Long time no see ! Motivation en berne mais voici tout de même un nouveau chapitre ! Un merci tout particulier aux lecteurs qui m'ont laissé un message ces dernières semaines, ça m'a vraiment donné un coup de jus pour terminer la traduction du chap'. Sur ce, je vous souhaite une très bonne lecture 。◕ ‿ ◕。 - Opast
Chapitre 36
"…Il y aura des périodes difficiles, mais c'est en les surmontant que nous deviendrons une société plus forte et unie."
Des applaudissements tonitruants retentirent à travers la salle et l'homme sur l'estrade y répondit d'un signe de tête reconnaissant. Depuis l'étage, Izar l'observa d'un air sombre ajuster ses lunettes, baisser les yeux sur ses notes avant d'à nouveau diriger son attention vers le public. Un véritable politicien. Parfois, il se demandait quel était son vrai visage. Un Seigneur des Ténèbres ? Ou un politicien fourbe ? Il était évident qu'il s'agissait d'un peu des deux, jamais une de ces facettes plus que l'autre. C'était un parfait équilibre entre Tom Jedusor et le Seigneur des Ténèbres Voldemort.
Izar baissa la tête et pressa son front contre la balustrade pendant qu'il continuait son discours. C'était officiel. Tom Jedusor, l'ancien Sous-secrétaire, remplacerait Rufus Scrimgeour pour le poste de Ministre de la Magie. Bien que l'attaque sur Poudlard avait eu lieu il y a quelques heures, Tom Jedusor s'était rendu au Ministère afin de rencontrer le Conseil d'administration et plus tard, la presse. Après d'intenses discussions à huis clos, il était désormais de notoriété publique que Rufus Scrimgeour avait été relevé de ses fonctions pour son manque de jugement et ses nombreuses tentatives infructueuses afin d'éliminer le Seigneur des Ténèbres.
Le public avait été indigné d'apprendre que Poudlard avait été attaqué. C'était exactement comme l'avait prédit Voldemort. Mais quand celui-ci n'avait-il pas raison ? Les choses se sont encore mieux déroulées pour lui lorsque les législateurs et la presse ont appris que Rufus s'était associé à une Comtesse des Ténèbres.
Izar en vint à ressentir des remords pour Scrimgeour. Ce dernier avait débuté fort son mandat, mais les pressions constantes exercées par le public et le Seigneur des Ténèbres avaient été destinées à le renverser tôt ou tard. Il n'avait été qu'une simple marionnette ayant permis d'asseoir le régime de Voldemort. Et Izar savait que Rufus en était conscient. Il se demanda s'il allait accepter de rendre les armes. Suivrait-il ses conseils et allait-il fuir la Grande-Bretagne ? Ou possédait-il une autre carte dans sa manche ?
"Même s'il a été envisagé que Rufus Scrimgeour soit le dirigeant de ce pays, il lui manquait l'expérience nécessaire afin de gérer les choses avec efficacité. Il a cédé sous la pression et a pris de mauvaises décisions. Cependant, M. Scrimgeour avait raison sur une chose : son plan stratégique de changement. Cette société doit se préparer à la survenue de changements en phase avec notre époque qui évolue. Vous constaterez que de nombreuses nouvelles mesures seront mises en place durant mon mandat et ce faisant, je prévois de garder à l'esprit la sécurité et le bien-être de la population."
Izar ouvrit les yeux et sourit avec amertume. Quel genre de leader serait Voldemort ? Ferait-il sombrer la Grande-Bretagne dans le chaos ? Ou en ferait-il un meilleur endroit pour les sorcières et sorciers y résidant ? Il avait supposé et cru que c'était cette dernière hypothèse. Voldemort voulait effacer l'influence moldue et ainsi, rendre le monde sorcier plus puissant. Mais Izar n'était pas un imbécile. Il savait que des individus se retrouveraient inévitablement du mauvais côté des lois qu'il appliquerait.
"En tant que nouveau Ministre de la Magie, je fais le serment de créer un environnement sûr où vos enfants pourront y grandir et prospérer. Nous serons plus forts que jamais."
Et ainsi dans quelques décennies, tu feras ton retour en Grande-Bretagne et démantèlera cette société durable que tu avais bâtie juste pour le plaisir, n'est-ce pas, Tom ? Izar ne pouvait imaginer Voldemort ne ciblant pas de nouveau la Grande-Bretagne dans quelques décennies. Elle sera toujours sa maison... son territoire. Ses interminables années d'immortalité le mèneraient ici plus qu'ailleurs. Juste afin de pouvoir jouer avec et la revendiquer encore et encore.
Posant son menton sur sa paume, Izar s'interrogea brièvement sur l'avenir en règle générale et… le sien. Allait-il vraiment avoir une vie sans fin ? Le sacrifice de Lily clôturait-il la vision qu'avait eue Aiden ? Il—
"Êtes-vous prêt, mon Seigneur ?" se moqua de lui une voix. Derrière lui, Rookwood ajusta son masque de Mangemort et émit un rire bas. "Tu ferais bien de boire le Polynectar. Il a presque fini son discours." Bellatrix se tenait silencieusement aux côtés de ce dernier, son imprudence s'étant remarquablement atténuée depuis qu'elle avait eu vent de l'état de son neveu.
Izar baissa les yeux sur la fiole dans sa main avant d'examiner l'immense robe qui noyait son corps mince. Il ne savait pas comment Drago s'en sortait. Bon sang, il pouvait très bien être mort à l'heure actuelle, mais Izar n'avait rien demandé à Bellatrix et n'avait pas fait l'effort d'aller le visiter. Il était occupé après tout. Dès que la bataille s'était terminée, le jeune Black avait été emmené par un Seigneur des Ténèbres préoccupé puis forcé de se conformer à son plan de dernière minute.
Oui, Izar n'avait pas pensé outre-mesure à Drago. Tout du moins, c'était ce qu'il aimait se dire tout en ignorant la sensation désagréable dans son estomac.
Voldemort était en action depuis que les Malefoy avaient transplané du lac gelé. Il ne lui avait pas tant parlé que ça en dehors de lui instruire quoi faire concernant leur stratagème politique. Leur incapacité à discuter comme des adultes raisonnables le faisait se sentir quelque peu isolé et seul. Izar aurait aimé lui parler de... certaines choses. Et il savait que son emploi du temps ne deviendrait désormais que plus chargé.
Izar se permit, juste une seconde, de s'enfoncer dans la déprime qui le guettait constamment. Il détestait vraiment cette phase de leur jeu.
Puis, il repoussa ce sentiment de vulnérabilité et étouffa les émotions qui ne lui étaient pas familières. Il était plus facile de se concentrer sur une chose à la fois. Être assailli par tout en même temps l'handicapait. Être invalide maintenant ne ferait que le desservir. Pas quand Voldemort avait besoin de lui pour jouer son rôle.
