Bonjour à tous !
Je vous retrouve aujourd'hui pour un "petit" OS qui me trotte dans la tête depuis un moment.
Bon, je sais que la taille peut faire peur, j'ai longuement hésité à diviser tout ça en plusieurs chapitres, mais j'ai finalement décidé de poster en une seule fois, parce qu'à mon sens, ça se lit tout d'un coup. J'espère que je ne perdrai personne en cours de route.
Je vous souhaite une bonne lecture et comme d'habitude, n'hésitez pas à me donner vos retours ! Chaque commentaire est un plaisir pour mon petit cœur !
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1er septembre 1991
A bien des égards, ce fut le compartiment numéro 47 du Poudlard Express qui bouleversa la vie d'Hermione Granger.
Évidemment, elle ne s'en rendrait compte que bien plus tard.
A cet instant, elle lissa nerveusement les plis de sa jupe pourtant parfaitement repassée. Le garçon joufflu qui avait perdu son crapaud s'en allait d'un côté du couloir, tandis qu'elle partait de l'autre.
Voilà, c'est bien, Hermione. Rends des services, sois sympathique avec tout le monde. Tu peux le faire.
Depuis qu'elle était entrée dans le train, elle ne cessait de se répéter des mots réconfortants, espérant naïvement faire disparaître la boule énorme qui ne cessait pourtant de grandir dans son ventre. Elle repensa aux douces paroles que ses parents lui avaient chuchotées avant qu'elle ne traverse la barrière de la voie 9 ¾, mais elle avait l'impression que la sensation de confort qu'ils lui avaient apportée s'éloignait aussi rapidement que le quai de la gare.
Elle secoua la tête et se mit en route pour retrouver le crapaud de ce Neville Londubat. C'était un choix étrange pour un animal de compagnie, mais depuis presque un an, Hermione était habituée aux étrangetés.
Elle se souvenait avec précision du jour où Minerva McGonagall avait sonné à sa porte pour lui annoncer, à elle et à ses parents, qu'elle était en réalité une sorcière. Si, d'un seul coup, toute sa vie prenait enfin un sens, il fallait avouer que la perspective de toute cette nouveauté était aussi excitante qu'effrayante.
Quitter le cocon familial pendant dix mois pour une école remplie d'étrangers était une perspective aussi excitante qu'effrayante.
Elle pénétra dans quelques compartiments pour demander si quelqu'un avait vu un crapaud mais toutes les réponses furent négatives. Pourtant, Hermione ne fut pas déçue. Parce que personne ne la regarda de haut, personne ne sembla la mépriser, personne ne la regardait comme si elle était un monstre.
Évidemment, lui rappela sa conscience. Ici, il n'y a aucun monstre. Ils sont tous comme toi.
En faisant coulisser la porte du compartiment 47, vers le fond du train, elle découvrit trois jeunes garçons. Ils étaient déjà en uniforme mais comme ils ne portaient aucun blason, elle en déduisit qu'ils allaient, comme elle, entamer leur première année d'études. Deux d'entre eux étaient assis côte à côte : bruns et l'air indifférent, ils étaient imposants malgré leur jeune âge et avaient l'air de deux brutes qui n'auraient pas inventé l'eau chaude.
Le garçon en face était bien plus intéressant.
Il avait la couleur de cheveux la plus singulière qu'Hermione n'ait jamais vue. Un blond si clair qu'il penchait même vers le blanc. Hermione n'avait jamais rien vu de tel, même sur des cheveux teints et étrangement, elle ne doutait absolument pas que cette couleur fut naturelle.
Ses yeux furent la deuxième chose qui la frappa chez lui : ils étaient, sans conteste, les plus beaux yeux qu'elle avait eu la chance de croiser durant sa courte existence. Ils étaient gris, une couleur qui pouvait paraître banale et ennuyeuse, mais ce gris là était le plus magnifique de toutes les teintes que cette couleur pouvait comporter. Clairs, lumineux, brillants, ses yeux, lorsqu'ils la jaugèrent alors qu'elle rentrait dans le compartiment, la firent rougir, rien qu'une seconde.
Ce garçon était, sans aucun doute, le garçon le plus beau qu'il lui ait été donné de voir. Son visage avait bien évidemment les rondeurs de l'enfance, mais il semblait si sûr de lui, si aristocratique, qu'il lui paraissait plus vieux qu'elle.
- Excusez-moi, se lança Hermione en ne regardant que le garçon blond. Auriez-vous aperçu un crapaud, par hasard ?
Elle avait parlé d'une voix assurée, sans bégayer, et elle se félicita mentalement pour cette prouesse. Il se passa plusieurs secondes durant lesquelles aucun des trois occupants du compartiments ne pipa mot. Les deux molosses se contentaient de fixer leur camarade, tandis que ce dernier regardait Hermione avec des yeux curieux.
- Peut-être que oui, peut-être que non, répondit-il finalement.
Hermione fronça les sourcils et le garçon lui sourit. Elle sentit le rouge lui monter de nouveau aux joues. Il avait une voix traînante, l'air de s'ennuyer au possible.
- Tu en as vu un ou pas ?
- C'est bizarre de choisir un crapaud comme animal de compagnie. Je t'aurais plus vue avec un chat.
Hermione sourit parce que oui, son animal préféré était bel et bien le chat et que si elle avait eu l'occasion, elle aurait choisi ce félin pour l'accompagner à Poudlard.
- Ce n'est pas le mien. C'est un garçon qui s'appelle Neville qui l'a perdu.
- Laisse donc ce Neville se débrouiller. A aider les autres comme ça, tu finiras chez les Poufsouffle.
Le dédain avec lequel il avait prononcé le nom de la maison jaune et noire était évident. Hermione croisa les bras en faisant la moue.
- Et qu'est-ce que tu as contre les Poufsouffle ?
Elle avait, bien entendu, lu tout ce qu'il était possible de lire sur les maisons de Poudlard. Aucune ne lui semblait mieux qu'une autre, chacune ayant ses propres caractéristiques. Au fond d'elle, elle espérait néanmoins se retrouver chez les Gryffondor : dans son esprit d'enfant, le courage et la bravoure lui semblaient être des qualités exceptionnelles dont elle rêvait être dotée.
- Ce sont des pleurnichards et des faibles, répondit le garçon en haussant les épaules, comme si c'était évident.
- Je vois que tu as un avis tranché sur la question !
- Plutôt, oui. De toute façon, il n'y a qu'une seule maison qui vaille le coup. La mienne.
- Laquelle ?
- Serpentard.
Maintenant qu'il le disait, c'était évident. De ce qu'Hermione avait lu sur la maison de Salazar, son futur camarade semblait représenter à la perfection ses valeurs.
- Pourquoi tu es si sûr d'aller là-bas ?
- Parce que toute ma famille y est depuis des générations. Depuis le tout début, en fait.
Il avait dit cela avec tellement de fierté qu'Hermione se sentit impressionnée. Il faisait donc partie de ces vieilles familles de sorciers tandis qu'elle n'avait appris qu'elle était douée de magie que lors de son onzième anniversaire. Ce sentiment d'infériorité s'insinua au plus profond d'elle et elle se promit, comme chaque jour depuis qu'elle avait appris sa véritable nature, qu'elle serait si douée que jamais personne ne mettrait en doute sa crédibilité.
- Peut-être que tu seras une exception, dit-elle.
- Une exception parmi les Serpentard, oui.
A nouveau, il lui sourit. Un sourire en coin malicieux et joueur, avec une pointe d'arrogance qui le rendait terriblement attractif.
Finalement, il se leva avec une grâce qui n'aurait pas dû exister pour un enfant de son âge, et se positionna devant Hermione. Ils avaient à peu près la même taille et leurs yeux se retrouvèrent au même niveau. La jeune fille se trouva incapable de regarder ailleurs.
- Je m'appelle Drago, révéla-t-il en lui tendant une main trop pompeuse pour un gamin de onze ans. Drago Malefoy.
Hermione n'hésita pas avant de lui serrer la main, peu importe qu'elle trouvait cela légèrement ridicule.
- Hermione Granger, lui répondit-elle dans un souffle.
- Tu t'assoies un peu avec moi, Hermione ? Le crapaud de ce Neville peut bien attendre.
Trop heureuse de se faire un ami, et si un bel ami de surcroît, Hermione s'installa sur la banquette à côté de lui. Les deux autres occupants du compartiment observaient la scène avec autant d'intérêt que des mollusques morts et Drago les présenta d'un bref signe de tête.
- Eux c'est Crabbe et Goyle. Nos parents sont amis, expliqua-t-il. Eux aussi seront à Serpentard.
- Je ne crois pas que ce soit héréditaire, tu sais.
- Peut-être pas, mais dans les vieilles familles comme les nôtres, c'est souvent le cas. Mon père ne me le pardonnerait jamais si le Choixpeau m'attribuait une autre maison.
Il frissonna, comme si cette simple idée lui faisait peur, avant de se retourner pour faire plus face à Hermione.
- Et toi, tu penses que tu iras où ?
- Je ne sais pas. Je suis tellement heureuse à l'idée d'aller à Poudlard que je crois que tout m'irait ! avoua-t-elle.
Ce fut à ce moment précis que l'intérêt de Drago Malefoy pour Hermione Granger prit vraiment forme. Parce qu'en prononçant cette phrase, elle avait eu des étoiles dans les yeux. Littéralement. Ils s'étaient illuminés d'une telle façon qu'il la trouva vraiment joli. Jolie, malgré ses cheveux désordonnés qui partaient dans tous les sens. Jolie, malgré ses dents de devant beaucoup trop longues pour être esthétiques. Il la trouva même plus jolie que Daphné Greengrass, qui était pourtant naturellement désignée comme la fille la plus belle de sa génération.
Ils discutèrent pendant plusieurs dizaines de minutes, de tout et de rien et surtout de Poudlard. Elle lui révéla que, même si toutes les matières la fascinaient, elle avait une hâte toute particulière de toucher à l'art de la métamorphose. Drago lui dit qu'il préférait les potions.
Elle était intelligente, un peu trop sérieuse, mais la passion qui animait son discours la rendait tout simplement captivante. Drago lui parlait comme s'ils étaient seuls, oubliant même la présence pourtant grossière de ses deux suiveurs. Il maudit les quelques coups contre la porte qui les tirèrent de leur conversation. Un garçon à l'air totalement benêt et empoté regardait Hermione à travers la vitre et celle-ci sursauta, se levant sur ses pieds aussi vite que si elle était montée sur ressort.
- J'ai oublié Neville ! s'exclama-t-elle avec horreur.
Elle ouvrit la porte à la hâte avant de se retourner vers Drago, hésitante.
- Du coup, tu… tu n'as pas vu son crapaud, alors ?
- Non, Hermione, je n'ai pas vu de crapaud. Mais je suis ravi que tu sois venu le chercher ici.
Si jeune et déjà un parfait petit gentleman. Il était évident que Drago avait été éduqué selon tous les codes de la bienséance et Hermione ne put s'empêcher de sourire de toutes ses dents.
- A plus tard, alors.
- A plus tard, répéta-t-il.
Elle se retourna et juste avant qu'elle ne sorte elle entendit :
- J'espère que tu seras à Serpentard, toi aussi.
Elle sourit pour elle-même et referma la porte derrière elle.
- Tu l'as trouvé ? demanda Neville, la mine rendue inquiète par la perte de son animal.
- Non, pas encore, Neville, mais il reste des compartiments que je n'ai pas visités, ne t'inquiète pas.
Hermione ne se départit pas de son sourire lorsqu'elle ouvrit une nouvelle porte coulissante, non loin de là, Neville sur ses talons. A l'intérieur, deux autres garçons de première année. Un brun plutôt maigre avec des lunettes et un roux, le visage couvert de taches de rousseur.
- Vous n'auriez pas vu un crapaud ? Neville a perdu le sien.
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1er septembre 1992
L'inquiétude lui rongeait les sangs.
Il n'y avait absolument aucune raison valable pour justifier l'absence de Harry et Ron et pourtant, les faits étaient là. Hermione avait eu beau parcourir le train de long en large et en travers, il n'y avait aucune trace de ses deux amis.
Dans quel pétrin se sont-ils encore fourrés ? se demanda-t-elle anxieusement.
Elle était seule dans un compartiment au fond du train, le compartiment 47, le coude sur le rebord de la fenêtre, regardant le paysage sans le voir et se rongeant les ongles. Plus le train avançait et plus la panique s'emparait d'elle. Et s'il leur était arrivé quelque chose ? Elle ne le supporterait pas. Au cours de l'année précédente, elle s'était attachée aux deux garçons plus que de raison et la simple idée qu'il puisse leur arriver du mal lui était insupportable.
Ainsi absorbée dans ses pensées, elle n'entendit pas la porte s'ouvrir et sursauta quand elle aperçut quelqu'un s'asseoir en face d'elle.
Quand elle vit de qui il s'agissait, elle se figea complètement.
Drago Malefoy la regardait, son air suffisant scotché à ses traits.
- Qu'est-ce que tu fais là ? cracha-t-elle en se redressant sur la banquette.
- Tu as laissé tes abrutis à la gare ?
- Quoi ?
- Je ne peux pas t'en vouloir. Leur présence est à peine tolérable.
Hermione resta bouche-bée.
Elle avait connu plusieurs déceptions durant sa première année à Poudlard : le fait que ses camarades la voient comme une Miss-je-sais-tout insupportable, le fait de ne pas avoir d'amis -avant que Harry et Ron ne le deviennent-, le fait de se sentir toujours un peu à part, même dans un monde auquel elle était censée pleinement appartenir.
Mais parmi toutes ces déceptions, aucune n'avait été aussi grande que celle qui était présentement assise en face d'elle.
Alors qu'ils étaient entrés dans la Grande Salle, Hermione n'avait pu s'empêcher de chercher le blond du regard. Quand son nom fut appelé et que le Choixpeau fut vissé sur sa tête, elle l'avait facilement trouvé parmi la petite foule qui la fixait sans vergogne. Le choixpeau avait mis du temps, beaucoup plus de temps que pour ses camarades qui étaient passés avant elle et durant tout ce temps, Drago la regardait avec un petit sourire.
