Bonjour à toutes et à tous ! J'espère que vous allez bien =) On se retrouve aujourd'hui pour le cinquante-et-unième chapitre de SAMLP !
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Zackos : Harry sait que Sirius et Remus l'aiment mais il a tellement manqué d'amour qu'il a du mal à s'y faire *-* Théo ne va pas devenir dépressif, c'est plus compliqué que ça XD Mais ce sera plus clair lors du prochain chapitre ;) Oh Harry a pleinement profité du match, il n'était pas uniquement focalisé sur Ginny et le vif d'or, ça lui a fait du bien de pouvoir voir comment s'en sortaient ses coéquipiers lors d'un match, lui qui, d'habitude, doit être concentré sur le vif d'or =) Mais je comprends ta vision des choses XD Merci pour ta review ! =)
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Merci encore à tous ceux qui suivent cette fic, je vous laisse avec le nouveau chapitre et je vous souhaite une agréable lecture !
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51 – Détente et procès
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(lundi 04/03) POV Harry
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À la fin du cours de métamorphose qui était également son dernier cours de la journée avant l'astronomie, Harry alla voir Remus, souhaitant avoir des nouvelles de Sirius. Il n'avait pas osé leur rendre visite durant le week-end, ne voulant pas déranger son parrain s'il était en train de dormir ou de se reposer. Comme Sirius n'avait pas repris les cours le jour-même alors que c'était initialement prévu, Harry n'avait donc toujours pas pu le voir. Il espérait que son parrain allait bien. Il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter, étant bien conscient d'avoir failli le perdre sans savoir pour autant ce qu'il avait eu. Il s'en voulait d'avoir été dur envers Remus et était plus que soulagé que celui-ci ne lui en ait pas tenu rigueur. Il lui avait même fait une magnifique déclaration qui l'avait ému aux larmes et qui l'avait touché au plus profond de son être. Jamais Remus ne s'était dévoilé comme ça face à lui et ça l'avait vraiment bouleversé. Il s'était promis de ne plus réagir comme il l'avait fait si Sirius ou Remus refusaient de lui dire quelque chose. Bon, il fallait qu'ils aient une bonne raison pour cela. Il n'était pas vraiment sûr de pouvoir respecter cette promesse mais il allait essayer.
Après avoir prévenu Draco qu'il devait parler à leur professeur, Harry se dirigea donc vers Remus.
- Toi, tu veux me demander comment va Sirius, devina celui-ci.
- On ne peut rien te cacher, avoua Harry en souriant. Je sais qu'il était censé assurer de nouveau les cours aujourd'hui et c'est pourtant le professeur Flitwick que j'ai eu ce matin. Mais comme toi, tu as repris les cours, j'imagine que Sirius va suffisamment bien pour pouvoir se débrouiller tout seul...
- Tu crois ? Ça se trouve, je l'ai abandonné à son triste sort alors qu'il avait encore besoin de moi.
- Trahi par les siens, soupira Harry d'un air faussement tragique. Trahi par le seul ami qui lui reste et par son filleul qui n'est même pas venu le voir ce week-end alors qu'il avait le temps.
- Tu avais sûrement une excuse pour cela, devina Remus.
- Je ne voulais pas perturber son repos, confia Harry. J'ignorais s'il était apte à recevoir des visites, alors dans le doute...
- Je comprends. Severus est venu le voir samedi et il lui a en effet conseillé de beaucoup se reposer. Il a estimé préférable d'attendre mercredi pour qu'il reprenne les cours. Mais il va bien, je te rassure. Il est juste encore un peu trop fatigué. Il aurait pu être remis aujourd'hui mais il lui faut visiblement un peu plus de temps que ça. Severus voulait qu'il ait récupéré un maximum de forces avant de lui permettre de retourner travailler.
- Oui, mieux vaut ne pas prendre de risques, approuva Harry.
- Tout à fait. Mais tu peux venir le voir ce soir, si tu veux.
- Je viendrai après le dîner, alors. Je dois travailler avec Draco jusqu'à dix-sept heures et ensuite on a quelque chose de prévu. On mangera vers dix-neuf heures et je vous rendrai visite juste après. Je resterai jusqu'à mon cours d'astronomie.
- Tu es sûr que ça va le faire ? Ça m'a l'air un peu lourd, comme programme.
- Mais oui, ne t'en fais pas. Je sais ce que je fais.
- D'accord, je te fais confiance. Allez, file. Travaille bien avec Draco.
Harry sourit à Remus et partit, laissant les troisième année entrer dans la salle de classe. Il retrouva quelques mètres plus loin Draco qui l'attendait.
- Tu te sentais mal à l'aise parmi ces troisième année ? s'amusa Harry.
- Oui, leur conversation m'ennuyait prodigieusement, répondit Draco sur le même ton. Ils parlaient d'un groupe de musique que je ne connais même pas. Tu as pu avoir des nouvelles de ton parrain ?
- Mais comment tu sais que c'est pour ça que je suis allé voir le professeur Lupin ? s'exclama Harry.
- Ce n'était pas compliqué à deviner. Tu étais inquiet depuis le cours de sortilèges et ton parrain et le professeur Lupin habitent dans les mêmes appartements. Pas besoin d'être un Serdaigle pour faire le lien...
- Ce n'est pas faux, concéda Harry. Sinon, oui, j'ai eu des nouvelles de Sirius. Il va bien et il a juste besoin de se reposer encore un peu. Il doit revenir après-demain, normalement.
- Oh, tu dois être rassuré, alors. Mais tu peux aller le voir d'ici là, s'il est assez en forme.
- C'est justement ce que j'ai prévu de faire après le dîner. Ça ne te dérange pas ?
- Non, pas du tout, assura Draco en souriant. Je comprends que tu aies besoin de voir ton parrain. Je ne vais pas t'en empêcher pour te garder pour moi tout seul. Tu es libre de faire ce que tu veux.
Ces mots qui semblaient tellement évidents pour Draco troublèrent Harry. Il s'en voulut pour ça. Car il venait de repenser malgré lui à sa relation avec Adrian. Ce dernier l'avait progressivement éloigné de son entourage qui s'en était aperçu, qui s'était inquiété, qui avait essayé de faire quelque chose, qui avait manqué de temps...
- Harry, ça va ?
Harry releva brusquement la tête. Il croisa le regard inquiet de Draco.
- Oui, excuse-moi, je... je me suis laissé emporter par mes pensées.
Draco dut deviner quelles étaient ces pensées en question car un voile de tristesse et de culpabilité envahit son regard.
- Désolé, je n'aurais peut-être pas dû te dire ça, murmura-t-il. Je ne voulais pas te faire remonter de mauvais souvenirs...
- Non, tu n'as pas à t'en vouloir, tu n'y es pour rien si j'ai vécu une relation traumatisante... Il y a des mots qui résonnent douloureusement en moi mais c'est à force de les entendre que je vais finir par les intégrer et les accepter.
Draco acquiesça distraitement. Il avait toujours l'air inquiet.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda doucement Harry.
Draco se mordit la lèvre.
- Tu es sûr qu'on n'est pas allés trop vite ? Je veux dire... On s'est mis ensemble deux mois après ta rupture avec Pucey, c'était peut-être un peu trop rapide...
Harry retint un soupir. Il avait craint cette discussion et elle était arrivée.
- Non, j'étais vraiment prêt à m'engager dans une nouvelle histoire d'amour. Je ne veux pas que tu en doutes car j'ai eu une réaction étrange à cause de certains mots. Si on était sortis ensemble dans un, deux, cinq ou dix ans, ça aurait été la même chose. Peu importe quand tu aurais prononcé ces mots, j'aurais réagi de la même façon. Car c'est un passage obligé. Si ça peut te rassurer, j'en parlerai avec ton parrain lors de notre prochaine séance.
C'était visiblement ce qu'avait besoin d'entendre Draco car le soulagement se lut sur son visage.
- Ce serait bien, oui. Mais je crois que je vais devoir en parler avec lui aussi. C'est peut-être moi qui aurait dû réfléchir davantage avant de me mettre en couple avec toi. Je ne regrette absolument rien, je te le dis tout de suite. Mais je n'ai pas pensé à certaines choses que j'aurais dû prendre en compte. J'aurais dû avoir une discussion avec Severus, en fait. Mais je n'étais pas prêt à lui avouer que j'étais amoureux de toi. Tu es son patient, et comme j'ai eu moi aussi une relation compliquée, j'avais peur que Severus m'interdise de sortir avec toi parce qu'il nous estimait trop fragiles...
- Oh... À vrai dire, j'ai eu à peu près les mêmes peurs que toi. Je craignais qu'il ne veuille pas que je sorte avec toi car j'étais beaucoup trop instable pour son filleul.
Draco sourit.
- Je crois qu'il est temps de lui parler.
- Je crois aussi, confirma Harry. J'en discuterai avec lui samedi, vu que notre séance de mercredi est annulée à cause du procès.
- Ah oui, c'est vrai... Pour ma part, je vais essayer de le voir demain. Ce serait mieux que ce soit moi qui le lui annonce. Comme ça, il ne sera pas surpris samedi quand tu aborderas le sujet avec lui.
Harry hocha vivement la tête.
- Tout ça me convient très bien. C'est fou comme tout est simple avec toi...
- Je me dis exactement la même chose en pensant à toi, dit Draco avec tendresse.
Harry sourit à son tour et laissa Draco combler l'espace qui les séparait pour poser ses lèvres sur les siennes. Ils entamèrent alors un long baiser rempli d'amour et de douceur. Ils savaient que personne ne les verrait puisque les cinquième année étaient les seuls à ne pas avoir cours à cette heure-là. Si quelqu'un les surprenait, ce serait forcément un professeur et il y en avait peu qui étaient libres de quatorze à quinze heures. De toute façon, ils n'avaient pas spécialement peur que leur relation soit découverte au grand jour. Cela faisait un moment qu'ils étaient prêts à s'afficher mais par solidarité avec Théo et Justin, ils avaient décidé d'attendre que le procès soit passé pour se montrer ensemble. Comme ça, ils le feraient tous les quatre en même temps. Ils n'hésitèrent donc pas à approfondir leur baiser en plein milieu du couloir du sixième étage. Leurs langues se touchaient, s'enroulaient l'une autour de l'autre et se redécouvraient comme si c'était la première fois. Les mains de Draco étaient posées dans le bas du dos de Harry qui, lui, avait passé ses bras autour du cou de son petit-ami. Ils restèrent un long moment ainsi et ne se séparèrent que lorsque le souffle commença à leur manquer.
- Je t'aime, murmura Draco.
- Je t'aime aussi, répondit Harry tout aussi bas.
Ils s'embrassèrent de nouveau mais plus rapidement cette fois.
- On ferait mieux d'aller travailler, suggéra Draco.
Harry acquiesça et emboîta le pas à son petit-ami. Ils descendirent les six étages et se rendirent à la salle des binômes. Bon nombre de leurs camarades étaient présents. Il y avait notamment Hermione et Terry, Ron et Susan, Théo et Justin et Blaise et Kellah mais il n'y avait pas Pansy et Padma. Harry et Draco choisirent une table au fond et s'y installèrent. Alors que Harry sortait ses affaires en vrac, Draco, lui, les extirpait soigneusement de son sac. Harry eut très vite tout ce dont il avait besoin sur la table et regarda Draco prendre ses affaires restantes. Il était totalement tombé sous le charme de la grâce de son petit-ami. Il avait la classe et c'était beau à voir. Ses gestes étaient toujours délicats et il ne faisait rien avec empressement. Harry savait que Draco, lui, était attendri par son propre côté désordonné. Il trouvait ça mignon et le charriait gentiment à ce sujet. Ils étaient assez différents l'un de l'autre et c'était en grande partie cela qui rendait leur relation si harmonieuse. Ils se complétaient et ne formaient vraiment qu'un.
- Tu veux toujours faire le devoir d'histoire de la magie ? s'enquit Draco.
- Vouloir est un bien grand mot. Mais je suis toujours décidé, oui.
- Dommage. Je ne suis plus du tout motivé. Mais il faut le faire, alors allons-y !
Harry admirait la capacité de Draco à se forcer à faire des choses qui l'ennuyaient. Lui avait plutôt tendance à remettre à plus tard. Tous deux avaient en horreur l'histoire de la magie mais ils faisaient des efforts et obtenaient des Acceptable à chacun de leurs devoirs. Harry s'en satisfaisait largement, lui qui avait été abonné aux Piètre et aux Désolant durant quatre ans tandis que Draco, lui, oscillait entre Piètre et Acceptable. L'histoire de la magie était l'une des matières où il se débrouillait mieux que Harry, en plus des potions et de la divination. Harry, lui, avait des meilleures notes en Défense Contre les Forces du Mal, en sortilèges et en botanique. Ils avaient en revanche un niveau similaire en métamorphose, en astronomie et en soins aux créatures magiques. Ils se complétaient donc aussi dans la sphère scolaire, ce qui était un atout non négligeable pour des binômes de travail.
Ils se mirent donc à leur devoir et commencèrent à décortiquer l'intitulé du sujet. C'était ce qui leur posait le plus souvent des difficultés, et pas seulement en histoire de la magie. Ils y remédiaient en passant une vingtaine de minutes à s'assurer de bien comprendre l'énoncé du devoir. Cette fois-là, il leur sembla assez facile. Lorsque tout fut bien clair, ils se répartirent les parties à traiter et s'aidèrent des quelques livres qu'ils avaient pensés à aller chercher à la bibliothèque. En deux heures et demie, ils avancèrent de façon considérable sur leur devoir. Ils auraient pu continuer mais ils avaient prévu quelque chose à dix-sept heures.
- Tu es sûr de vouloir y aller ? demanda Draco, l'air inquiet, alors qu'ils rangeaient leurs affaires.
- Oui, je veux que ce soit fait le plus vite possible et je me sens prêt.
- Bien, comme tu veux.
Ils vérifièrent qu'ils n'avaient rien oublié sur leur table et sortirent de la salle des binômes. Ils prirent la direction des escaliers, montèrent au septième étage et longèrent plusieurs couloirs jusqu'à celui qui les intéressait. Harry se tendit au fur et à mesure qu'ils approchaient de la tapisserie de Barnabas le Follet. Lorsqu'ils arrivèrent devant, il s'arrêta et regarda le mur d'en face. Il se mit à trembler sans pouvoir s'en empêcher.
- Si tu ne le sens pas, on n'y va pas, lui dit Draco. Mais si tu tiens à y aller, je serai là, près de toi, et je ne te lâcherai pas.
Harry tourna la tête vers lui, les larmes aux yeux. N'étant pas sûr d'être capable de contrôler sa voix s'il lui répondait, il ne put qu'acquiescer et lui sourire. Il passa trois fois devant la tapisserie avant de se replacer à côté de Draco. La porte se matérialisa, laissant apparaître la salle sur demande. Harry attrapa la main de Draco et ils entrèrent ensemble. Harry avait pensé à un espace calme et apaisant et il ne fut pas déçu. Il y avait un canapé, des coussins, des livres, des journaux, des bougies, un feu de cheminée, de la musique... Il y avait tout pour se relaxer. Cela n'avait pas grand-chose à voir avec ce que la salle contenait quand Harry y allait avec Adrian. Certes, il y avait de quoi s'allonger mais le canapé n'était pas aux mêmes couleurs. Là, il y avait des bougies, des livres et des journaux alors qu'avant, il n'y avait rien de tout ça. Et puis, surtout, il était avec Draco. Il lui tenait la main, il était près de lui et c'était ça le plus important. Il sentit deux bras l'entourer et le ramener doucement vers un torse à la fois fin et ferme. Il faillit fondre sous la tendresse de ce geste. Bon sang qu'il aimait ce garçon... Il ferma les yeux, soupira de bien-être et se laissa aller contre le torse de son petit-ami.
- Ça va ? s'enquit celui-ci.
- Oui, c'est moins dur que ce que je pensais. Ce n'est qu'une salle, en réalité. Une salle qui s'adapte au moment présent. Je pouvais difficilement y retrouver l'endroit où je passais du temps avec Adrian il y a trois mois si je n'avais pas envie qu'elle y ressemble, là, tout de suite, maintenant... C'est avec toi que je suis en ce moment-même, de toute façon. Et c'est sûrement pour ça que je me sens bien.
Harry se retourna dans les bras de Draco.
- Je t'aime, dit-il en le regardant dans les yeux. Je sais que ce sont les trois mots les plus banals dans un couple mais à chaque fois que je te les dis, je les pense sincèrement. Je ne te les dis pas parce que tout le monde le fait. Je te les dis parce que je t'aime vraiment. Tu dois trouver ça inutile de préciser quelque chose d'aussi évident mais pour moi, c'est important.
Draco sourit, l'air touché.
- Non, je ne trouve pas ça inutile du tout. Ça me fait au contraire plaisir. Et je t'aime aussi. Je ne te l'ai pas encore dit mais... tu es la première personne à qui je dis ces mots. Je ne les ai jamais dits à Graham parce que je n'étais pas amoureux de lui. C'est quand je m'en suis rendu compte que j'ai compris que je ne pourrai jamais prononcer ces trois mots sans les penser réellement. Donc si je te les dis, c'est que je les pense aussi sincèrement que toi. Même si je ne peux pas l'affirmer à cent pour cent puisque je ne suis ni dans ta tête, ni dans ton coeur.
- Et je ne te le souhaite pas, rigola Harry. Surtout dans ma tête. C'est un peu trop le bazar là-dedans pour quelqu'un d'aussi ordonné que toi. Enfin, c'est quand-même un peu mieux rangé depuis que les effets de la thérapie se font sentir.
- C'est une très bonne chose, ça. On reste debout ou on s'assoit ?
- Vu qu'il y a un canapé, autant s'asseoir. Sinon, la pièce te plaît ?
- Oh oui, c'est parfait. C'est cosy, c'est tranquille, c'est chaleureux... On va y être bien.
Harry et Draco s'avancèrent vers le canapé et s'y installèrent. Ils devaient s'y asseoir à la base mais Draco s'allongea et Harry en profita pour se blottir tout contre lui en posant sa tête sur son torse.
- C'est mieux que l'herbe du parc, hein ? s'amusa Draco.
Harry pouffa. Ils avaient en effet l'habitude de se coucher ainsi sur l'herbe quand ils étaient dans leur coin isolé du parc.
- Ça, c'est sûr. C'est bien plus confortable. Et puis on est au chaud, ici. C'est encore mieux.
- Cette salle est vraiment super. Du coup, tu serais d'accord pour qu'on y organise une soirée ? Tu te sentirais prêt à y passer plusieurs heures avec vingt personnes ?
- Oui, le blocage est passé, maintenant. Ce n'était pas très profond, c'était juste une peur qu'il fallait évacuer. Et c'est fait. Merci d'être venu avec moi, d'ailleurs.
- Ne me remercie pas, c'est normal. Je suis content de t'avoir accompagné dans cette épreuve. C'est un de mes devoirs en tant que petit-ami.
Harry acquiesça contre le torse de Draco.
- On a donc une salle, reprit celui-ci. Ne reste plus qu'à mettre tout le monde au courant. Et il faudra trouver un jour qui nous conviendra à tous.
- On se réunira pour ça. J'espère que cette fête fera du bien Théo, en tout cas. L'approche du procès le stresse beaucoup.
- Il est carrément angoissé, oui... Il a peur et il m'a avoué qu'il refaisait des cauchemars la nuit. Mais ça va mieux depuis qu'il en a parlé avec Severus. Il lui a donné de quoi mieux dormir.
- Tant mieux. Il en a besoin pour être le plus en forme possible après-demain. Mais il faudrait qu'on réussisse à lui redonner un peu le sourire, songea Harry.
- Je suis bien d'accord. Ce qu'il lui faudrait, en fait, c'est se changer les idées la veille au soir.
Harry se redressa, intéressé.
- Comment ça ?
