Chapitre 1: La ballade d'Ashley Williams.

Secteur frontalier, système Eden, Eden Prime, 24 février 2560:

Ashley Williams passait une mauvaise journée. Une très mauvaise journée. C'était pourtant ce genre de mauvaise journée qu'on recherchait, quand on s'engageait dans les marines. Mais Ash n'était plus une moquette. Ça faisait longtemps qu'elle avait apprit la leçon la plus élémentaire, que tout les fantassins apprenaient le jour de leur baptême du feu: au combat, il n'y avait qu'une seule loi, celle de Murphy.

À la base, ça devait être une simple patrouille de routine. Une opération de police classique, menée en coopération avec l'administration coloniale, pour lutter contre l'exploitation illégale du bois et de des métaux précieux. Un gros dispositif, qui était loin d'être injustifié, les trafiquant pouvant parfois se montrer lourdement armés et particulièrement déterminés.

Mais à peine étaient-ils sortis de Hope-ville que l'attaque avait commencé. Covenants? Innies? Pirates? On ne leur avait pas dit. Leur capitaine les avait simplement rappelé, pour leur ordonner de venir en renfort à une installation de l'ONI, perdue dans la jungle. Un site très sensible, qu'il fallait protéger à tout prix.

La piste, s'était toutefois avérée impraticable. Non pas que les warthogs, ces gros tout-terrains que l'UNSC utilisait depuis plus de trente ans, étaient incapable de l'emprunter. Non. Le problème, c'est que ce qui attaquait Eden Prime tenait fermement le ciel.

Ashley l'avait apprit à la dur, quand les bombes étaient tombées sur son convoi, envoyant sa plaque de beurre au tas, ainsi que la moitié du peloton. Maintenant, c'était elle qui devait rattraper tout ce gâchis, en crapahutant dans les kékés, appréciant toute la fourberie des racines apparente et les pentes bien raides.

-Sergente! Le QG répond plus! Lança un caporal, transbahutant une grosse radio.

Elle grogna. Déjà que la partie était mal engagée, si en plus ils commençaient à couper leurs communications, ils allaient passer un sale quart d'heure! Et en plus, le pauvre caporal devait toujours se trimballer la radio à présent inutile, qui pesait un âne mort.

Elle vérifia ses ondes courtes portée.

-Bravo, Charlie, ici Alpha, vous me recevez?

Elle ne reçu que de la friture en guise de réponse. Elle réprima un jurons et se résigna.

-On continue.

Elle avait une quinzaine de marines sous ordres, qu'elle avait divisé en trois groupes de cinq. Son propre groupe avait prit le centre, tandis que les deux autres prenaient les ailes. La densité de la jungle, malheureusement, les empêchaient de garder le contact visuel. Si ses chefs d'équipes savaient ce qu'ils avaient à faire, ne pas pouvoir communiquer avec eux restait une énorme tuile: son dispositif venait de perdre en souplesse et en réactivité.

Des tirs retentirent du côté de l'aile droite. D'abord le bruit d'une arme qu'Ashley ne connaissait pas, suivit du bruit caractéristique d'un fusil à plasma. Une nouveauté, obtenue après des années de dur travail de rétro-ingénierie, qui commençait à apparaître comme arme collective, au sein des unités. Il n'y avait rien de mieux pour découper un bouclier ennemi. Puis le plasma se tut, probablement réduit au silence par la dernière salve inconnue. Elle entendit un des hommes hurler quelque chose, puis, cette fois, ce fut une rafale caractéristique d'un BR55, le fusil d'assaut standard du corps des marines. Le silence retomba alors.

Soudain, l'arme inconnue se remis en branle, arrachant deux ultimes cris de douleurs. Lorsque le silence retomba, Ashley su que c'en était finit de Charlie et de l'aile droite. En silence, elle fit signe à ses hommes de se préparer. Toutes les armes furent braquée vers la droite et on se planqua comme on pu dans des fourrés, derrières les troncs et les rochers les plus gros possibles.

