Chapitre 5: Office Naval du Renseignement.
Secteur intérieur, système Epsilon Eridani, Reach, 03 mars 2560:
Une flamme jaillit avant d'allumer le bout d'une cigarette. L'amiral Jack Harper, tira une longue bouffée sur celle-ci, la faisant rougeoyer, avant de recracher des volutes de fumée, qui furent aspirés au plafond, par le système de recyclage de l'air, ce qu'apprécia fortement le capitaine Anderson.
Les deux hommes arpentaient les coursives de la station Keyes, plus spécifiquement le quartier militaire, où était stationné le Normandy, ainsi que la plupart des personnels militaires de l'UNSC.
-La pertes de la balise est un regrettable contretemps, Anderson. Très regrettable.
Il tira une nouvelle bouffée sur sa cigarette.
-Certaines personnes réclament déjà des responsables. Un responsable.
Il posa ses yeux sur le capitaine. Anderson déglutit. Ce n'était pas le sous entendu de son supérieur, qui le mettait mal à l'aise, mais ses yeux: des orbes noires, presque métalliques, à l'iris brillant d'une légère lumière turquoise. Des implants bioniques, clairement. Mais Anderson n'avait jamais rien vu de tel. Probablement l'avantage d'arborer des étoiles, au sein de l'organisation la plus puissante de l'humanité.
-Il y a des éléments que nous ne pouvons contrôler, amiral. Ce qui s'est passé sur Eden Prime...
Harper leva une main pour l'interrompre.
-J'ai lu les rapports, capitaine. Vous prêchez un converti.
Il baissa la main.
-Par ailleurs, il manque beaucoup de choses dans votre rapport.
Anderson sentit son cœur manquer un battement.
Se doutait-il qu'il avait caché ce qui était réellement arrivé à Jane? L'avait-il découvert? Le capitaine se sentit soudainement vieux. Maintenir une expression neutre lui demandait un effort qu'il n'aurait pas imaginé.
Si Harper l'avait remarqué, il n'en laissa rien paraître. Il attrapa sa cigarette, presque consumée, du bout de ses doigts, avant de sourire.
-Des choses que vous ne pouviez savoir... saviez vous que ce qui détruit la balise était une surcharge énergétique?
Anderson souffla un instant. Il ne se doutait de rien.
Harper jeta son mégot sur le sol métallique et froid de la station. Devant eux, les portes du quai s'ouvrirent, révélant le profil fin et anguleux du Normandy. Anderson s'apprêta à avancer.
-David...
Harper resta sur place, plantant ses mains dans ses poches. Le capitaine s'arrêta, avant de se retourner lentement, essayant de masquer sa nervosité.
-Ces technologies sont assez nouvelles. Mais, j'en sais assez pour avoir mes petites théories.
Il posa délicatement le talon de ses bottes sur le mégot, avant d'appuyer, puis de tourner.
-Vous, Shepard et moi... il faudra que nous ayons une petite discussion. À votre retour.
Il lui offrit une main et un sourire amical.
Un filet de sueur froide glissa le long de l'échine du capitaine. Il tendit fébrilement la main, avant de la serrer. La poigne d'Harper était ferme, franche.
-Bonne chance, capitaine.
John adressa un regard curieux à Emily. Celle-ci se contenta de hausser les épaules. Un mince sourire s'étira sur ses lèvres. Elle, se contenta d'un petit soupir amusé.
-Hey, si tu crois que je vais m'asseoir sur le plus gros scoop de ma carrière...
Elle envoya un petit coup de poing dans son épaule. Bien sûr qu'elle s'en moquait du scoop! Elle ferait un bien horrible personne si elle ne l'avait suivit, jusque dans cette salle d'attente sordide, perdu quelque part dans les entrailles du quartier militaire, juste pour booster son ego et sa carrière.
Il hésita un instant, avant de tendre un bras, pour poser une main sur son épaule, puis la serrer contre lui. Elle laissa reposer sa tête contre son cou.
-Je suppose que ça va être silence radio pour un moment, hein?
Il soupira.
-Ouais.
C'était toujours comme ça. Pendant la guerre, c'était une nécessité absolue, dictée par le protocole Cole, pour la survie de l'humanité. Pas question de risquer des transmissions longues distances qui pouvaient donner la position des colonies de l'UNSC à l'ennemi! Et après la guerre, ce qu'il faisait n'avait besoin d'aucune publicité.
