté jusque-là, redoutait ce que son amant allait lui dire. La pause dura à la fois pas assez et trop longtemps à son goût :

- Pour lui, il n'y avait qu'une seule explication. Il m'a demandé si j'avais l'impression que c'était le loup en moi qui me poussait à agir de la sorte envers toi. J'ai été stupéfait car c'était exactement ça. Je lui ai raconté les fois où j'ai senti le loup agir à ma place et c'est là que je lui ai relaté le premier baiser ainsi que la relation sexuelle que nous avions eue le jour-même. Je lui ai dit qu'à chaque fois que le loup prenait possession de moi, c'était à l'approche de la pleine lune et ce détail a achevé de le convaincre. Son hypothèse est devenue une réalité.

Sirius sentit son coeur cogner douloureusement dans sa poitrine. Il ignorait pourquoi mais il sentait que ce que Remus allait lui dire allait changer sa vie pour toujours. Mais Remus faisait de nouveau une pause qui dura et qui se prolongea un peu trop au goût de Sirius.

- Bon, vas-y, crache le morceau, finit-il par s'impatienter. C'est quoi l'hypothèse de Snape ?

- Je te l'ai dit, ce n'est plus une hypothèse mais une réalité, corrigea Remus.

Il sembla prendre une grande inspiration avant de se lancer :

- Il m'a dit... il m'a dit que tu étais le compagnon de mon loup. Nous sommes liés pour toujours.

La stupéfaction figea Sirius sur place. Il n'avait pas besoin de savoir ce que c'était que cette histoire pour comprendre que c'était sérieux.

- Attends, qu'est-ce que tu veux dire par-là ? demanda-t-il d'une voix faible.

Remus lui expliqua alors tout ce que Snape lui avait dit sur ce concept de compagnon attiré du loup d'une personne lycanthrope. Il lui parla des conditions qu'un loup-garou devait remplir pour avoir un compagnon naturel, de la façon dont le lien se réveillait, des raisons pour lesquelles le leur avait mis autant de temps à se dévoiler, de l'intensité de l'amour et de la dépendance qui existaient entre le loup-garou et son compagnon, du fait que des disputes et des infidélités pouvaient survenir entre eux malgré le lien et du contexte dans lequel ces infidélités pouvaient avoir lieu. Remus termina ses explications en précisant que s'il y avait tromperie, que ce soit du côté du loup-garou ou du côté du compagnon, c'était qu'il y avait forcément eu une dispute avant. Il se tut sur ces mots, attendant de toute évidence la réaction de Sirius. Celui-ci eut besoin de quelques minutes pour assimiler tout ce que venait de dire Remus. Il trouvait cette histoire de compagnon très belle et était content que les loups-garous gay puissent connaître le bonheur grâce à leurs compagnons, eux qui étaient rejetés et malheureux à cause de leur condition. Mais il pensait cependant que Snape faisait fausse route. Il en était même sûr.

- Tout ça est très touchant, Snape a l'air de maîtriser le sujet sur le bout des doigts mais je crois que tu lui fais un peu trop confiance. Ou, plutôt, tu manques de recul par rapport à ce qu'il te dit. Je n'ai aucun doute quant au fait que ce concept de compagnon existe réellement, même si c'est la première fois que j'en entends parler, mais je ne suis absolument pas concerné. Je ne suis pas le compagnon de ton loup, Remus. Snape se fait des idées.

- Je savais que tu allais nier mais il faut que tu vois la réalité en face, Sirius. Le lien entre un loup-garou et son compagnon correspond parfaitement à notre relation. La dépendance, le fait qu'on ait davantage de désir l'un envers l'autre à l'approche de la pleine lune, le fait que mes pulsions soient difficilement contrôlables durant cette même période, le fait que le loup agisse à ma place avec toi...

- Oui, vu comme ça, tout correspond, en effet, mais tu essaies de te persuader toi-même, là. Snape t'a mis cette idée en tête et tu ne veux pas t'en défaire car ça te permet d'avoir des réponses à toutes les questions que tu te poses sur notre relation. Mais il se trompe, Remus. Et toi aussi. Je ne suis pas ton compagnon et nos vies ne sont pas liées pour toujours. Tu as peut-être un compagnon quelque part mais ce n'est pas moi. Il faut que tu te sortes cette idée de la tête. Nous sommes juste deux amis qui ont du désir l'un envers l'autre et qui ont une relation très forte. Mais il n'y a pas d'amour, pas de lien et encore moins d'appartenance.

- Tu sembles tellement croire à ce que tu dis, dit tristement Remus. Mais là c'est toi qui essaie de te convaincre toi-même. Il paraît que c'est normal que tu aies une période de déni alors je ne vais pas t'embêter plus longtemps avec ça. De toute façon, tu vas bien être obligé d'accepter la réalité quand le lien s'imposera à toi.

- Mais il n'y a pas de lien, Remus ! s'énerva Sirius. Arrête avec ça ! Reviens à la raison, bon sang ! Tu es censé être quelqu'un de terre-à-terre, je n'arrive pas à croire que tu te laisses convaincre aussi facilement par quelque chose qui ne se trouve pas dans les livres !

- Crois ce que tu veux, s'entêta Remus. Mais tant que tu refuseras le lien, je refuserai d'avoir du sexe avec toi.

- Quoi ? T'es sérieux ? Tu me fais du chantage maintenant ?!

- Prends ça comme tu veux. Mais c'est aussi pour ton bien. Le lien me pousse à vouloir m'unir avec toi. Dès qu'on commence à se chauffer, j'ai envie de te faire mien. Je sais que tu ne serais pas contre mais je ne veux pas le faire tant que tu n'auras pas accepté le lien. Surtout que je pourrais te blesser à cause du loup qui sentira ta réticence.

Sirius regarda Remus avec effarement.

- Tu es vraiment atteint, ma parole. Le lien, le lien, le lien, tu n'as plus que ce mot-là à la bouche ! Il t'a vraiment retourné le cerveau avec ses conneries, c'est fou. Mais tu sais quoi ? Je m'en fiche que tu ne veuilles plus de sexe avec moi. Je n'ai qu'à sortir pour me trouver quelqu'un avec qui passer du bon temps. Et c'est exactement ce que je vais faire. Régale-toi avec ta salade, en plus de tes copies, ce sera la seule compagnie que tu auras ce soir.

Sirius planta Remus sur ces mots, quitta la cuisine et sortit de leurs appartements. Pendant un bref instant, il fut tenté d'aller s'expliquer avec Snape mais il décréta qu'il n'avait pas envie de se prendre davantage la tête avec cette histoire qui n'en valait même pas la peine. Il verrait ça un autre jour. Il était en revanche bien décidé à passer la soirée et la nuit en-dehors de Poudlard et à prendre du bon temps avec la première personne qu'il trouverait à son goût. Mais il voulait d'abord faire la tournée des bars. Il avait besoin de se changer les idées. Mais il ne voulait pas le faire seul. Il eut alors l'idée d'emmener Brian avec lui. Même si Sirius avait beaucoup bu lorsqu'il était allé boire un coup avec son collègue trois mois plus tôt, il se souvenait qu'il s'était bien amusé. Brian avait été d'excellente compagnie. Sirius ne réfléchit donc pas plus longtemps et prit la direction des appartements de son collègue. Une fois arrivé, il frappa quelques coups à la porte. Brian ne tarda pas à venir lui ouvrir. Il parut surpris de le voir.

- Oh, je ne m'attendais pas à ce que soit toi. Entre, ne reste pas planté là.

- Non, ce ne sera pas la peine, assura Sirius. Je voulais juste te demander si tu serais d'accord pour aller faire la tournée des bars avec moi.

Brian resta quelques secondes sans réagir. Il semblait pris au dépourvu.

- Tu me prends un peu de court, là, finit-il par dire. Ce n'était pas vraiment prévu que je sorte...

- Tu as mieux à faire ?

- Non, pas vraiment, admit Brian. Mais je ne suis pas très à l'aise quand il y a des imprévus comme ça.

- Désolé, l'envie d'aller me mettre la tête à l'envers m'est venue d'un coup, s'excusa Sirius, amusé. Je ne pouvais donc pas vraiment prévoir et encore moins te prévenir à l'avance. Mais je ne veux pas te forcer. Si tu préfères rester là, je comprendrais.

Brian secoua la tête.

- Non, ça me fera du bien de sortir. Merci d'avoir pensé à moi, en tout cas. Tu n'as trouvé personne d'autre pour t'accompagner ?

- Tu es le seul à qui j'ai demandé, en fait, avoua franchement Sirius. Et je n'avais pas l'intention de chercher un autre copain de beuverie. Je me suis souvenu de notre première sortie et je me suis dit que ce serait cool de recommencer. Je tiendrai un peu plus l'alcool, cette fois, ajouta Sirius en riant. Allez, on y va !

- Je prends mes affaires et je reviens.

Brian s'éclipsa et revint quelques secondes plus tard avec un sac en bandoulière.

- Allons-y !

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Deux heures plus tard, Sirius et Brian avaient déjà fait deux bars et étaient en route vers un troisième. Ils étaient encore sobres malgré les quatre verres qu'ils avaient bus. Mais ils n'avaient pas commandé un alcool très fort et les verres étaient assez petits. Ils étaient donc en pleine possession de leurs moyens et trouvèrent facilement un autre bar. Ils s'installèrent dans un coin assez calme et attendirent le serveur qui vint vite les voir. Ils choisirent cette fois-ci un alcool plus fort.

- Il était bien, le bar d'avant, fit remarquer Brian alors qu'ils commençaient à boire.

- Oui mais il se remplissait un peu trop. Ça m'a effrayé.

- Tu as toujours un problème avec la foule ?

Sirius acquiesça.

- Il faudrait que j'en parle avec ma psychomage mais je n'ai plus du tout le temps de la voir. Je sais que ce n'est pas bien d'interrompre une thérapie pendant aussi longtemps mais je n'ai vraiment pas une minute à moi. Enfin, si, la preuve en ce moment-même, mais je suis libre après les cours, quoi. Ça ne laisse pas beaucoup de temps pour une séance, étant donné que les cabinets des psychomages ferment vers dix-neuf heures.

- En effet. Le temps de sortir du château, d'arriver à la zone de transplanage et d'aller au cabinet, tu ne pourrais même pas avoir un rendez-vous à dix-sept heures pile. Tu aurais une séance d'une heure et demie, à peine. Pour quelqu'un qui n'a pas revu sa psychomage depuis longtemps, ce ne serait pas suffisant. Mais il faudrait que tu la revois quand-même assez vite. Tu en as visiblement besoin.

- Je sais, et il n'y a pas que ma phobie de la foule dont je dois lui parler. J'aurais plein de choses à lui dire. Je compte bien retourner la voir dès que j'aurai un peu de temps libre. J'attends juste que Harry ait retrouvé pour de bon le chemin des cours sans catastrophe au bout d'une semaine pour reprendre la thérapie.

- Je vois. Il a de la chance d'avoir un parrain comme toi. Tu lui es complètement dévoué, c'est juste adorable. Tu vas me dire que c'est normal mais ça n'en reste pas moins touchant. Tout le monde ne sacrifierait pas son bien-être mental pour se consacrer pleinement à leur filleul.

- Je l'aime, tout simplement, dit Sirius. C'est plus qu'un filleul, pour moi. Je ne remplacerai jamais son père mais je le considère comme mon fils.

- Et lui te considère sûrement comme son père.

- Peut-être, mais comme il n'a jamais eu de figure paternelle, je ne sais pas comment il me voit. En tout cas, j'espère qu'il ne lui arrivera rien pendant mon absence. Je m'en voudrais d'apprendre qu'il a eu un problème alors que j'étais en train de boire un coup avec un collègue...

- Je comprends, mais tu as le droit de sortir prendre l'air et de te changer les idées. Et puis tu n'as pas à t'en faire pour ton filleul. S'il a un problème, il a du monde autour de lui. Il saura à qui s'adresser. Il ne t'en voudra pas de ne pas avoir été là. Au contraire, ça lui ferait plaisir de savoir que tu es sorti t'amuser un peu.

- Tu as raison. Je crois que ça le gênerait d'apprendre que je sacrifie ma vie sociale pour être à ses côtés en permanence.

- Raison de plus pour ne pas te sentir coupable, alors. Allez, profite de cette soirée et ne pense à rien d'autre qu'à te vider la tête.

Sirius acquiesça et but d'un coup le reste de son verre.

- Ah oui, toi c'est tout ou rien, se moqua Brian.

- Exactement. Et je vais en reprendre un tout de suite !

Sirius commanda un autre verre, très vite imité par Brian. Ils se mirent à enchaîner les verres et ne restèrent pas sobres très longtemps. Mais Sirius s'en fichait. Il se sentait bien. Et c'était tout ce qui comptait. C'était pour ça qu'il était sorti. Pour aller mieux. Il savait que ce n'était que provisoire, que le lendemain il regretterait sa soirée de beuverie, que ses soucis seraient toujours là, que la situation avec Remus n'aurait pas changé, mais il ne voulait pas y penser pour le moment. Alors il profita de cette sortie et ne fit pas attention au nombre de verres qu'il but. Ce ne fut que sur les coups de deux heures du matin qu'il rentra à Poudlard avec Brian. Il tenait debout et n'eut pas besoin de s'appuyer sur son collègue, contrairement à la fois précédente. Mais Brian marchait quand-même un peu plus droit que lui.

- Tu veux que je te raccompagne à tes appartements ? demanda-t-il.

- Ce serait plus raisonnable, oui, admit Sirius.

- Espérons que Remus ne soit pas encore couché.

Sirius se figea en entendant le nom de son... ami ? Collègue ? Colocataire ? Ex-amant ? Il opterait plutôt pour cette dernière proposition. Quoi qu'il en soit, il ne se sentait pas prêt à le voir. Il préférait attendre le lendemain pour l'affronter.

- Tout compte fait, je veux bien que tu me ramènes mais à mon bureau.

Brian haussa les sourcils.

- Tu as l'intention de travailler ?!

- Non, je vais juste y passer la nuit.

- Mais... pourquoi ? Tu seras bien plus à l'aise dans tes appartements !

- Je ne veux pas réveiller Remus.

- Tant que tu ne fais pas de bruit, ça ira.

- C'est un loup-garou, il a une ouïe sur-développée.

- Ah oui, c'est vrai... Mais tu ne vas pas être confortable du tout dans ton bureau. Tu vas avoir mal au dos. Même si tu dors par terre...

- Je n'ai nulle part d'autre où aller...

- Tu n'as qu'à venir chez moi.

- Veux pas te déranger...

- Puisque je te le propose. Je préfère te savoir dans mes appartements qu'avachi sur ton bureau avec un beau torticolis dans quelques heures quand tu te réveilleras.

- Bon bah je veux bien alors. T'as un canapé ?

- Comme tous nos collègues, oui. Enfin j'imagine. Je ne vois pas pourquoi je serais le seul à avoir ce privilège. D'autant plus qu'il est encore plus confortable que le lit. Allez, viens.

Sirius acquiesça et emboîta le pas à son collègue. Ils arrivèrent aux appartements de Brian quelques minutes plus tard.

- Tu veux aller te coucher directement ?

Sirius voulut répondre mais un bâillement l'en empêcha.

- Je crois que j'ai ma réponse, plaisanta Brian. Je vais te laisser, alors. Bonne nuit.

Sirius lui souhaita de même et s'allongea tandis que Brian quittait le salon. Sirius se retrouva dans le noir, seul. D'habitude, ça ne le dérangeait pas. Il dormait toujours seul. Mais là, il se sentit triste. Il ne voulait pas être seul. Il savait que son état d'ébriété y était pour quelque chose et que ça le rendait plus sensible que d'ordinaire. De plus, il était dans des appartements qu'il ne connaissait pas. Dans un salon qu'il ne connaissait pas. Dans un canapé qu'il ne connaissait pas. Et, surtout, il n'y avait pas Remus. C'était ça, le fond du problème. Remus lui manquait. La colère était retombée pour laisser place à un sentiment de solitude et de tristesse. Mais il ne pouvait pas rentrer. Il ne saurait pas quoi lui dire. En plus, il ne se voyait pas débarquer à deux heures du matin, bourré comme un coing... Il valait mieux qu'il dorme d'abord quelques heures. Ensuite il verrait. En attendant, il était seul. Et ça l'oppressait. Il savait qu'il y penserait moins s'il essayait de dormir mais il était trop agité pour cela. En plus, la fatigue liée à l'alcool semblait s'être envolée. Il n'avait donc rien à faire ici. Brian l'avait invité chez lui pour passer une nuit décente, or il n'arrivait pas à dormir. Il avait besoin d'apaiser son esprit et une petite promenade dans le château allait l'y aider. Une fois calmé, il ne reviendrait pas ici mais il irait plutôt dans son bureau, comme il l'avait initialement prévu. Ce serait loin d'être aussi confortable que le canapé sur lequel il était allongé actuellement mais il serait dans un endroit qui lui était familier. Ce serait plus rassurant. Mais avant d'aller faire quoi que ce soit, il devait prévenir Brian. Il l'avait gentiment invité, il ne pouvait donc pas partir comme ça sans le lui dire. Mais peut-être devrait-il attendre un peu avant d'aller le voir ? Il venait de décider sur un coup de tête d'aller se promener et de passer le reste de la nuit dans son bureau, mais peut-être le regretterait-il durant sa balade ? Il était bourré, il ne savait pas ce qu'il faisait. Un peu perdu, il choisit quand-même d'aller voir Brian, mais sans savoir pourquoi. Il se mit debout, tituba légèrement et attendit d'être stable sur ses appuis pour avancer. Il quitta le salon et fit le tour des pièces jusqu'à trouver la chambre de son collègue. Il frappa et ouvrit la porte après avoir entendu un «Entrez». Il découvrit Brian en train de lire un livre. Il leva cependant vite les yeux vers Sirius.

- Quelque chose ne va pas ? s'inquiéta-t-il.

- Je n'arrive pas à dormir, j'ai donc voulu aller me promener et finir la nuit dans mon bureau, je me suis dit que je devais te prévenir mais j'ai changé d'avis et... je ne sais pas vraiment ce que je fais là, en fait.

- Tu as peut-être tout simplement besoin de parler ?

- Oui mais ce n'est pas trop l'heure pour ça...

- Qu'est-ce que tu as de mieux à faire ? Tu as l'air aussi fatigué que moi, c'est-à-dire pas du tout.

- C'est étrange pour deux personnes qui viennent de se prendre une cuite...

- On n'a pas tant bu que ça. Moins que la première fois, en tout cas. Et quand on a décidé de rentrer, ça faisait plus d'une heure qu'on avait arrêté de boire. On a papoté, papoté, papoté et c'est en voyant l'heure tourner qu'on s'est dit qu'il était temps d'y aller. Perso, j'ai eu un coup de barre à un moment mais après, c'est allé mieux. Ça me fait souvent ça.