Izar avala cul-sec le Polynectar. Ses paupières se fermèrent brièvement, la mixture épaisse semblant geler ses entrailles. Quelques instants plus tard, il se plia en deux et serra la mâchoire tandis que son corps commençait à s'étirer et se transformer.
Il ne fallut pas longtemps pour que ses cheveux noirs s'allongent et deviennent lisses. Son corps fit rapidement de même et atteignit une taille qu'il n'aurait jamais pensé connaître un jour. Izar se redressa, sa robe épousant désormais plus étroitement son corps. Lentement, il remonta ses mains à hauteur d'yeux et se concentra sur ce que la sensation d'être un adulte lui procurait. Lorsqu'il avait eu une poussée de croissance l'été de son seizième anniversaire, il s'était senti supérieur et tellement plus en adéquation avec lui-même du fait d'être plus grand. Mais ça... c'était quelque peu bouleversant.
"Qu'est-ce que ça fait ?" s'enquit Rookwood en plissant le regard dans sa direction. "D'être dans le corps du Seigneur des Ténèbres ?"
Izar cligna des yeux vers lui, Rookwood ayant d'ordinaire à peu près la même taille que lui. Désormais, celui-ci était nettement plus petit. Était-ce ce que voyait Voldemort lorsqu'il le regardait ?
"Franchement, il y a de quoi avoir la nausée," lui répondit-il avant de faire une pause. Un rictus étira ses lèvres. Sa voix… il lui faudrait un certain temps pour s'y habituer. Cette voix pouvait être une arme à part entière, Izar le savait par expérience. Il avait juste besoin de s'exercer à l'utiliser.
Le jeune sorcier toucha nonchalamment son cou à l'endroit où devaient normalement se trouver des écailles noires, mais fut heureux de constater qu'elles étaient toujours dissimulées par les glamours. Lui et Voldemort avaient planifié cela à l'avance et avaient donc placé les glamours indispensables sur son corps en prévision de l'usage du Polynectar. Même sa bouche avait reçu un glamour afin de cacher ses crocs et sa langue fourchue.
Dénombrer les attributs non-humains de Voldemort n'était pas ce qu'il y avait de plus pressant. Sa magie, en revanche... Izar n'avait jamais pu discerner sa propre aura. Mais curieusement, il était capable de percevoir ce que Voldemort ressentait dans son propre corps, dont les extrémités étaient littéralement inondées de magie. C'était comme si de l'eau fraîche coulait le long de ses doigts et renvoyait des décharges d'énergie dans ses bras. Ce n'était pas une sensation envahissante, Izar comprenait que Voldemort puisse s'y habituer avec le temps. Personnellement, il trouvait ça très agréable. Détenir autant de pouvoir sur les gens...
Pourquoi ne te sers-tu pas de ta magico-sensibilité ? Tu serais invincible…
Izar laissa retomber ses bras et fit lentement des allers-retours afin de s'habituer à sa nouvelle taille. Il songea malgré lui aux paroles de Rufus lors de la bataille d'il y a quelques heures seulement. Ses propres valeurs l'avaient-elles empêché de se servir du pouvoir inoculé par Cygnus dans son ADN ? Pourquoi, après avoir tué tant de sorcières et sorciers, hésitait-il à prendre pour cible leur noyau magique ? S'il comptait les tuer de toute manière, qu'est-ce que ça pouvait bien changer ?
Était-ce à cause de son sens moral ? Ou était-ce comme il l'avait affirmé auprès de Rufus : il s'ennuyait juste et avait besoin d'être challengé ?
"Peut-être les deux," murmura-t-il pour lui-même. Était-il même possible de posséder un raisonnement contradictoire avec ses convictions ?
Ses yeux se rétrécirent. Ces derniers jours, Izar s'était beaucoup remis en question concernant ses actes. Qu'est-ce qui le faisait ainsi douter ? Et qu'il se pose autant de questions n'était certainement pas sain. Personne n'était là pour y répondre, pas même lui-même. Sa voix de la raison était étrangement silencieuse, semblant attendre qu'il fasse les bonnes déductions seul.
Voldemort s'exprima de nouveau, ce qui provoqua un tollé et Izar se rapprocha alors lentement de la balustrade.
"Il vient d'informer la presse et le public qu'il va s'entretenir avec le Seigneur des Ténèbres," murmura Rookwood. "Ils sont loin d'être ravis."
Izar souffla du nez. "Ils savaient depuis le début que Jedusor prévoyait de conclure un traité avec lui. Il avait dit à la presse qu'il ne suivrait pas les traces de Scrimgeour mais accepterait de s'accommoder à certains des 'souhaits' du Seigneur des Ténèbres." Ses yeux cramoisis s'attardèrent sur les journalistes en train de chuchoter frénétiquement entre eux. Malgré le public en effervescence, il semblerait qu'ils étaient tout aussi excités qu'effrayés.
Les temps changeaient. Et tout le monde allait dériver avec le courant.
"Plusieurs membres du Magenmagot seront présents lorsque je m'entretiendrai avec le Seigneur des Ténèbres," poursuivit Jedusor en levant la main pour apaiser la foule qui se calma immédiatement. "Comme je l'ai dit à plusieurs reprises, je pense que le Seigneur des Ténèbres va vers de tels extrêmes dans le but de faire entendre sa voix. Notre entretien donnera lieu à une discussion des projets de lois et certaines se devront d'être ajustées. J'ai des raisons de croire que les rangs du Seigneur des Ténèbres grossissent. Nos alliés au Ministère se raréfient et depuis l'attaque de la nuit dernière sur Poudlard, de nombreux pays étrangers ne sont que peu disposés à conclure une alliance avec nous."
Jedusor sourit tristement. "Vous avez ma parole que je n'adopterai jamais de politique qui nous serait nuisible. Mais il y aura indubitablement des changements drastiques auxquels vous devrez vous accoutumer. Préféreriez-vous cela à une guerre interminable et particulièrement meurtrière ?"
Il fit un dernier signe de tête avant de quitter l'estrade. Son Sous-secrétaire, dont le visage n'évoquait rien à l'esprit d'Izar, prit sa place et commença à faire leurs adieux à la presse.
Le jeune Black réfléchit un instant à la situation. Voldemort aurait beaucoup à gérer. Il allait avoir besoin autant que possible d'alliés au sein de la presse et du public. Limiter les dégâts que risqueraient de provoquer les nouvelles règles mises en œuvre et s'assurer que des rumeurs positives courent sur le compte de Jedusor concernant sa manière de diriger la Grande-Bretagne.
Et pour une raison ou pour une autre, Izar avait l'intime conviction que Voldemort avait déjà tout planifié. En fait, il était même sûr qu'il avait déjà envoyé ses troupes parcourir la Grande-Bretagne afin de dépeindre Tom Jedusor comme un héros. Il avait toujours cinq longueurs d'avance sur tout le monde.
