Chapitre 4: La tombe.
Secteur intérieur, système Epsilon Eridani, Reach, 03 mars 2560:
Le réveil matin effaça le sourire d'Emily Wong, détruisant le dur labeur d'une superbe nuit. Naturellement, l'odieuse machine récolta, en seule récompense, une gifle sur le haut de son crâne, lui intimant l'ordre de sérieusement la boucler.
Elle roula sur l'autre côté, recouvrant progressivement son sourire, afin de saluer son homme. Un agent de la sécurité coloniale, qu'elle avait rencontré il y a quelques temps. En général, elle évitait les flics. Beaucoup de queutards et de vantards, qui adoraient raconter leurs guerres pour épater la galerie, avant de disparaître aussitôt le lendemain, sans rien dire...
Mais, lui, c'était différent. Elle l'avait croisé dans le cadre du travail: elle était journaliste et elle devait écrire un article sur une saisie effectuée sur les docks. Comme il était l'officier en charge, elle l'avait logiquement interviewé et, au début, il lui avait une assez mauvaise impression. Un inspecteur nonchalant, quelque peu ennuyé d'être confronté à la presse. L'interview terminée, chacun était partit de son côté, je pensant jamais revoir l'autre.
Quelques semaines plus tard, ils s'étaient recroisés dans un bar. Par pure politesse, il lui avait offert un verre. Ils avaient alors commencé à discuter, puis sympathiser et échanger leurs numéros. C'était lui qui l'avait rappelé et, quelques temps après, ils s'étaient officiellement mis ensemble.
Son sourire s'effaça lorsqu'elle découvrit le lit vide. Elle fronça les sourcils et se redressa, pour balayer du regard l'appartement. Ses propres vêtements jonchaient encore le sol, lui arrachant un léger fard, mais ceux de John, eux, avaient disparu.
Elle attrapa son portable, vérifiant ses messages. Rien. Elle se leva et marcha jusqu'à la cuisine, cherchant une note, un mot. Rien. Elle soupira.
Le travail de John l'amenait, régulièrement, à devoir partir prématurément, sans rien dire, à des heures impossibles. C'était assez pénibles, mais, d'un autre côté, cela pouvait être difficilement autrement.
Elle rédigea alors un message textuel, demandant des nouvelles à son amant.
Lorsqu'elle grimpa à bord du Normandy, Jane sentit tout les regards, tournés vers elle. Elle ne s'était jamais vraiment habituée à la notoriété qu'elle avait obtenu sur Elysia. Et ce qui s'était passé sur Eden-Prime n'avait rien arrangé.
-Ça va commandante? Demanda Alenko.
Le lieutenant venait d'apparaître de derrière un warthog. La soute était l'image du reste du vaisseau: exiguë. Malgré tout, quelqu'un avait réussit à y loger, en plus d'un pélican, deux warthogs, des tout-terrains, l'un dans une configuration classique, deux places plus une tourelle, l'autre dans une configuration de transport. Quelqu'un partait en guerre.
-Oui lieutenant. L'antenne médicale vient juste de signer mes papiers. Je peux reprendre le service.
Un sourire franc apparu sur le visage d'Alenko, avant de se muer en petit rire.
-Ils avaient intérêt. J'étais prêt à ordonner à mes gars de venir vous chercher.
Les lèvres de Jane s'étirèrent à leur tour.
-Mmm. Des ODST contre des médecins. Clairement, vous n'auriez eu aucune chance.
Il éclata de rire, lui tapotant l'épaule, avant de l'inviter à le suivre.
-C'est bon de vous revoir commandante.
Ils avancèrent alors, rejoignant les coursives du Normandy. Jane décida de se mettre à jour.
-Je vois qu'il y a eu du changement par ici.
Alenko hocha la tête.
-Ouais. On part ce soir chez les conciliens.
-On contre-attaque déjà?
Il secoua la tête.
-Nan. Le capitaine a reçu l'ordre de jouer les diplomates.
Le dire semblait presque lui écorcher la bouche.
-Il vous expliquera. Oh! On a aussi récupéré la régulière!
Elle mis quelques secondes avant de réaliser de qui il parlait.
-Williams?
Il hocha la tête.
Ils arrivèrent devant le bureau d'Anderson. Alenko soupira, presque déçu de devoir prendre congé de Jane.
-On se revoit plus tard.
