Note : Désolée d'avance pour ce chapitre, j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop !
Elisa : Merci beaucoup, je te laisse découvrir la suite !
Chapitre 2
Du pouce, Felicity fit tourner la bague à son annulaire dans un réflexe qui lui apportait tant de joie à une époque et qui n'était devenu qu'un rappel douloureux de tout ce qu'elle avait perdu. Chaque seconde de sa matinée avait duré une éternité mais maintenant qu'elle était là, tout lui semblait n'avoir été qu'un rêve éveillé qui l'avait menée à cette place, au premier rang. Assise devant le cercueil de son mari.
Après trois mois à le savoir en prison, trois mois qu'elle avait cru être les plus difficiles de sa vie, son monde s'était écroulé tout autour d'elle, la faisant chuter dans un néant sans fin, incapable de se rattraper à quoi que ce soit. Dès qu'elle avait vu John sur le pas de la porte de leur appartement sécurisé, elle avait compris que quelque chose de grave était arrivé à Oliver. Et puis il lui avait annoncé la nouvelle d'une voix tremblante et Felicity ne l'avait pas cru. Elle ne l'avait pas cru. Tant de fois, il avait été déclaré mort pour finalement lui revenir bien vivant. Cette fois faisait exception.
En quelques coups de clavier, elle avait eu accès aux vidéos de surveillance de la prison. À la première image d'Oliver, son cœur s'était douloureusement serré dans sa poitrine. Les cheveux rasés de près, la barbe lui mangeait le visage sans pour autant cacher les marques des coups qu'il avait reçus. Il était encore plus musclé qu'auparavant si c'était possible, trahissant le nombre d'heures qu'il passait à s'entraîner car dans cette prison, il n'avait rien d'autre à faire pour s'occuper l'esprit. Tout son être ne reflétait qu'une image de combattant dur, sans rien de la chaleur qu'elle connaissait et chérissait. Pour survivre, il avait caché cette partie de lui qu'elle aimait tant et qu'elle ne reverrait jamais.
Évoluer dans cette réalité était un supplice. Elle l'avait refusée pendant longtemps.
Étudier les images de son dernier jour avait été une évidence, elle devait trouver quelque chose, un indice qu'il lui aurait laissé pour la conduire à lui, dans un lieu sécurisé, sain et sauf. Elle n'avait vu que de la souffrance. Les prisonniers s'étaient alliés contre lui et ne lui avaient laissé aucune chance. Les gardes étaient intervenus bien trop tard, comme si de tels règlements de compte étaient habituels. Oliver avait fini à l'infirmerie dans un état critique, le rapport du médecin indiquait cinq côtes fracturées, des doigts brisés, une commotion cérébrale, de nombreuses blessures internes, sans parler des hématomes et des coupures. Ils s'étaient déchaînés sur lui dans une attaque coordonnée et leur nombre avait eu raison des capacités exceptionnelles de son mari.
Ensanglanté et brisé, il avait été emporté sur un brancard, les poignets menottés aux barreaux qui l'encadraient, conduit jusqu'à l'infirmerie. Son corps meurtri et inerte était gravé dans ses pupilles, la dernière image qu'elle aurait jamais de lui. La porte se refermait sur lui dans un claquement sinistre et le couloir restait désert pendant une demi-heure, jusqu'à ce que le médecin de garde en ressorte. Il n'avait passé qu'une demi-heure avec son patient malgré l'étendue de ses blessures. Felicity allait réduire cette prison en poussière.
Mais ce n'étaient pas les coups ni le manque de soins qui avaient eu raison d'Oliver. À peine le médecin sorti, un prisonnier caché sous un polo à capuche certainement volé à un garde apparaissait dans le champ de vision de la caméra. Dans sa main, une bouteille d'huile provenant probablement des cuisines. Il entrait quelques minutes dans l'infirmerie où reposait le corps inconscient d'Oliver et lorsqu'il en ressortait, un éclat orangé illuminait son dos. Il n'y avait eu aucun cri alors que son mari brûlait vif, plongé dans l'inconscience par les anesthésiants que lui avait administré le médecin.
Felicity n'en serait jamais reconnaissante. S'il avait été conscient, il n'y avait aucun doute dans son esprit qu'Oliver s'en serait sorti. Il se serait disloqué le pouce pour se libérer, il se serait battu bec et ongle contre son assaillant, il aurait sonné l'alarme. Une malheureuse bouteille d'huile et un briquet n'auraient jamais eu raison de lui.
