Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le quarante-neuvième chapitre de SAMLP =) Exceptionnellement, je publie ce chapitre à 11h car je ne pourrai pas le faire ensuite, ou alors à 20h, donc bon, à choisir … XD

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lyraserah : Ouais, avec Sirius qui se barre deux fois dans le chapitre, on ne peut pas dire que ça avance XD Contente que le couple Harry/Draco te plaise =)

Zackos : Même si tu hurles sur Sirius, pas sûr que ça suffise XD Il est trop borné x) Gifler Sirius ? :'( C'est très tentant, j'avoue, pour lui remettre les idées en place XD Mais je pense que dans le prochain chapitre, il sera suffisamment puni comme ça pour que tu aies encore envie de le gifler ;) Je vais réfléchir pour les oreilles et les queues de chien/loup XD Ça pourrait être un délire de Sirius en vrai XD J'ai écrit un POV Théo cette semaine où il était pleinement heureux *-* Donc oui, il va avoir droit au bonheur :) Ah oui, tu es fan de chiens en fait XD Des peluches de chien mais c'est trop mignon ! Oooooh donc ta meilleure amie et toi avez aussi l'habitude de nommer vos peluches XD Bon en même temps, une peluche sans nom, ce n'est pas une peluche XD Mets-toi une alarme tous les jours pour te faire rappeler d'acheter une peluche à ta meilleure amie, à un moment tu vas en avoir marre d'entendre ton alarme tous les jours et tu vas filer l'acheter, cette peluche XD Domino c'est trop choupinou et Ice c'est trop classe ! Oui, la réaction d'Emily est normale, elle se sent comme le dindon de la farce dans cette histoire :/ C'est clair que Justin a toujours fait en sorte de ne pas la blesser, il s'est retrouvé embourbé dans une situation dont il n'arrivait plus à se sortir, mais ça, Emily ne s'en rend pas compte :/ Tu veux vraiment gifler Sirius, le pauvre XD Le chapitre n'était pas spécialement plus court, mais il y a plein de choses qui peuvent donner cette impression :) Théo va avoir un moment difficile dans quelques chapitres mais c'est inévitable vu ce qui va se passer, mais ça va s'arranger et à l'heure où j'écris il est en pleine forme :) Pour ce qui est de Sirius, difficile de répondre sans spoiler x) Donc … suspense XD Ravie que le chapitre t'ait plu =)

Butterfly Fictions : Sirius est vraiment désolant, en effet, son entêtement l'emmène très haut dans les sphères du déni :/ C'est justement le lien qui l'a poussé à tromper Remus, car ils venaient de se disputer, et il a bien repensé à ce que lui avait dit Remus à ce sujet, au fond de lui il sait que ce lien est bien réel mais il ne veut pas l'accepter :/ Emily a eu un choc en apprenant tout ce que lui a dit Justin, ça l'a fait réagir de façon un peu trop excessive, c'est vrai, mais c'est le choc qui a parlé et agi pour elle :/ Elle pense vraiment que Justin s'est moqué d'elle, elle n'accepte pas le fait qu'il soit resté deux ans avec elle alors qu'il n'était pas amoureux d'elle et qu'il soit sorti avec quelqu'un d'autre alors qu'il était avec elle :/ Alors pour la fête avec les vingt personnes, je ne sais pas encore quand elle va avoir lieu mais je pense que ce sera à l'approche des BUSE :) Un peu de patience pour un moment Harry/Draco, mais ça va arriver, promis :) Les réactions des uns et des autres au couple Harry/Draco et Théo/Justin vont arriver au compte-goutte =) Pour les récits, il y en a de toutes sortes, ce titre collait donc bien au chapitre XD

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Merci à tous pour ces retours et merci encore à tous ceux qui continuent à suivre cette histoire =) Je vous laisse avec ce nouveau chapitre et je vous souhaite une agréable lecture =)

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49 – Récits

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(mardi 20/02) POV Ginny

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- Tu es sûre de vouloir assister au briefing ?

Ginny se retint de soupirer. Cela faisait au moins quatre fois que Ron lui posait cette question.

- Oui, j'en suis sûre. J'y suis obligée, de toute façon. Ce n'est pas parce que je suis blessée et inapte à jouer que je peux me permettre de sécher les briefings. Il faut que je sois au courant de tout lorsque je reprendrai les entraînements.

- C'est vrai. Je voulais juste t'éviter la mauvaise ambiance des vestiaires.

- C'était tendu mardi mais samedi ça allait mieux. L'ambiance était juste un peu triste et ça ne parlait pas beaucoup. Ce sera sûrement pareil aujourd'hui.

Ron acquiesça tandis qu'ils arrivaient aux vestiaires. Ils entrèrent et virent que l'équipe était presque au complet.

- Harry doit toujours venir ? demanda Ginny à Ron en s'asseyant.

- Oui, mais il a été retenu par le professeur Snape à la fin du cours.

- Qu'est-ce qu'il a fait ?

- Rien, à ce que je sache. Mais ne t'en fais pas, ce n'est pas la première fois que Snape le convoque depuis qu'il a repris les cours.

- J'espère juste qu'il ne va pas trop le mettre en retard.

Harry participait de nouveau aux briefings depuis la semaine précédente. Il était censé reprendre les entraînements ce jour-là mais avec l'explosion dont il avait été victime, il avait été estimé préférable qu'il attende trois semaines de plus avant de refaire du Quidditch. Il réintégrerait donc l'équipe une fois le match passé. Ginny, elle, avait été blessée dix jours plus tôt lors d'un entraînement et devait reprendre le Quidditch la semaine suivante. Depuis une semaine, elle restait donc dans les gradins avec Harry. Ce dernier ne tarda pas à arriver, légèrement essoufflé.

- Pardon, j'ai été...

- Oui, Ron m'a dit, coupa Angelina. Ce n'est pas grave, installe-toi. On n'a pas beaucoup de temps et je dois vous parler. J'ai été convoquée hier soir par notre directeur de maison. Comme vous vous en doutez, j'ai été renvoyée de mon poste de capitaine. Mais il n'y a pas que ça. Il ne m'a pas juste dit que c'était mal ce que j'avais fait et que j'étais renvoyée. Il a aussi cherché à savoir pourquoi j'avais été aussi tyrannique envers vous. Je lui ai répondu et je pense que vous avez le droit de savoir aussi. J'avais ardemment voulu devenir capitaine. Ça m'attirait énormément. Mais je n'étais pas faite pour ce poste. Ou alors il aurait fallu qu'on me guide ou que je suive une petite formation. Je n'avais pas les codes, je me suis vite retrouvée dépassée et j'ai fait n'importe quoi. Et je le regrette sincèrement. Je voulais donc vous demander pardon pour le comportement que j'ai eu depuis le début de l'année. Je me suis faite dominer par le désir de la victoire et de la gloire et ça m'a fait perdre tout bon sens. Je considère évidemment ce renvoi comme un échec mais aussi comme un soulagement. Pour vous et pour moi. Tout le monde se portera mieux quand je ne serai plus capitaine. Mais je n'ai pas envie de refiler mon poste de capitaine comme s'il s'agissait une patate chaude. Alicia, si tu sens que ça ne le fait pas, ne fais surtout pas comme moi. Va en parler au professeur Lupin qui saura t'orienter vers la bonne personne si lui ne peut pas t'aider. Il faut prendre du plaisir à être capitaine, tout comme il faut prendre du plaisir à jouer au Quidditch. Et ça doit le rester même quand vous changez de poste, quand vous passez de remplaçant à titulaire ou quand vous devenez capitaine. Je ne sais pas qui sera capitaine à la rentrée mais les conseils que je viens de donner à Alicia sont valables pour le prochain capitaine. Au moindre souci, il faut en parler au professeur Lupin. Nous avons la chance d'avoir un directeur de maison à l'écoute de ses élèves alors il faut en profiter. Voilà, c'est tout ce que j'avais à vous dire. Comme j'ai toujours été une élève irréprochable et que j'ai eu une bonne réaction lors de la convocation, je reste capitaine jusqu'au match. Ensuite, je passerai le flambeau à Alicia. Mais elle pourra me seconder d'ici là, comme ça, elle aura déjà un peu d'expérience quand elle devra prendre seule les rênes de l'équipe. Je garde cependant mon poste de poursuiveur titulaire et ce, jusqu'à la fin de l'année. Le seul changement, c'est qu'après le match, ce sera Alicia la capitaine. En attendant, je ferai tout pour que le reste de mon capitanat se passe bien. Bon, on va maintenant passer aux enjeux de cet entraînement. Veux-tu que je te laisse parler, Alicia ? Je serai là si tu t'emmêles les baguettes.

Alicia acquiesça et se lança. Ginny, qui était restée sur le discours d'Angelina, mit un peu de temps à se concentrer sur ce que disait Alicia. Elle l'écouta attentivement et la trouva très bien dans le rôle de capitaine, même si elle était un peu hésitante, ce qui était tout à fait normal. Vingt minutes plus tard, Ginny quitta les vestiaires avec l'équipe mais au lieu d'aller sur le terrain, elle se rendit dans les gradins avec Alicia, Simon et Harry. Alicia était autorisée à reprendre le Quidditch quatre jours plus tard et elle patientait en apprenant son futur rôle de capitaine. Simon, lui, réintégrerait l'équipe en même temps que Ginny. Ce fut à côté de Harry qu'elle s'installa.

- C'est triste, une équipe avec autant de joueurs dans les tribunes, constata Harry.

- Il aurait pu y en avoir un de moins si quelqu'un n'avait pas la fâcheuse manie de s'attirer des ennuis alors qu'il vient tout juste d'en sortir, railla gentiment Ginny.

- Je n'en ai pas fait exprès, se défendit Harry.

- Je sais, mais avoue que tu dois avoir un certain goût pour les ennuis pour te retrouver à l'infirmerie alors que ça faisait juste cinq jours que tu avais repris les cours après deux mois de convalescence ! C'est hallucinant, quand-même.

- Au moins, je réussis toujours à surprendre, plaisanta Harry.

- Ça, c'est sûr. Ça ne nous dérange pas que tu nous surprennes mais on préférerait que tu le fasses en faisant des choses qui ne te mettent pas nécessairement en danger.

- Ça, je crois que je ne sais pas faire, regretta Harry.

À peine eut-il prononcé ces mots qu'une idée sembla lui traverser l'esprit.

- Quoique... Il se pourrait bien que je puisse te surprendre, là, tout de suite, maintenant.

- N'essaie même pas de m'embrasser, prévint Ginny, faussement menaçante.

- Je n'en avais pas l'intention. Jamais je n'embrasserais quelqu'un alors que je suis déjà en couple.

Ginny écarquilla les yeux.

- QUOI ?! Qu'est-ce que tu viens de dire là ?!

- Tu as très bien compris, répondit Harry, l'air fier de son effet.

- Mais... depuis quand ?!

- C'est tout récent. Ça ne fait que six jours que nous sommes ensemble. Mais ça faisait presque deux mois qu'on avait commencé à se rapprocher.

Ginny fronça les sourcils.

- Deux mois, c'était pendant ta convalescence, lâcha-t-elle, perplexe. C'est donc quelqu'un que tu as vu régulièrement pendant ta convalescence...

Un doute frappa soudain Ginny.

- Ne me dis pas que c'est Snape ?! demanda-t-elle, horrifiée.

- Mais non, rit Harry. Je comprends que tu puisses te poser la question mais ce n'est pas lui. Nous ne sommes pas du même bord, de toute façon.

- Comment tu sais ça, toi ? Il t'a fait des confidences ?! Non, en fait, ne réponds pas, je ne veux pas savoir. Cette discussion devient très gênante.

Harry se mit à rire.

- Arrête, je sais au contraire que tu adores ce genre de discussion.

Ginny ne répondit pas, voulant ainsi prouver à Harry qu'il avait tort mais elle fut bien obligée de lui donner raison lorsque la curiosité finit par prendre le dessus.

- Bon, dis-moi tout, intima-t-elle, avide de savoir. Je te promets de garder ça pour moi.

- Tu n'as même pas besoin de me le dire, je sais bien que tu ne diras rien. En fait c'est surtout parce que je me sens coupable que j'ai cherché à attiser ta curiosité. Sinon je ne t'en aurais pas parlé. Déjà que je ne suis pas très à l'aise à l'idée de te révéler quelque chose concernant Snape... C'est comme si je le trahissais.

- Tu as le droit d'en parler à partir du moment où il y a quelque chose qui te turlupine. Alors vas-y, je t'écoute.

- En fait, quand j'étais à l'infirmerie suite à l'explosion, j'ai fait tout un cirque à Mme Pomfrey qui ne voulait pas répondre à mes questions, si bien qu'elle a dû faire venir le professeur Snape plus tôt que prévu. Un peu plus tard, j'ai appris par Sirius qu'à ce moment-là, Snape était avec une femme. Je n'ai rien dit sur le moment mais je m'en suis énormément voulu. Le professeur Snape se démène pour moi et tout ce que je trouve à faire pour le remercier, c'est de l'obliger à rentrer alors que, pour une fois, il profitait un peu de la vie en-dehors de Poudlard...

- Je comprends que tu t'en veuilles mais tu ne pouvais pas savoir, apaisa Ginny. Et puis je pense que tu t'en fais pour rien. Snape est quelqu'un de très prévoyant et organisé. Il a forcément dû dire à sa dulcinée qu'il pouvait à tout moment avoir une urgence à Poudlard. Il s'y attendait, tu ne l'as donc pas vraiment dérangé. Surtout que, d'après ce que tu m'as dit, il adore son métier de médicomage. C'est ce qu'il aime, de voler au secours d'un patient.

- Tu as raison. Je n'avais pas vu les choses comme ça. Je savais que devais t'en parler. Tu m'aides toujours à voir les choses différemment. Tu ferais une très bonne psychomage, tu sais.

Ginny se sentit rougir.

- Je ne fais qu'utiliser ma logique.

- Peut-être mais il n'y a pas que ça. Tu sais écouter et aider les gens. Tu as un don pour ça. Et je suis sûr que tu adores ça.

- C'est vrai, admit Ginny. Je n'avais jamais pensé à devenir psychomage mais maintenant que tu en parles...

- Ça te plairait ? s'enquit Harry.

- Oui, je crois. Mais le truc, c'est que Blaise veut déjà être médicomage. Si je suis psychomage, on va sûrement se retrouver à travailler tous les deux à Sainte-Mangouste, ce qui veut dire qu'on serait ensemble jour et nuit. Tout le temps.

- Tu peux très bien être psychomage libérale. Il y en a plein qui choisissent cette voie-là.

- Justement, ils doivent être déjà bien assez, alors que Sainte-Mangouste doit en manquer. Si je dois devenir psychomage, ce sera à Sainte-Mangouste et pas ailleurs. Mais comme je l'ai dit, ça voudrait dire que je serais vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec Blaise...

- Ça te gênerait tant que ça ?

- En soi, non. J'adore être avec lui, je l'aime et si je parle de travailler dans le même endroit que lui, c'est que je m'imagine être encore avec lui bien après Poudlard. Mais j'ai peur que passer autant de temps ensemble, ça ne tue notre couple.

- Vous serez peut-être tous deux à Sainte-Mangouste mais vous ne ferez pas le même métier, vous ne travaillerez donc pas dans le même service. Vous aurez chacun un cabinet et pas au même étage. Vous ne vous verrez que le midi, et encore, pas tous les jours. Vous ne risquez donc pas de trop vous voir, si c'est ça qui t'inquiète. Et il y aura un côté rassurant à vous savoir dans le même endroit. Ça peut même vous être utile. Il y a vraiment plus d'avantages que d'inconvénients.

Ginny acquiesça, convaincue par les arguments de Harry.

- De toute façon, tu as le temps de réfléchir à ce que tu veux faire plus tard.

- Oui, j'ai encore un an pour y réfléchir. Mais je vais sérieusement étudier cette voie. Après, même si je décide de devenir psychomage, ce ne sera pas pour tout de suite. Je me lancerai sûrement dans cette formation une fois que j'aurai mon premier enfant. Ça mettra un terme à ma première carrière et ce sera très bien comme ça.

- Ah ouais, tu as déjà tout prévu, s'étonna Harry. Je t'admire. Moi je ne sais absolument pas ce que je ferai après Poudlard. Mais ce n'est pas le sujet. J'en parlerai avec notre directeur de maison une fois le moment venu.

- Oui, à la base tu voulais me surprendre en m'apprenant que tu sortais avec quelqu'un. Et je suis bien déterminée à savoir qui. Tu me disais que vous vous êtes rapprochés durant ta convalescence. Tu as affirmé que ce n'était pas Snape. Et heureusement car sinon, Sirius ne s'en serait pas remis. Ce n'est pas lui non plus, ni le professeur Lupin. Du moins je l'espère.

Harry leva les yeux au ciel.

- Je veux bien avoir eu jusque-là des petits-amis qui étaient tous plus âgés que moi mais je n'en suis pas là non plus. J'ai des limites. Et la personne avec qui je sors a mon âge, si ça peut te mettre sur la voie.

- C'est intéressant à savoir, en effet. J'imagine que ce n'est pas Ron, et Hermione est une fille, donc on l'oublie. À moins que tu sois soudain devenu bi mais ça m'étonnerait beaucoup. Il ne reste donc que deux possibilités. Je pense avoir deviné mais... ce serait juste énorme. Comment vous avez pu en arriver là ? Il y a encore six mois vous vous détestiez... Vous avez passé quatre ans à vous haïr...

- Je sais bien, moi-même j'ai encore du mal à y croire. Mais ça a été très progressif. Nous sommes passés par différentes phases dans notre relation depuis la rentrée. Les trois premières semaines ont été très compliquées. Mais on a fini par faire la paix et à accepter de se faire confiance. Nous étions alors dans une phase où nous nous tolérions. On se parlait et on se respectait. Au fil du temps, c'est devenu une entente de plus en plus cordiale. J'ai commencé à beaucoup l'apprécier, il m'a fait mal à un moment, il m'a énormément déçu, je lui en ai voulu mais il a su trouver les bons mots pour que je lui pardonne, on s'est réconciliés et c'est à partir de ce moment-là qu'on s'est rapprochés de jour en jour. Nous étions alors amis, ce qui marquait déjà un grand pas dans notre relation. Nos séances de travail étaient beaucoup plus agréables, on s'entendait hyper bien, on était très efficaces, tout était super fluide entre nous, on aimait passer du temps ensemble... Il y avait déjà quelque chose de fort entre nous durant cette période. C'était comme si on voulait rattraper quatre années de haine. Puis il y a eu mon intoxication aux potions de sommeil sans rêves. C'est lui, avec Théo, qui m'a découvert inconscient dans mon dortoir et qui m'a sauvé. Je pense que c'est en me voyant dans cet état qu'il a eu un premier déclic. Il était évidemment loin de s'imaginer qu'il était amoureux de moi, il ne l'était peut-être même pas encore, mais ça lui a fait prendre conscience qu'il tenait beaucoup à moi. Il s'est passé dix jours pendant lesquels nous ne sommes pas vus, puisque je n'étais pas apte à recevoir des visites, et il a eu un choc quand il s'est retrouvé tout seul en cours. Je lui manquais terriblement. Ça a dû être horrible pour lui. Lorsqu'il a enfin pu me rendre visite, j'ai été super content de le voir. Et c'était réciproque. Il est d'abord venu juste pour me voir, puis pour me voir et m'aider à rattraper les cours. Parfois il venait avec Théo, parfois il venait seul. On s'est énormément rapprochés lors de ces moments-là. C'est là que j'ai commencé à éprouver autre chose que de l'amitié envers Draco. J'avais besoin d'être avec lui et près de lui. Moi qui aurait dû rebuté par le contact humain, je le recherchais avec lui. Mais tout a vraiment changé lorsque j'ai repris les cours. Dès le premier jour, on s'est rendu compte que quelque chose avait changé entre nous. On s'est fait un câlin et il y avait clairement une grosse tension quand on s'est séparés et qu'on s'est regardés dans les yeux. Ça s'est répété plusieurs fois, on avait de plus en plus de mal à rompre nos étreintes et nos contacts visuels et on a même été sur le point de s'embrasser. Mais je n'étais pas prêt. Je devais avoir une discussion avec le professeur Snape avant de songer à me lancer dans une nouvelle histoire d'amour. Enfin, c'est ce que je croyais car en réalité je devais avoir deux discussions avec lui. Je voulais d'abord savoir si j'avais le droit de déjà retomber amoureux. J'étais mal à l'aise à l'idée d'avoir des sentiments envers Draco alors que ça faisait seulement deux mois que je n'étais plus avec Adrian. Mais le professeur Snape m'a rassuré et m'a fait comprendre que c'était au contraire une bonne chose. Je lui avais posé la question en mode «au cas où ça m'arriverait bientôt», il ne sait donc pas que je suis déjà amoureux. Mais il m'a dit que je ne pourrais pas être entièrement apte à sortir de nouveau avec quelqu'un tant que je n'aurais pas parlé du viol que m'a fait subir Adrian. Il m'a donc proposé de traiter le sujet lors de la séance suivante, sauf qu'il y a eu l'explosion, ça a donc été reporté au lundi mais comme je me sentais prêt à en parler dimanche, il est venu me chercher quand je suis sorti de l'infirmerie et on a eu la séance. Ça m'a libéré d'un très grand poids. Il était grand temps que j'en parle. J'ai pu dire tout ce que j'avais sur le coeur depuis deux mois, poser toutes les questions qui me passaient par la tête et me confier sur toutes les craintes que j'avais. Deux jours plus tard, je suis allé dans le parc avec Draco après les cours et c'est là qu'on a échangé notre tout premier baiser. On s'est avoués nos sentiments, on s'est mis en couple et on a décidé d'afficher notre relation aux yeux de tous. Mais on a changé d'avis sur ce sujet le lendemain car on préférait d'abord en parler à nos amis avant de se bécoter devant tout le monde. Voilà, tu es la première personne à qui j'en parle. Ron et Hermione ne le savent pas encore mais j'aimerais le leur dire le plus vite possible. J'attends juste qu'on puisse se retrouver ensemble un peu plus longtemps que vingt minutes comme c'est le cas depuis que j'ai repris les cours. Draco, lui, en a déjà parlé à Théo. Il doit maintenant l'annoncer à Blaise et Pansy.

