Note : Quelques réponses dans ce chapitre. Si vous avez des prédictions pour la suite, j'aimerais beaucoup les entendre !
Elisa : Merci beaucoup, et désolée pour Oliver !
Chapitre 3
Felicity se tenait à deux pas de la tombe de son mari, William à ses côtés, recevant les condoléances des uns et des autres. Ils lui promettaient tous d'être là si elle avait besoin de quoi que ce soit mais rien ne pourrait jamais panser son cœur brisé. Ils se dispersaient peu à peu pour se rendre chez John et Lyla qui avaient organisé une veillée en l'honneur de leur ami. Elle passa un bras sur les épaules de William qu'elle voyait sur le point de s'effondrer et lui demanda s'il allait bien.
-Non, répondit-il dans un sanglot.
Elle l'attira contre elle et il s'agrippa à elle, puisant dans le peu de réconfort qu'elle pouvait lui apporter. Elle rêvait de lui retirer toute cette douleur. C'était tellement injuste, il voulait juste retrouver son père. Se sentant elle aussi craquer, elle déposa un baiser dans ses cheveux et ravala sa peine pour se concentrer sur lui.
-Est-ce que tu veux partir ? lui proposa-t-elle.
Même si tous les présents étaient pleins de bonne volonté, il était compliqué d'accepter leur soutien et leurs mots qui ne changeaient rien à la situation. Dans son étreinte, William tourna la tête vers l'endroit où reposait Oliver et elle devina sa réponse. Il ne voulait pas le quitter si vite. Il murmura un petit non avant de finalement reculer en s'essuyant les yeux. Il était vraiment élégant dans son costume noir qui le vieillissait et qu'il n'aurait jamais dû porter si jeune. Pour la deuxième fois, il enterrait un parent. Le contrôle que Felicity maintenait sur sa détresse et sa colère s'ébranla à nouveau. C'était tellement dur de le voir comme ça.
John apparut à côté d'elle et alors qu'elle s'attendait à une nouvelle marque de soutien, il avait l'air sur ses gardes. Il demanda à William de rejoindre Théa qui tendait déjà le bras vers lui avec un sourire à peine là et Felicity n'eut que le temps de se demander ce qu'il se passait.
-Watson, gronda John.
L'agent se dirigeait d'un pas assuré vers elle, levant son badge à chaque fois que quelqu'un s'approchait pour l'arrêter. Le monstre de colère qui l'habitait remua en Felicity. C'était à cause d'elle qu'Oliver était mort. C'était elle qui l'avait pourchassé comme un vulgaire criminel, elle qui l'avait jeté en prison, elle qui avait détruit leur famille.
Sa présence n'était pas une surprise. Comme Felicity était sous le programme de protection des témoins, Watson et son équipe n'avaient pas pu l'interroger dans l'enquête concernant le décès de son mari. Ce jour était l'occasion unique de le faire car elle disparaîtrait à nouveau directement après l'enterrement. Le FBI n'avait pas la décence d'attendre au moins qu'elle s'éloigne de la tombe de son mari.
Watson s'arrêta devant elle, deux hommes armés dans son dos, deux autres au niveau de la route près de leur voiture. Felicity croisa le regard de Barry assis sur une chaise qui surveillait la scène, prêt à intervenir. Au premier signe de détresse de sa part, il emporterait Watson très loin d'ici, au risque de révéler son identité.
-Toutes mes condoléances, dit l'agent sans une once de sympathie.
-Je ne veux pas les entendre. Vous n'avez rien à faire ici.
-Vous n'avez pas l'autorisation d'ARGUS pour interroger un témoin sous sa protection, ajouta John avant d'être interrompu.
-Je n'en ai pas besoin. Madame Smoak Queen est suspecte dans une enquête en cours et se trouve dans un lieu public. Elle peut répondre à mes questions ici ou au poste, c'est comme elle préfère.
John se tendit, prêt à la défendre, mais elle lui prit doucement le coude. Ce n'était pas le moment de faire une scène, ni de se mettre à dos le FBI. Elle n'avait de toute façon rien à cacher.
-Qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-elle d'une voix froide. Comment ça, je suis suspecte ?
-Est-ce que monsieur Queen a essayé d'entrer en contact avec vous ?