Mais dès que l'artefact eut crié "Gryffondor !", ce joli sourire se fana et il avait regardé Hermione trottiner jusqu'à la table des lions avec une déception non dissimulée.
Pour lui, bien sûr, le choixpeau ne mit qu'une seconde à se décider. En fait, à peine avait-il effleuré ses cheveux que "Serpentard !" était sorti de sa bouche factice et Drago s'était assis à une place qu'on lui avait réservée, avec une classe et une dignité qui étaient totalement étrangères à Hermione.
Après cela, tout ne fut qu'une suite de déceptions et de désillusions.
Hermione s'était vite rendue compte que le garçon du train n'avait rien avoir avec celui de Poudlard. Drago était une petite brute qui aimait frapper là où ça faisait mal. Il avait immédiatement pris Harry et Ron en grippe et, à l'époque où elle n'était pas encore amie avec eux, elle observait de loin ces rixes enfantines et puériles.
Et puis, ses origines avaient été dévoilées.
Elle ne savait plus comment ni pourquoi le fait que ses parents soient moldus était arrivé aux oreilles de Drago, mais dès qu'il l'eut appris, son regard sur elle changea drastiquement.
A partir de là, ce ne fut plus qu'insultes et moqueries, et pire encore lorsqu'elle se lia d'amitié avec Harry et Ron.
Dans son esprit, Drago était devenu Malefoy et elle s'était fait une raison : les brefs moments échangés dans le train avaient été une exception, une erreur à laquelle Malefoy ne se serait pas abaissé s'il avait su qu'Hermione était née-moldue.
- Qu'est-ce que tu fais là ? répéta-t-elle, la voix dure.
- Je suis juste venu discuter.
Hermione expulsa un rire dénué d'humour. Discuter ? Cela ne faisait aucun sens.
- Je n'ai aucune envie de discuter avec toi, décréta-t-elle en reportant son attention vers le paysage défilant à travers la fenêtre du train.
Il fit claquer sa langue contre son palais et du coin de l'œil, Hermione le vit faire une moue agacée. Il ne devait pas avoir l'habitude qu'on lui refuse quelque chose.
- Pourquoi pas ? demanda-t-il finalement.
Hermione tourna la tête vers lui, incrédule.
- Tu te fiches de moi ?
- Non. On l'a bien fait, une fois.
- Tu veux dire l'année dernière, dans le train ?
- Oui.
La jeune fille regarda autour d'elle, s'attendant à voir Crabbe et Goyle surgir de nulle part pour se moquer d'elle. Mais la porte restait résolument fermée et Malefoy la fixait avec un air insondable.
- Depuis il s'est passé mille choses, à Poudlard.
- On n'est pas encore à Poudlard.
- On s'est vus l'autre jour chez Fleury & Bott et tu as été odieux.
- Avec Potter. Mon mépris envers lui ne prend pas de vacances, je le déteste toute l'année.
- Alors que moi, non ?
Il leva les yeux au ciel et commença à taper du pied par terre, toujours aussi irrité, mais maintenant impatient de surcroît.
- Écoute, Granger. Soit on profite de l'absence inespérée des deux babouins qui te servent d'amis pour avoir une discussion civilisée et intéressante, comme l'année dernière, soit tu n'es pas capable de…
- Capable de quoi ? coupa la Gryffondor. De faire comme si le fait qu'on se déteste à l'école n'existait pas ?
- Exactement.
Il était si sûr de lui qu'Hermione en fut immensément déstabilisée.
- Tu es fou, conclut-elle en croisant les bras sur son torse.
- Peut-être, admit-il en haussant les épaules. Alors, est-ce que les cours de métamorphose ont été à la hauteur de tes espérances ?
- Tu t'en souviens ? demanda Hermione qui n'en croyait pas ses oreilles.
- Bien sûr que je m'en souviens. Alors ?
Alors Hermione se surprit à se laisser aller à discuter avec lui, comme l'année précédente, comme si l'année écoulée n'avait aucune importance. Elle lui avoua que finalement, elle préférait les sortilèges et lui restait fidèle à sa première conviction : le cours de potion était son favori.
Pendant près d'une heure, elle en oublia presque l'absence de ses amis et lorsqu'il finit par s'en aller, elle crut l'entendre chuchoter quelque chose en ouvrant la porte.
- C'est tellement dommage.
Dommage qu'elle soit une née-moldue, qu'elle soit à Gryffondor, qu'elle soit amie avec Harry et Ron… elle ne le sut malheureusement jamais, parce qu'il était parti avant qu'elle ne puisse lui poser la question..
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1er septembre 1993
- Granger !
Hermione s'arrêta net en reconnaissant cette voix.
Elle venait de quitter le compartiment qu'elle partageait avec Harry, Ron et le mystérieux professeur endormi pour aller aux toilettes, mais fut stoppée au milieu du chemin.
Le couloir du train était désert, alors elle se retourna lentement pour faire face à celui qui, malgré elle, continuait de hanter ses pensées plus souvent qu'elle ne voulait bien l'admettre.
Apparemment, il n'y avait pas que Harry et Ron qui avaient subi une poussée de croissance ahurissante, cet été. Drago avait pris une bonne dizaine de centimètres et la regardait maintenant de haut, littéralement. Son visage s'était légèrement affiné et il avait abandonné sa sempiternelle coupe de cheveux plaquée en arrière. Ses mèches blondes, trop longues, tombaient pratiquement sur ses yeux.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- On discute ? demanda-t-il avec son sourire en coin suffisant.
- Tu ne vas certainement pas me faire le coup chaque année, Malefoy. Pas après les événements de l'année dernière.
- Quels évé…
Il fut coupé dans son élan par le bruit d'une porte en train de s'ouvrir. Un élève plus jeune qu'eux sortit d'un compartiment et passa devant eux sans leur accorder la moindre attention. Néanmoins, une fois qu'il eut disparu de leur champ de vision, Drago prit Hermione par le bras et l'amena vers le fond du train.
- Mais qu'est-ce que tu…
- Chut, Granger, tu vas nous faire remarquer.
Abasourdie, elle se laissa faire jusqu'à ce que Drago ne les fasse entrer dans un compartiment situé vers l'arrière du train.
Aucun des deux ne remarqua qu'il s'agissait du même compartiment dans lequel ils se retrouvaient depuis deux ans.
Drago ferma le petit rideau de la vitre de la porte, les isolant ainsi du reste des passagers. Il se retourna ensuite vers elle, s'adossant à la porte avec une nonchalance qui frisait l'insolence.
- Alors ? Quels événements ? pressa-t-il.
- Tu te fiches de moi ? Tu criais à qui voulait bien l'entendre que tu espérais que je me fasse tuer par ce putain de serpent géant !
- Langage, Granger.
- Pardon ?
- Tu ne vas quand même pas te vexer pour si peu ? Je pensais qu'on avait dépassé ce stade.
- Et quel stade exactement ?
Elle s'était rapprochée de lui et ils étaient désormais séparés par quelques dizaines de centimètres. Cette proximité figea l'adolescent et le réduisit au silence.
- Le stade où tu m'insultes toute l'année, ou tu me traites de sang-de-bourbe, pour ensuite venir me faire la causette dans le train à la rentrée ? Le stade où j'ai l'impression pendant une seule journée par an que tu pourrais être quelqu'un de bien, avant que tu ne sois un connard de la pire espèce le reste de l'année ? Sans me parler, sans me regarder, comme si de rien n'était ?
Ils étaient encore plus proches l'un de l'autre et Drago s'était pratiquement collé à la porte, espérant s'y fondre pour échapper à la colère évidente d'Hermione. Au fond, il le savait, elle avait raison et il n'avait rien de bien constructif à lui répondre.
- Oui, ce stade-là, confirma-t-il dans un souffle.
Les yeux d'Hermione s'illuminèrent d'un courroux qu'il n'avait pas anticipé.
- Tu te fous de moi, Malefoy ! Qu'est-ce que tu crois ? Que je suis si faible que ça ? Que je vais me laisser marcher dessus toute l'année pour te distraire une demi-heure dans la journée ?
- Je n'ai jamais dit que tu étais faible.
- Tu m'as dit que j'étais une sang-de-bourbe.
Drago avait entendu cette insulte des milliers de fois dans sa jeunesse, tant et si bien que pour lui, ce n'en était même plus une. C'était un fait, juste un fait, ni plus ni moins. Ses parents l'avaient prononcés avec mépris, lui l'avait prononcé avec dégoût mais jamais, jamais ces mots ne lui avaient paru plus sales que sortis de la bouche d'Hermione Granger.
- Je ne sais pas ce que je suis censé dire d'autre.
Hermione retint son souffle et se recula légèrement, prise de court par cette réponse. Elle avait tellement envie de croire que le garçon du train avec qui elle avait parlé en première année était toujours là, quelque part sous cette carapace arrogante.
A cet instant précis, elle avait l'impression qu'il était là.
Mais elle savait très bien aussi qu'à la seconde où ils descendraient du train, son regard se durcirait et les moqueries sortiraient de sa bouche avec une facilité déconcertante. Elle ne pouvait pas se permettre de se laisser l'opportunité de croire qu'il existait autre chose entre eux que l'hostilité qui s'était confortablement installée au cours des deux années précédentes.
- Ce sera sans moi, conclut-elle en se reculant franchement.
- Granger…
- Je n'ai pas envie de discuter avec toi et d'être déçue demain en me disant que j'aurais mieux fait de m'abstenir. Ça ne mène à rien. Ça ne sert à rien. Maintenant pousse-toi, s'il te plaît.
Drago ne bougea pas. Toujours adossé à la porte, il regardait Hermione avec un air qu'elle ne comprenait pas. Lui non plus ne comprenait pas grand chose, en vérité. Il savait juste qu'il avait envie de lui parler et plus particulièrement, il avait envie qu'elle lui parle. Peu importe le sujet, elle pouvait même l'insulter si ça lui faisait plaisir.
- Parle-moi.
Elle le fixa de ses grands yeux remplis d'incompréhension et il se souvint de la première fois où son regard l'avait frappé. La toute première fois, dans ce train et dans ce même compartiment.
- Je n'ai rien à te dire.
- Oublie ce qui se passe à l'école, juste un instant. Parle-moi comme si on ne se connaissait pas, comme si on venait de se rencontrer. Dis-moi quelles nouvelles matières tu as prises. Moi j'ai choisi divination et arithmancie. Et toi ?
Pendant de longues secondes, Hermione se contenta de le regarder, sans savoir quoi répondre. Un combat faisait rage dans son esprit, un duel qui prenait la forme très simple de Malefoy et ses insultes, son visage dégoûté quand il la voyait et ses brimades, contre Drago, le Drago du train qui lui souriait, qui cherchait sa compagnie et qui la faisait se sentir spéciale.
- J'ai pris pratiquement tout ce que j'ai pu, avoua-t-elle d'une petite voix en se laissant tomber sur la banquette.
Elle savait qu'elle le regretterait, mais bien sûr, ce fut Drago qui remporta la bataille.
Il sourit, de ce sourire franc et sincère qu'elle ne lui avait vu que dans ce train, avant de s'asseoir en face d'elle pour profiter de ce bref moment qui n'appartenait qu'à eux.
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1er septembre 1994
- Laisse-moi passer !
Drago se tenait contre la porte du compartiment 47, rideau baissé, loquet fermé.
Encore une fois, il avait attendu qu'Hermione sorte de sa cabine pour la prendre par le bras et l'emmener au même endroit où ils se retrouvaient inévitablement chaque année.
- Non. Pourquoi tu es si furieuse ?
- Tu oses me demander pourquoi ? Laisse-moi partir, Malefoy ! A moins que tu ne veuilles retenter l'expérience de ma main sur ta joue.
- J'ai gardé la trace de tes doigts presque toute la journée.
Il avait dit cela sans aucune animosité. Presque avec… nostalgie ?
- J'ai essayé de te prévenir, sortit-il tout à coup.
Hermione cessa soudainement tout mouvement, observant le Serpentard avec suspicion.
- De quoi tu parles ?
- A la coupe du monde, avant l'attaque des Mangemorts. J'ai essayé de te prévenir, répéta-t-il.
Elle n'eut pas besoin de faire d'effort pour se rappeler ce qu'il lui avait dit. Malgré elle, chaque mot qu'il prononçait à son égard était gravé dans sa mémoire avec une telle profondeur qu'il lui était impossible d'oublier. Chaque insulte, chaque moquerie résonnait dans son esprit, le soir, quand elle peinait à trouver le sommeil. Ce dernier ne daignait venir que lorsqu'elle pensait à ses voyages au bord du Poudlard Express.
- Tu veux dire le moment où tu m'as encore une fois humiliée devant mes amis ? Celui où tu m'as insultée de sang-de-bourbe en me disant qu'ils en auraient après moi ? Tu parles de ce moment-là ?
"Vous feriez peut-être mieux de vous dépêcher", avait-il dit, adossé à un arbre, l'air parfaitement détendu, pendant que tout le monde courait dans tous les sens. "J'imagine que vous n'avez pas envie qu'elle se fasse repérer."
- Oui, répondit-il simplement.
- Et je suis censée te remercier pour ça ?
Il fronça les sourcils, comme s'il ne comprenait vraiment pas la raison de sa colère. Comme s'il pensait réellement avoir fait quelque chose de bien. Comme s'il avait vraiment voulu la prévenir, pour qu'il ne lui arrive rien de mal.
- En tout cas tu n'es pas censée me regarder comme si c'était moi qui avait organisé cette attaque. Je n'ai jamais voulu qu'il t'arrive quoi que ce soit.
Sa voix trahissait une douloureuse sincérité. Douloureuse pour lui, qui n'avait pas l'habitude de confier ce qu'il ressentait et qui considérait cela comme une faiblesse ; et douloureuse pour elle qui, encore une fois, se laissait aller à croire qu'il tenait à elle, ne serait-ce qu'un tout petit peu.
- Comment je suis censée te regarder, alors ?
