Bonjour à tous,
Encore un chapitre qui es né en quelques heures. Le soutient du Discord, quelques menaces de mort, beaucoup de plaintes et de supplication et voilà les ingrédients pour un chapitre qui prend quelques heures seulement à écrire...
Je vous remercie tous du fond du coeur pour vos commentaire... A chaque fois, je suis touchée... J'aime tellement lire vos retour c'est ma récompense ultime.
Bref, je vous laisser aller voir qui est mort euh... enfin..non ce que je veux dire c'est...
Enjoy !
Chapitre 10
Les sourcils froncés, il envoya un coup de pied rageur dans une pile de livres posée au sol, se tournant vers Azarias, prenant une lente inspiration.
Est-ce que je peux finalement savoir qui a été visé cette fois ?
- Harry…
- Non !
A peine le sorcier avait-il prononcé son nom de ce ton paternaliste qu'il avait eu envie de hurler. Par Merlin. Quand est-ce qu'on arrêterai de le traiter ainsi… ?
- Azarias… Je pense qu'il doit savoir…
- Certes, certes mais enfin…
- Il n'est pas stupide…
Les deux hommes tournèrent leur regard sur lui et il soupira à nouveau, se laissant tomber sur son lit, passant une main fatiguée sur son visage avant de sentir Iota lui grimper dessus et se blottir contre son cou.
Enfonçant ses doigts dans la fourrure immaculée, il appuya en douceur sa joue contre la petite créature avant de se concentrer à nouveau sur ses Maîtres.
Il était enfermé au Ministère depuis maintenant plusieurs heures et ils venaient à peine de revenir, l'informant que Cicéron restait toujours introuvable. Le Département avait été prévenu de sa disparition.
- Bien… De toute manière je suppose que nous ne pourrons pas garder longtemps ce secret.
- Qui. A. Été. Blessé ?
Ils vit alors Azarias tirer une chaise pour s'y asseoir, l'autre sorcier se contentant de croiser les bras sur son torse après avoir jeté plusieurs sorts de protection. Des fois qu'il fasse tout exploser. Encore.
- Harry. Il s'agit de la Famille Weasley.
Il le savait. Retenant sa respiration, il sentit le froid s'insinuer doucement dans ses veines alors que les visage de chacun des membres du clan s'imposait à lui.
- Qui… ?
Cette fois, sa question avait été soufflée. Il évita leur regard pleins de compassions, se concentrant sur le ventre de Iota, le gratouillant sans réellement y penser.
- Molly Weasley a été prise dans l'explosion de leur maison… Au même moment, Ronald a été attaqué…
- Attaqué… ?
- Oui… Son unité a retrouvé de grandes quantités de sang dans son appartement…
- Je vois…
Il prit une longue inspiration. Il avait l'impression d'avoir la tête entièrement vide. Incapable de réfléchir à quoi que ce soit, il ne pouvait qu'imaginer le terrier dévasté par une explosion… Ou encore Ron… torturé comme Malefoy
Ron…. Ouvrant brusquement les yeux, il se redressa, posant ses yeux verts sur le médicomage.
- Alexei devait aller le voir hier ! Où est-ce qu'il est ?
Il vit Azarias hausser un sourcil avant de se tourner vers Serpus qui, d'un mouvement rapide, sortit de la chambre. Personne n'avait pensé au russe… ?
- Mais… qu'est-ce qu'il se passait ici ?
- Harry… Je suis désolé pour ton ami…
- …. On sera désolé quand on saura ce qu'il se passe.
Il n'allait pas devenir complètement taré, pas besoin de le regarder comme ça. Levant les yeux au ciel, il se mit lentement debout, s'approchant de la fenêtre de la chambre, plongé dans ses pensées, ignorant l'hermine qui lui grimpa sur les épaules.
- Ce sont alors les vingt-six qui sont visés… ?
Pour une fois, est-ce que, par hasard, il n'aurait rien à voir là-dedans… ? Est-ce que l'attaque de Malefoy était uniquement dûe à son statut au sein de la société sorcière ?
Prenant une lente inspiration, il appuya son front contre la vitre froide.
- Nous ne savons pas encore… Mais il semble probable que ce soit le cas…
- Pourquoi ?
- Qui sait… Après tout, il y a tellement de sorciers avides de pouvoir qui se promènent dans les rues…
Un frisson lui parcouru le dos à ces paroles. Il se tourna lentement vers son mentor qui lui souriait avec douceur et l'observa, laissant son regard vert errer sur lui quand Serpus fit à nouveau son apparition.
- Azarias. ll n'est pas là. Localise-le avec la rune.
- Bien !
La rune. En tant qu'apprentis Langue-de-Plomb, ils avaient été tous les deux marqués d'une rune de localisation, permettant à leur professeurs de les retrouver en cas d'urgence.
Sur le moment, il avait eu la désagréable impression d'être marqué comme un chien…
Mais il n'avait pas eu le choix, n'est-ce pas ?
- C'est étrange….
- Quoi ?
Tout cela ne collait pas.
Draco.
Ron.
Molly.
Soupirant longuement, elle observa sans vraiment le voir l'encrier devant elle. Assise à son bureau, au Ministère, elle n'arrivait pas à se concentrer, l'esprit focalisé sur Ron… Sur Harry et sur tout ce qui entourait la pénombre dans lequel il était constamment plongé…
Elle avait toujours pensé qu'une fois qu'il aurait vaincu Voldemort, tout s'arrangerait, mais c'était comme si quelque chose n'était pas terminé…
Comme si, au contraire, vraincre le Mage Noir n'avait été que la première étape d'un plan bien plus vaste dont il était le pion central. Elle avait petit à petit assemblé les quelques pièces de puzzle qu'elle avait mais sans arriver à distinguer ce que celui-ci représentait réellement.
Tout ce qu'elle savait c'était que Dumbledore les avait lancés sur la piste des Reliques. Alors elle avait appris par cœur tout ce qu'il y avait à savoir… Blaise lui avait même fourni de vieux Grimoires de magie noire afin qu'elle puisse en lire le plus possible…
Et tout ce qu'elle avait pu apprendre c'était que de nombreux sorciers avaient convoités ce pouvoir au fil des ans… Il s'était même créé plusieurs covent uniquement dédiés à ça. Et elle était à peu près certaine que Voldemort en avait fait partie…
Trop de coïncidence pour que ce ne soit pas le cas… Il avait cherché la baguette de sureau pour sa puissance… Et puis, de toutes ses recherches, c'était le seul qui avait réussi l'exploit de réussciter… du moins partiellement et sous certaines conditions.
Et sa fascination pour Harry… Cet enfant qui ne cessait de survivre à la Mort, de lui échapper… D'ailleurs… Cette fois-là, lors du Dernier Combat, de ce qu'elle avait entendu, il aurait dû être impossible qu'il s'en relève…
Passant une main dans ses cheveux, ébouriffant ses boucles brunes, elle poussa un long soupir frustré.
Trop d'éléments semblaient faire surface en même temps. Le groupe de Circé et l'attaque sur la boutique des jumeaux… La mort de Cicéron… L'attaque de Draco… Celle de Molly et Ron… Les cauchemars de Harry…
Oui… Malefoy lui en avait parlé. Il lui avait expliqué succinctement ce que le brun avait vu… ou vécu ? Ils n'en étaient pas certains… A demi-mot, il avait expliqué à la sorcière dans quel état se retrouvait le brun après avoir été pris dans un de ces rêves.
Alors elle avait commencé des recherches sur la Mort… Et elle avait découvert que le monde sorcier avait une conception différente de celle-ci comparé aux Moldus.
La mort était, selon les anciennes croyances, une...créature. Tout comme les dragons, les hippogriffs ou encore les gnomes.
Elle vivait parmi les sorciers depuis la création du monde, régnant sur le monde derrière le voile et, parfois, sortant à la rencontre des vivants. A commencé par les frères Peverell qui avaient, finalement, réellement existé.