Le choc la fit vaciller et elle s'agrippa au bras de son ami. Elle savait que le FBI enquêtait sur sa mort et avait déjà interrogé la Team Arrow pour savoir s'ils étaient impliqués dans ce qu'il s'était passé, s'il s'agissait d'un stratagème pour qu'il puisse être libre, mais elle ne s'était pas attendue à une telle question. C'était son souhait le plus cher. Que tout ait été orchestré et qu'Oliver la contacte pour la mettre dans la confidence. Mais les preuves étaient formelles. John avait vu ce qu'il restait de son corps. Son mari n'était plus.
Une boule à la gorge, les larmes lui brouillant la vue, un non brisé quitta ses lèvres tremblantes. John s'insurgea contre l'agent qui l'ignora, trop occupée à étudier les réactions de Felicity. Elle devait se reprendre, cette femme n'avait pas à voir sa détresse. Elle l'enfouit au plus profond de son être et accueillit avec soulagement la rage qui bouillonnait en elle.
-Non, reprit-elle d'une voix plus assurée, faisant taire John. Non, parce qu'il est six pieds sous terre. Par votre faute.
-Je n'ai fait que mon travail. Ce sont ses actions…
-D'autres questions ? l'interrompit-elle.
Elle n'avait pas à supporter les excuses qu'elle se donnait face à ce qu'elle avait fait. Quoi qu'elle en dise, Watson était responsable. Tourmenter sa famille et les gens qui le pleuraient le jour de son enterrement prouvait une fois de plus combien elle méprisait Oliver.
-Où étiez-vous le jour où il a été attaqué ?
-Dans le café où je travaillais, en public, et surveillée par des agents d'ARGUS.
-Ils sont où d'ailleurs, je m'attendais à plus de sécurité pour votre unique sortie, commenta-t-elle.
Une protection armée aurait été inutile aujourd'hui. Flash et Supergirl étaient là. John était à ses côtés pour la défendre et la soutenir moralement. Elle allait passer la soirée chez lui mais après ça, elle se retrouverait seule avec William, avec une nouvelle identité et une nouvelle vie à construire. Ils ne pourraient pas revenir à Star City, pas alors que Green Arrow avait encore tant d'ennemis.
-Il semble que les criminels ont plus de décence que le FBI et ne m'ont pas attaquée le jour de l'enterrement de mon mari.
-Je ne suis pas ici pour vous attaquer, dit Watson en laissant tomber son masque d'indifférence pour se montrer plus humaine. J'enquête pour être certaine qu'Oliver Queen ne se joue pas encore des autorités. Même si ce n'est pas idéal, aujourd'hui est la seule opportunité que j'ai de vous voir.
Ce revirement de situation lui donna presque le tournis. Toute cette froideur et cette brusquerie n'avaient été qu'une mise en scène pour l'interroger et étudier ses réactions. Felicity aurait tellement voulu être en train de jouer un rôle, savoir Oliver en sécurité et le rejoindre après ce faux enterrement, la police convaincue qu'il était mort. Mais son mari n'aurait jamais fait ça, il n'aurait jamais voulu qu'ils vivent cachés, dans la crainte de se faire un jour reconnaître. C'était pour ça qu'il n'avait jamais cherché à s'enfuir de prison. Elle regrettait tellement cette décision. Ils auraient été ensemble au moins.
-Vous avez vu les vidéos, entendu les témoins, testé son ADN. Oliver… il est parti.
Le dire à voix haute était un calvaire. Watson leva la main comme pour la réconforter avant de se raviser. Elle devait vraiment avoir l'air mal mais elle n'avait pas la force ni l'envie de faire semblant d'aller bien, pas même pour faire bonne figure devant les autorités.
-Oui, les preuves sont formelles. Mais je me dois d'enquêter, il est connu pour revenir d'entre les morts. Tout comme les sœurs Lance, ajouta-t-elle en jetant un regard méfiant vers Sara.
-Pas cette fois.
Sa voix s'était brisée sur le dernier mot et John prit le relai, lui disant que si elle n'avait plus de questions, elle n'était plus la bienvenue ici. Felicity chassa les idées sombres qui menaçaient de la noyer et se concentra sur Watson qui promenait son regard sur les derniers présents. Si elle voulait tous les interroger et les surveiller, elle allait vite se retrouver dans une impasse. Sara et le reste des Légendes allaient repartir dans le passé, Théa, Nyssa et Roy reprendraient leur chasse aux puits de Lazare de l'autre côté du globe, sans parler de Kara qui allait retourner dans son univers. Watson risquait de déployer des ressources monstres dans une enquête vouée à l'échec.