- Eh bien, je pense qu'une petite soirée avec toute la bande l'aiderait à se détendre. Je ne parle pas de la grosse soirée avec l'action vérité et tout le tralala. Ça, on a dit que ce serait pour plus tard. Mais ce serait une soirée plus courte, où on ne ferait que discuter et se détendre. Il y aura Hermione, Ron, Ginny, Blaise, Pansy, Théo, Terry, Justin, toi et moi. Même si on ne sera que dix, ça nous donnerait l'occasion de passer une soirée ensemble avant la méga fête qui est prévue. Et ça fera également du bien à Blaise. Parce qu'il stresse, lui aussi, même s'il essaie de le cacher. Il va quand-même devoir témoigner de l'état dans lequel Théo est arrivé chez lui durant l'été... Il était aux premières loges, le pauvre. Moi, je n'ai fait qu'envoyer Severus. Bref, tout ça pour dire que cette soirée serait profitable à tout le monde et que ça nous permettrait de nous préparer un peu à la grosse fête qu'on fera plus tard. Qu'en penses-tu ?
- Ce n'est pas bête du tout, approuva Harry. Mais on n'a que vingt-quatre heures pour organiser ça... Ça se trouve, il y en a qui ont déjà prévu quelque chose demain soir...
- On ferait la soirée entre dix-neuf heures trente et vingt-deux heures, à peu près. S'il y a des préfets de ronde ce jour-là, ils viendront après avoir mangé, ils ne louperont pas grand-chose. Et pour ceux qui auraient prévu une séance de travail après le dîner, trois heures, c'est facilement récupérable. Et puis ça fera du bien à tout le monde d'oublier les cours et les devoirs le temps d'une soirée.
- Tu as raison. Déjà, on va leur en parler. Je m'occupe de Ron, Hermione et Ginny. Toi, tu t'occupes de Blaise, Théo et Pansy. Hermione en parlera à Terry et Théo en parlera à Justin. En une soirée et une journée, c'est faisable.
- Super, on fait comme ça. Mais je serais plutôt d'avis à ne rien dire à Théo. Comme ça, on lui ferait une petite surprise.
Harry considéra l'idée de Draco.
- Il aime les surprises ? demanda-t-il, incertain.
- Je ne pense pas qu'il en soit fan mais je sais que ça lui fera plaisir tant que ça reste léger. Il va râler quand je vais l'amener jusqu'ici mais ce sera juste pour la forme. Et ce ne sera pas méchant.
- D'accord, je te fais confiance. Du coup, j'informerai Justin, puisque Théo ne pourra pas le faire.
- Ça marche. Tout est réglé, alors.
Harry acquiesça de nouveau et reposa sa tête sur le torse de Draco. Ils restèrent une heure et demie ainsi, parlant de temps à autre, et profitant surtout d'être ensemble sans avoir peur d'être dérangés.
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Après avoir dîné, Harry se rendit aux appartements de Sirius et de Remus. Il frappa et ce fut Remus qui lui ouvrit.
- Ah, tu es venu, dit-il, l'air heureux de le voir.
- Bien sûr, tu en doutais ? répliqua Harry, feignant l'indignation.
- J'avais un peu peur que tu ne puisses pas te libérer, avoua Remus. Mais je suis content que tu sois là.
- Je t'avais dit que ça allait le faire. Tu n'as pas dit à Sirius que je devais venir, du coup ?
- Non, j'ai préféré éviter.
- Je comprends. C'est vrai qu'avec le programme que j'avais, ça pouvait paraître difficile de trouver du temps pour venir. Mais me voilà. Sirius est dans le salon ?
- Oui, il voulait aller ouvrir mais j'ai réussi à l'en dissuader. Tu comprends, il est convalescent.
Harry pouffa et suivit Remus jusqu'au salon. Il découvrit son parrain assis à table, en train de lire la Gazette. Il leva les yeux et sembla surpris de voir Harry. Un grand sourire ne tarda cependant pas à illuminer son visage.
- Mon filleul adoré ! s'écria-t-il. Je ne m'attendais pas du tout à ce que tu nous rendes visite ! Je suis sûr que Remus savait, lui ! Et il n'assume même pas puisqu'il nous a laissés seuls !
- Il est probablement parti faire son devoir d'hôte en allant préparer du thé, suggéra Harry. Et ne lui en veux pas, il n'était pas sûr que je viendrais. Il ne voulait pas te faire de fausse joie.
- Il est mignon. Ça me fait vraiment plaisir de te voir, en tout cas.
- Moi aussi, je voulais venir ce week-end mais j'avais peur que ce ne soit pas recommandé pour toi de recevoir de la visite.
- Tu es adorable, dit affectueusement Sirius. J'ai de la chance d'avoir un filleul comme toi. Je t'aime, tu sais. Tu es ce que j'ai de plus cher au monde.
Ému, Harry resta quelques secondes sans réagir. Il allait répondre quand Remus arriva avec le thé. Il disposa trois tasses et les remplit avant de s'asseoir au bout de la table.
- Alors, raconte-moi ce que j'ai loupé depuis la dernière fois qu'on s'est vus, demanda joyeusement Sirius.
- Je pense que Harry a plutôt envie de savoir comment tu vas, intervint Remus. Je lui ai dit que tu te portais bien mais il préfère sûrement l'entendre de toi-même.
- Tout à fait, approuva Harry. J'ai bien compris que vous ne pouviez pas me dire pour le moment ce qui s'est passé mais j'aimerais juste savoir comment tu te sens, ajouta-t-il à l'adresse de Sirius.
- Je vais bien, affirma celui-ci. Je ne faisais pas le malin mercredi mais Remus m'a sauvé et depuis, ça va mieux de jour en jour. Severus venait me voir tous les jours jusqu'à samedi où il m'a annoncé que je devais encore me reposer un peu. Il revient demain et il pourra me dire si je peux reprendre les cours après-demain ou si je dois de nouveau attendre. Mais normalement ce sera bon. Remus et moi te révélerons un peu plus tard ce qui m'est arrivé. Nous attendons juste le bon moment. Ce n'est pas quelque chose dont on peut te parler quand tu es pressé par le temps. Car c'est compliqué et il y a beaucoup de choses à t'expliquer. Il faudrait qu'on se voit un après-midi pour cela. Mais Remus et moi devons aussi être prêts à t'en parler. Toutes ces conditions font donc que c'est un peu difficile de trouver ce bon moment.
- Je comprends, assura Harry. Prenez votre temps, j'attendrai sagement que ce moment arrive, c'est promis. Je n'ai pas le choix, de toute façon, précisa-t-il, amusé.
- En effet, confirma Sirius en souriant. Bon, comment ça se passe avec le professeur Flitwick ?
- Il patauge un peu dans la semoule mais on l'aide beaucoup. Le concept de travail et de devoirs en binôme n'est pas facile à comprendre pour lui puisque sa matière n'est pas concernée. Il a du mal à s'y retrouver entre les devoirs en binôme, les devoirs individuels et les devoirs sur table et il a donc été surpris de n'avoir que vingt devoirs à ramasser aujourd'hui. Il est pourtant au courant mais ça a quand-même dû lui faire bizarre. L'ambiance de la classe a semblé aussi le désorienter un peu. C'est vrai qu'avant, il y avait beaucoup d'agitation alors que là, les cours sont calmes. Nous sommes plus attentifs et plus studieux. C'était aussi la première fois depuis la rentrée qu'il se retrouvait avec des classes de quarante élèves. Il était vraiment déstabilisé la semaine dernière mais là, ça commence à aller mieux. Sauf pour cette histoire de devoirs en binôme. Il n'en avait pas encore ramassés avec les troisième et quatrième année. Heureusement, il n'aura pas à les corriger. Sinon, à part ça, les cours se passent très bien. Il était étonné qu'on soit autant avancés dans le programme mais il a trouvé ça bien. Il n'est pas comme toi dans sa façon d'enseigner mais je l'ai toujours adoré comme professeur et il n'a pas changé, alors ça me fait plaisir de l'avoir pendant quelques cours. Et je pense que c'est l'avis de tout le monde.
- Tant mieux, déclara Sirius, l'air satisfait. Ça me rassure beaucoup. Je ne m'étais pas préparé à l'idée de devoir me faire remplacer et j'avais un peu l'impression de tous vous abandonner. J'étais inquiet et je pensais beaucoup à vous dès lors que j'avais retrouvé mes esprits. Mais j'avais toute confiance en mon collègue pour qu'il s'occupe bien de vous. Merci pour ton rapport très détaillé, en tout cas. Sinon, ça se passe toujours aussi bien avec ton binôme ?
- Oui, toujours. D'ailleurs, à ce propos...
Juste avant de s'en aller de la salle sur demande, Harry avait annoncé à Draco qu'il souhaitait mettre son parrain au courant de leur relation, étant donné que Draco allait faire de même avec le sien. Le Serpentard n'y avait émis aucune objection et l'avait même encouragé à le faire. Ainsi, tous leurs proches seraient dans la confidence avant qu'ils ne s'affichent ensemble au grand jour.
- Oui ? demanda Sirius.
Harry rougit. Il se sentait gêné d'apprendre à son parrain qu'il sortait avec quelqu'un. Il n'avait pas eu à le faire lorsqu'il était avec Adrian puisque Sirius l'avait appris en même temps que les autres. Il n'y avait que quelques personnes qui savaient avant que Harry ne fasse son coming-out et que son couple avec Adrian ne soit révélé. Il n'avait pas eu le temps d'en parler à Sirius qui, à l'époque, avait tendance à être un peu lourd sur ce sujet. Les choses avaient bien changé, depuis... Sachant que cela ne servait à rien de tourner autour du pot, Harry prit son courage à deux mains et se lança :
- Draco n'est plus seulement mon ami ou mon binôme de travail. Il est plus que ça. Il est mon petit-ami. Nous sortons ensemble depuis près de trois semaines et nous allons bientôt officialiser.
Harry se tut sur ces mots. Il avait tout dit. Ça avait été moins dur que ce qu'il croyait. Il observa la réaction de Sirius qui semblait très surpris.
- Je ne m'attendais pas du tout à ça, avoua-t-il au bout d'un moment. Je n'ai rien vu qui aurait pu me mettre la puce à l'oreille... Et puis j'étais loin d'imaginer que tu serais déjà prêt à te lancer dans une nouvelle histoire d'amour...
- Si ça avait été n'importe qui d'autre, oui, j'aurais eu besoin de plus de temps. Mais là c'était Draco. Ce n'était pas n'importe qui. C'était le garçon dont je m'étais beaucoup rapproché depuis la rentrée, et plus particulièrement durant ma convalescence. C'était le garçon que j'avais appris à connaître en passant mes journées avec et en étant assis à la même table à la plupart des cours. Notre relation a connu plusieurs stades et les sentiments sont peu à peu apparus entre nous. Ça a été très progressif et c'est quand j'ai repris les cours que nos sentiments se sont soudain imposés à nous. On a très vite senti qu'il y avait quelque chose entre nous. Mais j'avais besoin de me rassurer au sujet de certaines choses auprès du professeur Snape avant de m'engager dans une nouvelle relation. Même sans être au courant de ça, Draco a bien compris que je n'étais pas totalement prêt et, comme moi, il a fait des efforts pour rompre nos étreintes et nos contacts visuels quand les tensions devenaient trop fortes. On a vraiment pris notre temps. Si on s'était écoutés, on se serait embrassés deux jours après que je sois revenu en cours. Au lieu de ça, on a attendu neuf jours pour se mettre ensemble et partager notre tout premier baiser. On s'est avoués nos sentiments et on a décidé de ne pas se cacher. Mais on s'est un peu trop emballés à ce moment-là car on a changé d'avis le lendemain. On a préféré en parler à nos amis avant de nous afficher devant tout le monde. Sauf qu'il y avait un certain nombre de personnes à mettre au courant. Pour diverses raisons, on a finalement décidé d'attendre que le procès du père de Théo soit passé pour officialiser notre relation. J'ai voulu profiter aujourd'hui de ce laps de temps pour t'en parler. Et Draco fera bientôt de même avec son parrain. Voilà, vous savez tout, maintenant.
Remus, qui n'avait pas eu connaissance d'autant de détails, fut tout aussi admiratif que Sirius.
- L'histoire de votre relation et de votre mise en couple est magnifique, finit par murmurer Sirius. Le moins qu'on puisse dire, c'est que votre décision de vous mettre ensemble a été mûrement réfléchie. Ça prouve que votre histoire est d'ores et déjà sérieuse. J'ai l'impression que c'est parti pour durer, entre vous.
- Je crois aussi, dit Harry en souriant. Je l'espère et je ferai tout pour. Mais du coup, ça ne te dérange pas que je sorte avec Draco ?
- Non, pas du tout. Ça fait un moment déjà que j'ai compris qu'il avait changé. Il n'est plus du tout le même garçon qu'il était à la rentrée. Après des débuts compliqués, vous êtes devenus amis et il s'est vite montré d'un soutien sans faille pour toi. Il t'a sauvé et il a été là durant toute ta convalescence. Ça ne m'étonne plus tant que ça que vous soyez ensemble, tout compte fait. Vous sembliez tellement proches quand il venait passer l'après-midi avec toi... Il venait même te tenir compagnie avec Théo quand tu étais chez Snape et qu'il devait s'absenter. Il accourrait dès que tu avais besoin de lui. Qui aurait cru ça au vu de votre haine passée... Ça semble à la fois vieux et encore si récent... Si vous vous aimez autant que vous avez pu vous détester, alors votre amour doit être très intense. Et il durera bien plus longtemps que votre haine. Dans tous les cas, soyez heureux. Vous le méritez.
- On y compte bien, affirma Harry, touché. Merci, Sirius.
Celui-ci se tourna vers Remus.
- Tu es bien silencieux, toi. Quelque chose me dit que tu étais déjà au courant.
- On ne peut rien te cacher, admit Remus. Mais je ne pouvais pas t'en parler. Ce n'était pas à moi de le faire mais à Harry.
- Oui, bien sûr. Je ne t'en veux pas du tout. Je préfère que ce soit Harry qui me l'annonce. Au moins, cette fois, je le sais avant l'école entière !
- Que veux-tu, tout était pourri dans ma relation avec Adrian, plaisanta Harry. C'était un signe. Sa drague était nulle, l'officialisation de notre couple était nulle, la fin de notre relation était nulle... Bref, tout était nul. Avec Draco, c'est différent. On a tout fait dans les règles. Et notre relation est loin d'être nulle. Bien au contraire. Elle est tendre, elle est douce, elle est sincère, elle est amoureuse... Elle est stable, aussi. C'était tout ce que je recherchais et que je n'avais pas réussi à trouver jusque-là. Ma relation avec Cédric s'en rapprochait mais elle manquait beaucoup trop de stabilité. Quand j'y pense, ça me fait bizarre d'avoir quinze ans et d'avoir déjà autant d'expérience... Mais ça me permet de savoir que cette fois, avec Draco, c'est la bonne. Que ça va durer et que je vais être heureux avec lui.
- C'est tout ce qu'on te souhaite, dit doucement Remus. Je ne vais pas faire mon rabat-joie à parler de tes amours et de ta scolarité mais...
- Ne t'inquiète pas, je ne ferai pas passer mon couple avant mes cours ou mes devoirs, promit Harry. Et tu ne fais pas ton rabat-joie. Tu fais juste ton devoir de directeur de maison. Et tu as raison. Bon, je me doute bien que tu n'irais pas mettre en garde tous les Gryffondor que tu vois en couple mais moi, c'est différent.
- Tout à fait, approuva Remus. Mais je vais quand-même essayer de ne pas trop être sur ton dos. Je te fais confiance, je sais que tu resteras sérieux. Mais restons dans le domaine des cours. Comment ça s'est passé avec le professeur McGonagall quand je n'étais pas là ?
- Ça a été. Elle aussi a été surprise par le calme dont on faisait preuve. Par réflexe, elle interrogeait les mêmes élèves qu'avant mais elle s'est vite aperçue qu'il y en avait d'autres qui levaient la main. C'est là qu'on se rend compte à quel point les choses ont changé depuis la rentrée. Elle, par contre, est restée la même. Sa façon d'enseigner aussi. Je préfère largement la tienne. De toute façon, elle ne t'arrive pas à la cheville.
- Tu me flattes, Harry, s'amusa Remus.
- Ce n'est pas de ma faute si Sirius et toi êtes les meilleurs professeurs du monde, se défendit Harry. Je n'ai pas beaucoup de titres de comparaison mais vous êtes au moins les meilleurs professeurs de Poudlard.
- C'est adorable, mais tu nous sur-estimes peut-être un peu trop. Qui viendrait en troisième position, dans ce classement ? s'enquit Sirius, l'air intéressé.
- Ça, c'est une bonne question. Je dirais le professeur Chourave.
Harry se lança ainsi dans son classement de professeurs préférés. Il resta encore une heure avant de devoir aller à son cours d'astronomie. Tout en allant chercher son sac dans son dortoir où il l'avait posé avant d'aller manger, il s'aperçut qu'il se sentait heureux et un peu plus léger. Il avait passé un super moment avec Sirius et Remus, il était rassuré d'avoir vu Sirius en forme et il était soulagé de leur avoir parlé de sa relation avec Draco. Tout allait pour le mieux pour lui depuis près d'un mois et il espérait que cela continuerait longtemps comme ça.
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(mardi 05/03) POV Draco
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Draco attendait la fin du cours de potions avec impatience. Il voulait parler aujourd'hui de sa relation avec Harry à Severus et il n'y avait qu'à dix-sept heures qu'il pouvait le faire puisqu'il avait une petite fête prévue deux heures et demie plus tard. Il avait mis Blaise et Pansy au courant dans la journée et tous deux s'étaient révélés être libres. Harry, lui, s'était occupé de Ron et de Hermione qui pouvaient venir eux aussi, tout comme Terry et Justin. Ce dernier avait promis à Harry qu'il ne dirait rien à Théo. Il ne restait plus qu'à mettre la main sur la cadette Weasley et c'était ça le plus difficile. Ils s'étaient tous mis d'accord : le premier qui la verrait lui en parlerait. Elle faisait partie de la bande mais il était compliqué pour elle d'être avec eux puisqu'elle n'était pas dans la même année qu'eux. Cette soirée était donc l'occasion de l'intégrer un peu plus parmi eux. Si Ginny ne semblait pas mal à l'aise en présence de Draco, lui était en revanche assez gêné. Il n'oubliait pas que c'était en partie à cause de son père qu'elle avait vécu l'horreur pendant sa première année. S'il ne l'avait pas mise en possession du journal de Tom Jedusor, elle aurait eu une année parfaitement normale. Au lieu de ça, elle avait été possédée et elle avait fait des choses horribles sans s'en apercevoir. Même si Draco n'y était pour rien, il avait honte. Il aimait son père, il lui manquait et il n'arrivait pas à supporter l'idée de ne plus jamais le revoir, mais savoir qu'il avait mis entre les mains d'une jeune fille de onze ans un journal qui l'avait envoûtée et poussée à faire des choses atroces le révulsait. Un an auparavant, il n'aurait pas du tout réagi comme ça. Mais il avait changé. Et ce, depuis les vacances d'été qu'il avait passées chez Severus. Être avec lui et loin de son père et de ses idées propres aux Mangemorts lui avait fait voir les choses sous un autre angle. La pureté du sang avait pris moins d'importance. Les nés-moldus l'avaient indifféré alors qu'avant, il les exécrait. Le luxe et la richesse ne lui avaient plus semblé être des choses aussi primordiales que ça. Il était cependant resté un petit crétin arrogant et il n'avait pas quitté bon nombre de clichés. Mais il avait commencé à devenir une meilleure personne et c'était ça qui lui avait permis de changer d'avis sur Harry, même s'il lui avait fallu trois semaines pour cela. À la rentrée, il le haïssait de tout son être. Aujourd'hui, il sortait avec lui et il l'aimait d'un amour pur et sincère. Il se demandait encore comment tout cela avait pu arriver mais, au fond, il s'en fichait.