- Ça, c'est parce que tu as fait une micro-sieste vers minuit, s'amusa Sirius.

- Tu en as fait une aussi, vers une heure, riposta Brian.

Ils s'affrontèrent du regard avant de se mettre à rire.

- Ça a bien fait rigoler le serveur, en tout cas, commenta Sirius. Il était sympa comme tout. Il faudra qu'on retourne à ce bar.

- Laisse-moi deux mois pour récupérer de cette cuite et on s'en refait une, plaisanta Brian. Bon, ne reste pas planté sur le pas de la porte, viens t'asseoir.

Sirius ne se fit pas prier et s'installa à côté de son collègue. Il grimaça.

- T'as raison, le canapé est bien plus confortable.

- Le lit est un peu plus dur mais on y dort très bien. C'est parce que les chaises des bars étaient dures que le lit ne te semble pas très confortable.

- Ah oui, peut-être, dit Sirius, distrait.

Il s'était mis sans le vouloir à détailler le visage de Brian. Malgré l'air sage et sérieux qu'il avait en permanence, cela se voyait qu'il était jeune. Sans cet air mature, Sirius lui aurait même donné moins que l'âge qu'il avait. Il ne sut alors pas pourquoi il eut soudain envie de l'embrasser. Peut-être parce qu'il était bourré, qu'il était très proche de Brian, qu'il était frustré à cause de Remus qui ne voulait plus qu'il le touche, qu'il s'était disputé avec lui et qu'il trouvait Brian très mignon... C'était sûrement un mélange de tout ça et ce mélange eut raison de lui. Il approcha son visage de celui de Brian mais il n'eut pas le temps d'effleurer ses lèvres que son collègue le repoussa.

- Sirius, ce n'est pas pour faire ce genre de choses que je t'ai proposé de venir là.

Brian prononça ces mots d'un ton ferme mais sans regarder Sirius dans les yeux. Et ce fut bien cela qui l'intrigua et qui le fit douter.

- Ose me dire que tu n'en as pas envie, alors, répliqua-t-il.

Brian ne répondit pas. Sirius s'apprêtait à lâcher l'affaire quand Brian le prit par surprise en attirant d'un coup son visage vers le sien. S'ensuivit un baiser d'abord maladroit, puis plus affirmé avant de devenir de plus en plus passionné. À partir de ce moment-là, Sirius ne contrôla plus rien. Il se laissa guider par ses envies et par ses pulsions, tout comme Brian. En quelques minutes, leurs vêtements se retrouvèrent au sol. Sirius surplombait Brian qui répondait avidement à chacun de ses baisers et chacune de ses caresses. Bientôt, cela ne fut plus suffisant et ils commencèrent inconsciemment à se frotter l'un contre l'autre. Sirius soupira sous le plaisir que lui procura ces délicieux mouvements de friction. Il était en érection depuis qu'ils s'étaient mis à se caresser et elle était devenue douloureuse tant il avait besoin de se soulager. Il sentait que Brian était dans le même état et voulut empoigner leurs deux sexes pour les amener plus vite à la jouissance mais son collègue l'en empêcha.

- Attends, je ne veux pas venir comme ça...

Sirius le regarda, surpris. Il ne comprenait pas ce que Brian voulait dire par-là. Celui-ci dut deviner ses interrogations car il précisa :

- Je te veux en moi.

Sirius resta bloqué pendant plusieurs secondes, ne s'étant pas attendu à ça. Mais l'idée lui parut très alléchante. Seulement...

- Je voudrais bien mais... je n'ai jamais fait ça avec un homme, avoua-t-il, gêné.

Brian sembla réfléchir un court moment – mais comment faisait-il ?! – avant de répondre :

- Normalement, il y a toute une préparation à faire mais ni toi ni moi ne sommes vraiment en état. Tu vas juste devoir bien lubrifier pour compenser et y aller doucement.

Sirius acquiesça et ramassa sa robe de sorcier par terre pour y prendre sa baguette. Heureusement qu'il connaissait quand-même le sort... Il le lança et dirigea son sexe vers l'intimité de son amant du jour, ou plutôt de la nuit. S'il n'était pas bourré, il aurait été en mesure de réaliser que ce n'était pas censé aller aussi vite et qu'il manquait forcément quelque chose. Mais il avait l'esprit trop embrumé par l'alcool pour faire attention à ce genre de détail. Il se souvint néanmoins de la mise en garde de Brian et fit de son mieux pour s'introduire le plus lentement possible en lui. Une grimace de douleur déforma pourtant le visage de son amant mais il semblait la supporter puisqu'il ne lui demanda pas de s'arrêter. Une fois complètement en lui, Sirius s'immobilisa. Malgré son état second, il put sentir à quel point c'était chaud et étroit. Bien plus que ce qu'il avait pu connaître avec les filles avec qui il avait couché durant sa jeunesse. Cela n'avait absolument rien à voir. C'était cent fois plus bon. Il eut envie de bouger mais il attendit que les traits de son amant se détendent. Il lui restait juste assez de lucidité pour ça. Lorsque la pression autour de son sexe se fit un peu moins forte, il s'autorisa enfin à se mouvoir. Il entama de longs va-et-vient qui les firent gémir tous les deux. C'était tellement bon que Sirius savait qu'il n'allait pas tenir très longtemps. Surtout dans l'état dans lequel il était... Il ne tarda donc pas à aller plus vite, encouragé par les gémissements de son amant. Gémissements qui se transformèrent soudain en cris, sans que Sirius ne sache pourquoi. Il se douta cependant que l'angle de pénétration n'y était pas pour rien. Il garda alors le même et se mit à donner de puissants coups de rein. À partir de là, le plaisir ne cessa de monter crescendo en lui. Le fourreau étroit dans lequel il s'enfonçait avec vigueur enserrait si délicieusement son sexe qu'il s'efforçait tant bien que mal de ne pas jouir à chaque poussée. Il accéléra de plus en plus le rythme et sentit la jouissance approcher. Sous lui, Brian s'abandonnait complètement et semblait prendre autant de plaisir que lui. Sirius continua à intensifier la cadence et ce fut lorsque Brian se resserra brusquement autour de lui qu'il jouit dans un long râle de plaisir. Il s'affala sur son amant qui grogna légèrement. Vidé et épuisé, il se retira et reprit sa baguette pour lancer le sort de nettoyage sur Brian et lui. Il sentit alors le malaise s'emparer de lui en se demandant ce qu'il convenait maintenant de faire. Il ne se voyait pas passer la nuit avec Brian mais il ne se voyait pas non plus rejoindre le canapé... Il posa son regard sur son collègue et vit qu'il s'était endormi. Il ne fut pas surpris. Après tout, Brian était lui aussi bourré et en plus ils... Sirius s'interrompit brusquement dans ses pensées. Il venait de réaliser pleinement ce qu'ils avaient fait. Il fut tellement choqué qu'il resta un moment sans bouger. Lorsqu'il reprit ses esprits, il sut ce qu'il devait faire, même si ce n'était pas classe du tout. Il se rhabilla en essayant de faire le moins de bruit possible et sortit de la chambre, puis des appartements toujours dans la plus grande discrétion. Une fois à l'extérieur, il se mit presque à courir vers les escaliers, souhaitant mettre un maximum de distance entre Brian et lui. Il monta au septième étage et se rendit à son bureau. Il exhala un soupir de soulagement lorsqu'il y entra. Il referma la porte derrière lui et s'y adossa. Il essaya de remettre de l'ordre dans ses pensées et, surtout, il tenta de comprendre ce qui avait bien pu lui passer par la tête. D'accord, il était bourré, mais ce n'était pas une raison... Il s'était jeté sur son collègue comme un animal incapable de résister à ses pulsions. Mais il n'y avait pas que ça. Même s'il n'était pas en couple avec Remus, il avait l'impression de l'avoir trompé en couchant avec Brian. Et il se sentait terriblement mal à cette idée. Il s'en voulait. Il regrettait et il aurait tout fait pour pouvoir revenir en arrière. Une force invisible le poussait à aller voir Remus, à s'excuser et à lui dire qu'il n'y avait que lui qui comptait à ses yeux. Il dut lutter pour ne pas obéir à cette force qu'il tentait de repousser. Il ne savait pas d'où elle venait. Enfin, s'il était honnête avec lui-même, il dirait qu'il savait mais qu'il refusait de l'admettre. Il ne voulait pas croire à cette histoire de lien. Il venait pourtant de prouver un détail dont lui avait parlé Remus. À savoir une infidélité après une dispute. Non, non et non, c'était forcément juste une coïncidence. Il essayait de s'en persuader mais il était malgré lui troublé par le fait qu'il avait couché avec Brian après s'être pris la tête avec Remus. Un vrai dilemme faisait rage dans son esprit. Si bien qu'il n'arriva bientôt plus à y voir clair. Cela l'angoissa tellement qu'il se mit à respirer avec difficulté. Il était en train de faire une crise de panique. Cela faisait un moment que ça ne lui était pas arrivé. La dernière remontait au début de la convalescence de Harry. Il avait fait de nombreuses crises d'angoisse durant les deux ans qui avaient suivi son évasion d'Azkaban. Mais là, ce n'était pas pareil. Avant, il réussissait à se calmer assez facilement. Là, il eut beaucoup de mal à retrouver un souffle normal. Lorsqu'il y parvint enfin, il était tellement épuisé qu'il s'endormit sur son bureau sans s'en apercevoir.

Quelques heures plus tard, ce fut avec la nuque endolorie et un solide mal de crâne qu'il se réveilla. Il ne mit pas longtemps à se souvenir de ce qui s'était passé durant la nuit. Il soupira et se décida à rentrer à ses appartements, ayant envie de retrouver Remus tout en craignant de le voir. Mais il était bien obligé de prendre son courage à deux mains. Il ne pouvait pas rester éternellement caché dans son bureau. Il le quitta donc et descendit les sept étages pour se rendre à ses appartements. Comme il le pensait, il tomba sur Remus en entrant dans le salon. Celui-ci l'entendit et leva les yeux vers lui. Sirius put y voir plusieurs émotions. Le soulagement, la rancœur, le regret, la tristesse... Mais rien de tout cela ne se fit ressentir dans le ton affreusement neutre que prit Remus lorsqu'il s'adressa à lui :

- J'ai fait du café. Si tu en veux, c'est dans la cuisine.

- Oh... merci, dit Sirius, déçu par cet accueil.

À quoi s'était-il attendu, franchement ? À ce que Remus lui saute dans les bras ? Cela aurait été un peu naïf de sa part d'espérer chose pareille. Il tourna les talons et alla dans la cuisine. Il vit en effet un pichet de café posé sur l'évier. Il s'en servit une tasse et décida de la boire sur place. Le manque de chaleur de Remus l'avait quelque peu refroidi. Il regretta de s'être autant énervé la veille au soir. S'il avait maîtrisé ses nerfs et essayé de discuter calmement avec Remus, il n'aurait jamais eu envie d'aller se changer les idées, il ne serait jamais allé boire avec Brian et il n'aurait jamais couché avec lui. Et Remus ne lui ferait pas la tête actuellement. Il se maudissait d'être aussi bête lorsque Remus vint le rejoindre. Sirius évita soigneusement son regard. Remus soupira.

- Je suis désolé pour l'accueil que je t'ai réservé. Ce n'était pas très cool de ma part.

Si Sirius avait peu apprécié la façon dont Remus l'avait salué à son arrivée dans le salon, il apprécia encore moins l'entendre s'excuser. Ce n'était pas à lui de demander pardon. Et ce fut ce qu'il lui dit :

- Tu n'as pas à t'excuser. Ce serait plutôt à moi de le faire. Je n'ai pas été très sympa hier soir. Je n'ai pas fait preuve d'une grande patience.

- Je ne t'en veux pas. J'ai peut-être un peu trop insisté et je comprends que ça t'ait énervé. Oublions ça, d'accord ?

Sirius acquiesça sans réfléchir. Il était trop heureux de s'être réconcilié avec Remus pour prendre le risque de lui dire qu'il n'allait pas pouvoir oublier aussi facilement cette histoire de lien. Il s'avança timidement vers Remus afin de l'embrasser et fut soulagé de constater qu'il ne le repoussait pas. Au contraire, il sembla accueillir avec joie le baiser qu'il lui offrit. Il s'enhardit et voulut se coller contre son loup-garou adoré mais à peine eut-il le temps de l'enlacer que Remus se dégagea d'un coup, l'air choqué. Sirius ne comprit pas. Qu'avait-il fait pour que Remus ait cette réaction ?

- Remus, quelque chose ne va pas ? s'inquiéta-t-il.

Son amant continua à le fixer pendant quelques secondes avant de répondre :

- Non, je... j'ai cru... Ce n'est rien, n'y pense plus. Je vais retourner travailler.

Sirius regarda Remus partir sans chercher à le retenir. Il était certain qu'il lui cachait quelque chose. Il aurait bien aimé savoir quoi mais il ne voulait pas insister et se fâcher avec Remus une nouvelle fois. Ce serait trop bête. Mais il n'y avait pas que ça qui le turlupinait. Avec tout ça, il ignorait où en était leur relation, si Remus avait changé d'avis, s'il attendait toujours qu'il accepte cette histoire de lien pour qu'ils redeviennent amants... C'était le flou complet et Sirius sentait que ce brouillard allait mettre du temps à se dissiper...

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(samedi 17/02) POV Justin

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Lorsque Justin arriva à l'infirmerie afin d'aller voir Théo, il tomba sur Harry qui en sortait. Il regarda le Gryffondor, inquiet.

- Rassure-moi, tu viens de rendre visite à Théo ? Ou à quelqu'un d'autre ?

Harry le fixa quelques secondes, l'air de ne pas comprendre, avant d'éclater de rire.

- Non, ne t'inquiète pas, je suis bien allé voir Théo ! Je ne suis pas blessé ou quelque chose comme ça.

- Ah, tant mieux. Non mais, avec toi, on ne sait jamais...

- Je sais, je suis un aimant à problèmes, pouffa Harry. Mais il ne m'est rien arrivé, cette semaine. Le fait que je n'aie pas fait de pratique doit y être pour quelque chose mais je trouve ça encourageant. Tu vas voir Théo aussi, j'imagine ?

- Tout à fait. Il va bien ?

- Oui, il est en pleine forme. Il est juste un peu agité mais c'est normal, il a hâte de sortir. En tout cas, ça va lui faire plaisir de te voir. Ça va sûrement le calmer un peu. Mme Pomfrey me dit qu'il est plus apaisé après mes visites mais je pense que c'est le cas aussi après les tiennes.

- Oui, Mme Pomfrey m'a dit la même chose. Entre autres.

Harry devait avoir un radar car il sembla deviner ce qui se cachait derrière «entre autres».

- Elle trouve les lèvres de son patient un peu trop gercées ? s'amusa-t-il.

Justin se mit à rougir, ce qui fit rire Harry.

- Il n'y a pas de honte à avoir, vous n'êtes pas les seuls ! Bon, je vais te laisser aller voir Théo, sinon je vais vous faire perdre du temps. À lundi en botanique si on ne se revoit pas avant.

Harry s'en alla sous les yeux d'un Justin toujours un peu gêné mais aussi songeur. Il réalisait à quel point il avait été injuste avec Harry durant leur deuxième et quatrième année. Ils s'étaient beaucoup rapprochés cette semaine, se croisant presque à chaque fois que l'un rendait visite à Théo tandis que l'autre en sortait, comme ça avait été le cas à l'instant. Ils avaient tous deux réussi à trouver un peu de temps pour aller voir Théo tous les jours. Ils avaient discuté devant la porte de l'infirmerie et, de fil en aiguille, ils avaient compris que Théo était autant important pour l'un que pour l'autre. Enfin, Harry était déjà au courant depuis un moment pour Justin. Ce dernier savait que, plusieurs semaines auparavant, Théo avait parlé au Gryffondor de leur relation assez compliquée. Il avait eu besoin de se confier à ce sujet et Harry avait visiblement été la bonne personne. Théo avait dit à Justin que son ami de Gryffondor l'avait écouté et avait tenté de l'aider sans juger qui que ce soit. Justin avait alors compris à ce moment-là que Harry était un ami très important pour Théo qui pouvait lui confier des choses dont il n'oserait pas parler avec ses amis de Serpentard. Justin était ravi que son petit-ami ait un confident qui était toujours là pour lui. Lui-même avait parlé de sa relation avec Théo à Harry et il avait trouvé ça très agréable. C'était la première fois qu'il avait pu en parler avec quelqu'un et ça lui avait fait beaucoup de bien. Justin estimait que les amis de Harry avaient de la chance de l'avoir dans leur entourage.

Il sortit de ses pensées et entra dans l'infirmerie. Mme Pomfrey vint le voir très vite et lui apprit que Théo était libre. Justin la remercia et se dirigea vers les paravents de son chéri. Il les ouvrit et tomba sur un Théo qui recopiait ses cours.

- Ça m'aurait étonné que tu ne sois pas en train de travailler, se moqua-t-il gentiment.

Théo leva la tête et sourit.

- Je n'ai que ça à faire. On s'ennuie vite, ici. Et puis, il faut bien que je rattrape mon retard.

- Je t'aurais bien prêté mes cours mais tu sais qu'ils ne sont pas terribles...

- Ne t'en fais pas, je me débrouille très bien avec ceux de Draco et de Hermione.

Justin haussa les sourcils.

- Je pensais que tu aurais uniquement ceux de Hermione.

- J'ai les siens pour dix matières, mais elle a eu la merveilleuse idée d'arrêter la divination durant la troisième année, plaisanta Théo. Du coup, Draco m'a prêté le cours de cette semaine.

- Tu n'as pas préféré demander à Harry ?

- Les cours de Draco sont plus fournis dans cette matière. Harry a fait des progrès partout durant sa convalescence mais la divination reste sa bête noire.

- Je le comprends, grimaça Justin. En tout cas, c'est sympa de la part de tes amis de t'aider à rattraper les cours. Mais j'aimerais bien que tu les laisses un peu de côté et que tu te concentres sur ton petit-ami qui a très envie de t'embrasser.

- Il suffit de demander, dit Théo en souriant.

Il n'en fallut pas plus à Justin pour poser ses lèvres sur celles de son Serpentard adoré. S'ensuivit un long baiser rempli d'amour et de tendresse. Justin essaya de se rapprocher le plus possible de Théo mais ce n'était guère évident à cause de la position assise de celui-ci contre la tête du lit. Justin dut alors se contenter de faire voyager ses mains dans le dos de Théo avant de les poser sur la taille fine qu'il aimait tant. Cependant, la frustration le poussa à s'enhardir et à profiter que Théo ne portait pas sa robe de sorcier pour glisser ses doigts sous son pull. Rien que le fait de sentir le ventre de Théo sous ses doigts faillit le faire défaillir. Sa peau était si douce... Il en avait déjà fait l'expérience une fois mais ça n'avait pas duré assez longtemps, Théo s'étant dérobé. Là, il se crispa mais ne repoussa pas Justin. Celui-ci s'inquiéta quand-même de la réaction de son petit-ami et voulut retirer ses mains mais Théo l'en empêcha.