Théa jeta un regard meurtrier dans leur direction lorsque Watson s'attarda sur William. Elle n'aurait aucune chance de même lui adresser un mot. Il était assez traumatisé comme ça. L'agent soupira et secoua la tête avant de reporter son attention sur Felicity. Ses yeux reflétaient un soupçon de culpabilité et de cette empathie que tout le monde lui adressait.
Watson aussi était convaincue du décès d'Oliver.
-Je devais être sûre mais… il vous aimait trop pour vous faire vivre ça.
Ça faisait tellement mal parce que c'était tellement vrai.
-Je suis vraiment désolée madame Smoak Queen. Je n'ai jamais souhaité que les choses se terminent comme ça.
Non, elle avait juste tout fait pour le mettre en prison, parce qu'elle et les autorités voyaient ses actes héroïques comme criminels. Felicity les détestait tous. Mais elle n'était pas assez aveuglée par la rage pour ne pas voir que les vrais responsables étaient les prisonniers qui s'en étaient pris à son mari, les gardes qui avaient réagi trop tard et la prison qui n'avait pas assuré sa protection. Felicity prit une grande inspiration et puisa dans le peu de bonne volonté qu'il lui restait.
-Prouvez-le en enquêtant sur Slabside. Ne laissez pas ce qu'il s'est passé impuni.
Elle y veillerait elle-même de toute façon. Watson acquiesça et finit par faire demi-tour. Felicity regrettait presque que le FBI ne soit pas plus convaincu qu'il ne s'agissait que d'une mise en scène pour couvrir l'évasion d'Oliver. Ça rendait la situation encore plus vraie.
John l'attira dans une étreinte qu'elle sentit à peine, trop perdue dans son chagrin. Ce cauchemar ne prendrait jamais fin, elle allait devoir vivre au quotidien avec cette douleur. Elle voulait fondre en larmes et crier contre le monde mais se contenta d'acquiescer quand il lui demanda si elle allait bien. Elle se sentait tellement vide et ne voyait rien que du néant dans son futur. Elle allait pourtant devoir s'occuper d'un enfant de treize ans qui avait perdu son père et sa mère et qui n'avait plus qu'elle, une âme brisée.
Une tête blonde et un sourire doux emplirent son champ de vision avant qu'elle ne se sente happée dans une étreinte de fer. Kara. Elle la serrait contre elle avec un mélange de force et d'infinie délicatesse, comme si elle était la chose la plus fragile au monde qu'elle se devait de protéger. Felicity aimait tous ses amis mais aucune de leurs étreintes ne la réconfortait. Elles étaient toutes trop fortes ou pas assez, trop brèves ou trop longues. C'étaient les bras de son mari qu'elle voulait sentir se refermer autour d'elle.
-Heureusement qu'elle ne va pas tous nous surveiller, dit Kara en reculant. Je ne sais même pas qu'est-ce que j'aurais pu lui donner comme identité.
La super ouïe était pratique, elle n'aurait pas à répéter ce qu'il s'était passé. Il était vrai que s'ils avaient feint la mort d'Oliver pour qu'il soit libre, ils auraient dû faire attention aux gens invités à son enterrement, sans éveiller de soupçons. Ça aurait été une machination impossible à mettre en place. Raison pour laquelle ils n'avaient jamais rien tenté de la sorte.
-Oui, le FBI ne va plus nous embêter. Merci d'avoir chanté. C'était très beau, il aurait aimé.
Kara se mordit la lèvre comme pour se retenir de pleurer pour son ami et acquiesça simplement.
-Felicity, j'ai quelque chose à te dire. Je suis allée voir Oliver en prison. Bien avant… enfin… Il a refusé que je le sorte de là.
-Il ne pouvait pas.
-Non, mais il m'a demandé une chose. Il voulait que je te protège toi et William. Comme je ne peux pas rester constamment sur cette Terre, il a proposé que vous veniez habiter sur la mienne.
Felicity en eut le souffle coupé. Dans son univers, ils n'auraient plus à vivre cachés, sous une autre identité, avec une sécurité armée partout où ils allaient. Personne ne saurait qu'ils étaient la famille de Green Arrow. Ils auraient une vie normale, le souhait le plus cher d'Oliver. Même de sa tombe, il lui offrait le plus beau des cadeaux.
-Pourquoi… Pourquoi tu ne m'en as pas parlé avant ?
-Je voulais d'abord tout organiser sur ma Terre. Grâce au DEO, vous aurez des identités solides, et je vous ai déniché un appartement parfait selon les indications d'Oliver. Après ça il y a eu de gros problèmes à National City et je ne voulais pas vous emmener dans un environnement dangereux. Mais tout s'est calmé maintenant, c'est promis.