"Prêt ?" s'enquit Rookwood.
Izar lui jeta un coup d'œil, son regard déviant sur une Bellatrix silencieuse. Elle se tenait à l'écart, son masque plaqué or étant la seule chose visible dans l'alcôve où ils se trouvaient.
"Ne t'inquiète pas pour elle," souffla Augustus. "Cela prendra du temps mais elle redeviendra elle-même." Il lui fit un clin d'œil de derrière son masque. "Hormis l'état de son neveu, les Lestrange en ont pris un sacré coup durant la bataille. Son mari est le seul survivant."
"Je l'ignorais," répondit simplement Izar. "Barty Croupton Jr. a aussi—"
"Je sais," le coupa Rookwood avec aigreur. "C'était un homme bon et un bon sorcier. Nous sommes beaucoup à avoir sacrifié notre vie pour cette cause. J'espère seulement que le Seigneur des Ténèbres comprend cela et fera de son mieux pour améliorer la situation en Grande-Bretagne."
Izar le fixa, le regard perdu dans le vague, son estomac se serrant à l'entente de son aveu. Que dirait Rookwood s'il découvrait que tout cela n'était qu'un divertissement pour Voldemort ? Juste une phase de sa longue vie d'immortalité ?
Putain de merde. Izar se détacha de la balustrade et quitta l'alcôve pour se diriger vers la Chambre Verte. Pourquoi se ramollissait-il ainsi ? Il avait l'impression de se transformer en bouillie émotionnelle. Il avait besoin de Voldemort. Il avait besoin que celui-ci le ramène à la raison. Izar voulait redevenir le sorcier flegmatique ayant du mal à comprendre les sentiments des autres. Mais désormais, il sympathisait même avec Rookwood et déplorait la mort de Croupton Jr. Il commençait à trop se raccrocher aux gens. Un peu d'attachement émotionnel était compréhensible, mais autant… c'était malsain et pathétique.
Izar fut vaguement conscient des deux Mangemorts derrière lui essayant de suivre son rythme. Il mit sa capuche, qui recouvrit tout sauf ses lèvres fines. Ses pas d'abord hachés commencèrent lentement à se muer en foulées gracieuses, comme s'il glissait sur le sol. Les employés du Ministère qu'il croisa s'arrêtèrent net et le fixèrent, presque horrifiés. Izar s'était assuré qu'il se trouvait près de la Chambre Verte durant la conférence de presse de Jedusor. Il ne serait pas bon d'être possiblement scruté ou interrompu avant qu'il n'ait une chance de mettre en marche le plan prévu.
Finalement, Izar fit halte devant une double porte d'un saisissant vert émeraude. La Chambre Verte. Elle avait été nommée ainsi pour symboliser un terrain neutre où deux partis ayant la volonté de parvenir à un règlement pacifique pourraient se rencontrer.
Les deux Aurors postés devant la double porte eurent une grimace de mépris en le voyant arriver, l'envie de dégainer leurs baguettes les démangeant.
"N'essayez même pas," siffla faiblement Izar qui essayait toujours de s'habituer à sa nouvelle voix. "J'ai rendez-vous avec le Ministre Jedusor. Vous pouvez soit me laisser entrer, soit cette entrevue sera ajournée."
"Y a-t-il un problème, messieurs ?" s'enquit une sorcière qui venait d'ouvrir l'une des portes. Ses yeux parcoururent de haut en bas Izar-Voldemort avant de se tourner vers les Aurors. "Nous nous étions mis d'accord sur le protocole. Laissez-le passer."
Ces derniers s'écartèrent à contrecœur tout comme la politicienne afin de lui permettre d'entrer. Sans hésitation, Bellatrix et Augustus s'avancèrent et pénétrèrent les premiers dans la pièce, faisant office de gardes du corps. Quelques secondes plus tard, Izar entra à son tour et s'approcha du groupe d'hommes réunis autour d'une grande table.
Il semblait y avoir une dizaine de membres du Magenmagot accompagnant Tom Jedusor alors que ce dernier était assis à l'autre bout de la table. Cinq Aurors qui n'étaient aujourd'hui que spectateurs silencieux se trouvaient appuyés contre le mur. Dès qu'Izar-Voldemort fit son entrée, Jedusor se leva et posa ses deux mains sur la table.
"Si j'avais su que notre rendez-vous comprendrait une démonstration de force, Monsieur le Ministre, alors j'aurais amené plus d'hommes avec moi," lança Izar depuis son côté de table. Comme c'était une expérience bizarre. Et franchement, c'était suffisamment amusant pour soulager ses angoisses. Du moins pour le moment. "J'ignorais que vous aviez besoin d'autant d'hommes avec vous, et ce sur votre propre territoire."
Izar n'avait reçu aucune directive. Voldemort ne lui avait fourni qu'une liste de lois qu'il souhaitait voir abordées lors de cette entrevue. Lorsqu'il avait demandé comment il lui fallait procéder, le Seigneur des Ténèbres avait juste souri imperceptiblement avant de répondre : "Agis comme à l'accoutumée, mon enfant. Nous sommes remarquablement semblables, toi et moi."
Jedusor l'observa par-dessus la monture de ses lunettes, d'apparence épuisé mais strict, ayant tout l'air de ce à quoi un homme dans sa position devait ressembler. "Vous êtes l'initiateur de cette rencontre, Lord Voldemort. Pas moi. Pardonnez-moi d'assurer ma propre protection, j'ai été nommé Ministre il y a seulement deux heures."
"À juste titre," répondit sèchement Izar. "Je ne me soucie que de votre bien-être. Combien de temps faudra-t-il aux sorciers qui vous entourent pour qu'ils vous fassent craquer à l'instar de Rufus Scrimgeour ? Ils aiment prêcher qu'ils vous soutiennent mais en réalité, ils vous mangeront tout cru." Les membres du Magenmagot dardèrent sur lui un regard noir, leurs expressions faciales variant de la peur à la rage.
"J'apprécie votre inquiétude et vous en suis reconnaissant," répondit Jedusor d'une voix traînante. "Mais n'êtes-vous pas celui qui a brisé la volonté de M. Scrimgeour ?"
Izar-Voldemort pencha la tête sur le côté, conscient de la présence de Bellatrix et Augustus placés de chaque côté de lui. "Peut-être pourriez-vous me considérer comme un facteur de sa chute." Il sourit de toutes ses dents. "Mais je n'en ai jamais eu après lui. Tout comme avec vous, j'ai voulu programmer un entretien pour discuter de mes requêtes. Il a refusé. J'ai répondu en conséquence." Il traça de ses doigts araignées le bord de la table. "Prions juste pour que vous ne preniez pas les mêmes décisions que le vieux Scrimgeour."