- Non, laisse-les, murmura-t-il.

- Tu es sûr ? Je sais que tu n'es pas à l'aise avec ce genre de contact...

- Oui mais là c'est différent. Tu ne peux pas être tout près de moi, alors il faut compenser.

Justin sourit en comprenant que Théo pensait la même chose que lui.

- Et puis je sais que tu resteras sage.

- Ce n'est pourtant pas l'envie qui me manque de te faire tout un tas de choses. Mais je ne te forcerai jamais à rien. Je te laisserai tout le temps dont tu auras besoin. Je sais ce que c'est de se sentir obligé d'aller plus loin alors qu'on n'en a pas forcément envie et il est hors de question que je te fasse subir ça. Je t'aime et je ne veux que ton bonheur.

Théo regarda Justin avec un air ému.

- Je t'aime aussi, dit-il tendrement. Et je ne te remercierai jamais assez d'être aussi patient avec moi. Je suis juste triste que tu aies autant souffert de ta relation avec Emily...

- J'ai tout de même vécu de bons moments avec elle. Mais c'est vrai qu'au niveau intime, ce n'était pas la joie. D'ailleurs, en parlant d'elle, je voulais te poser une question...

- Je t'écoute, répondit Théo, visiblement intrigué.

- Je souhaitais savoir si tu serais d'accord pour que je dise la vérité à Emily.

Théo eut l'air surpris.

- Je ne m'attendais pas à ce que tu me demandes ça. Parce que ça signifie que tu feras ton coming-out auprès d'elle... Je ne pensais pas que tu étais prêt à avouer ton homosexualité à qui que ce soit.

- Je ne me sens pas spécialement prêt mais je sais que plus j'attendrai, plus ce sera dur de me lancer. Et puis je n'ai pas envie de me cacher. Surtout auprès de mes amis. Car j'aimerais le leur dire à eux aussi avant d'officialiser notre relation. Mais je ne ferai rien sans ton accord.

- Tu l'as, affirma Théo. Mais tu es sûr que c'est une bonne idée ? Il vaudrait peut-être mieux que tu attendes d'être vraiment prêt...

- Non, je me connais, plus le temps va passer, moins j'aurai le courage de parler à mes amis. Quant à Emily, je n'ai pas très envie qu'elle apprenne mon homosexualité en me voyant sortir avec toi... Elle a le droit d'avoir de vraies explications quand je la quitterai. J'ai d'ailleurs prévu de rompre avec elle aujourd'hui. C'est pour ça que je voulais t'en parler maintenant.

- Je comprends mieux. Ça risque de lui faire un choc.

- Je sais, et sa réaction me fait un peu peur. Mais je ne peux pas juste lui dire que je la quitte parce que je ne l'aime plus. Je dois être honnête avec elle.

- Tu vas lui dire que ça fait presque deux mois qu'on sort à moitié ensemble ?

- Non, je pense qu'il y a des choses qu'elle n'a pas besoin de savoir, estima Justin. Ça ne ferait que la blesser encore plus et il n'y a aucun intérêt à ça. Je vais juste lui dire que je me suis trompé sur mon orientation, que je suis gay et que je suis amoureux de toi. Elle va sûrement te détester. C'est pour ça que je voulais te demander ton accord avant de lui dire la vérité sur nous.

- C'est vraiment adorable de ta part, s'attendrit Théo. Ce n'est pas grave si elle me déteste. Tout ce que je veux, c'est qu'elle ne souffre pas trop de votre séparation et de ton coming-out.

- Ça, c'est inévitable, mais je vais y aller en douceur pour que tout se passe au mieux.

- Je te fais confiance là-dessus. Si j'ai bien compris, tu veux également faire ton coming-out auprès de tes amis ?

- Oui.

- Tu comptes le faire quand ?

- Dans le courant de la semaine prochaine, je pense.

- Oh, c'est rapide. Mais ce sera mieux comme ça. Tu n'as pas trop peur de leur réaction ?

- Si, bien sûr, mais j'essaie de ne pas trop y penser. Déjà, je sais que Susan va bien le prendre. Elle est la plus calme du groupe. Et elle est très ouverte d'esprit. Hannah va sûrement réagir de la même manière que si je lui annonçais le temps qu'il allait faire demain, et Ernie... je ne sais pas trop. Il va être surpris, ça, c'est sûr. Il ne va pas s'y attendre. Il était déjà persuadé que j'aimais toujours Emily parce que je lui avais dit que j'allais la quitter et que j'étais finalement resté avec elle... Je lui ai dit la vérité à ce moment-là, à savoir que je n'étais plus amoureux d'elle, qu'elle était peut-être enceinte et que je ne savais pas comment faire pour la quitter. Il a plutôt bien réagi, il a même voulu m'aider. Ça n'a pas servi à grand-chose mais j'ai été content de voir qu'il était là pour moi. Mais juste avant qu'on ne parle de ma relation avec Emily, j'ai lancé comme ça que les problèmes qu'on rencontrait avec les filles, ça donnait vraiment envie de changer de bord. Il a été très choqué de m'entendre dire ça. Il espérait que je plaisantais. Je lui ai demandé si ça le dérangerait et il m'a dit que ça choquerait. Pour lui, vu que ça fait deux ans que je sors avec Emily, ça veut dire que je suis forcément hétéro. Il y croit dur comme fer. Il n'imagine pas une seule seconde que je puisse être gay. Il est vraiment sûr que je suis hétéro. Je pense qu'il en est même encore plus persuadé que moi, je l'étais. Ça décourage un peu à dire la vérité...

- Je comprends, sa réaction n'incite pas à la confidence mais c'est juste parce qu'il n'est au courant de rien. Il ne sait pas que ça fait un moment maintenant que tu t'es découvert des sentiments envers ton binôme de travail. Il ne sait pas que ça fait presque deux mois que tu entretiens une relation avec lui, aussi compliquée soit-elle. Lui, tout ce qu'il sait, c'est que tu es avec Emily. Le choc va être rude quand tu vas lui dire qu'en réalité, tu es gay. Même s'il est ton meilleur ami, il se peut qu'il réagisse mal. Si c'est le cas, il va falloir lui laisser du temps pour revenir vers toi et s'excuser.

Justin regarda Théo, étonné. Il ne s'attendait pas à ce que son petit-ami soit aussi cash avec lui. Mais il trouvait ça bizarrement rassurant alors que ce que Théo venait de lui dire ne l'était pas du tout. En fait, c'était le fait que Théo ne lui cache rien et qu'il lui dise franchement ce qui pouvait arriver qui le rassurait. C'était ça, entre autres, qu'il aimait avec Théo. Il était incroyablement honnête et savait l'apaiser tout en lui disant des choses difficiles. Il était juste parfait. Bon sang, il aimait tellement ce garçon... Il n'en revenait pas d'aimer à ce point quelqu'un. Théo était tout, pour lui. Il était son trésor. Un trésor précieux qu'il ne voudrait jamais lâcher du regard. Il avait sans cesse envie de le prendre dans ses bras et de le serrer fort, très fort contre lui. Il dut d'ailleurs se faire violence pour ne pas le faire là, tout de suite, maintenant. Au lieu de ça, il lui sourit et répondit :

- Je retiendrai tous ces bons conseils. Si je comprends bien, il ne faut pas que je m'en fasse si Ernie réagit mal ?

- Disons que ça ne voudra rien dire pour votre amitié. Bien sûr, ce sera dur à supporter pour toi mais il faudra juste laisser faire le temps. Après, s'il y a besoin, quelqu'un pourra aller lui parler. Ça a déjà marché plusieurs fois de jouer les intermédiaires, ça devrait donc sûrement marcher cette fois aussi. Il a fallu qu'ils s'y mettent à trois mais Hermione, Harry et Draco ont réussi à te faire changer d'avis sur moi. Et Hermione et moi avons réussi à faire changer d'avis Draco sur Harry.

- C'est vrai. Tout ça me paraît si loin... À cette époque, je te détestais et aujourd'hui je suis en couple avec toi. C'est à peine croyable. Mais je n'ai jamais été aussi heureux. Je t'aime.

Théo sourit en rougissant. Il était tellement adorable que Justin ne put se retenir et il l'embrassa en essayant de l'attirer le plus possible contre lui. Le baiser fut bien plus passionné que le précédent. Ils se séparèrent au bout de quelques minutes, le souffle un peu court.

- Le week-end prochain, je te réquisitionne pour moi tout seul toute une journée, murmura Justin.

- Avec grand plaisir, approuva Théo. Heureusement que la sortie à Pré-au-Lard a lieu demain. Si ça avait été pour dimanche prochain, on n'aurait pas pu passer une journée ensemble durant ce week-end là vu que samedi, j'ai un entraînement de Quidditch.

- Tu es sûr que tu seras suffisamment remis ? s'inquiéta Justin.

- Le professeur Snape m'a dit qu'on fera un bilan complet vendredi après les cours afin de savoir si je serai apte à reprendre le Quidditch. Je devrais normalement avoir un entraînement mercredi mais là, c'est sûr que ce sera trop tôt. Je ne ferai qu'y assister dans les gradins.

- Ça me semble plus sage, en effet. Est-ce que tu comptes dire la vérité sur nous à tes amis ?

- J'allais justement t'en parler, vu qu'on a abordé le sujet... Je voulais leur apprendre notre relation quand tu auras rompu avec Emily. Mais je voulais moi aussi te demander ton accord.

- Tu l'as, tout comme j'ai le tien, affirma Justin. Tu vas le leur dire à tous les trois en même temps ou tu vas le leur dire séparément ?

- Je compte le dire d'abord à Draco. Il vient me chercher demain midi à ma sortie de l'infirmerie. Je devais avoir quelqu'un avec moi pour m'accompagner jusqu'au dortoir et comme Draco sera libre à ce moment-là, il s'est naturellement proposé. J'en profiterai pour lui parler.

- Très bonne idée, commenta Justin. Et pour Pansy et Blaise ?

- Je ne sais pas encore si je leur parlerai ensemble ou séparément. Mais je pencherais plus pour leur parler séparément. Si je me retrouve seul avec l'un d'entre eux, j'en profiterai. Et je parlerai à l'autre dès que je le pourrai.

- Ça me paraît raisonnable. Bon, je pense qu'ils vont tous bien le prendre. Ils vont peut-être juste se montrer méfiants au début car ils doivent savoir que je n'ai pas toujours été exemplaire avec toi.

- En effet, je vais sûrement devoir les rassurer. C'est surtout Draco qui va être difficile à convaincre mais je saurai trouver les mots. Il sait quand il doit me croire lorsque je lui dis que tout va bien. Il y a des fois où il sait pertinemment que c'est faux mais là, il sentira que c'est vrai et il saura qu'il doit me faire confiance. C'est assez intuitif, entre nous.

- Je vois ça. Tu sembles avoir une amitié différente avec lui que celle que tu as avec tes autres amis.

- Il est sûrement celui qui me connaît le mieux mais il est aussi le seul avec qui je peux me disputer. Je ne me suis jamais pris la tête avec Blaise et Pansy. Blaise, c'est celui qui est le plus calme après moi et qui est toujours là pour donner les bons conseils. On se ressemble beaucoup, en fait. Pansy, c'est celle qui est toujours là pour distribuer les câlins quand ça ne va pas. Draco, c'est celui qui est toujours là pour défendre ses amis. Il m'a d'ailleurs toujours protégé et Merlin seul sait combien j'en ai eu besoin... Sauf que parfois, j'échappe à sa vigilance parce que je veux être seul et libre de mes mouvements et c'est souvent ça qui provoque des tensions entre nous. Mais ça ne dure jamais bien longtemps. Depuis la rentrée, on a eu quelques tensions mais pas forcément pour les mêmes raisons. Draco n'allait pas bien et il m'a blessé plusieurs fois sans le vouloir. Mais je suis incapable de rester en froid avec lui plus de quelques heures alors je lui ai toujours vite pardonné. À Noël, il m'a offert un superbe cadeau pour s'excuser de m'avoir fait autant de peine. Je ne m'y attendais pas et ça m'a énormément ému.

Théo glissa une main sous la couette, sous le regard d'un Justin très intrigué. Il eut le souffle coupé lorsque Théo sortit de sous sa couette une immense licorne en peluche. Il n'eut pas les mots pour la décrire tellement elle était belle. Elle était blanche comme de la neige, avec des crins qui devaient être aussi doux que soyeux. Elle ressemblait à une vraie licorne, mais en version peluche.

- Draco savait que je n'avais jamais eu de doudou quand j'étais petit, ni même après, et il savait que j'adorais les licornes. Du coup, il m'a offert une licorne en peluche. Je ne le remercierai jamais assez pour cela. C'est mon doudou et c'est en la serrant contre moi que je m'endors le soir. Tu me connais maintenant, tu sais que j'adore donner des noms à tout ce qui peut recevoir un nom alors j'ai appelé ma peluche Bianca. Je voulais un nom féminin qui la caractérisait bien et comme elle était blanche, ça m'a paru logique de la nommer ainsi. Tu peux la toucher, elle adore les caresses.

Justin sourit, amusé, et prit la peluche que Théo lui tendait. Elle était effectivement aussi douce qu'il le pensait. Il était subjugué par sa beauté. Mais aussi par l'histoire que venait de lui raconter Théo et qui était juste hyper émouvante. Son coeur s'était brisé en apprenant que Théo n'avait jamais eu de doudou alors qu'il avait eu une enfance très difficile et qu'il aurait bien eu besoin d'une compagnie rassurante la nuit. Il se rattrapait à présent avec Bianca et Justin trouvait que c'était le meilleur des cadeaux qu'on pouvait lui faire. Théo n'était pas un enfant qui devait absolument avoir un doudou pour s'endormir la nuit, mais un adolescent fragile qui avait énormément souffert et qui avait besoin d'un réconfort que seule une peluche pouvait lui apporter. Et ce n'était pas n'importe quelle peluche. C'était une peluche qui représentait une créature que Théo était le seul garçon à pouvoir approcher, toucher et caresser. C'était un symbole très fort. Il y avait un réel amour entre Théo et les licornes et ça devait être juste magnifique à voir.

- Elle est vraiment superbe, murmura Justin. Elle doit rendre ton séjour ici un peu plus agréable.

- Ça, c'est sûr. Dès la première visite de Draco, je lui ai demandé s'il pouvait m'apporter Bianca la prochaine fois qu'il viendrait me voir. J'aurais pu demander à Blaise mais vu que c'est Draco qui m'a offert Bianca, je me suis dit que ça lui ferait sûrement plaisir d'aller me la chercher et j'avais raison. Il était tout content que je lui demande ça. Il est venu me voir pour la première fois samedi mais j'ai Bianca depuis lundi seulement car dimanche, j'ai passé la journée à dormir à cause du choc que j'avais eu la veille.

- C'est normal. En tout cas, ça me touche que tu me l'aies montrée. Tu ne dois pas la présenter à tout le monde, j'imagine...

- Non, il n'y a que Draco, Blaise, Pansy et Harry qui l'ont vue. Et toi, maintenant. Et c'est très bien ainsi.

Justin acquiesça et rendit sa peluche à Théo après avoir passé plusieurs minutes à la contempler. Ils discutèrent pendant encore une bonne heure puis Justin laissa Théo se remettre au travail. Il sortit de l'infirmerie et retourna à sa salle commune. Il essaya de ne pas trop stresser à l'idée qu'il allait très bientôt rompre avec Emily. Cela lui faisait bizarre de se dire qu'il allait mettre un terme à deux ans de relation. Mais il devait le faire et il n'avait pas l'intention de changer d'avis. Il espérait juste voir sa future ex petite-amie avant le dîner. Le week-end, elle passait souvent une ou deux heures dans la salle commune avant d'aller manger vers dix-neuf heures. Ce jour-là ne devrait pas faire exception... Il s'installa à une table et surveilla attentivement la porte. Il dut patienter vingt bonnes minutes pour qu'elle s'ouvre sur Emily. Même s'il avait hâte de rompre avec elle pour que tout ça soit derrière lui, il ne voulut pas se jeter sur elle alors qu'elle venait tout juste d'arriver et attendit donc qu'elle se soit assise à une table pour aller la voir. Apparemment, elle ne l'avait pas vu. Cela s'expliquait sûrement par le fait qu'elle semblait être un peu ailleurs. Il se dirigea vers elle et s'arrêta devant sa table.

- Emily, je peux te parler ?

Emily redressa la tête et sourit.

- Oui, bien sûr. Assis-toi.

- Il vaudrait mieux qu'on aille dans un endroit plus tranquille. Mon dortoir est libre, il n'y a personne à l'heure qu'il est.

- Bien, allons-y alors.

Emily rangea ses affaires qu'elle avait sorties quelques minutes plus tôt et se leva. Ils montèrent les escaliers qui menaient aux dortoirs des garçons et se rendirent à celui de Justin. Ils s'assirent sur le lit, côte à côte.

- Je t'écoute, que voulais-tu me dire ?

Justin ouvrit la bouche... et la referma. Il avait prévu à l'avance ce qu'il allait dire à Emily, il pensait avoir trouvé les bons mots mais maintenant qu'il était face à elle, il perdait tous ses moyens. C'était pourtant simple, ce qu'il devait lui dire. Il n'avait pas préparé un grand discours, préférant aller droit au but avec une seule phrase. Mais même ça, c'était apparemment déjà trop. Peu importe les mots qu'il allait utiliser, il savait qu'il allait blesser Emily et ça le bloquait. Il ne voulait pas lui faire de la peine. Mais il ne pouvait plus reculer. Il avait déjà trop attendu. Alors il se lança.

- Je souhaite mettre un terme à notre relation.

Le léger sourire qu'avait Emily se fana d'un coup.

- Qu... quoi ? Mais... qu'est-ce que tu racontes ? balbutia-t-elle, incrédule.

- Ça fait un moment que je me suis aperçu que je n'étais plus amoureux de toi. Je me suis longtemps voilé la face, ne voulant pas l'admettre mais j'ai dû finir par voir la réalité en face. Je suis désolé. Je n'aurais pas dû laisser les choses traîner ainsi mais je ne savais pas comment te le dire. Si j'ai voulu te parler maintenant, c'est parce que j'ai estimé que ça ne pouvait plus durer comme ça.

Justin se tut sur ces mots. Il eut du mal à supporter le regard d'Emily qui le fixait, l'air choquée. Elle finit cependant par se ressaisir et demanda :

- Ça fait combien de temps exactement que tu sais que tu n'as plus de sentiments pour moi ?