À la fin du cours, il alla donc voir Severus qui rangeait ses affaires dans sa mallette.
- Severus, je peux te parler ?
Severus leva les yeux vers lui.
- C'est urgent ? Long ? Important ?
- Tout cela à la fois. Mais ce n'est pas grave, si ça peut te rassurer.
- Bon, tu as de la chance, ma séance avec une de mes patientes a été annulée. Je devais la voir à dix-sept heures, c'est-à-dire maintenant, mais elle avait trop de travail et elle préférait se concentrer sur ses devoirs.
- Ce n'est pas trop gênant qu'elle manque une séance ?
- Tant que ça reste exceptionnel, non, et puis on essaiera de la récupérer. Elle va juste devoir parler avec son directeur de maison pour qu'il l'aide à mieux s'organiser. Bon, viens avec moi. Nous serons mieux dans mes appartements.
Draco acquiesça et suivit son parrain hors du cachot, puis jusqu'à ses appartements. Ils se rendirent au salon où Draco s'installa tandis que Severus allait préparer le thé. Il revint cinq minutes plus tard avec deux tasses fumantes.
- Alors, qu'est-ce que tu voulais me dire ?
- C'est assez compliqué. J'ai quelque chose à t'annoncer et j'aimerais avoir des conseils par rapport à ça. Mais j'ai un peu peur de ta réaction.
- Tu as fait une bêtise ? demanda Severus, mi-amusé, mi-sérieux.
- Pour moi, non, pour toi... peut-être. Tout dépend si tu vois les choses du point de vue du parrain ou du psychomage.
Severus fronça les sourcils.
- Ouh là, tu m'inquiètes, là. Explique-toi car je ne comprends rien.
Draco regarda Severus dans les yeux.
- Je sors avec Harry.
La stupéfaction se lut sur le visage de Severus. Il mit un moment à se remettre de sa surprise.
- C'est sérieux ?
- Oui, ça fait trois mois que j'ai commencé à éprouver des sentiments envers lui mais je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite. C'est pendant sa convalescence que je me suis aperçu que je pensais à lui d'une autre manière. Mais déjà, quand j'étais avec Graham, Harry occupait mes pensées. Sauf que je me disais que c'était normal puisque c'était mon binôme de travail. J'étais dans le déni à tous les niveaux, à ce moment-là. Mais c'est quand Harry a repris les cours qu'il y a eu un tournant dans notre relation. L'un comme l'autre, on a senti qu'elle avait changé. On était beaucoup plus proches, notamment dans nos câlins, on se regardait avec bien plus d'intensité, nos visages se frôlaient trop, il y avait de la tension entre nous... On savait très bien ce que ça voulait dire, on l'a vite compris et on n'a pas cherché à le nier. Mais je sentais que Harry n'était pas vraiment prêt à se lancer dans une nouvelle relation. Il avait besoin de te parler pour ça. Il voulait savoir s'il avait le droit de retomber amoureux aussi vite.
- Oui, je m'en souviens, murmura Severus. Ça m'avait un peu surpris mais je n'avais pas saisi qu'il était déjà amoureux...
- C'est normal, il a préféré garder ça pour lui. Mais tu n'as pas eu besoin de le savoir pour réussir à le rassurer. Quelques jours plus tard, on est allés dans le parc à la fin des cours, on a échangé notre premier baiser, on s'est déclarés nos sentiments, on s'est dit qu'on s'aimait et on s'est mis ensemble. À la base, on devait assumer notre relation dans la foulée mais on a vite changé d'avis. On a préféré mettre d'abord nos amis au courant et comme il y a du monde, ça a pris du temps. Là, on attend que le procès du père de Théo soit passé pour afficher notre relation. Ne me demande pas pourquoi, je n'ai pas le droit de le dire. Sans en dire trop, c'est pour soutenir Théo. Donc voilà, ça fait trois semaines que Harry et moi sortons ensemble et... je ne me suis jamais senti aussi bien. J'ai l'impression d'être à ma place, avec lui. C'est comme si c'était écrit et que les choses se passaient exactement comme elles devaient se passer. J'aime Harry, il m'aime et nous sommes plus qu'heureux ensemble. Mais je sais qu'il a vécu une histoire compliquée et c'est pour ça que j'avais peur de ta réaction. Sache juste qu'on a vraiment pris notre temps avant de se décider à franchir le pas l'un envers l'autre. On aurait pu s'embrasser plus tôt que le jour de notre mise en couple mais on ne l'a pas fait car on sentait que c'était trop tôt. Alors oui, il ne s'est passé que neuf jours entre la reprise des cours de Harry et notre premier baiser mais ça faisait deux mois qu'on se rapprochait. Et on avait déjà un lien fort avant la convalescence de Harry. On a attendu le temps qu'il fallait et on ne s'est pas précipités.
- Je te crois, assura Severus d'une voix douce. Le fait que Harry ait cherché à se rassurer durant une de nos séances prouve qu'il a agi de façon raisonnable. Et je ne doute pas une seule seconde que tu aies attendu que Harry soit prêt. Mais je t'avoue que votre relation m'inquiète un peu. Toi aussi tu as eu une histoire compliquée. Tu t'es réfugié dans une relation que tu pensais bénéfique alors qu'elle était malsaine. Tu t'es même drogué quand ton ex petit-ami t'a quitté. Parce que tu l'avais mal pris alors qu'il avait fait ça pour ton bien. Vous sortez tous deux d'une relation qui ne vous a pas fait que du bien. Mais si tu me dis que vous avez bien réfléchi, que vous êtes heureux ensemble et que vous vous sentez bien, alors je te crois. Maintenant que je suis au courant, s'il y a le moindre problème, si vous vous posez des questions, si vous avez des doutes ou que sais-je encore, n'hésitez surtout pas à venir me voir. Que ce soit ensemble ou séparément. Votre relation est particulière à bien des égards, ce serait donc bien qu'il y ait un minimum de suivi, sans pour autant vouloir être intrusif. C'est juste pour que tout se passe au mieux. Si tout va bien, vous n'avez pas besoin de venir m'en parler. C'est s'il y a la moindre chose qui vous turlupine que vous devez venir me trouver. C'est aussi simple que ça. Je n'aborderai pas le sujet de moi-même. Vous avez donc une liberté totale.
Draco acquiesça.
- J'y penserai et je le dirai à Harry. À moins que tu le fasses lors de votre prochaine séance...
- Je lui en toucherai deux mots, en effet.
- D'accord. Tu acceptes donc notre relation ?
- Oui, dit Severus en souriant. Je dois bien avouer que je trouve Harry plus apaisé en ce moment. Il semble plus léger et il a un air heureux que je ne lui avais jamais vu auparavant. Il est constamment de bonne humeur et il a facilement le sourire aux lèvres. Et tout ça vaut pour toi aussi. Je te regarde et je vois bien que, depuis quelques temps, tu as l'air joyeux et en pleine forme. Je ne t'avais jamais vu aussi reposé. Tu dois bien dormir la nuit, je suppose ?
- Oh oui, plus que bien, même, confirma Draco.
- Tu dois vraiment te sentir bien, alors. Et pour moi c'est le principal. Je suis heureux pour vous et je vous souhaite plein de bonheur.
- Merci, répondit Draco d'une voix rendue tremblante par l'émotion. Merci à toi. C'est grâce à toi si nous allons bien tous les deux aujourd'hui.
- Je n'ai fait que mon devoir, voyons. De parrain envers toi et de médicomage et psychomage envers Harry.
- Nous pouvons quand-même te remercier pour le temps que tu nous as consacrés et pour la qualité de ton travail, objecta Draco.
Severus sourit.
- Si tu veux. Mais sache que je suis heureux de m'occuper de toi et de t'avoir sous ma responsabilité.
- Je sais, affirma Draco, touché. Et moi je suis heureux de t'avoir près de moi à longueur d'année.
- Tout le monde est heureux, alors, conclut Severus, amusé. Mais revenons-en à nos hippogriffes. Si j'ai bien compris, tu voulais avoir des conseils ?
- Oui.
- Explique-moi.
- Hier, Harry m'a demandé si ça me dérangeait qu'il aille voir son parrain après le dîner. Je lui ai dit que non, que je n'allais pas le garder en otage et qu'il était libre de faire ce qu'il voulait. Pour moi, ça coulait de source. Mais lui, ça l'a troublé. Il était resté bloqué sur sa relation avec Pucey qui l'avait petit à petit coupé de son entourage et qui l'accaparait à lui tout seul. Pour Harry, le fait qu'il puisse faire ce qu'il veut n'est plus si évident que ça. Il pense qu'il doit se plier à chacun de mes ordres. Ou, du moins, il le pensait. J'ai vite compris la raison de son trouble et je me suis dit qu'on était peut-être allés trop vite, tout compte fait. Qu'il n'était pas totalement remis de sa relation avec Pucey et qu'on aurait dû attendre un peu plus longtemps. Il n'était pas d'accord avec ça et il a essayé de me rassurer en me disant que sa réaction était normale et qu'il aurait eu la même peu importe quand on se serait mis en couple. Je voulais quand-même avoir ton avis.
- Il a raison, annonça Severus. Il y a des réactions qu'il va forcément avoir et qui n'auront aucun lien avec le temps que vous aurez mis à vous mettre ensemble. C'est comme ça et il ne peut rien y faire. Mais il en a conscience et ça va beaucoup l'aider. Tu n'as pas à t'en vouloir ou à t'inquiéter. Tu peux me croire.
Draco hocha de nouveau la tête.
- Je te crois. Merci, je saurai mieux quoi dire, la prochaine fois qu'il aura une réaction comme ça.
- Ravi que tu sois au clair là-dessus. Pendant que nous y sommes, il y a un aspect dont je voudrais parler avec toi. Je me doute bien que vous n'en êtes pas du tout là mais je tiens à aborder le sujet le plus tôt possible avec toi. Je sais que tu as plus d'expérience que lui dans ce domaine et ça pourrait créer un malaise entre vous.
- Severus, je vois où tu veux en venir et je ne crois pas que ce soit nécessaire d'en parler maintenant, protesta Draco, terriblement gêné.
- Je crois que si, au contraire. Ça peut arriver plus vite que vous ne le pensez et je veux que nous en ayons discuté avant que vous ne commenciez à avoir des moments intimes.
- Severus, non, s'il te plaît, gémit Draco, rouge de honte. Je te promets que ça peut attendre...
- Draco, je te connais et je sais que si je cède et que je te laisse tranquille avec ça aujourd'hui, tu vas retarder l'échéance à chaque fois que j'essaierai de lancer la discussion et dans six mois, on en sera toujours au même point.
Draco soupira. Il devait reconnaître que Severus avait raison. Mais il ne voulait vraiment pas parler avec son parrain de sa future vie intime avec Harry... Il savait cependant que Severus n'allait pas le lâcher alors il céda :
- D'accord, on en parle tout de suite.
- Je n'entrerai pas dans les détails, si ça peut te rassurer, promit Severus. Nous verrons cela un peu plus tard. Comme je le disais, tu as plus d'expérience que Harry dans ce domaine. Tu pourrais donc avoir envie de t'y remettre avant lui. Or, il ne sera sûrement pas prêt à retrouver une activité sexuelle avant un bon moment. Ma question est de savoir si tu te sens apte à attendre le temps qu'il faudra. Je sais que tu ne forceras jamais Harry mais ça pourrait créer des malaises ou des tensions entre vous...
- Je suis tout à fait apte à patienter aussi longtemps que nécessaire, déclara fermement Draco. Je ne ferai pas sentir à Harry que j'en ai envie tant que lui ne sera pas prêt. Si ça arrive par inadvertance, je le rassurerai et je lui ferai bien comprendre qu'on a tout notre temps et qu'on s'y mettra quand lui en aura envie.
- Bien, je n'avais aucun doute à ce sujet mais il fallait que je m'en assure.
- Je comprends, dit Draco en se radoucissant. Mais maintenant qu'on en parle...
Draco s'interrompit, de nouveau gêné. Il devait bien avouer que, tout compte fait, Severus avait bien fait d'insister pour qu'ils aient cette discussion car il avait désormais des questions à lui poser.
- Oui ? l'encouragea Severus.
Draco prit son courage à deux mains et se lança :
- Je n'avais pas encore réfléchi à cet aspect de notre relation mais... quand est-ce que je saurai que ce sera le bon moment pour qu'on ait nos premiers contacts intimes ? Parce qu'il peut très bien en avoir envie mais ne pas savoir s'il se sent prêt...
- Il faudra que vous en parliez le moment venu. Mais sans y passer trois heures, car d'une, ce ne sera pas productif et de deux, l'envie risque fort de retomber. Le plus simple, c'est de ne pas se prendre la tête et d'essayer si vous êtes tous les deux d'accord. C'est le meilleur moyen pour savoir si vous êtes prêts. Ça ne coûte rien d'essayer, et vous le sentirez assez vite si ça ne va pas le faire. Dans ce cas, il ne faudra pas insister et il ne faudra pas en faire tout un plat non plus. Vous réessaierez plus tard, ce n'est pas grave. Il ne faut pas que ça jette un froid entre vous.
Draco acquiesça.
- Je ne pense pas qu'on en fera toute une montagne. Nous voulons tous les deux une relation simple, sans prise de tête, avec juste de l'amour, de la tendresse, de la douceur, des rires, des mots doux, de la joie, de la bonne humeur... Ce n'est pas une expérience ratée au lit qui va créer des tensions entre nous.
- Ravi de l'entendre. Je tiens juste à aborder un autre point avant de te laisser tranquille. Je ne veux pas que vous passiez trop de nuits ensemble en semaine, surtout si c'est pour batifoler. Vous devez dormir, c'est important. Vous avez le week-end pour vous retrouver intimement parlant. Mais je ne veux pas être trop strict alors je vous laisse une nuit par semaine, même si je ne pourrai pas vérifier si vous respectez ce quota.
- On fera de notre mieux, c'est promis, jura Draco. Mais si on peut dormir ensemble le week-end, on pourra très bien se contenter d'une nuit par semaine. Ça fera trois nuits hebdomadaires en tout, c'est largement suffisant.
- Bien, si ça te convient, alors c'est parfait. Allez, je ne t'embête pas plus longtemps avec ça.
- Tu ne m'as pas embêté, dit Draco en souriant. C'était plutôt agréable, comme discussion. J'en avais besoin sans le savoir. Je sais qu'il y en aura d'autres où on entrera plus dans les détails et même si ça restera gênant, je serai moins réticent.
- Je suis soulagé que tu le prennes comme ça, avoua Severus. Tu sais bien que n'importe quel sujet est abordable avec moi, il suffit juste de se lancer. Est-ce que tu avais besoin d'autres conseils ?
- Non, pour l'instant c'est bon. Merci pour ton écoute et pour tout ce que tu m'as dit.
- Il n'y a pas de quoi, voyons. Ma porte te sera toujours ouverte. Bon, si je suis occupé, c'est un peu plus compliqué mais je saurai toujours m'arranger pour pouvoir t'accueillir. Tu veux rester jusqu'au dîner ou tu as des choses à faire ?
- J'ai quelque chose de prévu, dévoila Draco.
Une question lui traversa soudain l'esprit.
- Vous partez à quelle heure, demain, Blaise, Théo, et toi ?
- Vers huit heures quarante-cinq, pourquoi ?
- Parce que Harry et moi avons décidé d'organiser une petite fête ce soir afin que Blaise et Théo se changent un peu les idées. Blaise est au courant mais pas Théo. On veut lui faire la surprise. Blaise n'aime pas les surprises, lui, alors j'ai été obligé de lui dire. La fête commencerait à dix-neuf heures trente et elle se finirait à vingt-deux heures. Est-ce que c'est raisonnable, pour toi ?
- Oui, si tes deux amis se lèvent à sept heures ou sept heures et demie, ce sera très bien. Et je pense que cette petite fête leur fera du bien, à condition qu'il n'y ait que de l'eau et du jus de citrouille.
- T'inquiète, c'est ce qui était prévu. On n'aurait pas eu le temps de se procurer de l'alcool, de toute façon. Harry et moi n'avons eu l'idée de cette fête qu'hier soir. On a réussi à prévenir presque tout le monde. Blaise était super enthousiaste quand je lui en ai parlé. Il avait besoin de quelque chose comme ça. En plus, on va tout faire pour qu'il y ait sa petite-amie.
- Ah oui, vous avez vraiment pensé à tout, commenta Severus. En tout cas, c'est très gentil de votre part d'organiser cette petite fête. Ça sera sobre et assez court, je n'y vois donc aucun inconvénient.
- Merci, dit Draco, soulagé. Je vais y aller, du coup. Il faut que je mange tôt. Merci encore pour tout. Et... bon courage pour demain. Je sais que ce ne sera pas facile pour toi. Prends bien soin de Blaise et de Théo.
- Promis, répondit Severus, l'air touché. Allez, file.
Draco acquiesça et s'en alla. Il se rendit à la Grande Salle et trouva Blaise, Théo et Pansy à la table des Serpentard. Il s'installa à côté de Pansy et se servit avant de se mettre à manger avec appétit. En levant les yeux, il remarqua que Théo avait le regard dans le vague. Cela lui arrivait très souvent, en ce moment. Draco savait que ça lui passerait progressivement après le procès mais il n'aimait pas le voir perdu dans des pensées qui le tourmentaient. Il espérait vraiment qu'il réussirait à oublier ce qui le tracassait durant cette petite fête.
Alors qu'il était en train d'attaquer le dessert tout en parlant avec Blaise et Pansy, il vit Harry venir à leur table.
- Ron a trouvé le félin roux, il était empêtré dans un buisson mais il a pu se libérer. Il va rester dans la salle commune de Gryffondor jusqu'à ce que tu viennes le chercher, Blaise. Comme ça tu pourras t'en occuper, comme convenu si on réussissait à le retrouver.
Blaise hocha la tête, ayant parfaitement compris le vrai sens du message, tout comme Draco. Harry voulait tout simplement dire que Ron avait croisé sa soeur qui était normalement occupée ce soir-là mais qui avait pu se libérer. Elle se rendrait à la fête avec Blaise qui viendrait la chercher devant la salle commune de Gryffondor. Le félin roux renvoyait au fait que le lion était le signe astrologique de Ginny et qu'elle était rousse. Ils avaient mis au point ce code pour ne pas éveiller les soupçons de Théo si quelqu'un venait annoncer en sa présence que Ginny avait été mise au courant de la fête.
- J'irai le prendre ce soir, confirma Blaise.
- Il est gravement blessé ? s'inquiéta Théo, qui était sorti de sa rêverie.
- Non, rassure-toi, il était juste un peu chamboulé, mais il va très bien, assura Harry. Tu le verras ce soir puisqu'il sera dans les bras de Blaise.
Draco dut se retenir de sourire. Harry ne mentait absolument pas. Il maniait juste le double sens à la perfection. Car Ginny serait bel et bien dans les bras de Blaise lors de la fête. Mais pas de la même manière qu'un chat.
- Bon, je vais retrouver Ron et Hermione. À plus tard !
Harry repartit, non sans avoir adressé un petit clin d'oeil à Draco. Celui-ci rougit et sentit une douce chaleur envahir son bas-ventre. Harry avait le don de le mettre dans tous ses états. Personne n'avait jamais eu un tel effet sur lui. Ce Gryffondor brun aux yeux verts l'avait envoûté et il n'avait aucune envie de trouver un contre-sort pour y remédier.
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Une heure plus tard, la Salle sur Demande était prête à accueillir les dix personnes conviées à la fête.
- Ils ne vont pas tarder à arriver, dit Draco à Harry.
- Vas-y, je reste là.
- D'accord, à tout de suite.