- Comme la première fois qu'on s'est vus. Quand on ne savait pas qui on était. Quand tu n'étais pas Granger et que je n'étais pas Malefoy. Juste Hermione et Drago.
Le cœur d'Hermione se serra péniblement. Dans ces trop brefs moments, elle avait envie d'y croire. Que ce Drago qu'elle voyait seulement une fois par an n'était pas que le fruit de son imagination. Que le sentiment honteux qu'elle ressentait dans sa poitrine à chaque fois qu'elle le voyait à l'école n'était pas né pour rien. Qu'elle n'était pas juste une pauvre adolescente ridicule et pathétique en train de tomber amoureuse de celui qui était censé la détester.
- Pourquoi tu fais comme si de rien n'était, à l'école ? demanda-t-elle en baissant la tête, n'osant pas affronter son regard.
- Qu'est-ce que tu voudrais que je fasse ? Après trois ans à se détester et à s'insulter, je devrais venir manger à côté de toi et porter ton sac entre les cours ?
Hermione ferma les yeux, juste un instant, avant de relever la tête vers lui. Il était en colère, elle le voyait sur ses traits, mais elle savait aussi que cette colère ne lui était pas destinée. Malgré tout, elle était bien consciente qu'il avait raison et qu'il était inutile de tergiverser. Il était trop tard pour essayer d'amorcer un semblant de relation. Personne ne comprendrait. Personne n'approuverait.
- Je n'aurais jamais dû sortir de ce compartiment la toute première fois. On serait descendus ensemble du train et…
- Et ça aurait fini de la même façon, termina Drago d'un ton fataliste. Parce que peu importe ce qu'on aurait fait, tu aurais toujours été une sang… une née-moldue, se reprit-il. Et je n'aurais jamais pu… mon père…
Il se pinça l'arête du nez en fermant les yeux, ne trouvant pas le moyen adéquat de finir sa phrase. Ce n'était pas la peine, Hermione avait bien compris.
- Il n'y a donc aucun cas de figure dans lequel ça aurait pu marcher, alors.
Ce n'était pas une question, alors Drago n'eut pas besoin d'apporter de réponse. Pourtant, ils se regardèrent droit dans les yeux, longtemps, et l'espace d'un instant, le souffle d'Hermione se bloqua dans sa gorge. Elle sentait son parfum, consciente de la proximité du Serpentard et avait l'envie stupide de se rapprocher davantage. Drago la fixait de son regard gris pénétrant, ce même regard qui l'avait fascinée trois ans auparavant et qui ne cessait de l'obséder jour et nuit.
Et puis, sentant les larmes lui monter aux yeux, elle finit par se reculer, brisant la magie de l'instant. Elle renifla discrètement avant de mettre la main sur la poignée de la porte, soigneuse de ne pas le toucher lui, qui était toujours devant celle-ci. Il se décala pour la laisser passer, mais alors qu'elle allait ouvrir la porte, il posa sa main sur la sienne, toujours sur la poignée.
Hermione sursauta car c'était la toute première fois, depuis leur poignée de main en première année, que leurs peaux entraient directement en contact. Drago la regardait avec une telle intensité qu'elle crut qu'il allait l'embrasser. Mais bien évidemment, elle fustigea son cœur d'adolescente d'avoir pu penser une chose pareille lorsqu'il murmura :
- Je suis désolé…
Venant de lui, c'était sûrement la seule chose à laquelle elle pouvait prétendre.
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1er septembre 1995
Le silence était lourd dans le 47ème compartiment du Poudlard Express.
Drago Malefoy et Hermione Granger étaient assis l'un en face de l'autre depuis plusieurs minutes, mais aucun d'eux ne sut quoi dire en premier.
Il y en aurait des choses à dire, pourtant.
Hermione voulait hurler. Voldemort était de retour et Drago était bien placé pour le savoir puisque son propre père était présent lors de sa renaissance. Elle voulait le frapper d'être aussi inactif, d'avoir les épaules baissées et l'air si triste en cet instant, alors qu'il se pavanait il y a quelques dizaines de minutes à peine dans le wagon des préfets, comme si maintenant, il était réellement intouchable.
Drago, lui, voulait s'enfuir. Il voulait s'enfuir loin de cette vie et loin de ses parents. Il savait ce que le retour du Seigneur des Ténèbres signifiait et même si son père faisait semblant de s'en réjouir, il n'avait pu qu'assister, impuissant, aux crises d'angoisse de ce dernier, annonçant ainsi le début de leur déclin.
Alors oui, il voulait s'enfuir. Mais s'enfuir avec elle. Laisser derrière eux tout leur passé, abandonner leurs noms et leurs statuts, oublier qu'ils étaient ennemis 364 jours par an pour ne vivre que cette journée où Drago pouvait arrêter de prétendre la détester, encore et encore, jusqu'à ce que cette journée devienne leur quotidien.
Mais c'était impossible. Peu importe où il irait, il serait retrouvé. Et jamais Hermione n'accepterait d'abandonner les siens pour lui. Parce qu'elle était quelqu'un de bien, une fille loyale et courageuse. Tout le contraire de lui.
Il repensa à l'année écoulée et à toutes les fois où il l'avait blessée. Chaque occasion était bonne à prendre pour continuer cette mascarade qu'il avait initiée dès leur première année à Poudlard. Et à chaque insulte, à chaque brimade, il voyait, pendant une brève seconde, son regard exprimer plus de tristesse que de colère. "Pourquoi tu fais comme si de rien n'était, à l'école ?" lui avait-elle demandé. Parce que je suis un lâche. Comme mon père et sûrement tous les hommes qui ont un jour porté mon nom, je ne suis qu'un lâche. Et l'insulter était tellement plus simple que d'admettre la terrible vérité.
Vérité qu'il n'avait pas su cacher, juste une fois. Ce soir-là, le soir du bal de Noël, durant lequel elle avait volé la vedette aux champions du tournoi et à chaque personne présente dans la Grande Salle. Merlin aurait pu transplaner au beau milieu de la piste, Drago n'aurait pas été capable de détourner les yeux d'Hermione.
- Tu étais si belle, ce soir-là.
Les mots étaient sortis tout seul et Hermione releva si vite la tête dans sa direction qu'il jura avoir entendu des os craquer.
- Quoi ?
- Le bal de Noël, expliqua-t-il. Tu étais tellement belle.
La bouche d'Hermione s'ouvrit mais aucun son n'en sortit. Néanmoins, de jolies rougeurs couvrirent ses joues et cela le fit sourire.
- Ne dis pas ça, réfuta-t-elle pourtant en détournant le regard.
- C'est la vérité.
Il déglutit et, se sentant pousser des ailes pour une raison qu'il ignorait, il continua.
- As-tu imaginé ce que ça aurait été si on y avait été ensemble ?
Cette fois-ci, quand il vit de nouveau son regard, celui-ci était empli de colère.
- Ne dis pas ça !
- Pourquoi pas ? Parce que moi je l'ai imaginé. On aurait été le plus beau… le plus beau couple de toute la soirée. Tout le monde nous aurait regardé, tout le monde nous aurait envié.
- Tout le monde nous aurait surtout insulté et jeté des choses à la figure. Enfin, Malefoy, tu entends ce que tu dis ?
Elle avait les larmes aux yeux, même si elle essayait vainement de le cacher en tournant la tête vers la fenêtre pour ne pas le regarder. Drago sentit son cœur battre plus fort et plus vite, troublé par cette vision plus qu'il n'aurait dû.
- Tu y as pensé oui ou non ?
- MAIS QU'EST-CE QUE ÇA CHANGE ? hurla-t-elle soudain en se levant.
Elle le toisait de toute sa hauteur et comme il était toujours assis, il devait lever la tête pour continuer de la regarder. Ses cheveux étaient comme fous et Drago aurait juré avoir vu des petits éclairs parcourir ses mèches, comme si sa colère faisait ressortir sa magie de toutes les façons possibles. Sa respiration était saccadée et ses yeux… ses yeux portaient en eux beaucoup trop d'émotions que Drago ignorait comment gérer.
- Qu'est-ce que ça change ? répéta-t-elle plus bas mais non sans moins de verve. Que je te dise que oui, j'ai imaginé que tu puisses braver tout ce qui nous entoure pour venir m'inviter au bal ? Qu'est-ce que ça change que quand je t'ai vu, Pansy Parkinson à ton bras, je n'ai rêvé que d'une seule chose, c'est d'être à sa place ? Qu'est-ce que ça change que je n'ai pu penser qu'à toi toute la soirée ?
Elle l'avait fixé durant toute sa petite tirade et lorsqu'elle cligna des yeux, deux larmes s'échappèrent de ses derniers. Drago inspira profondément, incapable de bouger, incapable de parler. Il savait néanmoins que la voir pleurer lui faisait mal au ventre et s'il n'avait pas été aussi lâche, il se serait levé pour la prendre dans ses bras et lui dire que lui aussi, il n'avait pensé qu'à elle. Et pas seulement pendant le bal. S'il avait le dixième de son courage, il lui avouerait qu'il ne pensait qu'à elle en permanence.
- Ça change tout… se contenta-t-il de dire finalement.
- C'est faux. Parce que ce n'est pas pour ça que tu me traiteras différemment pendant l'année. Tu vas continuer à me regarder comme si je te dégoûtais, comme si nous étions les pires ennemis du monde, alors que… alors que…
Hermione se détourna de lui, se trouvant dans l'incapacité de terminer sa phrase. Elle se mit devant la fenêtre, regardant le paysage défiler sans vraiment le voir, perdue dans ses pensées, et Drago se leva à son tour pour se mettre juste derrière elle.
- Alors que quoi ? demanda-t-il tout bas.
La Gryffondor se retourna brusquement, ne s'attendant visiblement pas à ce qu'il soit si près d'elle. Elle l'observa plusieurs secondes, profitant du fait qu'elle puisse l'admirer d'aussi près. Ses yeux gris la sondaient elle aussi et elle aurait tant aimé pouvoir lire ce qui se cachait à l'intérieur. Elle aurait surtout tant aimé pouvoir avoir la chance d'être dans cette position plus qu'une seule fois par an.
- Parfois j'ai l'impression que cette journée n'est pas réelle, confia-t-elle au lieu de lui répondre. Ou du moins, que ce n'est pas réellement avec toi que je passe ce moment.
Drago fronça les sourcils alors elle continua.
- Tu es si différent… même sur ton visage…
Elle chercha les mots pour lui expliquer à quel point ses traits semblaient plus doux lorsqu'ils étaient seuls, à quel point elle aimait son vrai sourire et pas ce simulacre qui ressemblait plus à un rictus qu'à autre chose qu'il servait en toute occasion à Poudlard. Elle voulait lui dire qu'elle ne l'avait jamais trouvé plus beau qu'entre les murs de ce compartiment où il paraissait si vulnérable, mais en même temps si accessible.
Cependant, elle qui était si douée pour disserter de n'importe quel sujet sur des mètres et des mètres de parchemin se trouvait à court de mots pour exprimer ce qu'elle ressentait.
A la place, elle leva la main sans réfléchir, effleurant sa joue de ses doigts tremblants. Drago sursauta mais se laissa faire et Hermione vit sa pomme d'Adam se mouvoir alors qu'il déglutit péniblement.
- On dirait que c'est un autre garçon que j'ai en face de moi, chuchota-t-elle en laissant retomber son bras. Le Malefoy de Poudlard et le Drago du train… des fois je me refuse à croire qu'ils sont une seule et même personne.
- Pourtant c'est moi. Le vrai moi.
Hermione secoua négativement la tête, fataliste.
- Ce que tu montres pendant l'année…
- Mais pendant l'année je… je joue un rôle, Granger ! la coupa-t-il d'une voix voix éraillée qu'elle ne lui connaissait pas.
Il se passa une main dans les cheveux, décoiffant ses mèches si savamment travaillées. Il avait les yeux brillants d'une émotion nouvelle et Hermione se trouva prise au piège dans son regard.
- Tu joues un rôle toute l'année et tu n'es toi-même qu'un jour par an ? questionna-t-elle, perplexe.
Elle ne voulait pas y croire. Elle ne voulait pas y croire parce que c'était une pente bien trop dangereuse que celle de l'espoir. Cela faisait des années qu'elle tentait de réprimer les sentiments qu'elle ressentait pour lui en se disant que ce qu'ils vivaient dans le train n'était que le fruit de son ennui ou tout au plus une espèce de rébellion contre sa famille et ses idéaux. Mais si elle commençait à se laisser persuader que tout ceci était réel et qu'il tenait à elle de la même façon qu'elle tenait à lui… elle savait qu'elle serait perdue.
- Oui, murmura-t-il et il était si près d'elle qu'elle sentit son souffle sur son visage. Tu ne t'es jamais dit que… que le vrai Drago, c'était justement celui du train ?
- Non, refusa Hermione en secouant de nouveau la tête. Je ne peux pas, c'est trop dur, je…
- Pourtant c'est vrai ! cria-t-il presque et quelque chose qui ressemblait fortement à de la panique commença à poindre dans sa voix. Après tout, c'est moi que tu as rencontré en premier. La toute première fois, quand tu cherchais le foutu crapaud de Londubat. Quand nos noms ne signifiaient rien et qu'on se parlait comme des gosses innocents. C'était moi, Hermione et je suis toujours là !
Pendant sa tirade, il avait agrippé la jeune fille par les épaules et celle-ci frissonna. De l'intensité de ses mots ou du contact qu'il avait généré, elle ne saurait le dire. Ils étaient plus proches que jamais et Hermione ne pouvait détacher son regard de l'argent brillant de ses yeux. Magnifique, pensait-elle, captivée par cette couleur qui l'avait happée depuis le premier jour, quatre ans plus tôt.
Drago respirait fort, sa bouche légèrement entrouverte laissant passer son souffle qui venait mourir sur les lèvres d'Hermione. Son regard finit par tomber sur ses lèvres à lui, et si ce n'était pas la première fois que l'idée de l'embrasser lui traversait l'esprit, c'était la première fois que cela lui arrivait alors qu'il était aussi près.
