Chapitre 42 : Suivez le guide
Je me réveillai en meilleure forme que je ne l'aurais cru. Et assez tôt. Je me dégageai de mes Pokémon, me levai et m'étirai. C'était aujourd'hui. Tout ce que j'avais à faire, c'était emmener Red à Blue, et retenir Safran de se mêler de l'histoire. J'aurais bien aimé en avoir le fin mot également mais je comptais jouer mon rôle.
Une fois l'entraînement habituel fini, je descendis voir le groupe de Red. Je toquai à la porte et il vint m'ouvrir. Je lui demandai :
- Hum, vous dormiez pas au moins, hein ?
Il me sourit et m'invita à l'intérieur. Je ne me fis pas prier. Je remarquai que tout le monde était là, Pokémon inclus, heureusement que les chambres étaient très grandes. Je n'étais pas la seule lève-tôt aujourd'hui.
- Salut ! Ouah, tout le monde ? C'est la forme aujourd'hui !
- J'imagine que c'était pareil pour toi.
J'acquiesçai, difficile de faire la grasse matinée une journée comme celle-ci. Red m'affirma alors :
- Enfin, ça tombe bien, je voulais qu'on parte tôt.
- On mange maintenant donc ? demanda Safran.
Je me rendis compte que je n'avais pas nourri mes Pokémon. J'étais descendue trop impatiente. Il allait falloir que je m'incruste dans leur repas, je pensais que personne ne m'en voudrait.
Red acquiesça à la question de Safran et Gray se leva d'un bond. Ses deux Pokémon se mirent à ses côtés. Mais lui, semblait ailleurs. Il avait les sourcils froncés et fixait le vide.
- Tu y vas aussi ? Demanda Red.
- En fait... commença-t-il avant de regarder Ember. J'aimerais te piquer ta Feunard ce matin, j'aimerais voir comment elle chasse...
Il rougissait, clairement mal à l'aise pour faire cette demande. Un peu comme il était avec moi lorsque nous étions sortis de la Piste Cyclable. Je regardai la Pokémon et elle semblait se retenir de tapoter le sol de ses pattes, avec beaucoup de mal. Ils ne se détestaient pas ces deux-là ? Ils s'étaient presque entre-tués juste la veille.
- Si elle est d'accord, je n'y vois aucun problème, affirma Red.
La Pokémon se leva alors et marcha vers Gray avant de s'asseoir et de tourner la tête :
- Feunard feufeu.
- Si tu insistes, je consens à t'accompagner, elle dit, traduisit Safran. Mais je suis sûre qu'elle est...
Elle s'interrompit en voyant le regard que la Feunard lui lançait.
- Bien... dit Gray. Bon, Atchoum, tu te rappelles ce que je t'ai dit hier, tu joues le dresseur jusqu'au bout et tu t'occupes de Dardargnan et Ressort. T'as pas intérêt qu'il leur arrive un truc.
- Oui ! s'exprima le Pokémon qui avait commencé à se transformer lorsqu'Ember avait accepté.
Il ne partait pas avec ses autres Pokémon ? Du coup...
- Attends, attends, commença Red. Tu veux dire que...
- C'est un rencard ?! finis-je.
- Non, ça c'est pas le problème, rétorqua Red. C'est Atchoum qui va emmener chasser nos Pokémon ?
- Aie confiance ! couina-t-il, sous la forme de Gray.
- C'est pas un rencard ! me répondit son dresseur. C'est juste une séance de chasse. Et ouais, tu peux faire confiance à Atchoum, si on a un peu tardé hier soir, c'est parce que je lui ai appris à utiliser les Pokéballs et à défier un dresseur.
- Défier... répétai-je. Tu veux dire qu'Atchoum a disputé un match Pokémon ?!
- Nan, répondit Gray. Il a totalement détruit son équipe. Si t'avais vu la tête du dresseur quand je suis sorti de la Pokéball !
- Ça me paraît quand même dur de faire confiance à Atchoum pour ça quand même, commenta Red.
- Roh, on pourrait balancer ton Dardargnan ligoté dans un nid d'Arcanin qu'il s'en sortirait quand même, t'as pas à t'en faire !
- Gnan, approuva l'insecte sans modestie.