Et il repartis en direction des quartiers de l'équipage. Jane appuya sur la carillon et attendit quelques secondes.
Anderson l'attendait derrière son bureau, sirotant un verre de whisky, malgré l'heure matinale.
-Content de vous revoir Jane.
Elle se fendit d'un salut réglementaire.
-Plaisir partagé capitaine.
Il hocha la tête, avant de poser son verre.
-Je suppose qu'Alenko vous a mis au courant?
-Seulement les grandes lignes. Nous partons parlementer avec les conciliens?
Il acquiesça, avant de déployer l'écran géant.
Jane reconnu la salle de sécurité de la section B-14. Les gardes étaient déjà morts, l'image provenant de l'un d'entre eux, mais, il n'y avait pas de son, celui-ci ayant sans doute été endommagé pendant les combats. Des robots semblables à ceux que Jane et les ODST avaient affrontés, étaient là. Ils se tournèrent alors vers l'ascenseur. Un turien entra, mais il n'avait rien à voir avec celui que la caporale Duriand avait trouvé. Il était bardé d'implants cybernétiques et ne portait pas de casque. Il fit signe aux robots de continuer.
Le turien de Jane entra, deux minutes plus tard, dans la pièce, braquant son arme sur son congénère, avant de la baisser. Ils semblèrent discuter un temps, puis le casqué s'avança, pour observer le corridor. L'implanté dégaina son arme, la glissa sous le bouclier de son congénère et tira. Le casqué s'effondra et l'implanté poursuivit sa route. Il ne revint dans le champs de la caméra que quelques minutes plus tard. Il sembla donner des ordres aux machines, avant de se retirer.
Anderson coupa alors la vidéo.
-Courtoisie du vice-caporal Javert.
-C'est pour ça qu'on va voir les conciliens?
Le capitaine hocha la tête.
-Oui. Cette vidéo, plus tout les éléments qui dénotent clairement avec tout ce qu'on connaît de méthodes de la Citadelle, a amené l'UEG a privilégier la voie diplomatique. L'ambassadeur a déjà été informé. Vous et une bonne partie du commando serez auditionnés par le conseil.
Il marqua une pause.
-Naturellement, le colis et ce qui s'est passé dans la chambre forte, relèvent du très secret-défense. Alenko doit briefer ses hommes et Williams d'ici quelques heures. À aucun moment, le contenu de la chambre forte ne devra être divulgué.
Jane sentit les images repartir à l'assaut de son lobe frontal. Elle dû souffler un court instant, et se pincer l'arrête du nez, pour chasser la douleur.
-Bien entendu, vos visions doivent rester également secrète. Encore plus que le reste.
Elle hocha la tête, compréhensive. Au sein de l'UNSC, seulement trois personnes étaient au courant: le docteur Chakwas, le médecin chef du Normandy, le capitaine et elle même.
-Qu'est-ce que c'était?
Anderson hésita un instant, avant de fermer les yeux de soupier.
-Une balise prothéenne, commandante. Un objet d'une grande valeur pour les conciliens.
Jane se souvint des briefing qu'elle avait reçu sur les prothéens. Ils étaient derrière tout ce qu'avaient accomplit les conciliens. Certains soupçonnaient même leur Citadelle d'être la création de cette race alien aujourd'hui éteinte. Un autre secret jalousement gardé l'UNSC.
Avoir une telle balise, si l'on parvenait à en exploiter les données, c'était faire un bon en avant de plusieurs siècles. Même si l'UNSC n'utiliserait jamais l'élément zéro, la base de l'effet cosmodésique, le principe physique qui faisait tourner l'univers de la Citadelle, car trop rare et capricieux, son étude pouvait ouvrir la voie vers de nouvelles innovations et, surtout, une meilleure compréhension des conciliens.
En cas de guerre, toutes ces précieuses données seraient un atout supplémentaire dans les manches de l'humanité. Et peut-être que cela pouvait également résoudre les problèmes interne, en ouvrant de nouvelles perspectives, quand tout serait déclassifié d'ici une centaine d'année. Si l'humanité survivait jusque là!