Draco embrassa furtivement Harry et sortit de la salle sur demande. Tout avait été réglé comme du parchemin à musique. Ron, Hermione, Pansy, Terry et Justin devaient attendre devant la tapisserie de Barnabas le Follet. Draco les ferait entrer et leur expliquerait rapidement le fonctionnement de la salle sur demande avec Harry avant d'aller chercher Théo. Afin de ne pas le laisser tout seul, Blaise resterait avec lui jusqu'à ce que Draco arrive, puis il se rendrait à la salle sur demande avec Ginny. Comme ils connaissaient déjà cette salle, ils n'auraient besoin de personne pour y accéder. Toute la bande serait donc présente quand Théo y pénétrerait, accompagné de Draco. Ce dernier espérait de tout coeur réussir à convaincre Théo de venir avec lui.
Lorsqu'il se retrouva dans le couloir, il vit Ron, Hermione et Terry qui arrivaient.
- Un couloir. Sympa comme endroit, pour une fête, plaisanta Terry.
- T'as vu ça ? renchérit Draco, rieur. Un peu d'originalité, ça ne fait pas de mal. Non je vous rassure, la fête ne se tiendra pas ici. J'attends juste deux autres personnes pour vous faire entrer.
- On n'est pas censés être dix, normalement ? s'étonna Ron. À moins qu'il y ait déjà du monde là où on doit aller ?
- Oui, on sera dix – du moins, je l'espère – et il y a juste Harry à l'intérieur pour l'instant. Blaise et Ginny, eux, arriveront un peu plus tard. Blaise tenait absolument à venir avec sa dulcinée, mais il ne pouvait pas laisser Théo tout seul. Il ira chercher Ginny quand je débarquerai dans le dortoir.
- Quelle organisation, admira Hermione. Je suis épatée. Vous devriez en faire votre métier, Harry et toi. Organiser des soirées, ça pourrait être votre truc.
- Et les potions, alors ? s'offusqua Draco. C'est ma passion depuis que je suis tout petit, je ne peux pas m'imaginer faire un métier sans lien avec les potions ! Mais je retiens quand-même ton idée. Au cas où j'aurais envie de me diversifier. Ah, voilà Justin.
Le Poufsouffle se dirigeait en effet vers eux. À peine eut-il salué tout le monde que Pansy arriva à son tour.
- Super, on est au complet ! Enfin, je me comprends, précisa Draco.
Il passa trois fois devant la tapisserie et s'arrêta sous les yeux intrigués de ses amis. Ron sembla sur le point de poser une question mais il referma la bouche en voyant la porte de la salle sur demande se matérialiser devant eux. Draco l'ouvrit et invita ses camarades à entrer. Ils s'exclamèrent quelque peu de surprise en découvrant l'intérieur de la salle.
- Ça vous plaît ? s'enquit Draco.
- Et comment ! s'écria Pansy. Elle est trop bien, cette salle ! Il y a tout ce qu'il faut ! Mais comment ça se fait qu'elle soit apparue comme ça ?!
- C'est une salle un peu spéciale, expliqua Draco. Elle s'appelle la salle sur demande. Il faut passer trois fois devant la tapisserie de Barnabas le Follet en pensant fort à quelque chose dont vous avez besoin pour qu'elle apparaisse. Elle contient alors tout ce que vous désirez, sauf de la nourriture. Il suffit de penser à un truc que vous voulez pour que la salle vous l'offre.
- C'est génial, souffla Ron. On peut s'en servir pour plein de choses. Bon, je n'ai pas d'exemples, là, tout de suite, maintenant, mais il doit y avoir plein de façons d'utiliser cette salle. Mais ça marche à tous les coups ? Je veux dire, si on suit bien les directives, elle s'ouvre forcément ?
- Oui, mais il faut vraiment penser à quelque chose d'urgent ou d'important. Harry pourra t'expliquer plus en détails, il la connaît autant que moi. Je vais aller chercher Théo. Blaise et Ginny ne vont pas tarder à arriver. À tout à l'heure !
Draco quitta de nouveau la salle sur demande, descendit les escaliers et rejoignit sa salle commune. Il monta directement à son dortoir où il trouva les rideaux de ses amis fermés, preuve qu'ils étaient là. Ceux de Blaise s'ouvrirent très vite tandis que ceux de Théo restèrent fermés.
- J'y vais, dit Blaise. Bon courage avec Théo.
- Merci, je sens que je vais en avoir besoin.
Blaise tapota l'épaule de Draco en guise de soutien et s'en alla. Draco se dirigea vers les rideaux de Théo et s'arrêta devant.
- Théo, est-ce que je peux te parler ?
Un «oui» lui répondit. Il passa à travers les rideaux et découvrit son ami assis sur son lit, en train de lire.
- C'est Severus qui t'a conseillé de bouquiner ce soir pour te détendre ?
- Non, j'avais juste envie de lire.
Draco regarda d'un peu plus près le livre et fronça les sourcils.
- Mais c'est de l'espagnol, s'étonna-t-il.
- Ah bon ? Je n'avais pas remarqué, ironisa gentiment Théo.
- Mais comment tu fais pour lire ça ?
- J'ai appris la langue, tout simplement. En troisième année, il y avait des livres qui m'intéressaient à la bibliothèque mais ils n'étaient disponibles que dans une seule langue, à savoir celle dans laquelle ils avaient été écrits, que ce soit l'espagnol, le français ou bien l'allemand. J'ai appris l'espagnol et le français en autodidacte, je sais lire dans ces langues mais je ne saurais pas les parler. Ou alors avec une prononciation très douteuse. Mais ça m'importe peu puisque j'ai juste appris pour lire. J'ai plus de choix d'ouvrages à la bibliothèque, comme ça.
- Tu me surprendras toujours, lâcha Draco, impressionné. Mais ça ne devrait pas m'étonner tant que ça venant de toi. Bon, si j'ai bien compris, tu n'as rien d'urgent à faire ?
- Non, confirma Théo, l'air méfiant.
- Tant mieux, car je t'embarque avec moi. J'ai quelque chose à te montrer.
- Draco, je suis bien ici, je n'ai pas envie de bouger.
- Je sais mais tu ne diras plus ça quand on y sera. Allez, s'il te plaît, fais-moi plaisir...
Théo soupira.
- Bon, d'accord.
Il posa son livre et se leva. Draco fut soulagé d'avoir réussi à le convaincre sans trop de difficultés. Ils sortirent de leur dortoir, puis de leur salle commune et prirent la direction des escaliers. Arrivés au septième étage, Draco entraîna Théo jusqu'au couloir de la tapisserie de Barnabas le Follet.
- Mais où est-ce que tu m'emmènes ? s'intrigua Théo.
- Patience, tu vas vite le savoir.
Une minute plus tard, ils s'arrêtèrent devant la tapisserie. Tout en faisant trois allers-retours, Draco espéra que tout le monde avait joué le jeu en enfilant ce que Harry et lui avaient préparé. Lorsque la salle apparut, il se mit à côté de Théo qui regardait la porte avec incrédulité. Draco l'ouvrit et laissa Théo passer devant lui. Ils entrèrent et Draco dut se retenir de rire en voyant huit personnes portant une tête de cheval en carton sur la tête avec, au milieu du front, une corne torsadée, plus vraie que nature, faite en papier. Il se tourna vers Théo qui était bouche bée. Draco ne l'avait jamais vu aussi surpris. Mais bientôt, l'étonnement fit place à l'émotion.
- Vous êtes fous, murmura-t-il.
- Ça te plaît ? demanda Draco en souriant.
- J'ai vraiment besoin de répondre à cette question ? Bien sûr que ça me plaît ! Mais... vous n'auriez jamais dû faire ça, ça a dû vous demander un temps monstre de faire ces têtes de licorne en carton...
- Pas du tout, Harry a eu l'idée durant le cours d'astronomie, on est montés ici juste après et on y a passé une partie de la nuit seulement, révéla joyeusement Draco. Harry avait sa cape d'invisibilité et il me l'a prêtée pour que je puisse rentrer à mon dortoir vu qu'il est beaucoup plus loin que le sien de la salle sur demande. Tu connais mon goût pour le dessin, eh bien ça a été un jeu d'enfant pour moi de faire ces têtes de licorne avec du carton. Il n'y a pas que sur le papier que je me débrouille ! J'ai utilisé le matériel à dessin que tu m'as offert à Noël, il y avait de quoi dessiner sur du carton. Ça m'a été super utile, je n'avais plus qu'à utiliser un sort de découpe en suivant les traits. C'est surtout Harry qui s'est occupé de couper, en fait. Il est plus doué que moi en sortilèges. On a ensuite utilisé du parchemin pour la corne. C'était facile et rapide à faire. Avec un sortilège de fixation, le tour était joué. Il ne restait plus qu'à colorer la tête en carton en blanc et à coller la corne dessus.
- Vous êtes des génies, dit Théo, ému. Mais pourquoi vous avez fait ça ? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter cette surprise ?
- Il faut une raison spéciale pour vouloir faire plaisir à un ami ? répondit simplement Draco. Non, plus sérieusement, on voulait te changer les idées. Tu n'allais pas bien du tout et on souhaitait que tu arrives le plus détendu possible à l'audience. C'est moi qui ait eu l'idée de cette fête, j'en ai discuté avec Harry qui était avec moi à ce moment-là et on a très vite tout organisé. Le plus compliqué, ça a été de mettre tout le monde au courant en vingt-quatre heures. Mais on a réussi ! Même si ce n'était pas gagné puisqu'on n'arrivait pas à mettre la main sur une certaine personne.
- Mais vous aviez sûrement des choses à faire, du moins, certains d'entre vous…
- Le temps d'une soirée, on pouvait bien se libérer, apaisa Draco. Tu avais besoin de nous, alors on s'est unis pour te préparer cette petite fête. Pas d'inquiétude : il n'y a pas d'alcool, pas d'action vérité prévu et à vingt-deux heures quinze maxi, on sera tous rentrés. J'ai même l'accord de notre directeur de maison qui trouve que c'est une très bonne idée.
- Vous avez vraiment pensé à tout, s'émerveilla Théo. Je ne sais pas quoi dire pour vous remercier, je suis trop ému...
- Le simple fait que ça te fasse plaisir nous suffit, assura Draco. Et te voir te détendre ce soir sera le plus beau des remerciements.
- Vous êtes trop gentils... Mais ils ne vont pas rester avec ce déguisement pendant toute la soirée ?! Je l'adore, c'est trop bien fait, mais ça ne va pas être pratique pour eux...
- Non, t'inquiète, ils vont les enlever, mais tu dois d'abord deviner qui se cache sous chaque tête de licorne !
Théo éclata de rire.
- Mais ce n'est pas possible, vous avez même préparé un jeu ! C'est n'importe quoi mais j'adore...
- Je te l'avais dit que tu ne regretterais pas de m'avoir suivi ! Allez, essaie de deviner.
Théo s'approcha et protesta :
- Je ne peux même pas savoir de quelle maison ils sont puisqu'ils ont enlevé ou caché tout ce qui s'y rapportait !
- Évidemment, sinon ce serait pas drôle ! Et ils avaient pour consigne de ne dire aucun mot tant que tu ne les auras pas démasqués. Ils ne doivent avoir aucun signe distinctif et leurs mains doivent être derrière le dos. Je sais que tu es très observateur et que tu es attentif au moindre détail, alors il fallait bien un peu de difficulté.
- Je suis bien d'accord et je trouve ça super. Je râle mais j'adore l'idée. Alors, voyons voir...
Draco avait convenu avec Harry d'un ordre dans lequel ils devaient tous se disposer. Il savait donc qui était qui. Il regarda Théo scruter chaque personne plusieurs fois de suite pendant une dizaine de minutes en disant régulièrement «Toi tu n'es pas untel», ce qui faisait beaucoup sourire Draco. Et il se doutait bien que ça devait être une torture pour ses amis de ne pas rire derrière leurs masques. Au bout d'un long moment, Théo devina qui était la troisième personne en partant de la droite.
- Toi, tu es Pansy.
La personne en question enleva sa tête en carton et c'était bien Pansy.
- Je ne sais pas si je dois être flattée ou déçue que tu m'aies reconnue tout de suite, mais au moins je suis soulagée ! Rester muette, c'était une vraie horreur !
- Tu aurais dû la démasquer en dernier, glissa Draco à Théo.
- Désolé, pouffa celui-ci.
Il refit le tour des personnes et s'arrêta devant la deuxième personne en partant de la gauche qui était la plus difficile à trouver selon Draco.
- Terry, déclara Théo.
- Chapeau, commenta Draco alors que Terry retirait sa tête de licorne.
Théo se décala d'un cran à gauche et annonça :
- Harry.
Draco vit avec plaisir son petit-ami ôter son déguisement. Théo alla voir la personne tout à droite et proposa :
- Ginny.
- Mais comment tu fais ? s'exclama la rouquine en se débarrassant de son carton.
- J'observe, je fais des déductions, j'élimine des possibilités et à un moment, il ne reste qu'une seule personne, expliqua Théo. Bon, je me sens un peu mal car j'ai séparé tous les couples, là, ajouta-t-il en riant. Même le mien. Il n'y a que Harry et Draco qui sont réunis.
- Nous sommes les organisateurs de cette fête, tu nous devais bien ça, plaisanta Harry.
- Il te reste Blaise, Ron, Justin et Hermione, compta Draco. Quel couple vas-tu sauver en premier ?
- Bonne question...
Théo passa lentement devant les quatre personnes restantes et s'arrêta devant son petit-ami. Il était tout à gauche de la file.
- Justin, devina Théo en souriant.
Justin enleva sa tête cornue et embrassa Théo qui rougit. Le Poufsouffle rejoignit les personnes déjà démasquées. Théo se déplaça tout à droite et fixa sa camarade de runes et d'arithmancie.
- Bon, en vrai, ça fait un moment que je t'ai trouvée puisque tu es la seule fille qui reste. Tu es donc Hermione.
- Tu aurais pu le dire plus tôt ! protesta la Gryffondor.
- Désolé, je voulais garder de la présence féminine de chaque côté, s'amusa Théo. Mais j'ai eu pitié de toi.
- Merci, c'est trop gentil, ironisa Hermione qu souriait malgré elle.
Elle se plaça entre Terry et Ginny tandis que Théo observait les deux derniers garçons. Tout compte fait, Draco estima que sans la couleur de peau, c'étaient eux les plus compliqués à deviner. Blaise et Ron faisaient la même taille et avaient le même gabarit. Draco lui-même n'aurait pas pu savoir qui était qui s'il ne connaissait pas l'ordre de disposition. Après un court moment de réflexion, Théo se lança et s'immobilisa devant son meilleur ami :
- Blaise. Et à droite, c'est Ron.
- Un sans-faute, souffla Draco, épaté. Il n'y a pas à dire, tu as vraiment le sens de l'observation.
- C'en est presque effrayant, frissonna Ron.
- Je suis sûr que tu avais déjà trouvé plusieurs personnes, voire même toutes mais que tu n'en étais pas sûr, supposa Draco.
- C'est vrai, admit Théo. Mais Pansy et Hermione ont le même gabarit, Terry et Harry aussi, Blaise, Ron et Justin aussi... Ginny, c'était un peu compliqué parce que je ne la vois pas souvent, bref, c'était loin d'être facile mais j'ai adoré. Vous avez quand-même de drôles d'idées !
- Blaise, Pansy, Ron, Hermione, Terry, Ginny et Justin n'y sont pour rien, ils n'ont fait que subir, ils sont des victimes, plaida Harry.
- Des victimes qui étaient d'accord pour être des victimes, précisa Pansy. On n'a été forcés à rien du tout. Bon, si vous avez besoin de quelqu'un au bar, je suis là !
- Comme tu veux, dit Draco.
- Que ceux qui veulent à boire me suivent !
Draco secoua la tête, amusé, en voyant Pansy entraîner du monde derrière elle comme si c'était elle qui recevait. Il savait que sa meilleure amie serait là pour être efficace et pour mettre l'ambiance. Il la vit servir Blaise, Ron et Ginny et discuter avec eux d'un air enthousiaste. Hermione et Terry, eux, parlaient ensemble un peu plus loin en se couvant des yeux. Lui-même était avec Harry qui vint se blottir contre lui, et avec Théo et Justin qui étaient l'un contre l'autre. Tous les couples étaient réunis de part et d'autre de la salle sur demande et ça faisait plaisir à voir. Il nota que Ginny semblait très à l'aise avec Blaise, Ron et Pansy. Elle devait être contente d'être à la fois avec son frère et son petit-ami. Mais ce qui ravissait Draco, c'était que Pansy et Ginny avaient l'air de très bien s'entendre. Son amie n'avait jamais eu d'affinités avec quelque fille que ce soit et cela lui ferait sûrement du bien de se rapprocher de l'une d'entre elles. Il avait bien remarqué qu'elle était plus distante avec Hermione mais cela s'expliquait par le fait qu'elles étaient aussi réservées l'une que l'autre quand elles étaient avec quelqu'un qu'elles ne connaissaient pas et avec qui elles n'avaient rien en commun à première vue. Mais elles allaient finir par faire un pas l'une envers l'autre, il en était persuadé.
Il reporta son attention sur le mignon petit brun qui était dans ses bras et qui discutait avec Théo et Justin. Il se concentra sur ce qu'ils disaient et comprit qu'ils parlaient de la façon dont toute la bande avait été mise au courant pour la fête.
- Non mais le plus drôle, ça a été Ginny, rigola Harry. J'étais explosé de rire quand Ron m'a raconté comment il l'avait attrapée. Il faut que vous sachiez que c'était juste avant le dîner et qu'il ne restait donc qu'une heure avant la fête. Ron faisait sa ronde avec Padma quand il a soudain vu sa soeur en débouchant sur un couloir. Il a complètement laissé en plan Padma et il s'est précipité vers Ginny en hurlant derrière elle. Ça l'a effrayée, elle s'est retournée et ni une, ni deux, elle lui a jeté son sac en pleine figure. Il est carrément tombé à la renverse sous la violence du choc. Les quelques élèves qui étaient là n'ont strictement rien compris à ce qui s'était passé mais ça les a bien fait rire. Ron n'était pas blessé, heureusement. Mais il s'est fait agresser par sa propre soeur qui a elle-même cru se faire agresser par son propre frère sans pour autant savoir que c'était lui... Il n'y a qu'à des Weasley que ça peut arriver, conclut Harry en riant.
- Mais quel idiot, lança Draco, hilare. J'aurais adoré voir ça !
- Moi aussi, renchérit Harry.
- Il va peut-être falloir qu'il revoit sa façon d'aborder les filles, même s'il s'agit de sa soeur, plaisanta Justin.
- C'est vrai ça, comment il a fait pour séduire Pansy avec un comportement pareil ? rit Draco.
- Je crois que Pansy serait la plus à même de répondre à cette question, car Ron ne doit pas le savoir lui-même, blagua Théo.
- Il me semble qu'ils se sont mis ensemble sans trop savoir comment, alors la manière de séduire n'a pas dû avoir beaucoup d'importance, songea Harry.
- Je ne peux pas lui jeter la pierre, grimaça Justin. Je suis mal placé pour le critiquer. On ne peut pas dire que j'ai été très exemplaire avec Théo...
- La situation était compliquée pour toi, répliqua celui-ci. Tu ne savais pas quoi faire, tu étais perdu alors tu as fait n'importe quoi. Notre histoire a été semée d'embûches jusqu'à ce que tu réussisses à quitter Emily. Mais le principal, c'est qu'on soit ensemble, maintenant.
- Tu as raison, dit tendrement Justin.
Il embrassa Théo qui lui rendit son baiser. Draco préféra détourner le regard, tout comme Harry qui se retourna dans ses bras. Ils se regardèrent et s'embrassèrent à leur tour. Harry passa ses bras autour du cou de Draco qui joignit ses mains dans le bas du dos de son petit-ami. Ils restèrent de longues minutes ainsi, oubliant momentanément où ils étaient. Ils s'en souvinrent lorsqu'ils séparèrent leurs lèvres et qu'ils regardèrent autour d'eux. Théo et Justin avaient pris congé d'eux, sûrement pour leur laisser de l'intimité et étaient partis voir Hermione et Terry. Blaise, Ron, Pansy et Ginny discutaient toujours ensemble.