Les songes de John dérivèrent, lentement, dangereusement vers cette abîme qu'il redoutait. Il cligna des yeux. L'espace d'un fugace instant, Toombs se tint dans un angle, croisant les bras. Il disparu aussi vite qu'il était venu.
Il reposa ses yeux sur Emily. Elle se contentait de regarder dans le vide, profitant de la compagnie de John, encore quelques instants, avant que tout cela ne s'arrête, pour un long moment.
Est-ce qu'il avait vraiment le droit de lui demander ça? D'attendre aussi longtemps? Il partait pour un bon moment. Au moins deux mois. Peut-être même six. Peut-être que le sort pousserait le vice jusqu'aux années! Et ça, c'était si il revenait! Peut-être qu'il rejoindrait Toombs. Et l'ONI n'était pas du genre à informer quelqu'un comme Emily.
Il prit une grande goulée d'air et se redressa.
-Emily...
Elle l'imita, croisant son regard.
-John?
-Tu sais... si tu voulais...
Il se frotta la nuque.
-En finir maintenant...
Elle arqua un sourcil, avant d'afficher une moue légèrement moqueuse. Il continua.
-Avec tout ce qui va se passer. Tout ce qui peut se passer. Je ne veux pas que tu...
Elle sourit.
-Tu te flattes, mon bel Ulysse.
Elle croisa les jambes, pour s'adosser à son siège.
-On se connaît depuis quoi? Un mois? Je ne vais pas t'attendre, pendant les vingt prochaines années...
Elle inclina légèrement sa tête, lui coulant un regard amusé.
-Mais... tu te débarrasseras pas de moi comme ça.
Elle s'approcha alors, avant de poser ses lèvres sur sa joue, puis de se replacer dans son siège, toujours un air taquin sur son visage. John sourit.
-T'es cinglée... lâcha-t-il.
Elle haussa les épaules.
-Sans doute.
-Tu sais que ça sera pas facile?
Elle hocha la tête.
-Pourquoi moi? Qu'est ce que tu me trou...
-Stop.
Elle croisa ses mains, comme pour demander un temps mort.
-T'as tes problèmes, je vais pas le contester... et je serai idiote de prétendre pouvoir les résoudre..
Elle marqua une pause.
-Et si t'espère que je te sorte une qualité, un truc qui m'a filé le coup de foudre... ben, y en a pas.
Elle soupira.
-On s'est pas fait du jour au lendemain, John.
Elle ricana.
-Au début, c'était même pas vraiment au programme. Mais au final, on s'est trouvé. La route est encore longue, mais j'ai envie de tenter le coup.
Elle croisa les bras.
-Donc, quand tout ça sera finit, j'espère de revoir ici.
La porte de la salle d'attente s'ouvrit dans un chuintement. Une plantureuse créature, dans un uniforme parfaitement taillé de la navy, les cheveux noués en un chignon parfaitement réglementaire, s'avança. Emily fut la première à la remarquer. Elle fronça les sourcils.
-Inspecteur Shepard?
John redressa la tête. La femme lui tendit une main. Il la serra.
-Lieutenante Lawson. ONI. Votre dossier a été validé. Je dois encore voir quelques détails avec vous, puis nous embarquerons.
Il hocha la tête, avant de se relever. Lawson se tourna alors vers Emily.
-Mademoiselle Wong. Je reviens vers vous d'ici quelques instants. J'ai quelques documents à vous faire signer.
Cela était loin de la réjouir et c'était un euphémisme. Entre journaliste et agence de renseignement, c'était toujours une très grande histoire d'amour et, pour Emily, c'était loin d'être son premier rodéo. Elle ne comptait plus le nombre d'article qui avaient été censurés par l'ONI, les accords de confidentialité qu'elle avait signé, et autres muselières qu'elle avait été forcé d'accepter, au nom du sacro-saint secret militaire. Et encore, elle faisait partie des chanceuses. Il y avait pas mal de rumeurs qui circulaient dans le milieu. Des reporters qui auraient mystérieusement disparu en couvrant certains sujets les plus sombres de l'UNSC.