- Prouve-le, défia-t-elle alors, son regard oscillant entre ses yeux et sa bouche.
Les mains de Drago quittèrent subitement ses épaules et une déception immense traversa Hermione. Elle aurait dû s'en douter et malgré tout, elle avait espéré. Cependant, le Serpentard ne recula pas. Pas d'un seul centimètre. Il continuait de la regarder, la respiration trop rapide, les sourcils légèrement froncés.
- Prouve-le… répéta la brune, d'une voix plus faible, révélant malgré elle son insécurité.
Cette fois-ci, le regard de Drago se fit plus dur, mais surtout plus sûr. Il ne lui fallut qu'une seconde pour saisir le visage d'Hermione entre ses mains. Il sonda son visage un instant, comme pour vérifier qu'elle ne le repousserait pas, avant de se rapprocher tout doucement, millimètre par millimètre, de sa bouche. Hermione se sentait déjà à mille lieues d'ici, transportée par la sensation de ses doigts sur ses joues. Ils étaient si délicats, comme s'ils s'étaient saisis d'une pièce rare et fragile. C'était une douceur qu'elle n'aurait jamais soupçonné chez Malefoy.
Drago, pensa-t-elle. C'est Drago qui est en face de toi. Le vrai Drago dont tu es tombée amoureuse.
Drago ferma les yeux, assailli par les émotions, et lorsque ses lèvres touchèrent enfin celles d'Hermione, son corps entier fut parcouru de tremblements. Le contact dura plusieurs secondes, incertain, maladroit, mais définitivement parfait. Drago se recula pour jauger la réaction d'Hermione et celle-ci avait encore les yeux fermés, la bouche entrouverte, comme si elle ne croyait pas à ce qu'il venait de se passer. Il caressa alors ses joues de ses pouces et elle ouvrit les paupières : ce qu'il vit dans ses yeux, la vulnérabilité, l'espoir et même l'admiration le rendit fou comme il ne l'avait jamais été, alors il plaqua de nouveau sa bouche contre la sienne.
Cette fois-ci, Hermione répondit à son baiser avec ardeur. Ses mains partirent d'elles-mêmes frénétiquement à la conquête de ses cheveux et alors qu'elle agrippa les fines mèches près de sa nuque, Drago laissa échapper un soupir de bien-être. Hermione profita de l'occasion pour frotter timidement sa langue contre celle de Drago. Celui-ci se figea imperceptiblement avant de laisser glisser ses mains dans son dos afin de la rapprocher encore plus de lui.
Hermione regretta presque d'avoir laissé Viktor Krum l'embrasser au Bal de Noël. Elle aurait voulu que ce baiser-là soit son tout premier, avec un garçon qui comptait réellement pour elle.
Leurs lèvres bougeaient avec empressement et maladresse et pourtant, rien n'avait jamais paru plus juste. Hermione sentait les mains de Drago trembler contre son corps et elle se demanda brièvement si c'était la première fois qu'il embrassait quelqu'un avant que l'image de Pansy Parkinson dans sa robe de bal ne s'impose à son esprit. C'était ridicule de penser que Drago l'avait attendue pour succomber à ce genre de plaisirs.
Pourtant, le regard qu'il lui offrit quand ils se séparèrent pour respirer lui donna envie de le croire. Il avait les yeux embués d'un désir qu'elle ressentait aussi mais dont elle ne savait que faire. Il lui caressa tendrement les joues et Hermione ne pouvait que regarder ses lèvres légèrement rougies par leurs activités. Il passa sa langue dessus avant de prendre une grande inspiration et de fermer les yeux. Hermione retint son souffle, dans l'expectative de ce qu'il allait lui dire.
Malheureusement, elle ne sut jamais quelle teneur aurait son discours car au moment où il allait parler, une autre voix bien connue se fit entendre depuis le couloir du train.
- … pas vue dans le compartiment des préfets. Je vais demander à Ginny d'aller voir aux toilettes.
Aussitôt qu'ils entendirent la voix de Ron Weasley, les deux adolescents se séparèrent brusquement, comme touchés par la foudre. Hermione plaqua inutilement une main sur sa bouche tandis que Drago lança un regard noir à la porte derrière lui. Il n'avait jamais autant détesté ce pauvre abruti qu'en cet instant.
- Elle ne doit pas être bien loin, on est dans un train, rassura la voix de Harry.
- Belle déduction. Tu as déjà pensé à une carrière chez les Aurors ?
- Très drôle, Ron ! Et pour tout te dire, c'est vrai que j'ai…
Hermione baissa lentement sa main à mesure que ses amis s'éloignèrent et que leurs voix s'éteignirent avec eux. Sa bouche libérée laissa échapper sa respiration saccadée à la fois par les baisers de Drago et par la crainte de se faire surprendre.
Quand le Serpentard retourna de nouveau la tête vers elle, le cœur d'Hermione se fissura douloureusement. Il n'y avait plus aucune trace de désir, de bonheur, plus aucun sourire sur ses lèvres. Ses yeux avaient retrouvé leur éternelle froideur et ses traits étaient aussi impassibles qu'ils pouvaient l'être.
Leur petit moment était définitivement derrière eux.
- Drago… tenta mollement Hermione en se rapprochant de lui.
Sans surprise, il se recula vivement, l'air presque effrayé derrière son masque d'indifférence. Hermione sentit son palpitant battre à toute vitesse. Elle ne pouvait pas faire machine arrière, pas maintenant, pas après ce baiser.
- C'était une erreur, déclara froidement Drago. Je me suis laissé emporter, je n'aurais jamais dû faire ça.
Son intonation était si insensible qu'Hermione avait l'impression d'écouter parler un robot. Les larmes lui montèrent rapidement aux yeux.
- Non, Drago, ne dis pas ça…
- Je te présente mes excuses pour ce faux pas, Granger.
Sans lui laisser le temps de répondre, il se retourna et ouvrit le store de la petite fenêtre de la porte du compartiment pour vérifier qu'il n'y avait personne. Hermione profita de ce laps de temps pour l'empêcher de partir, prenant sa main dans les deux siennes. Drago voulut se défaire de son emprise mais la jeune fille résista.
- Je t'en prie, ne me tourne pas le dos comme ça ! Ne me dis pas que tu es désolé, ne fais pas comme si tu regrettes !
- Bien sûr que si je regrette !
Il dégagea violemment sa main et se retourna complètement vers elle. L'impassibilité avait laissé place à une colère qu'elle savait qui ne lui était pas destinée, mais une colère tout de même.
- Parce que comment je suis censé continuer ma vie normalement, maintenant que je sais ce que c'est de t'avoir dans mes bras et de goûter à tes lèvres ?
Hermione ouvrit la bouche sans qu'aucun son ne se forme. Jamais elle n'aurait cru que de tels mots pouvaient sortir de la bouche de Malefoy.
Drago, lui, semblait plein de surprises.
- On pourrait… on pourrait…
- On pourrait quoi ? ricana-t-il sombrement. Il n'y a rien à faire. Rien qui ne puisse nous convenir à tous les deux. A la seconde où le monde saurait, le balafré et sa belette me tueraient de leurs propres mains. Mon père me déshériterait et ferait de ta vie un enfer. Il n'y a aucune solution satisfaisante, crois-moi, j'y ai pensé. J'y pense chaque soir avant de m'endormir.
Il avait les épaules basses et la mine usée, déjà, pour son jeune âge. Hermione voulait le prendre dans ses bras, le réconforter en lui promettant qu'ils trouveraient une solution. Cependant, elle ne le fit pas. Il était inutile de se bercer d'illusions et au fond d'elle, elle le savait : Drago avait raison.
- Je te présente mes excuses, Hermione, répéta-t-il, cette fois-ci plus sincèrement. Je n'aurais jamais dû nous laisser espérer.
Il se pencha doucement vers elle et, dans un geste infiniment délicat, déposa un tendre baiser sur son front.
Hermione ferma les yeux, profitant du contact qui ne dura qu'un trop court instant à son goût.
Quand elle les rouvrit, bien sûr, Drago était déjà parti.
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1er septembre 1996
- Ton père a failli nous tuer.
Drago était debout face à la fenêtre. Il lui tournait le dos.
Hermione s'était demandée si elle le trouverait dans le compartiment au fond du train qui, au fil des années, était devenu le leur. Elle avait ouvert la porte coulissante avec appréhension et son cœur s'était enflammé en le voyant là, visiblement perdu dans la contemplation du paysage qui défilait devant lui à toute vitesse.
L'année précédente avait été la plus difficile de toute sa vie. Le retour de Voldemort, l'opinion publique dressée contre Harry, l'angoisse d'une guerre qui planait au-dessus de toute la communauté magique et surtout… surtout le souvenir de ce baiser qui la hantait. Elle avait l'impression de le voir partout, au détour des couloirs et dans le parc du château. Elle sentait son regard sur elle en classe et jusque dans Pré-au-Lard, quand ils sortaient le week-end. Son goût sur ses lèvres ne s'était jamais estompé et, chaque jour, elle espérait avoir le courage de lui envoyer un mot pour lui demander de la retrouver, un soir, dans une classe vide ou peu importe l'endroit, d'ailleurs, pour qu'ils puissent se voir, parler, s'embrasser à nouveau.
Mais bien évidemment, elle n'avait jamais eu ce courage.
Et bien évidemment, il s'était contenté de la transpercer de son regard sans jamais aller plus loin.
- Mon père est en prison, répondit-il sans se retourner.
Oh, Hermione en était malheureusement bien trop consciente.
- Je suis désolée, dit-elle d'une petite voix.
- Désolée ? répéta Drago, outré.
Il se retourna et, pour la première fois depuis la fin de l'année scolaire, le vit vraiment de près.
Il avait encore gagné des centimètres. Il était maintenant beaucoup plus grand qu'elle. En revanche, son poids ne semblait pas suivre la cadence. Il paraissait trop mince dans son costume noir qui était certainement fait sur mesure et ses joues étaient creusées, ses yeux fatigués.
- Tu as failli mourir de sa main et tu es désolée ?
- Je ne suis pas désolée pour lui… mais pour toi.
Drago ricana.
- C'est pour ça que tu m'as suivi sur le chemin de Traverse l'autre jour, avec les deux autres imbéciles ? Parce que tu t'inquiétais pour moi ?
Évidemment, il les avait vu.
- Ce n'était pas mon idée. Harry…
Elle hésita un instant avant de céder.
- Harry pense une chose ridicule à ton sujet.
- Ah oui ? Quel genre de chose ?
Hermione s'humidifia les lèvres, mouvement qui ne passa pas inaperçu aux yeux de son vis-à-vis.
- Il pense que… il pense que tu l'as reçue. La marque. Que tu es devenu un Mangemort.
Les deux adolescents regardèrent en même temps le bras couvert de Drago. Celui-ci le cacha inutilement derrière son dos et Hermione sursauta légèrement en voyant le geste. Non…
- Qu'est-ce qui lui fait dire ça ?
- Une intuition.
- Ah... Saint Potter et ses divines intuitions.
Hermione fit un pas vers lui. Elle leva la tête pour le regarder dans les yeux et il détourna le regard, mal à l'aise. Il avait l'air si… épuisé. Comme s'il n'avait pas dormi depuis des jours.
- Il… il a tort… n'est-ce pas ?
Il la toisa d'un regard suspicieux qui la fit frissonner.
- Qu'est-ce que ça peut faire ?
- Qu'est-ce que ça peut faire ? Mais Drago, tu… enfin…
- Oui, Granger ! Ça ne change rien ! Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, il y a une guerre qui vient de commencer et nous ne sommes clairement pas du même côté. Alors que j'ai une marque ou non sur ce bras ne fait absolument aucune différence !
- Bien sûr que si ! s'énerva Hermione en se rapprochant davantage de lui. Parce que si tu ne l'as pas alors… alors tu pourrais…
- Changer de camp ?
Le ton railleur et défaitiste laissait tristement deviner que ce n'était pas une possibilité envisageable. Hermione ne répondit pas, ayant trop peur de sa réponse. Elle se sentait tellement impuissante face à sa détresse évidente. Elle le regarda encore plus attentivement : ses cernes étaient si prononcés qu'ils faisaient ressortir le gris pâle de ses yeux avec une intensité presque mystique ; ses joues étaient définitivement creusées et l'inquiétude se lisait sur ses traits avec une facilité alarmante.
- Drago… tenta-t-elle faiblement. Est-ce que… est-ce que tout va bien ?
- Tout va magnifiquement bien, Granger. Pourquoi ça n'irait pas ? Mon père est en prison, une guerre est annoncée, tout va bien dans le meilleur des mondes, tu ne trouves pas ?
Se sentant humiliée par l'ironie de Malefoy et par la stupidité de sa question, Hermione baissa la tête, silencieuse. Évidemment que ça n'allait pas. Comment pourrait-il en être autrement ?
- Je suis désolé.
Elle releva la tête, surprise, et découvrit que Drago avait de nouveau le regard perdu vers l'extérieur.
- Je ne voulais pas m'énerver contre toi. C'est juste que… tout ça… je…
Il peinait à trouver ses mots et Hermione ne pouvait pas lui en vouloir. Il était tout aussi impossible pour elle de définir clairement ce qu'elle ressentait en ce moment même. Dans l'intimité de leur compartiment, elle avait envie de croire que tout était possible et que ce qui se déroulait à l'extérieur n'était qu'un sombre cauchemar. Que les délires obsessionnels d'Harry pour le soi-disant nouveau statut de Mangemort de Drago n'étaient que le fruit de son imagination. Comment aurait-il pu avoir reçu la marque, lui qui n'était encore qu'un enfant aux yeux de Voldemort ? Il ne pouvait pas être mêlé à tout cela, ça n'avait aucun sens. Elle ne pouvait pas y croire. Elle ne voulait pas y croire.
Lentement, comme pour ne pas l'effrayer, elle se plaça à côté de lui et glissa tout doucement sa main dans la sienne. Drago sursauta mais ne se déroba étonnamment pas. Il se laissa faire et Hermione entremêla leurs doigts, caressant tendrement le dos de sa main avec son pouce. Drago avait la main froide malgré la température plus qu'agréable qui était maintenue dans le train.