Harry se tut sur ces mots. Ginny resta un moment silencieuse. Elle était un peu dépassée. À la base, elle devait juste assister à l'entraînement avec Harry dans les gradins. Au lieu de ça, non seulement ils ne suivaient absolument pas ce que faisaient leurs coéquipiers, mais en plus Harry lui apprenait qu'il était en couple, et pas avec n'importe qui. Avec son binôme de travail qui avait été son ennemi juré durant leurs quatre premières années à Poudlard. Six mois auparavant, ils se détestaient encore de tout leur être. Et là, ils sortaient ensemble. C'était à peine croyable. Mais elle savait que si Harry était avec Draco, c'était qu'il aimait le blond et qu'il était sûr que c'était réciproque.

- Je ne m'attendais pas à tout ça, finit-elle par dire. Je suis scotchée. Mais je suis super contente pour toi, ajouta-t-elle, sincère. Je ne pensais pas que tu sortirais si tôt avec quelqu'un mais si ça te fait du bien et que Draco te rend heureux, alors c'est le principal. Et j'ai bien l'impression que c'est le cas. Tu as l'air apaisé. Je ne t'avais jamais vu aussi détendu.

- C'est parce que je suis effectivement heureux, confirma Harry. Ça n'a rien à voir avec ce que j'ai pu vivre avec Olivier, Cédric ou Adrian. Avec Draco, tout est simple. Déjà, on passe le plus clair de notre temps ensemble. Mais il n'y a pas que ça. C'est hyper fluide entre nous. On n'a pas besoin de se parler pour se comprendre. On devine les pensées de l'autre juste en ancrant nos regards l'un dans l'autre. Bon, ça ne marche pas pour tout, évidemment, et on utilise ce système juste dans la Grande Salle ou pendant les cours. Et parfois quand on est seuls et que nos regards se croisent.

- Je vois. En fait, ça ne m'étonne pas tant que ça que vous sortiez ensemble. Ça paraît même logique quand on y pense. Je n'ai pas besoin d'être dans la même classe que vous pour voir à quel point vous êtes proches. Mais il ne m'était pour autant jamais venu à l'esprit que vous puissiez être amoureux l'un de l'autre. Pourtant, quand on le sait, ça semble de suite évident. Et je pense que Draco est celui qu'il te faut. Quelqu'un que tu connaisses bien, qui soit assez différent de toi et qui te complète bien avec ses qualités et ses défauts. Et vice-versa. Oui, je crois que vous avez une belle histoire à vivre ensemble. Mais je suis quand-même un peu inquiète. On n'en a pas vraiment parlé, toi et moi, mais je pense savoir ce qui s'est passé avec Adrian et... je me demandais si tout était clair à ce sujet avec Draco.

- On n'a pas encore abordé le sujet, c'est beaucoup trop tôt, mais je n'ai pas besoin d'en parler avec lui pour savoir qu'il ne pense pas à ça pour le moment et qu'il ne cherchera jamais à me presser ou à me forcer. On a vraiment entièrement confiance l'un en l'autre et entre nous, il n'y a que de l'amour, de la tendresse et de la douceur. Et puis, je sais que quand ça commencera à nous titiller, je pourrai en parler avec mon psychomage. C'est même indispensable, en fait. Mais ce n'est pas pour tout de suite, alors j'évite d'y penser pour le moment.

Ginny acquiesça, soulagée. Harry lui sourit.

- Je crois que tu as vraiment trouvé ta vocation, affirma-t-il. Tu ferais une excellente psychomage. Tu as l'art et la manière d'aborder un sujet sensible. Tu n'hésites pas mais tout en y allant de façon à la fois directe et délicate. Je ne te pousse à rien mais je pense que Sainte-Mangouste aurait besoin de quelqu'un comme toi.

- Tu me flattes, là, dit Ginny, gênée. Mais puisqu'on en parle, est-ce que la probable psychomage en devenir peut te donner un conseil ?

- Mais oui, je suis toute ouïe, répondit Harry.

- J'ai remarqué que tu avais encore cette peur de déranger, d'être un poids, d'empêcher les autres de vivre leur vie parce qu'ils s'occupent de toi... Je pensais que ça t'était passé durant ta convalescence que tu as passée en partie avec Sirius et le professeur Lupin mais j'ai compris que j'avais été un peu trop optimiste quand tu m'as dit que tu avais craint d'avoir dérangé le professeur Snape quand il a dû débarquer d'urgence à Poudlard pour venir te voir. Ce serait bien que tu lui en parles, justement. Car d'aussi loin que je m'en souvienne, tu as toujours eu cette peur. Tu as toujours eu l'impression d'être un fardeau alors que ce n'était pas le cas. Je sais que c'est à cause des Dursley et plus précisément à cause de la façon dont ils t'ont traité mais est-ce que tu as évoqué le sujet avec le professeur Snape ?

- Il a essayé, avoua Harry. Il a bien vu que mon comportement n'était pas normal quand j'étais chez lui. Je me rappelle encore son air ahuri la fois où il m'a découvert dans la cuisine en train de faire la vaisselle... Il m'a tellement fait peur quand il m'a demandé ce que je faisais que j'ai hurlé. Je me suis excusé de l'avoir dérangé, il m'a intimé de laisser tomber la vaisselle et m'a conseillé de plutôt faire autre chose. Depuis, je n'ai plus rien fait sans son autorisation. Enfin, c'était déjà ce que je faisais à la base mais là, j'avais juste voulu me rendre utile. Sauf que c'était le tout début de la convalescence et que je devais davantage me reposer que m'activer. Mais je n'ai pas pu m'empêcher de chercher à compenser ce qu'il faisait pour moi en faisant une tâche ménagère. Déjà, quand j'étais au Square, je voulais faire à manger car c'était l'une des nombreuses choses que je devais faire chez les Dursley. Ça a beaucoup intrigué Sirius et Remus. Ils savent que je n'ai pas eu une enfance très heureuse mais ils ignorent tout ce que j'ai vécu chez mon oncle et ma tante. Je n'ai pas envie de voir l'horreur et la tristesse dans leurs yeux. Mais je crois que tu as raison et que je dois au moins en parler à Snape. En plus, on n'a pas commencé à traiter un gros sujet pour le moment. Lundi dernier, on a bouclé le sujet Adrian et on a passé la séance de mercredi et de samedi à parler du Quidditch. Ce n'est pas ça qui va nous prendre dix séances. On en aura vite fini et j'aborderai à ce moment-là le sujet des Dursley.

- Ça me semble être une très bonne décision, approuva Ginny. Ça va te faire du bien d'en parler.

- Je pense aussi. Merci de m'avoir poussé à le faire, dit sincèrement Harry. Et merci d'être toujours là pour moi. Tu es une amie en or et je ne dois pas réaliser la chance que j'ai de t'avoir.

Ginny sourit, émue.

- C'est parce que tu es quelqu'un d'attachant, Harry. Tu dois le savoir maintenant que tu as vu à quel point tu avais du monde autour de toi. Tu comptes énormément pour moi et je veux juste que tu sois heureux.

- Alors tu peux être rassurée, car je le suis. Et toi, alors ? Ça va toujours aussi bien avec Blaise ?

- Oui, on s'aime toujours autant et ce n'est pas près de changer. Ce serait juste mieux si on pouvait passer un peu plus de temps ensemble. Entre les cours, les séances de travail et les entraînements de Quidditch, ça ne nous laisse pas beaucoup d'occasions de se voir. Mais je me dis qu'au moins, on ne risque pas de se lasser.

- Ça, c'est sûr ! Et ça rend les retrouvailles intenses à chaque fois.

Ginny rougit de nouveau, ce qui ne manqua pas à Harry qui esquissa un sourire moqueur. Ginny le défia du regard de dire quoi que ce soit. Cela ne fit qu'élargir le sourire de Harry mais il ne dit rien. Ginny fut néanmoins ravie de constater que Harry était toujours aussi à l'aise sur le sujet avec elle. Bon, en soi, il n'y avait rien de très intime entre Blaise et elle mais leurs baisers étaient souvent très profonds et très passionnés. Et leurs corps étaient aussi pressés l'un contre l'autre que leurs lèvres. Mais ça s'arrêtait là. Il n'y avait rien de plus pour le moment. Leurs mains restaient sagement sur les vêtements et c'était très bien ainsi. Ginny ignorait si Blaise avait envie de plus que ça mais ce qu'elle savait, c'était qu'il lui laisserait tout le temps dont elle aurait besoin. Elle n'avait que quatorze ans et il devait bien se douter qu'elle voulait prendre son temps.

Harry et elle se concentrèrent enfin sur l'entraînement qui se termina une demie-heure plus tard. Ils avaient passé une heure à discuter et n'avaient donc pas suivi grand-chose. Heureusement, Angelina ne leur en tint pas rigueur. Mais cela pouvait s'expliquer par le fait qu'elle ne les avait peut-être pas vus en train de papoter. Quoi qu'il en soit, elle ne leur fit aucune remarque lors du debrief dans les vestiaires et comme ils n'avaient pas besoin de se changer, ils purent très vite sortir.

- Tu as quelque chose de prévu ? s'enquit Ginny alors qu'ils se dirigeaient vers le château.

- Oui, je dois voir Draco après le dîner. Pour une séance de travail, précisa-t-il en voyant le sourcil levé de Ginny.

- Oh. Bon courage, alors. Ça doit être frustrant d'être assis à côté de son petit-ami pendant plusieurs heures sans pouvoir l'embrasser...

- J'ai l'habitude, même si je l'avais un peu perdue avec Adrian puisqu'on ne se cachait pas, mais c'est vrai que c'est assez dur. Enfin bon, même quand Draco et moi afficherons notre relation devant tout le monde, il faudra qu'on reste sages dans la salle des binômes.

- Tu as raison. C'est fait pour travailler, pas pour se bécoter. Mais bon, un baiser de temps en temps ne choquera personne.

Une idée traversa soudain l'esprit de Ginny.

- Et si c'était comme ça que vous affichiez votre relation pour la première fois ?

- C'est une idée, songea Harry. Je ne sais pas encore si on s'embrassera d'abord en petit comité ou si on le fera directement dans la Grande Salle.

- Si vous le faites dans la salle des binômes, le souci, c'est que ça va vite faire le tour du château. Ça ressemblera à des rumeurs, vu qu'une petite partie des élèves vous aura vus.

- Ouais, mieux vaut privilégier la Grande Salle, alors. Les rumeurs, j'en assez donné, même si celle-ci serait fondée, au moins.

- C'est sûr que ça changerait. Mais j'y pense, en parlant de s'embrasser devant tout me londe, ce ne serait pas plus simple si Draco et toi réunissiez Ron, Hermione, Blaise et Pansy pour leur annoncer la nouvelle à tous en même temps ?

Harry sembla considérer l'idée.

- Je vais y réfléchir, dit-il au bout d'un moment. Je vais en parler à Draco, déjà.

- Pas pendant la séance de travail, hein, s'amusa Ginny.

- Ça ne me serait même pas venu à l'esprit, prétendit Harry. Ah, il fait meilleur dans le château. Je vais aller dîner tout de suite, vu que j'ai rendez-vous avec Draco dans trois quarts d'heure. Et toi, tu vas faire quoi ?

- Je vais dîner aussi et ensuite je retrouverai mon chéri. Il a une séance de travail actuellement mais elle se termine à dix-neuf heures, donc dans cinq minutes il sera dans la Grande Salle. Bon, allons-y, j'ai faim.

Harry acquiesça et ils se rendirent à la Grande Salle. Une fois arrivés, ils s'installèrent à la table des Gryffondor où se trouvait déjà Hermione et ils furent rejoints quelques minutes plus tard par Ron. Harry et Ginny avaient voulu l'attendre mais il leur avait dit que Fred et George voulaient lui parler à la sortie des vestiaires.

- J'ai une faim de loup ! s'exclama Ron en se servant aussitôt à manger.

- Ça nous aurait étonnés, ironisa Ginny. C'est pour ça que tu te jettes sur le poulet à peine assis ?

- Je dois voir Pansy dans trente minutes. Je ne veux pas être en retard.

- Vous avez tous décidé de voir vos petits-amis ou quoi ? plaisanta Harry.

- Non, personnellement je dois retrouver mon binôme, déclara Hermione.

Trois regards perplexes se posèrent sur elle.

- Mais c'est aussi ton petit-ami, lâcha Ginny.

- Oui, mais on va se voir en tant que binôme de travail puisqu'on va faire nos devoirs. Nous savons faire la différence entre la sphère scolaire et la sphère privée, nous.

Ron se mit à rougir comme s'il se sentait directement concerné. Ce qui était sûrement le cas. Pansy et lui n'étaient pas binômes de travail mais ils passaient leur temps à s'embrasser lorsqu'ils étaient ensemble et ce, peu importe où ils étaient.

- Toujours est-il que Harry a raison, signala Ginny. Nous allons tous retrouver notre moitié.

Ron et Hermione se contentèrent d'acquiescer avant de se remettre à manger. Ginny les regarda, un peu surprise. Elle s'attendait à ce qu'ils lui fassent remarquer qu'ils n'allaient pas tous retrouver leur moitié puisque Harry n'en avait pas mais ils durent préférer ne rien dire, de peur de faire de la peine à leur ami. Ginny fut alors fière de Ron qui aurait très bien pu dire ce genre de chose sans réfléchir. Le silence s'installa mais Harry le brisa au bout de quelques minutes en demandant à Ron comment s'était passé l'entraînement. Il raconta ce qu'il avait fait et ce qu'il avait vu et il répondit à toutes les questions de Harry et de Ginny. Même Hermione participa à la discussion. Elle n'y connaissait pas grand-chose en Quidditch mais elle fit plusieurs commentaires sur la stratégie que Ginny jugea très pertinents et qu'elle retint afin de les transmettre à Angelina et Alicia. Ils terminèrent de manger en même temps et quittèrent ensemble la Grande Salle. Harry et Hermione se rendirent tous deux à la salle des binômes tandis que Ron alla rejoindre Pansy quelque part dans le château. Ginny, elle, prit la direction des escaliers. Elle monta jusqu'au septième étage et rejoignit Blaise devant la tapisserie de Barnabas le Follet. Il passa trois fois devant et fit ainsi apparaître la porte de la salle sur demande dans laquelle ils entrèrent. Ils s'embrassèrent pendant quelques minutes puis ils s'installèrent sur le canapé aux couleurs de Gryffondor et de Serpentard. Ginny s'allongea et posa sa tête sur les genoux de Blaise qui se mit aussitôt à lui caresser les cheveux.

- Ta journée s'est bien passée ? demanda-t-il.

- Plutôt, oui. J'ai juste failli me faire mordre ce matin en cours de créatures. J'ai réussi à faire lâcher prise à la bestiole qui s'est retrouvée dans le bac dans lequel je devais justement la mettre. Hagrid a été impressionné et a donné dix points à Gryffondor. J'ai essayé de lui faire comprendre que je n'en avais pas fait exprès mais il n'a rien voulu écouter. J'étais un peu mal à l'aise à l'idée d'avoir reçu des points pour rien mais heureusement, cet après-midi, le professeur Black a enlevé dix points à deux élèves qui se sont battus en duel en plein cours et l'un d'entre eux était un Gryffondor. Ça m'a un peu soulagée. Je veux que ma maison gagne la coupe, évidemment, mais de façon honnête.

- Je comprends. Ça ne m'étonne pas que Hagrid t'ait donné des points aussi facilement mais je suis en revanche surpris que le professeur Black en ait retiré dix à deux élèves. Il est plutôt du genre à en donner à tout-va et ce, peu importe la maison. Mais pas à en enlever.

- C'est rare, en effet, mais ça lui arrive, parfois. Ça s'est produit deux fois dans ma classe et quand il le fait, c'est toujours pour une bonne raison. Il faut que ça aille loin et c'était le cas durant le cours d'aujourd'hui. Le professeur Black a vite séparé les deux élèves, il a été prompt à réagir alors qu'il n'était pourtant pas au meilleur de sa forme.

- Oui, on a tous remarqué que ça n'allait pas fort. Il a comme des moments d'absence ou de malaise depuis le début de la semaine.

- Oui, ça ressemble un peu à ça, songea Ginny. Mais ce n'est pas comme s'il était malade ou blessé quelque part. C'est plus intérieur que ça.

- Comment ça ?

- Je ne saurais pas comment l'expliquer. C'est quelque chose qui ne se voit pas mais qui se ressent au plus profond de toi. Je me rappelle comment j'étais lorsque j'étais possédée. Je n'allais pas bien, je me sentais bizarre, les gens autour de moi s'inquiétaient mais personne ne pouvait comprendre les signes que je présentais. Parce que c'était en moi. C'était dans mon âme. Rien ni personne n'aurait pu le déceler sans s'y connaître. Pour le professeur Black, c'est pareil. On voit tous que ça ne va pas mais c'est trop profond pour qu'on puisse deviner de quoi il s'agit.

Les mots de Ginny furent suivis d'un bref silence. Blaise semblait être en pleine méditation.

- C'est fou la capacité que tu as à savoir bien analyser les choses, finit-il par dire, l'air impressionné. Mais j'aurais préféré que tu ne puisses pas comprendre ce qu'a le professeur Black. Car c'est parce que tu as été possédée que tu es capable d'analyser la situation comme ça. Et ça me met hors de moi que quelqu'un ait pu prendre possession de ton esprit et te faire faire des choses horribles sans que tu n'aies conscience de rien.

- Ça a été dur mais je m'en suis remise. Je vais bien, maintenant.

- C'est le principal, affirma Blaise. Mais j'ai l'impression que ce n'est pas uniquement à cause de ce que tu as vécu que tu as cet esprit d'analyse. Tu as une prédisposition pour comprendre les gens.

La remarque de Blaise troubla Ginny. En d'autres mots, il venait de lui dire qu'elle avait un don pour la psychologie. Elle eut envie de révéler à Blaise qu'elle songeait sérieusement à faire une formation de psychomagie plus tard mais elle se dit que c'était peut-être un peu trop tôt. Elle n'était même pas encore sûre de son choix. De plus, si Blaise avait les mêmes craintes qu'elle, à savoir que travailler dans le même endroit risquait de mettre leur couple en danger, elle préférait attendre d'être certaine de ce qu'elle voulait faire pour en discuter avec lui. Elle décida donc de changer de sujet.