L'un des membres du Magenmagot se leva brusquement, son visage aussi rouge que sa robe cramoisie. "Et pourquoi ne pourrions-nous pas simplement te tuer sur-le-champ, espèce de salaud ? Discuter de tes requêtes ? Je ne crois pas."
Izar s'installa calmement dans un fauteuil et le dévisagea, ses yeux toujours voilés par sa capuche. Il caressa de son ongle acéré le sourire défigurant ses traits, ce qui intimida suffisamment son locuteur pour le faire se rasseoir. "C'est une très bonne question, mon bon monsieur," murmura-t-il doucement. Son doigt sur sa lèvre inférieure arrêta de bouger et il plaça sa main sur la table. Tous les regards étaient maintenant rivés sur l'appendice comme si des éclairs avaient jailli du bout de ses doigts. "Et il existe une réponse simple."
Izar se mit à réfléchir à toute vitesse, tentant de trouver une réponse qui sonnerait suffisamment politique et menaçante à la fois.
"Qui est ?" le pressa Jedusor avec dérision. Néanmoins, en l'observant attentivement, ses yeux bruns scintillaient presque de délice.
Izar relâcha un petit rire et agita négligemment la main. "J'ai laissé la vie sauve aux étudiants dans un seul et unique but. Pouvoir en tirer profit. Vous ne pensez tout de même pas que j'ignore où les professeurs ont conduit les étudiants pendant et après l'attaque ?" Ces paroles drainèrent toute couleur du visage des membres du Magenmagot. "En effet, alors que certains parents ont emmené leurs enfants avec eux, la majorité des étudiants ont été envoyés à l'institut Durmstrang sous la garde d'Igor Karkaroff. En ce moment même, mes hommes encerclent cette école réputée intraçable. Un autre groupe attend devant le Ministère. Vous êtes présentement faibles et vulnérables. Une simple directive de ma part déchaînera une série d'attaques dont vous ne pourrez espérer vous remettre."
"Vous n'auriez pas le temps de donner un tel ordre. Pas si nous décidons de vous abattre sur-le-champ," le mit en garde un autre membre du Magenmagot.
Izar tourna la tête vers lui et le jaugea du regard, l'expression sinistre. "Croyez-vous vraiment cela ?"
"Tu es un monstre," cracha la seule sorcière du groupe.
"Cette insulte m'a frappé en plein cœur, madame," rétorqua-t-il d'une voix cynique. À ses côtés, Rookwood ricana. Réprimant sa jubilation, le jeune Black put voir cette femme à l'air sévère virer rouge écarlate.
"Vous êtes un monstre, cela ne fait aucun doute," prononça Jedusor, ramenant ainsi l'attention sur lui. "Vous avez tué des centaines de moldus et de sorciers. Vous avez semé la terreur dans toute la Grande-Bretagne et même dans certains pays voisins."
"Et où voulez-vous en venir avec ça, Monsieur le Ministre ?" l'interrompit Izar avec irritation. "C'est exactement ce pourquoi je suis ici. Vous pouvez soit travailler avec moi afin de reconstruire la Grande-Bretagne, soit je m'y attellerai par la force. Et nous savons tous deux que la peur assujettit." Il lui adressa un grand sourire, le savoir commun d'un secret bien sombre flottant entre eux deux. Après tout, c'était la peur qui avait permis à Jedusor d'être élu. Ils étaient tous contrôlés par sa main tels des moutons sans cervelle.
Jedusor prit une profonde inspiration, s'appuya contre le dossier de son siège et le fixa avec impassibilité. "Laissez-moi mettre une chose au clair, Lord Voldemort. Je ne serai pas, ni ne serai jamais votre marionnette. Si je n'aime pas l'une de vos mesures, nous l'ajusterons jusqu'à ce que nous tombions tous deux d'accord. Devenir un Ministre fantoche n'a jamais été mon souhait. Je dirige ce pays, et non vous."
Oh, Jedusor se montrait féroce et possessif. Tout comme il l'avait imaginé. La Grande-Bretagne lui appartenait et il ne devait jamais contester ou remettre en question cette affirmation. Pendant un long moment, Izar demeura silencieux, à court de mots et tentant de se ressaisir. Il savait que Jedusor se donnait en spectacle devant le Magenmagot. Que ses membres fassent office de témoins était une bonne idée de sa part. Ils étaient les porte-paroles de la société.
Toutefois, Izar se trouva profondément affecté par ces mots. Il leva lentement le menton et défia Jedusor du regard. En cet instant, ce n'était pas Lord Voldemort et Tom Jedusor qui se faisaient face. C'était Izar et Voldemort et ils en avaient tous deux très bien conscience.
"Pour le moment," murmura-t-il d'une voix d'outre-tombe. Izar ne sut dire ce qui l'avait poussé à proférer ça. Contester la revendication du Seigneur des Ténèbres sur la Grande-Bretagne n'avait jamais été dans ses intentions; ces mots avaient trop rapidement glissé de sa bouche pour qu'il puisse les stopper. Néanmoins, c'était quelque chose que Lord Voldemort aurait très bien pu dire, n'est-ce pas ?
Les yeux de Jedusor ne s'écarquillèrent qu'une fraction de seconde avant de se plisser, simple signe qu'il avait cerné le sens caché de sa menace. "En effet," répondit-il sombrement. Il fit signe au sorcier chétif à ses côtés qui trempa aussitôt sa plume dans un encrier. "Commençons, voulez-vous ? Quelle est votre première demande, Lord Voldemort ?"
Izar savait que le temps qui lui était accordé sous Polynectar était compté. Il décida donc de se lancer sur le sujet le plus urgent.
"La pratique de la magie noire."
{Death of Today}
Izar,
Je t'écris ceci, non pas pour te demander pardon, mais pour que tu comprennes l'étendue de mon amour pour toi. J'ai abandonné la bataille pour obtenir ta garde parce que j'en suis venue à accepter le rôle que Regulus occupe dans ta vie. Pas seulement à cause de ça, mais aussi parce que je peux voir que tu n'es plus un enfant qui a besoin de sa mère ou de son père. Tu es devenu un sorcier mature et débrouillard qui n'a plus besoin de ses parents pour lui dire quoi faire.
C'était peut-être la chose la plus difficile à accepter, le fait que tu n'aies plus besoin de nos conseils.
À présent, tu dois être au courant que j'ai créé un Horcruxe afin de te protéger de Cygnus Black. Assez curieusement, j'ai pu découvrir que prendre cette décision a été le choix le plus facile auquel j'ai jamais été confronté. Tu vois, ce jour où je t'ai tenu dans mes bras après t'avoir donné naissance, j'ai été submergée par un sentiment d'amour et un désir de protection implacables. On dit que l'amour d'une mère ne connaît pas de barrières. Je savais que la progéniture de Regulus avait une chance de posséder la malédiction de Cygnus. Et à cause de ça, j'ai décidé de te protéger, ainsi que tes descendants, de lui. J'ai déchiré mon âme dans cet unique but et je le referais même en connaissant les conséquences de mes actes.