Car les conciliens étaient particulièrement sensibles, en ce qui concernait le matériel prothéen. Sans aller jusque dans le fanatisme des covenants, ils avaient tendance à croire qu'ils avaient une autorité légale sur tout ce qui touchait à cette antique espèce. C'était pour ça, d'ailleurs, que l'incident de Shanxi avait eu lieu. Il était soit-disant illégal d'activer les relais cosmodésique! Des prétentions qui avaient été rapidement douchées à l'époque, mais personne ne sortirait vainqueur d'un nouveau conflit.
Jane hocha la tête, comprenant l'intérêt de se parer d'autant de secrets.
-Quels sont nos objectifs?
-Nous? Apporter notre témoignage sur ce qui s'est passé et laisser les diplomates faire leur travail. Si ça se passe bien, on pourra peut-être travailler tous ensemble pour attraper celui derrière toute ça. Sinon, il faudra utiliser les méthodes traditionnelles.
Ce qui voulait dire espionner copieusement les conciliens, par tout les moyens possibles, en restant le plus discret possible.
Une mission parfaite pour le Normandy et son équipage.
John observa d'un air morne le contenu du container. Un énième chargement d'explosifs, à destination de la surface de Reach. Tout ça, c'était pour la ''glace'', cette couche de verre laissée par le bombardement au plasma des Covenant, il y a huit ans.
Après la Guerre, c'était un nouveau combat qu'on avait entamé. Ce n'étaient plus des hordes d'aliens génocidaire fanatisés que l'on affrontait, mais des couches de verre solides comme la roche, qu'on grignotait chaque jour un peu plus, sans jamais vraiment en voir le bout.
En bas, quelques pauvres types creusaient la glace. Leur mission était d'aller suffisamment profond, afin d'y placer des charges de démolitions. Tout un tas d'autres équipes faisaient de même sur tout un secteur et, lorsque tout serait en place, les ingénieurs feraient tout péter, fracturant la glace en d'immense débris, bien plus facile à travailler et déblayer avec de grosses machines. Ensuite, le cirque recommencerait à nouveau, soit sur place car la couche de glace aurait été trop épaisse, soit ailleurs.
À terme, Reach devrait être débarrassée de la glace d'ici une vingtaine d'année. Ensuite, seulement, commencerait le vrai travail, tout aussi titanesque, consistant à revitaliser cette planète morte. En attendant, des tonnes d'explosifs et d'outils transitaient chaque jour, dans les docks de la station Keyes. Le travail de John était de vérifier que tout soit en ordre, que les marchandises soient bien celles indiquées sur les manifestes et que rien n'aille s'égarer sur le marché noir.
Après une inspection minutieuse, l'inspecteur douanier fit refermer le container, le scella, avant de signer les formulaires sur son data-pad. Il le cala alors sous son bras, avant de se déplacer jusqu'au suivant. Il vérifia. Celui-ci était censé contenir des denrées alimentaires, pour la station.
-Ouvrez le.
Le docker s'exécuta. Le container s'ouvrit dans un chuintement. Une odeur fétide envahit alors les environs.
À l'intérieur, des carcasses de viande. Celle-ci étaient toutefois impropre à la consommation. Elles avaient viré au vert, elles suintaient un liquide blanchâtre et des asticots sortaient.
Il l'entendit, ce cris que lui seul pouvait entendre, bientôt suivit d'une dizaine d'autres, qui s'éteignirent les uns après les autres, implacablement, comme à chaque fois, vite remplacés par des grognements, des craquements et des bruits de sussions grotesques.
Son data-pad se brisa à ses pieds. Il sentit son petit déjeuner remonter par son œsophage. Le docker se précipita pour refermer le container. Il lança un regard désolé à John, qui, désormais, était livide.
Le reste de la journée, il ne s'en rappelait plus. Tout n'avait été qu'un rêve cotonneux, où il entendit à peine ses collègues. Pas même la blague de Parsini, qui sembla rendre hilare ses collègues. Il ne sortit de sa torpeur que lorsque le dernier verrou de son appartement fut enclenché.
Mais les monstres, eux, ils étaient toujours là, dehors, dans ce container, prêt à prendre d'assaut la station. Il attrapa son arme de service, à sa ceinture. Un revolver, modèle PKD 2019. Une antiquité, mais c'était encore assez fiable, donc c'était bon pour l'administration coloniale.
Il se réfugia tout au fond de l'appartement, recroquevillé face à la porte, attendant l'ennemi, non pas l'arme pointé vers celui-ci, mais lui même. C'était une sensation réconfortante, mais que trop familière, le froid de ce canon, collé sous sa mâchoire.