- J'ai de l'expérience, c'est tout, éluda-t-elle. Bon et toi ? Tu as passé une bonne journée ?

- Pour un mardi, ça a été. C'est toujours barbant de commencer par un double cours de divination et d'enchaîner avec une heure d'histoire de la magie mais c'était assez intéressant, aujourd'hui, donc je n'ai pas trop à me plaindre. Et je ne me suis pas fait mordre en cours de créatures, plaisanta Blaise. Par contre, on a de gros devoirs sur table qui arrivent. Il va falloir réviser tous nos cours depuis le début de l'année.

- Oh, tu vas avoir encore plus de travail, alors, comprit Ginny.

- Oui, mais je vais tout faire pour garder du temps pour toi, promit Blaise.

- Je ne veux pas que tu fasses passer tes cours après moi, protesta Ginny. Je ne suis peut-être qu'en quatrième année mais je sais combien les BUSE sont longs et compliqués à préparer. J'en suis à mon sixième frère qui les passe. Le stress, la pression, les révisions, tout ça, je connais. Je ne veux pas que tu évites de m'en parler parce que tu penses que je suis trop jeune pour comprendre.

- Je n'ai jamais pensé ça, assura calmement Blaise. C'est vrai que je parle rarement des BUSE mais c'est juste parce que je ne veux pas t'embêter avec ça. Et puis je ne veux pas non plus te faire peur. Car c'est ce qui t'attend l'année prochaine.

- Eh bien justement, je préfère savoir à l'avance ce à quoi je vais devoir faire face.

- D'accord, comme tu veux.

Blaise raconta alors à Ginny tout ce que les professeurs leur faisaient subir à quatre mois des BUSE. Puis il lui parla des matières dans lesquelles il ne se sentait pas très à l'aise. Il lui confia ses craintes de ne pas les réussir lors des examens et, par conséquent, de ne pas pouvoir les poursuivre l'année suivante alors qu'elles lui étaient indispensables aux ASPIC. Ginny l'écouta attentivement et se fit un devoir de le rassurer et de le conseiller. Elle utilisa seulement sa logique mais elle dut trouver les bons mots car Blaise sembla vite apaisé. Ils cessèrent de parler de cours et orientèrent la discussion vers des sujets plus légers. Ils passèrent également le reste de leur temps à s'embrasser et se câliner. Alors que Ginny était blottie contre Blaise, elle se dit qu'elle ignorait peut-être ce qu'elle allait faire plus tard mais ce qu'elle savait, c'était qu'elle n'avait pas du tout hâte d'être en cinquième année. Elle n'avait pas envie de subir l'horrible pression des BUSE. Elle était cependant bien loin de s'imaginer que l'année suivante lui réservait bien d'autres choses que la préparation de cet examen important...

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(mercredi 21/02) POV Justin

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- Raaaah mais pourquoi j'obtiens toujours le même résultat alors que je change à chaque fois la date de naissance ?!

Justin ratura une énième fois le brouillon de son devoir de divination.

- Tu changes quoi exactement dans tes calculs ? demanda posément Ernie.

- La date de naissance, les deux ascendants astrologiques, la distance entre la Terre et le soleil et la phase lunaire.

- D'accord, je comprends mieux pourquoi tes résultats ne changent pas d'un essai à l'autre. Il ne faut pas inclure la phase lunaire puisqu'elle est directement liée à ta date de naissance. C'est comme si tu comptais deux fois ta date de naissance puisque tel jour, tel mois, telle année, la lune en était à telle phase. Est-ce que tu comprends ce que je veux dire ?

- Vaguement. J'ai juste retenu que je ne devais pas prendre en compte la phase lunaire. Mais je n'ai pas trop compris pourquoi. J'ai toujours été nul en astronomie et en divination, de toute façon. C'est un calvaire pour moi lorsqu'il faut mélanger les deux matières. Mais ça ne fait rien, je demanderai à Théo s'il peut m'aider lors de notre prochaine séance de travail. Il est hyper calé en astronomie.

- Oui, il saura mieux t'expliquer que moi. Surtout que ce devoir est vraiment compliqué. J'ai galéré quand je l'ai fait. Je suis comme toi, je déteste quand il faut se baser sur l'astronomie en divination. J'aurais dû prendre runes comme deuxième option. Ça aurait sans doute été plus intéressant.

Justin s'apprêtait à répondre mais quelqu'un lui tapota l'épaule au même moment. Il se retourna et fit face à Josh Parker. Il dut se retenir de grimacer. Il aurait aimé que ce soit n'importe qui sauf lui. Mais il était aussi surpris de le voir. Que faisait un Serdaigle chez les Poufsouffle ?

- Salut, dit-il en s'efforçant de rester neutre. Qu'est-ce que tu fais là ? C'est la salle commune des Poufsouffle, ici.

- Une fille m'a permis de rentrer. Est-ce que je peux te parler ?

- Si tu veux, répondit Justin à contrecoeur.

Il suivit Josh qui l'emmena vers un coin isolé de la salle commune.

- Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Je sais qu'Emily et toi avez rompu. Ou, plutôt, que tu as quitté Emily. Elle n'arrête pas de pleurer et je n'aime pas la voir comme ça. Au début je pensais que c'était juste la rupture qui la mettait dans cet état mais là je vois bien que c'est plus profond que ça. Elle a l'air blessée. J'aimerais donc savoir ce que tu lui as dit quand tu l'as quittée.

- Désolé mais ça ne regarde que nous, objecta calmement Justin.

- Du moment où ma cousine passe ses journées à pleurer et à déprimer, j'estime que ça me regarde aussi, répliqua Josh. Je ne peux pas la consoler si je ne sais pas ce qui la rend aussi triste.

- Si elle ne t'en parle pas, c'est qu'elle doit avoir une bonne raison, rétorqua Justin. Soit elle n'a pas envie que tu la consoles, soit elle n'a pas envie que tu le saches, soit elle n'a pas envie de parler tout court. Dans tous les cas, je ne lui ai pas interdit d'en discuter autour d'elle, alors si elle ne te dit rien c'est de son plein gré.

- Donc tu as fait quelque chose de mal, accusa Josh.

- Je n'ai jamais dit ça, se défendit Justin.

- Tu as dit que tu ne lui avais pas interdit d'en parler, c'est donc que tu as forcément quelque chose à te reprocher ! Qu'est-ce que tu lui as fait ?!

- Rien du tout, affirma Justin.

- Alors qu'est-ce que tu lui as dit ?

- Ça ne te regarde pas, répéta Justin.

- Tu l'as insultée ?

- Non.

- Tu lui as fait des reproches ? Tu lui as dit des choses horribles ?

- Non. Je suis resté correct et poli avec elle.

- Tu as bien dû lui dire un truc qui l'a blessée ! Tu l'as quittée pour une autre fille ? Tu l'as trompée ?

- Non, réfuta Justin sans vraiment mentir.

- Donc tu ne l'as pas insultée, tu ne lui as fait aucun reproche, tu ne lui as rien dit de mal, tu es resté gentil avec elle, tu ne l'as pas trompée et pourtant elle passe son temps à pleurer ? Tu ne serais pas en train de te moquer de moi, par hasard ?!

- Non, je te dis la vérité.

- Alors dis-moi pourquoi elle est dans cet état !

- Je n'ai rien à te dire.

Josh regarda fixement Justin.

- Tu m'en veux toujours, c'est ça ? Tu ne m'as pas pardonné le fait que je m'en sois pris à ton binôme de travail avec Dick.

- Je vais difficilement pouvoir l'oublier, en effet, dit froidement Justin. Je te trouve d'ailleurs gonflé de m'accuser d'avoir fait du mal à Emily alors que tu lui en as fait quand elle a appris que Dick et toi étiez réellement responsables de l'agression de Théo. On s'est même séparés à cause de vous ! Parce qu'elle te soutenait alors que moi je soutenais Théo ! Et c'est moi qui l'ait récupérée en pleurs quand elle est revenue vers moi après l'audience disciplinaire ! Elle était dévastée par le fait que son cousin avait failli tuer un de ses camarades simplement parce qu'il était gay ! Mais ça ne l'a pas empêchée de venir te parler lorsqu'elle t'a vu dans la Grande Salle après tes cinq semaines d'expulsion. Et on s'est de nouveau disputés à cause de ça. Donc t'es bien gentil mais tu ferais mieux de te remettre en question avant de venir me casser les pieds avec ma rupture avec Emily !

Justin cracha presque ces mots et ne baissa pas les yeux face au regard surpris et choqué de Josh.

- Je ne pensais pas que tu m'attaquerais là-dessus, réagit-il au bout d'un moment. C'est très mesquin de ta part. Mais j'ai compris le message. Je n'aurai pas plus d'informations venant de toi. Ça ne sert à rien d'insister. J'espère juste que tu n'as vraiment rien à te reprocher. Sinon ça va très mal aller pour toi.

Josh accompagna cette mise en garde d'un regard menaçant puis il s'en alla. Justin relâcha la tension qui s'était accumulée en lui depuis le début de la discussion. Il avait rarement été aussi tendu. Mais il avait eu toutes les raisons d'être crispé. Déjà, Josh venait lui parler alors que Justin ne l'appréciait guère. Ensuite, le Serdaigle lui prenait la tête pour savoir pourquoi il avait rompu avec Emily alors que ce n'étaient pas ses affaires. Pour finir, Josh osait lui parler de l'agression qu'il avait fait subir à Théo alors que c'était à cause de ça que Justin lui en voulait tant. Ça faisait un peu trop. Mais ce fut relaxé qu'il rejoignit Ernie. Susan et Hannah étaient arrivées entre-temps et discutaient activement.

- Ah, te voilà, dit Ernie d'un air soulagé. Je me sentais seul avec ces deux pipelettes qui ne font que de parler de la nouvelle recrue des Frelons de Wimbourne...

- Qu'est-ce qu'elle a de spécial, cette recrue ? s'intrigua Justin.

- C'est un garçon et il est beau. Enfin, c'est ce qu'elles disent parce que moi, franchement...

- Non mais regarde-moi cette beauté ! s'écria Hannah en brandissant la Gazette du sorcier devant le nez de Justin. Avoue qu'il est craquant !

- Justin est un garçon, Hannah, soupira Ernie.

- Et alors ?

- Il est hétéro. Il ne va pas te dire que ce garçon est craquant.

- Il peut être hétéro et avoir quand-même un avis sur la beauté d'un mec, protesta Hannah. Nous les filles, ça ne nous dérange pas de dire qu'une fille est belle. Vous les mecs, vous êtes juste trop fiers pour oser avoir un avis sur quelqu'un appartenant à la gente masculine. Enfin, heureusement, vous n'êtes pas tous comme ça. Et puis de toute façon ce n'est pas à toi que je parlais. Justin, dis-moi ce que tu penses de ce beau mâle. Tu ne trouves pas qu'il est à tomber ? Si tu ne veux pas me donner un avis, dis-moi juste si tu voudrais lui ressembler.

- Sans façon, grimaça Justin. Jamais je ne voudrais ressembler à un gros tas de muscles.

- Oh, fit Hannah, déçue. Tu es bizarre, alors.

- Il n'y a pas que les muscles qui comptent, fit remarquer Ernie. Ce n'est qu'accessoire. Sinon, il te voulait quoi, Josh ? demanda-t-il à Justin.

- Me demander pourquoi j'avais rompu avec Emily.

- Ça ne le regarde pas, lâcha Ernie.

- C'est ce que je lui ai dit. Il m'a pris la tête mais j'ai réussi à tourner la situation à mon avantage.

- Tant mieux. Mais s'il veut tant savoir, il n'a qu'à poser la question à sa cousine...

- Elle ne veut rien lui dire. Elle pleure beaucoup, apparemment, ajouta Justin, mal à l'aise.

- Elle s'est si mal passée que ça, votre rupture ? s'inquiéta Susan.

Justin ne sut quoi répondre à cette question. Pour lui, ça ne s'était ni bien, ni mal passé. Emily avait un peu crié, elle l'avait giflé, elle l'avait blessé à la fin de leur discussion mais tout ça lui paraissait normal pour une rupture. Il ne s'était pas attendu à ce qu'Emily lui saute dans les bras et lui claque la bise en lui disant qu'ils se quittaient en de bons termes... Il trouvait leur rupture assez banale, si l'on oubliait le fait qu'il avait fait son coming-out et qu'il avait avoué plus de choses que prévu à Emily... En voyant les regards interrogateurs de ses amis, il sut qu'il était temps de leur dire la vérité, à eux aussi.

- Je dois vous avouer quelque chose, annonça-t-il sans préambule.

Ernie, Hannah et Susan eurent l'air surpris, ce qui était assez normal : Justin prenait rarement un ton aussi sérieux.

- On t'écoute, l'encouragea Susan.

- J'ai quitté Emily pour plusieurs raisons. J'ai découvert que je n'avais jamais été amoureux d'elle et ça faisait deux mois que je sortais avec quelqu'un d'autre.

Ernie et Hannah écarquillèrent les yeux. Susan, plus modérée, ouvrit légèrement la bouche.

- Tu trompais Emily ?! s'exclama Ernie.

- Non, ce n'est pas ce que j'ai dit, répliqua Justin. Je sors avec quelqu'un mais je ne couche pas avec. On ne fait que s'embrasser. Je sais, c'est déjà trop quand on est déjà en couple mais la situation était assez compliquée.

- C'est sûr, ça n'a rien de simple de sortir avec deux filles à la fois, railla Ernie.

- Ça, je n'en sais rien puisque je n'en ai jamais fait l'expérience.

Ernie fixa Justin, perplexe.

- Attends, je ne te suis plus, là. Tu viens de nous dire que tu as quitté Emily car tu avais une relation avec quelqu'un d'autre et là tu nous dis que tu n'es jamais sorti avec deux filles à la fois ? Je n'arrive pas à te suivre.

- Il n'y a pas que les filles sur Terre, Ernie, déclara sèchement Justin.

Un silence pesant accompagna ses paroles alors que le choc se lisait sur le visage d'Ernie. Hannah et Susan regardaient ailleurs, gênées.

- Tu... tu sors avec un garçon ? finit par demander Ernie.

- Oui, répondit Justin d'une voix assurée.

- Et c'est pour ça que tu as quitté Emily ? Pour une simple expérience ?

Justin fronça les sourcils.

- Je n'ai jamais dit que ce n'était qu'une simple expérience, corrigea-t-il.

- Alors comment tu appelles ça ? Un passe-temps ? Un cinq à sept régulier ? Ah bah non, tu as dit que tu ne couchais pas avec... C'est quoi l'intérêt, alors ?

Justin ne répondit pas tellement il était dépité par les questions d'Ernie. Puis, peu à peu, une certaine colère naquit en lui et le fit sortir de sa léthargie.

- Je crois que tu ne m'as pas bien compris, lâcha-t-il en regardant Ernie. Ce n'est ni un passe-temps, ni un cinq à sept, ni une simple expérience. C'est beaucoup plus que ça. C'était une relation ambiguë au début parce que je refusais d'admettre mon attirance, puis mes sentiments, mais j'ai dû me rendre à l'évidence au bout de plusieurs semaines et à partir de là, cette relation ambiguë s'est transformée timidement en une belle relation amoureuse. J'ai voulu rompre avec Emily quand j'ai compris à quel point je tenais à ce garçon mais il me fallait du temps pour me lancer et quand je me suis senti prêt, il y a eu l'histoire de la fausse grossesse et je ne me voyais pas quitter Emily juste après avoir appris qu'il n'y avait pas de bébé en réalité. Je voulais attendre un peu pour ne pas qu'elle croit que je serais resté avec elle uniquement si elle avait vraiment été enceinte mais un événement a un peu précipité les choses. Tout ça pour dire que j'aime ce garçon, que je suis gay et que je n'ai jamais été amoureux d'Emily. Je lui ai tout avoué quand j'ai mis fin à notre histoire et c'est pour ça qu'elle est aussi mal et que Josh a voulu me parler. Et puisque j'en suis aux aveux, autant tout vous dire : ce garçon dont je suis amoureux, c'est Théo. Ça fait deux mois qu'on sort ensemble et on compte bien afficher notre relation quand on aura mis tous nos amis au courant. Voilà, je crois que je n'ai rien d'autre à ajouter.

Un silence suivit de nouveau les mots de Justin. Hannah et Susan semblaient toujours aussi gênées mais Justin savait que ce n'était pas à cause de ce qu'il venait de dire mais à cause de la tension qui régnait autour de la table. Justin n'en avait jamais douté mais elles prenaient très bien la nouvelle. Il n'y avait aucun jugement dans leur regard et elles lui firent même un petit sourire. Elles acceptaient parfaitement bien son homosexualité. Ce qui, en revanche, n'avait clairement pas l'air d'être le cas d'Ernie. Justin sentit son coeur se serrer en voyant la déception dans les yeux de son ami. Mais ce ne fut rien comparé à ce qu'il éprouva lorsqu'Ernie rompit le silence en s'adressant à lui :

- Je n'aurais jamais pensé ça de toi. J'aurais pourtant dû me poser des questions et ce, depuis un bon moment déjà. Tu peux faire ce que tu veux avec ton binôme mais ne t'approche plus de moi. Garde tes distances et tout ira bien entre nous.

Ernie se leva et quitta la salle commune sous les yeux de Justin qui avait l'impression que son coeur venait d'éclater en mille morceaux. Il sursauta lorsqu'une main se posa sur son bras. Il tourna la tête et tomba sur le regard triste de Susan.

- Ça va lui passer, laisse-lui juste un peu de temps. Il est choqué mais je t'assure qu'il n'a rien contre le fait que tu sois gay. Par contre, quand il reviendra vers toi, n'hésite pas à lui dire que son attitude t'a blessé. Il doit comprendre qu'il ne peut pas te dire des choses pareilles sans réfléchir parce qu'il sait très bien que tu lui pardonneras quand tu lui présenteras tes excuses. Ce serait trop facile. Et tu ne dois surtout pas faire le premier pas.

- Je n'y comptais pas, assura Justin malgré sa gorge nouée. Mais ça fait mal quand-même de se faire rejeter comme ça.

- Je sais bien, mais il a malheureusement une réaction assez typique.

- Mais pourquoi il réagit comme ça alors qu'il n'a jamais dénigré Théo qui est pourtant gay ?

- Parce qu'il n'est pas proche de Théo. Ernie est un peu en mode «Je n'ai rien contre les gay mais pas chez moi». Mais c'est une réaction à chaud. En vrai, ça ne le dérange pas que tu sois gay. C'est juste que tu es son meilleur ami, alors il se fait des films en apprenant que tu aimes les garçons.

- Oui, il croit bêtement que tu as déjà eu des vues sur lui, intervint Hannah. Au fond de lui il sait très bien que c'est faux, mais c'est une sorte de réflexe de penser ça. Et puis il se demande sûrement avec qui il pourra parler de filles maintenant. Il doit croire que personne ne pourra le comprendre quand il en discutera avec nous. Il y a plein de choses qui se sont passées dans sa tête en très peu de temps et c'est aussi pour ça qu'il a réagi sans réfléchir. Mais comme t'a dit Susan, ça va lui passer.

Justin acquiesça. Les paroles de ses amies lui faisaient beaucoup de bien. Elles le rassuraient, même s'il était toujours triste de la réaction de son meilleur ami.

- Bon, dis-nous tout sur ton histoire avec Théo, maintenant, dit Hannah en tapant joyeusement dans ses mains. Je veux tout savoir.

Justin sourit, touché par l'enthousiasme non feint de son amie. Pour une fois, Susan ne chercha pas à la modérer, ayant sûrement compris que l'énergie et la joie de Hannah étaient exactement ce dont il avait besoin en ce moment-même. Il ne se fit donc pas prier et leur raconta tout ce qui s'était passé avec Théo depuis le début de leur histoire. Il ne leur cacha rien, avouant toutes les erreurs qu'il avait pu faire ainsi que son attitude parfois limite envers Théo. Cela le soulagea de leur en parler, d'autant plus qu'elles ne lui firent aucun reproche, se contentant de l'écouter, même s'il vit plusieurs fois dans leur regard qu'elles désapprouvaient son comportement. Mais elles semblèrent tout oublier lorsqu'il arriva à la fin de son récit. Elles eurent l'air complètement charmées par l'amour que portait Justin envers Théo, et vice-versa.