- Je me demande de quoi ils parlent depuis tout à l'heure, s'intrigua Draco.
- On peut les rejoindre, si tu veux, proposa Harry.
- Non, ça ira, se défila Draco, gêné.
Harry soupira.
- Elle ne t'en veut pas, je te l'ai déjà dit.
- Je sais, mais c'est moi qui m'en veux.
- Il serait temps que vous vous parliez. Est-ce que tu me laisserais m'en occuper ?
- Tu vas me l'envoyer ?
- Oui, avoua franchement Harry. Mais je ne vais pas lui dire qu'elle doit aller te voir et puis basta. Je vais la prendre à part, lui parler et elle va sûrement décider d'elle-même de venir te voir. Mais c'est comme tu veux. Je ne te force pas la main.
Draco n'eut pas à réfléchir très longtemps.
- Je veux bien, céda-t-il.
- Tu ne vas pas le regretter, assura Harry. Ça ne te dérange pas de rester seul cinq minutes ?
- Non, je vais regarder les autres, ça va m'occuper.
- D'accord, je fais vite.
Harry embrassa Draco et s'éloigna. Draco tourna la tête et posa son regard sur Théo, Justin, Terry et Hermione. Il trouva ce groupe plutôt hétéroclite. Ils étaient tous assez différents. Mais ils avaient à peu près le même caractère et c'était probablement pour ça que le courant passait si bien entre eux. Ils étaient très calmes, ce qui devait rendre leur discussion très agréable. Alors que Draco faisait une analyse mentale et assez détaillée de ce groupe, il sentit une présence à côté de lui. Il pivota et vit que c'était Ginny.
- Salut, dit-il en essayant de masquer sa gêne. Tu t'amuses bien ?
- Oh oui, répondit-elle aussitôt. Cette petite fête est vraiment trop sympa, c'est calme, c'est relaxant, il y a une super ambiance, on discute un peu avec tout le monde... J'adore. Harry et toi avez eu une idée géniale. Vous êtes tellement fusionnels, tous les deux... Il suffit que l'un propose une idée pour que l'autre rebondisse dessus... C'est étonnant de vous voir aussi complémentaires quand on connaît votre haine passée, mais vous formez un couple trop mignon. Je n'aurais jamais dit ou pensé ça il y a un an mais tu es la personne faite pour Harry.
Les mots de Ginny touchèrent Draco.
- Merci, j'ignore si je suis l'homme de la vie de Harry mais je l'espère. Car il est sûrement le mien. Mais ce n'est pas pour me parler de ma relation avec Harry que tu es venue me voir ?
- Non, en effet. Il m'a dit que tu étais gêné vis-à-vis de moi à cause de ce qui s'est passé durant ma première année. Je comprends pourquoi et à vrai dire, je l'avais deviné. Je voyais bien que tu ne me parlais pas beaucoup et que tu évitais mon regard. Mais je ne veux pas qu'il y ait un malaise ou des tensions entre nous parce que tu t'en veux par rapport à ce qu'a fait ton père. Tu n'y es pour rien du tout. Tu n'es pas responsable de ses actes. Tu ne lui as jamais demandé de mettre ce maudit journal dans mes affaires. Certes, à l'époque, tu t'en fichais sûrement que j'aie passé une année épouvantable mais aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Tu as changé et c'est tout ce que je retiens. Rien n'effacera les propos que tu as pu tenir sur ma famille, sur Harry, sur les nés-moldus, sur les Gryffondor et les idées que tu as pu avoir sur certains sujets, mais on peut les ranger dans un placard et ne plus jamais y revenir. Tu es devenu quelqu'un de bien et c'est ça le plus important. Il faut savoir oublier le passé et aller de l'avant. C'est le présent qui compte. Et moi, mon présent, ce sont mes amis, ma famille, mon petit-ami et mes études. Et quand je dis «mes amis», je parle de toute la bande. Tu en fais donc partie. Nous sommes relativement liés, toi et moi, étant donné que tu es le petit-ami de Harry et que tu es le meilleur ami de mon petit-ami. Nous sommes amenés à beaucoup se voir. Si tu as organisé cette petite fête, c'est pour que Théo puisse se relaxer mais aussi pour qu'on puisse passer une soirée tous ensemble et qu'on apprenne à se connaître un peu plus. Et ça vaut pour nous deux aussi. Alors il n'y a pas de raison pour que tu sois gêné avec moi. J'aimerais que nous repartions sur de bonnes bases. Mais ce n'est possible que si tu en as envie aussi.
- C'est le cas, affirma Draco. Merci pour tout ce que tu viens de me dire. Ça m'a fait du bien. Harry a bien fait de me pousser à avoir cette discussion avec toi. Même si c'est toi qui est venue vers moi.
- Il obtient toujours ce qu'il veut, fit remarquer Ginny, amusée. Et il veut le bonheur de ses amis et de ceux qu'il aime. Ça lui fera vraiment plaisir si les relations sont plus fluides entre nous.
- Ça ira mieux, maintenant, attesta Draco. En tout cas, je te remercie pour l'amitié sans faille que tu apportes à Harry. Je sais qu'il se confie beaucoup à toi et ça lui fait du bien d'avoir quelqu'un à qui il peut tout dire.
- On ne peut que l'aimer quand on le connaît bien. Bon, je dis ça, mais moi je l'ai aimé tout court dès la première fois que je l'ai vu...
- Ça, ce n'est un secret pour personne, se moqua gentiment Draco. Je me souviens encore quand tu as pris sa défense face à moi, il y a deux ans et demi chez Fleury et Bott... J'avais clairement fait la remarque que tu avais des sentiments pour Harry.
- Je t'assure que ce n'est plus le cas aujourd'hui, promit Ginny.
- Je sais bien, sinon tu ne sortirais pas avec Blaise. Surtout que tu sembles l'aimer au moins autant que lui t'aime.
- Tu as dû vouloir te jeter du haut de la Tour d'Astronomie quand tu as appris que ton meilleur ami était amoureux d'une Weasley...
- J'avais déjà commencé à changer d'avis sur certaines choses, dont le respect de la pureté du sang et l'importance de la richesse. J'avais donc un peu moins de mépris envers tes frères et toi. Mais ça m'a quand-même un peu dépassé, je l'avoue. J'ai cependant vite dû l'accepter. Il ne faisait que parler de toi. Il était complètement mordu. Mais ce n'est pas plus mal qu'il soit tombé amoureux de toi. Ça a été un choc, mais ça n'a pas été trop violent. Ça m'a quelque peu préparé quand Théo m'a annoncé qu'il était amoureux de son binôme, qui est un Poufsouffle et, surtout, un né-moldu. Il n'aurait pas pu choisir quelqu'un d'encore plus diamétralement opposé que nous.
- J'avoue qu'il a fait fort, un Serpentard Sang-Pur qui tombe amoureux d'un Poufsouffle né-moldu, ça vaut le détour ! Mais j'imagine que tu l'as plutôt bien pris.
- Oui, et heureusement puisque j'ai dû le rassurer. Il s'en voulait d'aimer quelqu'un qui était hétéro et en couple. C'était déjà très compliqué pour lui à ce moment-là. Son histoire avec Justin n'a rien eu de simple.
- Et aujourd'hui ils sont ensemble et en passe d'officialiser leur relation.
- Exactement. Ce n'était pourtant vraiment pas gagné. À côté, mon histoire avec Harry a été un jeu d'enfant. Mais il y en a pour qui ça a été un peu plus facile. Je n'ai pas trop suivi l'avancée du couple de Ron et Pansy, j'ai un peu l'impression que ça sort de nulle part mais ils ont l'air bien ensemble et c'est le principal.
- Ça m'a aussi étonnée, je ne m'y attendais pas. Ils ont vite officialisé, en plus. Mais ils semblent en effet très heureux et très complices. Mais je crois que ce qui m'a le plus surprise, c'est Hermione et Terry. J'ai été au courant de tout mais je n'avais pas vu venir les sentiments de Hermione envers son binôme de travail. Mais ils sont tellement mignons ensemble... Ils sont tout timides mais ça se voit qu'ils s'aiment. Tout ça pour dire qu'à la rentrée, nous étions tous célibataires et qu'aujourd'hui, nous sommes tous en couple. Et comme on n'a rien eu de mieux à faire que de sortir avec les amis des petits-amis des uns et des autres, on se retrouve avec une bande d'amis de dix personnes. C'est juste dommage que je ne sois pas de la même année que vous.
- C'est bien pour ça qu'on a tenu à ce que tu sois là ce soir. Pour que tu puisses t'intégrer davantage.
- Eh bien c'est réussi ! J'ai beaucoup discuté avec Pansy, elle a un avis sur tout, c'est génial ! Je vais essayer de m'incruster dans le groupe de Hermione et de Terry. Il faut que j'apprenne à connaître un peu mieux le petit-ami de ma meilleure amie. Et s'il reste assez de temps, je vais aller voir Théo et Justin. Je ne leur ai presque jamais parlé, il faut que je remédie à ça. Merci encore d'avoir organisé cette fête.
Ginny sourit à Draco et s'en alla. Draco se sentit beaucoup plus léger qu'une demie-heure plus tôt. Il comprenait mieux pourquoi Blaise et Harry aimaient autant cette rouquine. C'était une fille géniale. Il regarda autour de lui et vit Blaise, Théo et Justin discuter dans un coin. Il fut soulagé de constater que Théo avait l'air détendu et qu'il participait activement à la conversation. Blaise aussi semblait à l'aise, tout comme Justin qui enlaçait tendrement Théo. Il était difficile d'imaginer que deux d'entre eux assisteraient à un procès le lendemain, dont l'un serait la victime et l'autre le témoin. Et Draco en était ravi car c'était exactement ce qu'il avait escompté. Il voulait que Théo et Blaise se changent les idées le temps de quelques heures. Et c'était visiblement réussi. Ça l'était plus globalement pour tout le monde puisque chacun paraissait passer un bon moment. Ginny était désormais avec Terry et Hermione et tous trois parlaient avec animation. Harry, lui, était avec Ron et Pansy. Draco décida de les rejoindre. Il resta avec eux jusqu'à la fin de la soirée. Comme prévu, elle se termina à vingt-deux heures, même s'ils auraient aimé qu'elle dure plus longtemps. À part Ginny, ils commençaient tous à dix heures le lendemain mais Blaise et Théo devaient se lever tôt puisqu'ils partaient peu avant neuf heures. Ils se dirent donc au revoir et quittèrent tous en même temps la salle sur demande en tâchant de faire le moins de bruit possible. Blaise, Ron, Terry, Draco et Justin raccompagnèrent leur moitié à leur salle commune, en bons gentlemen qu'ils étaient. Ainsi, Blaise, Draco et Terry partirent avec Ginny, Harry et Hermione tandis que Ron et Justin s'éloignèrent avec Pansy et Théo. Une fois avoir amené Harry à bon port, Draco l'entraîna dans un long baiser auquel Harry répondit avec ardeur. Ils s'embrassèrent un long moment avant de consentir à se séparer.
- C'était une soirée géniale, murmura Harry. Il faudra qu'on s'en fasse d'autres comme ça.
- Entièrement d'accord, approuva Draco. Il y a déjà une grosse fête qui nous attend, avec davantage de monde. Mais on essaiera de se faire une soirée par mois comme celle-là. Allez, je vais te laisser. Dors bien.
- Ça devrait aller, ça ne se voit peut-être pas mais je suis épuisé. Passe une bonne nuit, toi aussi.
Draco sourit, déposa un léger baiser sur les lèvres de Harry et prit congé de lui. Il était plus tard que ce qu'il croyait, aussi se dépêcha-t-il de faire le tour du château pour se rendre à sa salle commune. Il monta directement à son dortoir où il vit les rideaux fermés de Blaise et ceux ouverts de Théo. Il se dirigea d'abord vers ceux de Blaise qu'il découvrit déjà couché, il lui souhaita une bonne nuit puis il alla voir Théo qui venait de se mettre au lit.
- Je ne vais pas rester longtemps, je voulais juste parler un peu avec toi, chuchota Draco.
- Tu es le bienvenu, répondit Théo en souriant.
Draco s'assit à côté de lui.
- La soirée t'a plu ?
- Oui, beaucoup. Ça m'a fait énormément de bien. J'ai discuté avec tout le monde et c'était... génial. Je me sentais bien. J'ai beaucoup ri. L'ambiance était super détendue. Il n'y avait que Ron, Terry et Ginny que je ne connaissais pas encore vraiment mais j'ai parlé avec eux et ça s'est super bien passé. Merci pour cette soirée, Draco.
- De rien, ça me fait plaisir de savoir que tu t'es bien amusé. Le but, c'était que tu sois un peu moins tendu pour demain.
- Je le serai sans doute mais beaucoup moins que s'il n'y avait pas eu cette soirée, admit Théo. Tu as bien fait de me pousser à te suivre.
- J'étais sûr que c'était ce dont tu avais besoin et que tu allais aimer. Et je suis vraiment content que ça t'ait plu. Bon, je ne vais pas t'embêter plus longtemps. Il se fait tard et tu dois dormir.
- Je ne suis plus un enfant, Draco, protesta Théo.
- Oui, mais j'ai promis à Severus que tu ne te coucherais pas trop tard.
Théo leva les yeux au ciel.
- J'ai l'impression d'entendre un grand frère, même si je n'en ai jamais eu... Mais ne t'inquiète pas, je n'avais pas l'intention de veiller jusqu'à minuit.
- Bien. J'ai juste une petite question. Tu as dit que tu pensais avoir démasqué tout le monde avant de donner un premier nom. Qui est donc la vraie première personne que tu as reconnue ?
Théo sourit d'un air malicieux.
- Je te laisse deviner. Mais tu pourras me poser la question lors de l'action vérité qu'on fera durant la grosse fête qu'on a prévue.
- Oh ça, ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd, prévint Draco.
- Je t'attends, défia Théo.
Draco haussa les sourcils, agréablement surpris par la combativité de Théo. Cela le toucha aussi de voir son ami aussi détendu et en forme. Il lui sourit doucement, ils se souhaitèrent une bonne nuit, puis Draco rejoignit son propre lit. Il se glissa sous ses draps et soupira de bien-être en fermant les yeux. Il bâilla, se tourna sur son côté préféré et s'endormit très vite, exténué par cette longue journée riche en émotions.
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(mercredi 06/03) POV Théo
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Théo vérifia une énième fois que sa cravate était bien mise avant de sortir de la salle de bain. Il s'y était rendu quinze minutes plus tôt car il ne se sentait pas bien. En attendant que son malaise se dissipe, il avait eu le temps de défaire et refaire au moins dix fois sa cravate qu'il avait pourtant parfaitement bien nouée la première fois. Mais c'était plus fort que lui : quand il était stressé à ce point, il devait occuper ses mains. Comme il refusait de s'en prendre à ses ongles, c'était sa cravate qui trinquait.
- Ça va mieux ? lui demanda Draco.
- Oui, un peu. Je n'aurais pas dû manger ce matin, je crois.
- Il le fallait. Tu ne pouvais pas arriver au procès avec le ventre vide.
- Les potions que je dois prendre m'auraient largement nourri. Il est quelle heure ?
- Huit heures quinze, répondit Blaise. Il nous reste une demie-heure avant de rejoindre le professeur Snape.
- Ça va être long, soupira Théo.
- Il y a du monde qui t'attend derrière la porte de la salle commune. Si tu veux avoir le temps de voir le reste de la bande, on ferait mieux d'y aller maintenant.
Théo acquiesça. La perspective de voir ses amis lui remontait un peu le moral. Draco, Blaise et lui quittèrent leur dortoir, puis leur salle commune. Ils retrouvèrent effectivement Pansy, Justin, Harry, Ron, Hermione et Terry qui discutaient en attendant leurs trois amis. En les voyant sortir, Justin se détacha aussitôt de la conversation pour se diriger vers Théo qu'il embrassa et prit dans ses bras.
- Comment vas-tu ? interrogea-t-il en le regardant sérieusement.
- Je suis un peu stressé mais ça me fait du bien de vous voir. Vous êtes adorables d'être tous venus...
- Tu croyais vraiment qu'on allait te laisser partir sans t'avoir souhaité bonne chance ? Les amis c'est fait pour se soutenir jusqu'au bout. Bon, nous sommes plus qu'amis, tous les deux, et c'est bien pour ça que je me devais d'être là.
Théo sourit, touché. Harry et Pansy l'enlacèrent à leur tour et cela lui fit beaucoup de bien. Blaise et lui restèrent une quinzaine de minutes avec leurs amis, jusqu'à ce que l'heure se rappelle à eux.
- Bon, on va y aller, annonça Blaise. Notre directeur de maison nous attend.
Harry, Ron, Hermione, Draco, Pansy, Justin et Terry acquiescèrent et souhaitèrent en choeur un bon courage à leurs deux amis. Justin vint de nouveau enlacer Théo qui se blottit contre lui. Lorsqu'ils se séparèrent, Théo leva la tête et vit dans les yeux de son petit-ami tout l'amour qu'il lui portait.
- Je t'aime, murmura Théo.
- Je t'aime aussi, répondit Justin.
Ils se regardèrent pendant quelques secondes avant de s'embrasser. Le baiser ne dura pas longtemps mais il fut doux et rempli d'amour. Justin le rompit assez vite et rejoignit les autres à reculons sans lâcher Théo du regard.
- Allons-y, dit Blaise.
Théo hocha la tête et tous deux s'en allèrent. Ils se rendirent au bureau de leur directeur de maison qui n'était pas loin de la salle commune de Serpentard. La porte étant ouverte, le professeur Snape les vit et les invita à entrer, ce qu'ils firent.
- Comment allez-vous ? leur demanda-t-il lorsqu'ils s'assirent.
Blaise et Théo marmonnèrent un «Bien» peu convaincant.
- Vous avez mangé, ce matin ?
- Oui, mais ça ne m'a pas réussi, grimaça Théo. Mais ça va mieux, là.
- C'est le principal, estima le professeur Snape. Est-ce que vous êtes prêts à y aller ? Vous avez tout sur vous ?
- Oui, affirmèrent Blaise et Théo en même temps.
- Parfait. Comme vous le savez, nous allons utiliser la poudre de Cheminette. Vous irez en premier, M. Zabini, puis ce sera au tour de M. Nott. Avez-vous des questions ?
Théo fit «non» de la tête, tout comme Blaise.
- Bien, ne perdons pas plus de temps, alors. M. Zabini, à vous.
Blaise se leva, se dirigea vers la cheminée, prit une pincée de poudre et la jeta après avoir prononcé l'adresse du Ministère. Il disparut dans une gerbe de flammes vertes.
- À vous, M. Nott.
Théo imita ce qu'avait fait Blaise quelques minutes plus tôt et atterrit sans encombres dans le hall du Ministère. Blaise était là pour le réceptionner, au cas où, mais il n'en eut pas besoin. Ils furent très vite rejoints par leur directeur de maison. Il sembla soulagé de les voir, comme s'il craignait qu'ils se soient fait enlever entre-temps. «On ne sait jamais» se dit Théo.
- On va directement attendre devant la salle d'audience. Venez.
Blaise et Théo suivirent leur professeur qui les conduisit à travers la foule à un hall plus petit où se trouvaient une vingtaine d'ascenseurs. Ils s'engouffrèrent dans l'un d'eux avec une quinzaine d'autres personnes. La grille se referma et la cabine monta lentement. Elle s'arrêta à chaque niveau, laissant sortir entre deux et quatre personnes. Blaise, Théo et leur professeur restèrent dans la cabine jusqu'à ce qu'elle arrive au niveau deux qui les concernait. Ils quittèrent l'ascenseur avec un homme et une femme. Ils durent traverser plusieurs couloirs pour se rendre à la salle d'audience. L'avocat de Théo était déjà là et les salua d'un signe de tête.