C'est comme ça d'ailleurs qu'elle avait compris que Harry en était le descendant… Elle ne lui en avait toujours pas parlé… Parce qu'au final, ça n'avait pas tellement d'importance…
Enfin. Elle avait soigneusement recherché les témoignages de sorciers ayant rencontré la Mort mais...cela n'avait abouti à rien… C'était toujours la même chose… La Mort écoutait un souhait et, en échange, demandait un prix…
Sauf que Harry n'allait certainement rien lui demander… Elle en était persuadée… Mais il était pourtant évident qu'Elle cherchait ses reliques… Pourquoi ? Elle avait reçu la vie des frères en échange de ses cadeaux…
Gémissant, elle ferma les yeux. A force de tourner le tout dans tous les sens, elle sentait sa migraine poindre…
Et puis ces attaques… C'était étrange… C'était comme si les héritiers étaient visés… Au Ministère, les rumeurs commençaient à naître… On parlait d'une vengeance des sorciers au sang-mêlé pour ces années noires où ils avaient été considérés comme des moins que rien par leurs homologues Sang Pur…
D'autres parlaient de Moldus au courant de leur existence, le Terrier ayant apparemment explosé sans le moindre signe de magie…
Et puis d'autres chuchotaient que les Mangemorts renaissaient, s'en prenant à ceux qui, au temps du Lord, s'étaient rangés du côté de l'Ordre…
Le nom de Harry Potter était chuchoté dans les couloirs alors qu'il était dit qu'il avait, lui aussi, été mis en quarantaine pour sa propre protection… Ou plutôt pour éviter qu'il en tombe dans la folie et ne crée encore un incident magique.
Merlin… Elle était dégoûtée par ce qu'elle avait entendu… Prenant conscience qu'on parlait de son ami comme d'un Héro, certes, mais un Héro vacillant dans la folie régulièrement… On parlait de lui en tant que sorcier brisé par la guerre… Dangereux…
On parlait de lui comme quelqu'un de puissant… Mais de pas tout à fait normal… Mais on se félicitait de l'avoir. On admirait sa beauté… On admirait sa puissance. On jalousait sa fortune… Tout en se moquant de son statut d'orphelin… Avant de chuchoter sur le Mangemort qui l'avait adopté…
Seigneur. Elle comprenait mieux ce que Harry lui avait toujours dit… C'était écoeurant… Le monde était un endroit qui ne donnait pas vraiment envie d'y vivre…
Tout était une question de statut. De force et de pouvoir. Tout était stratégie, calculs et relations. Elle détestait cet aspect des humains… Elle avait l'impression, ces derniers mois, de d'avoir percuté la réalité de plein fouet.
Et c'est ce qui lui donnait l'envie de grimper les échelons de ce Ministère… Un jour, elle réformerait tout ça. Et elle avait comme l'impression qu'elle n'était pas la seule…
Les sorciers de sa génération étaient quasiment tous impliqués… Elle croisait souvent d'anciens Gryffondors ou encore d'autres étudiants de maisons différentes…
Et c'était la seule chose qui la soulageait un peu. C'était comme si les chuchotements médisants étaient étouffés par ce silence déterminé qui flottait entre eux.
En attendant, elle devait trouver ce qui lui échappait.
Assis au chevet de son patient, il soupira longuement.
Ils avaient mis de nombreuses heures avant d'arriver à une potion assez stable pour la lui donner, mélangeant au centième de gramme près ce les ingrédients, observant les changements de couleurs et de texture.
Pendant que Draco découpait, Fawley brassait et il s'occupait de maintenir Weasley en vie… Et le tout avec un sorcier à peine stable qui leur tournait autour.
Nazarov… Il avait fait des recherches sur lui à l'époque, contactant quelques anciens...camarades afin d'en savoir plus mais la réalité était bien en-dessous de ce qu'il avait imaginé.
Le sorcier était capable de se couper complètement de toute émotion pour atteindre son but. Puissant et imbibé de magie noire, il lui avait fait pensé à certains Mangemorts qu'il avait fréquenté pendant l'air de domination de son ancien Maître.
Il s'était installé dans un coin de la pièce, ne gênant aucun de leurs mouvements mais écrasant par sa présence. Les bras croisés sur son torse, la capuche remontée sur son crâne, ses yeux avaient pourtant suivi chacun des mouvements de Fawley…
Il les avait épargné lui et Draco, apparemment suffisamment en confiance pour ne pas les surveiller… Mais Severus ne s'y trompait pas.
Qui qu'ils soient, s'ils avaient eu le malheur de faire un geste qui lui avait déplu, il aurait tenté de les éliminer sans sourciller.
C'était un soldat. Un enfant soldat qui avait, toute sa vie, baigné dans des enseignements malsains et dangereux. On lui avait appris le sacrifice pour atteindre ses objectifs. On lui avait appris à se compartimenter, à oublier la douleur, la peur et la faim.
Il était capable de donner les premiers soins, capable de bouger uniquement tiré par la force de sa volonté. Capable de vous égorger si on le lui demandait.
Et s'il s'était un peu adouci en étant sorti de ça par les Langues-de-Plomb, ces enseignements restaient tout de même gravés au plus profond de lui.
Se levant lentement, il posa une main sur l'épaule de son filleul.
- Draco. Monte. Prend une des chambres d'ami et demande à un des elfes de préparer celle du rez-de-chaussée pour Monsieur Fawley.
Le blond, les sourcils froncés, les cheveux légèrement en bataille, fixait le sorcier roux, encore couvert de son propre sang, dormir sur la table d'examen…
- Bien…
Il le vit se lever lentement, passer une main sur son visage et se tourner vers son Mentor.
- Maître.
Un simple signe du menton et l'adulte se leva à son tour, brusquement arrêté par le russe.
- N'oublie pas ce que j'ai dit… Reste dans ta chambre… Sinon tu le regretteras… Master Zeliy
Il lui arracha son bras, le regard hautain, avant de suivre son apprenti. Se retrouvant seul avec Nazarov, il se tourna alors lentement vers lui.
- Monsieur Nazarov… Il serait bien que vous preniez ceci…
D'un mouvement souple de sa baguette, il fit léviter une fiole contenant un liquide carmin aux reflets dorés.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Une potion de régénération du sang. Vous avez donné trop du votre. Je ne tiens pas à devoir vous empêcher de vous fissurer le crâne quand vous tomberez évanoui.
- … Je ne me suis jamais évanouni.
- Certes. Tout le monde sait que vous êtes un grand sorcier. Buvez.
- Net...
S'emparant de la fiole, il en déboucha l'orifice lentement, croisant le regard de l'ex-espion.
- Je ne me suis jamais évanoui… Parce que sinon, il nous ubivali… tuaient.. Parce que être inconscient c'est être exposé à l'ennemi et donc mourir.
Par Merlin. Il le vit avaler cul sec la potion avant de reposer le tout sur la table, approchant un tabouret de Ronald Weasley pour veiller sur lui.
Prenant une lente inspiration, il ferma une seconde les yeux avant de tourner les talons.
- Restez avec lui… Je vais prévenir que nous avons Monsieur Weasley ici…
- Prévenir qui ?
- Qui de droit Monsieur Nazarov…
Sortant de son laboratoire, sentant le regard du russe sur lui, il monta lentement les escaliers pour rejoindre sa bibliothèque.
Prévenir qui. Effectivement c'était une bonne question. Weasley avait pris une balle moldue dans le dos… Mais celle-ci était imbibée d'un poison magique rare…
Sauf que jamais il n'avait entendu parler de sorciers se mettant à utiliser des armes Moldues…
- Parrain ?
Se tournant, il vit son filleul entrer dans la pièce.
- Draco…
Il lui semblait pourtant lui avoir dit d'aller se reposer… Agacé, il s'approcha lentement d'un plateau de cristal sur lequel se tenait une carafe de whiskey Pur Feu. S'en versant une généreuse rasade, il fit lentement tourner le liquide ambré dans son verre.
- Il y a quelque chose que vous devriez savoir également.
- … Et quoi donc… ?