- Je fonds, soupira Hannah avec des étoiles dans les yeux. Vous devez être trop mignons ensemble. Ça s'entend tellement que tu l'aimes... Et il t'aime au moins tout autant, d'après ce que tu nous dis. Il s'est quand-même accroché alors que n'importe qui aurait fini par abandonner au bout d'un moment. Il n'a pas l'air comme ça mais il est têtu, ce garçon. Ça le rend encore plus mignon. Dommage qu'il soit gay. Et dommage qu'il soit pris, surtout.

- Hé, pas touche, gronda Justin en prenant un ton faussement menaçant. J'ai déjà eu assez de mal à faire ce qu'il fallait pour qu'on puisse vivre notre histoire tranquille alors ne viens pas tout gâcher en me le volant, s'il te plaît.

- T'inquiète, je suis une Poufsouffle, je ne pique pas les copains des autres. Et puis j'ai trop envie de te voir avec Théo pour te le voler. Mais je suis étonnée que tu aies réussi à le séduire. Tout le monde sait qu'il est hyper réservé.

- L'amour a pris le dessus. Mais il reste très timide. Et je ne veux pas qu'il change, car c'est comme ça que je l'aime. Il est parfait comme il est.

- Tu as entièrement raison, approuva Hannah. Est-ce que tu sais s'il en a parlé à ses amis ?

- À l'un d'entre eux, oui. Draco, pour être plus exact. Il lui reste trois personnes à mettre au courant. Il ne craint pas du tout leur réaction, donc ça devrait aller assez vite. Il faut juste qu'il trouve le bon moment pour leur en parler.

- C'est souvent ce qu'il y a de plus dur à faire. En tout cas, tu as l'air heureux dans cette relation et ça fait super plaisir à voir. On ne t'a jamais vu aussi épanoui. J'avais bien remarqué que tu semblais plus joyeux depuis quelques jours, et ça m'intriguait parce que tu venais quand-même de rompre avec ton ex petite-amie... Mais je comprends mieux, maintenant. Ton bonheur était dans les bras d'une autre personne.

- C'est ça, dit Justin, ému par les mots de Hannah. Je me sens enfin à ma place. Je ne reproche rien à Emily car elle n'y est pour rien, mais je n'ai jamais eu cette impression avec elle. J'ai toujours senti qu'il y avait quelque chose qui clochait dans notre relation. Comme si elle n'avait pas lieu d'être. Ce qui était effectivement le cas. Mais je ne voyais pas pourquoi. C'est difficile de comprendre que les filles, ce n'est pas notre truc quand c'est notre première relation et qu'on n'a jamais été attiré par un garçon... Il a fallu que ce soit Théo, le garçon que j'ai rejeté à la rentrée, qui m'ouvre les yeux. C'est ironique, quand on y pense. Quoi qu'il en soit, je vous remercie d'avoir aussi bien réagi, de m'avoir rassuré et de m'avoir réconforté.

- C'est normal, voyons. Nous sommes tes amies. Bon, maintenant que l'autre rabat-joie est parti, on va pouvoir avoir ton avis sur les plus beaux garçons des équipes nationales de Quidditch.

- Ce n'est pas très gentil pour Ernie, fit remarquer Susan.

- Mais c'est la vérité. Et il n'y a qu'elle qui blesse. Allez, on t'écoute, Justin. Que penses-tu de Joris Brocke ?

S'ensuivit une discussion pendant laquelle Hannah, Justin et Susan passèrent en revue presque tous les membres masculins des équipes nationales de Quidditch. C'était la première fois qu'ils avaient ce genre de conversation et Justin trouva cela très agréable. Il sentait qu'avoir avoué son homosexualité l'avait rapproché des filles. Leur confiance mutuelle s'en était retrouvée renforcée, tout comme leur complicité. La seule ombre au tableau était la réaction d'Ernie. Mais Justin croyait ses amies quand elles disaient qu'il allait revenir vers lui. Il fallait juste attendre. Et espérer.

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(vendredi 23/02) POV Théo

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- J'espère que je vais enfin réussir la potion de regermination aujourd'hui... C'est la dernière séance qu'on a sur cette potion et je suis loin de la maîtriser.

- Si tu vois que tu es encore loin du but aujourd'hui, je pourrai demander au professeur Snape si on peut utiliser un cachot ce week-end pour que je t'aide à travailler sur cette potion.

- Tu crois qu'il acceptera ? Il sait qu'on sort ensemble. Il pourrait penser qu'on veut juste un endroit tranquille pour se bécoter... Ou qu'on va travailler, oui, mais pas que.

- Il me fait confiance. Il sait très bien que je ne lui ferais pas ce genre de requête dans un but autre que scolaire. Je sais que je n'aurai pas besoin d'en arriver là mais je pourrai lui dire qu'on a déjà un endroit pour s'embrasser sans que personne ne nous voit.

- D'accord, je veux bien que tu essaies. Mais il va falloir qu'on aille à notre repaire secret juste après la séance. Je ne pourrai pas retourner à ma salle commune sans t'avoir embrassé.

- Ça va de soi, affirma Théo alors qu'ils arrivaient aux cachots.

Ils entrèrent et se séparèrent à contrecoeur pour s'installer à leurs tables respectives. Ils étaient l'un derrière l'autre mais c'était déjà trop loin pour eux. Théo sortit ses affaires et écouta les conseils du professeur Snape avant d'aller chercher les ingrédients nécessaires avec ses camarades. Il était déjà très motivé en temps normal mais là, il l'était encore plus car ce n'était que son deuxième cours sur la potion de regermination puisqu'il était à l'infirmerie la semaine précédente. Enfin bon, ce n'était pas comme s'il avait totalement raté la potion lors du premier cours... Il l'avait même très bien réussie. Mais il préférait quand-même avoir le temps de s'entraîner dessus pour se perfectionner. Il revint à sa table avec les ingrédients et les disposa de façon ordonnée avant de sortir sa baguette. Il n'eut pas le temps de remplir d'eau son chaudron que le professeur Snape vint le voir.

- Je préfère être près de vous pour le début de la préparation, expliqua-t-il. Je sais que vous avez été suivi de près toute la semaine par les professeurs Black, Lupin et Gordon, mais c'est par prévention.

- Je comprends, assura Théo. Je suis déjà soulagé de pouvoir reprendre la pratique, alors je ne vais pas me plaindre d'être surveillé par mes professeurs...

- De toute façon, le jour où vous vous plaindrez...

Théo adressa à son professeur un regard courroucé qui lui valut un sourire moqueur. Il bougonna et lança un Aguamenti dans son chaudron sous le regard attentif de son directeur de maison. Aucune catastrophe ne se produisit. Le professeur Snape resta cependant près de Théo jusqu'à la moitié de la préparation jusqu'à ce qu'il le juge parfaitement apte à maîtriser sa magie. Juste avant de s'éloigner, il dit à Théo qu'il gardait son oeil sur lui, ce qui le rassura. Il partit faire le tour des chaudrons tandis que Théo poursuivait sa préparation. Il concentra toute son attention dessus et la termina une heure plus tard en obtenant pile poil la couleur souhaitée. Il en préleva un échantillon, puis il rédigea son compte rendu grâce aux notes qu'il avait prises au fil des étapes. Lorsqu'il déposa son échantillon et son parchemin sur le bureau professoral peu avant la fin du cours, il se sentit rougir sous le regard fier que posa son directeur de maison sur lui. Il rejoignit sa table, rangea ses affaires dans son sac et se tourna vers Justin qui finissait d'écrire ses observations. Théo grimaça en voyant la fiole de son petit-ami. Le contenu était marron alors que la potion devait être verte.

- Je ne sais même pas à quoi ça sert que je termine mon compte rendu, marmonna Justin.

- Je vais t'accompagner, comme ça je lui demanderai si on peut réquisitionner un cachot dimanche, étant donné que demain j'ai un entraînement de Quidditch.

- On devait déjà passer toute la journée de dimanche ensemble, du coup ça tombe bien.

- Ça ne te dérange pas si on consacre deux heures aux potions ?

- Non, surtout si c'est avec toi.

Théo rougit de nouveau et vit Justin détourner le regard, comme il le faisait à chaque fois qu'il avait envie de l'embrasser. Il rangea à son tour parchemin, plume et encrier puis ils allèrent voir ensemble le professeur Snape. Celui-ci fixa d'un air perplexe l'échantillon que lui tendit Justin.

- Vous avez eu la main un peu trop lourde sur un ingrédient ?

- Je crois bien, soupira Justin.

- C'est dommage, car lorsque je suis venu vous voir, vous étiez sur la bonne voie pour réussir votre potion.

- Je pense qu'il me faut juste un peu plus d'entraînement, et... euh...

- Nous voulions vous demander si nous pouvions utiliser un cachot dimanche pendant environ deux heures, intervint Théo. Voire un peu plus si Justin souhaite faire plusieurs essais pour être certain de bien maîtriser la potion.

Le professeur Snape haussa les sourcils.

- Est-ce que vous voulez vous entraîner aussi ?

- Non, je veux simplement aider Justin.

- D'accord, je comprends mieux. Je peux vous donner une autorisation pour utiliser l'un des cachots mais il faut que ce soit uniquement pour travailler. Et vous devez bien entendu le rendre en bon état. Je vous fais confiance pour tout cela mais je suis obligé de vous rappeler les règles. Je vous donne donc la permission de vous servir du cachot numéro un dimanche après-midi, de treize heures à dix-huit heures. Je sais que vous n'aviez demandé que deux heures, mais je pense que vous aurez besoin de plus de temps. Tenez, voici le mot. Filez en cours, maintenant.

Justin et Théo acquiescèrent, remercièrent leur professeur, quittèrent le cachot et se dirigèrent vers les escaliers. Ils montèrent au troisième étage et se rendirent à la salle de sortilèges. Ils frappèrent et entrèrent avec l'autorisation du professeur Black. Ils s'excusèrent pour leur retard et s'installèrent à leur table habituelle. Heureusement, le cours venait tout juste de commencer. Étant donné que c'était vendredi, ils allaient de toute façon vite passer à la pratique. C'était surtout lors du cours du lundi qu'il y avait de la théorie. Théo et Justin n'auraient donc pas manqué grand-chose s'ils étaient arrivés un peu plus tard. Mais Théo détestait être en retard, même s'il avait une bonne raison. Le professeur Black leur parla d'une spécificité du sort qu'ils étudiaient depuis le début de la semaine, puis il laissa les élèves s'entraîner sur ledit sort. Théo sortit sa baguette, tout comme Justin, et fixa la gourde qu'il devait remplir.

- C'est moi ou elle est plus volumineuse que lors du cours précédent ? demanda-t-il, perplexe.

Justin regarda à son tour la gourde de Théo et sembla surpris.

- Oui, tu as raison. C'est bizarre car la mienne n'a pas changé. Mais tu n'as pas dit hier que ta gourde était trop petite et que tu la remplissais trop vite ?

- Oui mais c'était juste une remarque comme ça... L'objectif d'hier était de travailler sur la puissance du sort afin de remplir la gourde plus rapidement, c'était censé être la difficulté de l'exercice mais je remplissais déjà la mienne à la vitesse demandée dès le premier cours... Et ça ne venait pas de mon problème de magie, cette fois.

- C'est parce que tu es doué, Théo. Tu n'as pas besoin de faire beaucoup d'efforts pour comprendre quelque chose ou pour réussir à lancer un nouveau sort.

- Oui eh bien c'est frustrant. J'ai l'impression de ne jamais rien apprendre. Comme si je savais faire de façon innée tout ce qu'on nous enseigne, que ce soit en sortilèges, en métamorphose, en Défense Contre les Forces du Mal ou que sais-je encore. Mais je ne vais pas me plaindre, ce serait malvenu de ma part... Je devrais plutôt m'estimer chanceux.

- Tu as le droit de te plaindre, Théo, soupira Justin. Le professeur Snape t'a presque fait la remarque tout à l'heure en potions. Mais je crois que le professeur Black t'a entendu hier quand tu as dit que ta gourde était trop petite. Il n'était pas très loin de nous. Du coup, il s'est sûrement dit qu'en te donnant une gourde plus grosse, tu aurais besoin de faire plus d'efforts pour la remplir.

- Ça se tient. Si c'est ça, c'est vraiment gentil de sa part.

Théo visa sa cruche et lança le sort :

- Impletionem.

À son grand ravissement, son récipient se remplit moins vite que lors des cours précédents. Le fait que c'était un peu plus grand demandait en effet plus d'efforts. Théo put ainsi s'entraîner comme ses camarades et faire en sorte que sa gourde se remplisse plus vite à chaque essai. Alors qu'il en était à sa dixième tentative et qu'elles étaient toutes fructueuses, un cri se fit entendre :

- Non, pas mon sac !

Théo se retourna et vit à temps Sally Smith jeter au loin son sac qui déversa tout son contenu sur le sol. Elle avait visiblement renversé sur sa table sa gourde pleine d'eau qui menaçait alors d'inonder son sac. Le professeur Black fit disparaître l'eau d'un informulé tandis que Sally allait chercher son sac ainsi que toutes ses affaires éparpillées par terre.

- Je vais devoir tout ranger maintenant, se plaignit-elle.

- Il existe un sort pour ça, déclara le professeur Black. Mais j'imagine que vous n'avez jamais appris les sorts domestiques. Pourtant, à votre âge, ce serait bien qu'on vous les enseigne. C'est pour ça que j'ai prévu de vous les faire voir à la fin de l'année si nous terminons le programme en avance. Vous n'êtes pas censés les apprendre à Poudlard mais je trouve ça idiot. Vous pourrez découvrir des sorts dont vous pourriez avoir besoin dans la vie de tous les jours, ça vous sera utile et ça vous détendra. Je ne comprends vraiment pas pourquoi ce n'est pas au programme. Mais ce n'est pas nouveau. Il y a plein de choses qui devraient être enseignées ici et qu'on a pourtant toujours appris sur le tas après Poudlard. Enfin bon, on reparlera de tout cela plus tard. Concentrez-vous sur le sort d'aujourd'hui. Il vous sera moins utile que le sort qui permet de congeler un plat mais c'est lui qui vous sera peut-être demandé lors de l'examen pratique des BUSE. Alors remettez-vous à l'exercice, je vais passer dans les rangs pour voir comment vous vous débrouillez.

Tout le monde se remit au travail, sauf Théo qui était perdu dans ses pensées. Une discussion qu'il avait eue à la toute fin de l'été avec le professeur Snape lui était revenue en mémoire en écoutant le professeur Black. Il était venu voir son directeur de maison dans la cuisine et l'avait découvert en train de préparer le dîner.

- Puis-je vous aider ? avait demandé Théo.

Le professeur Snape avait tourné la tête vers lui.

- Vous savez couper les légumes ?

- Oui mais plutôt à la façon moldue. Je n'avais pas le droit à la baguette quand je faisais la cuisine, avait précisé Théo en voyant l'air surpris de son professeur. J'aurais pu en profiter pour m'enfuir, même si je ne l'aurais jamais fait. Il savait que je connaissais le moyen de désactiver les sorts qu'il avait posés.

- Donc vous n'êtes pas très familier avec les sorts de cuisine ?

- Je connais la théorie seulement. Mais il ne serait pas très judicieux que j'utilise la magie ici.

- Il y a des sorts que les jeunes sorciers sont autorisés à utiliser, avait annoncé le professeur Snape. Sinon, à leur majorité, ils ne sauraient pas lancer des sorts presque indispensables qu'on ne vous apprend pourtant pas à Poudlard. Enfin, avec le professeur de sortilèges que vous allez avoir à la rentrée, cela ne m'étonnerait même pas que vous appreniez ces sorts alors qu'ils ne sont pas censés faire partie du programme... Mais là n'est pas la question. Vous pouvez utiliser la méthode que vous souhaitez.

Théo ne pouvait s'empêcher de trouver cela drôle, à présent. Le professeur Snape lui avait certes dit que cela ne le surprendrait pas que leur nouveau professeur de sortilèges leur apprenne des sorts qui n'étaient pas prévus au programme, mais il ne s'imaginait sûrement pas que le professeur Black lui donnerait raison ! Il avait lancé ça sur le ton de l'ironie. Mais il y avait autre chose qui avait retenu l'attention de Théo dans les paroles du professeur Black. Il avait parlé de choses qui devraient être apprises aux élèves à Poudlard mais qu'ils allaient pourtant découvrir sur le tas après Poudlard. Est-ce que cela incluait, selon lui, les lettres de candidature et de motivation ? Théo n'en savait rien mais il pouvait toujours lui demander s'il avait des conseils à lui donner... Le professeur Black accepterait sûrement de l'aider puisqu'il s'agissait de quelque chose dont les élèves auraient besoin en sortant de Poudlard mais qu'ils n'auraient pourtant pas apprise à l'école... Théo décida de tenter sa chance à la fin du cours. C'était le dernier de la journée, en plus. Bon, il allait juste devoir se donner du courage. Demander de l'aide n'était pas dans ses habitudes. Mais il fallait bien qu'il se tourne vers quelqu'un et le professeur Black était sûrement le meilleur choix qu'il soit. Théo avait besoin d'une personne en qui il pouvait avoir confiance, qui saurait l'aider, qui ne lui poserait pas trop de questions, qui ne chercherait pas à le faire changer d'avis et qui n'irait pas en parler au professeur Snape. Cela faisait beaucoup de conditions mais Théo savait que le professeur Black les remplirait toutes. Il continua à s'entraîner sur l'exercice du jour et arriva à des résultats très satisfaisants lorsque le professeur Black mit fin au cours.

- On va à notre repaire secret ? proposa Justin.

- J'aurais bien aimé mais je dois parler au professeur Black, dit Théo, gêné.

- Oh... Tu ne vas pas lui reprocher d'avoir augmenté la taille de ta gourde, j'espère ?

- Mais non, rit Théo. Je lui en toucherai peut-être deux mots si j'y pense mais ça n'a rien à voir. C'est à propos d'autre chose. On peut se retrouver après dîner, le premier qui aura fini de manger attendra l'autre à la sortie de la Grande Salle.

- D'accord, on fait comme ça.

Justin sourit à Théo, prit son sac et s'en alla. Une fois tous ses camarades partis, Théo rejoignit son professeur de sortilèges qui était en train de corriger des copies. Par chance, il avait décidé de rester un moment dans sa salle de classe. Il leva la tête en entendant Théo arriver et lui sourit.

- Tu souhaites me parler ? demanda-t-il gentiment.

- Oui, je... je voudrais surtout avoir des conseils, en fait. Mais ça n'a rien à voir avec les sortilèges. Sauf s'il existe un sort pour ça mais ça m'étonnerait beaucoup.

- D'accord, je ne vois pas trop où tu veux en venir mais même si je suis professeur de sortilèges, je ne suis pas là uniquement pour parler de ça. Donc tu as bien fait de venir me voir, si tant est que je puisse t'aider. Alors vas-y, je t'écoute. Mais assis-toi, d'abord.

Théo obéit et prit une chaise sur laquelle il s'installa.

- Avant que je ne vous dise quoi que ce soit, est-ce qu'il serait possible que vous gardiez pour vous tout ce que je vais vous dire ?

- Ça ne sortira pas d'ici, assura le professeur Black.

- Vous n'en parlerez même pas à mon directeur de maison ?

- Non, je te le promets.

Théo fut déjà un peu plus rassuré.

