Cette fic est écrite dans le cadre de la 142ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Danser". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !
- Je te trouve bien maussade ma choupinette ! lança Eda en surgissant à côté de Luz.
- Hmm, répondit simplement l'adolescente en détournant le regard.
Depuis qu'elle était revenue de l'entre-deux-mondes, Luz avait perdu une partie de sa joie de vivre. Disparu son enthousiasme, disparus ses yeux qui brillaient à chaque nouvelle découverte du monde magique. Sa pupille lui avait rapidement parlé de la promesse qu'elle avait faite sans le vouloir à sa mère, celle de rester éternellement auprès d'elle quand elle reformerait un portail, et le fait que son temps sur les îles bouillantes lui était compté semblait la dévorer de l'intérieur.
- Tu sais, lança Eda sans prêter attention à son manque d'enthousiasme, il y a quelques années j'avais ramené plusieurs objets de ton monde. Un lecteur CD, et j'avais possiblement malencontreusement emporté le premier CD trouvé à côté. Tu voudrais l'écouter ?
- Non merci, soupira Luz. J'aurais le reste de ma vie pour écouter les musiques stupides du monde humain.
- Stupide, c'est bien ce que j'ai pensé quand je l'ai écoutée pour la première fois, approuva Eda. Mais maintenant que tu m'as parlé de ta maman et de la frustration autant que l'amour qu'elle fait vibrer en toi… Je me demande si ce ne serait pas l'occasion de la ressortir.
Sans attendre son avis, Eda se leva et revint avec un lecteur CD qu'elle alluma. Luz mit quelques secondes à reconnaître l'air qui s'en échappa mais les paroles lui revinrent assez rapidement.
Elle me dit, écris une chanson contente, pas une chanson déprimante, une chanson que tout le monde aime…
Le regard de Luz s'assombrit à nouveau. Elle connaissait cette chanson, elle l'avait suffisamment entendue et chantée quand elle était sortie quelques années plus tôt. Et si le souvenir d'une chanson qu'elle avait connue et aimée lui avait arraché l'ombre d'un sourire, elle n'avait pas besoin qu'on lui en rappelle l'histoire. Celle d'une mère qui passait sa vie à critiquer les choix de son enfant, à l'accuser d'être immature, inadapté, irrattrapable. Face à elle, Eda et King s'étaient mis à danser et le refrain résonna rapidement :
Elle me dit danse danse danse, elle me dit danse…
Sans qu'elle le veuille, la vision lui fit esquisser un nouveau sourire, amusé cette fois-ci, devant l'entrain et l'enthousiasme d'Eda. Sa mentor avait toujours eu une bonne humeur contagieuse et rassurante à la fois et, quand le deuxième couplet reprit et que celle-ci se planta devant elle en lui tendant une main, Luz soupira en l'acceptant. Elle se laissa happer au milieu du salon et Eda guida ses pas.
Elle me dit, un jour je ne serai plus là, et c'est quand elle me dit ça, qu'elle me dit un truc que j'aime…
Elle me dit c'est ta vie, fais ce que tu veux tant pis…
Elle ne se souvenait pas de ce passage-là, noyé au milieu des autres phrases de reproches et d'insultes. Mais, aujourd'hui, alors qu'Eda entraînait ses mouvements avec de plus en plus de facilité, elle réalisa qu'elle avait précisément atteint ce moment. Sa maman n'était plus là, elle avait rejeté ses enseignements, ses reproches, pour écouter son cœur. Est-ce qu'elle le regrettait ? Non, pas une seule seconde. Est-ce que sa mère lui manquait maintenant qu'elle était à des années-lumière d'elle ? Oui, malgré tout. Elle n'aurait renoncé à cette place, à ce moment, pour rien au monde, mais elle apprécierait tout de même le moment où elle retrouverait sa maison et qu'elle serrerait sa maman dans ses bras.
Elle me dit danse, danse, danse… Elle me dit danse, danse danse danse danse, elle me dit danse…
Eda s'était mise à chanter le refrain et cette fois, Luz sentit un véritable sourire apparaître sur son visage et suivit ses pas. Oui, un jour, elle retrouverait sa maman, celle qui lui avait fait confiance, celle qui avait accepté sa situation, celle qui avait trouvé que le monde magique l'avait faite grandir et mûrir plus que n'importe qui n'aurait pu le faire chez les humains. Mais d'ici là, elle avait une famille ici, une maman d'adoption qui l'appelait choupinette et qui l'embrassait le soir, des amis tels qu'elle n'aurait jamais osé en rêver dans sa vie d'avant, une petite-amie qu'elle emmènera au bout du monde avec elle. Elle pouvait bien en profiter, savourer chaque seconde qu'elle passait à danser avec Eda des mouvements endiablés de moins en moins cohérents mais qui la faisait plus que jamais se sentir heureuse – et vivante.
Elle me dit danse.
En espérant que ça vous ait plu !
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