Par Merlin. Faites qu'il n'apprenne pas que son fils était en difficulté il ne savait où pendant qu'il sauvait son précieux petit copain…
- D'après ce que je sais, une réunion des vingt-six familles s'est tenue hier puisque Weasley n'a pas été le seul à avoir été touché… Il semblerait que leur euh...habitation ait été prise dans une explosion, blessant gravement Molly Weasley.
Pendant une seconde, il laissa le soulagement l'envahir, ce n'était que Molly… Avant que ses anciens réflexes d'espion ne reviennent.
- Je vois…
- Les héritiers sont tous en quarantaine pour le moment…
- Tu m'en diras tant…
- Est-ce que…
- Je vous suggère d'éviter de mettre votre nez dans des affaires qui ne vous concernent pas Monsieur Malefoy… Il me semble que votre vie a été suffisamment menacée ces derniers temps pour que vous nous évitiez de devoir à nouveau courir à votre recherche…
La remarque sarcastique et la voix pleine de menaces sous-entendue, il darda un regard noir sur le jeune sorcier qui, rictus aux lèvres, le défiait par son attitude.
- Parrain… Ce n'est pas moi qui suis un héros de la nation et qui ne cesse de me mettre dans des ennuis plus gros qu'un dragon…
- Oh Monsieur Malefoy, vous n'êtes peut-être pas un héros, je vous l'accorde, mais il me semble que vous êtes parfaitement doué pour désobéir vous aussi…
- Jouer avec les règles n'est pas réellement de la désobéissance, juste une négligence de celui qui les a énoncé… N'anticipant pas les… quelques flous d'interprétation…
Lucius avait pris son éducation bien trop à coeur. Glacial, il avala lentement une gorgée d'alcool, sentant le liquide brûler doucement ses entrailles avant d'articuler lentement.
- Restez en dehors de ça. Vous et votre petite bande…
- Ma...petite bande… ?
- Ne me prend pas pour un imbécile Draco. Crois-tu que j'ignore que vous enquêtez sur certaines...choses avec Granger… ?
Fier, il le vit se rembrunir et plisser les yeux, sur la défensive…
- Et que sais-tu, Parrain.. ?
- Tout Monsieur Malefoy. Je ne suis pas né de la dernière pluie… Et je ne suis pas aveugle. Alors c'est mon dernier avertissement. Restez en dehors de ça.
Oh oui il savait. Il avait commencé à se douter que quelque chose ne tournait pas rond en voyant les marques sur la peau de son fils. A l'instant même où cet enfant s'était réveillé de son dernier combat et qu'il avait vu son torse marqué par ces fissures il avait commencé son enquête…
Et puis il y avait eu les rêves, sa magie qui s'emballait, fluctuant entre la puissance et la haine… Et les rêves… Son entrée dans les Langues-de-Plomb… Tout cela semblait être relié par quelque chose… Il avait passé des heures entières à interroger le portrait d'Albus.
Sans que ce vieux fou ne lui donne le moindre indice… Il avait tempêté, menacé, demandé des faveurs, rien n'y faisait. Alors il s'était résigné à chercher de son côté.
Les reliques. Il avait compris rapidement que Potter était en possession de la cape, tout comme Albus avait été en possession de la baguette et son ancien Maître de la pierre… Cette pierre noire et lisse qu'il avait sertie sur la bague de Gaunt…
Cette même pierre qui était devenue un Horcruxe et qui, ensuite, semblait avoir disparue jusqu'à ce que Dumbledore ne déclare l'avoir détruite.
Il avait alors activé son réseau, rapatriant grimoirs et parchemins afin de se renseigner sur cette chasse aux Reliques… Et ce qu'il avait découvert ne lui avait pas plu…
- Est-ce que Potter sait… ?
- Non. Et Monsieur Potter n'a rien besoin de savoir puisque pour le moment il n'y a rien à savoir.
Posant son regard sur son filleul, il le vit hésiter. Il savait qu'ils lui cachaient encore certaines choses… Et si, pour le moment, il avait fait le choix de ne pas intervenir, son enfant avait plutôt intérêt à changer d'avis avant que ce ne soit lui qui prenne les devants..
- Bien… Bonne nuit Parrain.
- Bonne nuit Monsieur Malefoy.
Parce que si jamais il ne le faisait pas, il allait entendre parler de Severus Snape et lui rappeler le bon vieux temps où ils se retrouvaient devant une pile de chaudron à récurer…
Il fixait son corps.
Du sang. Il y avait du sang partout.
Se levant brusquement, lâchant la main qu'il tenait, il s'empara du drap qui le recouvrait et le jeta dans la cheminée, regardant le tissus rougis prendre feu une seconde avant de se tourner à nouveau vers lui.
Il avait besoin de...confort…
Délicatement, précieusement, il passa le bout de ses doigts sur sa peau avant de prendre une lente inspiration. Sortant sa baguette, il marmonna un sort, conjurant de quoi le laver.
Trempant le tissu dans l'eau chaude, il commenca par ses jambes. Ses mollets, remontant ensuite avec lenteur sur ses cuisses. Il était allongé sur le ventre pour l'instant… Et sur le haut de ses cuisses, le sang séché avait du mal à partir…
Le sang. Cette odeur ferreuse qui se diluait dans l'air… Cette odeur qui ne l'avait jamais dérangée jusque-là… Sauf que là, elle lui donnait la nausée.
Avec patience, douceur, il frotta, faisant disparaître le sang… Passant sur ses fesses nues, remontant sur son dos, nettoyant les séquelles de ce qui avait été la peur de sa vie…
Changer l'eau rougie et recommencer. Lentement. Délicatement. S'approcher de ce trou dans son dos… Éviter les pansements et cataplasmes que le Maître des lieux avait soigneusement appliqués…
Graver dans ses mains les courbes de chaque muscle. Garder en mémoire les traces et cicatrices de sa peau… Se souvenir sans faillir de la sensation de sa respiration faisant se soulever doucement son dos.
Quand il eut fini, doucement, d'un sort de lévitation, il le fit se retourner, nettoyant son torse… avant d'éviter son entre-jambe. C'était...une question de respect… Une question de souvenir… Il ne voulait pas le toucher comme ça… Dans ces circonstances… Il voulait se souvenir de leur interlude sur le perron du Manoir Malefoy…
Pas de son corps se vidant de son sang… Il entendit les pas du Maître des potions dans le couloir, descendant les escaliers de pierre et bloqua la porte… Il l'entendit alors faire demi-tour sans le moindre mot…
Cet homme lui ressemblait par certains aspects… Il le respectait.
Relevant les yeux, il invoqua de quoi l'habiller… Un boxer… un pantalon de pyjama… Rien en haut… Posant son regard sur son visage exsangue, il frémit.
Il devrait bientôt ouvrir les yeux n'est-ce pas ? Ah… il avait été tellement stupide jusque là…
Et il se sentait encore stupide. Quand il ouvrirait les yeux il lui annoncerait qu'il le revendiquait… Il ne savait pas si c'était comme cela qu'on faisait… mais il allait le faire… Lui dire qu'il avait le droit de faire ce qu'il voulait de lui. Il accepterait.
Lentement, il passa les doigts dans les cheveux roux, les tirant en arrière, observant, neutre, son visage. Ses sourcils. Les cils bruns foncés. Les pommettes hautes, le nez droit et la mâchoire carrée.
Les taches de rousseurs sur son nez. La cicatrice sur son menton. Ils étaient tellement différents…
Souriant, il s'assit. Caressant les mèches rousses, se perdant dans ses pensées.
Il avait été abandonné à la naissance. Mère morte de la tuberculose. Père décédé. Il ne savait pas lequel des deux était sorcier.
C'était un orphelinat Moldu. Surpeuplé mais géré par des sœurs plutôt gentilles. Il avait vécu quelques années de paix avant que le bâtiment ne tombe sous la coupe de la famille.