- Vous avez réussi à ne pas vous faire emporter par la foule ?
- Oui, c'est une chance, ironisa le professeur Snape. Il est à peine neuf heures et le Ministère est déjà bondé.
- C'est tous les jours comme ça, indiqua l'avocat Williams.
Il porta son attention sur Théo. Il dut voir son angoisse car il entreprit de le rassurer :
- Ne vous en faites pas, M. Nott, votre père ne sortira pas libre de ce procès. Son avocat a beau être l'un des meilleurs, il ne pourra pas lui éviter la perpétuité à Azkaban. Même si ça arrivait, votre père n'aurait plus la moindre autorité sur vous puisque je vais demander à ce qu'elle lui soit retirée. Mais je suis sûr qu'il finira ses jours à Azkaban. Il est déjà assez âgé, donc même s'il prenait une peine de cinquante ans, ça reviendrait au même. Sa seule chance de sortir d'Azkaban un jour, c'est de tomber gravement malade et, dans ce cas, il sera transféré à Sainte-Mangouste et il y restera probablement. Mais vous n'aurez aucun devoir envers lui. Vous serez peut-être prévenu et encore, je n'en suis pas sûr. Vous n'avez donc pas à vous en faire.
Théo acquiesça, légèrement rassuré. Quelques minutes plus tard, Cornelius Fudge, le ministre de la magie, arriva en compagnie d'Amelia Bones, la directrice de la justice magique et d'une femme qui devait être Dolores Ombrage, la sous-secrétaire d'État. Ils entrèrent dans la salle et les autres furent bientôt invités à faire de même. Théo s'installa à la première rangée, entre Blaise et leur directeur de maison. L'avocat Williams s'assit derrière Théo. Celui-ci fut impressionné et quelque peu angoissé par le monde qu'il y avait.
- Voici maître Buchan, murmura l'avocat de Théo à son oreille.
Théo se retourna et vit un homme d'une soixantaine d'années marcher le long du couloir central qui séparait les rangées de gauche et les rangées de droite où étaient installés Blaise, Théo, le professeur Snape et l'avocat Williams. L'homme s'assit à la deuxième rangée du côté opposé. Il affichait un air calme et confiant qui stressa Théo.
- Il semble sûr de lui, fit-il remarquer à son avocat.
- C'est un air qu'il se donne. Aucun avocat ne viendrait avec la tête de celui qui sait qu'il va perdre le procès, même si c'est le cas. Et puis, c'est l'un des meilleurs avocats du monde, il se doit de garder une certaine prestance.
Ces mots apaisèrent Théo. Il sourit à son avocat et reprit sa position initiale sur son siège. Alors qu'il allait chuchoter quelques mots à Blaise, une porte tout à gauche s'ouvrit. Théo se crispa et se figea en voyant la personne entrer, accompagnée par deux Détraqueurs. Il n'eut aucun mal à reconnaître son père malgré ses quelques kilos en moins et son visage légèrement moins joufflu qu'auparavant. Lorsqu'il s'avança pour s'asseoir, Théo eut le réflexe de reculer sur son siège. Il avait peur. Chacun de ses muscles s'était tendu à l'extrême. Blaise dut s'en apercevoir puisqu'il passa un bras autour de la taille de Théo pour l'attirer vers lui. L'espace d'une seconde, Théo se raidit encore plus avant de se décontracter en réalisant que ce n'était que Blaise.
- N'aie pas peur, il ne peut rien te faire, lui murmura-t-il.
Théo se détendit un peu plus et se laissa aller contre Blaise. Il rompit le contact visuel avec son père et tourna la tête vers le professeur Snape qui était sur sa droite. Celui-ci le regardait d'un air inquiet et lui demanda discrètement si ça allait. Théo hocha la tête. Il resta un moment contre Blaise avant de reprendre sa place en constatant que la salle était presque remplie. Le procès était sur le point de débuter.
- Procès du mercredi six mars, déclara Fudge d'une voix claire et forte, ayant pour objet d'examiner les faits reprochés à Edward Fergus Nott, à savoir ses activités en tant que Mangemort ainsi que les violences perpétrées sur son fils, Théodore Andrew Nott. Le prévenu sera interrogé par Cornelius Oswald Fudge, ministre de la Magie, Amelia Susan Bones, directrice du Département de la Justice Magique, et Dolores Jane Ombrage, sous-secrétaire d'État auprès du ministre. Greffier d'audience : Percy Ignatius Weasley. Maître Buchan sera l'avocat de l'accusation tandis que maître Williams sera l'avocat de la défense. M. Edward Nott, que plaidez-vous pour les faits qui vous sont reprochés en tant que Mangemort ?
- Je plaide coupable.
Théo fut à peine étonné. Son père était connu depuis longtemps pour être un Mangemort, son avocat avait donc dû estimer inutile de plaider l'innocence pour ce chef d'accusations. En revanche, pour ce qui était de l'autre chef... Jamais son père n'avait fait parler de lui pour les violences qu'il perpétrait à son égard. C'était une partie du procès qui n'était pas prévue. Il pouvait très bien dire que son fils mentait.
- Et que plaidez-vous pour les faits de violences envers votre fils qui vous sont reprochés ?
- Je plaide coupable.
Théo écarquilla les yeux, choqué. Est-ce que son père venait réellement de reconnaître qu'il l'avait maltraité ? Si oui, pourquoi plaidait-il coupable alors qu'il aurait très bien pu plaider innocent ? Bien sûr, Théo et son avocat avaient envisagé cette éventualité mais ils s'étaient surtout préparés à ce que Nott plaide innocent... Ils avaient principalement axé leur défense là-dessus. Inquiet, Théo se tourna de nouveau vers son avocat. Celui-ci semblait également perplexe mais il prit un air confiant pour s'adresser à Théo :
- Rassurez-vous, c'est sûrement un moyen pour nous déstabiliser, dit-il d'un ton apaisant. Votre père veut probablement garder l'autorité parentale pour conserver un certain contrôle sur vous, même de loin. Son avocat doit penser qu'en plaidant coupable, cela va nous attendrir et nous faire renoncer à demander le retrait de l'autorité parentale. Mais ils peuvent toujours courir.
Cette petite touche d'humour fit sourire Théo qui se retourna. Le ministre de la magie, la directrice du département de la justice magique et la sous-secrétaire d'État posèrent tout un tas de questions à son père sur son passé de Mangemort auxquelles il répondit franchement. Il n'eut cependant pas l'air de regretter quoi que soit. Cela n'étonna pas du tout Théo mais il se dit que son père aurait au moins pu faire semblant. Un peu de décence ne faisait pas de mal. Mais c'était visiblement trop demander. Maître Buchan tenta ensuite de défendre son client en disant qu'il avait grandi dans une famille qui croyait à la suprématie des Sang-Pur et qu'il était difficile de dire non à Voldemort quand il «venait vous recruter» et qu'il obtenait toujours ce qu'il voulait. Il insista sur le fait que si Nott avait grandi dans un autre environnement, il ne serait sans doute jamais devenu un Mangemort. Théo grimaça en devant admettre que c'était sûrement vrai. Il comprit alors pourquoi cet avocat était réputé pour être aussi bon. Il savait trouver les failles et les utiliser. Mais cela ne suffirait pas à innocenter son père.
- Merci, maître Buchan. Nous appelons maintenant M. Théodore Nott à la barre.
Théo sentit l'angoisse l'envahir. Le professeur Snape posa une main sur son bras sur lequel il exerça une légère pression. Théo tourna la tête vers lui, tétanisé.
- Ça va aller, lui dit son directeur de maison. Vous savez ce que vous avez à dire, ne pensez qu'à ça et tout se passera bien.
Théo n'était pas aussi confiant mais il acquiesça et se leva. Les mains moites, le coeur tambourinant dans sa poitrine, il se rendit à la barre.
- Veuillez décliner votre identité, s'il vous plaît, demanda Mrs Bones.
- Je m'appelle Théodore Andrew Nott et je suis né le 30 août 1 980 à Farnham, dans le Surrey.
- Merci. Vous êtes donc le fils de M. Edward Nott. Vous deviez sûrement savoir qu'il faisait partie des partisans de Vous-Savez-Qui ?
- Oui, je l'ai compris assez tôt. Je n'avais qu'un an lorsque V... Vous-Savez-Qui a disparu mais mon père a toujours su qu'il allait revenir. À cette époque, il n'a pas été emprisonné car il a su se servir de son argent et de ses relations pour échapper à Azkaban, comme d'autres Mangemorts. Il est resté en contact avec eux et il a passé de nombreuses soirées avec eux, soit au Manoir, soit chez l'un d'entre eux, soit dans des bars. C'est en voyant régulièrement ces personnes à la maison et en entendant ce qu'elles disaient avec mon père que j'ai compris de quoi il était question. Ils ne se privaient pas pour dire que c'était mieux avant, du temps où leur maître était encore là. Ils échangeaient leurs idées sur les nés-moldus et ils cherchaient des moyens pour les éradiquer de la surface de la Terre. Ils étaient aussi sur des pistes pour essayer de faire revenir leur maître mais ça n'aboutissait pas à grand-chose. Ils parlaient également de leurs collègues Mangemorts qu'ils considéraient comme des lâches car ils avaient échappé à Azkaban et préféraient que le Maître ne revienne jamais. Ils disaient absolument tout ce qu'ils pensaient devant moi alors que je n'avais que quatre ou cinq ans lorsque j'ai été en âge de comprendre leurs paroles. Je n'avais pas le droit de parler mais je devais assister à ces dîners. Ça m'a toujours intrigué mais j'ai compris plus tard que c'était destiné à me mettre dans le bain le plus tôt possible puisque mon père voulait faire de moi un Mangemort quand son maître serait revenu. Il était vraiment persuadé de son retour. Et ça n'a pas manqué. Vous-Savez-Qui a cherché à revenir par différents moyens et durant l'été entre ma première et ma deuxième année à Poudlard, mon père m'a annoncé que j'allais rejoindre les rangs des Mangemorts en temps voulu. Dès lors, il m'a fait suivre un entraînement pour que je sois prêt à me battre. Il ne s'en est pas occupé, bien sûr. Il a délégué la tâche à d'autres Mangemorts. Lors de chaque été, je devais m'exercer contre mon gré. Même si mon père m'avait torturé la veille. Je n'ai pourtant jamais voulu suivre ses traces. Et il l'a toujours su car je n'ai jamais voulu comprendre son idéologie. Pour moi, les nés-moldus étaient des sorciers comme les autres, à la différence près qu'ils n'avaient pas le même sang que les Sang-Pur ou que les Sang-Mêlés. Mais ça ne les rendait pas inférieurs à eux pour autant. Ils étaient des sorciers à part entière. C'est ce que j'ai toujours pensé. Et ça ne plaisait pas du tout à mon père. C'est pour ça, entre autres, qu'il me maltraitait. Je sais que là, il est question de ses activités de Mangemort mais tout est lié. Il s'est cependant acharné à me faire changer d'avis. Mais rien n'y a fait. Je refusais de voir les choses comme lui et je refusais de devenir un Mangemort. Voilà, je crois avoir tout dit.
- Merci, M. Nott. Vous affirmez donc avoir presque toujours su que votre père était un Mangemort, qu'il savait que Vous-Savez-Qui reviendrait, qu'il œuvrait pour cela, qu'il voulait que vous deveniez vous aussi un Mangemort mais que vous n'étiez pas d'accord ? résuma Fudge.
- Oui, confirma Théo.
- Pensez-vous que votre père est devenu Mangemort de son plein gré ou qu'il a fini par céder sous la pression ?
- Je pense que Vous-Savez-Qui n'a pas eu à insister longtemps mais je ne peux pas l'assurer. En tout cas, il était un fervent partisan. Ça, c'est une certitude.
- Merci pour cette précision. Mrs Bones, Mrs Ombrage, avez-vous des questions à poser à M. Nott ?
- Oui, intervint Ombrage. M. Nott, vous avez été plongé depuis votre plus jeune âge dans le monde des Mangemorts puisque votre père en est un et qu'il invitait souvent des Mangemorts chez lui. Il a longtemps voulu que vous en deveniez un et vous avez même été entraîné pour cela. Pourtant, vous dites que vous n'avez jamais désiré rejoindre les rangs des Mangemorts. Cela semble étonnant pour quelqu'un qui a grandi dans un environnement de Mangemorts et qui n'a connu rien d'autre que cela jusqu'à son entrée à Poudlard. Vous n'avez vraiment jamais partagé les pensées de votre père et eu le désir de suivre ses traces ?
- Objection, votre honneur, ce n'est pas le procès de mon client que nous faisons là mais celui de son père, répliqua l'avocat de Théo.
- Votre client doit être honnête dans ses propos qu'il tient devant le Magenmagot, opposa Fudge. M. Nott, veuillez répondre à la question de Mrs Ombrage.
- Je n'ai jamais ressenti le désir d'appartenir au monde des Mangemorts, attesta fermement Théo. Je sais que cela peut paraître étonnant vu le monde dans lequel j'ai grandi mais c'est pourtant la vérité. Jusqu'à mes huit ans, j'avais également ma mère à mes côtés et elle n'était pas du tout une partisane de Vous-Savez-Qui. Elle a été forcée de se marier avec mon père puisqu'il s'agissait d'une union de Sang-Pur liés par un contrat d'intérêts mais elle n'a jamais partagé l'idéologie de mon père. C'est elle qui m'a transmis les bonnes valeurs et qui a fait de moi celui que je suis aujourd'hui. Quand elle s'est suicidée, j'avais huit ans et j'avais l'âge de penser par moi-même sans me faire influencer par ce que me disait mon père. Le fait que j'ai été entraîné très tôt à l'Occlumancie m'a sûrement aidé à ne pas me faire manipuler facilement. Je ne me suis donc jamais laissé convaincre par mon père. Lorsque je suis entré à Poudlard, j'ai découvert un tout autre monde et je me suis encore plus émancipé des idées de mon père. Je me suis fait des amis sans lui en parler. Et ce, depuis le début de ma scolarité. Aujourd'hui, je suis proche d'élèves que mon père n'aurait jamais voulu dans mon entourage. Je suis ami depuis deux ans et demi avec une née-moldue, je suis ami depuis la rentrée avec Harry Potter et je suis en couple depuis deux mois avec un né-moldu. Je n'en ai pas fait exprès, j'ai été attiré par ces personnes et le courant est très bien passé entre nous. Sauf avec mon petit-ami actuel au début car il me craignait à cause du fait que j'étais un Sang-Pur, un Serpentard et un fils de Mangemort. J'ai mis trois semaines à avoir sa confiance. J'ai plusieurs fois souffert de la réputation de mon père mais ça ne m'a jamais empêché de me faire des amis. Car les élèves savent bien que je ne suis pas comme mon père. Tout ça pour dire que je n'ai jamais partagé ses idées, que je ne les partage pas et que je ne les partagerai jamais.
- ESPÈCE DE SALE TRAÎTRE !
Théo sursauta légèrement face à l'éclat de voix de son père.
- M. Nott, veuillez vous calmer, ordonna calmement Fudge.
- ME CALMER ALORS QUE CE BON À RIEN M'HUMILIE DEVANT LE MAGENMAGOT ?! SI J'AVAIS SU, JE NE L'AURAIS PAS ÉPARGNÉ SOUS MES COUPS ET IL NE SERAIT PAS EN TRAIN DE DÉBLATÉRER SUR MON COMPTE EN CE MOMENT-MÊME !
- Ça suffit M. Nott ! Calmez-vous immédiatement ou le procès continuera sans vous !
Bien que toujours fulminant, le père de Théo cessa de hurler et ce fut sur un ton froid mais modéré qu'il dit à Théo :
- J'espère que ton Sang-de-Bourbe de petit-ami te traitera comme le monstre que tu es.
Théo serra les poings à l'entente de l'insulte et soutint le regard de son père sans ciller.
- Vous venez d'aggraver votre cas, M. Edward Nott, même si je pense qu'il est inutile de le préciser, déclara Mrs Bones.
Nott lui lança un regard qui laissait comprendre qu'il s'en fichait complètement.
- Je crois que M. Nott a parfaitement bien répondu à votre question, Mrs Ombrage. Quelqu'un a-t-il d'autres questions à lui poser ? Non ? Personne ? Bien, vous pouvez retourner vous asseoir, M. Nott. Nous appelons maître Williams à la barre.
Théo rejoignit son siège tandis que son avocat se levait.
- Vous avez été parfait, le félicita-t-il. Vous ne vous êtes pas laissé déstabiliser et vous avez dit tout ce qu'il fallait. Vous pouvez souffler jusqu'à cet après-midi, maintenant.
Il sourit à Théo, lui pressa l'épaule et alla prendre place derrière la barre. Il parla des conséquences qu'avait eu la vie de Mangemort de Nott sur Théo, du fait qu'un enfant ne pouvait pas s'épanouir en vivant entouré de Mangemorts, que Théo avait souffert de la réputation de son père, que celui-ci le maltraitait car il ne partageait pas son idéologie... En l'écoutant parler, Théo songea qu'il ne se serait pas mieux défendu lui-même. Fudge remercia l'avocat et déclara que le procès était suspendu pour une durée d'une heure. Théo fut soulagé de pouvoir sortir de la salle. Il avait besoin de respirer, de prendre l'air. Il se sentit un peu mieux lorsqu'il fut hors de la salle dans laquelle il était resté pendant trois heures. Avec Blaise, le professeur Snape et son avocat, il se rendit dans une salle réservée aux repas. Il n'avait pas faim mais il savait qu'il devait manger. Il ne tenait pas à faire un malaise durant le procès. Il sortit une barquette de son sac et se mit à manger sans appétit.
- Vous pouvez être fier de vous, M. Nott, lui dit son avocat au bout d'un moment. Vous avez été très clair dans vos propos, vous avez été franc, vous avez gardé votre sang-froid et vous avez répondu de la meilleure manière qui soit à la question posée par Mrs Ombrage. Vous l'avez convaincue alors qu'elle n'est pas de nature à se laisser amadouer aussi facilement. Vous avez été bon.
Théo rougit sous le compliment.
- J'étais plutôt serein une fois que j'étais lancé. Mais ce ne sera sûrement pas le cas lorsque je devrai parler des maltraitances...
- Ce sera dur mais vous y arriverez. Ayez confiance en vous. Ce n'est pas comparable pour les autres mais ce sera la partie du procès la plus éprouvante pour tout le monde. Elle sera plus longue car il y aura davantage d'interventions et ce sera plus dur psychologiquement parlant. Vous sentez-vous prêt à témoigner, M. Zabini ?
- Pour le moment, oui. Mais lorsque je serai à la barre, ce sera une autre histoire...
- Vous savez ce que vous aurez à dire, cela vous aidera déjà beaucoup.
Blaise acquiesça, l'air un peu rassuré. Théo ressentit une grosse vague de reconnaissance envers son meilleur ami. Blaise faisait ça pour lui et cela le touchait énormément. Il était vraiment heureux de l'avoir à ses côtés. Un simple «merci» ne suffirait pas à lui exprimer sa gratitude. Mais il pouvait l'aider en essayant d'apaiser ses craintes... Ce fut ce qu'il entreprit de faire :
- C'est normal de stresser, tu te doutes bien que je l'étais au moins autant que toi. Je suis quelqu'un d'hyper réservé, alors parler devant autant de monde... J'étais vraiment angoissé mais le tout, c'est de se lancer. Après, ça va mieux. Je n'ai aucune confiance en moi mais j'ai pensé à pourquoi j'étais là et ça m'a donné la force et le courage. Pense à l'état dans lequel je suis arrivé chez toi, à ce que tu as ressenti et, crois-moi, les mots te viendront tout seuls.