- Je sais, répondit-elle en posant timidement sa tête sur le haut de son bras. Je ne t'en veux pas.
Elle le sentit expirer fortement par le nez dans un son qui signifiait qu'il ne la croyait pas.
- C'est la vérité, se défendit-elle.
- Tu ne sais pas ce que tu dis. Peut-être que tu ne m'en veux pas maintenant, mais laisse-moi quelques mois pour tout gâcher et je peux t'assurer que tu ne viendras pas me rejoindre l'année prochaine dans le train.
Hermione se redressa, étonnée par un tel discours qui n'avait pour elle absolument aucun sens.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Laisse tomber. Je n'aurais pas dû dire ça.
La jeune femme se tourna sur le côté et mis la main sur la joue de Drago pour le forcer à la regarder.
- Dis-moi, souffla-t-elle en le regardant dans les yeux.
Il y avait tellement de douleur dans les prunelles de Drago qu'Hermione ressentit un pincement dans sa poitrine.
- Je ne peux pas.
- Je ne le dirai à personne, promit-elle sincèrement.
Peu importe ce qu'il lui annoncerait, elle savait qu'elle serait capable de le cacher à tout le monde, même à ses meilleurs amis.
- Je te le jure, reprit-elle alors qu'il restait silencieux. Je te promets que je ne le répéterai à personne, pas même à Harry.
- Ce n'est pas pour ça que je ne peux pas en parler.
- Alors quoi ?
Drago resta silencieux un moment. Hermione tenta de lui transmettre toute l'authenticité de ses paroles dans son regard.
- Pour ça, répondit-il enfin. Parce que si je te le dis, tu ne me regarderas plus jamais comme ça… je ne veux pas que tu arrêtes de me regarder comme ça…
Le cœur d'Hermione se mit à battre beaucoup plus vite et surtout beaucoup plus fort. Il avait l'air si déchiré. Jamais encore elle ne l'avait vu dans cet état. Elle ignorait si elle ne préférait pas encore la brute odieuse de Poudlard. Elle ne supportait pas de le voir si fragile. A cet instant, elle voulait le prendre dans ses bras, le réconforter, lui dire que tout irait bien et qu'elle serait toujours là pour lui, quoi qu'il advienne.
Elle aurait aimé y croire plus que tout, mais elle savait tout au fond d'elle que ce serment avait ses limites.
Un moment viendrait inévitablement où ils seraient forcés de faire des choix, et comme Drago l'avait si bien dit, ils ne se battraient pas dans le même camp. Hermione serait toujours, toujours du côté de Harry, de cela elle était positivement certaine. Elle voulait espérer que Drago sache prendre les bonnes décisions, mais ses espoirs étaient minces. Trop minces.
Pour autant, ainsi seuls dans leur cabine, la fatalité de la guerre et de leur indéniable rivalité ne parvenaient pas à l'atteindre.
Ici, ils n'étaient que Drago et Hermione, et le désespoir dans sa voix et dans ses yeux l'électrisaient.
- Regarde-moi, demanda-t-elle d'une voix douce.
Mais le Serpentard avait la tête résolument baissée, comme s'il était incapable de soutenir ce regard qu'il prétendait pourtant ne pas vouloir perdre.
- Drago… murmura-t-elle en lui caressant la joue.
Il obtempéra enfin, les sourcils froncés, la mine contrariée.
- Je ne cesserai jamais de te regarder comme ça, jura-t-elle.
Néanmoins, l'adolescent ne la croyait pas. Ce n'était pas sa faute, certainement pas. Elle avait mis toute la conviction possible dans sa promesse. Drago voyait qu'elle croyait dur comme fer à ce qu'elle disait. Mais lui savait qu'à la seconde où elle saurait… cette promesse s'évanouirait aussi simplement qu'elle avait été prononcée.
Mais il n'était pas obligé de lui dire, du moins pas maintenant. Égoïstement, il voulait profiter de la douceur de sa main sur sa joue et de la tendresse de son regard.
- Prouve-le, souffla-t-il alors, faisant écho aux paroles d'Hermione de l'année précédente.
Et contrairement à l'incertitude à laquelle il avait été soumis, Hermione n'hésita pas. Elle encadra son visage de ses mains et se leva sur la pointe des pieds pour l'embrasser.
Sans même s'en rendre compte, il soupira de bonheur.
Il n'avait jamais rien connu qui le mette dans un tel état de plénitude. Durant l'année, il avait repensé maintes et maintes fois à leur premier baiser. Il avait cru, pendant un moment, que cela était comparable à la sensation qui s'emparait de lui quand il volait sur son balai. Il se sentait libre et maître de lui-même. En réalité, maintenant qu'il avait la chance inouïe de pouvoir goûter à sa bouche pour la deuxième fois, il se rendait compte que les deux expériences n'avaient rien à voir.
Voler lui donnait l'impression d'être libre, oui. Quand il s'engageait dans les hauteurs, il avait l'impression de ne plus rien avoir dans la tête à part la sensation du vent sur son visage. Là-haut, il ne devait rendre de compte à personne, il maîtrisait son parcours, il prenait les directions qu'il voulait.
Naïvement, il avait pensé qu'embrasser Hermione lui procurait les mêmes émotions. Il était loin, si loin de la vérité. Embrasser Hermione Granger ne le rendait pas plus libre.
Embrasser Hermione Granger le rendait encore plus dépendant d'elle qu'il ne l'était déjà.
Comme la première fois, les mains de la jeune femme se perdirent immédiatement dans ses cheveux. Contrairement à elle, Drago n'osait pas s'abandonner dans le baiser. Il savait que s'il se laissait aller, il n'aurait pas la force d'arrêter et de la laisser partir. Mais Hermione était une Gryffondor dans l'âme et elle était déterminée. Elle se rapprocha de lui, collant son corps au sien, et que Merlin en soit témoin, il dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas poser ses mains sur elle. Hermione gémit contre sa bouche, mais plus d'agacement que de plaisir.
- Arrête de réfléchir, pria-t-elle entre deux baisers. Arrête de réfléchir et embrasse-moi vraiment, Drago.
Il était définitivement damné, mais si l'enfer avait le goût de la peau d'Hermione, il s'y brûlerait avec plaisir.
Il encercla alors sa taille, posant une main dans le creux de son dos et l'autre dans sa nuque. Il répondit au baiser avec toute la ferveur qu'il ressentait, mordillant sa lèvre inférieure, entremêlant sa langue à la sienne. Leur différence de taille l'obligeait à se pencher tandis qu'Hermione était toujours sur la pointe des pieds, alors il prit l'initiative de la soulever dans ses bras, déclenchant un petit cri de surprise. Elle ne se déroba pas pour autant et s'accrocha à lui tandis qu'il s'assit sur la banquette, installant Hermione sur ses genoux. Elle avait les siens sur le siège, autour de sa taille, n'osant visiblement pas s'appuyer de tout son poids sur lui. Il n'en avait que faire et la plaqua contre lui, redoublant d'intensité dans le baiser.
Elle s'écarta de lui quand elle vint à manquer d'air, mais le regard qu'elle posa sur lui valait peut-être encore plus que les baisers eux-mêmes. Elle était si belle, les joues rougies et les lèvres subtilement gonflées à cause de lui. L'idée le rendait fou et il fut incapable de se contrôler, s'emparant de sa bouche une nouvelle fois, mais dans un geste beaucoup plus doux et beaucoup plus langoureux. Il aurait pu rester ainsi des heures. En fait, il aurait voulu que ce trajet ne finisse jamais, qu'ils restent dans ce train, seuls, sans avoir besoin d'affronter le reste du monde.
Cette pensée fana quelque peu son euphorie. Hermione le sentit et posa son front contre le sien, fermant les yeux.
- Potter et Weasley vont finir par te chercher partout.
La Gryffondor se redressa et lui offrit un sourire timide qui lui coupa le souffle.
- Ils sont en train de jouer à je ne sais quoi, je leur ai dit que j'allais lire au calme pendant une heure ou deux.
Une heure ou deux. C'était tout ce à quoi ils avaient droit. Une heure ou deux par an, avant de revêtir leurs costumes d'ennemis jurés. Drago n'en pouvait plus. Il voulait plus, tellement plus, mais il savait que c'était impossible. Son père ne le permettrait pas. Potter ne le permettrait pas. La marque sur son bras ne le permettrait pas.
Hermione, en revanche, semblait prompte à lui donner plus. Elle se pencha pour lui embrasser la joue, la mâchoire, ses lèvres descendant le long de son cou et Drago frissonna.
- Je sais que c'est peu… mais si c'est tout ce que je peux avoir, alors je ne veux pas perdre une seconde.
Elle se redressa pour le regarder et la détermination dans ses yeux était évidente. Drago déglutit difficilement. Ses yeux ne savaient plus où regarder entre son regard brillant, sa bouche pulpeuse ou sa poitrine qui se soulevait rapidement sous sa respiration erratique. Elle avait déjà enfilé son uniforme et Drago laissa traîner un doigt le long de la cravate rouge et or qu'elle arborait avec fierté. Il était tellement absorbé dans sa contemplation qu'il ne remarqua pas tout de suite qu'Hermione s'empara de la baguette qu'elle coinçait dans l'élastique de sa jupe pour la pointer sur la porte du compartiment.
- Collaporta.
Rien n'avait changé dans l'espace clos, cependant l'air sembla infiniment plus lourd autour d'eux. Hermione jeta sa baguette sur la banquette, à côté de Drago, et celui-ci osait à peine croire ce qu'elle lui disait silencieusement. Tentativement, il plaça ses mains sur ses hanches et Hermione ferma les yeux, comme si elle n'attendait que ça.
- Qu'est-ce que tu veux ? murmura-t-il.
Il n'était pas stupide, il avait bien compris ce que tout cela signifiait, mais il avait besoin de l'entendre. Hermione rouvrit les paupières et tout à coup il se sentit si faible sous son regard.
- Je ne veux pas perdre une seconde, répéta-t-elle.
Et là, seulement là, il se laissa totalement aller.
Drago l'embrassa comme si c'était la dernière fois. Dans un coin de sa tête, Hermione réalisa qu'il le pensait sûrement. Elle ne laisserait pas une telle chose se produire. Elle se promit à elle-même que cette fois-là ne serait pas la dernière, et que quand tout serait derrière eux, ils s'accorderaient plus d'une journée par an. Elle ne formula néanmoins pas sa promesse à voix haute. Elle ne voulait pas lui donner de faux espoirs si jamais elle ne réussissait pas à la tenir.
Les mains de Drago se baladaient timidement sur ses hanches, n'osant visiblement pas la toucher ailleurs. Elle fut surprise, persuadée que Drago prendrait les devants avec la même assurance avec laquelle il faisait toujours tout. Hermione posa alors ses mains sur les siennes et les fit remonter jusqu'à ce qu'elles reposent sur ses seins. Drago rougit, chose qu'elle ne croyait jamais voir de sa vie mais qui le rendait plus humain qu'il ne l'avait jamais été.
Il caressa sa poitrine avec légèreté, regardant Hermione comme s'il s'agissait de la huitième merveille du monde. Elle avait toujours ses mains sur les siennes et elle l'encouragea à la toucher plus franchement, ce qu'il fit avec enthousiasme.
Elle-même n'était pas en reste. Elle avait du mal à croire qu'elle l'avait enfin pour elle toute seule, qu'il était là, rien qu'à elle, et qu'il semblait aussi fervent qu'elle à l'idée de se découvrir pour la première fois. Grisée par cette prise de conscience, elle s'empara à nouveau de ses lèvres, ne se lassant décidément pas de la saveur de ses baisers. Dans le mouvement, elle se plaqua davantage contre lui, et elle sentit très clairement quelque chose contre son entrejambe. Hermione étouffa un cri de surprise dans la bouche de Drago et celui-ci se recula pour sonder son visage. Il avait un air désolé, l'air de craindre qu'Hermione ne se fâche de cette réaction physique. Ses rougeurs n'avaient pas disparu et la jeune femme ne l'avait jamais trouvé plus touchant. Comment aurait-elle pu s'énerver ? Il avait envie d'elle. C'était la chose la plus exaltante qu'elle n'ait jamais ressentie.
Elle l'embrassa avec une nouvelle effervescence et lui retira sa veste noire dont Drago se délesta rapidement. Ses mains retrouvèrent ensuite rapidement ses hanches, ses côtes, ses seins, jusqu'à tatonner le premier bouton de sa chemise, lui demandant silencieusement l'autorisation de lui ôter, autorisation qu'elle se pressa de lui donner en hochant frénétiquement la tête, tandis qu'elle-même commençait à déboutonner la chemise du jeune homme avec empressement. Elle ne lui avait pas menti : elle ne voulait pas perdre une seconde.
Lorsqu'elle se retrouva en soutien-gorge devant lui, ils cessèrent tout mouvement. Drago la regardait avec… dévotion. Elle ne put s'empêcher de rougir sous l'intensité de son regard, mais à aucun moment elle ne voulut se couvrir. Elle se sentait tellement belle dans ses yeux qu'il n'y avait aucune place pour de la gêne en cet instant. Elle s'assura que le rideau de la porte était bien tiré et, mue d'un courage qu'elle s'ignorait, ôta sa cravate et son sous-vêtement avec des mains sûres, mais néanmoins tremblantes.
Drago écarquilla les yeux, ces derniers rivés sur ses seins et ses mains serrées contre ses hanches. Hermione sentit son érection tressauter contre elle et un minuscule gémissement lui échappa, son ventre se tordant de désir.
Ces sensations n'étaient pas totalement inconnues à la jeune femme. Sa soif d'apprendre ne s'arrêtait pas qu'aux livres et se faisant, elle avait commencé à explorer son corps, l'année passée, lorsque le souvenir du baiser échangé avec Drago lui brûlait le bas-ventre et l'empêchait de dormir. Elle s'était souvent imaginé un moment comme celui-ci, mais maintenant qu'elle le vivait réellement, elle se rendait compte à quel point son esprit était loin de la vérité.