Il avait des amis à l'époque… Ils étaient quelques enfants à se tenir les coudes. Katya, Sergei et Ivan… Ils étaient ce qui se rapprochait le plus d'une famille… Il était le plus jeune avec Ivan… venait ensuite Sergeï puis Katya…
Elle était comme une maman… Une grande fille blonde aux yeux bleus. Un sourire timide. Sergeï, lui, était brun. Il adorait les ours… Et Ivan et lui, ils étaient comme les deux doigts de la main…
Jusqu'à ce qu'on les emmène aux entraînements. Il se souvenait mal de cette époque… Les longues marches dans la neige. La privation de sommeil. De nourriture. De contact. On les avait désensibilisés à tout ce qui faisait d'eux des êtres vivants…
On les avait traités comme des animaux, les préparant à une réalité d'horreur et de guerre.
Puis l'entrée de la magie dans l'équation. Le test. Katya avait échoué. Elle était morte, exécutée devant tout le monde. Elle était tombée sur le sol gelé, le regard vide, la tête tournée vers eux, immobile.
Il n'oublierait jamais cet instant. Le bruit de son corps s'affaissant dans le silence. Son expression presque surprise. Le silence qui avait régné avant que les hurlements et les gémissements des enfants ne remplissent la cour enneigée de l'orphelinat.
Lui, il était resté sans rien dire… Les pieds nus dans la neige, le corps tremblant à cause du froid.
Il avait réussi. Sergeï aussi. Pas Ivan…
Et c'était comme ça pour la moitié d'entre eux. Exécutés. Le soir, il avait regardé les vas et viens des corps jetés directement dans un charnier depuis la petite lucarne de sa chambre d'enfant…
Depuis, il avait froid. Tout le temps.
Le lendemain, ils avaient subi d'autres tests. D'autres entraînements et brusquement sa vie avait perdu toutes ses couleurs. Il vivait selon une routine établie par la famille…
Ils se levaient. S'entraînaient. Mangeaient parfois. Puis se battre. S'endurcir. Dormir quand ils avaient le temps. Petit à petit, le chemin qu'il avait emprunté était jalonné par les corps de ses petits camarades tombés pour eux, ne laissant que les plus forts survivre.
Marcher sans s'arrêter. Ne jamais regarder en arrière. Suivre les ordres. Etre fort.
Il avait survécu ainsi jusqu'à ses dix-sept ans… Les mains pleines de sang et le cœur atrophié. Il avait vécu comme une ombre. Comme s'il avait été, durant toutes ces années, sous Imperium. Tout était flou.. Rien n'avait de valeur…
Il traversait les semaines, les mois, sans rien ressentir… Et puis, petit à petit, il s'était posé des questions.
Katya et Ivan étaient revenus le hanter après avoir recroisé Sergeï… Il l'avait vu tuer un enfant sans avoir la moindre petite émotion et alors, le regard bleu de Katya s'était imposé à lui.
Il avait eu l'impression de se réveiller d'un long rêve… Avait ouvert les yeux sur ce qu'il se passait autour de lui. Sur la dévotion aveugle qu'il leur portait… Sur les actes qu'il avait été poussé à commettre en leur nom.
Ce jour-là, il avait sauvé sa cible.
Et depuis, il n'avait eut cesse de chercher un moyen de s'en sortir. De leur échapper. Il avait payé les échecs de ses missions de son corps, encaissant coups et sortilèges sans broncher, jouant les recrues stupides pour qu'on ne soupçonne pas ses véritables pensées…
Et petit à petit, il avait senti la corde se resserrer autour de son cou… Il les avait sentit se méfier de lui, le surveiller… Alors il avait encore plus désespérément chercher une sortie de secours.
Et il était tombé sur lui.
Azarias.
Il l'avait suivi pendant des semaines avant de finalement se montrer pour se présenter. Il lui avait parlé du Département des Mystères, parlé du contrat qu'il pourrait passer avec eux… Il lui avait proposé une issue..
Alors après quelques jours de réflexion il avait accepté… Accepté de retomber sous la coupe de quelqu'un… Mais entre la peste et le choléra, il fallait choisir le moindre des maux…
Et comme ça, en quelques heures, Yuri Vasili était mort et Alexei Nazarov était né.
Azarias avait, à l'aide d'un autre sorcier qui deviendrait son mentor, Vospicus, simulé sa mort à l'aide de la dépouille d'un autre sorcier, trompant la Koalitsiya.
Ils l'avaient ensuite emmené avec eux… Et il avait découvert un monde dont il avait à peine soupçonner l'existence… Vospicus avait été en charge de lui enseigner comment se comporter en société…
Il lui avait appris à parler l'anglais… Puis s'était occupé de lui parler des valeurs humaines. Ce qui différenciait le bien du mal…
Il lui avait montré comment se comportait un sorcier normal.. Lui avait enseigné la politique et l'histoire… Et malgré ses nombreuses heures dans l'école de magie russe, il avait rapidement compris ce qu'était la propagande… Et quelles étaient les séquelles sur lui aujourd'hui.
Alors il avait sentit la haine. La colère… Au départ, il n'avait pas eu la moindre idée de ce qu'il se passait. Comment identifier ces sensations… C'était alors Azarias qui avait pris le relais, lui parlant de la psychologie… Lui expliquant les émotions.
Et puis, deux ans plus tard, il rencontrait Harry Potter… Et lui…
Sortant de ses pensées, une main dans les cheveux du roux, il plia doucement son autre bras, le posant sur la table avant d'y appuyer sa joue, le visage tourné vers lui.
Il avait fréquenté beaucoup d'hommes et de femmes… Même parfois certaines créatures magiques. Il ne se cachait pas qu'il aimait le sexe. Il en avait fait un exutoire. Une manière de ressentir des émotions uniquement par le corps, sans devoir impliquer son cœur mort ou son esprit malade.
Et cela avait toujours été parfait pour lui.. Mais il était fatigué de ça… Depuis quelque temps déjà, il voulait obtenir quelque chose qui ne serait que à lui… Il voulait appartenir aussi à quelqu'un… Qu'on l'attende.. qu'on soit heureux de le voir…
Il puis il avait rencontré Ronald. Et il s'était senti… frappé. Il ne savait pas ce que cela voulait dire… Mais quand il l'avait vu, gêné… timide… gentil… Il avait eu cette sensation étrange dans sa poitrine… Il avait senti ses doigts le picoter et son ventre se tordre…
Il était resté figé comme un imbécile, observant l'homme s'asseoir maladroitement à leur table… Et il l'avait longuement observé… Et sa fascination n'avait fait que croître ensuite.
Il avait noté sa manie de toujours s'occuper des autres. Ces moments où il doutait de lui. Son sourire quand il parlait de sa famille… Sa facilité à rire avec ses amis. Sa timidité extrême envers les femmes.
Et il était tombé à genoux.
Ron. Il lui faisait des fois penser à Katya… Des fois à Ivan… Et pourtant c'était différent parce qu'il était chaud…
Tout le temps…
Il rayonnait… et il le réchauffait… Il le réparait…
Le regard posé sur lui, il comptait ses respirations.
Il allait se réveiller.
Il tournait en rond comme un lion en cage. Une semaine qu'on l'empêchait d'être libre de ses mouvements… Une semaine qu'il avait appris que son ancien meilleur ami avait été emmené, plus mort que vif, auprès de son père…
On lui avait interdit de sortir sans être accompagné. Interdit de retourner au Manoir pour l'instant. Alexei avait été laissé auprès du roux après une confrontation houleuse entre lui et son mentor.
Et pendant tout ce temps, la tension avait été palpable au Ministère. Les vingt-six familles faisant pression pour qu'il soit découvert au plus vite qui menaçait leurs héritiers, paralysant ou presque la ville de Londres en s'enfermant chez eux, trop inquiets pour leur précieuse progéniture…
Il avait reçu un hibou de Hermione qui lui avait décrit l'ambiance parfaitement délétère qui régnait maintenant dans la ville. Il avait également eu des informations de sa part sur les décisions prises via Zabini.
Agacé, il gratta doucement le menton de Iota avant de s'approcher une fois de plus de son lit, s'y asseyant dans un long soupir avant de se laisser tomber sur le dos.