- Je ne peux pas vraiment répondre à cette question, dit Justin, gêné. Je croyais être amoureux de toi mais... je me trompais depuis le début sur mes sentiments. Nous avons toujours été proches dès lors que nous avons commencé à être amis, nous sommes vite devenus meilleurs amis, et après trois ans d'amitié, tu m'as avoué que tu m'aimais. Comme je te trouvais jolie, que j'aimais être avec toi et que j'aimais t'avoir dans mes bras, j'ai pensé que moi aussi, je t'aimais. Je n'avais jamais été amoureux avant, je ne savais pas ce que c'était d'aimer quelqu'un, je ne ressentais pas pour toi la même chose que je ressentais envers Hannah et Susan, alors j'ai bêtement cru que ce que j'éprouvais envers toi, c'était de l'amour.

- Et il t'a fallu deux ans pour te rendre compte que ce n'était pas le cas ?! s'énerva Emily.

- Mes sentiments n'avaient pas changé, je n'avais donc pas de raisons de me poser des questions...

- Et qu'est-ce qui t'a fait prendre conscience d'un coup que ce n'était pas de l'amour que tu ressentais pour moi ? Tu es tombé amoureux d'une autre fille ? Ou, plutôt, d'une fille tout court puisque c'était visiblement la première ?

Justin se retrouva encore plus gêné.

- Ce n'est pas vraiment ça. Je suis tombé amoureux, oui, mais...

Il s'interrompit, incapable de terminer sa phrase. Mais ce n'était pas nécessaire car Emily semblait avoir compris. Il n'y avait pas de mots pour décrire le choc qui se lisait sur son visage.

- Dis-moi que c'est une blague, lâcha-t-elle froidement.

- Non, murmura Justin.

- Tu aimes les garçons ?

Justin baissa les yeux et ne répondit pas. Emily se leva et le gifla. Pas assez fort pour lui faire mal mais suffisamment pour le faire réagir.

- Réponds-moi ! cria Emily. Tu aimes les garçons oui ou non ?!

- Oui, avoua-t-il aussitôt.

La douleur remplaça le choc sur les traits d'Emily.

- C'est donc pour un garçon que tu me quittes ? accusa-t-elle, la voix brisée.

- Oui, répéta Justin.

- Et je peux savoir qui c'est ?

- Je ne pense pas que ce soit dur à deviner...

Il ne fallut que quelques secondes pour qu'Emily comprenne. Cela se vit dans son regard. Mais elle parut tellement effondrée qu'elle resta plusieurs minutes sans réagir.

- Je n'arrive pas à croire que tu aies pu me faire ça, dit-elle, l'air écœurée. Quand tu me disais que tu avais une séance de travail en binôme, en réalité tu allais juste le bécoter pendant des heures dans un coin du château ? C'est pour ça que tu avais l'air si joyeux quand on se voyait et que tu prétextais avoir travaillé avec lui ? Ça fait combien de temps que ça dure, votre petite mascarade ?

- Il a commencé à éprouver des sentiments envers moi peu après que les choses se soient apaisées entre nous et je me suis senti attiré par lui légèrement plus tard. Sinon, c'est depuis les vacances de Noël qu'on entretient une sorte de relation. On ne fait que s'embrasser quand on n'a pas de séance de travail et qu'on va se cacher dans un endroit isolé qu'on a déniché.

- Donc ça fait deux mois que tu joues sur deux tableaux ?! Ça ne t'a pas posé un léger problème de conscience de me retrouver après avoir passé des heures à fricoter avec ton binôme de travail ?!

- Bien sûr que si, mais c'était compliqué, tenta Justin de se justifier. Je pensais vous aimer tous les deux à la fois, et quand j'ai réalisé que ce n'était pas le cas, je n'ai pas osé rompre avec toi car je ne voulais pas perdre ce côté rassurant que j'avais avec toi. Je n'étais pas prêt à assumer que j'étais gay. Rester avec toi me permettait de continuer à faire croire aux autres que j'étais hétéro. Mais je ne t'ai pas utilisée pour autant, ajouta Justin en voyant l'air indigné et blessé d'Emily. Je ne suis peut-être pas amoureux de toi mais je tiens énormément à toi. C'est aussi pour ça que je ne voulais pas mettre fin à notre histoire. Mais là ça devenait trop dur, j'avais déjà essayé de te quitter mais je n'avais pas pu.

La lumière sembla se faire dans l'esprit d'Emily.

- C'est ça que tu voulais me dire le jour où je t'ai appris que je pensais être enceinte ? comprit-elle.

- Oui. Je ne pouvais décemment pas rompre alors que tu venais de me dire que tu attendais peut-être un enfant de moi...

- Tu as dû être soulagé quand Mme Pomfrey nous a dit qu'il n'y avait pas de bébé, ironisa Emily.

- J'avais décidé de te quitter, qu'il y ait grossesse ou non, répliqua Justin. Mais je ne l'aurais pas fait tout de suite. J'aurais un peu attendu. Si tu étais enceinte, je ne voulais pas te quitter aussitôt et que tu penses que je ne souhaitais simplement pas assumer. Et s'il s'avérait que tu n'étais pas enceinte, je ne voulais pas non plus te quitter dans la foulée et que tu crois que je serais resté uniquement si tu avais été vraiment enceinte. Mais dans le même temps, s'il y avait eu une grossesse, je n'aurais pas voulu rester avec toi uniquement parce qu'il y avait un bébé. Ça n'aurait été bon pour personne. Ni pour moi, ni pour toi, ni pour le bébé. Aucun d'entre nous n'aurait été heureux. J'étais donc dans une situation relativement compliquée et c'est pour cette raison que je n'ai pas réussi à te quitter lorsque j'étais décidé à le faire.

- Eh bien heureusement pour toi qu'il n'y a pas de bébé. Tu dois avoir la conscience tranquille. Mais j'imagine que ce n'est pas par hasard si tu me quittes aujourd'hui. Le fait que ton cher et tendre soit à l'infirmerie doit y être pour quelque chose, non ?

- Oui, admit Justin. C'est quand j'ai cru le perdre que j'ai compris à quel point je tenais à lui. À quel point je l'aimais.

- Je trouverais ça presque émouvant si je n'étais pas le dindon de la farce dans cette histoire, asséna Emily. Et dire que c'est moi, à la rentrée, qui t'ait poussé à faire des efforts envers ton binôme parce que tu le rejetais ! J'ai même fait un break à cause de ça ! Non mais quelle conne j'ai été ! Si j'avais su, je t'aurais laissé l'insulter de fils de Mangemort à chaque fois que tu le croisais !

- Emily, calme-toi...

- NON ! hurla Emily. Je ne me calmerai pas ! Tu ne peux pas savoir combien je me sens trahie ! Tu ne peux pas savoir combien je m'en veux de t'avoir poussé dans ses bras, de ne pas avoir vu la vérité en face, de ne pas avoir compris plus tôt ! Il y avait pourtant des signes qui ne trompaient pas ! Mais je n'ai rien voulu voir car moi, je t'aimais ! Mais tu sais quoi ? J'ai presque de la peine pour toi. Car tu as quand-même choisi de jeter ton dévolu sur le garçon le plus coincé de l'école. Ce n'est pas lui qui va te faire une fellation pendant vingt minutes pour tenter de te faire réagir quand vous voudrez faire des choses ensemble.

- Il n'aura pas à le faire puisque je n'ai pas besoin de ça pour être excité quand je suis avec lui, lâcha sèchement Justin. Juste le fait de l'avoir contre moi suffit à me faire réagir. Et avec lui, au moins, je ne me sentirai pas obligé à faire quoi que ce soit. Quand on aura des moments intimes ensemble, ce sera parce qu'on l'aura décidé tous les deux. Et parce qu'on en aura envie tous les deux. Pour le coup, c'est moi qui vais devoir attendre et ça ne me gêne absolument pas car je n'ai pas besoin d'avoir de sexe avec lui pour me sentir bien quand je suis avec lui. Et pendant qu'on en parle, ce n'était pas moi le problème lorsque je n'arrivais pas à réagir. C'était parce que tu es une fille alors que je suis attiré par les garçons. Ce n'était donc pas non plus toi le problème, même si l'idée ne t'a jamais effleuré l'esprit puisque que tu préférais penser que c'était de ma faute. Voilà, tu sais tout maintenant.

Emily resta silencieuse un moment. Il y avait tellement de choses dans son regard que Justin avait du mal à les identifier.

- Je te remercie pour ta franchise, même si elle arrive un peu tard, dit-elle d'un ton froid. Il y a juste un point que j'aimerais éclaircir. Je pense avoir compris que si tu as réussi à réagir lorsqu'on a eu ce rapport juste avant les vacances de Noël, c'est parce que tu étais bourré comme moi et que tu aurais pu coucher avec Rusard sans voir la différence. Mais qu'en est-il du week-end dernier, lorsque nous avons eu un rapport au petit matin ?

Justin dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas baisser les yeux tellement il avait honte.

- Je venais de rêver de Théo et je n'ai pas osé te décevoir quand tu as cru que c'était toi qui m'avait mis dans cet état. Et comme j'étais vraiment très excité, j'ai pu avoir ce rapport avec toi sans que ça retombe à un moment donné. Mais je n'ai pas pensé à lui. Je me suis efforcé de ne penser à rien.

Emily regarda Justin comme s'il était devenu un veracrasse particulièrement repoussant.

- Tu me dégoûtes, déclara-t-elle avec de la haine dans la voix. Je suis bien contente que tu aies mis les choses au clair aujourd'hui. Maintenant que je sais qui tu es, je ne m'imagine pas rester un jour de plus avec toi. Je te souhaite bien du courage avec Théo. Et surtout avec ton père. Il va être ravi quand il apprendra que son fils est tout ce qu'il déteste et qui le répugne. À moins que tu décides de le lui cacher. Ce ne serait pas étonnant, vu que tu es passé maître dans l'art de dissimuler celui que tu es vraiment. Allez, sans rancune. Après tout, je ne suis pas la plus à plaindre. L'avenir me semble bien plus radieux pour moi que pour toi. Tu souhaiteras le bonjour à Théo de ma part. Sur ce, je te souhaite une agréable soirée.

Emily offrit un grand sourire hypocrite à Justin avant de s'en aller et de quitter le dortoir. Justin resta de longues minutes assis sur son lit sans réagir, accusant le coup de la discussion qu'il venait d'avoir avec Emily et encaissant difficilement les derniers mots qu'elle lui avait dits. Il savait que c'étaient la peine et la colère qui la poussaient à être aussi blessante mais ça faisait quand-même mal. Surtout qu'elle avait raison. Si son père apprenait qu'il était gay, il n'allait jamais plus vouloir le voir et lui parler. Et il ne se sentait pas prêt à affronter ça. Alors oui, il allait se montrer lâche une fois de plus en cachant à son père son homosexualité mais c'était ça ou il se retrouvait dehors. Et il n'avait aucun plan B pour se réfugier quelque part pendant les vacances. Quoi qu'il en soit, il était soulagé d'avoir rompu avec Emily. La discussion avait été assez difficile, son ex petite-amie avait eu des réactions à la fois dures et normales mais, au moins, les choses étaient désormais claires entre eux. Ils n'étaient plus ensemble et Justin était donc libre d'aimer Théo et de sortir avec lui sans avoir l'impression de trahir Emily. C'était pour ça, à la base, qu'il l'avait quittée et il comptait bien profiter de sa nouvelle liberté avec Théo.

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(dimanche 18/02) POV Théo

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Théo était heureux. Après neuf jours passés à l'infirmerie, il allait enfin pouvoir sortir, étant suffisamment en forme pour rejoindre son dortoir ce jour-là et reprendre les cours le lendemain. Le professeur Snape était venu le voir un peu plus d'une heure plus tôt et lui avait fait passer un bilan tellement complet qu'il s'était excusé pour tous les examens qu'il lui faisait subir. Mais après ce qui lui était arrivé, Théo comprenait parfaitement qu'il fallait absolument tout contrôler et vérifier. Son état s'était avéré rassurant et il avait été jugé apte à quitter l'infirmerie. Le professeur Snape lui avait cependant fortement conseillé de se reposer jusqu'au lendemain matin. Théo avait bien l'intention de l'écouter. Il savait qu'il allait être faible pendant quelques semaines encore et qu'il n'allait pas devoir trop tirer sur la corde. Il revenait de très loin, trop pour qu'il puisse se rétablir comme ça d'un simple claquement de doigts.

Il attendait donc actuellement Draco qui devait venir le chercher pour l'escorter jusqu'au dortoir. Il ne tarda pas à arriver, l'air heureux comme un pinson. Il était venu voir Théo presque tous les jours et ce dernier avait bien remarqué que son meilleur ami était plus gai que d'habitude. Il ne lui avait pas posé de questions mais cela l'intriguait. Il préférait attendre que Draco lui en parle de lui-même. Mais en même temps, il ne voulait pas que Draco croit qu'il n'avait pas remarqué son air heureux et qu'il pense qu'il ne faisait pas attention à lui... Il décida alors d'y remédier lorsqu'ils seraient dans le dortoir. Il tendrait la perche à Draco en disant qu'il semblait être sur un petit nuage depuis quelques jours et si Draco ne rebondissait pas ou s'il esquivait la discussion, Théo n'insisterait pas. Il se faisait tout juste cette promesse lorsque Draco arriva.

- Salut ! lança-t-il joyeusement. Comment ça va ?

- Bien, ton parrain est venu me voir il y a plus d'une heure, il m'a fait passer une tonne d'examens et il a estimé que j'étais apte à sortir. Et toi ? Tu as l'air en forme.

- Plutôt, oui. Tes affaires sont prêtes ? Apparemment, oui.

- J'ai fait ma valise dès que ton parrain m'a dit que je pouvais sortir. Comme tout était bien rangé, ça ne m'a pas pris bien longtemps.

- Même à l'infirmerie, tu arrives à garder une bonne organisation. Je t'admire.

- Tu es aussi ordonné que moi dans le dortoir.

- Oui, mais quand je suis à l'infirmerie, je ne fais pas vraiment attention à où je mets mes affaires. Je me laisse un peu aller. Mais Severus n'a pas demandé à un elfe de monter ta valise ?

- Il a dû ou...

Théo fut brusquement interrompu par un crac ! sonore qui fit crier Draco. Bien que surpris, Théo ne fit que sursauter et il sourit en voyant apparaître Dobby. Une fois son choc passé, Draco, lui, sembla mal à l'aise. Théo savait pourquoi : Dobby était l'ancien elfe de maison des Malfoy et le patriarche n'avait pas été tendre avec lui. À tel point que Harry, qui s'était pris d'affection pour cet elfe, l'avait libéré en lui donnant une chaussette par le biais du père Malfoy. Draco n'avait jamais cautionné ce traitement mais il n'avait évidemment rien pu dire. Chez certaines familles de Sang-Pur, un enfant n'avait pas le droit de s'opposer à son père. Draco n'était donc pas très à l'aise de se retrouver face à Dobby qu'il n'avait jamais défendu.

- Dobby s'excuse d'avoir fait peur à M. Nott et à M. Malfoy. Dobby souhaitait juste s'occuper de la valise de M. Nott, comme M. Snape le lui a demandé.

- Merci, Dobby, tu peux la prendre, dit gentiment Théo.

Dobby ne se fit pas prier et transplana avec la valise.

- Il est au service des élèves qui sont à l'infirmerie ou quoi ? Harry m'a dit que Dobby s'était occupé de monter sa valise aussi quand il est sorti. C'est même Dobby qui s'est proposé, d'après ce qu'il m'a dit.

- Ça ne m'étonne pas, il est très dévoué à Harry. Et on a sympathisé, lui et moi. Bon, on y va ?

- Oh, te voilà bien pressé, s'amusa Draco.

- J'ai déjà passé trop de temps ici. Je veux retrouver mon dortoir.

- D'accord, je comprends. Allons-y !

Draco et Théo sortirent de l'infirmerie en saluant Mme Pomfrey au passage et se dirigèrent vers les cachots. Ils se rendirent à leur salle commune et montèrent directement à leur dortoir. Épuisé, Théo dut vite s'asseoir sur son lit.

- Ça va ? s'inquiéta Draco.

- Oui, je suis juste un peu fatigué. Je suis encore faible, il va falloir plusieurs semaines pour que je me remette complètement.

- Dans ce cas allonge-toi, tu seras mieux.

- Je peux rester assis...

- Ne discute pas et fais ce que je te dis.

Théo se retint de lever les yeux au ciel et s'allongea.

- Je peux me gérer tout seul, tu sais.

- Peut-être mais quand j'ai dit que j'allais m'occuper de toi, je n'entendais pas par-là que j'allais juste t'accompagner jusqu'au dortoir. Je voulais passer une ou deux heures avec toi. Je sais que tu dois te reposer mais je ne pense pas que ce soit bon de dormir tout l'après-midi.

- En effet, ton parrain m'a dit que je devais surtout éviter de me fatiguer en travaillant. Ça m'ennuie un peu mais je veux être en pleine forme demain matin, alors je vais suivre ses recommandations.

- C'est bien, je suis fier de toi, se réjouit Draco. Ça me fait plaisir que tu fasses attention à ta santé, même si je sais que c'est uniquement pour pouvoir profiter pleinement de ta reprise des cours.

- Il n'y a pas que ça, se défendit Théo. Ce qui s'est passé, l'explosion, le choc anaphylactique... Ça m'a fait prendre conscience que la vie ne tenait parfois qu'à un fil et qu'il ne fallait pas l'insulter en faisant n'importe quoi. Comme je t'ai dit, je vais avoir besoin de plusieurs semaines pour me rétablir complètement mais il va me falloir beaucoup plus de temps pour m'en remettre psychologiquement parlant. Ça n'a l'air de rien comme ça, mais survivre de justesse en l'espace de vingt-quatre heures à deux événements qui auraient pu me coûter la vie, c'est traumatisant. On n'en sort pas indemne. Je risque donc d'avoir un comportement assez étrange mais il ne faudra pas s'inquiéter.

Draco acquiesça, les yeux un peu trop brillants. Sans crier gare, il prit Théo dans ses bras, oubliant qu'il ne fallait pas lui causer d'émotions trop fortes. Mais Théo ne lui en tint pas rigueur. Il pensait savoir ce qui se passait dans la tête de Draco. Celui-ci le relâcha assez vite, l'air un peu honteux.

- Désolé, j'ai juste pleinement réalisé que j'ai failli te perdre et... ça ne passe pas du tout.

- Je comprends, dit Théo en souriant. C'est moi qui suis désolé, je suis peut-être allé un peu trop loin en te disant tout ça...

- Je n'étais pas préparé à ce que tu tombes dans la dramaturgie sitôt arrivés dans le dortoir, plaisanta Draco. Mais il fallait bien que tu me dises à quoi il fallait s'attendre à propos de ton comportement. Par contre, évite de sortir le même discours à Blaise et Pansy, ils ne vont pas le supporter, je pense. C'était déjà dur pour eux de venir te voir au début de ton séjour à l'infirmerie...