Le temps s'écoule différemment lorsque tu ne vis plus qu'avec une demi-âme. Les jours se transforment en mois et les mois deviennent rapidement des années. Il y a des mois et même des années entières dont je ne peux me souvenir après avoir créé l'Horcruxe. Il n'y a pas d'émotions ressenties me rattachant à ces souvenirs, ainsi, ces derniers m'échappent tout comme la notion du temps. James et les Guérisseurs pensent que je souffre d'une grave dépression et ils m'ont donné des potions pour m'aider à ressentir de nouveau. Au début, ça fonctionnait un peu. Néanmoins, maintenant, je suis de plus en plus malade chaque jour, et chaque jour, mes émotions se volatilisent de plus en plus. Je suis une coquille vide à tous points de vue, ne réagissant que lorsque j'éprouve occasionnellement quelque chose.
Je ne te dis pas tout cela pour que tu aies pitié de moi, Izar. J'essaie seulement de t'expliquer les raisons qui m'ont poussée à prendre certaines décisions dans ma vie. Je suis d'accord que je n'avais pas le droit de trahir Regulus de cette manière mais je me sens rarement coupable quant à mes actes passés. C'est à ton égard que je ressens le plus. C'est presque comme si mon autre moitié d'âme résidait en toi désormais, t'accompagnant partout où tu vas. Je regrette de t'avoir placé dans un orphelinat qui t'a si injustement traité. Mais comprend que j'ignorais qu'ils seraient si cruels envers un enfant. Ils craignaient tes capacités et ne s'apercevaient pas que tout ce dont tu avais besoin était de l'amour.
Un amour que tu n'aurais pas non plus pu trouver avec moi. Bien que j'en ressens parfois pour toi, ce n'est jamais resté de façon permanente. Je me suis repliée sur moi-même, simple spectatrice du temps qui passe. Tu n'aurais pas été mieux avec une mère incapable de s'occuper de toi. Tu aurais très probablement grandi en me haïssant. Une fois de plus.
Malgré tout ce que j'aurais pu faire différemment, une chose reste constante. Je t'aime de tout mon cœur. Et je sacrifierais tout ce que j'ai pour te garder en sécurité.
Aie une vie longue et heureuse pour moi, Izar.
Ta mère,
Lily.
Izar fixa longuement la lettre. Il l'avait enfin ouverte après des mois à être restée dans la poche de sa cape laissée à la base de Voldemort. Elle lui avait été remise par Regulus le jour où ils avaient appris que Lily abandonnait la bataille pour sa garde. Il ne l'avait jamais lue jusqu'à présent, l'oubliant toujours ou décidant que ce n'était pas le bon moment pour penser à elle ou à ses sacrifices.
Il brandit la photo jointe à la lettre. Elle avait manifestement accouché dans un hôpital moldu car l'équipement autour de son lit était entièrement moldu et la photo n'était pas animée. Lily était assise dans son lit avec un grand sourire alors qu'elle berçait un nouveau-né aux cheveux noirs contre sa poitrine. Ses cheveux roux étaient longs et ondulés, cascadant le long de son dos et de ses épaules en vagues soyeuses bien qu'humides de sueur. Malgré la technologie moldue, Izar pouvait facilement déceler l'éclat que ses yeux verts avaient autrefois abrité.
Il tenait entre ses mains le dernier jour de normalité de Lily Evans. Il se souvint de son Horcruxe lui disant qu'elle avait passé une journée entière à le tenir. Ç'avait probablement été une journée douce-amère pour elle. Savoir qu'elle venait de donner naissance à un magnifique bébé seulement pour devoir le quitter après.
Et Lily avait raison. Elle aurait pu faire les choses différemment mais s'en était abstenue. Il ne servait à rien de s'attarder sur ce qui aurait pu se produire d'autant plus quand Izar était relativement heureux de ce qu'il était devenu. Il se rendit compte qu'il ne lui en voulait aucunement qu'elle l'ait confié à un orphelinat. Et bien qu'il se sentait désolé pour Regulus forcé à la réclusion, il ne vouait pas de haine envers Lily. Cette dernière et Regulus avaient été très jeunes à l'époque et s'étaient tous deux retrouvés pris dans une guerre d'adultes. Ils étaient destinés à faire des erreurs. En tout cas, leur querelle ne le concernait pas.
Izar tapota de ses doigts les bords de la photo. Il lui fallait accepter ce que Lily avait sacrifié pour lui. Il était enfin temps de mettre fin à cette vieille question conflictuelle.
Izar n'avait jamais connu l'amour de sa mère mais il était toujours en vie à cause de celui-ci. Qu'une personne puisse l'aimer au point qu'elle en est prête à sacrifier jusqu'à son âme pour lui le troublait. C'était un acte pur et désintéressé qu'Izar avait du mal à accepter. Il en était venu à... chérir Sirius et Regulus mais jamais autant que Lily à son égard. Et dire qu'il ne l'avait jamais rencontrée... Il ne lui avait rien donné en retour, et pourtant, Lily avait choisi de vivre l'enfer sur terre afin de le sauver.
C'était… inconcevable pour lui. Complètement déroutant. Et il n'aimait pas être confus.
Mais ensuite, elle avait justifié cela en évoquant l'amour d'une mère. Un parent était-il prêt à aller aussi loin pour un enfant qu'il n'avait pas élevé ?
Izar se leva du canapé, traversa le salon et entra dans la salle de bain. Il s'observa dans le miroir et ajusta son costume moldu. Lily aurait pu avoir agi par culpabilité. Ses actions auraient pu provenir du fait qu'elle avait ruiné la vie de Regulus et conçu un enfant pour faire du chantage. Peut-être qu'elle avait ainsi créé un Horcruxe pour se rassurer et alléger sa culpabilité.
C'était la seule explication logique qu'Izar pouvait trouver pour expliquer pourquoi Lily avait tant sacrifié. L'amour d'une mère n'était certainement pas si fort. Il ne pouvait concevoir un amour aussi extrême. Mourir pour quelqu'un…
Soudain, Izar se demanda s'il pouvait mourir pour Voldemort.
Il pinça les lèvres et se détourna de son reflet, dégoûté par ses propres pensées. Il réfléchissait au sujet de Lily, pas Voldemort. Il repenserait à ça plus tard, beaucoup plus tard lorsqu'il n'aura plus autant de choses à l'esprit.
Néanmoins, malgré ses incertitudes concernant les actes de sa mère, Izar reconnut ressentir de la gratitude pour ses sacrifices. Il avait un profond respect pour elle et se demanderait toujours ce que cela aurait été d'apprendre à connaître la vraie Lily. Et à cause de tout ce qu'elle avait fait pour lui, il estimait qu'il était de son devoir d'assister à ses funérailles et de lui faire ses adieux en bonne et due forme.