Il avait également appris la mort de Cicéron… Son corps avait été retrouvé, déchiqueté, dans une forêt près de Buckingham. Il n'y avait pas eu de cérémonie. Il était mort dans le plus parfait anonymat. Suite à ça, il avait longuement discuté avec Azarias…
Il avait alors appris que de nombreux sorciers entraient au Département des Mystères sous une nouvelle identité. On effaçait entièrement leur passé, quel qu'il soit, et on leur permettait de travailler pour une nation.
Les sourcils froncés, il repensa à ce qui avait été trouvé sur le Langue-de-Plomb… Cette substance qui avait été également trouvée dans le cadre de l'enquête de l'équipe de Ron…
Tout le désignait comme un traître… Un coupable. Sauf que… quelque chose ne tournait pas rond… Cicéron se méfiait de lui… Il n'avait cessé de le surveiller lui… Alors… pourquoi ?
Il était épuisé… Ce matin encore, après un énième rêve, il avait trouvé une nouvelle fissure sur son torse… Crispant ses doigts sur le tissus noir de son pull il se crispa…
Il avait l'impression de marcher inexorablement vers la fin. C'était comme s'il était rongé par une maladie silencieuse… A tel point qu'il lui avait fallu utiliser des mots pour un simple Lumos à son réveil…
Était-il en train de perdre sa magie… ? Il sentit l'angoisse s'éveiller alors qu'il imaginait si...brusquement il perdait ça… Et devenait un cracmol… Incapable d'utiliser la magie…
Alors qu'il venait tout juste de trouver un monde qui voudrait bien de lui… Devait-il réellement encore subir ça… ?
Sincèrement… Il préférerait mourir.
Entendant des bruits de pas dans le couloir, il se redressa, le regard fixé sur la porte qui s'ouvrit lentement, laissant apparaître un de ses mentors.
- Harry. La quarantaine est levée… Tu peux sortir si tu veux !
- ...Quoi ? Pourquoi ? Ils les ont trouvés ?
- Non… Mais nous ne pouvons pas paralyser le pays et le Ministère sans aucune preuve. Le Ministre a ordonné que les activités reprennent.
- Je suis libre d'aller où je veux ?
- Non. Soit tu reste dans l'enceinte du Ministère, soit tu es sur le terrain en mission.
- Je voudrais aller voir Ron.
- Non. Pas pour le moment.
- Comment il va… ?
Un silence quelque peu pesant et Serpus soupira.
- Toujours la même chose.
Hochant lentement la tête en signe qu'il avait bien comprit les nouvelles consignes, il se leva. Il hésita. Hermione ou Draco…
Soupirant, il s'empara de sa baguette et passa devant le sorcier adulte.
- Je vais au Département de Contrôle des Substance Magique
Sans attendre de réponse, il se faufila à travers les couloirs bondés. Remontant la capuche de son pull sur sa tête pour être plus discret, il prit la direction du laboratoire du blond. Il avait appris via le carnet à double sens qu'il était toujours en charge des analyses des substances qui circulaient…
Tout comme c'est lui qui l'avait informé de l'état de Ron et de ce qui lui était arrivé.
Une balle moldue… Un poison sorcier. Alexei. Il n'avait eu qu'une chauve-souris qui s'était présentée pour lui remettre un mot succinct.
"Il est vivant et le restera"
Voilà tout ce qu'il avait daigné lui donner comme nouvelles et depuis, plus rien.
Évitant une nuée de notes de service volantes, il tourna sur sa gauche, dépassant plusieurs elfes de maison et même un vampire pour bifurquer à nouveau.
Un groupe d'aurore semblait se crier dessus alors qu'une petite femme cherchait à les calmer. Plus loin, un chat se promenait tranquillement alors qu'un fantôme semblait chercher quelque chose.
Les portraits discutaient entre eux, passant d'un cadre à l'autre, relayant informations et ragots.
Après une multitude de couloirs et beaucoup trop de portes et d'ascenseurs, il arriva enfin à destination, priant pour qu'il soit là. Il allait frapper à la porte quand une main se posa sur sa nuque.
- Potter. Qu'est-ce que tu fais là ?
Se tournant, il croisa le regard gris et haussa un sourcil.
- Et toi ?
- Hermione…
- Non.
- Bébé… Écoutes. Je sais que tu es contrariée mais…
- Blaise ! Il est hors de question que ta mère ne nous prête un de ces….un de ces….
- Domestique ?
- CET HOMME EST QUASIMENT NU BLAISE !
Est-ce qu'il était aveugle… ? Il y avait un homme vêtu de lanière de cuire et d'une sorte de...boxer de latex dans son salon et il ne voyait pas le problème ? Merlin tout puissant ! Elle n'osait même pas le regarder !
- Chérie… Ma mère voulait juste qu'il fasse le ménage…. C'est pour nous aider…
- J'ai dit non ! Renvoi-le !
- … tu sais bien que c'est pas si simple.
- Blaise. Soit tu le renvoi chez elle, soit je vais habiter avec… avec…
- Avec…?
- Ron.
Elle le vit hausser un sourcil avant de soupirer longuement, s'approchant doucement d'elle.
- Je vais demander à ma mère de le reprendre…
- Précisément ! Et tu vas le faire maintenant ! Il est dans le salon et j'ose plus y aller !
- Je…
Le fusillant du regard, elle s'empara de son sac et d'un manteau.
- Je dois aller sur le Chemin de Traverse… J'en ai pour une ou deux heures… Quand je reviens, je veux plus de...de cette personne chez moi !
Sans attendre la réponse, elle tourna les talons et quitta l'appartement rapidement. Elle devait passer récupérer quelques livres qu'elle avait tout spécialement commandé mais aussi passer voir Molly…
La femme s'était réveillée quelques jours plus tôt, gravement brûlée sur une partie du corps, elle avait été sauvée par les Médicomages de Saint-Mangoustes. Encore hospitalisée, elle allait, cependant, beaucoup mieux, les traces de brûlures disparaissant petit à petit.
Mais, comme pour le reste du clan Weasley, l'angoisse avait pris le pas sur toute forme de joie…
Tous, attendaient anxieusement le rapport journalier de Severus Snape sur l'état du dernier garçon de la fratrie. Ginny était même revenue s'installer provisoirement en Angleterre, enceinte jusqu'au cou, elle avait annulé son mariage sans hésitation…
Charlie et Bill avaient fait de même, rapatriant tout pour venir soutenir le clan et reconstruire le terrier… Elle avait été les aider avec Blaise la veille… Et cela lui avait brisé le cœur de découvrir les ruines noircies de cette maison qu'elle avait fréquenté tant de fois étant plus jeune.
De manière étrange, savoir que Ron était blessé et toujours inconscient avait donné un sacré coup à la famille… C'était un peu comme s'ils perdaient un nouveau pilier… Et elle avait été surprise alors de découvrir à quel point il semblait compter pour le reste de la fratrie…
Ginny avait pleuré des heures durant… Fred et Georges s'étaient renfermés sur eux-même… Percy s'était adouci, prenant soins de ses frères alors que Bill et Charlie, en tant qu'aînés, soutenaient leur mère et cherchaient à s'occuper de tout… Aucun d'entre eux ne semblait marcher droit…
Elle aurait aimé que Ron soit là pour voir ça… Pour constater à quel point il comptait pour cette famille… Les jumeaux tournaient en rond… La plus jeune semblait perdue et ses frères aînés étaient dépassés…
Quant à Molly… Elle semblait vouloir rester forte… Elle avait demandé aussi comment allait cet "Alexei" au Professeur Snape…
Et chaque jour, à l'heure du thé, tout le monde attendait anxieusement dans le salon que le Maître des Potions ne daigne apparaître dans la cheminée pour leur donner des nouvelles.
Il lui manquait à elle aussi… Quand elle avait appris que Alexeï se trouvait chez lui au moment de l'attaque et que, grâce à lui, il avait été emmené in extremis auprès de leur ancien professeur de potion, elle en avait pleuré de soulagement…
Elle n'osait imaginer si ce n'avait pas été le cas… Si jamais il n'avait pas décidé d'aller le voir ce soir-là… Ils l'auraient retrouvé vidé de son sang dans son appartement… Il…
Sentant sa gorge se serrer douloureusement, elle ferma une seconde les yeux avant de secouer la tête, chassant son angoisse de là pour se concentrer.