- Je sais, ils vont venus me voir plusieurs fois et j'ai bien vu que ce n'était pas simple pour eux. Mais ça ne les empêchait pas de venir quand-même. De vrais amis. Mais je m'en voulais de les voir aussi inquiets. Ils ne sont pas comme toi, ils ont plus de mal à gérer la situation.

- C'est ce que j'ai remarqué aussi quand on parlait de toi. Ils avaient besoin de changer de sujet, au bout d'un moment.

- C'est parce qu'ils n'ont pas baigné dans le monde des Mangemorts, expliqua Théo. Quand tu es fils de Mangemort, tu apprends à gérer tes émotions et tu te blindes. Tu vois énormément de choses, tu entends des récits effroyables de ce que font les Mangemorts aux gens qu'ils jugent indignes d'être sur Terre... Ça forge le caractère.

- Ça, c'est sûr. Mais ce qui est étrange, chez toi, c'est que tu es quelqu'un d'extrêmement sensible et tu es pourtant vachement résistant. Tu as un mental d'acier. Mais bon, ça fait longtemps maintenant que j'ai renoncé à essayer de te comprendre.

- Oui, au bout de dix ans il faut se faire une raison, blagua Théo.

Il hésita un peu puis reprit :

- En fait, c'est une bonne chose que tu veuilles rester un peu avec moi. Je dois te dire quelque chose et je voulais profiter de cette occasion pour le faire.

- Je préfère que nous restions amis, Théo. Je t'aime beaucoup mais...

Draco ne put terminer sa phrase car il se reçut un oreiller en pleine figure, le faisant éclater de rire.

- T'es nul, bouda Théo. Je suis sérieux et toi tu te moques de moi.

- Tu sais bien que j'adore t'embarrasser. Mais vas-y, je t'écoute.

Théo prit une grande inspiration et se lança :

- Je sors avec Justin.

Draco haussa les sourcils.

- Comment ça, tu sors avec Justin ?

- Eh bien... Je suis en couple avec lui.

- Mais... il n'est pas censé avoir une petite-amie ?

- Si, il était avec elle jusqu'à hier mais c'est une histoire très compliquée.

- Raconte-moi tout, alors, parce que là je patauge.

Théo acquiesça, s'étant préparé à tout lui dire. Il lui fit alors le récit de son histoire avec Justin et ne lui cacha presque rien. Le «presque» étant des choses qui n'avaient pas d'importance ou dont Théo ne se souvenait pas sur le moment. Il lui fit part de toutes les difficultés qui étaient survenues durant sa relation avec Justin. L'indécision du Poufsouffle, son refus de voir les choses en face, aussi bien concernant son homosexualité que ses sentiments envers Théo, le fait que celui-ci aimait Justin qui, lui, semblait n'en vouloir qu'à ses lèvres, son couple avec Emily qui constituait un véritable obstacle dans leur relation, l'épisode de froid qu'il y avait eu entre eux suite à une phrase de Justin, la douleur qu'avait ressentie Théo durant cette période, sa décision de mettre fin à sa relation avec Justin après une discussion avec le professeur Snape, le revirement de situation lorsque Justin lui avait annoncé qu'il allait quitter Emily, promesse qu'il avait voulu respecter mais qu'il n'avait pas pu tenir à cause d'un soupçon de grossesse qui s'était finalement avérée inexistante, les sentiments de Justin envers Théo qui s'étaient révélés durant ce moment de doute et qui s'étaient accentués jusqu'à l'explosion, la déclaration d'amour de Justin pendant le choc anaphylactique de Théo, puis sa déclaration face à un Théo cette fois éveillé, leur mise en couple officielle et, enfin, la séparation de Justin et d'Emily qui avait eu lieu la veille et dont Justin avait parlé à Théo le matin-même. Durant tout le temps qu'il parla, Théo vit Draco l'écouter attentivement et passer par toute une palette d'émotions. À la fin du récit, il semblait sonné.

- Bon sang, tu dois vraiment l'avoir dans la peau pour avoir tenu aussi longtemps et t'être accroché alors qu'il te trimballait en ne sachant pas ce qu'il voulait... Pendant des semaines et des semaines tu es resté avec lui sans savoir à quoi ça allait te mener, tu espérais que Justin finisse par faire le bon choix alors qu'il ne te laissait presque aucun espoir, il t'a fait souffrir, si bien que tu as dû te résigner à le quitter à un moment donné, mais c'est finalement toi qui avait raison d'y croire puisque Justin a eu peur de te perdre et s'est enfin décidé à quitter sa petite-amie pour sauver votre relation... Je n'ai pas les mots tellement cette histoire est à la fois triste, belle et incroyable. J'ai longtemps cru que ton binôme se fichait de toi mais je me suis apparemment trompé.

- Il y avait des raisons de le croire, admit Théo. Mais je sentais en effet qu'on avait quelque chose à vivre ensemble, qu'on était faits l'un pour l'autre et c'est pour ça que je n'ai pas voulu lâcher.

- Et tu as eu raison. Tu y as cru et tu as bien fait. Franchement je suis trop ému.

- Tu ne m'en veux pas de ne pas t'avoir dit tout ça plus tôt ? s'inquiéta Théo.

- Non, pas du tout. J'ai bien compris que la situation était très, très, très, très compliquée. Tu voulais sûrement attendre que ça se calme et que ça se stabilise pour m'en parler...

- C'est ça, confirma Théo. Il y a eu des moments où vous voyiez que je n'allais pas bien du tout, que c'était tendu entre Justin et moi mais je ne pouvais rien vous dire. Il aurait fallu que je vous raconte tout et je n'étais pas prêt à le faire.

- Je comprends, ne t'en fais pas pour ça, assura Draco. Le principal c'est que tout aille pour le mieux maintenant. Bon, c'est un peu triste pour l'ex de ton binôme mais il vaut mieux que tout ait été mis au clair. Ce n'est pas bon de vivre dans le mensonge. Elle va s'en remettre. Il lui faut juste du temps pour digérer la rupture. En tout cas, Justin doit vraiment beaucoup t'aimer pour avoir consenti à la quitter alors que c'était dur pour lui. Et puis, surtout, il t'a sauvé en te déclarant son amour quand tu étais dans le coma... Certes, il s'est mal comporté pendant une bonne partie de votre relation mais la situation était très difficile à gérer pour lui. Il se croyait cent pour cent hétéro, il se rend compte que son binôme de travail qui est un garçon ne le laisse pas indifférent, il pensait d'abord qu'il était juste attiré par toi, puis il se découvre des sentiments envers toi, il ne sait plus quoi faire, au moment où il décide de rompre avec sa copine, celle-ci lui apprend qu'elle est peut-être enceinte, ça s'avère faux, la situation se calme un peu, il est cependant toujours entre deux feux, et là, y a le garçon qu'il aime qui manque de se faire tuer dans une explosion, il en sort indemne et vingt-quatre heures plus tard, il manque de nouveau d'y passer à cause d'un choc anaphylactique... Mais comment avez-vous fait pour tenir jusque-là ?! Par quel miracle vous êtes enfin en couple aujourd'hui ?

- Je ne sais pas, répondit Théo, troublé. C'est vrai qu'avec le recul, ça semblait inimaginable...

- Et pourtant vous êtes bel et bien ensemble à l'heure qu'il est. Vous êtes heureux et vous l'avez plus que mérité.

- Merci, dit Théo d'un ton ému. Je crois que je n'ai jamais été aussi heureux. Mais ça me fait bizarre de me dire que je suis en couple. Parce que ça m'est tombé dessus sans que je ne m'y attende. Je ne me sentais pas prêt à sortir avec qui que ce soit. J'étais presque effrayé à cette idée. Et aujourd'hui, je suis en couple. Comme n'importe quel garçon. J'arrive à peine à y croire.

- C'est ce que je vois, attesta Draco en souriant. Mais c'est normal. C'est vrai que tu n'as jamais été dans l'optique de te lancer dans une histoire d'amour, toi qui es si timide et réservé et qui a du mal à te laisser approcher. Mais tu n'es pas tombé amoureux de n'importe qui. Tu es tombé amoureux de ton binôme. Une relation de confiance s'est naturellement instaurée entre vous. C'est pour ça que tu n'as pas eu peur de te lancer dans une relation avec lui, outre les questions normales que tu as pu te poser. Je veux dire par-là que tu ne te serais pas engagé aussi facilement dans une relation avec un autre garçon que Justin. Je pense même que tu en serais aujourd'hui incapable.

Théo fut tellement surpris de la justesse avec laquelle Draco l'avait analysé qu'il demeura silencieux pendant quelques secondes.

- Tu as entièrement raison, finit-il par souffler. C'est tout à fait ça. Je ne me vois pas en couple avec quelqu'un d'autre que Justin. J'ai toujours su que le jour où j'envisagerais une relation, ce serait avec une personne avec qui je me sentirais totalement en confiance et que je connaitrais assez bien.

- Et ce sont des conditions que remplit Justin.

- Voilà. Je ne suis pas allé chercher très loin mais comme tu l'as si bien dit, j'ai du mal à me laisser approcher, alors je suis obligé de tomber amoureux de quelqu'un qui fait partie de mon entourage. Ça réduisait considérablement le champ des possibilités mais...

- Tu as eu un gros coup de chance, compléta Draco. Enfin, je ne pense pas vraiment que ce soit de la chance. Ce n'est pas pour rien si tu t'es retrouvé en binôme avec Justin. Le Choixpeau devait savoir que vous aviez quelque chose à vivre ensemble. Ce n'était pas uniquement pour faire changer d'avis Justin sur toi. Il y a une raison pour laquelle chacun a été mis en binôme avec telle personne. Et j'en suis aussi la preuve.

Théo haussa à son tour les sourcils.

- Qu'est-ce que tu veux dire par-là ?

- Eh bien, vu que nous en sommes aux confidences, je vais t'en faire une moi aussi. J'avais de toute façon l'intention de t'en parler aujourd'hui. Je voulais profiter que nous soyons seuls ici après que je sois venu te chercher à ta sortie de l'infirmerie.

- Oh, je comprends mieux, maintenant. Tu as fait d'une pierre deux coups, sourit Théo.

- C'est ça.

- Je t'écoute, alors.

Draco sembla chercher ses mots.

- Je ne sais pas comment te dire ça après ce que tu viens de me dire. Mon histoire est tellement fade à côté de la tienne...

- Ce n'est pas un concours, dit gentiment Théo. Et ce n'est que ton ressenti. Je n'aurai peut-être pas le même. Allez, dis-moi.

- Je sors avec Harry.

Ces mots firent l'effet d'une bombe pour Théo. Le choc le laissa cloué sur place. Puis l'information prit peu à peu place dans son esprit. Au fur et à mesure qu'elle l'envahissait, un sourire se dessinait sur ses lèvres jusqu'à ce qu'il réalise pleinement les mots de Draco. Il sentit alors une explosion de joie se produire en lui. Il ne s'attendait pas du tout à une telle nouvelle mais cela lui sembla pourtant complètement naturel que ses deux amis sortent ensemble. Un milliard de questions se bousculaient cependant dans son esprit.

- Mais comment est-ce arrivé ? finit-il par demander en s'efforçant de rester calme malgré sa joie et son excitation.

- Ça s'est fait progressivement. On a commencé à beaucoup se rapprocher durant la convalescence de Harry. Je crois que le fait d'avoir été séparés et de ne s'être pas vus pendant une dizaine de jours nous a fait prendre conscience à quel point on comptait l'un pour l'autre. Je vais être franc, ça faisait déjà un moment que j'étais intéressé par Harry. Mais je n'en avais pas vraiment conscience jusqu'à ce que je me retrouve brusquement séparé de lui... Ses sentiments à lui sont venus un peu plus tard. Mais c'est vraiment à force de se voir et de passer du temps ensemble dans les appartements de son parrain ou du mien qu'on s'est rapprochés. Tout comme Justin et toi, ça a été très progressif. Mais ça s'est fait de façon tellement naturelle qu'on ne s'en est pas rendus compte. Mais je crois que ce qui nous a le plus aidés, c'est d'avoir passé de longues heures à travailler seuls, rien que tous les deux. Ce n'était pas comme dans la salle des binômes. Il y avait un côté plus intime. Ce n'était pas à la vue de tout le monde que je l'aurais pris dans mes bras. Déjà, à ce moment-là, j'aurais dû me douter de quelque chose ou au moins me poser des questions. Car j'ai adoré l'avoir dans mes bras. J'aurais pu rester des heures comme ça. C'est lui qui a initié le câlin. J'ai été surpris et gêné au début mais je me suis vite détendu et j'ai très vite aimé. C'était juste trop bon de l'avoir tout contre moi, de serrer son corps frêle, d'avoir mes bras autour de sa taille... C'était la première fois qu'on était aussi proches et c'était vraiment agréable. J'ai encore plus aimé passer du temps avec lui et plus on se voyait, plus je voulais rester avec lui. Le jour de la reprise des cours, tout a considérablement changé entre nous. Il y a eu plein de moments de flottement suite à des mots prononcés plus ou moins innocemment. À la fin des cours, je ne sais pas ce qui m'a pris, je lui ai fait une belle déclaration sur le fait que j'avais passé une merveilleuse journée avec lui, que je m'étais horriblement ennuyé sans lui et que j'avais peur que son retour ne soit qu'un rêve. Harry a été tellement touché qu'il s'est blotti dans mes bras. On est restés un long moment ainsi et quand on s'est séparés, nos regards se sont accrochés et ils en disaient long sur ce qu'on ressentait l'un pour l'autre. On a fini par se quitter et j'ai ressenti un grand vide. Le mercredi suivant, on a partagé un autre câlin et cette fois, quand on a rompu l'étreinte, nos visages étaient si proches qu'on a presque failli s'embrasser. La tension était à son comble mais on a réussi à détacher à temps notre regard. On sentait bien que l'un comme l'autre, on avait très envie de s'embrasser mais je savais que Harry n'était pas prêt. Puis, deux jours plus tard, il y a eu l'explosion. Là, j'ai senti le monde s'écrouler autour de moi. Car il n'y avait pas que lui mais aussi toi. Vous étiez tous les deux sur le sol, inconscients, immobiles... L'explosion avait été vraiment violente. Je pense qu'on a tous cru la même chose pendant quelques minutes. Et c'était juste horrible. Heureusement, les préfets ont pris les choses en main. C'est Blaise qui s'est occupé de moi en me conseillant d'aller voir Severus. C'est ce que j'ai fait. Tout ça, je te l'avais expliqué. Nous sommes allés à l'infirmerie et Mme Pomfrey nous avait rassurés sur votre état. Le lendemain, je vous ai rendu visite. Je ne savais pas qui voir en premier alors j'ai commencé par celui qui était le plus proche de l'entrée. Ce qui était assez logique, en soi. Je suis donc d'abord allé voir Harry. Je suis resté environ une heure avec lui. Là aussi, il y a eu des mots qui ont provoqué de la gêne et des moments de flottement. Là aussi, il y a eu un câlin. Là aussi, on s'est encore et encore rapprochés. Puis je suis allé te voir et j'ai réussi à oublier Harry car je voulais profiter de ce moment avec toi. Deux jours plus tard, Harry est revenu en classe sans avoir manqué aucun cours. Je l'ai trouvé changé par rapport à l'avant-veille. Il s'était forcément passé quelque chose car il était plus expressif, un peu moins timide, un peu plus explicite dans ses regards, dans ses mots, dans ses sourires... Ça ne voulait dire qu'une chose. Il était prêt. Il fallait juste attendre le bon moment. Et ce moment, il est arrivé mercredi après les cours. Après le cours de potions, plus exactement. C'est important de le préciser car on a tellement traîné, Harry et moi, qu'on s'est faits virer du cachot par Severus. Nous n'avions rien à faire alors nous sommes allés dans le parc. Nous nous sommes installés dans un coin à l'abri des regards indiscrets et on a discuté pendant plusieurs minutes. L'ambiance était déjà différente par rapport à d'habitude. À un moment, il y a eu un silence, on s'est regardé dans les yeux et nos visages se sont naturellement rapprochés. Ça s'est fait tout seul et on n'a pas cherché à l'éviter. Parce qu'on le voulait tous les deux et qu'enfin, enfin, ça arrivait. Ça a été le meilleur baiser que j'avais connu jusque-là. Jamais je n'avais ressenti ça auparavant. C'était doux, c'était tendre, c'était affectueux, et surtout, surtout, c'était amoureux. Je ne peux même pas décrire ce que j'ai ressenti tellement c'était fort. C'était à peine si j'arrivais à réaliser ce qui se passait. Ça me semblait tellement irréel... J'étais en train d'embrasser Harry. C'était bien la dernière chose que j'aurais imaginé faire un jour... Et je l'avais pourtant tellement voulu. Mais ça avait valu le coup d'attendre. Parce que c'était juste... merveilleux. Je n'ai pas d'autre mot. Il n'y en a pas d'assez puissant pour décrire la réalité. J'embrassais le garçon que j'aimais et qui faisait battre mon coeur. Ça peut paraître niais mais c'est comme ça que je vois les choses. J'aime Harry comme je n'aurais jamais pensé pouvoir aimer quelqu'un. Je ne savais pas ce que c'était, d'être amoureux, et je ne pensais pas que ça pouvait être aussi fort. C'en est vertigineux tellement ce que je ressens pour lui est fort. Quand on s'est séparé, il ne nous est pas venu à l'idée de fuir ou de faire comme si rien ne s'était passé. Pour nous c'était normal, ce qu'on venait de faire. On s'est avoué nos sentiments, on s'est dit ces trois merveilleux petits mots, on s'est mis d'accord sur le fait qu'on était en couple et on a décidé d'assumer notre relation aux yeux de tous. Bon, on ne l'a pas encore fait car le lendemain, on s'est dit qu'il valait mieux d'abord en parler à nos amis. On ne voulait pas qu'ils découvrent notre couple en même temps que les autres. Harry doit donc en parler avec W... Ron, Hermione et Ginny et moi, je dois en parler avec Blaise, Pansy et toi. Mais on ne se met pas la pression pour autant. On se laisse le temps nécessaire, même s'il faudra attendre deux ou trois semaines pour mettre tous nos amis au courant. Voilà, tu sais tout, maintenant.

Théo resta une fois de plus silencieux pendant un moment. Il était totalement charmé par l'histoire de Draco. Et de Harry. Il n'était pas du tout d'accord avec Draco quand il disait qu'elle était fade. Lui la trouvait incroyablement belle. Maintenant qu'il connaissait tout de la relation entre ses deux amis, il lui semblait évident qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. Il se demandait même comment il n'avait pas pu le voir avant. Cela paraissait tellement logique... Il ne pouvait pas en être autrement. C'était comme ça et puis c'est tout. À présent, c'était Draco avec Harry ou Harry avec Draco mais certainement pas Draco sans Harry ou Harry sans Draco. Ils étaient indissociables l'un de l'autre. Ce fut sur cette pensée que Théo sortit de sa rêverie.