Les mains de Drago sur ses seins n'avaient rien à voir avec les caresses qu'elle se prodiguait elle-même. Elles avaient beau être plus douces, plus timides, elles n'en restaient pas moins mille fois meilleures, car elles venaient de lui. Elle ne résista pas à l'appel de ses lèvres entrouvertes, le mouvement les rapprochant encore. Drago la caressa plus fermement tandis que ses hanches inconsciemment contre l'entrejambe d'Hermione. Sa respiration commençait à être saccadée, les obligeant à rompre prématurément le baiser, mais Hermione n'en avait cure car il jouait maintenant avec les pointes durcies de ses seins. Le regard du Serpentard oscillait entre sa poitrine et son visage, analysant ses expressions pour comprendre comment elle préférait être touchée.
Cependant, ce ne fut bientôt plus suffisant pour Hermione. Elle savait qu'ils n'avaient pas beaucoup de temps, et le brasier dans son bas-ventre ne faisait que grandir. Elle déboutonna alors sa chemise noire, lentement, bouton par bouton, découvrant sa peau d'albâtre au fur et à mesure. Son impression ne l'avait pas trompée : il était trop mince, beaucoup trop mince, mais il restait d'une beauté à couper le souffle. Une fois tous les boutons défaits, elle frôla sa peau du bout des doigts, laissant traîner ses ongles contre son torse, descendant jusqu'à son ventre, récoltant des frissons de la part de son amant. Hermione se saisit des pans de sa chemise pour la lui enlever complètement, mais Drago s'empara de ses poignets avec force et rapidité, surprenant la jeune femme.
- Tu ne veux pas ?
La prise sur ses poignets se radoucit mais le regard de Drago était si coupable qu'elle ne comprit pas. Le mystère s'éclaircit cependant bien vite lorsqu'il murmura :
- Ne me déteste pas… je t'en supplie, ne me déteste pas.
Sa voix était déchirante. Il se redressa juste assez pour ôter lentement sa chemise et fatalement, elle lui sauta aux yeux.
Sur sa peau blême, la marque des ténèbres était d'une vulgarité sans précédent.
Le silence fut soudainement assourdissant dans le compartiment 47. Les deux adolescents retinrent leurs souffles, ainsi même le bruit de leurs respirations disparut. Hermione avait les yeux rivés sur la marque et Drago avait les yeux rivés sur Hermione.
Elle était si laide sur sa peau parfaite. Si dangereuse, si noire. Fraîche, toute neuve, grossière.
Tout en Hermione lui criait d'arrêter de la regarder, mais elle en était incapable. Harry avait donc raison. Elle ne voulait pas y croire, malgré la preuve évidente qui la narguait, juste devant elle. Drago, son Drago, celui du train, ne pouvait pas être un Mangemort.
Elle finit par le regarder et ce qu'elle vit lui fit encore plus de mal que la marque elle-même.
Ses yeux étaient remplis de larmes.
Il était honteux mais il ne chercha pas à se dérober. Il était trop tard, il ne servait plus à rien de se cacher. Drago cligna des yeux, et des larmes s'échappèrent, coulant sur ses joues creusées.
Hermione craqua.
Elle effaça ses pleurs de ses pouces tandis que Drago la regardait avec incompréhension.
- Pourquoi ? demanda-t-elle simplement.
Elle aurait dû avoir peur que la réponse ne lui plaise pas ; qu'il lui dise qu'il l'avait voulue, qu'il était fier de la porter. Mais toute son attitude prouvait le contraire, alors Hermione décida d'avoir confiance.
- Parce que…
Il déglutit difficilement, la voix rauque, la gorge visiblement sèche.
- Parce que mon père a seulement failli vous tuer.
Silencieusement, Hermione pleura aussi. Elle s'ôta les images de Drago, face à Voldemort, forcé de prendre la marque, de la tête en l'embrassant de nouveau. Le Serpentard prit le visage d'Hermione entre ses mains, la sondant de son regard humide et désespéré.
- Tu es censée partir. Tu devrais me haïr.
Elle devrait, oui. C'est certainement ce qu'elle aurait ressenti si elle n'était jamais passée par son compartiment la toute première fois et qu'elle était allée directement dans celui de Harry et Ron. Ils se seraient détestés, ni plus ni moins, sans se connaître, sans réellement savoir.
Mais le destin avait choisi de les réunir.
- Je te l'ai dit. Je ne cesserai jamais de te regarder comme ça.
Elle ne lui dit pas, elle avait encore trop peur des mots, mais elle tenta de lui montrer qu'elle l'aimait. Il était inutile de se voiler la face, inutile de prétendre que ce n'était pas le cas. Il avait été souillé de la marque de Voldemort et pourtant, elle ne parvenait ni à le haïr, ni à le mépriser. Au contraire, elle ressentait un besoin urgent de le sentir près d'elle et de le sortir de cet enfer.
Ils reprirent là où ils s'étaient arrêtés avant que Drago n'enlève sa chemise, et celui-ci devint plus déterminé. Il embrassa Hermione avec fougue et ses mains massèrent sa poitrine sans hésitation. Il bougea ses hanches, arrachant des gémissements à Hermione qui sentait son érection contre son centre.
Drago descendit sa bouche vers sa mâchoire, son cou, mordillant par endroits, jusqu'à ses seins dont il suçota les pointes. Hermione retint son souffle, mettant une main sur sa bouche pour étouffer les bruits qui en sortaient, tout en ondulant des hanches sur lui, cherchant à apaiser ce besoin de friction qui devenait de plus en plus fort. Drago ne la lâchait pas des yeux, même lorsqu'il s'écarta légèrement pour sortir sa baguette de la poche de son pantalon. Il insonorisa la pièce avant de poser le morceau de bois à côté de celui d'Hermione.
- Je ne veux pas que tu te retiennes, dit-il en écartant la main qui était toujours devant sa bouche.
Hermione hocha la tête, puis Drago l'entoura de ses bras avant de la soulever pour l'allonger sur la banquette. Elle se laissa faire, confiante, et le regarda se placer au dessus d'elle, se tenant sur ses avant-bras. Quelques mèches de cheveux tombaient devant ses yeux, ce qui la fit sourire. Il était toujours si bien soigné que le voir dans cet état lui faisait bizarre. Cependant, elle ne l'avait jamais trouvé plus beau.
- Quoi ? questionna-t-il en la voyant perdue dans ses pensées.
- Tu es beau, répondit-elle sincèrement.
Ses traits se firent tout à coup plus sérieux. Il se retint sur un seul bras, sa main libre caressant la joue d'Hermione. Il secoua la tête, l'air de vouloir dire quelque chose, mais aucun mot ne sortit de sa bouche. Il se contenta alors de l'embrasser avec plus de douceur qu'elle ne lui en pensait capable. Elle sentait sa main descendre, descendre, descendre encore, et c'est seulement lorsqu'elle passa sous sa jupe pour effleurer l'intérieur de ses cuisses qu'Hermione l'arrêta d'un geste de la main. Drago se recula pour la regarder, craignant d'avoir été trop loin.
- On n'est pas obligés…
- Ce n'est pas ça, coupa Hermione. J'en ai envie. C'est juste que… enfin, je n'ai jamais…
Elle ne termina pas sa phrase, mais le début se suffisait à lui-même.
- Comme ça nous sommes deux.
Il lui vola un baiser, la prenant totalement au dépourvu, ce qui dut se lire sur son visage.
- Tu as l'air surprise…
- Et bien oui, je pensais que tu avais déjà… fait ça.
- Avec qui donc ?
Pansy, Daphné, Millicent… les noms s'enchaînaient dans son esprit mais en prononcer ne serait-ce qu'un seul dans un moment aussi intime lui paraissait totalement déplacé. Alors elle ne répondit rien, et Drago la couvait littéralement des yeux.
- Qui d'autre que toi ?
Hermione ressentit une bouffée d'affection, tout au fond d'elle. Elle savait qu'elle l'aimait, mais il était maintenant clair qu'il l'aimait aussi. La toute petite voix qui lui disait qu'elle s'apprêtait à offrir son innocence à Drago Malefoy, dans un compartiment du Poudlard Express, s'évanouit totalement aussitôt. Elle n'aurait perdu sa virginité avec personne d'autre, et cet endroit était le leur, seul témoin de leur amour au fil des années.
Elle lâcha alors la main de Drago qui reprit sa course sur le haut de ses cuisses. Elle tremblait, de ses attentions et d'anticipation. Elle n'avait pas peur, si ce n'est de l'inconnu, mais ressentait surtout de la fierté à l'idée que non seulement elle allait faire sa première fois avec Drago, mais que lui aussi s'apprêtait à faire sa première fois avec elle. L'idée était grisante, et elle était tellement obnubilée par cela qu'elle ne put retenir son petit cri de surprise en sentant les doigts de Drago sur sa culotte, juste là où il fallait.
- Là ? demanda-t-il, apparemment surpris d'avoir vu juste si rapidement.
Hermione acquiesça vivement et Drago passa un doigt sur cet endroit à travers le tissu, encore et encore, l'humidifiant toujours plus. Le jeune homme la regardait avec attention, scrutant la moindre de ses expressions. Elle ferma les yeux lorsqu'il appuya plus fort et soupira de plaisir quand il passa la main sous le vêtement. Il était totalement ébahi de constater à quel point elle était mouillée. Il était au courant de comment ces choses-là fonctionnaient, bien qu'il fut totalement inexpérimenté avec les femmes, mais il ne se doutait pas que c'était à ce point. Ses doigts quittèrent ce qu'il avait compris être son clitoris avant de glisser sur sa fente trempée, caressant ses lèvres, encerclant son antre sans jamais y rentrer.
- Drago, soupira-t-elle alors que sa respiration se faisait de plus en plus erratique.
- Regarde-moi.
Elle obéit et le regard qu'ils échangèrent valait tout l'or du monde. Drago se sentait si fier d'être celui à qui elle accordait ainsi sa confiance, même s'il était conscient de ne pas la mériter. Il fit entrer son majeur en elle et son propre gémissement fut couvert par celui d'Hermione. C'était si chaud, si délicieusement étroit. Son érection sembla grossir davantage quand il se mit à imaginer son sexe à la place de son doigt. Il commença à bouger ce dernier, faisant des mouvements de va-et-viens tout en observant Hermione. Son regard était brûlant.
- Ça va ?
Il réalisa qu'il était essoufflé seulement en entendant sa voix. Les sensations étaient juste… trop. Elle ne le touchait même pas et c'était au-delà de ses espérances. Elle hocha la tête en se mordant la lèvre, alors il ajouta timidement un deuxième doigt et Hermione se tendit.
- Je…
- Non ! Continue… continue s'il te plaît…
Il comprit qu'avec cette intonation, il aurait pu lui céder n'importe quoi. Il bougeait ses doigts expérimentalement, cherchant à toucher chaque centimètre carré qu'il pouvait atteindre. Les hanches d'Hermione ondulaient, tentant d'approfondir ses mouvements, alors il enfonça ses doigts plus loin, jusqu'à ce que…
- Oh !
Hermione avait les yeux écarquillés et les joues plus rouges que jamais.
- Là ! Refais-le encore, supplia-t-elle.
Alors il recommença, essayant de retrouver l'endroit qui la rendait si pantelante, et lorsqu'elle ne put retenir ses gémissements de plaisir, Drago crut qu'il allait jouir sans même se toucher. Il s'appliqua à lui faire du bien sans relâche, ignorant la fatigue de sa main, tandis qu'il se pencha vers elle pour capturer ses lèvres, beaucoup trop tentantes pour qu'il n'y résiste. Elle répondit au baiser avec abandon et Drago ne put s'empêcher de penser que la vie était définitivement injuste, car s'ils avaient été deux simples étudiants comme les autres, ce moment de bonheur n'aurait pas eu besoin d'être le premier et le dernier.
Ses réflexions avaient ralenti ses mouvements, ce qu'Hermione remarqua. Elle prit son visage entre ses mains et Drago ne doutait pas qu'elle savait pertinemment ce qui se passait dans sa tête. Elle devait se dire exactement la même chose.
- Tu réfléchiras plus tard…
Son souffle caressait son visage et sa voix était si douce que Drago mourait d'envie de lui obéir. Mais comment faire, alors qu'il savait que ces quelques heures seraient les seules ?
Hermione passa une main dans sa nuque pour le rapprocher d'elle jusqu'à ce qu'il pose son front sur le sien tandis que l'autre attrapa son poignet pour retirer en douceur les doigts qui étaient toujours en elle. Elle soupira dans le mouvement, fermant brièvement les yeux, avant de les planter résolument dans les siens.
- S'il te plaît, Drago… fais-moi l'amour.
C'était maintenant une certitude : il était perdu.
Et surtout, il était éperdument amoureux d'Hermione Granger.
- Tu es sûre ?
Il n'était pas certain de survivre à un potentiel rejet, mais il ne se le pardonnerait jamais si elle venait à regretter. Il fut néanmoins soulagé de ne voir aucune trace d'hésitation dans son regard et encore moins dans sa voix.
- Je veux que ce soit toi. Personne d'autre que toi…
Drago hocha doucement la tête et se redressa, s'asseyant sur ses genoux. Hermione suivit le mouvement et l'embrassa lentement pendant qu'il retira sa ceinture et se débattait avec son pantalon. Ses doigts tremblaient tellement qu'il avait du mal à en défaire le bouton. Il se calma quand il sentit les mains d'Hermione sur les siennes, affirmation silencieuse qu'elle était là, qu'au moins pour quelques heures, ils étaient ensemble.
Drago mit fin au baiser pour enlever son vêtement, emportant son boxer dans la foulée. Il vit Hermione baisser le regard automatiquement et ses yeux s'écarquillèrent en voyant son sexe, ses joues rougissant encore plus qu'elles ne l'étaient déjà. Il prit son menton entre ses doigts pour lui faire relever la tête et la regarda avec attention. Elle était belle, si belle qu'il aurait pu en pleurer. Il sentit des doigts timides sur son érection, des caresses aussi légères que des plumes, néanmoins suffisantes pour lui couper la respiration. C'était la première fois qu'une autre personne que lui-même le touchait là, et le fait que ce soit Hermione rendait le moment plus magique encore.