Deux machines surgirent alors. Ashley n'avait jamais rien vu de tel. Des sortes de drones, qui flottaient dans les airs. Ils étaient constitués d'une sorte de grosse unité centrale, qui ressemblait vaguement à une soucoupe allongée, terminée par un gros projecteurs encastré. Dessous, le profil reconnaissable d'un arme se faisait voir. Elle n'eut même pas besoin de donner l'ordre. Son grenadier lança une grenade à impulsion électromagnétique, qui neutralisa les drones, avant d'une salve de rafale ne les cloues définitivement au sol.

Elle désigna silencieusement deux marines pour appuyer les deux drones, tandis que les deux autres, eux, se chargeaient de la couverture. Elle bondit alors jusqu'au drone le plus proche, afin de l'observer de plus près. Mais il n'y avait rien à exploiter sur ces boites de conserve. Et si c'était le cas, ça n'était pas de son niveau.

Elle décida de se voir ce qu'il était advenu de son aile droite. Elle déplaça donc ses hommes dans la direction des coups de feu de toute à l'heure, progressant en sécurité, plaçant soigneusement ses appuis avant de faire bouger qui que ce soit.

Ils arrivèrent devant un spectacle macabre. L'aile droite avait été massacrée. L'homme de tête, qui gisait un peu devant, n'avait même pas eu le temps de mettre en œuvre son armement. Non loin derrière, le tireur plasma, qui, si Ashley en jugeait par la carcasse calcinée qui gisait à une vingtaine de mètre devant lui, avait pu neutraliser un des drones pendant l'affrontement. Le caporal qui menait le groupe, lui, gisait à plat-ventre, dos au front. Ils avaient dû tenter de se replier, derrière un gros rocher, avant d'être simplement fauché par un second drone. Ce dernier, au sol, troué comme une passoire, avait probablement été abattu par les deux derniers marines, qui avaient pu se réfugier derrière le rocher. Et si elle en jugeait par les impacts, les deux drones que sa propre équipe avait descendu, en avaient certainement profité pour les contourner et les tuer.

Elle se pinça l'arrête du nez.

-Mendoza, prends le plasma. Kalinsky, les plaques. Les autres, couvrez les.

Le radio et le grenadier grimpèrent sur un talus, sur la gauche, pour s'y placer.

Un tir retentit et Mendoza s'effondra sur le défunt tireur plasma. Un second tir manqua de peu Kalinsky, qui, heureusement pour lui, avait eu la bonne idée de commencer par les morts du rocher, lui permettant de se mettre rapidement à couvert.

-Là haut! Sur la crête! Lança le grenadier en pointant son arme.

Ashley les vit, elle aussi. Quatre point lumineux, brillant entre les feuilles.

Grossière erreur. Rapidement repérés, ces assaillant attirèrent les tirs des marines comme une tartine de miel attire les mouches. Le groupe d'Ashley fut, d'ailleurs, rapidement rejoint par l'aile gauche qui, attirée par les coups de feu, s'étaient porté à leur secours, plaçant la M247, une mitrailleuse légère, suffisamment en hauteur pour arroser la crête.

Profitant de la situation, Ashley fit la jonction avec Bravo. Elle trouva le sergent Mc Oloch, occupé à donner ses ordres pour adapter le placement de ses hommes, qui venaient d'attirer le feu adverse.

-Charlie est au tas! Lança Ash. On est coincé sur la droite. Vous pouvez flanquer sur la gauche?

Mc Oloch grogna, pas vraiment sûr de lui. Avec les tirs qu'ils essuyaient, c'était trop risqué.

-Peut-être il y a cinq minutes, mais, maintenant, ça va être compliqué...

Un tir de grenade provenant d'Alpha fit taire les tirs adversaires pendant un court moment. Mc Oloch releva la tête, n'osant croire à un timing aussi convenant.

-Oui sergente.

Il interpella alors deux de ses gars, leur faisant signe de le suivre. Ashley, elle, s'allongea contre un arbre mort, pour les couvrir.