La haine se lut dans le regard de Blaise à l'entente de ces mots.
- Il va le payer, siffla-t-il.
- Oui mais évite de dire ça, rit Théo. Mais c'est bien, tu as compris dans quel état d'esprit tu devais être.
- Oui, je me sens moins angoissé, d'un coup.
- Je vais vous engager pour parler à tous mes clients avant leur passage à la barre, M. Nott, s'amusa l'avocat Williams. Vous savez trouver les mots pour les encourager.
Théo rougit de nouveau.
- Blaise est mon ami, je le connais, je lui parle sûrement plus facilement que je ne le ferais face à un inconnu...
- Oh, pas forcément. Vous mettriez plus de temps mais vous arriveriez à rassurer n'importe qui. Car vous parlez avec votre coeur et il n'y a rien de plus fort que cela.
Théo fut très touché par les mots de son avocat. Il avait rarement entendu des paroles aussi justes et sincères de la part de quelqu'un qui le connaissait depuis peu. Cette discussion avait bien détendu l'atmosphère, si bien que cela éveilla la faim de Théo qui mangea avec beaucoup plus d'appétit.
.
Une demie-heure plus tard, le procès reprit. Théo était de nouveau stressé et tentait tant bien que mal de se détendre. Mais sans grand succès. C'était la partie du procès qu'il redoutait le plus. Il allait devoir revenir sur toutes les violences que son père lui avait fait subir et il savait que ça allait être dur. Bien plus que lorsqu'il en avait parlé au professeur Snape, à ses amis, à Mrs Bones ou à son avocat. Car à chaque fois, il se trouvait face à une, deux ou trois personnes. Or, là, il y aurait plus de cinquante personnes. Et parmi tout ce monde, il y aurait son père. C'était surtout ça qui l'angoissait. Il allait parler devant son tortionnaire de ce qu'il lui avait infligé depuis sa plus tendre enfance. Il ne voulait pas sentir son regard sur lui pendant qu'il révélerait les horreurs qu'il avait endurées. Mais il ne pouvait y échapper et il allait devoir faire avec.
Lorsque tout le monde fut installé, Fudge reprit la parole, couvrant les conversations qui venaient de tous côtés :
- Votre attention, s'il vous plaît. Nous allons passer à la deuxième partie du procès qui concerne les violences commises par M. Edward Nott à l'encontre de son fils, M. Théodore Nott. Ce dernier est prié de se présenter à la barre.
Théo se leva et prit place derrière la barre.
- Pouvez-vous rappeler les violences dont vous avez fait mention dans votre déposition ?
Théo prit une profonde inspiration et se lança :
- J'avais trois ans lorsque mon père a commencé à me donner des gifles, quatre quand il m'a donné les premiers coups de pied. J'en avais six quand il s'est mis aux coups de ceinture, huit quand il s'est mis à utiliser un couteau avec du venin sur la lame pour m'entailler le dos, les bras et les jambes. Il a ensuite usé du sort de coupure et de lacération, puis du Doloris durant l'été qui a suivi ma première année à Poudlard. Pendant mon enfance, tout cela arrivait très régulièrement. Les seules périodes de répit que j'avais, c'était quand mon père s'absentait pendant plusieurs semaines pour ses affaires. Ça arrivait une ou deux fois par an. Mais lorsque ma mère n'était plus là, il ne partait plus en voyage. Il restait en permanence au Manoir. À partir de là, les séances de coups et de tortures se faisaient plus fréquentes. Même si elles duraient assez longtemps, la plupart du temps, il faisait en sorte de ne pas me blesser trop sérieusement pour que ça puisse se soigner juste en désinfectant. C'était dans le but de pouvoir recommencer le plus vite possible. Les séances de coups duraient quinze minutes tandis que les coups de ceinture duraient une demie-heure, voire plus parfois. Les Doloris, eux, pouvaient aussi bien durer cinq ou dix minutes qu'une ou deux heures. Quant aux blessures au couteau et aux sorts de coupure et de lacération, il arrêtait quand il estimait qu'il y avait assez d'entailles. Comme il s'en prenait au dos, aux bras et aux jambes, ça durait souvent une vingtaine de minutes. Lorsqu'il y allait trop fort avec le couteau et les sorts et que les blessures étaient trop graves, il me soignait avec des baumes et des potions très efficaces mais qui me rendaient amorphe pendant plusieurs jours tant ils étaient puissants. Cela ne l'arrangeait pas trop car pendant ce laps de temps, j'étais inapte à faire la cuisine et les tâches ménagères. Car c'était moi qui m'occupait de tout ça, mon père voulant que je me rende un tant soit peu utile puisque pour lui, je ne servais à rien. Évidemment, je n'avais pas le droit d'utiliser la magie. De toute façon, avant mon entrée à Poudlard, je n'avais pas de baguette. Je préparais donc les repas, entre autres, mais je ne mangeais pas à ma faim. J'étais régulièrement privé de nourriture sans raison apparente, juste parce que mon père l'avait décidé. Je passais souvent deux ou trois jours sans manger ou alors très peu. À cela s'ajoutaient les violences verbales. Il me hurlait dessus, m'insultait, me rabaissait, m'humiliait... Il me disait que je ne servais à rien, que je n'aurais jamais dû être là, que je n'étais qu'une source d'ennuis, que je lui faisais honte, que je n'étais pas le fils qu'il espérait... Il m'accusait d'être un traître à mon sang car je ne voulais pas comprendre et partager ses idées sur les nés-moldus et sur la supériorité des Sang-Pur. Il me faisait ces reproches presque tous les jours. Mais il y avait un jour dans l'année où il se montrait beaucoup plus violent dans ses mots et durant les séances de coups ou de torture. Lors de chacun de mes anniversaires, il me faisait regretter d'être né en faisant durer plus longtemps les coups et les tortures. Jusqu'à ce que j'entre à Poudlard, il me frappait plus fort, que ce soit avec ses pieds ou avec sa ceinture et ses sorts étaient plus incisifs. Mais après mon entrée à Poudlard, il a dû se rabattre sur les Doloris puisque ça ne laissait aucune trace. Comme je suis né le trente août, mon anniversaire tombe systématiquement deux jours avant la rentrée. Il ne fallait donc pas que j'arrive à l'école avec des marques partout sur le corps, même si la plupart n'auraient pas été visibles. En deux jours, les baumes n'auraient pas pu tout soigner. Lors de mon douzième, treizième et quatorzième anniversaire, les séances de Doloris ont donc été beaucoup plus longues et beaucoup plus violentes qu'à l'accoutumée. Il s'arrêtait juste à temps pour ne pas me rendre fou et il faisait des petites pauses pour que je reprenne mes esprits afin que je reste pleinement conscient. Voilà, je crois n'avoir rien d'autre à ajouter.
Théo se tut sur ces mots. Il y avait un silence pesant dans la salle. Il avait sûrement un peu plombé l'ambiance. Il était néanmoins soulagé d'avoir réussi à tout dire sans rien avoir oublié.
- Merci, M. Nott, dit Mrs Bones au bout de plusieurs minutes, rompant ainsi le silence. Jusqu'à l'été dernier, vous n'aviez jamais parlé de tout cela à personne ?
- Non, je n'ai jamais été du genre à me confier.
- Personne ne s'est jamais douté de rien ?
- Si, mes amis ont vite soupçonné mon père de me maltraiter. Ils me connaissent bien et savent que j'ai toujours eu peur de mon père. Ils ont cherché à me faire parler mais je ne pouvais rien leur dire. Mon père me l'avait évidemment interdit.
- Et ils n'ont pas essayé d'en parler à quelqu'un ?
- Si, à notre directeur de maison. Il a bien voulu aborder plusieurs fois le sujet mais j'affirmais que tout allait bien. Sans plainte de ma part, il ne pouvait rien faire. Je sais qu'il s'en veut mais moi je ne lui en veux pas du tout. Il se rattrape plus que bien aujourd'hui en s'occupant de moi comme il le fait depuis cet été. Il y avait beaucoup de dégâts à réparer. Mais c'est à lui d'en parler, pas à moi.
- En effet, confirma Fudge. J'aimerais justement revenir sur ce qui s'est passé cet été. En particulier sur votre fugue. Le dix-sept juillet, vous vous êtes enfui de l'endroit où vous vous cachiez avec votre père. Vous lui avez fait ingérer à son insu une potion de sommeil pour pouvoir vous échapper. Est-ce exact ?
- Oui, répondit Théo.
- Comment vous y êtes-vous pris pour vous procurer cette potion ?
- Je l'ai préparée en cachette à Poudlard. C'était un mélange de potion de sommeil, de philtre de paix et de potion relaxante. Il m'a fallu huit mois pour la mettre au point. Je m'y mettais dès que j'avais du temps libre et comme je suis onze matières, ce n'était pas évident. J'utilisais les toilettes de Mimi Geignarde pour fabriquer la potion, vu que personne n'y allait jamais.
- Vous sembliez savoir ce que vous faisiez, commenta Ombrage. Mais pourquoi avez-vous décidé de préparer cette potion ?
- Parce que j'avais la certitude qu'un jour ou l'autre, j'en aurais besoin. Vous-Savez-Qui était sur le point de renaître et je ne voulais pas que mon père me présente à lui l'été suivant. Ma seule chance de m'en sortir était de m'enfuir de chez mon père. C'est ce que j'ai fait l'été dernier, sauf que c'était pour me sauver la vie et non pour échapper à Vous-Savez-Qui puisqu'il avait disparu et pour de bon. Le jour où j'ai pris la décision d'utiliser cette potion et de m'enfuir, j'étais vraiment mal en point. La séance de torture de la veille avait été horrible, j'avais faim et je ne savais pas combien de temps je pouvais encore tenir. Lorsque j'ai préparé le repas du midi, j'en ai donc profité pour y incorporer la potion que j'avais fabriquée. J'étais privé de nourriture donc je ne risquais pas d'ingérer également la potion. Une fois le repas prêt, je suis retourné dans ma chambre à la demande de mon père. Il ne me restait plus qu'à attendre deux heures, le temps que la potion fasse bien effet. Vers quinze heures, je suis descendu au salon et j'ai constaté que la potion avait fait son travail. J'ai quand-même préféré vérifier que mon père dormait bel et bien. Je me suis approché et j'ai entendu sa respiration lente et régulière. J'ai récupéré ma baguette dans l'une de ses poches, j'ai fait ma valise que je n'avais pas pu faire plus tôt pour ne pas éveiller les soupçons, j'ai pris mon balai dans la chambre de mon père, j'ai désactivé les sorts qui protégeaient la maison et je me suis envolé.
Théo avait dit tout cela comme s'il était en train d'expliquer les règles d'un jeu très simple. Mais les regards étonnés qui se posèrent sur lui lui firent bien comprendre que ça n'avait rien de simple pour les autres.
- Tout cela était savamment pensé et préparé, vous avez dû mettre du temps pour monter un tel plan. Mais étiez-vous conscient des risques que comportait cette potion sur une personne aussi âgée que votre père ? demanda Ombrage.
- J'ai misé sur la durée, et non sur la puissance, précisa Théo. Je voulais qu'il dorme plusieurs jours, c'est tout. Il était hors de question que je le tue, je ne me le serais jamais pardonné et je m'en serais jamais remis. J'ai justement fait en sorte que cette potion ne lui fasse courir aucun risque. Je ne la lui aurais jamais fait ingérer si je n'étais pas sûr de son inoffensivité.
Ombrage hocha la tête, visiblement convaincue.
- Chez qui vous êtes-vous réfugié ? interrogea Fudge.
- Chez mon ami Blaise Zabini, ici présent.
- Pourquoi chez lui et pas chez quelqu'un d'autre ?
- Parce qu'il était le plus apte à m'accueillir. Je serais bien allé chez mon ami Draco qui logeait cet été-là chez son parrain qui est médicomage mais je ne savais pas où il habitait. J'aurais aussi pu aller chez mon amie Pansy mais elle n'aurait pas su quoi faire. Blaise, lui, souhaite devenir médicomage plus tard. Il était donc le plus à même de m'aider. Je n'avais pas pu écrire à mes amis depuis le début de l'été puisque je n'avais pas de hibou ou de chouette pour cela mais je savais qu'ils m'auraient tous accueilli à bras ouverts. Je ne me souviens presque pas de mon arrivée chez Blaise mais je sais qu'il s'est aussitôt occupé de moi.
- Merci pour ces précisions, M. Nott. Si personne n'a d'autres questions à vous poser, vous pouvez retourner vous asseoir, indiqua Mrs Bones.
Ni Fudge ni Ombrage ne se manifestèrent. Soulagé, Théo rejoignit son siège.
- Nous appelons M. Blaise Zabini à la barre.
Théo vit son ami se crisper. Il lui sourit et lui pressa le bras pour l'encourager. Blaise souffla un bon coup, se leva et se positionna derrière la barre.
- Veuillez décliner votre identité ainsi que le lien qui vous unit à M. Théodore Nott.
- Je m'appelle Blaise Mattéo Zabini, je suis né le quatre avril 1980 à Chatham dans le Kent et je suis l'un des meilleurs amis de Théo.
- Merci. Confirmez-vous avoir recueilli M. Nott chez vous lors des dernières vacances d'été ?
- Oui, approuva Blaise.
- Expliquez-nous ce qui s'est passé.
- J'étais en train de faire mes devoirs dans ma chambre lorsqu'elle s'est d'un coup assombrie, comme si quelque chose cachait la lumière du jour. J'ai tourné la tête et j'ai vu Théo qui se tenait derrière ma fenêtre, sur son balai et l'air très mal en point. Je l'ai aussitôt fait entrer. Il avait mangé juste avant de partir et ça ne lui avait pas réussi puisqu'il avait été affamé depuis le début de l'été. Il ne me l'a pas dit comme ça mais je l'ai compris. J'ai vu qu'il tremblait, comme s'il avait froid alors qu'il portait un manteau et qu'il faisait chaud dans ma chambre. J'ai deviné qu'il avait de la fièvre, je savais ce qu'il fallait faire dans ce cas et je lui ai donc demandé de se coucher en se découvrant un maximum mais sans tout enlever pour autant. J'ai rafraîchi les draps et il s'est vite endormi. Conscient que son état était grave et que je ne pouvais pas faire grand-chose, j'ai décidé d'envoyer une lettre à Draco, un de nos amis. Comme l'a dit Théo, le parrain de Draco est médicomage et il habitait justement chez lui cet été-là. Je ne voyais que cette solution pour aider Théo qui avait urgemment besoin de soins. Je ne voulais pas qu'il aille à Sainte-Mangouste car il était aussi recherché que son père. Si les Aurors apprenaient qu'il était à Sainte-Mangouste, ils seraient allés le voir pour lui faire avouer la cachette de son père et Théo n'était clairement pas en état de subir un interrogatoire. Je savais que le parrain de Draco ne leur dirait pas où était Théo. Car c'est notre professeur de potions et notre directeur de maison à Poudlard. Il n'aurait jamais dénoncé un élève dont il est responsable, surtout s'il était dans un sale état. Draco a reçu ma lettre le lendemain et son parrain est venu dans la foulée. Je lui ai dit ce que j'avais fait pour essayer de soulager Théo puis je l'ai laissé seul avec lui. Le professeur Snape a soigné Théo et quand je suis retourné le voir, il allait déjà un peu mieux. Et il est allé de mieux en mieux durant les cinq jours qui ont suivi. Entre-temps, les Aurors ont su que Théo était chez moi et ils sont venus l'interroger pour savoir où se trouvait son père. Ils voulaient également lui apprendre qu'il ne pouvait pas rester chez ma mère et moi car ma mère n'avait aucun droit sur lui. Les Aurors lui ont dit qu'ils allaient contacter tous les foyers mais comme ils étaient tous bondés, ils ont dû lui trouver une chambre au Chaudron Baveur. Théo a donc passé dix jours chez moi avant de partir.
- Merci, M. Zabini. Vous n'avez pas semblé si étonné que ça en voyant votre ami arriver chez vous. Du moins, son état ne vous a pas surpris. M. Nott disait que ses amis avaient vite compris que son père le maltraitait. Était-ce votre cas ? questionna Mrs Bones.
- Oui, comme Draco et Pansy, notre autre meilleure amie, je me suis vite douté que Théo subissait des violences de la part de son père. Je souhaite devenir médicomage, j'ai donc vu des signes qui ne trompaient pas, notamment sa maigreur. Son comportement aussi m'a rapidement mis sur la voie. Il était très timide et réservé, faisait difficilement confiance, avait du mal avec le contact physique et ne supportait pas qu'on lui hurle dessus. J'ai essayé plusieurs fois d'en savoir plus mais il n'a jamais rien voulu me dire, ce qui ne m'étonnait pas puisqu'il avait toujours craint son père. Donc quand je l'ai vu arriver chez moi, je n'ai pas été très surpris par son état, en effet. Mais ça ne m'a pas empêché d'être choqué. Voir son meilleur ami amaigri, faible et tremblant de fièvre et savoir que son père en est la cause, c'est juste horrible. Et j'ai failli tourner de l'oeil quand j'ai appris tout ce qu'il avait. J'ai voulu aller tuer son ordure de père sur-le-champ. Il n'avait pas le droit de traiter Théo ainsi. Un père est censé aimer son enfant. S'il ne veut pas en avoir, alors il n'en fait pas. C'est aussi simple que ça. En soi, il s'en fiche complètement d'être jugé pour les maltraitances qu'il a commises sur Théo. Sans ça, il devait déjà finir ses jours à Azkaban pour ses activités de Mangemort. Pour lui, être jugé pour ses actes sur Théo ne va rien changer. Alors que Théo, lui, restera longtemps traumatisé par ce que lui a fait vivre son père. Personnellement, je ne pourrai jamais oublier la peur que j'ai eue pour Théo durant la nuit qui a suivi son arrivée chez moi. J'ai cru que j'allais le perdre à tout instant tellement il était mal en point. Il s'en est fallu de peu et je le sais très bien. Alors j'espère que les Détraqueurs ne laisseront aucun répit à son ordure de père et qu'il vivra assez longtemps pour souffrir autant qu'a pu souffrir Théo. Voilà, c'est tout ce que j'avais à déclarer.
Les mots de Blaise furent suivis d'un léger silence. Théo avait les larmes aux yeux, touché et remué par le discours de son ami. Comme personne n'avait de questions à poser, Mrs Bones autorisa Blaise à aller se rasseoir.
- Nous appelons désormais M. Severus Snape à la barre.
Le professeur Snape se leva et prit la place qu'occupait Blaise quelques minutes plus tôt.
- Veuillez décliner votre identité et votre lien avec M. Théodore Nott, s'il vous plaît.
- Je m'appelle Severus Tobias Snape, je suis né le 9 janvier 1 960 à Oakham, dans le Rutland, et je suis le professeur et le directeur de maison de Théodore Nott.
- Merci. Pouvez-vous nous dire quelles étaient vos relations avec M. Théodore Nott jusqu'à ce que vous deveniez son médicomage ? Que pensiez-vous de cet élève ?