- Ton histoire est juste trop belle, dit-il sincèrement. Tu es tellement émouvant dans la façon dont tu la racontes... Je pense qu'il y a beaucoup de personnes qui rêveraient d'une histoire comme la vôtre. Vous avez mis un peu de temps mais c'était nécessaire. Ça s'est fait en douceur et c'était exactement ce dont vous aviez besoin. Et je suis trop, trop, trop, trop content pour vous. Vous êtes faits pour être ensemble, même si je ne l'ai pas vu avant. J'aimerais juste vous demander une chose.

- Laquelle ?

Théo ancra son regard dans celui de Draco.

- Soyez heureux.

L'émotion se lut dans les yeux de Draco. Il prit de nouveau Théo dans ses bras et le serra fort contre lui. Théo rendit son étreinte à son ami, l'émotion le submergeant à son tour.

- Merci, murmura Draco.

Théo sourit et se détacha doucement de Draco.

- Vous êtes tous les deux hyper importants pour moi alors je ne veux que votre bonheur.

- On sera heureux, c'est promis, jura Draco. Sois-le aussi avec Justin.

- On le sera, assura Théo. Il faudra sûrement attendre un peu car tout n'est pas encore réglé pour le moment. Il faut que Justin fasse son coming-out et qu'on officialise notre relation pour que tout soit parfait. Mais je suis comme Harry et toi. Je laisse tout le temps qu'il faut à Justin. Je ne veux pas le presser. Je sais que c'est compliqué pour lui. Mais il le dira d'abord à ses amis.

- Oui, mieux vaut que ses amis soient au courant avant qu'il ne s'affiche avec toi... Ils le croient tous hétéro, ça leur ferait un choc. En parlant d'amis, je dois être le premier à savoir pour Justin et toi ?

- Oui... et non. Harry sait déjà depuis un moment que j'entretiens une relation avec Justin. Mais il ne sait pas encore que nous sommes vraiment en couple à présent.

- Tu comptes vite le lui dire, j'imagine ?

- Oui, je le lui dirai d'abord à lui, puis à Blaise et Pansy.

- Les pauvres, ils vont en avoir des choses à apprendre, fit remarquer Draco, hilare.

- Mais oui, je n'avais pas pensé à ça ! Bon, au moins, ce sera fait, rigola Théo. Hé, mais j'y pense... Blaise et Ginny, Ron et Pansy, Harry et toi...

Draco sembla comprendre où il en voulait venir car il ajouta :

- Justin et toi...

Ils se regardèrent pendant quelques secondes avant de s'exclamer en choeur :

- Nous sommes tous en couple, maintenant !

- Il va absolument falloir qu'on s'organise une soirée, décréta Draco.

- On devait déjà s'en faire une avec Harry, Blaise, Pansy, Ron, Hermione, Ginny, toi et moi, rappela Théo.

- Ah oui, ça me dit quelque chose...

- C'est parti d'une sorte de défi que tu avais lancé à Harry, je ne sais plus lequel précisément. Ça t'a donné l'idée de faire un action vérité, Harry a répondu quelque chose qui t'avait surpris car il t'avait fait comprendre qu'il connaissait ce jeu, il t'a dit que chez les Gryffondor, ils savaient s'amuser et de là, tu as proposé qu'on se fasse une soirée entre Gryffondor et Serpentard.

- En effet, ça me parle, affirma Draco. Mais là ce serait différent. On inviterait aussi les petits-amis de tout le monde. Ça fera déjà un peu plus de personnes. Enfin deux, pour être exact. Terry et Justin. À moins que j'oublie quelqu'un...

Théo fit un rapide calcul.

- Non, on les a tous comptés, répondit-il. Mais il faudrait peut-être inviter d'autres personnes. Sinon il y en a qui risqueront de se sentir un peu seuls. Comme Terry et Justin, justement. Ce serait mieux s'il y avait d'autres élèves de leur maison. Et puis, tant qu'à faire, on pourrait s'arranger pour qu'il y ait autant d'élèves dans chaque maison. Et autant de filles que de garçons.

Draco écarquilla les yeux.

- Tu es sérieux ?! Mais... tu as horreur de la foule !

- Je sais, mais ce serait l'occasion de m'ouvrir davantage aux autres. Je n'y étais pas vraiment arrivé lors de la fête d'anniversaire de Graham, mais je m'étais en revanche super bien entendu avec deux élèves de Serdaigle lors de la fête du Nouvel An chez les Gryffondor. Peut-être que si on faisait une fête avec seize ou vingt personnes, je réussirais à dialoguer avec plus de monde. Il y aurait moins de personnes que je ne connaîtrai pas que lors des deux autres fêtes.

- C'est vrai. C'est très courageux de ta part, admira Draco. Du coup, si j'ai bien compris, tu partirais sur quatre ou cinq élèves de chaque maison ?

- C'est ça. S'il y a Justin, il faudrait déjà inviter Ernie, Susan et Hannah. Ça ne ferait plus qu'un ou une Poufsouffle à ajouter. S'il y a Terry, il faudrait inviter Anthony et Michaël. Ça ferait deux autres Serdaigle à trouver. Parce que je pense qu'on va inviter cinq élèves par maison. Ça laissera plus de manœuvre pour une parité entre filles et garçons. Chez les Serpentard, il y aurait Blaise, Pansy, toi et moi. Plus qu'un ou une Serpentard à convier. Et chez les Gryffondor, il y aurait Harry, Hermione, Ron et Ginny. Plus qu'un ou une Gryffondor à dénicher. Il faudrait que je note tous les noms qu'on a déjà pour voir à combien on est niveau garçons et filles.

Théo se pencha et attrapa son rouleau de parchemin ainsi que sa plume et son encrier dans le tiroir de sa table de nuit. Il écrivit toutes les personnes auxquelles Draco et lui avaient déjà pensé, à savoir Harry, Ron, Hermione, Ginny, Justin, Ernie, Susan, Hannah, Terry, Michaël, Anthony, Draco, Pansy, Blaise et lui.

- On en est à quinze personnes, dont neuf garçons et six filles. Il faut donc encore quatre filles et un garçon.

- Il faudrait qu'on en discute avec tous ceux qui sont déjà conviés, pour voir s'ils ont des idées. Mais encore faut-il qu'ils acceptent de venir...

- Ça ne posera pas de problèmes, je pense. Ils admettront tous que ça leur ferait du bien de s'aérer un peu la tête le temps d'une soirée. Ce serait bien qu'on dîne tous vers dix-huit heures, comme ça, la fête pourrait se tenir entre dix-neuf et vingt-trois heures. Enfin vingt-deux heures quarante-cinq, le temps que tout le monde puisse rejoindre sa salle commune avant le couvre-feu. Mais il faudrait réquisitionner un endroit pour la fête...

- Je pense avoir une idée, annonça Draco. J'en parlerai avec Harry pour qu'il me dise si, selon lui, ça pourrait se faire et je reviendrai vers toi.

- D'accord, entre-temps on essaiera de parler aux personnes concernées. Mais rien ne presse, on a le temps pour la faire, cette soirée.

- Tout à fait ! En tout cas, je suis super content que tu veuilles autant t'investir dans cette fête. Tu fais des efforts pour sortir de ta réserve et ça fait vraiment plaisir. Bon, je vais te laisser te reposer. Je ne suis pas loin puisque je reste dans le dortoir.

Théo acquiesça, soulagé. Il remercia Draco qui lui souhaita un bon repos avant de s'en aller. Théo se rallongea et ferma les yeux. Il se sentait d'un coup fatigué, une fois «seul» et l'agitation retombée. Il savait qu'il ne devait pas dormir mais le professeur Snape lui avait dit qu'il pouvait faire une sieste s'il en avait vraiment besoin. Et c'était le cas. Il se laissa donc emporter par le sommeil et rejoignit très vite le pays des songes.

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(lundi 19/02) POV Remus

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Remus était sur le point de sortir de ses appartements lorsque Sirius arriva. Le lundi, Remus terminait les cours à seize heures, soit une heure plus tôt que Sirius. D'habitude, lorsque ce dernier rentrait, ils prenaient une tasse de thé ensemble et discutaient de leur journée avant de se rendre à la Grande Salle pour aller dîner. Là, Remus n'avait pas le temps.

- Tu t'en vas ? s'étonna Sirius en le rejoignant dans le salon.

- Oui, j'ai convoqué Angelina à dix-sept heures quinze, je ne voudrais pas être en retard.

- Oh... Je vois. Pas trop stressé ?

- À ton avis ? Dans quel état penses-tu que je suis alors que je vais m'entretenir avec une élève dans dix minutes pour la destituer de ses fonctions de capitaine ?

Remus s'en voulut de s'être un peu emporté en voyant Sirius se rembrunir.

- Excuse-moi, je ne voulais pas être aussi désagréable.

- Je comprends, ne t'inquiète pas. J'imagine bien que la situation n'est pas évidente pour toi. Mais on en a parlé hier avec Snape, Filius et Pomona et on s'est tous accordés à dire que c'était la meilleure des solutions. Tu as fait tout ce que tu as pu pour essayer de calmer le jeu dans l'équipe et ça n'a pas été suffisant. Après ce qui s'est passé il y a neuf jours et les choses que t'ont apprises les joueurs qui les cachaient depuis plusieurs mois, tu ne peux vraiment pas faire autrement que virer Angelina de son poste de capitaine.

- Je sais, soupira Remus. Mais c'est quand-même dur de devoir en arriver là. Surtout avec une élève qui ne m'a jamais posé de problèmes en cours...

- Je n'en ai jamais eu avec elle non plus, admit Sirius. Mais je ne pense pas avoir besoin de préciser que ça ne veut rien dire et qu'il ne faut pas s'y fier. Je suis bien conscient que ce n'était pas la même chose mais Adrian aussi avait l'air calme en cours. Il n'était pas différent de ses autres camarades. Il était gentil, discret et pas agressif pour une noise. Jamais on n'aurait pu imaginer qu'il se droguait. Et pourtant, avec Harry, il n'avait pas du tout le même comportement. D'après ce que nous a dit Harry, il n'était pas agressif à chaque fois qu'ils se voyaient mais ça arrivait de plus en plus souvent sur la fin de leur relation. Même si ce n'est pas la même histoire, ni le même contexte, c'est quand-même un peu pareil avec Angelina. En cours, elle semble bien sous tout rapport mais avec son équipe, elle devient un vrai tyran. Et on sait maintenant qu'il faut agir et ne pas laisser traîner les choses quand ça devient trop grave. Alors fais ton travail et n'aie aucun remords. C'est elle qui doit en avoir.

Remus acquiesça.

- Tu as raison. Je vais y aller. Merci.

Sirius sourit et s'approcha pour déposer un baiser sur les lèvres de Remus qui se crispa mais qui le laissa faire.

- À tout à l'heure.

Remus partit sur ces mots et quitta leurs appartements pour se rendre à son bureau. Sur le chemin, il repensa à ce qui s'était passé depuis le début de l'année avec l'équipe de Quidditch de Gryffondor.

Deux mois après la rentrée, les joueurs de l'équipe de Quidditch de Gryffondor avaient commencé à venir voir Remus pour se plaindre de leur capitaine. Remus avait organisé une table ronde avec tous les joueurs de l'équipe, y compris Angelina, afin que chacun puisse s'exprimer et se défendre. Cela n'avait pas servi à grand-chose puisque chacun était resté campé sur ses positions. Angelina niait en bloc les accusations de ses joueurs et rejetait la faute sur eux en disant qu'ils étaient indisciplinés et qu'ils prenaient les entraînements pour un jeu sans en comprendre les enjeux et les intérêts. Voyant que la discussion n'allait servir à rien, Remus avait juste réussi à faire promettre à tout le monde de faire des efforts pour mieux s'entendre. Cette réunion n'avait évidemment rien donné et les joueurs n'avaient pas tardé à revenir se plaindre. Remus avait alors convoqué Angelina seule et avait tenté de discuter avec elle. Mais elle refusait de se remettre en question et continuait à jeter l'opprobre sur ses joueurs. Remus avait mis un terme à l'entrevue en lui demandant d'être un peu plus souple et un peu moins autoritaire. Cela n'avait eu aucun effet puisque les joueurs étaient revenus se plaindre. En soi, même si la situation était tendue, il n'y avait pas de quoi destituer la capitaine de ses fonctions dans les plaintes qui la visaient. Remus l'avait tout de même de nouveau convoquée et avait essayé de la raisonner. Il ignorait si cela avait porté ses fruits ou si les joueurs s'étaient lassés mais il n'avait plus reçu de visites de leur part. Jusqu'à ce qui s'était passé neuf jours plus tôt. C'était Poppy qui lui en avait parlé. Les faits étaient assez graves et faisaient état de cinq joueurs blessés, dont deux plus sérieusement que les autres. Les langues s'étaient alors déliées et les joueurs étaient venus parler à Remus de choses qu'ils lui avaient cachées jusque-là. Dont une gifle qu'avait donné Angelina à l'un d'entre eux après le premier match de l'année. Remus en avait entendu parler dans les couloirs mais comme le joueur en question sortait avec Angelina, il avait cru qu'ils s'étaient disputés et que la gifle en avait résulté. Il n'avait pas eu les détails et avait donc été choqué d'apprendre qu'Angelina avait giflé Fred lorsque celui-ci l'avait qualifiée de folle et de tyran après avoir défendu Ron qu'elle avait assassiné dans ses propos. C'était déjà allé beaucoup trop loin à ce moment-là. D'autant plus que la capitaine ne s'était pas seulement défoulée sur Ron mais aussi sur Harry qui en avait eu les larmes aux yeux d'après ce que lui avaient dit plusieurs joueurs. Remus était resté abasourdi devant un tel récit. Il ignorait ce qui l'avait le plus choqué entre ça ou l'entraînement qu'Angelina avait fait subir à ses joueurs dans des conditions météorologiques tellement folles et dangereuses que l'entraînement n'aurait jamais dû avoir lieu. C'était d'ailleurs ça qui l'avait poussé à discuter du sort d'Angelina en tant que capitaine avec Sirius, Filius, Severus et Pomona. Il avait besoin de conseils et ses collègues l'avaient aidé à y voir plus clair. Mais c'était tout d'abord avec Poppy qu'il en avait parlé lorsqu'elle l'avait convoqué pour lui faire part de ce qui s'était passé lors de ce fameux entraînement...

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Flash-back, jeudi 15/02, POV Remus

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Alors que Remus corrigeait des copies tandis que les cinquième année s'entraînaient sur le sort qu'ils devaient essayer de maîtriser, un raton laveur argenté apparut devant lui.

- Remus, c'est Poppy, je suis désolée de vous déranger mais je dois vous parler, c'est très important et c'est assez urgent. Il s'agit d'une élève de votre maison. Si vous le pouvez, venez me voir dès la fin des cours ou faites-moi savoir quand vous serez libre. Merci.

Le Patronus se volatilisa. Remus resta un moment surpris, ne s'étant pas du tout attendu à recevoir une demande aussi pressante de la part de Poppy. Ça devait être assez grave pour qu'elle lui envoie un Patronus en plein cours et ça l'angoissait. Il dut se retenir pour ne pas se rendre directement à l'infirmerie afin d'en savoir plus. Il ne pouvait pas laisser ses élèves en plan comme ça. Il croisa le regard inquiet de Harry et essaya de le rassurer d'un sourire. Harry n'eut pas l'air convaincu et se remit à l'exercice. Remus vit Draco lui poser vraisemblablement une question et Harry acquiescer en guise de réponse. S'ensuivit un échange qui sembla tellement sérieux que Remus ne songea pas à les rappeler à l'ordre. En fait, il aurait bien aimé entendre ce qu'ils se disaient. Car il était presque sûr qu'ils savaient pourquoi il avait reçu un message de Poppy. Harry paraissait vraiment inquiet mais Draco parvint visiblement à trouver les mots pour le rassurer puisque Harry lui sourit avant de se concentrer de nouveau sur l'exercice du jour. Draco le couva tendrement du regard pendant de longues minutes, ce qui toucha énormément Remus. Il eut alors un déclic qui lui parut tellement évident qu'il se demanda comment il avait fait pour ne pas l'avoir deviné plus tôt. Peut-être parce que c'était assez récent ? Quoi qu'il en soit, il venait tout juste de comprendre que Harry et Draco sortaient ensemble. Qu'ils étaient en couple. Qu'ils étaient amoureux. C'était inattendu mais Remus n'en fut pourtant pas vraiment surpris. Car il les avait vus se rapprocher durant la convalescence de Harry. Mais à ce moment-là, il pensait que leurs liens amicaux s'étaient juste renforcés à force de se voir. Alors qu'en réalité, l'amitié s'était tout simplement transformée en amour. En les voyant, Remus sut que ce n'était pas juste une amourette d'adolescents. Le loup en lui savait reconnaître les histoires qui allaient durer dans le temps, puisque Remus était lui-même attiré à vie avec quelqu'un. Avoir passé dix-huit ans à enchaîner les brèves relations lui avait conféré une certaine expérience en la matière. Mais même sans ça, il avait du flair de par sa nature de loup-garou. Et son flair ne le trompait jamais. Seulement, il avait besoin de savoir que telle personne et telle personne étaient en couple pour sentir si ça allait durer ou si ça allait être bref. Il sortit de ses pensées en se rappelant qu'il était en cours et qu'il devait surveiller ses élèves qui étaient en train de faire de la pratique. Il penserait à la vie amoureuse de Harry plus tard. Il reporta donc son attention sur ses élèves et fut satisfait de voir qu'ils se débrouillaient plutôt bien. Il mit fin au cours un quart d'heure plus tard. Il ne fut pas étonné de voir Harry arriver vers lui alors que ses camarades, y compris Draco, étaient sortis de la salle.

- Je sais que tu es pressé, j'ai entendu ce que disait le Patronus, mais est-ce que tu sais de qui Mme Pomfrey veut te parler ?

- Non, mais quelque chose me dit que toi, tu as un avis sur la question.

- Oui, avoua Harry. Ça se trouve, je ne vais rien t'apprendre car tu le sais déjà et ce n'est pas de ça dont l'infirmière veut s'entretenir avec toi...

- Je ne suis pas vraiment au courant de ce qui se passe dans l'école en ce moment, donc il est fort probable que j'aie manqué des informations. Alors dis-moi ce que tu sais.

- Ça remonte à samedi dernier, lors de mon court séjour à l'infirmerie. J'étais avec Théo quand on a entendu Mme Pomfrey accueillir cinq joueurs de l'équipe de Gryffondor. Trois autres joueurs les accompagnaient, d'après ce que j'ai compris. Mme Pomfrey a halluciné en voyant autant de joueurs arriver d'un coup. Tu sais à quel point elle est contre le Quidditch... Ron, qui faisait partie de ceux qui soutenaient les blessés, a dit que c'était à cause de la météo, ou plutôt à cause de leur capitaine qui les avait obligés à s'entraîner malgré le blizzard. Parmi les cinq joueurs, trois sont rapidement sortis mais les deux autres sont encore à l'infirmerie à l'heure qu'il est. Voilà, je n'en sais pas plus.