''Je sais qui vous êtes.'' lança à nouveau Anderson. Non, vous ne saviez pas! Vous n'aviez jamais su!
''Sergent!'' hurla une autre voix, implorante.
Il fit sauter la sécurité. Tout ce qui lui restait à faire, c'était de poser son doigt sur la détente et presser lentement. Lorsqu'ils franchiront la porte, il ne sentira rien. La balle sera trop rapide pour que son cerveau ne comprenne quoique ce soit. Pas même un flash, pas même un bang. Juste le néant, instantané.
''Je sais qui vous êtes.''
''Ils... ils sont... Non!'' Le cris se mua en un hurlement sinistre, déformé.
-La ferme. Gémit-il.
''Je sais qui vous êtes''.
-La ferme! Gronda-t-il en pressant un peu plus l'arme contre sa gorge, comme un signe de défiance.
On sonna.
Il cligna des yeux. On sonna à nouveau. Il baissa son arme, posant son regard dessus. Un sentiment d'horreur s'empara de lui, lorsqu'il réalisa ce qu'il avait faillit faire.
Comme si il craignait que le revolver n'explose, il remis la sécurité en place, avant de le poser délicatement au sol. Il se roula un peu plus en boule, tandis qu'on sonnait à sa porte une troisième fois, plus appuyée.
''Je sais qui vous êtes''. Non, Anderson. Le John Shepard que vous aviez connu est mort. La loque planquée au fond de cet appartement n'était qu'une épave bonne pour la casse.
-Vous devriez ouvrir, sergent.
Il releva les yeux, sur la figure décharnée du caporal Toombs. Il était appuyé, contre la cloison, vêtu de son uniforme, les bras croisés. Un gamin mal rasé et crasseux, qui aurait bien eu besoin d'un tour chez le coiffeur.
-John?
Cela attira son regard, à peine une seconde vers la porte. Lorsqu'il revint, Toombs avait disparu.
-John!
C'était une voix féminine. Douce, mais visiblement fatiguée. Il la connaissait. Il releva la tête. Jane? Non, rien à voir.
-John, c'est Emily.
Emily. Comment avait-il pu oublier sa voix? Cette voix tellement inquisitrice, qui pouvait pourtant se montrer si douce...
Il se releva, pour s'accroupir en silence près de la porte. Emily pesta, frustrée par le silence qui lui faisait réponse.
-John?
Elle marqua une pause, hésitante. Il y avait quelque chose qui n'allait pas. Elle avait essayé de le contacter toute la journée, mais il n'avait pas répondu. Il était certes quelqu'un de réservé, mais ça ne lui ressemblait pas.
Elle s'adossa à la porte, soupirant. Elle avait vu son tatouage, pendant les nuits qu'ils avaient partagés. Elle savait ce que ça signifiait: les ODST, les troupes d'élites de l'UNSC. Ceux qu'on envoyait mourir les premiers. Il n'en parlait jamais et, dans un certain sens, elle comprenait. Pas une famille n'avait manqué de payer le prix du sang. Les Wong n'avaient pas échappé à la règle. Emily savait que même ceux qui rentraient en un seul morceau, laissaient malgré tout quelque chose derrière.
Ça non plus, John n'en parlait pas. Mais elle n'était pas dupe. Il l'avait déjà réveillé, la nuit, quand ses démons revenaient le hanter. Elle n'avait jamais vraiment osé creuser le sujet, par pudeur. Mais, peut-être le temps était-il venu d'avoir cette conversation.
-Je vais rester là... si tu as besoin...
C'était sans doute tout ce qu'elle pouvait offrir, à l'heure actuelle. Une présence, un point d'ancrage.
John sentit sa respiration ralentir. Son cœur se mis à battre plus lentement, l'adrénaline se dissipa progressivement. Emily... merde! Il n'allait quand même pas la laisser dehors!
La porte coulissa. La jeune femme se sentit alors basculer en arrière. Elle se rattrapa, décalant une de ses jambes vers l'arrière, pour ne pas tomber. Elle se retourna, découvrant le visage émacié et mal rasé de John. Son front luisait de sueur et ses yeux étaient presque vide. Il semblait avoir prit dix années dans la gueule par rapport à hier. Emily eut presque un mouvement de recul.