- Donc, pour un rencard avec Ember, tu mets la vie de tes Pokémon et du mien en danger ?
- Comment faut vous dire que c'est pas un rencard ?! s'énerva-t-il. Si tu veux pas, dis-le juste.
Red soupira mais finit par donner la Pokéball de Dardargnan à Atchoum, sous le regard insistant de deux de ses Pokémon. J'aurais vraiment tout vu avec eux.
Gray retrouva aussitôt son sourire et se retourna vers son premier Pokémon :
- Tu peux les rentrer dedans s'il y a besoin mais tu leur donnes aucun ordre et tu profites pas d'eux !
- Oui !
- Bien. Tu peux y aller.
Atchoum sortit de la pièce, les deux autres Pokémon à sa ceinture et nous dit :
- On traîne pas, revient vite !
- On y va aussi, la Feunard, l'appela Gray.
Elle poussa un grognement en deux temps que Safran traduisit par :
- Elle te dit de l'appeler par son nom.
- Peut-être plus tard boule de poils, tu viens ou tu restes ? demanda-t-il en se dirigeant vers la porte.
- Nard !
Elle suivit Gray d'un pas joyeux, elle essayait de faire genre mais elle était vraiment ravie de cette sortie. Lorsqu'ils furent partis, je demandai :
- On est bien d'accord, c'est un rencard ?
- Jalouse ? me taquina Red.
En vrai, un peu. J'avais l'impression qu'il se passait un petit quelque chose entre Gray et moi, c'était sans doute uniquement dans ma tête. Il serait mieux avec une Pokémon. Après tout, je ne savais pas si j'aurais pu résister physiquement à des coups de hanche de Gray et... Olala, je me mettais à imaginer. Je repris mon calme et proférai à Red un semi-mensonge :
- J'irai pas jusque là. Mais ça fait bizarre.
- Je suis contente pour Ember, dit Safran.
- D'ailleurs Karen, Ember nous a posé une question hier. On ne connaît pas trop les règles d'hybridation, tu crois qu'elle est capable d'avoir des enfants avec Gray ?
Ah d'accord, ils en étaient carrément à ce stade ! Je secouai la tête, impuissante.
- Alors là, aucune idée ! La plupart du temps, les hybrides se cachent du reste du monde comme l'avait dit Maria. J'ai eu l'occasion d'en voir mais j'ai pas plus étudié le sujet que ça. Même à l'école, ça semblait tabou... ce genre de sujet.
Et c'était vraiment dommage, je n'aurais pas craché sur un petit cours. J'avais bien demandé à Lektrik et Moustache de ne pas finir dedans comme d'habitude cette fois-ci au cas où mais l'idée de vivre constamment avec cette crainte me déplaisait.
Red soupira :
- D'accord, dommage...
- Désolée de ne pas pouvoir être plus utile.
- Tortank ! rugit soudainement le Pokémon du même nom.
- Oui, on va manger aussi, lui répondit Red avant de me demander. Tu te joins à nous ?
C'était tôt pour moi mais je décidai d'accepter. Je sortis ma propre nourriture et des rations pour mes Pokémon. Nous étions déjà bien nombreux donc je dus nourrir mes Pokémon un à un, m'excusant à chaque fois de les avoir oubliés. Safran me demanda si Bouboule n'avait pas mal au ventre à force d'en ingurgiter autant mais je lui répondis qu'elle n'avait pas eu de problème depuis. Je mangeai à mon tour et nous attendîmes ceux partis chasser.
Atchoum et les Pokémon revinrent les premiers, tout fiers de n'avoir causé aucun problème. Gray et Ember étaient très sales tous les deux, je me surpris à penser qu'ils allaient finalement bien ensemble. Ils se nettoyèrent à la machine de la pièce et nous partîmes.
Comme prévu, Red décida tout seul d'aller déloger la Team Rocket de la Sylphe SARL, quand bien même personne ne lui avait dit qu'elle était en danger. Il ne savait par contre pas où elle se trouvait, je pus donc remplir mon rôle de guide.
Je m'y attendais, une fois à l'intérieur du plus grand bâtiment de Safrania, Aline nous attendait. Ce hall qui grouillait normalement de personnes affairées semblait bien grand avec elle seule au milieu. Elle s'approcha de nous, c'était le moment où elle retardait Gray.