- J'aimerais travailler au Chaudron Baveur cet été, annonça-t-il de but en blanc. J'ai su grâce à vous que les nouveaux propriétaires cherchaient du monde. Vu que j'ai besoin de trouver un travail et que j'y logerai sûrement comme lors de l'été dernier, je pensais leur envoyer ma candidature. Sauf que je me suis retrouvé devant mon rouleau de parchemin sans savoir quoi écrire. J'ai essayé plusieurs fois de rédiger quelque chose de convenable mais sans succès. Je n'avais aucune idée de ce que je devais mettre dans cette lettre. J'ai donc besoin de conseils mais je ne savais pas à qui m'adresser. J'aurais bien voulu en discuter avec le professeur Snape mais je sais très bien qu'il aurait essayé de me faire changer d'avis. J'avais un peu perdu espoir de trouver quelqu'un pour m'aider mais quand vous avez parlé de choses qui devraient nous être enseignées ici et qu'on apprendrait pourtant après Poudlard, je me suis dit que je pouvais peut-être essayer d'avoir des conseils auprès de vous... Car une lettre de candidature, c'est quelque chose que nous n'aurons pas appris à faire alors que nous devrons tous en faire pour trouver un travail... Voilà pourquoi je suis venu vous voir.

Le professeur Black sembla surpris par la démarche de Théo. Mais il ne tarda pas à lui sourire.

- Donc si je comprends bien, tu souhaiterais que je t'aide à faire une lettre de candidature ?

- C'est un peu ça, oui. Je voudrais surtout savoir ce que je dois mettre et ce que je ne dois pas mettre dedans. Je me doute bien que je dois me présenter mais j'ignore quelles informations je dois inclure exactement. Et vu que je n'ai jamais travaillé, j'imagine que je dois insister sur le fait que je suis très motivé pour compenser mon manque d'expérience...

- En effet, les employeurs que tu veux convaincre doivent sentir que tu as envie de travailler. Après, pour ce qui est de la présentation, il faut que tu dises le principal sans trop entrer dans les détails. Tu donnes ton nom, ton prénom, ton âge, tu précises que tu es en cinquième année à Poudlard et voilà, pas besoin d'en dire plus. Tu veux que je t'aide à écrire ta lettre maintenant ? Je n'ai pas grand-chose à faire, juste des copies à corriger mais elles peuvent attendre. Je ne comptais pas toutes les faire ce soir, sinon ce week-end je vais m'ennuyer. Donc si tu es libre aussi, on peut s'y mettre tout de suite. Sauf si tu préfères l'écrire tout seul, bien sûr. Tu peux très bien essayer de la rédiger de ton côté avec les conseils que je t'ai donnés, pendant ce temps je corrige mes devoirs et si tu as besoin d'aide, tu me fais signe. Ça te va ?

- Oui, c'est parfait, affirma Théo. Merci beaucoup, professeur. Vous n'êtes pas obligé de m'aider et pourtant, vous le faites.

- J'ai bien compris que c'était important pour toi de travailler cet été, même si j'aurais préféré que tu n'aies pas à le faire. Tu te retrouves dans une situation où tu dois prendre ta vie en main alors que tu n'as que quinze ans, c'est injuste mais tu l'acceptes et tu essaies déjà de trouver des solutions. Je ne peux pas essayer de te faire changer d'avis alors que tu as pris ta décision en toute connaissance de cause. Tu sais ce que tu fais, tu as juste besoin d'aide pour mener à bien ton projet et je suis là pour t'aider. Je sais ce que c'est de ne plus pouvoir compter sur sa famille, alors ce n'est pas moi qui vais t'empêcher de travailler pour gagner un argent que tu ne pourras pas trouver ailleurs. Mais n'oublie pas que si ça devient trop dur, tu as des amis autour de toi qui peuvent t'aider et te recueillir. Je suis bien conscient que tu ne veux surtout pas en arriver là et que c'est pour ça que tu souhaites travailler mais c'est un dernier recours que tu ne dois pas négliger.

- Je sais, et je m'en souviendrai, dit sincèrement Théo.

- Bien. Je te laisse commencer ta lettre et si tu as un problème, tu m'appelles.

Théo acquiesça, remercia son professeur et sortit son parchemin, son encrier et sa plume qu'il avait rangés dans son sac dix minutes plus tôt. Il était troublé par la discussion qu'il venait d'avoir avec le professeur Black mais elle lui avait bizarrement fait du bien. Il s'était vraiment senti compris. Peut-être était-ce parce que son professeur avait visiblement été lui aussi rejeté par sa famille... Il savait ce que ça faisait. Théo s'était vraiment adressé à la bonne personne. Pendant près de deux heures, il travailla sur sa lettre en s'aidant des conseils que lui avait donnés son professeur. Il fit plusieurs fois appel à lui pour s'assurer qu'il ne se trompait pas et il fut tellement productif qu'il termina de rédiger sa lettre juste avant d'aller dîner. Il était dix-neuf heures quinze, il ne lui restait donc pas beaucoup de temps pour manger, surtout qu'il voulait d'abord passer par la volière. Il remercia de nouveau son professeur, lui souhaita une bonne soirée et s'en alla après avoir vérifié de ne rien avoir oublié. Il se rendit à la volière et sourit en voyant tous les volatiles le regarder lorsqu'il entra.

- Je sais, c'est rare que je vienne ici et c'est encore plus rare que je le fasse pour poster une lettre. Je n'ai personne à qui écrire normalement mais là, c'est exceptionnel et c'est important. Qui a envie de voler jusqu'au Chaudron Baveur ?

Théo promena son regard et l'arrêta sur une chouette lapone qui le fixait avec plus d'insistance que les autres. Elle hulula, quitta son perchoir et vint se poser sur l'épaule de Théo.

- Je savais bien qu'il y en avait un ou une qui se dévouerait, s'amusa-t-il. Par contre, il faut que tu te mettes autre part pour que je puisse t'accrocher la lettre.

La chouette comprit le message et se percha quelques mètres plus loin. Elle tendit une patte à Théo qui y attacha sa missive tout en lui parlant. Une fois le parchemin bien ficelé, il laissa la chouette se poser de nouveau sur son épaule et la porta jusqu'à la fenêtre. Il la caressa quelques minutes et après lui avoir affectueusement mordillé un doigt, elle étendit ses ailes et s'envola. Il faisait presque nuit mais Théo put tout de même la regarder s'éloigner. Lorsqu'elle fut hors de vue, il sortit de la volière et prit la direction de la Grande Salle. Sur le chemin, il croisa Justin qui ne semblait pas être au top de sa forme. Il le confirma à Théo en arrivant à sa hauteur.

- Je suis désolé mais on ne va pas pouvoir se voir ce soir, grimaça-t-il. Je ne me sens pas très bien et je me rends justement à l'infirmerie.

- Tu veux que je t'accompagne ?

- Non, c'est gentil mais ça va aller, je préfère que tu ailles manger. Je ne suis pas au bord du malaise, j'ai juste l'estomac en vrac et j'ai besoin d'une potion pour le soulager.

- D'accord, je comprends. Mais tu as mangé quelque chose qui ne t'a pas réussi ?

- Je ne sais pas, Mme Pomfrey pourra sûrement me le dire. Je suis vraiment désolé, j'aurais préféré passer la soirée avec toi mais...

- Ne t'excuse pas, ce n'est pas de ta faute, dit Théo en souriant. On se verra demain si tu iras mieux. En attendant, repose-toi.

Justin acquiesça, vérifia qu'il n'y avait personne et embrassa Théo avant de s'en aller. Théo soupira et se rendit à la Grande Salle, même s'il n'avait plus du tout faim. Il n'y passa que très peu de temps puisqu'il ne mangea pas beaucoup. En plus, ses amis n'étaient pas là. Ça donnait encore moins envie de rester. Il partit donc au bout de dix minutes et décida de rejoindre sa salle commune pour aller à son dortoir. Mais tous ses plans semblaient être voués à être chamboulés ce soir-là puisqu'il tomba sur Harry au niveau des cachots.

- C'est rare qu'on se croise dans le château, fit remarquer celui-ci en souriant.

- Oui, je me demande même si c'est déjà arrivé, songea Théo.

- Dommage qu'il soit si tard, on aurait pu passer un peu de temps ensemble, regretta Harry.

- Il est tout juste vingt heures, on a trois heures devant nous, objecta Théo.

- Oui mais tu voulais sûrement aller à ta salle commune, devina Harry.

- C'était mon intention, oui, mais parce que je n'avais rien d'autre à faire. Pour une fois qu'on se voit, ce serait dommage de ne pas en profiter... Après, si tu as quelque chose à faire, je comprendrais.

- Non, je suis aussi libre que toi, affirma Harry. Et ça fait trop longtemps qu'on n'a pas pu passer du temps ensemble dans le château pour que je me débine. Par contre, je ne sais pas où on va aller.

- On peut monter dans les étages et s'asseoir quelque part. Les professeurs ne disent rien quand ils voient des troisième, quatrième ou cinquième année assis dans un couloir avant le couvre-feu.

- Tu as raison. Allons-y, alors.

Harry et Théo s'éloignèrent des cachots et se dirigèrent vers les escaliers. Ils montèrent au sixième étage et s'assirent devant une salle de classe. Le couloir était calme, désert, ils avaient l'impression de n'être que tous les deux et c'était exactement ce dont ils avaient besoin. Ils restèrent un moment sans parler, appréciant juste le silence et le fait d'être ensemble. Théo adorait cette atmosphère mais elle finit par lui être préjudiciable. Lorsque son esprit était au repos, il avait toujours tendance à se laisser aller dans des eaux troubles et angoissantes. Le procès de son père approchait et il y pensait malgré lui dès qu'il était dans le calme de son dortoir. Il se consolait à chaque fois en serrant Bianca contre lui et ça suffisait à l'apaiser. Mais là, il n'avait pas Bianca avec lui. Il se rapprocha donc de Harry et posa sa tête sur son épaule.

- Tiens, c'est nouveau, ça, s'amusa Harry.

- Oui, d'habitude c'est toi qui veut un câlin mais là, c'est moi.

- Oh, on va remédier à ça tout de suite, alors.

Harry attira doucement Théo vers lui en passant un bras autour de sa taille. Théo en profita pour se pelotonner tout contre son ami, ce qui ne sembla pas déranger celui-ci puisqu'il resserra aussitôt son étreinte, offrant un cocon de sécurité à Théo qui poussa un soupir de bien-être. Il se sentait bien. Il avait toujours le coeur serré mais moins qu'avant. Cela n'échappa cependant pas à Harry qui s'était mis à lui caresser les cheveux.

- Ça n'a pas l'air d'aller, toi, constata-t-il tristement. Quelque chose ne va pas ?

- C'est passager. Ça me fait toujours ça en ce moment quand je suis au calme. Je n'en ai pas souvent parlé avec toi mais... le procès de mon père aura bientôt lieu.

- Oh... Je n'y pensais pas du tout, je suis désolé.

- Non, c'est normal, comme je te l'ai dit, je n'aborde jamais le sujet quand on se voit.

- Tu veux en parler ?

- Vouloir est un bien grand mot, mais disons qu'on est proches, alors je me dis que ce serait bien que tu saches certaines choses.

- Tu n'es pas obligé de m'en parler, je comprends qu'il y ait des choses qui soient difficiles à aborder, dit doucement Harry. Mais si tu veux te confier, je t'écoute.

- En fait, je pense que ça t'aiderait surtout à mieux me connaître. Il y a sûrement des questions que tu te poses sur moi. Par exemple, tu dois te demander pourquoi je suis aussi réservé, pourquoi je suis aussi fragile, pourquoi j'ai si peu confiance en moi…

- Tout ça m'intrigue depuis que je te connais, en effet, admit Harry. Ça te rend méga attachant mais je me doute bien que ça cache quelque chose. Et j'imagine que si tu me parles du procès, c'est que tout ça est lié à ton père ?

- Oui. Il me maltraite depuis que je suis tout petit. Aussi bien physiquement que verbalement. Il me donnait des gifles, des coups de pied, des coups de ceinture, il me lançait des sorts de coupure et de lacération, des Doloris, il me faisait des reproches, il m'insultait, il me privait de nourriture pendant plusieurs jours, il me faisait faire toutes les tâches domestiques... Je te fais un très bref résumé mais c'est ça que je subis depuis ma plus tendre enfance. Tout n'est pas venu en même temps, bien sûr, ça a commencé par les gifles mais je t'ai donné dans l'ordre d'apparition tout ce qu'il m'a fait subir. Ah non, j'ai oublié le couteau avec du venin sur la lame qu'il utilisait pour m'infliger des coupures... Là, je crois que j'ai fait le tour.

- Mon dieu mais c'est horrible, murmura Harry. Comment tu as fait pour survivre à tout ça ?

- Il s'arrêtait toujours à temps et il usait de baumes et de potions illégaux mais hyper efficaces pour me soigner. Et pour mieux recommencer.

- Quelle ordure, murmura Harry. Mais comment a-t-il pu te faire subir tout ça ?! Comment a-t-il pu être aussi violent et cruel envers toi ? Aucun père ne devrait se conduire ainsi avec son enfant mais en plus, tu es tellement gentil, tellement innocent, tellement attachant... On n'a pas du tout envie de te frapper et de te torturer en te voyant... Une fois qu'on te connaît bien, on a plutôt envie de te faire plein de câlins... Ce type n'a vraiment aucune morale. Torturer son propre fils... Ça me révulse qu'il t'ait fait subir toutes ces horreurs. Et ça me fait de la peine. Tu ne mérites pas ça. Personne ne mérite ça. Mais surtout pas toi.

Théo sentit son coeur se serrer en entendant les mots de Harry. Il avait l'air tellement bouleversé que Théo s'en voulut de lui avoir raconté son histoire.

- Je suis désolé, je n'aurais pas dû te parler de tout ça...

- Non, au contraire ! Je... je suis touché que tu me fasses confiance au point de m'avoir confié tout ce que ton père t'a fait. J'imagine bien que tu n'en parles pas à tout le monde. Il faut que tu te sentes en confiance et en sécurité. C'est dur à entendre mais tu avais raison. C'est une bonne chose que je sois au courant. Ça me permet de mieux te connaître et de mieux te comprendre. Et je te remercie vraiment de me faire confiance comme ça. On se connaît encore assez peu et tu me parles de choses que tu ne partagerais pas avec n'importe qui...

- Tu n'es pas n'importe qui pour moi, répliqua gentiment Théo. Je ne t'oblige à rien mais tu peux me parler de toi, si tu en as envie. Je veux dire, de choses que tu gardes habituellement pour toi.

Théo sentit Harry se crisper légèrement avant de se détendre au bout de quelques secondes. Il reprit ses caresses dans les cheveux de Théo qu'il avait cessées depuis quelques minutes.

- Je dois d'abord en parler à mon super médicomage, dit-il doucement. J'ai prévu de le faire demain. Quand j'aurai bien déblayé le sujet avec lui, je t'en parlerai. Car tu es le plus à même de comprendre ce que j'ai vécu pendant mon enfance. On se ressemble énormément, Théo. Bien plus qu'on n'aurait pu l'imaginer.

Un flot de sentiments envahit Théo face à ces mots. Il était terriblement triste d'apprendre que Harry avait lui aussi souffert pendant son enfance, il était touché qu'il veuille lui en parler rapidement et il était troublé par tous les points communs qu'il avait avec Harry. Mais, surtout, il était profondément ému à l'idée que seuls Harry et lui pouvaient se comprendre. Il ne savait pas pourquoi mais il sentait qu'ils partageaient un autre point commun, beaucoup plus fort et beaucoup plus important que tous les autres.

- Il nous reste sûrement d'autres choses en commun à découvrir, répondit-il d'un ton amusé.

- Oui, je crois qu'il faut se faire une raison à ce sujet, plaisanta Harry.

- En fait, on en possède un autre mais depuis peu de temps, annonça mystérieusement Théo.

Harry suspendit ses attentions dans les cheveux de Théo, ce qui fit sourire celui-ci. Il avait attisé la curiosité du Gryffondor.

- Qu'est-ce que tu veux dire par-là ? demanda ce dernier, intrigué.

- Eh bien, Draco ne t'a pas dit qu'il m'avait récemment avoué quelque chose sur vous deux ?

Théo entendit Harry se frapper le front avec sa main.

- Bon sang j'avais complètement oublié ! Il m'a effectivement dit dimanche soir qu'il t'en avait parlé quelques heures plus tôt. Du coup, c'est la première fois qu'on se retrouve tous les deux depuis que tu le sais... J'espère que ça ne te fait pas trop bizarre ?

- Si, un peu, mais je suis surtout content. Vous êtes deux personnes que j'aime énormément et à qui je tiens beaucoup, alors vous savoir ensemble, ça me fait trop plaisir. Je ne m'y attendais pas du tout mais je trouve ça pourtant complètement logique. Vous vous êtes tellement rapprochés depuis que vous êtes amis... Et plus particulièrement durant ta convalescence. Draco et moi venions parfois te voir ensemble et je voyais bien que vous étiez beaucoup plus proches l'un de l'autre. Il y avait une tendresse qu'il n'y avait pas avant. Draco te couvait du regard et tu recherchais souvent son contact. C'était adorable à voir. Je pensais que le fait que tu voulais sans cesse Draco près de toi était dû au réconfort dont tu avais besoin durant ta convalescence mais il n'y avait pas que ça. Tu désirais aussi et surtout la présence de la personne dont tu tombais amoureux. Et Draco te le rendait bien. Il était hyper protecteur envers toi. Et il l'est encore plus depuis que tu as repris les cours. Il ne te quitte pas des yeux et il est toujours prêt à bondir pour te défendre. C'est juste trop mignon. Vous êtes faits l'un pour l'autre, c'est évident. Bref, tu l'auras compris : je suis hyper heureux que vous sortiez ensemble. Et je ne vous souhaite que du bonheur.

Théo termina sa tirade sur ces mots. Il fallut plusieurs secondes à Harry pour réagir.

- Merci, je... je ne sais pas quoi te dire tellement je suis ému...

- Ne dis rien, alors, répondit Théo en souriant. De toute façon, j'ai autre chose à te dire. Je t'ai parlé d'un autre point commun que nous avions et j'ai aussitôt enchaîné sur le fait que je savais que Draco et toi étiez ensemble.

- Oui, et je t'avoue que je ne vois pas trop où tu veux en venir.

- C'est normal, tu ne t'y attends pas, même si tu es déjà à moitié au courant. Je ne suis pas du genre à faire mariner les gens bien longtemps, alors je vais me lancer : Justin et moi sommes officiellement en couple. Ça faisait déjà plusieurs semaines que notre relation avait pris un tournant. Quand je t'en ai parlé durant ta convalescence, je t'avais appris qu'on entretenait une relation compliquée qui ne me convenait pas et qui me faisait souffrir mais dont je n'arrivais pas à me libérer car j'aimais trop Justin pour le quitter. Je m'étais confié à toi car tu étais la seule personne à qui je pouvais en parler. J'avais besoin de quelqu'un qui m'écouterait, qui me comprendrait, qui n'insulterait pas Justin et qui ne chercherait pas à me convaincre de mettre fin à cette relation. Ce quelqu'un, c'était toi et je ne te remercierai jamais assez pour l'écoute et le soutien moral que tu m'as apportés. Comme je le disais, je ne voulais surtout pas qu'on me pousse à rompre avec Justin et c'est pourtant la décision que j'ai fini par prendre après une conversation que j'ai eue avec le professeur Snape. J'avais toujours refusé d'en arriver là mais je n'en pouvais vraiment plus, j'étais obligé de le faire. Seulement, quand j'ai vu Justin et que je lui ai dit que je voulais le quitter, il a eu un électrochoc en comprenant qu'il allait me perdre et il m'a annoncé de but en blanc qu'il allait quitter Emily. Il ne m'avait jamais dit ça avant. Il n'avait jamais envisagé de le faire. Il s'entêtait à rester avec elle alors qu'il savait depuis un moment qu'il n'était plus amoureux d'elle. Mais là, en sachant que je voulais rompre, il a compris que c'était à notre relation qu'il tenait, et pas à son couple avec Emily. Il m'a même avoué implicitement qu'il m'aimait. Il ne souhaitait cependant pas me le dire de façon directe car il n'était pas prêt. Mais il me l'a bien fait comprendre. Il m'a juste demandé de lui laisser un peu de temps pour quitter Emily. Ce n'était pas prévu et c'était très dur pour lui de mettre fin à son couple avec sa petite-amie, même s'il n'était plus amoureux d'elle. Il s'était donné un délai qu'il a respecté mais le jour où il a voulu parler à Emily, celle-ci lui a annoncé quelque chose qui a tout remis en question.