Avec l'absence prolongée de Voldemort, Izar était libre d'aller où il voulait dans la base sans qu'un Seigneur des Ténèbres ne lui souffle sur la nuque. Le rendez-vous d'hier matin s'était déroulée comme prévu et il était fier de lui-même pour avoir raisonnablement bien joué son rôle devant un panel de membres du Mangenmagot. Tom Jedusor avait pu obtenir ses fichues lois et les rédigeait actuellement avec le tribunal. Il n'allait pas falloir longtemps pour que le public en soit informé.
Curieusement, Dumbledore et Scrimgeour ne s'étaient pas manifestés. Aucune activité venant des deux partis n'avait été détectée. Izar était quelque peu déçu. La bataille de Poudlard avait eu lieu il y a plusieurs heures mais de son point de vue, il s'était déjà passé une éternité depuis.
Le jeune sorcier balaya du regard une dernière fois ses appartements avant de transplaner.
{Death of Today}
Les invités étaient maintenant tous partis. La cérémonie d'enterrement avait été relativement courte et modeste. Izar n'avait pas reconnu beaucoup de visages. Bien sûr, il avait tout observé de loin, ne souhaitant pas porter de glamour durant les funérailles de sa mère mais n'ayant pas non plus l'intention d'être capturé par les Aurors environnants.
Izar s'approcha lentement de Potter qui se tenait au bord d'une colline enneigée face à la mer, paraissant inhaler la brise saline. "Je ne pensais pas que tu viendrais," lui adressa-t-il sans se retourner.
Le jeune sorcier ralentit, se demandant s'il avait fait plus de bruit qu'il ne le pensait. "Je t'avais dit que je lui présenterai mes respects durant ses funérailles." Izar s'arrêta à quelques pas de lui et tripota le lys blanc que ses mains renfermaient. "Merci de m'avoir averti de l'heure et du lieu…" termina-t-il avec maladresse.
Potter se retourna, l'observa de haut en bas et nota qu'il était élégamment habillé. Un sourire amer étira ses lèvres. "C'est étrange de te voir sans ton masque de Mangemort, il te va si bien."
Izar grimaça avec mépris. "Je ne suis pas venu ici pour me chamailler avec toi, aussi tentant que cela puisse paraître." Il relâcha ses bras le long de son corps et se dirigea progressivement vers le bord de la falaise, là où Potter se tenait aussi. "Je voulais te parler d'elle, de Lily." Ses doigts massant la tige du lys, le jeune Black se demanda quand il lui était venu à l'esprit de tout lui raconter. Malgré le refus de sa mère de mettre dans la confidence son mari, Izar sentait qu'il avait le droit de savoir.
"Et que pourrais-tu bien avoir à dire ?" murmura sombrement Potter. "Elle t'aimait plus que tout. Et tout ce que tu as fait était de continuer à la fustiger pour ses erreurs passées."
Izar plissa les yeux et fixa l'horizon avec ennui. "Qu'étais-je censé faire, Potter ? Changer de camp juste parce que ma mère perdue de vue a débarqué dans ma vie au moment où j'avais le moins besoin d'elle ?" Il lui jeta un regard en coin et vit la colère colorer ses joues. "Je lui avais pardonné, et elle le savait. Tu devrais avoir appris de Sirius que même ta famille ne peut faire basculer ta loyauté ou changer tes croyances. Nous étions dans deux camps opposés, Lily et moi."
Focalisé sur la mer, Izar laissa momentanément derrière lui la guerre, la politique et ses souvenirs. À l'heure actuelle, il n'était que le fils d'une femme décédée, essayant de faire comprendre la vérité à son mari veuf.
"J'ai une question pour toi," entama-t-il après un long silence. "Pourquoi continuais-tu de te faire souffrir ? Avais-tu commis un péché dont tu ne serais absous que si tu restais avec elle ?"
"Tu…" bredouilla James Potter, dont l'aura frémit avant de subitement s'apaiser. "Elle m'a demandé la même chose, quelques jours avant sa mort."
Izar baissa les yeux et contempla l'eau se déchaîner contre les rochers au pied de la falaise. L'écume bouillonnante qui s'accumulait contre la paroi rocheuse complétait ce saisissant tableau. C'était bon d'entendre que Lily avait eu conscience de ce que son mari avait dû traverser et qu'elle avait été aussi confuse que son fils quant à la raison pour laquelle il était resté à ses côtés. "Et que lui as-tu répondu ?" demanda Izar sans ambages, sincèrement curieux.
"... J'ai répondu que je l'aimais," prononça Potter d'une voix rauque. "Et c'est pourquoi je suis resté avec elle."
Cet amour… quel sentiment puissant, constata-t-il. Celui-ci poussait les gens à accomplir des actes stupides et altruistes. Mais c'était aussi quelque chose de ridiculement pur et innocent. Izar se jura de ne jamais sous-estimer le pouvoir de l'amour. C'était quelque chose d'indispensable à comprendre s'il allait un jour avoir affaire à un ennemi éperdument amoureux de quelqu'un d'autre. Bien sûr, il faudrait les surveiller de près et ne certainement pas les sous-estimer. Voldemort avait d'ailleurs tenu à l'éduquer sur ce sujet mais Izar encore trop inexpérimenté, n'avait pu saisir ce que le Seigneur des Ténèbres avait tenté de lui instruire à l'époque.
"Elle souffrait de dépression," commenta-t-il brusquement, voulant connaître la réaction de Potter.
"Elle te l'a dit ?"
Le jeune sorcier soupira. Est-ce qu'il croyait vraiment que la dépression était tout ce dont Lily avait souffert ? "Elle m'a dit beaucoup de choses que tu as, je pense, le droit de savoir." Izar se tourna pour l'observer et nota l'étincelle dans son regard. "Tu dois passer à autre chose, Potter. Tu ne peux pas vivre dans le passé, surtout quand tu as été tenu dans l'ignorance pendant si longtemps." Il fit une pause, remarquant l'impatience grandissante de son interlocuteur. "Elle n'était pas dépressive." Idiot. "Elle a créé un Horcruxe quelques jours seulement après m'avoir donné naissance."
À en juger par l'expression horrifiée de Potter, peut-être qu'il aurait pu annoncer ça avec plus de subtilité. Mais ce n'était pas son genre.
"Je… je ne comprends pas. Pourquoi aurait-elle fait quelque chose comme ça ?"
Intéressant. Izar s'était attendu à ce qu'il soit furieux contre lui pour avoir osé suggérer quelque chose d'aussi obscur. Au lieu de ça, l'horreur peinte sur ses traits laissa place à un profond chagrin mêlé à de la culpabilité. Et pour une raison inexplicable, Izar avait cru que Potter avait inconsciemment su pour Lily, mais ne l'avait jamais compris ou accepté. Désormais, il n'avait plus aucune chance de fermer les yeux sur ce qui venait de lui être révélé.