- Pas trop tôt, rit-elle. Je commençais à croire que vous ne nous trouveriez jamais.
- Aline... souffla Red.
- Je peux pas dire que je me rappelle de vos noms par contre, rétorqua-t-elle. À part toi Safran, le boss nous a mis au courant, moi et... quelques privilégiés.
Dont Blue je supposais.
- La gamine a quelque chose à voir avec eux? demanda Gray.
- Ils ne t'ont même pas mis au courant ? Safran était la fille de notre boss.
Gray se tourna vers Red et Safran pour chercher confirmation. La blonde baissa simplement la tête tandis que Red hocha la sienne. Pour ma part, je tiltai sur le temps de sa phrase :
- Était ?
- Elle ne l'est plus pour longtemps, je suis chargée de la faire disparaître.
- Ce n'était pas... ! Je suis sûre que vous avez des projets plus importants pour l'instant !
Ce n'était pas du tout ce qui était prévu ! Forcément, avec la Team Rocket, on était sûrs qu'il y aurait un sale coup, mais qu'il demande à ce qu'on tue sa fille !
- Vous voulez fuir maintenant que c'est possible ? Vous avez peut-être une chance, qui sait ? À moins que tu aies réussi à devenir assez fort pour ''m'affronter à niveau égal'', lança-t-elle à Red, méprisante.
- Incapable de vous souvenir de mon nom mais capable de me citer ? Rétorqua le garçon. Non, je suis sûr d'être bien plus fort que vous à présent.
- Parce que tu as tué l'autre chef des Rocket ? spécula-t-elle. Crois-tu vraiment que je sois aussi faible ?
Elle libéra un Rattatac et annonça joyeusement :
- Bon, assez parlé, c'est l'heure pour vous de mourir !
Mais le Rattatac était une diversion, le danger venait du plafond où un Pokémon rare, un Amonita, envoya une balle noire sur Safran. C'était une Deathball, j'en étais convaincue. Elle essayait vraiment de tuer Safran. Je ne comptais pas rester les bras croisés devant cette situation.
Red s'interposa pour prendre la balle à sa place. Ayant déjà été capturé, il était immunisé à une nouvelle capture.
Gray décida alors de la retenir pendant que nous foncions vers les étages supérieurs. Enfin une partie du plan qui fonctionnait comme prévu.
Une diversion plus tard, nous étions hors de portée de ses coups. J'espérais que Gray allait s'en sortir tout seul mais le plan de Blue devait être suivi.
C'était le moment où je devais guider Red à travers les téléporteurs déréglés. Mais il se trouva qu'il n'avait nullement besoin de mon aide. Nous avancions à travers la tour à un rythme effréné, Red semblait connaître la destination de chaque téléporteur, chose que j'ignorai moi-même.
Safran avait sorti Sonate, sa Rondoudou qui s'occupait rapidement de tous les Rocket que nous croisions. Par le chant ou par la force.
J'eus beau demander des explications, Red éluda les questions comme à son habitude. Il rentra même dans une réserve à la recherche d'une CT spéciale et il se trouvait qu'elle était bien stockée dans la pièce.
Nous y trouvâmes également un Super Bonbon que Sonate dévora. Les Super Bonbons étaient une sorte de drogue qui améliorait les Pokémon mais n'étaient plus en production car ils tuaient des Pokémon. Elle fit un malaise temporairement et sembla ensuite en forme.
Red nous tendit alors une CT chacune, elle contenait apparemment une attaque Séisme, l'une des plus fortes attaques de type Sol. N'ayant pas de Pokémon de ce type, ce fut Bouboule qui hérita de la capacité. Nous reprîmes alors notre course à travers les étages.
Le garçon à la casquette semblait vraiment savoir où il allait. J'étais convaincue qu'il allait voir Blue avant tout le reste. Je lui demandai donc :
- Red... Je sais que je suis mal placée pour dire ça, mais je peux te demander un service ?
- Dis toujours...
- Comme tu connais apparemment tout ce qu'il se passe par ici, on pourrait aller sauver les otages ?
- Tu obéis sous la menace ? tenta-t-il de comprendre.
- Si tu ne veux pas, dis-le simplement... refusai-je de répondre.