Théo raconta alors à Harry ce qui s'était passé entre ce jour-là et celui où Justin avait vraiment mis fin à sa relation avec Emily. Harry était au courant que Justin était venu voir Théo lorsqu'il avait fait son choc anaphylactique puisque c'était lui qui avait demandé à Ernie d'aller le prévenir mais il eut l'air énormément ému d'apprendre que c'était la déclaration d'amour de Justin qui avait incité Théo à se battre et qui l'avait sauvé. Il fut en revanche triste lorsque Théo lui parla de la rupture entre Justin et Emily qui avait eu lieu six jours plus tôt.

- Ça a été dur mais Justin estime que ça s'est passé de façon assez banale. Emily a eu des réactions normales et même si elle a été un peu blessante, Justin ne lui en veut pas. Elle n'a pas mal pris le fait qu'il soit gay mais le fait qu'il soit resté deux ans avec elle alors qu'il n'était pas amoureux. Elle a dû se sentir trahie. Elle était furieuse mais elle n'a pas insulté Justin sur son homosexualité. Ça aurait pu lui échapper sous l'effet de la colère mais elle ne lui a même pas fait de remarque. Compte tenu de la situation, on peut dire qu'elle a plutôt bien pris la nouvelle. Ce qui n'est malheureusement pas le cas de tout le monde...

Plus tôt dans la journée, Justin avait annoncé à Théo qu'il avait avoué son homosexualité la veille à ses meilleurs amis. Théo avait été soulagé de savoir que Susan et Hannah avaient bien réagi mais il avait été déçu d'apprendre qu'Ernie avait rejeté Justin. Cela l'avait beaucoup attristé car il voyait bien que son petit-ami était peiné par le rejet de son meilleur ami. Mais Justin avait retenu ce que lui avait dit Théo et gardait espoir de se réconcilier assez vite avec Ernie. Ils n'en avaient plus reparlé ensuite et Théo n'avait pas cherché à aborder de nouveau le sujet car il n'y avait rien de plus à dire et il avait deviné que Justin voulait penser à autre chose. Les cours l'y avaient beaucoup aidé ainsi que la présence de Théo à ses côtés. Ce dernier avait dû lutter pour ne pas faire un câlin à son chéri entre deux cours. Merlin que c'était dur !

- Comment ça ? Il l'a dit à quelqu'un d'autre qui l'a mal pris ? s'inquiéta Harry.

- Oui, à ses amis, avoua Théo. En parlant avec eux, il a estimé qu'il était temps qu'il le leur dise. Il a essayé de leur faire comprendre qu'il sortait avec un garçon mais Ernie était totalement borné et ne voyait pas le message pourtant clair de Justin. Quand il a enfin compris, il s'est mis en tête qu'il n'y avait rien de sérieux entre Justin et ce garçon. Il était persuadé que c'était juste une expérience pour Justin. Que ça ne pouvait pas être sérieux et qu'il ne pouvait pas y avoir de sentiments. Que Justin était forcément hétéro et qu'il voulait simplement essayer des choses. Ça a beaucoup blessé Justin. Et ça l'a énervé qu'Ernie refuse d'imaginer qu'il puisse être bi ou gay. Il a alors tout avoué à Ernie, Susan et Hannah. Il n'est pas entré dans les détails mais il leur a dit l'essentiel. Il leur a notamment dit à la fin que ce garçon avait qui il sortait, c'était moi, qu'il m'aimait et qu'on comptait officialiser notre relation une fois que tous nos amis seraient au courant. Il a tout lâché d'un bloc et il y a eu un silence pendant lequel il a eu le temps de voir la réaction de ses amis. Il a vu que Susan et Hannah le prenaient bien mais il a vu aussi que ce n'était pas le cas d'Ernie. C'est lui qui a fini par parler et il a dit à Justin qu'il pouvait faire ce qu'il voulait avec moi mais qu'il ne devait plus l'approcher et qu'il devait se tenir loin de lui. Ça a énormément fait mal à Justin qui a été difficilement consolé par ses deux autres amies. Depuis, il est en froid avec Ernie et il attend patiemment qu'il revienne vers lui. De mon côté, je me contente d'être là pour lui, j'aimerais faire plus mais je sais que ça lui suffit.

Théo se tut sur ces mots. Harry resta silencieux un moment. Il semblait remué par tout ce que venait de dire Théo. Il réagit cependant au bout de longues minutes :

- Votre histoire est incroyable. Je n'ai pas les mots. Je t'avoue que quand tu t'es confié auprès de moi sur votre relation pendant ma convalescence, j'étais inquiet pour toi. Vu comment c'était parti entre vous, je pensais que tu allais droit dans le mur. Mais en même temps, j'avais l'intime conviction que tu savais ce que tu faisais. C'est pour ça que je n'ai pas essayé de te convaincre de quitter Justin. Car j'avais confiance en toi et en tes décisions. Et tu as bien fait de t'accrocher et d'y croire. Justin a fini par quitter Emily et t'avouer qu'il t'aimait alors qu'il y a encore deux mois, il refusait net de rompre avec sa petite-amie et d'assumer son attirance et ses sentiments envers toi. C'était presque inespéré qu'il te choisisse au détriment d'Emily et c'est pourtant arrivé. Il a quand-même fallu qu'il y ait des doutes sur une possible grossesse d'Emily et que tu te retrouves dans le coma mais le principal, c'est que tout aille bien et que ça ait permis à Justin de prendre les bonnes décisions. Et au vu de ce qu'il a fait pour toi, c'est évident qu'il est complètement amoureux de toi et qu'il t'aime autant que toi tu peux l'aimer. Vous méritez d'être heureux ensemble. Vous avez assez bataillé comme ça, maintenant vous devez profiter de votre histoire.

- C'est prévu, affirma Théo en souriant. Mais alors... ça ne te dérange pas que je sorte avec Justin ? Je veux dire, tu as confiance en lui ?

- On a beaucoup parlé durant les neuf jours que tu as passés à l'infirmerie. J'ai bien vu qu'il était très attaché à toi. Et ce que tu viens de me raconter ne fait que me le confirmer. Ça se voit que Justin est fait pour toi. Et réciproquement. Il y a un mois et demi, c'est vrai que je t'aurais conseillé de laisser tomber. Mais Justin a prouvé qu'il te méritait. Je suis sûr que c'est avec lui qu'est ton bonheur. Je lui demande juste de te rendre heureux et je sais qu'il le fera. Il n'y a qu'avec lui que tu te serais mis en couple alors que tu es hyper réservé, hyper timide et que tu n'étais pas forcément prêt à t'embarquer dans une relation amoureuse. Il faut vraiment que tu sois en confiance avec Justin pour que tu aies accepté de te laisser entraîner dans une histoire d'amour. Tu n'aurais pas fait ça avec n'importe qui. Je dis ça comme si ça faisait dix ans que je te connaissais mais je ne pense pas me tromper en disant que tu n'avais jamais eu d'histoire avant...

- Justin a été mon premier baiser, confirma Théo. Il y a encore trois mois je n'étais pas du tout dans l'optique de me lancer dans ce genre de relation, je ne me sentais absolument pas prêt mais ça m'est tombé dessus sans que je m'y attende... C'est assez perturbant, surtout pour quelqu'un qui n'est pas à l'aise dans ce domaine. Ça fait deux mois que Justin et moi sortons ensemble et nous n'en sommes encore qu'aux baisers. Enfin, je commence tout juste à accepter ses mains sous mon tee-shirt mais je me suis crispé les deux fois où c'est arrivé et Justin l'a bien senti...

- Mais il ne te force pas ?

- Non, au contraire, quand il m'a senti me tendre la deuxième fois, il a voulu retirer ses mains mais c'est moi qui lui ai demandé de les laisser. C'est juste qu'on ne pouvait pas être aussi proches qu'on avait l'habitude de l'être, alors j'ai voulu compenser et lui aussi. Mais on s'est mis à parler, donc il n'y a eu aucune caresse. Je ne sais pas si j'aurais été prêt pour ça. Mais il est hyper patient avec moi, il m'a répété plusieurs fois qu'il me laisserait le temps nécessaire et qu'il ne me forcerait jamais à rien.

- C'est la preuve que c'est un garçon bien. Tant qu'il te respecte, qu'il t'aime et qu'il ne t'oblige pas à faire quoi que ce soit, alors tout va pour le mieux.

- Mais je n'ai pas envie de le frustrer... Je sais qu'il aimerait faire plus de choses mais qu'il se retient pour ne pas me brusquer...

- Tu n'as pas à te sentir coupable pour ça. Justin sait à quoi il s'engage en sortant avec toi. Il t'aime et c'est pour ça qu'il est prêt à attendre le temps qu'il faudra pour aller plus loin avec toi. Ne t'en veux pas pour ça, d'accord ?

Théo acquiesça. Il se sentait soudain mieux.

- Merci, ça m'a fait du bien de parler de ça avec toi, confia-t-il. Ça me gêne toujours d'en parler, je ne suis pas du tout à l'aise avec ça mais là, c'est venu tout seul. Même si ça reste très gênant.

- Je l'ai remarqué, dit gentiment Harry. Tu restes assez évasif, tu as l'air tout gêné et tu n'es pas très explicite dans tes propos. Mais ça montre bien que tu n'es pas du tout prêt à aller plus loin et ça, Justin l'a très bien compris. Et je peux t'assurer que ça ne le dérange absolument pas. Sinon il ne serait pas avec toi à l'heure qu'il est.

Ces mots achevèrent de rassurer Théo. Il se blottit davantage contre Harry en guise de remerciement et cela dut suffire au Gryffondor puisqu'il sourit dans les cheveux de Théo et resserra son étreinte. Ils restèrent ainsi pendant de longues minutes puis ils se mirent à parler de Quidditch. Ce ne fut que peu avant vingt-trois heures qu'ils consentirent à se lever. Comme ils étaient au sixième étage, Théo décida de raccompagner Harry jusqu'à sa salle commune. Puis il rentra à la sienne. Il y arriva juste avant l'heure du couvre-feu. Épuisé, il monta directement à son dortoir. Il se déshabilla, enfila son pyjama et se mit au lit. Il était réellement éreinté. Il avait eu l'impression d'avoir eu une journée de soixante-douze heures tant il s'était passé de choses. Entre ses sept heures de cours, ses deux heures passées avec le professeur Black et son long moment avec Harry, il n'avait pas eu une seule seconde à lui. Mais il y avait aussi le fait que le programme de sa soirée avait été complètement chamboulé. Ce n'était absolument pas prévu qu'il écrive sa lettre avec le professeur Black juste après les cours et qu'il soit avec Harry de vingt heures à vingt-trois heures. Normalement, il devait simplement rester avec Justin. Mais Théo avait décidé à la dernière minute d'aller voir le professeur Black à la fin du cours et après le dîner, c'était Justin qui n'avait plus été libre puisqu'il devait se rendre à l'infirmerie. Théo espérait que son petit-ami n'avait rien de grave et qu'il serait vite sorti. Ce fut sur cette pensée qu'il ferma les yeux et qu'il sombra vite dans un sommeil récupérateur.

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(samedi 24/02) POV Severus

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Severus soupira en voyant l'heure qu'il était. Il avait une séance avec Harry dans dix minutes suivie d'une séance avec Miss Johnson à quinze heures trente et il n'avait pas fait le quart de ce qu'il devait faire. Il avait quatre-vingt copies à corriger, ses cours de la semaine suivante et deux devoirs sur table à préparer ainsi que plusieurs potions à fabriquer. Il avait déjà écrit quelques cours et noté une dizaine de devoirs durant la matinée. Sachant que la séance de Miss Johnson se finirait vers dix-sept heures, il devait carrément travailler toute la nuit pour terminer tout ce qui lui restait à faire s'il voulait être libre le lendemain. Mais il savait que ce ne serait pas raisonnable. Il devait donc annuler la journée qu'il avait prévue de passer avec Tonks. Bon, elle s'y attendait puisqu'il lui avait dit qu'il n'était pas sûr d'être libre. Elle-même lui avait dit dans une lettre qu'elle lui avait envoyée en début de semaine qu'elle risquait d'avoir beaucoup de travail ce week-end là. Vu qu'ils étaient visiblement tous deux très occupés, c'était peut-être mieux ainsi qu'ils doivent rester chacun seul de leur côté. Ils devaient privilégier leur travail. Ils s'étaient mis d'accord là-dessus, ne voulant pas que leur couple mette en péril leur vie professionnelle. Ils n'étaient pas inquiets pour leur relation, ils étaient même plutôt sereins car ils savaient bien qu'ils pouvaient faire en sorte de se voir deux week-end par mois si le manque se faisait vraiment trop sentir. À part s'ils avaient une urgence de dernière minute, bien sûr. Tonks avait déjà prévu de prendre des congés durant les vacances de Severus en avril afin qu'ils puissent se réserver plusieurs jours rien qu'à eux. Severus avait hâte d'y être. Il s'imaginait ce qu'ils allaient pouvoir faire lorsqu'il entendit quelqu'un frapper à la porte. Il se remit les idées en place et alla ouvrir. Il tomba sans surprise sur Harry. Il l'invita à entrer et le conduisit jusqu'au salon.

- Vous êtes légèrement en avance, constata-t-il.

- Vous étiez occupé ? s'inquiéta aussitôt le Gryffondor.

- Non, c'était juste une remarque, soupira Severus. Je ne vais pas vous reprocher d'arriver avec cinq minutes d'avance. Ça prouve que vous êtes ponctuel. Et je n'allais pas me lancer dans quelque chose alors que je savais que vous seriez bientôt là.

Harry acquiesça, l'air rassuré. En le voyant être aussi effrayé à l'idée de l'avoir dérangé, Severus se dit qu'il était grand temps d'aborder cet aspect qu'il avait remarqué dès le début de la convalescence de l'adolescent.

- Il me semble que nous en avions terminé avec le sujet du Quidditch, dit-il pour lancer la séance. À moins que vous ayez quelque chose à rajouter ?

- Non, c'est bon, on a fait le tour. Je reprends les entraînements dans deux semaines, j'ai bien retenu tout ce que vous m'avez dit, je n'ai plus vraiment de craintes, juste du stress et je suivrai toutes vos recommandations. Je serai raisonnable et je prendrai les potions que vous me donnerez la veille du premier entraînement.

- Très bien, déclara Severus, satisfait. Vous êtes effectivement au point. Nous repasserons tout cela en revue lors de la séance qui précédera ce premier entraînement mais uniquement pour vérifier que tout soit bien clair. Nous allons donc pouvoir passer à autre chose. Y a-t-il un sujet dont vous voulez parler tout de suite ?

- Oui, répondit Harry, l'air soudain tendu. Ça ne va pas être facile, car ça englobe quatorze années de souffrances, mais quelqu'un m'a récemment fait comprendre que je devais vite en parler.

Severus sentit les battements de son coeur s'accélérer en comprenant que Harry allait lui parler de son enfance. C'était probablement l'un des sujets les plus importants de cette thérapie. Car Severus était quasiment sûr que la soumission dont faisait preuve Harry venait de son enfance. Il allait sans doute enfin avoir des réponses à de nombreuses questions qu'il se posait, dont la cause de cette peur constante que Harry avait de déranger.

- Cette personne avait sûrement raison, dit doucement Severus. À vrai dire, ça fait deux mois que je souhaite en parler avec vous mais il y avait des sujets plus urgents, sans qu'ils soient forcément tous plus importants. Alors dites-moi tout. Quel sujet souhaitez-vous aborder ?

- Mon enfance, annonça Harry.

- Bien, je vous écoute. Étant donné que c'est un sujet très vaste et que je ne sais presque rien, je ne peux pas vous poser de questions. Je vais donc vous laisser parler.

- D'accord, mais je ne sais pas par où commencer, avoua Harry, gêné.

- Eh bien, dites-moi d'abord comment a été votre enfance, suggéra Severus.

- Horrible, dit aussitôt Harry en grimaçant. Je l'ai passée dans une famille qui me détestait pour ce que j'étais. Je n'avais rien fait de mal mais j'étais un sorcier et ça suffisait pour que je sois considéré comme le paria de la maison. J'ai toujours senti que je n'étais pas le bienvenu mais ce n'est qu'à mes onze ans que j'ai su pourquoi. Jusqu'à ce que je reçoive ma lettre d'admission à Poudlard, je n'étais pas au courant que j'étais un sorcier. Mon oncle et ma tante me haïssaient pour ça et ils ne me l'ont pourtant jamais dit. Ils me disaient juste que je n'étais qu'un bon à rien, un monstre et une erreur de la nature. Même si je leur avais demandé pourquoi ils me détestaient, ils ne m'auraient pas répondu. Parce que je n'avais pas le droit de poser de questions. La première que je leur avais posée, c'était à propos de ma cicatrice. Je voulais savoir d'où elle venait et ma tante m'a dit que je l'avais eue lors de l'accident de voiture qui avait tué mes parents.

Severus se retint à temps d'écarquiller les yeux. Mais il ne put empêcher ses poings de se crisper sur ses genoux. Il avait entendu parler de cette histoire par Hagrid mais à sa plus grande honte, il avait toujours cru que c'était soit Hagrid qui divaguait, soit Harry – enfin, Potter à l'époque – qui avait dit n'importe quoi pour faire son intéressant. Il était donc choqué et scandalisé d'apprendre que l'oncle et la tante de Harry lui avaient bel et bien fait croire que ses parents étaient morts dans un accident de voiture. Il n'en revenait pas tant il trouvait cela inadmissible. Personne n'avait le droit de raconter un mensonge pareil à un enfant ! Ni de lui cacher ce qu'il était réellement ! Harry avait donc passé les onze premières années de sa vie comme un né-moldu qui ignorait qu'il était un sorcier. Il n'avait jamais su à quoi étaient dues les choses étranges qui se produisaient lorsqu'il faisait de la magie sans le vouloir. C'était tout à fait normal pour un enfant né de parents moldus mais Harry, lui, n'était pas un né-moldu ! Il était issu de deux grands sorciers qui s'étaient vaillamment battus contre celui qui les avait tués et qui avait voulu en faire de même avec leur enfant ! Il aurait dû savoir qu'il était un sorcier dès qu'il aurait été en âge de le comprendre ! Merlin, il venait seulement d'apprendre trois ou quatre choses et il était déjà remonté comme un coucou alors que ce n'était que le début et que son patient allait sûrement lui dévoiler des choses bien plus terribles...

- C'est Hagrid qui vous a dit ce qui était réellement arrivé aux parents ? demanda Severus.

- Oui, il était outré de réaliser que les Dursley ne m'avaient rien dit. Il ne m'a pas dit la vérité sur mes parents devant eux mais un peu plus tard. Il n'a pas hésité à me dire que Vous-Savez-Qui a voulu me tuer moi aussi. Il n'est pas entré dans les détails mais il m'a dit ce que j'avais besoin de savoir.

- Ce n'était pas à lui de vous apprendre tout ça mais c'est bien qu'il l'ait fait. Il fallait bien que vous sachiez la vérité avant d'arriver à Poudlard, de toute façon. Le jour où je vous avais fait préparer une potion pour attester de vos progrès que je n'avais pas voulu voir jusque-là, vous m'aviez déjà dit ce que vous venez de me dire sur vos parents et le fait que vous aviez longtemps ignoré que vous étiez un sorcier, mais je n'avais pas eu le temps de m'attarder là-dessus car vous aviez dit plein de choses en très peu de temps. Là, je réalise pleinement et ça fait un choc. Vous n'avez vraiment eu que quatre semaines pour vous faire à l'idée que vous étiez un sorcier. Et vous n'aviez personne pour en parler. Comment avez-vous géré tout cela ?

- Je ne pourrais pas vraiment répondre à cette question. C'était très confus dans mon esprit. Il y avait plein de sentiments qui se bousculaient en moi. J'étais heureux de savoir que j'allais passer dix mois loin des Dursley, j'étais soulagé de savoir que je n'étais pas anormal et que les choses bizarres qui se passaient autour de moi étaient dues à la magie, j'étais en colère contre les Dursley de m'avoir caché tout ça, j'étais stressé et inquiet à l'idée d'entrer à Poudlard tout en ayant hâte... Toutes ces émotions me donnaient un peu le vertige. C'était le... désordre dans ma tête mais je crois que le sentiment qui dominait le plus, c'était la joie. Le fait que les Dursley m'ont laissé relativement tranquille jusqu'à la fin de l'été devait y être un peu pour quelque chose.