Elle croisa les bras, observant la lieutenante escorter John, en dandinant du derrière. Puis les portes se refermèrent, la laissant seule, dans cette salle d'attente, avec pour seule compagnie l'objectif inquisiteur de la caméra de surveillance.
John avait été installé dans un petit bureau, avec la lieutenante. Elle sortit alors un data-pad, accompagné d'un crayon graphique.
-Vous connaissez la routine, inspecteur: tout ce qui se passe à présent est couvert par le secret militaire.
Il leva les yeux au ciel, attrapant le crayon, déroula le texte jusqu'en bas, avant de signer.
-Je ne dois divulguer aucun élément de ce qui se passera à des personnels non-habilités, je ne dois entrer en contact avec aucun personnel non-habilité. Tout manquement à ces devoirs me rend passible de poursuites pour trahison...
Il l'avait dit d'un ton monocorde, las, telle une récitation apprise par cœur, sans enthousiasme. Lawson, elle, souriait, récupérant le data-pad, avant de pianoter dessus, transférant les documents aux services administratifs.
Elle n'en attendait pas moins d'un ancien agent. Son dossier avait beau être particulièrement censuré, le nombre de mission restait malgré tout visible. Un nombre très respectable.
-En tant que ''consultant opérationnel'', l'ONI a mis à votre disposition les armes, protection et équipement nécessaires à votre mission. La liste complète figurait sur le document que vous venez de signer, mais, je suppose que vous ne l'avez pas vraiment lu.
Il hocha la tête. À quoi bon? Quand l'ONI vous demandait de signer quelque chose, vous le faisiez. Vous n'aviez pas vraiment de choix.
-L'officier des réquisitions du Normandy se fera une joie de vous renseigner plus en détail sur le sujet.
Elle se leva.
-Par ailleurs, étant donné que vos aptitudes médicales sont périmées, vous serez transmis à toute une batterie de test une fois à bord. Dans le cas où ceux-ci seraient négatifs, vous seriez confiné à bord du Normandy, jusqu'à la fin de la mission.
John hocha la tête. Lawson l'invita à la suivre.
Ils longèrent donc les coursives, rejoignant les quais. Lawson prit alors la parole.
-Dites moi, inspecteur, vous êtes bien apparenté à la commandante Shepard?
Il soupira.
-Ouais. Je suis son frère.
Un sourire prédateur s'étira sur les lèvres de la lieutenante.
-Vraiment?
John n'était pas certain d'aimer sa réaction.
-Un curieux hasard, inspecteur... votre sœur fait justement partie de cette mission.
Il tenta de masquer sa nervosité par un petit rire.
-L'univers a un certain sens de l'humour.
-Hilarant, en effet.
Ils s'arrêtèrent devant un port fermée. Lawson s'approcha du panneau de sécurité, sortit une carte d'une de ses poches et la scanna. L'écoutille s'ouvrit.
-En parlant d'humour, une blague circule actuellement, dans le département.
-Ah?
-Oui, que le capitaine Anderson chercherait à compléter sa collection. Après tout, vous aviez bien travaillé ensemble, pendant et après la guerre?
-C'était il y a longtemps.
-Très longtemps. Corrigea Lawson.
Ils arrivèrent dans le hangar. Le Normandy y trônait, tel un requin dans son aquarium, une horde d'ingénieurs et de mécaniciens s'affairant autour. Ils procédaient aux dernières vérifications, s'assurant que chaque boulon était à sa place, que chaque truster était correctement calibré, que tout fonctionnerait correctement, pour éviter à la corvette de finir en un petit tas de débris en expansion.
Lawson le conduisit sous le ventre de la bête. La rampe d'accès à la baie interne de la corvette était ouverte. Ils grimpèrent, pénétrant dans le Normandy, qui grouillait d'activité. Les logisticiens comptaient méticuleusement chaque fourniture, cochant les cases sur leurs data-pads, des matelots vérifiaient que les warthogs et le pélican étaient solidement arrimés, tandis que des marines se trimbalaient de grosses caisses, arborant le logo de la Misriah, le fournisseur d'arme principal de l'UNSC.
Un jeune lieutenant supervisait l'ensemble, un air vaguement ennuyé sur le visage. Lawson s'approcha.
-Lieutenant Alenko?