"Les Horcruxes sont admis comme la plus sombre forme de magie noire," expliqua nerveusement Izar. "Mais je peux t'assurer qu'elle a eu recours à ça pour ce qu'elle croyait être juste." Il hésita puis pinça les lèvres avant de poursuivre. "Pour faire court, elle a fabriqué un Horcruxe afin de me sauver d'une maladie héréditaire."
Le visage de James se décomposa et celui-ci couvrit ses traits d'une main. Izar se sentit quelque peu mal à l'aise en voyant ses épaules se mettre à trembler. "Pourquoi ne me l'a-t-elle pas dit ? Elle a souffert seule—"
"Non," contesta-t-il vivement, les yeux plissés. "Elle t'avait toi. Elle ne t'a juste pas dit qu'elle avait créé un Horcruxe car elle ne voulait pas que tu la voies comme un monstre."
Quelque chose sembla céder chez Potter; celui-ci se jeta sur Izar et referma ses poings autour de son col. L'Auror le souleva et le traîna jusqu'au bord de la falaise. Izar resta statique, impressionné par la force brute qu'il démontrait. Seule la pointe de ses chaussures effleurait encore la neige sous lui. Une seule poussée et il tomberait dans le vide. Malheureusement, ce ne serait pas suffisant pour le tuer.
"Comment peux-tu te tenir devant moi et me dire ça sans aucune réaction ?" s'écria James avec impétuosité. "Tu agis comme si son sacrifice n'était rien. Elle t'a tout donné !"
Izar rejeta la tête en arrière et fixa le ciel bleu. "Tu n'as pas le droit de me dire ce que je suis censé ressentir concernant ma propre mère, Potter," souffla-t-il d'un ton glacial. "Ce n'est pas parce que je n'éclate pas de rage comme toi que je ne sais pas apprécier ce que Lily a fait." Il détendit ensuite sa nuque et l'étudia avec calme.
Comme Potter était pathétique. Il avait besoin de jeter le blâme sur quelqu'un pour la culpabilité et la tristesse qu'il éprouvait, et en ce moment même, c'était Izar qui se retrouvait pris pour cible. C'était une réaction naturelle bien sûr, mais ce dernier n'aimait pas être accusé de ne pas se soucier suffisamment. Peu importait les intentions de Lily lorsqu'elle avait créé un Horcruxe, Izar lui en serait toujours reconnaissant. Admettre qu'il la respectait était déjà insolite de sa part, il n'avait pas besoin de pleurer sur l'épaule de Potter pour le prouver.
Ce dernier relâcha son col et prit ses distances comme s'il était dégoûté. "Vous êtes tous pareils," murmura-t-il d'une voix brisée. "Les émotions sont supposément pour les faibles."
Izar avait les talons dans le vide et les orteils enfoncés dans la neige. Pendant tout ce temps, il fut témoin de l'agitation interne chez Potter qui se débattait avec les informations venant de lui être transmises. L'air était chargé de peine et de souffrance, hier, et aujourd'hui encore… c'était asphyxiant. Il détestait l'admettre mais cela l'incommodait.
Voir la douleur qu'enduraient Potter, mais aussi Bellatrix et Narcissa lui avait fait prendre conscience que c'était un phénomène naturel inhérent à l'existence humaine. Être submergé par la tristesse, comme celle qu'il avait éprouvée lors de la mort de Sirius, était quelque chose qui pouvait endurcir un individu ou le laisser vide pour le reste de sa vie. Concernant Izar, la profonde douleur qu'il avait ressentie s'engourdirait peut-être avec le temps jusqu'à ce qu'elle disparaisse au cours de sa vie d'immortel. Mais d'autres n'avaient pas autant de chance. Ils n'avaient qu'une existence relativement courte et ne pouvaient considérer un décès comme une expérience à traverser avant de devenir plus tenace.
Izar baissa les yeux sur le lys qu'il tenait toujours et se dit qu'il convenait tout particulièrement à sa mère. Il sourit tandis que ses doigts caressaient les pétales. L'oublierait-il au fil des siècles ? Il en doutait fortement, ou en réalité, il avait plutôt peur de l'oublier, de même que Sirius. Aller de l'avant était comme affronter l'inconnu, à l'instar de la mort. Il fallait être très fort et déterminé pour garder le menton levé.
Se tournant vers la mer, le jeune Black caressa une dernière fois la fleur avant qu'il ne la lâche. Le vent s'empara d'elle, la fit valser un temps au-dessus de l'eau avant qu'elle ne chute en direction des vagues glacées. À travers ses cils baissés, Izar observa le lys lutter pour rester à la surface avant que la férocité de la mer ne l'engloutisse.
"Merci," lui adressa Potter. "Pour m'avoir parlé de Lily. C'est difficile en ce moment de gérer autant de choses… "
Le concerné inclina la tête et examina l'Auror, intrigué par ses sautes d'humeur. Il n'avait pas encore subi la colère de Lucius mais savait qu'elle viendrait. Il savait aussi qu'il allait devoir rendre visite à Drago à l'hôpital et se tenir à son chevet, en vain. Izar ne pouvait rien faire pour aider quelqu'un grièvement brûlé. Ses connaissances ne s'étendaient pas à l'anatomie humaine. Bon sang, il cherchait toujours un moyen pour pallier l'handicap moteur de Regulus.
Il ne pouvait rien faire.
Rien.
Un frisson parcourut son corps. Comme Potter, Izar était en proie à un immense sentiment de culpabilité et d'impuissance. C'était difficile d'en être certain, mais il pensait que c'était la première fois qu'il se sentait véritablement coupable. Eh bien, à part quand Daphné avait été empoisonnée lors du bal de Yule et aussi quant à son plan de dupliquer la bague Gaunt, ce qui allait l'amener à trahir Voldemort… ça, il ne s'était pas encore autorisé à y penser plus que de raison.
Drago était un sacré imbécile pour avoir protégé le faux Horcruxe. C'était sa faute ! Comment quelqu'un pouvait-il être si… si soucieux de rentrer dans les bonnes grâces du côté obscur ?
"Tu sais très bien que ce n'est pas pour ça qu'il a protégé l'Horcruxe," siffla une voix pernicieuse dans son esprit. "Il l'a protégé pour toi. Tu l'as poussé à croire que l'Horcruxe était important et qu'il devait le protéger au péril de sa vie. Mais en réalité, il voulait juste t'impressionner et se sentait redevable envers toi après que tu aies sauvé son père."
Izar pinça les lèvres et marcha avec raideur jusque James. "Tu ne peux pas changer ce qui s'est passé, Potter. Tu n'aurais pas pu l'en empêcher même en essayant." Il croisa gauchement les bras sur sa poitrine et grimaça. "La culpabilité que tu ressens est absurde et n'en vaut pas la peine. Passe à autre chose."