Harry fronça soudain les sourcils.

- C'est étrange mais je n'avais jamais parlé de tout ça. À vrai dire, je ne parlais jamais des Dursley à quiconque, mais ça fait du bien de me confier là-dessus. À part à Hedwige, je n'avais jamais pu dire ce que j'avais ressenti entre la visite de Hagrid et le jour de la rentrée. On devrait pourtant pouvoir en parler à quelqu'un avant d'arriver à Poudlard. Ou bien lors des premières semaines de cours. C'est un choc d'apprendre qu'on appartient à un monde complètement différent de celui dans lequel on a grandi... Je ne sais pas comment font les nés-moldus pour s'en sortir. Moi c'est différent, j'ai eu plein de monde autour de moi, les Weasley m'ont énormément aidé, mais je sais que ce n'est pas le cas de tout le monde... Les nés-moldus doivent être totalement perdus et ils n'ont pas forcément quelqu'un pour les aider...

- J'ai soulevé ce point en particulier lorsque j'ai émis l'idée auprès du directeur de faire en sorte qu'il y ait deux psychomages à Poudlard. Cette question a retenu mon attention et je ferai tout pour qu'à la rentrée prochaine, les nés-moldus puissent avoir plusieurs rendez-vous avec ma future collègue ou moi. Cela les aidera peut-être à mieux s'adapter et à mieux s'insérer dans le monde magique. Ils pourront poser toutes les questions qu'ils voudront et se confier sur toutes les craintes qu'ils pourront avoir.

- Ce serait super, approuva Harry. Les nés-moldus se sentiront déjà davantage à leur place.

- Je l'espère pour eux. Mais revenons-en à vous. Avez-vous d'autres choses à ajouter sur le fait que vous ignoriez votre appartenance au monde magique ?

- Oui, mon oncle et ma tante s'acharnaient à me dire que la magie n'existait pas alors qu'ils savaient très bien que si et ils me punissaient dès qu'il se passait quelque chose de bizarre alors qu'ils étaient parfaitement conscients que c'était ma magie qui faisait ça et que je ne pouvais pas la contrôler. Ils me faisaient passer pour un monstre et quand je suis entré à Poudlard, ils faisaient d'ailleurs croire à leur entourage que j'étais scolarisé à Saint-Brutus, un établissement pour les cas désespérés. J'étais un mauvais garçon aux yeux des autres. C'était tellement plus simple pour les Dursley de leur dire ça... D'aussi loin que je m'en souvienne, je n'ai jamais été vu comme celui que j'étais vraiment, que ce soit avant ou depuis mon entrée à Poudlard. À l'exception de certaines personnes qui, elles, me voient comme la vraie personne que je suis.

Severus se sentit mal à l'aise en entendant ces mots. Pas seulement parce qu'il avait longtemps mal jugé Harry mais aussi parce qu'il commençait à réaliser à quel point le Gryffondor avait eu une vie difficile qui ne s'était pas vraiment améliorée à Poudlard. Et il avait passé quatorze ans sans pouvoir en parler. Il avait gardé tout ça pour lui pendant tout ce temps. Severus s'en voulait d'avoir été aussi injuste envers lui, d'avoir été aveuglé par une haine qui n'avait pas lieu d'être et de n'avoir rien vu. Il ne pouvait qu'essayer de recoller les morceaux maintenant et il regrettait encore moins de faire cette thérapie avec Harry. Il avait un peu l'impression de se racheter et d'expier ses fautes en s'occupant de lui. Mais il le faisait avant tout pour l'aider et pour le soigner. Et il le ferait aussi longtemps qu'il le serait nécessaire. Parce que c'était son devoir de médicomage et de psychomage mais aussi parce qu'il s'était malgré lui attaché à Harry. Il n'aurait jamais cru ça possible il y a encore quelques mois mais il avait appris à connaître le garçon et avait compris qu'il s'était bien fourvoyé à son sujet.

- Ma question va sans doute vous paraître bizarre, voire stupide mais est-ce que vous savez qui vous êtes, maintenant ?

- Je crois, oui. Cette thérapie m'y aide beaucoup. Elle me fait découvrir des choses sur moi dont je n'avais pas forcément conscience.

- Cela prouve qu'elle est efficace, commenta Severus. Est-ce que, durant votre enfance, vous croyiez votre oncle et votre tante lorsqu'ils disaient que vous étiez un monstre et un bon à rien ?

- Je n'avais pas de raison de penser qu'ils me mentaient alors oui, je les croyais.

- Est-ce que c'est encore le cas maintenant ?

- Il m'arrive encore parfois de le croire quand j'ai des moments de doute. Mais ça ne dure jamais très longtemps. Par contre, sur le moment, ça me plombe le moral.

- Il va falloir qu'on traite cela. Ça ne devrait pas demander beaucoup de séances puisque ça n'a pas l'air profondément ancré en vous. Il faut juste en parler et éclaircir tout cela. Vous me disiez que les Dursley vous punissaient quand vous faisiez involontairement de la magie. En quoi consistaient ces punitions ?

- Je devais rester enfermé un certain temps dans le placard dans lequel je dormais.

Severus se figea. Avait-il bien entendu ?

- Vous... vous dormiez dans un placard ? répéta-t-il, choqué.

- Oui, jusqu'à l'été où j'ai appris que j'étais un sorcier. C'était un placard qui était situé sous l'escalier. C'était sombre, exigu et rempli de toiles d'araignées.

- C'était donc là que vous dormiez et que vous étiez puni ?

Severus ne faisait même plus l'effort d'essayer de rester impassible. Il était beaucoup trop choqué et dépassé pour cela. C'était juste inhumain de punir et faire dormir un enfant ou un adolescent dans un endroit aussi inapproprié qu'un placard !

- Oui, mais ce n'était pas vraiment une punition en soi puisque j'y passais déjà le plus clair de mon temps quand je n'étais pas occupé à faire la cuisine ou le ménage. La seule différence, c'était que je n'avais pas le droit de sortir de ce placard lorsque j'étais puni. Sauf pour aller me laver ou pour aller aux toilettes et encore, c'était très réglementé.

Severus ferma les yeux un instant. Il dut se retenir pour ne pas aller tuer les Dursley sur-le-champ. Il avait presque envie de mettre fin à la séance tout de suite pour ne pas en apprendre davantage. Mais il ne pouvait pas faire ça. Même si c'était dur pour lui d'entendre tout cela, Harry avait besoin de se confier et d'en parler.

- Une chance qu'ils vous laissaient sortir pour entretenir un tant soit peu votre hygiène, ironisa-t-il. Vous n'avez jamais été malade à force de vivre dans ces conditions ?

- Si, mais les Dursley ne s'en souciaient pas du tout. Si Dudley s'égratignait le coude, il fallait limite appeler les pompiers alors que si j'attrapais la grippe, il fallait juste que j'attende que ça se passe. Je mettais du temps à guérir, ça m'affaiblissait mais je m'en sortais toujours.

- Vous n'alliez donc jamais voir le médecin ?

- Non, sauf quand il fallait faire les vaccins obligatoires. Comme j'avais le même âge que Dudley à un mois près, on les faisait en même temps. Sinon, à part ça, je n'ai jamais eu accès aux soins.

Severus se retint de secouer la tête, totalement dépité. Ce n'était pas étonnant que le Gryffondor ait une santé assez fragile et qu'il soit relativement petit et maigre. C'était vraiment de la maltraitance à l'état pur. Parce qu'il n'y avait pas besoin de coups et de violences pour affirmer qu'un enfant ou un adolescent était maltraité. L'absence de traitement était une forme de maltraitance. Une question lui vint alors à l'esprit. Il avait peur de connaître la réponse mais il se devait de la poser à Harry.

- Est-ce que votre oncle et votre tante étaient violents envers vous ? demanda-t-il doucement.

- Ma tante me donnait souvent des coups de casserole et il arrivait effectivement que mon oncle soit parfois brutal envers moi. Mais il l'était aussi avec Dudley qu'il pouvait frapper et bousculer parce qu'il était dans son passage. Sinon il n'y a pas eu tant de violences que ça. Je pense que je préférais prendre une gifle plutôt que passer des heures dehors sous quarante degrés à laver la voiture, tailler la haie et arroser les fleurs...

- Je comprends que vous ayez une préférence entre un coup et des corvées pénibles mais votre oncle et votre tante n'avaient pas à vous faire subir cela, déclara Severus. L'esclavage a été aboli et c'était pourtant ce qu'ils pratiquaient à votre égard. Est-ce que vous voulez me parler de tout ce qu'ils vous forçaient à faire ?

- Je crois avoir dit le principal. Je devais préparer les repas, faire la vaisselle, balayer et laver le sol, faire les poussières, nettoyer les vitres... Je devais aussi laver la voiture de mon oncle, m'occuper de la haie, arroser le parterre de fleurs, tondre la pelouse... Je faisais absolument tout.

- C'est comme ça depuis que vous êtes tout petit ?

- Les punitions et les quelques gestes de violences, oui. Les corvées sont venues un peu plus tard. Je devais avoir sept ou huit ans quand j'ai dû me mettre à la cuisine, faire le ménage, laver la voiture et arroser les fleurs. Et je devais avoir neuf ans pour le reste des tâches.

«C'est inhumain» se répéta Severus. Il remarqua que Harry avait soudain l'air triste. Cela ne l'étonna pas du tout. Il parlait de son enfance difficile depuis plus d'une heure, c'était tout à fait normal que le contre-coup commence à se faire sentir.

- Si vous voulez, nous pouvons arrêter là pour aujourd'hui, proposa Severus.

- Non, ça va aller, assura Harry. J'ai encore des choses à dire et je préfère tout déballer aujourd'hui pour qu'on revienne ensuite sur certains points lors des prochaines séances, comme on le fait avec chaque sujet.

- D'accord, mais si ça devient vraiment trop dur à un moment, n'hésitez pas à me le dire.

Harry acquiesça.

- Reprenons, alors, intima Severus.

- Jusque-là, j'ai surtout parlé de mon oncle et de ma tante mais il y avait aussi Dudley. Comme il ne fallait pas dépenser le moindre centime pour moi, je portais ses vieux vêtements. Il est en surpoids et doit être au moins quatre fois plus large que moi, alors évidemment je flottais dans ses pulls et dans ses pantalons. On se moquait de moi à l'école à cause de ça mais aussi à cause de mes lunettes qui étaient souvent cassées par les coups de poing que me donnait Dudley dans le nez. Je n'avais pas d'amis car tout le monde savait que Dudley et sa bande me détestaient et personne n'avait envie de se mettre Dudley à dos en devenant ami avec moi... Ils faisaient peur tellement ils étaient massifs, ça n'incitait donc pas vraiment à la bagarre. Mais ils n'hésitaient jamais à s'en prendre à plus petits qu'eux. Leur jeu préféré restait néanmoins la chasse au Harry. Ils me poursuivaient dans la cour de récréation et je devais courir pour leur échapper. Heureusement, j'étais très rapide alors je les semais assez facilement. J'étais parfois aidé par mes accès involontaires de magie qui me mettaient hors de leur portée en me faisant atterrir sur le toit de la cantine, par exemple. J'ignorais comment j'avais pu me retrouver là car à ce moment-là, je ne savais pas du tout que c'était de la magie. Personne ne le savait. J'avais d'ailleurs des ennuis quand de telles choses arrivaient à l'école, car on ne voulait pas me croire quand je disais que je n'avais rien fait. Voilà, je crois que j'ai tout dit, cette fois.

Harry se tut et Severus resta un moment sans rien dire. Il se demandait comment l'adolescent qui se trouvait en face de lui pouvait encore être là. Il s'était fait maltraiter pendant toute son enfance, avait grandi dans une famille qui le détestait, s'était fait persécuter par un malade qui voulait le tuer à tout prix, s'était fait accuser à tort d'avoir libéré un monstre et d'avoir mis son nom dans la Coupe pour participer à un tournoi dangereux, avait perdu son petit-ami à la fin de ce même tournoi et avait subi six mois plus tard des violences de la part du garçon qu'il aimait... Et Severus oubliait sûrement des tas de choses. À la place de Harry, n'importe qui aurait craqué et ce, depuis un moment déjà.

- Est-ce que vous vous sentez mieux ? finit par demander Severus.

- Je me sens vide, comme à chaque fois que je fais un long récit de quelque chose d'important. Mais ce n'est pas seulement pour vider mon sac que je vous ai parlé de tout ça. C'est aussi et surtout pour expliquer le comportement que je peux avoir à certains moments. Pendant ma convalescence, vous m'avez surpris une fois en train de faire la vaisselle alors que vous ne m'aviez rien demandé. C'était juste un réflexe pour moi. J'avais besoin de me sentir utile. Vous aviez la gentillesse de m'accueillir chez vous et de vous occuper de moi, j'ai donc voulu vous remercier comme je le pouvais... Mais en voyant votre réaction, je m'en suis aussitôt voulu d'avoir fait quelque chose sans vous avoir d'abord demandé la permission. Ça aussi, c'est un réflexe. Vous avez également dû remarquer que j'essayais de me faire le plus discret possible. Là encore, c'était un réflexe. Moins les Dursley me voyaient et m'entendaient, mieux ils se portaient. J'avais donc pris l'habitude de me faire oublier et j'ai adopté le même comportement chez vous. Lorsque je désirais quelque chose, j'attendais que vous me posiez vous-même la question pour en parler. Ça vient là aussi de mon enfance chez les Dursley. J'oublie certainement des choses mais je pense qu'avec tout ce que je viens de vous dire, vous devez avoir la réponse à de nombreuses questions que vous pouvez vous poser.

- En effet, dit Severus après un court silence. Le récit de votre enfance explique beaucoup de choses concernant votre comportement actuel. Il y a cependant un point sur lequel vous êtes revenu mais pas en détail et que j'aimerais traiter avec vous avant de vous libérer. Lorsque vous êtes arrivé tout à l'heure, je vous ai fait remarquer que vous étiez légèrement en avance et vous avez aussitôt cru que je vous disais cela parce que j'étais occupé et que je vous reprochais donc de m'avoir dérangé.

- Je n'ai jamais dit ça, protesta Harry.

- Peut-être mais c'était ce que vous pensiez, rétorqua Severus. Osez dire le contraire.

Harry baissa les yeux en guise de réponse.

- Nous sommes donc d'accord. C'est loin d'être la première fois que vous avez ce genre de réaction. Vous semblez souvent avoir peur de déranger. Votre volonté de vous faire tout petit et d'être le plus discret possible en est la preuve. C'est comme si vous vouliez être invisible aux yeux des autres. Ce n'est pas normal. Vous ne devriez pas être aussi effacé. Ce n'est pas du tout un reproche que je vous fais, loin de là. Je sais que vous n'en faites pas exprès.

- Non, murmura Harry. C'est juste que...

Il s'interrompit, n'osant visiblement pas aller jusqu'au bout de sa pensée.

- Oui ? le relança doucement Severus.

Il se passa quelques secondes avant que Harry ne se lance :

- C'est juste que je ne veux pas être un fardeau pour les autres.

Ces mots avaient été prononcés sur un ton très bas mais Severus les avait pourtant bien entendus. Il vit les yeux de Harry se remplir de larmes et sentit son coeur se serrer face à cette vision.

- M. Potter...

- J'ai toujours été un poids pour les Dursley, coupa Harry sans sembler y faire attention. Ils ne m'ont jamais aimé. Je n'ai jamais été le bienvenu sous leur toit. Si ça n'avait tenu qu'à eux, s'ils n'avaient pas eu la pression d'une certaine personne, ils ne m'auraient jamais recueilli et ils m'auraient laissé pourrir sur le pas de leur porte. J'étais un poids financier pour eux puisqu'ils refusaient de dépenser un seul centime pour moi. Je portais les vieux vêtements de Dudley pour qu'ils n'aient pas besoin de m'acheter des habits neufs et à ma taille. Ils ne me donnaient pas beaucoup à manger pour éviter de gaspiller trop de nourriture pour moi. Ils me faisaient payer ma présence sous leur toit en me traitant comme un esclave qui devait tout faire dans la maison. Je n'étais qu'un détritus pour eux. J'étais un garçon anormal. Un monstre. Alors oui, après quatorze années à me faire traiter de la sorte, j'ai fini par me convaincre que j'étais un poids pour tout le monde. Que ce soit pour mes amis ou pour ceux qui sont responsables de moi. J'aime Sirius et Remus comme s'ils étaient mes vrais parents, je ne les remercierai jamais assez pour tout ce qu'ils font pour moi mais je ne peux pas m'empêcher de penser qu'un jour, ils en auront marre et me laisseront tomber. Ça ne fait que sept mois que Sirius s'occupe de moi et il en a déjà vu des vertes et des pas mûres. Dès le début des vacances d'été, il a passé des nuits blanches à cause de mes cauchemars dont il devait me réveiller. Il a aussi vite remarqué que je n'allais pas bien mais je refusais de lui parler. Idem pour Remus. À la rentrée, ils ont dû faire face à mes problèmes avec mon binôme qu'ils n'ont pas eu besoin de régler puisque je l'ai fait moi-même, puis à mes problèmes avec vous qu'ils ont dû cette fois-ci prendre en main. Une fois ceci résolu, ils se sont aperçus que j'étais de plus en plus fatigué sans réussir à savoir pourquoi. Ils ont également dû s'occuper des soucis liés à ma vie amoureuse. Remus a été obligé de me rappeler à l'ordre parce que je passais trop de nuits avec Adrian, Sirius s'est rendu compte que mon petit-ami était violent envers moi et qu'il m'accaparait un peu trop, tous deux se sont vraiment inquiétés vers la fin de mon couple avec Adrian et ils ont tous deux pris un gros coup de massue lorsqu'ils ont appris ce que m'a fait Adrian ainsi que mon intoxication aux potions de sommeil sans rêves qui en a résulté. Et ils ont dû être présents durant toute ma convalescence. Je ne les ai donc vraiment pas épargnés depuis l'été dernier et ça n'a fait que renforcer mon sentiment d'être un fardeau. Je fais tout ce que je peux pour me faire tout petit et il m'arrive toujours plein de choses qui obligent Sirius et Remus à s'occuper de moi... Sirius ne devait pas savoir dans quoi il s'engageait quand il a demandé ma garde. Il ne devait pas s'attendre à tout ça. Après tout ce par quoi il est passé avec moi, je me demande comment il fait pour ne toujours pas m'avoir abandonné

Harry acheva sa tirade sur ces mots. Ce qu'il venait de dire prouvait à Severus qu'il était nécessaire d'aborder au plus vite le sujet de cette impression d'être un fardeau. Maintenant, il devait le rassurer.

- La réponse à cette question est simple. C'est parce qu'il vous aime. Tout simplement. Vous n'êtes absolument pas un fardeau pour lui. Et vous ne le serez jamais. Quoi qu'il se passe, il sera toujours là pour vous. Même si vous êtes incapable de passer une semaine sans qu'il ne vous arrive quelque chose, il n'en aura jamais marre de vous. Et il ne lui viendra jamais à l'esprit de vous abandonner. Il ne peut pas avoir cette pensée. C'est juste impossible. Vous comprendrez cela quand vous aurez un enfant. Lorsqu'on est responsable d'un enfant qu'on aime, on est prêt à dédier sa vie pour lui. Même quand cet enfant n'est pas le nôtre. Et c'est le cas pour votre parrain et votre directeur de maison. Ils vous aiment comme si vous étiez leur propre fils et ils feraient n'importe quoi pour vous. C'est cela qui les rend différent des Dursley. Eux ne vous aimaient pas. Ils n'avaient jamais demandé à avoir votre garde et ils n'en avaient jamais eu envie. C'est pour cela que vous aviez l'impression d'être un fardeau pour eux et c'était sûrement vrai. Mais ce n'est pas du tout la même chose pour votre parrain et votre directeur de maison. Eux vous aiment. Eux veulent s'occuper de vous. Eux ne veulent que votre bonheur. Ils sont à l'exact opposé des Dursley. Vous ne pouvez donc pas être un fardeau pour eux. Si vous leur disiez que vous pensez en être un, vous ne pouvez même pas imaginer à quel point ils seraient choqués tellement cela ne leur viendrait pas à l'idée de vous considérer comme un poids. Ils penseraient aussitôt avoir fait quelque chose de mal pour que vous ayez ce sentiment. Parce que ce serait forcément de leur faute pour eux. Ils se remettraient en question tout de suite. Alors qu'ils ont sûrement fait tout ce qu'il fallait pour que vous vous sentiez bien avec eux.