Il la fit se rallonger sur la banquette, se remettant au-dessus d'elle, s'accrochant désespérément à ses hanches quand son sexe toucha sa peau.
Il ne la quittait pas des yeux. Ni quand il caressa son intimité d'un doigt pour vérifier qu'elle était toujours prête pour lui, ni quand il guida son membre à l'entrée de son centre, et encore moins quand il commença à pousser à l'intérieur.
Tout le corps d'Hermione se crispa et il dut faire appel à toute sa volonté pour s'arrêter car, Merlin, il n'avait jamais rien connu d'aussi bon de toute sa misérable existence.
- Pardon, pardon… s'excusa-t-il, la voix chancelante.
Hermione posa les mains sur ses épaules et prit une grande inspiration.
- Ça va, le rassura-t-elle. Va doucement, s'il te plaît…
Cette façon qu'elle avait de toujours dire "s'il te plaît", comme si elle lui demandait une faveur, le rendait totalement fou. Ne comprenait-elle pas qu'il lui aurait tout donné, en cet instant ?
Il s'enfonça lentement en elle, lui murmurant des excuses et tentant de balayer ses grimaces d'inconfort de baisers sur ses joues, son front, son cou, et surtout ses lèvres qu'il ne se lasserait jamais d'embrasser. Une fois qu'il fut complètement en elle, il se mordit la lèvre, s'empêchant de gémir. C'était si chaud, elle était si contractée autour de lui que la pression était presque insupportable. Délicieusement insupportable. Hermione se détendit et appuya sur ses épaules, bougeant timidement ses hanches. Drago comprit le message et se retira doucement, craignant de la faire souffrir, avant de replonger en elle, lui arrachant cette fois-ci un gémissement. Hermione aussi émit un petit bruit mais il n'aurait su dire si c'était de plaisir ou de douleur. Il voulait tellement lui faire du bien mais il ignorait comment faire. Pour lui, l'expérience était si exceptionnelle qu'il aurait voulu qu'elle ressente la même chose.
- Continue, le pria-t-elle. Continue et embrasse-moi.
Complètement transcendé, il s'exécuta. Drago reprit ses vas-et-viens et bientôt, il reconnut les soupirs de plaisir d'Hermione, les mêmes qu'elle avait poussé quand il lui faisait du bien avec ses doigts. Elle s'accrochait à ses cheveux et à ses épaules avec force, sûrement sans s'en rendre compte, mais Drago s'en moquait. Il se concentrait pour ne pas jouir immédiatement mais la sensation était si ennivrante qu'il savait bien qu'il ne durerait pas assez longtemps. Il prit alors la liberté de trouver son clitoris avec une main libre, caressant cette petite boule de nerfs comme il l'avait fait précédemment, faisant gémir Hermione de plus belle. Ses parois se contractèrent autour de lui et ce fut trop. Il se déversa en elle dans un gémissement étouffé en nichant sa tête dans le creux du cou de la Gryffondor.
Ils restèrent ainsi quelques plaisantes minutes. Lui, la respiration pantelante, le cœur battant à tout rompre et elle, caressant tendrement ses cheveux, déposant de temps à autre un baiser au sommet de son crâne. De toute sa vie, jamais Drago ne s'était senti aussi aimé. Il sortit la tête de sa cachette pour voir qu'effectivement, Hermione le dévorait des yeux.
Non, il ne s'était jamais senti aussi aimé et surtout, il n'avait jamais autant aimé en retour.
La réalisation lui brisa un peu plus le cœur. Il ne voulait pas penser à cela, il ne pouvait pas se permettre de mettre de tels mots sur ses sentiments. Pas quand leur histoire n'avait aucun avenir, ni même une chance de commencer.
Il se retira tout doucement d'elle et Hermione fronça les sourcils, l'air de souffrir.
- Tu as mal ? s'inquiéta-t-il.
Elle secoua négativement la tête mais l'entoura de ses bras pour le garder près d'elle.
- Je voudrais que ça ne finisse jamais…
Il ne pouvait pas la blâmer : si ça ne tenait qu'à lui, ils ne sortiraient jamais de cette cabine.
En bougeant, le genou de Drago vint frotter contre le centre d'Hermione, lui provoquant un gémissement. Il la regarda et vit qu'elle rougissait encore. Il comprit alors que, s'il avait fini plutôt rapidement, elle n'avait pas dû atteindre l'apogée du plaisir. Ça ne se passerait pas comme ça.
Il remit la tête dans son cou, cette fois-ci pour le parsemer de baisers humides, mordillant les endroits qui la faisaient respirer plus fort. La main qui ne se tenait pas à la banquette partit à le conquête de son corps, s'attardant avec attention sur ses seins, faisant se tortiller Hermione sous lui. Lorsque sa main continua sa descente et atterrit tout près de son clitoris, Hermione retint son souffle.
- Qu'est-ce que tu fais ? chuchota-t-elle. Tu n'as pas… fini ?
- Moi oui. Toi non, se contenta-t-il de répondre.
Il ne vit aucune trace de refus dans son regard alors il continua sa mission, s'évertuant à la caresser comme il avait compris qu'elle aimait. Il continua encore de descendre pour retourner en son centre, la pénétrant de deux de ses doigts avec beaucoup moins d'hésitation que la première fois. Il se laissa guider par sa respiration, ses gémissements et ses soupirs de plaisir. Il n'arrivait pas à croire à sa chance, au fait qu'elle se laissait faire, qu'elle lui offrait sa confiance et que ce soit lui qui lui procurait du plaisir. Au bout d'un moment, il sentit ses parois se contracter autour de ses doigts, encore plus fort qu'elle ne l'avait fait autour de son sexe, et Drago exaltait. Il redoubla d'efforts, se délectant des sons qu'elle produisait et de la béatitude sur son visage. Finalement, ses jambes se mirent à trembler et elle poussa un cri plus sonore que les autres alors que les doigts de Drago se retrouvèrent littéralement comprimés en elle.
Son orgasme dura plusieurs longues secondes, et elle n'avait jamais été plus belle qu'en cet instant.
Une fois qu'elle se fut calmée, Hermione l'attira vers elle dans une douce étreinte. Il reposa sa tête contre son cou et elle reprit ses caresses dans ses cheveux. Les battements de son cœur se calmèrent et sa respiration devint plus régulière. Le moment était si apaisant que Drago faillit s'endormir.
Malheureusement, il n'y avait que dans leur cocon qu'il pouvait se permettre une telle sérénité et la réalité lui revint bien vite en mémoire. A peine pensa-t-il à l'après que toute la situation lui inonda l'esprit. Sa marque, sa mission, sa mort prochaine. Drago n'avait absolument aucun espoir de réussite et chaque soir depuis l'annonce que lui avait faite Voldemort, il se répétait inlassablement qu'il allait mourir, pour que l'idée paraisse moins effrayante.
C'était un lamentable échec.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? murmura Hermione sans cesser ses caresses dans ses cheveux.
- Rien, pourquoi ?
- Ton cœur bat plus vite. Tu respires plus fort…
Il hésita rien qu'un instant. Après tout, elle avait déjà vu la marque, alors à quoi bon mentir ? Il garda le visage dans son cou, cette position étant bien trop confortable pour être quittée maintenant.
- Il m'a donné une mission.
Il était inutile de préciser de qui il parlait. Son nom planait au-dessus d'eux telle une épée de Damoclès depuis son retour.
- Une tâche… impossible à réaliser. Et peu importe si je la réussis ou non… ça ne se terminera pas bien.
Les mouvements d'Hermione dans ses cheveux se stoppèrent quelques secondes avant de reprendre, plus appuyés.
- Tu ne veux pas me dire de quoi il s'agit ?
- Non. Je ne peux pas.
Contre toute attente, elle n'insista pas. Elle devait sûrement estimer, comme lui, qu'il lui en avait déjà dit beaucoup, aujourd'hui.
Ils laissèrent passer une dizaine de minutes avant de se lever. Ils se rhabillèrent en silence, ne sachant que dire. Drago évitait de regarder la jeune femme, mais il sentait son regard sur lui. Elle le fixait, sans honte et sans vergogne. Contrairement à lui, elle n'avait rien à se reprocher.
- Il faudra qu'on fasse cette année comme on a fait pour toutes les autres, prévint Drago quand il eut fini de se vêtir en se tournant vers elle, mais sans croiser son regard. On ne peut pas se voir…
Hermione répondit d'un simple hochement de tête.
- Je sais comment tu fonctionnes. Tu vas vouloir… m'aider, ou venir me parler. Il ne faut pas. Il ne faut pas, Granger, insista-t-il.
Il remit sa veste, tremblant, toujours sans la regarder.
- Drago, regarde-moi.
Son ordre surprit le jeune homme, et telle une marionnette, il s'exécuta. Ses yeux doux étaient la plus terrible des tortures. Il aurait tellement aimé tout lui dire, il aurait tellement voulu qu'elle lui vienne en aide. Il savait que, dans les jours difficiles, ce regard-là aurait pu le sauver de la détresse dans laquelle il savait qu'il serait inévitablement plongé au cours de l'année.
- On trouvera une solution, dit-elle.
Elle semblait si sûre… mais ce n'était malheureusement pas suffisant pour eux deux. Drago savait qu'une solution n'était pas envisageable, mais il n'avait aucune envie de la contredire maintenant, surtout lorsqu'elle s'approcha de lui et encadra son visage de ses mains.
- On trouvera une solution, et je te promets que l'année prochaine, on se retrouvera dans ce compartiment, comme on le fait toujours.
Elle se hissa sur la pointe des pieds et scella sa promesse d'un baiser.
Et tout au fond de lui, même s'il était conscient que c'était stupide, Drago avait envie de la croire.
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1er septembre 1997
Il le savait.
Il l'avait deviné depuis bien longtemps et pourtant, la déception l'avait submergé avec plus de force qu'un tsunami.
Déception n'était d'ailleurs pas un terme assez fort.
Mais il le savait. Il était évident qu'elle ne reviendrait pas, cette année. Ni elle, ni Weasley, et encore moins Potter.
Malgré cela, il était étonné de constater à quel point c'était douloureux. Parce que malgré tout, même s'il n'y avait jamais vraiment cru, elle le lui avait promis.
Il était seul dans leur compartiment. Le train était parti depuis trois heures déjà et ses amis étaient venus le trouver, surpris de ne pas le voir revenir après autant de temps. Il les avait congédiés sans même un regard. Aucun d'entre eux ne retenait son attention, aucun d'entre eux ne pouvait comprendre. Crabbe et Goyle n'étaient que des suiveurs sans cervelle et Pansy espérait toujours finir dans son lit. Quant à Blaise et Théo… ils avaient décidé de lui tourner le dos après la mort de Dumbledore. Il était définitivement seul.
Et surtout, la seule personne qu'il désirait voir, la seule personne dont il avait besoin, était non seulement sûrement à des centaines et des centaines de kilomètres, mais elle devait très certainement le détester. Le haïr, même.
Il tentait par tous les moyens de se raccrocher à ce qu'elle lui avait dit. Elle avait été si sincère, tellement persuadée qu'elle ne pourrait que l'aimer, que Drago avait fini par y croire. Mais comment aurait-elle pu continuer à l'aimer après ce qu'il avait fait ?
Pour la énième fois de la journée, il sortit le collier d'Hermione de sous sa chemise et le fit tourner entre ses doigts sans réflechir. Il ne cessait de rejouer le moment où elle le lui avait donné dans son esprit, se faisant ainsi tout autant de mal que de bien.
.
En entendant la porte de l'infirmerie s'ouvrir et se refermer doucement, Drago savait qui venait d'entrer. Leur accord tacite de ne pas se voir ni se parler durant l'année scolaire avait été brisé à la seconde où il avait frôlé la mort. Il ne pouvait pas lui en vouloir : si la situation avait été inversée, il n'était même pas sûr qu'il aurait été capable d'attendre la nuit pour se rendre à son chevet.
Il l'entendit renifler et décida de garder les yeux fermés avant qu'elle n'arrive. Il sentit sa présence se rapprocher mais il garda les paupières closes. Elle s'assit au bord du lit et il l'entendit pousser un énorme soupir, comme si elle le retenait depuis des heures.
- J'avais prévu des tas de choses à te dire, une fois que je serais là, et maintenant que je suis devant toi… j'ai l'impression que plus rien n'a d'importance, sinon que tu es vivant. J'ai eu tellement peur, et le pire, c'est que je devais faire comme si ton sort ne m'intéressait pas plus que ça.
Il y eut une pause, l'affaissement du lit juste à côté de lui, tandis qu'Hermione s'installa plus près. Il sentit une main dans ses cheveux, des doigts légers balayant les mèches sur son front. Il s'empêcha de sourire sous cette caresse. C'était la première fois depuis des mois qu'il se sentait aussi bien. Il avait mal, le maléfice de Potter lui brûlait toujours le torse, mais le feu s'apaisa presque immédiatement au contact d'Hermione.
- J'ai cru que j'allais faire une attaque. Je n'arrivais plus à respirer. Pendant quelques secondes, j'ai cru que tu étais… Harry disait qu'il y avait du sang partout. Je t'ai imaginé, à terre, dans ces toilettes, du sang coulant tout autour de toi…
Elle s'arrêta à nouveau. Sa voix était étranglée, et même sans la voir, Drago devinait qu'elle pleurait. Il avait envie d'ouvrir les yeux, mais la curiosité l'en empêchait. Hermione serait bien moins loquace si elle savait qu'il était réveillé.
- Je sais ce que tu as fait. Je sais que c'est toi. Le collier de Katie, l'Hydromel de Slughorn… je sais que c'est toi. Je crois avoir compris pourquoi. Quelle était la mission dont tu m'avais parlée dans le train.