La M247 se joignit à la partie, permettant à Mc Oloch et ses hommes de progresser rapidement, disparaissant dans des fourrés. Puis, soudain, le flanc gauche fut secoué d'une série d'explosions. Quelque chose en fut alors projeté, décrivant un arc dans les airs, pour atterrir aux pieds d'Ashley. C'était un casque, calciné, sur lequel on avait imprimé le grade de sergent.

-Et merde...

Un véritable béhémoth surgit alors de derrière la crête. Une énorme machine à l'air vaguement humanoïde, dont la tête ressemblait étrangement à une lampe torche. Elle était rouge et armée jusqu'aux dents. Ashley su qu'elle n'avait pas d'autre choix, celui de donner l'ordre qu'elle s'était toujours jurée de ne jamais donner.

-Repliez vous!

Des geths. Des putain de geths! Des siècles que ces boites de conserves n'étaient pas sorties du Voile! Des siècles qu'elles se contentaient de dézinguer tout ce qui entrait dans leur région de l'espace, laissant tranquille le reste du monde. Et c'était aujourd'hui, de tout les jours, qu'ils avaient, subitement, décidé de traverser la galaxie, pour aller chercher des noises à l'espèce la plus belliqueuse depuis les krogans!

Nihlus Kryik était dans un beau merdier. Dire qu'à la base, ce n'était qu'une simple mission clandestine en territoire primate. Et là, paf! Ces fichus geths qui débarquaient pour dézinguer tout ce qui bougeait. Le turien regarda un geth prime massacrer ce qui restait d'un peloton d'humain. Les pauvres, ils n'avaient aucune chance.

Les humains avaient la guerre dans le sang. C'était comme les krogans, mais en plus dangereux, car, eux, ils savaient utiliser leurs cerveaux. Ils avaient une fascinante capacité d'adaptation qui leur permettait, rapidement, de trouver d'ingénieuses solutions, même quand ils étaient dépassés technologiquement. Lors de l'incident du relais 314, ses congénères l'avaient apprit à la dure. Mais face aux geths, sans doutes les créatures les plus avancées de la galaxie, même l'ingéniosité avait ses limites, surtout à court terme.

Un geth prime était une machine conçue pour donner la mort et encaisser la foudre. Les meilleurs barrières cinétiques à l'échelon infanterie, une puissance de feu suffisante pour raser une petite ville... ce n'était pas une quinzaine de primates, avec de primitives armes chimiques, qui neutraliseraient un tel monstre. Même lui, agent de la force SPECiale Tactique et de REconnaissance, ou spectre, l'un des meilleurs parmi les meilleurs des meilleurs, ne pouvait rien contre ça.

Aussi se contenta-t-il d'abandonner les humains à leur sort, poursuivant sa mission. Il se fraya donc un chemin dans la jungle, s'arrêtant de temps à autre, pour écouter. Autour de lui, le crépitement lointain des armes, le grondement de l'artillerie, le cris des chasseurs. Il devait trier tous ces sons, les classer, les analyser, pour en tirer quelque chose de cohérent qu'il pourrait exploiter. De quel côté? Était-ce lointain? Est-ce que ça se rapprochait? Combien? Quelle taille?

Autant de question, qu'il devait parfois laisser sans réponses, dans un risque plus ou moins calculé, ne pouvant se permettre de perdre trop de temps. Ce n'était pas un hasard si les geths étaient là, aujourd'hui. Il en avait l'intime conviction. Lui même était là pour une raison. Une raison qui pouvait changer la face de la galaxie.

Cette raison, elle était enfermée derrière ces portes, épaisses d'un mètre de titane, autrefois gardées par des humains vêtus d'armures noires, armés jusqu'aux dents qui, désormais, gisaient, mort, aux pieds d'un trou béant, laissant libre accès à une sorte de garage.