- C'est le cas, s'empressa Harry d'affirmer, comme s'il défiait Severus d'oser penser le contraire. Je n'ai jamais été aussi heureux que depuis que je suis avec eux. Je me sens tellement bien que ça me donne parfois envie de pleurer. J'ai enfin l'impression d'avoir une vraie famille, même si aucun lien de parenté ne nous unit. Mais ce lien n'est pas dans le sang. C'est dans le coeur. Nous nous sommes beaucoup rapprochés depuis cet été et je ne m'imagine plus sans eux. Je sais bien qu'ils m'aiment et je m'en veux de penser qu'ils pourraient m'abandonner car je sais au fond de moi qu'ils ne le feront jamais. Mais je crois que j'avais besoin d'une discussion comme celle-là pour m'en assurer. Et pour me défaire de cette impression de n'être qu'un fardeau pour tout le monde. Ça faisait trop longtemps que je gardais toutes ces choses pour moi et ça m'empêchait d'y voir clair. Mais là ça va mieux. J'ai compris que je n'étais pas un poids pour Sirius et pour Remus et ça me soulage énormément.

- C'est le principal, approuva Severus. Bien sûr, nous allons devoir revenir sur un certain nombre de points que vous avez évoqués mais ça, vous le savez déjà et vous en avez même parlé. Nous nous y mettrons dès la prochaine séance. Pour l'instant, je pense que ce sera tout pour aujourd'hui. Je vous libère donc dès à présent, à moins que vous ayez quelque chose à me dire ou à me demander.

- Non, c'est bon, je crois que j'ai assez parlé comme ça, plaisanta Harry.

- Bien, je vous raccompagne, alors.

Severus se leva, très vite imité par Harry qu'il conduisit jusqu'à la porte d'entrée. Il lui souhaita une bonne fin de journée, lui conseilla de bien se reposer et le laissa partir. Il retourna au salon et décida de corriger quelques copies en attendant sa seconde patiente de la journée. Il avait lâché Harry avec un quart d'heure d'avance et avait donc quarante-cinq minutes devant lui avant sa séance avec Miss Johnson. S'il pouvait s'avancer dans ses corrections, ce n'était pas de refus.

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Severus était satisfait. Il allait pouvoir vaquer à ses occupations. Il était motivé et sa bonne humeur y était sans doute pour quelque chose. Après une séance très éprouvante avec Harry, il avait apprécié d'en avoir une plus calme avec Miss Johnson. Il avançait bien avec elle et avait été surpris d'avoir gagné rapidement sa confiance. Bien sûr, elle s'était montrée un peu méfiante au début mais elle s'était vite détendue. Lupin avait dû lui faire une bonne pub à son sujet et elle avait visiblement toute confiance en son directeur de maison. Dès la première séance, Severus avait bien senti que la capitaine de l'équipe de Gryffondor avait besoin de parler. Elle aurait dû se confier bien plus tôt, à savoir lorsqu'elle avait commencé à se retrouver dépassée par son rôle de capitaine, mais elle n'avait pas su vers qui se tourner. Comme les capitaines n'avaient même pas d'entretien préalable avec leur directeur de maison avant de se voir attribuer la direction de l'équipe, Miss Johnson en avait déduit que Lupin n'était pas là pour gérer les problèmes liés au capitanat. Et c'était tout à fait logique. Sauf qu'elle avait eu tort et que c'était bel et bien Lupin qu'elle aurait dû aller voir. Mais c'était totalement compréhensible qu'elle ait cru qu'elle devait se débrouiller seule. Les joueurs devenaient capitaines sans la moindre préparation, ils recevaient leur badge au cours de l'été sans avoir été informés qu'ils étaient pressentis pour prendre la direction de l'équipe de Quidditch de leur maison. Ce n'était donc pas étonnant que Miss Johnson ait pensé qu'elle devait garder ses problèmes pour elle. Et cela avait eu des conséquences qui auraient pu être dramatiques. Il fallait vraiment remédier à ce système de capitanat. Mais il s'occuperait de cela un peu plus tard. Pour l'instant, il avait trois patients à gérer – Harry, Miss Chang et Miss Johnson – et cela l'occupait déjà bien assez comme ça en plus des cours, des copies à corriger et des potions à préparer. Sans oublier Théo mais ce n'était pas vraiment pareil. Severus n'avait pas de thérapie avec lui et il le suivait pour d'autres raisons. Heureusement, il avait encore du temps libre. Mais il n'allait pas pouvoir suivre cinq élèves de plus. Il fallait qu'il se fasse seconder au plus vite. Il avait parlé à Harry de «sa future collègue» mais Dumbledore n'avait trouvé encore personne pour le moment. Severus savait juste que sa collègue serait une femme. Il en avait discuté avec Poppy et le directeur et ils avaient tous trois convenu que ce serait mieux ainsi. Comme ça, les élèves pourraient avoir le choix de se confier soit à un homme, soit à une femme. Ne restait plus qu'à dénicher la perle rare. Pour l'instant, Severus s'en sortait puisqu'il n'avait que trois patients et donc six séances par semaine mais il serait quand-même soulagé quand il pourrait s'appuyer sur une consœur. Il en était là dans ses pensées lorsqu'il entendit des coups frappés à la porte. Il grogna. Ce n'était pas le moment ! Il avait du travail qui l'attendait ! Il alla tout de même ouvrir et tomba sur Lupin. En voyant son air déprimé, Severus devina aussitôt pourquoi il venait le voir. Il fit entrer son collègue et le mena jusqu'au salon. Il prépara rapidement du thé et revint avec deux tasses fumantes qu'il posa sur la table avant de s'asseoir en face de Lupin.

- Qu'est-ce qui t'amène ? demanda-t-il, bien qu'il connaissait déjà la réponse.

- Je... j'ai besoin de ton aide. Je ne sais plus quoi faire avec Sirius. Je fais tout pour le protéger en le repoussant, quitte à me frustrer moi-même mais il ne veut rien comprendre.

- Est-ce que tu lui as parlé ?

- Oui, je lui ai tout dit vendredi dernier quand il est rentré des cours. Mais ça ne s'est pas bien passé du tout. Il a accepté de m'écouter mais il a refusé de croire à cette histoire de compagnon et de lien. Enfin, il a bien voulu croire que ça existait mais pas entre nous, malgré tous les arguments que j'ai pu utiliser. J'ai essayé de le convaincre en lui exposant tous les aspects du lien qui correspondaient parfaitement bien à notre relation mais ça n'a pas suffi. Il m'a dit que j'avais peut-être un compagnon quelque part mais que ce n'était pas lui. Il pense que tu te trompes et que je crois à ta théorie parce qu'elle permet de répondre à toutes les questions que je me pose. Il a carrément renversé la situation en voulant me persuader que c'était moi qui était borné et qui faisait une fixette sur ce lien. Je lui ai déclaré que je refuserais d'avoir tout rapport avec lui tant qu'il n'aurait pas accepté le lien, il m'a dit que j'étais vraiment atteint, que je n'avais que ce mot-là à la bouche, il m'a balancé qu'il s'en fichait que je ne veuille plus de sexe avec lui car il pouvait en avoir ailleurs et il est parti. Tu m'avais bien dit que le lien n'allait pas empêcher les tromperies et que ça arriverait seulement après des disputes, ça a été le cas ici mais je pensais que ce n'était valable qu'une fois le lien accepté des deux côtés... Je ne m'attendais pas à ce que Sirius me trompe déjà...

- Est-ce que tu es sûr qu'il t'a vraiment trompé ? Qu'il ne t'a pas dit ça juste pour te blesser ? vérifia Severus.

- Oui, j'en suis sûr, répondit Lupin d'une voix sombre. Quand il est rentré le lendemain matin, je l'ai accueilli un peu froidement mais on s'est réconcilié dans la cuisine et quand il m'a enlacé, j'ai... j'ai senti une autre odeur que la sienne. Une odeur masculine. Elle était beaucoup trop présente sur lui pour que ce soit quelqu'un qu'il ait simplement pris dans ses bras. Elle était sur chaque millimètre de peau que je pouvais respirer. Je la sentais presque autant que sa propre odeur. Ça m'a choqué et je me suis dégagé d'un coup. Sirius a voulu savoir ce que j'avais mais je ne lui ai rien dit, je n'avais pas la force de lui demander des explications. Après tout, nous n'étions pas vraiment en couple. Il avait le droit de coucher avec qui il voulait. Mais j'avais quand-même l'impression qu'il m'avait trompé. Deux jours ont passé pendant lesquels j'ai fait comme si de rien n'était. Lundi, lorsque je suis rentré après avoir parlé avec Miss Johnson, j'ai découvert Sirius en train de préparer le repas, ce qui ne lui arrive jamais en semaine d'habitude. Il voulait me faire plaisir car il savait que cette discussion avec Miss Johnson me stressait beaucoup. Ça m'a beaucoup touché. J'ai voulu mettre la table pour qu'on puisse manger mais Sirius avait d'autres projets en tête. Il s'est avancé vers moi et il m'a embrasé. Je me suis laissé faire au début mais quand ça a commencé à aller trop loin, j'ai repoussé Sirius pour ne pas le faire mien sur-le-champ. Évidemment, il m'a demandé pourquoi je le rejetais, je lui ai fait comprendre que c'était à cause du lien sans vraiment le nommer, il m'a dit d'arrêter avec ça, on s'est mis à s'engueuler, à un moment je l'ai blessé sans le vouloir, j'ai essayé de me rattraper et de passer à autre chose, ça n'a pas marché, il m'a clairement reproché de l'avoir repoussé, je me suis énervé en répliquant qu'on pouvait bien rester un moment sans avoir de sexe, il l'a mal pris et il est parti après m'avoir dit que je ne devais pas espérer le revoir avant le lendemain. Il m'a bien fait sentir qu'il allait se soulager ailleurs. Il est revenu le lendemain matin, comme la première fois, sauf que là on devait aller assurer nos cours. Il est rentré vers huit heures, il s'est excusé pour ce qui s'était passé la veille, il m'a dit que, tout compte fait, il n'était pas allé voir ailleurs, il avait l'air tellement mal que je n'ai pas pu lui en vouloir plus longtemps, je lui ai pardonné, on s'est réconciliés là-dessus et il m'a juste demandé de ne plus reparler du lien. Je savais qu'il ne mentait pas quand il disait qu'il n'était pas allé voir ailleurs puisque je ne sentais que son odeur, j'étais trop soulagé pour m'opposer à sa demande et j'ai donc accepté de ne plus remettre le sujet du lien sur le tapis. Je le regrette, maintenant. Je ne sais pas si c'est lié mais j'ai l'impression qu'il commence à souffrir de son rejet du lien. Il semble rongé par un mal intérieur. Il est parfois tout pâle et il peine à respirer. Ça lui arrive aussi en cours vu que Harry est venu me voir pour me parler de Sirius. Je n'ai pas su quoi lui dire. J'ai tenté de le rassurer du mieux que je pouvais et je lui ai dit que j'allais t'en parler. Ça a suffi à l'apaiser. Mais Sirius ne va toujours pas mieux et c'est pour ça que je suis là devant toi. Je veux savoir si je peux faire quelque chose pour soulager Sirius. J'ai vraiment peur pour lui. Peur que son rejet le détruise petit à petit. Je ne peux pas rester là sans rien faire. Aide-moi, Severus. S'il te plaît.

Lupin prononça ces mots d'une voix tellement désespérée que Severus eut de la peine pour lui. Il ne pouvait qu'imaginer la détresse dans laquelle son collègue devait être. Il voyait l'homme qu'il aimait dépérir parce qu'il refusait obstinément d'accepter le lien qu'il y avait entre eux. Et il ne pouvait rien faire pour l'aider. Du moins, c'était ce qu'il pensait.

- Il existe une solution, dit prudemment Severus. C'est en cas de dernier recours et c'est très risqué. Surtout pour toi.

- Je m'en fiche, décréta Lupin. Je suis prêt à tout pour le sauver. Dis-moi ce que je peux faire.

Severus regarda attentivement Lupin. Il semblait vraiment déterminé. Il était de toute façon le seul à pouvoir aider Black, alors Severus n'hésita pas plus longtemps et lui répondit :

- Il s'agit d'un transfert de magie. Si la situation devient vraiment critique, le seul moyen de sauver Black est de lui insuffler un peu de ta magie.

Lupin fronça les sourcils.

- Je ne vois pas ce qu'il y a de dangereux là-dedans. C'est quelque chose d'assez anodin. N'importe qui peut le faire à condition de savoir comment s'y prendre.

- En temps normal, oui. Mais là, ce n'est pas un transfert ordinaire. C'est un autre processus, même si le principe reste le même. D'habitude, on sert le poignet du receveur pour pratiquer le transfert car la magie doit aller dans les veines. Là, c'est dans le coeur de Black que tu vas devoir lui injecter ta magie.

Lupin écarquilla les yeux.

- Dans son coeur ?! Mais... c'est hyper dangereux ! Je ne peux pas faire ça ! On ne joue pas avec le coeur de quelqu'un, dans le sens propre du terme !

- Je t'assure qu'il n'y a rien de dangereux pour Black. Même si tu rates ton transfert, même si tu lui insuffles trop de magie, il n'y a aucun risque pour lui. Car même dans le coma, il saurait se protéger et se défendre. Il n'a pas besoin d'être conscient pour ça. C'est une réaction instinctive et mécanique qui ne se contrôle pas. Le risque est vraiment pour toi. Car Black peut très bien rejeter le transfert. C'est l'un des deux cas de figure. Soit il l'accepte, soit il le rejette. S'il l'accepte, il sera sauvé et cela le poussera à accepter également le lien. S'il le rejette, ce sera un échec complet et c'est là qu'il peut te mettre en danger. Car il ne maîtrisera pas vraiment son rejet. Il repoussera ta magie en te projetant violemment en arrière avec une puissante onde magique. Ce sera tellement violent que tu pourras te fracasser contre un mur. Tu seras vraiment propulsé à pleine vitesse et tu n'auras pas le temps de te protéger. Tu as très peu de chances de t'en sortir, en fait. Je suis désolé de te dire ça comme ça mais il faut que tu saches à quoi tu t'exposes.

Lupin sembla accuser difficilement le coup. Il ne devait pas s'attendre à ça.

- Ne t'excuse pas, dit-il en s'efforçant de sourire. J'ai voulu savoir, tu m'as répondu, tu as été franc et direct et c'était tout ce que je te demandais. Donc si je comprends bien, je dois poser ma main sur le coeur de Sirius durant le transfert ?

- Oui, comme lors d'un transfert normal où on pose la main sur le poignet, car c'est là où se trouve la veine où on veut insuffler notre magie. Là, c'est dans le coeur que tu dois l'injecter alors c'est sur le coeur que tu dois mettre ta main.

- Parfaitement logique, commenta Lupin. C'est le seul changement notable avec la dangerosité. Est-ce qu'il faut plus de concentration que lors d'un transfert ordinaire ?

- Oui, tu le sentiras, de toute façon. Tant que tu ne sens pas le transfert être effectif, c'est que tu n'es pas assez concentré. Et quand le transfert sera en cours, il faudra que tu restes entièrement focalisé dessus. Tu ne devras surtout pas relâcher ton attention. Comme lors d'un transfert normal. Sauf que là, c'est dans un organe très important que tu vas insuffler ta magie, la concentration doit donc être bien plus importante en conséquence.

- Je resterai autant concentré que nécessaire et aussi longtemps qu'il le faudra, affirma Lupin. Mais quelles sont les probabilités que Sirius rejette ma magie ?

- Il n'y a pas de chiffres connus mais je dirais que le risque est assez faible. Cependant, il existe. Il ne doit donc pas être pris à la légère.

- Je n'y comptais pas. Et si Sirius accepte le transfert ? Tu m'as dit qu'il acceptera aussi le lien. Mais qu'est-ce que ça donnera concrètement ? Il va ouvrir les yeux et me dire qu'il est d'accord pour être le compagnon de mon loup ?

- Peut-être, avec lui il faut s'attendre à tout. Mais ce sera surtout dans son comportement qu'il y aura du changement. Il sera beaucoup plus proche de toi et se laissera soumettre plus facilement. Et à un moment donné, il t'annoncera forcément qu'il a accepté le lien. Il va avoir besoin de te le dire. Il le sentira au plus profond de lui-même. Ce sera plus fort que lui. À partir de là, le lien sera vraiment effectif. Parce qu'il sera accepté des deux côtés.

Lupin acquiesça lentement.

- Tout ça me rassure pour l'après mais j'ai une autre question concernant le moment du transfert en lui-même. Quand est-ce que je saurai que je dois procéder au transfert ?

- Là aussi, tu le sentiras. C'est quelque chose d'instinctif. Et ça arrivera très vite puisque Black a l'air déjà bien atteint par les effets du rejet du lien. Ça aura lieu dans le courant de la semaine prochaine au plus tard. Black sera vraiment mal, à tel point qu'il ne pourra peut-être pas assurer ses cours. Tu devras alors agir vite, quitte à devoir toi aussi annuler tes cours.

- D'accord. J'essaierai de trouver une bonne excuse.

- Je compte sur toi pour ça. As-tu d'autres questions ?

- Non, je crois que c'est bon. J'ai juste un peu peur car je vais quand-même risquer ma vie en tentant de sauver Sirius.

- Il y a vraiment très peu de risques selon moi. Et puis, quand je disais que tu risquais fort de ne pas t'en sortir, c'était dans le cas où tu laisserais l'onde magique se produire. Mais tu sentiras bien avant ça le rejet et tu pourras arrêter le transfert à tout moment. Mais il y a vraiment plus de chances que Black accepte le transfert.

Lupin hocha de nouveau la tête.

- Merci, Severus. Tu as répondu à toutes mes craintes et à toutes mes questions. Je te suis vraiment reconnaissant de m'avoir écouté et aidé. Je sais maintenant ce que je dois faire et c'est grâce à toi. Je vais faire de mon mieux pour y arriver. Je ne vais pas t'embêter plus longtemps, j'ai des copies qui m'attendent et tu dois être très occupé, comme d'habitude.

- En effet, mais je suis toujours là pour aider et conseiller. Je te souhaite bon courage avec Black.

Lupin remercia Severus et se leva. Severus raccompagna son collègue et le regarda partir avant de fermer la porte. Il pensa à la discussion qu'il venait d'avoir avec Lupin et se sentit anxieux à l'idée que son collègue allait bientôt tenter un transfert avec Black. Même si les risques étaient vraiment faibles, il avait peur que ça se passe mal pour Lupin. Black allait forcément s'en vouloir et Severus n'était pas sûr de pouvoir faire face à la fois à la perte d'un collègue et au sentiment de culpabilité d'un autre collègue. Il devait bien l'admettre : il avait appris à apprécier Black et Lupin. Ils avaient traversé beaucoup de choses ensemble depuis deux mois, aussi bien dans la sphère personnelle que dans la sphère professionnelle. Ils n'avaient plus besoin de faire d'efforts pour se tolérer. Ils étaient devenus plus que de simples collègues. Cela ferait un grand vide à Severus s'il se retrouvait du jour au lendemain sans Black et Lupin. Six mois plus tôt, rien ne lui aurait fait plus plaisir. Aujourd'hui, il ne voulait même pas se l'imaginer. Alors Lupin avait intérêt de réussir son transfert. Et ce, pour le bien de tout le monde.

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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! =) Vous avez peut-être détesté Sirius dans le chapitre précédent, là j'imagine que ça a dû être Ernie XD Sur ce, je vous dis à dimanche prochain pour le cinquantième chapitre intitulé «Annonces, transfert et match» =) Portez-vous bien, passez une bonne semaine et bisous tout le monde !