Celui-ci releva la tête et se tourna. Ses yeux se perdirent quelques secondes sur la poitrine de Lawson, avant de rapidement revenir sur son col, à la recherche de l'insigne dénotant son grade. Deux barres, lieutenante navale, l'équivalent d'un capitaine dans les marines, donc, une supérieure. Alenko se mis au garde à vous avant de se fendre d'un salut.
-Mes respect lieutenante.
Elle lui rendit nonchalamment. Contrairement aux marines, l'ONI s'embêtait beaucoup moins avec le décorum militaire.
-Lieutenant, voici l'inspecteur Shepard, de l'administration coloniale. Il interviendra en tant que consultant sur cette mission. Votre capitaine est au courant.
Les traits d'Alenko s'affaissèrent sous des informations qu'on venait de lui bombarder. Shepard, administration coloniale, consultant, capitaine au courant? Wow!
-Une minute, quoi?
Rien dans cette histoire n'avait de sens, si ce n'était les nombreuses tirettes d'alarmes qui s'étaient enclenchées. Qu'est-ce qu'un inspecteur de l'adco venait faire sur une mission top secrète? Et pourquoi avait-il le même nom que la commandante?
Lawson leva les yeux au ciel, avant de lui tendre son data-pad.
-Toutes les autorisations se trouvent sur ces documents, si vous avez un doute. Mais, je vous assure, votre capitaine est au courant.
Fruit du hasard, au même moment, l'écoutille d'accès au reste du vaisseau s'ouvrit, laissant passer me capitaine Anderson. Lawson sourit, satisfaite du timing de l'officier. Alenko, lui, se tourna vers son supérieur, un air un peu perdu sur le visage.
-Capitaine...
Anderson le stoppa.
-C'est bon Kaiden, il est avec nous.
John se frotta la nuque, légèrement mal à l'aise.
Chaire brûlée, souffrance, horreur, mort. Jane fit tomber un comprimé dans son verre. L'eau se mis à mousser dans un tourbillon de bulles, distrayant, l'espace d'un instant, ses songes. Puis elle attrapa le verre et le vida d'une traite. Quelques secondes plus tard et tout ceci n'était plus qu'un mauvais souvenir.
On sonna à la porte de sa cabine. Elle appuya sur la commande pour ouvrir l'écoutille. Le sergent Nero se tenait dans l'encadrement. Il entra et se fendit d'un salut.
-Commandante, le capitaine veut vous voir dans son bureau.
Elle hocha la tête, avant de congédier Nero, qui retourna à ses occupations.
Elle sortit, quelques minutes plus tard, après avoir vérifié sa tenue. Elle s'aventura alors dans les coursives du Normandy. Les quartiers de l'équipage n'étaient pas spécialement grands. En tant qu'officier en second, elle avait le droit à une cabine personnelle, un luxe qu'était loin de partager le reste de l'équipage. Les officiers devaient partager des chambrées, tandis que les militaires du rang et les sous-officiers dormaient dans ce qu'on appelait familièrement les cercueils. Des dizaines de couchettes, installées dans des sortes de tiroir, qui couraient le long de la coursive centrale. Aucune intimité, un espace purement fonctionnel, que l'équipage tentait tant bien que mal de personnaliser à l'aide de photos, dessins, symboles religieux et autres décorations.
Jane arriva devant le bureau du capitaine. Elle appuya sur la commande pour signaler sa présence. La porte coulissa. Le capitaine était assit, derrière son bureau. Un homme, un civil, était assit en face d'Anderson, tournant le dos à l'entrée.
-Entrez Jane. Je pense que vous connaissez l'inspecteur.
Le civil se retourna.
Elle pila net. Elle cligna des yeux. Une fois, deux fois. Assit dans l'une des chaises, un homme qu'elle n'avait pas vu depuis huit ans. John. Son grand frère. Il ne ressemblait à rien. Il avait de grosses cernes sous les yeux, il avait clairement loupé quelques rasages et la cicatrice sur le nez, c'était nouveau. Avec un sourire mi-figue, mi-raisin, il leva mollement une main, pour la saluer.
Des centaines de questions assaillirent Jane. Qu'est-ce qu'il faisait là? Où est-ce qu'il était passé pendant toute ces années? Est-ce qu'il allait bien? Pourquoi maintenant?
Ses yeux passèrent sur son mentor, qui observait la scène avec un petite sourire satisfait. C'était lui qui avait organisé tout ça.