Sous son casque, Nihlus fit claquer ses mandibules. Parfois, il détestait avoir raison. Les coïncidences s'accumulaient bien trop pour que le hasard soit impliqué. Il déplia son fusil d'assaut, avant de passer par le trou, pénétrant dans la base. À l'intérieur, le même spectacle que dehors. Des humains morts, partout, des impacts sur presque tout les murs, des pièces d'équipement en feu.

Il suivit les traces de combat, arrivant jusqu'à une autre porte, elle aussi attaquée à l'explosif, laissant accès à une grand cour intérieur. Nihlus y trouva les premières carcasses geth, le torse criblé de projectiles perforant, ou bien fondu par un de ces fusils à plasma.

Un frisson parcouru l'échine de Nihlus. Des armes à plasma. Quelque chose que seul les geths avaient réussit à développer... une technologie trop complexe et instable, malgré sa puissance dévastatrice. Les humains avaient réussit à s'en bricoler depuis l'incident du relais 314. Une autre raison de se méfier de ces primates. Le plasma ignorait complètement les barrières cinétiques et brûlait tout sur son passage. Sur une machine, comme un geth, cela réduisait le complexe ensemble de circuit et de plaque de protection en une flaque de métal fondu. Il n'osait imaginer ce que cela donnait sur un être organique!

Il traversa la cour, arrivant jusqu'à une nouvelle porte défoncée. À l'intérieur, une large pièce, une sorte rampe de chargement, menant sur une grande cage d'ascenseur, dont la seule source de lumière était une lampe rouge qui clignotait, tandis qu'une voix synthétique s'égosillait calmement, répétant encore et toujours:

-Alerte. Alerte. Intrus dans la section Bravo-14. Sécurité compromise. Sécurité compromise. Protocole Cole enclenché! Evacuation générale de tout le personnel de l'UNSC!

Bien entendu, la cabine était au fond, sans doute bloquée par les geths. De toute façon, Nihlus n'avait pas prévu de l'utiliser. Cela aurait attiré trop d'attention sur lui.

Il déploya, de son armure, un long câble, qu'il accrocha solidement à une poutre d'acier soutenant la structure. Il se laissa alors tomber, son armure déroulant automatiquement le câble, à une vitesse qu'il avait laissé au bon soin d'une des nombreuses Intelligences Virtuelles la faisant fonctionner.

Il fut alors bloqué, dans sa descente, par la cabine. Il chercha quelques secondes, avant de faire sauter la trappe d'accès. Il glissa prudemment à l'intérieur de la cabine, qui avait été laissée ouverte sur ce qui ressemblait, fortement, à un poste de sécurité. À l'intérieur, d'autres soldats humains, morts, gisaient aux pieds d'un de ses congénères, bien vivant. Nihlus le braqua immédiatement. Il ne devait y avoir qu'un seul turien sur cette planète. Qui qu'il soit, il n'avait rien à faire ici.

L'inconnu se retourna, révélant un visage lourdement cybernétisé, que le spectre mis quelques secondes à reconnaître.

-Saren? S'exclama-t-il en baissant son arme.

Saren Arterius. Un camarade spectre, un ami et un mentor, qui gratifia son ancien protégé d'un bref signe de tête.

-Nihlus...

-Ce n'est pas ta mission, Saren, qu'est-ce que tu fais là?

Le turien cybernétisé s'approcha, posant une main bienveillante sur l'épaule de Nihlus, lançant un regard vers la cage d'ascenseur.

-Le conseil pensait que tu aurais besoin d'aide, pour une fois.

Nihlus s'autorisa à souffler un instant. Oui, c'était logique. Aussi compétent les spectres puissent-être, il y avait des limites à ce qu'il pouvait faire, surtout face aux humains. Vu ce qu'il était censé récupérer, des renforts n'étaient pas de trop. Et puis...

-Je ne m'attendais pas à trouver des geths ici. Commenta Nihlus. On est vraiment dans un beau merdier.

Saren déplia lentement son arme de poing, faisant passer le canon du pistolet derrière la barrière cinétique de son camarade.

-Ne t'inquiète pas. Je m'occupe de tout.

Et il pressa les détente.