D'un geste automatique, Felicity essuya les larmes qui maculaient ses joues. Les yeux rivés sur le cercueil orné qui lui faisait face, elle n'entendait rien du discours poignant de John en l'honneur de son frère d'armes. Les restes de son mari étaient là, dans cette boîte qui allait être mise en terre. Son corps partiellement brûlé n'avait pas été identifiable et personne ne l'avait laissée s'en approcher pour qu'elle le voie dans cet état. John avait fait parvenir un exemplaire de son ADN à Starlabs pour analyse et elle avait elle-même effectué des tests avec son matériel qu'il avait ramené de l'Arrow Cave où elle était incapable de remettre les pieds. Elle connaissait par cœur sa séquence ADN, si ce corps n'était pas celui de son mari, elle l'aurait su au premier regard. Le mince espoir qu'Oliver avait organisé tout ça pour faire croire à son décès était alors parti en fumée. Les résultats étaient formels, et toutes ses théories improbables que John avait essayé de tempérer avaient été réduites à néant.
L'homme de sa vie était mort en prison. Loin des siens, dans la souffrance et la solitude.
Depuis que cette vérité s'était imposée à Felicity, chacun des battements de son cœur exigeait de savoir pourquoi elle était encore là, pourquoi elle s'infligeait ce supplice. Elle trouvait sa réponse au bout de ses doigts, dans la petite main qui s'agrippait à la sienne pour s'empêcher de couler. William. L'enfant d'Oliver qu'elle avait adopté comme le sien. La dernière trace vivante de l'homme qu'elle aimait de toute son âme.
Lui annoncer l'horrible nouvelle avait un peu plus brisé son cœur en morceaux. William avait fondu en larmes, il l'avait suppliée de lui dire que ce n'était qu'un malentendu, un plan pour faire sortir son père de prison, dans un écho douloureux de ses propres espoirs ravagés. Voir leur garçon aussi dévasté lui avait donné une nouvelle force. Elle devait garder la tête hors de l'eau pour lui.
John reprit place à côté d'elle en s'essuyant le coin des yeux et Felicity lui prit la main dans un remerciement silencieux. Malgré sa peine, il avait été son roc. Il avait tout organisé pour l'enterrement et s'était occupé des formalités, ce dont elle aurait été incapable. Oliver avait tout préparé en cas de décès, il léguait tout ce qu'il possédait à elle et William, à l'exception de quelques objets de famille qui revenaient à Théa. Ce n'était pas surprenant, il avait toujours vécu une vie dangereuse et elle avait depuis longtemps accepté les risques qu'il prenait. Mais ces derniers mois, elle avait naïvement cru que la prison était sécurisée, qu'elle le reverrait dès que Diaz serait arrêté, qu'ils allaient être séparés pendant des années mais qu'ils se retrouveraient.
Cette perte soudaine et inattendue n'en était que plus difficile.
Kara se leva et s'arrêta à côté du cercueil d'Oliver, la main levée comme pour le toucher avant de se raviser. Elle leur fit face, les pans de son élégante robe noire dansant au gré du vent, et entama une chanson mélancolique et douce. Sa voix résonna dans son cœur meurtri sans réussir à l'apaiser. Elle parlait de la douleur de la perte, de la beauté de la vie passée, du renouveau qui les attendait malgré l'absence de l'être aimé. Penser à un futur sans lui était trop dur. Felicity laissa les mots couler sans les comprendre, se perdant simplement dans la mélodie qui mettait pendant un instant au second plan la détresse qui l'habitait.
Une main lui serra doucement l'épaule et elle tourna la tête vers Théa qui avait passé le bras dans le dos de William installé entre elles. Ses yeux rougis reflétaient le même chagrin. Son grand frère ne serait plus jamais là pour elle et elles savaient toutes les deux que c'était permanent cette fois. Elle accepta son réconfort avec un léger hochement de tête avant de reporter son attention sur Kara qui captivait son audience. Heureusement, Théa avait Roy à ses côtés car Felicity était incapable de soutenir qui que ce soit. Avec Nyssa, ils étaient venus de l'autre bout du monde dès qu'ils avaient appris la nouvelle. John avait Lyla et le petit rayon de soleil qu'était JJ qui ne comprenait pas ce qu'il se passait mais qui était resté calme et sérieux toute la matinée, atteint par la solennité de l'événement.
Felicity avait demandé à ce que la cérémonie se fasse en petit comité mais finalement, de nombreuses personnes faisaient partie de la famille recomposée d'Oliver. Elle aurait aimé qu'il pense à tous ses alliés et amis avant de sacrifier sa liberté pour elle et William, pour la Team Arrow, pour Star City. À eux tous, ils auraient trouvé une autre solution. Mais il avait choisi de se battre seul, de ne mettre personne dans la ligne de mire de ses ennemis, et même si une part d'elle lui en voulait, elle ne pouvait pas être en colère contre lui, pas alors qu'elle l'avait perdu et que son cœur saignait d'amour pour lui.