Passant devant un vendeur de journaux, elle jeta un œil aux gros titres, grimaçant doucement alors qu'elle voyait s'agiter Shackelbott sur une photographie sorcière, assurant à la population que tout allait reprendre son cours normal.
Continuant son chemin sans s'arrêter, elle franchit le sol de la librairie du chemin de Traverse et se dirigea droit vers le comptoir.
Tic Tac… Tic Tac…
Il pouvait entendre ce bruit… Il pouvait entendre le temps passer… Compter les secondes...les minutes et les heures…
Il pouvait entendre le temps s'écouler lentement, lui glisser dessus sans qu'il n'arrive esquisser le moindre mouvement… Il pouvait sentir l'air caresser son corps par moment ou encore quand on le touchait… Il ne savait pas qui….
Certains contacts étaient froids et secs… Chirurgicaux. A peine quelques secondes… Et souvent, c'était douloureux… D'autres, froids aussi, semblaient plus doux, précautionneux… Effrayés presque.
Et le temps passait ainsi…
Tic tac… Tic Tac…
Il n'avait pas la moindre idée du jour qu'il était. Ni pourquoi il était… "là"... Et encore moins quel était ce "là" en question.
Il se rappelait du boulot… il se rappellait les lasagnes… Et ensuite...Il se rappellait vaguement que quelque chose était important. A chaque fois qu'il y pensait, son cœur s'emballait et il entendait des chuchotements à ses oreilles. Deux voix graves et une douce chaleur…
Tic Tac.
Tic Tac.
Cette fois c'était différent...Comme si les sons étaient plus proches. Comme si son corps était à vif. Il était couché sur le ventre… Les sensations lui revenaient doucement et la brûlure dans son dos lui indiquait clairement que quelque chose n'allait pas… Les odeurs étaient étranges.
Il frémit quand une main froide se posa sur son bras. Il sentit les doigts remonter doucement jusqu'à son épaule, passant ensuite sur sa nuque, dans ses cheveux…
C'était familier…
Tic Tac...Tic Tac…
Encore ces mains… Il avait finalement mis du temps à comprendre qu'il y avait en permanence quelqu'un avec lui… Cette personne qui lui caressait les cheveux et le lavait… Cette personne qui chuchotait des mots qu'il était incapable de comprendre. Cette présence différait complètement de celle de l'autre personne. Celle-là semblait venir en coup de vent, se déplaçant si vite qu'elle arrivait toujours entourée d'un courant d'air froid… Elle parlait sèchement, se déplaçait autour de lui, posant ses mains sur son corps sans cette douceur de l'autre.
Mais il était trop fatigué… Vraiment trop fatigué pour arriver à dire quoi que ce soit… Il avait besoin de dormir…
Demain.
Demain il arriverait sûrement à ouvrir les yeux…
Tic, Tac.
Tic,Tac.
Tic… tac…
Tic…
Tac…
L'effort était insurmontable… Il avait l'impression que son corps entier avait été martyrisé… Il sentait la fatigue accabler chacun de ses muscles alors, lentement, il fit l'inventaire…
Bougeant les doigts de pieds, il conclut que ses jambes allaient bien. Faibles mais là… Il inspira lentement et retint un gémissement… Voilà… C'était son dos qui était horriblement douloureux… A chaque inspiration, c'était comme d'avoir un couteau enfoncé dans son omoplate gauche…
Alors seulement il prit conscience qu'on tenait sa main droite… Avec précaution, très doucement, il bougea les doigts… Il.. pouvait y aller… Il allait ouvrir les yeux…
Inspirant profondément une nouvelle fois, il gémit légèrement et sentit les mouvements à sa droite.
- Detka… ?
Oh merde… Il se rappellait ce qui était si important… Il se rappellait tout.
L'appartement… Nazarov… Et brusquement la douleur dans son dos… Le sang… ses jambes qui le lâchent alors qu'il doit lui dire… Sa voix qui s'éteint… Et les ténèbres…
Il se souvient alors qui est là.
- Na...zarov…
- Bozhe moy, spasibo ! Q..Quoi ? Dis-moi ! Tu as mal ?
- O...okay…
- Quoi ? Je ne comprends pas… Répète !
- … Okay...pour...tes excuses…
Ouvrant les yeux dans un ultime effort, il les posa sur le visage flou du russe qui se tenait accroupi juste devant lui, figé, les yeux écarquillés.
- Je travaille ici Potter…
- Je sais.. Mais je pensais te trouver à l'intérieur du bureau…
- Pourquoi ? Je suis puni ?
Il sourit lentement en coin, secouant la tête, s'écartant pour le laisser passer et ouvrir la porte, le suivant à l'intérieur.
- Puni pourquoi ? T'as pas été sage Malefoy ?
- Si tu savais, Potter…
Souriant un peu plus, il allait lui demander des détails quand il le sentit le pousser doucement contre la porte, collant son corps au sien, posant une main sur son front, les sourcils froncés.
- Tu es trop pâle, Potter. On dirait un fantôme…
- Je sais…
Il le sentit soulever son pull, passer sa main sur son torse. Il savait parfaitement ce qu'il observait.
- Malefoy.
- Quoi ?
Haussant les épaules, il le force doucement à reculer jusqu'au fauteuil qui lui servait à travailler à son bureau et l'y poussa. S'asseyant à califourchon sur ses genoux, il passa ses bras autour de son cou et posa sa joue contre son épaule. Il était vraiment fatigué aujourd'hui…
- Je t'ai dit que je ne faisais pas de câlin…. Je suis pas une peluche Potter.
- Je m'en fous Malefoy… Subi en silence…
Il l'entendit clairement soupirer, abandonnant apparemment la partie… Plus le temps passait et plus il s'habituait à ça… C'était un peu comme d'éduquer un animal récalcitrant… Il suffisait de tenir bon…
Fermant les yeux, il inspira lentement.
- Des nouvelles de Ron… ?
- Non.
- J'aimerais savoir comment il va…
- Sûrement bien. Sinon tu en aurais entendu parlé…
- Mn.
- Potter.
- Quoi ?
- Tu dois en parler à Severus. La fatigue...C'est de pire en pire je me trompe ?
- … Non…
- Il n'est pas stupide…
- Je sais mais… J'ai rien à dire pour le moment Malefoy… Aucun d'entre nous ne sait quoi que ce soit…
Il le sentit se crisper un peu alors que ses doigts remontaient nerveusement sur son dos.
- Tu me force à lui mentir.
- Malefoy…
- Potter…
- On est obligé d'en parler là, tout de suite ?
- ...Non…
- Parfait alors.
Se redressant doucement, il glissa ses doigts dans les cheveux blonds, le faisant pencher la tête en arrière, l'observant. Malefoy semblait comme d'habitude, mais il pouvait sentir la tension dans ses muscles. Tout comme il savait qu'il n'était pas ressorti complètement indemne des quelques jours passés dans cet endroit sordide, torturé par un taré…
- Je ne sais pas ce que Dumbledore attend de moi Malefoy… Mais je te jure que cette fois, quand je m'en sortirai…on fera en sorte de rester ensemble un moment.
- Ah vraiment Potter… Dans une chambre j'espère ?
Il ricana doucement alors que le regard de glace brillait de concupiscence. Malfoy avait toujours été celui des deux qui était le plus… sensible à ce genre d'argument… Mais depuis quelque temps, c'était comme si la passion s'était tarie… et alors que la réflexion le percutait, il se crispa.
- Malefoy…
- Qu'est-ce qu'il y a encore Potter… ?
- Est-ce que….
- ...Quoi ?
- … Est-ce que ça va ?
Il n'avait pas osé. Pas eu le courage de dire tout haut ce genre de chose alors que le blond le fixait, les sourcils froncés.
- … Ça y est Potter… ? Ton pauvre petit cerveau grille enfin… ?