Il ne refusa pas ma proposition et nous emmena au cinquième étage. À cet étage, nous nous débarrassâmes sans difficulté de tous les criminels qui tentaient de nous barrer la route. Comme sur la Piste Cyclable, Red connaissait leur équipe sur le bout des doigts.
J'en étais presque à me demander si ce n'était pas lui Giovanni pour avoir une telle connaissance de l'organisation. Ou un membre important de la Team Rocket. Après tout, s'il volait des corps, c'était aussi un criminel.
J'interrompis mes pensées lorsque nous trouvâmes les otages, bien moins nombreux que je ne l'aurais cru. Mais Papa était avec eux. Nous vainquîmes les deux gardes Rocket qui les terrorisaient. D'après Red, il y en avait un troisième mais personne n'était en uniforme noir parmi les personnes que nous avions en face de nous. Ces dernières commencèrent d'ailleurs à s'exclamer :
- Et on pensait bêtement qu'on allait être sauvés. La police a bien rajeuni...
- Ils sont dresseurs, il ne faut pas se fier à leur apparence.
- Qu'est-ce qu'il se passe Patrick ?
Le dénommé Patrick, c'était Papa. Il était dans sa tenue de travail, une blouse blanche, ce qui me faisait penser qu'ils avaient attaqué en pleine journée et qu'il n'avait pas pu sortir depuis. Il avait l'air fatigué mais j'étais contente de voir qu'il allait bien. J'essayai de me cacher derrière mes amis pour qu'il ne me voit pas mais j'étais sûre que c'était déjà le cas.
Red le rassura :
- Nous avons battu vos deux gardes, vous pouvez partir maintenant.
Les otages semblaient ravis, la plupart prirent la direction de la sortie, mais pas Papa. Lui restait devant nous, me fixant du regard. Je tentai de m'éclipser en demandant :
- Red, le troisième est où ?
Je n'eus pas besoin de sa réponse, le bruit de Pokéballs qui s'ouvraient se fit entendre près de l'entrée et nous entendîmes :
- Désolé, mais je ne peux pas vous laisser partir comme ça.
Si c'était notre Rocket, il possédait bien cinq Pokémon comme l'avait affirmé Red, la plupart de type Électrik.
Papa s'énerva contre son ancien collègue et se plaça entre lui et nous. Vu la dangerosité de la situation, nous passâmes à l'action promptement. Nous attaquâmes tous en même temps, je demandai l'aide de Florizarre et de Bouboule, alors que Safran continuait d'utiliser Sonate. Red de son côté, appela ses Voltali, Ossatueur et Dardargnan.
Nous prîmes rapidement l'avantage et appréhendâmes le criminel. Red récupéra ses Pokémon et moi Bouboule. J'allais en faire de même avec Flori quand j'entendis :
- C'est Bulbizarre ?!
Il me parlait. Je ne savais pas quoi lui dire. J'étais gênée. Je secouai la tête, récupérai Florizarre et les mots fusèrent tout seuls :
- De rien surtout ! Ça va pas de foncer vers un type qui a cinq Pokémon avec lui ? Ça fait pas du bien les décharges, t'es au courant ?!
- Je n'allais pas le laisser agir à sa guise, gronda-t-il. Rejoindre la Team Rocket, il faut être fou. La combattre également, qu'est-ce que tu fais là Karen ? On t'a pas vu depuis...
- Youhou, je me fais engueuler pour t'avoir sauvé la vie maintenant. Bon Red, Safran, on peut y aller. On a eu les trois.
Aaah, rien ne se passait comme prévu, mon corps faisait n'importe quoi ! J'étais censée me réconcilier avec lui et je me comportais comme une gamine. Quelque part, j'espérais qu'il me rattrape et me force à lui parler.
Mais nous sortîmes de la pièce sans être interrompus. Safran me demanda alors :
- C'était qui ?
- … Mon père.
- Charmantes retrouvailles... commenta Red.
- Vous êtes fâchés ? Demanda Safran.
- En... quelque sorte...
Safran se plaça alors devant moi, me coupant la route. Elle me fixait d'un air furieux.
- Va le voir !
- Je n'ai aucune raison de faire ça. C'est du passé maintenant, répondis-je, gênée.