Elle resta interdite, quelques secondes. Puis son regard se balada dans la pièce, avant de trouver le revolver, par terre. Elle sentit son cœur accélérer. Elle posa une main sur son épaule, un air concerné sur le visage.
-John... est-ce que...
Il passa ses bras et l'enlaça. Sa tête resta posée sur ses épaules. La surprise la figea quelque instant, puis elle le serra à son tour. Ils restèrent là, quelques secondes, sur le seuil de la porte, immobiles dans leur étreinte.
Un café brûlant s'écoula dans les deux tasses, tournoyant avant de s'immobiliser, lentement. Des volutes de vapeur s'élevèrent jusqu'aux narines d'Emily, dont les yeux, désormais, balayaient l'intérieur de l'appartement. C'était la première fois qu'elle venait ici. D'habitude, ils allaient toujours chez elle.
C'était un sacré changement de décor pour la jeune femme. Une toute petite fenêtre au fond, au dessus de la table qu'elle partageait avec lui, un lit encastré dans le mur de droite, un bloc de cuisine dans le mur de gauche et la seule porte, à l'intérieur, devait certainement mener sur une minuscule cabine de douche qui devait faire également office de sanitaire.
Dans le jargon de l'immobilier, on appelle ça des cubes: de tout petits appartements, destinés à compenser le manque de place et l'afflux massif de main d'œuvre sur la station. Elle aurait dû s'en douter, vu le nombre de portes dans les couloirs.
Le silence régnait en tyran dans l'appartement. Lourd, écrasant. John se contentait de fixer le la table, elle même cherchant frénétiquement un sujet de conversation, pour briser cette ambiance gênante. Elle remarqua alors quelques cadres photo, accrochés aux murs, ainsi qu'une paire de plaques militaires.
Elle prit une gorgée de café brûlant. C'était la source de tous les maux de John. La Guerre, celle qui avait détruit tant de vies. Elle crevait d'envie de sortir un carnet et un stylo, et de lui poser des questions jusqu'au petit matin. De disséquer sa vie, sa guerre. Elle repoussa ses instincts professionnels. John n'était pas un sujet, il n'était pas un simple morceau de glaise, avec lequel elle pouvait former ses articles.
Il ne lui en parlerait que quand il serait prêt. Ou peut-être qu'il n'en parlerait jamais.
Son regard se perdit sur les photos. Des camarades de combat, posant tel des écoliers sur une photo de classe. Un homme ressemblant vaguement à John et une femme d'une quarantaine d'année, accompagnés de deux enfants, un adolescent et une petite fille avec des couettes rousses. Sur une autre photo, cette petite fille avait grandit, pour devenir une belle jeune femme, resplendissante dans un uniforme de parade immaculé.
Une sœur. Ce visage... elle le connaissait. C'était cette fameuse commandante, celle qui avait sauvé Elysia. Celle dont le visage était placardé sur toutes les affiches de recrutement de l'UNSC. Jane Shepard. John était le frère de l'étoile montante de la navy.
Elle reposa sa tasse. Il ne lui avait jamais dit. John capta son regard et posa, à son tour, les yeux sur la photo.
Il repensa à cette adolescente qui avait pleuré le jour où il avait décidé de s'engager chez les marines. À l'époque, il n'y avait plus qu'eux. Comme de nombreux enfants à cette époque, ils avaient perdu leurs parents et échappé de justesse à la vitrification de leur monde natal, Mindoir.
Le souvenir de cette époque assombrit son regard. Deux semaines. Deux semaines entières, à se cacher dans les ruines de leur colonie, à esquiver ces saloperies d'alien, qui festoyaient sur les cadavres de leurs voisins, de leurs amis, de leur famille. Deux semaines, avant qu'un groupe de marine ne finisse par les trouver et les évacuer. Ensuite, ils passèrent pas moins de quatre mois, à enchaîner les sauts au hasard, avant de finalement pouvoir rejoindre les territoires de l'UNSC et d'être pris en charge par les autorités compétentes. Il avait quinze ans à l'époque. Jane, seulement onze. Deux ans plus tard, il rejoignait le corps.
Il se sentit encore plus misérable. Il l'avait abandonné. Il l'avait laissé, seule, sa propre sœur.
''Je sais qui vous êtes'' lâcha doucement Anderson. Ses yeux s'agrandirent.