- ...ahah...très drôle…
Sauf qu'à bien y réfléchir… pourquoi est-ce que tout cela s'était tari entre eux…? Pourquoi il ne cherchait plus sa présence…? Ne cherchait plus son contact comme ça… ? Il ne le plaquait plus contre un mur… Ne le menaçait plus si jamais quelqu'un s'approchait, c'était comme…
Comme si… Draco Malefoy était subitement devenu… quelqu'un d'autre…
Comme si… lui, Harry Potter, n'était plus une de ses possession…
Et alors que cela le frappait, il sentit son monde vaciller dangereusement sur son axe…
Est-ce que la distance créait vraiment ce fossé entre eux ? Ou alors est-ce que c'était toute cette noirceur, cette tristesse qui venait petit à petit éroder ce lien… ?
Tournant son regard, il croisa celui du serpentard qui le fixait, son éternel sourcil haussé, comme s'il attendait que le monde ne se plie à ce désir…
- Qu'est-ce qu'il y a, Potter ?
- … Rien. Je.. pensais à un truc…
- Quoi ?
- Est-ce que tu penses pas que...je devrais aller parler à Dumbledore… ?
- Le vieux fou ? Pourquoi ?
- … Pour avoir enfin une explication..
Il ricana, haussant les épaules, étendant un bras claquant des doigts pour qu'un elfe apporte de quoi boire.
- Comme s'il avait déjà donné la moindre information… Tu n'y gagnerait rien à part une nouvelle énigme… Ce fou te manipule Potter. Encore et encore.
- … Alors qui, Malefoy ? On a tout écumé comme livre avec Hermione… Et rien ne se passe ! J'ai pas la moindre idée de ce qu'on attends de moi…
- Et si personne n'attendait rien de toi cette fois ?
- Quoi… ?
- Et si, cette fois, Potter, tu étais juste la princesse en détresse… ? Et non le preux chevalier …?
- … Comment ça… ?
- Tu as bien dit que Dumby avait donné des indices sur les reliques à tes petits copains du Golden Trio non,... ?
- oui…
- Alors penses-y… et si c'était à eux de bouger cette fois ?
Il se figea… Alors que lentement, il remettait les indices en place… Effectivement… Il n'avait pas reçu toutes les cartes… pas cette fois… Alors est-ce que…
Ce serait possible ?
Tic Tac, Tic Tac.
Levant les yeux des dossiers qu'elle noircissait d'encre, elle fronça les sourcils alors que l'horloge murale indiquait qu'il était déjà presque minuit…
Soupirant, elle se leva, secouant ses jambes engourdies d'avoir été trop longtemps assise et s'étira soigneusement, sentant sa colonne se détendre doucement.
Blaise n'était pas encore rentré… C'était habituel. Il travaillait d'arrache pied depuis son entrée au Ministère… Et il était brillant. Souriant, elle se leva et s'empara de sa baguette, jetant un sort pour sceller les dossiers et les ranger dans un tiroir inviolable. Elle ne pouvait se permettre qu'il n'arrive quoi que ce soit à ces papiers.
Son chef ne lui pardonnerait jamais une telle erreur. Et elle ne se le pardonnerait pas non plus.
Soufflant les quelques bougies de la pièce, elle lança un Lumos et laissa la petite sphère à la douce lumière l'éclairer jusqu'à sa chambre. Se brossant les dents, elle se changea, enfilant un pyjama confortable avant de rejoindre leur lit.
Blaise était probablement l'homme de sa vie… Plus elle passait de temps à ses côtés, plus elle se sentait bien. Etre avec lui c'était… avoir un petit peu de paix… Il lui apportait cet espèce de soutien plein de calme dont elle avait tellement manqué…
Et puis… c'était étrange, et encore aujourd'hui elle se demandait pourquoi, mais il l'adorait littéralement… Il la faisait se sentir tellement...femme… Jamais il ne l'avait non plus regardée de haut ou tenté de lui mentir…
Elle avait une totale confiance en lui. Et même si sa mère était… particulière, elle avait réussis à trouver quelques points les raliants… notamment sur la place de la femme dans la société sorcière.
Et puis, la semaine passée, elle l'avait enfin présenté à ses parents… Ils avaient été invités à manger dans la maison où elle avait grandi et… elle avait eu l'impression de passer un cap, un vrai.
Elle venait d'officialiser réellement cette relation… Et tout c'était bien passé. Ils avaient passé un moment parfait à son sens...Blaise, habitué à des repas mondains, avait été absolument parfait… Sa mère avait été charmée, son père enthousiasmé.
Ils étaient repartis en promettant de repasser régulièrement… Et puis, de son côté, elle s'était furtivement imaginer revenir enceinte… Ou avec leurs enfants… Et.. ça l'avait rendue… bizarre… Elle s'était prise à rêver de ça…
Mais elle avait préféré ne rien dire… pas tout de suite… Parce qu'elle savait parfaitement qu'alors Blaise sauterait sur l'occasion. Parce que lui, jamais il ne s'était caché que dès qu'elle serait prête, il l'épouserai et il lui avait très clairement dit qu'il attendait avec impatience d'être père…
Il n'en avait pas eu… Alors il s'était toujours imaginé pouvoir s'occuper de ses enfants… Et… mon dieu qu'il serait un bon père… Un peu étrange sur les bords avec cette éducation si particulière et propre aux Sang purs, mais elle était certaine qu'il adorerait ses enfants…
Se couchant, elle rit doucement, imaginant le grand sorcier tenir les mains d'une toute petite fille faisant ses premiers pas… Merlin. Elle plaindrait ceux qui tenteraient de séduire leur fille s'ils en avaient une… Ils mourraient probablement de peur avant de pouvoir dire quoi que ce soit.
Fermant les yeux, elle soupira, s'enroulant dans les couvertures, se tournant sur le flanc, la chambre plongée dans le noir.
Elle n'entendit pas les crépitements… Elle ne sentit pas l'odeur de brûlé… Plongée dans ses rêves, elle ne prit pas conscience de respirer une épaisse fumée âcre.
Et personne n'était là, alors que ses poumons s'encrassaient de minute en minute. Que la chaleur montait dans le salon où une malheureuse bougie renversée venait d'enflammer une des tentures qui ornait les hautes fenêtres.
Et n'entendit et ne vit rien… Plongé dans son rêve, souriant à un homme qui n'était pas là.
Tic Tac… Tic Tac…
Il avait ouvert les yeux… Il était là, devant lui, le regard vitreux, serrant sa main dans la sienne, seul le bruit de l'horloge venant briser le silence stupéfait…
Ou était-ce les battements de son cœur…? Il n'en n'avait pas la moindre idée. Il se sentait… à côté…
Tremblant, il prit une lente inspiration.
- Detka… ?
- ...o...ouais…
Il parlait. Alors il ne rêvait pas… Balbutiant des remerciements en russe, priant et bénissant tous les saints des cieux, il se redressa doucement.
- Je...je vais appeler le…
- Aide moi… à m'asseoir…
Il était déjà en train de bouger. Se redressant, le visage tordu par la douleur alors qu'il s'appuyait sur ses avants bras, basculant ses jambes par-dessus le rebord du lit sur lequel il était resté allongé plus d'une semaine.
Reprenant ses esprits, il se rua ou presque sur le roux, l'aidant du mieux qu'il put, osant à peine le toucher… Et s'il lui faisait mal…?
- Bordel. Nazarov… Je suis pas… en sucre.
Il était essoufflé. Pâle. Tremblant. Mais il tenait assis. Et c'était un vrai miracle… Il était passé si près de la Mort… Il l'avait sentie rôder autour de lui à de très nombreuses reprises alors que la fièvre l'avait dévoré nuit et jour pendant plus de 72 heures…
Il avait cru devenir fou… Et là… là…
Merde… Il allait…
S'approchant du roux, il l'enferma brusquement contre son torse. Le serrant aussi fort que possible...avant autant de délicatesse que sa peur le lui permettait… Il cacha son visage contre son épaule et sentit son coeur se fendre en deux.
Il était vivant. Vivant.
Il tremblait. De tout son corps alors qu'il pouvait l'entendre lui parler. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il lui racontait. Il était vivant.