Drago se raidit totalement et ce fut un miracle qu'Hermione ne le remarque pas. Il sentait son souffle sur son visage, signe qu'elle était tout près. Elle était en train de lui dire qu'elle savait qu'il avait failli tuer deux de ses camarades, dont Ronald Weasley, par Merlin, son meilleur ami, mais elle n'avait pas l'air en colère. Sa voix était douce, compréhensive et Drago était perdu.
- J'aurais dû te haïr, pas vrai ? C'est ce que toute personne saine d'esprit aurait fait. A cause de toi, Ron a failli mourir. Je devrais te détester, comme tu me l'as déjà dit.
Une nouvelle pause. Le cœur de Drago battait si fort qu'il craignait qu'Hermione l'entende.
- Mais je ne peux pas… je sais que tu n'as rien voulu de tout ça, ni de la mission, ni de cette marque… je n'arrive pas à te détester, je veux te sauver, te sortir de là, parce que je…
Drago ouvrit subitement les yeux et Hermione sursauta, coupant sa phrase avant la fin.
- Ne le dis pas.
- Tu ne dormais pas ?
- Non.
- Pourquoi tu ne veux pas que je le dise ?
- Parce que ça ne servirait à rien. Ça ne change rien. Tu dis que tu sais quelle mission on m'a confiée.
- Tu dois... tuer Dumbledore.
- Exact. Si je réussis, nos chemins se sépareront pour toujours. Si j'échoue, le Seigneur des Ténèbres me tuera. Je te l'ai déjà dit : il n'y a aucune issue possible pour… ce qui se passe entre nous.
Elle le regardait comme elle le faisait avec un exercice compliqué. Il l'avait assez observée durant presque six ans pour mémoriser ses expressions par cœur. Elle était en train de chercher une solution, un cas de figure où Drago resterait en vie et où ils pourraient se retrouver. Seulement, lorsqu'elle était face à un devoir, il y avait toujours un moment où ses traits se détendaient, signe qu'elle avait trouvé une réponse. Mais ce moment ne vint pas, et le visage d'Hermione restait tendu. Elle savait qu'il avait raison.
- Tu n'as qu'à fuir, dit-elle en lui agrippant le bras. On te cachera ! Tu expliqueras que tu as été forcé, on te…
- Ça suffit, Granger, coupa-t-il. Tu sais très bien que ça ne fonctionnera jamais. Même si tu-sais-qui ne me retrouvait pas, tu penses vraiment que les tiens accepteraient de me garder caché quelque part ?
- Si je leur expliquais, oui.
- Et si tu leur expliquais quoi ?
- Si je leur disais… à quel point tu comptes pour moi.
Drago inspira, fermant les yeux. Pour une fois dans sa vie, il devait être assez fort.
- Tu ne peux pas. Tu ne peux pas leur demander de faire ça pour moi alors que je les ai méprisés toute ma vie. Et puis ils ne comprendraient pas. Peut-être même qu'ils te prendraient pour une traître et qu'ils te banniraient avec moi.
- Alors tant pis ! Au moins on sera ensemble !
Il expulsa un rire sans joie.
- Tu ne sais pas ce que tu dis. Tu n'imagines pas à quel point ça me coûte de dire ça, mais… ta place est aux côtés de Potter. Et la mienne… la mienne est avec mes parents. Je n'abandonnerai pas ma mère aux griffes de ce malade, Granger.
Elle ne répondit rien, parce qu'il n'y avait tout simplement rien à dire. Il avait raison. Hermione n'abandonnerait jamais son meilleur ami, et lui se devait de rester avec sa famille. Si jamais il tentait de fuir ou de se rebeller, ce seraient ses parents qui en feraient les frais, et c'était un sacrifice qu'il n'était pas prêt à payer.
- Je vais bien, continua-t-il. Rogue a dit que demain, je serai totalement sur pieds. Tu devrais t'en aller.
- Pas encore. Pas maintenant.
- Granger…
- Drago… s'il te plaît…
Il ferma les yeux. Encore ce "s'il te plaît". Il ne pouvait rien lui refuser quand elle lui disait cela, avec cette voix suppliante. Alors en soupirant, il se décala légèrement pour lui faire de la place. Elle se précipita dans le lit, posant sa tête sur son épaule, l'entourant de son bras, veillant à ne pas lui faire mal. Malgré lui, il expira son bien-être. C'était si bon d'être dans ses bras. Si bon et si dangereux. Ils restèrent dans le silence quelques minutes avant qu'Hermione ne craque.
- Est-ce que tu as trouvé une solution pour… pour ta mission ?
- Tu veux vraiment le savoir ?
- Je ne sais pas… je veux juste savoir si tu vas t'en sortir.
- Tu devrais penser à autre chose.
Elle se redressa sur un coude pour le regarder de haut, fronçant les sourcils.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Que je suis censée t'oublier ? Je vais sortir de cette pièce et t'effacer de mon esprit ?
- C'est exactement ce que tu devrais faire. Ce serait sûrement plus simple d'oublier. Comme si rien de tout ça n'avait jamais existé.
Hermione ouvrit la bouche, prête à rétorquer quelque chose, avant de la refermer. Drago savait que ses mots étaient durs, mais il ne les regrettait pas. Plus d'une fois, il s'était perdu dans des livres de potions pour chercher comment effacer Hermione Granger de sa mémoire, avant de se demander si l'oublier totalement n'était pas finalement la pire des solutions.
- Je ne veux pas, asséna-t-elle d'une voix sûre. Je veux me souvenir de chaque moment passé avec toi, je veux me souvenir de tout, même si ça me fait mal.
Drago détourna le regard, incapable de soutenir la véhémence du sien.
- Non, regarde-moi ! protesta-t-elle. Je veux me souvenir de tout pour avoir quelque chose à quoi me raccrocher. Quand ce sera trop dur, quand je n'aurais plus d'espoir.
- Tu divagues, Granger. Il y a 95% de chance pour que je ne sois plus de ce monde d'ici…
- Tu vas rester vivant ! le coupa-t-elle. Tu vas rester vivant, Drago Malefoy, et je te promets qu'un jour, quand tout ça sera derrière nous, on se retrouvera.
- Non… je ne veux pas espérer. Tu ne peux pas me dire ça, alors qu'il y a tellement de risques que…
- Il faut que tu gardes espoir, je t'en prie ! N'abandonne pas, je t'en supplie, il faut que tu te battes !
- A quoi bon ? Si je réussis ma mission, alors le Seigneur des Ténèbres aura gagné. On ne pourra jamais… et tu me haïras, comme tu devrais le faire depuis des années.
- Non, répondit-elle avec tant de sincérité que Drago avait du mal à y croire.
Elle se pencha vers lui, réduisant l'espace entre eux. Chacune de ses respirations venait mourir sur ses lèvres.
- J'ai fait la paix avec le fait que quoi que tu fasses… je ne pourrai jamais te détester.
Elle s'approcha encore. Drago voulut détourner la tête, mais son cœur l'en empêchait.
- J'ai compris il y a longtemps déjà que malgré tout… malgré tout ce qui nous sépare, malgré tout ce qui nous oppose…
Ses lèvres effleurèrent les siennes, doucement, si doucement en réalité qu'il avait peur que ce ne soit qu'une illusion.
- Ne le dis pas, implora-t-il. Je t'en supplie, ne le dis pas.
- Je t'aime, Drago.
Ses protestations furent anéanties lorsqu'elle l'embrassa.
Elle lui offrit un baiser plein de promesses ; il lui donna un baiser d'adieu.
- Je t'aime, murmura-t-elle contre ses lèvres. Je t'aime, je t'aime, je t'aime…
Chaque occurrence lui poignardait le cœur. Ces mots, il avait rêvé de les entendre de sa bouche. Mais pas comme ça, pas dans ces circonstances alors qu'il était persuadé qu'il ne passerait pas l'année.
- Arrête… s'il te plaît, tais-toi…
Mais elle continuait de psalmodier ces mots comme une prière en continuant de l'embrasser. Drago ne pouvait plus que se perdre quelque part entre le goût de ses lèvres et la douceur de ses déclarations qui l'apaisaient autant qu'elles l'écorchaient.
Il s'écarta difficilement de ses lèvres et força Hermione à le regarder dans les yeux.
- C'est pour bientôt, dit-il avec urgence. Très bientôt.
- Dis-moi ce que tu comptes faire…
- Je ne peux pas, Granger, mais il faut que tu me promettes de ne pas essayer de me trouver. J'aimerais aussi te demander de me promettre de ne pas me détester, mais ça me semble impossible.
- Drago, je t'ai déjà dit…
- Je sais que tu le penses maintenant mais d'ici quelques temps ce ne sera plus pareil.
- Non, Drago, je…
- S'il te plaît, Hermione. Il faut que tu t'en ailles.
- Pas maintenant…
- Je t'en prie… je n'y arriverai pas, sinon.
Elle le regardait intensément, l'air de peser le pour et le contre. Devait-elle se battre avec lui pour leur accorder quelques minutes de plus ou devait-elle céder ? Finalement, elle trouva un juste milieu : elle se redressa pour s'asseoir sur le bord du lit et passa les mains dans sa nuque. Drago l'interrogea du regard mais elle ne répondit pas, se contentant de détacher le collier qu'elle portait et auquel il n'avait jusque là prêter que peu d'attention.
La fine chaîne en argent portait un pendentif représentant un simple H. Hermione prit la main de Drago et posa le collier à l'intérieur, refermant ses doigts dessus.
- Ce sont mes parents qui m'ont offert ça à ma naissance, expliqua-t-elle en regardant sa main close. J'y tiens beaucoup.
Elle releva les yeux vers lui : elle se retenait de pleurer. Drago n'était pas sûr qu'il puisse supporter cette vision.
- Un jour, tu me le redonneras. Et en attendant… grâce à lui, tu ne m'oublieras pas.
Il aurait voulu lui dire qu'il n'avait pas besoin d'un stupide collier pour se rappeler d'elle. Comment était-il censé l'oublier ? C'était stupide de penser qu'il aurait pu. Cependant, il ne dit rien, acquiesçant, serrant davantage le collier dans la paume de sa main.
Avec une lenteur démesurée, elle se leva du lit. Elle l'observa pendant de longues secondes, comme si elle voulait graver cette image au fer rouge dans sa mémoire, et il ne pouvait pas lui en vouloir : il faisait exactement la même chose.
- Au revoir, Drago…
Sa voix était étranglée, pleine de larmes qu'elle s'interdisait de laisser couler.
- Adieu, Hermione.
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Il avait gardé son collier précieusement. Toujours caché sous ses vêtements pour ne pas attirer l'attention, mais toujours sur lui, jour et nuit. Quand il avait peur, quand il succombait aux crises d'angoisses, il n'y avait que ce collier et les souvenirs d'Hermione qui parvenaient à le calmer.
Cependant, il s'était fait une raison depuis longtemps : ses souvenirs et ce collier étaient tout ce qu'il aurait, désormais.
Lorsque le train arriva finalement à la gare de Pré-au-Lard, il mit du temps à en sortir. Il entendit les autres élèves dans le couloir, mais il refusa de se mêler à la foule. Cette année scolaire serait une vaste farce, il en était conscient. Rogue directeur, des Mangemorts professeurs…
Il décida de rester quelques minutes de plus dans son compartiment. C'était lui qui abritait les plus beaux souvenirs de sa vie. C'était paradoxalement aussi cet endroit qui le rendait le plus malheureux.
Parce qu'ici, dans l'intimité du compartiment 47, il s'était laissé tomber amoureux d'Hermione Granger.
Ici, elle lui avait offert de l'espoir, de l'amour, et bien plus encore.
Ici, il s'était surpris à espérer.
Et aujourd'hui, pour la première fois depuis sept ans, il était seul dans le compartiment 47.
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1er septembre 1998
La quai 9 ¾ était moins rempli que d'habitude. Beaucoup plus que l'année précédente, bien sûr, mais toujours moins que celles d'avant.
Ainsi, il lui fut rapide de constater que le trio qui avait sauvé le monde n'était pas là.
Hermione n'était pas là.
Il monta dans le train sans conviction. Si cela n'avait tenu qu'à lui, il ne serait pas retourné à Poudlard, mais le Magenmagot l'avait exigé. Qu'il finisse sa scolarité, qu'il soit surveillé par les professeurs, que l'on soit sûr qu'il retourne sur le droit chemin. Pour éviter un séjour à Azkaban aux côtés de son père, ce n'était pas très cher payé.
Il n'avait pas revu Hermione depuis le jour de la bataille. En fait, avec sa mère, ils n'avaient pas vraiment quitté le Manoir. Ils n'étaient pas spécialement assignés à résidence, mais ils avaient le sentiment légitime que leur présence dans le monde sorcier n'était plus vraiment souhaitée.
Il avait attendu. Il avait espéré. Jour après jour, il guettait par la fenêtre, priant pour voir un hibou lui apporter une missive de celle qu'il ne pourrait jamais oublier.
Mais ce jour ne vint jamais.
Aujourd'hui encore, il était arrivé à la gare de King's Cross avec de l'espoir au fond du cœur. Il était pourtant persuadé qu'Hermione aurait voulu effectuer sa dernière année d'études.
Elle avait sûrement mieux à faire. Le ministère lui aurait certainement proposé un poste à responsabilité dès la rentrée. Peut-être même était-elle avec quelqu'un. L'image de Ronald Weasley s'imposa à lui et il réprima une envie fulgurante de vomir.
Ses pas le guidèrent d'instinct vers le fond du train. Vers leur compartiment. Le rideau était baissé et il espérait que personne n'y avait élu domicile. Même sans Hermione, cet endroit restait le sien.
Il fit coulisser la porte et sa respiration se coupa. Son corps tout entier se figea, il était incapable de bouger, de détourner le regard ne serait-ce qu'une seconde de la personne assise sur la banquette. Cette même banquette où ils avaient fait l'amour pour la première et unique fois.
Hermione souriait. Elle était tout bonnement radieuse, et Drago n'arrivait pas à y croire.
- J'ai un an de retard, je l'avoue, mais je t'avais promis qu'on se retrouverait dans ce train, pas vrai ?
Et pour la première fois depuis près de deux ans, Drago sourit à son tour.