Plusieurs veillées spontanées avaient été organisées dans la ville par la population qui disait au revoir à son héros. Felicity les avait d'abord détestées, aucune de ces personnes n'avait été là quand Oliver avait eu besoin d'aide, personne ne l'avait soutenu alors qu'il avait été envoyé en prison comme une ordure alors que son seul objectif avait été de protéger la ville. Sauf que les gens qui participaient à ces veillées étaient ceux qu'Oliver avait voulu sauver. Ceux pour qui il s'était battu maintes fois au péril de sa vie. Ils regrettaient leur héros et lui rendaient hommage, elle ne pouvait pas leur en vouloir pour ça.
Les rangs derrière elle étaient remplis des gens qui avaient le plus compté dans la vie d'Oliver. Elle ne savait que penser de la présence de Curtis, René et Dinah dont la défection l'année passée avait tant pesé sur Oliver. S'ils n'avaient pas été si orgueilleux et haineux envers celui qui les avait formés et aidés à un moment où tout allait mal pour eux, tout aurait pu être différent. Diaz n'aurait pas été si puissant. Mais ce n'était pas le moment de les confronter pour leurs erreurs passées, pas alors qu'ils voulaient juste dire adieu à leur ancien mentor et ami, qui en plus leur avait déjà pardonné. Il avait un cœur si grand, pourtant trop peu de personnes s'en rendaient compte.
Tous les présents lui avaient assuré leur soutien mais aucun d'eux ne pouvait ramener son mari. Sara et Ray étaient là, étonnamment accompagnés de John Constantine, et elle avait compris à leurs expressions fermées et peinées qu'ils ne pouvaient pas défaire le passé. Felicity avait déjà demandé à Barry, en toute franchise, s'il pouvait voyager dans le temps et réparer ça, sauver Oliver. Tous ses regrets inscrits sur son visage, il avait répondu que c'était impossible. Il allait partir sur des explications scientifiques et métaphysiques mais Felicity n'avait pas voulu les entendre et avait coupé court à leur discussion. Elle avait eu sa réponse.
Barry était apparu dans un état lamentable au bras d'Iris, totalement dévasté par la perte d'Oliver. Malgré la distance qui les séparait, ils partageaient une amitié et une complicité forte, et sa disparition si soudaine semblait avoir brisé quelque chose en lui. Les yeux rougis, de gros cernes témoignaient de ses nuits agitées, un exploit pour un supersonique qui guérissait en quelques secondes. Felicity ne pouvait imaginer l'horreur d'avoir la capacité de sauver la personne aimée mais de devoir s'en empêcher, mais elle savait qu'il surmonterait cette peine, il était bien entouré. En plus de sa femme, Cisco, Caitlin et Joe étaient là pour rendre un dernier hommage au héro et ami qu'ils avaient connu.
Kara était venue avec sa sœur, Alex, qui avait combattu aux côtés d'Oliver lors de la crise des nazis et qui avait vite accroché avec lui. Tatsu Yamashiro était aussi là, une amie chère de son passé encore si mystérieux, qui lui avait apporté quelques instants de sérénité avec des paroles sages. Anatoly avait osé se montrer et John était prêt à le virer au premier signe de sa part. Encore une fois, Felicity n'avait pas eu le cœur à ça. Pas alors qu'Oliver lui avait aussi pardonné ses erreurs et ses trahisons. Elle l'aimait tellement.
Lors du discours de John, elle avait aperçu au loin une figure reconnaissable entre mille, un patch couvrant son œil droit. Slade Wilson. Seule l'apathie qui alourdissait tous ses membres l'avait retenue de se ruer sur lui pour lui dire ses quatre vérités. Oliver avait tellement souffert de sa main. Tellement perdu. Il n'avait aucun droit d'être là, même si lui aussi avait obtenu son pardon. Il avait heureusement disparu de sa vue après quelques secondes.
La chanson de Kara toucha à sa fin et elle reprit place dans un silence religieux où flottaient encore les dernières notes. Le cercueil d'Oliver fut mis en terre et Felicity pria pour lui, espérant de tout cœur que son âme reposait en paix. Il n'en méritait pas moins après la vie qu'il avait menée. À côté d'elle, William ne retenait plus ses larmes et elle l'attira contre elle dans un geste maternel. Ils allaient devoir vivre sans lui.