- C'est déjà bien suffisant, affirma Remus. Merci beaucoup, Harry. C'est donc pour ça que tu avais l'air inquiet après avoir entendu le message du Patronus ?

- Oui, car si Mme Pomfrey t'envoie un Patronus en plein cours, c'est que ça doit être sérieux. J'ai peur que l'état des deux joueurs se soit aggravé et que c'est pour ça que l'infirmière veut te voir...

- Elle voulait me parler d'une seule élève, et si c'est bien d'Angelina, je pense qu'elle n'a simplement pas eu le temps de me convoquer avant. Comme c'est assez urgent, elle a dû profiter d'avoir un peu de temps libre pour m'envoyer ce message.

Harry acquiesça, l'air soulagé. Visiblement, Draco n'avait pas réussi à effacer toutes ses craintes.

- Je vais te laisser y aller, du coup, vu que c'est urgent. Bon courage.

Harry récupéra son sac et s'en alla. Remus rangea ses affaires dans sa mallette et quitta à son tour sa salle de classe. Il avait fini les cours puisque, le jeudi, celui des cinquième année était le dernier de la journée. Il se rendit alors à l'infirmerie et fut très vite accueilli par Poppy.

- Ah, vous voilà. Je suis désolée de vous avoir fait venir dès la fin des cours...

- Non, ne vous en faites pas, j'ai bien compris que c'était important. Que se passe-t-il ?

- J'aurais dû vous en parler plus tôt mais j'ai été complètement débordée, même avec la précieuse aide de Severus. Ça ne peut cependant plus attendre car j'ai peur qu'il n'arrive des choses encore plus graves si on n'y remédie pas au plus vite. Mais venons-en aux faits. Samedi dernier, j'ai vu cinq élèves débarquer d'un coup ici. Ils étaient tous blessés, certains plus que d'autres, et ils étaient tous des joueurs de l'équipe de Quidditch de Gryffondor. J'ignore si vous vous en souvenez mais samedi, il faisait un temps absolument épouvantable. Ça n'a pourtant pas empêché la capitaine de l'équipe de forcer ses joueurs à s'entraîner malgré le blizzard qu'il y avait dehors. Résultat, Miss Bell, Miss Spinnet, M. Dillon, M. Atterton et Miss Weasley ont été blessés durant l'entraînement. Ils ont tous atterri sur le sol mais trois d'entre eux ne sont pas tombés de très haut de leurs balais. Ce sont ceux qui ont été les moins touchés et qui sont sortis le plus vite. Les deux autres ont fait une grosse chute mais ils étaient conscients lorsque leurs coéquipiers les ont soutenus jusqu'ici. On peut presque dire qu'ils s'en sortent tous plutôt bien. C'était du suicide de s'entraîner par un temps pareil. Je pensais que les entraînements étaient interdits et que les matchs ne pouvaient pas avoir lieu quand il y avait des conditions météo aussi dangereuses.

- C'est le cas. Si elle avait un doute, Miss Johnson aurait dû venir me demander si l'équipe pouvait s'entraîner, même si elle n'aurait pas eu besoin de le faire normalement. Les capitaines sont censés savoir quand un entraînement peut avoir lieu ou non. C'est une question de bon sens.

- Je suis tout à fait d'accord, approuva Poppy avec force. Cet entraînement n'aurait jamais dû avoir lieu. Je sais que je n'ai aucun pouvoir de décision mais je ne peux pas accepter de voir débarquer cinq élèves dans l'infirmerie parce que leur capitaine les a forcés à s'entraîner dans des conditions inhumaines. Ça aurait pu être beaucoup plus grave. Deux d'entre eux sont encore ici et ne s'en iront pas avant un bon moment car ils ont un sévère traumatisme crânien. Ils ont besoin d'être surveillés en permanence. C'est pour ça que je n'ai pas pu vous convoquer plutôt. Severus m'aide quand il a du temps libre mais il consacre une bonne partie de son temps à M. Nott qui doit être lui aussi assez surveillé. Et il y a les autres élèves qui vont et qui viennent. C'est vraiment la folie depuis plusieurs jours et c'est uniquement parce qu'il y a une légèrement amélioration depuis cet après-midi que j'ai pu vous demander de venir. C'est juste insupportable comme situation. À cause de ces surveillances constantes, nous avons moins de temps pour les autres élèves et ceux qui arrivent doivent attendre plus longtemps que d'habitude avant que quelqu'un ne vienne s'occuper d'eux. Il n'y aurait pas tout ça si une capitaine n'avait pas décidé de mettre son équipe en danger pour un simple entraînement. C'est pour ça que je souhaite que cette élève soit sanctionnée à la hauteur de sa faute commise.

- Ce sera fait, assura Remus. Je vais m'entretenir avec elle mais je préfère d'abord en discuter avec les autres directeurs de maison afin d'avoir leurs avis. C'est la première fois que je suis confronté à ce genre de situation, j'estime donc préférable de me faire conseiller par différentes personnes.

- Je comprends. Il faut que vous soyez sûr de ce que vous devez faire. Même si cela doit être réglé rapidement, il ne s'agit pas de se précipiter et de risquer de prendre la mauvaise décision.

- Il n'y en a pourtant pas trente-six mille possibles, soupira Remus. En réalité, je crois savoir ce que je dois faire. Au vu de tout ce qui s'est passé auparavant dans l'équipe et de la gravité des faits, le choix semble évident. Mais je dois vraiment en discuter avec mes collègues avant de faire quoi que ce soit. En tout cas, je vous remercie de m'avoir informé de cette histoire. Vous avez mentionné cinq blessés, dont deux qui sont encore ici. Mais qu'en est-il des trois autres ?

- Ils ont pu rapidement sortir mais il y a très peu de chances qu'ils soient prêts à jouer le match qui doit avoir lieu dimanche, annonça Poppy. Miss Weasley a un poignet fragile, Miss Spinnet souffre d'une de ses chevilles et M. Atterton doit préserver ses côtes. Ce sont des lésions sans gravité mais ces joueurs vont devoir rester au moins une semaine sans faire de Quidditch. Je dois tous les revoir demain pour contrôler tout ça mais je pense que le match de dimanche ne pourra pas se tenir. Il y aura trop de joueurs manquants. C'est pour ça que je devais de toute façon vous en parler très vite. Je préférais attendre d'avoir vérifié l'état de ces trois joueurs avant de me prononcer sur la tenue du match. C'est possible de le maintenir avec deux joueurs à remplacer mais cinq, ce serait un trop grand handicap pour l'équipe. Ce ne serait pas très équitable.

- Il y a des directeurs de maison qui annulent un match parce qu'il y a juste l'attrapeur qui ne peut pas assurer son poste. Donc je serais parfaitement dans mon droit en reportant le match parce qu'il y a cinq joueurs à remplacer.

- Techniquement, il y en a trois, étant donné que Miss Bell, joueuse titulaire, est encore ici et qu'il y a deux autres joueurs titulaires dont le sort est incertain. Les deux autres blessés sont des joueurs remplaçants.

- Je vois. Le problème, c'est que Miss Weasley est déjà une remplaçante, à la base. Elle est passée titulaire mais ce n'est que provisoire. Elle redeviendra bientôt remplaçante. Étant donné qu'elle ne pourra sûrement pas jouer le match, ce serait donc un joueur remplaçant de remplaçant qui devrait assurer le poste d'attrapeur... Avec deux poursuiveurs à remplacer également, ce serait juste de la folie de maintenir le match avec autant d'inégalité entre les deux équipes. Si vous estimez demain que Miss Weasley et Miss Spinnet ne pourront pas jouer, je ferai annuler le match. Ou, plutôt, je le ferai reporter. Il aura probablement lieu dans deux semaines, le temps que les blessés se remettent. À part Miss Bell, évidemment. Il faudra certainement plus de temps pour elle. Et puis, en fonction de la sanction de Miss Johnson, il va falloir laisser du temps à l'équipe pour se réorganiser. Il vaut donc vraiment mieux reporter le match. Merci pour tout, Poppy. Et bon courage.

Remus quitta l'infirmerie sur ces mots et avec une question en tête, à savoir comment il allait faire pour se dépêtrer de tout ça...

.

Remus s'était donc retrouvé dans une situation bien délicate. Le lendemain, Poppy avait jugé Miss Weasley, Miss Spinnet et M. Atterton inaptes à la pratique du Quidditch pour une durée d'une semaine à dix jours et le match de dimanche avait donc été annulé. Remus s'était entretenu avec ses collègues et avec les nouvelles déclarations que lui avaient faites les joueurs de Quidditch, il avait décidé de renvoyer Miss Johnson de son poste de capitaine. Cette discussion avait eu lieu la veille, c'est-à-dire trois jours après son entretien avec Poppy mais il avait pourtant l'impression qu'il s'était passé une éternité entre-temps. Sa conversation houleuse de vendredi avec Sirius et la nuit blanche qui s'en était suivie pour lui devaient y être pour beaucoup. Il était assez distant avec Sirius depuis mais il avait fait comme si de rien n'était lors de la réunion avec Filius, Severus et Pomona. Hors de question que son collègue de duel et sa collègue de botanique se rendent compte de quelque chose. Sirius essayait bien de se rapprocher de lui mais Remus fuyait toutes ses tentatives. Il ne l'avait pas dit à Sirius mais il savait qu'il l'avait trompé. Son odeur avait changé. Il l'avait senti lorsque Sirius l'avait embrassé et qu'il avait voulu l'enlacer. Il s'était brusquement dégagé, Sirius s'en était étonné et même inquiété mais Remus s'était contenté de le fixer sans rien dire avant de chercher à justifier sa réaction mais il n'avait pas trouvé d'excuse alors il avait juste dit qu'il allait retourner travailler. Ce n'était pas un mensonge en soi puisqu'il s'était effectivement remis à corriger ses copies. Mais il avait caché à Sirius qu'il était au courant de sa trahison. Car c'était comme ça qu'il percevait le fait que Sirius avait eu une relation avec quelqu'un d'autre. Il ignorait ce qu'il avait fait exactement avec cette personne mais il savait que c'était avec un homme puisqu'il avait reconnu une odeur masculine et il sentait que c'était allé assez loin. Tout cela avait été très douloureux à réaliser. Il avait eu mal, au plus profond de lui-même. Il avait deviné que c'était à cause du lien mais il n'aurait jamais pensé que ça lui aurait fait aussi mal d'apprendre une tromperie de la part de Sirius. Il s'était demandé ce qui se passerait si une telle chose arrivait alors qu'ils étaient en couple. Il y aurait probablement eu un froid si Remus avait avoué à Sirius être au courant de sa tromperie... Leur relation en aurait pâti et pas seulement dans leurs appartements. Cela se serait vu dans la Grande Salle et leur humeur en classe s'en serait ressenti. Remus avait alors compris pourquoi Dumbledore interdisait les relations entre collègues : pour éviter ce genre de situation, tout simplement. Mais Remus se disait que, pour Sirius et lui, c'était différent. Ils n'y pouvaient rien si un lien les unissait... Mais ce n'était pas le bon moment pour penser à tout ça. Il venait d'arriver à son bureau et il devait avoir l'esprit clair lors de son entrevue avec Angelina. À peine fut-il installé que quelqu'un frappa à la porte.

- Entrez, dit-il calmement.

La porte s'ouvrit sur Angelina. Remus la salua et l'invita à s'asseoir, ce qu'elle fit avec une certaine réserve. Elle avait visiblement envie d'être partout sauf là.

- Merci d'être venue, Angelina.

- J'aurais préféré aller directement dans ma salle commune mais je ne pouvais pas me soustraire à une telle convocation.

- Vous avez des devoirs urgents à faire ?

- Non, mais je dois former celle qui va me succéder.

Remus regarda Angelina, stupéfait. Il ne s'attendait pas à ça.

- Vous avez l'intention de démissionner de votre poste ?

- Pas vraiment, mais je sais très bien que je vais perdre mes fonctions de capitaine. Alors j'ai pris les devants en formant ma remplaçante. Je ne voulais pas qu'elle se retrouve prise au dépourvu lorsque je vais être renvoyée de mon poste. Je tenais à ce qu'elle ait toutes les cartes en main afin de pouvoir assurer au plus vite ses nouvelles fonctions.

- Bien, je ne m'attendais pas du tout à ça mais vous me facilitez grandement les choses. Si vous avez deviné que vous alliez être destituée de vos fonctions, c'est que vous avez donc conscience d'avoir fait quelque chose de grave ?

- Oui. Je n'aurais jamais dû forcer mon équipe à s'entraîner par un temps pareil.

- Alors pourquoi l'avez-vous fait ?

- Parce que l'entraînement de mercredi avait été désastreux, qu'il y avait un match la semaine suivante et que je voyais bien que l'équipe n'était pas du tout au point. J'ai senti qu'on allait droit dans le mur. J'ai donc voulu y remédier.

- En obligeant vos joueurs à s'entraîner alors qu'il y avait presque un blizzard dehors ?

- J'étais obnubilée par le fait de gagner le match, murmura Angelina. Je ne pensais à rien d'autre qu'à ça. Il n'y avait que ça qui comptait. J'ai vu qu'on n'était pas prêts pour le match, qu'il ne restait que trois entraînements alors j'ai maintenu celui de samedi malgré le temps qu'il faisait dehors.

- Vous ne vous êtes pas dit que c'était dangereux ?

- Je n'avais plus vraiment la notion du danger. Tout ce que je voulais, c'était que l'équipe s'entraîne. Je le regrette, maintenant. C'est lorsque j'ai vu cinq joueurs blessés que j'ai compris la portée de mes actes. Et que j'étais allée trop loin. Je savais que ça allait finir par remonter à vos oreilles et je savais que j'allais être renvoyée de mon poste de capitaine. Et je crois honnêtement que c'est la meilleure chose qui puisse arriver à l'équipe. Je me suis vraiment rendue compte que j'avais été horrible dès le début de mon capitanat. Mais je ne l'ai pas réalisé toute seule. Dès l'entraînement de mercredi, tous les joueurs me sont tombés dessus. Je m'en voulais déjà mais là, j'ai vraiment pris conscience de tout ce que j'avais fait. Et, surtout, j'ai compris à quel point j'avais été tyrannique avec les joueurs. Ils m'ont fait tout un tas de reproches. L'ambiance a donc été très tendue durant l'entraînement. Elle l'était un peu moins lors de celui d'avant-hier. Mais on ne peut pas vraiment comparer car elle était différente. Il y avait une sorte de tristesse. Les joueurs savaient tous que j'allais être démise de mes fonctions et que j'avais moi-même décidé de démissionner. Même si c'était ce qu'ils voulaient depuis longtemps, ça les rendait quand-même un peu tristes que ça se termine comme ça. Ils auraient voulu que ça se passe mieux, qu'il n'y ait pas toutes ces tensions et qu'il n'y ait pas besoin de changer de capitaine en pleine année, surtout à l'approche d'un match auquel on doit participer. C'est de ma faute s'il y avait une mauvaise ambiance dans l'équipe depuis le début de l'année et je le regrette vraiment. Et je m'en veux surtout d'avoir mis mes coéquipiers en danger lors de cet entraînement. Je ne pouvais vraiment pas rester capitaine après ça et c'est pour cette raison que je ne contesterai pas votre décision de me renvoyer.

Angelina se tut sur ces mots. Remus ignorait s'il devait être triste ou soulagé. Il estima qu'il pouvait être les deux à la fois. Triste que l'équipe perde sa capitaine dans ces conditions et soulagé que cette même capitaine ait elle-même compris ses erreurs et qu'elle était d'accord avec le fait qu'elle devait être renvoyée. À partir de là, l'entrevue ne pouvait que bien se passer. Tout compte fait, Remus était peut-être davantage soulagé que triste. Il allait même essayer d'aider Angelina en faisant son devoir de directeur de maison.

- Je suis heureux de constater que vous réalisez vos erreurs ainsi que la gravité de vos actes. Je suis effectivement obligé de vous démettre de vos fonctions de capitaine et je vous donne également un mois de retenue. Je sais que vous n'en avez jamais eues jusque-là et c'est bien parce que vous avez toujours été jugée comme étant une élève irréprochable que vous échappez à un conseil disciplinaire qui aurait sûrement requis une exclusion temporaire.

- Merci, professeur, dit Angelina d'un ton sincère. Est-ce que le fait que je doive passer mes ASPIC dans quatre mois y est aussi pour quelque chose ?

- Oui, cela va sans dire. Mais il y a aussi votre état d'esprit durant cette convocation qui est pris en compte. Si vous n'aviez montré aucun regret et que vous n'aviez de toute évidence pas compris vos erreurs, vous auriez eu droit à une convocation disciplinaire. Pour être tout à fait franc avec vous, je pensais que c'était ce qui se serait passé. Vous m'avez vraiment surpris en faisant amande honorable. Et je sais que vous ne l'avez pas fait dans le but d'éviter la plus sévère des sanctions. Comme vous avez réalisé ce que vous avez fait, que vous le regrettez et que vous êtes presque venue me donner votre démission, un conseil disciplinaire ne me semble pas nécessaire pour vous. Il ne dirait rien de plus que ce que je pourrais bien vous dire et il n'ordonnerait pas votre renvoi grâce à votre bonne foi et grâce au fait que vous devez passer vos ASPIC. Je pense néanmoins que vous devriez présenter vos excuses aux joueurs de l'équipe et plus particulièrement à ceux et celles qui ont été blessés lors de cet entraînement. Une lettre va être envoyée à leurs parents pour leur expliquer la situation et il sera bien spécifié que des sanctions ont été prises, que vous regrettez vos erreurs et que vous vous êtes excusée. Un certain professeur ici tient et insiste à ce que tout soit désormais fait dans les règles et que l'école se fasse la plus transparente possible sur ce qui s'y passe. Bien, je pense que tout a été dit concernant vos erreurs et vos sanctions. Je ne vous ai pas seulement convoquée pour vous punir et vous gronder mais aussi pour vous aider. Tout d'abord, est-ce que vous vous sentez bien ?

Angelina leva brusquement la tête et regarda Remus avec un air surpris. Celui-ci retint un soupir en réalisant à quel point sa prédécesseure avait manqué à son devoir de directrice de maison. Elle avait toujours été là pour punir ses élèves et les rappeler à l'ordre lorsqu'il le fallait mais n'avait jamais été là pour s'assurer qu'ils allaient bien. Il reporta son attention sur Angelina qui était tellement surprise qu'elle ne répondait pas.