Crispant la mâchoire, il se mordit la lèvre jusqu'au sang pour ne pas craquer. Il était fort. Il était un soldat. Il ne pleurait pas. Il n'abandonnait pas.
- Nazarov… A...Alexei…
- Yuri…
- Quoi ?
- Je m'appelle Yuri…
- ...O..okay..euh… écoute… je… Pleure pas okay ?
- Ya ne plachu, je ne pleure pas…
- O...okay… alors tant mieux...pa...parce que je suis vraiment pas...bon pour ça… réconforter… je...ça va aller okay ?
- Ostan'sya so mnoy
- o..ouais euh..je parle pas russe tu sais… ?
- Da…
Il le sentit passer ses mains dans son dos… Tapoter maladroitement son épaule et un sourire se dessina doucement sur son visage… Voilà pourquoi il était à lui…
Il était là… Écrasé de soulagement dans les bras du type qui l'avait baigné de son sang… Ce même sorcier qui avait des mots maladroits pour lui dire que tout allait bien alors que c'était lui qui avait failli y laisser la peau…
- Nikogda ne ostavlyay menya detka snova
- ah...euh...ouais bien sûr… Je...sais pas trop ce que tu dis mais...c'est bon tout va bien…
Il ne pouvait pas le lâcher… Il ne pouvait pas juste… Prenant une lente inspiration, il se redressa, s'empara de son visage, passant lentement ses pouces sous les yeux rougis de fatigue. Il le vit devenir rouge tomate, mais ne lui laissa pas le temps de dire quoi que ce soit.
Une seconde plus tard, il scella leurs lèvres. Il s'en empara comme si c'était vital… Comme si, ensuite, il devrait aller se jeter au feu et ne plus jamais revenir.
Il pressa ses lèvres contre les siennes, força le passage avec sa langue, recueillit son petit cri de surprise, le savoura comme si c'était précieux, et rapprocha encore leurs corps.
Il sentit son corps brûlant se coller au sien, réchauffer sa peau alors que pourtant, lui, était habillé. Il sentit ses mains s'accrocher à son pull, il le sentit vaciller une seconde et le rattrapa, l'enfermant à nouveau de ses bras contre lui.
Il le dévora. Il avait tellement besoin de se rendre compte que la chaleur avait à nouveau envahis sa peau, qu'il était vivant, que son regard ne se viderait plus jamais comme à cet instant, dans son appartement…
Et alors seulement, il le sentit abandonner. Après la crispation de la surprise, il le sentit se détendre… Il sentit contre ses lèvres son soupir résigné. Il sentit cet instant où ses doigts se détachaient de son pull pour venir passer ses bras autour de son cou, se tournant complètement contre lui, écartant les jambes pour lui permettre de s'approcher encore.
Est-ce qu'on pouvait adorer quelqu'un….?
Est-ce qu'il y avait quelque chose de plus...puissant que cette espèce d'attraction qui existait déjà entre eux… ? Est-ce qu'il y avait vraiment des personnes sur terre qui guérissaient…?
Il avait cette impression… Celle de se sentir réparé… Recollé… Il… voulait vraiment l'adorer… En faire une personne spéciale...Il voulait le remercier pour ça… Il.. c'était… tellement de choses en même temps…
Il ...lui pardonnait… il acceptait.. et il le réconfortait lui… L'enfant abandonné…
Il ne savait pas ce qui lui arrivait… Juste… il se sentait brusquement tellement triste… Et si heureux en même temps… C'était comme d'avoir trouvé la paix…
Il le sentit caresser sa nuque… Et quand il se détacha légèrement, il le vit le fixer. Il était rouge tomate… Au comble de la gêne...mais il ne détourna pas le regard…
Il était à bout de souffle… Le corps entouré de bandages… Mais… toujours aussi… fier… et … mignon…
Est-ce qu'on pouvait avoir envie à ce point de… posséder quelqu'un…? Il ne savait pas…
Mais ce qui était certain, c'est qu'il ne ferait pas deux fois la même erreur…
Tic tac, Tic Tac…
Se levant lentement de sa chaise, il s'étira lentement et salua ses collègues. Quasiment une heure du matin… Il allait enfin pouvoir rentrer… S'emparant d'une pile de parchemin, il informa son chef qu'il allait remettre le tout au service des Lois sur la Régulation des Créatures Magiques et qu'il rentrait ensuite.
Il était épuisé. La journée avait déjà été difficile avec les explications à sa mère… Mais en plus il avait été rappelé en urgence pour une fichue étude de Loi…
Merlin. Passant une main sur son visage, il arpenta les couloirs vides du Ministère, ne croisant que quelques sorciers aux regards rougis de fatigue.
Quand enfin, il eut déposé les précieux documents, il retourna à son bureau, enfila son manteau et jeta un tempus. Une heure trente. Se dirigeant vers les ascenseurs, il en appela un.
Tic Tac, Tic, Tac…
Il espérait vraiment que cette fois, il ne trouverait pas un des domestiques de sa mère en train de préparer le petit déjeuner en se levant le lendemain… Hermione avait poussé un cri à faire peur et il l'avait entendue remonter à toute blinde les escaliers alors qu'il sortait sa baguette, prêt à se battre quand elle avait débarqué, les joues rouges vifs, les yeux brûlants de colère…
Elle l'avait apostrophé, lui hurlant dessus qu'elle voulait bien vivre dans un "foutu manoir gothique de Dracula mais qu'il ne fallait pas non plus pousser mémé dans les orties"...
Il n'avait pas la moindre idée de qui était Dracula ou mémé ni même les orties d'ailleurs… mais apparemment quelque chose lui avait fortement déplu…
Quand il avait osé lui demander de plus amples renseignements, il avait eu un petit cri outragé avant de lui jeter d'un air pincé qu'elle l'invitait à aller voir à la cuisine…
Il s'était alors rendu dans ladit pièce et s'était figé… Là, devant lui, se tenait Ernestus. A peine vêtu, en train de préparer des œufs et du bacon.
Apparemment sa dulcinée avait moyennement apprécié le "cadeau" de sa mère… Car c'était cela… Un cadeau. Elle avait épinglé une petite note sur le boxer en latex de son esclave, les saluant très cordialement, les informant que l'homme était là pour les servir, notamment en ce qui concernait les repas et le ménage…
Mais que, bien entendu, il se plierait à tout désir annexe à ces tâches.
S'il était habitué depuis longtemps aux frasques de sa Mère, Hermione, elle, avait frôlé la crise d'apoplexie quand il le lui avait expliqué…
Elle avait été à deux doigts de mettre sur place une Association pour les Droits des Hommes Exploités.
Sortant enfin du Ministère, il se retrouva dans une des rue Sorcière de Londres. Passant une main sur son crâne, il prit lentement la direction de leur appartement.
Tic Tac, Tic Tac…
Enfin. "Leur Manoir Gothique". Un sourire fleurit sur ses lèvres lentement. Cette femme était la perfection même à ses yeux.
Tournant à l'angle de la rue qui le ramènerait tout droit dans le lit de ladite femme, il se figea brusquement.
Là… Devant lui. Au dernier étage de l'immeuble qu'il occupait… Là où se trouvait son appartement, des flammes.
Des flammes semblaient lécher les vitres qui, brusquement explosèrent sous la chaleur… Une épaisse fumée noire se dégageait maintenant de l'ouverture et il sentit son sang ne faire qu'un tour dans son corps.
Hurlant à s'en briser la voix, il se rua jusqu'à chez lui, transplanant sans même y penser jusqu'à leur chambre.
Il ne voyait rien. La fumée rendait impossible toute progression. La chaleur semblait brûler sa peau.
Hermione.
Elle était sûrement là, près de lui, quelque part…
Il allait la trouver !
Une seconde plus tard, il entendit la brigade du feu magique, il vit les sorts aquatique envahir les lieux, un vent magique faisait évacuer la fumée, il devait la trouver.
- B...Blaise…
Il se tourna d'un coup alors qu'une voix fluette, enrouée, l'appelait, une quinte de toux la faisant s'arrêter.
Hermione.
.
.
.
.
.
N'est-ce pas plein d'amour ?