-Il n'avait jamais prévu de nous accompagner… Si j'avais su, j'aurais pu le convaincre, j'aurais pu…
Ils auraient vécu ensemble, heureux, en sécurité. Tout aurait été différent. Kara lui prit le bras pour l'arrêter, une lueur déterminée dans le regard.
-Non. S'il disparaissait de prison, sa famille et ses amis auraient été soupçonnés de complicité et surveillés pendant des années. Le reste de la Team Arrow aurait été enfermé. Il ne voulait pas qu'ils paient le prix de sa liberté.
Il avait toujours été si borné. Mais c'était tout lui, de mettre le bien-être des autres au-dessus du sien, il était toujours prêt à se sacrifier pour autrui. C'était ce qui faisait de lui un héros.
Penser à lui au passé était si douloureux.
-Merci d'avoir tout préparé. Je vais y réfléchir, en parler avec William.
-Prends ton temps. Mais pas trop. Enfin si comme tu veux, mais tout est prêt, je peux vous y amener dès maintenant. Ce que je veux dire c'est que…vous pourrez commencer à mettre tout ça derrière vous. Commencer une nouvelle vie.
Elle ne voulait pas d'une nouvelle vie. Pas sans lui.
Le cimetière se vida peu à peu. Avant de partir, Felicity confia à John qu'elle voudrait être un peu seule. Barry s'éloigna main dans la main avec Iris, les épaules voûtées, les traits marqués par la détresse. Théa et William murmurèrent des au revoir à Oliver avant de rejoindre la voiture où John les attendait, prêt à les conduire chez lui. Avec une inspiration tremblante, Felicity se laissa choir devant la tombe de son mari.
L'herbe lui chatouillait les mollets et le vent annonciateur de l'automne qui arrivait commençait à se lever, jouant avec ses cheveux qu'elle n'avait pas attachés. Il adorait faire glisser l'élastique qui les retenait et la recoiffer de ses doigts, et si elle fermait les yeux, elle pouvait presque voir son regard si tendre et son sourire si doux.
Tout ce qu'elle voyait aujourd'hui, c'était sa tombe.
Une simple rose blanche avait été posée sur la stèle, symbole d'amour pur mais aussi de renouveau. Felicity l'aurait jetée au vent si elle n'avait pas été la seule touche de douceur dans ce tableau si funeste. Pour ne pas céder au trou noir de désespoir et de tristesse qui ne cessait de grandir en elle et qui menaçait de la faire suffoquer, elle concentra son attention sur l'inscription gravée dans la pierre d'une écriture fine et élégante. Elle la parcourut tant de fois des yeux que les mots perdirent leur sens alors même qu'elle les avait soigneusement choisis avec Théa et William.
Oliver Queen
(1985-2018)
Père, époux, frère, ami aimant.
Green Arrow. Protecteur de Star City.
Il méritait tellement plus. Ils avaient encore tant de choses à vivre ensemble. Tout leur avait été brutalement arraché, ne laissant qu'une plaie béante là où son cœur battait encore cinq jours plus tôt. Lorsqu'elle porta la main dessus dans un geste futile pour l'apaiser, elle sentit la forme familière de l'anneau qui pendait à son cou depuis le jour de son emprisonnement. Elle sortit l'alliance de sous sa robe et la serra dans son poing, cherchant à y puiser un peu de réconfort. Longtemps, elle avait rêvé du jour où elle la glisserait à nouveau au doigt de son mari. Ce n'était plus qu'un rappel douloureux de la vie qu'ils auraient dû partager.
Felicity ouvrit la bouche pour parler mais seul un souffle tremblant passa ses lèvres. Elle avait pourtant tant de choses à lui dire. Combien elle l'aimait et combien il lui manquait, combien elle lui en voulait d'être parti et combien elle rêvait de le revoir, même juste un instant. Combien William avait besoin de lui et combien elle avait peur de ne pas être à la hauteur. Elle voulait discuter avec lui de la proposition de Kara, de son idée d'habiter dans un autre monde, et lui demander comment il avait pu penser un instant qu'elle accepterait de l'abandonner sur cette terre qui n'avait fait que le mépriser.
Les mots restaient coincés dans sa gorge. Les prononcer devant ce monticule de terre était trop dur. Un murmure brisé passa finalement la barrière de ses lèvres, une supplication empreinte de désespoir qui n'aurait jamais de réponse.
-Reviens-moi.