- Comme l'a souligné M. Zabini, M. Nott a toujours été un élève timide et réservé. Ses professeurs et moi-même ne l'entendons jamais dans nos cours. Il a toujours eu un comportement irréprochable. En quatre ans et demi, je n'ai jamais eu à le convoquer pour une mauvaise raison. C'est un élève très intelligent qui n'a toujours eu que des bonnes notes. C'est sûrement l'un des élèves que je connais le plus étant donné qu'il est l'un des meilleurs amis de mon filleul. Avec M. Zabini, ils font partie de la même année, de la même maison et ils partagent le même dortoir. Si j'ai eu très peu de contacts avec M. Nott durant ses quatre premières années, je sais cependant un certain nombre de choses sur lui, notamment grâce à mon filleul. Étant médicomage de formation, j'ai très vite remarqué que M. Nott était trop maigre pour son âge et tout comme M. Zabini, son comportement m'a souvent intrigué. Je ne savais en revanche pas autant de choses que ses amis. Mon filleul m'a plusieurs fois alerté sur le fait que son ami se faisait probablement maltraiter par son père, j'ai essayé à plusieurs reprises d'en parler avec M. Nott mais comme il le disait tout à l'heure, il m'a toujours affirmé que tout allait bien et qu'il n'y avait aucun problème avec son père. Il est très difficile de faire quoi que ce soit quand il n'y a aucune plainte de la part du principal concerné. De plus, l'infirmière de Poudlard avait eu une fois l'occasion de voir le dos, les bras et les jambes de M. Nott et elle n'avait vu absolument aucune marque, même ancienne. Cela avait de quoi remettre en doute les soupçons de maltraitances. J'étais loin d'imaginer que Nott soignait son fils à coups de potions et de baumes illégaux et beaucoup trop puissants pour un enfant. Sans cela, M. Nott aurait certainement gardé des marques des sévices de son père. Je n'ai donc rien pu faire jusqu'à l'été dernier où mon filleul a reçu une lettre de M. Zabini qui demandait à ce que je vienne soigner M. Nott de toute urgence.
- D'après le témoignage de M. Zabini, vous êtes venu soigner M. Nott dès que votre filleul a reçu la lettre, releva Fudge.
- Oui, j'ai bien senti dans la lettre que c'était urgent. Je ne pouvais pas ignorer l'appel à l'aide de M. Zabini. Je suis donc arrivé sur place et j'ai effectivement constaté que M. Nott était dans un état très préoccupant. Je n'ai pas toutes les informations en tête mais il y a quelques mois, j'ai fait parvenir à Mrs Bones le compte rendu de mes observations.
- En effet, confirma Mrs Bones. Vous stipuliez que M. Nott avait trente-neuf de fièvre, qu'il pesait quarante-six kilos pour un mètre soixante-douze, qu'il avait trois côtes cassées, une épaule démise, une cheville fracturée et qu'il avait de très nombreuses carences. Vous disiez également que le corps de M. Nott était couvert d'hématomes, de coupures et de plaies plus ou moins profondes. Une de ces plaies était en revanche très sérieuse et n'avait visiblement pas été traitée à temps puisqu'elle s'était infectée. C'était elle qui était à l'origine de la fièvre de M. Nott.
- C'est exact, approuva le professeur Snape. J'ai mis beaucoup de temps à soigner cette plaie. Mais ce qui allait être le plus long à traiter, c'était le poids et les carences de M. Nott. Ce sont des choses qui ne sont toujours pas réglées aujourd'hui et qui ne le seront pas avant un bon moment. J'ai suivi M. Nott durant tout le reste de l'été et j'ai continué à Poudlard. J'ai dû le recueillir chez moi à la fin des vacances car il avait fait un cauchemar qui l'avait plongé dans une grosse crise d'angoisse alors qu'il n'était pas tout à fait réveillé. J'avais mis en place un dispositif qui me reliait à lui afin que je puisse intervenir s'il n'allait pas bien. Et ça n'a pas manqué. Durant les deux jours qu'il a passés chez moi, j'ai découvert qu'il était atteint d'un trouble rare de la magie. Normalement, ça se diagnostique dès l'entrée à Poudlard de l'enfant puisque c'est à ce moment-là qu'il commence à utiliser sa magie. Mais dans le cas de M. Nott, ça a été diagnostiqué avec quatre ans de retard. Ça lui vient forcément de son père puisque c'est un trouble héréditaire qui ne concerne que les garçons. Mais il arrive que des personnes aient ce trouble mais qu'elles ne sachent jamais car il reste asymptomatique. Du coup, M. Nott est traité pour cela aussi. J'aurais sûrement découvert son trouble plus tard si je ne l'avais pas recueilli suite à ce cauchemar qu'il a fait. Mais je n'arrive pas à me dire que ce soit une bonne chose puisque dans ce cauchemar, il revivait ce que son père lui faisait subir depuis qu'il était tout petit. Et comme c'était juste avant son anniversaire, ce cauchemar était particulièrement violent. Les actes de son père l'ont vraiment traumatisé au plus profond de son être et ce, pour longtemps. Malgré tout ce que je pourrais faire, il ne s'en remettra jamais complètement. Douze ans de violences, de tortures, d'insultes, d'humiliations, d'asservissement et j'en passe, c'est impossible à oublier. Les actes de son père sont aussi répréhensibles que ceux qu'il a commis en tant que Mangemort. S'il n'était pas déjà jugé pour ce chef d'accusation, il mériterait de passer le restant de ses jours à Azkaban pour tout ce qu'il a fait à son fils.
- Merci, M. Snape, dit Fudge. Avez-vous autre chose à déclarer ?
- Non, il me semble avoir tout dit.
- Bien, je n'ai pour ma part aucune autre question à vous poser. Mrs Bones, Mrs Ombrage ?
Toutes deux firent savoir qu'elles n'avaient rien non plus à demander au professeur Snape, au plus grand soulagement de Théo qui craignait que tout son dossier médical ne soit exposé devant toute cette assemblée.
- Vous pouvez vous rasseoir, indiqua Fudge. Nous appelons maintenant l'accusé M. Edward Nott à la barre.
Le professeur Snape revint s'asseoir à côté de Théo tandis que son père se rendait à la barre. Ce fut Fudge qui l'interrogea :
- M. Nott, qu'avez-vous à répondre aux témoignages de votre fils, de M. Zabini et de M. Snape ?
- Je n'ai rien de plus à ajouter. Je plaide coupable, de toute façon.
- Donc vous reconnaissez tous les faits qui vous sont reprochés ?
- Oui.
- Vous ne souhaitez pas vous défendre un minimum ?
- À quoi bon ? Quoi que je dise, ça ne changera rien à l'issue de cette audience. Mais si vous y tenez tant, je peux vous expliquer pourquoi je me suis autant acharné sur cet... individu. Il n'est pas le fils que j'aurais voulu avoir. Il n'a jamais répondu à mes attentes. Plus j'essayais de lui inculquer ce que je pensais sur la supériorité du sang, moins il semblait vouloir comprendre. Il préférait croire ce que lui disait sa mère qui avait des idées complètement différentes sur la suprématie des Sang-Pur alors qu'elle en était une elle-même. Elle ne voulait pas que son fils fasse une distinction entre les Sang-Pur, les Sang-Mêlés et les Sang-de-bourbe. Et cet idiot l'écoutait au lieu de m'écouter moi. Il avait le don de faire des remarques qui me mettaient hors de moi. Comme les mots ne suffisaient pas, j'ai dû user d'autres moyens pour le remettre à sa place. C'est vite devenu une habitude. Je craignais qu'il ne se rebelle si je cessais de le corriger. Et ça me faisait du bien de me défouler sur lui. Il criait mais il ne disait rien. Il cherchait à se protéger, évidemment, mais il se laissait faire. En même temps, je ne lui laissais pas vraiment l'occasion de se défendre.
- Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de le laisser parler davantage, intervint l'avocat Williams. Il ne fait que traumatiser davantage mon client en se vantant de ce qu'il lui faisait subir. Il me semble que nous avons tous compris qu'il ne regrettait rien de ce qu'il avait fait.
- Mon client a le droit de s'exprimer, répliqua l'avocat Buchan.
- Cela ne fera pas avancer l'audience, contesta l'avocat Williams.
- Merci, messieurs, nous allons poursuivre, s'interposa fermement Fudge. M. Nott, vous ne regrettez donc aucun de vos actes ?
- Non, surtout quand il me colle un deuxième procès sur le dos et qu'il vient me balancer de la sorte.
- Merci, vous pouvez retourner vous asseoir.
Nott ne se fit pas prier et rejoignit son siège. Théo était au bord du malaise. Il ne savait pas à quoi il s'attendait mais entendre son père vanter les maltraitances qu'il lui avait infligées, faire comprendre qu'il ne regrettait rien et l'accuser de l'avoir dénoncé l'avait profondément blessé. Cela dut se voir car le professeur Snape se pencha vers lui :
- Est-ce que vous vous sentez bien, M. Nott ?
Théo acquiesça mais cela ne convainquit pas son directeur de maison.
- Si ça ne va pas, vous pouvez sortir quelques minutes, insista-t-il. Les plaidoiries vont commencer et ce sera d'abord celle de l'avocat de votre père. Vous pouvez vous en passer.
- Non, ça ira, assura Théo en s'efforçant de sourire.
- Bien, comme vous voulez. Mais n'hésitez pas à me le dire si vous changez d'avis.
Théo hocha de nouveau la tête.
- Nous allons à présent passer aux plaidoiries, déclara Fudge. Maître Buchan, veuillez commencer, s'il vous plaît.
L'avocat du père de Théo se leva et se présenta à la barre. Il défendit son client du mieux qu'il put, arguant qu'il n'avait pas eu un bon exemple d'éducation et qu'il avait des raisons d'avoir agi comme il l'avait fait, sans préciser lesquelles. Sa plaidoirie ne dura guère longtemps et Théo put voir qu'elle n'avait convaincu personne.
- Merci, Maître Buchan. Nous appelons désormais Maître Williams à la barre, s'il vous plaît.
Théo ressentit un certain soulagement en voyant son avocat prendre la place qu'occupait l'avocat de son père juste avant. Il ne restait plus que cette plaidoirie et ensuite, ce serait la délibération. Il avait hâte de pouvoir sortir. Il écouta néanmoins attentivement son avocat.
- Mon client a énormément souffert des sévices que lui a infligés son père, aussi bien physiquement que psychologiquement parlant. Durant toute son enfance et toute son adolescence, il n'a connu que les insultes, les humiliations, les reproches, les coups, les tortures, les privations... Sa mère subissait aussi des violences de la part du patriarche et la situation était tellement difficile à supporter qu'elle s'est suicidée au cours d'un repas en demandant pardon à son fils qui n'était âgé que de huit ans à ce moment-là. C'est extrêmement traumatisant et douloureux pour un enfant aussi jeune de perdre sa mère dans de telles circonstances. Mon client n'avait aucune échappatoire jusqu'à ce qu'il monte un plan il y a un an et demi pour s'enfuir de chez lui lors des vacances d'été suivantes. Il savait que la situation risquait de devenir très dangereuse pour lui et il avait raison. Pendant toute sa quatrième année, il a passé son temps libre à préparer un mélange composé d'une potion relaxante, d'une potion de sommeil et d'un philtre de paix qu'il administrerait à son père dans le but de pouvoir s'enfuir sans que celui-ci ne s'en aperçoive. Lui qui avait toujours été respectueux du règlement, qui n'avait jamais fait parler de lui et qui avait toujours été un élève irréprochable, a pris de nombreux risques en fabriquant ce mélange dans le plus grand des secrets alors que la potion de sommeil est interdite à produire sans diplôme dans le domaine des potions. Il aurait pu avoir de graves ennuis s'il s'était fait attraper. Cela prouve à quel point la situation était désespérée pour lui. Il n'avait que cette solution pour s'en sortir et cette potion lui a sûrement sauvé la vie lors de l'été suivant. Sans elle, il n'aurait jamais pu s'échapper de l'endroit où il était caché avec son père. Il était alors dans un état très préoccupant. Son père s'était acharné sur lui comme il ne l'avait encore jamais fait auparavant et il ne l'avait pas soigné comme il avait l'habitude de le faire. Mon client était réellement en danger. Heureusement, il a pu mettre son plan à exécution et il a su trouver refuge au bon endroit, loin de son père et de sa folie dévastatrice. Il a été soigné et il s'en est remis physiquement parlant, à l'exception de son poids et de ses carences qui sont les vestiges de douze ans de privations. Il demeure fragile et le restera sûrement de façon permanente. Mais ce qu'il a subi n'a pas eu que des conséquences physiques. Les violences verbales ont également eu des répercussions mentales sur lui. Et il les gardera elles aussi à jamais. Le contact physique l'effraie lorsqu'il vient de personnes qu'il ne connaît pas, il commence tout juste à avoir un sommeil à peu près normal après avoir passé plus de dix ans à faire des cauchemars toutes les nuits, il donne difficilement sa confiance et il ne supporte pas que quelqu'un lui hurle dessus. Ce sont des choses impossibles à voir mais qui sont pourtant profondément ancrées en lui et qui prouvent à quel point il a été traumatisé par les actes de son père. Aucun adolescent de quinze ans ne devrait avoir ce genre de troubles. Il résulte d'un traumatisme causé par un père cruel, malveillant et violent et je demande donc à ce que M. Edward Nott se voit retirer l'autorité parentale et à ce qu'il ne puisse plus entrer en contact avec mon client. Je vous remercie.
L'avocat Williams fit un signe de tête puis il retourna s'asseoir derrière Théo. Fudge reprit la parole :
- Avant de passer à la délibération, si quelqu'un a quelque chose à ajouter, qu'il le fasse maintenant.
- Oui, votre honneur, répondit le père de Théo. J'aimerais m'adresser à la victime.
- Si c'est pour lui faire sentir que vous ne regrettez rien de ce que vous avez fait, je crois qu'il a déjà compris, dit Fudge assez sèchement.
- Non, j'ai juste des vérités à rétablir. Il doit savoir certaines choses et je ne peux pas le quitter sans les lui avoir dites.
Fudge se tourna vers Théo.
- Souhaitez-vous l'écouter ?
- Je vais peut-être le regretter mais oui, je veux bien entendre ce qu'il a à me dire.
- Bien, nous vous écoutons, M. Nott.
Théo soutint le regard que son père posa sur lui.
- Tu as toujours cru que ta mère s'était suicidée car elle ne supportait plus la situation et que c'était pour ça qu'elle t'avait demandé pardon ? C'était un raisonnement assez logique et je t'encourageais dans ce sens car ça m'arrangeait. Mais c'était faux. Le poison, c'est moi qui l'ait mis dans l'assiette de ta mère. Elle l'ignorait mais j'avais découvert son petit jeu. Depuis plusieurs mois, elle cherchait à me faire tomber pour l'argent que je gagnais de façon illégale et pour les trafics en tout genres que je menais avec des amis. Elle savait que je risquais fort d'aller à Azkaban pour ça et c'était ce qu'elle voulait. Mais je n'allais pas la laisser faire. Elle avait osé me trahir, je ne pouvais pas laisser passer ça. Comme elle ne me servait à rien du tout, j'ai donc décidé de me débarrasser d'elle. Purement et simplement. Quand elle t'a demandé pardon, elle ne s'excusait pas de t'avoir abandonné mais de ne pas avoir pu aller jusqu'au bout de son plan. J'aurais très bien pu l'épargner en considérant qu'elle me serait utile pour me faire un autre héritier mais vois-tu, le problème, c'est que ça n'aurait pas été possible. Parce que j'étais stérile. Je l'avais toujours été, je le suis et je le serai toujours. J'ai mis du temps à l'admettre et à l'accepter, préférant rejeter la faute sur ta mère mais j'ai bien dû me rendre à l'évidence lorsqu'elle est tombée enceinte alors que j'étais parti en voyage d'affaires. Elle attendait un enfant et je n'en étais pas le père. Cet enfant, c'était nul autre que toi. Tu l'auras donc compris : je ne suis pas ton père. Tu es le fils de quelqu'un d'autre. J'ai très mal pris le fait qu'elle m'avait trompé pendant mon absence, j'ai eu envie de la tuer sur-le-champ mais je me suis retenu. J'ai préféré voir le bon côté des choses. J'étais stérile et elle était enceinte. J'ai donc tout naturellement décidé de te reconnaître et je n'ai pas laissé le choix à ta mère. De toute façon, elle avait rompu avec ton père et elle ne comptait pas le revoir. Ça valait mieux pour elle puisque chez les Sang-Pur, les tromperies venant de l'épouse sont très mal vues. J'ai donc passé l'éponge sur son infidélité, me contentant du fait que j'allais avoir un héritier même s'il venait d'un autre homme. J'ai cependant voulu savoir qui était le vrai père. Elle m'a dit que c'était quelqu'un qu'elle connaissait à peine mais je savais qu'elle mentait. J'ai mis deux ans à savoir la vérité. Je me suis rendu compte qu'elle collectionnait beaucoup de choses qui s'apparentaient toutes à un même homme. Je l'ai interrogée à ce sujet et à force de lui mettre la pression, elle a fini par me dire que c'était lui ton père. Je m'étais toujours dit que le jour où je saurai l'identité de ton père, j'irais lui régler son compte mais ça non plus, je n'ai pas eu besoin de le faire puisque le karma s'était déjà occupé de lui. Quelle douce ironie, quand-même... Voilà, tu sais tout, maintenant. Enfin, presque tout. Je ne t'ai pas dit le nom de ton vrai père. Et je ne le ferai pas. Ce serait beaucoup trop simple. Je ne t'ai jamais rendu la vie facile, ce n'est pas aujourd'hui que je vais commencer à le faire. De toute manière, cela ne te servirait à rien de le savoir. Vous devez tous vous demander pourquoi j'ai avoué avoir tué la mère de ce garçon alors que je n'étais pas obligé de le faire. Cela ne fait que donner une raison de plus de m'envoyer à Azkaban. Comme je vous l'ai dit, je voulais que Théo sache ces deux vérités. Mais il y a autre chose. Voyez-vous, je me fais vieux et je savais parfaitement ce qui m'attendait à l'issue de ce procès. Seulement, je n'ai jamais eu l'intention de passer le restant de mes jours à Azkaban. Aussi avais-je tout prévu.
Sans que personne n'eût le temps de faire quoi que ce soit, Nott sortit une fiole de sa poche et la but d'une traite. Quelques secondes plus tard, il s'écroula par terre sous les cris horrifiés de l'assistance. Même s'il avait pu faire quelque chose, Théo n'aurait rien fait. Car il était en état de choc depuis les révélations de celui qu'il croyait être son père et il était donc incapable de faire le moindre geste. Il eut néanmoins un sursaut lorsque son avocat se mit à hurler :
- SAUVEZ-LE ! IL NE PEUT PAS S'EN SORTIR COMME ÇA ! IL DOIT PAYER POUR TOUT CE QU'IL A FAIT !
Aussitôt, la salle se mit en mouvement. Toujours figé sur son siège, Théo ne bougea pas. Une main se posa sur son bras.
- M. Nott, nous allons sortir, lui dit doucement la voix du professeur Snape. Venez.
Théo se laissa entraîner sans opposer de résistance. Il n'eut pas conscience du chemin qu'il fit avec Blaise et le professeur Snape. Il sentait juste qu'un bras l'entourait et le soutenait. Il ne sut combien de temps s'était passé lorsqu'ils arrivèrent à Poudlard. Il avait vaguement senti qu'il avait transplané. Mais il ne se souvenait pas d'avoir marché depuis les grilles jusqu'aux portes de Poudlard. En fait, il se rendait compte de moins en moins de choses. Lorsqu'on l'allongea sur un lit, il ne réagissait déjà plus à ce qui l'entourait. Il ne savait même pas où il était. Son corps et son esprit étaient tous deux en état de choc. Et ils allaient le rester un bon moment.
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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu et que personne n'est tombé dans les pommes avec toute cette tension XD Bon, si c'est le cas, Severus viendra vous soigner :p
J'ai une petite question pour le chapitre suivant dans lequel George et Olivier vont se retrouver. Ce n'est pas un couple très exploité dans ce premier tome, il n'apparaît pas dans les couples mentionnés dans la NA du premier chapitre mais il va prendre de l'importance dans le deuxième tome. J'ai écrit un lemon pour ces retrouvailles et je voulais savoir si vous le vouliez ou non, sachant que ça ne changera rien à l'histoire XD Je préfère demander vu que c'est un couple qu'on n'a pas encore vu ensemble :)
Sur ce, je vous dis à dimanche prochain pour le cinquante-deuxième chapitre qui s'intitulera «Inquiétudes et retrouvailles» =) Passez une bonne semaine, portez-vous bien et bisous tout le monde !