- Je ne fais que remplir mon devoir en vous posant cette question, ajouta-t-il d'un ton apaisant. Je ne peux pas vous laisser partir sans savoir si vous allez bien. Après, si vous ne voulez pas me répondre, c'est votre droit, précisa-t-il avec un sourire. Je ne vais pas vous retenir en otage jusqu'à ce que vous ayez répondu. Même si c'est peut-être ce que je devrais faire.

La petite touche d'humour de Remus était visiblement ce qu'il fallait pour dérider Angelina car elle se détendit et sourit même à son tour.

- Je crois que ça va. Enfin, je suis triste, bien sûr, et comme je vous l'ai dit, je m'en veux, et puis je me sens coupable et... non, en fait, je crois que ça ne va pas si bien que ça.

- Et ça ne date pas d'aujourd'hui, je présume ?

Angelina secoua la tête. Parler semblait soudain être devenu dur pour elle.

- Est-ce que vous vous sentiez bien en tant que capitaine ?

Le regard d'Angelina se troubla. La réponse n'avait pas l'air évidente pour elle, si bien qu'elle mit un moment à la trouver :

- Au début, oui, j'étais contente. Mais je me suis vite retrouvée dépassée. Tout était nouveau, j'avais du pouvoir, ça me galvanisait et ça m'a fait perdre la raison... Je crois que je n'étais pas faite pour ce rôle. Je l'avais voulu, pourtant. J'avais ardemment désiré devenir capitaine. Mais je n'avais peut-être pas ce qu'il fallait pour ça. Comme tous les nouveaux capitaines, je n'ai pas eu d'entretien préalable. J'ai reçu le badge pendant l'été et... et voilà.

Remus dut se retenir pour ne pas gémir et se prendre la tête dans les mains. Il était parfaitement au courant que les capitaines apprenaient leur nomination seulement à quelques semaines de la rentrée et que c'était un peu la surprise à chaque fois mais Angelina venait tout juste de lui faire réaliser que ce n'était pas une façon de faire. D'accord, c'était sympa de faire la surprise au nouveau capitaine en lui envoyant le badge durant les vacances, mais devenir capitaine, ça devait se préparer en amont. Il se demanda pourquoi Severus n'avait jamais pensé à cela, puis il se souvint qu'il avait été obligé de se cantonner à son rôle de professeur et qu'il n'aurait jamais été écouté s'il avait émis une objection contre la façon de choisir le nouveau capitaine. Parce que ça relevait du domaine de la psychologie et que Severus avait dû renoncer à son métier de médicomage qui incluait, entre autres, la branche de la psychomagie. Remus repensa à la réunion qu'il avait eue la veille avec Sirius, Filius, Pomona et Severus et il se souvint que c'était ce dernier qui lui avait conseillé de chercher à savoir comment Angelina se sentait. Remus comprit alors que ce n'était pas innocemment si Severus lui avait donné ce conseil. Il devait avoir deviné qu'Angelina n'était pas heureuse dans son rôle de capitaine et que c'était pour ça qu'elle avait été aussi tyrannique. Remus comprit également que si Severus lui avait donné ce conseil, c'était parce qu'il pensait qu'Angelina avait peut-être besoin de venir le voir et que si c'était le cas, il était prêt à s'occuper d'elle. Remus sut donc ce qu'il devait faire.

- Je pense que vous n'avez pas eu l'écoute nécessaire lorsque vous en aviez besoin. C'est dommage que je ne vous le dise que maintenant mais vous auriez pu venir me voir si vous sentiez que vous ne vous en sortiez pas, je suis votre directeur de maison, mon rôle est de vous aider. Mais je manquais moi-même d'informations à ce sujet. Je pensais que les capitaines savaient qu'ils était pressentis et qu'ils avaient une sorte de formation si jamais ils étaient choisis. Je ne comprends pas comment on peut nommer quelqu'un capitaine sans l'avoir un minimum préparé à le devenir. Mais je pense qu'on va y remédier. Il y a plein de choses à changer dans cette école, et celle-ci en fait partie. Je suis juste profondément désolé que vous ayez payé les frais de cette mauvaise organisation.

- Je suis contente que le désastre qu'a été mon capitanat ait permis de pointer du doigt un problème important. J'aurais juste aimé ne pas être allée aussi loin.

- Est-ce que vous estimez avoir besoin d'en parler ? Ça ne changera rien à ce qui s'est passé mais ça pourrait vous faire du bien.

- En parler à qui ?

- La personne n'a pas encore été trouvée mais un ou une psychomage libérale doit venir travailler à mi-temps à Poudlard pour s'occuper des élèves qui auraient besoin d'être suivis. Le directeur est en train d'essayer de dénicher la bonne personne mais c'est très difficile de convaincre un psychomage libéral de venir exercer son métier dans une école. Ça va à l'encontre du principe du travail libéral. Mais il y a forcément quelqu'un qui va finir par accepter. Les psychomages libéraux, ce n'est pas ce qui manque. Il y en a plein. Mais cette personne serait surtout là pour seconder le professeur Snape. Car c'est lui le psychomage de Poudlard, à la base. Mais son emploi du temps ne lui permettrait pas de pouvoir s'occuper de tous les élèves qui auraient des problèmes dont ils voudraient parler. C'est pour cela qu'il faut un deuxième psychomage. Il n'y a donc que le professeur Snape pour le moment mais je vous recommande vivement de lui faire confiance. Il a déjà grandement aidé un élève qu'il suit toujours actuellement et depuis qu'il s'occupe d'une autre élève, celle-ci semble aller beaucoup mieux. Il est vraiment très bon dans le domaine de la psychomagie. Après, vous pouvez essayer quelques séances et si vous voyez que ça ne va pas, vous pourrez arrêter. Le professeur Snape ne vous obligera pas à continuer si vous n'en avez pas envie.

Angelina hocha la tête.

- Je veux bien essayer. Est-ce que je dois aller le voir de moi-même ou... ?

- Je pense que les élèves qui voudront tenter une thérapie avec un des deux psychomages devront en référer à leur directeur de maison qui joueront les intermédiaires jusqu'à la première séance. Je vais donc dire au professeur Snape que vous souhaitez avoir une séance avec lui, nous verrons quel jour vous conviendrait le mieux à tous les deux et je vous transmettrai la date et l'heure que nous aurons choisies. J'aurai plus de chances de vous voir que le professeur Snape. Ensuite, ce sera lui qui vous donnera le jour et l'heure des prochaines séances. Est-ce que tout est clair ?

- Oui, affirma Angelina.

- Bien, avant de vous laisser partir, j'aimerais discuter avec vous de la personne qui vous succédera et savoir si tout se passe bien à ce niveau-là. Qui avez-vous choisi ?

- Alicia. C'est la seule qui puisse me remplacer pour le moment, étant donné que parmi les anciens de l'équipe, deux ne sont pas aptes à jouer actuellement et les deux autres n'ont pas du tout ce qu'il faut pour être capitaines. Heureusement, Alicia est celle qui peut reprendre les entraînements le plus tôt parmi les trois joueurs qui ont été plus légèrement blessés.

- C'est une chance, en effet. De toute façon, vous avez jusqu'au prochain match pour la briefer. Vous ne serez démise de vos fonctions qu'une fois le match passé. Vous avez donc deux semaines devant vous. Je compte sur vous pour faire en sorte que les quatre entraînements se passent bien. Voire plus si vous décidez de passer à trois entraînements par semaine à l'approche du match. Mais je crois que vous ne l'aviez pas fait pour le premier match, ni pour la date prévue de celui-là.

- En effet, j'y avais pourtant pensé mais c'était impossible de placer un troisième entraînement avec nos emplois du temps et les obligations des uns et des autres. Je vais d'ailleurs devoir briefer Alicia à ce sujet.

- Si vous avez besoin d'aide pour cela, n'hésitez pas à venir me voir. Je suis là pour ça.

- J'y penserai, promit Angelina. Merci de me laisser jusqu'au match pour mettre fin à mon capitanat.

- Ce n'est pas une bonne chose de changer de capitaine à deux semaines d'un match. Après, rien ne vous empêche de vous faire seconder par Alicia. Ça lui fera acquérir de l'expérience avant qu'elle ne doive s'occuper toute seule de l'équipe.

- Oh, je n'y avais pas songé. Mais c'est une bonne idée. C'est ce que je vais faire. Merci, professeur.

- Je vous en prie. Si vous n'avez rien d'autre à me dire ou à me demander, vous pouvez y aller.

Angelina acquiesça et se leva. Elle salua Remus et se dirigea vers la porte. Juste avant de s'en aller, elle se retourna.

- Si ça fera du bien à Gryffondor de changer de capitaine, garder le même directeur de maison lui en fera tout autant.

Elle partit sur ces mots. Le compliment à peine voilé toucha énormément Remus. Il lui fallut un peu de temps pour se remettre de cette entrevue. Il s'était passé énormément de choses. Bien plus qu'il ne l'avait prévu. À la base, il devait simplement démettre Angelina de ses fonctions de capitaine, lui demander si elle allait bien, l'aider si besoin dans le choix de sa remplaçante et voilà. Il s'attendait à ce qu'Angelina se rebelle, qu'elle lui dise que tout allait bien et qu'elle s'en aille en claquant la porte. Au lieu de ça, c'était Angelina qui s'était virée elle-même, elle s'était excusée, elle avait d'abord cru se sentir bien avant de se rendre compte que ce n'était pas le cas, Remus l'avait dirigée vers Severus et c'était dans le plus grand calme qu'ils avaient terminé la discussion après avoir parlé d'Alicia qui remplacerait Angelina. Cela n'avait absolument rien à voir avec ce qu'il avait imaginé. Et c'était bien mieux comme ça. Il avait sanctionné Angelina, certes, mais il l'avait aussi aidée en l'envoyant voir Severus après avoir appris qu'elle n'allait pas aussi bien qu'elle le croyait. Il avait fait son devoir de directeur de maison à plusieurs reprises durant cette entrevue et il en était fier et heureux. Il aimait son rôle et il aimait encore plus le remplir. Ce fut donc le coeur bien plus léger qu'en arrivant qu'il sortit de son bureau. Il rejoignit ses appartements et se demanda sur le chemin s'il allait préparer un repas pour le dîner ou s'il allait manger dans la Grande Salle. Il ne pensait pas avoir la réponse à sa question en ouvrant la porte. Car à peine fut-il entré qu'il sentit une merveilleuse odeur de cuisine lui chatouiller les narines. Il fut très surpris car ça ne ressemblait pas du tout à Sirius de faire de la popote en semaine. Il se rendit à la cuisine et découvrit le compagnon de son loup aux fourneaux.

- Puis-je savoir en quel honneur tu prépares le dîner ? s'intrigua-t-il.

- Pour te faire plaisir. Tu avais l'air vraiment stressé à cause de cette convocation et je ne savais pas si ça allait bien se passer. Dans tous les cas, je me suis dit que ça te ferait plaisir de rentrer et de ne pas avoir à faire à manger.

- Ça fait surtout plaisir de sentir une très bonne odeur en arrivant.

- C'est juste un rôti avec des pommes de terre. Et une délicieuse sauce, je l'admets.

- C'est parfait pour un soir. Une ou deux tranches assez fines et quelques pommes de terre, ce n'est pas ce qu'il y a de plus lourd. Et ça a vraiment l'air bon. C'est super adorable de ta part d'avoir fait la cuisine. J'avoue que je n'avais aucune envie de cuisiner ce soir.

- Ça s'est mal passé avec Angelina ?

- Non, au contraire, ça n'aurait pas pu mieux se passer, je pense. Je te raconterai ça durant le dîner. Bon, je vais préparer la table.

- Attends, il n'est pas si tard que ça... Le dîner est prêt mais on peut très bien le faire réchauffer. On n'est pas obligés de manger tout de suite.

- Je n'ai pas la tête à corriger mes copies ou à préparer mes cours.

- Qui te parle de travailler ?

Sirius posa cette question en se rapprochant de Remus. Celui-ci comprit aussitôt où voulait en venir son ami. Il se laissa faire quand Sirius l'enlaça. Il ferma les yeux quand ses lèvres se posèrent sur les siennes. Il les entrouvrit quand Sirius quémanda l'accès à sa bouche. Il oublia tout quand le baiser se fit plus profond. Il grogna quand la bouche de Sirius délaissa la sienne. Il gémit quand il sentit des lèvres douces et chaudes dans son cou. Il sut à ce moment-là qu'il devait repousser Sirius avant que les choses n'aillent trop loin. Même sans les effets de la pleine lune, le loup s'agitait en lui lorsque Sirius était trop proche de lui et qu'il initiait ce genre de choses. Le loup sentait que Sirius refusait le lien et il s'impatientait à cause de ça. Si Remus ne se contrôlait pas et qu'il se laissait dominer par sa nature animale, il ferait sien Sirius sur-le-champ pour lui faire comprendre qu'ils étaient liés et pour le forcer à l'admettre. Et il n'hésiterait pas à employer la force pour cela. Or, ce n'était pas comme ça que ça devait se passer. Remus ne voulait pas prendre la première fois de Sirius dans la violence et la soumission. Il l'aimait trop pour lui faire subir une chose pareille. Bien sûr, il ne le ferait pas sans le consentement de Sirius, il n'était pas comme ça, même à l'approche de la pleine lune, mais c'était la façon dont ça se passerait qui rebutait Remus. Il ne forcerait jamais Sirius à faire quoi que ce soit mais il pouvait se montrer violent et il refusait cela. C'était pour cela qu'il ne voulait pas faire Sirius sien tant que celui-ci n'aurait pas accepté le lien. Lorsqu'il l'aurait admis, leur première fois pourrait alors se passer dans les meilleures conditions qui soient. Remus se montrerait tendre et amoureux. Et c'était comme ça qu'il souhaitait s'unir avec Sirius pour la première fois. Dans l'amour, la douceur et la tendresse. Mais tout ça ne pourrait pas avoir lieu tant que Sirius refusait le lien. C'était pour ça que Remus repoussait sans cesse ses avances et qu'il ne voulait plus avoir de sexe avec lui. Pour le protéger. Mais Sirius n'arrivait pas à le comprendre car pour lui, cette histoire de lien n'était qu'une invention. Ils étaient dans une impasse et cela frustrait énormément Remus. La situation le peinait beaucoup. Il suffisait pourtant que Sirius accepte de voir la réalité en face pour que tout redevienne simple... Mais Remus ne pouvait pas l'y forcer. Ça devait venir de Sirius. Tout ce que Remus était en mesure de faire pour le moment, c'était repousser Sirius pour le bien et contre le gré de celui-ci. Et ce fut ce qu'il fit de nouveau. Il se détacha à regret de Sirius, le coeur serré.

- Désolé, je n'aurais pas dû te laisser faire, murmura-t-il.

- Si, au contraire, répliqua Sirius. Tu sembles en avoir autant envie que moi. Alors pourquoi tu me repousses ?!

- Tu sais très bien pourquoi, rétorqua vivement Remus.

- Non. S'il te plaît, Remus. Ne recommence pas avec ça.

- Tu peux nier autant que tu veux, Sirius, ça ne changera rien à la situation. Je sais que tu as besoin de temps pour accepter ce qu'il y a entre nous et que je ne nommerai pas mais dans ce cas, arrête de chercher à ce qu'on ait des relations. Ça ne servira à rien à part nous frustrer.

- Pourquoi est-ce que ce serait moi qui devrait accepter ton histoire de lien ? Pourquoi est-ce que ce ne serait pas toi qui devrait admettre que ça n'existe pas et que tu t'es fait embobiner par Snape ?

- Parce que je sais que Severus a raison, répondit calmement Remus.

- Mais ce n'est qu'une théorie, Remus ! Une théorie ! Qui n'a rien de fondé ! Je n'arrive vraiment pas à comprendre comment tu peux croire à quelque chose qui n'est pas prouvé !

- Il y a beaucoup de choses que tu ne comprends pas et c'est justement ça le problème, lâcha Remus.

Il regretta ses mots en voyant l'air blessé de Sirius. Il ne voulait pas lui faire de la peine et, surtout, il ne voulait pas se brouiller une fois de plus avec lui.

- Écoute, on ferait mieux de passer à autre chose, dit-il d'un ton apaisant. Je n'ai pas envie qu'on se dispute.

- Si tu ne m'avais pas repoussé, on n'en serait pas là, s'entêta Sirius, amer.

- Mais on ne va pas passer la soirée fâchés parce que je n'ai pas voulu avoir un moment intime avec toi ! s'agaça Remus. On peut bien rester un moment sans avoir de sexe ! Ce n'est pas la mer à boire ! Il n'y a pas que ça qui compte !

- Très bien, si tu le prends comme ça, je sais ce qu'il me reste à faire ! N'espère pas me revoir avant demain !

Sirius s'en alla sur ces mots d'un pas rageur. Quelques secondes plus tard, Remus entendit la porte claquer. Il dut lutter pour ne pas laisser les larmes couler sur ses joues. Il savait ce que Sirius allait faire et il refusa d'y penser. Il ne voulait pas imaginer l'homme qu'il aimait dans les bras d'une autre personne. Cela lui faisait trop mal. Il ne pourrait pas le supporter. Mais il ne ressentait pas que de la peine. Il ressentait aussi de la colère. Une colère qui venait de son loup mais qui n'avait rien à voir avec la pleine lune. Une colère différente de celle qu'il avait appris à maîtriser depuis qu'il avait été mordu. Il la sentait bouillonner en lui et devenir rapidement hors de contrôle. Une irrésistible envie de tout casser s'empara de lui. Il ferma les yeux pour se retenir mais il ne put empêcher un puissant hurlement de sortir et de faire trembler les murs de la cuisine. C'était visiblement ce qu'il devait faire car il se sentit aussitôt un peu mieux. Ça l'avait apaisé. Il avait réussi à gérer la situation cette fois mais il ne pouvait pas prendre le risque que ça se reproduise. Le rejet du lien par Sirius commençait à avoir des répercussions trop sérieuses et Remus ne pouvait pas rester là sans rien faire. Il devait en parler à Severus mais il ne se sentait pas en état de voir qui que ce soit pour le moment. Le brusque accès de colère de son loup l'avait épuisé et il savait ce qu'il devait faire dans ces moments-là. Il irait voir Severus un peu plus tard. Là, il avait besoin de se reposer. Il allait donc se coucher même s'il n'était que dix-neuf heures. Au moins, en dormant, il oublierait que l'homme de sa vie refusait de se lier à lui et qu'il était parti le tromper, une nouvelle fois.

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Voilà pour aujourd'hui, j'espère que le chapitre vous a plu ! =) Ça avance (ou ça recule entre Sirius et Remus, on ne sait pas trop … Qu'en pensez-vous ? XD Les deux ? Ouais, c'est une façon de voir les choses XD) Sur ce, je vous dis à dimanche prochain pour le quarante-neuvième chapitre qui s'intitulera «Récits» =) Passez une bonne semaine et bisous tout le monde !