Je fus une nouvelle fois témoin de la violence de Safran lorsque sa main vola vers mon visage. Elle s'arrêta juste avant de me frapper et rebaissa le bras, cela lui demandait de gros efforts apparemment.
- Toi, tu as encore un père et il n'essaie pas de te tuer. Pourquoi tu ne peux pas juste profiter de ta chance et mettre les choses au clair directement ? Tout ce que tu vas faire en l'évitant, c'est t'attirer sa haine et crois-moi, tu n'as vraiment pas envie de découvrir l'effet que ça fait !
Elle s'était mise à pleurer pendant sa tirade. Effectivement, sa relation avec son père était encore plus délicate que la mienne. Mais justement... Je baissai la tête et rétorquai :
- Notre situation n'est pas la même, je ne pense pas qu'il me déteste. Juste que je le dégoûte...
- Tu n'es pas non plus dans le vrai Karen, entendis-je derrière moi.
Je me retournai et vis que Papa nous avait suivis. Il continua :
- On a peut-être réagi un peu fortement à ton... problème mais tu ne nous dégoûtes pas pour autant. Sais-tu à quel point on s'est inquiétés de ne pas avoir de nouvelles depuis si longtemps ? Sonia pleure encore parfois en pensant que tu as été tuée par un Pokémon sauvage sur les routes. Et la police ne pouvait pas nous aider parce que tu avais signé ta majorité en choisissant d'être dresseuse. Et que si elle l'avait fait, elle aurait de toute façon dû t'arrêter à cause du grabuge que tu as causé... Et maintenant je te retrouve en train de jouer les héroïnes à te battre contre la Team Rocket ?!
- Je ne joue à rien. Je ne suis pas une héroïne mais j'essaie d'aider le plus de gens possible. Je ne suis plus faible maintenant, j'ai mes Pokémon avec moi.
- Ce voyage reste trop dangereux, tu n'as pas étudié les statistiques de décès sur les routes ? Cesse de nous inquiéter plus que ça et rentre à la maison !
- … Je ne peux pas. Des gens ont besoin de moi à présent, je n'abandonnerai personne.
Mon cœur battait très vite mais je n'étais pas si mal à l'aise. J'en étais capable, Mélodie. J'inspirai un grand coup et lui signalai que je leur pardonnai plus ou moins :
- Je passerai à la maison ce soir sans doute... Ramène tout le monde à l'extérieur avant que les Rocket se réveillent.
- Viens avec nous Karen, insista-t-il.
- Force-moi ! Je suis majeure à présent, tu n'as pas à me dire ce que je dois faire !
Je partis en courant vers l'ascenseur pour fuir et entendis la voix de Red qui criait :
- L'escalier qui descend Karen !
J'obtempérai et les attendis en bas des marches. Safran fut la première à arriver. Elle me sourit en disant :
- C'est mieux.
Je lui rendis son sourire et Red arriva à son tour. Il s'inquiéta :
- Ça ira ?
- Parfaitement, Safran n'a pas tort. Il faut que j'arrête de fuir.
- Tu es toujours notre ennemie avec ton père libéré ? me devança Safran.
Le sourire que je lui adressai cette fois fut plus triste. Je me penchai vers elle et l'embrassai au front avant de lui dire :
- Tu es chou Safran. Mais oui, la situation n'a pas changé.
Red soupira, j'en profitai pour le railler et clôturer le sujet :
- Quoi ? Tu veux aussi un bisou ?
Il rit et secoua la tête.
Nous reprîmes notre course haletante à travers les étages de la tour, vainquant les Rocket et sauvant les otages méthodiquement. Nous mîmes même la main sur une carte magnétique ouvrant l'accès à toutes les portes fermées. J'avais l'impression que Red n'allait pas tarder à se diriger où je le voulais, je le pris donc à part un instant :
- On... va où après ça ?
Il me répondit sans détour :
- Au second étage. Nous sommes à deux téléporteurs du bureau du PDG...
Les téléporteurs dont m'avait parlé Blue...
- Tu sais vraiment où tu vas...
- Tu savais finalement pour les téléporteurs ?
- Ce sont les seuls pour lesquels on m'a mise au courant, l'informai-je. On...