-Capitaine, qu'est-ce que ça veut dire?
-Que l'administration coloniale nous a prêté votre frère pour cette mission.
Elle arqua un sourcil. C'était une non réponse affligeante. Elle s'apprêta à répondre, mais Anderson la coupa en levant un doigt, puis appuya alors sur un bouton sur son bureau. Il attendit alors quelques secondes, avant de croiser les doigts.
-Nous devrions avoir un peu plus d'intimité.
Puis il se leva, pour se rapprocher John, posant une main ferme sur son épaule.
-Votre frère est ici pour représenter l'administration coloniale.
-Qu'est-ce que l'adco vient faire dans cette histoire?
John haussa les épaules. Anderson répondit.
-Ils se sont occupés de compiler la liste complète des dommages subits par Eden Prime. Si je devais vous simplifier le rôle de votre frère, il est là pour présenter la facture.
Elle fronça les sourcils.
-Et officieusement?
Anderson sourit. Elle ne perdait pas le nord.
-Pour vous, Jane.
Le visage de la jeune femme s'affaissa.
Les visions. Elle ne savait pas ce qu'elle avait vu, exactement. Mais ça n'était clairement pas bon signe, surtout vu de l'extérieur. Elle avait toujours craint, au fond, que ces visions ne soient que le premier symptôme d'une sinistre affliction médicale. Mais elle avait toujours espéré ça ne soit que ça, une crainte. Mais si Anderson lui même en venait à ramener son frère pour...
Elle abattit ses deux paumes sur le bureau. Sa voix grondait de colère.
-Je vais bien, capitaine! Et même si j'avais besoin d'aide, c'est bien la dernière personne que j'appellerai!
John grimaça mais ne dit rien. Dans un sens, il l'avait mérité: ça faisait huit ans. Vu ce qu'ils avaient vécu, c'était de la trahison.
Jane croisa les bras. C'était tout bonnement impensable... stupide même. Dire qu'elle n'était plus une gamine était un euphémisme. Elle était un officier supérieur de l'UNSC, décorée et reconnue par ses pairs. Elle avait horreur d'invoquer ses heures de gloires dans l'orbite d'Elysia, mais, ça avait quand même dû mettre dans le crâne de tout le monde qu'elle avait passé l'âge de se réfugier dans les jupons de son frère!
-Je pensais avoir mérité mieux que ça, capitaine.
Elle tourna son regard vers John, le fixant pendant de longues secondes, sans rien dire, avant de revenir vers son supérieur.
Elle se redressa, tentant de recomposer un masque professionnel, avec un succès mitigé.
-Ce sera tout?
Anderson hocha tristement la tête. Il n'y aurait rien de plus à tirer de cette conversation et il venait peut-être de saboter sa relation avec sa seconde.
C'était un risque dont il était parfaitement conscient, quand il avait prit cette décision. Néanmoins, ce n'était que maintenant qu'il en prenait réellement la mesure.
-Vous pouvez disposer, commandante.
Elle se fendit d'un salut sec et crispé, trahissant encore ses émotions, puis disparu derrière l'écoutille.
Anderson poussa un long soupir, avant d'ouvrir le tiroir où il gardait son whisky. Alors qu'il débouchait, puis servait le breuvage, il accorda un regard à John. Ses yeux étaient encore rivés là où sa sœur se tenait, il y a quelques secondes.
John attrapa le verre que le capitaine lui tendit, machinalement, avant de le vider d'une traite. Anderson comprit que, si lui vivait encore dans le doute, l'ancien ODST, lui, vivait dans la certitude. Il avait joué le pire coup de poker de sa carrière et il le savait.
Mais à quoi pensait-il? Il était plus malin que ça! Il aurait dû savoir ce qui allait se passer. Il connaissait suffisamment les Shepard. Il connaissait l'ONI. À quel moment, dans son esprit dérangé, avait-il pu croire, un seul instant, que son plan dérangé, aurait fonctionné?
Il s'était laissé consumer par la peur. Et maintenant il en payait le prix. Il n'aurait jamais fait cette erreur il y a dix ans. À cette époque, il était aussi impitoyable qu'Harper: un salopard, froid et calculateur, qui avait toujours dix coups d'avance. Maintenant c'était lui qui était à la traîne.