Potter remarqua sa posture maladroite et esquissa un sourire moqueur. "Tu es si compatissant," déclara-t-il avec cynisme. "Mais je comprends...". La situation était gênante autant pour l'un que pour l'autre; ils avaient tous deux leurs propres émotions à gérer. Seuls. "Merci d'être venu à ses funérailles. Elle aurait été heureuse que tu y assistes."
Izar hocha une fois la tête en guise d'adieu avant de passer devant lui et de descendre la colline. Ses narines se dilatèrent et sa vision commença à se brouiller. Il savait qu'il perdait le contrôle du peu de retenue qu'il possédait. Il ne faudrait pas longtemps avant que quelque chose ne le fasse partir en vrille. Tout était si étroitement empilé dans son cerveau qu'il avait du mal à raisonner logiquement sans disséquer chaque petit détail en profondeur jusqu'à l'épuisement. C'était déjà ce qu'il faisait d'ordinaire, mais ces derniers temps, il avait du mal rien qu'à l'idée de devoir réfléchir à ses problèmes. Drago, la mort, l'immortalité, Lily, Rufus, Lucius, la vision d'Aiden, cette transition dans sa vie… c'était le bordel. Mais normalement, il lui était désormais possible de rayer Lily de sa liste. Izar était convaincu qu'il lui avait permis de reposer en paix maintenant qu'il avait analysé la situation au mieux de ses capacités compte tenu des circonstances.
Dès qu'il fut au pied de la colline, le jeune Black transplana, espérant trouver des réponses dans l'isolement relationnel. Cependant, dès qu'il arriva à la base, il dut cligner des yeux plusieurs fois pour assimiler ce qu'il voyait. Il n'était décidément pas seul et n'allait pas pouvoir bénéficier du moment de solitude dont il avait besoin de sitôt.
Izar ne s'était pas attendu à ce que Voldemort soit présent à la base avant au moins quelques jours. Et pourtant, ce dernier était là, assis les jambes croisées dans un fauteuil. Ses longs doigts soutenaient son menton et la pulpe de son pouce était pressée contre ses lèvres. Ses yeux cramoisis l'observaient attentivement, avec suspicion. Sur la table voisine, il reconnut la lettre que Lily lui avait écrite avec la photo placée stratégiquement par dessus.
Izar tenta de se recomposer un masque d'impassibilité et de nonchalance. Ses yeux carmins étaient si pénétrants qu'il n'était pas sûr d'avoir réussi à camoufler son malaise.
"Tu es doué, mon enfant," murmura le Seigneur des Ténèbres de sa voix soyeuse avant de se pencher vers lui. "Mais pas si doué que ça."
Izar mit ses mains dans ses poches et s'appuya contre la cheminée. Il lui rendit son regard, n'aimant pas la façon dont Voldemort le sondait. "Je ne pensais pas que tu reviendrais si tôt à la base après l'élaboration des lois." Il pencha la tête sur le côté. "T'es-tu heurté à un obstacle ?"
Voldemort émit un petit rire mais ses yeux restèrent menaçants. "Je suis en pause déjeuner."
Izar vérifia l'horloge et nota qu'il était bientôt 17h. "Je vois," commenta-t-il. "Et je vois aussi que tu as trouvé de quoi lire pour t'occuper en mon absence. Quelque chose adressé à mon nom." Mais cela ne le mettait pas autant en colère que cela aurait dû. En vérité, il pensait qu'il était bon pour Voldemort de connaître le point de vue d'une femme ayant fabriqué un Horcruxe.
Voldemort se saisit de la lettre et l'inspecta de son regard froid. "Ce qui est à moi est à toi, ce qui est à toi est à moi," entonna-t-il d'un ton possessif. "Je ne dispose que de peu de temps à t'accorder avant de devoir retourner au Ministère. Je ne savais pas que ses funérailles étaient prévues pour aujourd'hui, sinon je t'aurais rejoins plus tôt." Il plia et reposa la lettre sur la table. "Voudrais-tu bien me dire ce à quoi tu penses ?"
S'appuyant davantage contre le manteau de la cheminée, Izar haussa les épaules. "Je n'ai rien en tête. Je suis juste un peu dépassé par la fin de la guerre, c'est tout."
Voldemort déplia ses jambes, se leva du fauteuil puis s'approcha de lui. "Arrêtons avec les mensonges, Izar. Même si tu n'y connais peut-être rien à notre lien, ce n'est pas mon cas. Je peux sentir ta nervosité et ta mélancolie. Et très franchement, je ne savais pas qu'il pouvait se passer quelque chose justifiant une telle réaction émotionnelle de ta part." Le Seigneur des Ténèbres s'arrêta juste devant lui. Un pli de contrariété avait élu domicile entre ses sourcils, comme s'il essayait de reconstituer quelque chose qu'il ne pouvait comprendre.
Je ne savais pas qu'il pouvait se passer quelque chose justifiant une telle réaction émotionnelle de ta part. C'était justement ça le propos. Izar réagissait-il de manière excessive ? N'y avait-il vraiment pas de quoi être tant préoccupé ? Si c'était le cas, alors pourquoi lui qui était d'ordinaire quelqu'un de froid, était-il à ce point… affecté par ces émotions étrangères ?
Et même s'il avait besoin de Voldemort pour l'aider à franchir cet… obstacle, ce dernier ne serait pas en mesure de l'aider. Le Seigneur des Ténèbres n'avait probablement jamais vécu ça auparavant et c'était à Izar d'y faire face et de surmonter ça seul. Et il en serait capable. Il le savait. Mais pour le moment, ça semblait bien loin de sa portée. Il avait l'habitude de faire les choses par lui-même. Quand avait-il donc commencé à dépendre de Voldemort ?
Après plusieurs minutes de silence, celui-ci caressa sa joue avec peu de douceur avant de se détourner. "Je ne peux pas t'aider si tu refuses de parler. J'espère que lorsque je reviendrai, tu m'accepteras auprès de toi en t'ouvrant à moi." Son ton était dur et cruel, contrairement à ses paroles.
Izar resta alerte, même lorsque Voldemort eut presque quitté la pièce. Dès que la porte se referma, il baissa la tête et couvrit son visage de ses mains. Lentement, ses ongles se transformèrent en griffes et entaillèrent sa peau alors que ses mains remontaient vers le haut. Il empoigna puis tira avec désespoir sur ses cheveux. Toutes ces émotions !
"Qu'est-ce qui ne va pas avec moi !" s'exclama-t-il avec véhémence, se jurant silencieusement qu'il s'en sortirait.
N/A : Ce chapitre fut également difficile à écrire. Izar traverse une phase compliquée dans sa vie et se sentira sans aucun doute incertain/perdu/déprimé.