Je baissai la tête, incapable d'en dire plus. Il avança vers moi, je reculai. Je pensais être prête pour ce moment... J'avais la larme facile ces derniers jours, ma vision se remit à s'embrumer.
- Karen... prononça-t-il.
Je me blottis d'un coup contre lui et l'enlaçai, avouant :
- Je ne veux pas vous quitter maintenant ! C'est trop tôt...
- Désolé Karen. C'est un passage obligatoire pour nous.
- Il n'y a pas d'autres otages à sauver ? D'autres objets à ramasser ?
- Encore désolé. Mais cette fois, nous ne ferons pas de détour... Si tu veux rester avec nous, ton seul choix est de rejoindre notre camp.
- Tu dis ça avec une froideur...
- C'est parce que je suis plutôt gêné... déclara-t-il.
À cause du câlin ? Je le lâchai et m'excusai :
- Je me suis un peu laissée aller...
- Ce n'est rien, je suis content que tu sois notre amie.
Nous retournâmes où était Safran qui comprit immédiatement :
- On en a bientôt fini donc ?
Safran me regarda, je voyais qu'elle pensait la même chose que moi. C'était du gâchis.
Nous nous dirigeâmes alors vers la fameuse salle où se trouvait le téléporteur tant redouté. C'était à mon tour d'accomplir ma mission.
Lorsque nous fûmes en face, Red se frappa le front en s'écriant :
- Oh putain que je suis con !
- Red ? le questionna Safran.
Quoi qu'il eusse comprit, ça ne changeait rien à ce que j'étais censé faire. Je tentai de prendre un ton dur et m'exprimai :
- Désolée de me prononcer en pleine mauvaise nouvelle. Mais Safran n'ira pas plus loin.
- Juste moi ? s'étonna la blonde.
- Va-t'en Red.
- Hors de question ! Je vais avec Red !
- Quels sont tes ordres exactement Karen ? me demanda-t-il simplement.
- Le premier vient de Giovanni, il ordonne que personne ne laisse sa fille l'approcher. Il n'a jamais parler de te tuer d'ailleurs, rajoutai-je à l'attention de Safran.
- Et l'ordre de Blue ? ajouta-t-il.
Comme prévu de la part de Red, soupirai-je. Je lui demandai :
- Ton illumination d'il y a quelques secondes ?
- Exactement, j'avais oublié qu'il m'attendait après ce téléporteur. Grosse erreur de ma part.
Safran et Gray avaient totalement déteint sur moi ce coup-ci mais je n'essayai même pas de comprendre comment il pouvait savoir. Tout ce qui m'importait, c'était qu'il y aille.
- Il veut te voir seul. Vu ce dont vous allez parler, je pense que tu ne veux pas non plus que Safran vous écoute.
- Blue ne m'intéresse pas, grogna Safran. Je veux juste voir mon père, argumenta Safran.
- C'est sur le chemin, lui expliqua Red..
- Et je préfère lui obéir tant que Blue n'a pas fini ses affaires avec Red, rajoutai-je. On est dans son territoire après tout.
- Red !
- Désolé, mais Karen a raison, je préfère aussi que tu n'ailles pas combattre avec moi. Mais si tu as vraiment envie de venir, rejoins-moi.
- Tu penses que je vais la laisser faire ? menaçai-je.
- Bien sûr que non, me sourit-il. Je pense juste que Safran est largement capable de te battre par elle-même. J'aurai peut-être fini avec Blue le temps que vous vous battiez et je pourrai récupérer Safran pour Giovanni. Tout le monde sera content, non ?
Bien entendu, j'étais préparée à l'éventualité de combattre Safran. S'il posait ça comme condition, la blonde tenterait vraiment de me vaincre plutôt que de passer en force, c'était avantageux pour nous deux. Mais tomberait-elle dans ce piège ? Je tentai dans tous les cas de le refermer sur elle :
- Tu... es vraiment bête parfois. Non, souvent... Enfin, Red a raison, Safran. Si tu veux passer, tu dois me battre. Même si on est amies, je ne te ferai absolument aucun cadeau.
- Si tu te mets sur mon chemin, je t'écraserai, répondit Safran en récupérant sa Rondoudou.
Red nous salua et disparut dans le téléporteur. C'était à moi de jouer, j'espérais que tout se passerait bien pour Blue.
